‹ Chronologie novenaireChapitre 27 sur 62 · II. Que pour s'opposer aussi ausdites eotrepri · texte numérisé non relu

II. Que pour s'opposer aussi ausdites eotrepri

CHBONOLOfilB NOYBNAIEB BB PÀLHA CAYBT. [l603]

iu

les , il Mloit que aux eslecUons des ofOees et charges de la ville empescher à TadveDir que nul desdits Seize D*y fust pouryeu, et D'endurer plus qu'aucun eust authorité dans la Maison de Ville qu'il ne fust de la qualité requise.

m. Et que , comme les Seize avoient tiré leur nom de Testablissement qu'ils avoient falct d'un conseil des seize quartiers, qu'aussi il failloit que les seize colonels de Paris fussent les chefs pour s'opposer, chacun en son quartier, aux entreprises des Seize , et practiquer sous çbasque colonelle le plus de capitaines et de bourgeois que l'on pourroit, affin de se rendre forts, etd^ayderpar ce moyen à M. de Mayenne, qui avoit si bien commencé en faisant pendre quatre desdits Seize , exterminer du tout ceste âietion, dont il en réussirait ce bien que l'on pourroit chasser aussi les Espagnols de Paris qui n'estoient soustenus que par eux , et par ce moyen 11 y auroit espérance d'avoir un jour la paix, de restablir le traflc, de sortir des malheurs où ils estoient à présent , et de Jouir de leurs maisons des champs , de leurs rentes et de leurs héritages.

Geste practique fut si bien menée et conduitte, que des colonels de Paris il y en eut treize qui se déclarèrent ennemis des Seize, tous les quarteoiers de la ville , excepté quatre , grand nombre de capitaines et bourgeois , lesquels estoient flous main soustenus par toute la cour de parlement, excepté cinq qui favorisoient encor les Seize, et de toutes les autres cours souveraines.

Ce party dedans Paris devint Incontinent fort. En ce commencement on ne parloit que de ruyner les Seize, et de tascher à chasser les Espagnols et empescher qu'il n'en entrast en garnison dans la ville plus grand nombre que ceux qui y estoient, et mesmes, quand le duc de Parme , après le siège de Rouen , repassa la Seine à Charenton , lesdits colonels furent tous- Jours en armes , firent faire doubles gardes à la porte de Bussy, et le colonel Passart , avec le grand Guillaume , capitaine , y menèrent leurs compagnies ensemblement pour s'y rendre plus forts, et ne cessèrent de s'y tenir jusques à ce que ledit duc fust esloigné de la ville. Plusieurs parlolent à l'ouvert contre les Seize. Aucuns particuliers mesmes usèrent de voye de falot. Un gentil-homme françois , vestu à l'eiipagnole , fui battu en qualité d'Espagnol ; et mesmes il fut pendu par authorité de Justice quelques particuliers des Seize pour leurs crimes. Quelques uns aussi s'enfuirent de peur de punition. Bref, il se passa plusieurs particularitez contre eux depuis le commencement de ceste année jusques sur la fin de s^tembre, qu'il fut tenu une assemblée au

logis dudit sieur abbé de Saincte Geneviefve en laquelle se trouvèrent plusieurs personnes de qualité, et 1^ fut commencé de parler [sur le sub- Ject du fort que l'on bastissolt à Gournay] qu'il falUoit entendre à la paix avec le Roy, et y fut dit que les guerres seroient perpétuelles , à faire comme l'on faisoit; que toutestoit ruiné; qu'il valloit mieux , pour aquerir paix et soulager le pauvre peuple , se jetter entre les bras du Roy, qui estoit prince remply de clémence, qui sans doute les recevroit humainement, et vivrait on sous luy en paix en l'exercice de la religion catholique-romaine ; qu'il estoit te vray héritier de la couronne de France; que jamais la race des princes de Bourbon ne laisserait Paris en paix si la maison de Lorraine ou autre estranger entrait à la couranne; qu'infailliblement II falloit recognoistre le Roy et se sousmettre à luy, et qu'il n'y avolt autre moyen de repos et salut qu'en le recognoissant ; que si on ne le faisoit de gré à gré , aussi bien qu'il emporteroit Paris de force , tellement qu'il valloit mieux traicter avec luy en temps opportun , que d'attendre pour y estre portez par la corde au col ; et, pour conclusion, qu'il falloit nécessairement faire la paix et recognoistre le Roy, autrement que tout seroit perdu; qu'il ne falloit plus attendre secours du Pape pour résister à la force du Roy, ny aux armes des princes de Lorraine , ny aux doublons d'Espagne, et que tout cela estoit des chimères; et, pour parvenir à la racognoissance du Roy, il failloit d'oresnavant veiller et foire tout ce qu'il seroit possible pour son advancement, et ruiner tous ceux qui y voudroient contredire. Après ceste proposition il fut long temps devisé des moyens et ordre pour y parvenir. Il fut leu aussi un mémoire de l'ordre qu'il failloit tenir d'oresnavant pour leur assemblée , pour sçavoir des nouvelles , pour prendre le signal et le mot du guet , et les endroits où l'on se devoit addresser. Ils disposèrent quatre maisons des colonels où tous les Jours, à certaines heures , ils iraient conférer de ce qu'il faudrait dire et faire : pour l'Université et Cilé, au logis de d'Aubray ; au quartier du Louvre, en la maison de Passart; au quartier de Grève , au logis de Marchand ; au quartier des Halles, au logis de Yillebichot.

En ce mesme temps que les politiques de Paris tramoient la réduction de ceste ville en l'obeyssance du Roy, M. Rose, evesque de Senlls, alla trouver le colonel d'Aubray qu'il estimoit chef de ce party ; il luy dit qu'il failloit que tous les catholiques des deux partis qu'il voyoit à présent dans Paris entrassent en quelque conférence et se reconciliassent les uns avec les au- * très , et qu'il failloit tous s'unir contre les heretir

CURONOLOOIB NOVBNAIBB DB PALlfA CAYST. [1592]

ques. Mais il n'eut pour response de luy que quand tous les Seize auroient esté punis de leurs crimes , qu'il adviseroit à ce qu'il auroit à faire. Les docteurs Genebrard et Boucher en parlèrent aussf à quelques autres colonels qu'ils cognoissoient, et ceste affaire fut si avant menée; que les politiques , pour ne donner aucun subject de croire qu'ils ne vouloient entendre à aucune réconciliation, trouvèrent bon, pour descouvrir les desseins des Seize, que le colonel Marchand, et Lambert, quartenier, delà part des politiques, en traictassent avec l'advocat Le Gresie de la part des Seize, lesquels, ayans parlé ensemblement, promirent chacun de leur part de faire comparoir les principaux d'entr'eux en un logis proche de la maison du sieur L'Huitlier. De la part des politiques s'y trouvèrent les colonels L'HuilIier, Marchand et Pigneron ; de celle des Seize, Àcarie, Le Gresie, Bordereuil Rosny et Senault.

L'Huillier, prenant le premier la parole , leur dit : i M. le colonel Marchand nous a faict entendre que vous nous avez recerchez pour vous reconcilier et joindre avec nous ; c'est chose qui se pourra faire , moyennant que chacun s'humilie , obeysse et recognoisse ceux qu'ils doivent honorer par honneur. •

Àcarie, pour les Seize, dit : t Messieurs, nostre intention est que ceux qui se disent catholiques le facent paroistre par bonnes actions, qu'ils considèrent bien que la division produit ordinairement les mesdisances et calomnies, et les mesdisances des intentions irréconciliables, et que, pour éviter les maux qui en pourroienten suivre au préjudice de la religion catholique , apostolique et romaine , et de la ville environnée des ennemis , il est très à propos en ce temps assoupir et esteindre telles divisions et s'unir tous ensemble pour résister à Theretique et à ses fauteurs. Pour ces considérations, nous avons tenté tous moyens pour y parvenir et en conférer avec vous, non en qualité de colonels, mais comme estans catholiques. »

Plusieurs propos furent tenus d'une part et d'autre, recognoissant chacune part le dommage et nuisance qu'apporteroient telles partialitez. Senaut dit que, pour Teffect d'une bonne reconciliation, il luy sembloit, sauf meilleur advis, qu'il seroit bon que les uns et les autres se submissent à leurs pères spirituels, et que, comme ledit Le Gresie leur en avoit communiqué, en estans quasi demeuré d'accord jusques à estre entrez à la nomination, il estoit bien séant leur rendre cest honneur.

Que de la part des Seize, ils avoient advisé de supplier messieurs Genebrard, archevesque

d'Aix,Rose, evesquedeSenlis, Boucher, cnréde Sainct Benoist, et de Gueilly, curé de SalnotGe^ maindeLauxerrois, d'enprendrela peine, i £tde vostre part, dit-il en parlant à L'Huillier, vous pouvez faire le semblable envers ceux que le colonel Marchant et le quartenier Lambert svolent choisis , qui estolent les sieurs abbé de Saiocte Genevlefve, Seguier, doyen de l'église de Paris, Benoist , curé de Sainct Eustache, et Chavigoac. curé de Sainct Sulpice, et que l'on adviseroit du Jour pour les assembler. • Ils trouvèrent toQs cest advis bon: toutesfois depuis il fat diangé. Pour ce Jour il ne fut faict autre chose.

Le bruit de ce pourparlé estant venu jusque aux oreilles du prevost des marchands et antres magistrats , lesquels, Jugeans diversementceqvi en pourroit arriver, se voulurent meslerdeost affaire , et furent les politiques et les Seize maidez le lundy ensuyvant , et prévenus par lepr^ sident d'Orcey , prevost des marchands. 11 loàa l'intention de ceux qui avoient promeu et commencé cest œuvre , leur fit entendre qu'il y vooloit avoir part et y apporter tout ce que doiton magistrat de ville qui n'a point plus de repose! contentement que de voir et cognoistre une boow union entre les citoyens, et que pour cest effet» il en communiqueroit avec le gouverneur,lq«l il sçavoit tendre an mesme but, et tiendroit advertis les uns et les autres pour se tronvera l'heure et au lieu qui seroient choisis.

Ayans eu commandement les uns et les antres de se trouver le mercredy suyvant chez lesieiir de Belin, gouverneur de Paris, en nombre de cinq ou six, il advint que, tant d'un party qw d'autre, ils délaissèrent les ecclésiastiques posr l'animosité qui estoit entre aucuns d'eux , et te magistrats civils servirent en leur place.

De la part des politiques se trouvèrent iei sieurs L'Huillier, Passart, Marchant, Villefr chot , du Fresnoy , FeuUet , de La Haye , San* teuii et Le Roy , tous colonels ; et de la part des Seize, Acarie, Le Gresie, Alvcquin, Bordereuil Rosny, Senault, Messier et de Sansa.

Là fut proposé par le sieur de Belin (li;^' après par le prevost des marchands, combien Hj luûoient ceste reconciliation et en desiroient séx l'accomplissement, admonestèrent chacun d'Y apporter ce qu'il pourroit, et à ceste On qn'« leur fist entendre le coipmencement et le pn^ de Taffaire.

L'Huillier pour les politiques , et Acarie po«r les Seize, les ayans chacun remercié et fait * tendre comme tout s'estoit passé jusqaes â ce Jour, et mesmes ledit L'Huillier comme on le^

(I ) François de Fandoas d'ATerton, comte de Bdm.

CHBONOLOGIB NOYENAIBB

en avoit recherchez, ils moDStrerent tous avoir un extrême désir de voir l^efTect d'un si bon œuvre , dont ils auroient supplié les magistrats d*y tenir la main. Lors arriva d'Aubray, auquel fut fait récit par ledit sieur gouverneur de ce qui avoit esté desjà dit , et que le meilleur moyen estoit d'eslire certain nombre de part et d'autre pour ensemblement et en leur présence conférer et adviser aux remèdes, et le prièrent d'enestre Tun et d'y assister, ce que pareillement firent ses compagnons et les Seize aussi. Mais il dit que quant à luy il n'avoit besoin de reconciliation , ne vouloit mal à personne, qu'il estoit bou catholique, et n'assisteroit point à la conférence, bien tiendroit-11 ce qui y seroit conclud et arresté.

Nonobstant son refus, le prevost des marchans fit une liste de cinq de chacune part, en laquelle fut d'Âubray nommé avec L'Huillier, Passart, Marchant et Plgoeron, lequel arriva à l'instant, tellement qu'ils se trouvèrent là unze colonels, et de la part des Seize furent nommez Acarie, Le Gresle,Senault, Alvequin et Bordereuil Rosny , à tous lesquels fut dit qu*ils se trouvassent le lendemain Jeudy au mesme lieu pour entrer en matière, et adviser aux moyens et remèdes pour esteindre ces partialitez ; et pour l'heure ne furent tenus autres propos.

Le jeudy ils se trouvèrent tous au mesme lieu en la présence dudit sieur gouverneur et du prevost des marchands. Geste assemblée commença par la plainte que fit le colonel Marchant de ce qu'aucuns des prédicateurs des Seize avoient desjà presché que les politiques recerchoient les Seize d'accord. Il en fut faict un grand bruit, lequel cessé , un des Seize dit que les remèdes convenables pour esteindre la division estoient de ne recognoistre jamais le roy de Navarre, quelque catholique qu'il se fist. Lors d'Aubray dit : t Messieurs , je ne voy pas qu'on ait parlé de ce pourquoy on nous a fait entendre qu'estions assemblez. Quant à nous, nous sommes tousjours demeurez en l'union de la ville , en l'obeyssance de M. de Mayenne, de la cour de parlement, de M. le gouverneur et des magistrats ; si vous autres [parlant aux Seize], qui vous estes joincts avec le Pape et l'Espagnol , voulez entrer en nostre union, nous procurerons pour vous envers M. de Mayenne , la cour de parlement et les magistrats, qu'il vous y reçoivent, et n'est besoin d'autre reconciliation pour mon particulier , n'ayant querelle à personne. •

Après quelques reparties et disputes à qui avoit esté de tous eux le premier de la ligue , et qui y avoit le plus fourny, d'Aubray dit encores : « Nous avons occasion de nous plaindre de ce

DB PALMA CAYBT. [I592j 397

qu'on baille aux prédicateurs des mémoires et billets sur lesquels, sans discrétion, ils preschent et taxent plusieurs gens d'honneur jusques à les monstrer au doigt. Il faut deffendre cela, et n'appartient aux prédicateurs de se mesler de l'Estat, ains seulement de reprendre les vices. » Un des Seize luy respondit que les prédicateurs n^'estoient point indiscrets pour prescber à l'apetit d'aucun , et que ce n'estoit à luy de leur prescrire ce qu'ils avoient à dire, et qu'ils preschoient la vérité. A quoy répliqua d'Aubray : a Tout leur est permis, ce semble, puis qu'ils ne recognoissent point la cour pour leurs juges. »

Sur ce luy fut dit par ledit sieur gouverneur que, pour le regard des prédicateurs, ce n'estoit à eux de leur faire leur leçon, mais que luy et le prevost des marchands parleroient à M. le légat, qui les manderoit et leur feroit entendre ce qu'ils auroient à faire , et , s'il advenoit qu'ils y contrevinssent, qu'il y avoit moyen de chasser ceux qui feroient le contraire. £t par ce que ces propos sembloient empescher ce qu'ils esperoient de la conférence, ils furent rompus, et chacun admonesté de parler modestement et sans collere ny reproche des choses passées. Puis le prevost des marchans fit lecture de ce qu'il avoit escrit pendant leur contestation, estimant, disoit-il, qu'il estoit bon de dresser des articles pour leur reconciliation , et les faire publier.

Et par ce qu'en ces articles il avoit mis que les prédicateurs seroient priez de ne plus prescher sur mémoires et billets, aussi que la cour de parlement seroit suppliée d'oublier le passé , et que d'oresnavant l'on n'useroit plus de ces mots, Politiques et Seize, un des Seize luy dit, quand aux prédicateurs, qu'il n'estoit besoin d'en parler , puis que ledit sieur gouverneur avoit remis ce qui les concernoit à M. le légat.

Pour le regard des mots Politiques et Seize , qu'il ne les failloit supprimer, d'autant que celuy qui feroit les actions d'un politique meriteroit porter ce nom; et quant aux Seize, que c'estoit un nom honorable, et que l'on ne faisoit aucun deshonneur à ceux qui en estoient de les appeller ainsi ; toutesfois, si pour éviter les noises et contentions on les vouloit oublier, on le pourroit consentir : mais si on le vouloit esteindre par ignominie, il ne se pourroit souffrir, et falloit qu'il leur demeurast.

Quand à la cour de parlement , qu'il n'estoit aucunementnecessaire qu'ils lasuppliassentd'oublier les choses passées, et que sur ceste prière d'oblivion elle se voudroit prévaloir et dire que les Seize ne se pourroient plus pourvoir, et seroient exclus et forclos de les récuser; que la récusation estoit de droict, et encores qu'il ne fust

CHlONOLOetB NOTBIIAIBB DB l^ALMA CAYBT. [1599]

raisonnable qu'on qni se pretendoit offensé d*a- i Toir esté emprisonné, comme tonte la cour le ' prétend avoir esté par les Seize , fùst le Jnge de celoy qni Faorolt mené en prison , on qui y auroit preste ayde et conseil , si est-ce qn^auenns de la conr avoient assisté an Jugement des proces de Michelet , du Jardin et autres que Ton avoit animeusement et par vengeance poursuivis et recerchez pour choses assoupies, et que l'on pouvoit aussi remarquer plusieurs autres poursuittes faictes en haine contre les Seize depuis le 4 décembre.

Mesmes que Ton avoit usé de plusieurs reproches des choses passées et calomnies, desquelles Ton avoit demandé justice au conseil de M. de Mayenne , en la cour et au chasteleti et néantmoins on ne Tavoit peu obtenir; que quand on s'addressoit à un commissaire pour informer , il remettoit la partie au lieutenant criminel , et le lieutenant criminel à la cour de parlement : tellement que Ton voyoit à veuë d'œll que c'estolt partie faicte contr*eux.

Qu'il y avoit encor plusieurs dez leurs lesquels estoient absens pour les animeuses recherches que Ton faisoit contr'eux sans partie civile, pour raison de quelques prétendus meurtres d'heretiques ; et que si on vouloit oublier, il falloit les faire revenir en seuretéi et entr'autres Thomasse , Jacquemin et Desloges , lequel avoit tué un soldat huguenot qu'il avoit prins à une sortie de la ville pendant le siège, dont toutesfois il estoit recherché.

Sur ce fut respondu par L'Huillier aux Seize : « Vous ne voulez donc point recognoistre la cour, ny qu'on face Justice ? Qui seront doncques nos Juges? — Est-il raisonnable, dit Marchant , que ceux qui ont tué de sang froid un Flamang de bon lieu, et quelques autres qui ont desrobé , demeurent impunis , et qu'on les laisse parmy nous? Et quant à ceux dont vous parlez, ils ont esté bien Jugez, et avoient commis beaucoup d'autres crimes que ceux dont il y a preuve au procès. •

Les Seize continuant leurs discours sur les occasions qu'ils soustenoient avoir de récuser le parlement : t Mais, disoient-ils , si par zèle de religion s'est commis indiscrettement acte qui se doive excuser, nous supplirons M. de Mayenne avec cognoissancc de cause de le remettre et abolir? Et pour le regard de ceux qui ont esté condamnez à la mort, nous disons seulement que les poursuittes ont esté animeuses et par vengeance, et n'estimons pas que les juges de la cour de parlement qui ont voulu souiller les mains au sang innocent n'en soient punis, et remettons le tout à Dieu qui en sera le dernier juge. »

Ces paroles sonnèrent très-mal aux oreilles des magistrats et des politiques qui les reprirent aigrement , et jugèrent qu*il n'y avoit point moyen de desopiniastrer ces gens-là. Ledit sieur gouverneur , lequel avoit fait sortir ses gens affln de n*en rien ouyr, leur dit qu'il ne failloit plus qu'ils tinssent telles paroles , et que le tout seroit tenu sous le secret, et mesmes que les uni et les autres ne se souviendroient aucunement de qu'ils s'estoient reprochez en particulier.

Le lendemain le prevostdes marchans envoya quérir Senault, auquel il ballia quelques articles escrits de sa main, contenant en substance que, pour appaiser les divisions et partialitez qui estoient en la ville , provenantes de ce qu'aucuns bourgeois avoient des affections et inclinations contraires à celles que doivent avoir bons et naturels François, il estoit nécessaire d'admonester tous les bourgeois de la ville de lever telles opinions qu'ils avoient conceoës les uns des autres, quitter toutes divisions et partialitez , rendre Tobeyssance et révérence aux ecclésiastiques et magistrats, s'unir plus estroittement pour la deffence de la religion et de la ville contre l'beretieque et ses fauteurs, conformément aux serments de l'union cy-devant faits : deffences de soy provoquer par injures et reproches passées, ny user de menaces , et admonester chacun de veiller et observer si aucuns de fait ou de parole aydoientetfavorisoientrennemy,pourenadvertir le magistrat et en faire faire justice exemplaire.

Par ces articles les Seize se trouvèrent taxei d'avoir eu des affections contraires à celles que doivent avoir les naturels François , les trouvèrent bons en ce qui estoit dit qu'il falloit s'unir plus estroittement contre l'heretique et ses fauteurs , conformément aux serments de FonlOA cydcvant faicts. Cela fut cause qu'ils présentèrent encor des mémoires audit prevost des marchans , à ce que dans lesdlts articles il fut aussi adjousté que deffences seroient faictes à toutes personnes de plus nommer le Roy [en parlant du roy de Navarre], ny d'Injurier les garnisons espagnoles, et que les commissaires du chastelet, sans demander permission au lieutenant criminel , ny le lieutenant criminel à la cour , informeroient contre les contrevenants aux serments de l'union. Ledit sieur prevostdes marchans ne tint beaucoup de compte de ces mémoires. Et en l'assemblée qui se tint chez ledit sieur de Beltn après que M. de Mayenne fut arrivé à Paris, M. le président Janin, de la part dudit sieur duc, s'y trouva et tous les députez des politiques et des Seize. Là ledit prevost des marchans fit lecture de tout ce qu'il avoit mis par escrit : mais les politiques ny les Seize n*en voulurent demeu-

CHB0N0L0G1S IfOTBNAIHB DB PÀLMA GAYBT. [1592]

irer d^aeoord. Leur contestation vint sur le serment de Tunion , où les Seize vonloient qu'on y adjoustast de ne tralcter jamais d'accord avec le roy de Navarre , ses fauteurs et adherans. Les politiques soustenoient qu'il ne devoit rien estre adjousté audit serment, et qu'il devoit estre renouvelle seulement comme on Tavoit Juré en décembre 1591 , et pour cest effectils en présentèrent la forme qui avoit esté faicte au quartier de Passart, disans que plus de deux cens des Seize ne Tavoient voulu signer , et que ceux qui Favoient signé y avoient mis des modiâcatiqns à leur plaisir.

Geste forme ayant esté leue par ledit sieur président Janin, qui ad voua l'avoir dressée, il s'enquit quelles raisons avoient meu les particuliers de ne la signer puisque le prince l'avoit commande , et qu'on ne devoit souffrir cela. Auquel les Seize respondlrent que pour ce qui concerne la police temporelle on est de vérité obligé d'obeyr au prince , mais , y allant de la religion et d'un serment , il en falloit communiquer aux docteurs de TEglise, comme on avoit faict quand les autres serments furent faicts dez le commencement de la ligue.

Geste dispute en engendra d'autres , et vindrent tellement en paroles sur ceux d'entr'eux qui avoient fait des assemblées , du depuis ledit mois de décembre , sans Tauthorité du magistrat , que d'Aubray dit aux Seize : t G'est trop disputé , nous nous faisons grand tort de parler à vous autres. Qui estes vous? n Et tenant en main un exemplaire de l'abolition que M. de Mayenne avoit fait publier sur le fait du président Brisson , dont nous avons parlé cy-dessus , « Voyià, leur dit-il, vostre reproche sur le front; vous estes par là reprouvez, desadvouez et difftmez , gens sans chef et sans adveu , ausquels sont faictesdeffences de vous nommer les Seize, et neantmoins vous prenez ce mot à grand honneur ; nous ne devrions pas seulement parler à vous. • Un des Seize luy respondit : « Nous n'avons que faire, par la grâce de Dieu , de l'abolition, et ne l'avons demandée ny poursuivie, ny aucun des nostres, comme n'estant nécessaire et sans occasion. Et neantmoins par icelle ne nous est deffendu de nous nommer les Seize, o D'Aubray soustenant le contraire, l'abolition fut lenê par le sieur L'Huillier, dans laquelle il se trouva : « Nous faisons très expresses inhibitions et deffences à toutes personnes, de quelque qualité ou condition qu'elles soient, et sous quelque prétexte ou occasion que ce soit, mesmes à ceux qui se sont cy devant voulu nommer le conseil des Seize, de faire plus aucunes assemblées pour délibérer ou tralcter d'affaire quelconque, à

peine de la vie et rasement de maisons èsquelles se trouveront lesdites assemblées avoir esté faictes. » Après ceste lecture les Seize se levèrent sur pieds , et dirent : t Nous sommes gens de bien , et n'avons que faire de ceste abolition ny tous les nostres , et ne nous peut telle abolition apporter aucune infamie ; si vous avez autre opi« nion vous vous monstrez vous mesmes desobeyssans et contrevenans à ce qu'elle porte, parce qu'il y a deffence de s'en souvenir, et vous nous en faictes reproche. Vous nous reprochastes hier mesmes que nous estions desunis de la ville et desobeyssans aux magistrats : nous n'estimons pas que vos compagnons vous veulent advouer. » D'Aubray leur fit response : « Vous avez bien dit pis en la dernière assemblée de messieurs de la cour de parlement , et de vérité nous avons un desadveu de parler avec vous ; messieurs nos compagnons, ausquels nous avons communiqué, ne le trouvent pas bon et nous en desad vouent. • Après ceste parole ce ne furent plus que repro-* ches,et ainsi sortirent les uns et les autres avec disposition de soustenir chacun leur party.

Par le rapport que l'on fit à M. de Mayenne de ce qui s'estoft passé en ces assemblées , on cognut que les Seize estoient plus opiniastres qu'auparavant en leurs desseins, qu'ils ne vouloient rceognoistre la cour de parlement ny la Justice , et avoient dans l'ame espérance de se pouvoir venger dudit duc et de la cour qui avoient faict pendre ceux de leur faction. Ges assemblées estant jugées pouvoir apporter à la longue quelque remuement , ledit sieur prevost des marchans eut commandement d'entretenir les Seize en la continuation d'Icelles, et que cependant on ruineroit ce party petit à petit comme pernicieux et dangereux pour l'Estat de la France. Les politiques , d'autre costé, qui publioient ne vouloir tenir que de M. de Mayenne et suivre sa volonté , desdaignerent de conférer d'avantage avec les Seize : tellement que toutes ces conférences furent sans effect, et les Seize firent courir un bruit que M. de Mayenne, ledit sieur de Beliu, gouverneur, et le prevost des marchans, ne vonloient pas que ceste reconciliation entr'eux et les politiques f ust faicte, de peur d'estre diminuez de leur authorité et leurs grandeurs retranchées. Mais , n'osans plus présenter aucune requeste en leur nom, ils s'adviserent de faire présenter une requeste à M. de Mayenne par les docteurs et prédicateurs de leur faction : la lecture d'icelle fera Juger aysement quelle estoit leur intention.

f Depuis le desastre advenu en la ville de Paris , par la mort violente d'aucuns bons bourgeois catholiques , le 4 décembre dernier, baU'^

CHaONOLOOn TfOVBNAIBS DB PALMA CAYBT. [1593]

nissement et proscription des autres, Tandace des eoneruis de la religion catholique et partizans du roy de Navarre s'est de tant augmentée , et leurs practiques tant advancéesdans la ville, où ils entrent, sortent , traictent, parlent et font ce qu'ils veulent, que Ton ne peut attendre qu'une ruine évidente de la religion et i'establissement de rheresie, si Dieu, par sa toute bonté, ne prévient les desseins de nos ennemis, et que de brief Ton y pourvoye. Et d'autant que le conseil des bons catholiques, qui estoit celuy qui espouvantoit l'ennemy et dissipoit ces entreprises, a esté interdit et leurs assemblées deffendnes , de sorte que Tennemy fait maintenant ce qu'il veut par rinteliigence des politicques ses adhérant ausquelles Ton a baillé toute authorité, que Ton a arrachée des malus des bons catholiques, iceux suppliants sont contraints, à leur grand regret, d'entrer à présent aux solicitations , prières et requestes , et embrasser le soin et la vigilance qu'avoient les catholiques, et qu'ils exerçoient par leurs assemblées et conseils maintenant rompus et dissipez , et se mesler des affaires séculières , en tant qu'elles peuvent servir pour la manutention de la religion catholique en ce royaume de France, qu'ils voyent perdre à veuë d'œil faute de conduite et commandement, et pour avoir négligé les requestes cy- devant faictes de la part des catholiques, qui , au lieu d'estre exaucez, advouez et maintenus, ont esté refusez, négligez, dissipez et injustement tourmentez ; qui a esté et sera la ruine du party de la religion catholique, si Dieu, de sa toute puissance , n'y met ordre , et que ceux qui ont le commandement au party, mesmement M. de Mayenne, qui y tient le premier rang, n'amende ce qu'il a fait faire, et pourvoye aux affaires par les moyens qui ensuivent-, que les suppliants luy représentent pour leur descharge envers Dieu et les hommes, et qu'il ait, s'il luy plaist, à y remédier promptement , attendu la nécessité des affaires.

» En premier lieu, d'ordonner que le serment de l'union des catholiques soit réitéré entre les mains de M. le légat, représentant Sa Saincteté, chef de ceste union catholique, afin qu'il n'y ait plus qu'un party, avec peine ordonnée contre les contrevenants, desquels, comme des hérétiques, politiques, détracteurs de nostre Sainct Père et de son authorité, du roy d'Espagne et des princes catholiques chefs d'iceile union, ecclésiastiques et prédicateurs, soit faicte diligente recherche et punition, suivant les saincts canons et ordonnances de nos roys Très-Chrestiens. •

Le serment soit réitéré devant les magistrats, qui donneront ordre contre les contrevenants.

Et pour la punition des hérétiques et antres, Il sera faict edict s'il est besoin , et en temps et lieu.

« Qu'il soit faict deffences de parler d'accord ou composition avec le roy de Navarre, hérétique, relaps et excommunié, et ses adherans, et ce par edit qui soit esmologué. »

Ce sont paroles vaines qui ne méritent y avoir esgard ny en faire cas.

i Que les catholiques affectionnez que l'on a exilez et bannis soient révoquez promptement, et«deffences faictes à messieurs du parlement d« ne cognoistre des causes desdits catholiques, suivant l'arrestdu conseil gênerai de Tunloo, et aussi de cesser les poursuites Intentées contre un grand nombre desdits catholiques qui soot en peine pour certains hérétiques tuez durant les troubles, que lesdits sieurs du parlement estiment crime , encores qu'ils ayent esté tou comme ennemis, et en temps et action de guerre. »

Monsieur r'appellera les absens quand il jugera estre expédient et que son authorité sera conservée. Et quand à la cour de parlement, c'est un corps auquel il ne peut toucher, comme nécessaire pour l'exercice de la Justice, et au surplus capable pour cognoistre ce qui est crime ou non.

a Qu'il luy plaise ordonner que , tant à sa suitte que en ses armées , il y ait prédicateurs, chapelains et confesseurs , selon l'aneieiine ordonnance de la discipline militaire, et deffences aux gens de guerre de loger ny leurs chevaux ez lieux desdiez au service de Dieu. ■

C'est chose que Monsieur désire quand il la pourra appointer ; et au surplus qu'il ne pe^ mettra que les saincts lieux soient polluex.

« Que tous beoeûces soient distribuez selon le sainct concile de Trente, et non à gens de guene ny laîcques. »

L'injure du temps ne peut permettre on ordre lequel il fera avec le temps.

« Qu'il luy plaise lever le soupçon et crainte touchant le voyage de M. le cardinal de Gondy à Rome. »

Il ne seait que c'est de ce voyage et ne ladvoue.

• Que convocation générale soit faicte à Paris des estats de France sans plus différer, pour procéder à l'eslection et nomination d*un nf Très-Ghrestien et catholique, t

Il procurera , si faire se peut licitement, qoe l'assemblée soit dans un mois.

t Qu'il soit donné secours proropteipent à h ville de Paris, et les garnisons estrangeres alimentées , et oultre icelle y mettre trois cents

CMONOLOOn NOVERAIBB DB PALM A CAYET. [1592]

hommes de cheval pour âeffendre la ville des incursions ordinaires de Tennemy. •

Que les ministres du roy d*£spagne baillent à Monsieur ayde et moyens, et il y advisera d*y mettre des forces telles qa*il luy plaira.

« Que le parlement soit purgé des partisans du roy de Navarre, ensemble les magistrats de la ville, colonels et capitaines, lieutenants et enseignes, qui ont adhéré et adhèrent à Tennemy ; et en leur lieu y establir et commettre de bons catholiques, et ce plustost que faire se pourra. •

La saison ne requiert aucun remuement , et partant les choses demeureront en Testât qu'elles sont.

« Qu'il luy plaise d'approfondir la conspiration laquelle, par la grâce de Dieu, s'est descouverte le jeudy 36 du présent mois , pour pourveoir aux maux qui en adviendront s'il n'en est faict bonne et briefve Justice, et , pour mettre la religion et la ville en seureté , ne perdre ceste occasion. »

Monsieur a esté informé que telle entreprise ne procedoit de mauvaise intention, mais du desir qu'aucuns bourgeois avoient de trouver quelque prompt remède pour sortir de leur miserC; ce que Ton doit plustost excuser que punir.

a Faict au conseil d'Estat tenu près Monsieur, à Paris le 12 décembre 1592. Signé Baudouin. •

Voy là les requestes des prédicateurs des Seize, et la response qui leur fut faicte par le conseil d'Estat du duc de Mayenne. Je lalsseray le Jugement libre au lecteur pour considérer comme ceux-là vouloient changer l'ordre accoustumé de la France , et comme ceux-cy le desiroient conserver sous l'authorité des magistrats accoustumez. Bref, les Seize en vouloient aux politiques , demandoient et procuroient que l'on flst Justice de ceux qui avoient dit qu'il failloit envoyer vers le Roy [de Navarre], comme il a esté dit cy-dessus, pour avoir le trafûc et commerce libre. Mais, voyans les susdites responses du conseil de M. de Mayenne estre contre leur intention,ilsentrerent, comme l'on dit d'ordinaire, de fièvre en chaut mal, et se mirent tellement à detracter mesmes de M. de Mayenne, qu'il tes eut en horreur comme aussi eurent tous les gens de bien du party de l'union. La suitte de ceste histoire le donnera assez à cognoistre.

Quant aux politiques, ils se mirent tous sons Tappuy de M. de Mayenne pour un temps, et firent si bien que le susdit sieur L'Huillier, qui estoit maistre des comptes , fut esleu puis après prevost des marchands. Les principaux d'enf reux advertirent le Roy de leurs desseins. Ledit sieur abbé de Saincte Geneviefve luy faisoit sçavoirpar lettres tout ce qui se passoit, les-

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