‹ Chronologie novenaireChapitre 17 sur 62 · LIVRE DEUXIESME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIESME

[1 590] La France , en ceste année , fat le Heu du monde où se passa pins d'importantes actions. Après que le duc de Mayenne, sur la fin de l*an passé , eut receu à composition le chasteau du bois de Vincennes, et osté ceste espine hors du pied des Parisiens , le dessein de Tunion fut de rendre libre les rivières de Seine et d'Oise, affin que les vivres fussent amenez à Paris sans empeschement. Il ftit résolu , pour cest effect, d*assieger Pontoise et Meulan occupezpar les royaux. Suivant ceste résolution, le duc de Mayenne mena devant Pontoise son armée, laquelle estoit lors composée de deux mil chevaux et douze mil hommes de pied. Le premier jour de Tan il commença à battre ceste ville de telle furie, que, le sixiesme de janvier, le sieur de Buhy , qui en estoit gouverneur pour le Roy , fut contraint de rendre la place au duc, et en sortir avec ses soldats la vie sauve seulement.

De Pontoise le duc de Mayenne alla vers Meulan. Dorant qu'il faisolt ses approches et se preparoit pour assiéger ceste place , le Roy , ayant pris Alançon, ainsi que nous avons dit Tan passé, alla avec son armée assiéger Falaise, où le comte de Brissac et le chevalier Picard avec son régiment s'estoient jettez dedans. Falaise est situé au fonds d'un vallon et environné de toutes parts de montagnes; la ville est longue et estroite, n*ayant que trois rues, deux desquelles vont d'un bout à l'autre de la ville où est le chasteau , basty sur un roc commandant à la ville, ayant des fossez fort profonds , et environné de deux estaogs, l'un desquels ne tarit jamais à cause des sources qui y sont. L'union publioit par tout que ceste place, forte d'assiette et garnie d'hommes de guerre , estant assiégée par le Roy dans le milieu de rhyver, arresteroit le cours de ses victoires et ruineroit son armée, à cause de l'extrême froid qu'il faisoit alors. Mais il en advint tout au contraire , car, par ce froid la terre estant gelée, le canon de l'armée royale fut plus aisé à cond{iire; si bien qu'estant arrivé devant Falaise , la bresche faicte, les royaux entrèrent dedans par assaut. Le comte de Brissac et le chevalier Picard se rendirent prisonniers de Sa Msyesté. Autant que ceux de Tunion furent estonnez de ceste prise contre leur opinion, autant les royaux,

en la Normandie et en d'autres endroits, se rendirent hardis à toutes entreprises.

Le sieur de Lignery , qui commandoit dans Vernueil pour l'union , rendit ceste ville à M. le comte de Soissons par un traicté que le Boy approuva.

Sa Majesté avec Tarmée tira droict à Lisieux, où il y avoit cinq compagnies de gens de pied en garnison et nombre de cavalerie; mais , voyaoj la diligence que l'on avoit fait faire an canon, sans en vouloir ouyrle bruit, prinrent exemple sur ceux de Falaize , et , sans atteodre Textre* mité , se rendirent au Roy , vies et bagnes sauves.

Le 21 janvier les habitans de Ponteandemer et le gouverneur qui y estoit dedans pourroDion avec quatre cents soldais se rendirent au Roy, lequel fit incontinent cheminer son armée devant Honfleur, petite ville assez forte, où est un bon port à Temboucheure de la Seine dans la wff» Le chevalier de Grillon commandoit dedans ceste ville pour Tunion , avec nombre de soldats. Ceste place estoit fournie de canons et munitions nécessaires pour un siège ; mais , sept Jours après que le Roy fut arrivé là devant , ayant iaict battre ceste place de furie , le chevalier, ne s'estant imaginé d*estre si promptementet rudement mt né , parla d'entrer en accord. Le Roy escouta ses demandes , et loy accorda que si dans quatre jours Honfleur n'estoit secouru du doc de Mayenne ou du duc de Nemours , que ledit chevalier remettront ceste place entre les mains de Sa Majesté, ou de celuy à qui il l'ordooneroit, et que les soldats en sortiroient tous vie et bagnes sauves. Le duc de Nemours , qui en ce temps^ pretendoit avoir le gouvernement de la Normandie pour l'union , affin d'avoir la faveur de ceux de ce party, se mit en quelque devoir de s'ad)^ miner pour pouvoir secourir Honfleur ; mais le dégel survint si grand , que les mauvais chemins l'empescherent de passer oultre. Ainsi le cheva* lierde Grillon rendit Honfleur entre les mains de M. de Montpensier ; car, si tost que sa Majesté en eut accordé la capitulation, il partit poor aller secourir le fort de Meulan avec sept ou hnit cents chevaux et mil harquebusiers à cheval, commandant à M. de Montpensier qu'aussi tost

CHRONOLOGIB NOVENAI&B DE l^ÀLMÀ CAYBT. [l590]

qD*iI miroit receu Honfleur, qu*!! le soivist avec toute Tannée.

L« siège da fort de Meulan cependant se contioDoil, et le duc de Mayenne y employoit tout «que foo poavoit faire par la force et par Tin- TentioD; car ce fort est en une isie au milieu de la Seine. Pour empescher qu'il n^y entrast aucun secoon dedans, le duc avoit divisé son armée en deux des deux oostez de la rivière ; mais, sentant approcher le Roy près de luy , il retira toute son armée du costé du Vexin, si soudainement tootesfols, que les assiégez , ayans faict une sortie, gaignerent quelques munitions de guerre et bagages.

Le Roy, estant entré dans le fort de Heulan, y mit quelque infanterie ; et, voyant que le duc s'estoit logé en lieu fort avec beaucoup de forces, ne TOQlut entreprendre de l'en faire sortir que tonte soo année ne ftist arrivée, au devant de laquelle il s'en retourna jusques à Bretueil.

Ledoc, scaehant que le Roy estoit sorty du fort, fit repasser la rivière de Seine à sa cavalerie rî à la plus grand part de son armée. Il envoya sa cavalerie pour entreprendre sur le Roy, qoi s'en alloit rejoindre son armée à Bretueil , JQsqoessor lebord de la rivière d'Eure ; mais elle s'en revint au siège de Meulan sans faire aucun «ploit. Cependant ledit sieur duc fit battre le fort furieusement , et fit faire bresche pour aller a i assaut. Or il avoit fait venir nombre de grands bateaux que vulgairement sur la Seine on appelle foocets, sur lesquels ayant fait passer les soldats comme sur un pont pour aller à Tassant , ils forent repoulsez si yifvement, que la plus-part de (es foncets forent enfondrez dans l'eau , et y ont esté, comme pour remarque, encor un long temps ^is. Le Roi ayant Joinct son armée s'en revint vers Meulan. Dès que le duc sceut qu'il s'y acheounoit, il fit repasser la rivière de bon beure à ^ ses gens et à son artillerie , laissant encor le passage libre au roy pour entrer à sa volonté ^ le fort de Meolan. De pouvoir attaquer le âne dans le bourg de Meulan , où il s'estoit fortifié du costé du Yexin , il fut Jugé impossible ; H, quoy que le Roy fist tirer dedans leur logis lueiques coups de canon , cela fut sans grand

Pour faire donc sortir le duc de Mayenne et ^n armée d'où il estoit logé , le Roy résolut d'aï- ^f prendre Poissy , que ledit sieur duc avoit re- ^nns peu auparavant , et là où il avoit laissé ^^t régiments de gens de pied françois pour •^der ceste ville et le pont qui y est sur la Seine. ^oiisy o>st distant de Meulan que de trois lieues. ^ Majesté s'y acbemina, et fit donner Tescalade i oportunément qu'il emporta la ville sans perte

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