‹ Chronologie novenaireChapitre 26 sur 62 · U C. D. M. T. XII · texte numérisé non relu

U C. D. M. T. XII

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une rude charge en laquelle le chevalier de La Mante, qui la menoit, y fut pris, et quelques morts demeurereat sur le champ. Le sieur du Poët retourné en sa place , n'ayant commandement de passer outre, les harquebusiers à cheval françois qui s'estoient advancez, ayants mis pied àr terre, coururent après les Savoyards cuidans que toute la cavalerie suivist ; mais i'oiu dre de l'advant-garde n'estant pas bien disposé cela provoqua les Savoyards à faire encore une autre demie charge pour tousjours donner temps à leur infanterie de tirer pays. Ledit sieur Desdlguieres se trouva lors de ladite charge sur le bord du ruisseau , où il fit un tourne bien à temps et à propos avec fort peu de gens qui le suivoient , comme, il alloit départant les cornmandemens de lieu à autre , et ramena ses ennemis d'où ils estoient venus. En chemin faisant il ût placer quelques harquebusiers dans les clostures des jardins du village, que les Savoyards abandonnèrent du tout sans oser donner la bataille : il y eut bon nombre de morts abandonnez aussi. Après que ledit sieur Desdiguieres eut séjourné quelque temps dans le village, et considéré la contenance de son ennemy qui se retiroit par un pays advantageux pour l'infanterie , il s'en retourna à Cavours pour continuer son siège.

Les assiégez avoient peu aisément voir une partie de ce combat, et, jugeans par la contenance du retour des assiegeans quelle en avoit esté rissuë, firent quelque démonstration de vouloir parlementer. Le sieur Desdiguieres y envoya un trompette qui les trouva assez ployables mais divisez entr'eux, de sorte qu'ils remirent k fuire response le lendemain. Depuis le 23 novembre les assiégez s'estans rasseurez rompirent le parlement du jour précèdent. Ce mesme jour on continua à battre une partie du corps de logis du ehasteau qui regardoit vers la ville. Le 26 le sieur Desdiguieres résolut de faire mettre sur le plus haut de la montagne deux canons pour faire la sommation de plus prez. Les soldats les tirèrent à force de bras depuis le pied de la montagne jusques autant qu'il se trouva de terre pour afiermir leurs pas : ce fut la première stauce.On alla après assoir sur le roc vif, à demy la montagne, deux argus, ou autrement deux tours, avec lesquels on les tira avec deux cables l'un après l'autre tout affustez. Mais la difficulté se trouva à les placer à ceste moitié de chemin attendant que les argus fussent remuez à la som> mité du roc pour leur faire faire le saut entier , et qu'on eust dressé les appans comme des rabats de jeu de paulme , pour suppléer à l'Inégalité du rocher, dentelé et creuse en maints endroits par où le canon devoit passer, lequel se

GH&ONOLOGIB NOV&NAIBB DE PÂlMA CAYBT. [1592]

ftist indubitablement caverne et accroebé en cbemin sans ce remède. On s'employa depuis ledit jour vingt sixiesme novembrejusquesau premier décembre à mettre les pièces en batterie sur le haut de ladite montagne, dont on battit à plomb une terrasse qui couvroit l'entrée dudit chasteau y et eftleura on quelques tours sans autrement faire brescbe qui fust suffisante.

Le mercredy , deuxiesme décembre, au poinct du jour, le duc de Savoye essaya de Jetter environ cent cinquante hommes de secours dans le ehastean , portans chacun un sachet de douze à quinze livres de farine. Le commencement et le milieu de son entreprise luy succedda, car, avec nne resolution bien grande , ledict secours fut conduit Jusques dans le milieu de Tarmée françoise , et monta une partie du rocher. Mais ils erierent trop tost Vive Espagne ! Les corps de garde des François , s'estans entendus et entre- Becourus l'un Tautre, les rencontrèrent comme ils passoient une pointe du roc. Il en demeura de morts sur la place soixante-six et vingt-deux de prisonniers, entr^autres deux capitaines, Tun arragonnols et Tautre milauois : le reste se sauva à la fuitte. Hierosme de Yersel, maistre de camp , qui commandoit dans ladite place , demanda encor à parlementer ce jour mesme tandis que Ton continuoit la batterie , monstrant n'avoir faute d'asseurance et de courage, mais appréhendant sur tout le reproche et le rigoureux cfaastlement de son maistre. En fin la nécessité où il se vid réduit, et la difûcultéd*estre secouru^ luy firent passer par dessus ces considérations.

Le lundy, deuxiesme décembre, ils firent faire une chamade pour retirer leurs morts, ansquels les François voulurent rendre ce charitable ofûce de leur donner sépulture. C'estoient la plus-part soldats d'eslite tirez cinq pour compagnie de toute l'infanterie de l'armée savoyarde , Bçavoir : cinquante Espagnols , cinquante Mila- BOis et cinquante Neapoli tains; lesquels le duc et dom Olivares avolent conduit environ deux mil par deçà Vigon, sur le chemin de Ravel. Le vendredy quatriesme les assiégez , se sentans obligez du soin qu'on avoit voulu avoir de leurs morts, envoyèrent un alâer espagnol pour en remercier le sieur Desdiguieres , et le prier de plus de permettre audict alâer de faire faire les cérémonies funèbres à ses compagnons, mesmes à ce capitaine espagnol qui conduisoit leur secours : ce que ledit sieur octroya volontiers , et recognut lors deux choses : l'une qu'ils estoient près de leur fin , l'autre que Hierosme de Versel et le comte de Lucerne estoient bien ayses de faire jetter la première planche du parlement à un Espagnol.

Le samedy 5 au matin ils envoyèrent lenr a* pitolation par escrit , qu'on lear accoràa aiee toutes les cérémonies qu'ils requirent. Le dimanche ladite capitulation fut accomplie. U comtt Emanuêl de Lucerne et Hierosme de Yenel sortirent avec cinq cents hommes de guerre, ayau enduré six cent cinquante coups de eanon. lis passèrent tout à travers de l'infanterie françcNse, laquelle estoit en bataille, et furent co&duits, par les sieurs de Villars et d'Hercules avee la compagnie du sieur Desdiguieres, jusques nr le chemin de Vigon où estoit le duc, qui ?iâ perdre ceste place à sa veuê , n'y ayant que deoi iieuês françoises. Yoylà comme ceste place trèsforte d'elle mesme , après avoir soustenu vingt jours le siège , fut en fin prise par les François.

Environ ce mesme temps le marquis de Trefort , qui fut après le despart de dom Amedéc pourveu du gouvernement de Savoye, comme nous avons dit , ayant assemblé des tn»pes en Savoye, et estant bien informé de li mauvaise garde que falsolent ceux de Morestd près de Grenoble , surprint ceste place, euidant par ce moyen servir de quelque revulsiou, et attirer lesforcesdusieurDesdiguieresduPiedfflonc ce que ledit sieur ne fit, ains dotina ordre à tout ce qui fut expédient, tant pour la garde dudit Cavoon que des autres places qu'il avoit prinses dans le Piedmont ; et, voyant qu'il ne pouvoit attirer le duc à un combattu retira son armée auxhiTersde Briqueras, Gavours, et de six ou sept autres petites places, et distribua en outre cinquante coib* pagnies de gens de pied sur la frontière du Daophiné et du Piedmont : quoy fait, il repassa ea Dauphiné avec partie de sa cavalerie. Le due de mesme sépara son armée, qui de jour en joor s'amoindrissoit, aux garnisons, se disposant aussi pour le printemps, de sa part, de faire quelqtf grand effort du costé de la Savoye.

Aussi-tost que le duc d'Espernon fut arnYéeo Provence avec ses troupes , et qu'il eut desplojt le pouvoir que luy avoit donné le Boy de commander en ceste province, il y trouva une grande inclination et affection à la noblesse royale de et pays là, à beaucoup de la Justice et du peuple. Le traictement qu'avoit faict le duc de Satorei Antibe et aux environs fit penser mal à plusiecis de l'union de l'intention dudit duc , et reorest du depuis en haine. Il y en eut mesmes quelqas uns qui quittèrent le party de l'union et viudreal se rendre à M. d'Espernon. Le sieur de Carses et plusieurs de la noblesse et des bonnes ailles. quoy que devenus ennemis du doc de Sx\o\t, ne laissèrent de continuer la guerre aux ro}'aui: mais ledit sieur duc d'Espernon, ayant sain les mesmes Intelligences qu'aroit ledit feu siev

CRB0N0L06IB NOVBNAlHB DE PALMA CAYET. [1592]

de La Yalette , son frère , avec tous les gouvernears des provinces voisines pour le Roy , assembla an commencement du mois de novembre une armée composée de huict mille hommes de pied, hoict cents chevaux et douze canons, avec laquelle il tint la campagne en toute ceste proviDce, fit tenir ceux du pafty de Tunion dans l'endos de leurs murailles y et marcha droict à la frontière vers Antibe , où , après avoir gaigné um les forts de ce costé là y et chassé les garnisons qu'y avoit mis le due de Savoye , Il assiégea, bâtit et reprit Antibe, et ferma entièrement les passages de ce costé là audit duc. Voylàceque j'ay peu recouvrir de ce qui s'est passé de là le RosDe en ceste année , tant en Provence qu'en Danphiné , Savoye et Piedmont; car, quant à ceux de Genève, la guerre ne s'y fit en ceste année que par courses qu'y firent les garnisons , tant d'une part que d'autre , les Savoyards conduits par le baron d'Ermause , et ceux de Genève par le baron de Gonforgien , et ne s'y perdit que trente ou quarante hommes en toutes les rencontres qui s'y firent.

Le dix-neufiesme jour d'octobre l'armée de M. le duc de Joyeuse fut desfaicte devant VIIlemur,et luy en se pensant sauver se noya dedans le Tar. Affln de mieux entendre comme ceste desfaicte advint, il est de besoin de dire plusieurs choses qui se passèrent au Languedoc auparavant ce siège de Yillemur.

Après la mort du mareschal de Joyeuse , le plus jeune de ses enfans, qui estolt grand prieur de Languedoc , délaissa l'ordre de Malte , et fut appelle duc de Joyeuse, car ses deux frères ais. nez, qui estoient et sont encores à présent vivants, estolent M. l'illustrissime cardinal de Joyeuse, et l'autre estoit M. du Bouchage, qui avoit quitté les mondanitez et s'estoit rendu de Tordre des capucins, n'ayant eu de madame de Bouchage sa femme , qui estoit sœur du duc d'Espernon , que madame la ducliesse de Montpensier d'à présent an 1607 que j'escrls ceste histoire.

Or ce jeune duc de Joyeuse au printemps de ^este année, estant chef pour le party de Tunion ians Tlioulonse et aux autres villes de ce party ^n Languedoc, assembla une armée de sept à tiuit cents cuirasses et cinq mille hommes de pied, ivec laquelle il désira se rendre maistre de la rantpagoe.

Au commencement du mois de may, le gouverneur de Castres ayant une entreprise sur Lanrecli qu'il pensoit surprendre , l'entreprise esant double, ceux qu'il y envoya, qui estoient leux régiments de gens de pied et deux cents hevaux sous la conduitte du baron de Montoi-

son , du maistre de camp Gondîn et du sieur de Violet , furent tous desfaicts par ledit sieur duc de Joyeuse qui leur avoit dressé une embuscade. Deux cents furent pris prisonniers , et quelque trois cents cinquante se sauvèrent au chasteau de La Trappe : le reste fut taillé en pièces. Pour battre le chasteau de La Trappeleducde Joyeuse envoya quérir du canon à Alby : les assiégez, après avoir enduré dans ceste place trente coups de canon, furent contraints de se rendre prisonniers du duc.

Après cest explolct ledit sieur duc alla mener ses troupes aux environs de Montauban , où furent exercées plusieurs hostilltez. Ceux de Montauban , alarmez d'un tel voisin et si puissant, en advertissent tous les seigneurs, entr'autres le sieur de Themlnes , seneschal de Quercy. Mais, cependant qu'ils donnent ordre à leurs affaires, ledit sieur due de Joyeuse se rendit maistre san s coup frapper de Monbequin, Monbartier et Monbeton, puis s'achemina au fort de La Bar te qu'il print par composition après y avoir fait perte de quatre-vingts soldats. Mais plusieurs ont escrit qu'il ne fît entretenir la capitulation , et que les soldats furent tous tuez contre la foy promise.

La Barle prinse, il attaqua et battit le chasteau de Mauzak l'espace de quelques Jours, et, après y avoir tiré trois cents coups de canon, finalement le print par composition. Le fort Sainct Maurice luy fut aussi rendu : tellement que , continuant la route de sa prospérité, il s'achemina à Yillemur, et l'assiégea avec tout Tartlfice et diligence dont II se put adviser. Cependant ceux de Montauban despescherent encor d'autres messagers devers le sieur de Themlnes, lequel alla supplier M. d'Espernon, qui s'acheminoit en Provence avec de belles troupes , de luy donner assistance pour secourir Villemur. Ledit sieur duc la luy avant promise, Themines envoya , sous la conduitte du sieur de Pedouë , quarante six hommes , tant cuirasses que harquebusiers, qui arrivèrent de nuict dans Villemur, et asseurerent le sieur de Benicrs, seigneur de Villemur , que le secours s'assembloit.

La venue de M. d'Espernon donnoit grande espérance aux royaux de ces quartiers là d'une prochaine bataille : toutesfois, son armée n'ayant esté levée par le commandement du Roy que pour s'acheminer en Provence, il leur dit : « Je me contenteray de faire lever le siège de Villemur au duc de Joyeuse, ce que j'espère faire. • Themines ayant amassé quelques troupes vint se joindre audit sieur duc d'Espernon , lequel s'achemina droict vers Villemur. M. de Joyeuse adverly desavcnuëjugenntlapartle mal faicte, leva son siège et se retira.

CHBONOLOGIE NOVENAIEE DB PALM A CAYET. [l592]

Quelques Jours après M. d'Espemon s^achemina en Gascongne, laissant la meilleure partie de ses forces ez mains du sieur de Themines. Or il y a en la plaine de Montauban une maison champestre nommée La Court dont le sieur de Themines se voulut rendre maistre. Pour exécuter son dessein il y conduit ses troupes et Tartillerie; mais M. de Joyeuse ayant advis de la mauvaise garde que faisoient les royaux, il les chargea de nuict si à propos qu'il en tua environ quatre cents et en fut blessé grand nombre: plus, il se saisit des deux coulevrlnes de Montauban, et prit prisonniers quelques habitansqui leur servoient de conduite. Mais sans la valeur du sieur de Themines, qui fut comme la barrière qui garentit le reste des troupes , ceux de Tunion eussent emmené aussi bien le canon que les deux coulevrines : mais il le conserva et remena seurement à Montauban. Geste desfaicte advint le 19 juillet.

Depuis que M. d'Espernon se fut acheminé en Provence, M. de Joyeuse, mettant ses troupes aux garnisons , donna loisir de moissonner et faire la récolte en ce pays là. Toutesfois il avoit tousjours Villemur pour son principal dessein, et pour eu faciliter Tlssuë il se campa devant le dixiesme septembre.

Ledit sieur de Beniers laissant sa place au baron de Mauzac, assisté du sieur de Ghambert et du capitaine La Chaize , il se retira à Montauban en intention d'assembler du secours et de faire lever le siège. Sur ces entrefaictes le sieur de Desme arriva à Montauban avec quelques forces, lequel alla s* enfermer dans Villemur.

Or M. de Joyeuse avoit pour ses principaux confidents les sieurs d'Onous et de Montberaut. Par leur advis il rangea tellement Testât de son armée, qu'en Tassiette et ordonnance d'icelle on n'eust sceu rien remarquer qui ne portast tesmoignage d'un bon sens et grande suffisance au mestier de la guerre. Sa diligence fut grande à faire les approches , non toutesfois bastantes à surmonter les empeschements, où d'heure à autre l'active prévoyance des assiégez luy donnoit de nouveaux embarassements.

S'estant advancé pied à pied , il commença à faire sa batterie de huict pièces de canon et deux coulevrines. Gomme il estoit sur le poinct de renforcer la batterie le sieur de Themines retourna à Montauban, où, ayant mis l'affaire sur le bureau , il se résolut de conduire à Villemur un si bon renfort qu'il pourroit suppléer, tant à la foiblesse des murailles qu'aux autres incommoditez de la place.

Le dixneuflesme de septembre , environ les neuf heures de nuict , Il s'achemina à Villemur;

accompagné de six vingts maistres et deux cents harquebusiers. Au milieu du chemin il fit mettre pied à terre à sacavallerie, et, ayant donné ordre que les chevaux fussent seurement r'amenexà Montauban , il se jetta dans Villemur sans qoe lesassiegeans s'en apperceussent.

Le lendemain vingtiesme de septembre, M. de Joyeuse, ayant faict bresche par une furieuse batterie, fit donner l'assaut, où les siens furent soustenus et bravement repoulsez par Themines. Ge que voyant le duc de Joyeuse, il fit continuer la batterie encores le Jour ensuivant aussi furieuse que le précèdent , sans toutesfois qu'elle facilitast aux assiegeans aucune advantageuse exécution.

Les Tholozains , qui desiroient que cesteplaa fust de leur party , luy envoyèrent renfort de poudres, boulets, picques, et bon nombre de fourches de fer , et un régiment de gens de pied, qui n'eurent plustost prins quartier, qu'en m saillie que firent les assiégez une partie fut taillée en pièces.

Les affaires de Villemur estans en cestest&t, M. le mareschal de Montmorency, à présent connestable , ne voulant perdre une place de son gouvernement, et ayant eu advis du sieur de Reniers que la conservation d'icelle n'estoit moins facile que honorable , despescha les sieurs de Ghambaut et de Lecques avec de belles troupes, leur commandant expressément de faire lever le siège de Villemur à quelque prix que ce fust. Leur diligence seconda si à propos son intention, qu'ayans fait quelque bref séjour à Montauban pour se rafraischir, ils prind^entr^ solution de choquer M. de Joyeuse : mais, comme ils furent à Sainct Leophaire d'où ils chassèrent la garnison de l'union, lesconsulsde Montauban leur envoyèrent dire qu'ils avofent eu advis que M. le marquis de Villars avoit Joint ses forces à celles de M. de Joyeuse, et que par ensemble ils se disposoient à faire quelque grand effort [cest advertissement estoit faux. et donné auxdits consuls par un qui estoit ma! informé de Testât dodit sieur marquis ] ; ce qui fut cause que lesdits sieurs de Ghambaut et de Lecques, Jugeans le combat hazardeux, advis^ rent de temporiser quelques Jours, et, faisans camper leurs troupes, tascherent à se prévaloir des occasions qui se presenteroxent. Ils eurent encor un second advis que les sieurs d'Oooos. de Sainct Veosa, d'ApsIer et autres, avaient amené aux assiegeans renfort d'environ douze cents hommes , ce qui estoit vray et fût ce qui les fit tenir fermes en leur resolution. Ceux de Montauban , à qui la perte de Villemur impor* toit , solicitèrent tous les gouverneurs pour k

CHfiONOLOGIE IfOVBNÀIRB

Boy anx provinces voisines. Pour M. le maresefaal de Matignon, il s*excusa sar Testât de la GascoDgae, qui ne iuy permettoit de desmembrer son armée; mais M. de Missillac [ ou BostigDac, gouverneur de la haute Auvergne , eeloy duquel nous avons parlé cy dessus en la Journée d'Issoire ] se disposa d'y mener iuy mesmes ses troupes.

M. de Joyeuse en ayant eu advis . désirant avant sa venue combattre lesdits sieurs de Cham- JMQt et de Leeques qui estoient campez à Bellegarde, les alla recognoistre avec sa cavalerie, et les surprit tellement au desponrveu à Bellegarde, quela cavalerie royale tourna le dos pour an temps, et se mit en desordre , qui eust esté beaucoup plus grand sans la resolution des sienrs de Cbambaut et de Leeques, qui, faisans ferme, firent tirer quelques coups de canon avec lesquels ils arresterent ledit duc. Il se fit alors quelques charges, et, après que ledit duc eut eogueu que les royaux estoient en lieu fort, il se retira.

Peu de jours après le vicomte de Gourdon et ie sieur de Giscart se rendirent à Montauban avec leurs compagnies. Mais, aussi-tost que ledit sieur de Missillac y fut arrivé avec centmaistres et bon nombre d*harquebusiersà cheval, la matière estant mise en délibération , les royaux se résolurent à la bataille. Geste resolution prinse, Tarmée se mit en campagne , repartie en trois : le sieur de Missillac conduisoit ravantgnrde , la bastaille estoit commandée par le sieur deGhambaut, et l'arrieregarde par le sieur de Leeques.

Sur l'advis qu'ils eurent que le duc avoit escarté sa cavalerie et fait loger aux quartiers , ils prirent party de ne laisser eschapper si belle occasion, et, laissans l'artillerieàSainct Leophaire, on fit advancer Tarmée sous le voile obscur de la nuict. M. de Joyeuse avoit quelques Jours auparavant fait loger au picquet sa cavalerie, et , combien que les sieurs d'Onous et de Monberaut, se craignans que les royaux leur donnassent quelque extrette au despourveu, lui conseillassent de continuer ceste procédure, il n'en voulut toutesfois rien faire , s'asseurant d'estre à point nommé ad verty dudelogement des royaux par une damoiselle voisine de Montauban , laquelle toutesfois, pour quelque diligence qu'elle cmpioyast pour advertir ledit sieur duc, si ne le put elle faire si à temps que les royaux ne Iuy fassent sur les bras.

Or son armée estoit composée de six cents maistres et quatre mil hommes de pied, comprins quatorze cents lansquenets. L'armée royale estoit de cinq cents maistres et deux mil cinq cents barquebuslers. Les royaux firent advancer cinq

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cents harquebusiers conduits pai* le sieur de Clouzel pour garder la forest de Yillemur, et pouvoir à la faveur d'icelle parquer leurs forces en lieu advantageux. Estans au bout de la forest ils eurent divers advis , les uns disans que le duc estoit en champ de bataille, les autres au contraire asseurans qu'il se tenoit coy, ce qui cuyda les mettre en confusion : mais le sieur de Ghambaut leur dit, sans entrer en plus longs propos, qu'il se failloit résoudre à vaincre ou mourir. A ceste parole le sieur de Pedouê s'offrit audit sieur de Missillacdese saisir du champ de bataille moyennant l'assistance de dix soldats : ce qu'il exécuta, et tout soudain retourna devers ledit sieur de Missillac pour l'advertlr de l'advantage dont il s'estoit prévalu.

La damoiselle dont nous avons parlé cy dessus avoit, mais tard, donné ad visa M. de Joyeuse du progrez des royaux. Aussi-tost qu'il l'eut receu , il fit appeller sa cavalerie par le signal de trois coups de canon : ce que les royaux ayans entendu , Jugèrent incontinent de Testât de son armée, et aussi-tost le sieur de Missillac s'achemina au champ de bataille avec son advantgarde, flanquée et favorisée des cinq cents harquebusiers dont nous avons parlé cy-dessus. Il n'y fut plustost parqué qu'on fit alte pour adviser comme on pourroit attaquer le premier retranchement que le duc avoit dressé le long du chemin qui tire de la forest à Yillemur. La resolution fut que les sieurs de Clouzel et Montoison feroient ceste attaque avec leurs régiments.

Ainsi que le soleil se levoît, le dix-neufiesme octobre, le premier retranchemeut , où M. de Joyeuse avoit laissé deux cents soldats, fut attaqué par lesdits sieurs de Clouzel et de Montoison, qui se rendirent bien tost maistres de ce premier retranchement, et ceux qui le gardoient s'estans retirez au second y furent promptement poursuivis. Ce fut là où il fut le plus combattu.

Les ennemis mesmes du duc de Joyeuse ont escrit de Iuy que, se voyant ainsi surpris sans avoir eu advis de l'acheminement des royaux, il fit de nécessité vertu, et monstra tant de haut courage et de bon sens, usant d'une telle diligence à envoyer renforcer la garde des autres forts, que, si sa brave resolution eust esté secondée des siens, l'honneur de la victoire eust esté contesté plus longuement. Toutesfois le second retranchement fut disputé une demie heure durant par quatre cents harquebusiers que ledit duc y avoit envoyez ; mais, survenant tout d'un mesme temps le reste de l'armée royale , et le sieur de Themines estant sorty de Yillemur, qui, donnant à dos, avoit renversé desjà les premie-

GH£ONOLOGIB NOVBNAïaB D£ PALMA CAYET. [1592]

res barricades, ce fut audit sieurduc de Joyeuse à songer à se retirer aux Condomines où estoit son camp et son artillerie. Geste retraicte toutesfois se fil avec de l'esbahissement que les siens priudrent de se voir si chaudement poursuivis des royaux , tellement qu'ils se mirent tous généralement à la fuitte vers leTar pour se sauver par dessus le pont qu'ils y avoient basty : mais les royaux ayans gaigné ie gué et coupé le pont, grand nombre de ceux qui pensoient traverser le Tar s'y noyèrent.

Ledit sieur duc voyant tous les siens Tabandonner, et que les royaux avoient jà gaigné son camp et l'artillerie, pensant traverser le Tar pour se sauver, accompagné de deux gentils-hommes, il fut entraîné par la violence de Teau, et se noya, au grand regret des siens et de tous ceux de son party.

La cavalerie royale, ayant passé le gué, donna sur ceux quiestoienten Teau, et poursuivit long temps les fuyards, et tailla en pièces tout ce qu'elle rencontra. Le Tar se vit lors , Tespacc d'une grande harquebusade, tout plain et jonché des corps de tous ceux qui avoient eu recours à cest élément. En ceste deffaicte, outre ledit duc, ceux de Tunion perdirent deux mille hommes. On avoit auparavant faict retirer cinq pieces de canon des huict dont on avoit faict brèche, et n*y en eut que trois de prises avec les deux coulevrines que ledit duc avoit gaignées a La Court, comme nous avons dit cy dessus. Vingt-deux enseignes furent prises. De prisonniers, le nombre ne passa point quarante-trois. Les royaux y perdirent dix hommes seulement. Et quanta Villemur, ayant enduré deux mil coups de canon, les assiégez n'y perdirent que dix-sept soldats. Le corps de M. de Joyeuse fut tiré deTeau le mesmc jour et porté à Villemur, et du depuis rendu aux siens pour luy faire les derniers devoirs.

Voylà ce qui s'est passé en la desfaicte et mort audit sieur duc de Joyeuse, dont les Thoulousains et la noblesse du party de l'union en ceste province furent pour un temps bien estonnez.

Ledit sieur illustrissime cardinal de Joyeuse estoit revenu de Home à Thoulouse sur le commencement de cest esté ; ledit comte de Bouchage, que Ton nommoit père Ange, y estoit aussi aux Capucins, ^t la maison de Joyeuse se vid lors reduicte sans y avoir aucun d'eux qui porta&t l'espée ( 1 ) . La noblesse dudi t party et les Tholosains prièrent ledit sieur cardinal de prendre la charge de leur conduitte, ce qu*il ne voulut jamais accepter. Le sieur du Bouchage, estant capucin, en fit le mesme refus; mais, après plusieurs conseils tenus sur ce subject, par dis-

pense du Pape et par le congé de ion gn^eral, il quitta l'habit de capucin, et fut déclaré goaverneur pour Funion au pays de Languedoc.

Il s'eatoit passé plusieurs remuements en ces quartiers là touchant ce gouvernement de Thonlouse. Le marquis de Vlilars, beau-fils de M. de Mayenne, en disoit estre poorven par l'nnion , et avoit une fois chassé la maison de Joyense et tous ceux de leur party hors de Thouloose. Mais du depuis les Joyeuses en firent sortir ledit sieur marquis de Villars et ceux de son party, qnise retirèrent en quelques villes et chasteaux sm le Limousin et Perigord , là où mesmes ils <lrent lever le siège aux royaux de devant Sûoci | Yriez La Perche qu'a voit assiégé M. le comte de La Voûte , à présent duc de Ventadour, où plo- | sieurs grands seigneurs royaux furent tnex, entr'autres messieurs le comte de La Rocbefoacaut et La Coste de Mezieres. Durant mesiaes ledit siège de Villemur plusieurs ont eserit qoe ledit sieur marquis de Villars fut supplié de joindre ses troupes avec ledit sieur duc de Joyeuse, ce qu'il ne fit, et que leur division aporta plnsde commodité aux royaux de desfaire ledit doc. On a recognu que les partialités entre les grands de ce party ont esté cause de sa ruyne. Le comte de Bouchage, reprenant donc Fhabit desecolieri2\ prit le nom de duc de Joyeuse , et se comporta avec grande prudence pour appalser une infinité d'esmotions populaires des Thoulousaios, josques à la réduction de leur ville , ainsi que nous dirons en son lieu.

Au mesme mois que ledit doc de Joyeuse fut ainsi desfaict devant Villemur , M. le marescbai de Bouillon desfit aussi le sieur d'Amblize, grand marescbai de Lorraine, devant la petite ville de Beaumont , à trois lieues près de Sedan; ce qni advint en ceste façon.

M. ie marescbai de Bouillon allant recoodoire les reistres , comme nous avons dit , ootre ses troupes particulières , le Roy le renforça des régiments du sieur de Chambaret et de Hontigny et de quelque cavalerie. Après le despart des reistres il avoit donné le rendez-vous desditH troupes audit Beaumont. Un capitaine qui estoit dans ceste petite viile , peu forte de murailles et de fossez, leur ferma les portes , et dit quell.ûe Nevers l'a voit mis dedans ceste ville , et non le marescbai de Bouillon , avec autres responcesàgrès : tôutesfois , ayant depuis recognu sa foblesse, pensant venir parler audit sieur maits-

(I ) Cela s'entend des cnfans diidit feu sicnr naxrstld de Joyeuse, car le comle de Beaupré port* ao*M ^ mesme nom et armes de Joyeuse. { iVotf de Vntfv^*

(2) Henri de Joyeuse éloit entré dans Tordre de» Gapudoi en I5S7, après la mort de aoa épovse.

CBRONÛLOfilB NOVBNàIRE M PÀLMA CIYBT. [t593]

eb«l , il fiit pris et pendu pour sa désobéissance. hfis susdites troupes s'allèrent loger dans Beaumont, que ledit sieur mareschal résolut de faire du tout desmanteler, et avoit jà falet conduire des gens de Sedan pour ce faire , quand il eut advis que ledit sieur d'Amblize amassoit toutes las forces des garnisons de Verdun , Glermont , Dun 9 Ville-franche , et autres lieux , et avoit fait un gros d'armée de huict cents chevaux et deux mille hommes de pied, avec quelques petites pièces : ce qui le iit changer de volonté , et au contraire envoya incontinent à Beaumont ausdites troupes de la poudre , de la mesche, des pioques et autres choses nécessaires qu'il jugea y estre de besoin pour se deffendre s*ils y estoient attaquez.

Le huictiesme Jour d'octobre d'Amblize brusla le fort et le village de Marq, et vint loger le dimanche unziesme devant Beaumont. Le lendemain ayant faict sommer ledit sieur de Montigny ,quiestoitun vaillantgentil-homme du pays de Picardie , et les autres capitaines qui estoient dedans Beaumont de se rendre à luy , sinon qu'il les ieroit tous tailler en pièces, ils dirent au trompette : • Dites à vostre maistre que s'il nous ▼eut donner son canon, et à chacun de nos soldats cent escus, que nous quitterons ce logis. • D'Amblize, fasché de ceste response, dit : • Foy de gentil-homme , je leur donnerai à chacun un eordeau, puis qu'ils sont si téméraires. » Tout aossi-tost il fit tirer quelques coups de ses pièces, et fit faire ses approches. Les royaux firent quelques sorties pour Tenempescher, et y eut ceste Journée forces escarmouches. Mais le mardy , dez le grand matin , il commença à faire jouer deux gros canons qu'il avoit faict venir en dili- 8«wîe de Ville-franche , et continua tellement sa îï^erlc le long du jour, qu'il esperoit y faire donner Tassant et l'emporter.

Le bruit du canon estant entendu à Sedan par l^it sieur mareschal , qui avoit mandé aux gouverneurs et aux gentils-hommes voisins de Tas- ^*to , résolut avec ce qu'il avoit d'aller secourir ^«wimont, et partit de Sedan ce mesme Jour sur le midy avec trois cents bons chevaux, et arriva si à propos auprès de Beaumont, que , s'esttntadvancé avec environ cent chevaux , il panit avec ce nombre seulement Jusques devant les umrailles, se contentant, après avoir attaqué une bonne escarmouche et quelques coups de pistolets donnez, d'avoir asseuré ceux de dedans , P«r quelques cavaliers qu'il y fit entrer , qu'il ^it là pour leur secours, empeschant d'Am- WIm à faire donner l'assaut où II se preparoit ||nieure mesme , la bresche estant raisonna- ^9 <^ par ce moyen aussi il donna loisir aux

assiégez de remparer la bresche toute la nuict. Après cela il se retira à une lieuë et demie de là dans Raucourt , où estant , et se représentant la perte toute évidente , faute de secours, non tant de la place que des régiments de Chambaret et de Montigny , et des compagnies des chevaux légers des sieurs de La Tour et Flavigny, et en suittela perte de Mouzon, qui estoit le principal dessein des Lorrains, sur ces considérations , il jugea estre besoin de bazarder un combat. L'ayant résolu , le lendemain au matin il monta à cheval , fortifié encor de quatrevingts bons chevaux amenez de Maubert par le sieur de Rumesnil qui y estoit gouverneur, et de quelques deux cents harquebuziers de ses subjects , et avec cela il alla droict vers Beaumont , au mesme lieu qu'il avoit recognu le jour de devant. Ayant faict advancer deux gros de cavalerie, il fit repoulser les Lorrains qui s'advan* çoient pour lui trancher le passage d'un vallon et favoriser la retraicte à quelques uns de leur infanterie logez dans des censés qui estoient à leur main gauche. Il se fit là une rude charge. Cependant ledit sieur d'Amblise, ayant à sadite main gauche ses lansquenets , et son Infanterie lorraine qu'il avoit assemblée en un gros bataillon près de son artillerie , fit advancer trois gros pour gaigner une montagne dontledict mareschal de Bouillon se vouloit prévaloir; mais le mareschal , qui avoit rangé sa cavalerie en quatre gros, en fit advancer deux si tost qu'il vit remuer les Lorrains, lesquels se meslerent incontinent au combat , comme aussi fit en mesme temps ledit sieur mareschal avec son gros, suivy du sieur de Rumesnil qui menoit le quatriesme. Au commencement de ce combat, le sieur d'Amblize, ayant rompu son bois, receut une harquebuzade dans sa visière qui lui transperça la teste, dont il mourut à Tinstant. Il fut lors bien com* batu de part et d'autre ; mais la cavalerie de Lorraine, voyant leur gênerai mort, voulut se retirer auprès du bataillon de leur infanterie et du canon qui tiroit, tant contre ceux de Beaumont que contre le secours du dehors; mais, aussi-tost qu'elle eut essayé à le faire , les François la poursuivirent si chaudement qu'elle fut toute mise à vau de route > abandonnant leur infanterie à la miséricorde des victorieux.

En ceste charge ledit sieur mareschal futblessé de deux coups d'espée, l'un au visage, sous l'œil droit, et l'autre au petit ventre; ce qui l'empescha de poursuivre la victoire , et donna la charge au sieur de Rumesnil et de Betancourt de donner sur ceste infanterie : ce qu'ils firent avec un tel heur , qu'aidez d'une sortie que firent ceux de dedans ils la mirent en pièces. Les Lor-

GHBONOLOGIB NOYBNAIRE DE PÂLIIA CAYBT. [1592]

rains perdirent leur chef, leur artillerie, et toutes leurs cornettes et enseignes, plus de sept cents morts sur la place , et nombre de prisonniers, entre lesquels estoient plusieurs capitaines, avec leur maistre de camp le sieur d'Esne. Quatre cents lansquenets du régiment du colonel Scheaw, estans pris prisonniers , furent renvoyez avec la baguette blanche , sous leur foy de ne porter les armes d'un an contre le Roy , contre ceux de Strasbourg, et contre ledit sieur mareschal sur ses terres de Sedan. Les royaux perdirent en ceste desfaicte fort peu de gens, sans aucune personne de marque.

Après que ce siège fut ainsi levé , les troupes assiégées eurent commandement de revenir en France et de se rendre au siège de Bochefort en Anjou , ce qu'ils firent. Pour les Lorrains , ils furent fort estonnez de ceste perte, qui leur vint très-mal, car ils avoient aussi en ce temps là une nouvelle guerre contre ceux de Strasbourg, ainsi que nous dirons cy après. Quant au mareschal de Bouillon, aprèsavoir emporté Fhonneur d'une telle victoire , où il avoit esté blessé , il se retira à Sedan, et mit ses troupes, que le Boy entretenolt en garnison, une partie audit Sedan et Vautre à Stenay. Ce ne furent depuis que courses sur la Lorraine et sur leVerdunois, et le duc de Lorraine cognut dèslors que le Boy luy avoit donné un homme de guerre en teste qui la luy portoit dans son propre pays , et que le succez que les princes de la ligue s' estoient proposez de la prise de leurs armes ne seroit tel qu'ils se Festoient imaginé.

Cependant que le mareschal de Bouillon se fatsoit penser de ses blessures, son esprit ne songeoit qu*à nouvelles entreprises sur le duc de Lorraine. Il fit recognoistre la ville de Dun sur la rivière de Meoze , à huict lieues de Sedan , par Noël Richer, homme advisé et de valeur, lequel ayant rapporté Testât de ceste ville , et comme il y avoit moyen d'y entrer avec des pétards, après plusieurs discours qu'ils eurent ensemble , il se résolut d'exécuter ceste entreprise la nuict d'entre ledimanche et le lundy, sixiesme et septiesme Jours de décembre , et pour ce faire il partit de Sedan le dimanche, sur les trois heures après midy , assisté d'une belle troupe de cavalerie , ayant donné aux autres troupes des garnisons de Sedan et Stenay le rendez-vous à sept heures du soir du mesme Jour au village dînant , une lieuê près de Stenay ; car ces troupes estoient lors logées en trois villages près de Bousi , à trois lieues ou environ de Sedan , revenans , après la prinse du chasteau de Charmoy près Stenay, de faire une course en Lorraine et sur le Verdunois; lesquelles troupes se trouvè-

rent audit rendez-vous , et , ayant marehé j«* ques à un quart de lieuë près de Dun, ledit iiesr mareschal fit mettre pied à terre à toosceu qu'il avoit choisis et esleus pour donner les premiers à l'exécution, et lors il mit l'ordre qu'il voulut y estre observé. Il commanda audit Richer de prendre le premier pétard , au sieur T6 not, capitaine de ses gardes, le second, à du Sault le tiers, à Betu le quart , et à La Chambre le cinquiesme. Deguyot , lieutenant de Teoot. portoit les mesches. Le capitaine du Saot et Boursie avoient un tréteau. Après eux marchoient le sieur de Marry avec dix hommesarmez et dix harquebuziers , puis quarante hommes armez commandez par le sieur de Caumont, avec deux cents harquebuziers.

Au petit fauxbourg qui est devant la porte â y avoit quatre soldats qui y faisoient garde, l'uo desquels, appercevant Bicher et Deguyot qui marchoient , leur tira une harquebnzade, en leur demandant : Qui va là? ce qui ne les arresti pas , ains passèrent outre. Mais incontinent, estans encores eslongnez de la muraillede cinquante pas , la sentinelle leur demanda : Qui va ià? et les voyant marcher sans mot dire, leur tira. et encor deux autres après. En mesme temps Bicher leur dit qu*ils avoient tort, et qu'il es toit un pauvre homme marchant que les hogu^ nots avoient desvalizé. Le gouverneur nommé Mouza, là venu à eest alarme, s'enquiert. Richer marche tousjours : de sorte que les bourgeois, recognoissans qu'il s*approchoit, luy crièrent qu'il s'arrestast ; et luy , se voyant àax pas de la porte , leur dit : « Je viens pour faire apprester le logis à M. de Bouillon qui veutdisner aujourd'huy dedans Dun. •

A ces mots, ce ne fut plus qa'harquebuzades. au son desquelles Bicher posa son pétard, qvi fit grand bruict , et fit son effect à la première porte. Il posa Tautre à la seconde , qui fit >o^' bien. Mais soudain ceux de dedans abbatireoi le râteau ou herse , et d'une pierre porterenî Bicher par terre. Le capitaine Tenot priotl* troisiesme pétard des mains de du Sault, et le fit jouer contre le râteau , qui fit fort peu; il f^ print le quatriesme que portoit Betu, lequel poac fit un trou où un homme en se courbant fort près de terre pouvoit passer. Les harquebniadfe cependant n'estoient espargnées par les assaiisi^ sur les petardiers , ny les coups de pierre q«'»'> Jettoient sur eux par les deux tours des de«t costez de la porte. Par ce trou entrèrent bin soixante hommes, nonobstant tout ce que pures! faire ceux de Dun, et donnèrent Josques au milieu de la ville ; mais les assaillis ay ans faict tomber une autre forme de râteau , les royaux dc

CHBOROLOOn NOVSNÀIIIB DB PALMA CAYBT. [1693]

parent plus passer que par dessous une despieees dodict râteau , et si ce passage estoft si daugerenx , que de vingt qui s'hasardèrent d'y passer il y eu eut quinze de blessez.

Ainsi les assaillans se trouvèrent fort peu dedans, et au eoQtraire ceux de Dun, ralliez en divers lieux , en grand nombre , y ayant dans eeste ville deux compagnies de cavalerie et une d'infantene, outre quatre autres qui estoient dedans la ville basse qui ne peurent secourir la Tille haute, leur ayant la poterne ou petite faulse porte qui descend en bas esté fermée par ceux qui estoient Jà entrez, lesquels se purent trouver environ six vingts dans la ville , où le combat dura depuis les trois heures jusques à sept au matin , sans que ledit sieur mareschal , qui estoit dehors , pust sçavoir des nouvelles de ceux de dedans y sinon par les assaillis qui estoient sQr la porte où il faisoit toujours faire de l'effort et y entrer file à file , quoy qu'ils criassent que toQS les royaux estoient perdus. Bref, les combats forent si divers et la chose si douteuse, que lesienr de Caumont après avoir esté blessé , et retiré en un logis avec trois ou quatre , les asaaillis le prindrent et le gardèrent plus d'une henre. Autant en advint d'un autre costé à Betu et à dn Sault , auxquels le gouverneur Mouza , voyant les choses tournées à son desadvantage , se rendit leur prisonnier. Environ une demie Iieure après la pointe du jour , le sieur de Loppes, en sondant la muraille par le commandement dudit sienr mareschal , et ayant trouvé que ceux de dedans travailloient à ouvrir la poterne qui descend à la ville basse , et voyant qu'elle ne pou voit estre ouverte dequelque temps, se fit apporter une eschelle où luy et quelquesans montèrent , et , après la porte ouverte , donna passage à cehx qui le suivirent , lesquels firent retirer tous les assaillis dedans une forte toor proche de la première porte. En ces combats , qui dorèrent plus de quatre bonnes heures, la plus-part des royaux qui estoient entrez dans Dun furent blessez : ledit Tenot , le capitaine Camus et Foiquetiers y furent tuez. En fin, snr le midy , ceux qui s'estolent retirez dans ladite tour se rendirent prisonniers de guerre , desorte que la ville haute fut toute réduite. Ceux qui estoient en la basse ville , estonnez de tel effect , y mirent le feu , et , saisis d'effroy , s'enfayrent. Voylà comme M. le mareschal de BoQillon surprint Dun au commencement de décembre.

En ce mesroe temps le roy d'Espagne, désirant du costé desEspagnes faire entrer des forces en France par terre , et faire la conqueste de la Guyenne y qu'il estimolt aisée tandis que le Roy

estoit aux environs de Paris , essaya de s'emparer de Bayonne , à l'ayde de deux armées , par mer et par terre. De longue main le gouverneur de Fontarabie avoit practiqué une intelligence avec un médecin nommé Blancpignon , lequel recevoit souvent des lettres de luy en termescouverts et prins de la médecine , pour acheminer leur entreprise sur Bayonne.

Ce médecin s'entendoit avec un Espagnol habitué d'assez long temps dans Bayonne , et ces deux avoient acheminé leur entreprise si avant , qu'une flotte de quelques vaisseaux et une armée par terre estoit preste à l'exécution, quand un iacquay , envoyé de Fontarabie avec lettres parlant de medeciner et saigner le malade, fut surprins par le seigneur de La Hilliere , gouverneur de Bayonne , lequel , ayant faict prendre le médecin et l'Espagnol , en peu d'heures descouvrit tout leur dessein. Il délibéra de donner une extrette aux Espagnols entrepreneurs, ce qu'il ne put exécuter à cause de la resolution de l'Espagnol prisonnier, lequel ne voulut escrire les lettres qu'il luy vouloit faire escrire , ains aima mieux mourir que de servir de piège pour faire attraper le gouverneur de Fontarabie , et fut décapité publiquement avec le médecin. C'est assez traicté de ce qui s'est passé sur les frontières de la France ; voyons ce qui se passoit en la ville capitale et aux environs.

Après la reprise d'Espernay le Roy, ayant renvoyé lès reistres , retint auprès de luy une petite armée que conduisoit le baron de Biron , et s'en vint vers Paris. Il envoya vers M. d'Espemon à ce qu'il luy remist entre les mains Testât d'admiral de France , ce qu'il fit , et Sa Majesté en pourveut ledit sieur baron de Biron.

Le Roy estant à Sainct Denis , désirant bloquer Paris tout autour par des forts , afin qu'il n'cntrast nuls vivres dedans que par sa volonté et sur ses passeports , il fit dresser de nouveau un fort à Gournay , distant de trois lieues de Paris. Ce fort fut fait dans une isie qu'entouroit la Marne au lieu de fossez ; les bastions n'e&toient que de terre. M. de La Noue y fut mis gouverneur dedans avec une forte garnison, six pièces de canon et les munitions nécessaires, pour empescher de ce costé là tout ce qui eust peu venir  Paris par la Marne. Corbeil et Sainct Denis tenoient comme bouclez le haut et le bas de la rivière de Seine. Ceux de Chevreuse, Porché- Fontaine , et autres chasteaux des environs du costé de l'Université, faisoient tant de courses et si souvent jusques dans les fauxbourg^ » que peu de chose pouvoit entrer dans Paris sans les passeports des gouverneurs des places pour le Roy.

CHEOITOiOGU nOVBlTAnB DH PALMA CAYBT. [1693]

Sur ia construction de ce fort à Gournay , et gur un bruit qui courut parmy les Parisiens que le Eoy Youloit deffendre d'oresnavant tous les passeports qui permettoient de faire sortir et entrer des marchandises dans Paris , il se tint une assemblée de ville le 26 octobre. Or , soit à dessein ou autrement, ou par la licence que prirent les gouverneurs des placesqui tenoient pour le Roy aux environs de Paris , il s'estoit practique du depuis la levée du siège qu'en payant certains droicts , on faisoit entrer et sortir de la marchandise dans Paris. Plusieurs Parisiens alloientet venoient par passeports aux places du Boy, et la nécessité qu'ils avoient endurée dans Paris, Tabondance qu'ils voyoient aux villes royales, et la commodité qu'ils retiroient de trafiquer , en fit changer à beaucoup l'opinion de leur ligue. Ce fut pourquoy ceux qui favorisoient le party royal dans Paris , dont il y en ayoit grand nombre , ainsi qu'il se pourra aysement juger cy-après, pensans faire naistre quelque occasion pour le service du Roy, firent &ire oeste proposition : Qu'il failloit envoyer vers le roy de Navarre , en attendant la tenue des estats, pour avoir le trafic et commerce libre, tant pour la ville de Paris qu'autres bonnes villes de France. Geste proposition fut trouvée si bonne par plusieurs y que^, si le duc de Mayenne jae se fust rendu à Paris incontinent , il y eust pu naistre quelque changement. En l'assemblée qui se ttot dans la Maison de Ville le 6 de novembre, il leur dit : « Messieurs , j'ay esté adverty qu'il s*estoit &ict icy quelques propositions d'envoyer vers le roy de Navarre pour traicter avec luy : ce que j'ay trouvé fort estrange pour estre chose fort contraire à ce qu'avons par ensemble juré. Toutesfois je ne l'impute pas à aucune mauvaise volonté qu'ayent ceux qui Tout proposé , ains à la nécessité très-grande que chacun de vous peut avoir. Mais vous sçavez tous que j'ay délibéré foire assembler les estats dans ce mois pour pourvoir au gênerai des affaires , et au particulier de vostre ville. Vous sçavez combien de princes, seigneurs et villes se sont unis avec nous, desquels nous ne devons ny pouvons honnestement nous départir : aussi vostre condition seroit beaucoup plus mauvaise de faire vos affaires sans eux. J'espère que tous ensemble prendrons quelque bonne resolution , pour laquelle exécuter , sans avoir aucune considération de mon interest particulier, j'exposeray, comme j'ay faitcydevant, pour vostre conservation très-librement mon sang et ma \\e. Mais cependant je prie ceux qui ont fait telle proposition de s'en vouloir départir ; et, s'ils ne le falsoient, j'aurols occasion de croire qu'ils sont mal alTectionnez à nostre

party , et traicter avec eux eomme ennemis 4i nostre religion. »

M. de Mayenne , à son arrivée dans Paris, y trouva les deux partis ou factions des polltiquei et des Seize esgalement fortes , et que roesmes ils faisoient entr'eux une conférence en la présence du sieur de Belin y gouverneur de Paris, et du prevost des marchands , pour tascher à les accorder. Avant que parler dé cesteconfereoce, voyons comme les politiques, depuis la mortda président Brisson , dont nous avons parlé Tao passé, se reoognurent, s'assemblèrent, et se bandèrent ouvertement contre la faction des Seize.

Tous ceux qui ont escrit de ce subject s'aocor* dent que, bien que plusieurs dans Paris auparavant la mort du président Brissôn portassent couvertement affection au party royal, sin'osoient-ils en parler à l'ouvert , pource qaeles Seize leur tenoient tousjours le pied sur la gorge, et prenoient garde de prez à toutes leurs actions, nuiis que, depuis ceste mort, et qu*ils virent que Louchart et ses compagnons eurent esté pendos par le commandement de M. de Maycnoe, ils commencèrent, disent-ils, à s'assembler des le mois de janvier au commencement de oeste année , et se jurèrent ensembiement un support commun ; que le commencement de leurs assemblées se fit chez le sieur d' Anbray, l'un des colonels de la ville , qui avoit esté autres-fols prevost des marchans, et qui estoit d'une des bonnes familles de Paris, et du depuis en Tabbaye Saincte Genevief ve, au logis de l'abbé, là où en ces assemblées se trouvèrent des ecclésiastiques, des gens de justice, des officiers de la Maison de Ville, des colonels, des capitaines, et antres bourgeois. Les premières propositions qui furent faictes en ces assemblées estoient :

I. Qu'il failloit d'oresnavant que les bonnes fàmilleset les gens d'honneur se recogneossentH se joignissent ensembiement pour estre les pins forts , et résister à certaines personnes qui se disoient catholiques zelez et se faisoient appeler les Seize , que l'on cognoissoit assez estre gens de néant, personnes abjectes, de basseconditioD, qui vouloient tout entreprendre et manier les affaires de la ville , lesquels avoient commeneé une révolte qui saigneroit à jamais , s^estolent attaquez à la cour de parlement, et de leur propre authorité avoient faict mourir de mort violente M. le président Brisson ; qu'ils continuoient encor leurs révoltes et entreprises avec les Espagnols, vouloient renverser tout ordre, ne feisoient que brouiller les affaires , et estoient la cause de toutes les misères que souffroit la France des guerres civiles,

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