‹ Chronologie novenaireChapitre 20 sur 62 · LIVRE TROISIESME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIESME

[1591.] C'eft iumneor que d^ntreprendre , mais, qaand il en succède quelque chose de slnistre, on en est blasmé, ainsi qu'il advint de Ventreprise que ceux de 1 union firent sur Sainct Denis. Le sieur de Belln , gouverneur de Paris, voulant s*ayder de la commodité du temps , entreprint avec le chevalier d*Aumale de feire surprendre Sainct Denis durant la grande froidure qu'il faisoit en ce temps-là. Il sembloit que tout rioit à leur dessein , car ils avoient foict reoognoistre qae Ton pouvoit passer les fossez par dessus la glace et entrer aysément dans Sainct Denis ; aussi que deux Jours auparavant M. de Laverdin avoit quitté le gouvernement de ceste ville au sieur de Vie. Ils trouvèrent tant de facilité à leur entreprise , que le chevalier voulut luy-mesme rexecnter avec la garnison quiestoit dans Paris. Pour ce faire ils s'acheminèrent la nuict du troisiesme Janvier, et arrivèrent prez de Sainct Denis sans que les royaux en eussent esté advertis : tout d'un temps trois à quatre cents hommes descendirent dans le fossé , passèrent par dessus la glace, et entrèrent aysément dans la ville, car les murailles en d'aucuns endroicts n'y sont pas de la hauteur d'une toise : en mesrae temps ledit chevalier avec plusieurs hommes garnis de pinces , tenailles et autres ustancilles, ouvrirent la porte de la ville du costé de Paris, et entrèrent tous dedans , cheminans droict vers l'abbaye. Au premier bruit la guette qui estoit au clocher sonna si fort l'alarmci que les royaux furent incontinent sur pieds. Le sieur de Vie, estant à cheval devant l'abbaye , et ayant sceu que la porte de Paris estoit ouverte et que ceux de l'union la tenoient , commanda aux lansquenets de se couler le long des murailles et tascher à la regaigner cependant que luy avec les siens Iroit le long de la rué droict à ceste mesme porte; mais il n'eut pas cheminé cinquante pas, qu'il trouva le chevelier d'Aumale en teste suivy des siens crians 7\tê, tué! Or la rue est fort estroltte en cest endroict là, où la valeur y estoit plus requise que le nombre d'hommes. De Vie vient aux mains, aucuns habitans sortirent aussi avec des espées à deux mains et autres armes pour le secourir; mais, cependant que le com-

bat s'opinf astrolt en cest radroict là, les lansquenets qui estoient allez le long de la muraille re* gaignerent la porte , et repoulserent la cavalerie des Parisiens ainsi qu'elle y entroit la trompette sonnante. Aussi tost ce bruit courut parmy ceux de l'union que la porte estoit regaignée par les royaux, dont ils prirent telle espouvante» que chacan d'eux ne songea plus qu'à se sauver par dessus les murailles par où ils estoient entrez. Le chevalier d'Aumale, ne se voyant suivy, commença aussi à se vouloir retirer en combattant, mais il fût poursuivy de si près , qu'il fut renversé mort en la chaleur du combat avec quelque vingtaine des siens sans pouvoir estre recognu. Le sieur de Vie ayant ainsi repoulsé ceux de l'union , en fit rendre grâces à Dieu, et, se voulant enquester de quelques prisonniers comment ceste entreprise avoit esté faicte, ils l'asseurerent que ledit sieur chevalier d'Aumale estoit entré dans la ville, et avoit long temps combattu à pied , et ne sçavoient qu'il estoit devenu. Aussl-tost il fit aller recognoistre les morts, lesquels avoient esté desjà despouillez : les blessures du chevalier furent cause du commencement que l'on ne le recognoissoit point; mais , estant apporté à YEspée royale ^ il fbt recogneu. A la pointe du Jour son trompette vint à Sainct Denis pour le recommander s'il estoit prisonnier : son corps luy estant monstre , il alla reporter les tristes nouvelles de sa mort aux Parisiens. Depuis le sieur de Vie le fit porter dans l'abbaye Sainct Denis, et fut mis dans la chapelle Sainct Martfai , où , faute de cercueil , un rat luy rongea le bout du nez, dont le sieur de Vie, fasché du peu de soin des Parisiens, leur manda que s'ils n'envoyoient un cercueil qu'il le feroit enterrer ainsi qu'il estoit. Le cercueil apporté, il (ai mis dedans , et fut assez long temps dans ceste chappelle, couvert d*un poyie de damas blanc aux armes d'Anjou que les moynes mirent sur luy.

Le Roy fût incontinent adverty de cela , car ^\ arriva en ce temps-là à Seniis du retour de la retraicte du duc de Parme , où l'on luy communiqua aussi un dessein de surprendre Paris. Ny luy ny quelques-uns de son conseil n'estoie n

CHlOMOLOGIt ROYIVAIHI

point d'oplBkm de rentreprendre , mais on fit IttchoMs fli fàiàkSj qoe Ton en tenta l'exécution, laquelle ne se put fiiire sans que les ParigicDS en fassent advertis. Sa Majesté donc ayant mandé an duc de Nevers qui estoit en BriCi au dne d'Espemcm qui estoit en Picardie, et à tontes tes garnisons Toisines , de le venir t»>uver, toos se raidirent en la France entre Senlis et Sainet Denis la nuiet du vingtiesme Janvier, it s'acheminèrent droiet à Paris du costé de la parte Saioct Honoré. Le dessein des royaux estait de se saisir de la porte Sainet Honoré par iateiHgenee ou facilité , et de donner en mesme temps en bas le long de la rivière, laquelle estoit ion petite et ne donnoit Jusques à la muraille de la Porte Neufve , estant fiidle d'y passer dix ou doQxe de front sans mouiller le genouil ; plus de donner aussi rescalade en divers lieux. Tout ce qd estoit nécessaire pour une telle entreprise ne Ait oublié à la maison , car ils avoient eschelles, poQceanXi mantelets , clayes , maillets et autres instraments, avec deux pièces de canon pour rompre les barricades que les Parisiens voudroient foire.

Fùar l'exécution il y avoit soixante capitaines couverts d'habits de paysans conduisans des dievanx et charettes. Après eux marchoit la première troupe conduite par M. de Lavardin avec doq cents cuirasses et deux cents barque- Insien. La seconde troupe estoit de quatre cents Iwmmes armez de cuirasses et bulct cents harqnebnsiers eonduits par le baron de Biron. Celle lÀestoit suivied'autres grandes troupes conduites par le sieur de La Noue, et après luy marchoioat les Suisses et le canon. Le Roy estoit au ïnmi du fanx-bourg avec M. de Longueville, le duc dispemon et autres, tous à pied, et n'y avoit que M. de Nevers à cheval» accompagné de cinçunte ou soixante.

Tontes ces troupes estans ainsi disposées, et Kysns faict un silence admirable, arrivèrent sur tes trois heures du matin dans le faux-bourg Sainet Honoré. Douze capitaines des soixante desgnisez , conduisans chacun un cheval chargé de farines ) s'advancerent Jusqu'à la porte de la ville, les autres estans demeurez vis à vis des Capncins,où arrivez, demandèrent qu'on eust à les foire entrer; mais les Parisiens , ayans esté ^dvertis qu'il y avoit une entreprise sur leur ville, estoient en continuelle alarme. Le sieur de Tremblecourt, qui estoit à la porte Sainet Honoré, laquelle on avdt terrassée dez le soir avec de la terre et du lumier, enquesta ces aporteurs de farines s'ils avoient point veu les ennemis; Donis ils luy respondirent si nayfvemeut en langagç ordinaire de paysans qu'Us avoient veu

ni PÀLMA CAYBt. [l&eij 26S

quelque quinze chevaux qui battoient les che«' mins, desquels ils s'estoient cachez et craignoient qu'ils ne les vinssent coutelasser et voler dans les foux-bourgs, qu'aucuns qui estoient là en garde, bien qu*ils sceussent l'entreprise des royaux, leur dirent que la porte estoit terrassée, et qu'ils allassent passer le long de la rivière où on les recevroit par un bateau. Ayans ouy ceste nouvelle, ils se retirèrent dans le faux-bourg, et rapportèrent au Roy ce qu'ils avoient entendu. Sa Majesté ayant oognu que ceste entreprise estoit descouverte , toutes les troupes eurent commandement de s'^ retourner en leurs garnisons, et luy se retira à Senlis , sans y avoir rien eu de perte de part ny d'autre. Voyià ce qui se passa en ceste entreprise , en laquelle les Parisiens , n'ayans reoeus qu'un alarme , ne laissèrent d'en fiiire chanter le Te Deum, et ordonnèrent qu'à perpétuité en un tel Jour ils en feraient unefeste qui s'appelleroit la Journée des Farines. Ceste feste estoit la cinquiesme qu'ils inventèrent, car ils en avoient faict auparavant quatre autres , sçavoir, la Journée des Barricades , la Journée du Pain ou la Paix, de la Levée du siège et de l'Escalade : toutes ces festes furent depuis abolies à la réduction de Paris , ainsi que nous dirons cy-après.

M. de Mayenne , qui estoit en Tierasche , où il bâtit et print quelques chasteaux sur la frontière, estant adverty de ceste entreprise , despescha soudain le sieur du Pesché avec nombre de soldats choisis ez régiments des Espagnols et Neapolitains , qui en amena une partie dans Paris , et l'autre Ait mise dans Meaux sur un bruit qui courut que le Roy vouloit l'assiéger.

Les Seize de Paris se resjouyrent de cette garnison et contiouerent leurs poursuittes pour le rétablissement de leur conseil gênerai de l'union. Voicy la requeste qu'ils envoyèrent à M. de Mayenne au mois de février.

t Monseigneur, les habitans catholiques de la ville de Paris vous remonstrent très-humblement que , ayans dès il y a plus de six ans descouvert tous les artifices dont on usoit pour dresser etapplanir aux hérétiques le chemin de la couronne, ils ont commencé à faire des assemblées et tenir des conseils où rien ne manquoit que l'authorisation du souverain qui nous estoit contraire, comme pouvez sçavoir, monseigneur, et combien de salutaires advertissements et secours vostre maison en a receus , et comme à cest exemple ont esté dressez des conseils par toutes les villes catholiques , desquelles venoient ordinairement divers advis audit conseil gênerai de tout ce qui se passoit en chacune province , deflferans à ceste ville de Paris comme

CIUONOLOGIB NOVBNAIB£ DE PALMA CAYfiT. [l59l}

à leur premier patron et exemplaire; ce qui a duré jusques au mal-heureux jour 23 décembre 1588, auquel, voyant que le masque de toute Impieté estoit descouvert et qu'on attaquoit les catholiques avec forces, lesdits supplians ont Jugé estre expédient s'opposer ouvertement À ceux que Ton avoit laissez en ceste ville pour Texecution des conseils de Blois , tellement que les catholiques , par le moyen de tels conseils, se rendirent les plus forts en ceste ville , tindrent les portes ouvertes à ceux qui eschapperent peu à peu des embusches des ennemis et de leurs mortelles prisons ; ce qu'ils ont continué Jusques à vostre venue très-desirée, après laquelle a esté le conseil gênerai estably de tous les corps de la ville, et Testablissemeot emologué et vérifié es cours souveraines, recogneu et approuvé par les provinces et villes catholiques, loué et advoué par le Sainct Siège, princes et potentats chrestiens, et par lequel vous auriez esté volontairement esleu lieutenant gênerai de cest Estât et couronne de France , depuis laquelle eslection le conseil, se tenant tous les Jours, a conservé ceste ville et donné pied ferme à la forme et domination sous lesquelles les catholiques vivent maintenant ; et a esté ce conseil à cest effect estably par un trèssage advis pour assoupir le desir de vengeance causé des entreprises et hardies exécutions nécessaires en si grand changement ; et a ceste compagnie servy de barre entre les officiers et le peuple pour empescher la violence des uns et les practiqnes et menées des autres , les bons se reposans volontairement, et les meschans par force, sur le Jugement dudit conseil , lequel estoit composé de gens de diverses qualitez , tellement que quiconque y avoit affaire y trouvoit de ses semblables, qui les recevoient avec bon visage et expedioient avec diligence. Enquoy faisant , vous , monseigneur, et le peuple , estiez servis franchement et rondement , et les affaires s'expedioient à la lumière et devant les yeux de tous, et vous aydoient ceux dudit conseil de leurs moyens , crédit et authorité, laquelle estoit si bien estimée, que toutes lesdites provinces y envoyoient leurs députez avec procuration , et les princes chrestiens leurs agents avec mémoires et instructions : les ecclésiastiques , la noblesse et tous les catholiques, y estoient bien venus et promptement expédiez ; tellement que ceux qui commandoient ez places prochaines de la ville, ne refusoient d'y venir rendre conte de leurs affaires et desportements. Mais comme desiriez estre assisté de conseil en vos armées , vous eussiez tiré près de vous quelques-uns dudit conseil I aucuns faisoient quelque doute ai,

durant le règne de Charles dixiesme, ils pouvoient sans confirmation exercer leurs charges, lesquelles d'ailleurs leur estoient trèsH>nereate5 pour les avoir fort long temps exercées sans sucune remise ny relasche, se sont résolus de prendre quelque temps de vacations, et ainsi différent de s'assembler jusques à présent, suivant un arrest qui en auroit esté par eux dmmé , sans toutesfois que ledit conseil ait esté révoqué , attendu qu'il a esté estably pour servir Jusques à l'assemblée des estats. A ces causes, et que de l'intermission dudit conseil sont ensuivis plusieurs grands et infinis desordres ansquels il n'est possible de remédier sinon par la continuation dudit conseil, lesdits suppliants requièrent très-humblement ladite continuaticm, affln qu'eux et tous autres catholiques unis y puissent faire leurs plaintes desdits desordres, et y trouver le remède pour le bien et advancement de la religion catholique, conservation de l'Estat sous vostre authorité, et en particulier de ceste ville et desdits supplians , lesquels continueront leurs prières pour l'accroissement de vostre grandeur et de vostre prospérité. •

Ceste requeste estoit accompagnée de mémoires presque semblables en substance à ceux qu'ils présentèrent au siège de Corbeil audit sieur duc de Mayenne, où ils disoient :

Qu si peu qui restoit de princes catholiques estoient si mal accompagnés de la noblesse et assistez de conseil , que , pour parler humainement, l'on ne pouvoit espérer qu'une prochaine ruyne de leur party , le salut duquel dependoit de la ville de Paris , qul^tvoit esté si cruellement traictée par les grands et ses supérieurs , que ses ennemis mesmes ne luy eussent sceu faire pis , et que Ton voyoit bien que la tyrannie de la noblesse et l'injustice des chefs de la Justice roinoient l'authorité et puissance des ecclésiastiques et la liberté du peuple s'il n'y estoit promptement remédié; qu'aucuns mesmes des magistrats que le peuple avoit instituez avoient connivé au mal , toUeré et souffert l'exécution d*one infinité d'injustices , consenty Teslargissement des gentils-hommes prisonniers contraires an party de l'union et des chefs de Justice , lesquels maintenant se vengeoient contre les catholiques , et avoient baillé passeport pour faire sortir les biens des hérétiques , ce qui avoit enflé le party contraire de forces et de moyens au détriment du party de l'union des catholiques, qui estoit demeuré seul chargé dans Paris de toutes les charges de la guerre , et de toutes les levées ordinaires et extraordinaires que l'on y fSsIsoît , et les deniers si mal mesnagés, qu'il n'en esloit rien tourné au bien de la ville; qui estoit de-

CHAOKOLOeiB NOVSNAIBE DB PALMA CAYJST. [1691]

meorée sans secours et enveloppée de tontes parts, comme elle estoit à présent , de ses ennemis et sans ancun soulagement, estant les bons cati)oiiquesdenuez de moyens et le peuple fort Decessiteox ; de sorte que l'on pouvoit dire avec Tenté que si leors ennemis eussent eux-mesmes estably des agents en la ville de Paris , ils n'eusseot pas mieux ialct leurs af&ires que Ton avoit faict; et qui plus augmentoit leur mal , c*estoit que qoand aucuns des catholiques affectionnez à iimioa s'en estoient voulu plaindre et remiier , prevoiaots la ruine de la religion et de TEstat soos on tel desordre , on les avoit calomniez Jusqoes à les appeiler voleurs , gens de néant et qui necherchoient qu'émettre la ville en confusion poor &ire leurs affaire, semé des billets contr'eax, et usé de toutes les astuces qu'il estoit possible pour faire perdre leur créance. Yoyià leurs plaintes. Pour y apporter remède , ils proposoienl encor trois points outre ce que dessus.

I. Qoe tous ceux de Paris qui auraient suivy ieparty contraire [un royal], aydé à iceluy par ioteljigeoce de conférence , preste argent, donné advertissement , ou se seraient absentez de la ville depuis la publication faicte pour r'appeler lesabsens et des deffences faictes de n'abandonner ladicte ville, fussent déclarez hérétiques ou iautcQrsd'iceux , et que comme tels leurs biens oeobles et immeubles fassent saisis et vendus , et les deniers mis ez mains de six bourgeois de PviS; pour estre employez aux affaires et désengagement de ladite ville , entretenement des gar- QlsoQsd'icelle , et pour recompenser ceux de la ^le qui en seroient dignes, sans pouvoir estre iesdits deniers convertis à autre hsage.

H. Qu'une chambre f ust de nouveau establie , laquelle seroit composée , tant de conseillers que dadvocats, pour Juger en dernier ressort des accQsatlons contre les hérétiques , leurs fauteurs etadherans , et des conspirations contre l'union des catholiques , laquelle chambre jugerait aussi, ^t en matière civile que criminelle, des causes des catholiques [un des Seize] qui ont assisté et aydéàremprisonnementfoictd'une partie de mes- ^ears de la cour de parlement le 6 janvier 1589. ni. Que toutes les villes seroient priées de '^Qonveller le serment de l'union, et de se Joindre avec la ville de Paris, et faire par ensemble tto fonds esgal et selon leurs moyens pour faire ^^erre aux hérétiques et à leurs adherans.

terequestes, ces mémoires et ces instruc- ^oas, fnrent veus an conseil estably près M. de Mayenne. On cognut par iceux encor plus la pas- ^ioQetranimositédes Seize, et que tout leur zèle <^toates leors belles paroles dorées, qui n'avoient autre tonqael'ordre et la reformati<m; n'estoient

que pour faire naistre encores plus de division^ veuque l'onrecognoissoit par iceux qu'ils ne vou« loient estre subjets à aucune Justice qu'à celle qu'ils establiroient d'eux-mesmes, qu'ils ne vouloient plusobeyr au parlement, que leur intention n'estoitquederuinertoutes les bonnes familles qui restoient encor à Paris , sous de légers prétextes, afûn que leurs biens fussent donnez pour recompense à ceux de Paris qui en seroient dignes [un des Seize]. Bref, eux et leurs predicateurs en vouloient à tous ceux du conseil que le duc de Mayenne avoit estably près de luy , lequel conseil estoit composé des plus grandes et notables familles du party de l'union, et eussent voulu faire restablir ledit conseil gênerai dans Paris, auquel quelques predicateurs avec le peuple y eussent exercé leurs passions. La suite de ceste histoire le monstrera assez évidemment Ledit conseil des Seize, contrefaisant le conseil de quelque republique, rescrivit aussi au Pape en ce mesme mois de février la lettre suivante :

c Très-Sainct Père , ce qui plus allègrement nous a fait embrasser et poursuivre les premices de l'union saincte en ceste ville et autres de ce royaume pour la deffence et conservation de la religion catholique, apostolique et romaine, a esté , après avoir consulté et proposé toutes les difficultez et hazards qui s'y pourroient présenter, l'espérance que nous avons eue en Dieu qu'en fin il nous en feroit sortir heureusement et glorieusement. Nous n'avons point esté deceus, car, bien que nous ayons beaucoup souffert, tant par les traverses d'aucuns des nostres que par la puissance et malice de nos ennemis, si est-ce qu'il a pieu à Dieu nous délivrer et conduire jusques en ces jours, èsquels , lorsque nous estimions estre esloignez de tout secours , nous avons non seulement receu ceste grande et immense consolation qu'il ayt voulu vous choisir son lieutenant et vicaire gênerai en son Eglise , mais aussi qu'ayons gousté des premiers fruicts de vostre paternelle bénédiction par les largesses dont Vostre Saincteté a daigné honorer et secourir les catholiques de ceste ville en leur extrême nécessité , laquelle nous croyons vous avoh: esté représentée par M. le cardinal Gaétan, légat, la présence et constance duquel au plus fort de toutes nos afflictions, desquelles il a eu sa bonne part , nous a entièrement consolez et corroborez, si que nous pouvons dire avec vérité qu'après Dieu et le roy Catholique, nous luy devons nostre conservation, esperans de Vostre Saincteté la perfection de l'œuvre. Or, Très-Sainct Père, chacun des catholiques s'est resjouy de ces heureuses nouvelles, et en a rendu à Dieu et à vous, en public et en particulier, les actions de grâces

CHBONOLOGIB NOYEHAIBS Dl PÂLMÀ CAYBT.[l59l]

poflribles , et nos magistrats fUct leur devoir de vous en remercier. Noas aatres, qui sur tous sommes en horreur à Tennemy et le but auquel fort souvent les foibles catholiques lancent les traicts de leur impatience , devons très-humbles remerciements à Vostre Saincteté , à laquelle nous osons tesmoigner combien Texcez d^allegresse et de contentement que nous en avons receu nous oblige et donne force et courage de persévérer, voire d'autant plus que nous espérons que, prenant Vostre Saincteté nos alDidres en protection, sous laquelle nous nous rengeons et la supplions nous y recevoir, elle nous tirera de nos misères et nous donnera par ses prières envers Dieu un roy très-chrestien , qui sçaura bien comme fils aisné luy rendre Tobeysiance deue , par le moyen de laquelle la saincte religion pourra estre conservée en ce désolé royaume , TEstat d'iceluy maintenu en son entier, et le pauvre peuple catholique Jouyr du repos qu'il doit désirer pour servir à Dieu et à son église. Et d'autant que c'est le seul remède pour mettre fin à nos calamitez et nous délivrer de l'entière ruine de laquelle nous sommes menacez, nous supplions Vostre Saincteté s*y vouloir employer , et nous et nostre postérité luy serons infiniment tenus , et luy en dirons à tousjours louanges et remerciements. Très-Sahict Père, après avoir baizé très-humblement vos pieds sacrez, nous prions le Créateur donner à Vostre Saincteté très-parfaicte santé , très-bonne , trèslongue et très-heureuse vie. A Paris , ce 24 février 1591. De Vostre Saincteté les très-humbles , très-devots et très-obeyssans subjets et serviteurs , ceux du conseil des seize quartiers de la ville de Paris, qui ont prié huict d'entre eux souscrire pour toute la compagnie. Signé : Oenebrard , Boucher , Aubry , de Launoy , de Bussy y de La Bruiere , Crucé, Senault. »

Sa Saincteté leur fit une ample responce, ainsi que nous dirons cy-après en sou lieu. Voyous cependant plusieurs exploits militaires qui se firent en plusieurs endroicts de la France au commencement de ceste année.

Nous avons dit l'an passé que M. de LaChastre, après le siège de Gorbeil, fat renvoyé vers Orléans et le Berry avec une petite armée. On luy avoit promis de luy envoyer encor quelques troupes , en attendant lesquelles , peu après qu'il fut arrivé à Orléans , il résolut d'aller assiéger Aubigny prèsde SanserreenBerry. Ayant donné ordre que l'on luy amenast de la grosse tour de Bourges trois canons et une coulevrine avec des munitions, il partit d'Orléans avec encor deux coulevrines et quantité de munitions, et s'achemina droict à Aubigny qu'il fit incontinent in-

vestir. Les royaux , qui avoient desoouvert son dessein , renforcèrent la garnison d'un régiment, et se résolurent de se bien défendre , et luy de les bien attaquer; ce qu'il fit avec telle diligence, que la seconde nuit qu'il eut faict investir ceste ville, il fit mettre son canon en batterie. Les sieurs de Chastillon , de Colligny , de Montigny , de Requien , de Tannerre, et autres seigneurs du party royal , s'assemblèrent incontinent vers Gyan (l) pour fidre lever ce siège. M. de La Chastre , ayant esté adverty de ceste assemblée , et qu'ils estoient résolus d'aller à luy dans six heures, fit assembler les capitaines de son armée. Les uns ftirent d'opinion que l'on ne devoit commencer la batterie que l'on ne se fùst esclaircy de la puissance des royaux , pour entreprendre plus ou moins , affin de ne recevoir quelque honte ou ruyne : leur raison estoit que , pour tenir ceste ville assiégée, l'armée estoit contraincte d'estre séparée à cause d'une petite rivière et d'un estang , et qu'il estoit aisé à Juger que les royaux y venant forts pour la secourir, ils leur feroient quitter du moins un costé et Jetteroient dedans la ville des forces bastantes pour leur résister. Nonobstant ces raisons, M. de La Chastre voulut essayer d'emporter Aubigny devant que la noblesse royale y fust venue au secours , disant qu'il ne pouvoit croire qu'ils Missent si tost prests. Son opinion estant suivie de quelques capitaines, il fit armer soudain et monter à cheval tous les siens , assigna à chacun sa place de combat , donnant au sieur de Comnene , mareschal de son armée, la garde du dehors; et luy et le baron son fils se rendirent si soigneux de la batterie, qu'en peu de temps il y eut brèche , laquelle fut rendue aux soldats eu tel estât qu'elle se pouvoit gaigner. Vaudargent, luy ayant demandé la pointe de l'assaut, y alla avec son régiment assez bravement, mais sans nulle exécution ; car les royaux le repoussèrent si vifvement d'entre les poultres, soliveaux et masures des maisons abattues, qu'il fût contrainct de se retirer avec perte. Le viscomte avec son régiment de lansquenets , pensant estre plus heureux , alla donner droict à la bresche pour l'emporter, mais il en fut repoulsé si rudement, qu'il n'eut loisir de s'y loger ny autour de là, non plus que Vaudargent. Après plusieurs conseils, M. de La Chastre, sçachant que la noblesse royale tenoit la campagne , leva son siège et alla loger à une lieuê d' Aubigny , et le lendemain à La Chapelle d'Angiron , d'où trois Jours après il renvoya les trois canons k Bourges, ne retenant que les coulevrines avec lesquelles il s'achemina

(f) Gien.

GHBONOLOGIB KOVBIIAIBB BB PALMA CAYBT. [l59l]

i petites tnides van Saogoing quMl assiégea i la hveur des troapes da sieur de Neuvy Le Barrais , lequel vint le joindre du eosté de Bourbonnais : ceste \iile estant sans garnison , les habitants se rendirent incontinent. De là Tannée s'achemina au Ghasteiet; mais M. de La Chastre , ayant dressé sa batterie , récent advis que les rieurs de Ghastillon, de Montigny , et les susdits seigneurs royaux, avec six cents cuirasses, dévoient loger à quatre lieues de luy , ce qui luy fit encor lever le siège de devant ce chasteau , jugeant qu'ils ne s'estoient ainsi assemblez pour le quitter soudain , et qu'il luy seroit impossible de là en avant de suivre en leur présence au- CBDC entreprise d*importance. Ayant donc levé encor ce siège, il s'alla loger à Chasteau-melian , d'où deux Jours après il partit, et tira droict entre Moulins et Dun le Roy, faisant tousjours marcher son armée en estât de combattre. Les royaux , ayant peu d'infanterie et point de canon , ne laissoient toutesfois de le costoyer, et pensolent rattraper aux passages de quelques rivières; mais luy, qui avoit bonne cognoissance de son gouvernement et de Testât des royaux , se fit faire voye et passage avec ses coulevrines, et fit si liien qu'il arriva à Dun le Roy où il sépara son armée et la mit en garnison en plusieurs Tilles du Berry : quant à luy il se retira à Bourges, où 11 ne fut gueres qu'il luy falut aller à Orléans sur l'advis qu'il receut que le Roy estoit en la Beausse pour assiéger Chartres , ainsi que nous dirons cy-aprës , là où aussi ledit sieur de Qiasffllon et les seigneurs royaux qui avoient empesché ledit sieur de La Chastre de rien faire avec son armée en Berry , ayant repassé Loire, allèrent le jofaidre. Yoylà cequi se passa en Berry sur la fin du mois de décembre de l'an passé et au mois de Janvier de la présente année.

En ce mesme temps M. le prince de Conty et son armée passèrent Loire pour aller reprendre Moleon dont ceux de l'union s'estoient emparez sur le capitaine Chalenton : ceste ville assiégée et batuè , les surpreneurs ftirent contraints de se rendre audit sieur prince vies et bagues sauves.

De là ledit sieur prince s'achemina à Chemillé, ville sur les marches de Poictou et d'Anjou, dans laquelle estoit le sieur de La Perraudiere pour Funion, lequel, après avoir valeureusement soustenu trois assauts, capitula et rendit ceste place à composition de vies et bagues sauves.

Après ces effects ledit sieur prince repassa Loire et vint à Duretail (1) en Anjou, où il reeeut les nouvdles que le vicomte de La Guierehe €f%A commandoit pour Tunion dans Poictiers,

H) Dnretal.

ayant amassé de cinq à six cents chevaux, quatre mil hommes de pied et trois canons, avoit prins plusieurs chasteaux aux environs de Poictiers , s'estoit saisi de Mirebeau dont ceux de Poictiers avoient pillé le chasteau appartenant à M. de Montpensier, et qu'il tenoit assiégé dedans Belac messieurs d'Abin.

Ledit sieur prince, ayant redressé son armée, en laquelle M. d'Amville , à présent admirai de France, tenoit le second lieu, accompagné de messieurs de Rambouillet et de La Bochepot, désirant secourir Belac, partit de Duretail , print en chemin le chasteau de Vaux et en chassa l'union , et de là s'en alla passer Loire , mandant à M. de La Triraoûilie, qui estoit à Touars, et à M. de Malicome, gouverneur de Poictou , de le venir trouver avec le plus de forces qu'ils pourroient. Cestuy-cy n'y faillit point, et, accompagné des sieurs de La Boulaye , de Sainct Gelais, des Boches Baritaut, de Parabelle et de Choupes, se vint rendre auprès dudit sieur prince à Latilly, lequel s'en alla delà loger à Vivonne. Mais le sieur de La Trimoûille, ayant assemblé quelques troupes, quoy que M. le prince luy eust mandé de le venir trouver, n'y vint point , ains s'en alla droict à Belac, affln d'avoir Thonneur d'en avoir luy seul fait lever le siège. Le vicomte de La Guierche, le voyant venir, pensant que ce iVist toute l'armée dudit sieur prince, quitta son siège et se retira à Montmorillon, ville sur la rivière de Guartempe , là où il laissa son infanterie et son canon , et se retira dans Poictiers. M. d'Anville sur ceste retraicte tint de rudes paroles audit sieur de La Trimoûille après qu'il se fut Joint à l'armée [car il estoit son oncle], et luy fit cognoistre sa faute, luy monstrant comme sans doute ledict sieur vicomte eust peu estre entièrement deffaict audit siège s*il ne se fùst point advancé seul pour secourir Belac , et qu'il se ftist rendu en l'armée ainsi qu'il luy estoit commandé; aussi ceste deffaicte eust contraint Poictiers de se rendre , et eust apporté la paix en toute ceste grande province.

M. le prince, sans s'arrester à Belac , fit passer son canon au travers de la rivière à Lussac , et alla à Montmorillon qu'il fit incontinent investir. Il y toi bien combattu dans un des faux-bourgs qui fut prins et reprins par plusieurs fois; en fin, estant demeuré aux royaux, et les approches faictes, on commença en mesme temps à battre la ville , tant par le costé d'une église dont le dessus de la voûte ftat incontinent gaigné , que par le chasteau qui en est à la main droicte. Après un long combat les royaux entrèrent en mesme temps dans le chasteau et dans toute l'egilse , où ito mirent un drapeau blanc au haut

CHROMOLOGIB NOVBMAIAE DE PALMA CAYET. [t59i]

du clocher; puis toutes les troupes donnèrent de telle furie qu'ils emportèrent toute la ville. Plusieurs, se pensans sauver, se noyèrent, et ceux qui eschapperent Teau tombèrent sous les armes du sieur de Choupes qui estoit en bataille de ce costé-lÀ , tellement qu'il fut tué à la prise de ceste ville de douze à quinze cents soldats , tous les capitaines pris, dont quelques-uns forent pendus , eutr'autres Bel-arbre et La Forge : le sieur de Boisseguin les pensa suivre sans quelques-uns qui intercédèrent pour luy . Ledit sieur prince fit faire ceste exécution pour les cruautez que le sieur vicomte de La Gulerche avoit fait fidre peu de Jours auparavant à la prise de Tabbaye Sainct Savin , où il fit pendre le capitaine Tailiefer [qui estoit un vaillant soldat, et après avoir soustenu deux assauts et s*estre rendu à composition], et tailler en pièces tous ses soldats , contre la capitulation , qui portoit qu'ils se pourroient retirer vies et bagues sauves. En ceste prise ledict sieur prince gaigna les trois canons dudit vicomte et quinze enseignes, lesquelles il envoya au Roy. Sainct Savin, Le Bourg Arcbambault, Le Blanc en Berry et Angles se rendirent; toute ceste contrée devint royale. L'armée dudit sieur prince s'achemina du depuis à Chavigny , à Hirebeau, et Jusques aux fauxbourgs de Poictiers , ainsi que nous dirons cy après. Retournons voir ce que fit le Roy après l'entreprise des Farines sur Paris.

Le fait de Paris ayant succédé , comme nous avons dit cy dessus, sans perte de part ny d'autre, le Roy, retiré à Senlis, print son chemin vers la Brie, et se rendit à quatre lieues de Prouvins, accompagné du duc de Nevers , chacun estimant qu'il voulust assiéger ceste place. Il en fit semblant; de sorte que l'union y envoya promptjBment cinq ou six cents piétons et deux cents chevaux. Mais voyant qu'il ne faisolt point d'approches, ils crurent qu'il en vouloit à ceux de Troyes ou de Sens , et furent confirmez en ceste opinion entendans que le Roy marchoit vers Montereau-faut-Yonne. Là dessus fut semé un autre bruit que Sa Majesté alloit à Tours remédier à une querelle survenue au conseil entre M. le cardinal de Bourl)on et M. le cardinal de Lenoncourt ; mais il se tint caché dix ou douze Jours avec le duc de Nevers , ayant mandé au mareschal de Biron [lequel estoit avec l'armée vers Mante de retour de Normandie , d'où il amenoit les poudres et les l)oulets que l'on avoit envoyez d'Angleterre, qu'il récent à Diepe, après avoir prisCaudebec, Harfleur, Fescamp et autres places , bref, réduit toute la Normandie à Fobeyssance du Roy, hors-mis Le Havre, Rouen, Pontoise, Louviers, et deux ou trois autres pla-

ces] qu'il feignist de traverser la Beausse pour le venir Joindre, mais que soudain il toumast la teste vers Chartres pour l'investir avant qu'il y pust entrer aucun secours, d'autant que la ville n'avoit que peu de garnison avec les bourgeds encores divisez , plusieurs y estans affectionnez au party du Roy, nommément l'evesque qui estoit de la maison de Thou : ce que le mareschal exécuta si promptement et tant à propos , que Chartres fut investy le 9 février. Le Roy se rendit le lendemain à Estampes , où il receut nouvelles que le régiment du capitaine La Croix Cautereau, composé de soixante cuirasses et de deux cens harquebusiers, sorty d'Orléans pour entrer dans Chartres, avoit esté entièrement desfait , et n'en estoit eschappé que cinq montez à l'advantage, dont La Croix en estoit l'un.

Tous les gouverneurs des villes de l'union avoient bien preveu que ce que le Roy toumoioit ainsi estoit pour se Jetter tout à coup sur quelque place , ainsi, disoient-ils, que faict un oyseau de proye pour empiéter quelque gibier. Pontoise, Meaux, et plusieurs autres villes, avoient renforcé leurs garnisons ; mesmes M. de La Chastre , ayant receu ad vis que Chartres estoit investy, s'achemina en diligence de Bourges à Orléans sur la fin de février, cognoissant que les divisions des habitans de ceste ville avoient besoin de sa présence , et mesmes le Roy estant si proche d'eux , et aussi pour tascher de donner quelque secours à ceux de Chartres. Si tost qu'il fut arrivé à Orléans, il envoya battre l'estrade par des chevaux légers Jusques dans l'armée du Roy , qui luy rapportèrent de quelle façon Chartres estoit assiégé ; surquoy il se résolut de faire Jetter deux cents hommes de pied , conduits par le capitaine Larchenau, qui se dévoient couler en deux nuicts parmy l'estenduë de l'armée du Roy, feignans estre royaux, et, en la troisiesme traicte , qu'ils penetreroient jusques sur les fossez et aux portes. Ce secours party avec guides et signal pour estre receus dans Chartres, fut descouvert incontinent , car le Roy avoit donnéordre sur tout quel'on prinst garde du costé d'Orléans; si que, poursuivis, la plus-part fut taillé en pièces, les autres, ayans gaigné une maison , capitulèrent, et demeurèrent prisonniers.

Cependant ceux de Chartres, qui avoientpour gouverneur le sieur de La Bourdaisiere, se deffendirent si courageusement qu'ils repoulserent par plusieurs fois les royaux du ravelin delà porte des Espars que l'on avoit attaqué , quoy que les assiégez n'eussent pas l>eaucoup de garnison et peu de noblesse, outre les sieurs de Grammont et du Pescheray , qui s'y estoient Jettez sur la nouvelle d*un siège : cestuy-cy fut tué d'une har-

CHAOSOLOGIB itOVBNÀlRB DB PALMA €AYBT. [l59l]

qoebosade à la conservation de ce ravelin où il avoitaoqnis de l'hoonenr.

Ce siège tira en longueur, et le eamp y ayant séjourné près de deux mois et demy , le Roy fit £ure bresche da costé de Galardon , où M. de ChastilloD, ayant trouvé Flnvention d'un pont de bois couvert quMl fit dresser dans le fossé par ou on east esté sans danger jusques au pied de la bresche, fat cause que les Cbartrins, pre- Toiaots Jeor mine, entrèrent en capitulation qu'Os accordèrent le vendredy sainct, laquelle coDteooit que, si dans huict Jours ils n'estoient assistez parle duc de Mayenne, ils se rendroient an Roy. Ils envoyèrent des députez vers ledit dsc, lequel envoya Faucon, son maistre d'hos- (el,et le sieur de Jauge , maistre de camp , avec dis OQ douze chevaux pour tascber d^entrer dans la Tille, avec intention et charge de faire opioiastrerles assiégez. Mais ayans esté pris, le vendredy, dix-neufiesme jour d'avril, sur les quatre beoresdu soir , le Roy entra en armes dedans Chartr»,et y coucha trois nuicts. Lesamedy loatiDjesdits sieurs de La Rourdaisiere et de GrammoDt, suivis des soldats de la garnison et de sept OQ huict cents personnes, sortirent avec tes armes, et soudain le mareschal de Riron y cotra avec douze cents harquebusiers et trois cents chevaux, garnison y assignée, et en fut le cooTeroement redonné au sieur de Sourdis , le- ^1 paravant y commandoit. Il sortit aussi force daines et damoiselles en carrosses et chariots, ^i se Orent conduire à Orléans. Chartres estoit teilement retranché et fortifié par dedans , qu'il fotjogé plus fort qu^Orleans; aussi le Roy ne TOQiut rien bazarder, autrement il eust perdu la pios-partdeses forces. Tous les retranchemens Btoientbeaux et bien faicts. Du depuis Ton y fit tetjr one citadelle. Les royaux ne perdirent en tt siège personne de qualité que le sieur de Re- ^l Le Roy ayant tiré quelques sommes de ^rs des habitans, et après avoir réduit Au- ^Q et Dourdan à son obeyssance , partit innotinent pour aller secourir Chasteautierry que Nqc de Mayenne avoit assiégé pour penser '^^ divertir au Roy le siège de Chartres; mais, -QehemiQ, Sa Majesté receut les nouvelles que ^vicomte Pinard, ayant abandonné la ville, '^toit retiré au chasteau, où il avoit capitulé ^^ le duc , ce qui fit retourner Sa Majesté à ^Qiis. Quiconque perd une place est subject à i'Vers jQgemens : ce vicomte n'en fut exempt, et Rieurs disoient qu'il eust pu et deu faire mieux tvlio*avoitfaict,etque le marché de la reddi- ^ de ceste place en estoit fait longtemps au- F^f^vant. Le duc donna le gouvernement au '«ir da Pe^é. Ceste prise fit que ceux de \\\*

nion portèrent plus patiemment la perte de Chartres , et disoient qu'elle leur demeuroit comme par forme de represaille, mais il y avoit à dire plus de la moitié. Le duc de Mayenne, voyant que le Roy repassoitia Seine, mitsesgens en diverses garnisons , n'estant assez fort pour tenir la campagne, et mesmesM. de La Chastre luy envoya encor ses lansquenets avec le régiment de Yaudargent, pour-ce que les villes de l'union en Rerry ne pouvoient plus endurer de leurs deportements.

Peu après ce siège M. de Chastillon , estant allé en sa maison qui est sur la rivière de Loin , devint malade, dont il mourut. Il estoit de la religion prétendue reformée , en laquelle il avoit esté instruit par son feu père l'admirai de Coligny; toutesfois, estant d*un esprit noble et grand, on esperoit de luy oster ceste opinion par instructions dociles , ainsi que l'on avoit &ict à son frère le sieur d'Andelot l'an passé : sa mort empescha ce bon dessein. C*estoit un seigneur brave et vaillant , et sur tout bien entendu aux mathématiques, science que les nobles qui veulent parvenir aux plus grandes charges militaires doivent curieusement sçavoir . Il en monstra aussi deseffects audit siège de Chartres en l'invention du pont qull fit faire pour aller à l'assaut.

Durant aussi ce siège M. de Luxembourg, revenu de Rome, y vint trouver le Roy : or il avoit donnécharge àun gentil- homme qu'il avoit laissé à Rome de bailler une sienne lettre à celuy qui seroit esleu pape , laquelle contenoit amplement Testât de la France ; ce que le gentil-homme fit , et le pape Grégoire quatorziesme luy promit du commencement d'y respondre , mais du depuis il ne le voulut faire estant diverty par les ministres d'Espagne ; dequoy ayant eu advis leditsieur duc de Luxembourg , il luy rescrivit ceste lettre que nous avons mise icy au long, pource qu'elle donne à cognoistre beaucoup de choses qui se sont passées à Rome, aussi que l'on y void le respect que messieurs les princes du sang, ducs, pairs, mareschaux et officiersde la couronne, ont porté au Saint Siegedurant ces troubles, et comme il a esté préoccupé des ennemis de la France.

t Très-Sainct Père , de ce que j'ay creu estre de mon devoir et de la charge que j'ay eue de tous les princes du sang, ducs , pairs , mareschaux , officiers de la couronne de France qui suivent le Roy, je pense m'en estre acquitté le mieux qu'il ro*a esté possible , tant que j'ay esté à Rome de leur part du vivant du feu pape Sixte , y ayant apporté non seulement ce que j'ay cogneu estre propre pour la tranquilité de ce royaume, mais encore véritablement ce que j'ay sceu estre pour le bien et advancement de la religion catholique,

CHBOnOLOGIK HOYSHAIBB 0B PALHÀ CAYBT. [1591]

apostoliqae et romaine, et le repos universel de toute la chrestienté. Incontinent après mondepart de Rome , j*en escrivis fort amplement au collegedes cardinaux, et, pour ce que la passion d'aucuns d'entr'eux empesclia que mes lettres ne fussent veuês ne receués au conclaye , je m'advisay d'en laisser une pour ceiuy qui par la divine inspiration seroit eslevé en la dignité pontificale. Celuy qui avoit charge de la présenter m'a fait entendre que Vostre Saincteté Tavoit humainement receuë, et que mesme elle estoit disposée d'y respondre et pourvoir en ce qu'elle jugeroit estre à propos; mais, entendant qu'elle a esté divertie de me faire cest honneur , et me doutant bien que ceux qui ont gaigné cest ad vantage s'efforceront de luy persuader de faire encore pis contre la France J'ay voulu prévenir ce mal, adjoustant ceste mienne lettre à mes precedens advertissemens, et remonstrer , en toute humilité, à Vostre Saincteté , que ceux qui ne nous veulent point de bien , et qui fondent leur ambition sur nos ruines , ne cerchent , sous le prétexte de religion , qu'à embarquer tout le monde avec eux et le souslever contre nous; et, pour faire croire que c'est pour la religion ce qu'ils en font , ils voudroient bien que Vostre Saincteté prestast son authorité et son adveu à la guerre qu'ils nous brassent i affin que cela donnast d'autant plus de couleur à leurs pernicieux desseins ; mais en effect ils n'en feroient pas grand conte , si l'espérance d'en tirer de l'argent ne les convioit d'avantage que le zèle de la religion ; et, pour parvenir à ce point , ils promettront, quant à eux, d'y fournir de leur part beaucoup plus qu'ils ne demanderont à Vostre Saincteté , afOn de l'engager plus aysement en une guerre de laquelle elle ne se puisse après facilement retirer, et en laquelle ils espuiseront les finances de Vostre Saincteté, quipourroientbien mieux servir autre part qu'à nous ruiner : ils sont d'ailleurs assez subtils pour le désirer à fin de ne laisser en son entier un fond de deniers si notable et si proche du royaume de Naples qu'on sçait bien estre du domaine de l'Eglise. La considération de tout cela ne me travaille point: les menaces de la guerre ne me troublent point l'esprit, j'en ay accoustumé le bruit, et la noblesse de France y est tellement aprise , qu'elle , avec Fappuy de ses amis, n'en peut craindre une nouvelle, de quelque part qu'elle vienne. Mais ce qui me trouble, ce qui me passionne, et qui peut apporter beaucoup d'esbahissement aux bons François, vrais catholiques, fils de ceux qui ont maintenu le Sainct Siège envers tous et contre tous, qui l'ont augmenté de richesses et de grandeurs, sera de voir Vostre Saincteté, en laquelle

pendant cest orage de guerre ils eqperent tNih ver un port de tranquilité , non seulement s'abandonner À la mercy des vents, par nuuiîerede dire, mais quasi les exposer en proye à lem crueb ennemis. Le pape Sixte, d'heureuse swmoire, circonvenu par les artifices de nos adver* saires , avoit au commencement eu la metiM volonté, et avoit commencé de s'y onployeri bon escient ; mais , depuis qu'il eut reoognea la vérité de nos affaires , et descouvert l'ambition de ceux qui, depuis fort long temps, ont commis les maux qu'on void maintenant eselorre, il changea de resolution, et, ce qu'il avoit projette avec violence, il résolut de Texeeuter avee la douceur : ce qu'il avoit voulu faire comme eonemy, il commença à le faire comme père. Auail ay je ceste ferme croyance que Dieu pennettia que les ennemis de la mémoire de ce Sainct Ptfe, et qui en veulent obscurcir la souvenanee m blasmant ceste sienne saincte intention, seroat ceux qui la rendront plus Illustre et plus belle par le contraire événement de ce quils pensest, attendu que les gens de bien cognoistront qw Sa Saincteté estoit vray ment conduite de l'esprit de Dieu au chemin qu'elle tenoit poar appaiser nos troubles. Dieu est juste, et , comme tel, m voudra que la justice de la cause des bons François soit foulée aux pieds, ains qu'elle sera prudemment considérée par Vostre Saincteté. U France a eu premièrement recours à la divins bonté, et puis, par mon entremise, an Saind Siège , duquel Jusques icy elle n'a recen aocon desplaisir que ce qui est procédé de la maavaiae volonté de certains ministres qui se sont porta, non comme juges équitables , mais comme pa^ ties passionnées , non pour y faire luire la paix, mais pour y allumer la guerre. Je supplie trcshumblement Vostre Saincteté penser que Ifli François devront faire maintenant, s'ils se trottvent non seulement abandonnez d'elle , mail aussi poursuivis ouvertement. U y auoiti craindre que là où ils ne pourront apporter asset de résistance d'eux-mesmes, ils n'en cherchait ailleurs pour se deffendre de leurs ennemis ptf leurs ennemis, et que pour dernier refoge ils 00 s'allient plustost avec qui que ce soit, q« de se sousmettre à nulle autre dominatka qu'à celle que les loix du royaume ont es*** bile pour légitimes successions de la couronne françoise , ce que je dis d'appréhension du mal que je prévois inévitable , dont l'ennuy me n* double quand je considère que deviendra la religion, et en quel danger elle sera exposée. Et s elle venoit à se perdre [Dieu me retire pliisttft de ce monde, affin de ne voir un tel malbear en mon vivant] , qui en aéra oooIpaUe, sinon «ox

GHBOHOLOGIS HOTBIIAIBB ]>B PAUU GAYIT. [1691]

(disons le faux prétexte de religion , et qui , aveaglez d'ambition et d*avarice, favorisent l'injQStJce d'une telle guerre ?

I Ofl nous vent faire entendre que Yostre Siincteté envoyé de l'argent aux Parisiens , et p^elle promet beaucoopd'assistance à leur party. Oa dit d'avantage qu'elle envoyé un prélat en Fraoceponry voir les affaires et en estre ad- Tortie par lay selon la vérité. Je ne puis croire le premier, ne me pouvant persuader tant de precipitation de sa part, que de nous vouloir coudamner sans nous ouyr, comme cela seroit iiQ préjuge. Quanta la venue du prélat, j'en loué la resolution , mais il est à désirer qu'il ne Êice comme ceux qui y sont venus devant luy , qui, ayans charge de voir l'estat de la France et eo donner advis, se joignirent au party des rebelles, et qu'il ne vienne avec volonté de nous nuoer, mais d^apaiser la guerre , qu'il n'ait Tesprit préoccupé de passion, l'ame aveuglée d'avariée, d'ambition et des pensions d'Espagne ; en somme, que, ne penchant ny d'un costé ny d'autre, il vuellle tenir la ballanoe juste, et rapporter àVostre Salncteté la vérité de nos divisions. Mais je ne doute point que , par son extrême prudence, elle ne face eslection d'un personnage pounea de si bonnes qualités qu'elle soit hors de crainte d'en estre trompée comme le Sainct Siegel*a estéd-devant, et nous exempte des dan- |ers on par tel inconvénient nous nous sommes troQTez. Car , quant à moy, quelques ad vis qu'on nie donne de beaucoup de lieux, quoy que plu- ^eors personnes vueillent dire que Vostre Saineleté se laisse aller aux persuasions des ministres et pensionnaires d'Espagne, toutesfois je ne l'ai Jamais voulu croire, opposant toosjours à leurs advertissements ce qu'elle me daigna dire quand je la rencontray en Toscane auprès de Torniceri, coomie elle s'acheminoit à Rome pour se trouver à l'esiection d'un pape après la mort de Sixte cinquiesme; car, entr'autres choses, elle me fit cest honneur de me dire qu'il estoit nécessaire que Je roy de France fust roy de France, et cetuy dTspagne roy d'Espagne, et que la grandeur de l'on servist comme de barrière à l'ambition de Tautre. Par ce peu de roots j'ay fermé la knche à plusieurs, et descouvert en meilleure partia créance qu'ilsavoient de Yostre Saincteté. M'estant tousjours réservé de luy faire entendre, comme je £Eds, la suppliant très-humblement que toutes les fois qu'il sera question de traicter de nos affaires, qu'elle se daigne souvenir et croire que Tintention de tous les princes du sang, ducs, pairs, mareschaux , officiers de la eouroQue, de toute la noblesse, et de tous les bons François , et de n'estre jamais autres que très-

catholiques, esperans, par leurs services, de pouvoir obliger leur roy de recognoistre la vérité de la religion catholique, apostolique-romaine, pour en (aire la profession comme tous ses prédécesseurs ont fait. Et quant aux autres François qui suivent le party contraire , ce sont personnes corrompues par l'ennemy , qui , pour se maintenir, ont attiré le pauvre peuple, et l'ont abusé sous le prétexte de religion. Là dessus considérera, s'il luy plaist, que, pendant une telle guerre , le moyen d'instruire le Roy et le ramener à la cognoissance de la vraye foy nous est esté, et le repos des chrestiens et catholiques d'autant retardé. Lezele que j'ay à ma religion , et la cognoissance que j'ai de ces affaires pour les avoir maniées à Rome , et mesme pour obvier et prévenir les subtilitez dont nos ennemis usent à l'endroit de ceux qu'ils veulent circonvenir, font que tant plus librement j'ay osé prendre la hardiesse d'en escrire à Vostre Saineteté, et accompagner par ceste mienne lettre celle qui sera présentée par ce gentil-homme de la part des princes et noblesse qui sont en ceste armée, lequel ils ont expressément depesché vers Vostre Saincteté en attendant que les autres princeset noblesse, maintenant dispersés par le royaume , y envoyent tous ensemble de leur part pour se coi^ouir avec elle de son assomption au pontificat, et luy faire plus amplement entendre Testât auquel maintenant nous sommes , comme sans doute ils feront bien-tost, et principalement s'il plaist à Vostre Saincteté me tant honorer que de m'advertir , par ce mesme gentilhomme, comme elle aura agréable ceste ambassade, et ensemble me faire cest honneur de prendre en bonne part ce que je luy escris, croyant que mes paroles ne procèdent que d'une extrême sincérité de conscience et d'affection que j'ay au bien, en ma religion, et au repos de ma patrie, de laquelle je ne seray jamais déserteur, comme je n'oublieray aussi l'obéissance et le service que je luy dois ; de laquelle baisant trèshumblement les pieds, je prie Dieu, Très-Sainct Père, vouloir assister et conduire par son Sainet Esprit, et luy donner très-heureuse et longue vie. Au camp devant Chartres , le 8 avril 1691 . Vostre très-humble et très-obeyssant fils et serviteur , François de Luxembourg. »

Avant que de dire comme le Pape, au lieu d'embrasser la cause de tant de prhices françois qui le supplioient d'estre père et non partial , envoya secours d'hommes et d'argent à eeuz de l'union, et de ce qui en advint, voyons oe qui se passa au commencement de ceste année en Dauphiné,enProvence, et en d'autres endroicts*

Le sieur d'AIbigny, commandant dans €hre<*

CBBOltOLOaiB NOVfiNAIBE DB PktUÂ CÀYBT. [1591]

noble pour l'union^ 'se trouTant pressé par le siear Desdigaieres , et se voyant sans espérance d'estre secouni ny du doc de Savoye qui estoit assez empesché en son entreprise de Provence et en la guerre de Geoeve, ny du marquis de Sainct Sorlln qui commandoit à Lyon, rendit Grenoble audit sieur Desdiguieres , auquel les habitans par la composition payèrent soixante mille escus. Geste ville s'appelloit Jadis Accusion : depuis on la nomma Cullarone; mais» ayant esté aggrandie par Tempereur Gratian, il la fit appeller GrationopoUs, et en françois Grenoble. Elle est presque en figure d'ovale, située en une plaine fertile, arrousée du fleuve d'Isère qui descend des Alpes , commandée d'un baut costau, au pied duquel est le faux-bourg de Sainct Laurens, et enceinte de vieilles murailles. Le roy François I avoit proposé d'accroistre ceste ville, mais son dessein après sa mort ne fut poursuivy. Ledit sieur Desdiguieres, y ayant restably le parlement et la cbambre des comptes qui en avoient esté transferez , comme nous avons dit , mit le* sieur de La Boisse pour y commander avec trois cents bommes de guerre, fit faire plusieurs belles fortifications, et ceste ville du depuis par sa vigillance a esté maintenue en Tobeyssance du Roy. Ceste reddition ayant pacifié le Daupbiné, ledit sieur Desdiguieres s'achemina avec toutes ses troupes en Provence pour secourir M. de La Valette , qui avoit sur les bras le duc de Savoye, lequel, à la faveur de la comtesse de Saux et de ses partisans , estoit entré dans Marseille le second Jour de mars, où les habitans luy jurèrent obeyssance et fidélité comme à leur gouverneur et protecteur de la Provence.

Ces choses là ne plaisoicnt point au duc de Mayenne ny au comte de Garses, ny à beaucoup des habitans de Marseille. Ils jugèrent incontinent des desseins de ce due, suy vaut ce qui a esté dit cy-dessus, lequel , ne se voyant assez fort de son estoc pour se faire maistrede ceste province , et résister , tant aux royaux qu'au comte de Garses et à ses partisans, se résolut d'aller en Espagne pour avoir secours d'hommes et d'argent. Son prétexte fut que le Turc, disoit-il, levoit une grande armée en faveur du Roy pour se jetter en la Provence. Pour y résister, les Provençaux ses partisans , assemblez à Marseille , envoyèrent aussi six députez avec luy en Espagne pour demander secours, sçavoir, deux du parlement d'Aix, deux consuls de Marseille, et deux au nom de toute la province.

Le doc, avant que d'aller en Espagne, pourveut à ce qu'il Jugea nécessaire pour la conservation de son party en Provence , et y laissa pour y tenir la campagne le comte de Marti-

nengue avec mil chevaux et deux mille bomoMi de pied, puis il partit environ la my-man, et arriva heureusement à Barcelone. Le prince d'Espagne, aujourd'huy roy , son beaufrere, l'y receut *avec toute démonstration d^amoar. lie là il s'achemina à Madrid, où les députez provençaux cognurent que toute la determinatioii de leur secours dependoit du roy d'Espagne seulement.

Cependant que ce Roy et le duc conferoient pour trouver les moyens de s'asseurer de la Pith vence, voicy un revers de fortune qui survint à l'armée du Savoyard à Esparon de Palieres le 16 d'avril.

Les sieurs de La Valette et Desdignierei, s'atans Joincts au village de Vivon dez le qaato^ ziesme avril , faisans ensemble neuf cents mai$tres et deux mil harquebuziers , se résolurent d'attaquer les Savoyards et d'avitaiiler Bem qu'ils tenoient assiégé. Or, estans advertisqne les Savoyards avec quelques Provençaox, as nombre de mille maistres et de dix-huict cents harquebuziers, estoient logez en trois villages, leur advant-garde audit Esparon de Pallieres, la bataille à Rians , et l'arriere-garde à Sainct Ma^ tin de Pallieres, distans les uns des antresde demie lieoê , et à deux lieues de Vivon , resolnrent d'attaquer les Savoyards et aller droict à eox; ce qu'ils firent en cest ordre : les troupes doDanphiné conduites par le sieur Desdiguieres faisoient l'avantgarde, à la teste de laquelle estoient aussi les sieurs du Poêt et de Mures ; le sieor de La Valette conduisoit le gros de la bataille» et le sieur du Buous faisoit l'arrieregardeavecceot maistres. Les royaux, cheminans en cest ordre, arrivèrent sur un costau près d'EsparinJostement à l'opposite où les Savoyards s'estoient rangez aussi en bataille, non toutesfois si avant dans la plaine que les royaux eussent désiré, car ils avoient fait advancer à la faveur de qoel* ques fosséz et bayes leur infanterie au devant de leur cavalerie.

Gependant que l'armée royales^advançoitdatf la plaine , l'arrieregarde des Savoyards y logée i Sainct Martin , Joignit ceux d'Esparon ; ainsi rangez , et estans advancez à la portée du mosqnet, le sieur Desdiguieres leur envoya un regiotent en flanc, qui à la première salve leur ilt quitter leur champ de bataille , et se retirèrent sur on petit costau qui estoit au dessus du village, dont le derrière leur estoit libre. Tout aussi-tost IV vantgarde royale gaigna ce champ, où elle fit ferme cependant que Tinfanterie escannouchoit d'une part et d'autre celle des Savoyards logée au village dont la royale essayoit de la chasser. Mais, voyant qu'il ne se pou voit faire qu'S^^

CHROIfOLOOIB H0VK19AIBB DE PALMA CAYBT. [l59l]

beaucoup de perte , pour estre le Savoyard haut et advaotageusement logé , le sieur Desdiguieres avec son advaotgarde fit un grand tour et trouva le moyen de galgner le derrière de son ennemy. Ce que voyant un escadron de deux cents chevaux conduits par le comte du Bar, et que ledlct sieur Desdiguieres venoit droit à luy, il s*esbranla par deux fois , et en fin prlnt la fuite , laissant IMnfanterie et environ trois cents chevaux engagez dans le village. Cest escadron fut suivy jusques à ce qu'il se jetta sur les bras du comte de M artinengue dans Rians. Estans Joints, ils firent une charge aux royaux , qui la soutindrent fermement , et combattirent de telle vigueur qu'ils les mirent en route en les menant battant une Ileuë durant. En cest exploict les Savoyards firent perte de deux cents raaistres , trois cornettes et un guidon : le reste se retira en desordre à RIans. Au mesme temps que ceste route se faisoit, les royaux travailloient à galgner le village où leur ennemy s'estoit barriquadé à la haste ; mais la nuict estant si proche, et les Savoyards si advantageusement logez , pour ce jour Ils ne gaignerent que quelques maisons où ils se barriquaderent posans des gardes à Tentour, afin que ceux de dedans ne se sauvassent à la faveur de la nuict et du pays assez propre pour rinfanterie: ainsi Parmée royale se campa à la plaine.

Le lendemahi quelques soldats qui s'estoient retirez, tant dans une église où estoit le sieur de Cncuron , que dans un collombier et dans un moulin à vent , Jusques au nombre de deux cents, se rendirent à discrétion : quelques- uns de qui on pottvoit tirer rançon furent pris prisonniers, le reste fut pendu.

Le lendemain 17, ceux qui estoient an village d*Esparon, pressez de faim et de soif, empeschez d'une grande quantité de morts ou blessez , et sans espérance d'aucun secours, se rendirent la vie sauve , et à l'instant , après la foy donnée, sortirent trois cents chevaux et mil hommes de pied desarmez et retenus prisonniers, entr'autres le sieur Alexandre Yitelly, le sieur do Sainct Roman , et trente capitaines , tant de cavalerie que d'infanterie. En ceste desfaicte les royaux gaignerent quinze drapeaux et une infinité de ehevaux et bagage. Tout le butin venu à cognoissance fut party par moitié entre les sieurs de La Valette et Desdiguieres , et depuis dispersé aux dnq compagnies. Le Savoyard perdit cinq cents maistres , tant morts que prisonniers , et quinze cents harquebusiers. Les royaux y perdirent le Jeune Buous, une vingtaine de morts et une centaine de blessez. YoylàcequiadvintàEsparonde Palieres. Du depuis aussi les Savoyards, comme

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