I. C. D. M. T. XII
bla cinq ou six fois le consefi : tous les principaux qui estoient dans Paris s'y trouvèrent, où en fin il fut résolu d'envoyer vers le Roy pour traicter la paix.
Le légat, le duc de Nemours et l'ambassadeur Mendozze , consentirent que M. le cardinal de Gondy et l'archevesque de Lyon allassent vers le Roy ; mais en effect c'estoit per dar soddisfazione alpopolo, sapendo che no si fora concluso niente (1), et que cela serviroit seulement pour faire passer plus allègrement le temps aux Parisiens en attendant le secours du duc de Parme que Mendozze asseura estre sur la frontière. Ils députèrent donc ces deux prélats : mais ils sçavoient que ledit sieur cardinal estoit fort aggreable au Roy, aussi se gardèrent ils bien de luy dire leur intention, et ne la dirent qu'à l'archevesque.
Ces députez ne voulurent aller trouver le Roy qu'ils ne fussent munis d'une descharge contre l'excommunication du Pape. Le légat, avant que Toctroyer, consulta avec Panigarole TIrius Bellarminus et quelques théologiens sur trois articles : Ulmm reddentes urbem hœreiico principi, ob necessitatem famis , sint excommunicati? Utrùm adeuntesprincipem hœreticumut eum convertant , vel ut conditionem Ecclesiœ caiholicœfaciani meliorem, incurrant excom' municationem bullœ Sixli Quinti (2) ? Sur ce les susdits docteurs respondirent négative^ quod non incurrant, Lesdits prélats ambassadeurs , munisde ce, demandèrent sauf-conduit au Roy pour le venir trouver à Sainct Denis. Il leur manda qu'ils le vinssent trouver à Sainct Anthoine des Champs, où il alla le sixiesme d'aoust , accompagné de mil ou douze cents gentils-hommes du moins. Les deux prélats le vindrent trouver dans le cloistre entre midy et une heure, où ils luy firent la révérence, et luy leur fit un bon recueil. Estans montez en haut, M. le cardinal de Gondy luy fit une harangue, luy représentant le misérable estât de la France , et que les gens de bien de Paris, meuz d'un Juste désir d*y voir une fin, les avoient despeschez vers Sa Majesté pour le prier d'y apporter un remède, et, affin qu'il fust gênerai , leur donner sauf-conduit pour aller trouver le duc de Mayenne, d'où ils retourneroient dans quatre Jours pour l'induire à rechercher Sa Majesté d'une paix générale; que lesdits quatre Jours passez, cela fait ou failly, ils prendroient conseil pour Paris. Le Roy luy dit qu il luy feroit responce, et, ayant pris le-
qai Tont trouver an prince liérétiqac. soit ponr le coaverUr, sot pour obtenir des conditions favorables à fa religion catholique , cncour«.'at-ils l'excommunication pro- DOQcée par la bulle de Sixte-Quint ?
CHBONOtOGlS NOySNÀIHB M PÀLIU CAVET. [1590]
dit sieur cardinal pour lay parler à part, et après lay ledit sieur arclievesque, ce qui dura deux heures , il s'en alla sommairement délibérer a^ec ceux de son conseil. Gela fait, il fit venir lesdits prélats, ausquels il demanda leur pouvoir, qu'ils luy présentèrent couché en forme d*un arrest, portant que les députez assemblez en la chambre Sainct Loys avoient ordonné que messieurs les cardinal de Gondy et archevesque de Lyon iroient vers le roy de Navarre pour le supplier d*entrer en pacification générale de ce royaume , et iroient au doc de Mayenne pour l'induire à rechercher ladite pacification. Le Roy leur contredit ceste qualité de roy de Navarre , et leur dit que , s'il n'avoit que ceste qualité, il n'auroit que faire de pacifier Paris et la France, et que toutesfois, sans s'amuser à ceste formalité, pour le désir qu'il a de voir son royaume en repos, il passeroit outre, encores que cela fust contre sa dignité. Puis il dit : • Je ne suis point dissimulé, je dis rondement et sans feintise ce que J'ay sur le cœur. J'aurois tort de vous dire que je ne veux point une paix générale; je la veux, Je la désire affin de pouvoireslargirieslimitesdece royaume, et des moyens que j'en acquerrois soulager mon peuple au lieu de le perïre et ruiner. Pour avoir une bataille je donnerais un doigt, et pour la paix generalle deux ; mais ce que vous demandez ne se peut faire. J'ayme ma ville de Paris : c'est ma fille aisnée, j'en suis jaloux. Je iuy veux faire plus de bien , plus de grâce et de miséricorde qu'elle ne m'en demande; mais Je veux qu'elle m'en scache gré et à ma clémence, et non au duc de Mayenne ny au roy d'Espagne. S'ils loy avoient moyenne la paix et la grâce que je luy veux foire, elle leur devroit ce bien , elle leur en scauroit gré, elle les tiendrait pour libérateurs et non point moy , ce que Je ne veux po8. D'avantage, ce que vous demandez de différer la capitulation et reddition de Paris Jusques à une paix universelle, qui ne se peut faire qu'après plusieurs allées et venues, c'est chose trop projodiciable à ma ville de Paris qui ne peut attendre un si long terme. 11 estdesjà mort tant de personnes de fiaim, que, si elle attend encores huit ou dix Jours, il en mourra un très-grand nombre, qui seroit une estrange pitié. Je suis le ▼ray père de mon peuple. Je ressemble ceste "vraye meredansSalomon: j'aimeroisquasimieux n'avoir point de Paris que de l' avoir tout ruiné et dissipé après la mort de tant de personnes. Ceux de la ligue ne sont pas ainsi; ils ne craignent point que Paris soit deschiré pourveu qu'ils en ayehtune partie : aussi sont-ils tous Espagnolsou espagnoiisez. 11 ne se passe jour que les fauxbourgs de Paris ne souffrent ruine de la valeur
de cinquante mil livres par les soldats tpA Im démolissent, sans tant de pauvres gens qui mearent. Vous, monsieur le cardinal, en devez avoir pitié ; ce sont vos oueilles, de la moindre goutte du sang desquelles vous serez responsable de* vaut Dieu, et vous aussi, monsieur de Lion, qol estes le primat par dessus les autres eveaques: Je ne suis pas bon théologien, mais j'en sçay assez pour vous dire que Dieu n'entend poiatçu vous traictiez ainsi le pauvre peuple qu'il vous a recommandé, mesmes à Fappetit et pour fain plaisir au roy d'Espi^e et à Bernardin Moh dozze et À M. le légat. Et comment voulez-you espérer de me convertir à vostre religion, si vous faites si peu de cas du salut et de la vie de vos oueilles? C'est me donner une pauvre preuve ds vostre saincteté : j'en serois trop mal édifié, i Sur ce M. de Lion s'excusa fort, disant qu'il n'estoit point Espagnol. Le Boy luy dit : Jele veox croire ainsi, mais il faut que le monstriez parles effects. Au surplus Je vous monstreray une lettre par laquelle le roy d'Espagne mande qu'oo luy conserve sa ville de Paris, car s'il la perd ses affaires vont très-mal. •
M. le cardinal , prenant la parole , dit qae^o^ casion pour laquelle ils demandoient que le traicté fust gênerai avec le duc de Mayenne, estoit par-ce qu'ils sçavoient bien que Paris estant rendu sans une paix générale , il ne seroit point en seureté, parce que tost après le roj d'Espagne et le duc de Mayenne Tiraient assi^ geret le pourroient reprendre; JoinctqQe,sl Paris estoit rendu sans une paix générale, les trois quarts de la ville s'en iroient. Sur celé Roy^ jettant les yeux sur toute la noblesse, dit: i S'il y vient , luy et tous ses alliez , par Dieu nous les battrons bien, et leur monstrerons bien qne li noblesse françoise se sçait deffendre. » Puii soudain se corrigea : t J'ay Juré contre maooostume ; mais je vous dis encores que par le Diea vivant nous ne souffrirons point ceste bonté. • Sur ce la noblesse, avec une acclamation grande, loy dit qu'il n'avoit point Juré sans cause, et que ce qu'il avoit dit vaioit bleu un bon Jnitment.
Puis il leur dit que si sa ville de Paris se desj[>euploit d'aucuns meschans, il la repeupleroit de cent mille hommes gens de bien des plus riches, et nullement séditieux, et que par toot où il iroit il feroit un Paris; qu'il avdt en son armée cinq cents gentils-honmies réunis avec Iny qui avoient esté de la ligue, qu'on sceust d'eos s'ils s'y trouvoient mal, et s'ils se repentoient d'estre venus à luy ; au surplus , qu'il ne pouvi^t trouver bon que sadite ville de Paris fust si soigneuse du bien du due de Mayenne et du roy
CHBONOLOÛIS ROVENAIBB BB PALMÀ CÀYBT. [1590]
dïspBgoe que de se vouloir rendre arbitre de la pacification d'entr'enx et Iny ; que si c'estoit 006 republique de Venise ou une autre ville franche , cela seroittoilerable; mais qu'une ville sa sobjecte se vueille mesler d^estre arbitre entre luy et ses ennemis , c'est cbose qu'il ne peut souffrir. I Ad surplus, Tabsurdité est fort grande qu'uue ville affamée et pleine de nécessité entreprennede persuader la paix au duc de Mayenne, qai esta son aise ; il seroit bien plus à propos et faisable que le duc de Mayenne, qui n'esl pressé de nécessité , entreprinst de prescher la paix à ladicte ville maintenant pressée de toute pauvreté, et , à ceste occasion , facile à se laisser persuader d'en vouloir sortir. »
Sur ce Tarchevesque de Lyon répliqua que ce qu'ils vouloient traiter la paix geperale estoit pour le bien de la France, et affin de ia remettre tout en un coup en repos. A quoy tout soudain le Roy respondit en ceste sorte: a Etvrayement, affio de vous oster, et à tout le monde, Topinion qu'oa pourroit avoir que Je vous vueille trop presser, Je me viens adviser d'un moyen, sans eu avoir communiqué à mon conseil , par lequel je vous rendray satisfaits. Vous espérez prompt secours du duc de Mayenne. Je feray un accord avec vous. Dressons des articles et conditions sous lesquelless vous promettrez vous rendre à moy au cas que dans huict Jours vous ne serez secourus du duc de Mayenne , et me donnerez ostages. Je vous accorde qu*en cas que vous ne soyez secourus dans ledict temps, ou que dans le mesme temps ledit duc de Mayenne ne soit d'accord avec moy d*une pacification générale et des articles d'icelle , de vous recevoir, iciidits huict Jours passez , sous lesdictes conditions ; et au cas que dans lesdits huict jours vous soyez secourus par ledit duc de Mayenne , ou qu*il se face une paix générale , eo ce cas vous serez délivrez de ladicte promesse, ^ vos ostages vous seront rendus, pendant lesquels vous pourrez aller voir ledit duc de Mayenne. Et voilà tout ce que Je vous puisaccorder : ce que vous représenterez à ceux de Paris, affin qu'ils cogooissent que Je ne leur refuse la paix , et que je leur tends les bras ouverts, désirant leur salut p!u$ qu'eux.- mesmes. S'ils acceptent ceste condition, dans huict Jours ils seront en repos. S'ils cuident attendre à capituler quand ils n'auront que pour un Jour de vivres. Je les lairray disner et souper ce jour là ; mais le lendemain ils seront contraints se rendre la corde au col : au lieu de la miséricorde que Je leur offre , J*en osteray la misère , et ils auront la corde , car J'y seray contraint pour mon devoir, estant leur roy et leur juge, pour fiJre pendre quelques centaines d^eux
qui, par leur malice , ont faict mourir plusieurs innocens et gens de bien de faim. Je suis debteur de ceste Justice devant Dieu. Vous ferez donc , comme je vous ay dit , entendre cecy à mon peuple, et je vous somme et conjure d'ainsi le faire en présence de tous ces princes et de toute ceste belle et grande noblesse , lesquels , au cas que vous y failliez , vous reprocheront tout le temps de leur vie, comme encore Je fe^ ray, vostre infidélité envers vostre patrie, si vous avez teu et celé à mes subjects le désir que J'ay de leur donner la paix et mettre ce royaume en repos. Et , au surplus , quand vous cèlerez cela à mon peuple de Paris , vous n'y gaigneres rien ; car mes soldats , qui sont aux faux-bourgs et parlent Jour et nuict aux vostres et à ceux de Paris , le leur feroient entendre À vostre confù* sion. » Sur ce lesdits cardinal et archevesquf promirent solemnellement faire entendre tout ce qu'il leur avoit dit au peuple de Paris.
En ce pourparler on tomba en plusieurs dis* cours : les sièges de Gand et de Sancerre furent alléguez, et la paix faicte l'an 1585. Surquoy le Roy dit que ceste paix avoit esté cause de la ruine de la France et de la mort du feu Roy; qu'il failloit qu'à ce coup ledit sieur de Lyon fist tout au contraire affin de bien faire, et lors qu'il le tiendroît pour homme de bien , autrement ne le tiendroit pour tel.
Sur ce ledit sieur archevesque répliqua qu'il n'avoit fait ladite paix que pour obeyr au feu Roy, et suivant ce qui avoit esté résolu et trouvé bon par tout son conseil. A quoy l'un des premiers du conseil du Roy luy respondit : « Tant s'en faut que cela soit, qu'au contraire Je vous dis lors que tout ce qu'on faisoit en ladite paix n'estoit que pour exterminer la maison de FrancCi et , sous ce mot d'heretique , priver le plus proche parent du Roy, et, sous ce mot de fauteurs, les autres, d
Le Roy après monstraausdits sieurs de Gondy et de Lyon les lettres qui venoient d'estre surprises que Mendozze envoyoit au roy d'Espagne, par lesquelles il se plaigooit que trop tost les théologiens avoient résolu qu'il estoit licite à ceux de Paris d'envoyer vers le Roy [qu'il appelloit le prince de Rearn] pour traicter de pacification , et finissoit sa lettre par ce mot : a Dieu sauve Vostre Catholique Majesté, et me vueille consoler 1 • Et estoit ladite lettre escrite du cinquiesme de ce mois d'aoust.
Cela fait, la conférence se finit, et le Roy, après avoir un peu parlé separen^ent à l'un et à Tautre , monta à cheval pour s'en aller. Les députez d'austre costé s'en retournèrent à Paris, où du depuis le Roy leur envoya des passeports
CHRONOLOGIE NOTBNAIRB DB PÀLIffA CÀYBT. [l590]
pour aller trouver le duc de Mayenne à Meaux. Geste conférence finie , la tref ve que Von avoit faicte pour ce Jour le fut aussi. Les assiégez se résolurent à se deffendre, et le Roy d'assaillir : toutesfois , suivant sa première resolution , il ût tenter toutes les voyes de pacification , il en rescrivit mesmes à M. de Nemours et à madame de Nemours sa mère par le sieur d'Andeloti frère du sieur de Chastillon , qui avoit esté pris prisonnier par les assiégez , et lequel sortoit quelquefois de la ville au camp du Roy, puis retournoît. Ce fut luy qui porta aussi les passeports ausdits sieurs cardinal de Gondy et archevesque de Lion pour aller trouver M. de Mayenne à
Meaux.
Les royaux nepouvoient croire que le duc de Parme vinst luy-mesme en France au secours de Paris, quelque bruit que ceux de l'union en fissent courir. Leur opinion estoit fondée sur plusieurs considérations d'Ëstat, entr'autres qu'il n'y pouvoit venir assez fort pour iiazarder une bataille sans laisser la Flandre comme en proye aux gens des estats des Provinces Unies, et que le conseil d'Espagne n'approuveroit pas de laisser le certain pour Tincertain.
Depuis la fin du mois de juin, que le Roy avoit esté avec une belle troupe de cavaleiie vers la Picardie, et fait une traicte de dix-sept lieues, pensant y rencontrer le duc de Mayenne , qui se renferma dans Laon , on creut aussi que l'union ne recevroit pas grandes forces des Pays- Bas, et qu'il n'y avoit que le régiment de lansquenets du comte de Colalte, le régiment d'Italiens de Gapizzuca , avec trois cents chevaux de Valons , destinez pour leur secours ; mais il en advint autrement. Aussi le duc de Mayenne ayant receu secours de la cavalerie de Lorraine conduite par le comte de Chaligny, et s*estant joinct avec luy le duc d'Aumale , M. de La Chastre, le marquis de Menelay, le sieur de Balagny, le capitaine Sainct Paul et autres seigneurs, ils s'acheminèrent vers Meaux à la faveur des villes qui tenoient pour l'union, pour là y attendre le duc de Parme.
Or, suy vaut le sauf-conduit du Roy , lesdits sieurs cardinal de Gondy et arcbevesqnes de Lyon furent trouver ledit duc à Meaux , lequel , ayant receu advis que le duc de Parme estoit sur la frontière de France , et qu'il le Joindroit au plus tard dans six jours avec dix mille hommes de pied et trois mille chevaux, dit d'un costé ausdits sieurs cardinal et archevesque qu'il ne desiroit rien tant que la paix , qu'ils s'en retournassent à Paris pour cest effect, et le fissent entendre au Roy affin de traicter des moyens d'y parvenir ; et de Tautre il envoya une lettre
au duc de Nemours par un sien secrétaire qoi passoit à la suitte desdits sieurs cardinal et archevesque, auquel il mandoit qu'il ne prinst aucune alarme de ce traicté de paix, et qu'il n'en feroit point , mais qu'il asseurast seulement leurs partisans d'un bref secours, et que le doc de Parme seroit à Meaux dans quatre jours. Geste lettre fut descouverte ; et M. le carâinal de Gondy, ayant recognu qu'il ne pouvoit rien réussir de bon en cest affaire, se retira en sa maison A Noêsy . L'archevesque de Lyon, suivant sa coustume , amusa les royaux d'espérance de paix , et, estant allé et retourné de Heaux en l'armée du Roy, rapporta pour la dernière fois qu'il estoit trop tard de parler d'accord, et que le duc de Mayenne ne pouvoit rien faire ny trai^ ter sans l'intention du duc de Parme qu'on attendoit à Meaux.
M. le duc de Ne vers, qui avoit demeuré comme neutre depuis la mort du feu roy Henry III, s'estant déclaré royal , vint trouver Sa Majesté en ce mesme temps avec de belles troupes. Il soustint au conseil que c'estoit une faute signalée d'avoir laissé entrer un tel ennemy que le doc de Parme jusques au cœur du royaume sans l'en avoir empesché sur la frontière. D'autres disoient que c'estoit le moyen d'avoir une bataille de laquelle ils esperoient remporter la victoire, et par ce moyen que l'on termineroit en un seul coup toute ceste guerre ; mais ceux-là ne sçavoient pas bien le dessein de l'Espagnol, ny ses finesses accoustumées.
Le lendemain que le duc de Parme fut arrivé b Meaux , l'union publioit par tout qu'ils donneroient bataille , car ce duc avoit amené avecloy plusieurs princes et seigneurs espagnols, italiens et flamans, entr'autres les princes d'Ascoli, de Chasteau Beltran et de Ghimay, les comtes de Barlemont et d' Aremberg, le marquis de Rentj, le sieur de La Mothe , gouverneur de Gravellne, maistre de camp gênerai et de rartillerle, te sieur Jean Baptiste Taxis, don Alonze Ydiaques, Pierre Gaétan , maistre de camp du régiment des Neapolitains, don Antonio Zagninga, maistre de camp du régiment des Espagnols qui s'es* toient mutinez en Flandres, ainsi que nousi avons dit au commencement de ceste année, lesquels on avoit appaisez depuis avec de l'argent, et plusieurs autres capitaines.
Peu de jours après l'arrivée du duc de Pi à Meaux, l'armée de l'union commença à che* miner droict vers Paris , et vint loger à Clayeel au chasteau de Fresnes. Le Roy, qui s'attendoil à la bataille , partit du village de Ghaliot près Paris , et assigna le rendez-vous de toute son armée à la plaine de Bondy, qui est à la teste dl
CHBONOLOGIE ^OV£NAIafi DE PALMA CAY£T. [lô90]
la Forest de Livry, sur le droict chemia de son ennemy, et pour estre préparé pour luy aller au devant, 8*il prenoit le chemin des costez pour éviter le passage de ladicte forest; ayant ce mesme jour Sa Majesté retiré l'infanterie qui estoitaox faux-bourgs de Paris pour se trouver à la bataille. Son armée demeura tout ce jour et le leDdemain en ladite plaine de Bondy en bataille, sans descouvrir celle de funion ; ce que voyant Sa Majesté, il se résolut de les approcher de plus près , et de prendre le logis de Chelles ; pour ce faire , il y envoya le seigneur deLaverdin, Fun de ses mareschaux de camp, et le seigneur de Ghastillon, lesquels, y arrivans m le soir, trouvèrent les mareschaux et fourriers de Funion qui commençoient à y faire leurs logis, d'où ils lesdeschasserent ; et y estant peu après Sa Majesté arrivé , et descouvert quelques lept ou huict cents chevaux de ses ennemis où estoient les deux chefs , il leur fit une charge avec beaucoup moindre nombre, et les remena jDsques dans leurs logis.
Le lendemain samedy, premier de septembre, le Boy se tint pour tout asseuré d*avoir la bataille; il donna le rendez-vous à toute son armée à une place de bataille au-dessus de Chelles, qui estoit une plaine qui a derrière deux cos^ tes à la teste d'un petit bois séparé d*un ruisseau, et dans ledit bois un chasteau nommé Brou, et par delà est un marais séparé d'un peu de plaine qui est entre ledit chasteau et ledit marais par un autre petit ruisseau, qui estoit le logis qu'avoit pris l'union. L'armée royale se trouva toute rangée en bataille sur les onze heures. Le duc de Parme gaigna un costau pour la reeogQoistre, et, Fayant veuë, il se trouva estouné, et se retourna vers le duc de Mayenne, luy disant : i Ce n'est pas là ceste armée de dix mil hommes que vous me disiez, car j'en voy là comparoistre plus de vingt-cinq mille, et en bonne ordonnance. » Cest estoQuement ne luy a pas deu estre reproché pour faute, car il y avoit dequoy s*estonner, et se peut dire véritablement que c'estolt la plus belle armée qui se soit veuë de longtemps en France. 11 s'y trouva dix-huict mille hommes de pied, dont il y en pouvoit avoir six mille estrangers, et bien cinq à six mille chevaux, entre lesquels il y avoit près de quatre mille gentils- hommes françois, et des meilleures maisons de la France : il y avoit six princes , deux mareschaux de France, et plusieurs seigneurs et capitaioes. Il se pouvoit dire qu'ez deux armées il y avoit plus de chefs d'armées qu'il n'y en avoit en tout le reste de la chrestienté. Le duc de Parme , au lieu de venir au combat, vidbicn qu'il failloit user de ruse et non
de force, tellement qu'ayant faict changer d'armes à tous les siens, et au lieu de lances leur ayant mis des pioches en la main, ils ne firent toute la nuict que se retrancher dans ledit marais, où tant la| cavalerie que Finfanterie logea toute au picquet.
Dès l'aprèsdinée du samedy le Roy leur fit quitter le ruisseau , le bois et la maison qui est dans le bois, et se retirèrent tous dans ledit marais; et dès lors, au lieu de bataille, ledit duc de Parme ne pensa plus qu'à se retrancher et fortifier, comme il fit très-fortement.
Sa Majesté, la nuict venue , se vint loger au village de Chelles, et continua tous les jours suivans par tous les moyens qu'il put pour attirer son ennemy au combat, faisant attaquer incessamment des escarmouches, où il en demeuroit tousjours quelques-uns d'une part et d'autre; mais pour tout cela il n'y eut ordre de les faire venir au combat, confessans publiquement que la fantasie de la bataille leur estoit passée dez Faprès-disnée du samedy, le duc de Parme ayant dit à plusieurs : « Je n'ay charge du Roy mon maistre que de secourir Paris. »
Les historiens espagnols disent qu'il fit response à un héraut du Roy qui le desfioit et luy offroit la bataille : « Dites à votre maistre que je suis venu en France, par le commandement du Roy mon maistre, pour mettre fin et extirper les hérésies de ce royaume, ce que j'esperc faire, avec la grâce de Dieu , devant que d'en sortir : et si je trouve le chemin plus court pour y parvenir en luy donnant bataille, je la luy donneray, et le contraindray de la recevoir, ou feray ce qu'il me semblera pour le mieux. » Quand le duc aurait faict ceste responce , et en mesmes termes, lasuittede ceste histoire monstreraqu'à toutes les deux fois qu'il est venu en France il a esté contraint d'en sortir, et luy et ses armées, poursuivy l'espée dans les reins jusques en Flandres : ce qui monstre que cela n'estoit qu'une rodomontade espagnole. Plusieurs ont comparé ce duc à misses pour les ruses de guerre dont il est venu à bout ; mais toutes ces ruses n'ont servy que d'empescher pour quelque temps les heureuses victoires du Roy.
Les armées ayant donc demeuré sept jours à la veuê Fune de l'autre en bataille, les ducs résolurent d'attaquer la petite ville de Lagny, qui leur estoit proche de demie lieue derrière eux, et, ayant fait un pont à battcaux joignant quasi ladite ville, le septiesme dudit mois, à la pointe du jour, ils y passèrent la plus-part de leur infanterie, et, la faisant battre de neuf pièces, la rivière entre-deux, la bresche fut plustost faite que le Roy n'en fut adverty, parce que
GHBONOLOC^IB NOVBIVAIBB DB PALMA GAYBT. [16901
le vent estoit tellement tourné, et le brouillard si grand et espaîs, que les coups de canon ne B^entendoient pas. Il y avoit cioq cents hommes dedans avec le sieur de La Fin qui y commandoit, lequel n'ayant peu estre secouru assez à temps, après s*estre valeureusement defTendu, il Alt emporté par un assaut que les ducs firent donner par dessus un pont de batteaux, si furieusement qu*iis emportèrent et tuèrent tout ce qui se trouva dedans les armes au poing. Le sieur de La Fin estant blessé fut pris prisonnier avec quelqu es autres gentils-hommes. Geste place aussi tost prisC; fut aussi tost démantelée; et quoy qu'il y a mille villages en France qui se peuvent mieux défendre, si est-ce que ledit sieur de La Fin et ses soldats vendirent leur sang assez chèrement, car il mourut autant des victorieux que des vaincus.
Le Roy, estimant que ceste prise leur auroit peut estre enflé le courage , les attaqua encores le lendemain plus qu'auparavant; mais ils s'en picquerent encores moins. En fin, ayant considéré que la plus-part de sa noblesse, qui estoit accourue sans équipage sous le bruit de la bataille, cognoissant que l'espérance en estoit perdue, pressoient de se retirer, il estima qu'il estoit temps de penser à faire la guerre d'autre mode avec ses ennemis, puis qu'il ne les avoit pu attirer à un grand combat, dont ils avoient fait cognoistre qu'ils n*en vouloient point taster : toutesfois, avant que d'entrer en ceste délibération, il voulut tenter encores deux occasions de les y faire venir. La première, il se résolut de vouloir faire un effort à Paris, et, pour ceste occasion , il fit partir le sieur de Chastillon dudit Chelles avec une bonne troupe d'infanterie, et luy avec quelque noblesse le suivit incontinent après, pour se rendre tous au point du Jour aux portes de Paris du costé de l'Université , et y donner une escalade en certains endroicts qui avoient esté remarquez , affin de se saisir de l'abbaye Saincte Geneviefve et s'y fortifier. La seconde fut qu'il fit partir son armée de Chelles pour retourner en la plaine de Bondy : ce qu'il faisoit affin que les ducs de Mayenne et de Parme, scachans qu'il auroit donné dans Paris, sortiroient de leur marais, tant pour secourir Paris que pour se mettre à la suitte de Farmée, et que ce seroit une occasion de combattre. Mais ces deux desseins ne reiissirent point, car, ainsi que les royaux a rri voient dans le faux-bourg Sainct Jacques sur les unze heures du soir, ils furent enten^his, ce qui donna Talarmc à toute la ville : toutesfois, estans demeurez long temps sans faire bruit, l'alarme s'appaisa, et les Parisiens présumèrent que ce n*estoit rien. Or les jesuistes^ qui
avoient leur collège vers ce quartier li, hrent les premiers en armes sur la muraille, où ils demeurèrent toute la nuicten garde, quoy que les bourgeois s'en fussent retournez en leurs maisons. Sur les quatre heures du matin, les royaux estimans estre temps d'exécuter leur entreprise, descendirent tout doucement dans le fossé entre la porte de Sainct Jacques et celle de SaîDCt Marcel, et plantèrent sept ou huict eschelles. Lesjesuistes, qui n'àv oient bougé de là en garde, entendans quelque bruit, donnèrent Falamresi chaudement, que les corps de garde voisins accoururent vers eux. Cependant trois royaux montèrent avec leurs eschelles sur la muraille, mais ils furent incontinent tuez et renversez dans les fossez à coups d'halebardes et de pertuisanes par les jesuisteset par quelqueshabitans qui estoient accourus à Leur secours.Les royaux, voyans l'alarme estre si grande, se retirèrent, et laissèrent plusieurs de leurs eschelles dans le fossé. Ainsi ceste entreprise fut descouverte, et ne servit de rien, non plus que le deslogement de l'armée ; car les ducs pour cela ne deslogerent de leur marais , craignans tousjours quelque faulse amorce pour les attirer au combat, où ils avoient résolu de ne venir point. C'est pourquoy le Roy estant revenu en son armée dans la plaine de Bondy où elle avoit esté tout le long du jour, attendant si les ducs approcheroient, n'ayant aucunes nouvelles de leur deslogement, il résolut de venir loger ce mesme Jour à Gonnesse.
Sa Majesté le lendemain y ayant assemblé tous les princes, officiers de la couronne et autres grands capitaines qui se trouvèrent près de luy, et ayant amplement esté discouru et traicté que la resolution des ducs de Mayenne et de Parme estoit assez manifeste et déclarée de ne vouloir point combattre, que de les y penser forcer avec le temps, se logeant tousjours près d*eux, qu'en cela ilsauroient advantage, estant leur armée fresche et sur la solde , composée d'estrangers qui ne se desbandolent point, an contraire de celle de Sa Majesté qui estoit pour la pluspart desjà harassée, et ne recevoit point de payement, il fut advisé que puis que l'Espagnol ne vouloit faire la guerre à la mode des François , qu'il estoit expédient de la faire à la sienne, et qu'il les failloit faire combattre et destruire par la nécessité de vivres et autres incommoditez qui ne faulsent point compagnie aux armées qui font l'exercice qu'il faudroit que la sienne fist; que Ton pourvoiroit, aux villes royales sur la rivière de Seine, de vivres et de fortes garnisons, affin de tousjours tenir Paris autant assiégé que par la présence d'une armée; qQC
CttÈOROLOGU IfOTtHAlBB BB FAIXA CAYBT. [1690]
Ton Beentieroit une partie de Farmée, et en fènit OD seulement nne médiocre, affin que si les docs Bttaquoient quelque place d'importance, le Boy pust estre aussi tost sur leurs bras ; que Ton raDYoyeroit les forces dans les provinces dont elles cstoient parties, ce qui seroit grandement consoler lesdites provinces ; aussi qu'en y faisant refralsehir lesdites troupes, c'estoit leur donner moyen d'y acquérir quelque chose; et neimeS) advenant que l'Espagnol, ou autres force! estrangeres, voulussent par cy après entrer en France, que lesdites troupes , ainsi refraisehiei en chasqne province, se pourroient réunir incontinent auprès du Roy, lequel par ce moyen M troQveroit avcrfr tousiours plus de forces que Ms ennemis, qui seroit le moyen de les contraindre de faire encor pis que de se retrancher dans un marais. Voilà ce que les royaux résolurent au conseil à Gonnesse.
Snyvantceste résolution, le Roy, voyant que qoeiques-una de la noblesse mesmes, usans d'impatience, s'estoient d'eux mesmes licenciez de se retirer aux provinces d'où ils estoient , fit passer son armée au delà de la rivière d'Oyse , après avoir laissé M. de Laverdfn dans Sainct IMs pour deffendre ceste place en cas d'un siège. Ce seigneur usa d'une grande diligence à y faire ikire les réparations qui y estoient neces- Mires , et à mettre un ordre au grand desordre qu'il y avoit dans ceste ville à cause des maladies.
Le Roy envoya aussi en mesme temps de bonnes et fortes garnisons ez villes de Melun , Corbeil, Senlis, Meulan et Mante, et retint avec hiy nne armée médiocre que conduisoit le marchai de Riron , avec laquelle il reprit Cier- OMmtenReauvoisis, et quelques autres places ^ ce quartier là. Il renvoya aussi M. le prince de Conty en Touraine , Anjou et le Maine ; M. de Montpensf er en Normandie , M. de Lonpierillc en Picardie , M. de Nevers en Champagne, et le mareschal d'Aumont en Rourgongne, chacun avec des forces suffisantes pour tenir la ^mpagne en toutes ces provinces là.
D'antre costé les ducs de Mayenne et de ^nne, estans venus à bout de leurs desseins P^ leur temporisement dans le marais où ils estoient campez, dcsgagerent Paris sans perdre ^ homme, et arrachèrent des mains du Roy <*este ville , qui dans quatre Jours au plus-tard « fost rendue à luy par l'extrême famine qui «toit dedans. Aussi-tost que le Roy eut retiré son infanterie des faux-bourgs de Paris du costé de l'Université , qui fut le trentîesme d'aoust , le capitaine Jacques , Ferrarois,qui commandoit dans Doordan pour l'union , fut le premier qui
le lendemain matin amena à Paris , par la porte Sainct Jacques , une grande quantité de vivres. Quatre Jours après il y arriva encor mille charrettes plaines de bled qui furent amenées de devers Chartres ; bref , du costé de FUniversité ils receurent beaucoup de vivres de plusieurs endroits : ce qu'ils eurent en ce commencement & assez bon marché, et qui fut cause, ainsi que plusieurs ont escriti que lesdits sieurs ducs, ayant eu advis de ce renvitaillement , se retranchèrent dans le susdit marais , battirent et prirent Lagny afin de tirer commodité de vivres de la Rrie pour leur armée , et firent si bien , que , sans se bouger d'un lieu, ils furent cause de la dissipation de l'armée royale. Voyons si leur armée aussi demeura long temps sur pied.
Aussi-tost que les ducs eurent sceu que le Roy et son armée tiroient vers Reaumont , ils sortirent de leur marais, et, au lieu de poursuivre les royaux, ils tournèrent à gauche , passèrent la Marne , rendirent libres les ponts de Sainct Maur et de Charenton , et firent loger leur armée en Rrie. Plusieurs petites places se rendirent de leur party incontinent, comme Provins , Crecy et autres , puis en un coup toute ceste grande armée se tourna , le 24 septembre, droict à Corbeil, distant de sept lieues de Paris, la divisant en deux, deçà et delà la rivière. Ceste ville est du costé du Gastinois en un angle que fidct la rivière d'Estampes entrant dans la Seine ; elle est commandée de deux colines comme de deux cavaliers d'où on peut battre les maisons en ruine. Aux approches le marquis de Renty Ait blessé, dont du depuis il mourut. Ce siège fut plus long que les ducs ne Tavoient imaginé; car le sieur de Rigaud , avec son régiment que lé Roy y avoit envoyé dedans, arresta l'armée desdits ducs cinq semaines durant, quelque sommation et quelque belle composition que Ton luy offrist.
Ainsi que l'on commençoit à battre ceste ville, le l^at Caêtan , accompagné de plusieurs des principaux de Paris, s'y achemina le 25 de ce mois, au devant duquel alla ledit duc de Mayenne, et puis celuy de Parme, lesquels luy firent de grands honneurs à leur rencontre. Pour s'en retourner en. Italie , il prit excuse sur la mort du pape Sixte Y, et sur reslecticn d'un nouveau pape; mais en effect, c'estoit pour ne tomber plus aux fatigues qu1l avoit eues depuis qu'il estoit venu en France , où il ne fit rien de tout ce qu'il s'estoit proposé, et fut peu heureux en son voyage. Dez son entrée il perdit tout son bagage en venantdeLyon àParis ; arrivéàSens, le plancher de la grand sale de Tarchevescbé où il estoit logé tomba ; Il demeura quatre mois as-
CHfi0I«0L06i£ KOVENÀIBB DE PAL MA CAYBT; [1590]
siégé dans Paris , avec une Infinité dlncommo- 1 ditez ; bref , toute sa légation ne fut que confasion. Les catholiques royaux en leurs escrits disoient de lay qu'il estoit venu en France pour diviser la France , vendre la noblesse , et estelndre en la France la France , et abolir la maison royale ; qu*il s'estoit conjoinct avec ceux du milieu desquels estoit sorty le parricide meurtrier du feu Roy, affin de les encourager en leur rébellion , ruyner le Roy, et mettre en proye tous les gens de bien. Aussi ils ne le nommèrent jamais légat , et Tappelloient seulement cardinal. Deux Jours après son arrivée, il partit de devant Corbeil , et fut conduit Jusqu'en Lorraine par le comte de Ghaligny et par le sieur de Sainct Paul , avec nombre de gens de guerre, car il craignoit merveilleusement les royaux , et avoît sceu que M. de Nevers estoit à Chasteau-Tierry avec force troupes : mais il passa sans destourbier ; et quoy 'qu'il reçust advis de la création du pape Urbain VU, il ne laissa de passer oultre, et s'en retourna par le pays des Suisses en Italie. Ceux de la faction des Seize , durant le siège de Paris , s'estoient montrez ardents et violents avec leurs prédicateurs , pour empescber que l'on ne traictast d'aucune paix avec le Roy. Ils se faisoient appeller catholiques zelez , et portolent toute leur affection et tous leurs vœux à l'Espagnol. Les principaux de ceste faction estoient du conseil gênerai de l'union que le duc de Mayenne avoit licentié, ainsi que nous avons dit, lequel conseil ils desiroient estre restably, et pensoient que le duc de Mayenne le leur devoit accorder, tant à cause de ce qu'ils avoient faict au siège de Paris , que pour ce que l'Espagnol avoit esté le principal secours dudit duc. Ils députèrent donc quelques*uns d'entr'eux pour aller vers luy au camp de Corbeil , afûn de luy présenter quelques mémoires pour à l'advenir maintenir mieux leur party, là substance desquels estoit :
I. Qu'il plust au duc de Mayenne se resouidre de faire la guerre ouverte , sans espérance d'accord ny paction aucune avec leur ennemy commun [ainsi appelloient-ils le Roy].
II. Que si le duc de Mayenne ne se sentoit assez fort de luy mesme , tant pour le peu d'assistance de la noblesse françoise , que pour les nécessitez du peuple qui estoit fort atenué , qu'il luy plust cercher et resouidre promptement ayde et secours des potentats catholiques, et spécialement du Pape et du roy d'Espagne , qui estoit le plus proche et prompt secours, desquels le légat et l'ambassadeur estoient au camp prez de la personne dudit sieur duc, avec lesquels il pouvoit promptement et facilement composer et
£aire comme celuy qui est au péril de sa vie e& l'eau, lequel tend la main au premier qui se présente pour le sauver, ne se souciant de quelle main il soit pris, pourveu qu'il se sauve : ainri qu'il failloit que ledict sieur duc en fist de mesme^ sans craindre la difficulté de robligation qu'il feroit au potentat catholique qui leur donnerott secours.
IIL Que ledit sieur duc considerast les actioDs de son conseil, et en changeast ceux qui avoient usé de propos d'accord avec le Roy, en ostast aussi ceux qui luy demandoient incessammeDt des recompenses , ceux qui luy consdlloient de n'entendre les plaintes du peuple catholique [on des Seize] comme chose importune et sans raison , ceux qui ne tendoient à autre chose qu'à restablir l'Estat aux despens de la religion, ceox qui s'estoient approchez de luy en intention de sauver leurs biens , et qui n'estoient paras auprès de luy (1) que depuis la mort de messieurs ses frères, servans auparavant de conseil au feu Roy contre leur party ; de toutes lesquelles qualitez ils soustenoient que la pluspart de son coosell estoit composé, ainsi qu'ils luy feroieut cogooistre s'il vouloit.
IV. Que pource qu'aucuns des cours souv& raines, et principalement de la justice, seresseotoient des desarmements et emprisonnements que l'on avoit faits de leurs personnes contre ceux qui les avoient desarmez et emprisonnez, ce qui engendroit une juste desfiance entr'eui et les catholiques de Paris , de sorte queeeox-là exerçans leurs charges , et vivans en appétit de vengeance contre ceux-cy, c'estoit entretenir uo discord entre les uns et les autres ; pour à quoy remédier ils sopplioient premièrement ledit sieur duc de faire publier un edict d'adveu desdits emprisonnehients et desarmements, sans qu'il en fust fàict à l'advenir aucune recherche par qui que ce fust ; secondement, qu'il fistestablir une chambre de personnes ésleues et choisies pour cognoistre indifféremment et juger som^ rainement de tous ceux qui oontreviendroieot i l'union des catholiques , et de toutes les causes des catholiques [un de lafoctlondes Seize]quioot faict lesdits desarmements et emprisonnements.
V. Qu'il plust audit sieur duc mander an conseil gênerai de l'union de reprendre leurs séances et y continuer, comme chose nécessaire pour la continuation de l'union des catholiques, estant le seul et unique corps souverain de twt leur party, et sous l'authorité duquel il avoit esté fondé , en attendant l'assemblée des trois estats du royaume ; la discontinuation duquel corps
(f ) AllusioQ à ViWeroy, ancien miobtre de Heen III.
CHBOnOLOGIE NOVENAIBB DE PALIU CAYET. [l690]
leur avoit grandement prejadtcië, ponroe que toQt leor paity a'estoit desmembré faute de la «atoance de ce corps , aaqnel seul tontes les provjoees et villes de l'union des catholiques avoient promis obeyssance : si bien que, si ce eorps venoit h defailliri la des-union s*ensuivroit ai graode, que tout leur party seroit entièrement iDioé. Pour à quoy obvier, disoient-ils, il estoit très-nécessaire que ce corps reprinst sonauthorité, et exerçast ses fonctions le plustost qu'il aeroit possible.
Pour porter ces mémoires au duc de Mayenne, ks Seize députèrent le docteur Boucher, F. Bernard, feaiilan. Le Gresle, Crucé, Borderel, et qoeiqities autres d'entr'eux. Arrivez àChoisy,où' «toit logé ledit sieur duc , ils allèrent luy donner le boDsoir. Ledit Boucher porta la parole pour tous, et pres^ta les mémoires susdits. Le àw les receut avec promesse d'y pourveoir ; mais , aossi-tost qu'ils furent partis , le conseil que le duc avoit estably près de luy , ainsi que nooi avons dit, s'assembla, où se trouvèrent les présidents Le Maistre, Vêtus et d'Oroey, les sjeors de Rosne , de Yitry et de Yideville. L'inteoUoD des Seize fut incontinent descouverte, et cognot-oQ qu'ils ne tendoient qu'à la ruine de la mooarchiefrançoise, qu'ils n'estoient que gens torbolents, lesquels vouloient réduire l'Estat de France en une république en laquelle ils se promettoient de faire les souverains , et rnyner par ce moyen la noblesse. L'autheur du livre du Manant et du Maheustre dit que plusieurs du conseil du duc dirent qu'il &illoit faire des torchons de leurs mémoires sans leur rien respon- <lre; d'autres proposèrent qu'il failloit mettre en pièces , tant les mémoires que ceux qui les avoient apportez : Torginal toutesfois en fut nioostré à TarcheTesque de Lyon et à d'autres dn conseil dudit sieur duc, tous lesquels s'en "H)oqnerent. Ainsi les députez des Seize , après avoir esté huict Jours à Choisy,s'en retournèrent à vuide et mocquez , quoy que Rossieux , Tun des quatre secrétaires du duc , leur portast de l'affection. Ces députez pensoient aussi, comme dépotez du conseil des Seize , saluer le duc de Paraie, et vouloient contrefaire les ambassadeurs d'uoe republique libre d'Allemagne oU d'Italie ; le daede Mayenne, ayant descouvert leur intention, leur fit deffendre d'y aller ; ce que le duc nefaisoit sans grande prudence, car il voyoit bien qne si ces gens là avoient commuDication ou intelligence À part avec l'Espagnol , que cela apporteroit la ruine des François, et principallement de la noblesse. Nonobstant , le docteur Boacher, sous ombre d'aller voir Sega , evesque de Plaisance , qui depuis fut l^at en France ,
ainsi que nous dirons, ne laissa d'aller au logis du duc de Parme, dont le duc de Mayenne adverty le fit appeller , et luy en tint de rudes propos ; mais, comme ce docteur estoit un des principaux pivots de la faction des Seize , il ne tint beaucoup de compte desparolesduduc, ettrouva depuis d'autres moyens de communiquer seurement et secrettement avec l'Espagnol , ainsi que nous dirons cy-après, taschant, avec ceux de sa faction, d'oster le duc de sa charge de lieutenant pour porter la domination de la France entre les mains des Espagnols. Les Seize donc cognurent lors que ce que ledit doc avoit licenciépoor un temps le conseil gênerai de l'union estoit en effect une vraye cassation d'iceluy , et que ledit sieur duc, avec le conseil qu'il avoit estably près sa personne , vouloit tenir toute l'authorité et souveraineté à sa volonté. Contraints donc de céder pour ce coup, et de se retirer à Paris , ils ne laissèrent encores de poursuivre leurs desseins, ainsi que nous dirons , ce qui fut la cause des divisions et de la ruine de leur party.
Retournons au siège de Gorbeil où les ducs de Mayenne et de Parme , ayans trouvé plus de difficulté qu'ils n'avoient pensé pour prendre ceste place, à cause qu'il leur fallut plusieurs fois changer leurs batteries pour les retranchemens dont usèrent les assiégez, résolurent d'y faire un effort gênerai. Après qu'ils eurent faict faire un cavalier qui commandoit fort à l'endroit où dez le commencement ils avoient dressé leur batterie, et faict emplir une maison plaine de terre dans le faux-bourg au delà du pont du costé de la Brie , sur laquelle ils mirent quatre canons qui bat« toient en courtine, puis deux coulevrines qui battoient d'une colline dans la ville , et d'autres pièces en d'autres endroicts, ils firent recommencer la batterie si furieusement , que, quelque résistance que s'esforçassent de faire les assiégez , les Espagnols les emportèrent par un assaut , et tuèrent tout ce qu'ils trouvèrent dedans ceste place, entr'autres le sieur de Rigaud , auquel du depuis les gentils esprits françois firent plusieurs epitaphesen sa louange, pour avoir arresté en une si petite et mauvaise place cinq semaines durant une telle armée.
Geste prise ne se fit pas sans que plusieurs Espagnols et Italiens n'y laissassent la vie , entr'autres Attila Tissin et le proveditor Tassls. Mais ce fut une chose déplorable de voir la cruauté et les violements des femmes et des filles que firent les Espagnols ; leurs propres historiens disent : Quivi fu il sacco notabile piû tosto per la moW avarizia e crudellà dé soldaii, che per la riche zza di esso , et a gran falica dalla loro Ubidine fu salvata una sorella di
lêO
CHtONOLOGIB ROTBIIAIBB DB PALICA CATBT. [I690l
M. éPAron, maestro di campo deUa kga ; ilche dava ampia materia a nimici di biasmar gli Spagnuoli , ricifaciendo hro gueste , e moU'alire sceleratezze^etc, (i).
Après la prise de Gorbeil , le due de Parme , voyant qu'il ne pouvoit faire ancnn effort aux places lesquelles tenoient encores Paris comme assiégé, etqoesonarmée se diroinuoit, que Thyver s'approchoit , que le prince Maurice avoit taillé plus de besongne ez Pays-Bas que leditdnc n'eust sceu en desmesler d*un an , il résolut de s*en retourner en Flandres, et avant son partement de donner ordre le mieux qu'il pourroit , afûn que les partisans de l'union eussent moyen de résister aux royaux. Ce ne fut toutesfois, ainsi que plusieurs ont escrit, sans semondre le duc de Mayenne et ceux qui avoient traicté avec luy en Flandres de faire paroistre quelques effects de leurs promesses, et de rendre quelques fruicts à son maistre le roy d'Espagne de toute ceste grande despence quMl avoit faicte pour les secourir; mais eux , ne pou vansplas desguiser leur foiblesse, la luy firent entendre ouvertement, et luy monstrerentque toute lapuissance des grandes villes de leur party estoit tombée entre les mains du peuple. Ce duc recognut lors avec l'ambassadeur Mendozzeque le Roy son maistre ne recevrait d'eux aucune utilité évidente que premièrement il n'eust mis le pied sur la gorge à tous les partisans de la ligue et à toutes les capitalles villes du royaume , et que d'oresnavant Il ne leur failloit fournir de secours que pour résister tellement quellement aux royaux , afifin qu'en se consumant en guerres civiles , et s'entretenans en leurs partialitez , ils ne rentrassent en leur bon sens et ne recognussent le Roy ; mais que s'il advenoit qu'ils fussent contraints une autre fois de demander secours au roy d'Espagne leur maistre, qu'alors on ne leur en donneroit point qu'auparavant ils n'eussent livré des places et accordé de recevoir l'infante d'Espagne pour royne. En attendant que cela reûssiroit , Mendozze prit la charge de faire practiquer des partisans en chasque ville pour le Roy son maistre , et de plus en plus entretenir à cest effect la faction des Seize dans Paris, la confrairie du Cordon dans Orléans, et de mesmes aux autres villes , en continuant ou augmentant les pensions d'aucuns prédicateurs et des factieux.
(f ) Le «c de celte ville fut remarquable plutôt pour rsTarice et la cruauté des solduts, que pour lei richesses qu'ils y Cr,)Uvèrei>t; oo eut bi>aucoup de peiue à saufer de leur brutalité la sœur de M. d'Aron , raestro de camp de la ligue : ce qui donna ample sujet aux eonemis des Espagnols de leur reprocher leur cruauté et beaucoup d*«atres excès, etc.
Pour l'exécution de ces desseins, aprteqwk duc de Parme eut envoyé le seigneur Mario Famese à Paris faire les compliments aux pria* cesses qui y estoient , il fit partir, le premier de novembre , son armée des environs de CorMl pour s'en retourner en Flandres. Traversant la Brie, il arriva autour de Colomiers, où il reçeot nouvelles que lessieursde Givry etdeParabelle avec les troupes qui estoient dans Melrm, avoient le dixiesme novembre reprins Gorbdl par surprise, et avoient tué Alonzo Toraqueset les Espagnols qu'il y avoit laisses dedans avec deux cents lansquenets. Ceste reprise resjooJt autant les royaux que ceux de l'union en forent faschez. Le Roy en eut la nouveUeàComplegne) où il estoit venu d'Escoûy avec quelque cavalerie sur l'avis qu'il avoit receu que le due de Panne s'en retournoit en Flandres , lequel il n^avoit envie de laisser retourner sans conduite, et pria* cipalement pour l'empescher d'etreprendre sor quelqu'une des places royales durant son retour.
Sa Majesté, ayant donc laissé dans le pays de Vexin M. le cbancelier et les gens de son conseil, avec le mareschal de Biron et l'armée poar l'employer en ce qu'il trouveroit de plus propre, partit de Compiegne avec huict cents chevaia qui s'y trouvèrent de la noblesse de Picardie, laquelle à son mandement l'y estoit venu trouver, et envoya M. de La Noué avec la compagnie de l'isle de France se Jetter dans Chasteau-Tierry, luy promettant de le secourir et de combattre le duc s'il attaquoit ceste place. Il manda aussi iacontinent à M. de Nevers et au sieur de Givry de le venir rencontrer. Tous s'acheminerentten luy pour luy ayder à reconduire le doc de Parme, lequel, voyant que ledit sieur de LaNoaê s'cstoit rais dans Chasteau-Tierry , y fit sefoumer son armée aux environs quelque temps , puis, soi* vant la resolution qu'il avoit prise avecle docde Mayenne dez le siège de Corbeil , H. de Li Chastre [h qui le doc de Mayenne, comme liestenant gênerai de l'Estat et courcmnede Fra&ce, fit depuis expédier lettres de mareschal de France, lesquelles furent vérifiées au parlement de Paris] fut renvoyé à Orléans avec un régiment de lansquenets conduit par un gentil-homme de la maison des viscomtes de Milan, quatre régi* ments françois des sieurs de Vaudargent , de Lignerac, duCoudray et de Montigny, avecdnq cens chevaux, pour employer toutes ces troupes contre les royaux vers la Sologne et le Berry,et le long de la rivière de Loire. Le sieur Dragnes de Comnene commandoit en ceste petite armée de mareschal de camp ; les exploicts qu*elle fit nous le dirons l'an suivant. Dans Paris, le siear de Belin y fut mis gouverneur au llea de M* de
CHBONOLOen MOTBNÀIBB 01 PÀLKA CAYBT. [l590j
If emoB», avec quinze cents lansquenets do régiment du comte Colalte, huict cents François et deux cents chevaux sous la charge du sieur de Maroles. M. de Nemours , qui avoit tant désiré le gouvernement de la Normandie, ayant eu responce du duc de Mayenne qull ne failloit partir la peau du loup avant que d^estre pris , et qu'il estoit nécessaire de patienter et de sçavoir comme les afflEdres iroient, s'en retourna aussi avec de belles troupes en son gouvernement de Lyonnois pour y commander, et aux provinces du Dauphiné, Auvergne etBourbonnois. Du depuis ces deux ducs ne s'accordèrent pas des mieux, ainsi qu'il se verra cy après , qnoy qu'ils fassent frères de mère ; et le duc de Mayenne pourveut son fils aisné du gouvernement de Normandie.
Ainsi lesdits ducs de Mayenne et de Parme , ayans renvoyé plusieurs troupes de gens de guerre en diverses provinces, s'acheminèrent pour aller vers les frontières de Flandres ; mais le Roy , ayant donné ordre à toutes les places qu'il pen- Boit pouvoir estre par eux assaillies , commença d'aller droit à eux, et les joignit de si près , que, le 33 de novembre , il fit tailler en pièces une compagnie de gens de pied espagnols. Le 36, les ducs estans deslogez de Fismes pour aller à Pontravers où passe la rivière d'Esne , le Roy , accompagné de huict cents bons chevaux et autant d'barqaebuziers à cheval , fatigua tant l'armée des ducs qu'il la contraignit de rompre le des- Bdn de leur logis. Ce qu'ayant faict , le Roy se retira au village de Longueval , où la cavalerie de Flandres vint donner des coups de lances Jusques dans les portes ; mais les harquebusiers qui estaient sur les murailles leur firent une salve quasi à mire , dont ils en tuèrent plusieurs , et les contraignirent de se retirer plus loing. Le Roy aussi perdit une trentaine de ses harquebusiers à cheval , lesquels avoient mis pied à terre pour escarmoncher. Après cela Sa Majesté se retira à Pontarsy , et les ducs furent contraints de eamper toute la nuict, se doutant du devant et du derrière pour ce que, ce mesme jour , M. de Nevers avec cinq cents chevaux, et les sieurs de Glvry et de Parabelle , qui venoient de Melun avec une autre l)onne troupe de cavalerie , joignirent Sa Majesté , laquelle, se trouvant lors avoir près de deux mil chevaux et mille harquebuilers à cheval , se résolut d'enlever Tarrieregarde des ducs avec mille bons chevaux; mais il advint que deux des canons des ducs estans demeurez embourbez, toute leur avantgarde rebroussa , et demeurèrent là tout ce jour en bataille , et y campèrent mesmes la nuict , si bien que Sa Majesté ne put rien entreprendre sur eux.
Le lendemain , Sa Majesté estant advertie que les ducs prenoient le chemin de Marie pour gaigner l'arbre de Guise , il ordonna à toute sa cavalerie de se rendre à Grequy avec les armes sans bagage. Estant arrivé le premier au rendez-vous , quelques-uns ayans esté un peu paresseux , ne voulant perdre l'occasion de voir encor l'ennemy , il jetta devant luy le baron de Biron, le suivant avec quarante gentils-hommes seulement. Depuis , M. de Longueville et sa troupe le joignirent, et en mesme temps il parut au coing d^un bois cent lances espagnolles en deux troupes, avec chacune une cornette de carabins, lesquelles, ayans descouvert le baron de Biron, partirent incontinent pour le charger; ce que Sa Majesté voyant , fit advancer le sieur de Gharmont avec vingt chevaux pour le renforcer ; mais ledit sieur de Biron fit à l'instant une si rude charge à ceux qui venoient pour le combattre , qu'il leur fit tourner la teste jusques à leur gros qui estoit de six vingts lances , mené par Georges Bâte qui faisoit la retraicte , lesquels tous ensemble revindrent à la charge; mais , parce que le cheval dudit sieur baron de Biron avoit esté blessé en ceste charge, le Roy s'advança, et , r'aliiant ceux qui s'estoient séparez ,^ fit une charge si furieuse à toute ceste arrieregarde , qu'elle se plia et se sauva à toute bride , laissant leurs morts tous armez sur la place et quelques chariots. Le Roy n'ayant pas toute sa cavalerie avec luy pource qu'elle n'avoit esté si diligente que luy , les laissa aller, se contentant d'avoir empesché le duc de Parme de rien entreprendre en toute sa retraicte, et l'ayant contraint de loger si serré^ et faire de si grandes journées, qu'il laissa une grande file de ceux qui ne pouvoient marcher si légèrement que luy , avec beaucoup de bagage qui demeura à la mercy des paysans.
Après cela Sa Majesté s'en alla faire son entrée à Sainct Quentin , où il fut receu avec une grande allégresse des habitans. Le lo décembre il y receut les nouvelles comme la ville de Gorbie, distante de trois lieues d'Amiens, avoitesté surprinse , dez la pointe du jour, avec un pétard et une escalade , par les sieurs de Humieres , de La Boissiere et de Parabelle. Le sieur de Bellefouricr , qui commandoit dans ceste place pour l'union , y fut tué en combattant , avec la pluspart de la garnison, sans perte que de deux royaux. On trouva dans ceste place deux gros canons, deux coulevrines et plusieurs autres pièces montées sur roués, avec une grande quantité de munitions et de vivres.
Le duc de Parme , arrivé aux frontières de Flandres , fit assembler fes troupes qu'il avoit
CHBONOLOGIB NOVfiNAlBB
destinées pour demeurer avec te due de Mayenne, sçavoir, le Terzo des Italiens, et autres compagnies, tant d'infanterie que de cavalerie; puis, ayant &ict appeller auprès de luy les capitaines et gens de commandement , il leur dit , devant M. de Mayenne et les seigneurs françois du party de Tunion qui Faccompagnoient : t Je ne vous appelle point icy pour vous ramentevoir les grandes louanges que vous avez acquises d^avoir délivré Paris d'un très-grand siège, ny pour tant de braves exploicts militaires dont vous estes venu à vostre honneur , mais seulement pour vous prier de conserver Thonneur que vous avez acquis , en continuant le service que vous devez à Dieu , à TEglise romaine , et au roy Catholique , vostre souverain seigneur. Je ne doute point qu'en peu de temps vous ne remettiez la France en liberté , sous Pobeyssance du Sainct Siège apostolique , dont vous recevrez de Dieu et des hommes le Juste guerdon de vos labeurs. Mais , si dans le printemps vous n'aviez achevé ceste guerre contre Theresie, soyez asseurez que vous ne manquerez point de secours , et , s'il est besoin que Je revienne encores en personne , Je ne feray faute de m'y acheminer, vous asseurant qu'il n'y a chose que Sa Majesté Catholique désire plus que de voir durant sa vie exterminer l'jieresie et les hérétiques , contre lesquels pour le devoir de sa dignité il est résolu de despendre tous ses moyens, et employer toutes ses forces et toute sa puissance. » Puis , se retournant vers le duc de Mayenne et les seigneurs françois , il leur recommanda ses gens de guerre avec de belles paroles. Il faisoit toutes ces choses à dessein , affîn que ceux qui estoient avec le duc de Mayenne , estaos retournez aux villes de Tunion , asseurassent ceux de leur party que l'Espagnol ne les secouroit que pour la seule occasion de la religion , et que par ce moyen ils se rendissent plus opiniastres contre leur roy , car il ne vouloit pas en ce commencement publier les plaintes des promesses que l'on luy avoit faictes , de peur que toutes les villes de Tunion, recognoissans la charité de l'Espagnol , et avec quels desseins il avoit entendu les secourir , ne songeassent à eux ; mais on tient qu'en traictant à part avec M. de Mayenne , il luy conseilla d'entretenir le Roy tousjours par quelque ouverture de paix ou de trefve, et l'amuser par ce moyen, affin de rendre les efforts de ses armes inutiles durant l'hyver. • Car J'ay recognu, luy dit-il, au prince de Bearn qu'il use plus de botes que de souliers , et que l'on le ruynera plustost par dilayemens et temporisements que non pas par la force. » Le duS de Mayenne fit practiquer
DB PALMÀ CAYBT. [lô90]
depuis ce conseil , et fit ouvrir plusieurs paroles de paix , ce qui luy servit bien à rasseurer et mettre ordre en beaucoup de villes de l'union. Ceux qui s'en meslerent pour luy luy furent fidelies ; les royaux qui conférèrent avec eux les blasmerent de peu de vérité et d'affection à leur patrie , et eux trouvèrent leur excuse sur ce que ceux qui traictoient avec eux estoient de la religion prétendue.
Ainsi le duc de Parme s'achemina droict à Bruxelles, où il trouva que le prince Maurice avoit en plusieurs endroicts des Pays-Bas repris plusieurs places fortes. Affin de mieux entendre ce qui se passa en ces pays-là , il est besoin de sçavoir ce qui s'y estoit passé depuis la surprise de Breda par ledit sieur prince, ainsi qu'il a esté dit cy-dessus.
Après la reddition de Bergh, le comte Charles de Mansfeldt vint à Anvers , d'où il partit le 10 de mars , six Jours après la surprise de Breda , affin d'empescher les courses que faisoient les gens des Estais en la campagne de Brabant ; ce qu'ayant fait , il tourna droict avec toutes ses troupes vers Sevenberghe , Jugeant qu'en prenant ce lieu là il pourroit recouvrer Breda, pour ce que Gertruydemberghe tenoit pour l'Espagnol.
Sevemberg estant peu fort , il luy fut incontinent rendu à discrétion, et Mansfeldt, suyvant son naturel , comme plusieurs ont escrit , fit tailler toute la garnison en pièces , et ses soldats commirent là dedans une infinité de cruautez et de meschancetez. De là il alla assiéger un fort dans une isle à l'orée de la mer , et à la teste de l'emboucheure de Steembergh , lequel pouvoit estre secouru à toutes marées par les Holandois. Mansfeldt, ayant battu ce fort cinq Jours durant depuis le 8 de may , et voyant qu'il n'advançoit rien pour pouvoir donner un assaut, voulut passer le canal et y conduire de l'artillerie sur des barques qu'il fit très-bien armer pour cest effect; mais son dessein ne luy réussit , à cause du flux de la mer qui iaissoit les environs de ceste isle , qui ne sont que de très-dangereux marescages , comme à sec. Toutesfois Charles de Mansfeldt , ne se contentant de la première fois qu'il y avoit envoyé , voulut derechef tenter de faire réussir son dessein ; mais estant entré en une marée trois cens soldats holandois dans ledit fort, avec deux pièces d'artillerie, les Espagnols , qui s'approchèrent avec leurs barques prez dudit fort , furent si bien saluez avec une infinité de canonnades et de feux artificiels, qu'il y en demeuraplus d'une centainede morts, entre lesquels estoient plusieurs capitaines de commandement. Mansfeldt , contraint de se re-
<:HftONOLOGifi novbnàibb de palka caybt. [15901
tirer, cogooissant qu'il perdoit là son temps , abandoima Sevembergh , changea son camp , et vint aux environs de Breda , faisant semblant de Tas^eger ; maïs , en effect , c'estoit pour la prendre par une Intelligence qu'il avoit dedans , laquelle descoaverte , il résolut de se retirer du tout. En sa retraicte la garnison de Breda vou- InotTattaqner par une sortie qu'ils firent sur sa nTalerie, loy , razé , les fit entretenir en une escarmoQche cependant qu'il les faisolt entourer, ce qui loi réussit tellement, que tout ce qui estoit sorty de Breda, au nombre de plus de deux cents , farent taillez en pièces. De là Mansfeldt s'en alla ezduchez de Gleveset de Juilliers , où lessieos firent une Infinité d'hostilitez, et se fortifièrent en plusieurs endroicts pour y faire leurs courses plos à leur aise. De l'autre costé , Yerhzo, gouverneur de Groninghe , avec nombre 1 Espagnols, travaillèrent Infiniment le diocèse k Cologne. Toutes ces bostilitez faîctes par les bpagnols snr les terres de TEmpire furent ocasioQ d'une journée que les princes allemans liurent à Cologne où il ne fut rien résolu. Du iepuis il fut tenu encor une diète à Francfort H)or y remédier y ainsi que nous dirons cyipfès.
Cependant le prince Maurice avec les Estais pi ne vouloient point demeurer oisifs font leurs iprests pour assiéger Numeghe ; le prince, desiantplustost la surprendre que de l'assiéger, enreprit de la faire petarder ; et s'estant rendu serettement à Tiel, il s'achemina de nuict à fomeghe, et mit à la porte de Hezel un pétard wgde deux brassées , faict de bois et entouré e fer ; puis les siens s*estans retirez dix pas en rriere , il fit mettre le feu à la traînée de la poure qui devoit le mettre à la queue du pétard, ce Di ne réussit selon leur désir, car, soit pour humidité de la terre , ou pour autre occasion , il y eut que la poudre de la trainée qui prit feu lors. La flamme en estant veuê par les sentinel- 5, toute la ville fut Incontinent en armes : ce ne voyant le prince et les siens se retirèrent. ra après leur retraicte le pétard prit feu, et fit i effect qu*ii mit la porte par terre : dequoy les sbitans estonnez se préparèrent à deffendre entrée; mais, ne voyans personne dehors que pétard, ils l'allerent quérir, et réparèrent iniDtioent la ruine qu'il avoit faicte , puis rendint grâces à Dieu de les avoir délivrez de ce pe- 1 . et changèrent leur crainte en allégresse^ qui s leur dura gueres, car le prince , cinq Jours ?t^, ayant faict monter contremont le Rhin *utes ses forces , avec trente pièces d'artillerie , t descendre ses gens en terre sans beaucoup empeschemcnt , et battit ceste ville de treize
pièces d'artillerie. Le duc de Parme , qui estoit encor à Gondé, manda incontinent au comte Charles de s'acheminer avec toutes ses troupes vers Numeghe , ce qu'il fit en diligence. Devant qu'il y fust, le prince fut encor un mois sans discontinuer son siège, où il faisoit tirer des balles qui portoient du feu artificiel, lesquelles, en tombant sur le toict des maisons, y mettoient un tel feu qu'il ne se pouvoit presque esteindre , ce qui causa de grandes ruines ; bref, ils canonnerent si bien la tour Saioct Estienne à coups de canon qu'elle fut toute ruinée. Ledit comte Charles, arrivé près de Numeghe, renvitailla seulement la place , et y mit bonne garnison, car le combat luy estoit deffendu par le duc de Parme. Le prince Maurice , voyant la longueur de ce siège , se résolut d'avoir ceste ville d'une autre façon , et , ayant faict passer son armée en la Betuve vis à vis de Numeghe, il fit dresser le fort de Knotzembourg, qu'il munit de bonne artille* rie, d'où il faisoit tirer continuellement contre la ville. Ce fort , ayant esté achevé par le prince Maurice sans aucun empeschement depuis qu'il eut commencé à le bastir, a esté cause que l'Espagnol perdit Numeghe , ainsi que nous dirons cy-après; car il ne faut point douter que si on ne ruine ces forts dez leur commencement, que peu à peu ils ne deviennent imprenables , et produisent des effccts qui ne pourroient estre creus. Or le comte Charles avoit assez de forces pour empescher le prince Maurice de le bastir; mais le président Richardot, reyenu d'Espagne apportant commandement exprès au duc de Parme de passer en France, fut la cause que le duc défendit audit comte Charles de ne bazarder aucun combat, mais de renvitailler seulement Numeghe; ce faict, qu'il le vinst trouver en diligence : ce qu'il fit.
Le prince et les Estats, qui voyoient que l'Espagnol tournoit toutes ses forces contre la France, résolurent de ne laisser passer une si belle occasion pour eux sans profiter. D'un costé par mer ils envoyèrent au roy Très-Chrestien quelques munitions de guerre sous la conduite de cinq de leurs navires, lesquelles arrivèrent à Diepe; mais, sçachant que le navire du sieur de Yillars , gouverneur du Havre de Grâce pour l'union , estoit en mer, ils se mirent à la voyie du long des costes de la Normandie , où ils rencontrèrent ledit navire monté de vingt-quatre pièces d'artillerie , de cent matelots et de cent soldats. Après avoir longuement combatlu contre luy , et l'ayans gaigné, le feu s'y printsi promptement, que les Holandoîs n'eurent autre loisir que d'en sortir, car le navire et tout ce qui estoit dedans fut si hastivement bruslé que l'on n*en put rien
CnONOIOGII NOTlIffÀIBS M PALVA CkYVt, [1S90]
sauver. Ils ne firent ce voyage sans bntiner aossi quelques navires des villes du party de TunioD.
De l'autre costé le prince Maurice, voyant que le comte Charles de Manàfeldt avoit passé la Meuse avec son armée pour aller trouver le duc de Parme, lequel laissoit le comte Pierre Ernest de Mansfeldt pour commander ez Pays-Bas en son absence sans beaucoup de forces , passa incontinent le Vahal , pensant attraper l'arrieregarde dudit comte Charles; mais ce dessein ne luy ayant succédé , il tourna à droict , et le premier d'aoust il alla assiéger Doddedael , qu'il bâtit si furieusement que les assiégez forent contraincts de se rendre à lay et à sa discrétion. lipardonna à tout ce qui estoit dedans , et ne voulut pas que Ton y fist aucun tort : toutesfois il fit pendre le gouverneur qui estoit dans ceste place.
Le prince ayant laissé une bonne garnison au fort de Knotzembourg vis à vis de Numeghe , il se mit en campagne avec toutes ses troupes , et alla le long du Rhin et de la Meuse, où il reprint plusieurs chasteaux et forts que les Espagnols y tenoient, entr'autres, en Pisie de Bommel, les chasteaux de Heel et de Hennel, en la duché de Cleves , la ville et le chasteau de Buricb à Topposite de Vezel, et le fort de Grave où souloient estre les chartreux de Yezel, au diocèse de Coulogne, Lutkenhoven, puis fit razer tous les forts que l'Espagnol avoit faicls le long du Rhin sur les terres de T Empire. Ayant passé son armée en Brabant , il print le fort de Terrheyden à Temboucheure de la rivière de Breda , celuy de Roosendaël , et la ville de Steenberghe.
En ce mesme temps les garnisons de Breda et de Bergh sur le Zoom firent plusieurs courses dans le pays de Campeine , prirent par escalade Tillemont en Brabant qu'ils pillèrent, puis Tabandonnerent.
En ce temps là aussi l'Espagnol avoit faict un fort joignant la ville de Hoy au pays du Liège pour tenir la Meuse en leur puissance , ce qui empeschoit fort le trafiq : le prince et les Estats pour mettre ce fort par terre envoyèrent huict cents soldats, lesquels ayant sommé le capitaine Grobendonc, qui estoit dedans avec cent soldats, de se rendre à composition sans attendre d'estre forcé , sinon qu'il n'y demeureroit homme en vie, Grobendonc, voyant l'ennemy si proche, sans espérance de secours, se rendit la vie sauve , et sortit avec les siens un baston blanc au poing. Les Holandols, après avoir abbatu le fort, s'en retournèrent chargez d'un grand butin.
En mesme temps les Zelandois eurent aussi
une entreprise sur Dunkerke qa% pensolat prendre diescalade; mais, estans partis trois mille hommes de pied et cent chenaux pour l'exécution, le vent leur fut tellement cootniri, que , demeurant plus long temps en mer qolls ne dévoient, ils furent descouverts par les Fiamans; toutesfois, estans descendus enterre, l'entrepreneur voulut monstrer au comte de Solms et au chevalier Veer la facilité de wd deisein : tous trois s'estans approchez du fossé, ib receurent chacun une barquebuzade, et forent contraincts de se rembarquer.
LesEspagnols d'autre costé pen8erentaQSsisiv> prendre Lochen avec trois chariots chargei de foin: le premier cbariot estoit desjà dans la ville, quand le portier , voulant prendre do foin pour son droit , tira le pied d'un soldat , ce q^ï le fil à Tinstant crier : Trahison! trahison! surquoy tous les soldats sortirent des chariots, et avecks chartiers , qui estoient aussi des soldats desgvisez , se ruèrent sur les corps de garde, qu'ils taillèrent en pièces. Mais Talarme estant donnée vivement par la ville, toute la garnison fut si diligente de se rendre à la porte, que les Espagne furent repoulsez dehors, le pont levis levé, n* paravant que l'embuscade de la cavalerie et di rinfanterie espagnole y pussent arriver. Untrepreneur y fut le premier tué.
Les bourgeois de Venloo en Goeldre, sesen* tans oppressez de leur garnison , qui estoit d'Itilienset d*Alemans, résolurent de s'en delivrefi et , voyans que le sieur Bentink leur goaveroeor estoit absent, ils dirent aux AUemans qu'ils tooloient chasser les Italiens pour leurs insolents deportements , et qu'ils ne desiroient avoir q« lesdits Aliemans , lesquels ils entretiendroiesl mieux qu'ils n'estoient. Les bourgeois, ayansu» seurance des Aliemans quMls ne se banderoiest contr'eux et qu'ils ne les empescheroient de chasser les Italiens, se mirent en armes, cos* mandèrent aux Italiens de sortir , sinon qu'il to* tailleroient en pièces : les Italiens, pour estre U* blés , et voyants les Aliemans ne se remuer point, obeyssentet sortent; mais, quand le pA* pie les eut veus sortir , ils se tournèrent avitf vers les Aliemans, lesquels ils firent deslogerà l'heure mesme avec la femme et toute la ttwW» de Bentink. Se voyans libres de leur garni»»? ils firent par lettres leurs excuses au comti Pierre Ernest de Mansfeldt et au conseil d'£sttt à Bruxelles , s'excusans qu'ils avoieut esté contraints de ce faire pour les insolents deporlemeoH des gens de guerre, desirans toutesfois vttii tousjours sous l'obeyssance de l'Espagne.
La garnison d'Ostende aussi en mesme teofi surprlnt la ville d'Oodembourg près Bruges, oi
CHHOirOtOGlS NOTSRAIBB D« PAIXÀ GÀYBT. [1590]
Jly aYdt quatre eents soldats ; après Faifoir pil* lée ils la broslerent.
An mois de décembre aussi le comte d'Evers* tain avec nombre de cavalerie alla faire une mrw dsDs le pays de Westphalie, où il pilla plosiears villages ez environs de Munster et de Padeboroe, et y commit de grandes hostilltez sm un prétexte qu'il prit que ceux de ces quartiers là favorisoient les Espagnols. D*autre costé ]a Espagnols qui s'estoient mutinez à Herental &isoient aussi des courses et de grands ravages, eti» vrybaters des Estats, qui sont soldats ad* nntoriers sans gages, firent aussi des courses en Bnbaot et en Flandres, où ils firent de grandes btttiiitez. Voyià comme les Pays- fias furent af- Qigei de la guerre en ceste année.
Si TEspagool a bien faict de laisser ainsi traicter sessobjects tandis que le duc de Parme par iûfl eommandement alla en France secourir ceux i« fuDion contre leur Roy , j*en laisseray le jujeinent  un cbaeun ; mais Ton peut dire qu'oun les pertes qu'il fit ceste année, celles qu'il fit 'usQirant des villes de Numegbe, Deventer et '^Dtphen , ainsi que nous dirons , ont esté trèsmodes, tellement que, pensant faire roynede 'rance sa fille l'Infante sur Toccasion de la diviioo des François, Il a perdu de bonnes et grands villes qu'il n'a peu recouvrer depuis pour le ^ qoe le prince Maurice et les Estats ont eus t se fortifier pendant que ledit sieur roy d'Es- Bgne toumolt ses desseins contre la France. Or dac de Parme avolt respondu, lors que le Roy BQvoya deffier à la bataille par un beraut, qu'il (toit venu par le commandement du roy d'Es- ^:nepour mettre fin aux guerres de France ^SQt que d'en sortir, et que s'il trouvoit que le «min plus court pour y parvenir fust de doninioe bataille an Boy, qu'il la luy douneroit, le contraindrolt de la recevoir , ou féroit ce l'H iny semblerolt pour le mieux. S'il a eu la lissanee d'execnter ceste responce il se peut ger par ce que dessus et par ce qu'en a dit ùstorien Gampana , qui a escrit du tout en sa ^eur en ces mots : Approssimandosi il tempo f disegnava il duca di iomare in Flandra ^do la sua miUzia affiiila molto da malaiie^ da earestia di vettovaglie , ei trovandosi bi' fnoso di denari , non avendo potuto Parigifisiorargli in parte aleuna le spese faite in elle spedizioni, sollecità la partila , et fece
1} Le doc voyaot approdier l'époqne où il avoit ré- " (le retoorner en Flandre , son armée désolée de ^'^i»« dépourvue de Tivres • et sans argent , n'ayant trouTei 4 Paris ancuns fonds pour couvrir nno partie !:icoiu|oe dt:. dépenses qn'U avoît faites pour ces expé- »Q^sccétén«>adépart, et flt dire à Verdugo de venir
awisato il Verdugo che eon 24 compagnie di fanteria, et sei cornette di cavaleria , andasse ad incontrarlo, perciocche il Re drizzatosi à confini di Picardia^ disegnava di molestarlo af ritomo. Arrivato dunque a Brusselle, il quarto giorno di décembre , con solo sei mila di suoi, commincià a dar ordine allecosedi queipaesi, ridotle incattivo stato (1). Yoy là comme cest aotbeur tesmoigne que ce duc fut contraint pour s'en retourner , non seulement de se faire accompagner du duc de Mayenne, mais de mander encor des Pays-Bas le colonel Verdugo, craignant le Roy, qui le poursuivoit de si près en sa retraicte, que plusieurs ont escrit qu'il ne dormit point à son aise qu'il ne fust arrivé à Brusselles.
Nous avons dict cy-dessus que le pape Sixte mourut le 27 aoust , que le siège fut vacquant diX'buict jours , et qu'Urbain septiesme fut es* leu pape, lequel mourut le treiziesme jour de son pontificat, au regret de plusieurs, qui esperoient que , pour ce qu'il estoit personnage de bonne vie et bien entendu es affaires publiques, il restaureroit Testât ecclésiastique. Auparavant son eslection on le nommoit Jean Baptiste Castaigne , cardinal de Sainct Marcel. Il estoit Romain de nation, et avoit durant sa vie exercé plusieurs belles charges, et demeuré sept ana nunce en la cour d'Espagne. Il se proposoit de faire beaucoup de belles choses, mais le second Jour de son pontificat il tomba malade , dont il mourut peu de jours après. L'Italie , depuis la mort de Sixte Y, avoit esté grandement travaillée des bannis et de la famine : après la mort d'Urbain elle le fut encor plus, ainsi que nous dirons l'an suyvant en traictant de l'exécution à mort d'Alphonse Picolomini , chef dlceux. Après la mort d'Urbain le siège vacqua deux mois et neuf jours.
Le huictiesme jour de décembre le cardinal Nicolas Sfrondrate , Milanois , après avoir esté esleu au conclave fut couronné sur la montée de Sainct Pierre, et se fit appeller Grégoire quatorziesme. Le jeudy ensuy vant il alla prendre possession à Sainct Jean de Latran selon la manière accoustumée, mais avec une extraordinaire allégresse du peuple de Rome ; car, depuis Sainct Pierre jusques à Sainct Jean de Latran , ce n'estoit que peintures exquises et riches tapisseries. Devant Sa Saincteté marchoient a
au-devant de lui avec vingt-quatre compagnies d'infanterie et six cornettes de cavalerie, parce que le Roi, qui l'attendoit sur^ les confins de la Picardie , avoit l'intention de l'inquiéter dans sa retraite. Arrivé à Bruxelles le 4 décembre, avec seulement six mille hommes, il commença à meltreordre aoi affaires de ce pays, qui étoient dans un factieux état.
CHAONOLOGIB NOTBNAIBB DB PALHA CAYST. [1590]
pied ane quantité déjeunes gentils-homnies vestus de plusieurs livrées. Il estoit accompagné de grand nombre de prélats et de cinquante gentilshommes romains , les chevaux desquels estoient couverts de velours noir. Onluy dressa aussi un arc triumphaià l'entrée du.Gapitole, avec plusieurs bellesinscriptions. Sa Saincteté fut incontinent circonvenue des ministres d'Espagne et des agents de Tunion , tellement que durant son pontificat les catholiques royaux en France ne le recognurent point , et disoient de luy qu'il estoit partial et non père , bien qu'il fust milanois. Ce qui en advint nous le dirons Tan suyvant. Voyons maintenant les entreprises que fit le duc de Savoye en ceste année.
Nous avons dit que ce prince vouloit faire ses affaires à part , et prendre en France ce qui luy venoit à bienséance, et que pour cest effect il avoit retiré toutes ses troupes des environs de Genève, et avoit bloqué ceste ville par les trois forts de Saincte Catherine , Yersoy et La Bastie, afifin d'employer ses forces en Provence et en Dauphiné ; mais ceux de Genève prindrent peu après le fort de Yersoy avec cinq canons qui estoient dedans, et celuy de La Bastie, lesquels ils brusierent et desmolirent : tellement qu'il ne luy resta que celuy de Saincte Catherine. Peu après il perdit aussi le fort du pas de La Cluse que ceux de Genève receurent à composition.
Pour empescher les heureux progrez de ceux de Genève , le duc envoya le sieur dom Amedée, bastard de Savoye, avec de belles troupes, lequel reprint incontinent ledit fort de La Cluse , et les contraignit de se retirer vistement en leur ville , puis reprint tout le bailliage de Gez , et , poursuivant sa pointe , se logea ez environs de Genève en intention de la réduire à l'extrémité. Il se fit entr'eux plusieurs charges et rencontres ausquelles les Savoyards furent quelquefois victorieux , d'autresfois vaincus : bref, ce n'estoit que bruslements et hostllitez barbares, tant d'une part que d'autre.
Dom Amedée, ayant résolu d'avoir Genève par la famine , se tint durant le m(Às de Juillet dans le bailliage de Gez avec cinq cents chevaux et deux mille fantassins, et posa ses corps de garde à une lieuê de Genève en divers villages sur les advenues pour avoir tout le pays libre afin d'en recueillir toutes les moissons , et fit venir pour cest effect plusieurs païsans de divers endroicts. Or il y avoit dans Genève assez de bons soldats , mais ils n'avoient point de chef expérimenté au faict de la guerre , car le sieur de Lurbigny et son sergent major, qui avolcnt accoustumé de les y mener, estoient au lict blessez, si bien que les Savoyards y faisoient ce qu'ils
desiroient Le septiesme juillet , dom Amedée sçachant que ceux de Genève estoient prompts aux sorties, il mit plusieurs escadrons de cavalerie et d'infanterie en embuscade à demy quart de lieuê de leur ville , en un lieu fort sâvantageux pour sa cavalerie. Aussi tost qu'il y fut il fit investir une compagnie de piétons qui estoit sortie pour favoriser quelques*uns qui alloient moissonner, et quand et quand fit approcher quelques cavaliers à desoouvert qui altèrent enle?er du bestail et tirer chacun un coup de pistolet fort proche de la ville , dont ils tuèrent trois habitans. A ce bruit l'alarme se donna , et les Savoyards se retirèrent en leur embuscade. Geoi de Genève , advertis que leur compagnie de piétons estoit investie , sortirent pour iesseooi* rir, les uns à pied , les autres à cheval , toasi la desbandade et sans beaucoup de condaite, comme font ordinairement les peuples d'ooe ville. Quelques heureux succez quMIs a?oleot eus les Jours précédents sur les Savoyards leor faisoient ceste témérité^ Ainsi toutes les troupes sorties de Genève s'arresterent à l'entrée de la plaine qui estoit entre les Savoyards et la ville, et , sans considérer la difficulté du retour , coa* rurent droict contre leurs ennemis , lesquels, la ayans attirez au bout de la plaine, fireot durer Tescarmouche quelques trois quarts d'heure, Jusques à ce qu'ils eurent veu qu'il estoit tenpi de les charger, ce qu'ils firent en un instant, et toute la cavalerie de Savoye vint fondre m celle de Genève, laquelle , se voyant trop foWk^ fut contraincte de prendre la fuite et se retirer, abandonnant les gens de pied , qui forent iDCflft* tinent rompus : ceux qui se peurent sauver dasi la ville s'estimèrent heureux, car il endememi plus de trois cents sur la place , entre lesquefsl y avoit six vingts bourgeois, un grand nomlrt de blessez qui moururent presque tons, et ibil peu de prisonniers. Ceste desfaicte fit. que les Sif voyards achevèrent les moissons tout à leor ajsej ruinèrent tout les pays circonvoisins de Genève^ et eurent espérance de se rendre bien-tostroaii^ très de ceste ville et réduire les habitansdeG^ neve à la disette et à la mort continuelle.
Après qu' Amedée eut faict faire la moisMi dans le liailliage de Gez , et qu'il y eaxM faire un degast gênerai , il alla passer le Ros^ avec toutes ses troupes plus bas que le fort de tt Cluse, et se vint loger en l'autre estendué <i pays entre Sessel et Genève , où , après que stf troupes y eurent séjourné quelque temps, il i^ mit en garnison , et laissa le baron d'Ârmass^i lieutenant du duc ez pays de Thonon etde w biais , pour leur commander et endommt^ ceux de Genève le plus qu'il pourrait.
CHB0N0L06IB NOTBNAIU DX PALMA GAYBT. [I590j
Mds ceai de Genève , se v oyans si fort pressez, et ayaos receu coup sur coup tant d* Infortooes f eurent recours à leurs alliez : ils ne manqooieotpoîDt décourage, mais ils avolent besoin depenoDnes expérimentées à la guerre. Le premier qui fat à leur secours ce fut Guillaume de Qogny, baron de Conforgien , lequel y arriva te 23 aoost. Peu après son arrivée ils firent quelqoa sorties par terre , et sur le lac avec leurs /régates, escumans quelques proyes, et asseunns le commerce aux barques et bateaux qui renoioit d'ordinaire en leur ^ille.
Rasseurez peu à peu sous la conduite de ce baron , ils entreprirent de faire vendanges , puis ip'Os n*avoient peu faire la moisson. Lob Sa- Yojarda, qui ne manquoient peint d^espions dans teste ^lle, en forent incontinent advertis. Le baron d*Armanse convoqua toutes les garnisons loûioes afBn de les empescher. D*autre costé le baron de û>nforgien fit préparer ceux de Geaeve pour sortir à la campagne et faire ven- (ianges à main armée.
Le dixseptiesme septembre, entre sept et huict heures du matin , les compagnies de Genève âortireot delà ville condoisans quantité de tonanox et charettes , et menèrent avec eux force parsaos et les domestiques de Tbospital. Tous uosancune rencontre arrivèrent Jusques à un vignoble à demy lieuê de Bonne , où ils emplirent knrs tonneaux et chargèrent leurs charettes; Bais, ainsi qu'ils se disposoient à la retraicte, le ^OQ d'Armanse y qui avoit esté adverty de nir sortie, vint avec ses troupes si à couvert [o'ii se saisit des advenues, logea dans un mou* n quatre-vingts mousquetaires, disposa ses eos en plusieurs embuscades , et se plaça sur scQsteaux pour empescher la retraite de ceux e Genève que le baron de Conforgien condui- ^t, leqnel , estant adverty que les Savoyards ftroissoient en trois escadrons de lanciers , mit ) ordre sa troupe qui estoit de cent cinquante latassins et de oent trente cavaliers, et, les f ant exhortez ao combat , envoya attaquer le ^lin par quelques escarmoucheurs suivis de aquante bons soldats, lesquels donnèrent À ite baissée vers le moulin à travers les barque- (sades, et firent si bien qulls le gaignerent et êrent tout ce qui se trouva devant eux. Cepenot Conforgien avoit envoyé trente cavaliers V recognoistre ce qui estoit au dessus du cossu ; mais aussi-tost qu'ils eurent descouvert la Valérie des Savoyards, ils tournèrent vers ^ne : le baron d'Armanse les laissa fayr les uns comme perdu», et cependant il fit advanr one troupe de lanciers pcMir rompre une inpagnied*argoiilet8 : la meslée fut lors grande
U C. n. M. T. XII.
et en divers endroicts , car ces trente cavaliers de Genève , revenus au combat pour soustenir les argoulets , enfoncèrent par les flancs un escadron de Savoyards ; d*autre costé Conforgien , ayant disposé des mousquetaires en une embuscade , fit faire une salve si rude à un autre escadron de lanciers qui le venoit charger, que ceuxcy s'escarterent incontinent après en avoir vea tomber nombre d'entr*eux ; puis les deux gros de cavalerie , tant de party que d'autre, se vindrent à rencontrer fort furieusement; mais les Savoyards sans beaucoup s'opinlastrer plièrent et se retirèrent , laissans leurs fantassins à la discrétion de leurs ennemis, ausquels ils trouvèrent peu de miséricorde. Ce combat dura depuis midy Jusques à trois heures : trois cents Savoyards y demeurèrent tuez sur la place, plus de cent blessez, dont peu reschaperent. Ceux de Genève, estans demeurez victorieux , emmenèrent ce qu'ils avoient vendangé avec les despottlUes des Savoyards dans leur ville. Aussi Von disoit lors qu'ils avoient esté victorieux en leurs vendanges, et avoient perdu en leurs moissons.
Cela pourtant les encouragea beaucoup, et firent depuis plusieurs petites sorties où ils demeurèrent quelquefois victorieux et gaignerent quelques butins. Mais la cherté durant cest hyver y fut grande , et les paysans qui s'y estoient retirez endurèrent beaucoup d'incommoditez jusques sur la fin de ceste année , que M. de Sancy alla par le commandement du Roy pour lever des Suisses et faire la guerre en Savoye. Ce qui en advint nous le dirons l'an suyvant.
En Dauphiné, ceux de Grenoble s'estans déclarez du party de l'union, le sieur Desdiguleres fit fortifier le chasteau de Montbenault, qui n'en est qu'à une lieuê , et quelques autres petits forts pour tenir Grenoble comme assiégée; mais cependant que ledit sieur Desdiguleres s'estoit esloigné des environs de Grenoble pour d'autres entreprises, ceux du parlement, qui estoient demeurez dedans avec les habitans, ftirent solicitez par les partisans du duc qui estoient dans ceste ville de se ressouvenir des offres et promesses qu'il leur avoit envoyé faire après la mort du Roy, ce qui fut cause qu'ils l'envoyèrent prier de les venir délivrer de la subjection de Montbenaut, et qu'ils l'assisterolent d'artillerie, munitions et vivres. Le duc, à leur prière , envoya Anthoine Olivera avec nombre de cavalerie et infanterie, lequel, assisté de ceux de Grenoble, bâtit et prit Montbenault , et raccommoda très-bien, et y mit bonne garnison pour ledit duc de Savoye : tellement que ceux de Grenoble, qui pensoient que ce duc les secou-
CHtOlVOLOOIK IIOTKHAIU OS PALMA CAYBT. [1590}
riist pour le seul solyect de la religion cathoU* que , et qa'après aveir pris ce fort il le leur remettroit entre les mains, se trouvèrent deceus et réduits comme une gaufre entre deux fers , assavoir entre les Savoyards et le sieur Desdiguieres^ et demeurèrent près de huiet mois en cest estât.
Durant oeste année il se fit aussi plusieurs entreprises en Dauphiné, tant par le marquis de Sainct Sorlin qui gouvemoit Lyon pour Tunion en Tabsencede son frère le duc de Nemours, que par le colonel Alfonse d'Omano et par le sieur Desdiguieres pour le party royal. La ville de Tienne tenoit pour le Eoy : le marquis de Sainct Sorlin pensoit la surprendre; mais, son entreprise estant descouverte , il se retira vers Lyon. Le colonel et Desdiguieres accoururent à Vienne advertis de Tentreprise ; mais ledit sieur marquis retiré, ils allèrent desnicher ceux derunion qui estoient dans le Pont de Beauvoisin et dans Sainct Laurent du Pont. Ledit sieur colonel , voulant recognoistre les troupes dudit marquis , tomba en une embuscade que luy avoit dressée le baron deSenescey, où, après un long combat, il demeura prisonnier dudit baron , et luy paya depuis quarante mil escus de rançon. Desdiguieres, poursuivant la guerre, s'empara de Briançon et d'Exilles, entreprit sur la Savoy e, et chassa du Dauphiné le party de l'union , fors de Grenoble, laquelle toutesfois il récent à composition au commencement de l'année suivante, ainsi que nous dirons.
Le duc de Savoye en ceste année Jetta ses principaux desseins sur la Provence, où, comme nous avons dit, M. de La Valette estoit gouverneur pour le Boy et y tenoit quelques places fortes , et non pas les principales villes. Au commencement de ceste année il se fit plusieurs courses, surprises et rencontres, auxquelles, comme il advient aux guerres civiles , ceux qui estoient victorieux en une charge estoient deflEiicts en une autre puis après. Mais il faut noter que la Provence ftit la première province qui se divisa en trois partys , sçavoir, celny du Boy que tenoit le sieur de La Valette , celuy du party de l'union qui se sépara en deux , les uns tenans pour M. de Carses, qui avoit espousé la fille de madame la duchesse de Mayenne , et les autres pour le duc de Savoye , qui estoit soustenu de madame la comtesse de Saux et de plusieurs Provençaux ses partisans. Or le duc de Savoye, qui desiroit surtout s*impatroniser de ceste province, s'en approcha, et envoya, comme nous avons dit, à ses partisans quelque secours. Le gouverneur d' Antibe , qui en estoit l'un , mit ses troupes à la campagne sous la conduitte de son fils, affln d'endommager les royaux ; mais le sieur
de La Valette dressa une embusosde à Umttt oei troupes , lesquelles forent mises en plseei am leur conducteur.
Au commencement d'octobre le duc de Sa?oyi fit surprendre la ville de Frejus où il y a et«iohé, et est située sur le bord de la mer de Pnn vence. Anciennement ceste ville s'appelloUFo* rum Juki. Le duc l'ayant surprinse , il y fit mettre une bonne garnison d'Espagnols. La sieurs de La Valette et Desdiguieres , qui aïoim esté advertis qu'il venoit en Provence, l'aduminèrent incontinent, tant pour ley en empeicher l'entrée que pour secourir ceste ville, mais ils y arrivèrent trop tard. Ayans esté adtertli que le duc de Savoye estoit à la campagne , i)i allèrent le rencontrer , et chargèrent si rodemot ses troupes, qu'ils luy taillèrent en pieceB sept cents fantassins et deux cents hommes d'annd. Tout ce que le duc put flaire fut de se sauTV à Nice , d'où il manda en Piedmont nouvelles f(vces , qu'il récent incontinent avec plutteois codpagnies d'infanterie , tant Espagnols qoe Pieipolitains; .puis , estant sorty de Nice , il eatn dans la Provence pour y faire la guerre au royaux. En ce temps-là il advint que M. de Car* ses , assiégeant Salon de Craox , fut desfaiet pir M. de La Valette et contraint de se sauver à Aix , où le parlement et plusieurs du clergé, de la noblesse et du peuple , voyans son infortooei se résolurent de prendre pour leur protectenr |i duc de Savoye qui avoit de longuemaia practique ce tiltre : liss infortunes du sieur de Canes luy servirent de planche pour l'obtenir. Gus* et aucuns de la noblesse voyans que ceux d'Aii avoieut envoyé l'evesque de Ries , le sieur Daa* pus et l'advocat Fabrique , prier le duc de 8^acb^ miner en leur ville , ib se retirerait en \f^ chasteaux et forteresses, résolus de n'obeyru duc de Savoye.
Sur le commencement du mois de nov<ffllve le duc ayant receu lesdits députez d'Aix , et leor ayant dit qu'il n'avoit pris les armes que petf conserver la religion catholique-romaine eoccA province-là, il leur promit de s'aeheminerà Aix* Ayant assemblé ses troupes, il parUt de Hoilic^ vint à Frejus, où il fût deux jours. De là il s^ riva à Draguignan, où ce peuple le receul com s'il eust été leur roy, et luy firent deux ait triumphaux où ils luy mirent pour luy ce» plaire des inscriptions suivant ses preteotioas Au premier il y avoit : Defrueiu mairis <* ponam super tedem iuam , affin de donner i entendre qu'il estoit fils de la fille du roy Frfl^ çois premier , et qu'à cause de sa mère il senH leur souverain seigneur. En l'antre il y avoit iVofi e$t o/tiw quipîtgnetpronobis. Cestuy-fl
enoHOLOQu nofsiVAas du palka cayst. [t590]
fat mis pour monstrer qu'ils ne Tooloient poiiit do oomtede Canes qui se disoit goaverneur pour romoo en eoste province ; mais du depuis , sur lesoecezdes affaires, les royaux en firent une allosioo, et dirent que les Ugueurs avoient prophetizé, que Dieu n'estoit point pour eux , et qo'll n'y a^olt que ee duc , lequel ne garda pas anasi long temps la bienveillance de ee peuple volage et sul^jeet à changer selon les occurrences. Eo oeste entrée ils firent crier aux petits enlima : Vive la tnesse ^ vive Son AUezze , ^ soit tlméLa Vakiief
Le due , party de Dragtdgnan , alla recevoir lorgere qui fut abandonnée par les royaux , pub , le quatriesme novembre , il arriva à Aix, oô le parlement , le clergé , la noblesse et la Maison de Ville allèrent au devant de luy : il y itit receo ayec des harangues, tous l'appellerent le deffeoseur de la religion ; mais , quand ils luy présentèrent le dais pour le porter sur hiy , il le reibsa; car il cognut, comme il est prince prudent, que tout cela n^estoit qu'une violence du peuple, et que, les affaires se changeans, cela luy ponrroit tourner à dérision ; bref , ceux d' Aix le reeeorent avec un grand honneur, le firent passer sous un arc triumphal, et fût conduit josToes à la grande église avec une grande multitude de peuple. Le troisiesme Jour après son entrée il alla au parlement , où Tadvocat gênerai lit, selon le désir dudit duc , une harangue en sa louange et de ses prédécesseurs ducs de Savoye, après laquelle il fut déclaré protecteur de toute b Provence. Du depuis tous les ordres de la Tille, chacun en particulier, l'allerent saluer et loy baiser les mains. Plusieurs villes envoyèrent flossi le recognolstre. Les Marseillois députèrent ^ lenrs citoyens pour le prier de venir aussi en ^r ville; mais le sieur de La Valette et les '^y^nx , qui tenoient la campagne, TengardcHrent àt ne sortir d'Aix tout le reste de l'année et Jus^ ipes à ce quMl enst reeeu du renfort que luy en- T^iya le duc de Terranova, gouverneur de Milan. ^ooidiroQsran snyvant son arrivée à Marseille «t «m voyage d*Espagne.
Le Roy avolt envoyé en Auvergne M. le grand prieur bastard de France , où il arriva au mois <ie juillet. Il se fit appeller comte d'Auvergne et de Clermont, suivant une donation que luy en ^^oit &icte la royne Catherine de Medicis peu de jours auparavant sa mort. Il mit le siège défaut Vicy; mais le marquis de Salnct Sor- ^|d l'y acheminant pour le secourir, il se retira , et depuis ils firent une trefve entr*eux pour <niatremois.
M. le prince de Gonty , estant de retour à Tours du siège de Paris ; snyvant le commande*
ment du Boy , alla attaquer Satlgny sur Bray dont le sieur de Pescheray s'estoit saisi , qu'il reprit incontinent. De là il fit investir la ville et le chasteau de Lavardin, dont Le VIgnau s'estoit encor emparé pour l'union. Les sieurs de Souvray , de La Bochepot, de Pouilly et plu* sieurs autres seigneurs, se rendirent Incontinent auprès dudit sieur prince. Les pièces estans en Imtterie , l'on fit bresche , laquelle ne se trouva raisonnable, et, faute de munitions, il falut tenir ce siège en lougueur. M. du Fargis, qui y avoit amené trois compagnies de sa garnison du Mans, voulant recognolstre une tour où les siens avoient fldct leurs approches , Ait blessé d'une harquebusade en la mesme jambe où 11 avoit esté blessé à Brusion , qui luy fracassa tous les os. Ilftat conduit au Mans dans un branoard, mais il lui fallut couper la Jambe, en laquelle la gangrené se mit, dont il mourut. C'estoit un brave et vaillant seigneur, et qui estolt pour parvenir par les armes aux plus grandes dignitez. Le Boy donna son gouvernement du pays du Mayne à M. de Laverdin , à présent mareschal de France, qui estolt lors gouverneur dans Salnct Denis en France. Le siège de Laverdin continuant , Le Vigneau et les siens se deffèndirent fort bien : la batterie recommencée contre le chasteau , comme on estolt prest d'aller à l'assaut , les assiégez capitulèrent de se rendre s'ils n'estoient secourus dans un temps : ce temps expiré ils sortirent armes et bagues sauves, et furent condiiits en lieu de seureté. Geste place fut desmantelée, comme aussi les chasteaux de Montoire et de Saviguy. De là M. le prince mena son armée en Poictou, ainsi que nous dirons l'an suivant.
En divers autres endroicts de la France, comme en Bretagne , en Languedoc et en CascoDgne, il se fit plusieurs entreprises et explolcts militaires où ceux qui estoient un Jour victorieux estoient le lendemain vaincus, ainsi qu'il advient aux guerres civiles. Le roy d'Espagne, qui desiroit mettre la guerre aux quatre coings de la France, envoya aussi en Bretagne sur la fin de eeste année trois mil Espagnols au duc de MerccBur, lesquels arrivèrent à Nantes où Us estoient de long temps attendus, car, dez le mois d'aoust, s'estans mis à la voile pour y venir , plusieurs navires anglois , les ayans rencontrez sur la coste de Biscaye , les attaquèrent et les contraignirent de s'en retourner à Goraga. Du depuis rembarquez , et le duc de Mercœur les ayant receust, il asseura ses places , reprint la campagne , et se mit à faire la guerre aux royaux. Plusieurs ont escrit que l'Espagnol et le due avoient tous deux des pretensions sur la
CHRONOLOGIE NOYENAIHS DB PALMA CAYBT. [lS90]
Bretagne , celay-là à cause de sa fille , et celuycy à cause de sa femme , et qu'ils s*accordofent bleu ensemble pour en déposséder le Roy qui en estoit le vray seigneur , mais que quand il fust advenu que les royaux eussent esté chassez de ceste province là , que puis après les Espagnols et le duc fassent venus aux mains Tun contre l'autre pour sçavoir à qui elle demeureroit, et qu'il estoit impossible que la foiblesse du duc ne ftist emportée par la force de TËspagnol.
Dez le commencement de ceste année, le Roy avoit déclaré par edict la guerre au duc de Lorraine , et faict saisir ce qui luy appartenoit en France avec le revenu de l'evesché de Mets qui appartenoit à son fils. Les garnisons de Mets et les royaux de Langres firent en ceste année une infinité de courses , emmenant le bestail jusques aux portes de Nancy. Le peuple de Lorraine regrettoit infiniement que leur duc se fùst laissé aller à se partialiser contre le Roy ; toutesfois il 1 eur falut souffrir. Pour faire la récolte le dac de Lorraine et le sieur de Soboles qui commandoit dans Mets firent une trefve pour trois mois, pendant laquelle le capitaine Sainct Paul, qui alla reconduire le légat Gaétan sur la frontière , surprit Ville-Franche. M. de Neversy alla en diligence de Ghaalons pensant la reprendre; mais Sainct Paul s*y estoit tellement fortifié, qu'il fut contraint de s'en revenir à Ghaalons.
L'Allemagne fut assez pacifique en ceste année, excepté ez circles de Westphalie et ez duchez de Juillers et de Gleves, où les Espagnols d'un costé, et les gens des Estais de Tautre, travailloient ces pays là par prises de vfiles, surprises de chasteaux, constructions de forts, courses et hostilitez. Au mois de may lesdits circles s'assemblèrent à Cologne, mais il n'y eut nulle resolution. Du depuis l'archevesque de Mayence, le comte Palatin, le duc de Juilliers, et autres princes d'Allemagne , envoyèrent leurs ambassadeurs , tant au dac de Parme à Bruxelles, qu'aux Estats à La Haye en Hollande. Ils demandèrent , tant aax Espagnols qu'aux Hollaudols, la conservation de leurs anciennes alliances et amitiez , que les uns et les autres quittassent tout ce qu'ils tenoient et occupoient aux terres de l'Empire, et les rendissent à leurs vrais seigneurs, et qu'ils n'eussent plus à rien entreprendre ny faire aucunes hostilitez sur les terres de l'Empire. De ce que leur respondit le duc de Parme il ne s'en est rien veu escrit ;.mais la responce des Estats fut imprimée , dans laquelle ils s'excusèrent qu'ils n'estoient point les motifii de ces desordres , aîns l'Espagnol, qu'ils estoient tous prest de rendre tout ce qu'ils occupoient de l'Empire chacun à leur vray sei-
gneur, ne desirans que bonne paix et amitié avec tous les princes leurs voisins; mate qu'ils les prioient de joindre leurs forces avec les leon pour ensemblement chasser l'Espagnol des terres de l'Empire. Les Allemans promirent de se mettre en armes pour ce faire ; mais, selon qoe ces princes là ne sont ordinairement trop prompts de se mettre en campagne , les choses demeurèrent comme ils estoient , et les entreprises se continuèrent de part et d'autre Jusqu'à ce qu'estans piquez d'avantage , ils furent eontrainets de s'armer, encor assez lentement, ainsi qu'il se peut voir à la suitte de ceste histoire et en l'histoire de la paix.
Le marquis de Baden , en une conférence qui se fit entre les pères jesulstes Plstorios et Buseus d'une part , et Smidelinus , luthérien, d'autre, ayant recognu en ceste conférence que Smidedellnus avoit allégué que les catholiques ensdgnoient qu'un homme ne pouvoit estre sauvé par la seule mort de Christ, et dlsoit que celaestoit, mesme dans le concile de Trente, lequel luy fat à l'instant apporté af fin qu'il moustrast le lieu ou cela estoit, mais fi ne put trouver aucun endroiet pour prouver son dire ; puis ayant aussi allégué quelques passages du Maistre des sentences et d'autres docteurs , lesquels les pères Jesulstes ytrifierent estre par luy faulsement alléguez à la seule lecture des livres, de quoy il devint si confus , que , sur une excuse qu'il trouva , il fit rompre la conférence: ce qu'ayant bienreeognn le dit sieur marquis , il se fit instruire par les susdit pères jesulstes, et abjura le luthéranisme, puis envoya demander absolution à Sa Saioeteté , qui fit rendre louanges à Dieu dans Rome pour la conversion de ce seigneur.
En ceste année mourut l'archidnc Charles d'Austriche, fils du feu empereur Ferdinand, et oncle de l'empereur Rodolphe. Durant sa vie H avoit, tant par ces procédures qoe par sa valeur, entretenu les frontières voisines du Torcenpaix; mais après sa mort toutes choses changèrent eu la Styrie et Garinthie , ainsi qu'il sera dit ei années suivantes. Ge prince avoit espoosé Marie de Bavière, de laquelle U eut unze enfens, desquels Il y en avoit quatre masies, Ferdinand, Maximilian, Lupold et Gharies. Sa fille alsn^. aagée de dix-sept ans, fut mariée depuis à Sigismond, roy de Pologne, pour confirmer d'avantage la paix entre les Camllles d'Austriche et de Soece ; car les princes polonois estoient résolus d'avoir la raison de ce que l'archidae Maxlmiliin n'avoit voulu Jurer la paix de Bithonie, et eo vouloient venir aux armes; ce qui fîit cause que l'Empereur envoya depuis en Pologne Tevesque de Vrastislavie et Richard Saituer, lesquels A>*
CHRONOLOOIB NOVENAIRB OB PÀLMA CAYBT. [1590]
rent receos fort favorablement du Roy, et leur ayda en ce qu'il put pour faire modifier quelques articles dadlt traicté de paix , et practiqaerent tant avec qoeiqnes princes amys des deux coslez, qu'ils unirent depuis ces deux puissantes fiunilies par la susdite alliance de mariage, affin d'aster entr'enx toute source de guerre et querelles.
On délibéra aussi de renouveller l'alliance du Tnrc : le baron Yolfang , Henry de Strein , luy ftit porter le présent acooustumé, ce que du depuis, pour quelques occasions, on n*observaplu8,
et qui a esté la cause que les subjecls de TEmpe* reur ont depuis eu de si grandes guerres contre les Turcs.
La guerre entre le Turc et le Persan ayant duré long temps, tous deux desirans de donner quelque repos à leurs subjectsde tant de ruines et de misères qu'ils avoient souffertes , par la praticque de quelques-uns, le sophi envoya un prince persan à Constantinople, lequel fut honorablement receu d'Amurath, où après plusieurs difflcultez la trefve fut accordée entre les Turcs I et les Persans pour dix ans.