I. G. D. M. T. XII
lier d'Oignon, le capitaine Boirozé , et plusieurs autres. Toutes ces troupes furent logées par quartiers sur chacun bourgeois pour les nourrir, payer et loger : ce que ledit sieur de Villars fit avec tel ordre , tel apparat et puissance absolue, que la ville de Roiien se vid Incontinent réduite sous sa volonté, sans qu'aucun habitant, quelque affectionné royaleust-il pu estre,eustosé se des« couvrir. Ainsi, ayant pourveu aux gardes de la ville , tant de nuict que du jour , où il faisoit assister nombre de gentils-hommes et gens de toutes qualltez, tant de la ville que des réfugiez, il mit dans le fort du bout du pont le capitaine Mare , et ordonna que le capitaine Anquetil commanderoit sur le pont et à tout ce qui se feroit sur la rivière , le commandeur de Bourgoult dans la galère, et le capitaine Bontemps aux petites bar« ques de guerre.
Ainsi le sieur de Villars se prépara pour deffendre Roiien , et le mareschal de BIron , ayant receu le commandement du Roy , alla le Jour de la Sainct Martin l'investir. Sur les huict heures du matin l'armée royale se présenta sur le mont de la Justice , regardant la porte Beauvoisine. * Le sieur de Villars, la voyant si proche , fit une sortie', et là y eut bien escarmouche de part et d^autre jusques sur les unze heures , que , les quartiers de Tarmée faicts, ledit sieur mareschal se logea à Dernetal , et chacun se retira en son quartier.
Ledit sieur mareschal commença ce siège en voulant oster aux assiégez la commodité des fontaines et des rivières qui faisoient moudre les moulins dans Rouen, et fit couper la rivière de Robec, sur laquelle tournoient unze moulins dans la ville , qu'il rendit inutiles; mais il ne put destourner le cours de celle d'Aubette, ny de quelques fontaines. Aussi le sieur de Villars , se doutant de cela , avoit fait faire grand nombre de moulins à bras par tous les quartiers; et , désirant en ce siège acquérir de l'honneur en la deffence, il se résolut d'attraper les royaux, tant par doubles practiques et intelligences, ainsi que nous dirons cy après, que par escarmouches et sorties , où les siens , estans bien conduits , endommageoient souvent les assiegeans. Lequiuziesme de novembre , ceux du vieil fort Saincte Catherine firent une sortie sur ceux qui estoient logez et barricadez dans la ferme du, Plant , et leur firent quitter leur logis , butinèrent quatrevingts chevaux , et mirent le feu dans une grange, où ceux qui s'y estoient retirez furent brusiez ou tuez. C'estoit l'exercice en laquelle s*employoient les assiégez Journellement.
Villars , qui desiroit se faire signaler par ce I siège [sur quelques lettres qu'avoit escrit le
CHftONOLOCfr» NOVBHÀIHB
comte d'Essex an chevalier Picard , portant que, hors mis la cause quMl soustenoit, il lay estoit amy pour ravoir cogoea avec M. de Marchemont en Angleterre , mais qa*en ceste guerre il seroit très-ayse de le trouver à la teste de son régiment la picqne au poing], manda pour responce au comte d'Ëssex quMl trouveroit tousjours prest le chevalier Picard pour luy en faire passer Tenvie seul à seul , ou avec tel nombre qu'il seroit arresté, et qu'il s'offroit de faire ceste partie pour luy. A laquelle offre le comte d*Essex respondit : • Quant est de vostre offre de faire une partie pour moy , Je responds que j'ay commandement d'une armée en laquelle se trouvent beaucoup de la qualité du chevalier Picard , et sois lieutenant d*un souverain absolu. Mais si vous voulez combattre vous-mesmes à cheval ou à pied, armé ou en pourpoint, Je maintiendray que la querelle du Roy est plus Juste que celle de la ligue, que Je suis meilleur que vous, et que ma maistresse est plus belle que la vostre ; que si vous refusez de venir seul je meneray avec moy vingt , le pire desquels sera une partie digne d'un colonel , ou soixante , le moindre estant capitaine.
» Signé EssEX. »
A ceste lettre le sieur de Villars respondit : f Pour venir à l'article de vostre lettre par laquelle vous me desfiez au combat, vous scavez assez qu'il n'est en ma puissance de l'accepter pour le présent, et que la charge où Je suis employé m'oste la liberté de pouvoir particulièrement disposer de moy. Mais, lors que M. le duc de Mayenne sera par deçà , Je l'accepte trèsvolontiers , et vous combattray à cheval avec armesaccoustumées aux gentils-hommes, ne voulant cependant faillir de respondre à la conclusion de vostredite lettre par laquelle vous voulez maintenir que vous estes meilleur que moy ; flurqooy Je vous diray que vous en avez menty, et mentirez toutes les fois que vous le voudrez maintenir, aussi bien que vous mentirez lorsque vous voudrez dire que la querelle que Je soustiens pour la deffense de ma religion ne soit meilleure que de ceux qui s'efforcent de la destruire. Et quand à la comparaison de vostre malstresse à la mienne, je veux croire que vous n'estes non plus véritable en cet article qu'aux deux autres : toutesfois , ce n'est pas chose qui me travaille fort pour le présent.
» Signé ViLLÀBs. i
Ces lettres coururent de main et main en ce temps là, sur lesquelles plusieurs firent divers Jugements, selon l'affection des partis qu'ils te-
DB PÀLITA GAVET. [1591}
noient : on remarquoit en Tune le Batorel anda des vieux chevaliers anglois qui cooroleot le monde pour maintenir la beauté de leurs naistresses ; et en l'autre , un dementy donné promiK tement, pour lequel maintenir on s'eicasoUsor l'absence de M. de Mayenne. Aussi tout» ces choses ne furent que des paroles.
Cependant le Royi que nous avons laissé au commencement de ce mois en Picardie, s'achemina avec son armée d'Allemans pour venir a« siège de Rouen. Ayant fait un tour jasqaes à Noyon, il passa par Gorbie, et revint joindre l'armée à Foleville le 15 dudlt mois de novembre, et, passant par Blanc-Fossé, Creveccraret Granvilier, il arriva le 21 à Oisemont, oui! récent nouvelles asseurées que M. de Rubempré estoit venu à bout de l'entreprise qu'il avott fait sur Sainct Esprit de Rue , et qu'il estoit maistre de la citadelle et de la ville qu'il aTolt surprise Justement à la diane avec beaucoup de péril, les siens ayans esté contraincts, pmr fhire cesle surprise , de se mettre en l'eau jusques au dessous des aisselles pour s'approcher des murailles. Les surpreneurs s'accommodèrent du pillage de ceste ville , et leur servit bien pendant le long siège de Rouen , où le Boy arrin le 24 dudit mois à Dernetal , grand bourg qoi estoit de quinze cents feux , à demie Heuê de Rouen, et proche du fort Saincte Catherine, sans toutesfois qu'il y pust estre incoDDmodé, ny du fort ny de la ville , pour estre en un valloo et couvert de tous costez de hautes montagnei M. le comte de Soissons arriva le iendemain avec ses troupes , et fut logé de là Teau à Sainct Estienne. Les Anglois estolent logez au moat aux Malades. M. du Hallot avoit ses troupes logées un peu au dessus de Grolsset, où se loges M. le duc de Montpensier et les troupes qu'il amena en ce siège , et n'y vint qu'an mois de Janvier, après qu'il eut pris en y venant le chasteau de Haroourt. Voylà ce qni tenolt la ville assiégée. Quant au fort, les reglmens de Boêsse, Pilles, Verdun et Vignolles, en estolent loges à un demy quart de lieuë, à Bouville, et les Suisses au Mesnil ; et aux villages au delà, en ^ rant au Pont de Larche , estolent logez la cor* nette du Roy et autre cavalerie. Les lansquenets que le Roy avoit laissez à Granvilier pour venir en ce siège à petites Journées sous la conduite da sieur de La Bastide , en passant près Biainville) chasteau appartenant à M. d'Allègre, duquel ceux de l'union s'estoient emparez , Sa Majesté voulut qu'ils prissent ce chasteau , et envoya M. de Bieux pour commander à ce siège, lequel après avoir faict tirer deux cents coups de canon , les assiégez luy rendirent la plaee à ooiidi-
CHHONOLOGIK NOTKNAIBR DE PALIlA CÀYBT. [l59(]
tlon qu'ils sortiroient, scavoir les capitaines montez sur desbldets, et les soldats avec Tespée, mais, estans sortis à demy lienë de là , les lansquenets les taillèrent en pièces; et, quoy que c*est une chose belle que de garder la foy promise , pource que c*estoient tous gens cognus pays qui surprenolent tousjours quelque place, puis volaient les environs , on estima que la mort de telles gens estoit plustost profit que dommage.
Après ce siège , les lansquenets du régiment deLanty vindrent loger à Neufvillelte, et celuy d*Huicq à La My*voye. Le régiment des gardes du Roy estoit aux Chartreux, qui sont Justement au pied du mont Sainte Catherine; depuis on y logea les AngloiS; et les gardes allèrent loger au bois Guillaume. M. de La Trimoullle fut logé à Martinglise, et iemareschal d'Aumont et ses troupes prit son logis à Blainville. Voy là comme Tarmée royale fut logée aux environs de Rouen. Devant que de dire ce qui se passa en ce siège, voyons comme M. de Mayenne [qui donnoit ordre aux villes de Picardie et de Champagne, affin que le Roy avec son armée estrangere n'en attaquast quelqu'une à despourveu en sou passage, et solicitoit aussi les ministres d'Espagne et le duc Parme pour avoir du secours] fut contraincten ce mois de novembre de courir en diligence à Paris pour donner ordre aux exécutions tragiques que les Seize firent de M. le président Brisson, de Larcher, conseiller au parlement, et de Tardif, conseiller au chastelet.
M. de Mayenne , comme estant chef du party de TunioD , se vouioit maintenir en son authorité , et vouioit ordonner absolument de tout ce qui dependoit de TEstat , et ne permettre qu'il fust empiété sur luy par qui que ce fust. Ceste volonté s'augmenta en luy sur l'advenement de deux occasions , ainsi que plusieurs ont escrit : Tune , à cause de la liberté de son nepveu le duc de Guise , que les Seize vouloient de toute leur affection porter au throsne royal , tant pour la mémoire de feu son père, que pour la haine qu*ils avoient conccuë contre ledit duc de Mayenne, qui n'avoit tenu compte de leurs mémoires et requestes qu'ils luy avoient présentez, ainsi que nous avons dit cy-dessus ; l'autre , à cause des entreprises desdits Seize, lesquels, par une lettre qu'ils escri voient par le père Mathieu au roy d'Espagne [laquelle luy fut surprise par le sieur de Chazeron, gouverneur pour le Roy au Bourbonnois : qui l'envoya au Roy, et le Roy an duc de Mayenne] , luy mandoient qu'ils le deshroient pour leur roy, sinon qu'il y establîst quelqu'un de sa postérité [ entendans l'Infante SA fitfc] , et qu'il se choisîst un gendre [enten-
dans M. de Guise] auquel ils obeyrolent, et le recevroient pour roy. Volcy la teneur de ceste lettre , où leur Intention se pourra mieux cognoistre.
« Si Vostre Majesté Catholique nous ayant esté tant bénigne que de nous avoir fait entendre par le très-religieux et révérend père Slathieu , non seulement ses saioctes intentions au gênerai de la religion, mais particulieiementses bonnes affections et faveurs envers ceste cité de Paris , nous espérons en bref que les armes de Sa Saincteté et de Vostre Majesté Catholique joinctes nous délivreront des oppressions de nostre ennemy , lequel nous a jusques à présent , et depuis un an et demy, bloquez de toutes parts, sans que rien puisse entrer en ceste cité qu'avec hazard, ou par la force des armes, et s'esforceroit de passer outre s'il ne redoutoit les garnisons qu'il a pieu à Vostre Majesté Catholique nous ordonner. Nous pouvons certainement asseurer Vostre Majesté Catholique que les vœua et souhaits de tous les catholiques sont de voir Vostre Majesté Catholique tenir le sceptre de ceste couronne et régner sur nous , comme nous nous jettons très-volontiers entre ses bras ainsi que nostre père , où bien qu'elle y establisse quelqu'un de sa postérité. Que si elle nous en veut donner un autre qu'elle mesme, elle luy soit agréable qu'elle se choisisse un gendre , lequel, avec toutes les meilleures affections et toute la dévotion et obeyssance que peut apporter un bon et fldelle peuple, nous recevrons pour roy ; car nous espérons tant de la bénédiction de Dieu sur ceste alliance, que ce que jadis nous avons receu de ceste très-grande et très-chrestienne princesse Blanche de Castilfe, mère de nostre très-chrestlen et très-religieux roy sainct Loj's, nous le recevrons , voire au double , de ceste grande et vertueuse princesse fille de Vostre Majesté Catholique, laquelle par ses rares vertus arrestc tous les yeux à son object, pour en alliance perpétuelle fraterniser ces deux grandes monarchies sous leur règne à Tadvancement de la gloire de nostre Seigneur Jesus- Christ, splendeur de son Eglise , et union de tous les habitans de la terre sous les enseignes du christianisme, comme Vostre Majesté Catholique, avec tant de signalées et triomphantes victoires sous la faveur divine , et par ses armes , a faict de très-grands progrez et advancemens, lesquels nous supplions Dieu , qui est le Seigneur des batailles, continuer avec tel accomplissement que l'œuvre en soit bien-tostaccoroply, et pour ce faire prolonger à Vostre Majesté Catholique en parfaicle santé la vie très-heureuse , comblée de victoires et triomphes de tousses ennemis. De
CHR0N0L06IB NOVBNAUIB
Paris, ce âeaxiesmejoor de septembre 1&91. Et plus bas à costé: Le révérend père Matbieu, présent porteur, lequel nous a beaucoup edlfûez et bien instruit de nos affaires, suppléera au défaut de nos lettres envers Vostre Majesté Catholique I laquelle nous prions bien humblement adjouster foy à ce qu'il luy en rapportera. » Geste lettre estoit soussignée de huict des principaux des Seize , entr'autres des docteurs Genebrard
et Martin.
Il advint en ce mesme temps que Brigard [qui avoit esté dez les Barricades commis par feu M. de Guise pour exercer Toffice de procureur du Roy de THostel de la ville de Paris , et confirmé en ceste commission par le vingt cinquiesme article des articles secrets de Fedict d'union faict en juillet 1585 , ainsi que nous avons dit] envoyoit par son lacquais une lettre à Sainct Denis, laquelle estoit en mots obscurs [ainsi que les amis d'un et d'autre party s'entr'escrivoient en ce temps là], pour bailler à un sien oncle qui estoit du party royal, laquelle fut descouverte par aucuns de ceste faction des Seize, lesquels estoient lors en garde à la porte Sainct Denis, qui arresterentce laquais ainsi qu'il passoit par ceste porte tenant une bouteille en sa main ; auquel , après avoir demandé où il alloit, et leur ayant respondu qu'il alloit quérir du vin dans le fauxbourg, ils commencèrent à douter de luy, et Jugèrent qu'il portoit quelques lettres à Sainct Denis : estant fouillé, et ne luy estant rien trouvé sur luy, on cassa sa bouteille, et fut trouvé au milieu du bouchon qui estoit d'estoupes, la lettre dudit Brigard. A ceste descouverte on alla prendre Brigard , et fut mené prisonnier à la Conciergerie. Toute la faction des Seize s^empescha lors contre luy, et solicitèrent à ce qu'il fust puny de mort , pour ce qu'ils Tavoient tousjours tenu pour estre un des premiers de leur faction. Mais la cour, ayant cognu que ce n'estoit qu'une certaine animosité entr'eux , déclara par arrest Brigard absous et sortit de prison : ce qui fut cause que les Seize firent une infinité d'assemblées particulières entr'eux.
En celle qui se tint le deuxiesme de novembre en la maison de Boursier , rue de la Vieille Monnoye, où de Launay presldoit, qui fit quelques propositions pour s'opposer à certaines daces et imposts que le duc de Mayenne vouloit faire lever à Paris, Cromé, premier opinant, dit : « Il ne faut point s'arrester à choses si légères, vous disputez de lana caprina ; il se présente à présent des choses de plus grande importance ausquelles il est besoin de remédier , car vous sçavez llnjostice qui a esté folcte au procès de Brigard que la cour de parlement a
DB PALXÀ CA.YBT. [l50l]
absous en haine de ceste compagnie et pour Icir faire despit , et ont dit que c'estoit pour éviter à l'iraportunité que Ton leur faisoit.» Après cts paroles chacun commença à dire son opioioa, comme il advient d'ordinaire en telles assemblées de peuple, les uns voulans que Tod resolost sur le champ ce que Ton feroit de cest afiaire, les autres disans qu'il failloit en délibérer plus amplement avec quelques-uns de leuroompagnie qui estoient absens , que Ton advertirolt de k trouver en rassemblée prochaine qui se feroit le cinquiesme dudit mois.
Pelletier, curé de Sainct Jacques, voyant qae Ton ne vouloit rien resouldre, prit la parole, et dit : « Messieurs , c'est assez connivé, il ne fant pas jamais espérer d'avoir Justice ny raison de la cour de parlement : c'est trop endoré, il faut Jouer des cousteaux. » Ausquelles paroles les deux tiers de ceste assemblée se teurent. Dorant ce silence Gourlin se leva de sa place et alla parler à raureille dudit curé de Sainct Jacques, puis, retourné en sa place, ledit curé se leva, et dit encores : a Messieurs, Je suis adverty qu'il)' a des traistres en ceste compagnie, il faut là chasser et en jettera la rivière. • Quelques-vu s'estans trouvez scandalizezde ces paroles, ceste assemblée se despartit, et la délibération pourle faict de Brigard fut remise à un autre fois.
Cependant Cromé, qui avoit cest affaire a cœur, travailloit à faire imprimer le £iictdn procez de Brigard affin de faire esmouvoir d'avauti^ ceux de ceste faction des Seize en le voyant imprimé ; mais M. Mole, quiexerçoit la charge de procureur gênerai au parlement, en estant adverty, envoya deux huissiers pour faire saisircr qui s'imprlmoit. Gromé, survenant dansTimpri' merie, leur arracha de leurs mains la copie qu'ils en avoient prise , et les huissiers de la cour forent contraints de s'en retourner sans remporter, et se contenter de faire leur procès verbil de ceste rébellion; et Cromé , continuant en k^ hardiesses , alla quérir quelques harqnebuzien et hallebardlers de la compagnie de Crucé, ie^ quels il mit en garde dans la maison de riiD* primeur, et fit achever d'imprimer ce qui vouloit.
Le cinquiesme dudit mois l'assemblée de Seize se tint au logis de La Brulere le père, e s y trouvèrent bien soixante de ceste factiou Launay, continuantsur ce qui avoit esté propo$> du faict de Brigard , dit : i Messieurs , il no» faut délibérer sur deux points très-nécessaires le premier , d*eslire dix bourgeois de ceste coo pagnle, bien asseurez et affidez, pour le ooosri secret, desquels l'on advouëra les acUoos et de portemens, après tonterfois les avoir cooudiul
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q^z à la compagnie si l)e8oin en est. L'antre point est de réitérer le serment de l'union plus que Jamais, attendu la nécessité des affoires et le nombre effréné des traistres desquels le parlement fait si peu de casde faire justice, tesmoin le gouverneur de ceste ville auquel Ton devroit avoir toute fiance , et lequel neantmoins , à la dernière sortie qui fut vers Sainct Denis, en la présence de tous les estrangers, alla embrasser lasiear de Grillon en plaine campagne, recognu tontesfois ennemy capital de ceste ville, ainsi qu'il le fit paroistre le jour des Barricades. »
Ces propositions font assez eognoistre la passion des principaux de ceste faction. A quel propos biasmer de trahison le sieur de Belin leur gouverneur, pour avoir en plaine campagne embrassé M. de Grillon son ancien amy, joyeux de le voir bien porter et guary de ceste grande harqnebusade qu'il avoit receuè nu travers du corps aux faux-bourgs de Tours, quand le duc de Mayenne les print , car ledit sienr de Belin , du vivant du feu Roy , avoit esté capitaine des gardes dont ledit sieur de Grillon estoit maistre de camp? De vouloir faire mourir Brigard pour avoir rescrit à son oncle, quelle apparence y avoit il que ce ne fàst une injustice de le faire? • Mais, disoient les Seize, tous bons catholiques [un de leur &ction] ne doivent traicter , conférer, Dy avoir aucune intelligence ny fréquentation à ceux qui se sont opposez à la ligue, ains les pour* Miivre et travailler comme ennemis de Dieu et de son Ëglise, fussent ils leurs propres frères et leurs propres enfans, ainsi que le serment de la ligue leportoit, et que ceuxd'entr'eux qui a voient juré lenrdite ligue lesquels faisolent le contraire estoient refractàires , et comme tels, suyvant le &iiJ€sme article de leur ligue , dévoient estre offensez en leurs corps et biens en toutes sortes qu on se pourroit adviser. • Quelles paches de ligue! Si ce serment estoit équitable, j'en laisseray te jugement au lecteur.
Or, sur les deux propositions de de Launay , il fut resoin sur la dernière que le serment de Tunion serait réitéré en la façon accoostumée , et pinsestroictement si faire se pouvoit, et qu*à cefairetous ceux de leur confédération y seroient iû\itez.
Quant au premier, touchant Teslection des dû pour le conseil secret, ils résolurent d*y procéder par balotage, et qu'à ceste fin le lendemain cliacun d'eux apporteroitson billet, auquel il escrlroit les dix qu'il esliroit pour estre de ce conseil secret.
Le lendemain rassemblée se fit en la maison de Bourder , sur Taprès-disnée , où chacun apporta son billet En ceste assemblée de Launay
et Martin y faisolent les présidents. Il en fût député un d'entre-eux pour controoller les billets, lesquels estans ouverts et rédigez par escrit par un nommé Lochon qui leur servoit de greffier, il fut trouvé que Sainction,Le Gresle, du Bois y Hameline, Louchard, Thuault, Borderel Rosny , Durideau, Bainsant et Besauson, eurent le plus de voix. Ce faict, l'affaire de Brigard fut mise en avant par ledit de Launay ; mais , sur la diversité qu'un chacun en parloit,'ils résolurent que les dix du conseil secret adviseroient comme on pourroit tirer raison du procez de Brigard à rencontre de la cour de parlement , et qu'ils en advertiroient la compagnie si besoin estoit; et d'abondant, qu'oultre ces dix esleus,queGromé, qui estoit plainement înstraict de l'affaire dudit Brigard, les assisteroit, comme aussi feroient lesdits de Launay , Martin , S... , et les curez de Sainct Jacques et de Sainct Cosme , si bon leur sembloit. Et sur ce que quelques-uns dirent qu'il failloit procéder en cest affaire avec les plus douces voyes que l'on pourroit : • Non, non, ne craignons point , dit Cromë , nous avons de bons bras et de bonnes mains pour venger l'injustice que l'on nous a faite an procès de Brigard. i
Pour faire derechef le serment de l'union , ils arresterent qu'il se ferait au logis dudit La Bruiere le père, là où ils s'assembleroient le vendredy huictiesme dudit mois, et que chacun d'eux y appelleroit le plus de ceux de leur confédéral tion qu'ils pourraient : ce qu'ils firent sur les unze heures du matin , où se trauva Bussy Le Clerc avec sa compagnie ordinaire , assisté de Hamilton, curé de Sainct Cosme. Le serment de l'union mis derechef en délibération , tous s'accordèrent de le jurer et de le signer. Sur cest accord, Bussy, assisté de dix de ceste assemblée , estant monté en la chambre haute dudit La Bruiere pour, comme il disoit, rédiger par escrit les articles dudit serment, peu après redescendit tenant un grand papier blanc, et dit : « Messieurs, nous serions trop longtemps à rédiger par escrit les articles du serment , et craindrions que la compagnie s'ennuiast ; mais , s'il vous plaist signer ce papier après moy et plusieurs autres gens de bien qui signeront les premiers tout présentement, ce sera autant de temps gaigné. Nous laisserons de Tespace par dessus les signatures, où après nous rédigerons les articles dudit serment. »
Plusieurs s'y accordèrent , et à l'instant de Launay pressa un chacun de signer : un seul d'entre-eux dit qu'il serait raisonnable que ce que l'on entendoit signer fùst escrit auparavant, que cela n'estoit point si pressé que l'on n'atten-
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dist bien encores un jour , et que dedans deux ' heures les articles pourroient estre escrits; au- .quel de Launay respondit : « Si vous avez peur et entrez en desfiance, ne signez pas ; toutesfois vous n'en devez faire difficulté après tant de gens de bien. » Aussi-tost les dix du conseil secret firent mettre deux hommes à la porte de la sale pour empescher qu'aucun ne sortist qu'il n'eust signé. Et pour donner à entendre que tout ne se faisoit que pour le serment de l'union, La Bruiere apporta sur la table un Messel pour Jurer sur iceluy. Et ainsi chacun se prépara à signer. De Launay faisoit mettre la main sur l'Evangile , disant ces roots : « Vous jurez et promettez à Dieu le Créateur de garder et observer inviolablement les articles que vous allez présentement signer pour la conservation delà religion catholique, apostolique et romaine. »
Mais d'autant que ceste assemblée ne sembloit encor assez grande aux dix du conseil secret, ils la remirent au dimanche ensuy vaut , en la maison d'un chanoine de Nostre Dame, auquel lieu Bussy Le Clerc, avecsa compagnie d'ordinaire, garny de son grand papier auquel il n'y avoit encore rien d'escrit que les signatures,se présenta avec un Messel à un bon nombre de bourgeois qui n'en avoient ouy parler , lesquels signèrent tous en voyant tant d'autres qui avoient signé auparavant eux : ce que fait , il serra le papier en son sein. Surquoy aucuns de ceux qui avoient signé dez la première assemblée, voyant que le papier n*estoit pas rcmply, soupçonnèrent quelque chose de mal là dessus, et un d'entr'eux dit tout haut : « M. de Bussy nous vient voir à ceste heure en nostre compagnie bien souvent , il a la réitération du serment de Funion en recom^ mandatioD ; mais nous trouvons fort estrange que Ton nous faict signer un papier sans savoir ce que c'est. »
Bussy, ayant tant de signatures, fut l'aprèsdisnéeau conseil secret des dix, lequel se tint chez de Launay, là où Cromé et les autres quatre esleus avec loy se trouvèrent. Lochon y servoit encor de greffier. Il fut discouru de la manière et comment on se saisiroit du président Brisson et autres gens de justice , comme on les ferait mourir, des accidents qui en pourroient advenir, de l'ordre qu'il faudroit tenir en leur entreprise; ce qu'ils ne purent resouidre que le lendemain , aux conseils qu'ils tindrent encor au mesme lieu le matin et l'après-disnée.
Le mardy douzlesrae , l'assemblée des Seize se trouva chez ledit La Bruiere, où il fut proposé generailement qu'il se falloit bien unir les uns avec les autres. Bussy, assisté tousjours du curé .de Sainct Gosœe et autres ses adherans; présenta
encor sou papier à signer. Un nommé llorio, nouveau commis pour procureur de la ville en la place de Brigard, s'y trouva avec plusieurs autres qui signèrent tous encor le papier dodit Bussy. Cest office de procureur de ville avoit esté fort brigué par les Seize affin qu'il a y es eust point d'autre en ceste charge que de leur faction; et mesmes à Teslection des escheviDS qui se font à la Nostre Dame en aoust, ib avoieat fort désiré que le commissaire Louchard qu ils avoient esleu y demeurasL Mais M. deMayeone, qui s'estoit réservé Taggreation de TeslectioD desdits escbevins [ainsi que font les royi de France], ayma mieux que Boland fust encor continuéescbevinqued'y mettre leditLoadiard: ce qui augmenta de beaucoup la haine des Seiie contre ledit sieur duc , et les divisions entr eux s'en augmentèrent fort; car ils attribuereot ce faict à la practique du sieur de La Ciiapelle Marteau , secrétaire d'Estat de la ligue , et aa< dit esleu Boland, aussi grand audiencierdela ligue , et publièrent par escrit que tous deux adheroient à la volonté et aux conseils do due de Mayenne pour ruiner les Seize, et qu'ils d avoient jamais tendu qu'à faire leurs affaires aai despens de la ligue; que tous deux s'eçtimoiest comme chefs de la ligue ^ et avoir plosdecoa* seil et de cervelle que tout le reste des ligoeon, mesprisoient le conseil des prédicateurs, se nioc quoient d'eux , et tendoient à la ruyoe de leor party. Nous avons dit cy dessus comme lesdits La Chapelle et Boland avoient esté des premiers à faire bastir la ligue ou faction des Seize, et comme ils se firent introduire aux plus grande charges de la ville de Paris; et voicy qu aussitost qu'ils virent que le duc de Mayenne eut cassé le conseil de l'union pour se consener^oo authorité, comme dous avons dit, non seulement lesdits La Chapelle et Boland, maistoute» les grandes familles commencèrent à se retirer de ceste faction des Seize , et voulurent despeadre de la volonté dudit sieur duc , et du confcil qu'il avoit estably près de luy, où ils eurent totf des charges. Yoylà comme et pourquoy il^ ^ divisèrent. Aussi, pour revenir àlhistoiredeee qui se passoit ez assemblées des Seize, en cel!e qui fut tenue le jeudy 14 au logis dudit U Bruiere père , sur ce qu'ils résolurent de doDner tous leurs voix à Borderel pour estre rcceTeor de la ville , Bussy y estant arrivé , à la proportion que l'on fit de députer deux personnes ë ceste assemblée pour aller supplier le lieoteoaBt La Bruiere de favoriser ledit Borderel en l'eslection qui se feroit d'un receveur de la ville, il dit ces mots : « Messieurs, nous deussionssoabaitter que ceux de ceste compagnie eoas^i ^
CIIBONOLOOIB HOYBNAIM DS PALMA GA¥BT. [1691]
priiidpales ebargas de la ville; ce seroit un grtod bien et grand adyancement pour nostre reIigk>D. i A qooy Hameline répliqua ces mots : f Je peose que je n'ay point receu tant de grâces de Diea au jour de mon baptesme comme je reçois d'avoir eest honneur d'estre de ceste compagoie ; et, partant , messsieurs , je prie un cha- C8Q d'estre ferme et stable à la manutention d'tcdie, à nousentre-secourir les uns les autres, et Diea nous fera sentir le fruict de ses benedictioQs. » Plusieurs de eeste assemblée préjugèrent lors qu'il se feroit quelque chose d'extraordioaire qui apporteroit du mal-heur, voyant ledit Bossy Le Clerc , suivy du curé de Sainct Cosme, deCrucé, Nicolas, Le Normant, Drouart, Voogeot et le peuple , qui ne fiaisoient qu'aller et veoir, tantost montans en haut à la chambre dodit La Bruiere, puis descendans, se chuchetoient aux aureilles les uns aux autres : ce qu'ils ivoleot finit pareillement aux assemblées du mardy et mereredy auparavant.
Quant au conseil secret dos dix , il se tenoit tons les matins A la chambre de de Launay, et tt tint encor ceste matinée , au sortir duquel ledict de Launay alla disner chez le lieutenant La Broiere, où <m tient qu'il luy communiqua reDtreprise.
Toutes ces assemblées ne se faisoient point si tterettement que le président Brisson n'en fust adverty, car du commencement , audit conseil ncret, ils avoient résolu de le faire tuer dans sa BuûsoD, et de faire aussi tuer dans leurs maisons cinq des priniMpaax de la cour par quelques soldats déterminez que Ton gaigneroit pour de Targeot Suivant ceste resolution un d'entr'eux practiqua un nommé L'Evesque, luy fit de belles promesses s'il vouloit entreprendre de tuer ceux que 1*0Q luy dirait. Ce L*Evesque estoit un bon soldat qui avoit esté pris et repris plusieurs fois aux Percherons , ayant tousjours esté du party royal, mais miné tout à faict de sa dernière prise. Si tost que Ton luy eut fait ceste proposition , il dit qu'il rentreprendroit , et qu'il en viendroit à bout, ne demandant qu*à gaigner. il fit de prime abord tant de belles promesses, que Ton luy nomma ceux que Ton vouloit faire tDër; mais luy, qui demandoit qu'à sortir de ^8 et se retirer à Sainct Denis , alla chez stm procureur nommé Le Merquant, et luy donna charge d'advertir ledit sieur président de toute ceste entreprise : ce que ledit Merquant fit faire par un greffier de la cour, familier dudit sieur président Sur eest advis ledit sieur président voulut mesmes parler audit L'Evesque , lequel allale trouver de nuicten sa maison , et Tasseura 9ne ee qu'on Iny avoit dit estoit vray , et luy ra-
conta sa dernière prise , et comme on Tavoit tiré de nuict de la prison de Sainct Eloy pour le poignarder et jetter dans la rivière, comme il avoit entrepris de le toër, et avoit eu du depuis liberté d*entrer et sortir dans Paris , entretenant les Seize, et leur disant qu'il attendoit quelques soldats déterminez en qui il se finit pour l'assister en ceste entreprise. Après quelques paroles que luy dit ledit sieur président sur la haine que luy portoient les Seize, UEvesqoe luy dit : a Monsieur, croyez moy, sortez de Paris, et vous ferez bien : pour moy, si vous voulez, j'entreprens sur ma vie de vous rendre dans Sainct Denis. — Je vous remercie de voste advis et de vostre bonne affection, luy dit le président, mais cela ne se peut faire pour beaucoup de raisons. » L'Evesque , ayant pris congé dudit sieur président , dez le lendemain matin sortit de Paris , et se retira dans Sainct Denis , et est encores à présent en vie.
Aussi ledit Jour de jeudy, quatorziesme de ce mois , ledit sieur président estant allé au collège de Navarre , à la grande ordinaire que faisoit le jeune Benoist de Limoges , M. l'abbé de Saincte Geneviefve, qui y estoit, luy dit : c Monsieur, songez à vous ; Poquart, en disnant avec moy, m'a asseuré que l'on entreprenoit sur vostre vie. i Mais ledit sieur président négligea tellement tous ces advis , et en tint si peu de compte , que le lendemain ses ennemis n'eurent aucune peine de le prendre et de le faire mourir.
Toute ceste journée , les dix du conseil secret des Seize , avec Bussy, Grucé et leur suitte, disposèrent de Tordre de leur entreprise. Crucé et Anroux allèrent au petit Chastelet, et ayans parlé a Dantan qui en estoit geôlier, et lequel estoit de leur faction , et luy ayans communiqué leur entreprise, Tasseurerent qu'ils le feroient geôlier de la<^onciergerie du Palais. Sur Tesperance de ceste recompense, il leur promit qu'il feroit ce qu'ils voudroient.
La nuict entre le jeudy et le vendredy, qui estoit le quinziesme du mois , Teûssemblée se tint chez le curé Sainct Jacques. Ouitre tous ceux qui estoient en conseil , il se trouva grand nombre de personnes du menu peuple qui estoient avec leurs espées devant ce logis. A la pointe du jour, ledit curé avec La Bruiere le père et quelques autres en sortirent , et allèrent porter, tant aux capitaines des Espagnolsque des Napolitains, un papier signé de Bussy, Sainction, Loucbart, Grucé et Soly, contenant les causes pour lesquelles ils prenoient'les armes. En mesme temps Bussy. Loucbart, Le Normand et Anroux, suivis de plusieurs antres , se rendirent au bout du pont Sainct Michel , où , si tost qu'ils virent
CHUONOLOGIB NOVBNAIBB DB PALUA CAYBT. [I59lj
venir le président Brisson qui alloit au Palais, Le Normant et Anroux luy mirent la main sur le collet, puis le firent destourner par le Marché- Neuf, et le' menèrent dans le petit Ghastelet , où, ayant veu à la porte du Bois [qui estoit un peintre, lequel estoit dez quatre heures du matin entré dans le petit Ghastelet avecCrucé pour faire apprester tout ce qui estoit de besoin à leur entreprise], luy dit ces mots : t Monsieur du Bois, je me recommande à vous, vous représentez M. Oudineau ; je ne sçay pourquoy l'on m'a amené icy. » Ce du Bois ne fit semblant de Touyr.
Ledit sieur président fut incontinent mené à la chambre du conseil par un des guichetiers, où un nommé Cochery faisoit le Juge. Gromé luy fit quelques interrogations , sçavoir, premièrement, s'il n'avoit pas escrit depuis peu de temps au roy de Navarre : à laquelle demande ledit sieur président respondit que non; secondement, s'il ne luy avoit pas baillé sa vaisselle d'argent : à quoy il dit que non , et qu'elle luy avoit esté volée ; tiercement , pourquoy c'est qu'il n'avoit pas fait mourir Brigard : « Jen'ay pas esté son Juge y dit le président; il a esté envoyé absous par arrest de la cour. »
Alors Hameline [qui avoit un roquet de toile noire sur lequel il y avoit une grande croix rouge, comme aussi avoient ceste Journée plusieurs de ceste faction] alla frapper sur Tespaule dudit sieur président, et loy dit ces mots : t Le Seigneur t'a aujourd'huy touché de luy rendre l'ame et as une grande faveur que tu ne mourras point en public comme traistre à la ville. »
Cependant que Ton faisoit ces demandes audit sieur président , Choulier, qui se disoit lieutenant du grand prevostde Tunion, et n'estoitque clerc du greffe de la cour des aydes, suivy d^une troupe de factieux qui avoient des pistoles sous leurs manteaux, print M. Larcher, l'un des conseillers de la cour, ainsi qu'il entroit dans la court du Palais, et l'amena aussi audit petit Ghastelet.
En mesme temps le curé de Sainct Cosme , suivy de quelques prestres et autres gens de faction , allèrent au logis du sieur Tardif, conseiller au Ghastelet, où ils le prindrent, et l'amenèrent aussi audit petit Ghastelet.
Grucé cependant envoya quérir l'exécuteur de justice, et s'empara des clefs de la porte, et y mit quatre baiiebardiers de sa compagnie les plus afûdez qu'il eust , et leur deffendit de ne laisser entrer personne. L'exécuteur Jean Rozeau venu, le geôlier le fit monter au lieu destiné pour faire mourir lesdits sieurs président et conseillers ; mais Jean Rozeau luy ayant demandé que
c'estoit qu'on vouloit exécuter là dedans, aUenda que ce n'estoit pas la forme de justice de faire des exécutions dans une prison, îoy dit : t Viens avec moy, et tu le verras : regarde seulement si ceste place est commode pour faire une execation et y pendre trois hommes. »
Le geôlier ayant mené l'exécuteur à la chambre du conseil , où estoient Gromé , Hamelioe , Gochery, Le Normand , du Bois, Grucé , Sainctyon, Anroux, et autres leurs complices, et leur ayant dit que la place estoit commode pour y faire une exécution, Gromé luy dit : • Allez donc prendre dans ceste chambre le pre»dent Brisson, et l'y allez pendre. — Je ne le sçaurob faire, luy dit l'exécuteur, si vous ne me moostrez un Jugement ou ordonnance de justice. » Sur laquelle response on luy dit : « Si tu ne le fais promptementy on te pendra toy-mesme. > L'exécuteur voyant que c'estoit un faire le faut, leur dit : « Je n'ay point de cordes, il faut que J'en aille quérir. — Va, luy dit-on, et n^arreste point. » Mais, ainsi qu'il estoit prest à sortir le guichet, le geôlier dit à Grucé : « Il vaut mieux retenir cest exécuteur, et luy fournir de cordes; 9 ce qui fut cause que Grucé l'arresta, et luy dit : « Tu ne sortiras point de céans, je te fourniray de cordes. » Grucé ayant demandé et commandé à son caporal , qui s'estoit rendu à son mandement avec ses armes dans le petit Ghastelet avec quelques hommes de sa compagnie, de luy bailler sa mescbe, il la luy refusa: surquoy le geôlier bailla de l'argent à un guichetier pour aller acheter des cordes , ce qu'il fit incontinent, et les alla porter droict au lieu où se devoit faire ce massacre. Gependant on alla dire audit sieur président qu'il falloit qu'il descendist. Ge fut lors qu'il appréhenda la mort, car, advisant dans la petite salette où on fait les escroûes des prisonniers plusieurs personnes qui avoient leurs manteaux à Tentour de leur nez. « Helas, mes amis, dit-il en parlant à Gochery qui, le suyvant, faisoit le juge, où me voulezvous mener? Laissez-moy en le chambre oà j'estols , et me baillez des gardes à mes despeos si vous avez peur que jem'envoise ; jen'ay garde. Je ne me sens coulpable de rien, i
Mais sa mort estant conjurée , l'on le fit mooter viste en la chambre où on le voulolt foire mourir. L'exécuteur s'estant saisy de loy. l'ayant lié , luy présenta une croix de bois qat l'on a accoustumé de bailler aux patiens que l'on meine au gibet, laquelle il refusa de pren< dre, et luy dit : « Geste croix est pour des ma!faicteurs, ouvre moy mes boutons, j*ay une croix pendue à mon col, qui est contre ma chair, I laquelle est de la vraye croix que j'adore : c* est
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celle-là que Je veux baiser. » Uexecutear, luy ayaot destaché quatre boutons , la trouva et la ky bailla, et la baisa par plusieurs fois. Il demanda fort à parler à uu advocat nommé d'AleoçoQ qu'il tenoit en son logis pour songner à l'impression de ses œuvres; mais, voyant que J*OD ne luy faisoit que dire plusieurs calomnies et le pressoit-on de mourir, il dit : « Je vous prie donc de luy dire que mon livre que j'ay commencé ne soit point brouillé , qui est une tant belle œuvre. • L'exécuteur, aydé par un guichetier et par Logereau , postulant à la Justice du prevost Oudineau , qui se trouvèrent là , ayant pendu ledit sieur président à une poutre, OD alla quérir ledit sieur Larcher, lequel, s'estant trouvé mal , on avolt fait desjeuner. Il avoit dooné au geôlier un anneau qu'il avoit au doigt, ie priant de le bien traicter , et pensoit n'estre que prisonnier ; mais quand il fut monté, et qull eut veu ledit sieur président mort , il leur dit : I Despeschez , bourreaux , je n'ay point regret de mourir puisque Je vois le plus grand homme du monde mort innocent, a Après qu'ils l'eurent pendu , ils allèrent quérir ledit sieur Tardif, qu'il firent aussi mourir de la mesme mort
Tandis que les principaux des Seize faisoient ceste tragédie , aucuns d'entr'eux se mirent en armes. Dacbesne assembla sa compagnie, et flt QQ corps de garde proche le petit Chastelet. Ce n'estoient qu'allées et venues, que mots à l'aureille que Ton se disoit les uns aux autres. Les uns prejugeoient le mal-beur qui leur adviendroit, et, quoy qu'ils fussent affectionnez au party de l'union, ils detestoient ceste entreprise. Plusieurs l)onnes familles parisiennes , au premier bruit qui courut de la mort de ces personnages, pensèrent que le dessein des Seize tendoit au sac de leur ville : beaucoup en particulier rescrivirent à M. de Mayenne qui estoit à Laon,et le supplièrent de venir en diligence mettre ordre à ceste sédition. Bref, ceux que l'on estirooit politiques et royaux dedans Paris eurent en ceste Journée de ia peur. Le fils dudit sienr Larcher fut aussi amené prisonnier audit petit Chastelet , et quelques autres. Les quatre hallebardiers que nous avons dit que Grucé y avoit mis à la garde de la porte prirent la robbe dudit sieur président , et le frippier Poteau , qui estoit Tun des quatre , l'acheta, et firent bonne chère de ceste vente. Le sieur Plcart , maistre des comptes, et Bechu, audiencier du Chastellet, et autres, furent amenez par quelques-uns des Seize dans la chambre où estoient les corps morts , ausquels on disoit à chacun d'eux en particulier : f Repurde , l'on ne t'en fera pas moins
qu'à ceux-là, pense à toi, car tu es mort ; que nous veux-tu donner? » Ainsi ils tirèrent quelque argent de ceux-cy et les laissèrent aller , attendanstous le lendemain de faire mieux leurs affaires. Ceux qui demeurèrent en garde audit petit Chastelet se mirent à faire bonne chère ; et, sur la resolution que le conseil secret des Seize prit de faire pendre les trois corps morts à la place de Grève le lendemain matin , après qu'ils eurent soupe , Charles du Sur , espicier , dit Jambe de Bois , de la compagnie de Crucé , fit des escriteaux où estoient en grosses lettres escrits les noms desdits trois sieurs morts.
Le samedy matin , sur les quatre heures , deux cents de ceste faction des Seize se rendirent au petit Chastelet. Crucé ayant faict venir trois crocheteurs avec leurs crochets, l'exécuteur mit sur chacun d'eux un desdits sieurs morts, tout debout, nuds en chemise, ayans chacun leur escriteau pendu au col. Ceux qui virent ceste action la trouvèrent merveilleusement piteuse et espouvantable. Sur toutes les advenues des rués, depuis le petit Chastelet Jusques à la Grève, ils avoient mis des gardes. Premièrement marchoîent quelque centaine de personnes, les uns avec des hallebardes , les autres avec harquebuses, et aucuns n'ayans que leurs espées avec leurs manteaux dont ils se bouschoient le nez , et nombre de lanternes sourdes. A quinze pas de ceste troupe, sans aucune lumière , suivoient les trois crocheteurs qui portoient , ainsi qu'il est dit cy-dessus , les trois corps morts desdits sieurs que l'exécuteur et ses valets accompagnoient; et quinze pas après, suivoit une autre troupe de cent personnes armez comme la première, avec force lanternes sourdes. En ceste façon ils allèrent fuire mettre lesdits sieurs en une potence en la place de Grève.
Les principaux des Seize pensoient que ce spectacle feroit esmouvoir le peuple ; mais ny les Espagnols ny le peuple ne s'en esmeurent point : chacun alloit les voir , aucuns haulsoient les espaules sans dire mot, d'autres blasmoient ceste acte , tellement que , sans y avoir eu aucun remuement, la nuit du dix-septiesme de ce mois , l'exécuteur osta les corps, les vendit aux veufves et aux eufans desdicts sieurs morts pour les faire enterrer ; ce qui fut cause en partie que depuis ledict exécuteur fut pendu , comme nous dirons en son lieu.
Aucuns ont escrit que la garnison espagnole abhorra ce faict, et que si les ministres d'Espagne l'eussent approuvé , qu'ils se fussent pu rendre maistres de Paris, mais, au contraire , que Diego de Ibarra rescrivit au roy d*Ëspagne en ce temps-là en ces mots : « La faute si gr^de
CttBOnOLOCrU NOVlITàlU Ï^M PàLUÀ. CATBT.[I69]]
de faire justice , de leur authorité , de ee président et conseillers , est précédée d*aiileurs que des ministres de Vostre Majesté, t
Or le duc de Mayenne, ayant receu les nouvelles de ces tragédies, partit incontinent de Laon , et à grandes traittes s'en vint à Paris , et amena avec luy le sieur de Vitry et sa eompagnie , et quelque peu de forces estrangeres. Il arriva par la porte Sainct Anthoine. Quand les Seize sceurent qu'il venoit ils s'assemblèrent. Le docteur Boucher estoit revenu de Soissons où il estoit allé , et n'avoit point de part à ce qu'avoient faict les Seize en son absence. Ils se doutèrent bien que ledit sieur duc ne venoit à Paris que pour ceste occasion ; ce fut pourquoy la pluspart des Seize avec ledit docteur Boucher, qui devoit porter la parole , furent au devant dudit sieur duc Jusques au petit Sainct Anthoine , où ils avoient envie de luy faire une remonstrance sur ce qui s'estoit passé. Mais, aussl-tost que Boucher eut dit au duc qu'il desirolt luy parler , au nom de plusieurs bons bourgeois , sur ce qui s'estoit passé le 15 de novembre à Paris, ledict (Bieur duc luy dit : « Monsieur nostre maistre , ce sera pour une autre fois; adieu ; » et ainsi passa viste et entra dans Paris. Les Seize cognurent lors à son visage qu'il estoit fasché contr'eux , car on luy avoit rapporté qu'ils s'estoient assemblez dans la chambre dudit Boucher, où on avoit proposé s'il le falloit laisser entrer dans Paris et des moyens de luy fermer les portes, et qu'en fin ils avoient résolu de le poignarder, et qu'un d'entr'eux avoit dit qu'il vouloit avoir l'honneur de luy bailler le premier coup.
Le duc à son arrivée trouva les choses fort douteuses, pour l'apparence qu'il y avoit que les Seize et le menu peuple, qui estoit de ceste faction, ne fussent favorisez des garnisons espagnoles. Patientant pour quelques jours, il esoouta un chacun , et descouvrit le cœur de plusieurs qui estoient mal-contents des desportements furieux des Seize. On a escrit que les quatre frères de la maison des Henneqoins , le président d'Orcey, le conseiller d'Amours, le colonel d'Aubray , et plusieurs autres , luy dirent qull failloit exterminer trois sortes de gens dans Paris, sçavoir : les prédicateurs de la faction des Seize , qui ne preschoient que la guerre; les principaux des Seize , qui estoient des voleurs et sanguinaires , lesquels ne demandoient qu'A ruyner les Iwnnes familles de Paris ; et les garnisonsd'Ëspagools, qui ne venoienten France que pour piller et ravager , comme ennemis de toute ancienneté , ce qui seroit aysé à fidre audit sieur duc s'il vouloit y interposer son authorité , et qu'il seroit assisté de toutes les cours
souveraines et de toutes les bonnes âanUlei, En fin le duc résolut de ikire chsstier les priscipaux des Seize. Il eust bien desSré avoir Bottj le Clerc, mais il ne sortoit plus de la Bastille. En l'assemblée générale qui se fit en THostd de Ville, où tous les principaux des Seize se trouvèrent , sur la proposition qui fut faicte d'appaiser ce qui s'estoit passé en la mort da président Brisson , ledit sieur duc en demanda advis mesme à ceux qu'il cognoissoit estre de ceste faction , les tançant seulement de ce qu'ils IV voient faict, et qu'il n'y fhlloit plus retoamer. Eux luy respondirent diversement , chacun selon leur passion ; mais plusieurs des boiuies Ikmilles de Paris qui se trouvèrent en ceste assemblée le supplièrent que ce faict ne demeorast point impuny. Les principaux des Seize recevoieot divers advis de leurs amis que l'on devoit entreprendre contre'eux et en pendre d'aueoDs; mais la bonne face que leur monstre en certe assemblée ledit sieur duc leur fit ester toute sinistre opinion; mesmes aucuns furent soopper avec luy, et ne tint on en souppant que des de^li et paroles joyeuses, tellement qu'ils se retirèrent ce soir chacun chez eux , fort content dadit sieur duc.
Le duc, qui avoit résolu de ftire punir nombre de ces factieux , Jugea que l'execotion ae luy en seroit si difficile que Ton luy avoit proposé. Le sieur de Vitry ayant entrepris d*en prendre les plus mutins , on résolut de les fisiirr pendre dans le Louvre. On va quérir l'execiiteur cependant que sur les quatre heures au matin le sieur de Vitry va reveiller Anrouï , Emonot et Hameline, lesquels, amenez au Loom) furent incontinent pendus. Le sieurdeCongiSi ayant fait esveiller Louehart et monté eo sa chambre , luy dit que M. de Mayenne voaioit parler à luy pour une affiaire de consequcDCC. et qu'il sliabillast vistement; sa conscience le Jugeant, à chasquecoup il demandoituMais que me veut-il ? » Habillé , sa femme luy donna un mouchouër, et luy, la baisant, loy dit; « Adieu , ma femme , Je doute de ne te revoir Jamais. » Ledit sieur de Congis alors le consola, et l'asseura que M. de Mayenne vouloit seul^ ment parler à luy; mais, passez qu'ils furent l'hostel de la Royne où ledit sieur duc estoit logé, et Loucliart ayant recognu qu'aux advenues des rues il y avoit des gens de guerre, il dit: i Monsieur, vous me menez à la mort. —Je vous meine, luy dit le sieur de Congis, pariera M. de Mayenne qui est au Louvre, s on, estans arrivez et entrez dans la basse salie , il advisa les trois autres pradus à une grosse solive. H. de Vitry, qui estoit Ut, eenmanda incontinefit à
CHAOMOLOGIX NOVBVAIBS AB PALMA GAVBT. [1691]
rexecQteor de se saisir de lay. Loocliart luy dit que M.de Hayenoe Tavoit nmodé pour parler à lay et dod pour le faire mourir. L'exécuteur et SOD valet voulans se saisir de luy, il commença à se de/Tendre tellement d'eux qu'ils tumberent à terre les uns sur les autres , sans qu'il fust possible à Jean Rozeau de luy mettre la corde au col, ny de le lier. M. de Yitry, voyant que Texeeateur D*en pouvoit venir à bout , luy dit : « A quoy vous sert ceste résistance ? il vous faut mourir. — Ha I monsieur de Vitry , luy dit Loucbart, Je ne crois point que M. de Mayenne vQcille que Je meure ; Je vous prie de sçavoir encor de luy sa volonté , et luy dire que je le prie que Ton ne me face point mourir. — Bien, dit le sieur de Vitry, j'y vay ; mais s'il dit qu'il le veut il faudra que vous y obeyssiez. — J'y obeyray , dit Louchart. • Le sieur de Yltry estant sorty et demeuré un bon demy quart d'heure à revenir, il luy dit : c M. de Mayenne commande que l*on vous face mourir. • A ces mots , Louchart, gémissant et n'en pouvant plus mesmes, se laissa saisir à Texecuteur qui le pendit auprès des trois autres.
fie Launay , Cromé et Cochery furent bien cho'chez : advertis, ils se sauvèrent en Flandres, d'où ils n'ont bougé du depuis. Grucé fut prins ; niais le docteur Boucher fit tant envers M. de Mayenne, qu'il se contenta de ce qu'Anroux, quiestoitson lieutenant, avoit esté pendu. Le chauoine Sanguin , Tbierée, Poteau, Régis, La Uothe, Renault et quelques autres, furent aussi emprisonnez. Bref, les principaux de ceste fac- ^00 , qui avoient assisté ou consenty à la mort ignominieuse desdits sieurs président et conseilkrs, furent en ceste journée bien recercbez.
Bussy Le Clerc, qui faisoit le fendant dans la ^tille, et qui s'y devoit faire enterrer pour ceux de sa faction, à la première sommation que ledit &ieur duc de Mayenne luy fit faire de luy rendre <^€ste place, comme il estoit homme né parmy le peuple, ayant sceu la mort de ses confédérés, ne songea qu'à demander sa vie au duc, et permission de faire sortir ses biens meubles de de- ^Ds la Bastille , ce qui luy fut accordé ; mais , eu ayant faict sortir tout ce qu'il y avoit, et les ayant mis en un logis proche la Bastille, aussitost que le duc eut mis la garnison qu'il desiroit dans ceste place et que Bussy en fut sorty , plusieurs gens de guerre entrèrent dans ce logis, pillèrent tous ces biens et tout ce qu'il avoit volé ^^ rançonné depuis les Barricades jusques au commencement de ce mois ; tellement que tout ee qu'il put faire fut de se sauver de peur d'estre tué, sortir de France et gaigner Bruxelles, là où depuisil a yeseo fort misérablement, gaignant sa
vie à estre prevost de sale , se nourrissant des bien-venues qu'il pouvoit attrapper des eseoiiers qui vouloient apprendre à tirer des armes ; et sa femme, qui fit tenir si long temps prisonnier à la Bastille l'abbé de Fayoles , chanoine de la Saincte Ghappelle, pour avoir une bague de quinze mil escus qu'il avoit en despost d'une dame sienne parente, s'est veue bien changée de condition. Ce sont des jugements de Dieu trèsgrands. Je diray encor sur ce subject que non seulement ledict Bussy, mais tous ceux du peuple qui se sont meslez durant ces derniers troubles d'emprisonner ou tuer les présidents et conseillers des autres parlements , sont tous péris misérablement. L'exemple est mémorable d'un capitaine Desarpens , que Ton a veu à Paris , à l'Ëscole Sainct-Germain, s'espouiller sur le bord d'un batteau , et ne vivre d'autre chose que de ce que l'on luy donnoit pour y prendre garde, après avoir, au commencement de ces troubles, fait tant des siennes dans Rouen, où il ne cheminoit qu'avec gardes par la ville , somptueusement vestu, rançonnant les officiers royaux selon sa volonté.
L'autheur du livre du Manant et du Maheustredit que M. de Mayenne fit pendre ces factieux pour le seul subject d'avoir communiqué avec l'Espagnol, sous un prétexte qu'il emprunta, encoresque la vérité fust que la vraye occasion estoit la lettre que les Seize avoient escrite au roy d'Espagne comme à leur vray roy [la copie de laquelle nous avons mise cy-dessus], ainsi que madame de Montpensier le sceut bien dire le lendemain de l'exécution, le jour de laquelle, dit cest autheur , l'on faisoit courir un bruit contre les Seize qu'ils avoient voulu attenter à la personne du duc de Mayenne, le second jour que c'estoit parce qu'ils estoient espagnols, et à ceste fin la dame de Montpensier représenta une copie de ladite lettre envoyée par les Seize au roy d'Espagne , qu'elle monstra à toutes personnes pour les animer contre lés Seize, et en despit des Espagnols; et le troisiesme jour on fit courir le bruit que c'estoit à cause de la mort du président Brisson et ses deux compagnons : de sorte qu'en trois jours l'on fit courir trois divers subjects contre les Seize; mais le second estoit le plus véritable , comme mesmement le duc de Mayenne ne put se retenir qu'il ne le dist à l'ambassadeur d'Espagne , que l'on vouloit porter la couronne de France à son maistre par les membres, mais qu'il luy faiUoit porter par les che& ; joint que par plusieurs fois le duc de Mayenne a dit que les Seize luy avoient gasté ses affaires , mais qu'il s'en vengeroit, et l'a rescrit à tous les gouverneurs de l'union pour leur faire trouver bm
CHRONOLOaiB NOVBMÀIBE DE PALHA CAYBT. [t69l]
Texecution qu^ilavoit faict faire contre les Seize, ies appelans, par ses lettres, gens tarbulens et violens ausquels il ne se fleroit plus, et qu'il se remettroit du tout à la volonté et bon conseil du parlement de Paris.
Voyià l'opinion de Tautheur de ce livre. Il estoit de la faction des Seize. Il dit cela affîn de faire croire que ceste journée du quatriesme décembre avoit esté seulement faicte en baiue des Espagnols, concluant que ledit sieur duc de Mayenne nesouffriroitjamais aucune intelligence entre le peuple et l'Espagnol. Mais, quoy que ce livre ait esté escrit plus d'un an après ceste Journée, si est-ce que ledit sieur duc, bien qu'il eust pu faire punir tous ceux de la faction des Seize, tant pour avoir consenty à la mort dudit sieur président Brisson, que pour leurs autres attentats, il fut conseillé que puis que la Justice avoit eu quelque cours en Texecution de quelques-uns, de faire yne abolition générale de tout ce qu'ils avolent faict , et, par icelle, lesempescber seulement que d'oresnavant par assemblées ils pussent faire pareilles entreprises. Son intention se pourra mieux cognoistre par la lecture de ceste abolition que parce que l'on en pourroit escrire. En voicy la teneur.
« Charles de Lorraine, duc de Mayenne, lieutenant gênerai de TEstat et couronne de France, à tous presens et à venir, salut. Gomme en la capture et emprisonnement injurieux , meurtres et assassinats commis, en ceste ville de Paris, es personnes des deffuncts les sieurs Brisson , président en la cour de parlement, Larcber, conseiller en icelle , et Tardif, conseiller au chastelet , le quinziesme Jour de novembre dernier passé , et exposition ignominieuse de leurs corps faicte en place publique le seiziesme et dix-septiesrae dudit mois, deux sortes de personnes se sont trouvées coulpables, les uns, poussez de mauvaise volonté, se couvrant de quelque prétendue entreprise et conspiration qu'ils publioient avoir esté faicte sur cestedite ville, et les autres 8*y estans laissé aller par simplicité et ardeur de zèle, estimans bien faire, sans sçavoir au vray les causes d'une telle violence ; en quoy les loix de Justice divine et bumaine ont esté violées, au grand estonnement des gens de bien, qui crafgooient que semblable cbose tollerée ne donnast licence à chacun d*entreprendre ce qu'il voudroit en ceste ville capitale du royaume qui doit servir de lumière et de guide à toutes les autres , et de seuretéet de repos à tous ceux qui y résident et vivent sous l'obeyssance des loix et des magistrats. Ce qu'estant venu à nostre eognoissance, nous nous y serions promptement rendu, tous autres affaires cessans, pour pourvoir
à ce mal par le chastiment des principaux avtheurs d'iceluy sur lesquels nous avons advisé de restraindre la peine , et , usans de douceur à Tendroit des autres , les contenir en devoir, et relever la Justice , l'un des principaux liens de l'Estat, qui sembloit aucunement altérée par on si funeste accident advenu en la personne de son chef. Sçavoir faisons qu'après avoir faict punir le commissaire Louchart, Barthélémy Ânroax, Nicolas Hameline et Jean Emonnot, desirans empescher un plus grand mal et pourvoir à la seureté publique, nous avons, pour le regard des autres qui ont participé à ceste entreprise, soit en la délibération ou exécution d*icelle, on qui y ont preste conseil, confort et aide, en quelque sorte et manière que ce soit, aboiy et »teint, abolissons et esteignons par ces présentes, en vertu de nostre pouvoir, le fkict et cas dessusdits. Voulons et entendons que tous en gênerai, et chacun d*eux en particulier, en soient et demeurent quittes et deschargez , comme ayant esté leur simplicité circonvenue par les inductions et artifices des autres , et ne s'en estaus entremis que sur la crainte du péril qu'ils estimoient présent , et le désir qu'ils avoientdese conserver en ladite ville, sans qu'ores ny à Tadvenir ils en puissent estre aucunement inqui^ tez, travaillez ny recerchez; et quant à ce, avons imposé et imposons silence perpétuel an sieur procureur gênerai et à tous autres , fors et excepté le conseiller Cromé, Adrian Cocheri, et celuy qui a servi de greffier, lesquels nous n entendons jouyr de reffectde la présente abolition, et les en avons , comme estans principaux au theors de cest attentat, pour plusieurs considérations exceptez et reservez, afin que la justice en soit faicte. Et par ce que le mal est proveoa des assemblées privées qui se sont cy-de>'Uit faictes en ceste ville sans autborité et perroissiaB des magistrats , et que tels accidents poorroient encores à l'advenir produire de plus dommageables effects s*il estoit permis aux particuliers de ladite ville de tenir conseils et faire lesdltes assemblées, nous faisons très-expresses inhibitions et defences à toutes personnes, de quelque qualité ou condition qu'elles soient, et sous quelque prétexte ou occasion que ce soit, mesmesà ceux qui se sont cy-devant voulu nommer le cooscii des Seize, de faire plus aucunes assemblées ponr délibérer ou traicter d'affaire quelconque, à peior de la vie et de rasement de maisons Quelles se trouveront lesdites assemblées avoir esté faictes, enjoignant à toutes personnes , sur ladite peiue de la vie , qui sçauront les lieux où se seront faictes lesdites assemblées, de les indiquer promptement au gouverneur , procureur geo^
CHftOIfOLOGIB N0VBNÀ1BB I>B PÀLVA CAYBT. [U9l]
rai, 00 prefost des marchands et eschevins de cestedite ville; et si aucuns des habitans, bourgeois, OQ autres particuliers habitans de ladite ^ille, ont quelque chose à proposer concernant le salut et repos d'icelie ville, ils s'en addresse» root audit gouverneur, procureur gênerai, ou prevost des marchands et eschevins , ausquels le soin de la seureté et conservation de ladite ville doit appartenir : ce que nous les exhortons de faire, avec promesse de les recognoistre de tout uostre pouvoir, selon le mérite de leur affection. AQ$si de/Tendons, sous la mesme peine, à toutes personnes de ne faire cy après aucune mention oy reproche les uns aux autres pour raison des choses passées , que nous vouions demeurer en perpétuel oubly comme chose non faicte ny advenue; semblablement de ne parler au mespris et desavantage de ce sainct party , ains qu*à rencûntre de toutes personnes généralement queiconques qui voudront troubler le repos et seureté publique, et semer divisions entre les catholiques, ou qui favorisent les hérétiques, Il M>it procédé à rencontre d'eux par les rigueurs de justice, sans exception d*auc une personne. Si prions messieurs de la cour de parlement, etc. Donné à Paris au mois de décembre 1591. Signé Charles de Lorraine , et sur le reply , par monseigneur, Beaudouyn, et a costé visa et scellée de cire yerde sur de la soye rouge et verde. Leuê, publiée et registrée. Ouy sur ce le procureur gênerai du Roy , ce requérant. A Paris, en parlement, le dixiesme jour de décembre 1^91 , et publié à son de trompe et cry public pur les carrefours de ceste ville de Paris ledit jour. Signé Boucher. •
Ainsi le sieur duc cassa les assemblées du conseil des Seize ; toutefois du depuis ils ne laissèrent de continuer sous main leurs practiques avec l'Espagnol, et leurs prédicateurs présentèrent encores quelques requestes audit sieur de Mayenne, s'attribuans le nom de la Faculté en théologie , comme nous dirons au temps qu'ils les présentèrent. Ceste abolition deffendoit bien de semer des divisions entre les catholiques , et toulesfois du depuis il y eut tousjours trois partis formez dans Paris jusqu'à la réduction en mars 1594, Ravoir, celny du duc de Mayenne , celuy des politiques ou royaux , et celuy des Seize et Espagnols. La suite de ceste histoire monstrera comme celuy des Seize et des Espagnols fut du tout ruyné, comme celui du duc de Mayenne se réunit dans le royal, etcomme celuy des royaux est demeuré le mais!re des deux autres.
Le parlement de Paris estant sans président en la grand-chambre parla mort du président Brisson, les dnq autres présidents estans du party
royal , ou à Tours , ou à Chaalons , ledit sieur duc en pourveut quatre de cesledignité, sçavoir : le sieur Chartier, qui estoit fort vieil et le plus ancien conseiller de la cour, pour premier président, mais il se déporta de luy mesmes d'exer* cer ceste charge, les sieurs de Neuilly, de Hacqneville et Le Maistre. Voylà comment les Seize, par leurs violentes et sanglantes tragédies , peu* sans s'instaler aux principales charges de la ville de Paris , n'en ont receu que de la désolation. Quatre ont esté pendus, aucuns bannis, et le reste desauthorisez. M. de Vitry, dans son manifeste, dit que M. le duc de Mayenne n*a jamais faict acte si généreux et honnorable pour luy que celuy 1^, faisant prendre et pendre ces mutins au milieu de la ville de Paris et parmy leurs amis. Il fut fait plusieurs vers qui coururent en ce temps là sur ce subject, entr autres ceux-cy :
Do seiie ils lont réduits à douze « Et faut que le reste se houxe , Pour api*è8 les quatre premiers Estre perchez comme ramiers.
Celuy qui composa ces vers pensolt qu'ils ne fussent en tout que seize factieux, maisil se trompoit , car ils estoient plus de quatre mil. Un autre poète, pensant mieux dit sur ce qu'il avoit veu escrit le conseil des seize quartiers de la ville de Paris, fit ces vers, prenant quarteniera pour quartiers :
A chacun le sien , c'est justice :
A Paris seize quarteniers , A MoDtfaiicoQ seize piliers, Cest h chacun son bc nénce.
Celuy cy se trompoit fort, car, des seize quarteniers de la ville de Paris, il n*y en avoit que cinq de ceste faction , comme lis le monstrerent bien à la réduction de la ville de Paris ; mais ce dernier rencontra plus heureusement , disant :
Seize, Montfaucon tous appelle; A demain , crieut les corbeaux :
Seize piliers de sa chapelle Vous seront autant de tombeaoï.
Les faire mourir tous , c'eust esté trop. Aussi M. de Mayenne ne crut qu*cn une partie ceux qui luy avoient conseillé de ruiner trois sortts de personnes : les Seize , leurs prédicateurs, et les garnisons d^Espagnols. Pour les prédicateurs , il n'a jamais voulu que Ton touchast aux ecclésiastiques qui avoient practiques et intelligences avec l'Espagnol , ny à ceux mesmes qui depuis furent descouveris estre affectionnez au party royal , et qui faisoient des practiques dans Paris pour Testablissement du Roy. Quant aux Espagnols , il avoit affaire de leur secours pour desengager Roïien que le Roy tenolt assiégée.
CHB0N0L06tB NOTBNATBB DB PALMÀ CAYET. [159l]
Aussi il n*y avoit point d'apparenee quMI sDîvIst ces conseils.
L'authenr de la suitte dn Manant et du Malieustre, contre toute apparence de vérité, veut faire accroire que )e sieur comte de Brissac avoit esté envoyé à Paris par ledit sieur duc pour advertir M. de Belin qu'il se falloit desfaire dudlt président et ses compagnons, voire d'une grande partie du parlement, pource qu'ils traictoient avec le Roy et promettoient de luy donner entrée dans Paris , et qu'en cas que ledit sieur de Belin ne voulust l'entreprendre , que les Seize y tinssent la main pour l'exécuter ; plus, que plusieurs du parlement en estoient consentans , et leur avoient requis main forte pour ce faire. A quel propos publier toutes ces menteries , puis que Ton a veu le duc de Mayenne, le sieur de Belin et le parlement, pourchasser leur punition pour avoir faict mourir ce président , estimé un des doctes hommes de son siècle ? Voicy ce qu'escrit Scevole de Saincte Marthe de la vie de ce président.
« M . le président Brisson, natif de Font enay en PoictoUy^lien fort fertile à produire des hommes d'excellent esprit, estoit âls d'un père, homme honnorable et rieiie , lieutenant dudit Fontenay qui est un très-beau siège. Par le moyen et conduite de son père , il fit heureusement le cours de ses estudes , tellement qu'en peu de temps il parvint à un souverain degré de science en toutes sortes , et en acquit un los non accoustumé, laquelle science il ne tint pas cachée dans son estude pour s'y amuser en oisiveté, mais il la fit paroistre à descouvert, avec un très-grand lustre, à ia veuë du public , parmy les grands personnages, car, presque dès sa prime Jeunesse, il ilt une très-belle monstre de son sçavoir au barreau de la cour de parlement entre les advocats les plus célèbres , usant d'une façon de parler remplie d'éloquence et toutesfois non affectée, mais claire et facile , d'un langage pur et net , fluide comme un ruisseau coulant doucement En laquelle profession d'advocat ayant fait de grands progrez , Il s'acquit un tel bruit, qu'il fut incontinent promeupar ce graod roy Très-Chrestien Henry troisiesme de pieuse mémoire , premièrement à l'office d'advocat gênerai, puis après de conseiller d'Estat , et finalement il le fit président de ce grand parlement , sans beaucoup différer d'un temps à l'autre ; et lors mesme Sa Majesté luy fit tant d'honneur de dire qu'il n'y avoit prince au monde qui eust homme à luy qu'il pust mettre en parangon avec ledit sieur Brisson ; tellement qu'il l'envoya en ambassade en Angleterre pour de très-grandes affaires. Et ayant Sa Majesté proposé de faire un recueil de tous ses edicts
et ordonnances de ses prédécesseurs, il estima qu'il estoit Tunique sufBsant de luy en donner contentement, veu la grandeur de l'œuvre contenant tout le droict par lequel la France se goaverne; lequel œuvre ledit sieur Brisson acheva avec une diligence et promptitude admirable et incredible, et le nomma du nom de Sa Majesté, le code Henry, En oultre il a escrit un graod et docte volume de la signification des termes dn droict françois; item, un autre des formailtez et du style usité au droit civil entre les Romains, qu'on appelle droict escrit, et plusieurs antres opuscules, partie desquels 11 a mis en lumière, et d'autres qui y ont esté mises après sa mort, laquelle le prince et chef du party de rooloQ mesmes n^a voulu laisser impunie. • Voylà ce que dit Scevole de Saincte Marthe de la vie et mort de ce président.
a Si ceste mort eust esté advouée et passée sous silence parle duc de Mayenne, dit Taotheur du livre du Manant et du Maheustre, le Roy n'eust plus eu d'agens dans Paris pour Iny, et eussent tous perdu courage ; mais qu'après la Journée du 4 décembre la cour de parlement se restablit en sa première authorité; que ce futns coup d'Estat pour l'establissement du Roy; que ce qui advint en ceste journée authorîsa et fortifia le party formé en la cour de parlement et les politiques de Paris contre les Seize et lenrs prédicateurs. »
Ce mesme autheur dit en son dialogue plasieurs choses sur ceste Journée, la substance desquelles Icy référées ferontaysement Juger comme tout s'est passé en ce temps-là.
i C'est la maxime des pritices , dit-il , de se servir du peuple au commencement de leur establissement ; mais estant fait il n'en faut plus parler. Auparavant les Barricades et la mort des duc et cardinal de Guise, on trouvoit bon qne les Seize se remuassent , qu'ils s'opposassent et servissent de rampart contre tous les efforts et desseins du feu Roy et des siens , exposans leoj) vies et biens contre la puissance de Sa Majesté , et de là est venu ce grand changement que ron a veu en France, car alors les princes coramoniquoient avec les Seize , tout se faisoit par une mutuelle intelligence, et les princes de la ligne ne faisoient rien sans en advertir ledit conseil des Seize , et en fut descouvert plusieurs mémoires et missives que le feu duc de Guise leur en voyoit. Mais, depuis que le duc de Mayenne a esté estably, et que les Seize luy ont donné Tauthorit^ sur eux et le souverain commandement, et qu'il a gousté d'iceluy, il ne l'a voulu depuis démordre aucunement , ains s'en est accommodé en propriété, encor qu'il n'eust ceste authorité qu'en
CRBONOLOOIE HOTIIIÀIBI DM PAUfA GAYBT. [I59l]
d«po$t , en attendant la résolution des estats; et de là , dit-il , est vena tout malheur au party de Tunion ; car le duc de Mayenne , sentant la volonté des Seize affectionnez au roy d'Espagne pour luy ester son authorité , les a eus depuis telleinent à contrecœur, que dèslors leur ruine fut complotée. Il rompit premièrement l'authorite du conseil gênerai de T union , qui estoit l*estaMissement et conduite des affaires de la ligue, et en fit un particulier auprès de luy, qu'il composa de personnes qui luy estoient aftidées, qui a esté le plus grand traict d'Estat que Jamais ledict sieur duc de Mayenne ait faict pour son particulier, ayant par ce moyen forme son establissèment et ruyné les Seize et leur faction; car, par la rupture de ce conseil , toutes les provinces et villes de la ligue qui se trouvoient joinctes et liguées ensemblement , tant du vivant du dac de Guise qu'après sa mort , et qui avoient communication avec ledict conseil des Seize, et depuis avec ledict conseil gênerai de Tunfon [ qui , après la mort dudict duc de Guise , fat composé de tous ceux qui avoient esté dudit conseil des Seize ] , se trouvèrent des-unies sans plus conférer ensemble , et chasque ville advisa lors à son profit particulier; mesmes les grands qui y estoient gouverneurs pour l'union leur estèrent en plusieurs endroicfs le maniement des affaires. Et par ainsi les Seize de Paris demeurèrent seuls , desnuez de moyens , secours et Intel- Hgences.
» Plus, que ladite exécution du quatriesme décembre despcuilla lesdits Seize de toutes forces 9 authorité et puissance , jusques à n'oser parler, et furent dèslors abandonnez de plusieurs des grands du party de l'union, entr'autres du duc de Guise, luy qui auparavant leur avoit envoyé le sieur de Jauge leur porter toute créance d'assistance, faveur et ayde , qui au contraire se mocqua aussi d'eux , mesmes que le simple peuple, subject à vaciller, les commença à avoir en mespris, et devindrent en horreur à toutes les provinces et villes de l'union à cause des lettres que ledit sieur du duc de Mayenue y avoit eserites contr'eux, lequel , pour establir son authorité et s'asseurer d'avantage en sa qualité de chef de Funion ; fit promettre les cinq conditions suivantes à tous les grands et gouverneurs de ce party:
I. De ne l'abandonner Jamais , ny de se bander contre luy pour quelque occasiou que ce fut.
n. De ne fovoriser la nomination d'un roy que par son consentement.
III. De consentir tous les accords qu'il fëroit avec le Roy ou autre.
IT« De ne favoriser les Espagnols ny conférer
avec eux que par sa licence et selon son instruction.
V. De résister et contredire, par parole, conseil et effect , contre ceux qui favoriseroient le peuple etempescheroient ses desseins, et de faire en sorte que l*authorité entière luy demeurast audit party de l'union, pour y disposer de tout selon sa volonté. 9
Cest autheur, qui estoit un des principaux desdits Seize, après avoir dit que l'ordinaire des grands est de hayr ceux de qui ils tiennent leur advancement et ceux qui n'adhèrent à leur volonté , mesmes que le duc de Mayenne avoit introduit aux villes de leur party ceux qu'il avoit voulu , et en avoit osté les ligueurs qui luy avoient baillé telle authorité, il s'exclame et dit :
« Où est ce nœud d'union d'entre les princes de Lorraine et nous? Où est ce secours mutuel qu'ils nous ont juré tant de fois et promis? Où est ceste amitié tant de fois jurée aux Barricades et à l'instant d'iceiles? Où est la forme de nostre union? Où est l'intelligence et confédération tant belle et sérieuse que nous avions practiquée avec les principales provinces et villes de France, qui, à nostre sollicitation, vigilance et frais, s'estoient Joinctes à nostre party, que les princes et ceux que nous avons esleu au magistrat nous ont ravies et perdues toutensemble ? Où sont les agents des provinces qui de toutes parts nous venoient voir et prenoient de nos mains les iustructions nécessaires pour Tadvancement du party de l'union? Où est nostre retraicte? Où est nostre asseurance?»
Voilà la plainte que fait cest autheur pour les Seize. Plus il dit : « Je sçay pour vray que le duc de Mayenne n'a cherché qu'occasion de ruiner les Seize , ayant à ceste fin introduit à Paris ses agents contre les prédicateurs , les curez et les Seize, par la faveur et support d'aucunes princesses, spécialement de madame de Monpensier, du sieur de Belin, gouverneur, du prevost des marchands, et du corps de la cour de parlement, avec le support des politiques qui se sont Joincts ensemble à cesteffect à la ruy ne des Seize ; car, encores que les politiques n'ayment te duc de Mayenne , et au contraire ils taschent à le ruiner pour introduire le Roy dans Paris, si estce que, pour nuire et destruire les prédicat eurs, et les Seize, et le peuple, qui résistent resoluêment à l'establissement du Roy, ils se sont rengez du party du duc de Mayenne , non pour quelque faveur ou amitié qu'ils luy portent, mais en despit des autres, et pour les diviser et ruiner l'un l'autre, et par ce moyen faire les affaires du Roy et l'establir. En une assemblée foicte en la maison de d'Aubray , où le conseiller d'A-
CHBONOLOGIB HOyBNÀIBB DE PALMA CAYST. [i59l|
mours et le doyen Seguier estoient à la fia da mois de décembre 1591, il futadviséquMI failioit faire contenance d'embrasser le party du duc de Mayenne en indignation du duc de Guise et des autres princes, affin de les mettre en discord les uns envers les autres, pour 6ur ceste division bastir les affaires du Roy; et ont tous ces corps complotté la ruine des prédicateurs, des Seize et des estrangcrs : estant la vérité que le duc de Mayenne , au partir de Paris audit mois de décembre, donna charge à tous ces corps de faire du pis qu'ils pourroient contre les prédicateurs, les Seize et les Espagnols ; et deux jours après qu'il fut party pour aller à Soissons, et de là à Guise pour conférer avec le duc de Parme de ce qu'ils dévoient faire pour le secours de Rouen , les colonels de Paris, qui estoient politiques, résolurent de desarmer les Seize , et de faire deffendre à tous bourgeois de porter armes ou les prendre sans le congé desdits colonels et de leurs capitaines , pour quelque occasion que ce fust ; mesme le quatorziesme Janvier 1592, de la part de la cour de parlement , de la chambre des comptes , de la cour des aydes , des généraux et des politiques , il se fit une assemblée où ils Jurèrent un support et commun ayde entr^eux, comme aussi firent lesdits colonels et capitaines de la ville qui se recognurcnt ensemblement, et depuis ruinèrent le party des Seize, et firent tout ce qu1l leur sembla bon pour le service du Roy. » Bref, cetautheur dit que la resolution de la cour et de la chambre des comptes et de toutes les cours souveraines a esté, auparavant et depuis la mort du feu Roy, de se rendre les souverains gouverneurs de TEstat pour se sousmettre au Roy.
Ceux qui escrivirentcontrelesSeizepourM. de Mayenne disoient que ledit sieur duc avoit bien faict de punir la temeritc de ces Seize , pource que cela estoit sans exemple que les particuliers eussent mis la main sur les magistrats, et que la consequenceen estoit dangereuse ; qu'Aod, Jehu, Phinées et Mathatias , alléguez par les Seize en leurs deffences d'avoir mis les mains sur les magistrats , sans charge ny adveu , mais poussez seulement de Thonncur de Dieu, n'estolent pas 21 propos , car Dieu a beny les nommez cy-dessus particuliers, et a permis que leurs actions ayent profité au peuple et rendu leur liberté; mais, au contraire, les actions des Seize n*avoient de rien profité, ains tout estoit tourné à la perte et ruyne de leur party et d*eux-mesme; tellement que ce faiet estoit abominable, et Dieu ne les avoit favorisez et advoûez ; aussi la forme dont ils avoieut usé estoit tellement de conséquence, que si ledit sieur duc ne Teust reprimée ils en
eussent abusé avec violences. J*ai mis icv ce
opinions de divers escrivains, afOn que le lecteur juge mieux de Testât des affaires de ce temps-là.
Tandis que les choses cy dessusdites se passoient en France, voyons ce qui se Cftisoitaoi Pay-Ras. Nous avons dit que le prince Maurice se rendit mai5tre de Hulst le vingtiesme de septembre, où, ayant laissé le comte deSolmspoor gouverneur, et assubjetty tout le pays de Vaés, il fit rembarquer toute son armée sur ceat vai^ seaux, envoyant sa cavalerie en toute diligeoce vers le pays de Gueldre, où il avoit résolu de faire voile et remonter par la rivière de Yaha). Le sieur de Mondragon, gouverneur de la citadelle d* Anvers, entendant la perte de Hulst, amassa incontinent une armée de quatre miik fantassins et mille chevaux , à laquelle se joignirent les Espagnols mutinez qui s'estolent saisis de Diest, Herental et Lieve , lesquels l'on avoit appaisez en leur donnant quelques payes, et substituant pour leur maistre de campÂlfouse de Mendozze au lieu de Y ega. Ceste armée s'acheminant à Ilulst, Mondragon trouva ceste place si bien garnie d'hommes de guerre et de munitions, et quelques digues rompues, qu'il fut contraint de se retirer après avoir faiet un fort proche de Hulst pour empescher les courses de ceux de dedans.
Le prince Maurice, remontant le Yahal, fit desbarquer toute son armée devant Numeghe, et l'assiégea par eau et par terre , ayant fût dresser un pont sur la rivière pour aller d'oo quartier à Tautre à la faveur du fort de Knot* zembourg. Ceux de Numeghe en ce commencement de siège se monstrerent très-coarageui, et tirèrent fort de la tour Sainct Hubert; mesmei d'un coup de coulevriue ils rompirent ledit pool dont le prince fut contraint de le faire met plus bas qu'il n'estoit. Six jours s'estaas à faire les approches et les tranchées , et à dres ser quarante deux pièces de canon en batterii prestes à tirer, plusieurs deshabitansquia^oient, par la practique d'un secrétaire des Estais nommé Christian Hugues, lequel estoit prlsoo nier de guerre dans Numeghe^ esté gaigoezpod le party des Estats, et entr*autres un desboor guemaistres qui avoit esté Jusques à La Hay^ communiquer de leur entreprise, commencerai à parler de se rendre , et donnèrent tellement 1 peur aux autres habitans du grand apparat qO( le prince faisoit de les assiéger en bla^roant te desportements et gouvernement de l'Espagnol ainsi que Ton faict d'ordinaire en telles actioos louant le bon ordre des Estats , que tous d'un voix ils ne parlèrent plus que de se rendre (
CHBOROLOeiB NOTBVÀUB DB PÀLMA CAYBT. [1591]
coffljMser a?ee le prince : ce qu'ils diflolent de* voir foire pramptement avant que Verdago eust jttti desgeasde guerre dans leur ville, qui pourraient lors les contraindre d'endurer un siège. Ainsi les habitans de Numeghe, ayans commu- Diqoé leor résolution aux chefs des trois compagnies qulls avoient en garnison, envoyèrent qoatre députez vers le prince Maurice , et fut tintexploicté, que le 31 la composition fut arrestée, et, ce mesme jour, le prince mit dedans la ville quatre cents hommes, et, le vlngtdenxiesme, le sieur de Gheleyn , les capitaines Snater et Jean de Verden , sortirent avec leurs compagnies , les enseignes desployées , avec leurs hardes et bagages , et fiirent conduits Ju»qat$ aoprès de Grave. Les habitans , qui eurent lihaste de composer, perdirent Texercice libre de la religion catholique-romaine, et celle des calvinistes ou prétendue reformée y futestablie. Les églises, qui y estoient très-belles et bien ornées, se virent incontinent vuides d'images ^ de reliques et d'ornements.
Le comte Philippe de Nassau fut mis gouverneur dans ceste ville avec une garnison de six compagnies d'infanterie et de deux de reistres. Le cadavre du colonel Martin Scenclc, dont nous avons parlé cy dessus en Tan 1589 , et dit qu'après s'estre noyé en voulant surprendre Nnaicghe il fut mis en quatre quartiers sur les remparts de ceste ville, et que depuis il Ait mis en nne bière dans une tour , à la requeste du oarqQis de Varambon , fut après ceste réduction ^terré dans la grande église. En la pompe fuoebre militaire qui loy fut faicte, le prince Maurice y assista, suivy de tous les colonels et calitalnes de son armée , et de touts les magisrats de la ville de Numeghe. La reddition de "^e vide fat ie comble des heureux succez in'eat le prince Maurice en ceste année; car, près qu'il y eut donné Tordre requis , il s*en etourna avec son armée passer les froidures de byver en Hollande.
Le roy d'£8pagne , qui avoit jette tous ses csseins sur la France, et eroyoit estre Imposble de trouver une si belle occasion pour s'en oQvoir rendre le malstre qu'en ce temps-icy, à nise de la division des François , ne laissa rien erriere pour prendre ceste occasion par les che- HiY.Nousavonsditqu'ilavoitfaitleverplusieurs oupes en Italie , qu'il avoit mandé au duc de irme qu'il entrast en France avec les gens de lerre quUI avoit en Flandres , et qu'il lalssast i Pays-Bas avec plus de senreté qu'il pourroit. itre ces deux choses , il avoit encor donné ore à deux autres qui ne luy réussirent selon a désir. La première , il avoit fait lever en Es-