‹ Chronologie novenaireChapitre 28 sur 62 · I. C. D. H. T. XII · texte numérisé non relu

I. C. D. H. T. XII

quelles lettres le Roy recevoit par M. de Nevers ; auquel abbé Sa Majesté faisoit rescrire ce qu'il devoit faire pour son service. Le sieur Langlois, qui estoit eschevin de la ville, luy rescrivoit aussi. Ils travaillèrent tous beaucoup pour la réduction de Paris, ainsi que nous dirons cy

Si dans Paris les politiques s'opposoient aux Seize, ceux de ce party dans Orléans n'en faisoient pas moins à ceux du Gordon (i). Au commencement de ceste année le sieur de Sigongne, de Marché-noir, dont nous avons parlé cy-dessus , qui portoit la cornette du duc de Mayenne à la bataille d'I vry, s'estant retiré dans Orléans, practiquoit des reffugiez qui y portoient les armes, et s'y estoient retirez de toutes parts des prochaines villes royales, lesquels, pour leur entretenement ordinaire, alloient fort loin de tous costez à la guerre avec un grand hazard : ce que descouvert par le sieur de Comnene qui y commandoit en l'absence de M. de La Chastre, entra en opinion dudit sieur de Sigongne, principalement sur la despence qu'il faisoit, excédant de beaucoup son ordinaire. Il en advertit M. de Mayenne , qui manda au maire et eschevins d'Orléans qu'ils eussent à se saishr de sa personne. Mais les partialitez des politiques et de ceux du Gordon furent occasion que lesdits gouverneur, maire et eschevins résolurent , de peur de remuement , de le faire sortir de leur ville : dont adverty de leur resolution, il ayma mieux les prévenir que d'attendre leur commandement; et ainsi sortit d'Orléans, puis print l'escharpe blanche avec quelques gentils-hommes qui le suivoient. Geux d'Orléans publièrent que ledit sieur de Sigongne s'entendoit avec quelques habitans politiques , et practiquoit lesdits réfugiez gens de guerre, affin de se rendre maistre d'Orléans pour le Roy, mais que son dessein fut sans effect.

Nonobstant ceste sortie du sieur de Sigongne, les politiques et ceux du Gordon continuèrent de part et d*autre leurs assemblées pour l'eslection nouvelle de leurs maire et eschevins, et s'y faisoit de grandes menées et brigues des deux costez. Geux du Gordon briguoient, tant pour estre continuez, craignans que les politiques, qui estoient des meilleures familles de la ville et leurs capitaux ennemis, y parvinssent , que pour l'authorité et le profit qu'ils faisoient en leurs charges ; les politiques , pour sortir du Joug de ceux du Gordon, et tascher à conserver leur ville libre et françoise sans avoir des garnisons d'Espagnols dont on les menaçoit, qui

(I) On nommoit ainsi les ligueurs Orléanais.

CHH0M0L06IB NOVBNAIAB DB PALHA CÀYBT. [1592]

estoit l^iQtentiOQ de ceux du Cordon. Geste eslection fut quelques mois retardée et différée par la discrétion dudit sieur de Comnene, lequel ût attendre le retour de M. de La Ghastre qui devoit sur ce apporter Tintention du conseil de M. de Mayenne. Durant ce temps ia resolution qu'ii avoit prise du commencement luy servit de beaucoup, car, quand il voyoit les politiques oppressez par ceux du Gordon, il les favorisoit pour ne leur donner occasion d'entreprendre un remuement avec desespoir , et quand il advenoit que les politiques vouloient abuser de sa faveur contre ceux du Cordon, il faisoit tourner la cbance à la faveur de ceux-cy : de façon que les uns disoient qu'il estoit politique , et les politiques qu il estoit du Gordon, sans que les uns ny les autres peusseut juger qu'il faisoit ce qui estoit expédient pour lors, usant ainsi de prudence, moyennant laquelle il contrepesa les affaires et partialitez. Si les gouverneurs des places de Tunion, qui demeurèrent fermes en ce party sous Tauthorité de M. de Mayenne, n'eussent usé de ceste prudence par le commandement particulier dudit sieur duc et de son conseil , ce n'eust esté dans toutes les grandes villes que meurdres, massacres et exils , et la faction ia plus forte eust exécuté sa passion sur l'autre avec telle animosité qu'il s'en fust ensuivy la perte générale de la monarchie françoise. Or ce n'estoit pas leur intention de la perdre, comme ils ont protesté et juré plusieurs fois entr'eux, mais seulement de ne recognoistre point le Roy s'il n'estoit catholique , et de ne traicter point avec luy d'aucune paix qu'en gênerai , et non séparément. Du depuis ils y adjousterent ceste clause, de ne le recognoistre point, mesmes estant catholique, sinon que ce fust par le commandement de Sa Saincteté. Mais le succez des affaires leur fit à tous changer de volonté, excepté audit sieur duc et à trois ou quatre des grands de ce party, lesquels, suivant leurdit serment, ne recogoeurent Sa Majesté qu'après qu'il a eu l'absolution de Sa Saincteté. Entre les catholiques politiques et les catholiques zelez il n'y pouvoit avoir de milieu ; aussi beaucoup de catholiques qui n'estoient des zelez , ne voulans comme eux estre espagnols, demeurèrent fermes pour un temps dans le party de l'union sous l'authorité de M. de Mayenne ; mais ils furent comme contraints de le quitter à ia fin, et de se jetter dans le party politique, qui ne ressembloit à celuy des zelez [lesquels ne respiroient que sang, et avoient protesté de n'espargner jusqnes a leurs propres frères qui leur seroient contraires, usans de ce mot d'ordinaire^ que qui n'estoit pour eux estoit contre eux], aiusse conformoient à

la volonté des gouverneurs des villes, et netttpiroient que la tranquilité et l'utilité publique. J'ay mis ces distinctions afin que le lectear discerne mieux quel estoit Testât des villes da party de l'union.

M. de La Ghastre , estant de retour àOrleans, establit des maire et eschevins à sa dévotion, et priva de ces charges. ceux de la Isctioa du Gordon : ce ne fut sans luy en garder une arrièrepensée; puis il sortit d'Orléans avec qoelques pièces de canon et les troupes qu'il avoit auprès de luy, et s'en alla prendre Chasteau ^toim Loire , auprès de Gergeau, qui luy fut incontinent rendu. Retourné à Orléans, il s'en allaea Berry , où peu après il commença à faire traie* ter du mariage du baron de La Ghastre son fils avec la fille du feu comte de Montafier et de madame la princesse de Conty qui avoit espoosén premières nopces ledit sieur comte. Ce mariage fut consommé à Maisonfort en Berry, sor la fin de ceste année.

Cependant M. d'Antragues, qui desiroit rentrer dans Orléans , et qui tenoit ses garnisons â Boisgency et autres places de ce duché dont il estoit gouverneur pour le Roy , practiqooitavec les politiques d'Orléans [que l'on appelloit fraD^ bourgeois] , et tenoit tellement sa practiqneasseurée , qu'il manda au Roy , s'il loy plaisoit s'approcher d'Orléans, qu'il se promettoit de le faire entrer dedans par le moyen de ses boni aroys les francbourgeois. Le Boy, qui estoit, tantost à Melun , tantost vers Mante , et qui faisoit rafreschir une partie de ses troupes vers Estampes et au Gastinois , voulut , ne desdalgnanl cest advis , luy mesme recognoistre le comportement des Orleannois en une cavalcade qu'il y fit en une nuict ; mais, ayant bien considéré les corps de garde par les feux qu'ils faisoient, les rondes par les lumières, et les senUnelles par le bruict , il dit au sieur d'Antragues t Voyià da gens qui n'ont envie de se laisser surprendre , nj de faire rien pour vous. » Et sur ceste parole Sa Majesté se retira , et s'en alla depuis au devast du duc de Parme, qui s'apprestolt d'entrer ea France pour ia troislesme fois.

M. de La Ghastre, ayant sceu que le Roy s'estoit approché si près d'Orléans, s'y rendit incontinent, et y mit l'ordre qu'il Jugea nécessaire pour tenir ceste ville à sa dévotion , puis, ayant amassé des forces , s'achemina avee des pièces moyennes au bailliage de Danois pour contraindre quelques vilotes et bourgades closes au pay^ ment des tailles, et vint Jusques à Cloye. Aussitost le sieur de Lierville, qui commandoit daiis Ghasteaudun , advertit tous les royaux des pla* ces voisines et la noblesse , lesquels montèrent si

GHBONOLOOIB ROVBNAIBB DB PALM A GAYBT. [lô92]

diligemment à cheval , qu'en deux Jours ils s'assemblèrent assez forts pour combattre ledit sieur de LaChastre, lequel, s'advançaut en sa retndcte , et ayant sceu Tamas des royaux , se diligenta d'aller loger à Bacon pour s'y prévaloir d*an gay qui n'en est qu'à un quart de lieue ; ce quilay servit à propos, car le lendemain matin il o'eat McX si tost passer l'eau aux siens , que les royaux qui les poursuivoient parurent ; mais luy , s'fidvançant vers Orléans , cheminant en bon ordre et en pays advantageux pour son infanterie, fut la cause que les royaux se retirèrent ebacuD chez eux.

Après la pMse de Chartres le chasteau d'Auneau fut rendu au Roy. Geluy qui estoit dedans se retira à Orléans. Sur la fin de ceste année il fit une entreprise sur ce chasteau > qu'il exécuta, et s'en rendit maistre , ce qui incommoda fort les CbartrJns : toutesfois au commencement de Tan suivant ceste place fut reprise et quelques autres chasteaux qui furent desmantelez par M.deNevers, ainsi que nous dirons Tan suivant Voylà ce qui se passa de plus remarquable en ces quartiers là durant ceste année.

Dans la susdite requeste présentée par les prédicateurs des Seize, ils demandoient au duc de Mayenne qu'il luy pleust lever |e soupçon et crainte touchant le voyage 4e M. le cardinal de Gondy à Qome , et ^. de Mayenne leur fit responce qu'il ne sçavoit que c'estoit de ce voyage. Nous avons dit aussi cy dessus comme les Seize, dans leurs ipemoires de l'aq 1591 , avoient sapptié M. de Mayenne qu'il luy plust escrire au Pape de leur pourveoir d'un autre evesque que dudit sieur cardinal , mais que le conseil dudit sieur duc n'avoit tenu compte de leurs memoi^ res. Or le Roy vpyant que les ambassades qu*ii avoit envoyées à Rome, sous le nom de messieurs les princes de son sang , et des ducs , pairs et orficiers de la couronne , avoient esté tant traversez par les agents d'Espagne à Rome et par ceux de l'union , qu'il n'en estoit reûssy aucune utilité, il délibéra d'y envoyer M. le cardinal de Gondy [qui s'estoit retiré comme neutre À sa maison de Noësij, non pas comnie son ambas- ^ Jeur , mais qu'en allant comme un cardinal de saincte Eglise à âome, lors que les Vénitiens envoyeroient pour préster l'obédience à Sa Saine • teté^ qu'en traictant d'autres affaires ils mettroient celles de France en avant, et qu'en fortifiant leurs raisons ledit sieur cardinal, qui s'y trouveroit }prs , dirolt^ à Sadite Saincteté la vMye intention de Sa Majesté touchant sa conversion à l'ËglIse catholique-romaine.

Ledit sieur cardinal , pour le bien do la religion et de TEstat de la France, et pour le service

qu'il devolt au Roy , entreprit ce voyage. Mais, dez qu'il fut aux frontières dltalie , les agents d'Espagne, qui avoient sceu son acheminement, circonvenants Sa Saincteté, le persuadèrent de mander audit sieur cardinal que s'il venoit à Rome , et qu'il pretendist luy parier en aucune façon des affaires du |[)rince de Bearn [ainsi appelloit-il le Roy ] , des hérétiques ny de leurs fauteurs , qu'il demeurast en France. M. le car* dinal de Gondy , sans entrer aux terres ecclésiastiques, s'achemina Jusqu'à Florence, où, par la persuasion desdits agents d'Espagne , qui estoient merveilleusement allarmez de ce que ledit sieur cardinal s'achemihoit à Rome, Sa Saincteté luy envoya encor un jacobin , qui sans aucun respect du lieu où il le trouva [qui estoit à l'Ambrosiaue ] , ne sans en parler à M. le grand duc qui y estoit, il luy fit deffences dentrer dedans TEstat de l'Eglise, usant mesmes de quelques paroles rudes : ce qui ne fut pas trouvé bon de beaucoup de personnes. Quelques uns ont escrit que ce que Sa Saincteté en fit lors estoit pour monstrer et donner à cognoistre qu'il gouvernoitdu tout son pontificat. Le grand duc, qui est prince souverain , ne voulant rien aigrir, ne fit pas semblant de tout ce que fit ce Jacobin, et les choses se Iraicterent par obeyssance avec prudence, tellement que ledit sieur cardinal puis après obtint de Sa Saincteté de l'aller voir à Rome.

Après qu'il y eut été quelque teilnps, il entra un Jour en devis assez familier avec Sa Saincteté, et, après luy avoir dit Tintention de Sa Majesté touchant sa conversion , il Iny dit en ces ter* mes : a Mais, t^ere Saiuct, voyant la submission très-devote du Roy , quelle difficulté faictes* vous? n'avez-vous pas la puissance de le recevoir? » Le Pape lors luy respoudit : a Qui en doute? mais il est requis que je laisse frappera ma porte plus d*une fois, afin de cognoistre mieux si raffection est telle qu'elle doit estre. • Ledit sieur cardinal insistant, luy dit encores que donc il luy plust ouvrir le sein de l'Eglise potir y recevoir sou fils premier né. « Je le feray, dit le Pape, quand il sera temps. » Ledit sieur cardinal ayant advcrty le Roy de ce que luy avoit dit Sa Saincteté , et de toutes les difficultez et autres empeschements qui se pourroient présenter à Rome pour la conversion du Roy, il y fut procédé de la foçon que nous dirons cy après.

Nous avons dit au commencement de ceste année lesconferenccscntrclesdiicsde Mayenne et de Parme avec leurs a<;euts sur la \o!oiité que le roy d'Espagne avoit que sa fille fust esleuë royne de France , et ce que le duc de Parme

Page 1