I. G. D. M. T. XII
tité de barques de Rouen, avoient fait un pont sur lequel avoit passé la pluspart de leur armée, et qu'il ne restoit à passer que le fils du duc de Parme et Tarrieregarde, laquelle passa en bel ordre le lendemain matin , et sans perte abandonnèrent ainsi Gaudebec. Le Boy, ayant mis le sieur de La Garde avec son régiment dedans,, print sa cavalerie et s'en alla passer au Pont de L'Arche, pensant atteindre les ducs au passage de la rivière d'Eure ; mais ils cheminèrent à si grandes journées, que Sa Majesté se désista de les poursuivre et renvoya son armée se refraischir en diverses provinces. Les Espagnols en ce passage mirent le feu en plusieurs lieux , et le duc de Parme ne dormit point de bon œil qu'il ne fust repassé la Seine à un autre pont de barques qu'il fit dresser à Charanton, d'où il passa en Brie , s'en alla à Ghasteautierry, et de là retourna en Flandres, comme nous dirons cy-
Alors que le Roy faisoit passer et repasser par force la Seine au duc de Parme, et que les royaux se resjouissolent d'avoir contrainct un si puissant ennemy de retourner en Flandres, il advint en ce mesme mois de may en divers lieux qu'ils firent de grosses pertes, entr'autres devant la ville de Graon que messieurs les princes de Gonty et de Dombes tenoient assiégée.
Geste ville est située dans les marches d'Anjou , entre la Bretaigne et le May ne, sur la rivière d'Oudon. Le sieur du Plessis de Gosme commandoit dedans pour l'union. Elle servoit de seule retraicte à ceux de ce party du pays du Mayne et d'une partie de l'Anjou, qui faisoient une infinité de courses sur les royaux en toutes ces provinces là. Ge fut ce qui occasionna M. le prince de Gonty, qui estoit lieutenant gênerai de l'armée qu'avoit le Roy ez pays de Tourahie, Anjou et le Mayne, d'aller assiéger ceste ville, et pourquoy le Roy aussi manda à M. le prince de Dombes de s'y rendre avec toute l'armée qu'il avoit en Bretagne. En ce siège il y avoit quantité de seigneurs et gentils-hommes qui avoient troupes, entr'autres messieurs le duc de Montbazon, d'Amville, de Rambouillet, de Bouille père et fils, le marquis de Vilaines, d'Avaugour^ de L'Estelle, de Pichery, et autres. Les mareschaux de camp estoient le sieur de Racan pour l'armée de M. le prince de Gonty, et le sieur de Pruneaux pour celle de M. le prince de Dombes, dans laquelle il y avoit de belles troupes d'Anglois et quelques compagnies de lansquenets.
M. de Mercœur, qui commandoit seul en ces provinces là pour l'union, considérant l'importance que ce luy seroit de perdre ceste place qui luy servoit de frontière, résolut à quelque péril
CH&ONOLOOU IfOrgllAtBE DS YALMA CAYBTi [i^n]
qoe ce fust de là tecoarir* Or il avoit galgné de 8oa party le marquis de Belle-isie , fils du mareschai de Rets , avee sa place de Macliecou , et plusieurs gentils * hommes, lesquels quittèrent i'escharpe blanche , prenant leur excuse sur ce qu'ils avoient demandé plusieurs fois audit sieur prince de Conty secours contre le duc de Mercœur et les Espagnols qui endommageoient grandement leurs terres. D'autre part , M. de Boisdauphin ayec la noblesse du Maine qui estoit du party de Tunion s'estoient retires auprès de luy, ce qui luy faisoit avoir de belles troupes de cavaierie. Son infanterie espagnole, commandée par dom Jean d'Aguila) estoit en bonne oonche (1). Ayant amassé toutes ses troupes et tons ses amis , avec quatre canons , il se résolut de iUre lever le siège de Graon ausdits sieurs princes, ou de les combattre et de les desfaire , ce que dèslors il s'asseura de faire à cause de la longueur de ce siège où les soldats avoient paty, et tout le plat pays des environs leur estant ennemy pour la perte qu'ils avoient faiete de leurs bestiaux. Ainsi le duc de Mercœur fit marcher son armée vers Graon en belle ordonnance , où il arriva le vendredy au soir d'après la Pentecoste, et fit tirer trois coups de canon pour monstrer aux assiégez qu'il estoit là pour leur secours, et, dez le lendemain matin à soleil levant, il alla attaquer le chasteau de Bouchedeuxheures qui est sur le bord de la rivière, dans lequel estoit le commandeur de Thorigny.
LesieurdeLestellefutcommandépar M. d*Anville d'aller audit Bouchedeuxheures avec cinquante chevaux pour considérer la contenance du duc de Mercœur et en rapporter nouvelles certaines ; mais , y arrivant , il trouva que Tassaut se donnoit au chasteau , et fut cause de sauver ledit commandeur et quelques-uns des siens qui voyans la place emportée s*estolent Jettes dans la rivière à nage.
Après la prise de ce chasteau , M. de Mercœur, sans faire en cest endroit là passer le gué de la rivière à son armée pour aller attaquer M. le prince de Conty qui estoit dans le champ de bataille, fit marcher les siens la teste baissée iroict BU quartier de M. le prince de Dombes, ledit sieur de Lestelle les costoyant tousjours^ la rivière entre deux, Jusques à ce qu'ils fussent à un petit pont que l'on avoit foict pour la communication des armées desdits sieurs princes, où il trouva desjà le tiers de l'armée de l'union passée par ledit pont pour venir au champ de bataille où s'estoient joincts les princes et leurs armées. Ce que voyant Lestelle pria les sieurs de Salnct
(t) En bon état.
Fal, deBeauvau et de Cordouàn, d'allef lire miàdits sieurs princes ce quMIs avoient reeognu le leur ennemy, et qu'à son àdvis il serait à propos de combattre ce qui estoit passé, qui facillement seroit taillé en pièces , et que par ce moyen on aurait meilleur marché du reste. Cest advis, proposé au conseil que tenoient lors lesdicts sieurs princes, fut trouvé bon par eux et par M. d'Anville ; mais plusieurs opinions s'y trouvans contraires, M. le prince de Dombes envoya dire audit sieur de Lestelle qu'il se retirast à la cornette blanche , ce qu'il fit
Cependant le duc de Mercœur fit passer le pont à toute son armée, prit sa place de bataille entra l'armée rayalle et la ville de Craoli, et s'attaqua lors une escarmouche qui dura près de dk heuras sans y recognoistra grand avantage d'une part n'y d'autra« M. de Montbason commença le combat, où il fût porté par terra , et, ayant esté ramonté , il retourna encora à la charge , où H perdit quelques gentils-hommes. Le sieur de Plchery fit aussi une autre charge où il fut blessé^ et quelques-uns des siens tues et blesset. Alo^ messieurs les princes assemblèrent tous les seigneurs et capitaines de l'armée au champ de bataille pour demander leur advis de ce qui estoit à faire, d'autant que le diamp de bataille leut estoit fort desavantageux. Le sieur de Lestelle, opinant le premier, dit qu'il n'estoit point temps de parier de cela, ny de retraicte, pour les inoonveniens qui s'en pourraient suivra, et qu'il failloH que les coups d'espées ou la nuict les tirast hor^ du champ de bataille , ce que le sieur Hardy, maraschal des logis de l'armée de M. le prinee de Dombes, approuva et fût de cest advis ; mail tout le reste opina le contraira, fors messieurs les princes et M. d'AnvlIle qui vouloient combattra à quelque prix que ce fhst, mais eùfin ils se laissèrent aller à la pluralité des voit de ce conseil , et fut commandé au sieur d^Apchon , qui portolt la cornette blanche, de se retirer au petit pas , et au sieur de Lestelle de se Joindra avec hiy. Ahisi M. le prinée Conty s'achemhià après la cornette blanche, et estant des{à à quelque mil pas, M. le prince de Dombes, faisant h retraicte, l'envoya prier de se retirer. Cette retraicte se fit par lesdlts sieurs princes avec tm grand regret et les larmes aux yeux , se mandans l'un à Tautra : • Dites à mon cousin que noM sommes trahis. • Aussi tost que ledit sieur prinee de Conty fût descendu en un vallon et creux chemin , il trouva à deux cents pas de b , l'armée de ceux de l'union en teste, et toute l'armée de M. le prince de Dombes en desraute, la plu^ part de ceux qui raccompagnolent ayant pris H fùitte. Ce prince, se voyant ah»i abandonné,
après avoir ftdt tout ce que Von petit faire par les armes , et ayant diverses fois combattu , ne luy restant plus qût trente chevaux , fat contraint et forcé par les gentils-hommes qui estoient près de luy de se r^rer, comme avoit falct M. le prince de Conty avec pareil desplaisir , n'ayant auprès de luy lors de sa mraicte qtie vingt-cinq chevaux. Ils se retirèrent à Chasteaugontier, tous deux par divers chemins, toumaht toutesfois toui^ours la teste , et donnàns coups d*espées et de pistolets.
En ceste Journée il Se perdit beaucoup de gens de bien et bOuS soldats, et y fot tué en combattant le sieur de Bascon , capitaine des gardes de M. le prince de Dombes, et de prisonniers furent pris les sieurs de La Rochepot , de Racan, d'Apchon et de Lestellé, lesquels furent menez à Nantes. 1*ouâ les canons , plusieurs cornettes et enseignes de gens de pied, demeurèrent aut irictoriéux. Voylà Teffect de ceste journée, qui fut fort préjudiciable au seirvice du Roy en ces province là, car dez le lendemain , lesdits sieurs princes ne trôuvad^s petisonne qui voulust demeurer pour garder Cha&teaugontier et soustenir la première furie de èeux de i*union , M. le prince de Gobty se retirant vers Angers, et M. le prince de Dombes à Vitré en Bretagne , le duc de Mercœur se saisit de Ghasteaugontier, et tout d'une main de la ville de Laval où les habltans eontraighirent le marquis de Vilaines dé se retirer, té qu*il n'eust fait s1l eùst eu des gens de guerre pour Réprimer la Volonté des habitans , dont les deux tiers fôtolent affectionnes au party de l'union.
Le doc de Mércœur, estant venu non seulement à chef de secourir Craon, mais aussi ayant desfaict une telle armée et pris ces deux villes, -voyant que ceux de Mayenne et de Saincte 9ufeanne, qu'il fit sommer, estoient resoins de se bien deftëndre, retourna en Bretagne, et passa auprès de Vitré. Ceux de dedans, pensans qu'il )es deust assiéger , avoient fiUct abbatre leurs faux-bourgs ; mais sans s'y amtisef il tourna & gauche, et s'en alla passer par Chasteaugjrron, et se retira à Nantes.
Plttftieurs ont escrit et parlé diversement de éèste journée, et que lesdits sieurs princes y ont esté dU trahis , ou très-mal servis par ceux qui avoient les charges en leurs armées.
Premièrement , pour le peu d'ordre que l'on avoit donné d'amunitionner les sdldatè de baies, ear au fort du eombat ils forent contraints de ttref sans balles , et de mettre des pierres dans fears harquebutes, et en telle nécessité il faillut aller patmy la cavalerie queHr des balles de pie*» tolet^. Voyià une grande faute et désordre dont
nk ^iit faAVfeT. [iMi] 371
quelques- uns ont tenu que lé duc de Mercceu avoit eu advis»
Secondement, en l'eslection du champ dé bataille pris trop près de la ville, et en lieu du tout desadvantageux pour la cavalerie , ayant laissé la place advanta(^use au due, qui avoit la ville de Graon à Son dos. Car, disoit-on, ûtt que Padvls fot venu de l'acheminetnent du duc avec àoti armée, il Aiilloit foire recognoistre les forces qUl eussent esté suffisantes pour donner bataille, ihire i*etirer la plus-part du cabon à ChasteaUgontier, n'en retenir que ce qui eust esté neceésaire pour ta bataille , et marcher droict au de«> vant du duc pour le combattre et le continindté ée se retirer.
Tiercement , on remarquoit la faute de n'a^ voir pes ereu l'advis du sieur de Lestelle, qui es> toit de combattre l'arihée du duc demie passée : ear si cela se fost foid II li'y avoit doute que messieurs les princes eussent gaigné la Journée.
Mais la dernière et plus grande foute fut de n'avoir suivy ce qu'avait opiné ledit sieur de Lestelle, de ne partir du champ de bataille, quelque desad^vantageux qu'il fast , et y maintenir le combat josques à la nuict : ear si cela se fust falct l'oii eust foiet la retraicte sans péril ny pertede canon; car, disolt-oo) c'est Une maxime générale, que Jamais armée qui falct sa retraicte de Jotir, à la teste d*Une armée ennemie , n'a encouru que perte et dommage : les exemples en sont infinis^ et les raisons y sont toutes apparentes ; ear l'ar* mée qui se retire ne peut , estant suivie, com*^ battre en ordre de bataille à cause dés tourne*testes qu'il fout foire à toute heure, aussi quelei soldats n'entendent qu'à leur retraicte, et non à combattre , le vulgaire pensant tousjoui^ estre une foite, et non une retraicte, ce qui oSte le courage aux gens de guerre, et au eontttiire l'augmente aux autres qui suivent, croyansplus^ tost aller à la victoire et au pillage qu'au com* bat. VoyIà ce que plusieurs ont escrit sur ceste journée. Du depuis M^ le prince de Conty s'es-^ tant retiré à Angers et refaiet son armée, le Roy y envoya messieurs les maresehanx d'Aumont et de Lavehlin, et mit on le siège devant Rochefort ; ainsi que nous dirons cy-après. Voyoaa maintenant ce qui se passa en ce temps-là en la vendition de Ponteaudemer et au siège de Quil« lebeuf.
Le siège estant devant RoAen, le Roy fit re<> cognoistre la place de Qoillebeuf ; en ayant con^^' sidéré l'assiette, il résolut de s'en saisir, et en donna le gouvernement à M. le grand eseuyer de Bellegarde le douziesme Jour de msy, avec pouvoir de la fortifier; et pour son lieutenant M. du Fay l-Belesbat, chancelier de Navarre^ fot
CH&ONOLOOU NOrgflÀnE DS YALMA CAYBTi [U9I]
que ce fast de là secourir. Or 11 avoit gaigné de sou party le marquis de Belie-iste , fils du mareschal de Rets , avec sa place de Machecou , et plusieurs gentils ^hommes, lesquels quittèrent l'eseliarpe blanciie , prenant leur excuse sur ce qu'ils avoient demandé plusieurs fois audit sieur prince de Gonty secours contre le duc de Mercœur et les Espagnols qui endommageoient grandement leurs terres. D'autre part, M. de Boisdauphin avec la noblesse du Maine qui estoit du party de Funion s'estoient retirez auprès de luy, ce qui luy faisoit avoir de belles troupes de cavalerie. Son infanterie espagnole, commandée par dom Jean d*Aguila, estoit en bonne conehe (1). Ayant amassé toutes ses troupes et tous ses amis , avec quatre canons , il se résolut de faire lever le siège de Craon ausdits sieurs princes, ou de les combattre et de les desfaire , ce que dèslors il s*assenra de faire à cause de la longueur de ce siège où les soldats avoient paty, et tout le plat pays des environs leur estant ennemy pour la perte qu'ils avoient faicte de leurs bestiaux. Ainsi le duc de Mercœur fit marcher son armée vers Craon en belle ordonnance, où il arriva le vendredy au soir d'après la Pentecoste, et fit tirer trois coups de canon pour monstrer aux assiégez qu'il estoit là pour leur secours, et, dez le lendemain matin à soleil levant, il alla attaquer le chasteau de Bouchedeux heures qui est sur le bord de la rivière, dans lequel estoit le commandeur de Thorigny.
Le sieur de Lestelle fut commandé par M. d* Anville d'aller audit Bouchedeuxheures avec cinquante chevaux pour considérer la contenance du duc de Mercœur et en rapporter nouvelles certaines ; mais , y arrivant , il trouva que l'assaut se donnoit au chasteau , et fut cause de sauver ledit commandeur et quelques-uns des siens qui voyans la place emportée s*estoient Jettez dans la rivière à nage.
Après la prise de ee chasteau , M. de Mer* cœur, sans faire en cest endroit là passer le gué de la rivière à son armée pour aller attaquer M. le prince de Gonty qui estoit dans le champ de bataille, fit marcher les siens la teste baissée iroict au quartier de M. le prfaice de Dombes, ledit sieur de Lestelle les costoyant tousjours^ la rivière entre deux, Jusques à ce qu'ils fussent à un petit pont que Ton avoit faict pour la communication des armées desdits sieurs princes, où il trouva desjà le tiers de l'armée de Tunion passée par ledit pont pour venir au champ de bataille où s'estoient Joincts les princes et leurs armées. Ce que voyant Lestelle pria les sieurs de Salnct
(f) En bon état.
Fal, deBeauvau et de CordoUéin,d'allef dire audits sieurs princes ee qu'ils avoient recogoa de leur ennemy, et qu'à son àdvis il serait à propn de combattre ce qui estoit passé, qal facilleiDait seroit taillé en pièces , et que par ce moyen « auroit meilleur marché du reste. Cest advis, proposé au conseil que tenoient lors leSdicts sieun princes, fut trouvé bon par eux et par M. d'Âa« ville ; mais plusieurs opinions s'y trcavans contraires, M. le prince de Dombes envoya dire an* dit sieur de Lestelle qu'il se retirast à laoorneltt blanche, ce qu'il fit.
Cependant le duc de Mercosur fit passer k pont à toute son armée, prit sa place de bataille entre l'armée royalle et la ville de Craon, ets'at^ taqaa lors une escarmouche qui dnraprèidediij heures sans y recognoistfe grand avantage d'a« part n^ d'autre. M. de Montbazon commeoçiU combat, où il fut porté par terre , et , ayant ta remonté, il retourna encore à la charge, oq II perdit quelques gêutils- hommes. Le ^enr de F^ chery fit aussi une autre charge où il fatb!ea#j et quelqaes-uns des siens tuez et blesseL Aior^ messieurs les princes assemblèrent tous les gneurs et capitaines de l'armée au champ de taille pour demander leur advis de ce qui à faire, d'autant que le champ de bataille estoit fort désavantageux. Le sieur de opinant le premier, dit qu'il n'estoit point teo de parler décela, ny de retraicte, pour les venions qui s'en pourrolent suivre, et qu*ii fai que les coups d'espées ou la nuiet les tirast du champ de bataille , ce que le sieur H mareschal des logis de l'armée de H. le pi de Dombes, approuva et fut de oest advis ; tout le reste opina le contraire , fors meaâi les princes et M. d'AnvlIle qui vouloient battre à quelque prix que ce fust, mais e&iin se laissèrent aller à la pluralité des voix de conseil , et fut commandé au sieur d'Ai qui portoit la cornette blanche, de se retirer petit pas , et au sieur de Lestelle de se Jo avec luy. Ahisi M. le prince Gonty s'ache après la eornette blanche, et estant des{à iqM que mil pas, M. le prince de Dombes, faisant retraicte, l'envoya prier de se retirer. Geste traicte se fit par lesdlts sieurs princes a?ee grand regret et les larmes aux jreux , se mi l'un à l'autre : « Dites à mon eousin que sommes trahis. • Aussi tost que ledit sieor pi de Conty fut descendu en un vallon et chemin , il trouva à deux cents pas de là, Ti mée de ceux de l'union en teste, et toute f de M. le prince de Dombes en desroute, la pfi part de ceux qui raccompagnolent ayant (sis i fùitte. Ce prince, se voyant ainsi abaodoBm
après avoir ftdt tout ce que Von petit filtre par les armes, et ayaût diverses fois combattu , ne tny restant plus que trente chevaux , fut contraint et forcé pér les genttls-homraes qui estoient près de lay de se retirer, comme avoit falct W. le prince de Gonty avec pareil desplatsir , n'ayant auprès de luy lors de sa t^etraicte que Tingt-cinq chevaux. Ils Se retirèrent à Chasteaugontler, tdus deilx par divers chemltis, toumaht toni&îols too^ouirs la teste, et donnàns coups d'espéesetde pistolets.
£q ceâte Jodrnée il Se perdit beaucoup de gens de bien et bôuS soldats, et y fut tué en combattant le sieur de Bascoii , capitaine des gardes de M. le prince de Dombes, et de prisonniers furent prisies steurs de La Rochepot , de Bacan, d'Apehoo et de Lestelle, lesquels furent menez à fiantes. Tôuâ les canons , plusieurs cornettes et enseignes de gens de pied, demeurèrent aux irletorieux. Voylà Teffect de ceste Journée ^ qui fut fort prejadiciable au seirvice du Roy en ces pro^ vlDces là, car dez le lendemain , lesdits sieurs princes oe trouvan's penonne qui voulust demeurer poar garder ChaSteaugontier et soustenir ia première furie de ceux de Tunion , M. le prince de Cotity se retirant vers Angers, et M. le prfflce de Dombes à Vitré en Bretagne , le duc de Mercœur se saisit de Ghasteaugontier, et tout d ttoe main de ia Ville dé Laval où les habltans »ntraigDirent le marquis de Vilaines dé se reirer, ce qu*il n'eust fait s1l eùst en des gens de [Qerre pour l*eprimer ta Volonté des habltans , lont les deut tiers fôtoient affectionnes an party le Tunion.
Le due de Mércosuf, estant venu non seuleleotâ chef dé secourir Craon^ mais aussi ayant esfaict une telle armée et pris ces deux villes, oyant que cèox de Mayenne et de Saincte 9uuine, qu'il fit Sommer, estotent résolus de se (eo deffendre, retourna en Bretagne, et passA après de Vitré. Ceux de dedans, pensans qu1l s deost assiéger , avoleot Siict abbatre leurs »x-bourgs ; mais Sans s'y amuser il tourna & mche, et s'en alla passer par Ghasteaugyron, se retira à Nantes.
Plusieurs ont escflt et parlé diversement de ste journée, et que lesdits sieurs princes y oUt té ou trahis , ou très-mal servis par ceux qui oient les charges en leurs armées.
Premièrement , pour le peu d'ordre que Ton oit donné d'amuhitionner les sdidats de baies, r au fort da combat ils fiirënt contraints de er sans balles , et de mettre des pierres dans irsharqueba£es, et en telle nécessité il faillut er parmy la cavaterle quérir des balles de pis* ets. Voylà tme grande faute et deswdre dent
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quelques-uns ont tenu que le duc de Merccèu avoit eu adviSb
Secondement, en l'eslection du ehamp de bataille pris trop près de la ville, et en lien du tout desadvantageux pour la cavalerie , ayant laissé la t>lftce advantai^use au duc, qui avoit la ville de Craon à Son dos. Car, disoit-on, dez que Tadvis fht venu de rachemlnement du duc avec son armée, il failloit faire recognoistre les forces qtii eussent esté suffisantes pour donner bataille, fliire i^tirer la plus-pAi^t du cation ft Chasteadgontler^ n'en retenir que ce qui eust esté neceisaire pour ta bataille , et marche^ droict au devant du duc pour le combattre et le contiraindre de se retirer.
Tiereement , on remarquoit la faute de n'a*^ voir pas ereu Tadvis du sieur de Lestelle, qui estoit de combattre l'armée du duc demie passée ! car si cela se fbst fhici il li'y avoit doute que messieurs les princes eussent gaigné la journée.
Mais la dernière et plus grande finute fo t de n'avoir sotvy ce qu'avoit opiné ledit sieur de Lestelle, de ne partir du champ de bataille, quelque desad^^ vantageux qu*ll fest, et y maintenir le combat Jusques à la nuict : car si cela se fust faict l'on eust faict la retraicte sans péril ny pertede canon; car, disolt-on^ c*est une maxime générale, que Jamais armée qui faict sa retraicté de Jonr, à la teste d*line armée ennemie, n'a encouru que perte et dommage : les exemples en sont infinis^ et les raisons y sont toutes apparentes ; car l'àr* mée qui se retire ne peut , estant suivie, com-^ battre en ordre de bataille à eause des tourne* testes qu'il faut fhlre à toute heure, aussi quelei soldats n'entendent qu'à leur retraicte, et non à combattre , le vulgaire pensant tousjoui^ estre une fuite , et non une retraicte, ce qui oste le èourage aux gens de guerre, et au eontttiirè l'augmente aux autres qui suivent, croyansplus^ tost aller à la victoire et au pillage qu'au corn* bat. Voylà ce que plusieurs ont escrit sur ceste Journée. Du depuis M^ le prince de Gonty s'es'^ tant retiré à Angers et refaiet son armée, le Boy y envoya messieurs les mareschanx d'Aumont et de Lavehlin, et mit on le siège devant Boche- Ibrl i ainsi que nous dirons cy-après. Voyofti maintenant ce qui se passa en ce temps-là en ia venditiun de Ponteaudemer et au siège de Quil* lebeuf.
Le siège estant devant Boften, le Boy fit re^ eognoistrela place de Qoillebeuf ; en ayant eon^ sidéré l'aSsiette, Il résolut de s'en saisir, et en donna le gouvernement à M. le grand eseuyer de Bellegarde le douziesme Jour de may, avec pouvoir de la fortifier; et pour son lieutenant M. duFayl-Belesbat, chancelier de Navarre^ fUt
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nomme et envoyé pour commencer la fortification, k laquelle ayant travaillé quinze Jours ou trois sepmaines, et recognu l'importance de ceste place, il se résolut de s'en faire gouverneur, et eut pour le soustenir en son dessein M. le mareschai de Biron, de quoy le baron de Byron son fils advertit M. legrand, qui se resolutpar sa présence de rompre ce dessein, et partit de Tarmée avec sa maison seulement. Estante Lizieux il voulut tenter la volonté dudit sieur du Fayl; mais il recognut que Tadvis qu*on luy avoit donné estoit véritable. Il despescba au Hoy, et Tadvertit de Faffaire, il en escrivit à M. de Montpensier, gouverneur de Normandie , et rechercha ses amis pour Tayder à une entreprise qu'il fit sus ladite place. Le Roy sur cet advis depescha les sieurs du f lessis Mornay, de Janbeville , Marcel et Vienne y conseillers do conseil d'Estat, lesquels, estans arrivez à Quillebeuf, firent changer d'advis audit sieur du Fayl, qui promit (d'obey r et de se retirer : mais il se saisit tellement, soit de regret ou autrement, que deux Jours après il mourut, et fut enterré sur un boulevart auquel il avoit donné son nom. Il estoit fils de la fille unique de ce grand chancelier Michel de L'Hospital, lequel luy avoit laissé par testament sa bibliothèque ; aussi estoit il homme de lettres. Le jour mesme qu'il mourut M. le grand entra dans Quillebeuf , et fut accompagné du sieur d'Haqueville, gouverneur de Ponteaudemer, et d'autres qui se retirèrent le lendemain, qui estoit le premier de Juillet, et entr'autres ledit sieur du Plessis qui alla retrouver le Roy. L'on employa un ou deux jours à voir le dessein dudit sieur du Fayl que M. le grand vouloit retrancher^ et, comme il en discouroit avec l'in* genieur Erard, il eut advis que M. de Mayenne, qui estoit à Rouen, envoyoit des troupes du costé de Ponteaudemer y dont il donna advis audit sieur d'Haqueville.
Après que le duc de Parme ^ comme nous avons dit, eut repassé la Seine auprès de Charenton, il tira droict à Chasteauthierry. Le légat Sega et le duc de Guise s'enfermèrent dans Paris, et M. de Mayenne s'en retourna pour donner ordre à Rouen, craignant un nouveau siège. Il mena avec luy deux mille Suisses, douze cents que François que LorrainSi et nombre de cavalerie. Plusieurs ont escrit que cependant il ne Jaissoit d*entretenir le Roy d'un traicté de paix, et que les députez d'une part et d'autre s'assemblèrent à Dernetail pour cest effect, mais que ce qu'il en fiiisoit n'estoit que pour entretenir Sa Majesté cependant qu'il feroit donner Tordre requis dans Rouen. Les Seize de Paris en prindrent l'alarme, et firent courir une infinité de |
faux bruits pour augmenter les jslonsSo est» ledit duc de Mayenne et le doc de Goise» et entr'autres que le duc de Mayenne estoit d'accord avec le Roy, et luy avoit promis de lu; iain rendre toutes les villes de l'Isle de France, à la charge qu'il auroit pour luy, outre le goaTeniement de la Bourgongne, celuy de Guyenne qw madame de Mayenne avoit désiré fort d'avoir i cause des terres qu'elle y avoit, et que son fils auroit le gouvernement de Champagne qni devoit appartenir à M. de Guise. Mais les efîeds que fit le duc de Mayenne depuis firent paroistre le contraire de tous ces fiâax bruits; carie bourg de Dernetail, lequel avoit esté si soigDeosèment conservé par les royaux, fat bmslépar ceux de l'union afin qu'ils ne s'y vinssent pins loger; et, pour rendre libre la navigation de Rouen au Havre de Grâce, et pour ester ce cambra que l'on leur dressoit à Quillebeuf, il se résolut, voyant que Parmée du Roy estoit divisée, une partie estant vers Caèn, et i*autre q« conduisoit le mareschal de Biron, qui costoioit le prince de Parme pour l'empescher de rieo entreprendre à son retour , de se rendre maistre de Ponteaudemer et de Quillebeuf.
Pour Ponteaudemer il gafgna ledit sieorde Hacqueville par argent, ainsi que plusieurs ont escrit, lequel alla le 3 juillet à Quillebeuf diaer avec M. le grand, et, après avoir visité a?ec lujr les commencements des fessez faicts par le feo sieur du Fayl, il se retira, et la nuict suivante il mit ledit sieur de Mayenne dans la yille de Ponteaudemer, en laquelle se trouvèrent lesdin sieurs Marcel , Jambeville, Vienne, et autres, qui furent arrestez prisonniers.
Ce mesme jour sur le vespre l'armée deU.di Mayenne investit Quillebeuf du costé de Poiteaudemer. Elle estoit composée d'environ diq mil hommes, tant en cavalerie qu'infanterie, lesquels se vindrent loger à la portée du oM>a^ quet des fossez. Du costé de la mer en messe temps les assiégez apperceurent de loing dtf vaisseaux, ce qui leur fit croire que c'estûtà bon escient.
Quatre des vaisseaux hollandois de ceux ff estoient au siège de Rouen estoient eneores n port de QuUlebeuf : voyans ceste af lEaire ib de* mandèrent congé. Ceux qui estoient auprès da M. le grand luy conseillèrent de les retenir^ n moins les vaisseaux , canons et munitions qrf estoient dedans, mais il les laissa aller avee toute sorte de courtoisie, disant qu'il estoit pM à propos que le mal fùst au dehors que dedaii* Cependant que oeux-cy s'en vont les autres s*ap* prochent, et, vouians passer devant la ville pov aller gaigner le dessus, ils furent empeschetà
CHBONOLOGIB NOVENAIBS DB PALMA CAYBT. [1592]
coups de canon, et Tun des vaisseaux, percé de canonnadesy prit eau et demeura sur le sable. Ceux qui estoient dedans se sauvèrent, et le laissèrent le reste de ce jour et une partie de la nulct, Jusques à ce que le reflus le ramena avec les autres, ayant esté rabillé. Ainsi Quillebeuf fat investy, et ne demeura libre aux assiégez que le haut de la rivière du costé de Gaudebec et de Rouen. Quillebeuf estolt un village habile de gens rudes qui vi voient sans juges et sans police, où les matelots y sont expérimentez et hazardeux ; mais le plus fort y donnoit la loy au plus foible ; il ne s'y payoit point de tailles ; peu ou point de religion parmy le commun de ce rude peuple. La ville, si ville se peut nommer, est en un fbnds, bastie de petites maisons sur le bord de la Seine; à Tentour il y a des montagnes ou falaizes plus hautes d*un costé que d'autre : ce qui fait qu'il y a une longue rue au milieu. Le flus et reflus de la mer apporte des commoditez à ceste petite ville. Le destroit est dangereux, et peu ou point de matelots Tosent passer sans avoir des Quillebois qui les conduisent seurement. II n'y avoitny fossé ny muraille quand M. du Fay l-Belesbat y entra , qui avoit délibéré de la faire nommer Yillenry; et pour faire sa fortification il enferma beaucoup de terre, et voulut la faire monter jusques au haut de la montagne. Il laissa ceste falaise qui alloit de la ville jusques au haut sans fossé ny palissade. Au haut de la montagne il fit les fossez d'un bastion, et, coi^tinuant le fossé de cent pas en cent pas , il laissa la marque des bastions à faire. La place avoit une lieuë françoise de rond. Le fossé quand le siège commença estoit en largeur et hauteur de quatre pieds.
M. le grand, se voyant assiégé, fit aussi tost une reveuê de tout ce qu'il y avoit dans Quillebeuf : il s'y trouva quarante cinq soldats et dix gentilshommes avec luy, et fort peu d'habitans; mais il la trouva garnie de bonnes coulevrines et canons, et de trente ou quarante pièces de fer qu'il fit tirer des vaisseaux appartenans à des marchans de Quillebeuf. Il y trouva aussi qu'il y avoit trois milliers de pouidre, une pièce de vin , cinquante de cildre , douze caques de biscuit, toutesfois sans aucun pain pour le souper du soir qu'il fut assiégé, ny farine, ny bled, ny moulins, et fallut que luy et les siens eussent recours au biscuit pour ce premier repas. Il donna incontinent advis du siège et de Testât de la place au Roy, et en escrivit aussi au sieur de Chatte, gouverneur de Dieppe, et au sieur de La Garde, gouverneur de Caudel)ec. La nouvelle portée à M. lecomtedeThorigny, ilsejettadans la place avec six gentikhonome^i un page et un
valet de chambre. Ledit sieur de La Garde fit ' aussi incontinent embarquer le sieur de Flassac, son neveu , avec cinquante soldats , tout le pain cuit et toute la farine qui estoit dansCaudel)ec,dQ bled, des moulins à bras, de la pouidre, des armes et des vivres, ce qu'il en put trouver. Ce secours arriva le matin, et quinze heures après que Quillebeuf fut assiégé, où il n'y avoit ny pain, ny farine, ny Ued; et ce jour là sans ce secours les assiégez se fussent couchez sans souper.
Les assiegeans le sixiesme juillet gaigoerent le dessus de la rivière, ce que le jour d'aupara* vaut ils avoient essayé de faire ; et , nonotetant les coups de canon que l'on leur tira de Quillebeuf, ils passèrent, et occupèrent de ce jour là le haut et le bas de la rivière pour empescher les vivres et le secours. Mais pour tout cela on ne laissa d'apporter souvent des nouvelles aux assiégez par le flus et reflus ; et mesmes le septiesme jour du siège M. de Grillon y entra avec deux de ses amys , et apporta quelques vivres dans son batteau. Ceux qui tenoient le chasteau de Tancarviile, qui estoit de l'autre costé de l'eau vis à vis de Quillebeuf, ne faisoient point la guerre. La nuict suivante le baron de Neufbourg y entra avec six gentilshommes, qui tesmoignann grand regret de ce qu'avoit faict son frère d'Haqneville à Ponteaudemer. Mais toute ceste noblesse, ny les soldats ny les habitans, ne paroissoient point en une place de si grande estenduë. Les assiegeans, ayans employé quelques jours à faire des tranchées qui estoient autant profondes que les fossez de la ville, envoyèrent sommer M. le grand ; mais le trompette fut renvoyé sans estre escouté. 11 n'y avoit pas grande apparence d'opiniastrer la garde de ceste place, qui n'estoit autre chose qu'une grande campagne environnée de fossez qui n'estoient en quelques endroits que de quatre pieds de largeur et autant de hauteur ; en d'autres les advenues en estoient libres. Les quatre et cinquiesme jours du siège les assiegeans tirèrent cinquante ou soixante voilées de canon. Les assiégez ne quittèrent jamais le dehors, et principalement lanuict ils y jettoient des sentinelles. Les jours ensuyvans se passèrent sans aucun effect de part et d'autre. Il y eut quelques coups de canon tirez dans la ville qui firent peu de mal. Le seiziesme juillet la batterie ùxi plus rude. Il y eut un bastion qui endura trois ou quatre cents coups de canon ; mais la terre que le boulet faisoit tomber estoit rejettée au dedans par les soldats qui n'abandonnèrent jamais les fossez. Le canon cessé , les assiégez se préparèrent à l'assaut , et mesmes les seigneurs souperent contre la brèche tous armez. Ce jour
ÇHfkOROIiQGlS NPVBUAIBS
el le^ dem^ i^py van» se passeeent ^p )*attaate de
l'août
mCfiP^iam le Boy ayant cpmmaqdé à messieurs le eomte de Sainçt Paul , d'O et de Ferjaques de secourir la place , ils usèrent de telle diligence qu'ils asseipj^lerent en dix jojirs dou^e c^t9 ctievaux et nombre d'infanterie , dont les assiegfsaps ad vertis se résolurent de faire un dep* nier effort, et de fafre donner un assault generf|l avant que d'estre contraioct# de levejr le siège ^ et le dixneufiesme Juillet, à neuf heures du soir, les asfiegeans tirèrent deux coups de canon, gui eatplt leur signal pour l'assaut gênerai. En cest assault le sieur de Vitry donna à la brèche , où se rencontra M. le grand avec quelques uns des siens. Au cQi|ameocement fis combattirept avec la pique quelque temps de part et d'autre. Les assaillans estoient; en grand nombre; maiS| après avoir longuement disputé et tué quatre des assiégez, ils se retirèrent avec perte. Trem? blecoqrt dm^na au t^ault de la falaize , et mopta siir le bQulevaft, armé de toutes pièces , mais il ne fut suivy de personne; il descendit et retourna, puis remonta pour la seconde fois sur le ipesme boulevart où estoit accouru le s^eur <}e Serrecape, lieutenant de M. le grand , qui |e rapoulsa do hault en bas dp boulevart ^ans le fossé. Le sieqr de Villars (It doppcr le^ siep; entre la rivière et |a ffilaize , pù ils ne trouvèrent i)y eau ny barricade, de sorte qu'il leur fut aisé ,dWrer de ce costé là. Ils se Jettereut, les nps dans les ipai^ns, les autres dans les navires, popr piller ; mais |e comte de Torigpy , accourant U avec nn ^ien page et up valet de chambre , empescha le F^te d*y entrer. Le lieu estoit estroit, et y avoit up grand vaisseau qui servpi^ de barica^e. Les Quiijeboisquigardoientpeco^té Tayans abapdopné , y revln^rept avec M. de Grillon qui aocouri^t au brpit dp ceste ailarme chaude. Geste troupe ferma je p^^sage à ceux qui estoieut dehoryi , et enferma ceux qui es-* toient dedans » la pipsrpafrt desqpeU furent tpez QU prisoopiepi* AiDsj de tons cpstez ceu^ de Funioa estaps reppul^e; , ^t |e combat ces^é | ils se résolurent de lever le siège, c(^ qp*ils firent de bon matin , et se retirèrent à Pontepudemer, VoyiÀ comipe le siegc fut levé de devant QuiU Ipbeuf , lequel dura trois semaipes , où ceux de Tuoiou perdirent de bous soldats , et tireren| troi^ mil cinq cents coups de oanop sans rien faire. Des assiégez il n'y ept que cinq poldats de tuez et vingt de blessez.
Le jour que le siège se leva 11 arriva dans Qnillebeuf force munitions de guerre et des vivres qpe le commandeur de Chatte envoyoit de Dieppe y et le lendemain le secours parut. Mes-
sieurs de Sainct Fol , éCO et de Feryaqiws niâterent la place , et y mirent des hommes et des vivres, s'esmerveillans qu'une campsgpe et rm pas une ville avoit résisté plus par resdutioii et bpnne mine que par raison.
L'Issue en fut bonpe , et ne fit pas cojiMiistn la témérité des assiège^ d'avoir | contre toate raison , opiniastré la ^arde d*une (sampagne dégarnie d'hpmmçs , de munitions , de vivres, de fosses et de palissades ; laquelle depuis , ayant esté munie, a incommodé ceux de Rouen aotant que |e fort de Gournay fit les Parisiens, aiosl que nous dirons cy après.
Les susdits seigneurs, ayans sejonmé deax jours dans Quillebeuf, partirent avectoutesleon troupes, et M. le grand aussi, pour aller trouver le Roy qui batoit la ville d'Ëspemay, que le duc de Parme avoit pris pendant le séjour qu'il ûti Ghasteauthlerry ens'enretournantauxPays-Bis.
En ce siège fut tué d'un eoqp de canon le na. reschalde ^irpn. C^stoitun valeureux ^igaair et aussi entendu generaj d'armée qu'aucun autre qpi ait esté de son temps. De descrire icy les batailles où il s'est trouvé , les armées qu'il a coadpiptes , et les actions militaires qui ont rends sop nom immortel , cela fp trppve asseï dans la bi^toriep^ qui ont escrit depuis l'an 1550jusqQes à présent.
^spernay estant rendq au Bpy à copiposItioD, il y mit dedans le baron de Yignoles,puisilco» gedi^ le prince d' Anbajt et ses reistres, avee \à lansquepets qu'il pvoit de re§te. Comme M. s marescbal de Spui|lpn le(| pvoit amenez , i) « accompagna aus^ jusquw sur la firontlere , «, ainsi qpe quelques uns ont escrit, ilsdevaliseteil tous les vivandiers des troupes dudit sieur m rescbal , et mesmef ils proposèrent de se sali de sa personne pour l'asseurapce de ce qui les pouvoit pstre deu. Aussi-to^t qu'ils furent pas sey la Meu^ ils commencèrent à se séparer, qi cent d'un cQSté, qui plus qui moins d'un autre pour s'en retpprper le plus promptement qal pourroiept ep leurs provinces. Quand au pHac d'Anbalt, il demeura encor ceste année de» 1 Rhin avec quelques troupes, et fit la gaerrepoi €$ux de Strasbourg contre le cardinal de Ls raine. Ceste guerre procedoit à cause de Teslfli tiou de deux evesques de Strasbqurg, sinsi qi nous dirons cy après. Ceux qui opt escrlt i rqtilité qu'apporta ceste anpée de reisftt en France , s'accordent tops qn^elle avoit c^ di più gravezza a gli amici che di dann$ nimici (l).
Avant que de dire comme le sieur de HaD(
, (i)Plu8àcluirgeà6esainisqaenaiaibieàsescoBrB
CaiU>|IO|.OGIS ROVINÀllB DM PAtlU CAYBT. [1692]
fva ii?rt Vienne au doc de Nemonrs, des prises et reprises d'Antîlies ^ et de ce qui s'est passé en Frovmce , Dauphiné et Languedoc , voyons ce qœ fit le prince Manrice pendant le voyage que to duc de Parme flt en France en ceste année , el de ce qui se passa au Pays-Bas Jusques à son retour.
Aussi-tost que le duc de Parme en fut party pour entrer en France, ce ne furent que plaintes, tant des gens de guerre qu'il y laissa, lesquels n'estoient point payez, que pour les foulles qu'ils fUaelentaux provinces où ils byvemoient.
Le prince Maurice , désirant se prévaloir de ma alMence , par rintelligence qu'il eut avec le tefon de Peseh , dressa une entrq[>rise au mois de mars sur la ville de Mastricht , et amassa en la Ganpeigne quelques quatre mille hommes , tant de pied que de cheval, et, avec certains bateaux qu'il avoit sur la rivière de Meuse, il penaoit entrer du costé de Vyck, quiest une partie de la ville située à l*autre rive, tandis que Tescalade 80 donneroit en un autre endroict. Mais, comme les escbelles se trouvèrent trop courtes, au bruit que l'on fit l'alarme se donna en la ville, qui Intimida ceux des bateaux à ne faire leur devoir, ce qui fit faillir l'entreprise ; et s'en retourna le prince sans rien faire, fasché du peu de devoir que ses gens avoient blet du costé de la rivière. Inédit sieur de Pesch, estant descouvert d'avoir €sté de l'entreprise , se retira avec le prince en Bollandei où depuis il eut charge d'une compagnie de eavallerie. En retournant de ce voyage par la Ganpeigne ils prindrent en passant le chas* teau de Berkeycfc. Les Espagnols pour le recouvrer y secoururent et l'assiégèrent , mais les Estats y envoyèrent quelques troupes qui les cmpeseherent de le reprendre.
Il y avoit en ce temps-là deux ftustions en la religion prétendue reformée dedans la ville d*Utrecht : les consistoriaux et les Jacobites. Ceuxcy ainsi appeliez à cause d'pn ministre d'un de leors temples appelle Sainct Jacques, et l'autre i raison d'un autre ministre qui disoit que la discipline etoensures ecclésiastiques nese pouvoient eieroer sans consistoire. Les consistoriaux , quatre ou cinq ans auparavant , le comte de Leyeestre estant gouverneur, duquel ils estoieBt caressez et favorisez , avoient chassé de la ville aucuns des plus notables jacobites qui BMidisoient do consistoire, lesquels estoient de grand parentage et les mieux venus entre la eoflumune. Or|Un Joov que les consistoriaux s'en doutoient le moins, quelques bourgeois se mirent de grand matin en armes, et s*addresserent aux Ipgis de ceux qui avoient le plus soustenu le consistoiie qu'ils prindrent prisonniers, et en mesme
tonps les menèrent vers la porte et les mirent hors la ville, pois rappellerent ceux qui auparavant en avoient esté chassez.
Quand le prince Maurice prit Zutphen , Deventer et Delfziel , il avoit résolu de se rendre maistre et de Groënlngue et de Stenvich ; mais le siège que mit le duc de Parme devant Knotzenbourg , loy fit quitter pour un temps son entreprise. Le soccez de toutes ces choses nous l'avons dit cy-dessus. Les Groéniogeois escrivirent au comte Pierre Ernest de Mansfeld, lieutenant en l'absence du duc de Parme aux Pays- Bas, et mesmes au roy d^Espagne, pour les supplier de donner ordre affiu de les faire délivrer de Testât misérable où ils estoient réduits par les garnisons voisines des gens des Estats que le prince Maurice avoit mis en plasieurs forts aux environs de leur ville. Ils envoyèrent aussi leurs députez à l'Empereur qui le supplièrent d'avoir le soin qu'une telle ville que la leur , qui s'estoit volontairement et librement donnée dez Tan 1536 à la maison d'Austrlche à la charge que l'on les maintiendroit contre tous ennemis , ne tombast sous la puissance des ennemis de ceste maison , et que pour leur secours il estoit besoin , non d'une armée de cinq ou six mille hommes, mais d'une armée royale forte pour reconquester une partie de la Frise occupée par les garnisons du prince Maurice et des Estats. L'Empereur, Ae pouvant de luy beaucoup en ceste affoire pour les empeschements nouveaux qui luy estoient survenus en Hongrie, en escrivitau roy d'Espagne, en leur recommandation, lequel manda audit comte de Mansfeldt que, sur toutes choses, il donnast ordre à la Frise, et mist les Groëningeois hors de doute. Mansfeldt leur avoit jà envoyé neuf mil florins pour soulager leur pauvre commune; il despescha aussi incontinent Verdugo avec Àx mil hommes , tant de pied que de cheval, qui alla en Frise ; mais il n'y fit pas grand esploict , sinon que d'y reprendre quelques petits forts et quelques tranchées.
Le prince Maurice cependant ayant assemblé les estats particuliers de Zelande i Mildebourg, et requis secours d'hommes et d'argent pour attaquer les Espagnols Testé prochain, afin de dresser une armée pour assiéger les places qui incommodoientceux de leur party en Frise et en Overyssel, et entr'autres Steenvich, où le capitaine La Goquielle, viralon donation, qui y com« mandoit avec seize enseignes de gens de pied, y avoit retiré tous ceux qui avoient vendu Gertruydemberghe au duc de Parme, ainsi que nous avons dit cy-dessus Tan 1689, et ceux de la garnison de Deventer qui avoient promis de ne porter point les armes d'un an contre le prince
CHBOMOrOGlE NOVENAIBB DE PALXA CAY£T. [1692]
et les Estatfl , tollemeot que tous ces gens de gaerre ramassez et déterminez endommageoient fort par courses ceux du party des Estats, les estais de Zelande ayant accordé au prince Maurice ce qu'il leurdemandoit, il s*en retourna en Holande, et, sur Tadvis qu*ll eut que le duc de Parme estoit assez empesché en France , Il amassa toutes ses troupes des garnisons où ils estoient, dressa son armée, et le 20 may alla investir Steenvich.
La Coquielle , se voyant Investy , fit assembler toute sa garnison, et leur dit ces mots : • Je désire, mes compagnons, qu*en ce siège que nous voyons s'apprester, vous et moy acquérions Ilionneur que désirent acquérir ceux qui font le mestier que nous faisons en deffendant bien une place assiégée , laquelle est forte et d*art et de nature , car toute la campagne qui Tenvironne ce sont marais où Tennemy ne se peut camper que malaysément. Pour l'artifice, elle est enceinte de bonnes murailles bien remparées, bien flanquées, avec de bons fossez. Mais toutesfois, pour ce qu'il advient beaucoup d'accidens aux sièges de vfiles, et mesmes qu'il n'y a aucune valeur ny générosité d'hommes qui peustresister dans une place, bien qu'elle fust ioexpugnable , assiduellement combattue sans secours, c'est pourquoy je désire vous représenter quelques particularitez qui peuvent advenir, affin qu'ayant vostre opinion je face une resolution de ce qu'il nous faudra faire jusques à la fin de ce siège ; car les périls que l'on a preveus de longue main sont plus aisez à supporter quand ils ad viennent. 11 n'est pas vray semblable que nos ennemis puissent accroistre de beaucoup leurs forces qu'ils ont en ce siège , pource qu'ils sont contraincts de laisser leurs places garnies de gens de guerre, de peur des entreprises et surprises que les braves soldats et serviteurs de Sa Majesté Catholique y pourroient faire; bref, nous voyons maintenant tous ceux à qui nous avons affaire. Pour le secours que nous pouvons espérer, bien que je ne vueille faire aucun fondement sur celuy que nous devons attendre du duc de Parme, duquel nous avons eu advis qu'il a faict lever le siège de Rouen , si vous diray-je qu'il n'a eu charge de Sa Majesté Catholique d'entreprendre ce voyage avec les forces qui estoient en ces Pays-Bas que pour faire ce seul exploict , sans s^obliger à aucune autre nouvelle entreprise, et de retourner incontinent de deçà. Mais bien, quand il ne reviendroit pas si tost , il ne faut pas penser que le comte de Mansfeld nous laisse perdre icy, ny Yerdugo , tant pour son interest que pour son honneur, car ceste place est de son gouvernement. Or, posons le cas que nos enne-
mis croissent à milliers , et que nous soyons sans espérance de secours : je ne doute point toutesibis qu'usant modérément des munitions de guerre que nous avons dans ceste ville, nous ne facions recevoir une honte à nostre ennemy et le contraignions do lever son siège honteusement. Pour tout cela je ne désire point vous contraindre de soustenir un siège dans ceste ville , mais je vous prie que vous me disiez un chacun de vous ce qu'il pense estre besdn de faire, comme il se faudra gouverner, et jusques à quel temps Ton peut juger que nous pourrons tenir et soustenir ce siège. •
La Coquielle n'eut plustost achevé ce mot, que les capitaines tous d'une voix luy dirent qu'il leur faisoit tort, et qu'il semblolt qu'il doutast de leur fidélité , ce qu'il ne devoit faire ; et, levans les mains, luy protestèrent que jusques à la dernière goutte de leur sang ils deffeudroient ceste place pour Sa Majesté Catholique. Dequoy La Coquielle, bien ayse d'avoir cogneu leur affection , se promit une bonne yssué de ce siège, ce qui ne luy advint pour avoir eu affaire à un courageux ennemy, lequel s'estoit lojîé dez le commencement au village de Havelt, du costé de l'orient de la ville , et trois jours après il fit loger sa cavalerie à Giethooro, et de pas en pas, par le moyen des tranchées qu'il fit, il osta la campagne aux assiégez, et le huictiesroe jour da siège, après que toutes les approches furent faictes et le camp bien retranché, ils commencèrent à dresser la batterie de vingt-quatre pièces de canon , qu'ils firent tirer de telle furie qu'à plus d'une lieuè de là la terre en trembloit , et furent tirez ce jour plus de sept mille coups de canon, le sieur deFaroas, gênerai de l'artillerie, n'y espargnant balles ny poudres , de sorte qu'il fa* lut sur le soir faire cesser la batterie parce que le canon , trop eschauffé, donnoitpar dessus la ville au quartier du comte Guillaume de Nassau, où il tua quelques soldats. La baterie cessée , les assiégez ne s'en firent que moquer, ballians leur rampart, comme si cela ne leur eust non plus nuy que des coups de balets et non de boulets, avec beaucoup de propos de gausseriesqu'ils disoient aux assiegeans.
Le treiziesme du mois la batterie recommença, plus furieuse qu'auparavant, depuis les quatre heures du matin jusques à six heures du soir, où il fut thré douze mil coups de canon ; et , combien que la bresche ne fast suffisante, si est-ce que le prince fit approcher cinq esquadrons comme pour donner un assaut, maison ne passa pas plus avant pour ceste fois.
Les assiégez faisoient souvent des sorties bien furieuses y tantost sur un quartier^ tautost sur
CHHONOLOGIB MOVENAIRB DB PALHA GAYET. [1592]
rautre da eamp des Estais , où ils prenoient toQsjoa» quelques prisonniers , dont ils en pendirect aocuDs hors do rempart. Entre autres ils fiKDt une eamisade le dix-septiesme dudit mois aveeeuviron cinq cents hommes, et, gaignans les treachées, se ruèrent sur la compagnie du capitaine Olthoven quMls deffirent et taillèrent en pièces.
Le capitaine Gomput , du régiment des estats de Frise, Inventa certaine machine de bois en forme d'une petite tour à trois estages, qui se mootoit et desmontoit par vis si haut que de là OD pouvoit descouvrir tout ce qui se faisoit en la ville , à chacun desquels estages y avoit quelques inoosqQetaJres qui empeschoient que nul ne se poovoit trouver ny par les ruesny au rempart : ee qui fut cause que les assiégez percèrent les naisoos de Tune en Fautre sans quMl leur fust Iwsoio d*aller par les rues, et desoonvrirent toutes les maisons qui s*y trouvèrent couvertes de paille, affin que les assiegeans n*y pussent tirer du feu. Et comme cest engin de bols leur empeschoit le plusVaccez à leur rempart, ils braeqQcarentqaeiques pièces d'artillerie pour TabliBtre, et, combien qu'il fust tout à Jour, si est-ce qu'ils en emportèrent de tels esclats avec perte d'hommes, qu'en fln,ny pour promesses, ny pour menaces, les chef^ n'y purent plus faire entrer les soldats, et ainsi ceste machine devint Inatiie depuis.
Environ la fin du mois de Juin , le gouverneur Verdugo, sçachant bien que les assièges dedans Steenvich avoient faute de poudre, envoya deux eents cinquante soldats avec chacun un sac de dix ou douze livres faire uneespreuve s'ils pourroient entrer en la ville , et , pour plus grande asseurance , envoya un homme les advertir à quelle heure ils viendroient, affin que les assiégez faisans au mesme temps une sortie de ce co8té-là, il leur fust tant plus aysé d'y entrer. Mais cest homme ayant esté pris par ceux du camp du prince , et bien interrogé, il descouvrit le secours qui devoit venir, lequel ne faillit à )*heare que le gouverneur avoit mandé , lequel bien attendu au passage, il y en eut deux cents qui furent taillez en pièces , le surplus se sauva qni put. Ce qa*entendans les assiégez , et que de pins en plus leurs gens se diminuoyent, ayans perdu le comte Ludovic deBerghe, les capitaines Blondel , Hessel , les lieutenans de Steecbach et de Camega, et plusieurs autres, voyans aussi qu'il n'y avoit point d*espolr de les pouvoir délivrer, et que tant leurs vivres qu'autres munitions leur deffaltloient, pensèrent de parler de composition ; mais, pource que le prince Maurice \ouloit avoir tous ceux qui avoient livré Gheer-
truydemberghe an duc de Parme, afin d*en faire ce qu'il voudrait , 11 ne fut rien fait pour ceste fois , alleguans que dès le commencement du siège Ils avoient tous Juré de vivre et mourir également , à raison dequoy la condition de l'un ne devoit pas estre pire que l'autre, aymans mieux mourir en combattant , qu'estans prisonniers après la ville rendue et estre pendus.
Sur ce le prince fit redoubler sa batterie Jusques à soixante pièces de canon qui foudroyoient tout dans la ville , outre les trois mines qui Jouèrent le quatriesme de Juillet, et firent un tel eschec des soldats qui estoient dessus et au pied du rempart, qu'on n'y voyoit qu'hommes voiler en l'air, et y donna telle ouverture qu'on fust bien allé à cheval à l'assaut. L'efifect desquelles mines le prince Maurice voulant recognoistre , s'en estant approché , récent une harquebusade de dedans la ville en la Joue gauche , mais sans danger, dont il guérit tost après. Les assiégez , l>lene8tonnez deteisfoudroyemens, desesperans de se pouvoir maintenir plus long temps, craignans en si belles et spacieuses bresches d'estre emportez d'assaut, consentirent tous d'un commun accord de parlementer et traitter d'apoinc* tement, ce que le prince leur accorda ; et le lendemain, cinquiesme de Juillet, fut conclu et arresté que les assiégez sortiroient avec l'espée, et Jureroient de ne porter les armes outre le Rhin de demy an contre les Ëstats.
En ceste sorte fut la viile de Stenvich rendue au prince Maurice après avoir enduré vingt-neuf mille coups de canon , et que ledit sieur y eut perdu environ quinze cents hommes et beaucoup de blessez, entr'autres le colonel François Vecr et Horatio son frère, le colonel du régiment de Yest-Frise, Guillaume de Dorp, dont il mourut, et plusieurs autres. La ville rendue, le capitaine Berestein y fut mis en garnison avec quatre compagnies. Le camp des Estats y demeura si longtemps es environs, que les remparts furent reparez , les fossez nettoyez et relevez , et tous les retranchemens applanîs. Ceux qui avoient livré Gheertruydemberghe n'estans comprinsen l'accord , autant qu'il en fut attrapé furent pendus. La Coquielle et tous les siens , avec les blessez , les malades et les bagages, furent conduits Jusque» en la comté de Benthen, ez frontières de Yestphale.
Le duc de Parme estoit allé prendre des eauês de Spa quand Stenvich fut rendu au prince Maurice , ainsi que le reportent plusieurs relations qui s'accordent en cela , et disent qu'après que ledict sieur duc eut repassé la Seine à une lieuë au dessus de Paris sur un pont de bateaux qu'il fit faûre exprès, il s'en alla à Chasteau-
CHUOlIpLPGiy NOVJtli^M PS ?^Mâ CAYIX. [1^93}
tm^rry , où il séjourna quelque temps pour attendre de l*argent de Flandres afia de payer son armée, ayant ^ntretequ ses soldats depuis son entrée en France, en leur baillant seulement deux escus par mois, et que , leur ayant faict donner une paye , il s'estoit retiré pour aller aux eauës de Spa, per esser moUo indebolilo, uscilogli gran quanHtà di sangue 4el brucdàj e pero débile , e qffiiiio più dalla sua veechia indisposilione (i).
Le duc de Parme , estant doue malade à Spa , rescrlvic au comte de Mansfeldt qu'il eust à secourir Stenvicb , puis solicita par escrits , commanda et menaça les Espagnols qui estqient aux garnisons de se joindre audit sjeur comte : mais ils n*en voulurent rien faire qu'ils ne fussent satisfaicts de ce qui leur estoit deo. I| commanda aussi au colonel Mondragon , gouverneur de la citadelle d'Anvers, d'entrer avec cinq mille hommes et cinq pièces d'artillerie fiu paîs de Qianpeigne, ce qu'il fit, et assiégea le chasteau de V^terlop^ lequel se rendit le 18 juillet par composition, Pas^pt oultre, il alla devantTournl)put qui se rendit pareillement le 2Q, et celuy de Bergheve le 2 1 , qui estoient trois plaees par lesquelles les gens des £stats travailloient toosjoprs le pays de Brabant et autres lieux circonvoislns; ce que Ton faisoit afAn deitascher à faire destourner le prince Maurice de ses desseins; mais tout cela ne servit de rien , car l'armée ne se pouvant assepabler promptement pour secourir Stenvicb , ils le laissèrent ainsi perdre , et TEspaguoI put encor cognoistre la vérité de ce vieil proverbe françois : Qui trop embrasse mal estreini. Pensant envahir la France, lise trouva n'avoir pas assez dequoy seulement pour dompter les Estats, ce qui fut cause qu'il perdit ceste année les deux plus belles forteresses qu'il eust au pays d'O very ssel et au pays de Tuente ; carie prince Maurice, toutd*uue suite poursuyvant la victoire de Stenvicb, envoya son armée devant la ville et fort chasteau de Covoerden au pays de Tuente ; et luy, ayant tiré de son armée douze cents hommes et cinq pièces d'artillerie, il marcha vers la ville d'Otmarson dans lalaquelle commandoit Alphonse de Meodosse, lequel voyant qu'avec sa cavalerie il n'y pouvoit £sire aucun service durant le siège , il en sortit avec soixante chevaux , et passa au travers des troupes du prince, promettant à ceux d'Otmarson de &ire tant envers le colonel Verdogo qu'il leur ameneroit du secours. Le sieur dcFamas, gene-
(I) Parce qn^ayant perda une grande quantité de sang par suite de sa blessure au bras , il étoit fort affaibli , et souffrait davantage de eoa aacienoe iodispositioo.
rai d^ l'artUlerie , ayunt dieipé sa hatterii, It nuict mesme estant prez du canon , il tut tiié de la ville, au son de sa parole, d'une harquebozade en la teste , duquel coup U fat toi Lb prince le regretta fort , estant un de tes principaux conseillers au faict de la guerre, et trèiexperimenté au falot de Tartillerie. Les suieg^) après quelques volées de canon, presomaosqQe s'ils s'opioiastroient le prince se voudroit venger sur eux de la mort dudit Famas, demandèrent composition qui leur fut accordée. En mesme temps que la garnison espagnole sortoit, la garnison y assignée de la part des Estats y entra, et ce mesme jour le prince vint retrouver tonte son armée devant Covoerden.
Le Drossart , entendant la venue do camp du prince, brusla la ville et abatit tous les jardins et bayes d'alentour pour ne rien laisser où ses ennemis se poussent mettre à oouvert. Ce noiobstant, le prince Maurice seretrancbapea àpei jusques au bord du fossé du chasteau qui est fort d'assiette, de nature et d'artifice, et qui estoit es* Umé imprenable. Il yavoit un ravelin près de la porte qui garantissoit le pont , lequel fat mis incontinent par terre. Ce nonobstant , les assièges ne laissoient de faire des sorties assez forienses. Ils en firent une en plein midy où ils taillèrent en pièces toute une compagnie , capitaine, Kentenant et enseigne , et ne s'en sauva an pias qu'unze soldats. Pour empescher toutes ces sorties le prince flt dresser quelques pièces de canon afln de rompre 1q pont, ce qui fut fait. Or cest esté estoit du commencement fort sec , qni fot cause que tant plus aysement il assiégea cesta place tout à Tentour , voire mesmes es lieux marescageux ; et , comme les fbssez do chasteau estoient profonds et larges , après qu'il ent (ait escouler le plus qu'il put les eaux , il les fit pied h pied remplir en roulant terre i terre de lalB^ geur de dix ou douze pieds tant seulement, et, à mesure que le fossé se remplissoit , ce qni estoit rempiy se couvroit de nuict avec des planches posées sur des estapço¥|S , restans par dessous une forme de galerie qui se eontioua petit 4 petit si long temps qu'elle vint au pied du rempart. Les planches par dessus estoient couvertes de terre et de gazons , afQn que les assiégez n'y pussent jetter le feu ; car autrement ne la ponvoient ils offenser de leur artillerie. Puis par ceste gallerie vindrent les premiers à la sappedo rempart , sans que rien les pust empescher. Et, comme ce rempart estoit ariné de gros troncs d'arbres et membres de bois, tant croises qne couchez à droit , la terre et quelques faissines entre-deux , ceste terre ostée il fot délibéré d> mettre le feu.
CfiBONOLOGIfi IlOYSnAIB^ 0« PAMU G^YST. [1693]
LedQe d^ PariD0 , sçacbaot de quelle impor*' tau» estait Couvœrd^ii, comme la clef de tout le pays de Frize , DreQt|iea et Gronioghe , eo^ Toya quatre mil hommes de pied et quioze cents ehevaux fm^ la conduite de Yerdugo , gouveroeor de Grooipgeolfli , pppr ta^cber k en faire divertir le siège; mais s'e^tapt approché, et troavaat Iç prince Utn retranché , il alla se eamper à Eniiçbem pour couper les vivres qui veQoient au camp des Estats du eosté de la ville de Zwol , et fit &ire force signais pour foire en* teodre aux aseiieges qu*il estoit là pqur leur se-: cours. Apr^ y avoir sejourpé quelque^ Jours , voyant qu'il en vepoit en abondance par autres endroits , il délibéra 4'4tt4quer les tranchées : ce qui! fit faire dp commencement bien h prqpos. par le comte Fregoano Sessa i^vee cent braves soldats esleos qui , ayans passé la première trauékj se mirent à crier Viciaire ! mais ils furent ra mesme instapl repoolsez par le comte de Ho« beoloo qui y accourut en toute diligence, et en fit demeurer plusieurs $ur la place ; puis le canon du prioee donni^it au travers de quelques escadroos, YerdugQ fut contraint de faire faire retraitte , toutesfois tousjours escarmouchauts et marehans en gens de guerre , comme s'ils eussent résolu d'y retourner eqcQr une autre fois.
Les as^iege^, voyana leur secoura retiré, qoittaas tout espoir, sentans leurs rempars tellement sappez qp'il ue restoit qu'à y mettre le feu, leoradeffenses et parapets entièrement abbatus, ^ qu'il n'y avoît bon^me 9l hardy qui s'y ozast moQstrer s'il n'estoit las de vivre , aymerent mieux rendre la place par capitulation.
Verdugos'estant ainsi retiré avec ses troupes, etCovoerdeq ton^bé en robeyssance des Estats, ie prince Maurice , qui dqrant le siegç n'avoit voulu sortir hors de son camp pour le combattre, craignant de perdre une si belle occasion qu'il Avoit en main pour se faire maistre de ceste place , après y avoir inis garnison et donné ordre 4 la réparation des remparts et ruines et à lap* planisseo^ent de ses trenchées , partit avec toute son armée et poursuivit le^ Espagnols tiraus vers le Bhia et voulana le rppasser à Fendroict de la Yille de Bercl^, Mais comme le prince les ti^lon- &oit de si près, Yerdugo , sentans ses gens deseouragez qui se retiroiept à la file passant à costé de la ville de Vezei , le prince tousjours le poursuivant, s'alla caïQper à l'abry d'une petite ville en Ve#tphale nommée Bocholt, où le prince ne Tosa attaquer, car il n'y avoit qu'on chemin ttsez estroit pour y aborder, au reste une grande fondrière et plaine mareacageose entre-deux. Ce qai fut cause que le prince, sans le vouloir poursuivre plus avant, copune l'automne esipit JA
fort avancé et que les pluyes et mauvais temps de l'hyver approchoient, s'en retourna en Holande, et mit son armée en garnison au^ villes Jusques au printemps, ainsi que nous dirons l'an suivant.
Cependant aussi que Verdugo se reiiroit de l'autre costé au pays du Liège pour y faire hyverner ses troupes , le duc de Parme faisoit ses preparatifo pour entrer la troisiesme fois en France ; mais la mort l'en empescha , ainsi que nous dirons sur la fin de ceste année. Retour* nons voir en France oe qui s'y foisoit.
Au mesme temps que le due de Mayenne gaigna le gouverneur de Pouteaudemer , ainsi qu'il a esté dit cy-dessus , le duc de Nemours aussi qui estoit à Lyon , et toutesfois divisé de volonté d'avec ledit duc de Mayenne , voulant , ainsi que plusieurs ont escrit , s'y establir une souveraineté particulière , comme il se pourra plus aysement juger à la suitte de ceste histoire, practiqua le sieur de Maugeron , lequel, contre la fidélité qu'il de voit au Roy, prenant pour plainte et subject que l'on luy avoit refusé un brevet ifi quelque bénéfice qu'il avoit demandé pour un des siens, nonobstant tout le bon accueil que luy avoit faict Sa Majesté peu de jours auparavant , entra en practique avec le duc de Nemours , et luy promit de luy livrer les foris qui août dans Vienne , appeliez Pipet, Saincte Colombe et La Bastie , moyennant , ainsi que plusieurs ont escrit , nombre de deniers. Le jour de l'exécution assigné entr'eux au dlxiesme jour de juillet , le duc de Nemours fit sçavolr son entreprise au duc de Savoye son cousin , et sur la proposition faicte entr'eux qu'il estoit facile, en joignant leurs forces et gaiguant Vienne à leur devQtion, de conquester tout le Dauphiné en l'absence du sieur Desdiguieres qui estoit lors en Provence, le duc de Savoye laissa sa délibération qu'il avoit d'envoyer ses troupes aux environa de Genève pour y faire rebastir le fort de Versoy et autres forts afiu âe boucler encor ceste vlllet À qvpy le poussQit fort dom Olivares (l) , et fit assembler ses troupes auprès du lac du Bqurget , pu se trouvèrent de sept h huict mil hommes espagnols, savoyards et italiens, lesquels sous la eonduitte audit dom Olivares se rendirent tous à Lyon , où ils passèrent le Rosne et la Sosne, et s'en allèrent loger à Saipct Safforiu d'Ozon.
La tref ve entre Ici Lyonnois et le Dauphiné avoit esté jurée solemnellement par les chefs , tant d'une part que d'autre , dez le vingt-cinquiesme de may : mais quiconque veut rompre une trefve ne trouve que trop d'occasions. Le
(I) Aucuns diseat Olivari ( Ao(« ifi VwiwuX
CHBONOIiOGIB NOVBlfÂIBB DB PALMA CAYBT. [1593]
duc de Nemours en print uue sur un homme d*armes qu*il diaoit estre retenu prisonnier dans Sainct Marcellin, et de quelques damoiselles à Grenoble, contre les conventions deladite trefve. Ce fut ie subject qu*il fit publier pour la rompre, et pour lequel , disoitil , il reprenolt les armes. Ainsi les troupes de Savoye et les siennes joînctes ensemble , faisans bien dix mil hommes de pied et plus de quinze cents maistres, s'acheminèrent vers Vienne. Maugeron, suivant son accord , luy livra lesdits forts qui commandent du tout à la ville, tellement que les habitans furent contraints de changer de party et recevoir M. le marquis de Saint Sorlin pour gouverneur, et le sieur de Disemieux pour lieuteoant
Le duc de Nemours, pensant que la surprise de ceste ville occasionneroit quelque remuement aux autres places du Dauphiné voisines , se tint trois jours dans Vienne et son armée aux environs; mais tous les gouverneurs des places qui tenoient pour le Roy blasmerent l'acte de Maugeron, et délibérèrent tous de se bien deffendre s^ib estolent attaquez. Le duc voyant que rien ne bransioit, il mena son armée dans le Dauphiné, et, pour contenter Tarmée de Savoye, alla assiéger le fort des Eschelles , qui est entre la Savoye et le Dauphiné, lequel le sieur Desdiguieres avoit auparavant pris sur les Savoyards affin d'avoir un passage à Ghambery. Ayant battu ce fort de six pièces de canon, le quatrlesme Jour d*aoust , la bresche estant faicte , le marquis de Trevic et de Treffort firent donner Tassaut si farieusement qu'ils entrèrent dans le fort, tuèrent quatre-vingts harquebusiers, mais ils y perdirent lieaucoupde leurs meilleurs hommes. Le reste des royaux s'estans retirez dans une église qui estoit encor bien fortifiée au milieu du fort, le duc de Nemours, voyant qu'il ne les eust peu tirer de là sans perte, les receut à composition.
Sur la nouvelle de la prinse de Vienne et entrée du duc de Nemours en Dauphiné , le sieur Desdiguieres, qui estoit au fin fonds de la Provence là où il estoit allé, y accourut. Mais avant que de dire comme le colonel Alphonse d'Ornano et luy Joignirent leurs troupes ensemble pour empescher les desseins du duc de Nemours, voyons pourquoy il estoit allé en Provence.
M. de La Valette, gouverneur pour le Roy en la Provence, ayant assiégé Roquebrune au mois de février de ceste année , fut tué d'une barquebuzade. G'estoit un seigneur prudent, valeureux, et fort affectionné au service du Roy , qui fut une grande perte. Le sieur Desdiguieres préjugeant que le duc de Savoye ne faudrait Jamais de se prévaloir de eestc mort , et que les villes et
forteressesde laProvence quIestoientdemeQKcs en l'obeyssance du Roy pourraient estre csbran* lées de cest accident , il s'y achemina encor une fois et alla Joindre ses troupes avec celles du sieor de Montaut , cousin germain dudît fea sieur de La Valette , à qui les autres gentilshommes et capitaines avoient defferé le commandement en ' attendant que le Roy y donnast ordre et y ponrveust d'un autra gouverneur. Ces forces^doe* tes ensemble , ne résistèrent pas senlement aux efforts du duc de Savoye , mais mesnies ledit sieur Desdiguieres le contraignit de se mettre sur la def fensive ; car , après avoir repris Dngnignan et s'estre rendu maistre de INgnes et de quelques autres places , il alla Josqaessor (es confins de la Provence, où il fit sentir mesmes les inconmioditez de la guerre aux snbjets du] duc de Savoye , lequel , attendant des forces nouvelles du Miianois et du Piedmont, s'estoit retiré dans Nice qui est la première ville îm* tiere de la Provence, laquelle les ducs de Savoye ont usurpée Jadis sur les comtes de Provence. | Geste ville est située sur la rivière de PalloQ. oà { lesdits ducs y ont faict bastir une forte citadelle^ tellement qu'Antibe sert maintenant de fnmtiere de ce costé-là.
Or le présent duc de Savoye s'estoit aosâ emparé d'Antibe depuis la mort dn feu Boy, et y tenoit une forte garnison. LesieurDesdlguieres, se trouvant lors sur ces frontières , dressa une entreprise sur ceste ville qui luy reussit^s'en rendit le maistre , et en chassa les Savoyards, puis s'en alla au commencementde Juin assiéger et battre Riotte sur ladite rivière de Pallon proche de Nice, à la veuê du doc, lequel, ayantreceu quelques troupes italiennes, les conduit Iny mesmes au devant des royaux qui vonldat passer ladite rivière , et fit faire plusieurs r^ tranchements aux siens afin d*empescher le passage , ce qu'ils firent pour quelques Jours. Mais le sieur Desdiguieres , désirant voir le doc de Savoye de plus près et entrer aux fh>ntieresd*l' talie , passa ceste rivière à un gué qu'il y tronva, accompagné de huict cens cavaliers ayant chacun un harquebusieren croupe, aveclesqoets il attaqua les retranchemensdes Savoyards, lesquels il leur fit quitter , et leur donna la chasse Jusques sur le bord des remparts de Nice où estoit le duc de Savoye , qui vid devant ses yeux la perte de beaucoup des siens. Les mousquetaires savoyards et le canon , qnl estolent sur les remparts de Nice , firent retirer les royaux , lesquels ayant repassé la rivière après avoir foict plusieurs courses sur ces frantiercs là , vindrent à Sainct Laurent , d'où ledit sieur D^iguieres partit incontinent pour attaquer Yense , ville où
CHBONOLOGIE HOVBIIÂIBB DS PÀLMA CàTBT. [1592]
y aevesché, et dans laquelle ï\y avoit une bonne garnison ; mais, ainsi que l*on faisoit les approches, et qu'il s'apprestoit de battre ceste ville de six pièces de canon, les nouvelles cy dessus dites luy furent 'apportées, sçavoir que le sieur de Maugeron avoit livré Vienne au duc de Nemours , et que le duc avoit rompu la tref ve et estoit entré avec une puissante armée en Dauphiné, ce qui fut cause qu'il ne continua ce siège ; et , ayant donné ordre le plus promptement qu'il put aux affaires de la Provence en attendant que M. le duc d'Espemon y qui s'y acheminoit avec une armée , y fust venu , il print en toute diligence la route du Dauphiné avec toutes ses troupes , et y arriva sur la fin de Juillet. On a escrit que ceste rupture de trefve et ceste armée Jettée dans le Dauphiné n'estoit que pour faire faire une révulsion des forces dudit sieur Desdiguieres qui pressoit par trop le duc à Nf ce.
Pendajit le siège dudit fort des Eschelles, les sieurs colonel Alfonse et Desdiguieres , ayants joints leurs forces, vindrent attaquer Sainct Marcellin qu'ils emportèrent d'abord par composition. Ils pensoient inciter par là le duc de Nemours à quelque secours , et à quitter le Pont de Beauvoisin pour les venir voir : ce qui n*estant pas arrivé , ils marchèrent à luy , et prindrent le logis de La Coste Sainct André. M. de Nemours , au contraire, reculant de combattre, laissa le Dauphiné, et alla prendre pour logis Sainct Genls et les retranchements que dom Olivarez y avoit faits Tannée précédente en trois sepmainesqu*il y séjourna, pendant lequel temps toutes ses troupes avoient remué force terre. Alphonse et Desdiguieres, voyans la difficulté qu'il y avoit de venir à un combat, veu le lieu où le duc s'estoit retiré, et l'incommodité que c'estoit de tenir si grandes troupes ensemble et les nourrir sans espérance de les employer , prindrent pour conseil de se séparer, le sieur Alphonse pour faire gros à Moras et le fortifier, comme il fit aussi Beaurepaire et Seteme , Desdiguieres pour se retirer aux garnisons en attendant quelque meilleure occasion. L'armée du duc de Nemours séjourna quelque temps audit SalnctGenis sans bouger ; ^ fin elle fit semblant de prendre le chemin de Seteme, comme si elle eust voulu assiéger ceste place; mais tost après ceste grande armée se desbanda et ruina d'elle mesme sans autre effect , et le duc de Nemours se retira à Lyon.
Or le duc de Savoye, ayant receu nouvelles forces de cavallerie et d'infanterie, voyant ledit sieur Desdiguieres empeschédans le Dauphiné, rentra avec ses forces dans la Provence par dessus
un pont de barques qu'il fit faire snr la rivière de Pallon, et son lieutenant gênerai , Cssar d'Avalos, assiégea La Gagne qui se rendit incontinent à composition. Ceux du dedans furent con* duits à Antibe, où il fit faire , comme rapportent les relations italiennes, il guasto à la campa* gna, tayliando non pur le biade pressa che mature, ma gli arbori ancora^ e le rt^n^ [le desgast aux environs , coupant non seulement les bleds qui estoient murs , mais les arbres et les vignes ]. Ainsi ceux d'Antibe, se voyans menassez d'un siège , firent souvent des sorties à la faveur du canon. En quelques escarmouches ils furent victorieux, en d'autres ils eurent du pire. Cela dura quelques jours, pendant lesquels ils esperoient secours de M. d'Espemon que le Roy envoyoit en ceste province avec une armée. Mais le duc de Savoye, ayant receu encor de nouvelles troupes , fit investir de plus près Antibe , et se saisit du chasteau de Canne afin d'empescher le secours qu'ils pourroient avoir de ce costé là, mit bonne garnison dans Grasse, qui est une cité episcopale dont Antibe est du diocèse, et fit venir douze pièces d'artillerie de Nice, qui furent amenées par mer, avec lesquelles il fit commencer une rude l)atterie du costé de Sainct Sebastien, où , ayant faict brèche, il fit donner Tassant le dernier Jour de juillet. Les siens entrèrent de force dans une partie d'Antibe que l'on appelle La Borgade , et les François se retirèrent, les uns dans la vieille ville là où est le chasteau, les autres au fort qui est sur le lx>rd de la mer , et les femmes et les enfans aux églises. En ceste journée les Savoyards firent un grand butin dans ceste ville. Le duc, voulant avoir le chasteau , y fit faire bresche avec trois pièces de canon , où il fit promptement donner l'assaut; mais les siens furent si rudement repoulsez avec le canon et des feux d'artifices, qu'il y en eut grand nombre de tuez, et luy mesmes pensa Testre d'un coup de canon. Pour avoir perdu de ses meilleurs soldats en cest assault. il ne laissa de faire recommencer la batterie , et fit faire une grande bresche du costé de Nice. Mais , voyant que les François ne discontinuoient leurs sorties, où ils faisoient mourir force Savoyards, et se presentoient résolus à la bresche pour la soustenir , le duc leur fit remoustrer qu'ils estoient hors d'espérance de secours ^ et que les siens avoient taillé en pièces trois cents François que Ton leur envoyoit pour les secourir, et qu'ils ne pouvoient eschapper de tomber à la longue sous sa puissance. Les assiégez , se voyans réduits à deux cents cinquante de dnq cents qu'ils estoient, acceptèrent la composition de sortir vies sauves , et ceux du fort ^ ou
CltBONÔLOCilÈ tfÔTfctlAfitB
estoit le frère dtt eomte de Bar et le sfeur de Ca* naus , s'estans rendus aussi le septiesme d'aoust à composition de sortir armes et bagages , ftirent tous des valises et la plos-part tuez. Geste ville fut entièrement pillée et saccagée par le duc de Savojre. Le pillage se monta à plus de trois cens mille escus , outtre qu^il fallut que les habitans rachetassent leurs maisons de trente mille escuâ. Les Savoyards trouvèrent dans ceste place dix pièces de canon de fonte et dix-sept dé fer, deux galeottes et trois navires. Le duc , estant ainsi maistre d* Antibe , mit le comte de Martinengtie dedans pour gouverneur avec une garnison d'Italiens et d'Espagnols, et depuis il s'en retourna avec la duchesse sa fetfime sur ses galères à Nice , là où il récent les nouvelles que le sieur Besdiguieres estoit entré dans le Piedmont : ce qui le contraignit de tirer la plus-part de ses forces de la Provence, là où le duc d'Espernon alla reprendre Antibe ainsi que nous dirons ey après , et d'aller deffendre ses propres pays.
Le sieur Desdiguieres, comme nous avons dit , à son départ d'avec le colonel Alphonse, mit toutes ses troupes aux garnisons ; mais ce ne fut pour y estre long temps, car il leur donna assignation de se trouver trois semaines après à Briançon pour l'exécution d'une entreprise bien haute et difficile qu'il desiroit faire sur le Piedmont. Ce seigneur ne fit pas ceste entreprise sans l'appréhender beaucoup pour une infinité de grandes considérations, principalement d'autant qu'il sçavoit assez que le Roy avoit tant d'affaires ailleurs , quMl ne â'en osoit promettre si tost l'assistance et secoure qu'il en eust tiré en quelque autre saison. Neantmoins l'utilité qu'il prevoyoit en pouvoir redonner à la France luy fit passer toutes difficultez.
L'armée doncques du Roy , sous la charge et conduitte du sieur Desdiguieres , passa le mont Genevre le 26 septembre , et se mit en gros à Sezannes et autres lieux clrcon voisins. Lemesme Jour ceste armée se sépara en deux sur le matin, dont une partie print le chemin vers Pragela , tirant à La Perouse et à Plgnerol pour &lre entreprise sur ces deux places , l'autre vers Suze , où il y avoit espérance de faire quelque exploict. De ces trois entreprises l'une seulle succéda, qdi fut celle de La Perouse , car la ville fut prise la nuict mestise à une heure après minuiet; et quanta Plgnerol, Tescallade fut présentée au chasteau, et de quatre eschelles il n'en fut dressé que deux , dont l'une se trouva eourte , et Tautre fût renversée et rompue. Les faux-bourgs de Suze furent pris, mais la garde d'iceux leur eust apporté si peu de commodité qu'ils furent quitez , et les troupes qui y estoient s'allèrent re-
bt Mtlii tAlrtï. [i&ïi]
Joindre avec l'autre partie de Tarmée enlayflke de Perouse le dernier de septembre, alla d'à attaquer le chasteau qui tenoit eacor depaisii prise de la ville. Pendant ce siège on fit m course Jusques à Ausasq , qui est tu bourg i la plaine , où il y à un chasteau au dessus jc Plgnerol , qui fut pris et garnison y establie. Ce mesme Jour le capitaine Fraûcisqué CacheraiM, qui commando! t audit chasteau de La Perouse, voyant le canon prest en batterie, readll ti place, et en sortit vlè et bagues sauves le lendemain; et, après avoir pourveu à la garde d seureté de la place , Parmée partit de La Perouse le 3 octobre, et fit logis à Ëriqoerasct autres lient proches en la plaine de Piedmont.
A l'abord de ceste armée , et dez le premiet Jour d'octobre, la tour de Luzerne se rendit et toute la valée de Luzerne. Le lendemain I la poincte du Jour quelque infanterie s'adTao^ Jusques au fort de Mirebouc, faisant semblant de présenter le pétard , ce que ceux da dedans ne voulurent attendre , ains se rendirent la vie, armes et bagues sauves. Ces deux forts de Lo> zerne et de Mirebouc donnent libre le passai du Dauphiné par la vallée de Queiras josqoesl la plaine du Piedmont, et la ville de La Ferons est un beau chemin pour le eharroy du canon.
Or , estant l'armée à Briqueras le ^ docto* bre , le sieur Desdiguieres eat advb que les Savoyards faisoient un gros à Vigdn, ètquilfl pouvoit desjà avoir treze cents fantassins barrir eadez , lesquels y attendoient encores le t^ ment de Purpurat et autres forces , tant de é» val que de pied. Dès le lendemain le siet Desdiguieres marcha droit audit Vlgon afi environ trois cents maistres et six cents W quebuziers, tant à cheval qu'à pied, etarrirf environ les neuf heures du matin i la eavaldl environna Vigon cependant que l'infanterie y\% qui galgna d'abord ItÉ premières barrlqnad^ réduisant les Savoyards dedans la place, od I mettoient toute leur asseurance, et à la vérité I s'y estoient très-bien accommodez. Le codH de main à main dura l'espace de deux heoM mais en fin » quelque résistance quils V^"^^ faire , les barricades ftirent forcées et eux tailll en pièces , sauf quelques hommes de cômom dément qui demeurèrent prisonniers : lear distance ftit grande parce qu'ils eurent loisir se resouldre. Ceste troupe estoit commandée le colonel Branqueti qui y Ait tué. Dix drape y furent gaignez , que le sieur Desdiguieres^ voya depuis au Roy par le baroli de Jous. INl François 11 y eut seutétnént six capitaines à hommes de commandement blessez ; deux At Taux légers et une douzaine de soldats mort»
cttiioMdtôâffe KotËftAtas
Geste desfliiete apporta grande terreur à tout le Piedmout. Ceux des valéesde Lucerue, Angrongîte et La Perouse, presterent incontinent le serment de fidélité en eorps , et ceux des trots ordres en particalier, comme d'on peuple et pays nouvellement conquis, à la charge que le Boy confirmeroit leurs privilèges.
Le duc , qui estoit à Nice , se trouva estonné de ces nouvelles , tant parce que le Piedmont estoit desgarny des forces qu'il avoit faict descendre en Provence pour le siège d'Antibe, comme nous avons dit, que ponr se voir attaque dans sa propre maison , au lieu qu'auparavant il assailloit celle d'autruy. Gela fût cause qu'il s'y rendit incontinent avec le plus de forces qu'il put; mais, n'estant encor assez fort, il fit naistre dextrement quelque apparence de traicté par l'entremise du comte Morette , offrant aux François de remettre Berre , Grâce , Sallon de Graux , Antibe, et ce qu'il tenoit en Provence. On Jugea soudain que c'estoit pour gaigner un peu de temps et prendre le lo^s de Saluées : dequoy le sieur Desdigoieres i'eust bleu prévenu s'il n*eust résolu de fortifier Briqueras, l'assiette duquel estoit belle , en la plaine et au meilleur lieu du Piedmont ; Joint qu'il ne vouloit pas entreprendre tant de besongne à la fois , ayant cela pour maxime qu'il vouloit voir elair et marcher pied à pied aux affaires.
Geste fortifQcation de Briqueras fut continuée avec une diligence incroyable , et telle que la place fht mise en deffense tost après. Nul n'estoit aussi exempt du travail ; les chefo monstrerent l'exemple à porter les gazons » et l'infanterie, au lieu d'autres vicieuses occupations, y travailla continuellement et comme par émulation l'un de l'autre. On fit venir des pionniers des valées de Luzerne, d'Angrongne, Ours , Pragela et La Perouse. Bref, en moins de trois semaines ou un mois, cestè place fut revestuê de six ou sept bastions grands et forts pour résister à une grande armée. G'a esté une grande har* dlesse et gloire au sieur Desdiguieres d'entreprendre de passer leè monts avec cinq cents che» Taux et trois mille hommes de pied fi-ançols , à la venê d'un prince tel qu'est le duc de Savoye^ assisté des forces du roy d'Espagne son beaupère , et ce dans le cœur de son pays. Yoylà à quoy le sieur l)esdigoieres employa son armée depuis le 26 septembre Jusques au lo novembre. Pendant le temps de ladite fortification, la ca- Tallerle françoise alla souvent à la guerre bien avant dans le pays sans trouver aucune résistance.
Le doc cependant faisolt son gros à Salloces, ayant appelle ses forées de toutes parts. Le Mi-
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lanois arma soudain. Une partie des troupes que le duc avoit en Provence repassèrent le col de Teude pour le Joindre, comme aussi firent toutes les forces qu'il avoit deçà les monts, que don Olivares et autres chefs luy menèrent en toute diligence. Don Amédée s'y rendit aussi , et en son lieu le marquis de Trefort ibt pourveu du gouvernement de Savoye. Tandis que le duc apprestoit ses forces, les François faisoiènt tous- Jours quelques courses sur son pays. Ayans eu ad vis que ceux de Dormesan se barricadolent et vouloient discontinuer de payer leur contribution , le 1 i novembre , le sieur du Poët y fut envoyé avec deux cents chevaux , le régiment de Bearnon et six compagnies de Languedoc. Aussi tost qu'il y fut arrivé , il les envoya sommer avant qu'attaquer les barricades pour n'eXposer ce pauvre peuple au pillage. Gomme Ils se virent investis et les François prests a donner , Ils mirent les armes bas et se rendirent à composition. Les gens de guerre qui se trouvèrent dans ce bourg se retirèrent à Bivalte , à un mil de là , et les François ayans repeu dans ce bourg l'espace de deux heures, du Poêt fit battre aux champs afin d'éviter les excez que les soldats y eussent pu commettre, car on vouloit soulager les gens du plat pays comme amys , et les traicter doucement pour s'en servir à un besoin.
Le sieur Desdiguieres avoit donné ordre de faire venir de l'artillerie que Jà dès long-temps U avoit mis aux Eschilles , ancienne frontière de la France du costé du pas de Suze , place qu'il avoit prise quelques années auparavant. La couduittedudit canon est chose remarquable, ayant esté transporté à force de bras par le chemin de La Perouse, et, à mesure qu'il arrivoit dans une vallée ou paroisse , tout le peuple le trainoit Jusques à la prochaine vallée ou paroisse voisine qui l'alloient recevoir sur leurs limites, le convoioient sur leurs voisins, et ainsi de main en main le canon acheva de passer les monts, et le 13 de novembre il arriva dans Briqueras : ce qui donna une allégresse aux François de voir encor un coup les fleurs de lis en bronze delà les monts. On Attirer une volée à toutes ces pieceS| qui estolent trois canons et deux coulevrines , calibre de Boy : le bruit en put estre entendu Jusques dans Thurin et autres lieux bien esloignez.
Ge mesme Jour le duc vint loger avec son armée à Ville franche, et le lendemain arrivèrent aussi les sieurs de Gouvemet et de Buous , ledit sieur de Gouvemet conduisant deux cents maistres et cent harquebusiers à cheval que le colonel Alphonse envoyoit du Dauphiné , et lé sieur de Buous deux cents maistres, cinquante
GHRONOLOOIB HOYBNAIBB DB PALMA GAYBT. [1592]
carabins et quatre cents harquebnsiers à cheval que le duc d*EspernoQ euvoyoit aussi de Provence^ où il estoit arrivé y audit sieur Desdiguieres.
Le seiziesme du mesmes mois le sieur Desdiguleres , estant monté à cheval avec partie de l'armée , alla recognoistre le logis de Cavours qu'il deliberoit prendre le lendemain. C'est une petite villette close de murailles de brique, au pied d'une petite montagne, laquelle il semble que nature ait voulu planter tout au milieu de la plaine de Pledmont pour servir comme de guette et de citadelle à tout le pays des environs. Sur le haut du rocher il y a un chasteau presque inaccessible , dans lequel ceux de la maison de Baconis,à un puisné de laquelle maison Cavours estoit escheu en partage , souloient tenir leurs titres et ce quMIs avoient de plus précieux pour Tasseurance qu'ils avoient en ceste place, où de tout temps y avoient une paye morte de dix ou douze soldats. La ville est située au bas de ladite montagnette , fermée de muraille de brique, et où y peut avoir environ trois cents maisons. On peut faire le tour, tant de ladite montagnette que de la ville, dans une petite heure, en se pourmenant et allant le pas. Voylà sa grandeur; sa hauteur est d'environ demy mille. La ville regarde la descente des Alpes droit à Briqueras qui est située au pied d'icelles, et en est distant environ de quatre mille , qui font deux petites heures, distant aussi de Pignerol quatre mille , trois mille d'Ausasq, autant de Barge et de Lucerne qui est plus avant que Briqueras dans la valée d'Angrongne , et n'approche Cavours ladite montagne de plus près que de deux mille , qui est à l'endroit de Bubiano. Ceste Heuê de plaine est garnie d'utlns , prairies et terres labourables , des plus fertiles de tout le pays. De l'autre costé, tirant vers le Po et la grande plaine de Pledmont , est VIgon et Ville-franche tout joignant le Po , où nous avons dit que le duc s'estoit logé avec son armée , estant eslolgnée ladite ville de Ville-franche de Cavours d'environ quatre mille.
Au départ de Briqueras, qui fut le 1 7, le sieur Desdlguieres résolut de marcher en bataille si d'avanture le duc vouloit venir aux mains, comme il y avoit apparence à cause du voisinage du logis qu'il alloit occuper, et importance d'iceluy,si d'avanture il estoit forcé , Joint que son armée surmontoit en nombre d'infanterie et cavallerie celle du Boy, que ledit sieur Desdlguieres rengea en quatre escadrons de cavalerie et deux bataillons de gens de pied. Les sieurs de Gouvernet et de Buous estoient à l'advantgarde , ayant chacun un escadron de deux cents chevaux et plus, et
un bataillon de gens de pied au milleti , compoé des régiments de La Vilette, de Montmorin et de six compagnies de Languedoc, lequel bataillon estoit commandé par le sieur d'Auriac, qd devoit dbposer des enfans perdus selon Toccasion et assiette des lieux. A la bataille marcholt ledit sieur Desdlguieres avec la cornette blanche, sa compagnie de gens d'armes, qui estoit grande et forte , et celles des sieurs de Morges ; le sicar du Poët à la main gauche , et dans son escadron sa compagnie , celles du baron de Briquemaat, de Blagnieu , de La Buisse, et trois autres; eatre les deux escadrons, un gros bataillon de geos de pied garny de grande quantité de picqnes et mousquetaires, commandé par le sieur de Pravaut. L'armée en telle ordonnance approcha dodit Cavours, où on eut l'advis queiedacs'advancoit avec ses forces.
Les François se logèrent tard à Cavours, car on demeura long temps en la place de bataille sur les faulses alarmes qu'on eut ; mais le doc ne parut point. Le 1 8 , le sieur Desdlguieres recognut le chasteau où estoient entrez plusieurs geos de guerre savoyards , et jugea que ce seroit qd grand advantage de se loger sur une croupe de roc opposée à une tour qui def fend ledit chasteau, bien qu^elie en soit séparée de cent on six Tiogti pas. Ce logis fut gaigné avec une grande difficulté , et falut apporter par un chemin trèi-apre et très-rude grande quantité de sacs plëns de terre et de fumier sur ladite croupe de roc : â quoy furent taxez par billets , tant les gens de cheval que de pied , qui tous firent si grande diligence et s'y employèrent d'un tel courage, <pK l'exécution fut presque aussi prompte que le commandement. L'artillerie arriva de Briqueras le l^< Ce mesme Jour le sieur Desdlguieres eut ad>is comme le duc se remuolt pour ne laisser perdn ceste place à sa veuè. Le 20 , on mit le canon « batterie contre ladite tour , nommée Bramesait qui a esté construite pour occuper un endroit qui se trouve seul le long de la creste de ladrU montagne y dont on peut regarder le chastcaoil droicte ligne , le reste n'estant qu'un roc tailli| en forme de croissant. Après beaucoup de coapi perdus , on efleura seulement les maehecoolisdc ladite tour , et , pour ne rien perdre à faute de n'entreprendre, les François essayèrent à ieatréc de la nuict de s'y loger , mais ils trouvereat qu'il n*estoit encores temps.
Le 21 le sieur Desdlguieres, ayant euadfii que le duc devoit secourir les assièges , assefflbla dez le matin les chefs de Tarmée pouradri* ser si on devoit continuer le siège ou aller an devant du duc pour le combattre. Ceste qoestioa, qui n'estoit petite, fut bien tost vuidée par oœ
CHRONOLOGIB NOYBNAIBB
rencontre d^opinions de continuer Tun et ne laisser eschapper Tautre ; et pour cest effect chacun print sa tasehe, qui à clioisir la place de bataille, qui à faire clorre les advenues de palissades, qui à la batterie : bref ils employèrent tellement la journée, qu'après avoir battu ladite tour depuis les deux heures du matin jusques à cinq heures du soir, on l'emporta de force nonobstant qu'elle fust proche du ehasteau.
Le 22, à cinq heures du matin , les sentinelles des François qui estoient en garde sur le haut du rocher, d'où l'on pouvoit voir à clair le fort de Briqueras, ouyrent une salve d'harquebuzades de ce costé là , dont ilsadvertirent à l'instant le sieur Desdiguieres. Or c'estoit le duc qui , estant party de Vigon à l'entrée de la nuict , estoit allé à Briqueras donner une camisade, pensant y surprendre les François ; et tint à peu que les Savoyards n'emportassent la place, car ils rompirent les palissades et montèrent jusques sur la poincte d'un des bastions ; mais ils en furent chassez et renversez à coups de main , de crosse d'hiirquebuzeetà coups de pierre, et furent contraints de laisser nombre de morts et leurs eschelles dans le fossé.
Sur cest advis ledit sieur Desdiguieres monta achevai avec sa cavalerie, etalla prendre saplace de bataille à deux harquebuzades de Cavours sur le chemin de Briqueras, incertain de ce qu'on rapporteroit dudit Briqueras. Il s'advança , et ledit sieur du Poêt quand et luy , au devant de ceux qu'on y avoit envoyez à toute bride ; et, dès qu'on sceut la faillite, ledit sieur Desdlguieresjugea que les Savoyards se retirans après ceste desfaveur pourroient faire beau jeu. Il se mit donc à les suivre le grand pas sur le chemin de leur retraicte avec sa cavalerie et environ trois cents harquebusiers à cheval , laissant le sieur d'Auriac pour commander le reste de l'armée qui estoit demeurée au siège. Il aborda les Savoyards sur les neuf heures du matin à un village nommé Greziliane, dans un pays couverts d'utins, où il luy fut très-malaysé d*y dresser des escadrons pour combattre. Les Savoyards avoient un ruisseau devant eux , une chaussée , et, à Tune et à l'autre main, des jardins et chemins couverts et très-propres pour eux qui avoient là toute leur infanterie, et au contraire le sieur Desdiguieres n'avoit que trente ou quarante carabins, et environ deux ou trois cents harquebusiers à cheval. Ceux de i'advantgarde françoise , portez de l'ardeur de combattre, firent des charges, et receurent celles des Savoyards qui donnèrent jusques sur le bord du ruisseau. En mesme temps le sieur du Poêt, s'advançant avec son escadron, se mesla parmy la cavalerie savoyarde , et leur Ht