‹ Chronologie novenaireChapitre 24 sur 62 · LIVRE QUATRIESME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIESME

[1593] Si en lisant les livres précédents il ne s'y Toid que morts, assassinats, massacres , revoites de peaples , batailles , prises et roynes de Tilles, Je sais encores contraint de continuer d'escrfre ceste misérable malice du temps es années suy vantes.

Au commencement de ceste année mourut la royae douairière Eiizabeth , vefve du roy Ghar- IfsfX. Ceste royne a esté en son temps i'exem* pie de pieté et de charité. Après la mort de sa Me ooique qo^elle eut dudit roy Charles, elle se retira de la France et s'en alla à Vienne en Austriche, car elle estoit flUe de Tempereur Maximilian, et soeur de Rodolphe à présent eneores régnant , où elle fit bastir un monastère de religieoses proche son hostel , auquel elle pouvoit entrer sans estre veué , et là vescut Jusques à a mort comme religieuse, en veilles, Jeusoes et coDtiDuelles prières pour la paix entre les prioocs chrestlens. Les aumosues et œuvres de charité qu'elle fit durant qu'elle fut en France, doouereut occasion à plusieurs pauvres d'en regretter son partement. Du depuis son veufvage elk Ait recherchée en mariage par le roy d'Espagne , mais elle n'y voulut entendre. Après sa aN>rt le Roy assigna sur le Bourbonnois dont elle Jouyssoit pour son douaire, celuy de la royne Loyse de Lorraine, veufve du roy Henry 111, ii OQ ceste Royne, qui estoit aussi un miroir de sidncteté et de modestie , ainsi que nous avons diten nostre histoire de la paix , alla peu après laire sa demeure, et où elle mourut dans Moulins. Le 16 de ce mesme mois de Janvier mourut aussi le duc Jean Casimir, de la maison des comtes iniatîns du Rhin , administrateur du Palatinat , et curateur de son neveu Frédéric , fils de son Crere Loys , eslecteur et comte palatin. Ce prince ^it de la religion de ceux que Ton appelle en Fraooe prétendus reformez, en Angleterre puitaios, et en Allemagne calvinistes ou protesians reformez. Aucuns des luthériens alemans , [Qi sont ministres suivant la confession d'Ans- )ourg, que les calvinistes, leurs ennemis mords , appellent martinistes à cause que Luther ^appellott Martin , ne furent point faschez de «ste mort ny de celle du duc de Saxe qui mouut sur la fin de l'an passé , comme nous avons

dit , et prescherent mesmes que Dieu les avolt délivrez de deux grands tyrans des consciences. Ils s'attendoient que Richard, duc de Simmer, grand oncle dudit prince eslecteur Frédéric, deust avoir l'administration du Palatinat, et qu^il deust faire restablir la confession d'Aosbourg de laquelle il estoit, et changer Testât de la religion en ces pays-là, ainsi que l'eslecteur Loys son neveu Tavoit faict aprè|la mort de son père en chassant les calvinistes et y mettant les luthériens, et comme avoit faict ledit duc Ca« simir si tost quMI fut pourveu de radmioistia« tion du Palatinat, d*où il osta la confession d'Ausbourg et y restablit la protestante reformée, lyais il en advint tout autrement; car, bien que l'Empereur eust conféré l'administration du Palatinat audlct duc de Simmer, les estats de tous les pays dudict prince Frédéric son petit neveu s'y opposèrent , et soustindrent que leur prince estoit en aage compétent pour les gou« verner, ayant dix-huict ans passez , et qu'il devoit administrer le Palatinat son patrimoine, et TEslectorat quand et quand , suivant les privilèges octroyez par la bulle d'or de Pemperenr Charles IX aux princes eslecteors de l'Empire. Le duc Richard , ne se contentant de ces raisons, voulut user de la force, et se saisit de quelques bailliages au haut Palatinat. Le Jeune prince eslecteur Frédéric se mit en armes contre son grand oncle. Tout s'en alloit porter droict à la guerre ; mais les princes voisins firent tant qu'ils les accordèrent. Par cest accord le duc Richard remit les pays donl il s'estoit emparé entre les mains du Jeune prince eslecteur. Ainsi le calvinisme fut continué au Palatinat, et ce trouble qui y estoit advenu après la mort dudit duc Jean Casindr fut appaisé.

Ce duc tut durant sa vie fort affectionné à ceste religion, et fut un temps qu'il s'attendoit d'estre déclaré protecteur de ceux de France , où il avoit amené à leur secours par deux fois deux grandes armées. 11 en mena aussi en Flandres au secours du prince d'Orenge , et un autre au secours de l 'eslecteur arche vesque de Cologne Truchses qui s'estoit déclaré de ceste religion. Les armées qu'il amena en France, sans combattre , furent en partie cause de deux

CHtlONOLOGlÉ NOVENÀIIB DE PALM A CÀYET. [1592]

edfcts de pacification; mais celles qu'il meoa aux Pays-Bas et en Tarchevesché de Coulogne furent sans grand effect , et ne put empescher que Truchses ne fust privé de son archevesché.

En ce mesme mois de Janvier mourut aussi , à Duysseidorp, Guillaume , duc de Cleves et de Juilliers, aagé de septante six ans.

Depuis que ce prince ce fut raccommodé avec Fempereur Charles le Quint , ainsi que nous avons dit cy-dessus en parlant que la princesse Jeanne d'Aibret luy fut promise en mariage , et qu'il eut espousé sa niepce fille de Ferdinand y demeura tousjours prince fort pacifique en ses pays : toutesfois sa femme et luy ont tousjours esté troublez eu leurs entendements et paroles ; comme a esté aussi son fils unique le duc Jean , qui avoit en premières nopces espousé une des filles de la maison de Bade , ce qui a causé beaucoup de désolation en tous leurs pays pour les prétentions dea ducs de Prusse et des Deux- Ponts , gendres dudit duc Guillaume , de religions contraires à la catholique romaine , et de rarchiduc Albert , qui , craignant avoir des voisins aussi de contraire religion , y envoya Fadmirant d'Arragon avec une armée, ainsi qu'il se peut voir au premier livre de nostre histoire de la paix.

Nous avons dit Tan passé que le pape Innocent IX estoit mort. Le 30 janvier de ceste année, les cardinaux esleurent le cardinal Hypo- Ilte Aldobrandin, Florentin de nation, qui avoit esté dataire du pape Sixte Y et auditeur de la rote , lequel se fit nommer Clément huictiesrae. Ainsi qu'avoient feict les deux derniers papes Grégoire et Innocent , il embrassa la cause de ceux de Funion en France, ausquels, par son nonce Fevesque de Yit^rbe qu'il y envoya exprès, il promit secours d'hommes et d'argent, et y confirma le cardinal Sega en sa légation. Lltalie , FEspagne et l'Angleterre furent tranquilles en ceste année. L'Allemagne eut quelques remnêments; mais la France, la Flandres et la Hongrie furent merveilleusement affligées de guerre ; et principalement la France.

Nous avons dit Fan passé que le duc de Parme, après avoir conféré à Bruxelles avec les ambassadeurs de l'Empereur qui vouioient practiquer un accord entre le roy d'Espagne et les Eslats des provinces confédérées , s'achemina pour entrer en France suivant le très- exprès commandement du roy d'Espagne, et, d'autre costé, que le duc de Mayenne, après avoir donné ordre à Paris sur ce qui s'estoit passé touchant le faict du président Brisson , se rendit en haste à Soissons, et y pour traitter plus particulièrement avec ledit duc de Parme du secours qu'il desiroit

donner à Rouen, il en partit en di]{gaiee,et le vint rencontrer à Guyse. A leur première otre-veuë ils ne traicterent et ne parièrent que de la guerre et du secours de Rouen ; mais, au second logis qu'ils firent, qui fut à La Fere, les deux ducs adviserent de donner charge à lean confidents de traicter ouvertement de Fioteotioa du roy d'Espagne. Le duc de Mayenne se fia de cest affaire au président Janin, et le doc de Parme au président Richardot et à Diego d'Ibarra. Le roy d'Espagne, ne se souveDaDtplos de la déclaration qu'il avoit iaicte en mars fan 1590 , en laquelle 11 avoit protesté , devant Dieu et ses anges, que tous les preparatiis qu'il faisait pour la guerre de France n^estoient que pour le repos des bons catholiques sous Fobeyssaocede leurs princes légitimes , fit proposer la particularité et le secret de son intention , qui estoit que sa fille FInfante fust receuê an premier grade et déclarée royne de France. A quoy ledit sieur président Janin leur dit que l'on y pourroit entendre moyennant que pour ceste fois on rompist la loy salique, avec condition que ladite Infante dans un an se mariast avec i'adusdes princes et officiers de la couronne et estats de France; plus, que, pour ce faict là, il enfaodroit traicter avec les ducs de Lorraine, de Guise, de Nemours, de Mercoeor, et autres princes , gentils-hommes, capitaines et gouverneurs des places, les satisfaire et le récompenser en choses de ce royaume et avec quelques deniers en don , pour conserver par ce moyeo ceux qui estoient du party catholique, etpoor attirer du party contraire quelques nobles ; aussi qu'il failloit que dez à présent ils declarasseat et asseurassent quelle assistance Sa lUajestô Ci* tholique bailleroit pour les affaires de deci i madame FInfante estant faicte royne, attends que, sans une subvention , en deux ans oncoasumeroit huict millions d'or , et mesmes que ïçi ne pourroit rien faire sans une assemblée des estats.

Les Espagnols ayants répliqué piusieoiscboses sur la première proposition de la réception de l'Infante et de la commodité que les François ei reccvroient, Richardot dit qu'il seroit tou^oois très-bon de remettre le tout à la volonté de Sa Majesté Catholique , et que tous les François catholiques dévoient avoir assez de certitude qu'il ne manqueroit de leur donner assistance et ayde en prenant pour leur royne sa fille Fiafaute , veu que Jusques icy , sans qu*il y «* un gage si cher , mais le seul zèle do service de Dieu et la conservation de la saincte foy envers )0 catholiques I il avoit despendu tant de millioii^ Quant à Fassemblée des estats, qu'ils sçavoieo^

GHBONOLOGIB TfOTENAIBB DE PAttfA. CAYBT. [1502]

\Âm qae ron les avoit aocusezde Tavolr ihicte difftrerjnsqiiMàpreseDt, qa'iUvoyoientbieiiqa'eUe estoit nécessaire, mais qu'il y ftdiloit ^re re* aMdre ce q«e Sa Majesté GathoUque desirerolt.

A qnoy ledit sieur président Jauin respmidit que le faict des estats estoit un access<^re9 eomme aussi ce qa*o& acoorderoit avec les princes et la noblesse qui devodt seulement servir de couleur pour l^^mer ce qui seroit dès à présent eonimvL entr'eux , attendu que les estats ne seroient composez que de personnes qui feroient la volonté du duo de Mayenne sans en sortir nulle* ment. Voyià ce qui se passa en ceste 'première assemblée , de laquelle d'Ibarra donnant advis au roy d^Espagne , il luy manda dans sa lettre, eserite de Nesie le 12 de Janvier : t Je cognois clairement que les princes et la noblesse ont inteaiion d'estre seuls en ce mimiement pour tirer plus de commodité de Yostre M^esté, et qu'en diflerant l^assemblée des estats, ce n'est que pour estendre d'avantage l'autborité et domination que de May^ne a pour le jourd'buy , dont il ne fiiot douter qu'il ne luy fasche fort de s'en deschai^r. » Tel estoit Tadvis d'Ibarra.

Après eeste première assemblée il s'en tint une autre entre le duc de Mayenne et le presi* dent JaniD d'une part y et le duc de Parme , Riehardot et dlbarrade l'autre, où, ayant esté rapporté ce qui avoit esté proposé à la première, le doc de lifoyenne dit qu'il estoit nécessaire de différer ce qui se pretendoit de la part de Sa Ma- J^té Catholique, mais que le moyen pour en faciliter un bon succez estdt d'avoir beaucoup d'argent pour Cligner les volontez de plusieurs qui y seraient concurens , et récompenser et sa* tisfaire aux princes et à la noblesse. Surquoy Biebardot luy dit : o Monsieur, proposez ce que vous estimes qu'il fiaudra faire avec un chacun, car y pour œ qui sera Juste et raisonnable , il y aura de l'argent assez ; mesmes , en ce que M. le duc de Parme ne pourra resouldre sans avoir eu advis de Sa Majesté Catholique , l'on le fera avoir avec teUe diligence que vous en s^rez content » Alors M. de Mayenne répliqua : t Je suis d*advis que Monsieur [parlant au duc de Parme] ikce une assemblée devant luy de messieurs de VaudeoQont, de Guise et de Chaltgny, et qu'il leur communique l'intention de Sa Majesté Catholi* que. • Ceste parole mit fin à ceste seconde assemblée. Dlbara, en l'advis qu'il en donna au roy d'Espagne , dit que le duc de Mayenne sortit de ceste assemblée avec lamesme tiédeur que fit le président Janin.

Sur l'advis du duc de Mayenne , le duc de Parme alla de son quartier à La Fere, où il assembla les trois princes de la maison de Iant-

raine cy dessus dits , qui estoient les seuls princes de cette maison qui pour Tiieure estoient ea l'armée de l'union , ausquels il dit que l'intention du roy d'Espagne estoit que l'on esleust le piuatost que faire se pourroit un roy catholique , et leur fit une grande remonstrance sur les droicta de l'infante d'Espagne, et s'estendit beaucoup pour leur vouloir donner à entendre plusieuif obligations que la France avoit au Roy son mais* tre, et parUculierement toute la maison de Lorraine. M. de Mayenne, qui se trouva aussi em ceste assemblée , respondit au duc de Parme qu'il sçavoit la bonne volonté qu'avoient lesdits trois princes de suivre celle de Sa Mig'esté Catho* lique, qu'il leur en donneroit pins de clarté, leur speciiieroit en particulier les matières , et qu'il leur rendroit compte de tout. A quoy les susdite trois princes de la maison de Lorraine ne respondirent rien.

Le 18 de Janvier ils s'asssemblerant encore» pour traicter des matières dessusdites. Dlbara, par sa lettre qu'il escrivit au roy d'Espagne sur ce suliject , luy manda : « Il y eut hier une assemblée du président Janin et de M. de La Chastre, avec Ricliardot et moy, sur les mea« mes matières qu'on a commencé de traicter; et ce qu'on y a introduit M. de La Chastre a esté pour asseurer le duc de Guyse que l'on ne traietoit aucune chose à son préjudice , car les suspicions sont fori; vives parmy eux. »

Pour mieux cognoistre ce qui se passa ez dernières assemblées qu'ils firent pour ce subject , J'ay mis icy la lettre qu'escrivit le due de Parme au roy d'Espagne en mesmes termes qu'il l'a eserite , préjugeant que le lecteur cognoistra asseï qu'il entend parier du roy Très-Chrestien quand il parle de de Bearn.

« Afin de passer plus avant sur ceste negettotion et désir que J'ay de pouvoir donner queque lumière à Yostre Majesté de ce que je pourrois descouvrir , J'ay retenu long temps ceste despeche au moyen des discours qui se sont passez il y à quatre Jours entre le président Janin et M. de La Chastre, députez du duc de Mayenne pour traicter de cest affaire avec don Diego de Ibarra et le président Richardot , qui par mon commandement s'assemblèrent avec eux. Or les deux vindrent à se déclarer, et esperoient que l'on pourroit introduire quelque discours sur la loy salique pour ceste fois, eacores qu'ils ne l'osentasseorer pour lesdifQcultezqui sçavent qui se présenteront pour traverser cest affaire, comme estant de telle importance et nouveauté qu'un chacun scalt , iUsant nommer la serenlssime Inftote pour royne souveraine de ce

CHBONOLOGIB NOYSNAIBB Dl PÀLtf CAYST. [1693]

royaume , avee condition qo^elle y viendroit résider dedans siz mois , et de là à autres six elle se marleroit selon i*advis des conseillers et mi* nistres de la couronne , disant que lors qu'elle parviendrolt À ce point qui est d'estre royne souveraine , qu*elle pourroit peut estre choisir tel mary qu'il luy plairoit sans ce que personne s'y pust opposer ; adjoustant à ces conditions qu'il iaudroit continuer les k>ix et coustumes de ce royaume, et de les conserver en son entier, et qu'il ne faloit prétendre de mettre des gouverneurs et des garnisons aux places d*autre nation que de la leur, et, puis que le royaume estoit divisé , qu'il n'y avoit apparence de pouvoir si tost ny si fiicilement chasser le de Bearn bien puissant comme il est, ny appaiser les autres qui se voudroient opposer h ceste resolution ; que, devant toutes choses, il estoit nécessaire que Vostre Majesté despendist dans le propre royaume, premièrement ils dirent hulct, puis après ils vindrentà monter à dix millions, pour le moins en deux ans, affln d'appaiser et asseurer le royaume , et le réduire du tout k rol>eyssance de la serenissime Infante , et que la despense de ces deniers se fist par les officiers et ministres du royaume , à la forme et manière qu*ils ont accoustumé, adjoustant, pour corroborer leurs raisons, qu'estant cette déclaration faicte, la porte leur est du tout serrée pour se pouvoir Jamais plus accommoder avec le de Bearn, ny parler d'aucun autre expédient, et leur semble, pour parvenir à ceste fin, que, moyennant iesdits dix millions que Ton despendra en deux ans , lesquels commenceront dès-lors que la serenissime Infante sera déclarée pour leur royne, et non auparavant, ils feront un grand effect. Outre ce , ils concluent qu'il est force de s'accommoder avec ceux qu'ib appellent princes , et avec les gouverneurs des provinces en particulier et plusieurs autres de la noblesse , tant de ceux qui suivent le party que de ceux qui suivent le party contraire , qui se voudront réduire, attendu que par le moyen de ceux-cy on doit prendre et establir l'affaire en l'assemblée des estais , car autrement on ne le sçauroit faire par les moyens que nous prétendons, et que ces princes et les bien affectionnez de la noblesse désirent : nous disans librement que , pour y parvenir et gagner ces volontez , il faudra une grande somme d'argent, qui toutesfois sera desdoite desdits dix millions, outre les charges, proprietez et récompenses qu'on leur fera dans le propre royaume , lesquels aussi ils disent qu'il faudra modérer, pource qu'il ne seroit raisonnable qu'elles fassent telles qu'elles divisassent TEstat, qu'ils prétendent plus que Jamais conserver en

son entier , et le font ainsi entendre toutes et quantesfois qu'il vient d'en parler.

i Lesdits dom Diego de Ibarra et Bichaidat ont respondu à ces propositions ce qui leur a semblé convenable, et particulièrement cp'il ne falioit douter qu'engageant Yostre Majesté n fille en ce royaume , Yostre Majesté ne la vosdroit abandonner Jusques à ce qu'il itet eatierement réduit, comme il est raison, piiiiqs'à présent , sans autre dessein particulier, sIood le gênerai de la conservation de la religion et Mes de la chrestienté, Vostre Majesté despesd, comme ils sçavent très bien , peu moins de «{oitre millions par an; que, partant , ils se pourroient bien tenir asseurez pour les deei premières années de la royauté de la sereniasIiM Infante , et que, voulant venir à ceste promesse, on croit qu'aussi peu voudroient ils obliger Yostre Majesté qu'elle mist en leurs maios toote ceste somme à la fols , mais qu'on la fournira à mesure qu'on la despendra; dequoy il semUe qu'ils se devraient contenter , aussi bien que dei huit millions qu'ils proposèrent au eomroeoeement , et non aux dix sur lesquels ils s'arrestereot. En fin ils demeurèrent sur ce qu*ils dirent quMIs me feroient response de ce discours et sur ce qui s'estoit proposé entr'eox pour leur doQMr laresolotion que justement on leur devoit bailler, et est ainsi qu'ils me la donnèrent hier eo pre* sencede Jehan Baptiste de Tassis, qui, au mores de ce que Je luy avois escrit est revenu de Bruxelles icy ; et , pour ce que c'est un affoire depoidi et considération telle qu'on peut estimer, non demeurasmes un peu pour y bien penser et le résoudre tard ; car, l'ayant bien regardé, coisidéré et pesé avec toutes ses circonstances d dépendances, nous fusmes unanimement d'opi* nion qu'il ne failloit, en quelque sorte que es fhst , leur fiiire cognoistre que nous n'avons noie charge de pouvoir passer avant et conciant ceste négociation sans nouvel advis de Vostic Majesté, attendu les Inconveniens qui en peuvent réussir , desquels le différer l'asserobléedei estats en est le moindre , comme il semble qv'ûi veulent faire. Neantmoins ils les tiendront, quelque dilatlon qu*il y ait, et ne sont encore ée moindre Importance que les propos de la paii qu*ils tiennnent tousjours en estât qui, par l' moyen des mauvais instrumens que de MayeDU a prez de soy , se pourroit faire lors que moisi nous y penserions; outre ce , l'ombrage etsosp' çon qu'ils ont de Yostre Majesté , de (quelques potentats , et Toplnion que plusieurs du royaume se sont imprimez que Yostre Majesté prKendoft plustost par le moyen d'une longueur miner l^ dit royaume , et par ce donner occasion â la di*

CHBONOLOOIB NOYBlfÂIBB DE PALMà CAYBT. [t503]

Tision. De sorte que n*ayant, comme Je n*ay , aaeua advis de promettre ceste somme pour Yostre Majesté, et qu'il faut se résoudre premièrement sur tout sans lascher de la maiu le discours de la serenissime Infante ma maistresse , qui est ce que pour ce fait nous pourrions désirer, nous concittsmes qu'il se rassembleroientce jourd'buy , et avec eux Jehan Baptiste de Tassis , et que, sans promettre ny refuser la somme de huit millions, on poursuivroit l'affaire, leur disant que puis qu'on a commencé de parler de cecy , qu'il faut venir au point de la prétention des princes et des autres particuliers de la noblesse, avec d'autres pretensions s'il y en a, afin d'accderer l'assemblée desdits estats, et parvenir, moyennant Tayde de Dieu , à la bonne fln qu'eux et nous prétendons de cest affaire , estimant que pendant que nous en traitterons et de la seureté des deniers que l'on doit despendre , outre ce qui a esté employé pour le bénéfice de la couronne, et de la seureté de la serenissime Infante ma maistresse , lorsqu'elle sera mise dans le propre royaume, et qu'il sera meilleur que la somme qu'ils prétendent soit employée , comme elle est à présent, en une armée estrangere et avec des François, et non le tout par leurs mains; qu'il y aura moyen d'avoir response de Yostre Majesté avec déclaration de sa royale volonté sur ce point ; mesmement l'on ne doit venir à l'exécution jusques après le fait de la serenissime Infimte, pour laquelle il semble que ladite somme seroit biea employée, veu que Yostre Majesté, sans aucun gage en main , a bien despendu tout ce qu'un chacun sçait , et peut estre luy en faudra despendre autant pour n'abandonner ceste saincte cause, sans aucun autre interest particulier. Lesdits Jean Baptiste de Tassis, dom Diego de Ibarra , et le président Bichardot, s'en allèrent avec ceste resolution au quartier du duc de Mayenne , et s'estans assemblez avec les susdits M. de La Ghastre et président Janin pour guider Tafffaire de la sorte que nous l'avions conclu ; mais cela ne servit de rien , pour-ce qu'ils leur respondirent que , traicter des particularitez et des pretensions, ce seroit un affaire trop long, et qu'il ne s'y falloit arrester qu'au préalable et devant tout on n'eust conclu le point des millions sur lequel on devoit fonder le reste, qui estoit i'eslection de la serenissime Infante pour leur royne. Estans retournez à moy avec ceste response, ores qu'ils fussent d'advis que je ne pouvois refuser de faire la promesse au royal nom de Yostre Majesté pour lesdits quatre millions pour les raisons susdites et plusieurs autres qu'on peut bien entendre , et nous obligent à ne différer ceste resolution pour estre

i. c. D. M. T. xrr.

néanmoins l'affaire si grand et de telle importance et si fragile , n'estant bien séant qu'un serviteur prenne la hardiesse d'offrir chose quelconque qu'il ne soit au préalable bien asseuré qu'elle sera aggreable à son maistre, je leur dy que, puis que nous estions sur nostre partement, ils pourroient s'assembler le jour subséquent , qu'ils pensassent bien ce que je leur disois , afin que tous eussions meilleur moyen de penser aux frais et au service de Yostre Majesté. Et nous estans attendus Tun l'autre, et chacun y ayant pensé de son costé pour parvenir à nostre intention et satisfaire à nos obligations, après avoir bien pensé et repensé sur les inconveniens qui adviendroient s'ils sçavoient que nous n'avons pouvoir de le conclurre, etsçachant la response que Yostre Majesté fit faire au président Janin , par laquelle j'estois asseuré de vostre royale volonté , et touchant avec les mains que , par faute d'y condescendre, on pourroit non seulement effacer l'affaire de la serenissime Infante en tout point, mais aussi tomber en mil inconveniens sans estre asseurez de voir exclus le de Bearn de ceste couronne, mais, qui plus est, nous l'establirions ; or , en une affaire si précise et contrainte , nous avons, d'un commun consentement, fait élection du party qui nous a semblé meilleur pour toute la chrestienté et le royal service de Yostre Miyesté , présupposant qu'elle recevroit plus de dcsplaisir, après avoir tant travaillé et employé tant d'argent et respandu tant de sang , qu'on vins! à perdre de tout poinct une affaire de telle importance , nous ayant esté offert ce qu'ils prétendent, puis que pour l'un, estant une fois rompu, il n'y avoit plus aucun respect , et pour l'autre , ne l'ayant Yostre Majesté agréable, il sera en sa main de le refuser sans consentir ny venir à ce qu'ils proposent et offrent. Et ainsi nous avons conclu , non de leur offrir l'argent net , mais jusques à vingt mil hommes de pied et cinq mil chevaux estrangers payez par Yostre Majesté , avec l'artillerie , vivres et attirail, et douze cens mil escus à la disposition de la serenissime Infante ma maistresse, pour un an , affin d'entretenir ceux du royaume qui nous sembleront propres, taschant auparavant de les contenter de seize mil hommes de pied et quatre mil chevaux , et d^un seul million en deniers pour ce que dessus, afQn qu'ils se contentent de ceste assistance pour un an seulement, et y faire toutes les diligences qu'on pourra sms rien rompre ; et quand on ne pourra mieux faire , et pour ne venir à un poinct si pernicieux comme est celloy de la perte de toute la chrestienté , nous sommes aussi résolus de nous estendre jusques aux deux ans qu'ils prétendent,

CHUONOLOGIB NOYBHAllI Dl PAUIA CAYXt* fU9f]

perslstans toutefois à ce qn*il y ait une armée estraogere entretenue par Vostrc Majesté , ponf ce qu'il nous semble que , pour plusieurs respects, il le faut ainsi , afin que plus promptement nous appaisions les choses du propre royaume , et pour plus grande seureté de la serenissime Infante ma maislresse lors qu'elle entrera et résidera ; surquoy , et sur le remboursement de l'argent despendu et qui se despendra , et les autres poincts qui concernent ceste matière > on les traictera par le moyen desdits Jean Baptiste de Taxis , dom Diego de Ibarra , et président Richardot , avec le soin , diligence et autorité que Vostre Majesté peut se confier de chacun d'eux, et de moy qui vous suis tant véritablement obligé sujet. C'est donc à ceste heure à Vostre Majesté à se résoudre en cest affaire , et à nous commander faire la nécessaire prévention et provision , tant d'hommes que d'argent , afin qu'elle s*en ensuive , sans oublier quelques sommes particulières pour les extraordinaires, lesquels sans doute seront très grands, et pour les volontez qu'il faudra secrettement et séparément gaigner , et aussi ce qui sera nécessaire pour les Pays Bas, pour leur entretenementet conservation, à quoy il faut aussi pourvoir; et, se résolvant Vostre Majesté d'«mbrasser ceste negotiation et ceste ehrestienté par le chemin que proposent et prétendent le duc de Mayenne et ces François , il me semble , selon mon petit jugement , que, sus toutes choses , on ne doit manquer d'un seul poinct de ce qu'il leur sera promis, et qu'il n'y ait aucun retardement, tant h pourvoir ce qui sera nécessaire et conclurre en ces affaires, puis qu'avec ces humeurs , quelque que ce soit de ces deux choses peut non seulement prejudicler, mais la destruire sans espoir de la faire Jamais revivre.

» Car, ores que Je voye bien que pour parvenir à nostre intention se présenteront une milliasse de difficultez , et telles que ce sera plustost une grâce de Nostre Seigneur de les vaincre que non d'industrie humaine, et par ainsi il semble que la crainte surmonte l'espérance d'y pouvoir parvenir, toutesfois, s'ily a moyen aucun, c'est celuy de la particularité et célérité en tout, et, les cognoissans comme nous les cognoissons, nous qui sommes icy, nous hastons le plus que nous pouvons la convocation et assemblée des estais , et tout ce qui nous semble plus propre à ceste fin.

t Et d'autant quMt n'y a doute qu'ils voudront voir le pouvoir que nous avons de Vostre Majesté pour conclurre l'affaire, comme de raison, Je supplie Vostre Majesté de l'envoyer au plustost à celuy qu'il vous plaîrra pour conclurre et

mettre fin , à ce que nous ne detiNariotis pi faute de l'avoir au plus beau du cbetnio, car je crains fort qu'ils le nous demandent devant l'assemblée des estais et sur le point de declantin que nous prétendons qu'ils feront en faveur de la serenissime Infante ma malstresse, veu qvc ils sont si curieux en toutes leurs choses : et cer tes il y aurolt du danger de dire qu'il n'y en a point encores, et que d'autre part nous prêta* dissions leur donner toute satisfaction.

» C'est à la vérité une affaire grave et degraol poids , et qui a esté , est et sera de grands frais, lesquels pourveu qu'ils ne passent les hniet millions en deux ans qu'ils prétendent qu'il rnoo* tera pour appaiser la tyrannie, nous nous pourrons contenter. Et quant à mol , Je crains (pi en faudra davantage et pour plus long-tempi. Mais d'autre part, venant à considérer qu'il s'en ensuivra que la serenissime Infante sera déclarée royne propriétaire de ce royaume, qui est ce q« Vostre Majesté prétend et désire, et que, oomoe il semble, il luy vient si bien à propos, non sen* lement pour le propre royaume et la religion es* tholique en gênerai , mais aussi pour les royan* mes et Estats de Vostre Majesté en particulier, cela me fait estimer que l'on doit prendre cœat d'aider et procurer de passer outre en ces ai&ira le plus promptement que fhire se pourra.

a J'ay esté très-ayse que Sa Saincteté se soi! résolue de faire cardinal i'evesque de Plaisance et qu'elle l'ait déclaré son légat en ce royaume pour les raisons que J'escry partictilierement une lettre qui sera avec celle cy , pource que doute il aydera avec toute célérité à faire su der nostre affaire comme nous prétendons; mû^ ayant présentement entendd, par un coorrle du duc de Sessa qu'il m'a depesché le 3o A passé , la mort du bon pape Innocent qui si bi entendoit ces affaires , et si prudemment les got doit , Je confesse qu'il m'a mis en un grand cy, non tant pour le regard de ma maison pi l'affection qu'il luy portoit, comme pour le S0 vice de Vostre Majesté sur ce que nous avons main , et pour toute la chreàtienté , puis que par son sainct zèle chrestien et prudence, ' il estoit doué , on peut présupposer qu'il faict de bons effects.

• ie dy bien que ceste perte nous oblige d'at celererplas que Jamaiscest affaire, et condesca dre plus facilement à ce que proposent et prêtes dent ces François, afin que, si le sort tombe sa quelqu'un qui n'entende ces affaires comme k deux papes passez , il nous trouve si avant etj bien establls en iceluy, qu'il ne puisse empei cher nostre l>on succez. J'espère en Dieu qulll nous donnera l>on et fort conforme à son salD(

CHBOMOLOGtB NOVBNAIBB DB PALMA CAYBT. (l592|

Service I à celay de VoBtre Miyesté qui loy est si conjoint , et qui aura commaDdé faire les pre- Tentions nécessaires , et telles qu'on peut espérer de son sainct zele, etc. De lilums ee 1 8 Jan- Tier l59Si »

VoyIÀ ce que mandoit le due de Parme au roy d'Espagne touchant la négociation qui se traictolt pour faire l'infante d'Espagne royne de France. Quelques autres lettres forent aussi surprises : dans les unes ledit duc de Parme demandoit audit sieur Hoy provision d'argent , et qu'il ne se failloit fier d'en pouvoir recouvrer sur la place d'Anvers , pour le grand nombre qu'il en ûûlloit, tant pour ceste négociation que pour Tentretenement des gens de guerre en Flandres et en France. « Je ne sçay, dit-il ^ ce que ce sera de nous, ny comme nous pourrons faire vostre royal service en aucun lieu , puis que le tout sera exposé au beneGce de la fortune, et que, sans un évident miracle , il n'y a point d'apparence d'obtenir ce qui se prétend avec nul bon SQCcez. i

D'ibarra dans ses lettres faict les mesmes plaintes, et advertit ledit sieur roy d'Espagne que le payeur gênerai de l'armée avoit baillé cent trente deux mil escus à M. de Mayenne d'une part, que la seule paye de l'armée du duc de Parme se monteroit à cent vingt mil escus d'autre part, et qu'il en failloit bailler encor onze mille an duc de Mayenne; tellement que ledit payeur gênerai de l'armée, qui avoit apporté deux cent cinquante huit mil escus, ayant foumy ces sommes, le duc de Parme demeureroit sans argent, t Car ces François , dit il , en la proposition de Teslection de madame l'Iofante, fànt tousjours l'affaire diilQcile y et le remède , de Fargent. »

Or, nonobstant le manquement d'argent, il y avoit aussi des Jalousies entre les ducs de Parme et de Montemarcian. Gelluy-cy vouloit précéder cestuy-là, et monstroit une lettre escrite de Rome au mois d'aoust , portant commandement an nom de Sa Saincteté de précéder le Parmesan, ainsi qu'il avoit esté conclu à la congrégation de France à Rome , à cause qu'il estoit gênerai de l'armée qu'envoyoit le Sainct Siège , et le duc du Parme ne l'estoit que du roy d'Espagne. Il y avoit toutesrois bien de la différence entr'eux deux , car le Parmesan estoit un vieux et expérimenté capitaine, n'y ayant point d'apparence ny de raison qu'il deust permettre qu'un qui n'avolt jamais mené vingt chevaux à la guerre le deust précéder, veu mesmement que toutes ses toupes ne montolent plus qu'à cibq cents che* vaux et trois mille Suisses. Montemarcian, pour

suivre le commandement qu'il avoit recen de Rome , n'alloit point voir ne conférer avec le Parmesan que rarement , encor c'estoit de noict , et s'en retournoit tout aussi-tost de peur d'of fen* cer sa qualité : ce qui continua entr'edx , et mesmes, quand ils marchèrent en corps d'armée , la bataille fut conduitte par les ducs de Mayenne, de Parme et de Montemarcian y ainsi qu'il sera dit cy- après.

Il y avoit aussi de grandes jalousies entre le duc de Mayenne et le doc de Guyse : ce que letf Espagnols entretenoient tout à propos pour afin que le neveu servist d'un contrepoix à i*oncle , ainsi que d'ibarra le manda au roy d'Espagne. Le duc de Parme fit mesme bailler audit duc do Guise dix mille escus en deux fois à fin de l'attirer à soy vre la volonté dudit Roy.

Toutes ces choses se faisoient fort accortement par les ministres d'Espagne; mais les royaux, qui surprenoient tousjours quelques uns de leor^ pacquets , les envoyoient au Roy, et trouvolt-on moyen d'en faire tenir les copies au due de Mayenne, et quelques-fois on luy en a faict voir les originaux. On luy fit voir celle d'ibarra dans laquelle ces mots est oient : t J'ay faict toutes les diligences que bonnement j'ay peu faire sans chausser aucune jalousie à de Mayenne qui éa prend des moineaux qui volent. » Ceste formé d'escrire n'estoit pas bien séante à un homme d'Estat tel qu'estoit Ibarra.

Mais en un autre il y avoit : t SI le doc de Mayenne, comme il doit et dit, est résolu qu'on face ce que Yostre Majesté commande , il ne devroit estre marry qu'on raist Vostre Majesté en possession de quelque place sous quelque couleur qui puisse estre. Partant, j'ay dit au duc d6 Parme qu'il seroit bon traicter secrettement avee quelques gouverneurs d'icelles pour gaigner eé que Ion pourroit. » Geste-cy estoit contre l'authorité absolue que ledit sieur duc avoit en son party, et de ce qu'il avoit faict jurer à tous les gouverneurs en particulier « de ne conférer avec les Espagnols, ny les favoriser, que par Sa licence et selon son instruction. »

En un autre il y avoit : a Et encores que nous ouvrions tard les yeux , je pense qu'il seroit bien fait de renforcer l'armée de sorte que le de Beara se retirast et ne peust empescher ce que l'on intenteroit , envoyer aussi quelque somme d'argentàpart pourmoyennant ce gaigner les volontez , et non par les midns de de Mayenne , mais par celles du capitaine gênerai de Vostre Majesté , Ou des ministres dont elle sera servie , pour mettre le pied aux places d'importance par intelligence ou par force. • Voyià une belle charité espagnolle.

CHBONOLOOIB NOVBNAIBB DB PALMÀ CÀYET. [159SJ

En voicy une aatre : c On a opinion qoe le de Mayenne n'est hors de se conserver avec le de Bearn, et qu'il 8*y attend , et M. de Yilleroy y estoit sor cela quand nous vinsmes de Paris ; mais je ne le puis croire du duc , ores que Je confesse qu'il me scandalize, voyant la jalousie qu'il a des personnes qui traictent avec le duc de Parme et les autres qui sommes icy, et qu'il void estre affectionnez au service de Vostre Majesté , et estre si ardent À son interest qu'il préfère tousjours à tout le reste. »

Geste jalousie des personnes qui traictolent avec le duc provenoit à cause des Seize de Paris, de ceux du Cordon d'Orléans , du maire Godin de Beauvais, et autres de ceste faction qui solicitoient pour avoir des garnisons espagnoles. Voicy ce que dlbarra en mandoit audit roy d'Espagne : t II est nécessaire de renforcer promptement la garnison de Vostre Majesté, de telle sorte que les politiques de ladite ville de Paris de la garnison françoise qui y est pour de Mayenne ne puissent opprimer les catholiques en quelque occasion de révolte , ny traitter à se remettre à de Bearn , et envoyer particulièrement garnison à Orléans puis qu'ils la demandent, et demonstrent la mesme bonne dévotion au service de Vostre Majesté les catholiques qui y sont que ceux de Paris , et sont avec le mesme soupçon que les politiques ne leur facent un mauvais tour, aydez des mesmes conseillers qui firent le dommage aux autres. • \ C'estoit tacitement taxer ledit sieur duc de Mayenne de l'exécution qu'il avoit faict faire le 4 décembre Tan passé ; mais on luy fit voir ceste-cy aussi pour luy monstrer l'intention des Espagnols, t Par ainsi j*ay dit au duc de Parme qu'il face instance avec de Mayenne à ce qu'il assemble les estais; mais, comme c'est celuy qui les doit convoquer, il pourra en cela ce qu'il voudra si on ne luy baille quelque autre trait, en quoy j'employeray et mettray le soucy que Je doy au service de Vostre Majesté. •

Quand le roy Loysunziesme voulut faire hayr le connestable de Sainct Paul au duc Charles de Bourgongne, il fit ouyr au sieur de Contay, serviteur dudit duc, ce que les agents dudit connestable disoient de son maistre et comme ils le mesprisoient : ce qu'il faisoit afin qu'il le luy reportast , pour faire naistre une haine mortelle entre ledit duc et le connestable. Aussi les royaux avoient soucy de faire veoir au duc de Mayenne en quelle estime les Espagnols letenoient, en luy monstrant les lettres que les ministres d'Espagne rescrivoient de luy au roy leur maistre, afin de luy faire cognoistre le peu d'occasion qu'il avoit de se fier en ceste nation. D'Ibarra, rescrivant

audit roy d'Espagne sur ce que le due de Mayenne avoit fait pendre quatre des Seize, dost ils disoient que la cause en estoit, non pour avoir faict mourir le président BrissoD, mais pour ce qu'ils avoient escrit ceste lettre au roy d'Espagne dont nous avons parlé cy-dessos. i Li faute en doit estre , dit-il , au soucy qu'on prend de surprendre les pacquets. • Et le doc de Mayenne mesmes, en la lettre qu'il envoya a« roy d'Espagne pour response aux calomnies qoe le due de Ferla avoit escrites de loy, ainsi que nous dirons en son lieu, la commence perces mots : « Sire, J'ay receupar les mains des anemis la copie, puis l'original, d'une lettre et adrâ du duc de Ferla à Vostre Majesté, plaines d'injures et mesdlsances contre moy, qa*ils m'ont envoyé et fait voir, non pour me faire plaisir, mais pour m'exciter, par le tesmoignage de li mauvaise volonté qu'on me porte au lien d'où Je dois espérer mon appuy et secours, à chercher ma seureté vers eux. • Ainsi, par la snrprl&edes pacquets d'Espagne, le Boy entretenoit le dae de Mayenne en desfy et soupçon avec llspagnol, et luy faisoit on cognoistre le peu de profit qu'il en pouvoit tirer puis que mesmes le roy d'Espagne avoit ordonné que ce fussent sa payeurs qui payassent les gens de guerre dodit duc, et que l'on ne luy baillast plus l'argent entre ses mains ny à son thresorier. L'estat auquel les affaires estoient au commencement de ceste année fit que pour un temps toutes ces jalousies et desfiances demeurèrent couvertes, n unanimement s'accordèrent pour aller stmm Rouen en attendant rintention du roy d'Esps gne sur les propositions cy-dessus dites. Voyou tout d'une suittc ce qui se passa en ce siège.

L'an passé nous avons dit comme le sieur A Villars avoit donné l'ordre requis pour deffendn Rouen , et comme le Roy avoit logé tonte soi armée aux environs, et que l'exercice en laqiKfi s'employoient les assiégez journellement estoit faire des sorties.

Plusieurs ont escrit que si le mareschal de B ron se fust logé à son arrivée entre la ville et fort, qu'il eust faict un grand service an Bo) et eust pu s'en rendre maistre , mais que faute donna loisir au sieur de Villars de se cognoistre, qui mit dedans le vidl fort le ca taine Bois -rosé, lequel, à la veuè deT royale , y fit travailler avec telle diligence jm et nuict jusques à quinze cents personnes, qn> moins de trois semaines il le fit munir et (anA de tous costez.

Sur la lettre que le Roy avoit envoyé par n héraut dans Rouen à ce qu'ils eussent à le reeof noistre et luy rendre l'obeyssanoe qu'ils loi ^

CHBONOLOGIB NOVBNAIRS DE PALMA CAYBT. [1592]

voient, sinon qa*H seroit contraint de tenter la forée et se servir des moyens que Dieu lay avoit mis en main » assemblée de ville se tint , OQ, le 2 décembre, fat respondu de boache audit héraut qu'il dist à son maistre qu'ils estoient toQs résolus de plostost mourir que de recogoobtre un beretique pour roy de France, et qu'ils n*avoient moins de cœur à soustenir leur antique religion que les calvinistes à soustenir leur hérésie.

En la procession générale qui y fut faicte depuis Feglise Nostre Dame Jusques à celle de SalnctOuèn, où le sieur de Yillars, gouver- Mur, toutes les cours souveraines et la Maison de Ville estoient, Tevesque de Bayeux dit la grande messe , et le pénitencier de i*eglise de fioQéa fit une prédication interprétant ce texte de rEscrItore : Noliiejugum ducere cum infidelibus, à la fin de laquelle il fit lever la main à tous les assistant et protester de plustost mourir que de recognoistre le Hoy ( qu*ii nommoit ileory de Bourbon , prétendu roy de France). Eo ceste procession il y avoit trois cents bourgeois, tous pieds nuds, avec cbacun un flambeau de cire blanche , et , au devant d'eux , un estan- «iard où il y avait un crucifix : ceux-cy marcboient les premiers, puis les suy voient quinze ceots jeunes enfans , tous vestus de blanc.

Il y eut en ce commencement de siège beauoo*jp de brouillements en ceste ville , car il y avoit aussi des catholiques zelez qui se mesfioient dodit sieur de Villars, et disoient que luy et Tabbé J^esportes s*entendoient avec le Boy , et fondoient leur dire sur ce que ledit sieur de Villars avoit eu du duc de Mayenne le gouvernement de Bouéo comme par force, pource que, quand il «î ta pourveu , ç*avoit esté pour ce qu'il estoit nioQté du Havre de Grâce avec une galère et i|uiQze vaisseaux armez en guerre dans lesquels I^ y avoit bien quinze cents soldats » mille des- <IQels il avoit faict descendre et cabaner à une petite isle à la portée du canon de Booen , ce <pi fut la cause du voyage qu'y fit le duc de Mayenne en juillet 1591 , où arrivé, et ayant conféré avec le vicomte de Ta vannes, lieutenant pour Tuoion en ceste province, Tevesque de Rosse, escossois, suffragant de Bouen, le pre- ^dent de La Porte et le sieur de La Londe , Rehaut ce qui estoit à faire pour appaiser ledit sieur de Villars, il envoya un gentil-homme le trouver pour sçavoir quel subject il avoit eu de venir en armes si près de Bouen. Villars fit res- Pouse que Ton l'avoit trompé de toutes les promesses qu'on luy avoit faictes , et, jugeant qu'on ne luy ferait pas mieux à i'ad venir , estoit venu 1^ * d'où il ne partirdt point si on ne luy don-

noit le gouvernement de Bouen et la lleutenance générale au gouvernement de Normandie, et que si M. de Mayenne ne luy accordoit cela , qu*il se rendroit du party royal. Ce qu'ayant esté rapporté audit sieur duc, il fut contraint de se resouldre de luy donner tout ce qu'il demandoit, et prendre le plus d*asseurance de luy qu'il pourroit pour afin qu'il demeurast ferme au party de Tunlon. Ce que dessus , proposé par quelques catholiques zelez , et sur un advis qu'ils eurent de la practique qu'avoît eu ledit sieur abbé Desportes avec le docteur Bellanger , ainsi que nous avons dit , fut occasion de faire comme une es^ motion populaire devant le logis dudit abbé , et faisoient courir un bruit que deux evesques du party royal estoient entrez dans la ville desguisez , et traictoient avec luy pour rendre la ville au Boy parle consentement dudict sieur de Villars , et qu'il falloit les mettre tous deux dehors la ville. Ce bruit estant trouvé faux, ceste esmotion fut incontinent appaisée. Le succezdes sorties et escarmouches leur fit peu après changer d'opinion.

Cependant tout cecy les royaux mirent deux canons à la coste de Turinge et deux à la plaine du tort, et commencèrent à tirer tellement qu'il fut impossible à ceux du fort de travailler plus le jour à desoouvert. L'on a escrit que si le mareschaldcBiron l'eust plus-tost fait faire, comme il pouvoit, il eust empesché la fortification du fort, et le siège n'eust tiréenla longueur qu'il fit.

Le sieur de Bois-rozé, qui estoit dans le vieil fort, fit une sortie avec cinq cents soldats qu'il sépara en trois troupes , ce qu'il fit en plain jour sur les deux heures après midy , et donna si furieusement qu'il fit abandonner aux royaux les deux premières tranchées , et les contraignit de se retirer vers le canon, où ils firent un gros pour venir aux mains. Bois-rozé les envoya encor attaquer par deux cents des siens, lesquels d*abordade firent quitter la troisiesme tranchée aux royaux ; mais ils en furent rechassez si chaudement qu'ils n'eurent plus d'envie d'y retourner. Cependant le baron de Biron arriva avec la cavalerie et l'infanterie qui estoit logée au Mesnil^ ou , après que la tranchée fut gaignée et regaignée par deux fois des uns et des autres , il fit faire une si rude charge qu'il contraignit Boisrozé de songner à saretraicte; mais, comme Bois-rozé voulut faire emporter le corps d'un soldat qui avoit esté tué auprès de luy , et ne le laisser en la possession des royaux , ledit baron, qui vit ce soing de faire emporter ce corps, fit faire une charge où ils s'y opioiatrerent tous si bien que ce corps fut pris et repris par cinq fois ; mais Bois-rozé fut enfin contraint de le quitter.

CHB0N0L061B MOVBNAIHB DB PALMA GAYBT. [169S]

ayant Itiy-inesme recea une harquebnzade qui liiy avoit emporté tous les os de la jambe gauche , et fit sa retraicte au pas , faisant tousjours combattre ses soldats, allaut sur une jambe, appuyé sur deux des siens , jusques à ce qu'il fust sur le bord du fossé. Il y eut en ce combat quantité de blessez de part et d'autre , mais toutesfois plus des assiégez que des assiegeans. Du depuis Bois-rozé fut mené dans la ville pour se Adre plus aysement penser , là où il médita la grande sortie dont nous parlerons cy-dessous , et en sa place fut mis le chevalier Picard.

Le capitaine Boniface fit aussi peu après une sortie par la porte Cauchoise sur lesieur de Sainct Denis Mailloc , qui s'estoit voulu accommoder de Teglise de Sainct Gervais presque desmolie et ruinée. Geste sortie fut faicte si promptement et légèrement qu'il demeura cent ou six vingt royaux sur la place , et les autres furent contraints de se retirer aux corps de garde de la vallée d'Yonville et au mont aux Malades.

Plus , dans Rouen on fit esquiper en guerre quelques petits bateaux et barques , lesquels tous les jours butinoient , tantost d'amont vers Le Pont de l'Arche , tantost d'aval vers Gandebec, emmenans quelquesfois des bateaux chargez de foins, avoines, morues et autres munitions, d'autresfois des prisonniers et des bestiaux.

Le 37 décembre , le sieur du Rolet , ayant practiqué avec Langonne; lieutenant du capitaine Marc , qui commandoit auehasteau du bout du pont de Rouen , pour le faire introduire dans ledit chasteau , l'intelligence estant double , tramée et continuée à dessein par le sieur de Villars, fût pris prisonnier par Langonne, qui, feignant aller parler à luy , et luy ayant donné assignation de se trouver seul auprès des Emmurées, y alla; mais Langonne, ayant fait mettre quinze soldats dans l'une des caves des maisons ruinées qui estoient là , sortit du chasteau avec un soldat , tous deux armez de jacque de maille. Le sieur du Rolet, qui se fioit en sa parole, ayant laissé quelques siens harquebusiers sur la ruyne d'une muraille des Emmurées, s'advança pour parlera luy. Se saluans, Langonne, pensant se saisir de du Rolet et l'empoigner au collet, ne put. Du Rolet , jugeant de son intention , tira son espée et luy en donna d'un revers pensant luy couper la teste , mais il rencontra la jacque de maille qui destouraa le coup. Aussi-tost l'embuscade sortit de la cave, et tous ensemble se jetterent sur ledit sieur du Rolet , le saisirent et emmenèrent dans le chasteau , et de là dans Rouen , nonobstant les efforts que firent les siens de tirer des harquebuzades de dessus la muraille

des Emmurées. M. de Villars le fit Bsettre prisonnier dans le vieil Palais. Gecy doit servir d'exemple à ceux qui veulent faire de telles entreprises , de ne se fier jamais que les plus forts à leurs ennemis.

Villars , qui se doutolt aussi des politiques qui estoient dedans la ville , par le conseil de l'abbë Desportes , practiqua un advocat nommé Mauclerc, qui contrefaisant le royal les hantoit, et les mit en délibération de quelque entreprise pour le service du Roy. Il feignit si bien d'estre royal que Ton luy descouvrit une entreprise qui se devoit faire sur la porte Gauehoise par laquelle ondevoit faire entrer les royaux. Un huissier des comptes , un procureur et un sergent de la compagnie du capitaine Saturnin, estans accusez par luy , furent pris , et , après avoir esté apliquez à la torture, furent pendus et estranglez le samedy 4 de janvier par arrest de la cour, laquelle, pour faire craindre àl'advenir ceux qui voudroient entreprendre quelque chose, fit ausçi publier par tous les carrefours de Rouen un antre arrest du T janvier , en ces mots :

i La cour a faict et foict très-expresses inhibitions et deffences à toutes personnes , de qudque estât, dignité et condition quMls soient, sans nul excepter , de favoriser en aucune sorte et manière que ce soit le party de Henry de Bourbon , ains s'en désister incontinent, à peine d'estre pendus et estranglez.

• Ordonne ladite cour que monition générale sera octroyée audit procureur gênerai , nemine dempto, pour informer contre tous ceux qui favoriseront ledit Henry de Bourbon et ses adherans ; et, d'autant que les conjurations apportent le plus souvent la ruine totale des villes où telles trahisons se commettent , est ordonné que , par les places publiques de ceste ville et principaux carrefours d'icelle , seront plantées potences pour y punir ceux qui seront si mal-heureux que d'attenter contre leur patrie, et à ceux qui descouvriront lesdites trahisons , encor qu'ils fussent complices, veut ladite cour leur delict leur estre pardonné , et outre ce leur estre payé la somme de deux mille escus à prendre sur l'Hostel de Ville.

• Le serment de l'union faict le 22 janvier 1589, et confirmé par plusieurs arrests , sera renouvelle de mois en mois en l'assemblée générale qui pour cest effeet se fera en l'abbaye Sainct Oôen de ceste ville. Est enjoint aux habitans de l'observer inviolablement de poinct en poinct selon sa forme et teneur, à peine de la vie, sans aucune espérance de grâce.

• Enjoint très-expressement ladite cour à tous

CUJIOIlOLOeiB MOVfiHAlU Dl PALMÂ CAYET. [1603]

ki bahitafis d^obeyr an tieur de Villan , Ueute- DantdeM. Henry de Lorraine en ce gonverneoent, eo tout ce qui leor sera par lay commandé pov la conservation deceste ville, comme aussi aox soldats entretenus par ladite ville qui seront taud'obeyr promptement aux mandemens dudit fieor, à peine de la vie.

I Faiet à Ronen , en parlement , le 7 janvier i^sa.

Signé de La Coustubb, »

Voyià les procédures que tint Villars pour se raidre maistre absolu de Rouen.

Le dernier Jour de l'an les royaux eommenœreot leur batterie contre le vieil et nouveau ibrt avec eue pièces de gros canon estant rangez en la plaine Salncte Catherine, et trois autres placées au bois de Thuringe , et continua ceste batterie depuis une heure après midy Jusques à cinq heures du soir , sans faire beaucoup d'exploiet.

Le premier Jour de l'an la solemnité de Tordre da Sainct Esprit se fit dans Teglise de Demetail, là où. par le commandement du Roy , M. le nareschal de Riron , comme le plus ancien des dievaliera qui se trouva en ceste cérémonie , donna Tordre à M. Tarchevesque de Rourges et à M. le baron de RIron son fils.

Le troisiesme Janvier , les royaux , pensant au ehangement du guet surprendre le vieil fort , firent entrer dans le fossé, par trois divers endroieti, de quatre k cinq cents soldats, et tuèrent ou prirent prisonniers tous ceux qui y cstoieot qui leur résistèrent , et se firent maistres d'un petit logis prochain d*one casemate ; mais , nr les hulet heures du matin , le capitaine La Ritriere-Harel sortit du vieil fort, entra dans le fossé, et en fit sortir les royaux , où plusieurs demearerent.

Le lendemain arrivèrent à Groisset , sous la eondaitte du comte Philippes de Nassau , plusieurs vaisseaux de guerre de Rolande dans lesquels il y avoit trois mil hommes de pied, entre lesquels estoit la compagnie des gardes du prince Maurice , avec huict canons et quelques coule- Trines et beaucoup de munitions de guerre , qui estoltle secours qu'envoyoient au Roy les Estats des provinces confédérées , lesquels, h leur arrivée , tirèrent Jusques à cinquante coups de canon pour saluer la ville. Les historiens holandois disent qu'estans arrivez devant Rouen , ledit comte y prit son quartier , et se retrancha à la foçondes Pays-Ras, et y eut volontiers fiiict telle gtierre qu'ordinairement se faict es sièges de villes andlt pays , sans y espargner son canon V'U fit Jou€r d'une voilée ou deux en ruine sur

la ville y mais que cela fut pris en mauvaise part par le mareschal de Riron , mafstre de l'ost, qui le luy envoya deffendre ; dont ledit sieur comte ne fut pas trop content , et ne se soeut tenir qu'il n'en dîst quelque mot de travers.

Les Jours suivans ce ne furent à raccoustumée qu'escarmouches et canonades tirées d'une part et d'autre. Le treiziesme dudit mois, vingtsept vaisseaux de guerre, tant navires que heuz, approchèrent du vieil palais, et tirèrent quelques quatrevingts coups de canon contre la ville; mais, ayans esté aussi saluez dudit vieil palais et du l)oulevard de la porte Cauchoise , ils se retirèrent un peu plus loing vers Groisset, pour ce que l'un d'iceux fut percé à eau d'un coup de canon tiré du vieil palais.

Depuis ce temps il ne fut fiiict grand explolct, fors que de tirer les uns sur les autres à la manière accoustumée, le canon se faisant ouyr des deux costez. Il y avoit tousjours quelques escarmouches où de part et d*autre quelqu'un y demeuroit.II ne se passa un seul Jour ny une seule nuict que ledict sieur de Villars ne montast de la ville au fort Salncte Catherine ; bref, il usa durant ce siège d'une telle vigilance et soin, soit h commander et ordonner à chacun ce qu'il devoit faire, soit à faire penser et medicamenter les soldats blessez , donnant à chacun de l'argent selon son mérite, qu'il gaigna tellement le cœur des gens de guerre , qu'il estoit entièrement obey. Il demanda au chevalier Picard et aux capitaines Perdrier et Jacques qui estoient dedans le fort s'ils vouloient avec leurs troupes se rafreschir dans la ville , mesmes il y fit monter le capitaine Roniface avec son régiment afQn de prendre leur place ; mais , comme ils estoient gens de guerre et soldats , ils ne voulurent en sortir pour ce que c'estoit le lieu le plus attaqué et où ils esperoient acquérir de Thonneur , tellement que tous ensemble y demeurèrent.

Les royaux , voyans que leur canon ne Ihisoit telle exécution qu'ils desiroient , firent eslever les terres en quelques lieux en forme de cavalier afûn de donner droict au pied des corps de garde dressez dedans le vieil et nouveau fort, ce qui fut faict si promptement que le Jour mesme il y en eut dix ou douze hommes de tuez ; mais le sieur de Villars pour y remédier usa de telle diligence à faire travailler nombre de pionniers, qu'il fit dresser une espaule haute , suffisante et massive assez pour arrester les balles et la furie du canon. S'il eust esté attaqué en une petite place il n'eust pas peu faire cela, mais en une grande ville, où on ne manque point de gens pour travailler, cela luy estoit facile; car, comme disoit le feu admirai de Cbastillon ; les

CHBONOLOGIB NOVBIIAIBS DB PALMA CAYET. [1S93]

grandes villes sont fournies de tant d'hommes qu'elles sont ordinairement les sepultares des armées , et principalement quand il y a des gens de guerre dedans.

Le vingt'Sixiesme dudit mois, les lansquenets qui estoient dans les Capuehins sortirent aussi pour escarmoucher les royaux Jusques aux trenchées et barricades qui estoient vers les Chartreux. Après qu'ils eurent tiré quelques barquebuzades , ils se virent en un Instant comme enveloppez de trois cents hommes de pied et de deux cents chevaux, ce qui les fit songer à leur retraicte , les uns vers les Capuehins, les autres, plus chaudement poursuivis, passèrent la rivière d'Aubete , et entrèrent dans la prairie ; mais , aussi-tost quePalarme futdonnée , ceux du mont Saincte Catherine sortirent pour les secourir si à point , les uns donnans en teste aux royaux, les autres donnans en flanc , qu'ils empescherent de poursuivre plus oultre lesdits lansquenets. M. de Villars y accourut aussi au bruit de Talarme, accompagné de nombre de cuirasses, ayant donné ordre que le sieur de La Londe assemblast le plus de gens de cheval et de pied qu'il pourroit, et le suivist ; mais , si tost qu'il fut arrivé hors la barricade des Capuehins, ayant veu que quelques-uns des siens s'estoient advancez pour secourir le jeune Brebion dit Plumetot, abbatu de son cheval d'un coup de mousquet voulant les rallier près de luy , picqua droict à eux ; mais il se vid incontinent entouré par de la cavalerie royale où il se trouva en grand danger et poursuivy de prez par un cavalier, et y fust demeuré sans le secours que luy donna le jeune baron de Mailloc et autres gentils-hommes et capitaines qui te sui voient, lesquels, en combattant, la plus-part d'eux , aux despens de leur vie , luy donnèrent moyen de faire retraicte vers le gros des siens qui d'autre costé aussi estoient aux mainsavec les royaux, et estoient si bien mesîez, tant cavalerie qu'infanterie , que le cheval dudit sieur de Villars fut tué sous luy ; mais, soudain remonté , et la cavalerie de la ville estant venue , il la rengea en quatre escadrons , et se prépara de combattre à la faveur du canon qui commençoit à tirer , quand le baron de Biron , qui conduisoit les royaux , vo^'ant qu'il estoit tard , fit sonner la retraicte ; car ce^te escarmouche et combat dura depuis mtiy jusques à quatre heures et demie. I^ sieur de Villars y perdit cinq de ses capitaines et plusieurs soldats. Du costé des royaux il en mourut nombre , et ledit iMiron eut aussi son cheval tué sous luy. Tout le reste de ce mois de janvier se passa en canooades qui se tiroieul de part et d'autre y avec tousjours quelques escarmouches qui se faisoient

à la porte Cauchoise, vers Sainct Sever , et en d'autres endroits.

Le 3 février le chevalier Picard , estant an vieil fort , fut blessé d'une balte d'artillerie à la cuisse , dont il mourut quatre jours après , bien qu'il fu»t pensé fort soigneusement par le sienr de Bailleul , gentil-homme du pays de Canx. Beaucoup de ceste maison des Bailleuls ont esté très-experts en l'art de chirurgie, et mesmesâaas Paris, pour le grand soulagement qu'ils y ont donné à plusieurs impotens ; encores à présent, quand quelqu'un s'est demis quelque membreou qu'il a la jambe rompue , l'on dit par commnn proverbe : // le faut mener au Bailleul, tant ces personnages ont esté souverains et chantablés en l'art de chirurgie. Ledit chevalier Picard fut enterré après sa mort dans l'abbaye Saincte Catherine.

Ceux de Rouen devindrent si coustomlende faire des sorties et aller à l'escarmoudie de ienr propre volonté, que le sieur de Villars fit estroictement deffendre d*en faire plus sans son oonsentement. Les royaux aussi pour la seconde fois s'estaus logez dans le fossé du vieil fort , et couverts d'aiz et clayes plastrées etcouvertesde terre et gazon à ce que le feu n'y pust pénétrer ny les oflfènser , ne laissèrent d'en estre deslc^ le 8 février par un grand nombre de feux artificiels qui furent jettez par dessus le parapet du bastion regardant le bois de Thuringue, etieor falut encor abandonner de nouveau leur logis, ce qui ne se fit sans que quelques-uns n*y demeurassent.

Cependant que toutes ces choses se pasaoieot devant Rouen , le Roy eut advis que le doc de Parme estoit arrivé à La Fere , ainsi que noos avons dit, et qu'il avoit amené avec luy dix mille hommes de pied et trois mille chevaux , et sestoit joint avec les troupes du duc de Mayenne. composées de quinze cents chevaux et de quatre à cinq mil hommes de pied , et aussi avec les troupes de Sfondrate, duc de Montemarcian,qni avoit encor trois mille Suisses et cinq cents ckvaux , lesquels tous ainsi assemblez faisoient un corps d'armée de cinq mille chevaux et dix-tinict mille hommes de pied.

Les ducs avec leur armée s'acheminèrent à Peronneou,auconseilquiy fut tenu de ce qu'ils dévoient faire, George Baste fut d'advisqn'ilf*^'' loit surprendre le Roy» ayant opinloa que l'armée royale devant Rouen estoit petite , et qne plusieurs se seroient retirez en leurs maisons a cause des fatigues de l'hyver , et par ce n^yen qu'ils feroient aysement entrer du secours dan^ Rouen.

Le duc de Parme inclinoit àoest advis; tontes-

CHRONOLOGIE NOVSNAIBE DE PALMÀ CAYBT. [tô9S]

Mb il ne Alt rien délibéré sur cela pour ce qn*i1s M 5ça?oient au vray quelles estoient les forces da Roy ; et , pour ce que le succez du secours qii*ils vouloient doQoer à Rouen dependoit de Toccasion qui s'en presenteroit, ils firent advancer leur armée de ce costé-Ià.

Le Boy , qui desiroit luy mesme les recogDoJstre , estoit party du siège de Rouen avec qoinie cents cuirasses et quinze cents argoulets, et marcha avec telle diligence qu'auparavant que les ducs eussent aucune nouvelle de luy , il ealera le quartier du doc de Guyse qui estoit à lear avantgarde , lequel fut pillé, et y eut nombre de prisonniers et de morts.

Gest exploit fut cause que le duc de Parme fit depuis marcher son armée en bataille de peur des surprises que le Roy eust pu faire , n'ayant a?eelQy que de la cavalerie. Il départit doncques 800 infanterie en trois escadrons : les deux premiers marcboient de front , mais de telle sorte qu*il restoit un grand espace entre les deux, tellement que le troisiesme , qui les suivoit , en un besoin se fîist pu ranger au milieu des deux autres. Il mit au devant de ces escadrons, par manière d'avantgarde, quelques compagnies d*harqnebusiers à cheval. Les chariots de Farmée narchoient à la file , tant à droict qu*à gauche des escadrons de rinfanterie. Entre les chariots et l'infanterie marchoit le canon. Après les chariots suivoient deux bandes de cavalerie qui marchoient sur les aisles , puis un gros hot de cavallerie qui servoit d*arrieregarde.

En ceste ordonnance l'armée des ducs s'achemina à Aumale pour y venir loger. Le Roy aussi y pensoit faire son logis. Les coureurs de part et d'antre s'y rencontrèrent et commencèrent l'escarmouche. Le Roy, qui se vid si près de ion ennemy avec forces du tout inégales, sans aucune infanterie ny sans canon, fit mettre pied À terre à deux cents harquebuziers à cheval que l'on appelloit en ce temps-là dragons , pour Tamuser tandis qu'il feroit passer ses troupes au âeià d'une petite rivière quMl desiroit mettre entre eux et luy. Cependant que la cavalerie royale Psasoit sur un pont le Roy falsoit luy mesme la retraicte. Le duc de Parme , avec toute l'armée estant en bataille, ne voulant rien faire dont on lepust accuser de témérité , et ne croyant point <|ue le Roy se fust là acheminé avec si peu de ! forces, falsoit ferme , et , sans y penser , donna au Roy ce bénéfice du temps pour la retraicte <IuH falsoit; mais, l'ayant recognu un peu ^rd , il fit faire une charge si rude aux dragons qui avoient mis pied à terre , que peu se sauvèrent : le Roy mesmes en ceste charge receut un coup d'barquebuze au défaut de la cuirasse , qui |

luy brusia sa chemise et luy meurdrit un peu la chair sur les reins.

Sa Majesté ayant passé de là le pont, et rengé en ordre toute sa cavalerie , le duc de Parme ne voulut s'bazarder de passer l'eaa, tant à cause de la nuict qui estoit proche, que pource que ce pays est montùeux et plein de bols où il n'avoit Jamais passé. Du depuis il alla prendre Aumale , qui ne fut pas seulement saccagé et pillé, mais presque ruyné et destruit.

Sur ceste rencontre plusieurs discours furent faicts. Le Roy estant retourné à Dernetail , le marcscbal de Biron , Jaloux du salut et de la santé de son prince, luy en tint de grosses paroles , luy reroonstrant que ce n^estoit point aux roys de France à faire les mareschaux d'armées. Sa Majesté print tout ce que l'on luy en dit de bonne part.

Or le Roy avoit mis dans la ville de Neuf-chastel M. de Givry avec la cavalerie légère, qui pouvoient estre trois cents bons chevaux. Le duc de Parme , ne voulant rien laisser derrière luy qui \\\y pust empescher ce qu'il pretendoit faire pour le secours de Rouen , et principalement en sa retraicte, s'il en avoit besoin , ou au secours qui luy pourrolt venir de La Fere, là où il avoit mis la plus-part de ses munitions de guerre , résolut d'avoir ceste place qui estoit et de nature et d'art fort foible et sans aucuns remparts. Le 1 1 février, qui estoit le Jour de mardy gras ou caresme-prenant , il y fit acheminer eu un instant toute l'armée et son artillerie. M. de Givry , sommé , quoy qai\ eust commandement exprès de Sa Majesté de se gouverner avec dextérité en cest affaire , suivaut foccasion , et de ne perdre point en ceste place les troupes qu'il luy laissoit en sa conduite , fit response qu'il tenoit la place pour le roy de France et non pour le roy d'Espagne. Sur ceste response le duc de Parme , estimant que cela luy estoit faire un affront, sçachant bien que M. de Givry cognoissolt bien la foiblesse de Neuf-cbastel et la puissancede son armée, fit battre de furie ceste ville, résolu d'y faire donner l'assaut et de la forcer. M. de Givry, se voyant mener si rudement, jugea qu'il faiioit parler de composition, ce qu'il fit entendre au duc de Parme , lequel fit semblant de n*y vouloir entendre : toutesfois il commit cest affaire au sieur de La Motte, et le doc de Mayenne à M. de La Chastre, beau-pere dudlt sieur de Givry , lesquels accordèrent ceste composition à la charge que ledit sieur de Givry et tous ses gens de guerre sortiroient tous avec leurs armes et bngages. Pour ce jour, à cause de la proximité de la nuict, ceste composition ne put venir à exécution. Le lendemQin,dez le ma

GUONOLOOU aOVBKIAIBI Dl PÀLMÀ CAYET. [UHdJ

tin , ils observerait les uns et les autres ce qu'ils avolent promis. Les Espagnols, voyant sortir eeste cavalerie qui estoit très-belle et en bonne eonicbe , se repentirent de la composition, et eurent envie de ne la pss garder ; mais la foy de leur gênerai et les seigneurs fraoçois qui estoient en eeste armée fureut Foccaslon qu'elle fut observée , de peur aussi que cela ne tirast ji conséquence.

Ainsi M. de Givry sorty de dedans Neuf-cbastel , le gouverneur de la ville , qui s'estoit retiré au cbasteau , n*ayant voulu entendre à aucune composition sur le peu de seureté qu'il Jugea estre pour iuy À cause de quelques paFticuliers ennemis qii'il avoit en l'armée des ducs , qui Iuy nettoient à sus qu'il estoit de ceux qui avoient tué feu M. de Guise à Blois, se prépara à se deffendre, et les ducs à l'assaillir, et principalement le duc de Parme, lequel, fascbé de eeste résistance , qu'il appellolt témérité , fit travailler incontinent à la mine et k la sappe , fit dresser ses batteries et tirer si furieusement que la brescbe estant faicte 11 vouioitdonner l'assaut, quand, par le moyen de quelques entremetteurs, Taccord de la reddition fut arresté à condition que ledit gouverneur seroit conduit en lieu de seureté ; mais Il fût , ce dit l'historien Gampana, ucciso da poi eh' accompagnato da buona scortafu condotto sieuro à confini pcUutii (1).

Depuis eeste reddition de la ville et cbasteau de Neuf-ohastel les ducs s'advancerentjusques à sept lieues près de Rouen ; mais, advertis que le Roy estoit à cheval pour les recevoir, il tindrentplusieorsconseilssurcequ'ilsdevoientfaire. Or, aux choses de la guerre, les resolutions secrettes sont les plus seures guides pour venir à une heureuse fin de ce que l'on désire faire. Les ducs voyoient bien en effect qu'il n'y avoit point de moyen lors de secourir Rouen en aucune façon, quelque volonté qu'ils en eussent. Ils firent courir divers bmits, tantost d'assiéger Diepe pour feire divertir eeluy de Rouen : ils allèrent mesmes loger & Bomervllle; mais, sur leur irresolatioo , le 27 février , ils receurent la nouvelle de la sortie que ceux de Roiien avoient faicte. Geste sortie, pour avoir esté la plus mémorable qui se soit fiiicte durant ces dernières guerres, est digne d'estre icy recitée un peu au long.

Nous avons dit que quand le capitaine Bois- Fozéfut blessé à la Jambe gauche, à la sortie qu'il fit du vieil fort, qu'il se fit conduire dans la ville pour se faire mieux penser , et qu'attendant le temps de sa guerison il meditoit comme

(f) n fut taé après avoir été conduit soas bonne escorte au lien coof enu.

Il pourroit faire quelque digne exploitritostqsl pourrait monter k cheval , et qu'il travailkxit ée l'esprit puis qu'il ne pou volt rien faire du eorpi. Or Journellement , depuis sa blessure , il envoya une barque de dix-sept à dix-huict toonesoi, esquippée en guerre, fiiire des courses sur la ri» viere, qui Iuy ramenoit tousjours quelques prises. Par le moyoi de eeste barque il faisolt docendre quelques soldats, gens advises, à deux oq trois lieues de Rouen , qui , feignans estre de l'armée du Roy , s'y en alloient rendre, rccagnoissoient quels régiments entrolent en garde aux tranchées, combien de compagnies, qvd nombre de soldats il y avoit à chacune d'îeellei, quelles troupes estoient logées aux plus proches villages , et quelle quantité d'hommes il y poavolt avoir. Ils travaillèrent tant en plosleon voyages qu'ils y firent, retoomans too^ors avec la barque [car ils sçavoient le lieu et le tCDpi qu'elle ies devoit reprendre], qu'ils rapportereit audit Rois-rosé Testât au vray de l'armée dn Roy , Jusques au nom de tous les capitaines et officiers des compagnies, et le lien de tons leon logements.

Rois-rozé, sur leurs rappcuts, ayant formé m dessein en soy-mesmes de eeste sortie, et rayant prémédité assez long-temps, sort du lict, se Met monter à cheval , et va trouver le sieur de Villars qui estoit à disner au vieux palais , leqail il trouva sur le pont-levis sortant pour aller àioa logis. Yillars , voyant Rois-roxé , loy dit :

« Je m'estonne de vous voir icy en l'estatcih quoy vous estes ; vous de vries vous tenir aa lict Jusques à ce que soyez guery . s Rois-rozé lay fit responce : « Le désir que J*ay de vous eommaniquer un dessein que J'ay en l'esprit me lait oublier mon mal affin d'en pouvoir resouldn avec vous : si vous voulez ensaivre mon conseil, et me faire l'honneur de le croire, je vous feraj faire le plus brave et généreux acte qui fot jamais faict en eeste place assiégée. •Viliars,qai avoit toute sorte de créance en Iuy, et desiitoi de foire quelque acte signalé pour accroistren réputation, le print par la main, et Isy dit: « Mon aroy , il ne tiendra pas à moy qne aetesions quelque généreux explolct; j'ay liicttoat ce temps passé plusieurs desseins et résolu de les exécuter, mais J'en ay estétoosjoursdestoo^ né par mes capitaines, s Rois-rozé iuy dit: « G'est à ce coup que vous ne les debvez croire, et tenez pour tout asseuré qu'il n'y a qne M seul qui peut destourner ce dessein , et crois fermement qu'il le permettra , car , ezecotant ce que Je désire , proposez-vous que Torage seul tumbera sur les huguenots. Monsienr, depiA qne J'ay esté blessé J'ay faict toutes sortes de di-

CHBOnOLOOIE NOVSIIAIIB DK FAUU CAYBT. [1692]

ligmees poor apprendre les nouydles de Testât derarmée, et ay faict en sorte que J'ay en un «tat aa vray du nombre des hommes qui y sont, ft particulièrement de eeux qui entrent en garde aux tranchées , combien de régiments entrent ea garde chacun Jour, quel nombre de compa* gnies, et quelle quantité de soldats y a à ehacone; en voilà mesme l*estat que je vous baille, voyez-le. t Yillars le print et le leut. Bois-rozé Ion iuy dit : « Tout cela vous peut il pas asseurer de faire une sortie sur vos ennemis, tuer, prendre et razer toutes les tranchées , prendre et ealever les canons des batteries, acte qui ne s'est jamais ftdct par des assiégez? t Villars se print à rire, et loy dit : t Mon amy , ostes vous cela de l'esprit; t comme voulant dire : Cela ne se peut faire. Bois-rozé Iuy dit encor : « Monsieur, je le feray. Si vous vous résolvez à faire demain one sortie, la faisant, Tescarre tumbera sur les régiments huguenots de Pilles et Boisse qui entrent ce soir en garde , et ne peut avoir en eeste garde plus de huict cents hommes. Vous en poQTez flaire sortir deux mille pour les combattre, faire vostre exécution et retraicte devant qu'ils paissent estre secourus. Vous pouvez loger vos troupes la nuict dedans le fossé sans alarme , à dix pas de leurs logementas, et par ce iDoyen ils seront aux mains premier qu'ils ayent loisir de prendre les armes ; et, pour moy , j*yrayavec ma compagnie droict au canon de la première batterie ; cela fàict , si J*ay le temps , jyray à l'autre , et y feray le semblable. • Villars ne se put empesclier de rire de voir Boisroié si passionné et comme il parloit. Mais Boisrozé, le voyant rire, Iuy dit : t Vous vous mocqaez de m'ouyr parler de Tartillerie; J'auray revanche; mais que le coup soit faict, et je n'asseure quo vous m'en sçaurez gré. » Villars loy dit : • Si vostre jambe ne vous faict trop de inal, je serois bien ayse que vous vinssiez avec moy an fort affin de vous faire veoir le lieu où sont logez les ennemis, et sur le champ resouldre avec vous de ce qui se peut faire. » Bois-rozé loy dit : « Allons, monsieur , là où il vous plaira, je ne sens nul mal. Le désir que j'ay de voir l'exécution de ce brave dessein me fait tout oublier. • Ils montent an fort. Par les chemins ils discourent quel nombre d'hommes il convien- ^it fiiire sortir, en combien de troupes, les lieux où il les failloit loger, dont ils demeureront d'accord du tout. Estans arrivez au fbrt, Villars ^y naonstra les tranchées , les logemens des

0) Ce sieor de Gidtry s'appelle Guitry Fours « qni , Taot espouzé femme de la famille de Guitry, en porte ie Dom par la côoTenUoD de son mariage; ce qu'il faut ley noter, pouroe qu'es guerres de Savoye nous avons

royaux de la poincte du bastion de Thuringue, et generallement tout ce qui s'estoit faict depuis sa blessure. Gela fait, ils se retirèrent à part dans une chambre où ils discoururent de toutes les difficultez qui pouvoient arriver , qui forent soudain résolues : de manière que Villars résolut d'entreprendre la sortie, voyant à l'œil la facilité qui y estoit, et mesme que ce dessein se pouvoit exécuter sans péril. Il faict appeler les sieurs de Guitry (i), La Lande Pericard, Canonville, Grosmenil, Perdrier, Boniface, et quelques autres, ausquels il fit entendre le desseing que Iuy avoit proposé Bois-rozé sans leur dire la resolution qu'il avoit prise* Tous en gênerai y contredisent , les uns disans une raison, les autres une autre : t Quel besoin avez vous , monsieur, iuy dit un d'entr'eux, de hazarder aucun combat? vous estes à la veille d'estre secouru : tous combats sont doubteux. Vous estes plein d'honneur d'avoir soustenu un si long siège. Si vous faictes ceste sortie, et que les ennemis en soient advertis , ils se rendront si forts que , se meslans avec vos hommes , ils entreront peslemesie, et prendront vostre place, s Bois-rozé prit la parole et dit : « Monsieur, si vous croyez tels advis vous ne ferez jamais rien qui vaille la peine d'en parler. Que s'est-li fait en ce siège digne de mémoire? Vous avez gardé un rampart et le fossé de vostre place : n'y a il eu que vous au monde qui aye faict cela? Pour le hazard de la sortie, il n'y en peut avoir en se gouvernant comme Tpn le peut faire. La faisant, il se fera ce que jamais assiégez n'ont faict jusques à present. Tout ce qui s'est jamais faict par des assiégez aux sorties qu'ils ont faictes, c'a esté de faire abandonner les tranchées, et tuer et prendre ce qui leur a faict resistance, prendre les enseignes, enclouër quelques pièces d'artillerie, et brusler les pouldres qu'ils ont trouvées. Il faut faire d'avantage, il faut prendre le canon, je Pay promis, et je le feray. s A ces mots , ils se prirent tous à rire , comme croyans que cela estoit impossible. Bois-rozé, s'ennuyant d'estre si long temps là [pour sa playequi Iuy faisoit extremement mal], dit à Villars : • Monsieur, permettez moy que je me retire à mon logis, et ne croyez, je vous supplie, tels advis. Je vous conjure au nom de Dieu de ne changer de resolution, s Villare le prend par la main , et Iuy dit tout bas : u Mon amy, je ie feray quoy qu'il puisse arriver; si tout reûssit selon nostre intention , vous et moy en aurons seuls l'honneur. • Bois-rozé Iuy dit :

parlé do sieur de Guitry, qui est le chef de la maison , et se nomme Guitry Bertichères , et a esté tousjoors do party royal.

{NoUieVauteur.)

CMfiONOLOGlB NOVBNÀIBE DE PALMA GAYET. [1693]

« Monsieur, tout Thoaneur vous en demeurera, Je me contenteray que Ton die que Je suis autheur du dessein et seul de vostre advis, et d'avoir pris le canon. • Ce discours iiny, Bois-rozé se retira chez luy, et Villars envoya tous ses capitaines en leur logis pour souper, et leur enjoignit de le venir trouver sur les trois heures après minuict avec leurs armes, et leur dit qu*il estoit resoin, si l*occasion se presentoit, d'exécuter ceste entreprise.

Une heure avant le Jour le sieur de Guitry vint trouver M. de Villars, auquel il fit entendre qu'il avoit opinion que les royaux estoient advertis de son entreprise , d'autant qu'à chasque moment ils demandoient à ceux qui estoient en garde quelleheureil estoit, et qu'ils s*estonnoient que l'on ne faisoit point de sorties , et s'il seroit bien tostjour. Ce rapport mit de Villars en quelque doubte que son entreprise ne fust descouverte ; ce qui le fit envoyer le sieur de Fel sur la poincte du bastion vers Thuringue pour apprendre s'il y auroit apparence ou quelque verissimilitude que les royaux se doutassent de leur entreprise. De Fel, ayant demeuré quelque espace de temps , entendit un des soldats de l'union qui se mit à parier avec un de ceux du Boy, car ils estoient si proches Tun de l^autre qu'il n'y avoit qu'un sac de toille plain de terre entr'eux , et, entr'autres propos , ils en teuoient de pareils à ceux qui avoient esté rapportez par Guitry. Lors de Fel , prenant la parole , dit au Eoldat royal : « Pour le présent on n'a pas moyen de faire des sorties, veu les fatigues supportées par les gens de guerre depuis quatre mois ; mais, si nous estions aussi gaillards comme au commencement du siège, on ne vous laisseroit si long temps à repos, et vous iroit on veoir plus souvent. • A quoy le soldat royal ne fit aucune response. Dequoy de Fel print bonne opinion, et s'en revint trouver de Villars, et luy dit qu'il n*y avoit aucune apparence que les royaux eussent advis de son entreprise. Sur ce rapport Villars commença à faire préparer un chacun; il envoya dire à Bois-rozé qu'il se tinst prest pour satisfaire à ce qu'il luy avoit promis de prendre le canon. Il donna charge au maire La Londe d'advertir les douze capitaines de la ville de tenir quelque nombre de leurs bourgeois prests de marcher au lieu et heure qu'il leur seroit ordonnée, ce qu'il fit sur les cinq heures du matin, leur faisant commandement de conduire à heure présente vingt-cinq harquebusiers à la porte Sainct Hyiaire, auquel lieu il se trouveroit aflin de commander ce qui seroit à faire, à quoy chacun d'eux obeyt.

Au bruit qui courut dans la ville que l'on vou-

loit faire une sortie générale , non seulenent tous les gens de guerre , mais les bourgeois se mirent tellement en armes, qu'il en moutapius de deux mille au fort , et le sieur de Villars fot contraint d'envoyer dire au capitaine qui estoit en garde à la porte Martinville de ne laisser passer aucuns bourgeois et de les renvoyer chacun en son quartier. Le maire La Londe, ea ayant faict sortir quelques-uns par le guichet de la porte Sainct Hilaire , renvoya les autres border les murailles.

Sur les sept heures du matin , après que le sieur de Villars eut faict tirer un coup de canon pour signal à chacun de donner où il avoit or^ donné , le capitaine Boniface avec son régiment de gens de pied , soustenu des compagnies do chevalier d'Oize, la Bracquetiere et La Rivière, estans à pied avec la cuirasse et le casque e& teste , sortirent du fort par le fossé du costé de la rivière regardant Thuringue; le capitiise Jacques ave&son régiment de pied, et compagnie de gens de cheval estans aussi à pied, par le costé regardant les Chartreux et I>eroetail ;etk sieur de Bois-rozé avec sa compagnie de gens de pied, le capitaine Pericard , dit La Lande, avec son régiment, par le flanc du vieil fort, soustenus par Canonville et Guitry avec leon compagnies de cavalerie, estans aussi à pied avec la cuirasse et casque en teste , et le capitaioe Perdrier seul avec sa compagnie de gens deeh^ val, ordonnée pour tenir ferme à ce que la ^^ traicte fust plus aisée.

Le sieur de Bois-rozé, tirant droict à l'artille* rie plantée au front du vieil fort, commença a renverser gabions et barricades, et & chasser les royaux qui y estoient en garde. Ayant tné tout ce qui voulut résister , cependant qu'il poarsaivoit ceux qui fuyoient, les autres qui le soivoient tuèrent tout ce qu'ils rencontrèrent, ei gaignerent cinq grosses pièces de canon qnlis amenèrent [aydez de quelques gens de travail]. avec cordes et à force de bras , jusques snr e bord du fossé du vieil fort , et en enclonêrent deux autres. Cependant les capitaines BonifacCi Jacques et La Lande, de leur part, tnoienttoot ce qu'ils rencontroient dedans et dehors les corps de garde et trenchées , renversans et cnlbntans par la plaine les gabions et barricades, et mettans le feu à la plus grande partie des logema^ lis furent depuis les sept heures do matin jasques sur les neuf heures en cest exercice, (p^ furent forcez de se retirer par le marescbal de Biron qui estoit logé à Dernetail , et lequel , sor l'alarme qui se donna, arriva au secours avec nombre de cavalerie et infanterie. Ce combat fut 1 long et furieux. Les royaux , outre la perte de

CHBONOLOOIB N0VBRAIB8 DE PALKA CAYET. [1692]

dnq caoons , perdirent une enseigne et cinq cens hommes tuez sur la place. Entre les morts se trooTereat de remarque le marquis d'Ëspinay et le frère du sieur de Piles, de prisonniers, les maistresde eamp de Boisse et de Piles. Les as* sirgez n'y perdirent que quarante liommes. Sur Taprèsdioée une trefve de deux heures fut ac* cordée pour recognolstre de part et d'autre les morts, laquelle finie les royaux recommencèrent a tirer quelques volées de canon contre le vieil fort, ce qu'ils continuèrent quelques Jours suivans.

Uadîis de ceste sortie , porté aux ducs de Mayenne et de Parme, ieur fit tenir plusieurs conseils : les uns y soustenoient qu*il falloit donner teste baissée au secours de Rouen , et que Farmée royale estoit à demy deffaicte et eston* née d*Qn tel succez , qui estoit Topinion du duc de Parme. Mais, comme ditCampana, M. de Mayenne voyant que c'estoit sonadvis, il luy ditqull lesuivroit en toute entreprise , quelque difficile et dangereuse qu'elle fust, en la qualité de Charles de Lorraine, mais que comme lieutenant gênerai du royaume de France, qu'il ne luy seroitjamais reprochéd'avoir fait une telle faute, iaqaellenepourroltavoird'autrefruitque la perte de lear armée et de leur party. « Quelle victoire par la force pourrions nous espérer, car, luy dit-il, nos ennemis ont au Pont de Larche, qui n^est qu'à quatre lieues de Rouen , une bonne retraicte pour tous accidents? Posons le cas qu'ils demeurent fermes dans leurs retranchemens : y a-il apparence de les y forcer maintenant sans que nous en soyons repoulsez veu leur grand nombre? Je sols d'opinion, pource que nostre cavalerie a besoin de se rafraiscblr des fatigues passées, que DOQs la conduisions en un lieu où l'on trouve des vi?res à commodité pour la nourrir, et là où Ton se poisse camper seorement Jusques à ce que l'on voye clair dans le dessein de nostre ennemy, leqael sans doute avec le temps luy mesme nous fera naistre quelque occasion pour mettre fin à ceste guerre, et que cependant on bazarde de Caire entrer quelques secours de gens de pied et de cheval dans Rouen, avec quelque argent. » Après que le doc de Parme y eut pensé , et receu advis que les royaux pressoient Rouen plus qu'auparavant, et cogueu que le sieur Villars leur avoit rendu par escrit les royaux plus estonnez qu'ilsnel'estoienteneffect,!! commença, comme dit ledit Campana, à estre più cauto che primo (1), advoûant l'opinion de M. de Mayenne. Aussi, après qu'ensemblement ils eurent choisi hoict cents hommes de pied pour s'aller jetter

(t) Plu» ruié qu'au commencement.

dans Rouen , lesquels y entrèrent le huictiesme mars , ils résolurent de se retirer sur la rivière de Somme, ce qu'ils firent, et le bruit fut que le duc de Parme vouloit assiéger Rué; mais, sur une plainte qu'il fit courir contre ceux de l'union, qui luy avoient rendu ceste entreprise facile en faisant ester l'eau des fossez de ceste ville, ce qu'il disoit ne pouvoir estre faict, il dispersa son armée au delà de ladicte rivière, comme s'il eust voulu la renvoyer en Flandres, et demeura là quelque temps attendant d'exécuter son dessein , comme nous dirons cy-après*

Le Roy n'estoit lors de ladite grande sortie au siège devant Rouen , car il estoit monté à cheval quelques Jours auparavant avec la plus grand part de sa cavalerie , pour à toutes occasions recognolstre luy mesmes ce que faisoient ses ennemis et les entreprendre; mais, quand il eut veu qu'ils ehtoient repassez la Somme, il revint au siège de Rouen le 16 de mars. Désirant de le continuer et d'emporter ceste ville avec le temps, il fit venir du Pont de L'Arche trois grands basteaux du port de hu.'ct cens muids , couverts et remparez de gazons , garnis d'artillerie , et quelques barques esquipées en guerre. Il fit aussi dresser , des deux costez de la rivière , deux forts sur lesquels il fit mettre dix pièces de canon, qui fut cause que les assiégez ne tirèrent plus aucune commodité de ce costélà , qui est le dessus de la rivière de Seine.

Villars, dans Rouen, continua de faire plusieurs petites sorties, et avec quelques-uns de ses capitaines, à la faveur de son canon, il tira mesmes quelqnesfois la bague hors de la ville à la veuêdes royaux. Il bravoit la fortune qui luy sembloit rire à son dessein [ que plusieurs ont escrit avoir esté de se rendre maistre de la Normandie , bien que d'autres ayent escrit le contraire ]. Il desiroit tousjours sçavoir Testât des assiegeaus, chose qui luy estoit facile, et qui se fait plus d'ordinaire aux sièges qui se font es guerres civiles qu'aux estrangeres , car pour ce faire il faisoit sortir quelques-uns de ses capitaines , lesquels ayans passé l'eau alloîent re» passer au Pont de L'Arche , et reveuoient en l'armée royale portans Tescharpe blanche. Un nommé le capitaine La Vigne, qu'il avoit envoyé à cest effect, fit plus, car, ayant eu quelque accez vers le sieur do Fayi Belesbat, chancelier de Navarre , il fit dire au Roy qu'il s'offroit de luy livrer le boulevert de la porte Cauchoise, et en vint si avant en paroles , que moyennant dix mil escus il promit de le faire. Sur cest offre il eut liberté d'entrer dans la ville et d'en sortir quand il vouloit. Mais , fidelle à Villars, et luy ayant descouvert son dessein, qui estoit de pren*

CMÔROLOetK NOVBIVAIBS DB PAIHA GAtBT. [1699^

dre priflésnief ledit sleor du Fayl et tirer quelque argent du Roy , il entretiot quelque temps ceste practique , descouvratit par ce moyen tout ce qui se faisolt au siège. Or, voyant qu'il ne la pouYOit plus continuer , il manda audit sieur du Fayl qu'il desiroit parler à luy , lequel y ayant envoyé un de ses frères qui estoit de robe longue, après quelques paroles qu'ils eurent, La Vigne, accompagné d'un second, se saisit de luy et remmena prisonnier dedans Rouen.

Le Boy, qui pensoit que ce siège tournerolt en longueur, congédia la pluspart de sa noblesse , et envoya refraischir aux provinces voisines et aux proches garnisons plusieurs régiments, ne se doutant pas que ses ennemis deussent espier ceste occasion et s'en servir comme ils firent peu après ; car, aussi tost qu'ils en eurent eu ad vis y et qu'ils sceurent que l*armée royale estoit par ce moyen diminuée de plus de moytié , et mesmcs que le Roy estoit allé à Diepe pour rompre une entreprise que lesdits ducs de Parme et de Mayenne avoient sur ceste ville là, ils ressemblèrent en un Jour leurs troupes, et firent un corps d'armée de cinq mille chevaux et douze mille hommes de pied. Ayans tous passé la Somme au Pont Dormy , et en quatre Jours fait trente lieues et passé quatre rivières , le vlngtiesme d'avril au matin , n'estans qu'à trois Ileuès de Rouen , ils commencèrent à cheminer en ordre de bataille, qui estoit du tout pareil à celuy de leur première venue à Aumale, et arrivèrent ce soir là mesme à une Heuë près de Botien.

Le mareschal de Biron, qui estoit logé à Dernetail, ayant dès le Jour d'auparavant eu advis de l'acheminement de l'armée des ducs et de leurs desseins , alla en personne en advertir M. le cardinal de Bourbon et M. le chancelier qui estoient aussi à Dernetail, et en envoya à l'instant advis au Roy , lequel arriva de Dieppe la nuict mesmes. Cependant ledit sieur mareschal fit conduire sept pièces d'artillerie à Bans , village an dessQs et à une lieuë de Dernetail, tirant vers le Pont de L'Arche, là où il se mit en bataille et sépara son canon en trois parts pour recevoir le duc de Parme qui venoit coucher dans la vallée de ee costé là de Dernetail , ce qui occasionna tous les marchans de se retirer dudit camp toute la nuict au Pont de l'Arche. Les navires de guerre se retirèrent aussi en mesme temps , après avoir tiré quelques coups de canon vers la ville. Le Roy demeura toute la nuict en un moulin près de Bans, et fut en bataille presque trente

(1) Qu'on devait sads retard marcher droit au Hoi , et ae loi laisser aucoo relAcbe, afln de le comlMrttre peu-

heures, faisant toujours eacarmouchcr les pl« advanees de ses entiemis.

Le duc de Mayenne ayant pris son logis a« Bosc-guillaume, et le duc de Parme à Neanviile, ils mirent en conseil s'ils dévoient, avant qu'en* trer à Rouen , aller présenter le combat au Roy qui les attendoit en bataille rengée audit Bans. Pour les diverses opinions il ne fut rieu résolu; et sur le soir les ducs de Mayenne, de Guyse et d' Aumale, avec le cardinal de Plaisance, quise disolt légat , et autres seigneurs, entrèrent dau Rouen, et allèrent assister au Te Deum qoi se dianta dans la grande église.

Après avoir prins leur réfection ils se retirèrent tous en leurs quartiers. Au conseil qu'ils tindrent le soir, après plusieurs discours s'ils dévoient aller attaquer le Roy , le duc de Parme et les Espagnols , qui estoient de ceste opinion , 8onst^ noient che dovessero, senza di mora, tem dietro à Re,ne kuciarlo di posta fin ehearrivaio no l'avessero, e combaUuiolo,menine§H si trovasse debole di forze , poiche rinvigoriio avrebbe hro apportato nuovo e importante fmt;a;/to(i). Mais le duc de Mayenne et les seigneurs françois leur dirent : e Scavez vous ee que vous voulez faire ? Vous voulez que noos poursuivions un prince qui tient tous les ponts qui sont sur la rivière de Seine, qui peut se retirer en beaucoup de places fortes qu'il a en sa puissance, et passer tantost d'un costé de la rivière , tantost de l'autre, et qui nousamnsera pendant que ses forces luy arriveront de tous costez pour nous faire change de cond^ tion; car, au lieu que nous le poursuivrions, nous serions de luy poursuivis , pour ce qu'il pent , à cause des places qu'il tient, réduire nostreirméc à disette de vivres : ce que cogooissant bien, il ne faudra pas à trouver quelque opportunité pou puis après nous forcer au oombat. Nous n'avons en ceste armée au plus que pour quatre on cinq Jours de vivres ; Rouen n'en a esté aucuoemeot secouru. Il est donc meilleur et plus seur d'aller assiéger Gaudebec où H y a plusieurs bleds: ansri ce sera le vray moyen de desboucber le bas de la rivière et la rendre libre Jusques au Havre, doit ceux de Rouen et nostre armée pourront tirer plusieurs commoditez. a

Le duc de Parme, qui cognoissolt la vérité de ce qu'ils disoient , et qu'il ne se pouvoit exeen* ter autre chose que leur proposition , ne voolai les laisser sans une repartie sur son opinion , et leur dit que la pltis grande Saute que poavoft commettre un gênerai d*armée estoit de ne scatoir

dant qa'il avoit peu de forces , parce qne s'il parreooii i les réunir , il leur dounerolt foH à filtre.

cnoiiOLMii''N6t«irÀiM M PAtUk caVst. [t59f]

aèT

fci f ainere en se servant da temps et de Foeca* non, principalement de l'espouvante et de la faitte de son ennemy , et que s'il estoit creu maintenaot, qa*il esperoit en moins de quatre Jours mettre leur ennemy eommnn en tel estât que jamais i] ne s*eQ poarroit relever. Quelques seigneurs françois se sonsrirent de eeste rodomontade , et luy dirent qu'il avoit oublié le proverbe commun , Doversi fart il ponte delVoro à ntmi€oehefugge(i). « Nous cognoissoos , lay dirent-ils, celuy contre qui nous sommes armez pour combattre, il est tousjours à cheval pour nous chercher, croyez que nous l'aurons sur les brasplostost que beaucoup ne pensent. •

Après plusieurs autres propos ils résolurent d'aller assiéger Caudebec. Leduc de Parme dez le lendemain changea de logis , et commença à faire tourner la teste de son armée de ce costé là. Geste petite ville fut investie le vingt-quatriesme de ce mois par l'infanterie valonne , laquelle eut de la peine à se loger aux environs à cause que les vaisseaux de guerre que le Roy aToit devant Rouen y estoient à l'ancre , lesquels tiroient force canonades sur eux. Le duc de Parme , ayant le prince son fils auprès de luy, avec k sieur de La Motte Gravelines , devisans du lieu où ils dresseraient la batterie , receut une mousqnetade an bras doict entre le coude et la main, dont la balle demeura dans le bras. C'a esté la première et dernière fois que ce duc ait esté blessé, bien qu'il se soit trouvé en beaucoup de hazards en exécutant de grands exploicts militaires. Tout blessé qu'il estoit , il considéra le flus et le reflos de la Seine et les environs de Caudebec , puis s'alla faire penser. Le lendemain il commença à dresser ses batteries, faisant tirer sur les vaisseaux des Holandois qui estoient venus an siège de Rouen , lesquels incontinent le- Terent l'ancre avec les autres qui y estoient aussi, et s'en allèrent mettre devant Quillebeuf. L'admiralle, pour sa pesanteur, demeura devant Caudebec aggravée, et fut contraincte de demeurer i sa discrétion.

Le lundi 26 on commença dez le matin à bat- ^ Caudebec. Il y avoit dedans quelque cinq cents hommes pour la deffendre, ausquels le Roy avoit mandé qu'il leur donnerait secours dans le mardy; mais il n'y avoit point d'apparence qu*ils pussent tenir dans ceste place, à laquelle en moins dedeux heures leduc pourroit faire bresche, donner Tassant, et les tailler tous en pièces. Les chefs aymerent mieux aussi sortir à composition, emporter leurs armes et bagages, et estre conduits en lieu de seureté , que de se perdre. Les Espa-

(() Qu'on doit faire un pont d'or ft l'ennemi qui fuit.

pagnols et les Italiens vouloient toutesfois les tailler en pièces, et soustenoient que l'on ne les devoit reeevoir à composition , mais que la place et ceux qui estoient dedans dévoient estre mis à feu et à sang pour la blessure de leur gênerai. Le due leur dit que s'il faisoit cela il se monstreroit barbare. « Dites moy, leur dit-il , peut-on estra bon soldat sans se bien deffendre , et peut-on se deffendre sans offencer? On ne peut faire aucune distinction des personnes en tel acte. • Ainsi Caudebec rendu au duc de Parme , on mena la pluspart des vivres qui y estoient dedans à Rouen. Mais ceste mesme Journée le duc receut advis certain que le Roy estoit à cheval pour le venhr trouver et luy présenter la bataille. Alors les François luy dirent : f Vous avons nous pas bien dit que nous n*avions que faire de le poursuivra, et que nous ne l'aurions que trop tost sur les bras? Où serions nous si nous l'eussions poursuivy? » Aux conseils qu*ils tindrent sur cest advis . ils résolurent de cheraher un lieu pour s'y fortifier, là où ils Tattendroient pour le combattre ou pour voir ce qu'il voudroit lïdre, et cependant qu'ils s'ayderoient du temps et de l'occasion, c Car de s'en retourner, disoient-ils, d'où nous sommes venus, il n'y a plus nulle apparence ny aucun moyen. »

Ils estoient bien d'accord de choisir un lieu pour s'y fortifier, mais ils furent fort discordans en l*eslection. Le doc de Parme proposa d'aller à l'islebonne , lieu assez fort, et disoit, pour fortifier son opinion , qu'ils auraient Le Havre de Grâce derrière eux , dont ils tireraient toutes les conmioditez dont l'armée auroit besoin. Les autres disoient : « Si l'armée s'achemine à l'islebonne, le Roy se mettra entre Caudebec et l'islebonne 9 et ayant repris Caudebec, Rouen se trouvera plus resserré qu'auparavant. Enfin lié résolurent de se camper à Ivetot. Voyons pendant qu'ils tenoient ces conseils ce que le Roy faisoit.

Aussi tost qu'il fut adverty à Diepe que les ducs venoient très-forts donner la teste baissée droict à Rouen et le secourir, il manda de toutes parts que l'on le vinst trouver. Voyant que les ducs ne l'avoient esté attaquer à Bans , et qu'ils estoient allez prendre Caudebec, il s'en alla au Pont de L'Arche. En six Jours son armée estant accrue de trois mille chevaux et six mille hommes de pied , il en partit le vingt- huictiesme d'avril avec vingt pièces de canon , et fit advancer son armée vers Fontaine Le Bourg.

Le 29 d'avril le Roy et toute son armée arrivèrent à une demy-lieuê d'Ivetot où il prit son champ de bataille. Il se fit ceste Journée plusieurs charges et combats : c'estoit des deux cos-

CHBONOLOGIE NOVBNAIBB

tez à qui feroit paroistre le plus sa dextérité et sa valeur.

Le lendemain le Roy voulut luy mesroe recognoistre Ivetot où le duc de Mayeuneestoit logé, et lequel disposoit lors de larroée pour la blessure du duc de Parme auquel il avoit fallu incizer le bras pour luy oster la balle qui y estoit demeurée : il eu sortit tant de sang dont il devint si foible qu'il ne pouvoit monter à cheval. Il se fit en ceste recognoissance une charge où les royaux poursuivirent les ligueurs Jusques dans leur logis dlvetot, et en tuèrent quelques-uns et prinrent quarante-cinq prisonniers.

Les deux jours suivaus se passèrent en légères escarmouches de part et d'autre. Aucuns ont escrit que les charges qui se firent furent plustost pour s'entremonstrer leur façon militaire que de s'entre-endommager judicieusement.

Le troisiesme de may le fioy, ayant envie de se rendre maistre d'un tertre qui faisoit le milieu du logis de ses ennemis , d où il les eust peu endommager beaucoup , y envoya nombre dlnfanterîepours'y retrancher : mais incontinent le duc de Mayenne y fit aller le maistre de camp Capizuca avec son régiment et quelques Espagnols qui le leur firent quitter, et du depuis y mirent quatre piifices d'artillerie pour plus asseurer leurs logemens: de part et d'autre ce n'estoit que canonnades.

Le Roy voyant que ses ennemis n*avoient autre soin que de se retrancher sans vouloir sortir que peu de leurs logemens, bien qu'il les Invitast au combat par toute raison de guerre, il résolut de changer de champ de bataille et de s'aller mettre eutre ses ennemis et Tlslebonne , et les tenir comme assiégez , ce qu'il fit. Alors ceux de la ligue pâtirent beaucoup à cause des vivres qui commencèrent à leur manquer, n'en pouvans recevoir de nulle part: et au contraire le Roy en avolt en abondance , qui luy vevoient de Diepe et de Sainct Valéry. Il se fit alors plusieurs charges en divers endroicts où il mourut de bous soldats de part et d'autre. £u un soir il se fit presque une bataille entre les deux armées. Ceux de la ligue furent très-mal menez, car, outre qu'il y en demeura sur la place beaucoup de tuez , et aucuns de qualité , il y eut aussi beaucoup de blessez , et d'autres qui coururent hazard de la mort et de la prison , mesmes les principaux , eotr'autres les ducs de Mayenne et de Guyse qui se trouvèrent presque environnez des royaux , et eurent bien de la peine à se sauver. Le fils du duc de Parme , d*un autre costé, ayant voulu s'advaneer avec quelqnes lances , fut rechassé si soudain jusques dans son logèrent qu'il laissa plusieurs des siens sur la place

DB PALIU CAYBT. [I592j

et ne se sauva qu'à peine, son cheval estant toé sous luy.

Le Roy tenoit tellement ses euDemb comme assiégez dans leurs logemens , que le bruit fut par toute la France qu'ils n'en sortiroient Jamais sans prendre passe-port de luy. La cherté estoit extrême parmy eux ; le lot de vin y valoit un escu et haulsoit de jour en jour de prix, la livre de pain dix sols , et ainsi de toutes autres choses ; il n'estoit pas jusques à l'eau dont lis avoient beaucoup de disette. Lea pluyes continoelles qu'il fit lors incommodoient grandement leurs gens de pied. Plusieurs chevaux et de grand prix leur moururent faute de foin. L'argent ne leur manquoit pas moins que toutes les antra choses. Au contraire, l'armée du Boy croissolt tous les jours , et abondoit de toutes sortes de vivres.

Le 1 4 de may le Roy désirant gaigner la poincte d'un petit bois où ils s'estoient retranchez, lequel estoit proche de leur champ de bataille , et où es* toient en garde six cents Espagnols et Valons , sur la pointe du jour il les fit assaillir si promp(^ ment , que , leur retranchement gaigné , la plus grande partie fut taillée en pièces , et ne s ea sauva que bien peu qui à toute fuitte se sanverent au gros de leur armée. Ce fut lors que ledoe de Parme, bien quebeaucoupincommodépoursi blessure, se fit porter par leur armée, encourageant les siens au combat, pensantque les royaox deussent poulser plus outre et le forcer h la bataille : tout du long du jour ce ne furent ([oe diverses charges et escarmouches. Il fit venir aoprès de luy tous les seigneurs du conseil degno^ re , et , sur la proposition qu'il leur fit qu'il failloit ou regaigner le bois perdu et empescher les royaux de s'y fortifier, ainsi qu'il sembloit qu'ils vouloient faire , ou mourir tous les armes aa poing, ils furent tous de son opinion , etpcnros faire il fit advancer six mil hommes de pied es deux escadrons , ayans un petit escadron volant au front avec mil chevaux légers pour les sùosHtnir, puis il fit mettre quelques pièces de canon sur une montagnette pour les favoriser. Le Rot d'autre costé s'advança tellement avec une partie de son armée , qu'il n'y avoit entre luy et ses ennemis qu'une petite campagne raze sans hcàt ny rivière. Des deux costez ils commencèrent i s'entre-saluër à coups de canon; mais, bies qu'ils s'escarmoucherent fort de part et d'antre, et que plusieurs bons soldats forent là toez,si| ne vinrent-ils point à un combat gênerai : tant d'un costé que d'autre il fut bien tiré trois ccot^ coups de canon , puis sur le soir chacun se retin en son logement.

Lesducs, se voyanssi malmenex, elle Boy prcsi

CHEONOLOGIB NOYENÀIBB DB PALMA CAYBT. [1592]

de forcer leur place d'armes à Ivetot, résolurent de changer de logis, et aller camper à un quart de lleué de Caudebec , ce quMIs firent la nuict du 18 dudit mois, le plus secrettement qu'ils purent, sans sonner tambour ny trompette : les derniers mirent le feu dans leurs logis. Geste retraicte, bien qu'ils la firent en très-bon ordre , leur fut honteuse ; mais ils Taimerent mieux faire de nuIct que de jour de crainte d'estre desiolcts, ainsi qu'il est advenu Jadis à plusieurs grands capitaines qui vouloient se conserver la réputation : encores le temps qui estoit pluvieux etobscur y ayda beaucoup. Ils perdirent toutesfois quelque peu de leur bagage.

Le duc de Parme se mit au lict estant à Caudebec, et le duc de Mayenne, ayant donné l'ordre requis pour la seureté des logements de leur armée, devint aussi un peu malade. La cherté de vivres s'augmentoit. Plusieurs chefs do leurs gens de guerre ne songeoient qu'à trouver les moyens de se pouvoir retirer à sauveté. Le Roy, qui ne laissoit escouler aucune occasion pour les endommager, estant adverty que le quartier de leur cavalerie légère que conduisoit George Baste et Gbarles de Groy estoit logée à Ranson , à un trait d'harquebuze de leur champ de bataille , résolut de leur enlever ce quartier là, ce qui luy succéda comme il avoit projette ; car , s'estant présenté avec le pluspart de sa cavalerie vis à vis où estoit logée Tarmée des ducs qu'il entretint en escarmouches, il envoya d'un autre costé le maresehal de Biron , lequel en mesme temps donna dans Ranson , tailla en pièces tout ce qui s'y trouva les armes au poing : quelques-uns se sauvèrent à la fuitte, et entr'autres Baste , laissant pour butin aux royaux grand nombre de beaux chevaux, leurs mulets, leur vaisselle d'argent , quelques milliers d'escus et tout leur

bagage.

Lesducs, ayant perduleur cavalerie légère qui

estoit de dix-sept cornettes , ne pensèrent plus qu'à pouvoir eschapper de tomber sous les armes du Boy, qui leur tenoit à toute heure, comme on dit en commun proverbe, l'espée dans les reins. Ils ne le pouvolent faire qu'en passant la rivière de Seine, et se retirer le plus diligemment qu'ils pourroient vers Paris : ce qu'ils résolurent faire. Le Boy ny tous les François ne croyoient point que le duc de Parme et les Espagnols , qui se disoient estre du tout curieux de leur réputation , voulussent se retirer de la façon, et que plustost ils se feroient voye par la force pour s'en retourner en Flandres ; mais ils furent deceus de la bonne opinion qu'ils avoient d'eux, et l'advis vint à Sa Majesté, sur le soir du 22 may, que les ducs, ayans fait venir quan-

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