I- C. D. V. T. Xtï
d'aucuns des siens. Ceux de l'union qui eschftperent la mort ou la prison en ceste surprise se retirèrent dans un petit fort qui estoit aufnilieu du pont. Aussi-tost que les ducs de Mayenneet de Nemours furent advertis de ceste prise, ils s'y acheminèrent avec leur armée et leur canon, avec lequel ils firent une contrebatterle au bout du pont pour empescber les royaux de prendre le fort ; ce qui ne leur servit de rien , car le Roy y fit donner Tassant si Yifvement , que peu se sauvèrent qu'ils ne fussent taillez en pièces ou noyez : l'un des maistres de camp des deux régiments y fut tué , et le sieur de Ugone , qui y commandoit , fut faict prisonnier. Il y avoit desjà une des arches du pont rompue ; mais le duc de Mayenne , pour empescber les royaux de passer la Seine , en fit encore rompre deux arches.
Cependant que leduc de Mayenne tasche d'empescher aux royaux de passer la Seine à Poissy, les victoires et la prospérité des affaires du Roy, quisepublioient de tous costez, firent enhardir ceux qui l'affectionnoient à des entreprises hazardeuses pour son service : toute la Normandie, excepté Rouen et le Havre de Grâce et quelques autres petites places , s'estoit remise en l'obeys* sance royale. Le marquis d' Allègre, qui avoit sa principale demeure à Blainville prez de Rouen, et qui tenoit le party royal, practiqua quelques uns dans Rouen qui s'emparèrent du chasteau le 21 de février. Le capitaine qui estoit dedans se sauva descendant d'une tour avec une corde dans la ville , de laquelle les habitants furent incontinent en armes, et, s'estans retranchez contre le chasteau , pointèrent huict canons avec lesquels ils ne cessèrent de battre jusques au lendemain midy, que ceux qui estoient dedans demandèrent à parlementer. Par la composition les soldats que le marquis d'Alegre y avoit envoyé sortirent la vie sauve : les habltans qui se trouvèrent dedans ne furent pris qu*à discrétion, aucuns desquels furent exécutez à mort. Du depuis ce chasteau , qui estoit à la porte de Rouvreal , a esté abatu. SI tost que le duc de Mayenne eut la nouvelle de ceste prise, il s'achemina vers Rouen ; mais, dez qu'il en eut entendu la reprise, il s'en alla recevoir les forces que le comte d'Egmont luy amenoit de Flandres, ainsi que nous dirons cy après. Le Roy, de l'autre costé , voulant continuer de chasser l'union de la Normandie, alla assiéger Dreux.
Les affaires du Roy , s'advançans ainsi en la Normandie , servirent de subjet au duc de Mayenne et à ceux de l'union de demander secours d'hommes et d'argent au roy d^Espagne. Il a esté dit cy-dessus , sur la fin de l'an passé, que c'estoit un plaisir de voir les menées qui se
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fàlsolent dans le party de runion , les che& dnfiael vooloient tirer de Targent et des commoditez àû roy d*£spagne sans luy rien bailler, et luy d'autre costé ne leur ^ouioit rien bailler que sur bons gages. Mais , nonobstant qu'il ne pust obteliir le tiltre de protecteur en France, l'apprehen- 8ion extrême qu'eurent Mendozze et ses ministres à Paris à cause de la prospérité des affaires du Roy en Normandie, et du bruit que l'on fit courir que l'on vouloit traicter avec le Roy, fut la cause qu'ils luy mandèrent qu'il ne devoit laisser d'envoyer des hommes et de l'argent en France, tant pour y auihorisersesafiàires dansie party de l'union , les chefs duquel se rendoient foibles, que pour le secourir contre le roy Henry IV, afin de luy empescher de s'agrandir.
Or le duc de Mayenne, pour estre plus foible de cavalerie que le Roy, demanda seulement secours aux ministres d'Espagne à Paris, de quinze cents lances et de cinq cents harquebusiers à cheval , affin de pouvoir tenir la campagne et combattre le Roy si l'occasion s'en presentoit. Sur ceste demande le roy d'Espagne commanda au duc de Parme de luy envoyer ce secours : ce qu'il fit sous la conduite du comte d*Egmont Et, pource que o'estoient les premières forces qu'il envoya en son nom et à l'ouvert en France durant ces derniers troubles , il fit publier une déclaration en forme de protestation, en laquelle il dit : « Nous prions et requérons tous les princes chresiiens catholiques de vouloir se Joindre avec nous pour l'extirpation de l'heresie et délivrance du Très-Chrestien roy de France Charles dixiesme , injustement détenu en captivité par les hérétiques , à fin que , moyennant la grâce de Dieu, le florissant royaume de France estant repurgé d'heresie, nous toumionsnosarmes unanimement contre des autres provinces commandées parles hérétiques, afin qu'iceux estans exterminez les chrestiens puissent arracher des mains des barbares et infidèles la Terre Saincte , que Tancienne noblesse catholique avoit si valeureusement gagnée. Protestant neantmoins devant Dieu et ses anges , que les preparatlik que nous faisons ne tendent à autre but que pour l'exaltation de nostre mère Saincte Eglise catholique, apostolique et romaine, repos des bons catholiques sous l'obeyssancede leurs princes légitimes, extirpation entière de toutes sortes d'heresles, paix et concorde des princes chrestiens : pour à quoy parvenir nous sommes prests d'y employer non seulement nos moyens, mais aussi nostre propre vie , que nous tiendrons bien employée en ceste saincte cause, où il s'agit de l'honneur de Dieu , de sa Saipptç.EgUse et du bien gênerai de toute la chrestienté. »
Le lendemain quHl eut &ict publier ceste pro« testation, il envoya aussi un commandement à l'archevesqne de Tolède pour dresser un estât des beneficiers de toute l'Espagne qui pourroient soudoyer les armées qu'il desiroit envoyer au secours de ceux de l'union. Les royaux franfw firent plusieurs discours sur ceste déclaration et sur ce mandement, pour monstrer que rEq[Mh> gnol doroit la pilule qu'U leur vouloit ûdre avaler du prétexte de la religion, et disoient :
« Si c'est un sainct zèle que le roy d'Espagne a d'extirper l'heresie de toute la chrestienté , il n'a pas faute des subjects hérétiques en ses Pays- Bas pour employer ses armes et l'argent des ecclésiastiques d'Espagne. Il est plus obligé de conserver le repos de ses pauvres subjeets que celuy des François, ausquels il n'a aucune obligation. C'est un abus de croire que le rey d'Espagne procure la grandeur et la oonservation de la couronne de France dont le roy précède tous les autres roys chrestiens. Ne sçait-on pas qu'il ne désire que la division de ceste couronne affin qu'il tienne le premier rang entre les roys chrestiens, et qu'à l'advenir nul ne luy puisse plus empescher d'effectuer toutes les entreprises qu'il voudra fidre contre les princes de la chrestienté , lesquels il désire ruiner les uns après les autres, ainsi que l'on rompt des flesches séparées de leur trousseau ? S'il a tant de zèle pour l'augmentation de la fby catholique , pourquoy a-t-il fait trefve pour tr^ ans avec te Turc, moyennant certaine sonmie de deniers qu'il luy baille , et à la charge qu'il envoyera un ambassadeur résidant À Constantinople ? Il fiiut donc croire, disolenMIs, que ce n'est qu'un prétexte qu'il prend d'extirper l'heresie pour ruyner la monarchie firançoise.
t Ce qu'il met en avant, que c'est pour la délivrance du prétendu roy Charles X, entendant parler de M. le cardinal de Bourbon , n'est qu'un prétexte ; car qui est celuy qui ne void que le roy d'Espagne se veut servir du nom de ce bon prince et cardinal, aagé de soi^tante et tant d'années , que le Roy son neveu a trouvé prisonnier à son advenement à la couronne , et qui y a esté mis du vivant et par le commandement du fea Roy , pour venir diviser le royaume de France et s'establir en une grande partie d'iceluy ? c'est une charité trop suspecte. Et puis, qui ne sçalt que le secours d'un grand est toujours redoutable à un royaume plein de guerres civiles? Qui sera la caution pour le roy d'Espagne que , ve« nant avec des armées en France, il ne s'emparera des places où il se trouvera le plus fort, et principalement des frontières? Combien de batailles fiiudra-U qu'il donne devant que les ar*
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mées soient arrivées à Fontenay où M. le cardinal est prisonnier? Et d'avantage, qui est celuy qui ne Juge que si l'on void approclier une armée de ce costé là qu'il sera mené incontinent dans La Roclielle , là où estant , combien de temps firadra-il aux armées du roy d'Espagne pour forcer ceste ville ?
i Le roy d'Espagne veut que Ton croye qu'il n'a aucun particulier interest ny pretension sur la couronne de France, et qu'il n'est poussé à la secourir par ses armes que pour en chasser l'heresie. Pourquoy donc a-t-il fait consulter et esfrire le droict et les pretensions que l'Infante sa tille a, disoit-il , en la duché de Bretagne , et ce dez le vivant du feu Roy ? Pourquoy maintenant M dit-il rien dans ceste déclaration touchant eeste pretension , veu qu'il s'est donné par cy devant de la peine qssez pour faire accroire au monde qu'elle fust bonne? Le but de son dessein est trop aisé à cognoistre; car, si le royaume de France est divisé en portions, il luy sera bien aisé de s'emparer de la Bretagne et de Toster des mains de M. de Mercoeur , s'il la peut avoir pour sa part, car ceux qui tiendront les autres pro- Tinees ne voudront pas s'incommoder pour résister à l'Espagnol , lequel ne s'accommodera soilement de ceste province ; mais d'autres encor , selon que l'appétit luy en prendra.
I Le roy d'Espagne offre d'employer sa propre vie pour la conservation de la religion catholique en France. C'est chose que l'on croira quand on le verra ; car s'il n'a voulu se transporter ez Pays-Bas, bien que ses affectionnez sub- Jeti Ten eussent supplié à Jointes mains , et qu'il leor eust promis d'y aller, tant dez que le duc d'Albe par ses cruautez espagnoles fut cause de loy faire révolter et perdre tous sesdits pays et y faire establlr l'heresie , qu'aussi après la mort da eommandadeur major, s'il n'a voulu, disoient-ils, bazarder sa personne pour la deffense de la religion catholique et recouvrement de ses propres pays de Flandres , comment à présent qn'il a soixante et quatre ans viendra-il du fonds de l'Espagne en ce royaume pour le seul respect de favoriser la religion catholique? On cognoist trop la charité et l'amour de ce Boy , et sçalt-on blâi que , quand il voudroit se mettre en chemin poor venir en France , qu'il ne faudroit pas de commencer ses exploicts par la frontière, selon que son interest et profit particulier le requerroit
• Le roy d'Espagne falct lever de l'argent sur le clergé d'Espagne pour chasser l'heresie de France. Il devroit, disoient-ils , plustost contiauêr à fournir des moyens au duc de Parme pov faire la guerre aux hérétiques de Flandres.
Mais qui ne sçait que , faute d*argent , ce duc n*a peu continuer ses heureuses entreprises, et chasser l'heresie de la Flandres ? Qui ne sçait qu'au commencement de ceste année, faute de payement , les Espagnols qu'il a au Pays-Bas se sont mutinez et ont pris la ville de Gourtray , vivans à discrétion sur le peuple sans faire aucun e^iploict mémorable contre les hérétiques , et mesmes que le duo de Parme a esté contraint de Tescrire à ce Roy son maistre et au légat Gaétan par le sieur Gamlllo Gapizuca, qu'il a envoyé exprez à Paris? » Bref, les royaux françois disoient que tout ce que faisoit le roy d'Espagne n'estoit que pour donner courage aux séditieux de s'opiniastrer en leur rébellion contre le Roy, tout ainsi que l'on anime des dogues sur un furieux sanglier pour le désir et plaisir que l'on a de voir sa ruine.
Puis que nous sommes tombez sur le propos des affaires de Flandres, voyons tout d'une suitte ce qui s'y passa en ce temps-là. Au commencement de ceste année le duc de Parme , estant à Bains, fit insinuer un placart à ceux d'Aix la Ghapelle , par lequel il declaroit ceste ville n'estre plus neutrale, quoy qu'elle soit l'une des quatre villes capitales de l'Empire et où l'Empereur doit recevoir sa première couronne : la cause estoit pour ce que quelques protestans s'estoient de force emparez du magistrat , et avoient mis hors la ville le magistrat catholique. Pour ceste fois ceste déclaration ne fit grand effect, et le magistrat catholique n'y fut restabli qu'en l'an 1598, ainsi que nous avons dit en nostre Histoire de la paix.
NotiS avons dit l*an passé que le comte Charles de Mansfeld s'approcha pour tenir Bergk de plus prez assiégé; il le fit avec un tel soin et vigilance , qu'il contraignit les assiégez de se rendre à luy, lesquels toutesfois eurent une composition honorable, car ils sortirent tambour battant, enseigne desployée, mesche allumée et balle en bouche. Ainsi retourna Bergk , qui est du diocèse de Cologne , sous le pouvoir de l'Espagnol , qui par ceste reprise eut toute la rivière du Rhin à son commandement, Jusques à Arnhem en Gueldres.
Cependant que le prince de Parme tasche d'appaiser les Espagnols mutinez qui s'estoient emparez de Gourtray , et que les habitans de Bruges et autres lieux se tenofent sur leurs gardes de peur que d'autres mutinez s'emparassent de leurs villes, le prince Maurice vint à bout du long dessein qu'il avoit de se rendre maistre de la ville de Breda , qui est de son patrimoine , par le moyen d'un batelier qvti menoit d'ordinaire des tourbes au cha^t^u ie Breda , dans le
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fàlsoient dans le party de Tunion , les chefs dufiael vouloient tirer de l'argent et des cqmmodltez dtt roy d*£spagne sans luy rien bailler, et luy d'autre costé ne leur vouloit rien bailler que sur bons gages. Mais , nonobstant qu'il ne pust obteliir le tiltre de protecteur en France, l'appréhension extrême qu'eurent Mendozze et ses ministres à Paris à cause de la prospérité des affaires du Roy en Normandie, et du bruit que l'on fit courir que l'on vouloit traicter avec le Roy, fut la cause qu'ils luy mandèrent qu'il ne devoit laisser d'envoyer des hommes et de l'argent en France, tant pour y authoriser sesaf faires dansle party de l'union , les chefs duquel se rendolent foibles, que pour le secourir contre le roy Henry IV, afin de luy empescher de s'agrandir.
Or le duc de Mayenne, pour estre plus foible de cavalerie que le Roy, demanda seulement secours aux ministres d'Espagne à Paris, de quinze cents lances et de cinq cents harquebusiers à cheval , affln de pouvoir tenir la campagne et combattre le Roy si l'occasion s'en presentoit. Sur ceste demande le roy d'Espagne commanda au duc de Parme de luy envoyer ce secours : ce qu'il fit sous la conduite du comte d'Egmont Et, pource que o'estoient les premières forces qu'il envoya en son nom et h l'ouvert en France durant ces derniers troubles , il fit publier une déclaration en forme de protestation, en laquelle il dit : « Nous prions et requérons tous les princes chresiiens catholiques de vouloir se Joindre avec nous pour l'extirpation de l'heresie et délivrance du Très-Chrestien roy de France Charles dixiesme , injustement détenu en captivité par les hérétiques , à fin que , moyennant la grâce de Dieu, le florissant royaume de France estant repurgé d'heresle, noustoumionsnosarmes unanimement contre des autres provinces commandées par les hérétiques, afin qu'iceux estans exterminez les chrestiens puissent arracher des mains des barbares et infidèles la Terre Saincte,que Tanclenne noblesse catholique avoit si valeureusement gagnée. Protestant neantmoios devant Dieu et ses anges , que les préparatifs que nous faisons ne tendent à autre but que pour Texaitation de nostre mère Saincte Eglise catholique , apostolique et romaine, repos des bons catholiques sous l'obeyssance de leurs princes légitimes, extirpation entière de toutes sortes d'heresies, paix et concorde des princes chrestiens : pour à quoy parvenir nous sommes prests d'y employer non seulement nos moyens, mais aussi nostre propre vie , que nous tiendrons bien employée en ceste saincte cause, où il s'agit de l'honneur de Dieu , de sa Saii^ptQ.EgUse et du bien gênerai de toute la chrestienté. »
Le lendemain qu'il eut faict publier oeste pro* testation, il envoya aussi un commandement à l'archevesque de Tolède pour dresser m estât des beneficiers de toute l'Espagne qui ponrroiest soudoyer les armées qu'U desiroit envoyer as secours de ceux de l'union. Les royaux françoi firent plusieurs discours sur ceste déclaration et sur ce mandement, pour monstrer que l'Eips* gnol doroit la pilule qu'U leur vouloit Jkinsvi- 1er du prétexte de la religion, et disoieat:
« Si c'est un sainct zèle que le roy d'Espsgse a d'extirper l'heresie de toute la chrestienté, il n'a pas faute des subjects hérétiques en ses Pays- Ras pour employer ses armes et l'argent des ecclésiastiques d'Espagne. Il est plus obligé de conserver le repos de ses pauvres subjeeti qse celuy des François, ausquels il n'a anauw obligation. C'est un abus de croire que le rsj d'Espagne procure la grandeur et la ooosemtion de la couronne de France dont le roy pre« cède tous les autres roys chrestiens. Ne s^t-«B pas qu'il ne désire que la division de ceste couronne affin qu'il tienne le premier rang entre les roys chrestiens, et qu'à l'advenir nul nehqr puisse plus empescher d'effectuer toutes les eotreprises qu'il voudra faire contre les prinees de la chrestienté , lesquels il désire ruiner les m après les autres , ainsi que l'on rompt des flesches séparées de leur trousseau ? S'il a tsnt de zèle pour l'augmentation de la foy cstboUqw, pourquoy a-t-il fait trefve pour tn^ ans avee ie Turc, moyennant certaine somme de deniers qu'il luy baille , et à la charge qu'il envoyerani ambassadeur résidant à Constantinople? Il ftst donc croire I disoient-ils , que ce n'est qs'os prétexte qu'il prend d'extirper l'herese pov ruyner la monarchie firançoise.
t Ce qu'il met en avant, que e'est pour la de^ livrance du prétendu roy Charles X, enteodafi parler de H. le cardinal de Bourbon , n'est qn prétexte ; car qui est celuy qui ne votd qse roy d'Espagne se veut servir du nom de ce boi prince et cardinal, aagé de soixante et tant d'à» nées , que le Roy son neveu a trouvé prlsoDDiei à son advenement à la couronne , et qui y a est^ mis du vivant et par le commandement do ki Roy , pour venir diviser le royaume de Franci et s'estabiir en une grande partie d'ieeloy? c*^ une charité trop suspecte. Et puis, qui ne sei^ que le secours d'un grand est touijours redoutai ble à un royaume plein de guerres d viles? Q^ sera la caution pour le roy d'Espagne que. te nant avec des armées en France, il ne sV rera des places où il se trouvera le plus fort. principalement des firontieres? GombieD de baj
tailles &udra-U qu'il donne devant que ses ar
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nées soient arrivées à Fontenay où M. le cardl- Miatpri80imier?Et d'avantage, qui est celuy |iil ne Juge que si Yon void approcher une armée le ce costé là qu'il sera mené incontinent dans La BocheIle,là où estant, combien de temps indra-il aux armées du roy d'Espagne pour oreerceste ville?
I Le roy d'Espagne veut que l'on croye qu'il kmm particulier interest ny pretension sur I eoofofloe de France , et qu'il n'est poussé à la etoorir par ses armes que pour en chasser Theese. Poorquoy done a-t-ii fait consulter et esnre le droict et les pretensions que l'Infante sa Ile a, disoit-il , en la duché de Bretagne , et ce u le vivant du feu Boy ? Pourquoy maintenant e diMl rien dans ceste déclaration touchant ste pretension , veu qu'il s^est donné par cy îTint de la peine qssez pour faire accroire au onde qu^elle fust bonne? Le but de son dessein t trop aisé à cognoistre; car, si le royaume de raoee est divisé en portions, il luy sera bien séde s'emparer de la Bretagne et de Poster des alos de M. de Mercœur , s'il la peut avoir pour
part, car ceux qui tiendront les autres pro- Qces ne voudront pas s'incommoder pour reiter à l'Espagnol , lequel ne s'accommodera élément de ceste province ; mais d'autres en- N selon que Fappetit luy en prendra.
* I^ roy d'Espagne offre d'employer sa pro-
* vie pour la conservation de la religion ca- )iiqae en France. C'est chose que l'on croira ind on le verra ; car s'il n'a voulu se transpor-
ez Pays-Bas, bien que ses affectionnez sub- > Ten eossent supplié À Jointes mains , et qu'il t enst promis d'y aller, tant dez que le duc Jbe par ses cruautez espagnoles fat cause de iaire révolter et perdre tous sesdits pays et lire establlr Fheresie , qu'aussi après la mort eommandadeur major, s'il n'a voulu, diitt-ils, bazarder sa personne pour la deffense a religion catholique et recouvrement de ses près pays de Flandres, comment à présent la soixante et quatre ans viendra-il du fonds 'Espagne en ce royaume pour le seul respect avoriser la religion catholique? On cognoist
* la charité et Tamour de ce Boy , et sçait-on ique , quand il voudroit se mettre en chemin r venir en France , qu'il ne faudroit pas de meoeer ses exploicts par la frontière, selon son interest et profit particulier le requer- •
Le roy d'Espagne faict lever de l'argent sur krgé d'Espagne pour chasser l'heresie de Dce. Il devroit, disolent-iis , plustost contir a fournir des moyens au duc de Parme r taire la guerre aux hérétiques de Flandres.
Mais qui ne sçait que , faute d'argent ^ ce duc n'a peu continuer ses heureuses entreprises, et chasser l'heresie de la Flandres? Qui ne sçait qu'au commencement de ceste année, faute de payement , les Espagnols qu'il a au Pays-Bas se sont mutinez et ont pris la ville de Gourtray , vivans à discrétion sur le peuple sans faire aucun eiploict mémorable contre les hérétiques , et mesmes que le duo de Parme a esté contraint de l'escrire à ce Boy son maistre et au légat Gaétan par le sieur Gamillo Gapizuca, qu'il a envoyé exprez à Paris? » Bref, les royaux francols disoient que tout ce que faisoit le roy d^Espagne n'estoit que pour donner courage aux séditieux de s'opiniastrer en leur rébellion contre le Boy, tout ainsi que l'on anime des dogues sur un furieux sanglier pour le deslr et plaisir que l'on a de voir sa ruine.
Puis que nous sommes tombez sur le propos des affaires de Flandres, voyons tout d'une suitte ce qui s'y passa en ce temps-là. Au commencement de ceste année le duc de Parme, estant à Bains, fit insinuer un placart à ceux d'Aix la Ghapelle , par lequel il declaroit ceste ville n'estre plus neutrale, quoy qu'elle soit l'une des quatre villes capitales de l'Empire et où l'Em* pereur doit recevoir sa première couronne : la cause estoit pour ce que quelques protestans s'estoient de force emparez du magistrat , et avoient mis hors la ville le magistrat catholique. Pour ceste fois ceste déclaration ne fit grand effect, et le magistrat catholique n'y fut restabli qu'en l'an 1598, ainsi que nous avons dit en nostre Histoire de la paix.
NotiS avons dit Tan passé que le comte Gharles de Mansfeld s'approcha pour tenir Bergk de plus prez assiégé; il le fit avec un tel soin et vigilance , qu'il contraignit les assiégez de se rendre à luy , lesquels toutesfois eurent une composition honorable, car ils sortirent tambour battant, enseigne desployée, mesche allumée et balle en bouche. Ainsi retourna Bergk, qui est du diocèse de Gologne , sous le pouvoir de l'Espagnol , qui par ceste reprise eut toute la rivière du Bhin à son commandement, Jusques à Arnhem en Gueldres.
Gependant que le prince de Parme tasche d'appaiser les Espagnols mutinez qui s'estoient emparez de Gourtray , et que les habitans de Bruges et autres lieux se tenoient sur leurs gardes de peur que d'autres mutinez s'emparassent de leurs villes, le prince Maurice vint à bout du long dessein qu'il avoit de se rendre maistre de la ville de Breda , qui est de son patrimoine , par le moyen d'un batelier qui menoit d'ordl« nalre des tourbes au chasteau de Breda , dans le
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basteau duquel il envoya le sieur de Herauguiere avec quelques soldats pour prendre ce chasteau. La surprise se fit de ceste façon.
Le prince, ayant faict courir le bruit qu'il Youloit assiéger Gerthruydemberghe, s'achemina avec plusieurs troupes à Clundert cependant que le sieur de Herauguiere, avec soixante et dix hommes qu'il avoit esleus pour raccompagner en ceste entreprise , partit de Nortdan , où il estoit en garnissn pour les Estais; mais Herauguiere n'ayant trouvé le batelier «y le bateau au lieu où il avo^t promis de se rendre, et l'ayant trouvé après Tavoir longtemps cherché, l'exécution fut remise à une autre fois. Herauguiere , contraint pour ce jour de se retirer avec ses gens à Sevenberghe^ rentra le lendemain dans le bateau chargé de tourbes, sous lesquels luy et les siens se cachèrent affin de n'estre aucunement descouverts; mais, après avoir esté trois jours sur Peau , eodurans le froid , la faim et le mauvais temps , ils furent contraints de sortir et de se retirer encor à Noort-dan. Le prince , adverly par Herauguiere que le temps estoit contraire à leur entreprise, luy rescrivit d^avoir patience encor un jour ; mais, peu après qu'ils furent arrivez à Moort-dan, le bastelier leur vint dire que le temps estoit changé et propre à exécuter leur dessein, tellement qu'ils s'en revindrent au bateau, et s'acheminèrent vers Breda, où il arrivèrent le troisiesme de mars devant La Heronniere qui est prez le chasteau de Breda. Arrestez en ce lieu, un caporal vint dans une nacelle visiter le bateau , et entra dans lacabanne du batelier, puis ouvrit le guichet qui regardoit sur la pompe ; joignant laquelle estoit Herauguiere' et ses compagoons, lesquels il ne vid point à cause d'une planche qui estoit entredeux. Ce caporal, ayant fait sa visite, s'en retourna, et rapporta qu'il n'y avoit rien dans ce basteau que des tourbes pour la provision du chasteau. Le batelier, attendant le retour de la marée pour entrer au chasteau , fut Jusques au lendemain sur les trois heures après midy avant que d'y pouvoir entrer. Durant ceste attente, le bateau s estant pensé perdre sur un banc de sables , les soldats qui estoient cachez dedans eurent de l'eau jusques à my-jambes , et murmuroieut contre Herauguiere , qui les rasseura le mieux qu'il put , car le froid les faisoit tousser, cracher, et n'attendoient en ces extremitez que d'estre descouverts et pendus. L'escluse du chasteau ouverte , les soldats de la garnison ayderent à tirer le basteau jusques au milieu du chasteau , où le sergent major commanda qu'incontinent on eust à le descharger , et qu'on fournist tous les corps de garde de tourbes. Un
portefais fut mis après pour le descharger , et travailla en telle diligence , qu'il descouvrit jusques aux planches sous lesquelles estoient cachez les soldats; mais le batelier s'advisa d'une finesse, et luy donna de l'argent pour boire, disant qu'il acheveroit le reste au premier jour.
La nuict venue, afdn d'empescher d'estre descouverts à cause que tousjours quelqu'un des soldats crachoit ou toussoit , le batelier fit le plus de bruit qu'il put à tirer la pompe. Sur le ml« nuict, Herauguiere exhorta ses soldats à bien faire leur devoir, puis les fit descendre à la fille le plus coyement qu'il put, et leur fit prendre leurs armes à mesure qu'ils sortoient. Estans tous sortis , il les sépara en deux troupes , l'une desquelles il bailla au capitaine Lambert pour aller attaquer le corps de garde du costé du havre de la ville, et luy avec l'autre troupe alla attaquer un autre corps de garde qui estoit à la porte vers la ville, lis donnèrent tous si furieusement qu'ils emportèrent chacun de leur costé ces deux corps de garde , et tuèrent tout ce qu'Us y trouvèrent. Paul Anthoine Lancavecha, qui commandoit dedans ce chasteau en l'absence de son père qui en estoit gouverneur , se retira au donjon , d'où il fit une sortie, et y eut là un furieux combat; mais Lancavecha, blessé, fut contraint de se retirer. A ce bruit l'alarme se donna si chaude dans la ville, qu'aucuns mesmes vindrent mettre le feu dans la porte du chasteau, où Herauguiere courut, et ayant là trouvé encor un corps de garde de seize soldats, il les tailla en pièces, et pourveut à la seureté de ce costé là. Le comte de Hohenlo , lieutenant du prince Maurice^ et menant son advantgarde, s'estant approché prez de Breda, et ayant entendu le bruit du combat, s'advança si à propos , que , deux heures après la prise, il entra avec grand nombre de gens dans le chasteau par une palissade contre la rivière auprès de l'escluse; à la venue duquel Lancavecha se rendit et sortit luy et les siens la vie sauve. Peu après le prince Maurice y arriva aussi avec toutes ses troupes, et, comme il mettoit ordre pour faire une sortie du chasteau dans la ville, un tambour vint de la part des bourgmaistres , qui demanda pour parlementer. Dans une heure l'accord fut faict, et les bourgeois payèrent deux mois de gages de toutes les troupes qui estoient là venues avec le prince. Par cest accord ceux de Breda évitèrent le pillage. Herauguiere fut pourveu par le prince du gouvernement de ceste place , et Lambert eut Testât de sergent major.
Le duc de Parme fut grandement fasché de ceste perte; et , pource que la compagnie de cavalerie du marquis de Guast, et cinq compagnies d'infanterie qui estoient en garnison dans la ville
GHBOIlOLOeiE NOTBITAIRE DB PÀLMA GÀYBT. [1690}
de Breda, avoient încontlneDt abandonné la ville dès qu'ils virent le chasteau pris, ledit duc fit couper les testes à César Buitra, à Julio Gratiano, ctàTarlatiDo, lieutenant de la compagnie du narqais du Guast.
Dez le mois d'aoust de Tan passé, le connestable d'Esoosse, estant allé en Danneroarc, avoit «pousé dans Cronebonrg , au nom et pour son nai^tre Jaeques , sixiesme roy d'Escosse, Anne, iUede Federic li, roy de Dannemarc, ainsi qu'il ataccoQstumé de faire entre roys. Mais comme radfflirel de Dannemarc , et autres graods seigneurs danois, conduisoient ladite Roy ne espoQse au roy d'Ëscosse son mary sur la fin du Bois de septembre^ il s'esleva de si grandes tourneotes sur mer, que plusieurs navires furent sefirésde ceste flotte, et la Royne espousC; après avoir esté six sepmaines sur mer , Ait par les v(at$,avec quelques-uns des navires qui Faccompegnoient, Jettée sur les costes de Novergue. Le nydEscosse, ayant receu ceste*nouvelIe, après iToir laissé le comte Bothuel pour gouverner ITtcosse en son absence, se mit en mer au mois de novembre affin d'aller trouver son espouse , i^ndle il rencontra à Aggersbusiane en Noverpe, on, après avoir confirmé le mariage promis CB ton nom par son connestable , et Tavoir connofflé^ invité par la royne de Dannemarc sa ktie-mere et par les grands du royaume de ve- ^ en Dannemarc, il arriva au commencement fc ceste année dans Gronebourg, où le duc de ifedeibourg, oncle maternel de la Royne son espnse, et le due de Brunsvic, qui avoit espousé ■secoDdesnopceslasŒur aisnéedeladite Royne ^fn^y se trouvèrent avec plusieurs grands ^nces et seigneurs allemans, là où, par Tespace k trente jours, les nopces furent célébrées avec h magnificences toutes royales. Sur la fin d'à- >>il] le roy et la royne d'Escosse partirent de knnemarc pour aller en Escosse, là où ils arrivât heureusement au commencement de may , ^ suivant la coustame de ce royaume, la Royne ht couronnée et receue magnifiquement par les bcossois.
Cependant que ces peuples septentrionaux se 'Nooyssent en nopces et en festins, tous les ^nnçois, armez les uns contre les autres, s'en- ^tnent en des batailles, en des rencontres et en ks sièges de villes. Aussi-tost que le duc de ^|y^ne eut joinct le comte d'Egmont avec les ■''^estrangereSjil s'acbemina pour faire lever ■ «»ege que le Roy tenoit devant Dreux , et fit j^er la teste de son armée vers la rivière de ■*ie,pour la venir passer sur le pont de la ville «Mante qui tenoit pour luy . et qui n'est distateieceUedeDrenxquedehuictouncuf lieues.
Le Roy, ayant eu un advis certain que le duc de Mayenne et son armée estoient entièrement passez et advancez josques au village de Dampmartin, qui estoit deux lieues en avant vers luy, partit de devant Dreux le lundy douziesme , et commença dèslors de faire marcher son armée en bataille , et vint ledit jour loger en la ville de Nonancourt , qui s'estoit peu de temps auparavant fait prendre par assaut, affin de prendre le gué d'une petite rivière qui y passe. Si tost qu'il y fut arrivé il fit advertir que le lendemain un chacun se tinst prest.
Le soir et la nuict le Roy s'estant retiré , il dressa et traça luy-mesme le plan et i^ordre de la bataille, lequel , dez le grand matin , il monstra à M. de Montpensier et aux roareschaux de Biron et d'Aumont, au baron de Biron, mareschal de camp, et autres principaux capitaines de Tarmée, qui tous le trouvèrent faict avec tant de jugement et prudence militaire, qu'ils n'y changcrent rien. Puis, ayant mis ce plan entre les mains du baron de Biron pour advertir chacun de bon rang et place, et choisi le sieur de Vicq, l'un des maistres de camp de T infanterie françoise, pour sergent de bataille, il dit à tous les princes, officiers de la couronne, et autres grands du royaume qui y estoient présents :
« Je ne doute point de vostre foy et de vostre valeur, ce qui me fait promettre une victoire certaine de la bataille comme si elle estoit desjà advenue. Je ne doute point aussi que vous ne persévériez tous en l'ancienne révérence que les François ont tousjours porté à leurs roys , et en la promesse que vous avez faicte de venger la mort du feu Roy nostre très-bon et très-honoré seigneur, et en la bonne affection que vous me portez tous en particulier. Je suis certain aussi que vous combattrez tous jusques au dernier souspirde vos vies pour conserver la monarchie françoise, et délivrer la Francedela tyrannie de ceux qui ont appelle les anciens ennemis du nom françois affin de leur donner en proye les villes de ce royaume , qui ont esté conservées du sang de vos pères et de vos ayeuls. Les faicts d'armes que vousavezexploictez, tant en campagne qu'en la deffense des villes , où vous vous estes trouvez en moindre nombre que vos ennemis, et desquels vous en avez remporté la victoire par vostre valeur, me fait espérer que, combien que nos ennemis ayent d'avantage de gens que nous, que vous désirerez aussi d'autant plus de demeurer victorieux, affin d'avoir d'avantage de gloire. Dieu cognoist Tintention de moncœur, etsçait que je ne désire point combattre pour appétit de sang, désir de vengeance , ou par quelque dessein de gloire ou d'ambition : il est mon j uge e
CHBÔNÛLOGIB NOVENAin DB PÀUU CÀYBT. [I5d0]
tesmoin irréprochable ; aussi protestay-Je devant loy que la seule charité que Je porte à mon peuple pour le soulager de la violence de la guerre me pousse à ce combat, i Puis, eslevant les yeux au ciel , il dit : t Je supplie ce grand Dieu , qui cognoist seul Tintentiondu cœur des hommes, de faire sa volonté de moy comme il verra estre nécessaire pour le bien de la clirestienté» et de me vouloir conserver autant qu'il cognoistra que Je seray propre et utile au bien et repos de cest Estât, et non plus, i
Geste prière ravit tant tous les assistans, que Ton vid aussi tost les églises de Nonancourt pleines de princes et seigneurs, noblesse et soldats de toutes nations, ouyr messes, se communier, et faire tous offices de vrays et bons catholiques. Ceux de la religion prétendue reformée , qui y estoient en petit nombre , veu la quantité des catholiques qu'il y avoit lors en Tarmée, firent aussi leurs prières à leur mode.
Le Roy ayant donné le rendez-vous au village de Sainct André, distant de Nonancourt de quatre lieues , sur le chemin pour aller à Yvri, où il estlmoit que le duc de Mayenne avec son armée fust logé, toute Tarmée royale s'y rendit. Au delà de ce village de Sainct André il y a une fort grande plaine bordée à veué de quelques autres villages et d*un petit bois appelle La Haye des Prez; là le Roy avec les mareschaux de Biron et d'Aumont et le baron de Biron , mareschal de camp, commencèrent à dresser les troupes en bataille suivant le plan qui en avoit esté résolu , qui estoit tel :
Le Roy , qui avoit expérimenté en d'autres batailles et combats qu'il estoit plus advantageux de faire combattre la cavalerie en escadron qu'en haye, mesmes la sienne qui ne portoit point de lances, départit toute sa cavalerie en sept regimens rengez en autant d'escadrons, et toute son infanterie aux flancs desdits escadrons, qui avoient chacun une troupe d'enfans perdus.
Le front de l'armée estoit quasi en droicte ligne , toutesfois faisant un peu de corne par les deux bouts. Le premier escadron de la main gauche estoit celuy du mareschal d'Aumont, qui estoit de trois cens bons chevaux , et avoit à ses deux costez deux régiments d'infanterie françoise. Le second estoit celuy de M. de Montpensier, qui estoit du mesme nombre de trois cents chevaux, et avoit au costé gauche quatre ou cinq cents lansquenets, au costé droict un régiment de Suisses ; lesdites forces estrangeres couvertes d'infanterie françoise. Un peu devantlesdits deux escadrons estoit celuy de la cavalerie légère en deux troupes : en l'une estoit le grand prieur, co< pnel d'icelle , et çn l'autre le sieur de Givry ,
mareschal de camp de ladite cavalerie légère» qui pouvoient faire en tout quatre cents bons chevaux. Un peu tirant plus à la gauche estoit rartillerie, qui estoit de quatre canons et deux coulevrines. Le quatriesme estoit celuy du baron de Biron, qui pouvoit estre de deux cens cinquante chevaux, et en mesme ligne que celuy desdits chevaux légers, un peu plus à la gauldie, et quasi au devant de celuy de M. de Montpensier. Le cinquiesme escadron estoit celuy doi Roy, qui faisoit cinq rangs, en chacun desquels il y avoit de front six vingts chevaux, de sorte qu'il estoit de six cens bons chevaux. U avoit à sa gauche deux regimens de Suisses da canton de Glaris et des Grisons , et à sa droite un autre gros bataillon de deux autres regimens de Suisses, l'un du canton de Soleure , et l'autre ducolonnel Baltazard. CesdeuxregimensesU^ent de dix-huit enseignes; lesdits bataillons ayans chacun aux ailes, à sçavoir, de la main droite le régiment des gardes du Roy et celuy de Brigneux , et de la gauche ceux de Yignolles et de Sainct Jean. Le sixiesme estoit celuy du mareschal de Biron , qui pouvoit estre de deux cens cinquante bons chevaux , ayant aussi à ses costez deux regimens d'infisnterie fi-ançoise. Et le septiesme estoit celuy des reistres , qui estoit aussi de deux cens cinquante chevaux , et qui avoit, comme les autres , aux costez de l'infimterie françoise. Tout cela fut si bien disposé par la diligence du Roy, de messieurs les mareschaux de Biron et d'Aumont et du baron de Biron , qu'en moins d'une heure tout fut mis en l'ordre qu'il devoit estre.
Pendant que le Roy fit un peu rassoir son ar* mée en cest ordre, qui put estre sur les deux heures après midy, y arrivèrent M. le prince de Gonty avec sa troupe de cavallerle et quelque infanterie, le sieur de La Guicbe, grand maistre de l'artillerie, et le sieur du Plessis Momay, lesquels se mirent dans l'escadron du Roy. Cependant Sa Majesté envoya ses chevaux légers du costé de la main droicte, estimant que l'ennemy fust logé audit Yvry,qui est un grand bourg où y a un pont sur la rivière d'Eure ou de Dure, et en resolution de l'y aller attaquer ; mais ils n'eurent pas faict un quart de lieué , qu'ils descouvrirent et advertirent le Roy que le duc de Mayenne avoit esté plus diligent que l'on n'eust sceu penser , et qu'il estoit passé tout au deçà ladicte rivière d'Eure, là où son armée estoit en bataille et en bon ordre, mardiant pour venir trouver le Roy et le combattre.
Si-tost que ceste nouvelle fut entendue que le duc de Mayenne paroissoit, l'on entoddit une allégresse universelle en toute Tannée royale, è
CHB0NÔL0ÛI8 N0T81Ç/MM
iagnelle Sa Mijesté fit aa mesme temps tourner la teste du costé où il estoit, et n^eat gueres cheminé que l'on commença à descouvrir son armée à veuê; toutesfois fort esloignée ; et entre les uns et les autres y avoit un village duquel ceux de Tunion s'estoient saisis, lequel Sa Majesté fit incontinent attaquer, et leur fit quitter.
Pendant que Tannée royale estoit ainsi en cest ordre, arrivèrent les troupes des garnisons 4e Diepe , Evreux et du Pont de T Arche , et autres compagnies de quelques seigneurs et gentilshommes de Normandie, qui pouvoient estre de deux cens bons chevaux et plus , lesquels prindrent aussi tost place dans le régiment de M* de Hontpensier.
Les deux armées demeurèrent ainsi le reste du Jour à la veuë Tune de l'autre , sans qu'il s'y entreprist rien d'avantage que quelques légères escarmouches. La nuict estoit quasi toute fermée qu'elles estoient encores en bataille. En fin elles forent contraintes de se loger. Le logis de Ja personne du Boy fut à Fourcanvilje, qui est un petit village un peu h )a gauche de ladicte plaine oji l'armée avoit esté premièrement mise en bataille. Le reste de l'armée fut logé aux autres villages, que ceux de l'union pensoient avoir ce Jour là pour ewf..
Comme le &19 avoit esté quasi le premier qui s'estoit le matin trouvé au rendez-vous , aussi fut-il le dernier à se retirer au logis, ayant voulu, avant que partir, voir la forme de loger des ennemis , et ordonner de toutes les gardes de son armée.
Quant 3a Majesté arriva h son logis il estoit* plus de deux heures de nuict, où, ayant un peu repeu, il envoya advertfr un chacun de se tenir ^«it è la points du Jour ; mais i| le fut bien plusiasl, ear, s'estent jette sur une paillasse, et ayant reposé deux bennes, soudain il commença à «ivoyer quérir des npuvell(?s de Tarmée de Tunlon. L'on li^y rapporta premièrement qu'il y avoit apparenee qu'elle eust repassé la rivière , paiss qu'en leur place de bataille il y avoit des ftux,mais qu'il semblolt qu*il n'y eust personne derrière* U y renvoya pour la seconde fois , et loy fut raj^rté que sans doute les ennemis n'avoiant peint repassé la rivière , et qu'ils estiment logesB aw villages qui bordent ceste rivière d*Eare, derrière leur place de bataille, et au reste i|ill n'y avoit point d'apparence qu'ils fassent pour repasser, parce que, s'ils l'eussent voulu fidre, il y eussent commencé dès la nuict. Ce rapport conforta le Roy, qui sembloit appréhender de perdre ceste occasion. Et encores que ceste nuict eust esté bien cude pour plusieurs , ayans la plus-part esté contraints de camper,
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toutesfbis la confirmation de ceste nouvelle que ce Jour là se donneroit la bataille les remplit tous de telle allégresse, que le Jour couvrit, avec les ténèbres de la nuit, toute la mémoire du mal et de la peine qu'iljsyavoient receuë et tout le jour précèdent.
Sa Majesté se rendit an phaipp de bataille su| les neuf heures , et peu ^rès s'y rendirent toutes les troupes, lesquelles, è^ mesure qu'elles arrivoient, estoient desjà toutes sçavantes de leurs places ; de sorte que, sur les dix heures du mathi , toute l'armée estoit en l'ordre qu'elle avoit esté le jour précèdent.
Celle du duc de Mayenne pan^t en mesmp temps en lieu un peu plus relevé» et aussi un pei| plus reculé qu'elle n'estoit le Jour preceden|t. L'ordre et disposition de son armée pour la b^** taille estoit quasi pareille à celle du Boy, excepté que les poinetes advançoient d'ayantage, et avoient un peu plus de la ^rme de croissant. Ainsi que la cornette du Boy estoit m milieu de sies escadrons, aussi es^it celle dudjt sieur dup de Mayenne ; n^ls c'estoit au milieu de deux escadrons de lances de celles qui estoient vepuës de Flandres , qui pouvoient estre de douze ou treize cents lances. Ceste cornette du due de Mayenne pouvoit aussi estre de deux cents cin* quante chevaux , et bien autant qui estoient d(B la troupe du duc de Nemours, qui s'y vint Joindre, lesquels faisoient un troisiesme escadron au milieu des deux autres, faisant prez de dix-buiet cents chevaux qui marchoient tops enseimble. Au costé dudit escadron estoient deux régiments d^ Suisses, couverts aussi d'infanterie fra|)i^ise. )1 y avoit après deux autres escadrons de cavaleri|B composez de reistres, Bi^vguignons et Fl^uo^anda; celgy de leur main droite estoit d^ bQict eenlts chevaux, et celuy de la gauche de si^t cents, au devant duquel estoient deux couleyrines et deu|c bavardes, l'un et l'autre escadron ppreillemept flanquez d'un grand nombre 4'infanterle, tfmt Suisses, François, qu'Alleroans. AipsiqueleBoy avoit exhorté i(îs sienSi aussi le dup de Mayenne p^la aux princes et seigneurs de son ^mé^, et leur dit :
s Messieurs, nous sommes tous grand/entent obligez à la providence de Dieu pour ceste heureuse Journée , en laquelle il luy a pieu, après tant de peines et de travaux que nous avons soufferts depuis tant d'années, de nous faire naistre i'oportunité d'une bataille contre les ennemis de son l'église et les nostres , et encores de nous la donner avec l'advantagc que nous avons maintenant sur eux , tant eu nombre de bons soldats que pour le lieu où nous devons combattre ; si bien qu'il se peut cognoistre ay-
Si»
CimONOLOGlB NOVBNÀIHE
sèment que la justice de Dieu a conduit nos ennemis en ce lieu pour estre punis de toutes les meschancetez quMIs ont par cy-devant commises. Quoy que Dieu retarde quelquefois son chastiement , la qualité de la peine n*amoindrit paS; au contraire elle augmente. Il y a trente 4U11S que les hérétiques persécutent la France par sacrilèges , bruslemens et meurdres; Dieu les a mis à ceste heure en vos mains pour en faire le chastiement. Rendez vous donc dignes de ceste gloire, soldats de Christ armez de rinvincible escu de nostre mère Saincte Eglise, et de Tespée de la Justice divine, pour deffendre les fermes fondements du Sainct Siège apostolique, et faites recouvrir au royaume de France le nom de tres-chrestien affin qu'il Jouysse d'une heureuse paix. Ne pensez pas que la victoire que vous obtiendrez serve seulement pour la France ; car la Flandre, rAUemagne, l'Italie, et l'Espagne mesmes , se sentiront du bénéfice de vostre valeur. Les ffueux de Flandres en perdront leur support ; Ton ne craindra plus les menaces des hérétiques du Piedmont ; la Lombardie ne sera troublée en sa longue paix ; il ne se trouvera plus personne qui veuille nourrir les sectes de Luther, de Zuiogle et de Calvin; Ton ne tra- Yailiera plus le Portugal par les armes; les navigations des Indes seront libres; bref, de la valeur que vous monstrerez en ceste bataille despend le repos de toute la chrestienté, et principalement la fin de nos longues misères. Yoicy devant nous tons les chefe des ennemis de Dieu et de son Eglise ; mais que vous les ayez vaincus, il ne restera plus rien à combattre, et ne ferez que poursuivre une heureuse victoire. Vous flçavez qu'ils n'ont jamais voulu venir à une juste bataille contre nous , quoy que nous leur ayons plusieurs fois présentée, et que nous n'eussions pas tant de gens de guerre que nous avons à présent. Quel triomphe donc désireriez vous plus grand que de respandre vostre sang pour la défense de la foy ? Car, quant à moy , Je jure devant Dieu que Je n'ay autre passion que celle là, ear Je n'ay à présent aucun subject de combattre pour avoir vengeance de la misérable mort de mes deux frères, assez recognus pour avoir esté durant leur vie deux fermes colonnes de la foy catholique, à cause que celuy qui les avoit faict mourir a esté tué, ainsi que vous avez sceu. Combattons donc , soldats de Nostre Seigneur Jesus-Chrlst, pour la deffense de la foy, pour l'honneur et la gloire du nom chrestien , et pour venger les communs oultrages et ruines que ces hérétiques ont fait en ce royaume, i Les princes, seigneurs et capitaines, ayans entendu ceste exhortation , monstrerent tous à leurs visages le
DB PALMA GAYET. [lô90|
désir qu'ils avoient de combattre, et asseurerent le duc de faire tous leur devoir.
Les deux armées estans ainsi à la veuë et si proches Tune de Tautre^ le Boy commença à faire marcher premièrement la sienne, et la fit advancer de plus de cent cinquante pas, gaignant par ce moyen là le dessus du seleil et du vent , qui eust peu rejetter toute la fumée des harquebuzades dans son armée , advantage qui n'est pas petit enun jour de bataille. Comme elle ftit approchée , le Roy et ses capitaines recogneurent à veuë que les ennemis estoientbien plus grand nombre qu'ils n'avoient estimé, et qu'ils estoient plus de quatre mille chevaux et de dix à douze mille hommes de pied ; toutesfois il sembla que ce fust un surcroist de courage qui leur fust survenu.
L'armée de l'union estoit chargée de clinquant d'or et d'argent sur les cazaques ; mais celle du Roy n'estoit chargée que de fer, et ne se pouvolt rien voir de plus formidable que deox mille gentils-hommes armez à cru depuis la teste jusques aux pieds. Sa Majesté mesmes, comme dit le poCte du Bartas au cantique et en la description qu'il a faicte de la bataille d'Yvry :
BraTscfae , il ne te pare
D'an clinqoant enrichi de mainte perle rare : Il s'arme tout à cru, et le fer aenlemenl De sa forte Talenr est son riche ornement
Et toutesfois peu après il dit :
De marques déponillé , laschement il ne cache Sa Yie dans la presse : un horrible pannacbe Ombrage sa salade
Le cheval surquoy il estoit monté portoît aussi un pannacbe , ce qui le rendit fort remarquable de tous les siens. Et, estant ainsi armé, à la teste de son escadron, dont le premier rang n'estoîeot que princes , comtes et barons, chevaliers du Sainct Esprit, et des principaux seigneurs et gentils-hommes des principales familles de la France, il recommença à prier Dien , et fit exhorter un chacun de faire le semblable. Puis il fit une passade à la teste de son armée, animant un chacnn avec une grande modestie, et neantmoins i^eine d'asseurance et résolution.
Retourné qu'il fut en sa place, arriva le sieur de Marrivault [car dez que le Boy fut adverty que le duc de Mayenne avoit recen les forces estrangeres et qu'il s*acheminoit droict à luy , il avoit mandé de tous costez que l'on le vinst trouver ], lequel le vint advertir que les troupes de Picardie qu'amenoient lesslenrs de Humieres, de Mouy , et autres seigneurs et gentUs-homm»
CU&OliOLOGlB NOVENAIBB DE PÀLMA CÂYfiT. [l590]
do pays, qui pouvoientestre pins de deux cents ebevftux, estoient à deux mille pas du champ de bataille. Pour cela il ne voulut pas différer la bataille d*an poinct , et envoya commandement aosienr de La Guiche^ grand maistre de Tartillerie, de faire tirer : ce qu'il fit Incontinent et ayec grande promptitude, dont ceux de Tunion receareut beaucoup de dommage. Il avoit fait tirer neuf canonnades avant que ses ennemis eussent commencé.
Après trois ou quatre volées de part et d'autre, l'escadron des anciens chevaux légers de ronion, tant François , Italiens , qu' Albanois , qui poavoient estre de cinq à six cents chevaux , ToaJuts'advancer pour venir à la charge contre eehiydu mareschal d'Aumont, menans avec eox les lansquenets qui estoient à leurs costez ; mais le mareschal voulut entamer le combat, et le leur fît à eux-mesmes si rude et furieux, qu'il les perça de part en part, et aussi-tost ils ne isoDstrerent plus que le dos et les croupes de leurs chevaux ; et le mareschal les mena battant JQsqaes dans un petit bois qui estoit derrière , oùil ntfenne pour venir retrouver le Boy, comme il en avoit eu le commandement.
An mesme instant que ceux-là fuyolent , lehot des reistres de leur main droicte, qui vouloit venir vfrs Tartillerle du Roy , y trouvant les chevaux légers qui s*y estoient advanccz, leur fit une charge, qui fut si bien receue, que, sans les enfoncer, ils tournèrent tout court se r'allier derrière.
Cependant un autre escadron de lances de Wallons et Flamans , voyant les chevaux légers do Boy un peu séparez de ce grand effroy qu'a- Tottmisparmy eux ceste troupe de reistres, leor voulut venir faire une autre charge ; mais le baron de Biron s'advança , et ne l'ayant peu prendre par la teste , en print une partie de la quenë, qu'il perça, et y fut blessé au bras et au visage. Au devant du reste M. de Montpensier s'achemina et leur fit une très-belle charge, en laquelle ayant luy-mesmes esté porté par terre , son cheval tué, mais incontinent remonté sur lin antre, il s'y comporta avec telle valeur qu'il demeura maistre de la place.
En ce mesme temps le duc de Mayenne avec ce gros escadron , lequel il n'avoit fait si fort que pour combattre avec advantage celuy de Sa Majesté, et dans lequel s'estoient rengez le duc de Nemours, le chevalier d'Aumale et le comte â'Egmont,s'advança pour venir à la charge, taisant mareher à son aisle gauche le vicomte de Tavannes avec quatre cents harquebuziers à cheval estrangçrs, appeliez carabins, qui estoient armez de plastrons et morions , lesquels firent
une salve de vingt-cinq pas près de celuy du Boy. La salve achevée, la teste desdits gros escadrons affronta celle de celuy du Boy, du front duquel on le vid partir la longueur deux fois de son cheval avant aucun autre, et semes- 1er si furieusement parmy ses ennemis , qu'il fit bien recognoistre que si auparavant il avoit , em commandant et ordonnant, bien fait l'office d'un grand capitaine, au combat il sceut bien faire celuy d'un brave et magnanime gendarme.
Ceste rencontre fut très-furieuse, n'ayant neantmoins Jamais esté au pouvoir de ceste espouvantable forest de lances de faulser l'escadron du Boy, lequel , au contraire, fut si bien suivy, qu'il perça celuy de l'union, et fut un grand quart d'heure parmy eux tous-Jours combattant. Cependant ce gros corps, duquel les royaux affoiblissoient le fondement en combattant, commença à chanceler, et en moins de rien on vid le dos de ceux de l'union qui estoient si furieusement venus présenter le visage, et employer leurs testes et bras, encores tous armez , à i'aideetausecours de leurs talons qui ne l'estoient point. Du Bartas , parlant de ceste fuite , dit :
O prince généreux i bé pourquoy Tenfais-tu? QacUe terreur panique estonne ta vertu?
Qui grave un pasle efTroy sur ton constant visage ? Le droict manque à tes mains , et non pas le eoorage.
Ce commencement de victoire ne pouvoit encores resjouyr l'armée , ne voyant point le Boy. Mais aussitost on le vid paroistre couvert du sang de ses ennemis , sans qu'ils eussent veu une goutte du sien , encores qu'il fust assez remarquable par son pannache blanc qu'il portoit et par celuy de son cheval. Dès qu'il fut sorty de la meslée , eu s'en revenant , et n'estant accompagné au plus que de douze ou quinze de sa troupe , il rencontra , entre les deux bataillons des Suisses ennemis, trois estendarts de Vallons et quelques autres qui les accompagnoient, portans tous les croix rouges, qu'il chargea si valeureusement que les cornettes lui demeurèrent, et ceux qui les portoient et accompagnoient tuez sur la place. Arrivé qu'il fut quasi d'où il estoit party, il se fit de toute l'armée un cry universel de vive le Roi,
Incontinent le mareschal d'Anmont, le grand prieur, le baron de Biron et autres seigneurs, avec plusieurs dez leurs qu'ils avoient ralliez, vindrent joindre Sa Majesté , qui alla avec eux vers le mareschal de Biron, lequel estoit demeuré ferme avec sa troupe , laquelle sans frapper avoit autant ou plus fait de mal aux ennemis que nulle autre. A leur rencontre le mareschal dit au Boy :
CHfiONÛLÛGlB MOVBNÀIEfi BS PÀIMA CÀYfiT. [l(90]
« Sire, vous avec faiet le devoir du mareschal de BiroB, et le mareschal de Biron a faict ce que devoit faire le Boy. » Sa Majesté lai respondit : « Il faut louer Dieu , monsieur le mareschal , car la victoire vient de lui seul. »
Alors Sa Majesté, voyant que l'union luy iaissoit la place toute couverte de leurs morts , et qu^il ne restoit plus qtàe leurs Suisses, lequels, bien qu^abandonnez de toute leur cavalerie qui à gauche et à droite avoit prins party, ne laissoient de faire très-bonne contenance , proposa une fois de les envoyer rompre par Tinfanterie françoise de main droite qui n'avoit point combattu; mais, se resouvenant de l'ancienne amitié et alliance que ceste nation a de tout temps eue avec la couronne de France , il se contenta, les ayant renvoyez au mareschal de Biron, de leur faire grâce, et au lieu de leur envoyer la mort, comme il pouvoit faire , il leur envoya la vie et les receut à grâce et miséricorde ; et ayans mis les armes bas passèrent du costé des royaux. Ce qui estoit avec eux de François jouyrent de ceste mesme clémence.
Au mesme instant que le Boy se Joignit avec le mareschal de Biron, il y fut rencontré desdictes troupes de Picardie. Mais ainsi que premièrement Sa Majesté avoit fait l'office de capitaine et de gendarme , il voulut faire celuy de gênerai de l'armée, qui est de poursuivre la victoire avec son gros, et, ayant Jette devant luy le grand prieur avec une troupe à sa gauche, et le baron de Biron à la droicte, ayant avec luy le reste de sa cavallerie qui s'estoit ralliée , et lesdites troupes de Picardie, il se mit à suivre la victoire, estant accompagné des princes de Conty et duc die Montpensier, du comte de Sainct Paul, du mareschal d'Aumont, du sieur de La Trimoùille, et infinis autres seigneurs , capitaines et gentils-hommes de l'armée, laissant le mareschal de Biron avec le corps d'icelle, qui sui voit après. La retraicte des chefs et capitaines de l'union se fit de deux costez : le duc de Nemours, Bassompierre , le vicomte de Tavannes, Bosne et quelques autres , prindrcnt la route de Chartres ; et le duc de Mayenne et ceux qui se retirèrent avec luy prindrent le chemin d'Yvry pour y passer la rivière. Le temps que le Boy arresta à pardonner aux Suisses donna grand, ad vantage au duc de Mayenne et à ceux qui se retiroient : de sorte que, quand il fut arrivé à Yvry, il trouva que le duc de Mayenne estoit pieçà passé et avoit après luy rompu le pont, qui fut cause de la mort et perte d'une infinité des siens, spécialement des reistres , dont une grande partie se noya, estans contrains , pour empescher les rues afin qu'on ne les peust suivre , de couper
les Jarrets de leurs chevaux et en liiire des remparts dans les rues.
Estant le pont dTvry rompu et le g»y trèidangereux , le Boy fut conseillé d'aller passer b rivière au gay d'Anet, qui est beaucoup meilleur, qui fut une grande lieuë et demie de destour : toutefois cela n'empescba pas que l'on ne trouvast les chemins bordez de fuyards qui n'ar voient peu estre si diligens que les autres, lesquels demeuroient à discrétion. Ceux qui se voulurent eschapper dans les bois tombèrent à la mercy des paysans, qui leur estoient bien pins cruels que n'estoientles gens de guerre.
Sa Majesté , estant advertie que le duc 4e Mayenne estoit entré dans Mante, alla loger à Bosny , une lieuê prèsde Mante, aussi mal garoy de bagage pour ceste nuict qu'estoient ceux de l'union. Voilà ce qui se passa en la bataille d'Yvry , où toute l'infieinterie de l'union fut ou taillée en pièces, ou se rendit. De la cavalerie il ea fut tué ou noyé plus de mille et plus de quatre cents prisonniers. Entre les morts furent reoognus pour principaux le comte d'Egmont, ehevalier de l'ordre de la la Toison , cdonel des troupes envoyées par le prince de Parme; Guillaume, fils du duc Henry de Brunsvic, mais naturel; le baron d'Hurem, le seigneur de La Chastalgneraye, et plusieurs autres sdgneun; des prisonniers le comte Danstefrlst, colooel des reistres, et plusieurs seigneurs estrangers, tant espagnols , flamands , qu'italiens; et des François, les seigneurs de Bois-Danphia , Sigongne , qui portoit la cornette blanche du doe de Mayenne, Mesdavit, Fontaine-Martel, Loacham, Lodonan, Falendre, Henguessan, les maistres de camp Treuzail, La Casteliere, Disemieux , et beaucoup d'autres. Il y fut aussi gaigné vingt cornettes de cavallerie,entre lesquelles estoient la cornette blanche du duc de Mayenne, le grand estendart rouge du gênerai des Espagnols et Flamands , et la cornette du colonel des reistres, avec soixante enseignes de gens de pied, tant françois, fiamans , que lansquenets , et les vingt-quatre enseignes des Suisses qui se reodirent. L'artillerie aussi, qui ne pi|t cheminer si viste que le duc, demeura en la possession du Boy.
De ceux de l'armée royale y ont esté tuez le sieur de Clermont d'Entragues, capitaine des gardes du corps , qui mourut bien près de la personne de son maistre ; le sieur Tich Schomberg, lequel, ayant commandé et mené de grosses troupes de sa nation, se contenta pour ceste journée d'estre simple gendarme à la cornette de Sa Majesté ; les sieurs de Longaulnay de Normaadle , aagé de soixante et douze ans, de Crenay, cornette de M. d^ Montpensier, Fesquieres. et
CHIONOLûaiS NÛVSNAIJIS DK PiUU CÀYST. [I $90]
jwpuk uae vingtaine d'autres gentib-hommeg. Des blessez, le sieor marquis de Nesle, lequel, bien qu*il fùst capitaine de gensd'annes, voulut combattre au premier rang des chevaux légers : il mourot peu de Jours après au chasteau d'Eselimont ; le comte de Choisi , les sieurs Do , le comte du Lude, les sieurs de Montlouët, Lauvergne et Rosny, et une vingtaine d'autres gendls-hommesy dont la pluspart ne furent que le^ gerement blessez.
Geste Journée du quatorziesme de mars Ait grandement heureuse pour les affaires du Eoy ; car, comme plusieurs ont remarqué , oultre qu'il semblast que la terre eust fait naistre des hommes armez pour son service , comme il se vid la veille et le Jour du combat, où il arriva de tous costez plus de six cents gentils-hommes, Dieu encore eut soin aussi des affaires de Sa Majesté en deux autres endroits de son royaume, sçavoir, en Auvergne, ou le comte de Rendan, tenant assiégé Issoire, fut tué ce mesme Joar , et son armée desfaicte ; et au pays du Mayne, où le sieur de Lansac, qui luy avoit Juré fidélité, ainsi qu'il a esté dit cy dessus, ayant sceu que le duc de Mayenne avoit passé la Seine pour combattre Sa Hi\j€Sté 9 se remit derechef de la ligue , et ayant seerettement assemblé plusieurs gens de goerrey s'esforça de surprendre le Mans en eeste mesme Journée, d'où il fut repoulsé et ses troupes pen après desfàictes, ainsi que nous dirons cy dessous ; mais que nous ayons veu ce que le Boy fit après son heureuse victoire dTvry.
Le due de Mayenne, comme plusieurs ont escrit, estant arrivé de nuict aux portes de Mante , af&n d^entrer dedans la ville , dit aux habitans que le Blamois estoit mort [ceux de Tnnion appelloient ainsi le Boy]; toutesfois qu'il y avoit eu quelque desroute des siens, mais petite au regard du grand nombre de morts du eosté des hérétiques. Les habitans de Mante, à l'exemple de beaucoup de villes de Tonion , n'avisent receu garnison ny gouverneur qu'à telle condition qu'ils avoient voulu, et n'aimoieot pas trop ceux de ce party pour en avoir reeeu de l'incommodité lors que le feu Boy alla battre Pontoise, parce qu'ils y avoient fiiict abbattre quelques églises et maisons dans les fauxbourgs, et mesmes les murailles de leur cymeti»re : pour ces raisons ils se mirent en armes aux premières nouvelles qu'ils recourent de la bataille , et ne vouloient laisser entrer personne dans leur ville. Après plusieurs paroles ils y laissèrent entrer le doc , à la charge que ceux qui le suivolent n'entreroient que dix à dix, et passeroieut en mesme temps au faux-bourg de Limoy delà le pont,
Le duc, entré ainsi dans Mante, récent quelques restes de son année, puis il proposa de mettre des gens de guerre dans ceste ville, pour arrester là contre les victorieux cependant qu'il donneroit ordre à ses affaires. Le Boy d'autre costé estoit à Bosny , qui , dez la poincte du Jour, envoya le vidame de Chartres avec quarante chevaux pour prendre langue et sçavoir nouvelles du duc. Ledit sieur vidame estant proche de Mante s'arresta, et, n'ayant rencontré personne à cause du grand effroy auquel estoient ceux de Mante , commanda au sieur de Ville* neufve , gentil-homme du pays de Qoercy, le» quel estoit auprès de luy, d'aller le plus près qu'il pourroit de la porte de la ville pour apprendre des nouvelles du duc. Yilleneufve aussi tost s'advança, et voyant quelques uns qui se sauvoient par dans des vignes pour entrer dans Mante, alla droiet à eux pensant les Joindre; mais ils coururent si vistement, qu'ils allèrent donner l'alarme à ceux de la porte , où il les suivit Jusques à trente pas près. Entre la porte , la barrière et le pont-levis , estoient plus de deux cents hommes en armes , la plus-part harquebusiers , qui avoient la mèche sur le serpentin prest à tirer. Yilleneufve les ayant contemplez , et voyant qu'ils ne le tiroient point , s'advança droiet à eux : approché , il leur dit tout haut qu'il estoit là venu exprès par le commandement du Boy , lequel estoit à Bosny, pour sçavoir d'eux ce qu'ils pretendoient faire : puis leur ayant raconté l'heureuse victoire que Sa Majesté avoit obtenue contre le duc de Mayenne , et les avoLr asseuré de la démence de Sa Majesté pourveu qu'ils le recogneussent , et dit plusieurs choses sur ce subject, lesdits habitans s'approchèrent plus près dudict sieur de Yilleneufve, et le supplièrent de leur dire s'il venoit vers eux exprez de la part du Boy pour leur parier : il leur dit qu'ouy. Incontinent les capitaines desdits habitans commandèrent aux nmusquetaires et harquebusiers de lever la mesche de dessus le serpentin ; ce qu'ils firent , et , ayans mis leurs harquebuzes et mousquets sur l'espaule, le chapeau à la main , ils luy dirent : • Yous pouvez asseurer le Boy ({uenous ne desirons autre chose que de le recognoistre , et que nous sommes résolus de vivre et mourir à son service : s ce qu'ils protestèrent tous de faire , en levant les mains*
Pendant ces discours, qui furent un petit longs , survint un capitaine de la garnison de la ville , lequel , ayant escouté la resolution des habitans, tira son espée, et leur dit de colère que l'on les empescheroit bien d'exeeuter leur resolution; puis^ pensant Joindre ledit Yilleneufve pour le tuer, et se voulant jetter sur luy, il en fut
GHaONOLOGIB NOVENAIBE DE PALIIA CAYET. [lôOO]
empesché. Alors ce capitaine et YilleDeufve se mirent à contester devant ces habitans : chacun d'eux leur disoit l'advantage de son party. Le capitaine, voyant qu1l n'estoit escouté selon son désir, rentre en la ville , et les habitans prièrent Villeneufve de dire au Roy qu*il vinst se présenter devant leur ville le plustost qu'il pourroit , aflQn qu'ils luy rendissent tesmoignage de leur affection.
Villeneufve d'un costé va advertir le Roy de ce qu'il avoit fait ; le capitaine, de Fautre, alla trouver M. de Mayenne , et luy dit qu'il y avoit à la porte un gentil-homme de la part du Roy qui parlementoit avec les habitans, lesquels promettoient de rendre la ville au Roy. Le due, sur cest advis , de peur de se trouver enfermé dans oeste ville , monte incontinent à cheval , et , sans laisser une bonne garnison dans Mante, ainsi qu'il avoit résolu , partit tout aussitost pour se retirer dans Salnct Denis.
Les habitans, estans entrez en confusion avec les gens de guerre, envoyèrent vers le Roy. Le sieur de Ghasteau-Poissy, l'un desdits habitans, practiqua leur accord, et dez le lendemain Sa Majesté fit son entrée dans Mante, et y mit pour gouverneur le sieur de Rosny. La ville de Vernon en mesme temps se rendit aussi : tellement que le Roy eut en sa possession tous les ponts qui sont sur la Seine entre Rouen et Paris.
Avant que de dire comment le Roy se rendit maistre de Gorbeil et des ponts qui sont sur la rivière de Seine au dessus de Paris, voyons ce qui advint de plus notable en la journée d'issoire en Auvergne , puis que ceste bataille fut donnée au mesme jour que celle d'Ivry, et que Dieu voulut en ce jour, et presque en mesme heure, monstrer une libérale profusion de sa faveur et de son assistance au party royal.
Nous avons dit Van passé comment Issoire fut repris par le sieur de Randan sur les royaux. Ceste ville est une des principales de la province d'Auvergne, tant pour la commodité qu'elle rapporte à tout le plat pays ou elle est assise et située comme au milieu d'iceluy, que pour l'artlllce de sa forteresse , qui est d'un large fossé plain d'eau et d*un grand terrain dans la viile. fin une guerre civile , quiconque en Auvergne est maistre de ceste ville, donne la ioy à une grande estenduè du pays, et levé par tout à son plaisir les deniers des tailles. Les royaux estoient merveilleusement faschez de la perte de ceste place. Tissandier, l'un des eschevins de Glermont , ayant par le moyen d'aucuns de ceux d'issoire qui s'estoient réfugiez audit Glermont, fait sonder tous les endroits plus propres pour surprendre ceste villei et ayant communiqué son
dessein à ses autres compagnons eschevins et au sieur Dalmas , président au presidial de Clermont, se résolurent ensemblement d'en faire rexeculion : et , ayans conféré avec les capitaines Rasset et La Sale de leur entreprise , ils leur donnèrent la charge de l'exécuter.
Le samedy, dixiesme février, lesditsdeux capitaines, ayans faict courir un bruict d'estre mal contents des eschevins de Clermont, sortirent sur le soir des faux-bourgs de Clermont avec les compagnies du sieur de La Guesle et du capitaine La Croix , parmi lesquelles se mcslerent quelques gentilshommes et aucuns des liabitans d'issoire qui s'y estoient reffugiez. Tous ensemble marchèrent en telle diligence , qu'ils abordèrent aux murailles d'issoire sur le matin et un peu devant jour. L*endroit destiné pour planter l'escalade recognu , un desdits réfugiez d'issoire, ayant dressé son escheile, monta le premier sur la muraille, et fut suivy IncontiDent des sieurs de Robiere, Rasset et autres, lesquels, après avoir tué quelques rondes sur le couroir de la muraille, donnèrent de furie jusques au milieu de la place de la ville , en laquelle quelques uns de la garnison s'y voulans renger furent tuez : le reste de la garnison espouvanté, n'oyant par tout qu'un cry de Vive le Roy , se retira dans la citadelle. Les royaux , pensant d'une mesme suitte s'en rendre maistres , allèrent planter trois pétards contre les trois portes; mais cela ne leur profita de rien , et ne firent pour ce coup que loger cinquante harquebuziers dans les fauxbourgs proche de ladite citadelle , pour empescher qu'elle ne fust secourue par le dehors.
Rasset et La Salle ayant donné advis aux eschevins de Clermont de la prise d'issoire, et demandé forces pour parvenir à la prinse de ia citadelle , le sieur de Florat , seneschal d'Auvergne, avec les sieurs de Rlot, de Rarmonthet, de La Mothe-Amauld et de Fredeville , montèrent incontinent à cheval , et , faisans une troupe de quatre-vingts cuirasses , firent telle diligence qu'ils se rendirent de Clermont en cinq heures dans Issoire , l'unziesme de février. Incontinent le sieur de Florat , prenant le commandement gênerai , disposa à chacun son quartier pour entourer la citadelle ; les uns s'employèrent aux approches , les autres à la sape , d'autres à la mine, et tous travaillèrent sans intermis^on jour et nuit.
Le comte de Randan, adverty que la citadelle tenoit encor pour l'union , envoya quelques cavaliers affin d'asseurer par quelque signal les assiégez d'un prompt secours : ce qu'ils firent, et sur le soir du douziesme février, quatrevingts chevaux vindrcnt fort près de la citadelle, les-
CHRONOLOGIB NOVBNAIRB DB PALMA GAYBT. [1600]
qnds, après avoir fait plusieurs signais, s'en retournèrent incontinent. Le lendemain, ils y revindrent encor, mais ils estoient bien cent cinquante, lesquels, en s'en retournant, allèrent prendre les munitions et les pétards qu'envoyoient ceux de Glermont à Issoiire.
Tout le plat pays d'Auvergne , ainsi qu^aux antres endroicts de la France , favorisoit lors fort le party de Tunion, qui sepreparoit pour assiéger et reprendre ceste ville. Les royaux dans Issoire, en ayans eu ad vis, mirent en délibération d'abandonner leur prise et de se retirer, ou bien de la conserver au party royal. Il se présenta plusieurs raisons pour l'abandonner, entr'autres le peu de vivres qu'il y avoit dans la ville, tant pour les bommes que pour les che- ?aax, le manquement de poudres et autres armes propres à la deffence d'une place, et sur tout le peu à*esperance qu'il y avoit d'en recouvrer. ToQtesfois, se mettans devant les yeux de quelle Importance la conservation de ceste place estoit au service du Roy, ils se résolurent et se jurèrent les uns aux autres de perdre plustost la vie que de la quitter. Ils donnèrent incontinent advisde leur resolution à ceux de Glermont, les priant de convier tous les gouverneurs des provinces voisines serviteurs de Sa Majesté • pour leur prester assistance et donner secours. Le sieur d^Elfîat, agent pour le Roy en Auvergne, avec les eschevins de Glermont mandèrent et convièrent de tous costez la noblesse royale de leur prester assistance, et principalement au sieor de Rostignac, gouverneur du haut pays d'Auvergne, au vicomte de Lavedan, et au sieur de Chazeron , gouverneur de Bourbonnois. Le marquis de Gurton, les sieurs de Ghaptes, de Bi voire, de Gbappes, et autres gentils-hommes d Auvergne, se rendirent incontinent à Glermont.
Cependant que les royaux s'assembloient à Glermont, le comte de Randan avec ses troupes investit la ville dlssoire, et envoya prier le sieur de Neufvy, commandant pour l'union en Bourbonnois , et le sieur de Sainct Marc , commandant aussi pour l'union au pays de la Marche , de luy donner aussi assistance. Ainsi les royaux et les ligueurs se mettent tous à la j?ampagne, chacun pour rendre fort son party.
Au lieu que les royaux dans Issoire assiegeoient la citadelle , le comte de Randan, ayant ûûct entrer du secours dedans, assiégea la ville et desfit deux cents cinquante barquebusiers conduits par les capitaines Orgemont et du Bois, lesquels estoient partis exprès de Glermont pour entrer dans Issoire. Et depuis, le sieur de Neufvy estant venu au secours dudit sieur comte , ac-
compagne de cent hommes d*armes et de deux cents argoulets à cheval , après s'estre emparé des faux-bourgs, il fit battre la ville avec trois pièces de canon de dedans la citadelle, ayant espérance de forcer les royaux par ce costé là; mais les retranchements et fortifications qu'ils avoient faictes rendirent ceste batterie sans effect.
Il se faisoit tous les jours quelque combat ou quelque escarmouche. Les royaux, qui ducomr mencement avoient eu du pire, sur la fin furent plus heureux. Premièrement ils receurent cinquante hommes de renfort en une fois , puis de jour en jour ils receurent des poudres, grenades, lances à feu et autres armes pour leur deffence^ par le moyen de quelques paysans qui se hazardoientde leur porter. Sur l'advîs qu'ils receurent que le secours s'assembloit à Glermont, ils se résolurent des faire desorties; lesieurdeFredeville en eut la conduitte , et , ayant mis dans les ruynes du faux-bourg du Pontet, nombre d'harquebusiers, luy, avec quinze salades, alla convier les asslegeans de donner coups d'espée à pareil nombre. Le sieur de Neufvy, qui estoit là avec ses troupes, tascha de l'enclorre : Fredeville, s'en prenant garde, fit semblant de se retirer, et par ce moyen l'attira dans son embusdade , laquelle tira si à propos, que ledit sieur de Neufvy et plusieurs des siens furent blessez , quelques uns de tuez et beaucoup de chevaux : ce qui fut cause que ledit sieur de Neufvy se retira avec les siens et abandonna du depuis ce siège.
Le comte de Randan cependant avoit fait changer sa batterie, laquelle fit un grand eschet aux retranchements et barricades : mais , ayant entendu l'acheminement du sieur de Rostignac et du vicomte de Lavedan , il se résolut de les aller combattre devant qu'ils fussent arrivez à Glermont. Le marquis de Gurton, qui estoit dans Glermont, en ayant eu ad vis, s'achemina avec une troupe de cavalerie et d'infanterie au devant desdits sieurs de Rostignac et de Lavedan , et , les ayant joints à trois lieues de Glermont, ils y revindrent tous ensemble sans aucun empeschement. Randan , retourné à son siège , faict retirer ses canons de dedans la citadelle , et les fit mener dedans le chasteau de Yilleneufve appartenant au sieur de Sainct Heran, ne laissant toutesfois de continuer son siège, espérant de combattre tout secours et d'en empescher l'entrée dans Issoire.
En attendant le sieur de Ghazeron avec ses troupes, les royaux assemblez dans Glermont entreprirent de se saisir du fort de Neschers pour leur servir de retraicte entre Glermont et Issoire ; mais ils faillirent leur entreprise, ce qui
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fut cause que Randan mesprlsa les royaux , et Jugea qu'ils estoient sans bonne conduite et sans chef. Aussi tost quMl eut receu le secours que luy amena le sieur de Sainct-Marc du pays de la Marche, il fit remener ses canons devant Issolre, et recommença à faire dresser une nouvelle battarie. Les assiégez, ayant recogneu son dessein ^ et estans en peine de ce que le secours qui leur avoit esté promis retardoit tant, résolurent de faire sortir quelqu'un en habit desgulsé pour aller à Clermont afin d'y représenter Testât auquel ils estoient réduits. Cependant que le sieur de Florat faisoit desguiser un gentilhomme Avec un habit de paysan pour y aller, le sieur de Bandaû leur présenta une inopinée commodité, qui fut telle : Quelques uns de sa part proposèrent aux assiégez qu*il failloit faire une trefve générale dans le pays d'Auvergne , attendant laquelle il seroit bon d'accorder une surseance d'armes. Sur ceste proposition les assiégez respondlrent qu'ils ne pouvoieut rien faire sans le conseil estably pour le Roy dans Clermont, mais que s'ils voulolent doimer seureté à un des leurs pour y aller et revenir, qu'ils esperoient que ledit eonseil ne refuseroit le bien du pays. Ceux de l'union n'avoient pasfaict ceste proposition pour donner du repos au pays , mais seulement afiOn que les forces assemblées à Clermont, n'estant promptement employées, s'en retournassent chacun chez eux, d'où puis après il seroit malaisé de les rassembler; et les royaux ne l'acceptèrent aussi que pour envoyer seurement le sieur du Blot à Clermont affln de sçavoir en quel estât estoit le secours qu'ils attendoient, et pour faire entendre le leur, et aussi pour persuader que l'on iist advancer quelques forces pour favoriser la sortie des chevaux des assiégez , qui mouroient de jour en Jour faute de fourrage , ensemble les personnes inutiles qui ne servoient qu'à incommoder les autres. Par ce moyen ledit sieur du Blot alla à Clermont, et retourna à Issoire le treiziesme Jour de mars , sur les trois heures après midy, alors que l'assaut se commençoit à donner ; car ce mesme Jour le sieur de Randan avoit (aict tirer six vingts coups de canon , et avoit faict bresche en un endroict où il pouvoit Cadre aller à Tassant par le moyen d'une coulevrine qu'il avoit fait mettre dans la citadelle, laquelle commandoit entièrement le long de la bresche au dedans de la ville. Du Blot, rentré , asseura les assiégez qu'il avoit veu leur secours de Clermont en ordre de bataille, et qu'ils Tauroient dans le lendemain matin. Ceste nouvelle encouragea tellement les assiégez, qu'ils soustinrent Tassant de ceux de Tunion, et les repoulserent avec perte.
Le quatorziesme de mars , le secours royal partit, sur le point du Jour, du Coude, à deux lleuês d'Issoire, et , ayant repris la forme de bataille qu'il tenoit à la sortie de Qermont, s'achemina pour entrer dans Issoire. M. le marquis de Curton en estoit gênerai ; H. de Rostignac conduisoit la bataille , et M. de Chazeron Tadvantgarde ; les sieurs de Rivolre et de Chappes estoient mareschaux de camp. Ce secours estoit de trois cents cuirasses et de cinq cents harquebusiers commandez par les sieurs de Bouqnetreau et Bertry, ayant pour sa deffence quatre petites pièces d'artillerie et deux chariots dliarquebuses à crocfaictes en orgues. Tandis que le sieur de Randan se preparoit d'un costé pour aller combattre ce secours , de l'autre le sieur de Florat se preparoit de sortir de la ville pour l'aller Joindre, et, après avoir donné Tordre nécessaire dans la ville, accompagné desdits sieurs de Blot, de Barmontet, de LaMothe-Amauld, de Basset et autres, Jusques au nombre de soixante salades, partirent d'Issoire si heureusement, que Tennemy mesmes leur fit naistre une occasion de se Joindre au secours sansempeschement.
Le sieur de Bandan , ayant mis ses troupes en bataille dans la plaine d'Issoire, entre la ville et la montagne de Croz-Boland, qui n'en est qu*à demie lieu ë , par où de voit passer le secours royal , logea aussi ses harqaebuziers dans un petit bois et en lieu fort advantageux pour eux ; mais le sieur de Rgstignac , ayant recognu Tadvantage que l'union avoit en ce lieu , et que les royaux n'eussent sceu passer parla qu'à la mercy de ces harquebuziers , n'y n^eossent aussi soen prendre la place ny Tordre pour le combat qu'ils des!roient rendre, s'advisa de ne faire parolstre qu'une partie du secours cependant qu'il fëroit couler et monter le reste du costé de main droite par un valon de ladite montagne. Par ce moyen les royaux , y estans montez , en firent deslog^ aucuns de Tunion qui s'en estoient saisis. Rostignac , ayant de dessus la montagne contemplé Tordre de l'armée de Tunion, leur envoya quatre volées de canon, qui servirent, tant pour advertir les assiégez, que pour faire changer d'ordre à l'armée de Randan. Ainsi les royaux , ayant recognu l'armée de Tunion . descendirent de la montagne et marchèrent en bonne ordonnance vers Issoire ; avec les vivres, munitions et pieces d'artillerie, lesquelles leur servoient comme de l)arrieres entre eux et leurs ennemis , qu'ils laissoient tousjours àleur main gauche. Randan, qui void que les royaux s'advancent vers Issoire, affln de leur donner à droict ou à dos , monta avec toutes ses troupes sur le mont de Ciroz-Roland d'où les royaux estoient descendus , oe qui
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vint lors très à propos pour le sieur de Florat , qui, estant sorty de la ville^ oe sçavoit joindre le secours I d'autant que ledit sieur de Randan estdt en bataille au lieu par où il devoit passer. Ainsi le sieur de Florat et sa troupe Joints au secoQTSi print place à la teste d^celuy , entre les sieurs de Rivoire, de Chappes et de Chazeron.
L'ordre auqud cheminoient les royaux fit eneor changer de dessein au sieur de Bandan , leqoel descendit de la montagne et résolut de regaigner la plaine pour les combattre avant qu'ils fussent approchez de la ville : pour ce faire il>egaigna le devant diligemment , ayant disposé son armée eu trois escadrons , marchans , serrez et en bel ordre, fort furieusement droict contre la teste delà petite année royale. Le premier escadron de Tunion estoit conduit par les sieurs de ChasluS;Sainct Marc et Monfan ; le second marchoit à vingt pas près du premier, et estoit conduit par les sieurs de Syogheat, Flagheat, Cornûlhonet Cons; le dernier marchoit après, et estoit conduit par les sieurs comte de Randan ; vicomte de Chasteauclou et Monravel. Ces trois escadrons ainsi ordonnez , d'une brave résolution, commencèrent à venir au combat. Le canon et les orgues des royaux les endommagèrent fort da omimencement. Le premier escadron ; s'estant approché comme pour venir au combat, fDtaaIué décent harquebusiersqui estoient à la teste de rinfanteria royale , oe quile contraignit de tourner le flanc et passer outre, comme s'il eust yoolu efaoqaer la bataille des royaux dans iBqœlle estoient les sieurs marquis de Curton, deRoetignae, vicomte de Lavedan, Deffiat et antres; mais cest escadron passa à la teste des sieurs de Florat , de Chappes et de Rivoire , qui ne le voulurent charger, craignans d'estre prins en flanc par celuy qui venoit après : ainsi passa ce preoder escadron ; le second , le voulant suivre , passa aussi outre , et fit Jour au troisiesme, où estoit le siear de Randan , qui vhit à la charge contre le sieur de Florat et sa troupe , laquelle bt sonstenuë par lesdtts sieurs de Rivoire et de Chappes , on , après un long et furieux combat , ils peraerent à Jour Tescadron du sieur de Randan, et le mirent à vau-de-route. Cependant les ^CQx autres eaeadnms s'estans joincts ensemble^ ^ita^erenteourageusement l'advant-garde condnite par ie sieur de Chazeron, et la Imtailie royale : èhacan desiroit avoir rhotineor de son coaté. Il y eut entr*eux un long et furieux combat ; mais les royaux furent en fin victorieux , demeurant sur la place plus de six vingts gentils-hommes morts de Tunion, et une partie de ee qu'ils «rétent tfiniiBnterie. Il y eut grande V»utité de prisonniers de qualité ; entre-autres
ledit comte de Randan , que le sieur de La Mothe-Arnauld fit son prisonnier, et le mena dans Issoire , où il mourut , une heure après, d'une blessure qu'il avoit receuë en la bataille , d'un coup de pistolet chargé de deux balles, dans la hanche droicte. Les autres morts du costé de l'union furent les sieuigs de Sainct JUare , Sainct Gervasy, seneschal de Qermont, Montfan l'aisné, d'Arbouze, Ronzay, Neuf-ville Taisné, La Villatte, Sainct Pardoux, Peirisieres, Chavaignac de Dienne, Yille-velours, Russiere le jeune, Murât, La Saile, Rouschet le jeune, de Lair, Sainct Flour, Le Yemet de Rerry, Rochemore et les Yignaux; de prisonniers, le sieur vicomte de Chasteauclou , lequel fut pris par M. de Florat , son lieutenant et enseigne Mont-ravel , les Rravards, le jeune Rrezon, Hercules, fils au sieur de Yillebouche, Fressinet deRoùargues, La Rorde^ Le Chay, Yerdonnet, La Martre, de Toroques, Sainct Michel, qui depuis est mort à Clermont, et plusieurs autres.
L'armée royale, ayant poursuivy quelque temps la victoire , se rassembla le plus diligemment qu'elle ie put, et alla investir la citadelle d'Issoire avec le feux-bourg proche d'icelle, où s'estoit retiré une partie deTinfanterie de l'union. Mais ceux de dedans, estans asseurez de la mort de leur chef, entrèrent en composition, et rendirent la citadelle, l'artillerie et les munitions dudit sieur de Randan , ez mains des royaux, et le sieur de La Yort avec le capitaine Rarriere et leurs soldats sortirent de ceste place vies et bagues sauves, mesche esteinte.
La remarque est notable que l'on a faict du costé des royaux , en ce qu'il ne fut tué en ce combat que trois gentils-hommes du party royal, et dix ou douze de blessez. Pendant aussi que le sieur de Randan tint lesiege devant Issoire, bien que les royaux eussent esté si vifvement attaquez cinq semaines durant , qu'ils n'eurent pas loisir de se desarmer, logeant tousjours dedans leurs corps de garde et dans leurs retranchemens , il n'y fut tué que cinq soldats avec le sieur de Fredeville , lequel , pour ses louables qualités , fut regretté de tous ceux de son party.
Lejeudy, seiziesme de mars , après que, du consentement de tous les seigneurs, le sieur de Rarmontet fût laissé gouverneur dans Issoire, Ils s'en retournèrent tous à Clermont , et de là chacun s'en retourna en ses gouvernements et places. Yoylà ce qui s'est passé en la Imtallle d'Issoire, de laquelle victoire le sieur de Rostignac, que du depuis on a appelle le sieur de Messillac, a esté grandement honoré, comme aussi il le fut encore beaucoup de celle qu'il obtint contre le
CHRONOLOGIE NOYBNAIRB DB PALIU GAYBT. [l 690]
dac de Joyeuse à Villemar, ainsi que nous dirons cy-après.
Nous avons dit cy-dessus que le Roy après la bataille dTvry se rendit maîstre de Mante et de Vemon , et que par ce moyen il tenoit tous les ponts entre Rouen et Paris. Après la réduction de ces deux places, quelques-uns de la noblesse s^en retournèrent chacun chez eux aux provinces d'où ils estoient , tant pour s'opposer et garantir des hosUlitez et courses que faisoient ceux des villes de Tunion, lesquels surprenoient tous- Jours quelques petits lieux forts qui leur servoient de retraicte en chasque province , d'où ilsmolestoient grandement les royaux , qu'aussi pour se rafraischir, et pour se préparer de venir au siège de Paris , que le Roy esperoit faire sur Testé prochain.
Sa Majesté , après avoir demeuré quinze jours vers Mante, se voyant malstre du bas de la rivière de Seine , résolut de faire advancer son armée vers Corbeil pour se rendre aussi maistre des ponts et villes du hault de ladite rivière , afQn d'empescher les Parisiens de recevoir des vivres par les rivières de Seine, de Marne, d'Ionne, de Loing et d'Estampes; mais les his« toriens qui ont escrit en faveur de la ligue des catholiques disent que si le Roy, au lieu du séjour qu'il fit vers Mante , fust allé droict à Paris , et eust faict exercer les practiques estroittes de la guerre , qu'il estoit impossible que les Parisiens eussent faict aucune résistance, et que dès-lors il se fust rendu maistre de ceste grande ville, et que ce séjour de Mante fut cause qu'ils prirent nouveaux conseils et nouvelles délibérations avec le duc de Mayenne qui s'estoit sauvé à Sainct Denis , distant de deux lieues de Paris, là où le cardinal Gaétan , légat de Sa Saincteté , le fut trouver avec Hendozze, ambassadeur d'Espagne , l'archevesque de Lyon , lequel estoit sorty quelque temps auparavant de prison par rançon , et plusieurs autres prélats et gens de conseil qui estoient de son party, où ils résolurent entr'eux qu'en s'accommodant du bénéfice du temps que Sa Majesté leur donnoit sans se présenter devant Paris , dénué alors de toutes forces , tant de gens de guerre que d'artillerie et munitions, ils dévoient entretenir le Roy par quelque conférence et traicté d'accord , pendant lequel on tascheroit à faire entrer des vivres dans Paris et des gens de guerre pour y tenir le peuple ferme en leur party, et que cependant le commandeur Morée , Riamois de nation , mais grand serviteur de l'Espagne où il a esté nourry , iroit vers le duc de Parme pour obtenir nouvelles forces affin d'empescher Paris de se rendre au party royal, et pour le secourir en cas de neces- |
site; c car sans doute, disoient-ils, si Paris quitte le party de l'union , beaucoup d'autres villes suivront ceste voye. »
Ainsi qu'il advient d'ordinaire ez guerres civiles , que les grands, après une perte notable, ne laissent de raccommoder leurs affaires par des conseils qu'ils prennent en leurs nécessitez , lesquels souvent leur réussissent et les font maintenir en réputation dans leur party , aussi ces conseils que print lors le duc de Mayenne dans Sainct Denis luy conservèrent sa réputation et son authorité dans son party.
Pour faire entrer des vivres à Paris devant que le Roy se fust emparé du haut de la rivière, le sieur dcGivry , qui tenoit le pont de Chamois pour le party royal , fut sommé de laisser passer la traicte de dix mille muids de vin et trois mille muids de bled et autres grains , moyennant certaine somme de deniers , ainsi qu'il l'avoit accordé auparavant la victoire d'Ivry : ce qui fW exécuté trop promptement ; et il se peut dire que ceste seule action fut cause de faire opiniastrer Paris contre le Roy.
Pour y faire entrer des gens de guerre, le duc de Nemours , qui s'estoit sauvé de la bataille d'Ivry dans Chartres, se rendit incontinent dans Paris avec le chevalier d'Aumale , et fut mis gouverneur dans ceste ville avec douze cents lansquenets [sous la conduite de Hemardin, baron libre d'Erbestain, lieutenant du comte Jaques deColalte, qui enmesme temps fut aussi envoyé en Allemagne pour y faire une nouvelle levée de lansquenets au nom du roy d'Espagne], cinq cents Suisses et raille hommes de pied françois avec quelque cavalerie. Peu après s'y rendirent le sieur de Vitry et quelques seigneurs de ce party avec leurs compagnies.
Pour plus promptement soliciter le secours da doc de Parme , M. de Mayenne s'en alla de Sainct Denis à Soissons ; il despescha aussi mcontinent des courriers de tous costez, tant vers le Pape que vers le roy d'Espagne et les autres princes de la ligue, s*excusant le mieux qu'il pouvolt de l'infortune qui lui estoit advenue à Ivry, leur demandant secours de gens et d*argent. Loys Perron, l'un de ses secrétaires, fat le plus infortuné de tous ces courriers, car, passant par Tours, et ayant abusé d'un passeport qu'il avoit du Roy, pour faire quelques affaires pour le party du sel , et luy estant trouvé dans la selle de son cheval des lettres en chiffres que le due de Mayenne envoyoit au duc de Mercœur , qui contenoient beaucoup de choses contre les affaires du Roy , fut pendu le Jour mesme de sa
prise.
Pour advancer quelques paroles d'aoeord avec
Chronologie notbnaibe de palma cayet. [1590]
le Roy I le légat Gaétan en print la charge per acquistar tempo, e aver più comodità d'apparecchiarsi alla difesa (1), disent les historiens italiens. Or, ence mesme temps, M. le cardinal de Gondy estoit retiré en sa maison de Noèsy, à cinq lieues de Paris ; et , quoy qu'il s'y tinst comme neutre , il alloit souvent à Paris voir ledit sieur légat , lequel sçavoit bien que ce prélat estoit affectionné au party royal , et qu'il estoit aymé de Sa Majesté et grandement honoré des princes et seigneurs du conseil du Roy. Il luy demanda s'il n'y avoit point moyen de donner quelque repos aux troubles de la France. Les choses furent si promptement menées , que le légat s'offrit mesmes d'aller au chasteau de Noësy , sous la foy du Roy, pour en communiquer avec M. le mareschal de Biron, qui s'y devoit aussi rendre.
Ledit sieur mareschal de Biron et le sieur de Givry allèrent à Noësy trouver ledit sieur légat, lequel estoitaccompagné dudit sieur cardinal de Gondy et des prélats italiens qui luy avoient esté ordonnez par le Pape , et qui estoient venus d'Italie avec luy. Or, comme nous avons dit, ce que ledit sieur légat avoit poursuivy ce traicté d'accord n' estoit que pour gaigner le temps, affin que le party de l'union se preparast mieux à la deffensive ; aussi il proposa premièrement qu'il failloit assembler les trois estais de France affin de donner un bon ordre au royaume ; mais, ayant veu que ceste proposition avoit esté rejettée bien loing, il dit qu'il falloit donc faire une trefve pour quelques jours affin d'acheminer tes affaires à une paix. On luy respondit que l'on ne vouloit point de trefve , que Testât des affaires du Roy n'en requeroit point, mais que l'on desiroit une bonne paix. 11 fut recognu lors que ledit sieur légat ne cerchoit que des dilayements. Ce fut pourquoy ceste conférence fut rompue, et ledit sieur légat se retira à Paris un peu confus quand il vid que l'on eut jugé de son dessein.
Le Roy , voyant que toutes ces conférences n'estoient que des amusements , fit passer son armée vers Corbeil , à sept lieues au-dessus de Paris. Geste ville luy fut incontinent rendue. Lagny sur Marne fut aussi pris en mesme temps. De là l'armée s'achejnina à Melun , qui se rendit aussi , et le Roy y mit dedans pour gouverneur le sieur de La Grange Le Roy. De Melun l'armée alla à Provins, où le sieur de Montglas y fut lai^sé gouverneur. De là on alla à Bray , qui se rendit aussi , et où ledit sieur de Montglas vint trouver le mareschal de Biron , et y
(I) Pour gagner du Icoips , et avoir plus de facilité de préparer la dèfea$e,
C D. M. T. Xll.
acconduit l'evesque de Geneda avec le secrétaire dudit sieur mareschal , lesquels venoient tous deux de Paris; mais , après plusieurs discours entre ledit sieur mareschal et ledit sieur evesque , il ne se put rien accorder , et ledit sieur evesque s'en retourna vers leditsieur légat. Montereau-faut- Yonne fut aussi en mesme temps remis en Tobeyssance du Roy et beaucoup d'autres places. De là Sa Majesté fit tirer l'armée v«rs Sens , où le sieur de Chanvallon estoit pour l'union , lequel fut incontinent secouru du marquis de Fortuna avec la compagnie d'hommes d'armes de M. de Nemours , du capitaine Peloso et d'autres , lesquels encouragèrent si bien les habitans , que , ny par menaces , ny par belles paroles , ny pour quelque effort que les royaux firent pour les penser avoir de force, ils en Airent vivement repoulsez. Le Roy , qui ne vouloit perdre le temps à faire un siège devant ceste ville, fit tourner la teste de son armée droict vers Paris, où desjà rien ne pouvoît plus entrer par eau, car tous les ponts du haut et du bas de la rivière de Seine estoient à la dévotion de Sa Majesté. Mais, avant que dire quel fut ce siège, voyons ce qui se passa en plusieurs endroicts depuis la victoire d'Ivry.
Nous avons dit cy-devant que, le mesme jour que le Roy gaigna la bataille d'Ivry , le sieur de Lansac pensa surprendre Le Mans. Voyons quelle fut son entreprise, et tout d'une suitte plusieurs choses notables advenues en ces pays là et aux autres circon voisins.
Ledit sieur de Lansac s' estoit retiré à Ballon , chasteau qui appartenoit à sa belle mère madame la mareschale de Gossé, distant de quatre lieues du Mans , où , après qu'il eust preste serment de fidélité au Roy, il ne laissoit toutesfois d'estre tousjours accompagné de plusieurs personnes tenans ouvertement le party de la ligue. M. de Rambouillet , qui commandoit dans Le Mans en l'absence du sieur du Fargis son frère, lequel estoit en l'armée du Roy, l'en ayant admonesté par lettres, et prié de se gouverner fidellement au service de Sa Majesté , Lansac lui respondit quMl seroit à jamais bon et fidèle serviteur du Roy, et que s'il s'accompagnoit des Touchevaux, habitans du Mans, et d'autres telles gens de la ligue, qu'il falsoit comme le bon charlatan qui composoit le bon tyriaque de vipères. £n mesme temps aussi ledit sieur de Lansac convia les sieui-sd'Allieres etde Malerbe, qui avoient leurs compagnies en garnison dans Le Mans, de l'aller voir audit Ballon; mais eux, ne se voulans fier à un ennemy nouvellement reconcilié, le remercièrent. Il avoit euvie de les y attraper, atlîn d'exeçwlcr pUis seurement son
GHBONOLOGIB NOVENÀTM DB PALMA GAYBT. [1590]
entreprise sur Le Mans. Da depuis, ayant entendu que M. de Mayenne passoit la Seine pour venir rencontrer le Boy à Dreux , il fit secrettement une assemblée de toutes les forces quMI put avec les sieurs de La Patriere de Beauce , de La Croix-Cotereau y de Pesclieray , de Vaux , de La Pierre et autres, et vint, la nuict du quatorziesme mars, se loger avec ses troupes dans le faux*bourg Sainct Vincent du Mans , pensant surprendre la ville à Touverture de la porte, par le moyen de quelques soldats desguisez en couvreurs qui dévoient feindre de porter des gouttières pour Teglise Sainct Julien , et , estans sur le pont, dévoient laisser choir lesdites goutieres , et se rendre maistres de la porte. Ce dessein avoit de l'apparence de venir à effect, mais Tordre que Ton tenoit de baisser la planchette un demy-quart d'heure devant que d'abbaisser le pont , par laquelle on faisoit sortir un sergent avec quelques soldats pour faire la descouverte par tout le faux-bourg , fut la cause que ce sergent et ses soldats , ayant descouvert les gens de Lansac , de prime abord tuèrent un nommé La Bochegovaut, ce qui donna une telle alarme, que ce sergent et quelques-uns des soldats qui estoient sortis pour descouvrir furent aussi tuez par les entrepreneurs , lesquels , voyans leur entreprise descouverte, et que la garnison de la ville sortoit en gros pour les venir charger, se retirèrent tous à Memers, qui est ungrand bourg en Sonnois , où le sieur de Hertray, gouverneur d'Alençon, les alla attaquer etdesfit la plus-part de ces troupes. Lansac fut contraint , avec les mieux montez , de se retirer en Bretagne pour amasser nouvelles forces.
* Presque en mesme temps plusieurs gentilshommes de Tunion, des pays d*Anjou et du Mayne , entr'autres les sieurs des Ghesnayes, du Pin , de La Bocheboisseau, Charles de Biragues, de Corces et autres , lesquels avoient donné la principale charge de leur conduite au sieur de La Saulaye, et qui avoient tous de belles troupes de cavalerie et d*infanterie, surprinrent la ville de Sablé, où ils arresterent prisonnière madame de Bamboûillet qui y estoit. Dans le chasteau estoit pour le Boy le sieur de Landebry, qui se défendit fort bien ; et toutesfois ceux de Tunion luy emportèrent la basse-court du chasteau , et firent un trou dans la muraille pour sortir dehors, avec plusieurs forts et barricades pour empescher tout secours que Ton pourroit donner audit chasteau.
Landebry donna advis incontinent au sieur de Bamboûillet de ceste surprise , lequel convia de tous costez la noblesse royale de ceste province (Je se rendre au Mans afïln de secourir le
chasteau de Sablé. En ce mesme temps le sieur du Fargis son frère , revenant de la bataille dlvry, après avoir repris Mondoubieau, petite ville de son gouvernement du Mayne, quoy qu'elle soit de la duché de Vendosmois , et en avoir faict sortir le sieur d'Alleray qui Tavoit surprise pour Tunion , arriva au Mans , où il trouva aussi ses autres frères les sieurs de Maintenon, et de Pongny , avec le sieur de Bouille , goavemeur de Clerac, et de L'Estelle, gouverneur de Mayenne, et beaucoup d'autre noblesse, tous assemblez pour le secours du chasteau de Sablé.
Ceux de Tunion s'estoient aussi emparez de Bruslon, ets'estoient fortifiez dans le prieuré; le sieur du Fargis , en s'acheminant à Sablé , résolut de les faire sortir de là. Toutes les troapes s'y estant acheminées, conduisans de petites pièces qui portoient calibre comme d'une boulle de mail, ledit sieur du Fargis, voulant hy mesme recognoistre le lieu pour attaquer ledit fort , fut blessé d'une harquebuzade à la jambe, dont il fut contraint de se retirer au Mans. La noblesse et les troupes là assemblées ne laissèrent de continuer leur resolution , et , ayans receu ceux du fort de Bruslon à discrétion , firent pendre le capitaine ; ce qu'ayant sceu , ceux de Tunion dans Sablé pendirent deux prisonniers du party du Boy. Ce sont des œuvres des gu«m civiles : tel en patit qui n'en peut mais.
Le marquis de Vilaines, le sieur d'Achon , avec leurs troupes, s'estans venus rendre aussi! à Bruslon, les royaux firent lors comme un corps d'armée , il f^t faict advantgarde et bataille. Les sieurs de La Patriere d'Anjou et de La Bochepatras furent esleus mareschaux de camp. Le sieur de Beauregard commandoit i Tinfanterie de Tadvant-garde, et le sieur de Malerbe à celle de la bataille. Ainsi les royaux , allans en ordre de bataille , tirèrent droict vers Sai blé pour en secourir le chasteau ; Tadvantgard^ marcha par le costé du parc , et la bataille U long du grand chemin droict à la grande portd de la ville. Ceux de Tunion , ne les voulant lais^ ser approcher si près d'eux sans les recognoistre firent une brave sortie , où il y fut bien corn batu de part et d'autre : en ce commencemen ledit sieur de Beauregard du costé des royaui y fut blessé ; de ceux de Tunion , de Corces; leur sergent de bataille , y fut tué , et ledit sieu de La Saulaye pris avec beaucoup d'aaties , e furent remenez battans jusques sur la contr'e^ carpe du fossé par le marquis de Vilaines et lel sieurs de L'Estelle et d'Achon d'un costé , et la main droicte par le sieur Pongny, qai leur t une rude charge. Après , ceux de Tunion sorK
CHRONOLÛGIB NOYBNÀIRB DE PAL VA GAYET. [1590]
reot par les portes de la i^ille , et vindrent attaquer le siear de Malerbe avec son iofanterie qui estoiten bataille, et derrière luy M. de Bouille arec un gros de cavalerie pour le soustenir. La charge se fit tout du long du grand chemin , à travers duquel ceux de Tunion avoient faict une barricade, laquelle estolt défendue de la courtine de la yWk, par le moyen de laquelle ils incommodoient grandement les royaux ; ce que voyant ledit sieur de Malerbe, suivy des siens , donna si vifvement à ceste barricade qu'il l'emporta , biea qu'il eust esté porté par terre de la force de deux barquebuzades qu'il récent dans ses armes sans estre blessé. Ainsi , ceste barricade emportée, les royaux gaignerent un petit champ où il y avott UQC haye , de laquelle ils tenoient un costé et ceux de Tunion l'autre ; de façon qu'ils se commencèrent à se battre à coups de main. L*esearmoucbe cependant se renforçoit de tous eostez j tant vers le parc qu'au grand chemin. Ceux de l'union firent derechef une autre sortie snr ledit Malerbe et ses troupes , et se fit lors une salve sur le grand chemin de plus de deux mil barquebuzades. En fin y après plusieurs charges el combats, il survint des esclairs et tonnerres si cspouvantables , suivis d'orages et de pluye , qu*il fut impossible aux uns et aux autres de s'ayder de leurs harquebuzes, et ne se purent plus battre qu'avec l'espée , ce qu'ils continuèrent Jusques à cinq heures du soir que les royaux se retirèrent à Saiuct Denis d'Anjou , saos avoir peu mettre aucun secours dans le chasteau. Ceste escarmouche fut bien maintenue de part et d'autre , et tient-on que c'a esté une des belles qui se soient falotes durant ces troubles, car elle dura neuf heures sans cesser.
M. de La Rochepot , gouverneur pour le Roy en Anjou , ayant quitté son entreprise deBrissac pour secourir aussi le chasteau de Sablé, sur la prière que luy en firent les seigneurs susdits, il leur envoya d'Angers deux canons avec quelques troupes d'infanterie et de cavalerie. Si tost que les royaux eurent receu ce secours, ils s'allèrent derechef loger auprès de Sablé du costé du parc, âffiQ de battre les forts que les ligueurs avoient de nouveau faicts au dehors du chasteau pour empescher d*y mettre du secours.
Dez le lendemain matin le canon fut pointé contre lesdits forts et retranchemens , et en peu de temps toutes ces fortifications et barricades furent emportées. Les royaux , ayant fait un petit pont d'aix sur des eschelles , passèrent le ruisseau pour aller à l'assaut , lequel ils donnèrent si furieusement que tout ce qui se trouva dans ces forts fut taillé en pièces; puis , entrans pesle-mesle avec les ligueurs dedans la basse
court du chasteau par ledit susdit trou , tuèrent tout ce qui se trouva devant eux. Ceux de l'union entrèrent lors en tel effroy , comme il advient d'ordinaire en tels accidents, qu'ils ne songèrent plus qu'à se sauver ; ce qu'ils firent en telle confusion , que , sans prendre advis de rompre le pont de la rivière de Sartre pour se retirer en seureté de l'autre costé de la ville , oublians en cest endroict ce qui estoit nécessaire pour leur sauver la vie , ils donnèrent aux victorieux meilleur marché de leurs vies qu'ils ne pensoient avoir d'eux : presque toute l'infanterie fut taillée en pièces, et en fut tué jusques au nombre de sept à huicts cents. Le sieur des Chesnayes , qui estoit le principal chef de toutes ces troupes, avec plusieurs autres, s'allèrent sauver au logis de madame de Rambouillet , où ils ne trouvèrent que de la courtoisie au Heu de la rigueur qu'ils luy avoient tenue , car elle leur fit sauver la vie. La Rocheboisseau , conduisant la cavalerie de l'union, se sauva par une des portes de la ville. Peu après, les portes estans ouvertes du costé du chasteau , la cavalerie royale passa au travers la ville pour le suivre : on en glanna quelques-uns sur la queue ; mais le temps et la diligence de Rocheboisseau en sauva la plus grande partie. Voylà le succez de la surprise et reprise de Sablé pour le Roy.
Les royaux pensoient par ceste prise avoir rendu ceux de l'union sans mouvement dans le pays du May ne; mais ils furent trompez, car ils ne furent pas si tost retournez , les uns en leurs garnisons , autres chez eux , d*autresayans prins le chemin pour aller trouver le Roy qui estoit auprès de Paris , que le sieur de Lansac , qui s'estoit sauvé eu Bretagne, revint au Mayne avec des nouvelles forces que M. de Mercœur lui avoit baillées , au nombre de deux mille cinq cents hommes de pied et de deux cents bons chevaux, amenant avec luy les sieurs de Vicques de Normandie, de Guebriant, de La Fueiilée, du Bellay, et autres, lesquels, estans tous arrivez aux villages de Gerron et d'Embrieres , estans advertis que le sieur de L'Estelle, gouverneur de Mayenne , estoit allé avec sa troupe trouver le Roy, prirent occasion, par les intelligences que ledit sieur de Lansac avoit avec quelques habitans de Mayenne, de se saisir de la ville , et d'en assiéger le chasteau.
M. le prince de Conty estoit lors arrivé à Tours . de retour de la bataille d'Ivry ; car le Roy, voyant qu'il ne pouvoit estre par tout à la suitte de sa favorable fortune , luy décerna une armée , et le fit son lieutenant gênerai en icelle ez pays d'Anjou , Touralne, le Mayne , Poictou, le grand et petit Perche , Berry , Blaisois , Ven-
CHRONOLOGIB NOVENAIRB DB PALMA CAY^T. [l590]
dosmoiSy Dunois, Limosfn et la Marche. Ledit sieur prince , ayant entendu ceste surprinse et le siège dudit chasteau , envoya en diligence vers le sieur de L*EsteIIe , qui s'estoit aclieminé avec tout ce qu'il avoit de troupes pour aller trouver le Roy, affln qu'il s'en retournast en diligence à Mayenne pour en secourir le chasteau. L'Estelle n'eut plustost receu ce mandement , que , rebroussant chemin et marchant Jour et nuit , il arriva à Lassé , quatre lieues prez de Mayenne, d'où il envoya le sieur du Motet avec quelques soldats pour tascher àsejetter dedans le chasteau ; ce qu'il exécuta si heureusement , qu'après avoir taillé en pièces deux corps de garde et gaigné une enseigne , ils entrèrent tous dans le chasteau.
Le sieur de Hertray , gouverneur d'Alençon , eut aussi mandement dudit sieur prince de se joindre avec le sieur de L'Estelle, pour ensemblement adviser à ce qui seroit nécessaire pour la reprise de la ville de Mayenne. Suyvant ce mandement, ledit sieur de Hertray se rendit à Lassé avec ses troupes. Par ce moyen ledit sieur de L'Estelle et luy, joinets , faisoient bien deux cents bons chevaux et quinze cents hommes de pied , lesquels s'en allèrent droict vers Mayenne se saisir du faux-bourg Sainct Martin , ce qu'ils flrent sans avoir trouvé beaucoup de résistance.
Ledit sieur de L'Estelle , voyant que le gué pour entrer dans le chasteau estoit empesché par des harquebuzlers qui estoient logez dans des maisons , passa la rivière à la nage, et entra dans le chasteau , d'où il fit promptement sortir du Motet avec six vingts soldats pour gaigner lesdites maisons ; ce qu'il fit si courageusement qu'il garda tousjours lesdites maisons , et par ce moyen toutes les troupes eurent moyen de passer au gué vers le chasteau sans incommodité.
Les sieurs de L'Estelle et de Hartray, ayans, le lendemain matin , recognu du haut d'une tour que Lansac et ses troupes avoient esté advertis de leur entrée , et qu'ils vouloient lever le siège, résolurent ensemblement de ne les laisser retourner si à leur ayse , et de sortir sur eux par deux endroicts, sçavolr, le sieur de Hertray et de Montaterre avec soixante cuirasses et cent cinquante harquebuzlers, lesquels attaqueroient ceux qui estoient au dessous du chasteau, tandis que ledit sieur de L'Estelle , avec cent hommes armez de toutes pièces et cent harquebuzlers, les chargeroit aussi du costé de la ville. Ils sortent les uns et les autres. L'Estelle, ayant rompu trois barricades sur une chaulsée d'estang, lesquelles se soustenoient l'une l'autre, garnies chacune de cent hommes , et faict fuyr devant hiy tout ce qu'il rencontra , trouva en teste , au
milieu d'une grande place, Lansac avec un gros de cavalerie estant en bataille , et ayant sur si main droicte un bataillon de deux mille soldats. Après que L'Estelle eut contemplé la contenance de ses ennemis , il alla droict au petit pas attaquer la cavalerie, et d'abordée les lit saluer de vingt-cinq harquebuzades qui tuèrent douze chevaux ; puis ayant faict redoubler encor de plus près une pareille salve d'harquebnzades, cela fit un si terrible effect que toute la cavalerie se mit à la fuitte. L'Estelle, les laissant fuyr, alla droict aux gens de pied , et les attaqua parle coing de la main gauche de leur batailloD, qui fut occasion qu'ils rompirent leur ordre de bataille : ce qu'ayant recognu , Il leur fit faire uoe salve d'harquebnzades à dix pas prez , pais se mesia avec toute sa troupe parmy eus , et i coups d'espée combatit de telle furie qail les rompit et mit en fuitte.
L'Estelle les poursuivant jusques hors la ville, ils se recogneurent estre plus grand nombre beaucoup que luy, et voulurent se r'alller; mais ils n'en eurent pas le moyen , car les sieurs de Hertray et de Montaterre , qui de leur costé avoient chassé devant eux tout ce qu'ils avoient rencontré, arrivèrent à l'instant, et, sestans Joinets avec ledit sieur de L'Estelle, flrent une telle charge qu'ils les empescherentlorsdeser'ai* lier : ainsi Lansac et les siens , se mettans à la fuitte , se sauvèrent à une lieuê de là , où ils trouvèrent moyen de se r'allier sur une chaulsée d'estang ; mais le marquis de Vilaines estant arrivé avec cent cuirasses de renfort eux victorieux , qui poursuivoient tousjours les fuyards, chargèrent de telle furie ces nouveaux râliez, que tout fut mis à vau-de-ronte sans se pouvoir plus rejoindre. Il fut tué du costé de l'union de douze à quatorze cents soldats , et de personnes de remarque le baron de Montezon, lessiears de La Bezaudiere, de La Chevalerie , de Lurnois, de La Ghappelle de Beaumanoir, enseigne colonelle de Guebriant, et plusieurs autres: leurs enseigneset cornettes furent gaignées, avec trois cents prisonniers. Du costé des royaux il f mourut de remarque les sieurs de Gharniere^dl Perenaut et de Coulonges, avec quelques sol* dats. Voylà ce qui se passa à Mayenne. Qoaot à Lansac , il se sauva en Bretagne, et ne retourna plus au Mayne pour faire la guerre.
M. le prince de Conty , ayant sceu ceste d faicte , se résolut de se préparer pour asslei La Ferté-Bernard, seule place qui restoitaupa^^ du Mayne pour le party de Tunion, dans 1 quelle commandoit le sieur Dragues de Ca nene. Ceste ville est assise sur la rivière Dnyne au travers d'un pré , presque en fo
CHAONOLOGIË NOVfiNAlfiB DR PALMÀ CAYET. [l590j
dequarré long, laquelle n*a que deux seules advenues par lesquelles on la peut attaquer, et où on se peut loger , sçavoir aux faux -bourg de la poile Saloct-Barthelemy , et Tautre au fauxbourg de la porte Sainct- Julien ; car les deux flaocs de ceste ville sont prairies si à descouvert, qu on n*y peut bêcher deux pieds au plus sans trouver Teau.
Après que M. le prince de Conty fut arrivé eu sa maison de Bonncstable , qui n'est distante de La Ferté-Bernard que de trois lieues , et que le sieur de Buignieres, qu'il avoit envoyé à La Ferté pour les exhorter de se mettre en leur devoir sans estre cause de la ruine de tout le pays, fut retourné luy dire qu'il n'avait cognu an gouverneur et aux habltans qu'une opiniastre résolution de tenir pour l'union, il manda aux sieurs du Fargis , de Lestelle , de Hertray et antres , de le venir trouver avec leurs troupes. D'autre costé, le sieur de Comnene se prépara pour se deffendre, et Ût entrer dans la ville quatre-vingts bons harquebuziers des environs de La Ferté . avec lesquels il se trouva qu'il avoit deux cents bons hommes de pied et cent boos chevaux, sans les habitans.
La Duict du 30 avril , les troupes royales s'acheminèrent pour investir La Ferté. Les sieurs deMalerbe et de Marigny d*un costé, avec la garnison du Mans , allèrent se loger à Sainct- Anthoine, proche le faux-bourg Sainct-Julien , et le sieur de La Rainiere se logea dans le fauxbourg Sainct-Bartbelemy , d'où il chassa le capitaine Meziere ; ce qui ne se fit sans perte d'hommes de part et d'autre.
Comnene, qui ne desiroit avoir de si proches voisins, fit faire une rude sortie en plain midy , etesperoit faire mettre le feu dans tout ledit faux-bourg Sainct-Barthelemy ; mais après que les siens eurent forcé quelques barricades et le premier corps de garde, et couru une partie du faux-bourg, ils furent rechassez dans la ville par les royaux , et n'eurent loisir que de mettre le feu aux plus proches maisons des fossez du costé do Mans.
Deux jours après, Comnene voyant qu'il ne pouvoit plus garder le faux-bourg de Sainct-Julien, et que les royaux se preparoient de passer la rivicre d'entre-eux et ledit faux-bourg, il y fit mettre le feu par tout, et n y eut rien de sauvé qu'une chappelle , de laquelle les royaux se saisirent incontinent, et par les ruynes des maisons & approchèrent assez prez du Ravelin. L'on a remarqué que tous ceux du party de l'union ont fort usé de ceste voye d'embrasements pour se fortifier, et toutesfois les ruynes qu'ils ont faictes ne leur ont de rien servy. Plust à Dieu qu'ils
eussent eu engravé dans l'ame ceste belle parole dont usa , durant ces troubles, la dame d'Alegre, sœur de M. le mareschal d'Aumont, estant assiégée dans son chasteau par M. de Nemours. a Vous me conseillez , disoit-elle à un capitaine, de faire brusier des maisons pour fortifier moa chasteau ; cela seroit bon à dire si nous avions a faire à des estrangers. Apprenez qu'aux guerres civiles aujourd'huy Ton se bat et demain l'on s'appointe , et que chacun trouvant son logis entier , la haine en est moindre et de moins de durée. »
Comnene, en ce commencement de siège. Ht tout ce qu'il put pour ladeffense de La Ferté. Il s'attendoit d avoir du secours de M. de La Bourdaisiere , qui commandoit dans Chartres pour l'union, lequel avoit amassé quelques troupes vers Orléans , avec lesquelles il prit Meun sur Loire , qui n'est qu'à deux lieues de Boisgency , et du depuis Ghasteaudun ; mais il n'en receut point. Il fit aussi faire quelques sorties , ausqueN les il n'oublia rien de ce qui estoit de la practique et de la ruse de la guerre.
Le sieur de L'Estelle , avec mille hommes de pied et cent chevaux , le sieur de Hertray , avee aussi cent chevaux et trois cents harquebuziers, et plusieurs gentilshommes et seigneurs, estans arrivez au siège , on commença à faire tirer un canon et une couleuvrine, et deux petites pièces, dont lesdits sieurs de L'Estelle et de Hertray eurent la charge. Le sixiesme may la ville fut saluée d'une voilée de canon , et incontinent après la batterie commença contre le front du ravelin de la porte Sainct-Barthelemy , et continua Jusques un peu devant soleil couchant, que les royaux , portans quand et eux des eschelles, se présentèrent pour monter par la bresche sur le ravelin , mais ils en furent rudement repoulsez par le bon ordre qu'avoit mis Comnene pour les soutenir.
M. le prince, qui desiroit avoir ceste place, et où il y allolt de son honneur, pource que c'estoit la première place qu'il avoit assiégée depuis que le Roy l'avoit créé son lieutenant gênerai en ces pais là , voyant le peu d'effect qu'avoit faict le canon , et le peu de munitions qu'il avoit encor pour contraindre les assiégez à se rendre, envoya à Angers , d'où M. de La Hochepot luy envoya deux gros canons et des munitions. Si tost qu'il eut receu ce renfort , il fit recommencer la batterie contre le susdit ravelin , dont les assiégez estonnez , sans espérance de secours , commencèrent à s'espouvanter.
Le sieur de Comnene, pour sa seureté, fit alors lever les ponts du chasteau par dedans la ville , lesquels dez le commencement du sicge il
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avoit fait abattre , ot les avoit laissez libres à tous les habitans qui y vouloient entrer , leur disant qu'il ne vouloit point d'autre retraicte que la leur^ et qu'il vouloit courir leur mesme fortune. Les femmes, d'autre costé, commencèrent à craindre la violence des soldats si la ville estolt prise d'assaut. Le sieur de La Barre Menardiere , sergent major dans La Ferté , faisant sortir sa femme par le moyen du sieur de La Pelletière Tibergeaut , qui estoit au camp [du prince , luy fit ouverture qu'il y avoit moyen de parvenir à une composition si on vouloit. Le sieur de L'Estelle , par le commandement de M. le prince, escouta ledit sieur de La Barre , lequel, rentré dans la ville , rapporta au sieur de Comnene que M. le prince faisoit estât d'entrer par force en La Ferté dans vingt-quatre heures ; ce neantmoins qu'il estoit prest d'entrer en composition si on vouloit. Comnene , ayant faict assembler quelques-uns des habitans , envoya, de leur consentement, deux députez vers M. le prince , lequel leur demanda ce qu'ils vouloient : eux lui dirent qu'ils n'avoient charge que d'entendre les propositions qu'il plairoit à Son Excellence de leur faire. « Je vous accorde, leur dit-il , une suspension d'armes depuis six heures Jusques à dix heures; retournez en la ville, et m^apportez vos demandes par escrit. o Les députez rentrez, il y eut quelque différent entre ledit sieur de Comnene et le baillif Gandin, ce qui fut cause que, dix heures passées, la batterie recommença; mais cessée encor une fois et trefve faicte, ledit baillif dressa par articles les demandes des habitans , qu'il fit signer au greffier de la ville ; puis , sans les communiquer audit sieur de Comnene, il les envoya àM. le prince, lequel les receut, et cognut bien qu'il auroit meilleur marché d'eux qu'il n'avoit pensé, puis que le gouverneur et les habitans estoient en discord. Par ce moyen ledict sieur Comnene, se voyant circonvenu , se retira au chasteau et envoya vers M. le prince aussi ses demandes , desquelles il luy en accorda une partie. Ainsi ledit sieur de Comnene , suyvant la capitulation, sortit de La Ferté accompagné de tous les gens de guerre ; et de ceux qui le voulurent suivre, avec leurs armes et bagages , et furent conduits par la compagnie de M. du Fargis jusques à Chartres. Les principaux points de ceste capitulation furent : Que les habitans demeureroient paisibles en leurs maisons, et seroient doresnavant fidclles serviteurs du Roy; que, pour toutes choses, Us crcanciers de la ville, ausquels ledit sieur de Comnene avoit respondu pour les gens de guerre, seroient payez , et luy seroît délivré eu outre cin(i cents cscus pour distribuer aux
blessez , ainsi qu'il adviseroit; qu'il emmeneroit les prisonniers de guerre qui n'anroient payé rançon; et que luy, et tous ceux qui sortiroleat avec luy, auroient deux mois pour aller et revenir par tout où bon leur sembieroit pour n^atier et faire leurs affaires , sans eti estre recherchez ny molestez pendant lesdits deux mois. Yoylà ce qui s'est passé au siège et en la reddition de La Ferté.
Nous avons dit que le sieur de La Bourdaisiere avoit pris Chasteaudun. Après ceste prise il se retira à Chartres , et laissa le sieur de La Patriere de Beauce dedans. Ceste place incommodoit fort le passage de Tours à l'armée da Roy qui estoit autour de Paris; ce fut pourquoy Sa Majesté commanda audit sieur prince de la reprendre ; mais après la prise de La Ferté , les Angevins et les Manceaux avoient remené chacun leur cauon en leurs provinces ; et le sieur de L'Estelle, avec ses troupes, par le commandement dudit sieur prince, estoit allé pour secourir ledit sieur marquis de Vilaines à Laval , que le duc de Mercœur menaçoit d'un siège , lequel , sçachant que le sieur de l'Estelle y estoit arrivé avec ses troupes, s'en retourna vers Nantes; ce qui donna plus de commodité audit sieur prince de faire revenir ledit sieur de L'Estelle, et d'exécuter la volonté du Roy pour aller reprendre Chasteaudun , lequel il fit incontinent investir. Les ligueurs qui estoient dedans , se voyants si soudainement investis , s'adviserent de faire brasier les faux-bourgs , qui estoient presque aussi grands que la ville. Cest embrasement fut grand pour ce que la plus-part des maisons en ce pays-là ne sont couvertes que de bardeau et de chaume : tous les biens des habitans y forent perdus; les vins boùilloient dans les caves de la chaleur du feu ; les bleds brusloient dans les greniers ; c'estoient une grande désolation qui ne revint à aucun advantage à ceux de l'union , car le Roy ayant envoyé de devant Paris M. le mareschal d'Aumont et le sieur de ChanUvaut avec des troupes de cavalerie et d'infanterie, pour renfort audit sieur prince, et le sieur du Fargis avec ses troupes estant venu du Mans audit siège avec un canon et une coulevrine , après quelques volées tirées ils se rendirent. Ledit La Patriere fut conduit en seureté avec quelques- uns, et s'excusa des embrasements. Le capitaine Basque et autres furent pendus. Yoylà ce qui se passa en la reprise de Chasteaudun , après laquelle ledit sieur prince s'en alla avec toute ceste petite armée retrouver le Roy devant Paris.
Nous avons dit que le Roy , ayant tenté Sens par quelques efforts , ne voulut perdre Toporlunitc du temps pour assiéger Paris ; et qu'il li
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toarner la teste de son armée vers ceste grande ville. Les poDts de Charenton et de Sainct Maur foreot incontinent saisis; ceux qui y estoient dans les forts voulant résister , puis s'estans rendus à discrétion, furent pendus. Vis à vis de Conflans les royaux firent incontinent un pont de barqaes pour passer la Seine et courir la campagne du costé de T Université, afin d'empescher qoe les Parisiens ne receussent aucuns vivres par la terre. Par ce moyen Paris fut investy de tous oostez.
Le hoictleme de may le Roy fit mettre deux pièces d*artilleriesur le mont de Montmartre , et quatre sur la bute de Monfaucon, desquelles il fit tirer quelques coups pour saluer les Parisiens. Depuis qae le duc de Nemours fut esleu gouverneur de Paris , ainsi que nous avons dit, il pour- ¥eat le mieux quMl put d*y faire entrer quelques vivres , de recouvrer des munitions , et de faire reparer les lieux les plus foibles. Il fit abattre les maisons des faux -bourgs qui estoient les plus proches des portes de la ville et des fossez. Il mit les Suisses dans le Temple. Une partie des lansquenets furent mis pour prendre garde depuis la Porte Neufve jusques à l'Arsenal. Les Pansieos gardoient les portes et les murailles. Ceste ville se mit tellement sur la deffensive, que tous ceux qui ont escrit de ce siège ont tenu qu*il y avoit dedans plus de cinquante mil hommes tous en armes, et que le Boy qui la tenoit aisiegée n'avoit au plus en ce commencement que douze mil hommes de pied et trois mil chevaux. Et afin que les royaux ne peussent entreprendre quelque effort par la rivière de Seine , les Parisiens tendirent une chesne de la Touroelleaux Geiestins, laquelle estoit soutenue de petits bateaux etdeffenduë des deux costez d'une quantité de gens de guerre et de quelques pièces; lis en mirent aussi une vers la porte de Nesie qui respondoit auprès du Louvre , afin de n'estre surpris ny par le baut ny par le bas de ladite rivière. Et pource qu'il n'y avoit pas grand nom* bre d'artillerie dans ceste ville , pour la perte que le party de l'union en avoit faicte en plusieurs endroits, le duc de Nemours en fit fondre en diligence quelques pièces , et , avec celles qui se trouvèrent dans la ville , tant petites que grosses, il en fut mis Jusques au nombre de soixantecinq sur les boulevards des portes et aux eudroicts qu'ils jugèrent nécessaires. Toutes ces cboses firent Juger dèslors que Paris seroit plus difficile à avoir que beaucoup ne s'estoient imaginé.
Paris est divisé comme en trois villes par la rivière de Seine qui passe au milieu. La partie qui est à la main dextre dans Tlsle de France se nomme la Ville , et de ce costé est Sainct Denis
et le bois de Vincennes. L'autre partie qui est à gauche de ladite rivière est nommée l'Université ; et la troisième partie , qui est une isie entre la Ville etrUniversité, dans laquelle sont les deux magnifiques bastiments de la grande église Nos* tre-Dame et du Palais Royal , où se tient la cour de parlement y siège des pairs de France, se nomme la Cité.
Le duc de Mayenne , devant que partir de Sainct Denis , y avoit donné l'ordre requis en cas d'un siège, et avoit laissé dedans les maistres de camp du Bourg, Vaudargent et La Chanterie, avec une bonne garnison. Geste ville est en une raze campagne, à deux lieues de Paris, descouverte de tous costez , de laquelle on ne peut approcher pour l'assiéger sans peine et perte. Le chasteau du bois de Vincennes, place forte, est aussi distante d'une lieue de Paris, dans laquelle le duc de Nemours avoit au&si mis bonne garnison , et avoit contraint tous les villages circonvoisins de porter tous leurs vivres dedans ces places, ou de se retirer dans Paris. Sa Majesté , pour espargner le sang des François qui se fust respandu en forçant ces villes et ses subjects de le recognoistre, résolut de les matter par la nécessité de vivres , et les faire devenir sages par la longueur d un siège : resolution qu'il prit avec double dessein, ou que le duc de Mayenne s'approcheroit pour les secourir, et que, bazardant encore une bataillé contre luy, ilesperoit en obtenir la victoire pour arracher la racine du mal de son royaume, ou bien que par la nécessité il se feroit maistre de ces villes , et qu'il couperoit par ce moyen ces branches de l'arbre de la ligue, qui seroit la cause qu'il ne porteroit plus gueres de fruict.
Le duc de Nemours avoit mis dans les faux*bourgs Sainct-Martin et Sainct- Denis , quelque infanterie françoisesous la conduite des maistres de camp La Castelliere, Dizemieux et Montilly ; mais, affin d'empescher que ceux de Paris ne pussent donner secours à ceux de Sainct-Denfs^ le sieur de La Noué fut pour se loger ausdits faux-bourgs , où il trouva ceux de l'union bien barricadez. Il y fut là bien escarmouche de part et d'autre. Les Suisses, les lansquenets et aucuns Parisiens mesmes , y furent pour les soustenira A la troisiesme fois que ledit sieur de La Noué voulut les forcer, sou cheval fut tué sous luy, et luy blessé d'une harquebuzade à la cuisse droicte. Les royaux alors furent contraints de se retirer, et remener ledit sieur de La Noué à Villepinte où estoit son quartier. Du depuis les royaux bruslereot les moulins de ce costé là , et se logèrent aux prochains villages autour de Sainct- . Denis. Sur la fin de ce mesme mois de may, Poi-
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trincourt rendit au Roy Beaumont sur Oyse , et ce au mesme temps que le legat , Tambassadeur d'Espagne et tous ceux de Tunion consultoient quel prétexte ils prendroient d'oresnavant , puis que M. le cardinal de Bourbon estoit mort à Fontenay en Poictou le 8 demay.
La mort de ce prince advint d'une rétention d*urine par une pierre qui luy donna la fièvre continue de laquelle il mourut. Son corps fut mis en un cercueil , et, passant par Tours , fut menéà Gaillon où il avoit ordonné d'estre ensepulturé. Messieurs les princes du sang ses nepyenx chargèrent tous le dueil de sa mort, et luy firent faire les services et honneurs deus à sa qualité.
Ce prince estoit débonnaire et simple de son naturel , et giandement zélé envers l'Eglise catholique , apostolique et romaine , ce qui luy a faict mesmes quelquesfois délaisser le devoir d'amitié envers ses plus proches, ainsi qu'il se peut cognoistre par le voyage qu'il fit en Bearn pour aller quérir ses deux frères le roy de Navarre et le prince de Gondé, par les procès qu'il a Intentez contre la royne Jeanne d'Albret , et pour s'estre Joinct à la ligue des princes catholiques après la mort de monseigneur le duc d'Anjou, ainsi qu'il a esté dit cy-dessus; lesquels princes luy firent appréhender de pouvoir succéder au feu roy Henry III, quoy que ce prince cardinal ne fust que le puisné de la maison de Yendosme, première branche de la famille royale des Bourbons, ctprestre.
Du commencement qu'il se mit de ceste ligue, ses principaux et fidelles serviteurs luy dirent tout ce qu'ils purent pour Ten destourner; mais Il leur fut impossible. Toutesfois, un jour, estant dans Tarmée que le duc de Guise avoit levée sous son nom, Vergnetes, qui luy estoit serviteur domestique et qui l'avoit tousjours servy dezson enfance, le trouvant fasché et las d'une cavalcade qu'il luy convint faire en diligence, luy dit : « Monsieur, que pensez vous faire? vous estes iey en une armée , mais vous n'ignorez vostre aage , et vostre foiblesse qui s'abbat tous les Jours : si les gouttes vous prennent où vous tiendrez-vous? car ii n'y a point de ville assez forte pour vous guarantir contre la puissance du Roy. — Ha ! Vergnettes , dit ce prince , j'y suis embarqué, et tout le monde ne sçait pas pourquoy : mais sçache , encor qu'on m'en blasme , neantmoins que je me suis point accordé avec ces gens icy sans raison. Penses-tu que Je ne sçache pas bien qu'ils en veulent à la maison de Bourbon , et qu'ils n'eussent laissé de faire la guerre quand Je ne me fusse pas joinct avec eux? Pour le moins, tandis que Je suisaveceux,
c'est tousjours Bourbon qu'ils recognoissent. Le roy de Navarre, mon nepveu, cependant fera sa fortune. Ce que je fais n'est que pour la conservation du droict de mes nepveux : le Roy et la Royne mère sçavent bien mon Intention.» Yoylà ce que ce prince respondit à Vergnetes. Aussi l'autheur de la suitte du manantet du Maheustre dit qu'il fut expressément accordé à Nancy, entre les princes de la ligue et les ministres d'Espagne, qu'advenant la mort du roy Henry III, l'on recognoistroit M. le cardinal de Bourbon pour roy, et, après luy, son plus prochain neveu qui neseroit hérétique ou fauteur d'heretique,à la condition d'espouser la fille du duc de Guise. Il se peut cognoistre par ce que dessus , et se cognoistra encor plus à la suitte de ceste histoire , combien ledit sieur cardinal, le roy d'Espagne et tous les princes de la ligue, chacun en leur particulier , estoient discordans d'intentions et de desseins.
Il se rapporte dudit sieur prince cardinal qu'il estoit en son cabinet quand on luy vint dire que le roy de Navarre avoit gaigné la bataille de Coutras, et qu'il se tourna vers deux de ses anciens serviteurs , levant son bras droict, et leur disant : « Loué soit Dieu, le roy de Navarre, mon nepveu, est demeuré victorieux, nostrecnncmy est mort : ainsi en prendra-il à tous ceux qui s'attaqueront à nostre maison : Vive Bourbon/ Dieu donne bonne vie au Roy ; mais J'esperc que s'il mourolt sans hoirs , que je verray mon nepveu roy : toutesfois je me garderay bien d'en parler en Testât où sontles affaires. » C'est pourquoy plusieurs ont tenu que ce prince n'estoit point ennemy des siens, et qu'il n'estoit ennemy que de la religion prétendue reformée.
Jamais aussi il ne print letiltrederoy depuis la n;ort du roy Henry III ; et, parlant du Roy à présent régnant, il ne rappelioit que le Boy mon nepveu. Toutesfois, sous son nom et sous le tiltre de Charles X, le roy d'Espagne prit le prétexte de faire la déclaration du huicUesme mars de ceste année, ainsi que nous avons dit , et envoya de ses gens de guerre en France. Les princes de la maison de Lorraine aussi et les villes de l'union firent battre monnoye, et firent expédier toutes les affaires publiques sous son nom ; mais la nouvelle de sa mort les mit tous en nouveaux pensers. D'un costé le legatCaétan, affectionné à l'Espagnol, et l'ambassadeur Mendozze, sçavoient que M. de Luxembourg avoit parlé au pape Sixte , et que depuis la vicloire d'Ivry Sa Saincteté avoit cognu que ceux de Tunion ne luy avoient dit les affaires de France ainsi qu'elles s'estoieut passées. D'autre oostë le duc de Mayenne et les grands de son psriy
CUBOICOLOGIS MOVENAlfiE DE PÀLUA CA\fiT. [1090 1
avoient laissé tomber la puissance entrelesmains da tiers-estat et des grandes villes , et se trou- Toîent en de merveilleuses peines, et craignoient quelque remuement sur la nouvelle de ceste mort , veu qu'après tant de victoires le Roy tenoit la campagne et la ville capitalle de son royaume assiégée, aussi qu'ils n^avoient plus de subject de tenir contre Sa Majesté pour la preference qu'ils alleguoient de Tonde au nepveu. Sur la nouvelle donc de la mort de ce prince cardinal , ils eurent recours à leur premier prétexte , qui estoit Theresie , affln qu'il ne se remuas! rien danà Paris ny aux autres villes de leur party , et s'adviserent de faire présenter une requeste à messieurs de la Faculté par le prevost des marchands , signée de quelques bourgeois , laquelle contenoit trois articles principaux, savoir :
I. Si advenant la mort du [prétendu] roy Charles X, ou qu'il cedast son droict à Henry de Bourbon [roy de France et de Navarre], les François sont tenus ou peuvent le recevoir pour roy , quand mesmes 11 seroit absous des censures qu'il a encouru.
il. Si celuy qui poursuit ou promet de faire quelque paix avec ledit Henry , la pouvant empesclier, n'est pas suspect d'heresie ou fauteur d'icelle.
III. Si c'est chose méritoire de s'opposer audit Henry, et y résistant Jusques à la mort, si cela peut estre appelle martyre.
La Faculté de Paris estoit redulcte en ce temps là sous le pouvoir de quelques docteurs qui estoicntde la faction des Seize, et qui entreprenoient tellement , qu'eux seuls se disoient la Faculté : aussi , nemine contradicente, par acte qu'ib datterent du 7 may , un jour auparavant la mort dudit sieur prince et cardinal , ils déclarèrent :
« Qu'il est de droict divin inhibé et défendu aux catholiques recevoir pour roy un hérétique ou fauteur d'heresie et enuemy notoire de l'Eglise , et plus estroittement encores de recevoir un relaps, et nommément excommunié du Sainct Siège.
» Que s'il eschet qu'aucun diffamé de ces qaalicez ait obtenu en jugement extérieur absolution de ses crimes et censures , et qu'il reste toutesfoiS un danger évident de feintise et perfidie , et de la ruine et subversion de la religion catholique , iceluy neantmoins doit estre exclus du royaume par mesme droict.
» Et quiconque s*esforce de faire parvenir un tel personnage au royaume , ou luy ayde et favorise, ou mesme permet qu'il y parvienne y pouvant empescher, et le devant selon sa charge,
cestuy faict injure aux sacrez canons, et le peuton justement soupçonner d'heresie , et reputer pernicieux à la religion et à l'Eglise, et pour ceste cause on peut et doit agir contre luy sans aucun respect de degré ou prééminence.
9 Et pourtant , puis que Henry de Bourbon est hérétique , fauteur d'heresie , notoirement ennemy de TEglise , relaps et nommément ex« communié par nostre Sainct Père, et qu'il y auroit danger évident de feintise et perfidie et ruine de la religion catholique, au cas qu'il vinst à impetrer extérieurement son absolution , les François sont tenus et obligez en conscience de l'empescher de tout leur pouvoir de parvenir au gouvernement du royaume très-chrestien, et de ne faire aucune paix avec luy nonobstant ladite absolution , et quand ores tout autre légitime successeur de la couronne viendroit à décéder ou quitter de son droict ; et tous ceux qui luy favorisent font injure aux canons , sont suspects d'heresie et pernicieux à l'Eglise, et comme tels doivent estre soigneusement reprins et punis à bon escient.
• Or, tout ainsi comme ceux qui donnent ayde ou faveur en quelque manière que ce soit audit Henry, prétendant au royaume, sont déserteurs de la religion, et demeurent continuellement en péché mortel, ainsi ceux qui s'opposent à luy par tous moyens à eux possibles , meus du zèle de religion , méritent grandement devant Dieu et les hommes ; et comme on peut à bon droict juger qu'à ceux là estans opiniastres à establir le royaume de Satan la peine étemelle est préparée, ainsi peut-on dire, avec raison, que ceux icy seront recompensez au ciel du loyer éternel s'ils persistent jusques à la mort , et comme deffenseursde la foy emporteront la palme de martyre. »
Geste resolution fut incontinent imprimée , publiée et envoyée par tout avec une lettre sous le nom des bourgeois de Paris, addressante aux habitans catholiques des villes du party de l'union, dans laquelle , après leur avoir dit qu'ils n'estoient ignorans du mal qui les pressolt et de Testât auquel ils estoient réduits, et plusieurs autres choses sur ce subject, ils estoient exhortez de suivre, d'embrasser et caresser la susdite resolution , et de jamais ne subir lo joug d'un prince qui soit hérétique ou favorise Theretique, ou sous la puissance duquel on coure hazard d'heresie, mais d^endurer plustost le feu, le glaive, la famine, et toute autre extrémité.
Les Espagnols et toute la faction des Seize dans Paris trouvèrent ceste résolution saincte : ceux-là pour entretenir la division et le trouble en France aiïln de venir à lK)ut de leurs preteu-
CHAONOLOGIB NOVEMÀIBB DB PALMA CÀYBT. [1590 1
sions; ceux-cy de peur d'estre chastiez de leur rébellion et de leurs actions passées. Le duc de Mayenne, les princes de Lorraine et la noblesse de son party, la trouvèrent aussi très-utile pour deux raisons : l'une, affin que le roy d'Espagne, voyant ceste resolution de ne faire aucune paix avec le roy de France et de Navarre, son ancien ennemy, les secourust plus volontairement d'hommes et d^argent , car ils estoient sans moyens, hors d'espérance de pouvoir désormais tous seuls se deffendre contre le Roy,ainsi qu'ils avoient fait auparavant, et ne pouvoient faire paix avec Sa Majesté en conservant leur réputation, et obtenir de luy les seuretés qu'ils eussent désirées, ainsi, disoient-ils, que l'on l'avoit recognu à un pourparler qui s'en estoit fait près de Mante entre le sieur de Ylileroy et le sieur du Plessis Mornay, et l'autre, affin que les grandes villes du party de l'union, dont le gouvernement estoit tombé entre les mains du tiersestat , et sur lesquelles ils n'avoient pas assez d'authorlté d'en disposer, demeurassent uniesen leur party.
Les chefs de l'union dans Paris, voyant le peuple disposé selon leur intention, publièrent la mort du cardinal de Bourbon [sans luy rendre l'honneur qu'ils lui dévoient après sa mort pour le tiltre qu'ils luy avoient baillé ; aussi ne s'en estoient ils servy que pour prétexte], puis firent une procession générale au couvent des Augustins , où se trouvèrent le légat Gaétan , l'archevesque de Lyon, les e vesques de Sentis , de Rennes, de Frejus, de Plaisance, d'Ast, de Ceneda, le prédicateur Panîgarole , le référendaire comte Porcia , le protenotaire Bianchetti , l'ambassadeur d'Espagne Mendozze, l'ambassadeur de la feue royne d'Escosse , que Ton nommoit l'archevesque de Glasco , avec celay du duc de Ferrare, les ducs de Nemours, le chevalier d'Aumale, et autres seigneurs, la cour de parlement, et autres cours souveraines, avec le prevost des marchands, leseschevins, colonels et capitaines de la ville, où , après que la messe fut chantée, et qu'un religieux eut faict une prédication pour les exhorter àestre fermes en leur party, ils allèrent les uns après les autres jurer sur le livre des Evangiles , qui estoit ouvert devant le légat vestuet séant en pontificat, d'employer leurs vies pour la conservation et défense de la religion catholique , apostolique et romaine , de la ville de Paris, et autres du party de l'union, et de ne prester jamais obeyssance à un roy hérétique , et que tout ce qui viendroit à leur cognoissanee au préjudice de leur union qu'ils le reveleroient. Il fut fait depuis une forme de ce serment par escrit, que les colonels et capitaines firent
jurer au peuple chacun en leurs quartiers. Voylà comment on disposa les Parisiens de ne recevoir le Roy. Us furent entretenus en ceste créance par plusieurs prédicateurs, qui par leurs persuasions eurent tant de puissance , qu'ils prindrent leurs afflictions pour occasions de s'c^iniastrer contre Sa Majesté. Il se fit aussi une compagnie de plusieurs moynes, prestres et escoliers, jusques au nombre de treize cents, lesquels firent comme une monstre en armes parmy la ville , de laquelle compagnie estoit capitaine Roze, evesque de Senlis; Hamilton, curé de SainctCosme, Ëscossois de nation, enestoUle le sergent; mais il advint qu'en passant uns armez auprès du pont Nostre Dame, et voulans saluer le légat qui passoit dans son carrosse , une harquebuzade tïia son secrétaire tout auprès de luy. Aucuns attribuèrent ceste monstre de moynes et prestres en armes à zèle et dévotion ; d'autres s'en mocquerent, les voyans ainsi armez contre leur profession, et comme estans gens incapables du maniement des armes. Les catholiques royaux en firent aussi des discours où ils disoient que l'on n'avoit point veu les moynes et prestres en armes aux troubles de Tao 1562 et 1567 , quoy que les huguenots fassent venus jusques aux portes de Paris. « En quels troubles sommes-nous , disoient-ils, d*avoir vea les ecclésiastiques s'habiller de diverses sortes de couleurs , avec des chapeaux panachez de couleur, portant harquebuzes, corseletset autres sortes d'armes , faisant la garde aux tranchées quand le feu Roy fut assassiné à Sainct Clou , de voir à présent les capucins et feuillans porter la cuirasse à nud sur leur habit , avec des armes offensives en la main? Quiconque jugera les choses sans passion, cognoistra que c'est une desbauche générale qui est parmy eux , et non pas une dévotion. • Voylà ce que les uns et les autres en disoient. Les religieux de Saincte Geneviefve, de Sainct Victor, ceux de l'ordre de Sainct Benoist, des Celestlns et autres, ne se trouvèrent pas aussi en ces remuements la. Voyons , cependant que le Roy taschoit d^avoir Paris et Sainct Denis par la nécessité , et que k duc de Mayenne alloit demander secours en Flandres au duc de Parme, ce qui se passa à Rome touchant M. de Luxembourg » lequel mes-| sieurs les princes du sang et les officiers de la| couronne du conseil du Roy avoient envoyé versj Sa Saincteté. Nous avons dit que, dez le commencement de son arrivée en Italie, le pape Slxlej ne le voulut voir ; il luy défendit mesmes Tentreel dans les terres de FEglise. Mais le brait des victoires d'Arqués et de Diepe, et les prises de tant de villes en Normandie, apportèrent du
CHfiONOLOGlB NOVBNAIBB DE PALMÂ CAYfiT.
changement à la résolution de Sa* Saincteté.
M. le marquis de Pisany avoit esté ambassadeur du feaRoy à Rome, et s'estoit opposé, comme nous avons dit, avec M. l'evesque du MaDS, aux entreprises des agents de Tunion à Rome Jusqnes-là que le Pape luy dit un jour qu'il layferoit trancher la teste s'il ne luy verifioit ses pouvoirs. Il s'y offrit de les vérifier. Mais la mort du Roy survenue, il demeura en Italie quelque temps devant que retourner en France, llestoitlorsà Romequaud M. de Luxembourg arriva en Italie. Ledit sieur marquis, sur la deffence que Sa Saincteté fit audit sieur de Luxembourg de venir sur les terres de TEglise , employa lors les ambassadeurs de Venise et de Floreuce, et d'autres grands princes amis de la France , desquels il fut assisté. Il remonstra à Sa Saincteté beaucoup de raisons pour lesquelles il dnoitouyrM. de Luxembourg, et qu'en son ambassade il estoit question du plus grand et du premier royaume de la chrestienté , d'un roy recognu par les princes et principaux seigneurs et officiers de la couronne, d'un prince guerrier , victorieux, suivy d'un grand nombre de catholiques, qui avoit un party grand, assisté de la plus grande part de la noblesse françoise, ayant eo son pouvoir de bonnes et fortes villes, lesquelles il estoit impossible d'oster de sa puissance; qu'il y alloit de la salvation de l'ame du premier prince de la chrestienté , et qui devoit estre le premier fils de l'Eglise, lequel desiroit se faire instruire pour se remettre en son devoir de recognoistre l'Eglise et le Sainct Siège; que ceste conversion pourroit ramener les autres beretiques en leur devoir, prenant exemple sur un si grand prince ; qu'outre toutes ces choses , qu'il fallloit craindre un schisme en la France , et que les princes du sang et autres princes et officiers de la couronne catholiques , se voyans refusez d'estre ouys de Sa Saincteté, se pourroient résoudre de faire eslire un patriarche en France, comme desjà il en avoit esté tenu quelques propos. Ledit sieur marquis fit sa remonstrance d'une telle grâce et gravité , que le pape $i\te, qui estoit d'un naturel rude, ramolit son courage, et permit à M. de Luxembourg de venir à Rome , ainsi que les autres princes qui y vont pour leurs affaires particulières, sans qu'il prinst aucune qualité d'ambassadeur.
M. de Luxembourg contraint de céder au malbcurdu temps, arrivé à Rome, et introduit ^ns la chambre du Pape , et non au consistoire, Iraicta avec Sa Saincteté avec tant de révérence, que le pape Sixte cognut lors que ceux de l'union »e liiy avoient pas tout dit. Les affaires en ce commencement prirent un long traie t : le Pape
voulut estre informé au vray des affaires de la France , et cependant deffendit au cardinal Gaétan de n'user d'excommunication contre les princes et seigneurs catholiques du party royal. Du depuis M. de Luxembourg , ayant esté à Nostre- Dame de Lorette , et revenu à Rome, où le bruit estoit parvenu de la victoire que le Roy avoit obtenue à Ivry sur l'union , et qu'il alloit mettre le siège devant Paris, il alla voir Sa Saineteté, qui s'enquesta de luy fort particulièrement des conditions et des humeurs de Sa Majesté. M. de Luxembourg , qui vid l'occasion née de faire un service à son prince , ne manqua de représenter à Sa Saincteté la générosité , la clémence et rhumanité du Roy, et les endroiets où il en avoit monstre les effects. Le Pape , l'ayant long temps escouté , s'enquestant tous- Jours de la vérité de quelques actions que l'on luy avoit dites de Sa Majesté, luy dit en fin : M'incresce di Vaver scommunicato éssendo di tai costumi , ma io che no i^ ho faito perche l'era fatto (1). Depuis il l'appellaroy de Navarre, car auparavant il ne l'appelloit que prince de Bearn.
M. de Luxembourg avoit mené avec luy maistre Huguesde Lestre, homme très-eloquent en la langue latine , et bien versé aux affaires d'Ëstat. Sa Saincteté l'ayant ouy parler des affaires de la France , il voulut que cest orateur eust audience au consistoire au nom de ceux qui l'avoient envoyé. Le comte Olivarez , ambassadeur d'Espagne à Rome, les agents de l'union, et sur tous le cardinal de Pellevé, sçachans la resolution de Sa Saincteté, tascherent par tous les moyensqu'ilspurent d'empescher ceste audience; mais Sixte Y l'ayant résolu, il falut qu'ils passassent par là, car il estoit pape absolu. Après que l'orateur de M. de Luxembourg eut esté ouy au consistoire , les opinions de plusieurs cardinaux , pour n'avoir esté bien advertis des affaires de France, se changèrent. Le pape mesme rescrivit à M. le cardinal de Vendosme [lequel depuis la mort de son oncle print le tiltre de Bourbon] et à M. le cardinal de Lenoncourt. L'ambassadeur d'Espagne à Rome et les agents de l'union se trouvèrent lors esbahys de ce changement d'affaires : ceux-cy font courir contre Sa Saincteté plusieurs calomnies sous main , ceuxlà le menacent à l'ouvert.
Le comte Olivarez fut si outrecuydé que de dire au pape que s'il ne chassoit M. de Luxembourg pour le bien de la religion catholique, que son maistre le roy d'Espagne luy fcroit la guerre, et le feroit déclarer incapable de son pontificat
(f) Je suis fâché de l'avoir excommunié puisqu'il ost tel , mais il l'éloit déjà avant que je l'excommuniasse.
CHAOISOLOGIB NOVfiMAlBK J>£ PALMA CAYfiT. [1ÔU0|
par un concile qu'il feroit tenir en ses royaumes et pays. La bravade de cest Espagnol fut cause qu'il sortit de Rome , et le duc de Gesse vint tenir sa place.
Les agents de Nnion firent courir lors plusieurs escrits contre Sa Saincteté , la substance de la pluspart desquels estoit que le cardinal Montai to a voit fait , de la part de Sa Saincteté , promesse a ceux de l'union de leur aydcr et secourir de thresors, mais que , pour les affaires du royaume de France, 11 ne failloit espérer de Sa Saincteté sinon les thresors spirituels de TEglise, et non pas les temporels; que quand on parloit à Sa Saincteté des affaires de la France, et qu'il estoit besoin de mettre la main à labource, qu'il remettoit les agents de Tunion de jour en Jour, et d'une congrégation de messieurs les cardinaux à Tautre subséquente ; de quoy que Sa Saincteté dtst qu'avant que rien ordonner il desiroit estre bien instruit des affaires de France , et que pour cest ef fect il javoit envoyé quérir Grimaldi en son archevescbé d'Avignon pour en avoir plus de lumière, et qu*il desiroit estre inspiré du Sainct Esprit de ce qu'il auroit à faire , ainsi qu'il le pensoit estre bien-tost par les prières de plusieurs personnes ausquelles il avoit donné charge de prier Dieu , que tout cela n'estoit que des délais pour ne donner aucune resolution, parce qu'on ne pouvoit offenser plus les oreilles de Sa Saincteté que de luy parler d'argent pour le secours de France; que Sa Saincteté desiroit plustost rendre son comtat d'Avignon tributaire de six mille escus par an au sieur Desdiguieres, chef des huguenots enDauphiné, aflfln qu*il fust en paix , que non pas d'employer son thresor pour le défendre de payer tribut en faisant la guerre aux hérétiques ; qu'il ne failloit donc plus espérer d'avoir de Sa Saincteté aucun secours que sa seule bénédiction, puis que les cinq millions d'or qu'il avoit ramassez du patrimoine de sainct Pierre et mis au chasteau Sainct Ange n'estoient que pour enrichir ses parens, mesmcs qu'il avoit baillé six cens mille cscus à Marc Antoine Coiomna qui avoit espousé sa niepce , et avoit achepté de belles terres pour l'exercice du sieur don Michel.
Ainsi le pape Sîxte entra en l'inimitié de l'Espagnol et de ceux qui supportoient à Rome les ligueurs de France. Le duc de Cesse , nouvel ambassadeur d'Espagne h Rome , y vint exprès pour empesi'her que l'on ne reccust le roy Henry 1 V au giron de l'Eglise , quoy qu'il s'y reduisist, et pour faire sortir !M. de Luxembourg de Rome. Plus, il somma Sa Saincteté de secourir d'argent les princes de la li<;ue en France , et d'y excommunier tous les catholiques royaux.
Sixte luy respondit qu'il n'en feroit rien, l^ecofisistoire s'assembla, où Sa Saincteté remonstra qu'aux affaires de France il s'estoit tousjottn porté suyvant l'équité et la raison. Eotreie Pape et le roy d'Espagne quelques cardioasi furent esleus arbitres affin d'appaiser ces dlff^ rens. Mais comme Sa Saincteté, vrayment conduit de l'esprit de Dieu au chemin qu'il teooit pour appaiser les troubles de France, eut pris résolution d'y ramener par la douceur ce quil y avoit esgaré par sa violence, il mourut le vingtseptiesme aoust, la nuict sur les vingt-quatre heures, ayant tenu le siège cinq ans quatre mois trois jours, aagé de soixante et dix ans.
Geste mort, advenue assez subitemeot, car il ne fut que deux jours malade , ne fut saos soupçon de poizon.Quelques-uns ont dit qu'il fut empoisonné en ouvrant une lettre veoaot d'bpagne; d'autres, d'une autre façon.
M. de Luxembourg se retira de Romeincootinent après ceste mort pour s'en revenir en France , et escrivit amplement au collège des cardinaux touchant les affaires des Frauçois; mais il s'en trouva parmy eux tant de passionnei pour l'Espagnol , que ses lettres ne furent poiot veuës ne receuës au conclave. Ce fut aussi en ce temps là que l'on disoit que les ministres du ro> d'Espagne y faisoient tenir des billets, ctroandoient a leurs partisans : Su Magestad noquiere que N. sca papa : se holgarà que K. le sea'quiere que N. lo ienga (1). La suittedc ceste histoire le donnera mieux à cognoistre.
Avant que retourner voir ce qui se passa en France, voyons un petit epitome de la vie de Sixte V, que Dieu avoit pris des ténèbres d'une infirme condition et bergerie temporelle, pour l'eslever à la plus haute et vive splendeur de toutes lesdignitez publiques. Sixte, auparataot que d'estre pape, s'appelloit Perreti , et fut fils d'un pauvre homme en la Marque d'Anconeqni gardoit les pourceaux. Le gardien descordeliers de Florence, passant par là, s'addreasa à ce Perreti , qui , petit enfant , gardoit aussi te pourceaux , et luy demanda le chemin. PerfttJ le luy enseigna de si bonne grâce , qne ce iwn père gardien luy demanda s'il voulolt s'en aller uvec luy ; à quoy II s'accorda pourveu que soo père le voulust. Ayant demandé congé à son père , qui le consentit , il s'en alla avec ce peff gardien.
Estant à Florence, et mis à l'estude, il 5 5 employa si bien , qu'en peu de temps il surmonta
(I) Sa Majcalé ne viul |>ai que >. soit P"P^' ^"f,T sent que N. le «oit; elic veut que TS. obUe ne ctttc gnitc^
CHRONOLOGIE NOVENAIBE DB PALMA CAYET. |l59Û]
tousses compagnons, et de degré en degré parvint aux licences ; et eut charge entre les siens. Ne pouvant plus se tenir en choses si basses , il devint hautain , et tient-on mesmes que le courent fat comme contraint de le congédier pource qnïlse rendoit da tout incompatible.
Or, estant à Rome , il s'alla rendre au palais an cardinal d'Est , lequel remploya en maniement d^affaires dont il s'acquitta fort bien. Il adviot que Hugues Boncompagne, qui depuis a esté cardinal et pape, appelle Grégoire XllI , fut envoyé en Espagne. Le cordelier Pcjrreli trouva moyen daller avec luy , où il prit les affaires si bien, qu'avec Sfondrat , qui depuis a esté pape, appelle Grégoire quatorziesme , il eut l'honneur un jour d*estre fe&toyé du roy d'Espagne avec ledit sieur cardinal Boncompagne légat.
En la cour d'Espagne il y a tousjours des /orar, qui font les nabis , c'est-à-dire des plalsans OQ fols; ces gens-là sont de Barbarie, et contrefont les prophètes. Il advint que l'un de ces lo- (osj tandis qu'ils estoient tous à table, s'addressa au roy d'Espagne Philippe II , et luy dit : tTone sçais pas avec qui tu manges. » Ënquis parleRoy pourquoy il disoit cela, il luy respon- Jit : I Pource que tu manges avec trois papes, o Ce qu'ayant dit , il alla frapper sur l'espaule du egat Boncompagne, et puis descendit au bas de la table où estoit Perreti, qu'il frappa aussi, puis ■emonta de l'autre costé, et frappa aussi Sfonirût pour le troisiesme , raonstrant l'ordre de eur promotion conome elle est advenue : ce qui 'ut lors très-bien noté.
An retour de là, Perreti , allant et venant par 'Italie, le Piedmont et la France, mania telle- Dcal son ordre de Sainct François, qu'il fut eseu gênerai.
Depuis cestc heure là il commença de se liguer le siège papal ; et comme , après ses visites lins les provinces , il fut arrivé dans Rome, il Pî:ardoit un jour entr'autres le chasteau Sainct inue, et dit : Si questo loco avrehhe hen poluio ^ir la verità, che foss'iofatlo papa (1) ! ce qu'il liwit pource que Hugues Boncompagne avoit M esleu pape qui se nomma Grégoire Xlil , ?quel Grégoire le fit peu après cardinal à l'inssnce du cardinal d'Est. Estant cardinal, il se élira dans sa vigne, c'est-à-dire maison cham- ^.sîre, combien qu'elle fust dans la ville, ainsi [ue les grands ont accoustumé faire dans Rome. lais ou tient que de là il regardoit souvent les ours du chasteau Sainct Ange, espérant un jour l y parvenir. Et de fait, Grégoire , sur la fin de es jours, se resouvenant de ce qu'avoit dit le 3cod*£spagne, disoit souvent : Questo monaco i^nva anche (Vesserpapa dopo la mia marie (2) :
ce qui survint , car , advenant qu'il y eut grande contestation entre les partys contendans au papat , on s'advisa , par le moyen dudit cardinal d'Est , de faire Perreti pape, lequel, estant venu à ce sainct degré , se fit appeller Sixte V , car il s'appelloit Félix.
11 se comporta en ceste dignité fort magnifiquement, faisant beaucoup de belles choses; maisensonparticulieril estoit hautain etsevere ; et quant on luy remonstroit , au regard de quelqu'un prisonnier ou en peine de sa vie , que c'estoit un gentilhomme, affin de l'induire à quelque douceur, if disoit : Afincresce che no sin principe (3) ; dequoy il a esté blasmé de quelques-uns, qui, au lieu de le qualifier du tiltre de severe, l'appellerent cruël, superbe, et audacieux. Bref, la justice fut administrée durant son règne avec telle sévérité ez terres de l'EglisC; que sur la fin de ses jours, en plaidant, on disoit quelquesfois : Souviens-toy que Sixle est encores en vie. Pliisieurs historiens ont escrit beaucoup de particularitez de sa vie, des beaux bastiments qu'il a fait faire durant qu'il a esté pape, des ordonnances qu'il a faictes pour la création des cardinaux à l'ad venir, des loixqu'ilafaict publier et observer es terres de l'Eglise contre les adultères et contre les astrologues, des fcstes qu'il a establies, de ceux qu'il a canonisez, des grands tributs qu'il a faict establlr dans Rome, de la punition des bannis , qu'il a chassez durant son pontificat des terres de l'Eglise , et comme il desiroit sur tout de laisser une mémoire de ses actions après sa mort, s'estant fait dresser une statue au Capitoie, que quelques Romains après sa mort voulurent abbattre, ce qui ne fut faict; et toute&fois , ce tumulte appaisé , l'on fit un décret ou arrest dans Rome par lequel il fut deffendu à l'advenir d'esiever à aucun pape vivant sa statue. Après la mort de Sixte, le siège fut vacant dix-liuit jours, et fut esleu pnpe Urbain VU , ainsi que nous dirons cy-aprè^. Retournons voir ce qui se passe en France.
Nous avons dit cy-dessus que le Roy tenoit en un mesme temps comme enclos Paris et Sainct Denis , et avoit logé son armée es villages plus prochains de ces deux villes. Au commencement du mois de juin , le duc de Nemours fit trois actions dans Paris qui intimidèrent merveilleusement ceux qui y eussent voulu entreprendre de faire quelque practique pour le service du Roy. Premièrement, il fit que la cour
(i) Ce fou aoroit-il dit vrai ea prédisant que je serois pape?
('i) Ce moine pense encore qu'il sfrn pape nprès ma mort.
(3) J'ai regret qu'il ne soit prince.
CHR0NÛL06IS NOVBNÀTBB DB PALHA GÀTBT. [1590]
de parlement publia un arrest contre ceux qui seroient si hardis que de parler d*aucune composition avec Sa Majesté. Secondement , il eut tellement l*œil sur ceux que Ton appelloit politiques ou royaux , qu'il descouvrit que le sieur de Vigny , receveur de la ville , et beau-frere du président Brisson, avoit quelque intelligence avec le Roy. Geste entreprise n'estoit pas petite ; mais le duc de Nemours et ceux qui le conseilloient s'adviserent de ne rien remuer, pource que Ton trouva que plusieurs personnes notables en estoient : ils le firent sortir en payant douze mille escus pour sa rançon , laquelle rançon tourna au profflt du sieur de La Chapelle Marteau , prevost des marchands , auquel du depuis les Seize reprochèrent qu'il avoit eu pour sa part la somme de six vingts mille escas provenus des rançons de quelques uns de messieurs de la cour de parlement , lors qu'ils furent menez prisonniers à la Bastille l'an 1588, outre les susdits douze mille escus , et six mille escus que les ministres d'Espagne luy avoient baillez pour tenir le party espagnol. Si celuy là en a tant eu à luy seul pour sa part , il est facile à considérer combien ceux qui estoient plus grands que luy en ont eu , et combien de rançonnements et de pilleries furent exercées en ceste grande ville. La troisiesme action que fit le duc de Nemours pour avoir promptement de l'argent , fut que , par l'advis du légat et de l'ambassadeur d'Espagne, les ornements d'or et d'argent les moins nécessaires qui estoient aux églises furent vendus pour payer les gens de guerre , à la charge que l'on en redonneroit d'autres dans trois mois : on le promit, mais on n'en fit rien. Oultre tout cela, les anciens joyaux de la couronne de France furent aussi pris, vendus, et l'or fondu et monnoyé. Quelques-unes , et des plus belles pierreries , ont esté depuis recouvrées , lors que le Roy entra dans Paris, l'an 1504, d'entre les mains de ceux qui en ce temps là se les approprièrent, et toutesfois , s'en trouvans saisis , ont dit depuis qu ils n'en estoient que dépositaires.
Le chevalier d'Aumalle , le sieur de Vitry et autres seigneurs qui estoient dedans Paris, faisoient journellement plusieurs sorties à la faveur du canon : aucunesfois ils revenoient victorieux, et quelquesfois on les rechassoit plus viste qu'ils n'estoieot sortis. Cependant M. de Mayenne ayant esté quelque temps à Sofssons et rassemblé quelques troupes de gens de guerre autour de luy, entr'autres le marquis de Menelay et le vicomte de Tavannes, il s'achemina à Cambray, où il fut bien receu de M. de Balagny. Tout leur dessein estoit de trouver la manière de secourir Paris, assiégé par le Roy. Les forces qu'ils eus-
sent peu amasser de leur seule puissance estoient petites : ce fut ce qui fit résoudre le duc d'aller trouver le duc de Parme à Coudé. Celoy qui a faict le second discours sur Testât de la France dit en cest endroict :
Que le duc de Mayenne y receut des traittemens, non seulement indignes de sa qualité, mais indignes de la majesté du royaume , et qu'il fallut que celuy qui se disoit lieutenant gênerai de tout l'Estat et couronne de France , allast faire la court à celuy qui ne portoit que tiltre de lieutenant de son maistre eu une seaie province.
Qui en maisou de prince entre • il deTieot Serf, qaoy qu'il soit libre quand il y Tient,
ce dit Pompée à ses amis , quand après la bataille de Pharsale il s'en alloit demander secours à Ptolomée. Les vaincus qui, les mains vuides, Toot requérir les princes leurs voisins, sont snbjets à ces affronts là.
Toutes ses prières neantmolns, tontes ses conjurations , toutes ses offres estoient inutiles, si le propre interest du royaume d'Espagne n'yeust estémeslé; car cependant, sans perdre temps, le Roy pressoit Paris de telle sorte qu'il s'en alloit perdu , et sa perte sans difficulté entraiooit tout le party de la ligue. Cela esveilta beaucoup l'Espagnol , car la continuelle crainte delà prospérité du Roy le gehennoit plus que toutes les considérations qu'il disoit avoir de la religion, ny quelesvrayesdu danger de ses partisans ne l'eussent sceu esmou voir . Il voioit bien que ceste viite conquise il couqueroit l'Estat, et, le feuesteiot chez nous, qu'il y avoit apparence que ce serait à luy à recevoir le flambeau : toutesfois, comxe bon mesnager avec son interest, il ne laissa de se servir de la peur des pauvres Parisiens, et de deffendre exprès à son lieutenant le duc de Panne de ne s'advancer point qu'à leur extrême nécessité.
Le Roy d'Espagne, bien-ayse donc de solfie chef de V union réduit à la nécessité de luy preseo ter presque la carte blanche , se resjoùit de voir réussir ses intentions; car d'un costé il envoya à Rome , ainsi que nous avons dit , affin que l'on na receust point le Roy au sein de l'Eglise, quand bien il se voudroit convertir, de Tautre il fit lever des gens de guerre en Allemagne et en Flandres pour troubler tellement la France qu'il s'enpusl rendre le maistre , ou , pour le moins , la divisa si bien qu'il n'en craîgnist jamais la puissance. On tient que si ce Roy eust esté aussi bien à Condé comme le doc de Parme , ou qu'il eust peu estre adverty promptement de Testât de l'unioD, et aussi promptement leur respondre, qu'il*
CHRONOLOOIS NOVSNÀIBB DE PÀLUÀ CÀYET. [1690]
tassent tons entrez en de grandes capitulations pour la pear ([a*ils eurent à ce&te heure là : mais, devant que les couriers fussent allez de Bruxelles à TEscurial qui est au fonds de TEspagne, les chefs de Funion, ayans veu les villes rasseurées deceste première peur, jugèrent qu'il y a voit encor mojen de se conserver sans se donner si promptement à TEspagnol. Quelques-uns ont escrit qu'ils luy accordèrent toutesfois tout ce qu'il voulut, mesmes de lui donner des places à faire citadelles; mais cela n*a point d'apparence d'estre creo, veu ce qui est advenu depuis, et est plus iaeile à croire ce que d'autres ont dit , qu'il luy fat promis seulement quelques places , comme Gnise, Peronne et La Fere [veu qu'il a eu La Fere da depuis , ce qui a tant apporté de ruyne à la France pour la r' avoir] , que non pas tout ce qu'on pourroit dire. Tant y a que le roy d'Espagne commanda au duc de Parme de secourir Paris avec toutes ses forces de FlandreS; nonobstaot toutes les reraonstrances que ledit duc luy envoya dire que cela ne se ponvoit faire sans desgamir de forces plusieurs places du Pays-Bas SQf lesquelles, en son absence, le prince Maurice ne faudroit d'entreprendre et de s'en rendre maistre: ce qui advint, ainsi que nous dirons cy après. Bref, ce roy d'Espagne , qui au mois de mars protest oit de délivrer le cardinal de Bourbon de prison [ lequel il nommoit roy de France], ayant sceu les nouvelles de sa mort, commença à pincer sourdement ceste corde des prétentions de l'Infante sa flUe , pour la faire entendre aux aureiiles des chefs de l'union. La suitte de ceste histoire donnera à cognoistre toutes ses practiques et ce qui en est advenu.
Paris est tellement pressé de la faim, que ceux qui avoient accoustumé de manger des viandes délicates n'usoient plus que du pain d'avoine, de la chair d'asne , mulets et chevaux , encor ne s'en troavoit-il que bien peu et bien chèrement. Le pauvre peuple ne vivoit que de bouillies faictes de son d'avoine. Le duc de Mayenne envoyoit souvent de Meaox , où il estoit de son retour de Flandres, des messagers pour asseurer les Parisiens d*un prompt secours. Les chefs qui estoient dedans Paris, selon qu'il en estoit occasion, se servoient de ses lettres , ou en faisoient, selon leur intention, d'autres, lesquelles les prédicateurs de la faction des Seize lisoient en leurs sermons au peuple, et n'oublioient de l'encourager a endurer pro aris etfocis, pour Bleu , pour leur religion , et pour leur patrie. Ce sont de spécieux prétextes qui ont faict faire des actes esmerveillal)les par le passé à plusieurs peuples, quand ils ont ^ persuadez à ce faire par les prédicateurs qui leur dévoient dire la vérité. Le docteur Boucher
et les autres prédicateurs de la faction des Seize^ avec Panîgarole et autres prédicateurs italiens de la maison du légat , monstrerent lors combien l'éloquence joincte au prétexte de la religion faict animer un peuple. Bref, i Is sceurent si dextrement entretenir les Parisiens par des processions , par des prières de huictJourSj et par des ceremoniesqu'ils faisoient selonqu'ils en jugeoient estre occasion, que plusieurs ont fait une comparaison de ce siège de Paris à celuy de Hierusalem pour les extremitez ausquelles les uns et les autres se trouvèrent réduits : ceux de Hierusalem par les zelotes, et les Parisiens par les zelez. Le docteur Boucher, qui [osté ceste tache d'avoir l'ame toute espagnole bien qu'il soit parisien] est un grand prédicateur et docte , s'advisa de faire faire un vœu au nom de toute la ville de Paris. En une assemblée dans l'Hostel de la ville, après une longue harangue qu'il fit, il proposa qu'il failloit se vouer à Nostre-Dame de Lorrette , et qu'en cas que l'on fust délivré du siège , qu'on luy feroit présent d'une lampe et d'un navire d'argent pesant trois cents marcs. Ce vœu fut faict le lendemain par le prevost des marchans et les eschevins dans l'église Nostre Dame en la présence du legat. Ils firent bien ce vœu , mais, le péril passé , peu se souvindrent de le mettre en effect et n'y eut qu'un bourgeois lequel donna quelque argent à deux religieux feuillans pour aller à Lorette y faire quelques dévotions.
Tandis que le duc de Nemours donnoit à ses favorits les biens des politiques ou royaux de Paris qui estoient en l'armée du Roy, le legat Gaétan et l'ambassadeur Mendoze employoient tout ce qu*lls pouvoient pour entretenir le peuple , de peur qu'eux ne tombassent en la puissance du Roy ; ils faisoient aussi quelques aumosnes tous les jours; leur vaisselle d'argent et leurs bagues mesmes furent employées pour le payement des soldats. Plusieurs dans Paris disoient quelque-, fois tout haut qu'ils estoient la cause de leur misère. Ceux qui disoient cela voulurent faire une entreprise , mais ils se trouvèrent si foibles , comme nous dirons tantost, qu'ils ne firent aucun effect.
La ville de Sainct Denis cependant estoit tellement pressée de faim , que ceux de dedans estoient réduits à ne manger chacun Jour que quatre onces de pain de son. Le duc de Nemours, estant adverty de ceste nécessité, désireux de ne laisser perdre ceste place si importante à Paris, s'advisa de leur donner quelque secours en attendant celuy du duc de Mayenne qui s'assem** bloit à Meaux. Pour ce faire il choisit trente des siens bien montez , ausquels il fit pendre à chacun un sac de farine à l'arçon de la selle , et
CHBONOLOGIB NOVBNAIBE DE PÀLMA GAYBT. [1590|
les fit sortir par une porte, tandis que luy , le chevalier d'Aumale et quelques cavaliers, sortirent par un autre endroit pour amuser les royaux et donner moyen à ce secours de s'escouler dans Sainct Denis. Quelques-uns des trente y allèrent, les autres ne purent passer. Ce peu de farine que receurent ces assiégez les encouragea; mais, voyant qu'il n'en venoit davantage, ils se rendirent à composition, laquelle ils eurent du Roy telle qu'ils désirèrent, pour Timportance de ceste place que Sa Majesté desiroit avoir, d*où ils emmenèrent le canon et tout leur bagage.
Ceste sortie du duc de Nemours fut cause du combat qui se fit peu de jours après entre le sieur de Montglas et le baron de Contenant. Leur querelle vint que le sieur de Montglas estant royal, et le baron de Contenant de la ligue, s'estant recognus en ceste sortie comme amis quMls estoient, et s'estans donné parole , se retirèrent seuls à part pour parler de quelque accord ; mais Contenant, ayant aperceu que quelques royaux venoient en courant approcher prez d'eux , se retira vers les siens , et en fuyant laissa tomber son chappeau , ce qui fut cause qu'il usa de quelques paroles contre l'honneur du sieur de Montglas, lesquelles, reportées, firent que ces deux gentils -hommes accordèrent de terminer leur querelle en quatre coups , savoir, un de lance, un de pistolet , et deux d'épée. Le jour qu'ils combattirent il se fit une trefve , et un grand nombre de personnes se trouvèrent , tant d'un party que d'autre , pour les voir combattre hors le faux-bourg Sainct-Honoré. Leur combat finy sans avoir eu aucun advantage Fun sur l'autre, leurs parrains les séparèrent, et incontinent la trefve fut finie , que Ton signifia par un coup de canon tiré de l'armée du Roy.
M. le cardinal de Gondy estoit dans Paris durant ce siège ; il n'y avoit occasion qui se presentast pour trouver quelque moyen de paix ou de reconciliation que ce prélat n'embrassast. Les Seize mesmes ont fait escrire dudit sieur cardinal que le Roy Tavoit envoyé à Paris auprès du légat pour Tadvertir de tout ce qui s'y feroit , et pour y disposer le clergé à recognoistre Sa Majesté; ce qu'il exécuta, disent-ils, d'une telle affection , qu'ayant practiqué la plus-part de son clergé, lequel estoit auparavant de la ligue, il le fit tellement devenir royal, qu'aucuns s'employèrent si courageusement pour le service du Roy , que les effects en sont réussis à son contentement. Or au retour du marquis de Pisany en France , lequel estoit veuu en l'armée du Roy se descharger de son ambassade de Rome , le légat Caêtanet ledit sieur marquis, qui s'estoicnt veus h Rome famillairemeat , désirèrent encor
de se voir : ce qu'ils firent par le moyen d'une trefve qu'ils obtindrent de part et d'autre, et s'entrevirent à l'hostel de Gondy au faux-bourg Sainct Germain. £n ceste entreveuê ledit sieur cardinal de Gondy s'y trouva aussi. Leiegat uV voit envie que de sçavoir ce qui se passoit à Rome , et le marquis pensoit de Tinduire à procurer la paix. Leurs intentions se trouvere&t bien dissemblables; ils estoient tous deux personnages prudents. M. le cardinal ne vid point de jour en leurs discours pour y apporter de la modération et trouver un moyen d'accord. Aussi, après plusieurs paroles sans fruict , leur pourparler finit , et ledit sieur cardinal se retira eucor avec le légat dans Paris , et le marquis au camp du Roy.
Le Roy, voyant l'opiniastreté des Parisiens, se résolut de les faire serrer de plus près. Ayant receu les troupes du Languedocque le sieur de Cbastillon luy amena, et celles qui estoient à la reprise de Chasteaudun, ainsi que nous avons dit, tous les faux-bourgs de Paris furent pris en un mesme jour, et fit on approcher le canon fort près des portes de la ville ; ce qui fut occasion que le duc de Nemours fit terrasser la porte Sainct Honoré.
La faim et la nécessité s'augmentèrent alors davantage dans Paris; les chiens, les ébats, les rats, les souris, le vieil oing, et les herbes crues sans pain , 'Jurent les viandes du peuple, (fûï n'avoit point d'argent pour acheter du pain de son d'avoine et de la bouillie de son : plusieurs moururent de faim ; beaucoup furent deux , trois, quatre et cinq jours sans rien manger, et puis mouroient : il ne s'est jamais rien ?eu de plus déplorable. Le Roy mesme fut marr\' do mal qu'ils enduroient, et bien que la raison de la guerre vouloit , puis que la resolution avoit esté de combattre et vaincre l'opiniastreté de assiégez par le jeune et l'abstinence, sans souffrir qu'il y fust porté aucuns vivres pour qui que ce fust, et de faire demeurer dans la ville tous cera qui y estoient , sans permettre d'en laisser sortir un seul, affin que tant plus il y en auroit, tant plustost les vivres qui estoient dedans fussent consommez , si est-ce toutesfois que les hurlements du peuple , les gémissements des merps qui trouvoient à redire leurs enfans, pénétrèrent non seulement l'air, mais aussi les murailles, et vindrent jusques- aux aureilles de Sa Majesté par les prières de ceux qui estoient mesmes dans son armée, aucuns desquels avoient dans Paru leurs pères, leurs parens et leurs amis : si 9^^^ considérant que tous ces peuples estoient tocs ses subjects, et la plus-part innocents, et qw<^' tons chresliens il leur failloit oster le moyen de se désespérer et se perdre , conduit de son bon
CHBONOLOO» NOYINAIBR DB PÀLMA GAYBt. [1590]
oatorel, 0 rompit luy mesmes la barrière des loU militaires, et ayaot accordé premièrement de donner des passeports pour les femmes , les ililes et les eofans, et pour tous les escoiiers , il l'aagmeDta peu après pour les gens d'église , et pais il en fut baillé à d'autres qui avoient mesmes esté des plus remuans. Quelques-uns aussi de son armée se licentierent d'envoyer des vivres aux princes et princesses. Toutes ces choses furent occasion que Sa Majesté ne put entrer dans Paris pour ceste fois , quoy que quelques uns de dedans qui tenoient sous main le party royal y fissent tous leurs efforts.
Leur entreprise se fit sous le prétexte de demander du pain ou la paix ; mais ceste menée nestant faicte que par du menu peuple et par quelques gens de praticque sans beaucoup de conduite , elle fut descouverte incontinent par ledocteor Cbristi, qui en advertit M. de Nemours, lequel mit dedans le logis du bailly du Palais le chevalier d' Aumale, le sieur de Lignerac et bon nombre de gens de guerre, pour ce qu'ils avoient esté advertis que ces remueurs là se dévoient trouver dans la salle du Palais, où mesmes quelques-uns avoient caché des espées sous les bancs des procureurs et des marchands, affin de s'en servir à ceste esmotion ; mais comme ils estoient sans conduite, aussi firent ils des effects sans apparence de jugement. Quelques femmes, ayant esté gaignées par ces entrepreueurs, firent à l'entrée de messieurs du conseil de grandes plaintes de leur misère , et demandoientla paix ou du pain ; mais les entrepreneurs, impatiens, si tost qu'ils virent entrer le capitaine Le Gois dans la salle du Palais, lequel ils sçavoient estre de la faction des Seize, ne se purent tenir de l'attaquer de paroles, puis le blessèrent tellement d'un coup d'espée, que peu de jonrs après il en mourut. A Tinstant ils coururent tous aux armes, mais ils se trouvèrent estonnez que ledit stenr chevalier d'Aumale et Lignerac se rendirent si soudain en armes dans la cour du Palais , de laquelle ils firent fermer incontinent tes portes, que chacun d*eux se sauva le mieux qu'il put : plusieurs furent incontinent pris, deux desquels furent pendus puis après. Voilà comme ceste esmotion fut sans effect : toutesfois elle fat cause que messieurs du conseil, qui s'assemblolent d'ordinaire dans la chambre Sainct Loy s, commencèrent à proposer que , pour remède à ceste neces^té, il failloit adviser s'il n'y avoit point moyen de tralcter quelque paix . On assem-
(I) Pour contenter la peuple, sachant bien que rien
Q> scroit conda.
|i) Ceax qut sont forcés par la famioe à rendre une TiUe à an prince bérétiqne sjnt-ils excommuniés ? Ceux