I. C. D. M. T. Xlf
disent les historiens italiens , parurent plustost assiégez que deffenseurs de ceste province.
Le duc de Savoye, retourné d'Espagne avee présents , ayant obtenu des pensions pour ses enfans, et assignation de deniers pour faire la guerre , se trouva embarrassé en beaucoup d'endroits; car si les siens furent battus en Provence , les autres ne furent gueres plus heureux auprès de Genève. 'Nous avons dit l'an passé que M. de Sancy estoit allé par commandement du Roy pour lever des Suisses et faire la guerre en Savoye du costé de Genève : ce qu'il exécuta au commencement de ceste année. Estant à Basle, trois compagnies de cavalerie d'Italiens l'y vindrent trouver, conduites par Pausanias Braccioduro , par le comte Mutio Porto , et par Nicolas Naso, lesquelles le sieur de Maisse, ambassadeur du Roy à Venise , avoit faict secrettement lever. Ledit sieur de Sancy, ayant descouvert qu'il y avoit hoict soldats bien montez dans Basic , envoyez par les agents d'Espagne, lesquels portoient sur eux cent mil escus d'or , bien cousus dans des cors de pourpoint et dans la selle de leurs chevaux , pour payer une levée qui se faisolt en Allemagne pour l'Espagnol, donna charge au capitaine Moron de les suivre avec douze cavaliers qu'il luy donna : ce qu'il fit si diligemment , qu'il les attrapa sur les terres de l'archiduc d'Austriche dans le bois de Rinfelt, où , les ayant attachez à des arbres et coupé les Jainbes de leurs chevaux , il prit les cent mil escus, avec plusieurs belles pierreries de grand prix lesquelles ils portoient pour faire des présents de la part du roy d'Espagne. Moron , ayant exécuté son entreprise, s'en retourna trouver le sieur de Sancy, auquel, ainsi que plusieurs ont escrit, il consigna sa prise fort fidellement.
Après ceste prise ledit sieur de Sancy s'achemina vers Genève avec cent cinquante bons chevaux , les compagnies de Bracdoduro et de Mutio , et cinq compagnies de Suisses sous la conduite du colonel Diesbach. Il y arriva le 22 de décembre de l'an passé, où y ayant trouvé aussi quelque cavalerie , trois compagnies d'argoulets, neuf compagnies d'infanterie , fit de toutes ces troupes un corps d*armée de deux mil combattansy avec laquelle 11 alla Investir, le premier Jour de ceste année, le chasteau de Buringe, et commença à le faire battre de deux canons , une coulevrine et un fauconneau. Sur l'advis qu'eurent les garnisons savoyardes de Rumilly, d'Anecy et de La Roche comme ledit sieur de Sancy tiroit à Burin ge, ils s'assemblèrent environ trois cents lances pour faire quelque entreprise sous la conduite de Christofle Gucvara, Espagnol : mais aucuns de ceux de Ge-
GHBONOtOGlE NOTBRÀUll M PAtlf CAtBT. [1591]
neve , prompts à la plcorée , estans allez josqoes auprès de La Roche où Ils s'estoient assemblez , forent cause qu'ils montèrent tous à cheval pour eourir après eux , les uns armez, les autres non, 6t suivirent si vistement la piste de ces coureurs, qu'ils se trouvèrent à demy lieuê de Buringe où estoit le quartier des Italiens , lesquels ils eussent surprins slls n'eussent faict tant de bruit et de huées qu'ils faisoient , ce qui donna occasion à Braccioduro et à vingt-cinq de siens de monter à cheval fort promptement , sans cuirasses pour la plus-part , car les lanciers savoyards ne leur donnèrent pas loisir de les prendre , et , sans s'espouvanter, il alla les recognoistreet leur fit une charge assez furieuse, d'où il retourna Incontinent en une place de combat qu'il avoit choisie , et là où il y trouva encor soixante cavaliers françois qui s'y estoient rendus. Ayant de tout fait deux troupes de cavalerie, il dit tout haut à un des siens : • Allez dire à tels et tels , qu'il nomma, qu'ils s'advancent avec leurs compagnies y et qu'ils aillent couper le chemin en un tel endroit. » Geste parole , qui n*estoit qu'une feinte, fut occasion qu'un Milanois du party savoyard se mit à crier : Volia che siamo in mezzo (1); ce qu'ils firent à Tinstant. Braccioduro, qui les vid tourner, donna si à propos et leur fit une si rude charge, qu'ils se mirent à la fuite, pensans devoir estre assaillis par devant et par derrière, et furent ainsi poursuivis jusques aux portes de La Roche. En combattant et en fuyant, fi y en eut quatre-vingts de tuez avec leur conducteur Guevara : plusieurs y demeurèrent aussi prisonniers. Les victorieux gaignerent trois cornettes et quarante bons chevaux.
Le lendemain ceux du chasteau de Buringe , ayant esté batus de soixante douze coups de canon, demanderentàparlementer ; mais, voyans que l'on ne les vouloit recevoir qu'à discrétion , sortirent par une porte de derrière y gaignerent le pont que les assiegeans ne pouvoient garder pour estre commandé trop à descouvert du chasteau , et se sauvèrent en assez de desordre à Bonne prez de là, fors huict qui firent tuez en S^enlùyant , et trois de pris, dont l'un servit de bourreau pour pendre les autres deux. Ce chasteau fut peu après desmoly ; mais les Savoyards depuis le racommoderent et terrassèrent , et le rendh'ent aussi fort qu'il estoit auparavant
Sur la fin de Janvier le sieur de Quitry arriva avec quelque cavalerie et infanterie à Genève. Le premier de février, i^armée se trouvant estre de trois mille hommes, tant François que Suisses, et de quatre cens chevaux, on entra dans
(I) Tournez , nous sommes' entre deui fpiix.
le bailliage de Thonon avec cinq caDonSjOùfly eut beaucoup d'hostilitez exercées. Ck>ropds , qui commandoit pour le Savoyard dans Thonon, se voyant n'avoir que deux cents cinquante liommes pour en deffendre la ville et le chasteao, après avoir fait semblant de s'y vouloir opioiistrer, abandonna la ville , et se retira avec quatrevingts des siens au chasteau , envoyant le reste à Esvian. Quitry, ayant fait tirer quatre-yiogts coups de canon sans beaucoup d'effeet, fit travailler à la mine en telle diligence , que , le 6 è ce mois , 11 fit Jouer deux mines, lesquelles flreot quelque ouverture, et donnèrent la mort à trente des assiégez y ce qui les occasionna de sereodrt à composition la vie sauve seulement, excepté à Compois et à trois des siens , qui sortirent a^ee la dague et l'espée seulement. On tronfa daas ceste place force butin.
De Thonon l'armée s'achemina à EsYiaD,où commandoit le capitaine Bonvillars. Ceste vlilette est au bord du lac à deux lienês de Thonon. Les Savoyards en voulurent deffendre Featrée des fauxbourgs , mais l'on fit Jouer le canoa si rudement qu'ils furent contraints de l'abandonner ; puis , tout d'une suite , on planta no pétard à la porte de la ville, laquelle estant enfoncée, et quelques autres endroits galgQei,eD mesme temps toute l'armée entra dans la vliie, en laquelle tous actes d'hostilité furent exercei. Bonvillars , s'estant retiré an chasteau qui est assez bon , et hors de sape et de mine ponrce qn'il est en lieu marescageux , fit mhie d'y vouloir mourir plustost que se rendre ; mais , après qnd* ques volées de canon, ayant tenu quatre jours, il se rendit vies et bagues sauves, et fut wM en seureté.
L'armée , ayant fouragé les bailliages de Thonon et d'Esvian , sur la fin de février retooni vers Bonne. Les pluyes et les chemins roinpB empescherent de pouvoir plus traîner le caDOo; toutefcds Ton en mena deux pièces dont on batt le chasteau de Pollnge , qui se rendit ; mais lai* vis que receut M. de Sancy que dom Amed^i Ollvares et Sonas avoient assemblé leurs troi* pes, qui estoient de six cents maistres, qoalit cents argoulets à cheval et de dnq mil pietotf, lesquels venoient droict à luy, ftit cause qo'^' remener ses cinq canons dans l'areenal de Genève. Et, ayant envoyé recogndstre rarofa savoyarde, et prins un Savoyard qui servoltde guide à dom Amedée , duquel il tira une pailk des desseins dudit Amedée , fi résolut, avecio sieurs de Quitry et de Gonforglen , de fidre oet* tre le feu dans quelques chasteaux et en retiitf les sofdats qu*ll y avoit mis pour les garder, V^ de se camper en lieux advantageux poor v >i*
CHRONOtOOIB NOVBNÀIBB DB PALMA GAYBT. [l59l]
in
tendre les Savoyards : ce qui fut fait, et l'armée, quittant le logis de Baringe , se vint loger à une Jjeoéde Genève, où la place de la bataille fut prise sur le haut de Monthoo.
Dom Amedée ^ estant arrivé à Bnringe le vendredy dooziesme de mars, y fit en diligence redresser le pont , sur lequel ayant faict passer son Is&nterie, il se vint loger en plusieurs villages intoar de Bonne. Les sieurs de Sancy et de Quitry^qoi dressoient leurs bataillons, pensoient qaeee Jour là , pour ce quMI estoit plus de mldy , les ons et les autres ne Croient rien autre chose qoe de faire monstre de leurs forces ; mais il en advint aatrement. Or ils avoient campé leur armée sur la collne de Monthou , entre Genève et Bonne, au pied de laquelle est une petite vallée de soixante pas qui a à ses deux bouts deux cheniîQsqai conduisent à Monthou : pour en empeseher la venue aux Savoyards, on avoit mis d'un raité le sieur d^Arimon dans quelques maisons qui y sont proches de là , avec deux compagnies d'infanterie , et de Tautre costé proche d*un bols ie régiment du baron de Sàntanne. Les quatre compagnies dltaliens servoient d'advantgarde. Le Meur de Sancy, avec les Suisses et FinfanteriefraDçoise, faisoit le corps de la bataille, ayant i costé droit la cavalerie de Genève , et de Tautre costé deux compagoies d'infanterie proches d'une maison avec quelques fauconneaux. Et pourVarrieregarde estoit la cavalerie françoise an «ieor de Quitry . Geste armée rengée de cestc fs^n et en lieu advantageux, fit Juger dèslors qoelle valoit bien celle des Savoyards , encores qu'elle fust moindre de moitié , tant en cavalerie quiofanterie.
Aussi-tost que les Savoyards furent arrivez à ^ Baigne, leur chef, dom Amedée, se résolut de faire taster la valeur de ses ennemis, et, quoy qu'il en eust reoognu Tordonnance et la disposi- ^on estre bonne et forte , il commanda à cinq cents harquebusiers et mousquetaires de gaigner kMs et les maisons où estoient le régiment de Sàntanne et le sieur d'Arlmon : ce qu'ils firent fort bravement, et en chassèrent les François; pois, suivis d'Olivares, espagnol, avec huict cents autres barquebusiers, ils gaignerent tous les bois, fossez et bayes Jusques auprès du bataillon des Suisses. Sonnas, qui les suivoit avec riatre cents chevaux pour les soustenir et pas- ^ outre suivant le progrès qu'ils feroient, s'ad- 'anea de passer la dernière baye pour entrer en a plaine ; mais si tost que le baron de Gonfor- ;ien. qui eondaisoit la cavalerie de Genève à la nain droicte du bataillon des Suisses, le vid à lemy passé, car le chemin y estoit estroit, et i y pouvolt entrer qu*à la file , le chargea si à
propos, que Sonas et tous ceux qui estoient passez avec luy furent renversez morts par terre, le reste print la fuitte, et se sauva jusques au gros de la bataille où estoit dom Amedée. L'infanterie qui avoit gaigné les bayes et les bois , se voyant abandonnée de la cavalerie, et que Ton les venoit charger, commencèrent à se retirer à la faveur de leur gros qui estoit proche, ce qui ne se fit sans confusion, et sans la mort de plusieurs. Les sieurs de Sancy et de Quitry, ayans rallié leurs gens, non sans peine, se retirèrent et se Joignirent en un corps, après avoir entièrement despouillé les morts, qui se trouvèrent au nombre de trois cents, entre lesquels il y avoit, outre Sonas, près de cent gentils-hommes. Les deux armées ayans demeuré encore à la veuë Fune de l'autre demie-heure, la nuict survenue, cliacun commença à desloger. Dom Amedée repassa l'Arve, et alla loger à La Roche et à Bon* neville, et M. de Sancy à Genève.
Tous ces pays-là estoient si ruinez de la guerre que les deux armées furent contrainctes de s'en esioigner. Dom Amedée se retira vers Chambery, et les François, le vingt-troisiesme de mars, prindrent le chemin de la Francho-Gomté par Bomon-Monstier, après avoir laissé le sieur de Ghaumont et le capitaine Graon pour faire la guerre dans Genève. Voylà ce qu'il advint en la guerre de Genève et de Savoye le long de ceste année ; car du depuis ceste Journée tout se passa en courses, tant de part que d'autre , et ne s'y fit rien de mémorable outre l'ordinaire. M. de Sancy fit cest exploict afSn, comme disent les historiens italiens, d'empescher il duca di Savoy a ne suoi paesi, divertendogli le forze con le quali faceva progressi importanti in Provenza (i). La deffaicte des Savoyards à Esparon de PalUeres, ainsi que nous avons dit cy-dessus, donne assez à cognoistre au lecteur en quel estât devindrent les affiaires du duc de Savoye eu ce temps là.
Sur la fin de ce mesme mois de mars, M. de Brion fut surpris en sa maison de Mirebeau en Bourgongne par le sieur de Guyonvelle, lequel l'emmena prisonnier après avoir tué huict de ses serviteurs, pillé vingt mille escus en argent, cent chiquante chevaux, force bleds, et une grande quantité de précieux meubles et armes. Ce seigneur, de Tune des plus nobles et anciennes familles de la Bourgongne, se tenoit, à cause de son aage, comme neutre en sa maison, où, tant d'un party que d'autre, chacun y estoit bien
(I) D'occuper le dno de Savoie dans aon propre pays , et d'empêcher ses forces de faire des progrès en Pro- * vence;
CHRONOLOOIB TIOYENÀTRB DB PÀLITA CÀTBT. [1591]
venu ; mais ses richesses forent cause que G uyon* yelle, qui se déclara du depuis espagnol sur un prétexte que le marquis fils dudit sieur de Brion estoit ayec le Roy, le surprit, et ruyna de meubles ceste belle maison. Si nous mettions icy toutes les surprises, pillementSi meurtres «t hostiiitez qu'aucuns, tant d'un que d'autre party, commirent en ce temps là, aucuns desquels ont esté punis, d'autres non, cela merlteroltun trop gros volume. Voyons maintenant ce qui se passa an commencement de ceste année en Italie.
Toutes les provinces d'Italie furent tellement affligées de la famine, que les potentats et les républiques pour le soulagement de leurs peuples, chacun en sa souveraineté, firent plusieurs provisions. Les uns envoyèrent acheter des bleds en Sicile, les autres presterent de l'argent aux communautez des villes qui envoyèrent acheter des bledsoù iispensoient qu'il y en eust àcommodité, affin de sustenter le pauvre peuple. Mais Rome sur toutes les autres villes fut la plus afiQigée , car on fut contraint d'y faire nombrer le peuple au commencement de février ^ où il s'y trouva cent dix-sept mille âmes après que Ton en eut faict sortir tous les pauvres et toutes les bouches inutiles, pour lesquelles nourrir , par la recherche qui fut faicte, il ne se trouva que trente mil rubio de bled, qui est une mesure un peu plus grande que le septier de Paris, dont il en estoit consumé tous les jours quatre cents, quoy que l'on ne distribuast que dix-huict onces de pain par Jour pour chaque teste. Le Pape , ayant envoyé de tous costez pour avoir des bleds, et nulle navire ne revenant à bon port, fut contrainct de prier le grand duc de Florence de secourir Bome. Ce prince , qui , prudent , en avoit fait bonne provision, en envoya plusieurs vaisseaux chargez, mais, à cause des tempestes qui régnèrent en ce temps là sur la mer, ils ne purent entrer si tost dans la bouche du Tibre pour monter à Rome. Ce mauvais temps continuant Jusques an mois de mars , les Romains forent contraints de ne manger que dix onces de pain par jour, d'où il advint que l'observance du caresme ne se fit dans Rome ceste année ; et, pour ce que le rubio valoit trente-deux escus , affln de sustenter le menu peuple. Sa Saincteté leur permit de manger de la chair de bofle, qu'il fit vendre à cinq qnadrins la livre : ce qui continua jusques au commencement de may, que les galères de Sa Saincteté arrivèrent aussi chargées de quantité de bleds, lesquels abbaisserent lors de pris per mancamento di molle migliaia dipersone già morte per la nécessita del vivere (1), et par les maladies de fièvres pestilentieusesqul régnèrent principalement en l'Abbruze,en la Mar-
que (2), en rUmbrieet enlaRomagne, oùla mortalité fot si grande, qu'en beaucoup d'endroicti les terres y demeurèrent sans estre laboarécs. A ceste afiliction de famine l'Italie en avoit encor une autre qui la travailloit beaucoup. U terre estoit plaine de bannis, et les costes maritimes de corsaires. Ceux-cy, avec sept ftuta, prindrent plusieurs navires chargez de grain, et fallut que les galleres du Pape usasaeDt de grande diligence, allant tantost le long d'une coste, tantost de l'autre, pour asseurer la navigation. Et pour remédier à ceux-là, le pape Grégoire quatorziesme commença son pontificat par un bannissement qu'il fit contre Alfonae Plcolomini, bien qu'il fust son parent, et contre qoisie seigneurs et cinq cents de leurs complices, lesquels il déclara criminels de leze-maJe8té,coDfisca leurs terres et biens, et donna la comté de Montemarcian, qui est un petit lieu en la Ha^ que, appartenant audict Pioolomini, à Hercula Sfondrate , nepveu de Sa Saincteté; laquelle comté il érigea depuis en duché, ainsi quenov dirons tantost. Picolomini qui s'estoit resjooy de l'assomption au pontificat de son parent, tX^\ avoit fait un présent à celuy qui luy en appwti les nouvelles, se voyant avec les autres banDli poursuivy, tant par le Pape que par le gitod duc duquel il avoit esté fort favorit, et qui avoit obtenu une fois sa grâce du pape Grégoire trdziesme, partit de la Campagne avec Seiaira rt ses autres compagnons après qu'ils y eurent fait une inOnité d'embrasements et de cruautcz,et s'acheminèrent par bois et déserts vers Narvi| et de là vers Foiigni, tousjours poorsoivls, ov des gens du Pape, ou de ceux du grand doc, qae conduisoit le colonel Btoaocione , et d'an autit colonel Plerconte qui le poursoivoit avec ceat cinquante Albanois pour se venger en une si belle occasion d'une querelle qu'il avoit luy. Lesdits bannis se voyans ainsi pouisaiv Sciarra se sépara de Picolomini avec tous complices, et s'en retourna vers la Campagne vers les confins du royaume de Naples, laii Picolomini peu accompagné, lequel prit son min vers la Marque pour s'embarquer etsau par la mer Adriatique ; mais, feignant d'aller Jesi, il tourna court à main droite, trouver quelque barque sur laquelle il se troit. Ce dessein ne ioy ayant réussi, il tou derechef à main gauche, pensant mieux se ver, mais il tomba sous les armes de BIsac auprès de Cesenatico, lequel le conduit inoonl nent à Imolapourle mener à Florence. Le
(1) Par la diminutioa du nombre des habitaotsf étoîent morts de iliim par mittiers.
(2) La Marche.
CUBOlfOLOGlB NOVfiNAIBB DE PÀLUA CAYET. [l59lj
verneiir d'imoia s'y opposa, disant qa'il estoit jQsddable du Pape pour les maux qu'il avoit commis aux terres de FEglise. Bisaccione, se voyant réduit eu ces termes, et cognoissant que Kslabeura ne toumerolent point à l'honneur de Mm seigneur le grand duc si ceste affaire se dispotoit civilement, il se résolut d^enlever d'Imola soD prisonnier par la force, et laisser après le fait leioing au grand duc d*y remédier. Pour ce faire il mit à une des portes de la ville quelques-uns des siens, et luy avec le reste s'en alla enlever de la prison Picolomini : ce qu'il fit, et le mena à Florence, où peu de Jours après il eut la teste tranchée. Aucuns autheurs disent que Ton le fit ffloarir appicaio alferro di rebelli (1). Bisacctosefnt depuis en peine pour l'avoir enlevé des prisons dlmola, et ses biens qu'il avoit sur les terres de FEglise furent saisis ; mais le grand doc ayant fait remonstrer Timportance de oest affaire à Sa Saincteté, et excusé ce faict, Bisaccione rentra aux bonnes grâces du Pape. Marco Sdara avec les autres bannis, bien qu'ils fussent poursoivisde Virginie Ursino, ne laissèrent de faire une infinité de massacres, de bruslements et de pîUeries. Bref, plusieurs ont escritque 11taiie fat en ce temps là autant affligée de la famine et des bannis, que la France et la Flandre le furent des guerres civiles.
Quelques-uns des princes et republiques qui doivent obeyssance au Pape, à sa nouvelle eslectioUf envoyèrent incontinent leurs ambassadeurs à Borne; mais Sa Saincteté manda à quelquesum» quiis retardassent de venir faire ceste cérémonie J ttsques à un autre temps. Cependant il ne laissa de foire traicter le mariage de son nepveu le comte Hercules Sfondrate avec lafiile du prince déliassa, et sa belle sœur Sigismonde, mère dodit Hercules, arriva incontinent à Home avec ses deux autres fils , à l'un dequels Sa Saincteté dcmna son chapeau de cardinal avec le tiltre de Saincte Cécile , et Tautre , nommé François , fut &ict chastellain du chasteau Sainct Ange.
Au eonmienceroent de mars, après que le mariage eut esté consumé d'Hercules Sfondrate et delà princesse de Massa en une maison de Paul Sforza , Sa Saincteté créa , aux quatre temps de caresme, quatre cardinaux, sçavoir : Odoard Famese, Octavien Acquaviva, fils du duc d'Atri, Paravicin, evesque d'Alexandrie, et Plato, auditeur de la rote. Peu auparavant ceste création moururent les cardinaux de Caraffe et de Sainct George, tous deux grands prélats.
Le Pape , ne se ressouvenant plus des paroles qu'il avoit dites, estant cardinal, à M. de
(1) Sorte de sapplioe.
Luxembourg en leur rencontre à Torniceri , qu'il estoit nécessaire que le roy de France fut roy de France et celuy d'Espagne roy d'Espagne, et que la grandeur de l'un servist comme de barrière à l'ambition de l'autre, se rengea du tout du party de rEspagnol , par le moyen duquel, ainsi que plusieurs ont escrit , il avoit esté esleu pape. Le vingtiesme du mois de may fi fit partir de Home Landriano avec tiltre de nunce, pour Mre publier en France un monitoire contre messieurs les princes du sang, ducs, pairs, mareschaux, et autres officiers de la couronne qui suivoient le Roy, lequel de nouveau il aggrava de nouvelles censures. Et sur ce que Desportes, secrétaire du duc de Mayenne, estoit allé à Home luy demander du secours d'hommes et d'argent au nom de la ligue, il leur promit de payer six mil Suisses qui seroient levez pour leur secours aux cantons catholiques, et qu'il leur envoyeroit son propre neveu (2) avec mille chevaux italiens et deux mille hommes de pied. Ceux de l'union en France ne manquèrent de faire publier par tout la nouvelle de ce secours et de ce monitoire. Le cardinal de Lorraine, estant arrivé à Rome sur la fin de mars , requit Sa Saincteté que ce secours fust envoyé en Lorraine pour s'opposer à l'armée allemande que le prince d'Anhalt levoit pour le roy Très-Chrestien à la diligence du vicomte de Turenne, et de secourir son père le duc de Lorraine d'un prest de deux cents mil escus : ce qu'il ne put obtenir de Sa Saincteté. Les agents de l'union h Home, qui luy demandoient aussi permission d'alliener en France du temporel de l'Eglise , en furent esconduits.
Le Pape au printemps de ceste année se trouva assez mal disposé, estant malade de la pierre, mais, ayant eu soulagement par quelques médecins au commencement du mois de may , ii s'employa du tout pour exécuter son dessein et envoyer des gens de guerre en France. H envoya le colonel Lusi pour faire la levée des Suisses , mais du commencement il y trouva de la difficulté, pour ce que le frère du colonel Phifer estoit À Rome , solicitant le cardinal Caëtan de luy faire délivrer cent mille ducats que Ton leur devoit à cause des services qu'ils avoient faict Tan passé. Le thresor temporel de l'Eglise qui estoit dans le chasteau Sainct Ange, amassé avec tant de seing par le feu pape Sixte, estoit merveilleusement mugueté , avec désir de plusieurs ofiQciers du Pape d'y toucher et y faire leurs affaires. L'Espagnol desiroit sur tout de le voir dissipé, car il craint tousjours que les papes, ayans des deniers en reserve , ne les employent
(2) Hercule Sfondrat , doc de Monte-Marciaao,
CHEONOLOGIB nOVENÀIllB l>B VÂLUk CÀYBT. [1691]
pour effectuer les pretensions quils ont sur le royaume de Naples. Pour ce faire il commanda à son ambassadeur le duc de Sesse de demander ^ Sa Saincteté permission d'alliener du bien des ecclésiastiques par tous ses royaumes pour luy ayder à supporter la guerre qu'il avoit en plufileuFS lieux contre les hérétiques. Cest affaire estant disputé au consistoire, il y fut résolu que l'on ne permettroit point d'aliéner le bien de TEglise , et que Ton prendroit plustost des deniers au cbasteau Sainct Ange. Yoylà l'Espagnol qui obtint, non ce qu'il demandoit, mais ce qu'il de- 9iroit , bien ayse de voir les deniers reservez au fdiasteau Sainct Ange, qu'il craignoit à cause de «on royaume de Naples, employez pour luy pre* parer la voye de s'emparer de la France. Campana, qui a escrit en faveur de l'Espagnol , dit : J'acesi conto nondimeno ch' in si pochi mesi erano sfaii spesi vicino à ire milioni di dtêcaii, ia maggior parie per F occasion délie guerre di Francia, essendo pero commune opinione^ che dà suoi minisiri fosse in cio Sua Saniità non ben servilo, per la natura facile, et per li troppo candidi cosiumi di esso pontifies , che non sapeva giudicar quelle maloie qualità in aUrui, che cognoseeva non essere in se stesso (i). Geste nature fodle de Sa Saincteté a bien apporté des maux à la France, car les ministres d'Espagne loy feisoient faire ce qu'ils vouloient, et, au lien de respondre à la lettre de M. de Luxembourg qu'il luy avoit envoyé, ny de vouloir escouter le marquis de Pisani, d^uté de messieurs les princes du sang , ducs , pairs et officiers de la couronne , pour luy représenter Testât de la France , on luy fit escrire la lettre suivante au jeonseil des Seize de Paris , pour response à celle qu'ils luy avoient escrite en fevrier dernier, ainsi que nous avons dit :
« Grégoire Pape, quatorziesme, à mes fils bien aymez les gens du conseil des seize quai^ tiers de la ville de Paris.
» Bien-aymez , le salut et bénédiction apostolique vous soient donnez. Nous avons receu vos lettres, et volontiers les avons leues; car autre nouvelle ne pourroit plus aggreable parvaiir Jusques à nous, que d'étendre comme, soubs la protection de Dieu, vous avez esté délivrez de ce long et foscheux siège, et qu'ayants beaucoup travaillé, beaucoup souffert, et porté de mesayses et autres charges et incommoditez pour la deffence de la foy catholique, vous estes maintenant soulagez et eschappez du danger.
(I) • On calcula néanmoins que, en si peu de temps, » il fut dépensé près de trois millions de dncats , prin- ■ cipalemcnt pour subvenir aux frais des guerres de 1 France^ On pensa géaéralemeot qu'en cela Sa Snn- j
Mais il faut craindre faire naufirage quasi dans le port et sur le bord de la prospérité; car qui sçait si Dieu peut estre vous auroit délaissé pour quelque temps, lors que vous estiez affligez et tourmentez des misères passées comme de tempestes pour vous esprouver , feignant passer outre, ou, pour mieux dire, iifln qu'esmeos è pénitence [car l'homme n'a parfaicte cognoissance de ses fautes, souvent elles nous sont ca* chées, et celles d'autruy quelquesfois imputées], vous vous approchiez de loy et luy adhériez de plus près, Jusques à ce que le recognoissiez en la fraction du pain ?
a Vostre cœur donc doit estre ardent, et devez persévérer en ce soiog continuel qu^eo remémorant les choses magnificques que Diea fait entre vous ; que, avec le repos des corps et prospérité des biens , il vous munisse et fortifie do don spirituel de foy , de son amour et de sr crainte. Yoylà comme vous , qui vous estes Joincts ensemble les premiers pour la paix et tranquillité de rEglise et unicm de la foy catholique en ce roj'aume , ayans les premiers eiperimenté le perii, vous en estes eschappez ; et non seulement vous estes délivrez , mais aussi per vostre délivrance vous avez acquis salut à eeox lesquels, estans unis avec vous, se reposoienten vostre constante resolution et vigilance.
» Nous nous esjouissons grandement en Diea par Toccasion que nous en donnez en ce que, recognoissans tenir de loy tout ce bien, et que ne loy en pouvez rendre grâces condignes de satisfaction , les luy rendiez par une humble recognoissance et confession. Geste coniéssion est salutaire^ de laquelle nous devons user entre les adversitez pour subir entre nous , attendant la correction, et nous doit estre engravée dedans le cœur entre les prosperitez pour en faire profit et salut. Par ce moyen il n*y auroit point d*orgueil , d*autant que de don nous confessans l'avoir, nous ne serons point aussi coulpables d'ingratitude , pour ce que , le recognoiasant, noos luy en rendons grâces ; finallement, comme telle confession , par une pieuse et dévote intention, a satisfait au deu d'action de grâces du passé, consequemmait elle dispose le donateur à nous eslargir d'avantage à l'ad venir. Désormais, vous, qui avez fait un si beau commencement et tant louable , persévérez constamment et ne defiiiilez avant qu'estre parvenus au but de la course ; car, dit Nostre Seigneur, non celuy qui aura bien commencé, mais qui aura persévéré jusques à la
• teté ne fut (las bien servie par ses ministres. Le carac- » tère trop facile et la trop grande candeur de ce poo-
• tifc l'enipécboient de soupçonner en aatrui des TÎcfs
• dont il étoit eiempt. »
CHAOIIOi;.OGII NOVBIIAlfifi ÙU PAtMA CAYBT. [169 ij
j sera nnvé. Ce n'est doDc point assez de la moiution et coarage présenté, mais il £aat adjoo5ter et affermir ceste première vertu d'une eoDstanee, persévérer sans regarder derrière vous, de pear qull ne sourde une statue ridicale au mesme lieu d*où le salut estoit espéré. Eotre les longues tristesses que nous avons receu devostre tribulation, estant soigneux de vostre salot, nous avons {Nremierement eu recours à Ueapar supplications pour vostre délivrance; en après , divinement insj^rez , nous avons advifé de pourvoir de remèdes nécessaires aux maax lesquel de toutes parts vous avoient accueillis et comme ensevelis. Premièrement nous Yoos avons assigné un secours de deniers, voire mesme par dessus nos moyens et plus que nos coffres ne permettent; et, oultre plus, conformément au devoir d'un bon pontife, universel et père commun à tous, lequel doit hayr non les hommes, mais les péchez d'iceux, nous avons esleo aostre cher fils , maistre Marcillius Landriaous, nostre notaire du Sainct Siège apostolicqœ, bomoie prudent, discret et fidelle , et Favons c&îoyé Dostre nunce du Sainct Siège au royaume de Fraooe, avec lettres et monitoires, affin qu'il s employé de tout son possible à convier de nostre aathorité toas les dévoyez à revenir avec voQs eo mesme anion pour la paix et repos de ce royaume, et pour &ire correspondre les effects <u promesses , nous avons envoyé , qupy que avec grands frali» et charge de Tegiise de Borne, BMtre cher fils et neveu, fils de nostre frère Herenles Sfondrate, homme noUe, duc de Mont- Htftiaa, avec secours d'hommes , tant de chevilquede pied, pour, avec les armes, les employer & vostre deffence et conservation. Que >l;<HiItre cela, vous avez encores besoin de quel<- V^ diose cy après, nous y pourvoirons, affin ftt'oD ne puisse nous objecter que nous ayons rien obmis de nostre devoir.
» ^OQs avons fort aggreable ce que nous escrima des louanges de nostre bien aymé fils Hen- ^ I cardinal Gaétan , en partie pour la considef^OQ de ses mérites, s'estant fort bien et ioDableaient acquitté de la charge apostolicqne qui lay estoit commise du Sainct Siège , en partieen eontemplation et Caveurde tout le royaume, lequel , avee instanee merveilleose , il continue nous recommander.
•Quant au digne, vous resjouyssans , vous *^^ congratulez de nostre promotion au suprême pontificat , c'est avee raison , veu que ^CQ) père des miséricordes, lequel départit à totti liberallement avec abondance ses grâces, ne ^ a pas esleos à ceste souveraine dignité de ^^'poBtolat à cause de l*humilité qui soit en nous,
mais pour le bien et salut de cêax qui se confient en luy. Âutresfoisdufortil a tiré la viande et fait distiller 1a douceur du miel désirée. Que sçait-on si d'un infirme el foible doit issir une vertu non espérée, et d'un imbecille et cassé une vigueur et force non attendue ? Quelquesfois Dieu choisit le plus débile pour terrasser le plus robuste et puissant , et exalte le petit et humble pour déprimer et ravaller le plus orgueilleux et superbe.
» Si vous comprenez et goustez ces choses , en souhaittant le bien, humiliez-vous, rompez vos cœurs et affligez vos âmes , affin que de la contrition et repentanceprenne fin la persécution que vous souffrez.
» Que si nous brusions pour l'amour de vous, si pour vous nous sommes en angoisses , si pour vostre salut et conservation nous sommes travaillez et en détresses , ne cerchans autres choses en cela que de vous venir garantis du mal et en repos , à la louange et gloire de Jesus-Christ et pour le salut commun à tous, que devez vous faire , vous , le procès desquels est sur le bureau où il s*agit de vos biens? Vous devez à la vérité despouiller toutes affections terriennes , mettre en arrière tout appétit et espérance de gain et proffit particulier, ne respirer en vos âmes , ne porter en vos cœurs , ne vous proposer devant les yeux , que la religion de la foy et de TEglise catholique, de laquelle dépend toute vostre prospérité , voire tout vostre bien estre; composer toutes divisions, accorder tous discorda particuliers, ou pour le moins les déposer et remettre josques à ce qu'ayez obtenu un roy trèschrestien et vrayement catholique , sous Tumbre duquel vous puissiez jouyr d'un heureux repos, et sous la conduite duquel vous puissiez simbo^ User en mesme affection et volonté. Et , afin que parveniez au fruit de telle espérance , nous n'y cesserons de le vous procurer par tous les moyens À nous possibles, et par nos humbles requestes et prières à Dieu. Cependant nous vous donnons la bénédiction apostolique , prians Dieu vous faire prospérer en toutes vos affaires. Donné à Home, au Mont Quirinal , sous l'anneau dupescheur, ce jourd'hoy Id may 1691 , et de nostre pontificat le premier. M. Vestrius Barbianus. »
Voyià la response que manda Sa Saineteté au conseil des Seize. Tous ceux de ceste faction en firent grand*estime , se voyans ainsi assenrez de la bonne volonté du Pape, et sollicitez sous main par les ministres d'Espagne à Paris. Ils dressèrent encor plusieurs mémoires et instructions pour parvenir au but de leurs desseins, qui estoit de brouiller tellement les affaires en France , que les guerres civiles y fussent entrer
CHBONOLOGIB NOVENAIBE DE PALMA CAYET. [l69l]
tenues sans espérance de réconciliation. Pour représenter leurs plaintes à M. de Mayenne, ils députèrent l'advocat Oudineau et trois d'entr'eux pour raccompagner. Yoicy lacoppie des instructions que I*on leur bailla , par laquelle on cognoistra mieux leur intention.
« En premier lieu , remonstrer à Monsieur que les deux colomnes du royaume sont la pieté et la Justice, lesquelles sont tellement courbées en ce royaume de France » qu*elles se voyent quasi abbatuês.
9 Que , pour y remédier, il est besoin les redresser et restablir, et à ceste fin commencer à Tordre ecclésiastique , lequel est le conservateur de la pieté.
» Qu*en ceste ville de Paris ceste colomne est grandement esbranlée par scbismes qui naissent et prennent accroissement , tant en Teglise catbedralo de Nostre-Dame de Paris qu^autres communautez ecclésiastiques , et Jà entre quelques curez.
» Que ce mal procède du defietult de prélat et evesque, lequel est non seulement absent de son clergé , mate tient et suit notoirement le party contraire à la religion et union des catholiques , et semé et fait semer par les siens schismes et divisions , tant en ceste ville de Paris que par tout son diocèse.
• Que , pour redresser ceste première colomne en ceste ville et diocèse , sera ledit sieur supplié â*escrire à Sa Saincteté à ce qn*il lui plaise nous pourveoir d'un autre evesque, et cependant qu'il plaise à Monsieur escrire à messieurs du chapitre de ladite église d*user de leurs privilèges et authorité permise par les décrets pour pourveoir aux charges etdlgnitez ecclésiastiques qui sont vacantes , tant par mort que par absence de ceux qui tiennent le party contraire , ou retirez ez villes et pays de Tobeyssanœ de Tennemy.
» Pour le regard de la seconde colomne , qui est la justice, remonstrer à Monsieur que le peuple de Paris est jusques à maintenant obeyssant sansjustice, fort vexé de l'injustice, laquelledepuis quelques années a régné , comme elle faict encores de présent Pour ceste cause, qu'il plaise à mondit sieur parachever la purgation du parlement selon les mémoires qui lui ont esté baillez et seront encores; remplir de gens de bien les places des absens, et ce jusques au nombre ancien , comme aussi les chambres des comptes et des monnoyes. Et d'autant que la déclaration faicte par mondit sieur pour appeller et recevoir toutes personnes dans les villes de l'union en faisant le sermentet autres submissions y contenues, pourroir estre mal interprétée et practiquée par
aucuns , qu'il plaise à mondit sieur en amplifiant ladite déclaration , et à ce que les Juges, goomneurs et magistrats n'en puissent douter , etqoe leurs jugements soient résolus sans ambiguïté, il soit ordonné que tous ceux qui ont porté les armes ou servy de conseil , ayde d'argent , oo en intelligence avec ceux du party eontraire, et qoi se sont retirez ez villes et pays d'obeyssaocede l'ennemy , ne seront admis en Texercice d'ancius offlces , soit publics ou particuliers , mais seulement pourront habiter es villes et parmy les catholiques, et jouyr de leur bien librementcomme leurs concitoyens , en faisant par eux le serme&t de l'union des catholiques avec les submissioDS y contenues et abjuration du party contraire. Et pour le regard de ceux qui se sont retirez en leurs ehasteaux , maisons forte-s et fermes, sans avoir fait aucun acte d'hostilité ny eu intelligecee avec l'ennemy , qu'ils seront receus es villes de l'union , sans toutesfois exercer aucun esUt qu'un an après qu'ils auront fiait lessubmissiois requises entre les mains des magistrats , et fait apparoistre par suffisante information de leois desportements et actions. Et pour le regard de ceux qui se sont retirez es villes de l'union pour la nécessité, avec permission et passeport des magistrats , seront admis es villes de raDion^eD faisant par eux le serment et submissions , d fait ne l'ont , et toutesfois ne pourront entier que six mois après la submission faicte en leurs estats et offices.
» Qu'il plaise à mondict sieur rendre à la ville de Paris l'authorité ancienne que les roys neloy ont Jamais ostée, sçavoir est , en temps de guerre le conseil d' Estât et le grand seel, et en temps de paix , quand les roys se sont eslongnex liors d'iceile ville , l'ont tousjours honorée d'an coa* seil, encore qu'ils n'y emmenassent leur conseil d'Estat et le seel , afûn que les eStoyens n'allassent point chercher le secours de la justice hors de leurs murs; et pour ce flaire qu'il plaise à Monsieur, dès à présent , commande par lettres patentes à ceux qui sont du conseil d'Estat de faire leur séance en la ville de Paris , de leur envoyer le seel pour en user selon que l'on a fait es dernières années.
• Qu'il luy plaise avoir plus grand soin de la ville de Paris que par le paùé , et luy domieraQtre secours qu'il n'a faict, et, à cest effect, desboucher les passages occupez par Tenneoy pour la commodité de dehors , et , pour i'asseurance du dedans de la ville , redoubler les garnisons estrangeres , et outre icelles y mettre deux cents hommes de cheval , et ne la pios laisser mespriser et non plus honorablement traicter comme simple bicoque , mais la reco-
CHBOHOLOGIH IKOVfiNAIBB DE PALIU CAYBT. [l69l]
gnoistre comme la capitalle du royaume , et la première qui s*est opposée à la tiranoie poar le bien de la religion et de FEstat, et particalieremeot pour la deffenee de sa maison , ayant seryy d'exemple aux antres pour en faire de mesme, joint qu'elle a supporté tous les A'als et charges de la guerre , tant en gênerai qu*en son particulier.
• Plus , qu'il lui plaise entretenir les garnilODs de la Bastille et du bois de Yincennes , et pourvoir au payement de leur solde.
• Qu'il luy plaise faire razer les chasteaux et places fortes qui sont es environs de Paris, à ce (fK la ville ne souffre plus d'incommoditez , et ester la retraicte aux ennemis d'icelle.
t Et sur toutes choses , qu'il luy plaise faire la guerre eontre le roy de Navarre, liereticque , relaps et excommunié, et ne poinct traicter, composer, ny mesmes conférer avec luy ny ses agents, mais les poursuivre et travailler comme eDoemis de Dlea et de son Eglise : le tout selon le serment et promesses réitérées de M. de Mayenne , lesquelles il sera sommé et interpellé d accomplir , comme de la part des catholiques affectionnez ils sont prests de faire le semblable et y employer le reste de leurs biens. »
Le docteur Boucher et Oudineau , porteurs de ces mémoires, ne receurent du conseil de M. de Mayenne la response qu'ils desiroient, car toutes leurs demandes , couvertes du prétexte de redresser dans Paris les colomnes de la pieté et de la jastice, furent incontinent recogneuês estre une source de desordre et de confiision , et que ceax-iàqui les faisoient proposer desiroient seulement leur proût particulier et practiquer leurs passions, t Car quelle apparence, disoit-on , de demander qu'on mette un autre evesque à l'egiise de Paris que M. le cardinal de Gondy ? Il oy en a point, car il a esté tout le long du siège dans Paris, et on sçait qu'il ne s'est retiré à sa maison de Noêsy qu'après avoir pris une in- Ôaitéde peines pour faire avoir la paix aux Parisiens et à la France en gênerai , et n'y a point d'autre prise sur luy que celle-là. Mais qui estce qui désire Jonyr du revenu de i'evesché de Paris? C*est un des Seize qui ne Jouyt pas de 80Q evesché de Senlis (1) , et voudroit jouyr de ceiny de Paris par forme de represaille. De dire qoe M. de Mayenne escrive à messieurs du chapitre qu'ils pourvoyent aux charges et dignitez ecclésiastiques , c'est autant â dire quMl donne rautliorité au dianoine Sanguin qui est du conseil des Seize , et qui veut commander au chapitre de disposer du clergé de Paris.
(1) Gel éréqoe étoit Guillaume Rose.
• De dire que le peuple de Paris est sans Justice, c'est une mocquerie. N'y a il pas la cour de parlement et les autres cours? A quel propos M. de Mayenne estera il des compagnies souveraines les principaux conseillers sur une simple réquisition des Seize , pour mettre en leur lieu les plus remûans de ceste faction , qui , au lieu de justice n'exerceront que leurs passions entre leurs concitoyens? L*on entend trop leur intention; c'est qu'ils désirent faire entrer, tant en l'église de Paris qu'en la cour de parlement , chambre des comptes et des monnoyes, lesprincipaux de îeur faction , et faire que tous ceux qui se sont retirez en leurs maisons aux champs pour la nécessité commune n'ayent plus de charges de ville , et qu'ils en soyent les seuls pourveus ; aussi que , pour conserver ces fiictieux dans Paris en leurs desseins, M. de Mayenne leur face donner des garnisons espagnoles afin d'y estre les plus forts. • Voilà comme on Jugea des mémoires des députez des Seize , et disoit-on qu'ils n'estoient propres que pour rendre Paris le théâtre de toutes cruautez. Le peu de compte que l'on fit de leurs députez les mit en de telles manies , qu'ils firent la lettre qu'ils envoyèrent au roy d'Espagne , et ensuite , leur passion occupant leur Jugement, ils pendirent le président Brlsson, ainsy que nous dirons cy après, ce qui du depuis fut cause de leur ruine. Nous avons fait suivre tout ce que dessus après la lettre que Sa Saincteté escrivit aux Seize , affln que Ton Juge mieux quels estoient les comportements de ces gens-là.
Aussi le mesme Jour que le Pape leur escrivit, qui estoit le douziesme de mai , il fit duc de Monte-marcian son nepveu le comte Hercules Sfondrate. Ceste cérémonie fut célébrée dans i'eglise de Saincte Marie Majeure. Sfondrate estant vestu comme sont les chevaliers de l'ordre de Sainct Jacques , Sa Saincteté luy donna le bas» ton de gênerai de Tarmée qu'il devoit conduire en France , avec deux estendarts , en l'un desquels estoit dépeint un crucifix , et l'image de sainct Pierre et sainct Paul, et en l'autre les armes de Sa Saincteté ; à cestuy-là il y avoit escrit : Hœc est Victoria quœ vincit mundum fides nostra ; et à cestuy-cy : Dextera Domini fecit virtutem , dextera Domini exaltavit me.
Le lendemain de ceste cérémonie , le duc de Monte-marcian partit de Rome, et s'en alla vers Milan dresser ses troupes. L'archevesque Matteucci, commissaire de ceste armée , récent deux cents mille escus pour en faire l'assemblée, qui ibt un peu plus longue que Ton ne desiroit , à cause d'une fièvre tierce qui retint au lict plusieurs jours ledit duc de Monte-mardan, ce qui
CBAONûIiOGU NOVBllAIll Bl PALMA CàYBT. [149 1]
fat caïue que le plat pays dn daché de Milan , qooy qu'il n'y eust point de bannis , ne laissa d*estre aussi bien affligé que les autres provinces d'ItaiiQ où il y en avoit ; car , outre rassemblée que Ton y fit des gens de guerre que le Pape envoyoit en France , le gouyemeur d* Alexandrie de La Paille , et le sieur de Sassuolo y assem* Uoient aussi des troupes au nom du roy d'Espagne pour aller en Flandres , lesquelles , comme rapportent les historiens italiens , traicterentles paysans de ceste duché con ricatiamenti tirant nici^jà conpiiiche barbare insoknze (1). Dix eompagniesdu Terzode Sicile, où il ;^ avoit deux mille vieux soldats espagnols conduits par Loys Velaseo, estans arrivez par mer à Vai , séjournèrent aussi quelque temps au Milanois , et s'estans joincts avec les troupes de Capizucca et Ifaresootti, levées en la Bomagoe, s'en allèrent en Flandres. En ce mesme temps aussi furent levez en ce mesme duché, pour le service du duc de Savoye, deux mille hommes de pied, sous la conduite des comtes de BeIJoyeuse , de Bangon et Stampa, et des sieurs Annibal , visconte de Landriano, lesquels , s'estans Joincts avec huict vingts cuirasses que le comte François Villa avoit levez au Ferrarois , s'acheminèrent pour venir en France , où ils furent desfaits par le sieur Desdiguieres , ainsi que nous dirons cy-après. Voilà ritalie toute en armes pourporter la guerre en la France et en la Flandres. Voyons eomme rAllemagne aussi d*un autre costé n'en faisoit pas moins.
Le roy Très-Chrestien, afiin de résister à tant de forces que TEspagne et Tltalie preparoient pour Tassaillir, eut recours à ses alliez, et envoya , dez le commencement de ceste année, Bf ' le vicomte de Turenne, à présent mareschal de France , et appelle le mareschal de Bouillon, en Angleterre , demander secours d'hommes , d'argent et de munitions. LaroyneElizabeth luy promit tout secours , ce qu'elle fit , et mesmes permit à quelques particuliers anglois de prester leurs deniers au roy de France. Ledit sieur vicomte partant d'Angleterre pour s'en aller en Hollande , et de là en Allemagne , ladite Boyne loy donna aussi lettres aux princes protestans d'Allonagne , les priant de s'esforcer de secourir le roy de France d'hommes et d'argent contre le Pape, l'Espagnol et les ligueurs, leurs ennemis communs. En l'assemblée que les princes protestans allemands firent à Altemburg, ils promirent audict sieur vicomte de Turenne de secourir le Boy son maistre de dix mille reistres et de seize mille lansquenets. Christian , prince
(I) D'one manière tyranniqae et barbare.
d'Anhalt, y fat eslen eondueteur de oeske armée d'Allemands ; la description de laqueUe, avec le nom des princes, seigneurs, reit-maistres, colonels et capitaines qui devofent la conduire ^ France , fut incontinent imprimée et publiée pwtout ; mais comme le fer d'Allemagne ne le remue point sans or et sans argent , ce secours fut long à lever ; ce qui fut cause que ledit sieur vicomte de Turenne, estant à Francfort le 1 o d'avril , en l'assemblée qui s'y fit des députez dei princes protestans qui avoient promis ce secoon, il leur remonstra que si l'Espagnol et lespriuces de la ligue demeuroient victorieux du roy de France son maistre , qu'ils ne pouvoient douter de les avoir sur les bras, et qu'ils netoomusent toutes leurs armes contre l'Allemagne, pour y contraindre les princes protestans de recevoir le concile de Trente ; ce qui estoit toute l'inteutioB du Pape, du roy d'Espagne, et de tous les princes de la ligue ; et , si cela advenoit, que iesdits princes protestans ne perdroient pas seuleoNot leur religion, pour laquelle maintenir ils avoient donné tant de batailles, mais aussi leurs Estais et seigneuries. « Bref , leur dit ledit sieur vicomte, du secours que vous donnerez d'homnxs et d'argent au Boy mon maistre despend la H berté de vostre religion , le repos et la trauqni^ lité des Estats des princes vos seigneurs et maistres. •
Les députez des princes allemans, après 8*cstre plusieurs fois assemblez , et mesme qu'il eot couru un bruit [ faux ] que l'eslecteur de Bran* debourg , le plus vieil des princes esledeors lalcquesde l'Empire , ne voutoit nullemeutayder d'argent par prest ny autrement, et quepiosleurs vouloient suivre son opinion, nonobstant, par la diligence dudit sieur vicomte , ils arresterent , et luy promirent de donner secours au Boy son maistre ; mais l'ordre qui avoit esté résolu à Altembourg fut changé , et d'autres colonels et reit-maistres allèrent en divers endroi<^ de l'Allemagne assembler leurs troupes, taot en Saxe , Thuringe , Misne et Silesie , qu'au Paietinat. Le prince d'Anhalt, ayant convenu avec les autres princes combien les gens de guerre payeroient détentes sortes de vivres qu'ils preodroient , toutes les troupes s'acheminèrent et se rendirent auprès de Franctotsur le Meîn, et^ le 1 1 d'aoust , ils firent monstre en une plaine proche de Hochlein , où fi se trouva six mille huict cents reistres et dix mille lansquenets , lesquels jurèrent tous de venir en Franoe et y combattre pour le Boy trois mois durant ; après lequel serment ils s'acheminèrent pour gftigo^r les bords du Bhin , qu'ils passèrent près de Vallauff sur soixante et dix bateaux. Gamme eeite
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année arriva ea France , et comme le Roy alla la recevoir en la plaine de Yaudy le neufiesme de septembre, nous le dirons cy-après enson lieu. Cependant que le Boy practiqnoit ainsi ses alliez pour tirer d'eux du secours, le duc de Mayenne aussi envoyoit vers tous ceux de qui il esperoit estre secouru. Uarmée du Pape, comme nous avons dit , estoit loing et tardive à venir. Paris cependant estoit merveilleusement travaillé, car, nonobstant tous les convois de vivres qui y pou voient entrer venans de Soissons, de Heaux , ou de Pontoise , les Parisiens estoient réduits en une extrême nécessité, car les practidens et ceux de la justice n*y gaignoient rien , les marchands estoient sans trafic , et le menu peuple sans rien faire. La nécessité et les maladies après la levée du siège rendirent ceste ville si misérable , que , pour la soulager , le duc de Mayenne envoya , au commencement de ceste année, le comte de Brissac [qui , après avoir esté pris à Falaise et demeuré sept mois prisonnier , estoit sorty libre] en Flandres vers le duc de Parme pour le prier de retourner en France. Le comte estant arrivé à Bruxelles , et ayant dit sa charge au duc de Parme, il eut de luy pour responoe que le roy d'Espagne ne luy avoit pas commandé de retourner en France , aussi qu'il ne pouvoit laisser la Flandre en Testât auquel à présent elle estoit réduite; qu'il attendoit le commandement d'Espagne de ce qu'il devoit foire , et que d'hommes il n'en avoit pas lors assez pour résister aux Hollandois ; toutesfoisi ce qu'il pourroit qu'il le feroit. Le comte de Brissac, voyant qu'il ne pouvoit avoir secours de gens de guerre, requit au moins secours d'argent, ce qn'il obtint , et receut deux cents mille florins, qui ayda à ceux de l'union pour s'entretenir Jusqœs au secours qui leur vint ez mois de Juillet el d'aonst. Puis que nous sommes tombez sur les affaires de Flandres , voyons ce qui s'y passa ëepaif que le due de Parme y fut de retour de aoo voyage de France.
Nous avons dit qu'il n^avoit pas trouvé les affaires des Pay-Bas en tel estât qu'il les avoit laissées, et que le prince Maurice luy avoit en son absence bien préparé de la besongne. Plusieurs ont escrit qu'outre cela il y avoit du mescontentement de quelques grands Espagnols eootre luy. Ce duc , pour reparer les pertes de Tan passé, practiqua au commencement de ceste année de reprendre par intelligences Breda; mais, •on dessein descouvert, les entrepreneurs furent exécutez à mort. Au contraire , ceux de Breda •orprirent,le deuxlesme d'avril , lechasteau de Turohoutpar le moyen d'un vallet de brasseur de blefi qui , estant arrivé à la porte du chasteau
avec sa charrette, jetta la sentlneliedanslefossé, tua encor un autre soldat, et tint bon dans ceste porte jusques à ce que l'embuscade de ceux de Breda, qui estoit en une maison fort proche, s*y rendit incontinent, qui gaigna ceste place.
Au printemps de ceste année, le prince Maurice et les Estais, cognolssans la foiblesse du duc de Parme, se délibérèrent de ne le laisser à repos, et de se prévaloir du temps et de l'occasion, employans , pour Texecution de leurs desseins , la ruse, la vigilance , la diligence et toutes leurs forces ; tellement qu'après avoir assemblé leurs compagnies , tant de cavalerie que d'infanterie , le prince fit courir un bruit qu'il vouloit avec quarante gros canons , qu'il avoit &it exprès embarquer, assiéger les villes de Bosleduc et de Gheertruydemberghe, et envoya mesme des gens de guerre pour se saisir de quelques digues du costé de Bosleduc , lesquelles il fit semblant de faire percer pour y faire passer ses navires , et fit aussi loger ses troupes auprès de Breda. Le duo de Parme , n'ayant pas grandes forces en Flandres pour assiéger et tenir la campagne, envoya seulement renforcer la garnison de ces deux places, et les fournit de toutes sortes de munitions. Mais le prince, qui le vid empesché de ce costé là, partit avec cent navires, et feignit vouloir entrer dans la Meuse , puis tourna son chemin, remonstant le Bhin vers Arnhem, et entra dans la rivière d'Yssel, où, poussé d'un vent de bize, en peu de temps il se rendit à Doësbourg auprès deZutphen, d'où, le 32 de may, il fitpartir quinze ou seize soldats accoutrez en paysans et paysanes , les uns chargez de paniers de beurre, les autres d'oeufs, de fromage et d'herbes, lesquels, au point du jour, arrivez à la porte du grand fort qui est sur le bord de la rivière vis à visde Zutphen, ils s'y reposèrent quelque temps, attendans qu'elle fust ouverte ; mais ainsi qu'ils l'avoient préjugé il advint , car une partie de la garnison de ce fort , ayant ouvert la porte , s'en alla passer l'eau vers la ville, si bien que les soldats du prince , accoutrez en paysans , s'advancerent pour entrer dans le fort ; mais estans dans la porte, chacun s'addressa à un des soldats du corps de garde qu'ils tuèrent. Au bruit le colonel Veer , qui estoit en embuscade , y accourut incontinent, se saisit de la porte, se rendit maistre du corps de garde, et puis de tout le fort, où le princearriva incontinent après de Doësbourg avec toute son armée et son artillerie, et investit la ville de Zutphen , faisant le lendemain dresser un pont sur des bateaux pour y passer cinq chevaux de front. Aux approches le comte d'Everstein y fut tué d'une harquebusade. Mais la diligence dont le prince usa pour affosler i
CHAONOLOOIB MOYBNAIRE l>£ PALHA CAY£T. [1591]
mener et pointer son canon par des matelots forts et habiles quMI avoit choisis, fut cause que ce mesme Jour ^ après quelques canonnades tirées , les assiégez demandèrent à parlementer. La ville estoit grande et forte, mais il y avoit dedans peu de gens de guerre, de munitions et de vivres ; ce qui fut cause que le gouverneur et les habitans, jugeansqu'ils n'estoient capables poar soustenir un assaut, et voyans qu*iis ne pouvoient estre promptement secourus, accordèrent, par capitulation, que le gouverneur et ses soldats sortiroient avec Tespée et la dague > et autant de bien qu'ils en pourroient emporter sur leurs dos. Ainsi fut pris le fort et la ville de Zutphen, dont la prise en fùtplustostdivulguéeque le siège.
Ce mesme Jour le prince envoya toute sa cavalerie investir la ville de Deventer , qui n*est qu*à deux lieues de Zutphen, et à l'instant il s'y achemina avec toute son armée et son canon ; puis, ayant divisé son armée en deux , fit deux ponts pour aller d'un camp à l'autre , et commença le neufiesme de Juin à l'aube du Jour de faire Jouer vingt-huit doubles canons contre ceste ville. Le comte Herman de Berg , qui y commandoit pour le roy d'Espagne, sommé par un trompette de se rendre, luy respondit : • Dites à mon cousin le prince Maurice que Je luy donne le bon-Jour , mais que je garderay la ville au Roy mon maistre tant que i'ame me battra au corps. 9 A ceste responce ce ne furent plus que canonnades, et, sans aucun relasche, il fut tiré quatre mil coups de canon. Pendant ceste furieuse batterie le prince fit amener quelques navires sur lesquelles fut dressé un pont dans le havre pour aller à l'assaut ; mais le pont s'estant trouvé court 9 cela fut sans effect. Les assiégez, s'estans trouvez avec sept enseignes à la bresche, en repoussèrent quelques Anglois, lesquels marchoient à la pointe et s'estoient Jettez du haut en bas du pont , et avoient franchy lecay, mais, ne se voyans suivis , quelques-uns d'eux furent tuez, et les autres se retirèrent. Le prince , voyant la contenance des assiégez , fit soudain tirer deux volées de canon dans la bresche, qui en tûa quantité, et y fut mesmes blessé le susdit comte Herman ; ce qui fut occasionque le lendemain, ainsi que l'on recommençoit la batterie, les assiégez demandèrent à parlementer. Le prince, quidesiroit d'avoir ceste ville, leur accorda incontinent la composition, et permit aux soldats assiégez d'en sortir vies et bagues sauves.
Le prince, poursuivant sa bonne fortune, passant outre, entra au pays Groêningeols, où il assiégea la forteresse de Delfziel , qui se rendit à luy ledeuxiesme Juillet, pulsilprit, aux en virons de Groêningue, les forts de l'Oslach, d'Im<
mentil et de Dam , et se prépara pour assiéger les Groêningeols. Aussitost que le doc de Parme eut receu nouvelles du siège de Deventer, ne pensant pas que le prince Maurice deust emporter ceste ville en si peu de temps, il assembla tout ce qu'il put de troupes pour y aller au s^ cours: mais, estant arrivé à Marienboomaa pays de Cleves,où il avoit délibéré de passer le&hia pour attaquer en campagne le prince et les Bo* landois, il en entendit la reddition; cequifct cause quUl n'alla pas plus avant et demeura qoeique temps en ce pays-là, où le sieur de Glem, gouverneur de Numeghe , et quelques habitai» le vindrent prier de les délivrer du fort de Kootzembourg dont nous avons parlé cy dessus « et lequel estoit à i'opposite de leur ville. On ioy en fit l'expédition si aysée qu'il résolut d'y aller, et fit passer le Rhin à toute son armée le quiaziesme de Juillet, sur les barques , bateaux et pontons qu'il put recouvrer. Le duc, aiusi entré en la Betuve , envoya investir ledit fort de Knotsembourg , où il fit tout ce qu'an chef de guerre tel qu'il estoit devoit foire pour assiéger une place si près de son ennemy , tellement que la batterie commença le vingt-deuiiesme jaiilet avec neuf pièces de canon ; mais ce fort n'estant que de terre , tout ce qu'il y fit fat sans effiect. Aussi-tost que le prince Maurice soeutqaela duc de Parme estoit entré dedans la Betuve , Il quitta Groëninghe, et vint passer le Bhinà Arnhem en GueIdre sur un pont de bateaux qn'il fitdresser en toutediligence. Ses troupes passées, it dressa une embuscade , tant de cavalerie qM d'infanterie , sous la conduite de Solms et di chevalier Veer, colonel des Anglois, laquelle il mit proche le Rhin; puis il envoya reoopK>istn le camp du duc par deux cornettes, lesqudto, estans descouvertes , furent aussi-tost chargécf par Pierre François Niceily, grand cavaHerizOï et capitaine de la compagnie de la garde dadS duc , lequel oommandoit en ce quartier làavee quatre cents chevaux. Ces deux cornettes, ayai^ quelque peu opiniastré le combat, se mireot un instant à la fuite. IVicelly , ne se souveo du commandement que le ducde Parme luy a fait le Jour d'auparavant en faisant la reveoè son armée , où il luy commanda expresseï que quelque attaque que l'on luy vinst faire ne s'engager au delà du premier pont qu il l . monstra, fit tout le contraire de ce comouodi' ment, et, ne pensante Tembuscadeque lepriod luy avoit dressée, il passa ce pont poursuiTai ces deux cornettes dont il en print une et qui ques prisonniers , ce qu'il faisoit pour acqutf^ de l'honneur : mais aussi-tost qu'il eust m Tembuscade, le^ fuyards s'arresterent court <
CHBOtlOLOGIE NOYBNAIBB DE PAUEA CAYET. [l&9l]
^aoroereot teste. Nicelly, se voyant attaqué par
lesflaoes de Dombre de mosquetaires, voolot retooraerpour venir regaigner le pont; mais H trouTE la cavalerie do prince en teste qui le vint charger si rudement, qne tonte la sienne, estant eoTiroonée de tons costez, fut entièrement desfiiicte, Nicelly pris avee Alfonse d*Âva1os , frère bastard da marquis du Gnast , Desiderio Manfredi , Seoigaglia , Arnatucci et PadigISa , tous eapitaines de cavalerie; ces deux derniers, blessez à mort, moururent peu après. En ce ooml)at, oQtre les morts, parmy lesquels il se trouva plu- «eon gentils-hommes italiens et espagnols , les Tictofieax galgnerent deux cents cinquante chevaux et deux cornettes, sçavoir, celles de Nicelly etde Jerosme Caraffe, lequel, estant blessé à la teste, trouva moyen de se sauver. Geste desfaicte fot en partie cause que le duc de Parme fat contraint de lever le siège de devant Knotsemboorg, ee qu'il flt toutesfols en plein midy, le vingtrioquiesme Juillet, pour monstrer au prince Maurice, ainsi que plusieurs ontescrit, qu'il ne ievoit ce siège par contrainte, ains par obeyssance et suivant les lettres du roy d'Espagne, qiii loy mandoit che senza dilaia di tempo pasmseeon guelpiù di génie cK* assembraia avesse a soceorrer le cose di Franeia^ lasciando perd gli Staii Bassi in quella miglior sieuressa che potesse(\).
Plusieurs firent des discours sur la levée de ce sifge : ceux qui cscrivoient en faveur du prince Maurice et des Estais disoient qu'ils avoient chassé le duc de devant Knotzembourg et des environs de Numeghe, et que s*ll eust attendu davantage, qu'il estoit certain qu'avec les navires de Holande qui devalolent pour le venir comme enfermer, ledit duc eust esté entièrement (les&lct ; car, disoient-ils, il estoit tellement contraint de lever ce siège , qu'il laissa deux pièces d'artillerie en la puissance des Hollandois , lesquelles il ne put emmener , et quelques pontons queron mit au fond de l'eau , et mesmes que le duc sortant de Numeghe , les habitans se brocardèrent tont haut de luy . Aussi le prince Maurice dèslors fat maistre de la campagne , tant en Gueldres qu'en Frise, les Espagnols n^y osans paroistre hors de leurs garnisons ; ce qui fut enuse que le prince n'ayant point d'ennemis à combattre en campagne , il s'en alla assiéger Huist en Flandres au pays de Vaês,qui se rendit à loy par composition , d'où il s'en revint assiéger Numeghe , ainsi que nous verrons cy-après.
Ceux qui escrivirent en faveur de TEspagne disoient que la retraicte que fit le duc de Parme de devant Knotsembourg estoit digne de grande louange , pouree qn'il la fit en plain Jour , et ft la
barbe de son ennemy qui estoit plus fort beaucoup que luy , sans perdre un homme, passant un large fleuve avec son artillerie, sa cavalerie et tout son bagage, en cinq heures. Toute retraicte d'armée qui se fait de jour au devant d'une autre armée ennemie ne s'est jamais gueres faicte sans une desroute et sans confusion, et toutesfols ce duc fltceste-cy sans perte, parle moyen des tranchées qu'il fit faire , avec des forts , où , cependant qu'il faisoit passer l'eau à son canon et à sa cavalerie , il y amusa son ennemy; puis , ayant fait retirer les siens de la première tranchée qu'il avoit fait faire entre le Vabal et la levée du costé d'où venoit le prince Maurice , il fit faire ferme au premier fort cependant que ceux de la première tranchée se retiroient en la seconde, et que son infanterie passoit l'eau avec tout le bagage ; il fit retirer ses troupes de tranchée en tranchée jusques à la dernière et au dernier fort , où il flt faire ferme à mille fantassins qui passèrent les derniers. Le prince son fils , qui estoit venu d'Italie pour le veoir, quoy qu'il fust bien jeune d'aage, se trouva en ceste retraicte. Leduc, le voyant actif à faire passer les troupes suivant ce qu'il avoit ordonné , luy dit : Non vi ajfannaie tanto^ ranucchio, cK essai fa presto chi fa bene (2). Il luy vouloit monstrer qu'il n'estoit point contraint de se retirer par la force, etqu'ez actions telles que celle là , il falloit que l'asseurance et la patience dominassent sur la crainte du danger et sur la hastiveté. Il monstra à ce coup là au prince Maurice , qui pensoit le contraindre au combat, qu'un advisé chef d'armées comme il estoit n'y peut estre contraint s'U ne veut. Il l'avoit assez donné à cognoistre aux François quand il se retrancha au marais près de Ghelies, ainsi que nous avons dit l'an passé, et le leur monstra encor depuis à Caudebec, ainsi que nous dirons l'an suyvant.
Le duc de Parme s'estant retiré dans Numeghe, il tint un conseil où il fut ordonné que Yerdugo avec trois cents dievaux et deux mille hommes de pied demeureroient en Gueldre pour y deffendre les places que le prince Maurice y attaquerait ; que trois compagnies de lansquenets seraient laissées dans Numeghe, pourceque les habitans ne voulurent souffrir d'avantage de garnison ; et que tandis que ledit duc irait prendre les eaux de Spa, j9«r divertir la podagra ,
(1) Que» uns délai. Il marcbét, avec le peu de tronpet qu'il poarroit rassembler , aa secours des catholiquei de France , prenant toutefois les mesures les plus etllcaces pour la sûreté des Pays-Bas.
(2) Ne TOUS tounneote-i pas tant, mon flls; celui-là qui fait bien fait toujours assez vite.
Sft6
CnONOLOOlK NOYSHAIBE DE PALICA GAYET. [t59l]
eagionatagH parte dalbeverlungo tempoaequa]; parle deW estreme faiiche sofferte neWassedio di Anversaj nei eui loghi humidi naiurelmente stando spesso anche nelCacquafirCal ginocchto, per volersi trovar présente à tutte quelle allioni militari (1), comme dit Gampana, que Ton fe* roit advancer au secours du duc de Mayenne et de ceux de T union en France don GharleS; prince d'Ascoii, fils naturel duroy d'Espagne, qui n'avoit bougé de la frontière de Flandres et de France, avec quelques troupes; que l*on tascheroit aussi d*appaiser les mutinez de Diest, Herental et Lieve, pour s'acheminer en France dez que ledit duc seroit de retour de Spa, suivant la volonté du roy d'Espagne. De ce qui advint de toutes ces choses nous le dirons cy -après. Voyons ce qui se fit en France depuis le siège de Chartres.
Après le siège de Chartres nous avons dit que le Roy alla à Senlis , et , voyant que le duc de Mayenne, ayant repris Chasteautierry, s'estoit retiré sans tenir la campagne, Sa Majesté sépara aussi son armée, et les troupes qui restèrent auprès de luy furent logées en divers endroits de risle de France. Quant à luy il s'en alla à Compiegne , pensant faire réussir la resolution que le marquis de Menetay avoit prise de luy rendre La Fere en Picardie et de se remettre à son service ; mais ceste practique ne sceut estre si seerettement menée qu'elle ne fust descouverte; dont s'ensuivit l'assassinat dudit sieur marquis de Menelay par des gens qu'aposterent aucuns de ceux de l'union, la plus-part desquels ont esté depuis pendus, après que le Roy fut rentré dans Paris. Ceste place avoit esté surprise par ledit sieur marquis sur le sieur d'Estrée, quiestoit royal, dez l'an 1589, et l'avoit tousj ours tenue pour la ligue. Ce marquis, qui avoit seeu que ceste place estoit demandée par le duc de Parme à ceux de l'union pour servir de retraicte aux armées du roy d'Espagne , ne Youlolt que ses labeurs fussent pour l'Espagnol , tellement que, par l'admonition que M. de Pienne son père luy fit [qui estoit fort affectionné au party royal], il s'estoit résolu de se remettlre, luy et sa place , en l'obeyssance du Roy ; mais 11 en advint tout au contraire, car ledit sieur marquis fut assassiné, et la place, dont le visseneschal de Montelimar fut pourveu du gouvernement par ceux de l'union, tomba sous la puissance de l'Espagnol. Sur ce que le prince d'Ascoll vint au secours de ceux de l'union, les relations italiennes disent que pour sa retraicte il Famese aveva ottenuto da principi délia lega La Ferra (2), qui est une forte place en Picardie, située dans des prairies où se Joignent les
rivières d'Oyse et de Serre , qui envîrmmcnt et rendent ceste place fort aisée à deffendre et malaisée à assaillir. Le long siège que le Boy tint devant en l'an 1596, ainsi que nous dirons ^ doit servir d'exemple à l'advenir aux François de m donner Jamais de place aux estrangers qu'ils appellent à leur secours en leurs divisions. Les chefs de l'union aussi tnalagevolmente s^tnâvssero a dar quella piazza (3), pour beaucoopâe considérations et de respects que le duede Panne ne trouvoit pas bons ; aussi ne voulut il faire advancer aucun secours que cette place ne fast livrée à ceux qu'il ordonneroit : ce qu'ayant esté fait, il y envoya une bonne garnison d'Espagnols et de lansquenets, lesquels, alQn que les habitans ne fissent quelque entreprise cootr'enx, y firent une citadelle pour mieux conserver ceste place au roy d'Espagne.
Durant le susdit siège de Chartres, M. d*Espernon estoit allé avec ses troupes en son goa¥ern^ ment de Boulenois, là où en une rencontre 11 desfit la cavalerie qui estoit en garnison dans Montreuil , print le gouverneur et son gendre prisonniers , et quelques autres capitaines; pa», ayant donné Tordre requis au Boulenois ^ il^^ vint pour trouver le Roy ; mais, passant auprès de Pierre-Fons , et ayant assiégé ce chastean , il advint qu'il fut blessé d'une harquebuzade qm lui perça la joue et lui abattit quelques dents, la balle estant sortie au dessous du menton ; ce qoi fut cause que ses gens levèrent le siège , voyans leur chef blessé.
Après que le Roy fut retourné des envlronsde LaFere, il vint retrou ver son arméeà Villepreux, où il se fit une grande assemblée de princes et seigneurs. L'exécution de ce qui y fut résolu se verra cy-après. Le 29 de may. Sa Majesté co partit et vint loger à Montfort Lamaulry,d'oà M. de La Noue partit pour aller trouver M. le prince de Dombes , pour l'accompagner à faire la guerre en Bretaigne contre le duc de Hercœor et les Espagnols. Le lendemain le Roy alla a Mante , où les chevaliers du Sainct Esprit y firent la solemnité de cest ordre dans l'église Nostit Dame le jour de la Pentccouste , là où assistèrent messieurs de Nevers, de Luxembourg, de La Guiche , et autres chevaliers dudit ordre. U lendemain ledit sieur duc de Nevers partit pow
(0 Pour calmer la goutte qu'il STOit prise, sott pev n'avoir ba long-temps que de l'eau , soit par &oite à^ fatigues qu'il avoit éprouvées au siège d'Anvers, i*'*' nant souvent dans l'eau jusqu'aux genoux, afin ^'^ présent è tontes les opérations de oe siège.
(2) Farnaise ayoit obtenu des princes de la ligs^u ville de LaFère.
(3) Dlfflcilement se prêtèrent à fivrw celte place.
CHHONOtOOlB HOySlfÀtRB DB ^ALHA GÀYBT. [1591]
Mt
s'en aller en son gonvernement de Champagne [aire la guerre; et le Roy s'en alla à Vernon pour faire Tentreprise snr Louviers^ laquelle s'execQta le sixlesme jour de Juin.
Geste entreprise fdt tramée par uif nommé le capitaine Marin, homme fort accord, lequel , ayant esté mis dans le chasteau de Yaudreuil par ferieor du Raulet, gouyerneur pour le Roy dans le Pont de Larche , prit tant de cognoissaoce et fiunitiarité avee les gentilshommes et antre gens de guerre de ces quartiers là , qu'après que ledit sieur du Raulet Teut mis hors de Yaadreuil pour quelques paroles qu'il y eut entr'eax deux , il ne laissa pas de demeurer au pays chez ses amis, et depuis print cognoissance à on habitant de Louviers , qui estoit caporal à h porte par où Ton sort de Louviers pour aller àRonêni qui estoit fort catholique, quoique son père enst esté de la religion prétendue reformée. Marin sceut si dextrement manier ce caporal en lierjsant des conditions deshabitansde Louviers, de ienr rudesse et des cruautez qu'ils avoient exercées le temps passé, tant contre les huguenots de leur ville et des environs, que contre les catholiques royaux, que ce caporal , de parole en parole, luy ouvrit son cœur et luy dit qu'autres-fois ceux de Louviers avoient fait mourir son père pour sa religion, après l'avoir traisné inr une claye et fait mille indignitez , mais que ponr cela il n'en vouloit d'autre vengeance. Le capitaine Marin, luy ayant répliqué qu'il en detott avoir toutesfois du ressentiment, et que, s il Youloit , il pouvoit en tirer la raison en fai- ^t prendre Louviers pour le service du Roy, <pii lay en donneroit recompense , ce caporal ioy dit qae cela meritoit bien d'y penser , et qn'nne autresfois ils en traicteroient. Sur cela hn et l'autre se séparèrent. Mais Marin solicita tant, que le caporal le vint retrouver en une i&aison auprès de Louviers, où, ayans devisé de piosieurs manières pour pouvoir remettre ceste ville en Tobeyssance royale, le caporal luy dit 1^*il en feroit faire la surprise sans perte d'homi»es,pourvea que l'on luy promistque l'on n'y 'xerceroitaucon pillage ny aucune rançon. Main, désirant en sçavoir la manière , Tasseura iu*i{ ne s'y feroit aucune hostilité. Alors le ca- >oraI lay dit qu'il avoit moyen de tenir la porte ^verte et faire entrer tant de gens de guerre [Qil voudroit dans Louviers, pourveu que l'on ' vfnst à l'heure qu'il diroit , mesmes que le )restre qui estoit à la guette dans le clocher esoit de ses amis, et qu'il le feroit condescendre à on dessein, et qu'il ne sonneroit point quand il iescouvrirolt les royaux. Marin ayant Jugé ce Doyen pour le meilleur, dit qu'il vouloit parler
au prestre , et qu'il leur falloit enoor gafgner un tiers affldé pour s'entredonner les advertis* semens nécessaires. Le caporal luy dit : t Ne vous souciez de cela, J'ay un amy qui est huil* lier, et duquel ceux de Louviers on faict mourir le père de mesme façon que le mien , qui fera ceste charge. » Marin , qui veut voir clair en ceste affaire, voulut parler au prestre et à l'huillier , ce qui fut fait, et banquetèrent deux ou trois fois ensemble , où il leur fit promesse de dix mille escus de recompense. Les voilà tous quatre d'accord , il n'est plus besoin que de l'exécution. Or, cependant que Marin brassolt ceste surprise, il s'addressa à M. de Larchan, gouverneur d'Evreux pour le Roy , afIQn de luy donner des gens pour l'exécuter ; mais , ne luy en voulant déclarer le secret , ce seigneur ne voulut rien entreprendre. Bu depuis il s'addressa au sieur de Sainct Ronnet, neveu de M. de Pontcarré; qui luy conseilla d'en parier au sieur du Raulet. Marin, pour le mescontentement qu'il avoit de luy , n'y vouloit condescendre ; mais ledit sieur de Sainct Ronnet, luy ayant nfiseuré qu'il le feroit rendre content et satisfaict , practiqua entr'eux une entrevue où ils résolurent tous trois d'en aller parler au Roy : ce qu'ils firent à rinstant,et le vindrent trouver vers Mante, li où, suivant la promesse du capitaine Marin , les dix mille escus furent promis aux trois entrepreneurs, et à luy autres dix mille. Pour exécuter ceste entreprise toute l'armée s'achemina vers Louviers. Le baron de Rlron fût chargé d'y conduire les gens de pied , et le sieur du Raulet et quelques-uns des siens de se tenir en une embuscade proche de la ville pour se rendre maistres de la porte en attendant ledit sieur de Riron. Tout se prépare pour l'exécution. Le prestre qui estoit à la guette du clocher de Louviers descendit et se vint rendre à la porte avec le caporal. Sept soldats déterminez entrèrent dans la porte de Louviers avec les escharpes noires , et s'amusèrent à parler au caporal pour se saisir du corps de garde. L'huillier va advertir le sieur du Raulet de s'advancer : ce qu'il fit, accompagné du prevost Morel et du capitaine Saincte Catherine et de quelques autres, lesquels se rendirent maistres de la porte où ledit caporal fut mesmes blessé , n'ayant assez tost pris son escharpe blanche, et eust esté tué si le prevost Morel ne Teust recognu. Ceste exécution ne se put faire sans que l'alarme ne fust incontinent donnée par toute la ville. Ce que voyant ledit sieur du Raulet, il résolut de donner Jusques aux halles avec le prevost Morel et quelques autres : ce qu'iSs firent , crians Vive le Roi! mats ils trouvèrent les habitans , qui dez le premier
CHRONOLOOIB NOVENAIBB DB PALKA CAYBT. [1&91]
brait avolent couru aux armes, rangez en trois escouades , là où 11 y eut longuement combatu , tant que Fontaine-Martel eut loisir de rentrer dans la ville , d'assembler ses gens et de repoulser ledit sieur du Raulet Jusques auprès de la porte par où il estolt entré. Le prevost Mord estant retourné à la porte Jl la trouva abandonnée, n'y ayant plus qu'un soldat qui avoit mis un drap blanc qu'il avoît trouvé dans le corps de garde pour signal au baron de Biron , lequel, depuis rentrée du sieur du Raulet demeura plus d'une grande demie beure à venir, ce qui cuida rendre Tentreprise sans effect. Du Raulet, estant ainsi contraint de se retirer dans la porte , se vid pour&uivy de soixante barquebusiers, et Morel, estant descendu d'une guérite où il estoit allé pour voir si le baron de Biron ne venoit point, récent tant d'barquebuzades dans sa cuirasse, sans que pas une ne le blessast, qu'il en branla. En ce péril il s'advisa décrier : «Çà, çà, compagnons, c'esticy,àmoy, à moy 1 • ce qui fut cause que les babitans se retirèrent un peu, pensans qu'il y eust là quelque embuscade ; mais à Tlnstant entra le baron de Biron avec ses troupes qui les repoulserent Jusques aux balles. Alors il y eut bien comi)atu l'espace de près de deux beures , où en fin les royaux demeurèrent maistres de la ville, après avoir perdu trente des leurs, et ceux de Funion quelque quarante. Fontaine-Martel demeura prisonnier du Roy, avecM. de Sainctes, evesque d*Evreux, qui fut mené à Caên où il mourut peu de Jours après. Les soldats incontinent se mirent au pillage. Le Roy y estant arrivé, le fit deffendre ; mais , aussi-tost qu'il fut party pour s'en retourner vers Gaiilon, le marescbal de Biron , qui y estoit arrivé avec la cavalerie, souffrit que ceste ville fust entièrement pillée, qui estoit fort ricbe pour ce qu'elle n'avoit Jamais esté prise pour sa force, et tout le bien du plat pays avoit esté porté là dedans comme en lieu inexpugnable pour y estreen seureté. Enir'autres choses il y eut grande quantité de toiles prises. Ledit sieur du Raulet y fut laissé gouverneur. Voylà ce qui se passa en la surprise de Louviers. Quatre Jours après le Roy alla coucher à Andely , d'où il partit le quatorziesme dudit mois de Juin pour aller à Dieppe y recevoir cinq cents Anglois et des munitions; puis il revint à Gisors le vingt-quatriesme trouver son armée que le marescbal de Biron condulsoit. De Gisors Sa Majesté se rendit à Mante, et, le vingt neufiesme dudit mois, il alla au devant de madame de Bourbon sa tante , abbesse de Soissons , que ceux de l'union avolent mise dehors de son abbaye , quoy qu'elle fust plus que sexagénaire :
c'estoit une princesse très-vertueuse. M. le cardinal de Bourbon , M. Tarcbevesque de Bourges, et plusieurs autres evesquesquiavoieQtdemeoré à Tours depuis la mort du feu Roy , tenans le conseil d'Bstat , estans mandez par le Roy de le venir trouver, vindrent premièrement à Chartres, où ils trouvèrent M. le chancelier de Chi* verny avec l'autre partie du conseil, lequel depuis ne fut plus divisé ; et toute ceste compagnie vint avec madame de Bourbon et ledit siear cardinal à Mante. Geste arrivée se passa en tootes les honnestes réceptions que l'on peut imaginef entre de si proehes parens.
Le Roy toutesfois avoit tousjours l'oeil sur ce que faisoient ses ennemis. Il eut advis, ceste mesme Journée, que le vicomte de TavaoDesJe sieur de Villars , et les autres chefs de la ligue en Normandie, lesquels estoient dans Rouen, avolent une entreprise sur le Pont de l'Arche; ce fut ce qui le fit partir dez le lendemain pour ses aller à Magny , où ayant Joinct quelques troupes il retourna sur le soir à Vemon , d'où il partit incontinent avec buict cents cuirasseseldouze cents liarquebuziers à cheval et mil hommes de pied, et arriva en ceste sorte à Louviers justement au poinct du Jour. De là , ayant M armer un chacun , il fit cheminer droict au Pout de l'Arche ; mais ceux de l'union furent advertis que les royaux battoient les champs en deliben* tion de les attraper , ce qui Ait cause que rieu ne parut. Les troupes retournèrent trouver le mareschal de Biron en l'armée . et le Roy revint I Mante, d'où il envoya, le huictiesroe juillet, M. de Luxembourg en Italie vers les YeDîtieBS pour les maintenir en son alliance , ainsi qui) avoit esté arresté au conseil tenu à Villepreax, dont il a esté faict mention cy-dessus. En a temps plusieurs choses qui furent délibérées en ce conseil furent exécutées, entr'autres deux edicts, l'un pour lerestablissementdesedictsde pacification, par lequel le Roy cassoit, rero* quoit et annulloit les edicts de 1 585 et 1 588 que le feu Roy avoit esté contraint de faire par rioH portunité des princes de la ligue , et tous les jagements , sentences et arrests donnez en eons» quence desdits edicts , voulant que les derniers edicts de pacification advenus entre les roysde France et ceux de la religion prctendoê refor mée fussent entretenus, gardez et observez pai toute la France, ainsi qu'ils estoient du vi^-anl du feu Roy : le tout par provision , Jusques i cf qu'il eust pieu à Dieu luy donner la grâce à réunir tous ses subjects par Testabllsscment d*ooi bonne paix en son royaume , et pourvoir au foi de la religion , ainsi qu'il l'avoit promis à son ad yenement à la couronne.
CHRONOLOGIE HOTËNAtBB DE PÀI.MA CÀYBT. [l59l]
L*atitre edict conteooit deux danses. Par la première le Roy promettoit de maintenir la religion catholique , et la secondé estoit contre le nunce Landriano, envoyé, comme nous avons dit cy dessus , par le pape Grégoire XIV pour fulminer contre les caûioliques qui suivoient Sa Majesté , car , auparavant que ce nunce fust entré en France, il avoit fait publier une patente que s'il y venoitqu'il vinstversluy, et qu'il seroit honorablement receu ; mais que , s'il se retiroit vers ceux de l'union qui estoient ses ennemis, il commandoit que tous ses subjects n'eussent aucunement à luy obeyr. Les mots dudit edict que j*ay adjoustez icy , donneront assez à cognoistre son Intention et ce qui se passa en ce temps-là.
• Cest ardent désir que nous avons cy-devant porté , premièrement comme prince chrestien et soigneux par bonnes œuvres d'en mériter le tiltre , et puis pour le rang que nous avons tousjours tenu en ce royaume, et Tinterest que nous avons à la conservation de ce qui est de la dignité d'Iceluy , s'est en nous augmenté et accreu autant qu'il est compréhensible depufsie funeste accident de la perte du feu Roy dernier, nostre très-honoré seigneur et frère, qu'il a pieu à Dieu , par le droict de légitime succession , nous appeller à ceste couronne , et que nous nous sommes sentis chargez et responsables de la conservation de tant de peuples , et avec pouvoir et authorité d'ordonner nous-mesmes de ce qu'auparavant nous ne pouvions qu'intercéder envers les loutres. Ce fut aussi le premier acte que nous voulusmes faire en ceste dignité souveraine que déclarer solemnellement que nous ne désirions rien plus que la convocation d'un sainctet libre concile , par lequel ce qu'il y a de différent et discordant au faict de la religion peut estre si bien esclaircy et vuidé , qu'il ne peut jamais estre en aucune dispute et incertitude ; et que pour nostre particulier nous ne portions nulle opiniastreté ou presumption de science ou doctrine ; que nostre intention estoit de recevoir plus volontiers que jamais toute bonne instruction qui nous pourroit estre donnée , et , si par icelle Dieu nous &isoit la grâce de recognoistre si nous sommes en erreurs , de nous en départir, et nous réduire à ce qu'il permettra que nous verrons et jugerons estre de nostre salut et de ses commandements : ayans cependant juré et promis que nous ne changerions ou innoverions, ny ne souffririons estre rien changé ou innové au fait et exercice de la religion catholique, apostolique et romaine, laquelle nous voulons conserver et maintenir , et ceux qui font profession d'icelle , en toutes les authoritez , franchises et llbertez, comme il est particulière-
ment porté par l'acte de ladite déclaration signée de nous, et qui a esté veuë et registrée en toutes nos cours de parlement. Ce qu'ayant esté ainsi cognu et notoire à un chacun , devoit suffire pour amortir et esteindre ceste guerre de rébellion , si le prétexte qu'en ont pris les autheurs d'icelle eust esté véritable, et qu'il fust, comme Ils le publient, sur le fait de la religion, pour le bien de laquelle la convocation dudit concile, et nostre submission particulière à une nouvelle instruction , estoit le meilleur acheminement qui s'y pouvoit désirer. Mais eux , qui craignent et abhorrent le plus ce qu'ils veulent persuader de désirer le mieux , qui fuyent la lumière pour demeurer dans les ténèbres , lesquelles tiennent en protection les crimes , pressez de leurs consciences qui leur en sont autant de juges irréprochables, ayans plus de soin de se parer contre la justice deshomm^que contre celle de Dieu, quand ils ont veu plus de disposition à l'ordre, c'est lors qu'ils se sont précipitez en la plus grande confusion, et , par leurs seuls deportements , ils se sont eux - mesmes convaincus comme malicieusement ils ont abusé d'un sainct nom de religion pour couvrir leur insatiable ambition. Les premiers mouvemens et le temps de leur souslevation les manifeste assez, s'estans rebellez sous le nom et prétexte de ladite religion contre le feu Roy , nostre très-honoré seigneur et frère , qui a tousjours esté très-catholique , et lors que plus il faisoit la guerre pour la religion catholique. La continuation de leurs procédures a tousjours depuis confirmé le premier jugement que l'on en a deu faire, tant que, sans qu'il ait esté besoing de plus particulière information , ils ont d'eux-mesmes descouvert si clairement leurs desseins, qu'il n'y a si simple qui ne voye que le faict de la religion dont ils s'ar« ment le plus , c'est dequoy il s'y agit le moins. Les ligues et associations qu'ils ont faictes pour l'invasion de ce royaume avec le roy d'Espagne, les ducs de Savoye et de Lorraine ; le partage de toute l'usurpation faicte et à faire qui est conclu entr'eux , tesmoignent assez que ce trouble n'est qu'une faction d'Estat , qu'ils ne tiennent ceste guerre qu'en traffic et commerce, et pour y profiter seulement. Ce n'est plus aussi qu'envers les plus simples et ceux lesquels ils veulent associer en la despense seulement et non au proffit qu'ils en espèrent, qu'ils font valoir leurs prétextes, comme ils ont fait à l'endroit des derniers papes, pour leur faire chèrement payer le tiltre imaginaire qu'ils leur proposent de chefs et supérieurs en ceste cause. Mais ceste leur malice fut bien-tost desconverte par le ^eu pape Sixte , que l'on a veu en ses derniers Jours se
CHBONOtOGIS HOTSNÀniS BS VJJMX CIYBT. [1591]
repentant d'avoir esté par eux abusé, bien 'résolu de fulminer contre eux rigoureusement , et plus qu'à leur instigation il n'avoit auparavant fait contre d'autres. Ils ont depuis acquis en ceste dignité un sujet pour eux plus convenable, pour le moins jusques icy ; sa trop &cile crédulité et la violente et précipitée condamnation qu'il a faite contre ceux qui n*ont esté ouys ny défendus , fait présumer qull soit plnstost partial en ceste cause que père commun et esgal à tous , tel qu'il devroit estre. Ayans esté advertis que , sur la simple déclaration qui luy a esté &icte de la part desdits rebelles que nous avions conjuré contre la religion catholique , que nous rcjections toute instruction, il nous a tenu pour incapable d'icelle, et , par un nunce envoyé exprès, il a faict jetter des monitions en aucunes villes de ce royaume contre les princes , les cardinaux et officiers de la couronne, archevesquesi evesques, prélats et tous autres, tant du elergé , de la noblesse, que du tiers-estat, qui sont à nostre service et nous ont gardé la fidélité et obeyssance que naturellement ils nous doivent, estant ledit nunce entré en cestuy nostre royaume sans nostre congé et permission , ny nous avoir donné aucun ad vis de son voyage ny de sa charge, s'estant au contraire addressé ausdits ennemis et aux villes qu'ils usurpent pour y recevoir d'eux les instructions de ce qu'ils voudroient qu'il fist , comme estant plus leur ministre que de celuy de qui il est envoyé. £n quoy nous recognoissons avoir à rendre grâces à Dieu de ce qu'il a permis que nosdits ennemis et rebelles soient réduits à ceste nécessité que leurs plus fortes raisons , et sur lesquelles sont fondées leurs principales inductions , se puissent si aisément convaincre de faulseté et recognoistre pour impostures et calomnies , comme ils n'en pouvoient alléguer une plus grande que d'imposer que nous rejettions l'instruction que nous avons promis de recevoir, laquelle au contraire nous recherchons et desirons avec entière affection, et l'aurions desjà receuë sans l'exercice violent et continuel auquel les affaires que nous donnent lesdits rebelles nous tiennent,.san8 y avoir encores eu un seul jour d'intermission et de repos ; et l'autre n'est pas moindre, de dire que nous ayons rien innové ou altéré au faict de la religion catholique , apostolique et romaine , dequoy nous les voulons bien tous pour tes* moings , s'ils peuvent remarquer que nous ayons souffert ou permis, depuis nostre advenement à ceste couronne , qu'il y ait esté attenté aucune chose. La seule disposition aussi du gouvernement de cest Estât les peut convaincre de faulseté , estant les princes de nostre sang , les ofll<
ciersde la couronne, les gouvemeursetlieutenaos généraux de nos provinces , nos principaux cxmseillers et ministres , et ceux qui manient et expédient nos plus importans affaires, toosdi la religion catholique, ayans en nostre conseil d'Ëstat les cardinaux et principaux prelatidc ce royaume , nos parlements tous remplis d'officiers catholiques : qui sont , avec la convictki de leurs impostures , toutes bonnes et sofiBuntn cautions de raccompUssement de la promène que nous avons faite pour la conservation et n» nutention de ladite religion catholique, apostolique et romaine ; laquelle désirant invidablement effectuer , et à ce que tous nos bons et fiddles sujets catholiques en soientinformeE et asseom.
• Nous déclarons derechef par ces présentes, et , conformément à nostredite précédente de* claration , protestons devant Dieu , que noaine desirons rien tant que la convocation d'nnsaioet et libre concile, ou de quelque assemblée nottble, suffisante pour décider les différents qui sont au fait de la religion catholique, poor Uqueile nous recevrons tousjours en nostre particulier toute bonne instruction , ne reelamant rien tant de sa divine bonté , sinon qu'il nom face la grâce , si nous sommes en errear, de le nous faire cognoistre , pour nous réduire an plat' tost à la meilleure forme, n'ayant antre pitf grande ambition que de voir de nostre r^ Dieu servy unanimement de tous nos subjeA selon sa loy et commandement , affin qne II France soit tousjours l'asseurance du nomchni' tien, et en nous se conserver aussi legitiinoment ce tiltre qu'en aucun autre de nos prédécesseurs.
i Promettons cependant et jurons de vonUt conserver la religion catholique, apostolique il romaine, et tout l'exerdce d'icelle, eo tontes M authoritez et privilèges, sans souffrir qn'ûyt^ rien changé, altéré ou attenté, aussi peaqtf nous ne souffririons qu'il fust fiait à nostre p(«* pre personne, selon qu'il est plus ampleoetf porté par nostredite précédente déclaration, li* quelle nous avons de nouveau cmifirmée , if* prouvée et ratifiée , confirmons, approuvons el ratifions par ces présentes.
» Et pour le regard de l'entrepnse fiiicte ledit nunce , combien que les fautes qui sont la cause , au jugement et en rexeentkwqui ea estéfaictesoient telles etsievidentes qu'elles dent toute sa procédure nulle et de nul efM valeur, toutesfois, par ce que cela regarde seulement nostre personne et ceux qui y soBt présent intéressez , mais aussi nos suooessenrs les dignités et authoritez de cest Estât , ne ^ct lant que de nostre règne il y soit rien attfsl'
CfiRONOLOGiS NOVBNAIBB BB PALVA CAYRT. [l59l]
on entrepris , ny aussi peu que nostre nom ait peu servir d'y faire aucun préjudice , recognoissans aussi que les privilèges de TEglise Gallicane y peuvent estre intéressez, à la protection et conservation desquels nous nous sentons particulièrement obligez par nostre susdite promesse, comme à chose dependantede la dignité et du fait des ecclésiastiques de ce royaume , nous voulans que cela soit publiquement reparé sans y rien prononcer de nostre seule authorité, nous avons résolu de remettre tout ce fait à la justice ordinaire , pour y procéder selon les loix et coustumes du royaume , la garde et conservation desquelles appartenant naturellement à nos cours de parlement, nous leur en avons délaissé et remis toute la juHsâiction et cognoissance. A ces causes y nous mandons et enjoignons aux gens tenans nos courts de parlement qu'ils ayent, incontinent ces présentes receuës, et sans intermission et delay, à procéder contre ledit nunce et ce qui a esté par luy exécuté en ce royaume, sur les réquisitions qui en seront faites par nos procureurs généraux, et selon qu'ils verront estre à tedre par raison et justice.
• Ebihortons aussi les cardinaux , archevesques, evesques et autres prélats de ce royaume, d'eux assembler promptement , et adviser à se pourvoir par les voyes de droit, et selon les saîocts décrets et canons , contre lesdites monitions et censures Induëment obtenues et exécutées, et à ce que la discipline ecclésiastique ne soit aucunement intermise ny les peuples destituez de leurs pasteurs et des saincts ministères et offices qu'ils doivent attendre d'eux. A quoy ceux desdits prélats qui defaudront , comme ils s'accuseront déserteurs desdits privilèges de l'Eglise Gallicane , aussi ils demeureront indignes de la jouissance d'iceux et de tous autres. Mandons en outre , etc. Donné à Mante , le quatriesme jour de juillet, l'an de grâce mil cinq cents quatrevingts et onze, et de nostre règne le deuxiesme.
Signé Henby. »
Gest edict estant envoyé à tous les parlements, il y ftit leu, publié et enregistré. Geluy de Tours, qui estoit la cour et le siège des pairs de France, fit publier l'arrest cy-dessous sur la remonstrance Mete pour le procureur gênerai , touchant les libériez de l'Eglise Gallicane et les nullitez desdites monitions et censures données par le pape Grégoire XIV, publiées en France par son nunce, où fut allégué la sentence que sainct Hierosme escrivoit ad Theophilum : Christus non fulminons et non terrens, sed vagiens in cunnis, sed pendern in emce Ecolesiam redemit, La concluaoD estoit qu'il failoit honorer le Sainct Siège
apostolique, et le pape séant en iceluy, quand il seroit père et non partial. Ce fut pourquoy , après la lecture desdites bulles monitoriales , la cour ordonna que sur le reply des lettres sera mis : Leuës^ publiées et enregistrées, ouy et ce requerant le procureur gênerai du Roy, Et ayant esgard au surplus des conclusions par luy prises, a déclaré et déclare les bulles monitoriales données à Rome le premier jour de mars mil cinq cents nouante, nulles, abusives, séditieuses damnables, pleines d'Impietez et impostures, contraires aux saincts décrets , droits, firanchises et libertez de TEglise Gallicane; ordonne que les copies scellées du seau de Marcelline Landriane, soubssignées Sesteline Lampineto , seront lacérées par l'exécuteur de la haute justice, et bruslées à un feu qui pour cest effect sera allumé devant la grand porte du Palais ; a fait inhibitions et deffences , sur crime et peine de leze -majesté, à tous prélats, curez, vicaires et autres ecclésiastiques , d'en publier aucunes copies , et à toutes personnes , de quelque estât , qualité et condition qu'elles soient , d'y obeyr, d'en avoir et retenir; a déclaré et déclare Grégoire, se disant Pape quatorziesme de ce nom, ennemy de la paix, de l'union de l'Eglise catholique, apostolique et romaine, du Roy et de son Estât, adhérant à la conjuration d'Espagne, et fauteur des rebelles , coulpable du très-cruel, très-inhumain et très-detestable parricide proditoirement commis en la personne de Henry III, roy de trèsheureuse mémoire , très-chrestien et très-catholique ; a inhibé et défendu, inhibe et défend, sur semblable peine, à tous banquiers respondre ou faire tenir par voye de banque à Rome or ny argent pour avoir bulles , provisions , dispenses et autres expéditions quelconques, et si aucunes sont obtenues, aux juges d'y avoir esgard. Ordonne la cour que Marcelline Landriane , soy disant nunce dudit Grégoire, porteur des bulles, sera prins au corps , et amené prisonnier en la conciergerie du Palais, pour là procez luy estre fait et parfait , et si prins et appréhendé ne peut estre , adjoumé en trois briefs jours au plus prochain lieu de seur accez de la ville de Soissons. Enjoinct à tous gouverneurs de villes et capitaines des chasteaux et places fortes de Tobeyssance du Roy, de donner confort et aide au susdit décret. Et , pour rendre la saincte et juste intention du Roy notoire à ses subjets, ordonne que copies collationnées, tant des lettres patentes que du présent arrest , seront mises et affichées par les carrefours et principales portes des églises de ceste ville, et envoyées aux bailliages et seneschaussées de ce ressort , pour estre leuês , publiées , registrées et affichées comme dessus , et
CHBOKOLOGIB NOTBNiilBS DB PÂLMÀ GAYBT. [1591]
aux archevesques et evesqaes, pour estre par eux notifiées aux ecclésiastiques de leurs diocèses. Enjoint aux baillifs et seneschaux, leurs iieutenans généraux et particuliers , procéder à la publication , et aux substituts du procureur gênerai , de tenir la main à l'exécution , informer des contraventions, et certifier la. cour de leurs diligences au mois, sur peine de privation de leurs estais. A Tours, en parlement , le cinquiesme d'aoust mil cinq cens nonante un. Signé Tardieu.
Gest arrest futexecuté le mesme Jour de relevée. Peu après , plusieurs particuliers firent imprimer des livres pour response à ces commonitoires et excommunications du Pape, dans lesquelles ils remarquoient vingt-six nullitez. Sur )a remonstrance que Ton fit au parlement de Chaalons pour le procureur gênerai , la cour fit lacérer en pleine audience ces deux monitoires, si tost quUls furent publiez ez villes de la ligue en Cliampagne, et ordonna que le procureur gênerai du Roy auroit acte de rappel par luy interjecté au futur concile légitimement assemblé. Prançois de Claris, Jurisconsulte , fit aussi imprimer quatre livres qu'il intitula les Philippin gués contre les bulles et autres factions d Espagne, Dans sa troislesme , qu'il ne put mettre en lumière qu'après la mort du Pape, qui fut le 1 5 d'octobre de ceste année, il dit :
• Il faut donc, si le Siège romain nous destitue en ceste cause, et veut rompre nostre alliance pour perdre ce ricbe royaume au profit de l'Espagnol, que, pour la deffence des droicts de France, pour la vengeance de nos injures, et pour la conservation commune de leurs dignitez et empires, tous les princes se donnent icy la main, se Joignent et lient chrestiennement, comme ez temps des Henrys d'Allemagne, de Federic, de Slgismond, de Maximillan et Loys XU , pour la tenue d'un concile gênerai ; remède salutaire , non seulement à la France , mais très-nécessaire et très-important au repos et asseurance de tous les royaumes, tant pour la resolution et esclaircissement des poincts contentieux en la foy, que pour nettoyer sainctement de mille taches mille rides et tares difformes , la discipline de l'Eglise que Dieu a logée en leurs mains, et pour renverser vigoureusement d'un effort uny et concerté l'insupportable audace espagnolle si violante et si croissante , masquée du voile emprunté de religion et de la fàuce deffence de l'Eglise. A quoy si les pères qui se serront légitimement sur la chaise de sainct Pierre apportent une ame reposée et non tachée des restes de l'envie de Grégoire, s'ils ne retiennent rien de son injustice et violence, suc-
cesseurs seulement de sa place, non pas ie m violentes humeurs , je desireray plus (pie toat autre de leur y voir retenir le rang honorable de leur ordre, que nostre amitié et alliance leur conservèrent au concile de Vienne, conYoqné pour Injustice dépareilles injures; sinon il fandn que les princes qui tiennent le gouvernail dn monde, vice-rois et saincts lientenansderEm* pire de Dieu , après avoir ordonné à tous les pasteurs de leurs églises d'y apporter leurs justes (t généreux suffrages, selon la dignité et antiquité de leurs sceptres, prennent en main la moderatim de ceste célèbre assemblée , sur les pas chrestiens et les pieuses traces de Constantin, Theodose, Martian, Justinian II,Gharlemaigne, etOttoal. » Il est temps que tous les prinees et toviei les églises se disposent à contribuer leurs aoti»ritez et prudences à l'effect de oe renooiBé concile , Vasseurance de leurs Estats comme di nostre. Que si Dieu nous favorise tant de voir reluire ce Jour de bonheur, comme nous Tesperons et attendons de sa grâce, cessaincts eomiees de l'Eglise seront nostre confort, les jugsde nostre fidélité comme de Dostre religion, et de l'infamie et honte de tant de conspIratloDS estrangeres. En ceste grande et sainctecompagaie de tant de dieux ; en ceste troupe esleuëde taat d'evesques et oingts du Seigneur, consaerceet authorisée de la présence des roys et pasleoii de toutes les églises ; en cest abrégé de la piet^ du monde ; en la face de toute l'Eglise parée 4 mise à son Jour, tenant son lict de Justice, asto en majesté ouverte, nos insolens enuemis et tiNf les protecteurs de ces bulles outrageuses tre» bleront d'horreur et d'effroy ; la seule veoêde tant de saincteté et de grandeur les aecabln d'estonnement, les esclats des vertus de tant* princes et de saincts pères esclairant comme ^ toilles, comme les vives lampes et soleîis de chrestienté , les esblouyront de rencontre d'abord , et les rempliront de confusion et crainte ; leurs injustices paroistront à desco et à nud , esclairées des yeux religieux de de graves personnages, la fleur et resiite de la grandeur, saincteté et Justice du monde où au contraire l'Eglise Gallicane, comme des filles aisnées de l'Eglise, glorieuse de! neur de ce célèbre Jugement despioyé pov conservation et pour la gloire de sa oo fidélité et religion, reprendra son premier cdMf et regaignera ses authoriiez anciennes, et fortifiée de l'assistance de tant de po roys et d'un si grand nombre de sainctes ses sœurs germaines, toutes Intéressées et fencées en la douleur de ceste cause si comm et si conjoincte. »
CHBONOLOGIS HOYBNAIBS BB PALHA €AY£T. [1591J
Vojlà Tadvis de ce jurisconsulte , qui ne fût do toat pareil à la résolution de rassemblée générale do clergé qoi se tint an mois de septemive à Chartres ponr, suivant Texhortation que leRoy lenravoit faicte par son edict, adviser par les yoyes de droict à se pourveoir contre lesdites bulles. Geste assemblée fut célèbre , et s'y troDva Dombre de prélats et ecclésiastiques de diven endroicts de la France , et mesmes plulieQrs arcfaevesques et evesques des villes de TmiioD, car peu se trouvèrent de villes de ce |»rty qui ne chassèrent leur evesque, abbé, ou iev principal prélat. Les deux monitoires y estans leos, le premier addressé au clergé et gens efdesiastiqaes de France , par lequel il les excomfflooioit si dedans quinze Jours ils ne se retiraient de Tobeyssance et suitte de Henry de Bourbon, et en outre, si dedans quinze Jours ensuivant ils ne le laissoient , il les privoit de leurs bénéfices. Le second estoit addressé à la noblesse, ^05 de justice et tiers-estat de France, qu'il invitoitifiiire le mesrae ; et, en cas qu'ils ne luy ▼onhissent obeyr, il les menaçoit de tourner sa bonté et pieté paternelle en sévérité déjuge, deelarant en outre le Roy excommunié et descheu de tous ses royaumes et seigneuries pour estre iKretjqne et relaps , promettant d'envoyer des fivcesau party de l'union pour mettre en elTect ^ excommunication. Après que ladite assemblée ent examiné lesdites bulles monitoriales, elle les déclara nulles , injustes , et suggérées par les ennemis de l'Estat de la France , protestant toutes-fois de ne se vouloir despartir de Tobeyssance du Sainct Siège apostolique ; et y fat resolo d'envoyer deux prélats d'entr'eux avec «joelqnes autres du clergé vers Sa Saincteté pour I ioviter à se recognoistre. Voylâ ce que fit ceste i^mblée, suivant en cela le concile national de i'Eglise Gallicane assemblé à Tours l*an 1510. ^îwn est concilie anie omnia mittendos ab Ecclesia Gallicana legatos ad 2). papam Jth hm,quifralernacharitateet secundumEvan- 9^icam correciionem eum admoneani, têt à ccBp- ^^desistere velii, etc. Quod si nolit legatos in Maudire, inlerpelletur de convocando conciliolibero{i).
là mort dudit pape Grégoire, survenue, comme nous avons dit, le 15 d'octobre, fbt cause que ceste légation ne se fit ; et plusieurs ^i escrit que quand elle se fust foicte que Ton n'en eust tiré aucun fruit. Quelques-uns ne lais-
(I) • n a paru au coacîle que TÉglise gallicane de?oit ,
• iTaot tout, envoyer des dépotés au pape Jules pour lui
• faire des repréieatations conformes à la charité et anx
• règles de rÉvangiie, et ponr le conjurer de renoncer « ^ 1» eotrepriiei. •
serent de fairepnblier les raisonsqui avoient meu ceste assemblée de déclarer les bulles monitoriales du Pape injustes, disant que la qualité seule de ceux que Ton vouloit excommunier par lesdites bulles les rendoit nulles , tant par la disposition du droict que par l'authorité des saincts docteurs ; car, lors qu*il y alloit du pecbé d'une multitude, il n'estoit loisible, disoient-ils, de l'excommunier, principalement quand telle excommunication peut causer un scbisme en l'Eglise, comme il estoit déduit amplement par sainct Augustin , en son troisiesme livre , contre TËpistre de Parmenian Donatiste , où il dit que tels conseils d'excommunication sont inutiles , pernicieux , pleins de sacrilège et d'impiété , et troublent plus les bons infirmes qu*ils ne corrigent les mescbans.
Qu'en la Pragmatique et au concordat , les constitutions de TEglise Gallicane ne permettoient point au pape de cognoistre en prenuere instance des causes ecclésiastiques d'entre les François, ny icelles évoquer, ains dévoient estre Jugées par les ordinaires en première instance, et, après que par appel eliesont cheminé de degré en degré Jusques au Sainct Siège , les papes n'ont pouvoir de les Juger à Rome , ny commettre le Jugement d'icelles à estrangers, ains doivent nommer des Juges regnicoles sur les lieux pour les terminer en dernier ressort soubs leur nom ; dont s'ensuivoit que les excommunications desquelles il s'agissoit n*avoient peu estre décernées à Rome.
Plus, qu'il estoit impossible d'exécuter telles bulles ; d'excommunier, disoient-ils, tous les prélats, prostrés et autres ecclésiastiques des villes qui estoyent en Tobeyssance du Roy, s'ils ne s*en retiroient promptement, c'est un injuste commandement ; car on voit bien qu'ils ne peuvent laisser leurs troupeaux destituez de pasteurs, sans exercice de leur religion, et, s'ils l'eussent faict, c'estoit proprement préparer la voye aux ministres de la religion prétendue reformée de prendre leurs places vuides.
Plusieurs livrets se publièrent pour monstrer que les roys de France ne pouvoient estre excommuniez, suivant plusieurs déclarations qu'en avoient foictes aucuns papes , ny leurs subjects en gênerai, ny les officiers de la couronne, ausquels Je renvoyeray la curiosité du lecteur qui voudra voir ce qui s'en passa en ce temps là. Rien diray-Je que ceste resolution que firent lors ces bons prélats et ecclésiastiques de demeurer auprès du Roy , luy assister de conseil , faire continuer le service divin à la suite d'iceluy , comme il se faisoit durant les feux roys, luy faire entretenir sa chappelle , et ne l'abandonner
GHRONOIiOGIB NOYBNiUUS BB PAUU CAYBT. [1591]
point jusques à ce qu^ils Teossent ramené dans l'Eglise catholique-romaiue, resistans courageusement aax entreprises que vouloient faire ceux de ladite religion prétendue de sUnstaler où il ne leur estoit permis par les édites des feux roys , ont esté actes dignes de loiiange , et sont d'éternelle mémoire , veu Theureux succez qui en est advenu en la paix dont la France Jouyst à présent.
Le 8 d'aoust , ceux du parlement qui estoient demeurez à Paris pour le party de l'union , par arrest , déclarèrent que ce qui avoit esté faict au parlement de Ghaalons estoit nul , avec deffences à toutes personnes de recognoistre ny obeïr aux arrests dudit parlement. Yoy là comme en ce temps là se bandèrent les parlements contre les parlements , et les autels contre les autels. Celuy qui fit imprimer le Discours de Testât de la France en ceste année là dit toutesfois que si le Roy et sa noblesse n'eussent eu à faire qu'aux princes et seigneurs de l'union , et aux villes et à la populace qui en estoient, et que personne ne se fust mesié de la querelle des François, que les royaux fussent demeurez les maistres ; mais que ceux de l'union , secourus du Pape et de l'Espagnol, et les royaux d'Angleterre, d'Allemagne et des Suisses, qu'ils mirent le uns et les autres la France aux derniers hocquets ; « Car , dit-il , ceux qui venoient au secours de l'union, ne pouvans recevoir autre rescompense des villes et des peuples que de s'en rendre les maistres , n'y demeuroient qu'avec une extrême insolence et un désir de les ruiner , de les picorer et de les conquérir: et ceux qui assistoient le Boy luy donnoient ceste incommodité qu*il les falloit payer. » Voicy les propres mots de cest autheur , qui donneront mieux à cognoistre en quel estât estoit lors la France.
• Or, encores qu'au party du Roy tout y soit plus réglé et asseuré qu*en celuy de la ligue, il n*a pas esté possible neantmoins que , parmy tant de desordres que tantost la diversité de la religion, tantost les estranges advantures du Roy et de son prédécesseur, ont apportées, il n'y ait eu de la corruption icy aussi bien qu'en celuy de la ligue, Jedy de telle sorte que ceste corruption s'en va en gangrené qui n'y pourvoira. Les corps malades ont tousjours quelques cacocbimies, et la plus saine partie n'est pas exempte de venin. Car , comme dans le party populaire les villes ont des desseins de division, de liberté, de mutinerie, de re publique; comme ceux de la ligue , par le mesprîs qu'ils ont introduit de l'ordre et des magistrats , par la confusion qu'ils ont receuê , se sont trouvez à la fin au royaume de grenouilles où le plus grand
eriard est maistre ; aussi, dans le party de la monarcbie et parmy les nobles, les désordres ont fait naistre une certaine monstraosité,iuM certaine bosse qui ne se redressera de long temps si Dieu n'y met la main.
» Ce sont les gouverneurs des provinces et àts places , qui sont tels aujourd'huy que lepios sage et le meilleur d'entr'eux n'estime rien plus à luy que son gouvernement, que sa ville, qoe sa place [il n'y a règle si générale qui n'ait son exception]; le plus sage et le meilleur, vingt* trois heures le jour , seroit peut estrebien marry que la paix fust en France , que ranthoritéda Roy fust recognuè, que la justice regnast. et qu'il ne fust besoin de garnison. Ceste douceur de commandement absolu leur plaisttant,iiy a tant de friandise à disposer des deniers do Roy , des corvées et de la sueur du peupla, que plustost le royaume de leur consentement ira c'en dessus dessous , qu'ils laissent jamais de leur bon gré ceste vie. De trois paroles vous leur orrez dire la conservation de ma place :smn tiltre toutes les violences du monde passent su» réplique. Cependant si le Roy les mande, bieo, pour quinze jours, ils y mèneront jusques à leoR valets armez ; mais cela ne leur part pas tant de bon zèle comme de vanité, pour dire : t Cest un homme de créance , il a une belle troupe, i Le terme est il passé, on a beau parler de bataille, beau voir le duc de Parme , beau crief , si vous en allez au lieu que nous sommes à la fin de la guerre , que Paris s*en va prins, que désormais après ce petit labeur on vivra en repos, tout cela ne sert de rien. M. le gonvemeor veut aller pourveoir à sa place ; et , tout content, sont-ils prests à partir, c'est à messieurs les secrétaires d'Ëstat à travailler brevets de toutes sortes, abbayes, confiscation des ligueurs, en* tretenement de nouvelles compagnies , c'est à dire entretenement de la cuisine, pensions sur le vieil et nouveau domaine, dons, engagemens; il faut en somme que sur le champ on leur (orp un autre royaume , car, en cestuy-cy il n'y a pas assez à donner. Là dessus , si vous les oyei plaindre en l'antichambre , c'est merveille, fis ne sont payez, on ne leur donne rien; ils OQ^ tous les jours quarante ou cinquante hommes a nourrir. Le Roy qu'ils ont pillé , de qui ils dévorent le bien , tiennent les tailles et les denier». encores leur est beaucoup obligé. Sangsues, dequoy voulez vous qu'il vous paye? Faictes donc comme ce philosophe qui s'imaginoit tant de mondes : faites luy un autre royaume. Doo luy viennent les deniers que de ses rcccptes générales ? Et vous sçavez qu'en la plus riche il u y a pas assez de fonds pour payer les garnisons
GHlOHOLOmi NOVBNAIBI DB PAUU CAYBT. [1691]
I Qae hiy yallent les décimes anjourd'hny ? Que loy Yslent les equivalens, les aydes, les entrées et les issues, les partis du sel, veu qu'il l'est pas maistre des principales villes? Que luy vallent les parties casuelles, quand elles sont piitttost demandées qu'eschués? Quand il seroit wgiieor paisible de son royaume [ on vous vérifiera cela sur Testât de ses finances], il s'en fiudroit plus de quatre millions d'or qu'il n'y eost assez de fonds pour vous payer tous, et oeantmoios il ne jouyst aujourd'huy pas du qoart. Dequoy luy servent donc ses conquestes? S'il galgne aujourd'liuy une province ou une Tille, ce n'est pas à demy pour Tentretenement du goaveroeur qu'il y mettra ; car il ne lui.en reviendra Don plus que si les ennemis la tenoient.
I U n'y a remède ; Il faut que Je die que ce DDal défient insupportable, et, s'il n'y est pour- ?eQ, il n'y a moyen que le royaume puisse durer. Ce pendant ils se servent la plus part des misères publiques, du mespris de l'authorité royale, pour se basUr des chasteaux en Espagne. Il n'y a pas un qui ne forge un comté ou on duché de sa place, et qui, au pis aller, ne dise: « Après que j'auray fait ma main, si Je ne ssisbien venu d'un costé, je me jetteray de rsQdre. I Cest le mal qui le plus, à mon jugemat, presse le party du Roy : cela entretient la iiaiae du peuple contre la monarcMe , incite par exemple la plus-part de la noblesse à n'aymer i>ss la paix ; car, à Timitation de ces gros gou- Terneors, il y a tant de piooreurs, tant de gens 9^1 font la guerre dans le pays, et qui font de iears maisons des villes de frontière, que, quand il faut que le Roy dresse une armée, personne o« s'y trouve, si ce n'est à trois pas de leur fort pour aller au butin , et, dès qu'elle s'eslongne, revenir chargé de despoûiiles. »
Voyià Topinion de cest autheur, qui semble cstre véritable. Et si aucuns des gouverneurs <ks places qui tenoient pour le party du Roy disoieot: I Après qaej'aurayfaictmamain,sijene suisbienreceu d'un costé, je me jetteray del'au- ^e, f ceux du party de la ligue n'en disoient pas iBolns, aucuns desquels practiqueren tassez cela.
Noos avons dit cy-dessus que le party delà ligue estoit plein de divisions, que les uns se Touloient jetter sous l'obeyssanee de TEspagnoi, d'autres s'estoient mis sous la protection du Savoyard, et que le due de Mayenne, conune chef de ce party, vouloit estre recognu seul avoir toute Tautorité et disposer de tout. Outre toutes ces divisions entre les chefs, dans toutes les villes de l'union, il y avoit aussi grand nombre de partisans pour le Roy qui y practlquoient avec Section. Bref; il y avoit en ce party bien du
desordre et de la confusion , an contraire du party du Roy qui estoit sans aucune division : ce qui fut entretenu jusques au temps de la publication des bulles monitoriales du pape GregoireXIV, que d'aucuns voulurent engendrer un tiers-party, et le former des catholiques qui estoient dans le party royal. Ils firent imprimer comme un advîs ou remonstrance au Roy, dont la substance estoit que l'Eglise avoit sa droicte succession de sainct Pierre, aussi bien que la couronne de Sa Majesté qui regnoit, de son prédécesseur sainct Louis ; qu'il falloit aussi peu changer une vieille doctrine pour une nouvelle, comme on vieil prince pour un nouveau ; que le Roy avoit esté baptisé à l'Eglise, et qu'il y devolt mourir ; que tous les roys jusques à luy avoient esté catholiques ; que sainct Loys n'avoit pas esté canonisé à Genève, mais à Rome ; que si le Roy n'estoit catholique, qu'il ne tiendroit pas le premier rang des roys en la chrestienté; qu'il n'estoit pas beau que le Roy priast Dieu d'une sorte, et ses officiers , les princes et les seigneurs, d'une autre; que le Roy nepourroit estre sacré, et qu'il ne pourroit estre enterré dans Sahict Denis , s'il mouroit sans se faire catholique.
Les parlements jugèrent incontinent à quel dessein on avoit fait publier toutes ces choses, et que tels imprimez sont signes qui ontaccoustumé précéder un plus grand mal : d'avoir envoyé toutes ces raisons en particulier au Roy , bien ; mais de les avoir publiées au vulgaire, que l'intention de ceux qui Tavolent fait flaire estoit mauvaise. Ce fût pourquoy le parlement de Tours enjoignit à tous les imprimeurs, sur peine de la vie, de n'en vendre ny d'en imprimer [car il n'en fut faict que deux cents copies à Angers]; ce qui fut très-estroictement observé. Plusieurs de la religion prétendue reformée firent imprimer des responces à cest advis, en ce qu'ils pensoient que cela leur touchoit. Quelques catholiques royaux y respondirent aussi, et mesloient tousjours en leurs escrits quelques mots contre l'authorité du Pape , ne laissans toutesfbis d'y entremeslerdes choses belles et doctes. Le Francofile, imprimé en ce temps là, finit son discours par ces mots :
i Je dis que de conseiller simplement au Roy de se faire catholique c'est mal parler en la religion, mais bien d'essayer par dévotes prières d'obtenir cela de Dieu , ou de luy conseiller de souffHr une instruction. Je dis davantage que par la guerre le christianisme ne peut s'augmenter ny s'entretenir, et que la religion par les ar- I mes ne peut florir ny s'accroistre; que ce I grand schisme , qui trouble aujourd'hui la re-
CHBONOLOGIB NOVBNAl&E DE PÀLMA CAYKT. [l^9l]
publique des chrestiens, estant tel qu'il la my*partit presque en deux parts également, qu'il ne peut plus estre réprimé par les armes , ny par le glaive du magistrat légitime , mais par un concile gênerai de toute la chrestienté; que Dieu nous commande très-estroictement Tobeyssance à nos roys et au magistrat souverain ; que quand mesmc le Roy seroit hérétique, que , selon Dieu , nous ne le pouvons mescognoistre ny luy denier Tobeyssance, pourveu quMI ne nous commande rien contre Thonneurde Dieu; qu'il ne nous est, selon Dieu, nullement loisible de nous armer ou eslever contre luy, sous quelque prétexte et pour quelque Juste cause que ce puisse estre; que si le Pape nous commande le contraire nous ne le devons escouter, ny en ce cas luy obeyr; qu'il ne peut selon Dieu le faire ; que s'il procède pour cest effect par censures contre nous, que cela ne nous peut selon Dieu blesser, et que telles procédures, selon la doctrine de l'Evangile, sont nulles et de nul effect.
« Ce sera aussi à vous, Sire, à qui J'addresseray mes derniers vœus, et en qui Je finiray ce discours, pour supplier très-humblement Vostre Majesté de se disposer, comme elle a tousjours faict par le passé, à recevoir ce remède public de l'Eglise , pour réunir sous une mesme bergerie et dans un mesme troupeau tous ses subjects incontinent que Dieu luy en aura mis les moyens en main, et de se rendre de tant plus prompt à recevoir ceste instruction, que sur la première apparence, et sur le front de toutesces questions de conscience, il peut Juger et recognoistre Fantique succession de TEglise catholique, apostolique et romaine, continuée sans vuide, sans espace et sans intermission , depuis sainct Pierre Jusquesà nous, marque infaillible et irréprochable de sa constance et de sa vérité. •
Ainsi le premier Imprimé que fit faire le tiersparty se vid tant combattu dez sa naissance, que ceux qui en vouloient estre les parrains furent contraincts de Tentretenir secrettement de douces viandes dans leurs cabinets, Jusques à l'heureuse conversion du Roy qu'il fut tout estehit, ainsi que nous dirons Fan 1593. C'est assez sur ces matières ; retournons trouver le Roy à Mante où nous l'avons laissé cy-dessus qui envoydt M. de Luxembourg à Venise.
Le Roy ayant résolu avec ceux de son conseil ses principaux et importans affaires, il partit de Mantes le 16 Juillet, avec resolution de s'en aller en Champagne pour, en attendant que son armée qui lui venolt d'Allemagne, ainsi que nous avons dit, s'y acheminast, employer ses forces contre les places qui y tenoicnt pour l'union , et |
ad visa* par mesme moyen de prendre soqcIkmin par la Picardie pour, en y passant, distribuer des pouldres et des munitions à snciines des villes de ceste province qui en avoient besoin, sans dessein d'y faire aucun séjour. Sa Majesté estant arrivé à Sainct Denis, le mareschal de Biron alla à Conflans sur Oyse qoi se rendit, et y laissa dedans le sieur de QiemoD. Le 19 les Anglois entrèrent dans Cormeille, oq les habitans s'opiniastrerent tellement à leor ruyne, s'estans retirez dans leor église et y \<nlans tenir bon, que l'on mit le feu au pied du clocher pour enfumer ces pauvres misérables, qui, se sentans pressez de la fumée et do fei, aimèrent mieux se précipiter du haut en bas que de se rendre à la volonté du Roy. De là le Roy alla à Gerberoy, à Beaumont, àSenlis,! Compiegne, d'où il revint à Creil retrouver son armée. Sur l'advis qui luy fut donné de la foiblesse de la garnison de ^^oyon, à la reqnestede la noblesse de Picardie, il résolut d'assiéger ceste place, pource qu'elle incommodoit fort le passage de Compiegne à Chauny, Sainct Qoentloet Gorbie, et fit partir le baron de Biron pour lai* 1er investir : ce qu'il fit le 34 de ce mois, le Boy estant allé à Compiegne, d'où il se rendit le lendemahi devant Noyon ; mais estant malaisé de Finvestir si tost de tous endroicts, ponrce ((oe ceste ville est environnée dediversruisseanxd'Qii costé et d'autre, et d'une montagne couverte de vignes, Rieux, qui commandoitdansPierrefoos, sçachant très-bien les advenues pour estre du pays, y entra avec quarante chevaux et autant d'arquebusiers qu'ils avoient en croupe. Ce se cours encouragea les habitans et le sieur de Villes qui y estoit gouverneur ; de sorte qu'ils s'opiniastrerent de tenir surl'asseurance que leur envoya dire le vicomte de Tavannes qu'il leurdonneroit secours ; car le duc de Mayenne Favoit envoyé en ceste province avec quatre ou cinq cents chevaux et quatre regimens de gens de pied poury secourir ceux de l'union qui en auraient besoio.
Le premier qui voulut entreprendre d'y entrer avec son régiment fut le sieur de La Gbafi* terie ; mais il fut chargé si à propos de la garoison de Chauny , qu'une partie de ses soldats furent taillez en pièces, le reste se sauva ie mieux qu'il put, et n'y eut que La Chanterie et le capitaine Brouilly, suivis d'une douzaine d'sutrès, qui y entrèrent. Le régiment de Tremblecourt, ayant esté commandé pour y entrer, aussi fut rencontré par les garnisons du Castelet et de Corbie, et fut entierement.desfaict
Sur ces deux desfaictes le vicomte de Tavannes résolut luy mesmes de mener quatre cents harquebusiers au secours des assiégez de Koyofif
CHBONOLOOn NOYENAIBB BB PALM A CAYBT. [lâ9l]
et, ayant ammblé dans Roye trois cents cninsses poar leur faire escorte, il en partist le premier d'aoQSt, ayant fait recognoistre son chemin dans les liois, on il marcha si à couvert qui] se rendit, à une heure après minuict, à une moQsqnetade des assiégez sans avoir receu aueone allarme ny destourbier; mais ayant rencontré en garde les chevaux légers du Roy, et la garnison de Corbie, tout ce secours prit une telle e^o vante, que, sans rendre grand combat , chacoo s'enfuit qui çèqui là, et, sesauvansà lafaveur des bleds qui n*estoient pas encor coupez, laissèrent ledit sieur vicomte engagé au combat, où il fut blessé et pris avec quelques-uns des siens. Le dncd'Âumalle, accompagné des sieurs de Bdleglise, Lonchan, Gribouval et autres, se vint reudreà Han, distant de quatre lieues deNoyon, où, ayant assemblé trois cents bons chevaux et trois eents harquebusiers, et désirant reparer la perte du vicomte de Tavannes par quelque bel exploit, il entreprit de faire enlever le logis des chevaux légers du Roy et faire entrer trois cents harquebusiers dans Noyon, s'il en voyoit ToccasioD. Ayant faict partir de Han toutes ses troupes, ils arrivèrent le 8 d*aoust à la pointe du jour près du logis desdits chevaux légers, et, les trouvans en garde, ils n*oserent rien attaquer , mais attendirent quils fussent sortis de garde, affio qn'estans desarmez, et leurs chevaux à Testable, ils en eussent meilleure raison; ce qui fut exécuté comme ils l^avoient délibéré, car ils donnèrent si à propos, que deux logis furent forcez, et quelque résistance que firent les chevaux légers de Sa Majesté, il en fat tué une quinzaine avec le roareschal des logis. Ceux des royaux qui n'estoient pas encores desarmez montèrent incontinent à cheval, et tindrent en alarme ceux de Tunion, tandis que leurs autres compagnons s'armèrent. Les sieurs de Largerie et de Launay yestans arrivez avec leurs compagnies au bruit de Talarme, il y eut là bien combatu de part et d autre : toutesfois à la longue les royaux eussent pu avoir du pire, n^estans bastans contre le nombre de leurs ennemis; mais le baron de Biron, adverty , monta promptement à cheval avec soixante cuirasses et cent argoulets. Les royaux l'appercevans venir reprirent courage, et, se jettans au mitan de ceux de F union, crièrent : « Voiey le Roy, voicy le Roy. » Ces paroles espouvanterent tellement leurs ennemis, que, voyans ce renfort venir, ce ne fut plus d'eux qu'une desroute : la poursuite se fit jusques auprès de Han. Ce combat fut grand , et s'y fit plus d'une douzaine de charges. Dom Francesco Ouevara, capitaine de chevaux légers, et soixante autres, demeurèrent morts sur la place^
et Lonchan avec quatre-vingts des siens, entre lesquels il y avoit quelques gens de commandement, demeurèrent prisonniers.
Cependant on ne laissoit de faire les approches devant Noyon. Le 1 3 de ce mois six pièces forent menées devant l'abbaye Sainct Eloy qui est en l'un des faux-bourgs, laquelle n'estoit pas moins forte que la ville, estant bien flanquée et fossoyée; trois pièces furent tirées en ImtteriCi et les autres aux deffences de Teglise. Mais , aussitost qu'il y eut un trou fait dans la muraille par où on pouvoit passer, les Anglois s'enfournèrent incontinent dans ceste église , et firent quitter la place aux assiégez, qui, en se retirant, mirent le feu aux bastiments de Tabbaye, puis se coulèrent dans le fossé , et de là dans la ville , et ne perdirent que deux des leurs et quarante de prisonniers. Ceste église prise donna un grand espouvantement à la ville.
Le duc de Mayenne estant à Rouen , où il estoit allé pour y donner ordre à quelques remuements qui s'y vouioient faire , eut advis que le Roy et son armée passoient en Picardie ; cela fut cause que de Rouen il vint à Beauvais assez bien accompagné; mais, voyant le Roy résolu de s'arrester devant Noyon, il manda audit duc d'Aumale et au vicomte de Tavannes d'y donner le secours qui y estoit nécessaire , et luy retourna vers Mante pour y exécuter l'entreprinse que le sieur d'Aliocourt , gouverneur de Pontoise pour Tunion, avoit sur ceste place, et pour cest effect vint à Pontoise , reprint Conflans sur Oyse, et passa la Seine pour exécuter son dessein. Les sieurs de Belin et de Vitry luy amenèrent les gens de guerre qu'il y avoit dans Paris : la garnison de Dreux le vint trouver aussi. Avec ces troupes , qui estoient de cinq cents bons chevaux et six cents hommes de pied , il arriva à une heure après minuict à cinquante pas de Mante, où il fit mettre pied à terre à toute sa cavalerie, eu intention d'exécuter son intelligence ; mais le sieur d' Aiincourt récent à l'heure mesme advis que l'exécution ne se pouvoit faire pour ce jour. Le duc, estant ainsi contraint de se retirer avec les siens sans rien faire , sur la pointe du jour, fut descouvert par les sentinelles qui donnèrent l'alarme par la ville. Les sieurs de Buhi et de Rosny firent incontinent saluer de quelque pièces les troupes du duc qui se retiroient , mais sans grand effect. Depuis ils pourveurent à la seureté de la ville.
Le duc de Mayenne , ayant failly ceste entreprise , s'approcha de Houdan , qui est à cinq lieues de Mante, pour y desfaire huict cents Suisses du régiment de Soleure qui y estoient attendants quelque argent que le Roy leur avoit
CHBONOLOOU N0VENAIB8 DB PALMÀ G^YBT. [t69l]
iiromispoiir s*en retourner; mais il les trouva si brtement logez qu'il ne put rien entreprendre sur eux. Ayant receu Tadvis de la deffaicte et prise du vicomte de Tavannes , et des secours qui vouloient entrer dans Noyon , il résolut de secourir luy mesme ceste place , et despescha incontinent vers le sieur de Rosne , qui conduisoit son armée [laquelle estoit bien avant en la Champagne pour aller au devant du secours du Pape , qui se devoit rendre en Lorraine], de le venir rejoindre et s*approcher de Han pour le secours de Noyon. Ceste armée, ayant aussi joint le prince d' Ascoll avec les forces qu'il conduisoit du Pays-Bas, se trouva estre de sept à huict mil hommes. Bref, sur la promesse que le duc de Mayenne avoit faite de secourir Noyon , il repassa la Seine , prit et ruyna L'isle Adam sur Oyse, assembla toutes les garnisons des villes de son party en Picardie et du long de la rivière de Marne , qui , s'estans joinctes ensemble, arrivèrent à La Fere le jour mesme que le Roy y avoit failly une entreprise , qui eust réussi sans une femme qui descouvrit une mesche de Tun des soldats royaux. De La Fere le duc, ayant Joint son armée , alla à Han , mettant tousjours entre le Roy et luy une rivière ou des marests; puis , ayant faict passer son armée de là la Somme, voulut y attendre l'opportunité de faire lever le siège au Roy, ou de luy donner bataille.
Toutes les villes de Picardie avoient les yeux tendus sur l'événement de ce siège , voyans les deux armées si proches l'une de l'autre, et mesmes celle du duc de Mayenne plus forte que celle du Roy, qui n*avoit en ce siège que de six à septmilhonunesde pied, treize cents cuirasses et quatre cents reistrés , et que le duc de jour en jour recevoit quelques troupes de cavalerie, si qu'il se trouva avoir deux mil cinq cents chevaux et dix mil hommes de pied.
Le Roy , qui void son ennemy si proche de luy, manda toutes ses forces qui estoient aux provinces les plus prochaines. Au bruit d*une bataille chacun y accourut. Les sieurs de Bouteville, de Chermont et de Bethune avec leurs compagnies s'y rendirent incontinent. Sa Majesté avoit résolu que si le duc s*approchoit plus près que Han avec son armée d'aller au devant de luy une lieue et demie pour luy donner bataille, et qu'il laisseroit deux mille hommes seulement pour tenir la ville assiégée; mais, voyant que le duc vouloit user de longueur, et ne s'esforçoit pas seulement de luy faire enlever un logis, il résolut de mettre lin à ce siège; de sorte qu'ayant faict pointer huict pièces sur la contrescarpe du fossé pour tirer en batterie entre les faux-bourgs des Roys et de Dame- Jour, quatre
autres près de l'abbaye , lesquelles batloieiit a courtine , et trois petites pièces au haut do portail de râbbaye pour favoriser les assaillans qui iroient à la bresche , il envoya M. le mareschal deBiron avec cinq cents chevaux josques aux portes de Han pour le tenir adverti de ce que feroit le duc. Le samedy 17 d'aoust, la batterie ayant commencé assez furieusement , à la troi* siesme volée les assiégez demandèrent à parlementer. Combien que le Boy les eust peu forcer aysement suivant le bon ordre qu'il avoit mis par tout , toutesfois il ayma mieux les reee* voir à composition, laquelle fut accordée ceste mesme journée , à la charge que le âeur de Villes remettroit Noyon entre les mains de Sa Majesté dans le lundy ensuivant, heure de midy, avec l'artillerie, munltionsde guerre et vivresqoi y estoient, si, dans le lendemain dimanche, dixhuictiesme dudit mois , pour tout le jour, le due de Mayenne ne donnoit bataille à Sa Majesté, et ne luy faisoit lever le siège, ou jettast pour le moins mil hommes de guerre dans ladite ville.
Le lundy les assiégez n'estans secourus, suyvaut la capitulation , la garnison et tous les gens de guerre sortirent avec leurs armes, chevaai et bagages. En ceste sortie il arriva un accident pitoyable, qui est que, comme les royaux passoient sur le pont de la porte par où Ton Ta à Han j par laquelle ils dévoient entrer et ceux de l'union sortir, les deux gardefous du poot, qui estoient de grosses pierres de tailles quarrées, tumberent et ceux qui estoient appuyez contre, lesquels en tumbant happèrent les plus prochains d'eux pensans s'arrester ; ceux cy, pourserete^ nir, s'agrafoient à d'autres qu'ils entrainerent quand et eux ; de sorte que tous ceux qui estoient sur le pont tumberent peslennesle parinj les pierres, les uns dessus les pierres , les antres dessous : neuf moururent en ceste cheate, pis* sieurs eurent les jambes rompues, les autres ie$ bras ; peu de ceux qui tumberent furent préservez sans avoir du mal. Le Roy n'entra que le mardy vingtiesme dans Noyon. Les habitans furent cottisez à trente mil escus , et eurent pour gouverneur M. d*£strées, combien que plusieurs pensolent que ce dust estre le sieur de Rumesnil. De personnes de marque le Roy ne perdit en tout ce siège que M. du Fouruy, maistre camp , qui fut tué le jour que la ville fut investie.
Le lendemain le Roy se résolut d'aller avec U moitié de sa cavalerie voir la contenance de son ennemy, et alla jusques auprès de flan, on 0 demeura deux heures entières à la portée du canon, duquel on tira sur luy plusieurs volées, toutesfois sans faire dommage i et n'y eut autre
CHB01fOI.OftIB NOYBNAIBB DE PALMA CAYBT. [1591]
chose que des paroles: ee qui fat cause que les royaax reprochèrent depuis aux ligueurs qu^ils estoient peu courtois et incivils, et qu'ils avoient laissé retourner Sa Majesté à Noyon sans le reconduire, puis qu'il avoit pris la peine de les venir voir toute leur armée estant en bataille.
Deux Jours après la prise de ceste ville, H. d'Homieres , gouverneur de Complegne , investit Pierrefons, et M. le mareschal de Biron y alla depuis avec Tarmée, ce que plusieurs conseillèrent de fkire pour ce que le capitaine de Rieux, qui commandoit dans Fierrefons , fit du malcon* tent contre M. de Mayenne quand il sortit de NoyoD , et dit qu'il n'estoit plus délibéré de luy faire service puis qu'il ne Festoit pas venu secoQrir : ce qui n'advint , car ce siège réussit très mal. Or le Roy, ayant séjourné quelques jours dans Noyon , vint à ce siège , où le comte d Essex , avec soixante gentils-hommes anglois, loy vint baiser les mains, et luy offrir quatre mil Anglois et cinq cents chevaux que la royne d'Angleterre sa maistresse luy envoyoit pour son service.
Le Roy, estant adverty de sa venue , envoya le comte de Chaune à Gompiegne pour l'y rece- Toir le vingt-neoiiesme d'aoust. Quand à la personne dadit comte d'Ëssex et de ceux de sa mitte , il ne se pouvoit rien voir de plus roagni- %ie, car^ entrant dans Gompiegne, il avoit devant luy six pages montez sur de grands chevaux, habillez de velours orangé tout en broderie d'or, et luy avoit une casaque de velours orangé toute couverte de pierreries; la selle, la bride, et le reste du hamois de son cheval accommodé de mesme ; son habit et la parure de son cheval valoient seuls plus de soixante mil <scQs : il avoit douze grands estaffiers , et six trompettes qui sonnoient devant luy. De Gompiegne il vint au camp de Pierrefons le dernier jour d*aoust trouver le Roy, d'où ils s*en allèrent à Noyon , là où Sa Majesté le festoya trois jours durant avec tout son train.
En ce mois d'aoust le Roy récent advis de pinceurs choses qui estoient advenues en divers endroiets de la France, entr'autres comme M. de Onise s'estoit sauvé du chasteau de Tours, la mort de M. de La Noué au siège de Lambales en Bretagne , la deffaicte de ceux d'Orléans auprès de La Magdelaine, et de la deffaicte du vicomte de La Guerehe. Voyons, avant que de voir ce ^ni se passa dans le mois de septembre, comme tontes ces choses advindrent.
NoQs avons dit cy dessus comme le prince de Ginvilie fat arresté prisonnier à Blois à l'heure mesme que l'on tua son père, après la mort du- ^d il prit le tUtre de duc de Guise, et conmie
le feu Roy l'avoit faict changer de divers lieux avant que de le faire mettre dans le chastean de Tours sous la garde du sieur de Rouvray , lieutenant de Tune des compagnies des archers de la garde du corps^ lequel en eut tel soin , avec quelques archers et Suisses de la garde , que les entreprises que quelques-uns voulurent faire pour sauver ledit sieur duc furent sans effect et les en-* trepreneurs exécutez , Jusques au 15 d'aoust de ceste année, que, nonobstant toute Testroite garde et toute la diligence de ceux qui le gardolent , il se sauva. Les grands qui sont prisonniers trouvent tousjours des inventions pour se mettre en liberté , lesquelles auparavant ne se peuvent Juger devoir estre faictespour cequ'elles sont sans exemple du passé : les deux fois que s*est sauvé H. de Nemours durant ces dernières guerres , une fois du chasteau de Blois alQnant ses gardes, l'autre du chasteau de Pierre-sise à Lyon , en servent assez de preuve ; comme fait aussi l'invention que M. le comte de Soissons trouva pour se sauver du chasteau de Nantes. Or le duc de Guise , ne pouvant sortir du chasteau de Tours par le seul moyen de ses gens, en ceste longue prison gaigna , par promesse d'advancement , deux personnes en qui le sieur de Rouvray se floit, Tun luy appartenant de parenté, et qui estoit destinée l'église, l'autre estoit un joueur de luth nommé Verdier, que ledit sieur de Rouvray laissoit aller jouer du luth devant ledit sieur duc , car il l'avoit veu domestique de M. le cardinal de Bourbon , et sçavoit que quoy qu'il allast à la messe , que son père estoit de la religion prétendue reformée , qui , à la Sainct Berthelemy dans Paris , avoit receu vingt-neuf coups d'espée , et laissé pour mort : bref, il ne se doutoit nullement de ce joueur de luth. Ge duc , ayant souvent et secrettement des nouvelles de M. de La Ghastre , qui , pour l'amitié qu'il avoit porté à feu son père , s'offroit de travailler et de s'employer de toute affection pour favoriser sa délivrance, luy manda que l'ordre que les habitans de Tours avoient estably pour la garde des portes de leur ville luy ouvroit un moyen de se sauver de sa prison , pource que , depuis unze heures jusques à une heure après midy, cependant que l'on disnoit , toutes les portes estoient fermées , et les clefls portées chez le maire ; durant lequel temps il trouveroit moyen de descendre avec une corde par des fenestres qui sont en une galerie au plus haut du chasteau du costé delà rivière qui estoit lors fort basse , par où il pouvoit aisément se sauver le long de la grève. Sur cest advis M. de La Ghastre envoya de Bourges à Selles son fils le baron de Maison-fort , lequel , ayant sceu le
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jour que ceste délibération se devoit exécuter, partit de Selles , et se rendit avec soixante bons chevaax à Sainct Avertin , une lieue près de Tours, où il y a un pont sur la rivière du Gber qui y passe , laquelle se va Jetter dans la Loire, quatre lieuësau dessous de Tours. Verdier, ayant donc porté au duc de Guise , dans la panse de son luth , une corde qui estoit nouée d*un assez gros nœud de demy pied en demy pied, sortit de Tours pour aller au devant dudit baron ; et le duc, qui avoit accoustumé de s'esbattre avec ses gardes, inventant tousjours quelque exercice nouveau pour passer le temps, ainsi qu'il avoit faict quelques jours auparavant, s'advisa de jouer encor avec eux à qui monteroit le plus vistement à clochepied les degrez, depuis le pied de la montée jusques en haut de la gallerie qui regardoit sur Teau. Les gardes , sans se douter de rien , font de mesmes luy ; et , montez , le duc , estant en la gallerie, advisa que la porte du pont de la ville estoit fermée , ce que voyant, il leur dit: • Allons recommencer. » Ainsi qu'il descendoit , deux de ses domestiques qui estoient dans le chasteau , etausquels il avoit baillé la corde, montèrent à la gallerie, et rattachèrent diligemment à une des croisées des fenestres. Le duc cependant recommença à monter à clochepied les degrez ; ses gardes le suyvirent ; mais luy, qui est d'une belle disposition , devançant ses gardes , monta si diligemment qu'il gaigna le devant de beaucoup, et , entré dans la gallerie, ferma la porte après luy, et dévala par la corde avec ses deux domestiques ainsi qu'ils avoient délibéré. Cependant les gardes qui s'esbatoient avec luy, arrivez à la porte de la gallerie , après avoir dit plusieurs fois : « Monsieur, ouvrez , ouvrez la porte , • voyant qu'il ne leur respondoit rien , commencèrent à frapper rudement , et , se doutans lors du fait, descendirent en une chambre où par une fenestre ils adviserent que le duc se sauvoit; ce que voyans , ils se prirent à crier si fort : t Arrestez , arrestez M. de Guise qui se sauve, • que le dernier qui descendoit par ladite corde se laissa tomber de vingt pieds de haut , lequel , tout estourdy de la cheute , ne laissa de se relever, et se mit à courir sans chapeau, qui luy estoit tombé de sa cheute, pour ratraper M. de Guise , qui passa par dessous la première arche du pont de la ville où il n'y avoit point d'eau , et de là , continuant de courir sur le cay de le ville , passa le long du faux-bourg de La Riche , puis , prenant son chemin tousjours courant vers le chasteau du Plessis , maison des roys de France , distant d'un quart de lieuê de Tours , monta sur un cheval qu'on promenoit là à cest eflect, puis , passant le canal là où les ri-
vières de Loire et du Cher quand elles sont grosses s'assemblent, remonta pour gaignerle pavé des ponts de Sainct Avertiu, là où il tronn ledit sieur baron de La Chastre avec sa troupe qui l'attendoit , avec laquelle ledit sieur doc, ravy d'ayse, et sollicité de doute que ceux de Tours ne le poursuivissent [ainsi qu'ils firent après que la porte Neufve fut ouverte; maïs le longtemps qu'ils demeurèrent à l'ouvrir, pooroe qu'il failloit aller quérir les clefs chez le maireet revenir ouvrir la porte, fut cause que leur course ne leur servit de rien], ne tarda gueresàgsigner Selles , et de là Viarzon, puis à Bourges oà il fut receu par M. de La Chastre, qui luy alla bien avant à la rencontre, avec beaucoup de joye. Ainsi H. de Guyse reprint sa libertéaprès avoir esté deux ans sept mois et vingt et deux jours prisonnier. Ceste nouvelle seeuë à Rome, le Pape s'en resjoûit fort , et en fit rendre gnees à Dieu par toutes les églises ; toutesfois les rei^ tions italiennes disent que les beaux esprits jugèrent incontinent ehe qneUa uscita del sipar duca di Ghisa funri di prigione era la nUna délia lega (i), pour les diverses intentionsdeliy et du duc de Mayenne son oncle : Ton verra ce qui en advint à la suitte de ceste histoire. Le Roy, qui en récent les nouvelles à Noyon , dit à celuy qui les luy apporta : f Plus j'auray d'ennemis, et plus j'auray d'honneur à les deffaire;* mais, quand en ce mesme jour là on loyent apporté les nouvelles de la mort de M. de La Noue , il en fut fort triste , comme aussi forent M. de Longueville et plusieurs autres seiguoirs. Le Roy avoit envoyé M. de La Noué eu Bretagne pour accompagner M. le prince de Don' bes à résister aux efforts du duc de Mercceur et des Espagnols , ausquels ledit sieur duc aTOît baillé le port de Blavet pour leur retraicte et de leurs navires. Ils fortifièrent en peu de temps si bien ceste place, qu'ils donnèrent à cognolstre que l'on ne les en tireroit pas dehors quand on voudroit. Le Roy ayant demandé secours à U royne d'Angleterre, outre ce qu'elle avoit ordonné de luy envoyer par Dieppe, elle envoya aosi trois mille Anglois en Bretagne, lesquels se joignirent à l'armée de M. (e prince de Dombes auparavant que ledit sieur de La Noué y arri* vast ; ce qui fut cause de quelques jalousies cod* tre luy par quelques seigneurs qui estoient en ceste armée, car il avoit charge du Roy d'y t^ nir le second lieu. Ceste armée s'achemina ^rers Lamballe qui tenoit pour Tunion, laquelle U incontinent investie : les approches faictes . le
( t ) Qne cette déllTrance du duc de Gniie était la mitf de la ligue.
CHBONOLOGIS NOTBIIAIBS DB PALHA CÀYET. [l59l]
eanoQ ayant tiré qQdqaes volées , ledit sieur de LaNoDê délibéra d'y faire donner un assaut et de remporter ; mais, ayant envoyé quelques uns pour recognoistre ce que faisoient les assiégez , etoe loy rapportant point selon son intention, il y alla luy mesmes , où , estant monté à une escbelie, et considérant ce que faisoient les assièges, qui ne songeoient qu*à abandonner la murailie de la ville, et se retirer dans un fort qu'ils y aydent bict au mltan pour leur servir de retraicte, il se descouvrit plus qu'il ne devolt , et une mousquetade qui donna contre une pierre en fit rejaillir des esclats si rudement contre le front dudit sieur de La Noue, que ce couple ût tumber A la renverse de dessus Teschelle, dans laquelle sa jambe où ilavoit esté blessé aux £aux-bourgs Sainct Martin durant le siège de Paris, ainsi que BOUS avons dit , demeura empesebée, ce qui loy fit recevoir de grandes douleurs , pource quelle D*e8toit pas enoores bien guarie. Relevé et porté âi son logis, estant pensé très-mal de la blessure qQ*il avoit receuê à la teste par Tesclat de ceste ]»erre, il s'y engendra une contusion dont il Bxramtpen de jours après. Les assiégez sçachans sa blessure r^rirent cœur, et, au lieu qu'ils songeoient d'abandonner la ville, ils s'encouragèrent tellement à la ^effence de leurs murailles, que les royaux furent contraincts de lever ee siège. Ainsi mourut messire François de La NoQë,que les Espagnols, les Lorrains et les ligueurs qui i'avoient cognu , ont tenu pour un grand et prudent chevalier. Le roy d'Espagne i&esmes le tenant son prisonnier long temps , et estant comme contrainct de le rendre en eschange du comte d'Egmont qui estoit Tun des principaux seigneurs du Pays-Bas , ne voulut consentir sa liberté qu'il ne luy eust juré de ne porter les armes contre luy, et qu'il n'eust les ducs de Lorraine et de Guise pour cautions de ceste promesse. Ce Roy , que ses historiens disent avoir esté plus puissant d'hommes et plus grand terrien que le Turc , ne ressembla pas en cetaàBajazet, lequel dit au comte de Nevers, fils du duc de Bourgongne, et aux autres grands seigneurs de France , lesquels il avoit pris à la bataille de Nicopoli, et s'en vouloient revenir en France après avoir payé leurs rançons : • Jean , si jefaisoie doute et je vouloie, avant ta délivrance je te feroie jurer, sur ta foy et sur ta loy, que jamais tu ne t'armeras contre moy, ne tous ceux qui sont en ta compagnie ; mais n'enuy, ce serment à toy n'a eux ne ferayjà faire; mais je vueil , quand tu seras venu et retourné par delà , et il te vient à plaisance que tu assembles ta puissance , et viennes contre moy , tu me trouveras tousjours tout prest, et appareillé à
toy et à tes gens recueillir sur les champs par bataille. Et ce que je di , di l'ainsi à tous ceux à qui tu auras plaisance de parler , car assez suis je pour faire armes et tousjours prest, et deconquester avant. •
Le roy d'Espagne n'en fit pas de mesme à l'endroit du sieur de La Noué , car, auparavant que de consentir sa liberté , il voulut des cautions affin qu'il ne portast plus à l'advenir les armes contre luy. Celuy qui fit l'epitaphe de ce vaillant chevalier dit
Qu'il brava ses prisons, et, parmy ses catenes , Qu'il orna de lanriers les horreurs de ses peines...
Aussi deux heures auparavant sa blessure devant Lamballes, ainsi qu'il passoit dans un jardin , il prit deux petites branches de laurier, et, estant monté dans sa chambre, sans autre compagnie que de ses domestiques, s'approchant de la table sur le bout de laquelle estoient ses armes , il print un cousteau , et , ayant amenuisé l'une dci ces branches , il la mit à son armet au lieu de pannache. Cependant qu'il faisoit cela le sieur de Mont-Martin, gouverneur de Vitré, entra dans la chambre pour parler à luy ; mais , le voyant seul près de la table, pensant qu'il flst quelques desseins, ne le voulant destourber, il print un des domestiques dudit sieur de La Noue avec lequel il s'approcha de la chemiuée, et entrèrent en devis. M. de La Noue, ayant paré son armet de lauriers, se tourna, et, advisant ledit sieur de Mont-martin, s'advança vers luy et luy dit : s Qui vous pensoit là , mon cousin? — J'attendois vostre commodité pour vous parler, dit le sieur de Mont-Martin, ne voulant vous interrompre.— A ce que je falsoy , répliqua le sieur de La Noue, vous y pouviez bien. » Puis, s'approchants de la table , il luy monstra son armet entouré de lauriers , et luy dit : « Tenez , mon cousin , voyià toute la recompense que vous et moy espérons , suivant le mestier que nous faisons. • Belle parole, et digne d'un gentil-homme qui avoit le courage magnanime. Aussi ceux qui sont nais à l'honneur n'ont point de souhaits plus ardents ne plus ordinaires que d'employer leurs vies en de belles et vertueuses actions, affin que leur nom demeure à la postérité iounortel dans les histoires.
Durant sa longue prison , luy , qui n'avoit autre subject pour ses devis ordinaires que la recherche de ce qui pouvolt restablir l'Estat de la France, et mesmes de la chrestienté, en sa première dignité, composa plusieurs beaux discours politiques et militaires, lesquels on mit en lumière peu après sa liberté , affln que les princes
CHBONOLOaiB NOTBNÂIBB DB PILMA GAVBT. [1591]
chrestienS) delaissans leurs divisions, prissent resolution de s'unir ensemble pour faire la guerre contre les princes mahumetistes, à la fin desquels discours il falot aussi de très-belles observations sur plusieurs choses advenues en France aux trois premiers troubles où ce seigneur s'estoit trouvé. Les journées de Lusson et de Senlis^ desquelles il eut la conduitte, tesmolgnent assez Texperience militaire qu'il s'estoit acquise. Messire Odel de La Noue son fils , estant sorty , au mois de février en ceste année, de sa longue prison du chasteau de Tournay où il avoit esté depuis l'an 1584 qu'il fut pris par les Espagnols en allant d'Anvers à Lilloo, pensant venir voir son père en Bretagne , récent les nouvelles de sa mort en Anjou , et , au lieu qu'il pensoit se conjouyr avec luy pour sa liberté , il n'arriva que pour luy faire faire les derniers offices qu'il luy devoit.
Quant à la desfaicte des habitans d'Orléans au commencement de ce mois d'aoust, elle advint de ceste façon. Nous avons dit que M. de La Ghastre , après le siège de Chartres, voyant que le Roy repassoit la Seine, avoit renvoyé les lansquenets et le régiment de Vaudargent au duc de Mayenne pour leurs insolences. Ces deux régiments partis, ledit sieur de La Chastre retourna en Berry, et laissa le sieur Dragues de Comnene h Orléans, et quelques gens de pied logez aux villages à une lieue près. Le sieur du Coudray avec son régiment , estant logé sur le bord de la rivière de Loire du costé de La Magdelaine, se trouva investy en un matin par les sieurs d'Antragues et de Montigny qui avoient assemblé leurs garnisons de Blois, de Boisgency et de quelques endroits de là autour. Ceste nouvelle venue au maire d'Orléans , il la porta soudain au sieur de Comnene, lequel ne se voyant pour lors aucunes forces de cavalerie, les uns estans avec ledit sieur de La Chastre en Berry, les autres estans allez par diverses petites troupes de quinze ou vingt chevaux courir par la Beausse, leMayne, LaTouraineet autres provinces voisines, pour y prendre des prisonniers et des butins , où ils s*estoient desjà affriandez ; tout ce que ledit sieur de Comnene put faire, ce fut de faire monter à cheval cinquante volontaires pour avec eux donner une alarme aux royaux, tascher de les attirer à luy , et bailler moyen audlct sieur du Coudray de sortir , couler au long de la rivière, et gaigner la ville à sauveté , que cependant on luy envoyeroit trois ou quatre batteaux pour le faire passer l'eau, ou s'en servir ainsi que bon luy sembleroit. Ledict sieur de Comnene mesmes, pour favoriser sa retraicte, fit border de ce costé là la courtine de mousquetaires et harquebu-
siers, et fit pointer qudques canons sarion chemin ; puis , ayant mené quand et luy cinquante harquebusiers des mieux aguerris des habitans, il alla plus de la moitié du chemin où estoitlogé Le Coudray ; mais ses coureurs luy ayant rapporté que les royaux les avoient descouverts et s'estoient mis à les suivre, il logea ses harqndmsiers derrière une baye le long du grand Gh^ min, et, s'advançant luy mesmes pourrecognoistre, il vid la cavalerie royale venir droictà luy, qui estoit ce qu'il desiroit. Estans appnh chez les uns et les autres d'un tir de pistolet, la royaux ne s'advancerent, ayans entreven ai travers du plus clair des hayes lesditsharqnetHi* siers qu'ils pensoient estre en plus grand nombre ; ce qui les fit tourner visage affin de les attirer hors de cest endroict En ces entrefaida grand nombre des habitans d'Orléans sortireat avec leurs armes ^ et, suivans sans co^uDand^ ment ledit sieur de Comnene, arrivèrent à La Magdelaine. Comnene , jugeant de revenement de ceste sortie d'habitans, leur manda qu'ils eussent à se retirer, et leur envoya protester qae s'ils ne s'en retoumoient il les tenoit ponr perdus. Il eut beau les advertir de leur saint Jb respondirent au capitaine Ihineau qu'ils vooloient voir les maheostres [ainsi appeloient-ilsles royaux] aussi bien que les autres. Ces habitans s'advançans à grands pas, arrivèrent où estait ledit sieur de Comnene à la teste d'un grand champ, d*où ils virent à l'autre bout les royaux à descouvert, et, les ayans apperceus descocher à eux , ils changèrent si bien d*advls et de o(mt^ nance, que, pensans regaigner La Magdelaine pour y tenir ferme , les royaux leur passèrent sur le ventre, tuèrent les uns, firent prisonnien les autres , et ledit sieur de Comnene et sa ca* Valérie , avec quelques-uns des habitans des moins advancez, furent contraints de prendre la course pour se sauver à toute fuite dans Orléans. Voylà comment Topiniastreté de ces habitans fat cause de leur ruvne et de la desroute do sieor de Commene : ainsy qu'il adviendra tousjonrs à quiconque se meslera à la guerre avee les habitans des villes hors de leurs murailles, et tonte autre sorte de menu peuple, par ce qu'estans sans expérience, crainte et obeyssanee en la discipline militaire, ils se persuadent de loin des rodomontades et chimères estranges et ridicules; mais , incontinent qu'ils voyent arriver le moindre événement contraire , la peur l«ir saisit tellement les esprits, qu'ils ne peuvent plus concevoir de raison ny n'ont recours qu'à la faite, laquelle ils s'imaginent leur estre aussi loisible et asseurée que de se retirer quand bon leur seoh ble de la rue ou d'une place puUique.
CttRONOLOGtS noyfilfAlBB DB PAtVik CÀYET. [1591]
Ce SQCcez apporta de la tristesse et du dueil daos Orléans , où le peuple se mit à exclamer contre le maire d*Armon ville, quoy qu'il leur eostdefendudesortir ; et, au contraire, les royaux emmenèrent en leurs garnisons grand nombre de prisonniers dont ils tirèrent plusieurs rançons, et quittèrent là le régiment du Coudray. Yoyiàce qui s'est passé en ceste desfaicte à La Ma^elaine près d'Orléans.
Poar la desfiiiete et mort du vicomte de La Gmerche, elle advint de ceste fticon. Nous avons dit que toute son infanterie fût taillée en pièces dâDs Nontmoriilon. Tandis que M. le prince de CoDtf prit plusieurs petites placer aux environs de Polëtiers , et qu'il assiegeoit Mirebeau , ledit near vicomte récent le secours que luy envoya M. de Mercœur pour tascher à traverser les heureux progrès dudit sieur prince. Parmi ce secours estoit nombre d'Espagnols. Mais, sur Fadvîs que ledit sieur vicomte récent que le sieur de Sateme, gouverneur de Loches, avoitpris m chasteau de La Guierche au pays de Touraioe; duquel on enlevoit tout ce qu'il y avoit dedans, il se résolut de reprendre son chasteau et d'y attraper ceax qui l'avoient pris ; et , pour cest effeet , il s'achemina de Poictiers si diligemment avec toute sa cavalerie et la plus-part de son infanterie, qu'il eust exécuté son dessein si messieurs d'Abin et de La Rochepousé, avec plusieurs gentils-hommes de ce pays-là, serviteurs du Roy , an nombre de plus de cinq cents cberaux , ne se fussent rendus à La Guierche quand ils le virent tourner de ce costé là. Le vicomte avec les siens le lendemain pensans y entrer rencontrèrent les royaux en teste , et y eut lànn grand combat qui fut tellement opiniastré de part et d'autre , que le vicomte , voyant par terre plus de trois cents des siens, et entr'autres ptnsiears gentils-hommes, et le reste bransler, print la fuite pour se sauver des premiers, et passer la rivière de la Creuse au bac ; mais, ainsi qu'il advient d'ordinaire en ces fuites qui se font de jonr, les siens ne le virent pas plustost aller, que chacun en fit de mesme , et la confusion fut telle pour entrer dans le bac , que plusieurs à la foule y estans entrez avec ledit sieur vicomte, toQspeslemesle, le bac estant tropchargé, quand H fut hors du bord, il coula à fond, où ledit sieur vicomte avec eeux qui estoient dedans se noyèrent: de sorte que toutes ces troupes de cavalerie et d'infanterie tumberent sous la puissance des royaux , ou se noyèrent. Cinq cents Espagnols périrent en ceste desfaicte, et plus de deux cents de la cavalerie. VoylÀ comme le gouverneur du haut Poicton et de la Marche pour l'union perdit ses troupes et sa vie.
Puis que nous sommes tumbez sur le Poicton, voyons ce qui s'y passa en l'armée de M. le prince de Conty depuis la prise de Montmorillon. Après ceste exécution et la reddition de quelques places l'armée marcha à Chauvigny : la garnison du chasteau estant sommée se rendit vies et bagues sauves. De là l'armée s'achemina à Dissay, chasteau appartenant à l'evesque de Poictiers, là où son bastard demeura prisonnier en rendant ce chasteau , et fut eschangé du depuis avec le sieur du Plessis La Roche prisonnier à Poictiers.
De là on alla à Mirebeau qui fut incontinent investy. Aux approches il y eut de belles escarmouches, en l'une desquelles fut blessé le sieur de Ghastelieres Portant d'une harquebuzade au bras. La ville battue et bresche faicte, les royaux voulurent donner un assaut , d'où ils furent repoulsez avec perte , et contraints de séjourner en ce siège en attendant des munitions pour faire bresche plus raisonnable , et des forces nouvelles qu'amena audit siège M. de Sainct Luc , à sçavoir, les régiments des sieurs de Yibrac et de Sainct Georges. Celuy du sieur de La Forest Rourdesaute s'y rendit aussi , et peu après le marquis de Resle-isie et sa troupe , qui venoit demander secours à M. le prince pour conserver sa place de Machecou , laquelle M. de Mercœur se preparoit d'assaillir.
Ainsi ces munitions et ces forces venues devant Mirel)eau , la batterie de nouveau recommença, et, la bresche faicte, les royaux donnèrent l'assaut si furieusement cependant que le sieur de Choupes, gouverneur de Loudun, faisoit donner l'escalade par un autre endroict, que le sieur de La Jovaigniere mit une enseigne sur la muraille : la ville emportée de force , tous les assiégez qui ne purent gaigner le chasteau furent taillez en pièces. En une sortie que firent ce mesme jour ceux du chasteau , ils tuèrent le sieur du Plessis d'Ansay , gouverneur de la Ferté Rernard. Après cela ledit chasteau fut assiégé de tous costez , et mit on une bonne garde de cava* lerie vers Poictiers pour empescher le secours qui pourroit venir de ce costé là. Les assiégez, sommez de rechef, respondirent qu'ils estoient résolus de mourir dans ceste place ; mais la batterie ayant commencé à Jouer , ils demandèrent à parlementer, et se rendirent armes et bagues sauves. Ceste place appartient à M. le duc de Montpensier; il y eut bien des brigues pour en avoir le gouvernement, en fin M. de La Rochepot, pource que le Mirebalois depeod de son gouvernement d'Anjou, y fit establir le sieur de Yillebois pour gouverneur, dont beaucoup eurent du mescontentement. Ledit sieur de Villebois
CHRONOLOGIE NOVSNÀIBB DB PÀLHÀ GÀYBT. [l59l]
depuis [sçavoirPannée suivante] print le party de runion , et se mit luy et ceste place en la protection de M. de Mercœur, et appella le sieur de La Perraudiere quMl logea dans la ville , et firent fort la guerre aux serviteurs du Boy , et l'a tousjours tenue Jusques à ce que ledit sieur de Mercœur se soit rendu au service de Sa Majesté. Ledit sieur de Viilebois se couvroit de quelques mescontentements qu'il disoit avoir receus, qu'il n'est besoin d'escrire , car ceste excuse ny autre, telle qu'elle soit, n'est bonne ny recevable pour foire chose préjudiciable au service que nous devons naturellement au Roy.
Après la prise de Mirebeau M. le prince et son armée allèrent loger à Youillay en appro* chant de Poictiers pour deux occasions, l'une , que Ton avoit intelligence avec quelques-uns de dedans qui dévoient livrer une porte , ce qui ne réussit; l'autre, que le sieur de Pichery , durant le siège de Mirebeau, donnant avec sa troupe jusques dans les faux-bourgs de La Cueille dudlt Poictiers, y reput, et les siens firent butin , sans que ceux de la ville fissent grande deffense ; ce qui fit penser audit sieur prince qu'ils estoient estonnez pour les pertes qu'ils avolent receuês , ainsi qu'il a esté dit cydessus. En partant de Chasseneuil on fit marcher l'armée en bataille avec une coulevrine droict à Poictiers : ce qui fut fait ; mais les royaux y trouvèrent dans les faux-bourgs ceux de l'union qui s'y estoient bien barricadez , là, où il s'attaqua une belle escarihouche , l'infanterie de ceux de l'union conduite par le sieur de Cluseaux , et la cavalerie par le sieur des Roches Baritaut. Les royaux voyans qu'au lieu de leur livrer une porte, l'on ne leur tiroitque des coups de canon de la ville, et que les faux-bourgs estoient si bien gardez qu'il n'y avoit espérance de les emporter , ils se retirèrent à Chasseneuil avec perte de quelques soldats; mais , pensans avoir le lendemain meilleure fortune, l'armée vint loger au pont d'Ozence , de l'autre costé de Poictiers, où M. le prince, ayant receu ad vis , par quelques-uns de la ville, qu'il n'y avoit point de moyen de fairereùssir leur intention, retourna loger à Mirebeau, et de là à Montcontour [ou la noblesse de Poictou print congé de luy, non sans quelques disputes , voyans que ledit sieur prince emmenoit hors de leur province les canons qu'il avoit gaignez à Montmorillon]) et puis à Monttreuilbellay , d'où il partit au mois de septembre pour aller assiéger Selles en Berry , à la supplication de M. de Montigny qui estoit gouverneur pour le Roy en Berry et au Blezois.
Au commencement du mois d'aoust les gens de guerre que nous avons dit que Ton levoit en
Italie passèrent les monts : les Espagnols et les Italiens destinez pour la Flandre les avoient passez les premiers , et demeurèrent quelque temps en Savoye pour le service du duc, lequel, noaobstant la route que les siens receurent à Es* paron de Pallieres, ne laissa, estant de retour d'Espagne, de faire continuer le siège de Berre, qui se rendit aussi au commencement de ce mois au comte de Marlinengue , dit Malpaga, lessdgneurs de La Valette et Desdiguieres ne pouvans secourir ceste place^pour les diverses cecorrenées qui arrivèrent en ce temps là, car ledit sieur Desdiguieres fut contraint d'aller recognoistre l'armée du Pape que conduisoit le dnc de Montemarcian, laquelle passoit les monts, ce qu'il fit afin de l'empescher de ruyner la valéede Gralsivodan, ny de s'y loger , et principalemeat pour recognoistre ceste armée , et en âomier ad vis au Roy ; ce qu'il fit, et la recognutenone prairie auprès de Motitmelian, où, avec trois cens chevaux , il les fit attaquer , et les reeognot s'estansmis en bataille , l'i^dvantgardecoDdoitte par Pierre Gaétan, la bataille par le duc de Montemarcian , gênerai de ceste armée , et ^arrieT^ garde par Apio Conti. En ceste escarmoucbe il fut tué d'une part et d'autre vingt-cinq soldats. Mais un vent et une tempeste s'estants eslevez, l'armée du Pape s'achemina pour passer le pont de Lizere, sur lequel la violence du veut fut si grande qu'elle enleva plus de cinquante soldats dans l'eau qui s'y noyèrent, et de là elle s'alla loger à Chambery et aux villages des environs, où elle demeura quelque temps pour se refraischir. Aussi les Suisses que l'on avoit levez pour le Pape l'y vinrent joindre , afûn d'estre plos forts si on les vouloit attaquer en leur passage; puis tons ensemble, avec les forces cy-dessas dites que l'on envoyoit en Flandres, allèrent passer le pays de Bresse , et entrèrent en la Franchecomté pour se rendre en la Lorraine , ainsi que nous dirons. Mais quant an sieur Desdiguieres , n'ayant forces bastantes pour les fo^ cer, les ayant seulement recognus, il s'en retourna vers la Provence, où la prise de Berre pour le duc de Savoye , lequel avoit mis dedans pour gouverneur Alexandre Vitelly , fût cao» du mescontentement de la comtesse de Saux eon« tre ledit duc , car elle desiroit y en mettre oni sa dévotion, pour jouyr à sa volonté du profil des salines, ne pensant pas que ledit duc luy deust refuser cela , veu l'obligation qu'il luy d^ voit à cause qu'elle avoit pourchassé I establissement de ses affaires en la Provence. Ce mes* contentement fut en partie cause de la ruy se des affaires du duc de Savoye en ces quartiers là* Cependant que le sieur de La Valette assie-
CtmOIfOLOOtB NOTSITÀIAS DE ^ALHÀ GAVBT. [1591]
Mi
garitCrafaison, II. Desdigaieres alla surpreadre LoBj et de là 'S*ea alla emparer de Corbon qui est à deux mousquetades de Dignes , qu'il desseignoit d'assiéger quand il receut ad vis que le dac de Savoye , avec les nouvelles forces dltalie qu'il avoit receuês, conduites par les comtes de Beljoyeuse et Rangon, assembloit un armée de S6ptmille|harquebusiers et de huict cents maistres, et se preparoit pour assiéger Grenoble; mesnes que desjà don Amedée, don Olivera et le marquis de Trevic avoient assiégé Morestel, qui estoit un fort que ledit sieur Desdiguieres aToit fait &ire depuis peu pour couvrir Grenotriedo costé de Savoye.
Sur eest advis ledit sieur Desdiguieres , changeant de délibération , au lieu d'assaillir Dignes seresoiatde secourir Morestel, et, pourcest effect, le vingt-cinquiesme d*aoust, partit de Provence afBn d'assembler les royaux du Dauphiné : ce qu'il fit en telle diligence; que luy se troQTant à Grenoble le douziesme septembre , il y assembla deux mille sept cents harquebusiers et trois cents maistres qu'il logea aux environs; ce qu'ayant esté sceu par les Savoyards, ils se retirèrent d'autour de Morestel , et se logèrent àPontchara, une demie lieue, plus loing, où lis se retranchèrent et barricadèrent en intention de s'y deffendre.
Le sieur Desdiguieres ; n'ayant pu partir de Grenoble que le seîziesme de ce mois à cause don caterre qui Ty retint quatre Jours malade , estant arrivé en la petite armée royale, et luy ayant esté rapporté que le jour d'auparavant le sienr de Bellier , avec quelques harquebusiers à cheval, avoit enfoncé la garde d'une compagnie de cavalerie de Savoyards, laquelle il avoit entièrement desfaicte , et mesmes que les sieurs de Mnres et de Morges, en voulant recognoistre la sarde de l'armée savoyarde, estoient entrez pesle-mesle dedans et l'avoient jettée sur les bras de ceste armée, en toutes lesquelles deux cbargesoD avoit gaigoé de bons chevaux , il vouiot lui-mesme recognoistre leur logis et considérer Tassiette du lieu; ce qu'il fit le lendemain Bvec une telle expérience militaire, que , le soir oiesme,il fit le dessein sur une feuille de papier comme il devoit renger les siens suy vaut ce (piH avoit préjugé que ses ennemis ordonneroient leur armée , laquelle , à cause du lieu , se trouva rengée le lendemain dix-huictiesme ainsi qn'il l'avoit prémédité; Tordre en estoit tel : Sa ttste estoit tournée vers Grenoble; à la main gauche estoit son infanterie sur un costau de vignes, en rond, au dessous du chasteau de Bajard; à sa main droite la rivière de l'Isère, et , entre ladite rivière et Iq costau, sa cavale-
rie en trois escadrons dedans les prez proches de la maison du sieur de Bernin , et , au devant de ceste cavalerie , environ quarante maistres ad*» vancez en un champ plus relevé que les prez , ausquels on ne pouvoit aller dudit champ qu'à la file, y ayant un vallon ou précipice qui empeschoit les royaux d'aller à eux en bataille.
Les Savoyards s'estoient mis en cest ordre par ce que de loing ils avoient descouvert la troupe dudit sieur Desdiguieres venir à eux. Les royaux estans arrivez à deux mousquetades du champ de bataille de leur ennemy , on fit faire alte en un bas près la rivière où ils estoient couverts d'arbres à fin de n'estre recognus. Cependant le sieur de Prabaud , avec quinze cens harquebusiers , suivoit le costau à main droite , en deux troupes , dont l'une tenoit le haut pour faire déloger ceux qui occupoient le costau , et l'autre suivoit le chemin au bas pour faire quitter l'infanterie qui favorisoit la cavalerie de Savoye ; et, en attendant que ledit sieur de Prabaud s'advançast, le sieur Desdiguieres fit paroistre quelque infanterie et cavalerie sur le champ où estoit la garde de Tennemy , et peu de temps après, ceste cavalerie, qui n'estoit pas plus de vingt maistres conduits par le sieur de Yeraoe , lieutenant de la compagnie du sieur de Briquemaud , alla droit à ladite garde qui ne voulut point attendre , mais quitta sa place pour se jetter au gros.
Le sieur Desdiguieres voyant ceste contenance, et que d'ailleurs son infanterie avoit commencé à esbranler celle de son ennemy qui estoit sur ledict costau , il fit monter ses troupes sur le champ de bataille qu'il avoit choisi , qui estoit celuy mesme où la garde des Savoyards estoit auparavant posée et sur le champ rangea son armée en ceste façon. L'infanterie, conduitte par le sieur de Prabaud , tenoit la main droicte , comme il a esté dit ; le sieur de Mesplais, avec un bataillon d'infanterie, la main gauche sur le bord de la rivière ; la cavalerie au milieu, rangée en trois escadrons se suivans l'un l'autre, sans comprendre les coureurs en forme d'avantgarde , commandée par le sieur dé Briquemaud; l'escadron qui le suivoit de près , conduit par les sieurs de Mures et de Morges ; le deuxiesme , la cornette dudit sieur Desdiguieres conduite par le sieur de Poligni ; et le dernier , c'estoit la cornette blanche accompagnée de cinquante-deux maistres couverts , ettoutesfoisparoissoientpour cinq cents maistres, parce qu'il y avoit à la queue six vingts harquebusiers à cheval , et les valets ayans tous l'espée à la main , ce qui donna beaucoup d'effroy aux Savoyards. A la main gauche il y avoit un bataillon d'infanterie pour &voriser la
CHEONOLOOIE ROTBNÀIRB DB PALlU CAYBT. [U9l]
dite comette blanche qui servoit d'arriere-garde.
Ainsi rangez en mesme temps que l'escarmouche s'eschauffoit entre l'infanterie d^une part et d'autre, et que celle des Savoyards commençoit à quitter son Ic^s , les royaux chargèrent la cavalerie savoyarde , qui au premier abbord fit assez belle contenance et soustint ceste charge, puis poussa un peu l'advantgarde royale , qui , se voyant soutenue , rompit les Savoyards qui avoient mis tous leurs escadrons en un pour faire mieux leur retraicte ; toutesfois ils firent encor un tour dedans les prez de la maison du sieur de Bemin , et attendirent l'advantgarde royale de la longueur de la lance ; mais peu après ils commencèrent à fuir» et continuèrent, estaus poursuivis , jusques à Montmelian , où les fuyards ne se retirèrent tous , parce que les uns furent tuez sur la place , et les autres s'en allèrent à vau de route vers La Rochette, Aiguebelle, Miolans, et dedans les bois.
Le nombre des morts fut de deux mil cinq cents. Les royaux y gaignerent plus de trois cents chevaux, plusieurs capitaines , lieutenans et enseignes prisonniers. Dix-huict drapeaux portans la croix rouge et une cornette y furent aussi prins.
Le sieur Amedée se sauva à Miolans. Lessieurs marquis de Trevic et Olivera furent perdus dedans les bois Tespace de trente-six heures, et depuis se sauvèrent à Montmelian. Les bagages demeurent aussi pour butin aux royaux.
Le 19, deux mil Romains et Milanoisqui s'estoient sauvez dans le chasteau d*Avalon avec le comte Galoette de Beijoyeuse leur chef s'estans rendus à discrétion , la furie des soldats ne put pardonner à six ou sept cents d'iceux qui furent taillez en pièces, et le reste , avec le baston blanc, mis en lieu de seureté par le sieur Desdiguieres, sousles promesses qu'ilsfirentdeseretirerenleurs maisons sans Jamais faire la guerre contre le Roy.
Geste victoire fut signalée pour ne s'y estre perdu aucun homme de marque des royaux. Et, après la recerche Cedte par les compagnies , il se trouva un cheval léger du sieur de Briquemaut et deux soldats, morts , le sieur de Y allouze et deux soldats blecez.
Le butin que firent les royaux se monta à plus de deux cents mil escus , la plus grande partie en chaînes , bagues , or, argent monnoyé , vaisselle d'argent , riches accoustremens, et en chevaux et en armes.
Les royaux disoient qu'il sembloit que la mémoire de ce grand capitaine, le chevalier de Bayard , en son temps si alfeclionné à la France, n'avoit. voulu permettre que ses anciens ennemis receussent autre«traîetement à la veuê
d'une maison que luy-mesme avoit Ut buUr, Si ceste infanterie italienne fat si mal traictée en Savoye par les armes, les incommodités da temps et lesmaladiesneruinerentpasmoins celle de l'armée du Pape , laquelle estant arri?ée à Lion le Saunier (l) en Franèhecomté , ledncda Monte-marcian , gênerai d'icelle, et Pierre Gaè^ tan , son lieutenant , se prirent tellement de paroles , que , sans Tarchevesque Matteucd , qoi faisoit Toffice de commissaire gênerai en icelle, ils en ftuBsent venus aux mains l'un contre rautre ; tellement que Gaétan , pour le [resfiect do Pape , fut conseillé de se retirer de ceste armée: ce qu'il fit , et prit son chemin pour s'en retourner en Italie par le pays des Suisses, li où il ht arresté à Toffano par quelques colonds suissa, sur le prétexte quUl leur estoit deu nombre de deniers pour le service qu'ils avoient iait Fia passé en France , dont le cardinal Gaétan floa oncle , y estant légat et chambellan de TEgiise, leur avoit responda , et ftit contraint, atantipe d'estre mis en liberté , asseurer lesdito cdooeb de leur deu. Du depuis le départ de Gaétan ra^ mée du Pape se diminua de jour en jour. De li Francheoomté elle vint à Verdun où le dac ie Mayenne, après Tevenement du siège de NojrODf s'estoit venu rendre avecle duc de Loiraine poir tascher d'empescher l'armée du Roy qoi ioy nnoit d'Allemagne d'entreprendre sur laLonraifle* Le duc de Monte-mardan arrivé aapRS de Verdun, les ducs de Lorraine et de Hayenoe) avec Camille Gapizzuochi , qni conduleoit lors les gens de guerre du roy d'Espagne lesqueb ef< toient au party de l'union, allèrent, bien aecompagnez , le rencontrer , et ftat recea d'en avec beaucoup de démonstrations de eonteottment. La monstre de ceste armée Ait foiete à trois lieues de Verdun : pour la cavallerie y eOe estoit en belle ordonnance, et pouvoit estre ffiHle bons chevaux ; mais pour l'infanterie, ëittM en si pauvre estât, que les ch^ desiroient qa'HIe pust estre en Italie; car la plus grand partestoioil affligez de flux de sang , d'autares de fièvres p» tilencieuses , dont ils moururent la plns-psi^ ces maladies leur estant procedées de des fruicts qui n'estoient pas meurs , ear s avoient eu nécessité de vivres. Après ceste stre, l'on fit passer ceste armée au traversde V< dun , et la fit on loger en des bourgades ches de là , où chasque soldat reoeot deux pour teste , et y demeurèrent Jusques sur la d'octobre , que les nouvelles de la mort da Pi furent venues , ce qui acheva de rainer du toafl ceste armée. Cependant qu*elle estoit logée ao
(I) LoD»-le-Sauloi6r.
CmOlfOLOGIB IfOTSlfAUlB DB PALICA CAYBT, [1691]
près de Verdim, le Boy , qui estoit venn à Sedan , les alla convier de venir à rescannoache ; ainsi que nous dirons , mais que nous ayons dit comoeot le Boy alla recevoir le prince d'Ânhalt et 800 armée d^AUemans anx plaines de Vandy.
Noos avons laissé le Boy , sur la fin du mois faoQSt, qui festoyolt le comte d'Essex dans \oyoD pendant qn^il se preparoit pour aller recevoir l'année des Allemans, ce qu'il pensoit faire avec tonte son armée ; mais le siège de Pierlefons tirant en longueur, il fat nécessité de l'y laisser aoos la conduite du mareschal de Biron , aoqiiei II commanda que si tost quMl auroit pris cesteplace,qu'il s'acheminast en Normandie pour birela voy e au siège de Bouênqu'il avoit résolu de iiiire ; mais il advint du siège de Pierre-fons tout autrement tju'il ne pensoit; car, après que ledit sleor mareschal de Biron eut esté trois semaines devant ce chasteau , et tiré huit cents coups de canon sans y avoir pu faire brèche d'un pied seulement , il leva le siège, et s'en alla vers la Normandie, ainsi qu'il sera dit cy après. Quant au capitaine de Bieux , il devint si insolent pour aNoir soQStenu ce siège, qu'il se mit à exécuter dételles croautez sur les royaux, qu'estant pris qaelqne temps après par ceux de Compiegne , ils le pendirent. Il estoit parvenu de peu , n'estant an commencement de sa fortune qu'un petit commis aux vivres ; mais il devint depuis capitaine de gens de cheval et redouté : ce que je dis affin que ceux qui liront ceste histoire à l'advenir ne pensent pas que ce capitaine de Bieux fostde la noble maison de Bieux en Bretagne, nj parent de M. de Bieux qui estoit mareschal de Farmée royale , non plus que ceux qui ont aassl appelé le capitaine Sainct Paul M. de Sainct Paul , car on ne doit penser que ce capitaine fùst de Tanclenne maison des comtes de Sainct Paul bnt porte aujourd'hui le nom le puisné de la mai- H)n de Longueville, mais estoit fils d'un qui avoit mcharge de la despense du feu sieur de Beauvais ^^gis, lequel s'estoit advancé par les armes du rivant du feu duc de Guise , ainsi que celuy qui a ^ct le Traité des causes de la prise des armes en snvier 1589 le rapporte.
Le cinquiesme de septembre, M. de MontpenierarrivaàNoyon. Nous avons dit qu'aprèslale- ^e dn siège de Paris le Boy le renvoya en Nor- D<indie, là où il tint long temps assiégé Avran- ^es qui en fin se rendit à lay. D'autre costé le hevaller de Grillon , pour l'union , pendant ce i<i;e j Burprint Honfleur sur la fin de février. ^ref , tant d'un party que d*autre , ce n*estoient [u entreprises, que surprises, que rencontres, ^ ceux qui estolent victorieux un jour estoient Nquesfois deffaicts le lendemain. Ledit sieur
duc de Montpensler y ayant laissé son armée en la Normandie vers Caën pour y empescher les entreprises de ceux de l'union , vint trouver le Boy seulement avec son train , sa compagnie d'hommes d'armes et ses gardes, affin de l'accompagner en son voyage de Sedan.
Le quinziesme dudit mois le Boy partit de Chauny pour aller recevoir ses reistres. Les compagnies qui estoient avec luy estoient sa cornette , ses chevaux légers sous la conduite du sieur de Givry, celles du sieur de La Curée , de Pralin , de Malivaut et de Largerie , avec celle dudit sieur duc de Montpensier ; tout cela pouvoit faire huict cents bons chevaux et trois cents harquebusiers à cheval, tant des gardes du baron de Biron que des garnisons de Picardie et le régiment de Sainct Bavy qui s'y joignirent. Ainsi le Boy, laissant le mareschal de Biron devant Pierrefons avec la plus grande part de son armée, partit de Chauny, et vint passer si près de La Fere par la faute de la guide , que ceux du dedans tirèrent sur luy plus de soixante coups de canon sans que nul des siens en fust offensé; puis, laissant Laon à la droicte , il \int coucher à Crecy, et le lendemain à Poliot en Tierasche , d'où le Boy alla à La Capelle tandis que ses troupes s'advancerent à Bumesnil, et de là à Maubert-fontaine où il les vint retrouver, et changea dans ceste place ceux qui y commandoient, qui estoient trois soldats lesquels avoient tué leur gouverneur qui teuoit pour l'union , pour-ce qu'il ne s'asseuroit pas beaucoup de leur fidélité. Le 30, le Boy logea à trois lieues de Mezieres , et le lendemain à La Cassine, maison forte appartenant à M. de Ne vers , où il estoit lors, et assiegeoit le fort chasteau de Hautmont, lequel luy a[^rtenoit , distant d'une lieuê de La Cassine et de quatre de Sedan. Si tost que M. de Nevers sceut que le Boy venoit , il alla au devant de luy avec tous les seigneurs de son armée , et , l'ayant acconduit dans La Cassine , il y traicta magnifiquement Sa Majesté et tous les princes et grands seigneurs de sa suitte. Au souper le Boy estoit seul à sa table servy comme de coustume ; en l'autre table , qui faisoit un angle droict , estoient d'un costé messieurs les ducs de Montpensier et de Nevers, les seigneurs de La Guiche , le baron de Biron et de Larchant ; de l'autre estoient messieurs de Longueville et comte de Sainct Pol, les seigneurs de Grandmont, comte de Brienne, vicomte d'Auciiy , La Chapelle aux Ursins , et autres seigneurs.
Le vingt-troisiesme , le Boy entra dans Sedan où il fut honorablement receu par roadamoiseile de Bouillon et par les habitaus ; toutes les pièces, tant du chasteau que de Li ville ,
GH&ONOLOGIE NOTïNÀIBB Dfi PALlfA CÀYET. [l59l]
furent deslachées en signe de resjouyssance, puis firent jonêr une infinité de pétards. Le lendemain M. le vicomte de Turenne arriva à Sedan, et alla trouver le Roy au Jeu de panlme où il joùoit, auquel il asseura que son armée estrangere estoit à une journée prez.
Cependant ceux de Mouzon , qui est à deux lieues au dessous de Sedan vers la Lorraine , et qui s'estoient tousjours tenus neutres, furent sommez de se rendre : le gouverneur qui estoit dedans les y vouloit contraindre , mais ils le mirent dehors, et envoyèrent leurs députez vers le Boy le supplier qu'ils demeurassent neutres, ce qu'ils obtindrent moyennant dix mil escus.
En mesme temps ceux d'Attigny, petite ville qui appartient au chapitre de TegUse de Reims, dans laquelle y avoit forte garnison qui s'entretenoit de courses et de picorées , tenans tout le pays en leur subjection, intimidez de Tannée estrangere qui n'estoit qu*à une lieué d'eux , et du Roy qui estoit prochain, abandonnèrent ceste ville, les uns se sauvansà Rethel qui n'en est qu'à quatre lieues , les autres à Rheims. Les premiers de l'armée du Roy qui y entrèrent furent le sieur de Huart et sa troupe, lesquels y trouvèrent bien dequoy gaigner. Ceux de l'union abandonnèrent aussi un autre fort nommé Givry. Du depuis toute l'armée alla loger à Attigny. Le Roy mesmes y fut le vingt-septiesme pour aller voir son armée d'Allemans , où il vid un beau mesnage dans ceste ville , car, après avoir esté pillée, les soldats mirent la plume de tous les lits au vent. Ce qui y estoit demeuré entier estoit quantité de bleds , d'avoines et de foins , desquels, oultre le degast que l'armée fit , M. de Nevers en fit serrer quatre cents muids de grain dans La Cassine.
Le dimanche 29, Jour de Sainct Michel, Tarmée estrangere parut aux plaines de Vandy en bataille rangée , qui faisoient nombre de seize mil combattans , tant reistres que lansquenets , sous la conduitte du prince d' Anhalt avec quatre pièces de canon et plusieurs autres petites pieces. Le Roy , accompagné de sa noblesse , les alla recevoir, où, en signe de resjouyssance, ces estrangers firent jouer toutes leurs pièces par plusieurs fois avec une si grande dextérité qu'un coup n^attendoit pas l'autre, tant ils estoient prompts à les recharger. Les reistres paroissoienten quatre gros osts, et les lansquenets en quatre autres , et avoient leurs pièces devant eux. La forme de leur battallle estoit en demy cercle. Le prince d'Anhalt avoit son bataillon composée de cinq cornettes et sa colonelle, desquelles sa colonelle estoit de cinq cents reistres, les autres chacune de trois cents , qui revenoit en tout à deux mil cent chevaux. Le baron d'Ot-
thnaw avoit son bataillon composé de trois cor* nettes, desquelles sa colonelle estoit de cinq cents chevaux, les deux autres chacune detrois cents, qui revenoient à unze cents chevaux. Le comte de Greange avoit semblablement trois cornettes et pareil nombre d'hommes. Roquendolf , leor mareschal de camp , avoit semblables troopes, qui faisoient cinq mil cinq cents reistres. Ouitie ce y avoit huict cornettes de gentils-hommes messins qui estoient venus avec la permisaJon des princes d'Allemagne sous la conduitte de deux colonels Frenc et Istinkc , qui faisoient quelques cinq cents hommes , ayants leurs cornettes estroittes, ressemblantes aux gnidonsdes François , sinon qu'elles n'estoient pas fendues, armez à la françoise , et quelque soixante-dix maistres sous chasque cornette. L'infanterie estoit conduitte sous quatre colonels, sçavoir.il y avoit le régiment du comte d'Huicq , qui d^ puis est mort de maladie au siège de Rouen) composé de neuf enseignes , chasque enseigne de trois cents cinquante hommes ; de sorte qu'ils faisoient monstre de trois mil cinq cens hommes; le régiment de Lanty qui estoit de pareil nombre d'enseignes et d'hommes, qui joincts revenoient à sept mil hommes. Outre ce il y aroit deux régiments sous la conduitte de Rebours et du Temple, qu'ils avoient amenez à leurs propres cousts et despens , qui estoient de quelque neuf enseignes , et, Joincts ensemble , faisoient quelque deux mil cinq cens hommes ou trois mil.
Le Roy alla d'escadron en escadron pour b recognoistre mieux, aussi affin d'estre vea d'eux, et, après avoir embrassé les colonels, tant des reistres que des lansquenets , et les avoir bienveigniez et remercié de leur bon office enreis Sa Majesté, descendit en la tente du prioce d'Anhalt où la collation luy fut préparée. Cependant l'armée demeura en bataille Jusques àunehenre avant la nuict.
Le lendemain Sa Majesté voulut esprouva si les ducs de Lorraine, de Mayenne et de Moa* temarcian avec sa cavalerie italienne, qoies^ toient à Verdun , avoient envie de faire quelqw escarmouche , et pour cest effect 'prit quatn mille chevaux , tant des reistres nouvellemen arrivez et des vieux reistres qui estoient sous!) conduite de Dammartin , que des Franco^ avec ceste troupe il alla Jusques auprès de Vet dun où les Italiens estoient logez. Le Roy s'estoi mis avec les chevaux légers qui marchoient le premiers, et rencontrèrent dans un village en m fonds une compagnie de gens-d'armes italiens lesquels, appercevans les royaux, s'enfuira vers Verdun , et donnèrent l'alarme À toutes le
CHBOnOJLOûIB NOYBNAIBB DB PÀLHA CAYBT. [1591]
aotres troupes. Sept de ceste compagnie d*Ita* liens ne voulurent fuir avec leurs autres compagnons, ou pour le moins avant que ce faire ils eurent envie de tirer le coup de pistolet. Sa Majesté , les voyant délibérez j envoya contr'eux les sieurs de Pralin et de La Curée avec deux dievaux légers de leurs compagnies , puis après le sieur de Largerie qui faisoit le cinquiesme , les(iaels firent si bien qu'ils tuèrent chacun leur bomme, et emmenèrent les deux autres Italiens prisonniers et blessez. Le Roy voyant que ses ennemis s'estoient retirez dans Verdun y il retourna de ceste corvéeà Attigny le 2 d'octobre et lesixiesme il alla pour voir la batterie et l'assaut qoe M. de Nevers vouloit fiiire donner à Hautmont qu*il tenoit tousjours assiégé. Après que l'on eut tiré quelques coups, Sa Majesté voulut loy mesme pointer le canon , et fit donner au mitan du pcûrtail : ce coup fut si heureux , que le eapitaine, le lieutenant et l'enseigne en furent loez, eeqni bailla une telle espou vente aux assiégez , qu'ils montrèrent un chapeau sur la mu- /ailiepour signal qu'ils vouloient parlementer. La composition fut qu'ils rendroient la place , et çneeeox qui voudroient prendre le partydu Hoy aurolent leurs armes , et les autres qui ne voQdroient le prendre s'enirolent avec unbaston. On tenoit que s'ils eussent enduré l'assaut, que le Roy y enst bien perdu des hommes , pource qnecelieu est du tout inaccessible.
L'unziesme de ce mois Sa Majesté retourna de BaioQville , où il estoit logé , à Sedan , là où il Gt accorder le mariage d'entre M. le vicomte de roreone et de madamoiselle Charlotte de La Uari^ , duchesse de Bouillon , et princesse souveraine de Sedan. Nous avons dit cy dessus iomme , après la mort du duc de Bouillon et lo comte de La Mark ses frères, le duc de Guise, oy faisant la guerre , esperoit la faire avoir à ^ fils pour femme , mais qu'après les Barri- &de| de Paris , le duc de Lorraine ayant tenu >flgnement assiégé Jamets , par la trefve qui fut uete, en décembre 1588, entre luy et ladite rincesse , madame d' Aramberg , de la part du- Itdoc, proposa le mariage de M. le marquis du ont et de ladite demoiselle de Bouillon, mesme 3e le sieur de Lenoncourt , baillif de Sainct Mi- -U fut, au mois de mars de l'an 1589 , de la trt dudit sieur duc , vers le feu Roy, pour le ppHer de l'avoir pour aggreable : ce que M. de ootpensier» qui estoit lors prez de Sa Majesté, tant oocle de ceste princesse , et son tuteur , ' voulut consentir , espérant la faire avoir à son sM. de le prince de Dombes. La response que le feu Roy audit de Lenoncourt, sçavoir qu'il peroit aller In^ mesme à Sedan dms trpi^ mois
et pacifier tous ces différents entre le duc de Lor* raine et madamoiselle de Bouillon , fut cause que ledit duc de Lorraine , prenant cela pour un refus , assiégea , bâtit et prit à composition le chasteau de Jamets, et fit faire beaucoup d'hostilitez sur les terres de Sedan , et continua jusques à ce voyage icy dont nous parlons , auquel Sa Majesté, ayant promis à M. de Montpensier d'avoir le soin du mariage de M. le prince de Dombes, donna ladicte duchesse de Bouillon à M. de Turenne, affin de donner un homme au duc de Lorraine qui le tinst tousjours en cervelle , et l'empeschast d'entreprendre rien sur ses voisins : ce que ledit sieur vicomte de Turenne exécuta très-bien, ainsi qu'il se pourra voir à la suitte de ceste histoire , et commença , le jour de devant ses nopces , par la surprise de Stenay dont il vint heureusement à bout , préférant , en ce faisant , l'honneur et la gloire à ses plaisirs particuliers. Ceste surprise de Stenay ne fut plustost sceuë du duc de Lorraine , qu'il envoya en diligence ses troupes autour de ceste ville pour tascher à la reprendre ; mais ledit sieur vicomte de Turenne , que le Roy avoit fait mareschal de France , et que d'oresnavant nous appellerons M. le mareschal de Bouillon , ayant fait un gros de ses gens qu'il avoit amassez pour aller retrouver le Roy vers la Normandie , fit lever ce siege^ et fortifier ceste place qu'il avoit conquise, laquelle depuis incommoda fort les Lorrains.
Dez que le Roy eut accordé ce mariage , le 19 d'octobre il vint à Bargerolles où toute l'armée estoit, et pensant aller coucher à Aubanton, petite ville , les habitans fermèrent les portes au mareschal de l'armée; de sorte que Sa Majesté fut contraint de retourner coucher à Rumesnil ; mais le lendemain , ayant fait advancer les lansquenets aux faux-bourgs d' Aubanton , la ville incontinent se rendit à discrétion, et fut pillée pour peine de leur témérité et d'avoir voulu attendre toute l'armée. De là le Roy , traversant tousjours pays , arriva le 26 à Origny en Tierasche,d'où il envoya investir Yervins, capitale du pays, et le 29 vint coucher à Fontaine-Chasteau , à un quart de lieuë dudit Yervins , puis l'armée repassa la rivière d'Oise à deux lieues près de sa source.
Ceste pauvre ville de Yervins fut beaucoup affligée en ceste année ; car après que M. de Longueville Feut battue et prise , le duc de Mayenne pendant le siège de Noyon , pensant que le Roy deust lever son siège pour secourir ceste ville , Tassiega, la batlt, et la reprint, et le Roy en ce passage l'ayant fait investir, le 29 de ce mois, entra dedans, en chassa ceux de runion, et y mit pour commapder le çlQur de Monceau^,
CHaONOLOGIB NOYENIIBS DS TkJMk GlYBT. [I59l]
lieutenant du sienr de Maley, gonvernenr de La Capelle.
Le dernier d'octobre Tarmée royale se sépara en quatre. Le Roy alla d*une traicte à Noyon , M. de Mon tpensier, avec tonte la maison du Roy et la suitte de la Cour, alla à Crecy, et de là s'en alla en Normandie ; M. de Nevers demeura avec ses troupes à Vervins pour s'en retourner en Champagne, ce qu'il ne fit ; et le baron de Blron, conduisant le gros de l'armée, prit son chemin entre les rivières de Somme et d'Oise , passant près Sainct Quentin. Mais, le Jour de cedespartement, il advint que les lansquenets , qui estoient en plus grand nombre que les François, et qui avoient pensé que toutes les forces royales fussent allées au devant d'eux pour les recevoir sur les frontières, après avoir faict une infinité de maux par où ils avoient passé , pour ce que ce pays n'estoit pas beaucoup frumenteux , et qu'ils avoient eu disette de pain , conclurent entr'eux,au desceu de leurs che6, de s'en aller , ce qu'ils tramerentsur l'indignation quMIs avoient conceuê de ce que l'on leur vouloit fiiire observer les loix militaireSi et bien que généralement tous les lansquenets ne Aissent pas de ceste opinion, si est-ce que tout le régiment de Lanty, et une bonne partie de celuy d'Huicq, au lieu d'aller au quartier qui leur estoit donné, rebroussèrent chemin et tirèrent vers Ouyse, où ils fussent entrez avant qu'on les en eust pu empescher, n'eust esté deux compagnies qui avoient esté commandées d'entrer en garde au quartier de H. le baron de Biron , lesquelles, y estant entrées deux heures avant Jour , plièrent leur bagage , arrachèrent par force des mains de leurs capitaines enseignes leurs deux drapeaux, ets'a* cheminerent après leurs compagnons. On Jugeoit bien qu'ils avoient quelque mauvaise intention dans l'esprit, mais on ne pouvoit Juger quec'estoit. M. le baron de Biron, adverty de ceste fuite, fut toute la nuict en armes, et manda, le Jourde la Toussaincts avant jour , au prince d'Anbalt et au colonel Lanty , ce qui estoit passé, les priant de luy assister pour faire retourner ces lansquenets, ou bien, s'ils ne vouloient retourner, luy ayder à les tailler en pièces afin que l'ennemy ne s*en servist. Eux , fort estonnez de cecy , se Joignirent incontinent audit sieur baron, et coururent après ces lansquenets : ils rencontrèrent premièrement les deux compagnies qu'ils firent retourner , puis poursuivirent le gros qui estoit party le jour précèdent au soir , et les rencontrèrent à une lieue de Rocroy, ville du party de l'union. Si tost que ces lansquenets eurent aperceu que l'on couroit après eux, ils se mirent en bataille. Ledit sieur baron les vouloit forcer;
mais leurs chefii les ayans gaignez , partie par menaces, partie par douces paroles, ils retournèrent en l'armée royale. Ils avoient desjà créé des capitaines et conducteurs à leur guise, et avoient chassé tous ceux qui leur commandoient. Et fut on contraint de porter patiemment ceste escome, et foire encor bonne mine, comme si on leur eust esté beaucoup obligé de ce qu'ils estoient retournez. Du depuis ledit sieur baron ^ pour les empescher de Jouer derechef un semblable tour, les fit passer Sainct Quentin, pour gaigner tous- Jours pays et les foire reculer de la frontière ; et le Roy revenu en Tannée commença à faire dieminer tous les reistres et ces lansquenets en la bataille, Sa Majesté avec les troupes françoisea menant Tavantgarde, et M. de Nevers Tarrieregarde, ce qui les empescha de faire beaucoup de meschancetez qu'ils eussent fait s'ils n^eussent esté ainsi serrez. Voylà tout ce qui se passa en ceste armée Jusques au mois de novembre. Nous dirons cy après comme elle alla au siège devant Rouen. Voyons une chose remarquable qui se passa à Louviers cependant que le Roy alla recevoir ceste armée estrangere.
Nous avons dit cy-dessus comme Louviers fut surprins par les royaux, et que le Roy donna le gouvernement de ceste place au sieur du Rolet. Les ligueurs avoient un extrême regret de l'avoir perdue, et tentèrent plusieurs entreprises pourlar'avoir par surprise. Le frère du sieur de Fontaine-Martel avoit résolu d*en exécuter une le seiziesmc d'aoust ; mais , sçachant que ledit sieur du Rolet estoit adverty de son dessein, et qu'il avoit mis bon ordre pour le reocToir , ne voulut se bazarder de l'exécuter. Toutesfols, en ceste nuict, il advint dans Louviers un cas esmerveillable et digne d'estre icy recité , qui fut tel :
Devant le portail de la grande église Tonavoit mis un grand corps de garde. Sur la minuict un grand bruict s'entendit en une maison qui^estoit en une petite rue vis à vis dudit portail. Le capitaine Diacre, commandant audit corps de garde, y accourut, pensant que ce fussent quelques [ennemis qui se fussent retirez dans ceste maison. L'alarme se donna fort chaude par toute la ville, cependant que les tables, bancs , chaires , landiers de cuivre , et autres meubles , estoient Jettez par la fenestre sur ledit capitaine Diacre et ses compagnons, sans qu'ils vissent personne : ce qui les contraignit de Jetter quelques pierres dans la chambre, dont ils firent appaiser le bruit; puis deux femmes se présentèrent aux fenestres, qui crièrent à l'ayde, se voulans Jetter du haut en bas, disans que c'estoit un esprit qui les avoit tourmentées, et avoit tout renversé sans dessus
GHBONOLOOIB NOVBITAIIIB
deSMNtf tanMiibles de la maison. Diacre et ses ooopagDODS les rassnrarent , et leur baillèrent par Ja fenestre one lanterne avec une chandelle ailnmée dedans, et une hallebarde, et leur comnanderent d'ouvrir la porte , ce qu'ils feirent; et, montez en la chambre , virent les licts , cou* cfaes et buffets tous renversez sans dessus dessous : ce que voyant ledit Diacre , il en advertit ledit sieor du Rolet qui s'estoit mis en armes avec tODs ses gens de pied et de cheval, lesquels s'estoient rendus diligemment en son logis. Voyant eeste allanne appaisée^ii se résolut le matin d'allerToirloy-mesmes ce que c'estoitavec M, l'abbé deMortemer, le sieur Seguier, grand maistre des eaux et forests , et le sieur Morel, prevost geoerai de la mareschaussée en la province de Normandie, et plusieurs autres. lis trouvèrent ces deux femmes fort esbahyes, deschevelées, et loQt le mesnage renversé ; les ayant interrogées, ils ioy dirent que sur la minuict un esprit estoit descenda par la cheminée comme un brandon de feo, <pii s*estoit adressé à leur servante , l'avoit poQisQiYie en la ruelle du lict, l'avoit battue d'one hallebarde^dont elle avoit le visage meurtry, et avolt fait tous les brisements et tout le desordre qu'ils voyoient. Le sieur du Bolet se douta incontinent qu'il y avoit en tout cela du &iet de la chambrière, et commanda au prevost Horel de s'en saisir et de descouvrir la vérité. Ble fut incontinent menée prisonnière , et , interrogée, Ton la trouva fort variable en ses respooses, ce qui fit douter qu'il y avoit de la sorcellerie en son faict : toutesfols , suivant le dire commun, on crut que le diable n'avoit nulle Poùsance sur les sorciers estans entre les mains de la justice. Geste servante fut laissée en prison talques Jours , pendant lesquels ledit prevost fut contraint de monter à cheval et assister à certaine occasion pour le service du Roy , et ne ftïmtàLouviers que le dernier jour d'aoust; Oi&is , comme il s*alIoit mettre à table pour disttr ao logis dudit sieur du Rolet, le geôlier arriva tat effrayé, et leur dit qu'il leur remcttroit et KDdroit les clefs des prisons s'ils ne fEdsoient Mr ceste chambrière^ laquelle estoit possédée da malin esprit, et que, pour les choses espoumtables qu^elle faisoit, tous les prisonniers toaloient rompre les prisons pour s'enfuyr. Le frevosiMorel, ayant quitté iedisner, va avec ses >n:hers à la prison, où les prisonniers luy asseuttrent qu'ils avoient veu tomber une porte [qui *toit tout ce que sept ou huict hommes pouvoient porter] sur ladite chambrière , nommée FranpBe Fontaine, et que, comme ils s'estoient effcrcez d'oster ceste porte de dessus ladite Fon- «ta« ) qu'ils avoient veu un cuvler à lessive et
SB PALUA CAYBT. [1601] SU
des pdnçons qui estoient dans le cachot ou elle estoit s'eslever en l'air avec un grand bruit , et que du depuis elle estoit demeurée comme esvanouye , ayant la gorge enflée , ainsi qu'il la voyoit. Alors le prevost Morel la fît lever et emmener dans le parquet où se tenoit la jurisdiction pour l'interroger ; mais, comme le greffier commençoit à escrire leprocez verbal, ils virent ladite Fontaine enlevée en l'air deux pieds de haut sans que personne la touchast, et aussi tost tomber à terre sur son dos, tout de son long , les bras estendus comme une croix, et, après, icelle se traisner , la teste devant, sur son dos , le long dudit parquet , dont ledit prevost Morel et plusieurs personnes qui estoient là forent fort estonnez.
Lecuré de Louviers, un médecin, un apoticaire et un barbier, furent incontinent envoyez quérir par le dit prevost, lequel, en attendant leur venue , voyant ladite Fontaine derechef tourmentée , s'advisa de dire l'évangile sainct Jean Inprincipio erat verbum, remède que l'on tient estre très-utile pour appaiser la peine des maniaques ; mais , tout aussitost qu'il Teut commencée , voilà ceste chambrière , qui estoit encor contre terre , la face en haut, qui commença à se traîner de ceste façon , toute descoiffée, les cheveux herissonnez, et aussi-tost fiit eslevée hors de terre de trois à quatre pieds de haut , de son long , la face en haut, et portée le long de ladite jurisdicUon sans toucher rien , ny que Ton vid aucune chose qui la tinst; et ce corps , ainsi eslevé en l'air , vint droit pour toucher le prevost Morel, qui se retira dans le parquet, fermant la porte sur luy , contre laquelle ce corps, estant tousjours en l'air, vint fraper de la plante des pieds, et en ceste Ihçon fut encore remportée , la teste devant, hors de ladite jurisdiction, et s'arresta en l'allée de la prison, entre la porte et celle de la rue. Le prevost Morel, qui s'estoit enfermé seul dans le parquet pendant toute ceste action, demeura fort estonné. Quelques prisonniers ayans ouvert la porte de la prison le vindrent trouver, et luy promirent de l'assister. Maisayant trouvé Françoise couchée en la mesme façon que dessus proche la porte de la prison. Il s'advisa [suivant ce qu'il avoit autresfois ouy dire que pour empescher un sorcier de faire mal qu'il le faut battre d'un ballay neuf de bois de bouleau ] de la faire frapper d'un ballay neuf par dessus ses habits, dequoy elle revint comme hors de pasmoison ; et, à l'ayde de plusieurs, il la fit remener dans la Jurisdiction , où un médecin, nommé du Roussel, qui estoit delà religion prétendue reformée, avec un chirurgien , arrivèrent; mais, comme ledit prevost conferoit
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avec eux de ce qii*il estoit besoin de faire, elle tomba derechef sur le dos, et se traîna encore de la mesme façon que dessus , ayant la gorge fort enflée. Le mededn dit qu'il ne sçavoit donner ordre à cela, et qu'elle estoit possédée du malin esprit. Le curé de Louviers, nommé Belet, arriva peu après avec un clerc et de l*eau beniste : le prevost le requit et pria d'exorciser eeste chambrière. Il luy jetta de Teau beniste , ce qui la fit revenir à soy , se plaignant de sa débilité et lassitude. Le prevost , la voyant revenue, luy fit plusieurs remonstrances, et luy monstra Timage du crucifix , à la veuë duquel elle souspira ; mais nonobstant, interrogée, ne Toulut rien recognoistre de la vérité : ce que voyant le prevost , il la menaça de lui faire couper les cheveux , auquel elle respondit qu'elle voudroit desjà que c'en fust faict; toutesfois le prevost pria le curé de la vouloir ouyr particulièrement, et tirer d'elle la vérité, s'il pouvoit. Le curé la print par la main, et la mena dans le parquet, où elle luy dit plusieurs choses , entr'autres qu'elle avoit esté violée par quelques soldats de la garnison de Louviers, dont elle s'estoit désespérée, et avoit quelque chose dans le corps. Le curé, ayant appelle le prevost dans le parquet, luy dit ce qu'il avoit tiré d'elle par forme de devis, et que du surplus, quMl advisast à faire ce qu'il trouveroit bon de faire, mais que pour luy qu'il s*en alloit retirer. Le prevost Morel luy fit commandement de par le Roy et à tous les assistans de l'assister, et derechef procédant à l'interrogation de ladite chambrière, et ayanspris le serment d'elle de dire vérité, elle luy fit un récit comme elle avoit esté violée par trois soldats , comme elle s'estoit désespérée et n'avoit peu entrer en l'église de Louviers d'où elle se seroit depuis retirée en une ferme appartenante au sieur Le Guay, dont sa femme Tavoit ramenée en la ville, en sa maison, où elle avoit esté prise prisonnière. Cet interrogatoire futfortlong : ce n'estoieot que menteries qu'elle disoit. Mais , comme le prevost et le curé la virent fort foible, advertis mesmes qu'il y avoit trois Jours qu'elle n'avoit mangé, le prevost et le curé firent venir du pain et du vin que le curé bénit; mais, ayant refusé de boire et manger , pressée, elle print le vin qu'elle mit en sa bouche, et vuida le verre; mais, si tost qu'elle eut remis le verre sur le bureau où le greffier escrlvoit, le vin et le pain se retrouvèrent entièrement dedans , ce qu'elle fit plusieurs fois ; dont le prevost entra en telle colère qu'il luy dit que , si elle ne beuvoit ledit vin et mangeoit ledit pain, il roffenseroit. Elle print derechef le verre , et avalla fort peu dudit vin , ce qu'elle fit avec une très-grande peine ;
en suant à grosses goûtes par le front, la gorg^ fort enflée , et les yeux qui luy sortoient à demy de la teste.
Derechef, en continuant l'interrogatoire, die confessa qu'on grand homme noir depuis quelque temps s'estoit apparu à elle par plusieurs fois, luy disant qu'elle s'estoit donnée à luy quand les trois soldats la violèrent, et qu'il luy avoit monstre de l'argent. Mais à chasque coup elle se jettoit à deux genoux, et s'escrloit les mains joinctes : < Je suis morte 1 si je vous dis la vérité ce grand homme n(Ar me tuera, t Mais, asseurée par le prevost qu'elle n'eust point de crainte estant entre ses mains, et que les malins esprits n'avoient aucune puissance sur la Justice ny sur ceux qui estoient entre leurs mains, elle confessa que ce grand homme noir Tavoit tant importunée qu'en fin il avoit eu sa compagnie par plusieurs fois, ce qu'il avoit continué toutes les nuicts , réservé à la nuict passée , qui estoit la cause pourquoy ce grand homme nohr l'avoit tant tourmentée.
Or toutes ces interrogations furent fort longues, si que la nuict survenue, et le prevost, voulant faire rédiger par escrit ce qu'elle confessoit, fit allumer des chandelles , l'une desquelles qui estoit fort grosse fût mise sur le bureau où le greffier escrivoit; et ladite chambrière, interrogée derechef, confessa que tout ce qu'elle avoit dit estoit véritable , et, d'abondant, que ce grand homme luy avoit demandé pour gage , tantost un de ses doigts, puis un poulce, ou bien seulement un ongle , mais qu'elle n*en avoit jamais rien voulu faire, ains pour gage luy avoit donné de ses cheveux qui tomboient lorsqu'elle se peignoit : ce que ledit grand homme avoit receu pour gage , et d'avantage qu'il luy avoit faict prendre deux ans de terme pour s'en aller avec luy sans plus revenir. Mais, ainsi que Françoise racontoit toutes ces choses au prevost , estant devant lui à deux genoux , elle tomba le visage contreterre,commesiron Teust jettéeduhauten bas, et les chandelles qui estoient dans les chandeliers esteintes, réservé celle qui estoit sur le bureau, qui fut soufflée par plusieurs fois sans qu'elle fust esteinte ny veu aucune personne la souffler; mais on la vid à l'instant enlever du chandelier tout allumée, puis fréter contre terre pour l'esteindre, laquelle en fin esteinte, il fut ouy un grand bruit sans avoir veu aucune chose ny personne qui eust pris ladite chandelle; ce qui estonna tellement le curé, le greffier, le geôlier, les archers et plusieurs autres qui estoient presens, qu'ils se retirèrent tous foyans hors ladite Jurisdiction, et y laissèrent seul le prevost Moret avec la^te Françoise. U eçtoit bien lor9
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près de neuf beores du soir. Le prevost , se troa- Tafitseul, se recommanda à Dieu, et commanda an dlableque, par la puissancequMl avoit comme juge, qa'il eost à laisser le corps deceste Françoise, et lay dire ce qu'il demandoit A Tinstant le prevost se trouva saisy par les Jambes, corps et bras : ce qui le tenoit par le bas des jambes a?oit de la chaleur , mais pour le reste il ne sentûit aucune chaleur, ains seulement une grande pesanteur et entortillement comme d'un grand Tent, entendant frapper plusieurs coups sur ladite Françoise, dont elle crioit ; puis tout aussitost ledit prevost se sentit fraper par le mollet des jambes avec quelque chose qui estoit dur eomme bois, et récent un grand coup sur le visage, du oosté dextre, qui luy escorcha et enleva la peau Jusques au sang, depuis le dessus de Toreille jusques au menton le long de la mâchoire. Le prevost alors mit la main droicte à son espée pour la tirer ; mais , sans avoir senty aucun attOQchement de personne , le bras droict lay fat saisi , ce qui luy empescha de tirer soudainement son espée , ayant receu un coup au poignet de la main àioicXe , dont il fut fort offencé jQsques au sang : de ce coup ^a peau luy fat enlevée de la largeur de quatre poulces, de la façon d'un grand Uret à fermer une lettre, la peau luy estant demeurée attachée au poignet aussi tenue que la peau d'un gand. Nonobstant ions ces empeschemens , le prevost tira son espée, et la mania parmy le parquet, commandant tousjours au diable déparier à luy. De tous ceux qui s'en estoient fuys de la jurisdiction, nul ne voulut y rentrer , sinon le curé qui se bazarda d y rentrer, et saisit par le corps le prevost pour Tenlever; mais, luy estant impossible, le prevost le pria de se retirer et faire venir en diligence des torches et flambeaux. Cependant le prevost avoit Tespée nuè en la main , et continuoit de commander au diable de parler à luy, et luy dire ce qu'il demandoit ; mais il sentit soudain saisir sa main droicte dont il tenoit son espée nué, et comme un pesant fardeau sur son dos, sans avoir nul sentiment quMl f ust tenu d'aucune personne, réservé parle bas des jambes où il y avoit de la chaleur, qu'il pensoit estre ladite Françoise sur laquelle il entendoit frapper de grands coups. Peu après, le prevost se sentant deschargé, et le bras dont il tenoit son espée libre, ayant remué son espée autour de luy, et voyant que personne n'apportoit de la clarté , il commença à avoir frayeur pource que son manteau luy estoit tombé à terre ; ce qui le fit de sortir d'une traitte, hors d'aleine et fort eschanffé , jusques dans la rue; mais, à l'aide de plusieurs et de grand nombre de tox'ches et flani-
beaux , ledit prevost rentra dans ladicte jurisdiction, et trouva à l'entrée du parque ladite Françoise esvanouye et blessée , d'où il la fit incontinent tirer et lever : elle avoit tout le visage esgratigné comme si c'eust esté des ongles d'un chat , dont il sortit plus de deux pots de sang. Il estoit tard et bien entre neuf et dix heures du soir quand le prevost commanda qu'elle fust emmenotée de peur qu'elle ne s'offençast, et la laissa en garde au geôlier et à aucuns des prisonniers qui se chargèrent de la garder la nulct.
Le prevost Morel , s'estant retiré en son logis , manda le curé le lendemain , avec lequel il résolut que ladite Françoise seroit le lundy matin menée à l'église. Comme ils parloient, le geollier arriva , qui dit au prevost qu'il ne pouvoit plus garder ladite Françoise, pour ce que les prisonniers luy avoientdit qu'ils romproient les prisons et s'en iroient si on ne l'ostoit , à cause de la peur qu'ils avoient, suppliant le prevost de s'y transporter , où il verroit ladite Françoise la teste en bas dans un puits, tenant la corde avec ses deux mains emmenotées , là où elle avoit esté transportée sans que l'on eust veu personne l'y transporter, et s'y fîist precipitée sans luy, ses serviteurs et huict prisonniers qui l'avoient arrestée par les pieds et par ses habits, dont ils ne la pouvoient rethrer, les suppliants d'y venir donner ordre. Le prevost luy dit qu'il n'y pouvoit aller pour son indispositioni et pria le curé Belet d'y aller : ce qu'il fit ; et ayant trouvé encor ladite Françoise dans le puits, la teste en bas, les pieds en haut, que sept ou huIct hommes tenoient par les pieds pour la retirer, ce qui leur estoit impossible , ledit curé, après l'avoir exorcisée et jette sur elle de l'eau beniste, aussi-tost les hommes la retirèrent, ayant toutes les jambes gastées, meurtries et offensées.
Le curé derechef la laissa en garde au geollier et aux prisonniers jusques au lundy matin , deuxiesme de septembre, qu'il* revint avec le prevost pour l'emmener à l'egllse. Après qu'U l'eut ouye en confession et baillé de l'eau beniste, on la mena à l'église Nostre-Dame en la chappelle de la Trinité, où un chapelain de ladite église , nommé Buisson , dit la messe , pendant laquelle Françoise parut tousjours assez tranquile; mais, Buisson estant à l'action de grâces, le curé ne voulut pas qu'il la parachevast qu'il n'eust premièrement administré le saint sacrement de l'eucharistie à ladite Françoise. Buisson s'estant arreste, le curé s'approcha de Françoise, laquelle il ouyt derechef en confession, puis exordset et conjura^le malin esprit. Françof
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ayant déclaré publiquement qu'elle renooçoit au diable I le curé s*approcba d'elle pour la communier après luy avoir faict dire son Misereatur et son Confiteor; mais, luy ayant présenté la saincte bostie devant la boucbe pour la recevoir, tout aussi-tost il s*apparut comme un ombre noir bors Peglise, qui cassa une lozenge des vitres de ladite chapelle, et soufflale cierge qui estoitsur l'autel, dont il esteignit tellement le lumignon, qu'il sembloit, à le voir , qu'il y eust plus de dix ans qu*il n'avoit esté allumé , et tout aussi-tost ladite Françoise, qui estoit à deux genoux , fut enlevée si espouvantablement, que ce fut tout ce que purent faire six personnes que delà ramener à terre, sans toutesfois veoir ny appercevoir aucune chose. Plus de douze cents personnes virent cela , entre lesquels estoient les sieurs abbez de Morte-mer, de Rate, les sieurs de Rubempré , les barons de Neuf-bourg , des Noyers, le sieur Seguier, grand maistre des eaux et forests, et plusieurs autres.
Derechef le curé , luy ayant faict abjurer le malin esprit, luy présenta pour la seconde fois la saincte hostie ; mais elle fut alors levée de terre plus haut que l'autel, comme si on Teust prise par les cheveux , d'une si estrange £ïçon , que, sans plusieurs hommes qui se Jetterent à ses accoustrements et Tabbatirent & terre en se jettantsur elle, le malin Teust enlevée. Les yeux sortoient de la teste de ladite Françoise, et les bras et jambes luy estoient tournez c'en dessus dessous. Ce que voyant le curé, il s'approcha d'elle, luy ayant eneor Jette de l'eau benisteet exorcisé , et conjuré le malin , et , la voyant le visage contremont, il fit allumer un autre cierge. Alors elle revint à soy et reprint ses esprits, et cria mercy à Dieu, et renonça au malin. Ce que voyant le curé, il luy présenta encor la saincte eucharistie ; mais tout aussi-tost elle fut enlevée par dessus un banc qui estoit devant l'autel, et ftat emportée en l'air du costé où la vitre avoit esté cassée , la teste en bas , les pieds en haut , sans que les accoustrements fussent renversez , au travers desquels, devant et derrière, il sortoit une grande quantité d'eau et de fumée puante; et, ayant esté ainsi quelque temps transportée en l'air sans qu'on la peust reprendre, en fin sept ou huict hommes, s'estans Jettez à elle, la reprindrent et mirent contre terre. Tous ceux qui estoient présents , tant catholiques que de la religion prétendue reformée, se mirent lors tous à genoux , pleurans et prians Dieu pour le salut de l'ame de ceste pauvre Françoise.
Le curé, après avoir exorcisé le malin, et que Françoise, revenue à soy, eut dit tout ce qu'elle luy avoit veu faire^ le sieur Ratte, abbé, dit au
curé qu'il supercedast de vouloir bailler le sainct sacrement à ladite Françoise, laquelle n'estoit en estât de le recevoir ; et toutesfois, s'estant mise à genoux , le curé luy présenta l'hostie qa'elle adora et baisa sans empeschement. Plusieurs sol* dats et autres, qui estoient de la religion prétendue reformée , ayans veu tout ce que dessus, firent dès-lors leur renonciation, et protestèrent d'aller à la messe et vivre catholiquement à l'advenir.
Françoise estant remenée à la prison, le prevost se souvint qu'elle luy avoit dit la première fois qu'il l'Interrogea : « Je voudras que vous m'eussiez Jà faict couper les cheveux, i Ce U pourquoy il délibéra l'aprèsdinée de les luy &ire couper. Pour cest effect il se transporta à la prison avec le procureur du Roy, le greffier et sei archers, où se trouvèrent aussi le sieur abbé de Mortemer , le sieur du Rolet , madame de Larchant , le curé et plusieurs autres , et la troim sur un llct blessée au front. L'ayant interrogée qui luy avoit faict cela, elle dit que c'estoit le malin esprit , pource qu'elle ne luy avoit plus Tonla donner de ses cheveux. Si tost que le mededn Roussel et Gautier, chirurgien, furent arrivez, ledit prevost fit amener Françoise à la salle de la cohuë où elle demeura à l'entrée , et, interrogée derechef par luy sur ce qu'elle avoit dit qu'elle eust voulu que Ton luy eust coupé ses cheveux , le confessa , mais en pleurant dit qu'elle ne vouloit que Ton luy coupast ponrce que le malin luy avoit dit qu'elle se gardastbieo de les faire couper, et qu'il ne la tounnenteroit plus. Le prevost, nonobstant son refus, ordonna qu'ils luy seroient présentement coupez et broslez. Le chirurgien ayant mis une nape à Ventour du col de Françoise, de laquelle il avoit lavé les cheveux qui n'estoient grands que d'nn pied, et faict faire un grand feu à l'un des coings de la salle de la cohuê , commença à razer les cheveux de ladite Françoise par le devant de ia teste , estant tenue de dix archers par les jam* bes, corps, cuisses et bras, lesquels pour ce faire avoient quitté leurs armes ; mais , au troisiesme coup de razoir que le chirurgien bailla venant sur l'os coronal de la teste, Françoise fut enlevée l'air d'entre les mains de tant de gens qui la noient, lesquels, contraints de courir après po la reprendre ainsi en l'air, l'attrapèrent par accoustremens, et la mirent à terre en se Jettan sur elle, pource qu'elle se debatoit de telle sort' qu'il ne se pouvoit voir chose plus espouvan ble, ayant la bouche ouverte et les yeux gros renversez en la teste. Le curé luy jetta de Te^' beniste, exorcisant et conjurant le malin esprit Aussi-tost qu'elle Ait revenue, le chirnrglenla fi
CHBOnOLOGIB NOVBNAIRB DB PÀLIU GAYBT. [1591]
repieodre par les archers , et, contlnaaxit à lay FBzer les eheveox, on la vit en un Instant enlevée en l'air fort haut , la teste en bas, les pieds en haut) sans que ses accoostrements se renversassent, au travers desquels il sortoit, par devant et par derrière , grande quantité d'eau et fumée puante. En fin estant reprinse, et tous les archers s*estant Jettez sur elle de peur que le maiio ne Tenlevast ; le curé , le procureur du Roy, toQsIes assistans, et ceux mesmes qui estoient aux foiestres, en la voyant si horrible , se mirent lors à genoux tous en prières : le prevost aussi entra dans le parquet de la Jurisdiction, et se mit à genoux sur le degré au bas de la chaire do juge au dessus de laquelle y avoit un cruciixj là où estant en prière, le curé ayant jette de Teanê beniste à ladicte Françoise et exorcisé le malin esprit, elle reprint ses esprits, et demanda à parler an prevost, que Ton alla quérir comme 11 estoit en prières ; mais en se relevant de dessus ledit degré, il trouva que tout le bas et le long d'iceluy il y avoit grande quantité de ehcTeax qui estoient dons le piastre et sortoient dehors demy pied , de la longueur de plus de six pieds et de demy pied de large , qui Festonna ; mais ledit prevost venu à ladite Françoise qui estoit contre terre la face en haut, et luy ayant demandé ce qu'elle luy vouloit , elle luy dit par trois fois : « Faictes les couper vistement» monsiear le prevost, tous les cheveux : • ce qu'ayant CDteoda le prevost , il commanda au chirurgien de les luy razer vistement, ce qu'il continua de bire;mais, nonobstant qu'elle fust tenue par iesdits archers , elle fut encore ostée de leurs mains et enlevée en l'air le long de la cohue, les pieds en haut^ la teste en bas, hurlant et criant cstraogement, continuant de jetter de l'eau et de la famée qui passoit au travers du bas des accoostrements ; mais, estant reprise et aspergée d*eaa beniste , le chirurgien luy paracheva de razer ses cheveux , non sans grand peine. Le prevost Horel , voyant qu'elle avoit la teste razée , appella tous les assistans, et leur monstra les cheveux qu'il avoit trouvez au bas des de- ^de la chaire du juge, dequoy ils demeurèrent tous estonnez; Mais Françoise, interrogée, dit qae c*estoit ses cheveux qu'elle avoit baillez an naalin esprit qui les avoit là rapportez, comme elle avoit ven. Le prevost fit confronter par le chirurgien les cheveux razez avec ceux là, qui K trouvèrent semblables ; et ayant interrogé le geollier et tous ses serviteurs si jamais ils avoient Yen ces cheveux , dirent tous que non , et mesmes qu'lb avoient baillé l'auditoire la mesme natinée, et n'y avoient rien veu. Le prevost, ^yant taict apporter un pic et une pelle pour os*
ter ces cheveux , lesquels estoient plus de trois doigts dedans le piastre, les fit tous brusler avec les autres cheveux razez. Nonobstant, Françoise estoit tousjours tourmentée, ce qui occasionna le prevost d'ordonner que le poil de dessous les aisselles et celuy des parties honteuses luy seroit aussi razé ; mais Françoise voulant se despoulller et obeyr au commandement du prevost, voylà à l'instant, sans voir personne luy toucher, que ses deux bras luy furent renversez par derrière le dos, et icelle jettée contre terre et traisnée sur le dos de vistesse, la face en haut dans le feu où brusloient ses cheveux, et, sans le secours du curé, du chirurgien et des archers qui la reprindrent par les pieds la retirant avec grande peine du feu , elle y eust sans doute esté estouffée. Retirée, le curé continua les exorcismes en luy jettant de l'eau beniste, et cependant que les archers la tenoient elle fut despoûillée , et le chirurgien luy raza soudain le poil, et le jetta incontinent au feu.
Françoise lors commença à dire au prevost qu'elle estoit allégée, se jetta à deux genoux, commença à regarder le crucifix , demanda pardon à Dieu , le supplia de recevoir sa prière, renonça au malin esprit, et monstra les blessures que le diable lui avoit faictes à la teste et aux bras tandis que Ton luy faisoit ses cheveux. Ledit prevost la voyant assez paisible ne luy voulut faire razer le poil de ses parties honteuses, ains la fit revestir et remener en l'église , où maistre Pierre Haudemarre, l'un des curez de Louviers , eut charge de l'oyr en confession, et tirer d'elle plus avant que ce qu'elle avoit dit. Confessée, elle supplia qu'elle fist le lendemain ses pasques. La nuict elle ne bougea de dedans une chapelle avec quelques gens d'église , et le lendemain le prevost, estant venu en l'église Nostre-Dame , s'enquesta encor de ladite Françoise , laquelle luy dit que depuis qu'il luy avoit fait razer et brusler son poil , qu'elle n'avoit plus eu de vision et se trouvoit bien. Le curé Haudemare par le commandement du sieur du Rolet, qui y estoit venu avec M. de l'Ârchant, gouverneur d'Evreux , et plus de huict cents personnes, chanta une messe basse, et à la fin d'icelle fit recevoir à ladite Françoise son Créateur, dont tous les assistans louèrent Dieu. Du depuis elle a demeuré à Louviers et autour de Louviers assez long temps, et après la réduction de Rouen, Tan 1594 , elle alla à Rouen servir, et n'a esté du despuis aucunement tourmentée de l'esprit. Avant que de finir ceste histoire, il ne sera hors de propos de dire qui estoit ceste fille Françoise Fontaine , et ce qu'elle confessa après avoir esté délaissée du malin.
CHHONOLOGIB ROYBNAUaB DB PÀLIU GÀYBT. [1591]
Sur ce qu'un prisonnier de guerre , qui estoit de la ville de Bernay , laquelle tenoit pour Tunion, dit à Louviers qu'il avoit veu la^te Françoise à Bernay, et qu'elle y avoit esté possédée et tourmentée ez présence de plusieurs personnes et de quelques cordeliers du lieu , ledit prevost Morel, sans que ladite Françoise sceust rien de ceste déposition , derechef se transporta à la chapelle où elle estoit encores, et , le 5 de septembre, luy dit qu'elle ne luy avoit pas dit la vérité, et qu'elle avoit esté tourmentée ailleurs. Alors elle se Jetta de genoux , et , protestant qu'elle luy diroit la vérité, confessa qu'il y avoit deux ans dez la Sainct Jean dernière que , demeurant à Paris en la rué de Champ-fleury , Il se présenta la nuict à elle comme un pigeon , puis comme un chat, et par après comme un homme, ce qui l'a voit fort tourmentée, et fut cause que Von la chassa , comme Ton fit aussi de plusieurs endroicts qu'elle nomma, où elle alla demourer puis après, entr'autres, chez un homme nommé Olivier, prez l'église Sainct André des Arts , où , ledit malin esprit la poursuivant tousjours , il advint un jour qu*estant ledit Olivier malade, le malin esprit descendit par la cheminée comme un brandon de feu , ce qui espouvanta tellement ledit Olivier , que, tout malade qu'il estoit , il se leva , et appella par la fenestre ses voisins à son ayde , sans le secours desquels il se fust jette par la fenestre, car le malin esprit s'estant adressé à elle, ledit Olivier l'avoit veuê jetter contre terre , puis traisner à la cave, où les voisins furent pour la retirer, ce qui leur fut impossible , et falut aller quérir aucuns cordeliers, lesquels, estans venus avec la croix et Teau beniste, la retirèrent de ceste cave; qu'estant chassée de ceste maison, personne n'en voulut plus, pour le bruit et l'importunité dudit esprit , aussi que quelques curez de Paris avoient esté importunez de Texorciser, mais qu'ils ne luy avoient sceu que faire ny bailler aucun allégement, entr'autres M. Hervy , curé de Sainct Jean en Grève, et M. Benoist, curé de Saioct Eustache. Plus , elle dit que la femme d'un tailleur de court demeurant près Sainct André des Arts l'avoit retirée, disant qu'elle ne craigooit point les diables ; mais que le malin ne l'abandonnoit jamais , et plusieurs fois s' estoit présenté à elle , tantost en la forme d'un sien oncle mort, luy enchargeant d'accomplir quelques vœus; ce qu'ayant dit à sa maistresse, elle la mena à M. le pénitencier de Nostre-Dame, auquel elle confessa tout ce que dessus , qui luy encbargea de faire lesdicts vœus; ce que s'estant mis en devoir d'accomplir et d'aller à Nostre Dame des Vertus sans parler, envelopée d'un drap , des
soldats de la ville, l'ayans rencontrée, la priadrent, luy disant que c' estoit quelque grande dame desguisée qui s'enfuyoit : sa malstresse, qui l'accompagnoit, leur dit que c'estoit use fille possédée du malin , et les pria de ne les importuner ; nonobstant il fallut qu'elle parlast; que ces soldats les ayant quittez , elle et sa maistresse poursuivirent leur chemin, et allèrent aux Vertus où ils firent chanter messe, laquelle elle ne peut ouyr , ayant tousjours un bourdonnement à ses oreilles; cela faict, qu'ils s'en revindrent par Sainct Laurens à leur msûson , où, peu de jours après , ainsi que sa maistresse estoit allée à la messe et qu'il n'y avoit personne à la maison , ledit malin s'estoit présenté à elle estant entré par la fenestre , lequel luy dit qu'il estoit un marchand de l'autre monde qui estoit amoureux d'elle, puis la baisa, et, après plusieurs allechements , qu'elle luy avoit accordé de faire ce qu'il voudrolt d'elle , et qu'elle s'estoit donnée à luy , pensant que ce fust quelque riche marchand , veu les bagues qu'il avoit aux doigts , et qu'il la deust prendre à femnoe et loy faire du bien , qui fut l'occasion qu'elle s'abandonna lors à luy et eut sa compagnie, laquelle toutesfois n'estoit nullement aggreable, avec mille villenies indignes de référer; bref, que ledit malin la poursuivit tant , que pour gage elle luy donna de ses cheveux , et, pour s'en aller avec luy tout à faict en l'autre monde , quelle avoit pris deux ans de terme qui expiroient dans trois sepmaines ; et que le malin lui avoit dit qu'il la viendroit quérir pour l'emmener avec un courtaut noir; que depuis ce temps ledict malin avoit tousjours continué d'avoir sa compagnie une fois le jour , et qu'il estoit devenu tant jaloux d'elle , que s'il la rencontroit parlant à quelqu'un il la battoit et outrageoit estraugement, et aussi qu'elle par continuation de temps estoit devenue amoureuse de luy ; mais que le légat Gaétan durant le siège de Paris, ayant esté adverty qu'elle estoit possédée du malin, avoit fait faire une procession générale où elle fnt menée et tourmentée par le malin qui Tavoit enlevée de terre par plusieurs fois durant la procession ; mais que ledit sieur légat ne luy ayant sceu donner aucun allégement, on l'avoit chassée hoi-s de Paris, d'où elle estoit venue droict à Poissy , là où elle avoit rencontré la femnif d'un tailleur nomme Quatre-mares qui l'avoit amenée avec elle à Bernay, où ledit malin l'avoit tousjours poursuivie et tellement tourmentée, que Ton l'avoit aussi chassée de Bernay, et s'en estoit de Bernay venue à Louviers , ou tousjours le malin l'avoit tourmentée jusqoes à ce que , par la grâce de Dieu , le prevost luy
GHROROLOGIB NOYBNÀIHR DE PÀLMÀ CAYET. [I59l]
avoftfafet couper ses cheveux ; que ceste sienne dernière déposition estoit la pure vérité , que &*i\ se trouToit au contraire que l'on la fist mourir ^ et qu'il ne se trouveroit qu'elle eust Jamais faict mal à personne , ny autre chose que ce que dessus. loterrogée sur ce qu'elle avoit dit que le malin esprit avoit crainte de la Justice , pourquoy c'est qu'il a offencé le prevost Morel , et dquoy c'est qu'il Tavoit offensé , elle respondit que le malin j ayant crainte que le prevost ne retirast ladite Françoise de ses mains , pour ce qu'il la vouloit emporter, après avoir soufflé les cbaDdelles, avoit prins le banc sur lequel ledit prevost estoit assis, dont il luy en auroit baillé plosleors coups sur les Jambes pour les luy rompre, ce qu'il n'avolt sceu faire : ce que voyant le malin s'en estoit retourné, et avoit apporté un graod Cousteau pointu qui avoit le manche noir, avee Iqael il s'estoit efforcé de couper la gorge audit prevost, ce qu'il n'auroit aussi sceu faire, et estoit ce qu'il avoit escorché au dessous de la maschoire du coup qu'il luy avoit baillé dudit coosteaa; plus, que le malin voyant que le prevost Tonloit mettre la main à l'espée, qu'il luy avoit voulu couper le poignet de la main droicte, ee qu'il n'avolt sceu faire , et luy en avoit seulement enlevé la peau : ce que voyant le malin , et qo*li n*avoit nulle puissance sur ledit prevost poorce qu*il estoit Juge , il auroit baillé le Cousteau à ladicte Françoise pour tuer ledit prevost, ce qu'elle n'avoit voulu faire , qui estoit poorgnoy il l'avoit tant batuë et outragée, s'esforçant de! enlever, ce qui Tauroit occasionnée d'avoir prias le prevost par les Jambes avec ses mains ponrempescher que le malin ne Tenlevast ; mais ^ue le malin ayant veu que le prevost manioit ^Q espée toute nue autour de luy , il s'en serait 30é. Après toutes ces confessions le prevost orâoDua, veu qu'elle n'avoit plus que trais sepmai- '^(s de temps pour estre emportée du malin , ]u*elle demeureroit encor un mois dans ladicte ^apelle avee les prestres et les archers qui la j'ardoient , pendant lequel temps et du depuis, "omme nous avons dit, elle n'a plus esté tourmentée du malin.
Cette histoire est notable, d'autant que par (^elle on void que Satan abuse des humains en outes sortes, quelquesfois sous le prétexte des "^us, et d'autresfois sous l'habitude des personnes decedées , et par ce moyen prétend de les mettre en erreur de dévotion ; tellement que ^esmes les docteurs en sont quelquesfois surpris ensant bien faire ; dont il est bien besoin que ous prenions garde à nous, comme dit sainct 'aol, Sçachant que les ruses de Satan sont randesy II Gorinth., 7 . Or ceste histoire est tel-
lement véritable, que tous les actes en sont escrits et signez authentiquement par plusieurs gens d'église qui ont veu tout ce que dessus, par ledit sieur prevost, par les substituts de messieurs les gens du Roy, et plusieurs tesmoings.
Au reste, d'autant que ledit prevost, après le temps passé que ladite Françoise eust deu craindre son enlèvement et transport par ledit malin, voyant qu'au contraire elle estoit d'un bon sens rassis, et qu'estant mise entre les mains d'une bourgeoise du Pont de l'Arche, elle s'estoit fort long-temps gouvernée sagement; qu'aussi il ne se trouvoit point qu'elle eust Jamais &it mal à personne, ny voulu faire; et quant à ce qu'elle avoit esté violée ou deceuê du commencement, comme il a esté dit en ceste misérable histoire , tout cela estoit comme ce qui pourroit advenir à une simple fille par la violence de quelques meschans hommes, en quoy une pauvre fille auroit plus besoin de compassion que non pas qu'elle fust digne de punition ;
Pour ces causes et raisons ledit sieur prevost, par Tadvis du conseil, relascha du tout ceste pauvre Françoise Fontaine, et est advenu que quelques années après, que ledit sieur prevost estant à Rouen, ladite Françoise se vint Jetter à ses pieds, et, luy ne la recognoissant pas, elle luy dit : « Monsieur, Je suis ceste pauvre femme à laquelle vous avez sauvé la vie dans Louviers; maintenant, par la grâce de Dieu, Je suis mariée avec un tailleur d'habits , et vivons , grâces à Dieu, en tout bien et honneur. — M'amie, luy dit le prevost, Dieu vous fasse la grâce de vivre en^femme de bien, et priez bien Dieu qu'il vous assiste, t
Ceste histoire sert pour Instruire ceux qui ont la vie des hommes en leur pouvoir d'en user modérément, à l'exemple de la cour de parlement de France, qui est le throsne souverain de la justice sous le sceptre des roys Très-Chrestiens, lesquels inclinent tousjours volontiers plustost à la Justification des pauvres delinquans et coulpables qu'à la condamnation, mesmement en tels cas desurprinses violentes des malins esprits envers les pauvres personnes qui s'en trouvent affligées, d'autant que souvent autrement sum* mumjus seroit summa injuria.
Le 1 5 d'octobre mourut le pape Grégoire XIV ayant tenu le pontificat dix mois et quelques Jours. Il avoit esté toute sa vie valétudinaire, et depuis l'aage de dix-huict ans il n'avoit beu que de l'eau, ce qui fut cause, comme plusieurs ont escrit, qu'il fut fort affligé de la pierre, pour ce qu'il n'y a nulle eauë, tant pure sçauroit elle estre, qui n'ait quelque excrément terrestre. Il ftit en son temps d'une admirable abstinence, et fbt
CRBOirOLOaiS KOVSRÀIBB DE PÀtUk CÀVET.[l59l]
ea advis de la venue dadit duc de Nemours à Vlarzon et de rassemblée quMl y £aisoit, fit mettre toute son armée en bataille, et, après que le sieur de Lignerac et tous les gens de guerre forent sortis de Selles et conduits en lieu de seureté, et que M. de La Rochepot, qui faisoit l*estat de mareschal de camp en ceste armée, eut mis, parla poterne du costé de Berry , dedans le chasteau de Selles le sieur de Malerl>e, capitaine des gardes dudit sieur prince, pour y commander avec la garnison y assignée, l'armée royale s'advança de deux grandes lieues sur le chemin de Vlarzon par où devoit venir le duc de Nemours, lequel, ayant veu arriver ledit Lignerac, fasché que son voyage ne serviroit de rien, licentia les troupes qui estoient venues d'Orléans et du Berry, et luy s'en retourna en son gouvernement de Lyonnois : ce qui ne se fit sans faire des reproches audit Lignerac, lequel vérifia qu'il ne pouvolt faire mieux pour estre fort pressé des royaux , et qu'il avoit baillé sa parole et ses ostages auparavant que de pouvoir croire que ledit duc pust venir le secourir ; mesmes que, s'il n'eust composé, les royaux l'eussent peu forcer auparavant l'arrivée d'aucun secours.
Ces choses passées en la façon que dessus , peu de Jours après , M. le prince fit cheminer son armée vers Menethou sur Cher, à six lleuês de Selles et à quatre de Vlarzon ; la ville et le chasteau se rendirent incontinent. M. le prince , voyant qu'il n'y avoit point d'autres ennemis à battre à la campagne , et que c'estoit la saison de l'hyver , il se retira à Tours , d'où il alla sur le printemps de l'an suivant assiéger Craon, ainsi que nous dirons.
Quant à Selles, il ne demeura gueres du party royal, car le sieur de Malerbe estant allé à Tours solliclterrestablissement du payement de sa garnison, et aussi pour avoir des munitions, le capitaine du Bois, qui y avoit, comme nous avons dit , esté toujours gouverneur pour l'union, par sa t>ractique, le surprint la première semaine de caresme , et y entra par le chasteau , duquel il se rendit maistre et de la ville aussi. Voyons les préparatifs du siège de Rouen.
Nous avons dit qae durant le mois de Juillet, lors que le Roy^ailia assiéger Noyon , le duc de Mayenne fut à Rouen pour donner ordre à quelques remuëmens qui s'y vouloient faire, là où il laissa pour commander le sieur de Villars , qui cstoit gouverneur dans Le Havre de Grâce , et le fit lieutenant gênerai au gouvernement de Normandie pour l'union , ayant pourveu le prince Henry de Lorraine son fils du tiltre de gouverneur en (Seste province. Ce seigneur de Villars
estoit de la maison d'Oyse en ProTe&ce , descendu de la famille des Brancas, et non pas de celle des marquis de Villars qui sont descendos de Honoré, bastard de Savoye. Il avoit esté mis dedans Le Havre de Grâce par le feu duc de Joyeuse , auquel il estoit parent , quand ce due fut pourveu du gouvernement de Normandie par le feu roy Henry III. Il avoit pour conseil auprès de luy PhilJppes Desportes, abbé de Tyron, docte personnage, qui tenoit sa fortunedadit feu sieur Roy. Ce seigneur de Villars estoit un gentil-homme brave et vaillant , et qnl détroit s'advancer par les armes aux plus hauts grades militaires. Il avoit tiré de grandes pensions de ceux de la ligue depuis la mort du doc de Joyeuse pour demeurer ferme en ce party , par le moyen desquelles pensions il avbit recherché et entretenu des hommes. Le profit des botios qu'il avoit faict sur mer depuis qu'il estoit an Havre de Grâce le faisoit pecunieux rteilement que, se trouvant hommes , argent et covsé\, 11 se résolut de poulser sa fortune plus hautemeot. M. de Mayenne luy ayant accordé ceste qualité de lieutenant gênerai en ceste proviuce et de commander dans Rouen , il s'estndiaentoatet par tout pour l'estre en effect. Un bruit sourd courut que le Roy, ayant receu son armée d' Ailemans, assiegeroit Rouen. A ce bruit il nepaHi plus que de faire faire des fortifications, faire entrer des compagnies de gens de guerre pour la seureté de la ville , publier des ordonnances pour y conduire des vivres , avec inJoncUoD aux h^ bltans de se pourvoir de vivres pour endurer on long siège , faict abbattre les faux-bourgs, met des gens à sa dévotion aux lieux forts ; bref,!) s'establit et se rendit maistre de Rouen. Il fit le sieur de La Londe , qui estoit maire , son lientenant , le sieur du Mesnil Rauquemare , capi* taine du vieil palais, et laissa le sieur de Gesseos dans le fort de l'abbaye Salncte Catherine, apns la mort duquel , qui advint durant le sieg^, ilj mit le capitaine Roniface , homme qui lu; estait fort affidé. Quelques-uns ont escrit que, cependant qu'il faisoit ces préparatifs, H ne laissoitde faire entretenir M. le cardinal de Rourbon qni presidoit au conseil du Roy [ lequel estoit en et temps là , tantost à Chartres, tantost à Mante] , et ce par le moyen dudit sieur ]>esportesquien conféra avec le docteur Reranger, jacobin, abbe de Sainct Augustin , et en dirent les paroles si avant , qu'il fut parlé audit conseil de donne» mainlevée des abbayes et bénéfices dudit sien Desportes occupées par les royaux : mais cet|^ qui en Jouyssoient firent rejetter ceste propoaj tion si loing que ceste practique fat rompue, av^ mespris dudit sieur Desportes , lequel depoi^
CHRONOLOGIE NOTBIIAIBB DB PALUA CAYBT. [l50!]
moBstra qae peut un homme de conseil quand il rencontre qq homme d'exécution.
M. le mareschal de Biron, après avoir levé le siège de devant Pierrefons, ainsi que nous avons dit, s'achemina avec Tarmée du Roy pour aller joindre ks Anglois qu'avoit amenez le comte Œxi ; ce qu'ayant fait , plusieurs de la cavalerie françoise et angloise s'approchèrent de Boûen , et vindrent sur le mont aux Malades devant la porte Cauchoise avec une coulevriue, dont ils tirèrent trois coups sur la ville affin de voir la contenance des gens de guerre qui estoieut dedans. Ce hruit eu fit sortir nombre avec plusieurs bourgeois conduits par le sieur de La Loode, lesquels en escarmouchaut tuèrent le comte de Dreux , nepveu du comte d*£ssex , et plusieurs autres. Ceux de Rouen en ceste escarmouche perdirent peu de gens. Les royaux se retirèrent à Pavilly , à trois lieues de Rouen , d ou ledit sieur mareschal , affin de ne laisser rien derrière qui pust incommoder au siège que le Roy desiroit mettre devant Rouen , alla attaqoer Goarnay qui luy fut Incontinent rendu. De lâilallaaussIàCaudebec que le sieur de Courcy, lequel ledict sieur de Villars avoit mis dedans , rendit incontinent. Ceste ville est entre Rouen et Le Havre de Grâce sur la rivière de Seine , laquelle durant ces troubles a esté prise et reprise beaucoup de fois , tant d'un party que d'autre ^ pourn'estre deffensable.
Le sieur de Villars, voyant que ledit sieur mareschal de Birons'estoit saisy de ces deux villes, JQ^ea lors que Tintention du Roy estoit d'attaqoer Rouen , quelque bruit que i on fist courir quH en vouloit à Reims : ce fut lors qu'aydé de ^00 conseil y il flt mettre premièrement dehors le Rouen ceux qu'il pensoit y favoriser le party ^vai , et , faisant réitérer les ordonnances sur la >n)\ision de vivres, il ût une telle diligence pour 'aire entrer dans ceste ville des munitions et des ;en8 de guerre , qu'en moins de quinze Jours il ' Ht venir cinquante pièces d'artillerie , tant de uote que de fer, et nombre de pouldres et bal- ?s, avec tant de gens de guerre , qu'il se trouva, u/Cre le grand nombre des habitaus, six cents Qirasses , trois cents argoulets à cheval, douze ^nts hommes de pied françois, trois cents lansuenets, parmy lesquelles troupes il y avoit ombre de noblesse , entr'autres les sieurs cheiliers d'Oyse , de Quitry, le baron deNonant, e Malhonville , de Morgny , de Sainct Arnoul, capitaine Perdrier, le capitaine Jacques, et lires bons capitaines de cavalerie. Parmy Tinuterie estoit le chevalier Picard avec son regllent , le capitaine Boniface avec le sien , ledit ipitaine Jacques avec son régiment , le cheva-