CHRONOLOGIE NOVENÀIBB DB PALMA CAVET
avoit mandé audit sieur Roy sur ce subject, et des millions d'orqu*il conviendroity despendre pour parvenir à son intention. Le roy d'Espagne ayant receu ses lettres et celles de Diego dlbarra , il leur envoya premièrement, pour la grande plainte qu'ils faisoientde n'avoir point d'argent, ny pour France, ny pour Flandres, pour quinze cents mil escus de lingots d'or et d'argent , qui furent apportez d'Italie sur deux cents mulets, lesquels , après avoir traversé la Savoye , la Franche-Conté et autres provinces, arrivèrent à Namur où ils furent monnoyez. Mais cela ne dura rien, et n'estoit pas seulement suffisant pour payer une partie de ce qui estoit deu à la gendarmerie : tellement que les agents d'Espagne se trouvèrent incontinent aux mesmes nécessitez qu'ils estoient auparavant.
Dans la lettre que Diego d'ibarra rescrivit à dom J.d'IdiaqueSy conseiller d'Estat d'Espagne, ii luy mandoit : t Pour parvenir à la un que nous desirons pour les affaires de France, j'eusse tenu pour plus asseuré que les armes et la négociation eussent esté du tout en la puissance du duc de Parme , et crains fort que , les divisant , ii n'en advienne la conformité qui est nécessaire pour acheminer le tout d'un mesme pas et à mesme temps, etc. » Puis après , « Car venant le duc de Feria pour maistre de la négociation, il ne voudra en rien dépendre de l'authorité du duc de Parme , ny le duc de Parme s'esforcer de faciliter avec les armes les bons succez. Et pour un tel cas eust esté fort à propos le marquis du Guast, qui est venu pour servir en ceste journée, qui a cognoissance de ceste charge, etc. » Geste lettre estoit l'intention du duc de Parme, qui eust désiré que le marquis du Guast, Italien, eust en la charge du duc de Feria. Mais le roy d'Espagne en disposa tout autrement, et envoya le duc de Feria pour la négociation , et le comte de Fuentes pour les armes.
Cependant que ceux cy s'acheminoient pour se rendre en Flandres, le duc de Parme , revenant de prendre les eaux de Spa, arriva le unzlesme octobre à Bruxelles. Les historiens italiens disent que ce duc avoit donné advis au roy d'Espagne de son indisposition, laquelle estoit telle que les médecins n'avoient nulle bonne espérance de sa santé , ny qu'il denst encor beaucoup vivre , et qu'il supplia ledit sieur Roy qu'il peust au moins reveoir encor une fois l'Italie pour donner l'ordre requis après sa mort pour la seureté de ses deux principautez à sa postérité. Dequoy iedit Roy ayant esté bien informé par médecins espagnols , et tenant sa vie pour désespérée, il envoya en diligence ledit comte de Fuentes , beau frère du duc d'Albe , avec am-
ples instructions et commissions pour les affaires de France et de Flandres : mais il ne put arriver assez à temps pour parler audit siear doc de Parme, lequel estoit party de Bruxelles et arrivé à Arras le 16 novembre pour se trouver aux estats de ceste province qui s'y dévoient teoir, et y faire l'assemblée de ses troupes pour entrer latroisiesme fols en France. Ce duc, voulant faire paroistre qu'il n'estoit point si malade qu'on l'estimoit, mon toit tous les jours à cheval et se promenoit sur les fossez d' Arras , ce qu'il fit quinze Jours durant. Le 2 de décembre ayant fait encor cest exercice et retourné à son hostd, il se trouva las, car il n'y avoit que son courage qui resistoit à la foiblesse de ses membres : or un de ses vieux serviteursdomestiques, le voyant descendre de cheval , le regarda d'une œillade pleine de compassion , ce qu'advisant, il luy dit : • Mon amy , il n'y a plus de remède , il faut que je finisse. » A ceste parole son secrétaire Cosme Massi luy dit, pour luy donner courage : • Il me semble le contraire , et que Yostre Altesse a meilleur visage que de coustumc. — No, no, dit le duc , sonfinito (l) ; allons songer aux expéditions ausquel les je puis encor donner ordre, » Ayant fait escrire beaucoup d'affaires â'impo^ tance, il se coucha le soir au lict, ne pensant estre si près de sa mort , et se mit comme à dormir; mesmes les siens pensoient qu'il reposoit Sur la minuict ceux qui le veilloient furent esbays qu'il s'estoit tourné à la mort. Incontinent tous ceux de sa maison accoururent dans sa chambre. Jean Sarrasin , abbé de Sainct Vast d'Arras , y vint , et luy donna le sacrement de l'extreme-unction. Mais le duc , ayant perdu la parole , ouvroit seulement les yeux et regardoit un chacun , et à la poincte du Jour il passa de ceste vie en l'autre. Voyià comment mourut en son lict Alexandre Farneze, duc de Parme, après 8*estre trouvé en tant de batailles, de sièges de villes et de rencontres, n'ayant jamais esté blessé que devant Caudebec , ainsi que nous avons dit. Le 3 décembre , sur la nuict, son corps estant porté dans l'abbaye Sahict Vast, accompagné de trois cents torches, les cloches de toute la ville sonnantes , après que les vigiles furent chantées par les moynes, il fut mis dans une sale où il fut embausmé. Son cœur, ses yeux , sa langue et ses entrailles furent enterrées dedans ladite abbaye. Le lendemain il luy fut faict un service fort honoraUe où tons ks grands seigneurs italiens, espagnols etflamans assistèrent ; puis fut conduit par la Lonraiae en Italie , suivy de huict vingts chevaux tous en
(I) Non , non ; c*efl est h\\.
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daeil. Plusieurs services funèbres luy furent faicts aussi en beaucoup de villes dltalie, et priDcipalement à Rome, lieu de sa naissance, comme estant grand gonfalonnier héréditaire de l'Eglise; et le peuple romain luy fit dresser une statué taillée en marbre , laquelle fut mise au Capitule.
Au mesme temps de oeste mort le Boy s'estolt achemlué avec deux mille chevaux vers Gorbie. et avoit mandé à toutes les garnisons de la Picardie de le venir trouver , espérant de combattre ledit duc , ou de le charger à toutes propres com moditez, quoique son armée fust composée de sept à huict mil hommes de pied et de cheval ; mais Sa Majesté ayant sceu sa mort, il revint vers Seulis et à Sainct Denis , puis alla à Chartres, où il se i*esoIut d'aller à la rencontre de Madame, sa sœur, qui estoit partie de Bearn pour le venir voir, et de faire un voyage en Touraine et en Anjou : ce qu'il lit , ainsi que nous dirons l'an suivant.
Quand à l'armée du duc de Parme, après sa mort ellen^augmenta : aucuns se mutinèrent encor et s'emparèrent de quelques places, entr'autres de Maulbuge , et firent plusieurs liostilitez. Le comte de Fuentes eust désiré de prendre la eWge du gouvernement des Pays Bas ; mais les grands de ces païs alléguèrent que le roy d'Espagne leur avoit promis qu'advenant la mort du duc de Parme, ils ne seroient gouvernez que par un seigneur flamang. Pendant ceste contention , et que ies couriers allolent en Espagne pour en rapporter rintention du Roy, le comte Pierre Ernest de Maosfeit, qui avoit esté designé encor lieutenant èsdits Pays Bas durant que le feu duc de Parme eust esté en France, continua ceste charge, et depuis y fut confirmé par lettres du roy d'Espagne, attendant la venue de l'archiduc Ernest d'Austriche, frère de FEmpereur, qui fut pourveu de ce gouvernement; mais il ne put arriver à Bruxelles qu'en Tau 1594 , ainsi que nous dirons en son lieu.
Cependant que ledit comte Pierre Ernest de Mansfeltgouvernoit les Pays Bas,sonfils, le comte Charles, fat déclaré lieutenant gênerai de l'armée espagnole qui estoit sur les frontières vers la Picardie, avec laquelle il entra en France, assiégea et prit Noyon, comme nous dirons aussi l'an suivant Quant au comte de Fuentes , quoy qu*il n'eust la qualité de gouverneur des Pays Bas , 11 iVstott en effect , et , sçachant l'intention du roy d^Espagne, il ordonnoit avec d'Ibarra de toutes les finances , et ne se faisoit rien que par leur ad vis.
La première chose que le comte de Fuentes fit, ce fut de faire rechercher ceux qui avoientma-
nié les deniers royaux. Le secrétaire du feu duc de Parme fut arresté prisonnier, et, ayant rendu compte de ce qu'il avoit eu en maniement des deniers publics au nom de son maistre, il fut mis en liberté ; mais plusieurs autres furent punis , les uns par la corde , les autres par la bourse. Il travailloit suivant l'intention dudit roy son maistre de trouver de l'argent pour les affaires de France et de Flandres , mais cela fut peu, eu esgard à l'entreprise que les Espagnols s'estoient imaginez de pouvoir gaigner les gouverneurs de chasque place par argent; aussi le succez n'advint pas suivant leur dessein.
Plusieurs aussi ont escrit (1) que le duc de Mayenne , lequel du vivant du duc de Parme se laissoit mener à certaines conditions de paix avec le Boy par la practique du sieur de Villeroy , lesquelles estoient grandement ad vantageuses pour luy, changea de volonté aux nouvelles de sa mort, espérant estre par cy après le seul lieutenant aux armées du roy d'Espagne en France , et de ne recevoir plus les traverses et rebuts qu'il avoit senties aux voyages dudit feu duc de Parme , et que cela fut la principale cause que l'on ne parla plus au party de l'union que de tenir leurs estais pour l'élection d'un roy, que l'on ne vid plus que bulles publier par toutes les villes de ce party, et plusieurs mandemenis du duc de Mayenne sur ceste assemblée. En ce théâtre ils jouèrent tous divers personnages : les Espagnols et les Seize esperoient faire perdre l'authorilé que ledit duc de Mayenne avoit en son party, et luy pensoit se la conserver et l'augmenter par leur moyen , en tenant lesdits prétendus estais.
Nous avons dit qu'il avoit fait expédier des lettres de mareschal de France à M. de La Chastre; mais , affln qu'il y en eust quatre, suivant le nombre accoustumé en France , il délibéra d'en faire encor trois , sçavoir, les sieurs de Bosne , de Boisdaufln et de Sainct Paul. Pour Testât d'admiral , il en fit expédier lettres au sieur de Villars , gouverneur de Bouën , et ce affin qu'au party de Funion ils eussent des mareschaux et un admirai , et que par ces tlltres leur prétendue a£semblée d'estats eust plus d'apparast.
Le veille de Noël mesmes, l'arrest donné à Chaloos contre le rescrit en forme de bulle du Pape portant pouvoir et mandement au cardinal Sega , qui se disoit légat en France , d'assister et authoriser ceux de l'union à l'eslection d'un roy, fut broslé sur les degrez du Palais : ce qui fut faict par le commandement dudit duc. J'ai mis icy cest arrest de Chaalons , à la lecture duquel
(1) Entre autrei Villeroy, qui donne beaucoup de détails.
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on cognoistra mieux Tiotention de ceux qui Tout donné que ce que j'en pourrois escrire.
« Sur ce que le procureur gênerai du Roy a rcmonstré à la cour que les rebelles et séditieux, pour exécuter les roeschans et malheureux desseins qu'ils ont de longue main projettez pour usurper ceste couronne sur les vrais et légitimes successeurs d'icelle , non contcns d'avoir rémply le royaume de meurtres, massacres, brigaddagcs et pllleries , et avoir d'abondant introduit l'Espagnol , très-cruël et très-pernicieux ennemy de la France, voyans que les habitans des villes rebelles commençoient, comme d'une longue léthargie et pasmoison, à retournera soy et reprendre le chemin dont Dieu et nature les obligent envers leur roy légitime , pour du tout amortir et reboucher les pointes et aiguillons de la charité vers leur patrie qui se resveilloient en eux, et remettre ce royaume en plus grand trouble et division que devant, se disposent de procéder à Teslection d'un roy, pour à laquelle donner quelque couleur ils ont feîct publier certain escrit en forme de bulle portant pouvoir et mandement au cardinal de Plaisance d'assister et authoriser ladite prétendue eslection ; en quoy lesdits rebelles et séditieux descouv rent âpertement ce qu'ils ont jusques îcy tenu caché, et qu'ils n'ont ihit que prendre le prétexte de la religion pour couvrir leur malheureuse et damnable conjuration, chose que tout bon François et catholique doit détester et abhorrer comme directement contraire à la parole de Dieu j aux salncts décrets , conciles et libertez de l'Eglise Gallicane, et qui ouvre la porte à Tentiere ruine et eversion de toutes polices et societez humaines Instituées de Dieu , mesmement de ceste tant renommée et florissante monarchie , la loy fondamentale de laquelle consiste principalement en l'ordre de la succession légitime de nos rois , pour la conservation de laquelle tout homme de bien et' vray François doit exposer sa vie ()Tustost que souffrir qu'elle soit altérée et iîolée, comme le gond sur' lequel tourne la certitude et repos de l'Estat requérant y estre pourveu.
» La cour, en en cntherinantlarequestefaicte par le procureur gênerai du Roy , Ta receu et reçoit appelant comme d'abns de l'octroy et impetration de ladite bulle et pouvoir y contenu, publication , exécution d'ice1|e , et tout ce qui s'en est ensuivy , l'a tenu cttient pour bien relevé, ordonneque Philippes, dutiltre de SBinctOnuphre, cardinal de Plaisance, seraassignéen icelle pour défendre audit appel; et vaudront les exploits fhicts en ceste ville de Ghaalons à cri public , et seront de tel effect et valeur comme si faits e&toient h personne ou domicile. Et cependant
exhorte ladite cour tous prélats, evesqoes, princes , seigneurs, gentils-hommes , officiers et subjets du Roy, de quelque estât, condition et qualité qu'ils soient , de ne se laisser aller où gaipier aux poisons et ensorcellements dé tels rebelles et séditieux , ains demeurer au devoir de bons et naturels François, et retenir tousjours l'af* féction et charité qu'ils doivent à leur roy et patrie , sans adherei* aux artifices de ceux qui , sous couleur de religi{)n , veulent envahir TEstat et y Introduire les barbares E5pagnols et antres usurpateurs; faict très-expresses inhibitions et deffenëes à' toutes personnes de tenir ny d'avoir chez soy laàite bulle , Icelle publier, s'en ayder, ou favoriser lesdfts rebelles , ny se transporter aux villes et lieux qui pourraient estre assignez pour ladite prétendue éslectïon/sur peine aux nobles d'estre dégradez de noblesse et déclarez fnfames et roturiers^ eux et leur postérité, et aux ecclésiastiques d'estre cieschèus du po^ssoire de leurs bénéfices et punis, ensemble tons contrevenans , comme criminels de leze majesté et perturbateurs du repos public, déserteurs et traistres à leur pays, sans espérance de pouvoir obtenir à Tadvenlr pardon , reniis^ion ou abolition ; et à toutes villes , dé recevoir lesdlcts rebelles et séditieux pour faire l&dicté assèfllblée, les loger, rétirer ou héberger.
« Ordonne ladite cour que le lieu où la délibération aura esté prise, ensemble la ville où ladicte assemblé se fera, seront rasez de ft>Dds en comblé , sans espérance d'éstre redtflez ; poar perpétuelle mémoire à la postérité de là trahison, perfidie et infidélité; ènjoinet à toutes personnes de courir susf à son de tbxâlh' contré ceux qui se transporteront eri ladite ville pour assister à icelle assembtée, et' sera commission délivrée audit procureur gênerai pour informer contre ceux qui ont esté àutheurs'ét promoteurs de tels monopoles et conjurations faietes contre TEstat, et qui leur ont âydé ou fhvbrisé. Et sera le présent arrest publié à son de trompe et cry publie par les carrefours de Ciesfe ville , et ekvoyé par tous les sièges de ce ressofl pour y estre len, publié et enregistré à la diligence des substituts du procureur gênerai , dont ils cérlifleront ta cour dans un mois, à peiiiè de suspension de leurs estats. Faict en parlement, le 18 novembre 1592. »
Nonobstant le susdit arrest, tous les députez des villes de l'union môntereift à cheval pour s'acheminer à Paris , \h où leursdlts estats se dévoient tenir. Le cardinal de Pellevé, quinV voit osé retourner en France durant le vivant do feu roy Henry lll, et duquel le rcveou de ses bénéfices avoit esté saisi en plaine paix, vioteo
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ceste aonée de Rome à Beims en son nouveau arcbevescbé duquel il avoit esté pourveu par le Pape, et de là à Paris pour y tenir le premier mog de pair ecclésiastique. Le duc de Ferla s'y ichemioa aussi pour y faire eutendre rintention de son Roy. Et les Seize et tous les faciendaires d'Espagne se remuèrent pour tascher à faire oster à M. de Mayenne sou authorité de lieuteoant gênerai de l'Ëstat. L'an suivant nous dirons ce qui se fit en ceste assemblée , et ce qui CQ advint.
Durant le mois de novembre et de décembre plusieurs places furent prises. Les ligueurs mesmes s'entresurprenoient les places les uns des autres, prenans pour prétexte quelques mescontentements. Ëntr*autres , le sieur de Bois-rozé , doDt nous avons parlé cy dessus , surprint le fort deFescamp au pays de Gaux avec soixante soldats sur le sieurs de Viliars y par une escalade eomposée d*un artifice admirable qu'il planta le loog du rocher du costé de la mer, lequel est de trois cents toises de haut, la marée courant au pied de six en six heures , n'y ayant qu'une marée de nuict en Tannée en laquelle on eust peu exécuter ce dessein , luy convenant deux heures à faire une lieue de chemin , planter ses esehelies et monter, le dernier desquels en montant eut de Teau Jusques à la ceinture. Il desarma et mit hors de ladite place quatre cents soldats qui se dépendirent assez vaillamment. Le sieur de Viilars, fasché de ceste perte, alla incontinent assiéger Bois-rozé dans ce fort; mais, hors d'espérance de l'avoir par force, il le tint assiégé eomme par forme de blocus ; toutesfois il n'eut aoouQ advantage sur luy, quoy qu'il le tinst ainsi investy treize mois durant.
Peu après ledit sieur de Viliars fit faire une entreprise sur le Pont de l'Arche , qui n'est distant de Rouen que de quatre lieues. Le chasteau fui est au bout du pont estant surpris , ceux de l'union, pensans traverser par sur le pont et se ^ndre maistresde la ville, en furent empeschez par les royaux. Le Roy, ayant receu l'advis de ia surprise de ce chasteau , y envoya incontinent plusieurs troupes pour le reprendre. Mais ie tout fut sans effect , et la ville et le chasteau forent ainsi de deux divers partis jusques à ce <iue ledit sieur de Yillars se mist en i'obeyssance du Roy.
En Anjou M. le prince de Conty et le maresehald Aumont ayans assiégé le fort de Rochefort sur la rivière de Loire , distant de trois lieues ^^'Augers, où commandôient les sieurs de Heurtant Sainct Offange frères, ils logèrent leur canon sur une vieille ruyne d'un chasteau nommé Ûieusy, d'où ils battirent fort furieusement une
des tours de Rochefort; mais, nonobstant trois mille coups de canon qu'ils tirèrent, on ne fit point de breschequi fust raisonnable de prendre ceste place par assaut : tellement qu'après un long siège on fut contraint de le lever.
£n ce temps-là le sieur de Boisdaufin, qui commandoit dans Chasteau-gonthîer pour l'union , fit surprendre le chasteau de Sabié , et le sieur de Landebry , qui estoit dedans , y fut tué avec quelques-uns des siens. La ville fut aussi prinse en mesme temps : tellement que ledit sieur de Boisdauphin , qui au commencement de ceste année n'avoit aucune ville de retraite , fut maistre de Laval , de Chasteau-gonthîer et de Sablé, d'où il incommodoit fort les royaux du Mayne et d'Anjou. Yoylà les choses les plus remarquables qui se sont passées en France durant ceste année.
La mort de Jean, comte de Manderscheit , evesque de Strasbourg , advenue le premier jour demay, troubla tout cest evesché, car les chanoines , à qui appartient l'eslection ou la nomination de leur evesque , se trouvèrent autant divisez de volontez que de religion , les uns estans catholiques-romains , les autres protestans luthériens. Le trentiesme de may les chanoines protestans, avec la faveur et support que leur firent les magistrats de Strasbourg, esleurent pour evesque Jean George de Brandebourg , aagé de dix-sept ans , fils de Joachim Federic , administrateur de l'evesché deHavelberg et de Tarchevesché de Magdebourg, de la maison des marquis deBrandebourg, tous deux protestans luthériens. Aussi-tost que ceste eslection fut faicte, le troisiesme de juin il vint à Strasbourg, et, ayant amassé quelques troupes, il se mit en campagne avec dix-sept pièces de canon pour renger sous son obeyssance tout le diocèse de Strasbourg. Il attaqua preibîerement Kochersbergh , qui est un chasteau appartenant à l'evesque , dans lequel il n'y avoit que quatorze soldats, lesquels après avoir enduré quelques coups de canon se rendirent : après leur réduction ils furent tous taillez en pièces, et le capitaine, estant mené à Strasbourg , y eust la teste tranchée. De là il alla assiéger et prendre Dacstein et quelques autres lieux dudit diocèse , appartenans à l'evesque.
Le doyen et les chanoines catholiques qui faisoient la plus grande partie du chapitre , estans sortis de Strasbourg pour ce que le magistrat leur estoit ennemy, s'assemblèrent en la maison episcopale à Zaberen, et esleurent , le 0 juin, Charles, cardinal de Lorraine et evesque de Mets , pour evesque de Strasbourg , quoy que l'Emperqnr leur eust mandé qu'il voulolt que son
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onde Tarchiduc Ferdinand, comte de Tyrolj f ast Tadministratear de eest evesché. Le cardinal de lorraine, ayant sceu son eslection, rescrivit le 10 juin à messieurs de Strasl>ourg par un trompette , se plaignant d'eux de la prise de leurs armes et des hostilitez qui avoient esté faictes à Kocliersbergh et à Dacstein , et autres lieux du diocèse dont il avoit estéesleu evesque, sans que luy ny aucun de ses confrères les clîanoines leur en eussent donné aucune occasion , les priant de faire sortir incontinent leurs soldats des places prises, et les luy restituer, sinon qu'il seroit contraint d'implorer le secours de ses amis pour repoulser la force par la force , et conserver un diocèse duquel il avoit pris la charge*
Ces lettres portées au magistrat de Strasbourg, ils firent ceste response : « Yostre Altesse n'ignore de quelle fidélité et intégrité nos majeurs ont secouru vostre prédécesseur en la bataille de Nancy contre le duc de Bourgogne. Pour nous, nous n'avons Jamais rien entrepris contre Tancienne famille de Lorraine, et ne desirons enfraindre aucunement la paix que nous avons avec elle. Quant à Teslection qui a esté faicte de Jean George de Brandebourg pour nostre eves> que, elle a esté faicte suivant ce que l'on a accoutumé d'eslire les evesques de Strasbourg ; ear par les canons il est expressément porté que nul ne sera esleu evesque , si ce nVst du consentement du magistrat , et mesrae qu'il doit estre etieu dans Tevesché ; ce qui a esté practiquéen Teslection de Jean George , marquis de Brandebourg. C'est pourquoy nous vous prions de nous tenir pour excusez si noussoustenons en cela la maison de Brandebourg, et de nous laisser en nostre ancienne paix et tranquilitéen ce diocèse. Que si vous ne voulez avoir esgard à la prière que nous vous en faisons , ne doutez point que nous ne nous def fendions, et que Dieu ne nous face la grâce de faire retomber les injures qui nous seront faictes sur les testes de ceux qui nous les feront. »
Après plusieurs lettres escrites tant de part que d'autre , le cardinal voyant que ceux de Strasbourg demouroient résolus de soustenir le party du marquis de Brandebourg , et qu'il n'avoit point d'autre voye pour se rendre possesseur de cest evesché que par la force , il se délibéra d'avoir recours aux armes. Ayant prié tous ses amys de luy ayder de gens de guerre , il mit en campagne une armée de dix mille hommes , tant de pied que de cheval , et , ayant falct fortifier Zaberem et Moltzheim , son armée s'aehendna à Dacstein qui se rendit à composition, d'où le capitaine Bubenoffer sortit avec sa garnison vies et bagues sauves . laissant qyatrc ca-
nons aux armes de Strasbourg en la puissance du cardinal. De là l'armée s'achemina à Kochersbergh qui fut pris de force , et tous ceux qui n'y moururent à l'assaut furent pendus.
Peu après arrivèrent les ambassadeurs de l'archiduc Ferdinand , qui avoit esté esleu par l'Empereur pour gouverner le chapitre de Strasbourg jusques à ce que l'on eust faict une autre eslectlon d' evesque, lesquels supplièrent ledit sieur cardinal de mettre les armes bas, et que ce différent fust accordé civilement : ce que ledit sieur cardinal trouva bon, et y condescendît; mais ceux de Strasbourg n'en voulurent rien faire, disans que cest affaire ne dependoit pas seulement de l'Empereur, mais aussi de tous les eslecteurs de l'Empire.
Sur ceste response le cardinal , faisant continuer plusieurs hostilitez Jusques aux portes de Strasbourg, s'empara encor de Vasselin , place qui appartenoit mesmes à ceux de Strasbourg. Bref, il se fit durant les mois de Juin et de juillet plusieurs rencontres entre les Lorrains et ceux de Strasbourg , où les uns estoient un jour victorieux , et le lendemain quelquesfois vaincua.
Ceux de Strasbourg envoyèrent demander secours à tous leurs amis. George Frédéric de Brandebourg , burgrave de Nuremberg et duc de Pomeranie , leur envoya deux cents chevaux, et ce en faveur seulement de l'eslecfion qnUls avoient faicte de son parent pour leur evesque. Toutesfois Joachim Frédéric, père de Tesieu evesque , ne voulut ouvertement favoriser Teslection de son fils, pour ce que parles condltSaos de ceste eslection le gouvernement de Tevesché demeuroit en grande partie au magistrat de Strasbourg : aussi ce fut pourquoi ils furent contraints de soustenir les frais de la guerre de leurs propres deniers, avec lesquels ils amassèrent bon nombre de cavalerie et d'infanterie.
Le 3 d'aoust trois mille Suisses estans venus au secours de ceux de Strasbourg , ils se trouvèrent avoir plus d'hommes de guerre que le car* dinar de Lorraine, et, ayans assemblé toutes leurs troupes en une armée auprès d'Ernstein, ils allèrent droictmettrele siège devant Moltzeim, En y allant ils firent brusler Fegersheim et Rlnaw. Aux aproches fut tué le comte Albert de Tubinge et plusieurs autres. Le duc Joachim Charles de Brunsvic arriva en ceste armée le 9 aoust, et pensoit on que dèslors ce trouble deost estre appaisé, pourceque quelques députez des Suisses et de l'archiduc s'estoient assembles cq Alsace pour le pacifier, bien que l'on eust amené de Strasbourg au camp sept pièces d'artillerie et toutes les munitions nécessaires pourcommencer la batterie.
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Le cardinal de «Lorraine avoit fait retirer les Biens à la faveur des places qui tenolent pour son party. Le duc de Lorraine son père luy ayant envoyé de nouvelles troupes sous la conduite du oorote de Vaudemont , il se délibéra de faire lever le siège de devant Moltzeim : mais, ainsi que les Lorrains s^y acheminoient , ils eurent advis qu'il estoit party le 15 d'aoust de Strasbourg cent cinquante cbevaux et six cents hommes de pied qui conduisolent l'argent pour payer Tarmée. Vaudemont, sur ceste nouvelle, avec nombre de cavalerie leur alla dresser une embuscade auprès de Dlppichen , et chargea ce convoy si à propos qu*il le mit à van de route , gaigna les dix-huict mille tallars que Ton menoit en l'armée , prit prisonnier le thresorier de Strasbourg et Jean de Noremberg, conducteur des gens de pied avec leurs drapeaux.
Cependant Ton battoit Moltzeim. Ceux de Strasbourg, ayant faict bresche» allèrent à Tassant, d*où ils furent repoulsez avec perte. Pensans faire recommencer la batterie, sur la nouvelle qu'ils eurent de ce qui s'estoit passé à Dippichen ils levèrent le siège et se retirèrent aux environs de Strasbourg.
Le prince d'Anhalt, comme nous avons dit, ayant esté congédié par le Roy après le siège de Booen avec tous ses reistres et lansquenets, arriva en ce mesme mois d'aoust aux confins du Palatinat, où il licencia la plus grand part de ses troupes. Là il fut prié par ceux de Strasbourg de venir à leur secours : ce qu'il leur promit &dre, désirant avant que retourner en Saxe faire quelque effect militaire. Estant arrivé à Strasbourg le 26 d'aoust avec cinq cents chevaux et le régiment du colonel Lanty , il fut déclaré gênerai de Tarmée de ceux de Strasbourg.
Au commencement de septembre , ayant pris quelque cavalerie , il alla Jusques dans l'armée des Lorrains leur enlever un logis où il en fit demeurer deux cents sur la place. Les Lorrains en eurent depuis leur revanche , car tout ce mois et celoy d'octobre ne se passa qu'en courses , tant d'une part que d'autre, et furent exercées une infinité d'bostilitez aux environs de Strasbourg et partout le diocèse.
Le prince d'Anhalt , ayant résolu d'assiéger Moltzeim , partit de Strasbourg le 5 novembre avecOlton et François, ducs de Lunebourg, Charles, duc de Brunsvic, le baron d'Othnaw, et quantité de noblesse allemande; mesmes le susdit Brandebourg, esleu evesque de Strasbourg , ou administrateur qu'ils appellent, l'accompagna jusques au camp, mais il s'en revint en la ville avec plusieurs jeunes seigneurs. On fit partir encor à mesme temps dix-sept pièces de canon de
Strasbourg , outre les vingt-six pièces qui estoient desjà en l'armée, et force munitions. Les Lorrains qui estoient dans Zaberen [ qu'aucuns appellent Ëlzabern] pensoient que l'on en voulust à eux, et se préparèrent au siège; mais, après que le prince eut fait faire quelques tournoiements  son armée, il vint investir Moltzeim, et mit du costé de Dacstein de bonnes gai*des pour engarder les Lorrains de rien entreprendre sur son camp durant ce siège.
Les approches faictes, la batterie fût commencée le jour Saincte Catherine. On fit bresche de vingt-trois pas, là où le prince d'Anhalt ayant fait donner l'assaut, les siens furent si rudement repoulsez qu'il y en demeura quelques centaines, et entre autres des principaux chefs le colonel Jean Ulrich, baron de Hohensaxe, le comte de Mussen , le lieutenant du colonel Lanty , et autres personnes de marque. Deux jours après la batterie fut recom.mencée et continuée deux heures durant fort furieusement : cessée , le prince d'Anbalt envoya un tambour aux assiégez les sommer derechef de se rendre : eux , qui manquoient desjà de munitions de guerre , et qui voyoient qu'ils ne pouvoient esviter d'estre forcez, envoyèrent leur demande par escrit au prince, qui leur accorda certains articles, tant pour les gens de guerre que pour les ecclésiastiques et les habltans. Il sortit de ceste place trois cents soldats , et ne s'en perdit au siège que dix-huict. Les assiegeans y perdirent bien cinq centshommes. Voyià comment le prince d'Anhalt print Moltzeim. Il conduit du depuis Tarméeaux environs de Dacstein, mais ce fut sans faire aucun effect de remarque. Ernest Fcderic, marquis de Bade , arriva en ce mesme temps auprès de Strasbourg avec mil reistres et deux mil lansquenets pour leur secours aussi. Ayant passé le Bhin sur le pont de Strasbourg , il alla loger ses troupea en la comté de Hanovie,où ils exercèrent tant d'bostilitez que le comte s'en alla plaindre à Spire, où il eut un mandement impérial, et fil citer ledit marquis de Bade et ceux de Strasbourg de comparoir à la chambre impériale à Spire dans le 30 janvier , pour luy reparer les torts que leurs gens de guerre avoient faicts dans son pa3rs.
Le 17 de décembre le prince d'Anhalt ayant eu advis que certains députez de l'Empereur arrivoient à Strasbourg pour pacifier ce trouble, il délibéra de s'y rendre, et partit de son armée qui estoit encor aux environs de Moltzeim. Estant en chemin, accompagné de cent chevaux et deux cents hommes de pied, peu s'en fallut qu'il ne fust pris par deux cenls Lorrains à cheval qui fortuitement revenoient de la guerre. Là il fut bien combatu, et, sans le secours qui vint de
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Moltzeim, il estoit en danger d*estre pris. Il fût tné auprès de luy un comte Frédéric de Mansfeit, duquel le frère qui se nommoit David fut aussi fort blessé, et plusieurs autres. Les Lorrains furent contraints en fin de se sauver , et perdirent en ceste rencontre quinze des leurs.
Le 19 décembre les ambassadeurs de l'Empereur arrivèrent à Strasbourg , et deux jours après un herault impérial, tenant un baston doré en sa main, publia en la place publique un mandement impérial portant injonction quMls eussent à mettre les armes bas , et qu*ils se rapportassent de leur différent à des arbitres. Ces mesmes députez de l'Empereur en allèrent autant &ire et dire au cardinal de Lorraine et aux cbanolnes catholiques qui estoient à Zaberen. Ils firent tant que les deux parties convlndrent d'arbitres et mirent les armes bas , ainsi que nous le dirons l'an suivant. Yoylà ce qui s'est passé ceste année en la guerre de Strasbourg.
Nous avons dit l'an passé qu'après la mort de Teslecteur Christian , duc de Saxe, que le calvinisme fut chassé de toute la Saxe, et que les deux professeurs de ceste religion, qui estoient Pierius et Gunderman, furent mis prisonniers. Or Gunderman , voyant la longueur de sa prison , se délibéra de chanter la palinodie du calvinisme. Il en conféra avec quelques hommes doctes qui le furent voir. Il demanda des livres de Luther et autres livres faicts par les protestans luthériens. Après les avoir leusil dissimula tellement pour avoir sa liberté, qu'il présenta requeste au magistrat, confessant qu'il n'avoit pas bien entendu jusques à ceste heure ce qui estoit contenu en la confession d'Ausbourg , aux articles de Smalcalde, dans le symbole de sainct Athanase, et dans la formule de la concorde saxonique ; plus , qu'il estoit tout prest , de bouche et de cœur, de révoquer, et par escrit et en chaire, ce qu'il avoit enseigné au contraire des susdits livres , suppliant le magistrat de luy donner liberté , et de luy permettre de retourner à Cale avec sa famille, et y achever ses jours en homme privé. Le magistrat sur ceste requeste, après que ledit Gunderman eut signé sa profession de foy , le mit en liberté. Mais du depuis quelques Aliemans ont escrit que ce fait n'estant qu'une dissimulation , il en est devenu aliéné d'esprit.
Cependant les pasteurs luthériens dressèrent des articles , et commencèrent à faire leur visite par toute la Saxe, affin de chasser ceux qui voudroient soustenir les opinions de Calvin. Ceste visite se commença dans l'université de Vittemberg le 13 juillet , où quatre docteurs de l'Université, deux professeurs , deux du conseil du prince et deux du magistrat , furent dépossédez
de leurs charges pour n^avoir voula sigoer ksdits articles qu'ils avoient rédigez en quatre points principaux, sçavoir : de l'eucharistie, de la personne de nostre Seigneur Jésus Christ, du baptesme et de la prédestination , les<[uels les luthériens croyent presque de mesme que Ton faict en l'Eglise catholique, apostolique-romaine, excepté la transubstantiation. La manière dont ils procédèrent en ceste visite estoit que par forme d'antithèse d'un costé estoit escrit la croyance des luthériens, qu'ils faisoient affirmer et jurer de tenir et observer , de l'autre estoit escrit l'opinion des calvinistes sur les quatre poincts susdits, laquelle ils faisoient 80ui»-8igner estre chose détestable de croire. De Yittemberç les visiteurs luthériens allèrent à Lipsic le 2 d'aoust, on ils en trouvèrent six tenaas Topinion de Calvin, lesquels ils dépossédèrent aos^ de leurs charges , et puis s'en allèrent par toute la Saxe faire le mesme. Yoylà comme lecaMnisme fut chassé de Saxe.
Les calvinistes au commencement de ceste année en firent autant aux luthériens dans les terres du Palatinat , et mesmes surprindrent Nymarck d*où ils osterent le luthéranisme. Usa pensoient faire autant dans Amberghe ; mais les habitans prindrent les armes, se rendirent mais* tre« de leur ville, puis du chasteau, d'où ils firent sortir leur gouverneur, un docteur calviniste et quelques autres des principaux. Ce sont les fruits qu'apportent les diverses religions.
En ce mesme temps aussi un François Filidia voulut en Allemagne faire renaistre les erreoii de Pelagius, et fit imprimer plusieurs paradoxes en la préface desquels il avoit mis : Fran^oiSi serviteur de Dieu, et de Christ, appelle pwr annoncer le jugement de Dieu, et auquel a eàl donné le sainct esprit de discrétion povrinfef' prêter la parole de Dieu à toxis les hommes (fd ont l'usage de raison. Nicolas Serrarius loy ft une response fort docte où il luy monstra tmitei ses erreurs. Ceste secte dez son origine fut es* toufée.
Nous avons dit que le cardinal Ratiivil estoit venu de Pologne à Gratzen pour acconoplirle mariage entre leroy de Pologne et la flilcaisnee du feu archiduc Charles. L'evesque de VlaJomirie estoit avec ledit sieur cardinal, et prèsdi trois cents chevaux et trente coches ou carrosses, la plus-part desquelles estoient tirées par ^ chevaux. Toute ceste ambassade, qui estoit biei équipée et en fort bonne conche , vint , le treîziesme de mars à Prague où estoit l'Empereor, qui les fit recevoir fort honorablement. Ap^^ esté résolu que les espouzallles se feroient dans Vienne en Austriche , les ambassadeurs de Vo-
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logoe et la fatore Royne s'y rendirent au commencement da mois de raay. Les cérémonies se firent le quatriesme de ce mois , en Feglise des Âugnstins qui est proche le palais des archiducs, par l'evesque de Vienne , entre quatre et cinq heures du soir. Ledit sieur cardinal Ratzivil TespoDsa ail nom dû Roy son maistre, et luy donna tn anneau éz presebcë de la mère de la Royne espouzée , des archiducs Ernest et Mathias, et à'tin grand nombre de princes et de noblesse. Après ie banquet royal, qui fut fait le soir mesme audit palais des archiducs , on mit la Royne espousëè au iict, oui un des ambassadeurs se coucha tout armé auprès d'elle , ainsi que les Polonois ont accoustumé faire, lequel, au lever de ladite Royne, luy présenta au nom du Roy son màistre un collier dé pierreries de grande valeur.
Après ceste cérémonie elle fut menée en Pologne. Le Roy , sçachant sa venue , se délibéra d'aller à sa rencontre avec toute sa court. Il envoya Josques kùr les frontières de Pologne dix mil chevaux pour la recevoir, qui la conduirent jusques à Cassovie , là où fut consommé ce mariage. En signe du contentement qu'il en rece- Voît il fit battre plusieurs pièces d*argent dont il fit largesse au peuple. De l'un des cosfcz sortoient deux palmes de dedans des ondes ma- Hnes , lesquelles par lé hautsMnclinoient comme se Joignans ensemble, et pour Tame de ceste devise estolt escrit autour : Amor di.yuncta conjuiigit'^ de Tautré costé est oient trois armoiries , Taigle de TEmpire à droict, et celuy de Pologne à gauche, au milieu desquels pour les Joiùdre es toit une bande blanche en champ de gueule, qui senties armes d'Àustriche, et potir devise ; Post (Xifiifnos sociasse juvabiL
En ce temps durolent encor les simultez (1) ou querelles éiitre le roy de Pologne et le grand chancelier, lesquelles estoient tellement accreuês qtiTl y avoit doute d'une guerre civile , l'un et l'autre faisant amas de ^ens de guerre. Le grand chancelier, qui avoft espoùzé eu premières nopces la sobuf au feu roy ËsHennè Rattory, aphës sa mort âvoit espouzé une dés grandes dames de Pologne ,*ct bten apparentée. Ce support luy faisoit cdritredire k beaucoup de choses que le Roy eust hien voulu faire : toutésfois , en une diette qui se tint au mois* d*ocfobre, les palatins du royaume firent tant qu*ils les accordèrent.
Le 3.5 de novembre Jean , roy de Soece (2) , père dudit roy de Pologne, mourut. Ce Jean estolt fils de Gosta ve Ecrisoo, premier roy de ceste ftmille en Suece. 11 avoit fait emprisonner son
(I) loimiUé.
\t\ De Suède.
frère aisné Henry, et s'estoit emparé du royaume contre tout droict, en se déclarant luthérien. Or il avoit un plus jeune ft'ere nommé Charles, duc de Sudermanie et Finlandie , lequel , après la mort dudict Jean , s'empara du gouvernement du royaume, et depuis s'est faict déclarer roy , et en a privé Sigismond , roy de Pologne , son neveu , et fils de son aisné , à cause qu'il estoit catholique romain. Bu succez de toutes ces choses nous en dirons une partie à la suitte de ceste histoire , selon les temps qu*elles sont advenues. Bans nostre histoire de la paix nous en avons aussi tralcté , où le lecteur pourra voir ce qui est advenu pour ce subject entre les Succès et Polonois.
Nous avons dit au livre précèdent que les hachas Ferat et Cigale, pour avoir expérimenté le danger des guerres loingtaines, persuadèrent au Turc de faire la guerre à Rodolphe , empereur des chrestiens , et à tous ses subjects , pfenans une légère occasion sur les hostilitez fàictes par quelques corsaires usocchiens. L'Empereur, adverty des desseins du Turc, et que le bascha de Rosne (3) avoit intention de se Jetter dans la Croatie, envoya de tous costez demander du secours aux princesses voisins. L'archiduc Ernest s'estant rendu à Gretz (4j, qui est la ville capitale delà Styrie, avec cinq mille hommes, et se Joignant à luy de jour en jour nouvelles troupes de la Carinthie et d'autres endroicts , pensant s'opposer aux forces du bascha, eut advis qu'il estoit entré dans la Croatie avec cinquante mil hommes, et qu'il avoit entouré et taillé en pièces six mille soldats chrestiens , dont il avoit envoyé six chariots pleins de leurs testes à Constantînople. Çest explotct espouvanta fort les chrestiens.
Ledit bascha, poursuivant sa victoire , vint jusques aux bords de la rivière de Culpe , sur laquelle il fit dresser un pont de bateaux pour passer son armée , puis fit bastir lin fort à Petrine qu'il garnit d'artillerie, et y mit une grosse garnison' pour la deffencé de ce pont qu'il vou- Idît luy servir pour se retirer , s'il en estoit contraint par les chrestiens. Ayant faict cela, il alla prendre Castroviz, et, contre la coustume ordinaire des Turcs, qui est de ruiner les forteresses après qu'ifs le^ ont prises, il mit par toutes les places qu'il conquit en Croatie de bonnes garnisons, et fit faire un grand degast par toute ceste province. La rigueur de l'hyver n'empescha pas le progrès desdits Turcs , dont Tarmée se montoit à cent cinquante mille hommes , ains exer-
(3) Bosnie.
<4) Grats.
CHaONOLOGl£ NOVSNAlfiB
cerent de grandes hostilités ea plusieurs endrolcts de la Hongrie. L*archidnc Ernest , lieutenant gênerai de l'Empereur en ces quartiers là, ayantassemblé une armée de quelque soixante mille hommes, empescha que les Turcs ne prinssent Canise , Taggay et autres lieux , lesquels il fit munir pour résister à leur première violence. En Italie et Allemagne ce ne furent qu'assemblées pour trouver les moyens de leur résister. Nous dirons Tan suivant ce qui en advint. Tous les historiens ont escrit en diverses façons comment ceste guerre fut commencée. Ceux qui sonstlennent la maison d'Au&triche disent que le roy de France et la royne d'Angleterre sollicitèrent , par leurs ambassadeurs , le Turc d'attaquer la maison d*Austrlche , tant par mer sur les rivières d'Espagne , que par terre du costé des pays subjects à l'Empereur vers la Hongrie. Et les autres ont escrit que Tambition qu'avolent ceux d'Austriche pour dominer seuls toute la chrestienté fut la cause qu'Us aymerent mieux faire continuer les guerres civiles en France , et faire ruyner par ce moyen, s'ils pouvoient , la première monarchie chrestieone, que non pas de s'unir tous pour le bien commun de la chrestienté affin de porter la guerre contre les infidélies : mesmes le roy d* Espagne s'excusa de secourir PEmpercur sur la guerre qu'il entretenoit en France et en Flandres. Les princes d'Italie disoient qu'ils ne pouvoient se desgarnir de leurs comrooditez pour la Jalousie qui est entre eux , et principalement sur la grandeur des Espagnols en ceste province. Bref, le peu d'intelligence et l'animosité qu'il y avoit entre les empereurs , roys et princes chrestiens , furent l'occasion que tant de milliers d'ames furent em* menées esclaves par les Turcs , tant en Hongrie qu*ès provinces voisines.
Dans la cité de Candie y eut une grande peste ceste année , laquelle mescogneuê et négligée par aucuns médecins , fora que d'un juif médecin , il en mourut plusieurs milliers de personnes. Ceste isle est de la seigneurie de Venise , là où ils tiennent un podestat etplusieursofliciersavec une forte garnison , pour ce qu'elle est voisine de plusieurs pays de l'obeyssance du Turc. Les officiers vénitiens, sur plusieurs advertissements qu'ils eurent que la maladie seroit grande, donnèrent et establlrent l'ordre requis pour foire penser les malades. Il mourut en ceste cité vingt mil personnes, depuis le mois d'avril Jusques en aoust qu'elle s'appalsa. Tous les médecins en moururent , excepté le susdit Juif et un seul autre médecin.
Plusieurs braves capitaines moururentde ceste maladie , lesquels furent grandement regretez ,
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entr'autres le comte Federic Pepoli et le coknd Paul, comte, et plusieurs autres grands seigneurs. H y en eut quelques uns des grands qoi donnèrent des conseils , entr'autres le comte Honorge Scotte , lesquels s'ils eussent esté soyvis , le mal n'eust esté si grand ; mais c'est comme il plaist à Dieu, car quand il ^entcliastier un peuple, comme dit Polybe, il permette les meilleurs conseils ne sont pas suivis.
Or ce ne fut pas encores le période de ce mai pour les podestats et ceux qui avoient la charge et gouvernement de ceste isle, d'autant qoe, sor le bruit de ceste grande pestilence , le basck Cigale se mit en mer avec nombre de vaisseau, espérant que ceste contagion luy donDeroitOBi occasion de s'emparer de ceste isle pour le Tint son maistre. Mais le seigneur Mocenigue, ^ estoit le grand providador de Candie , y poD^ veut diligemment et accortement; car, voyadi que les compagnies italiennes n'estoient santés pour la garde, il fît entrer les Grecs dd Spinalongue , sous la conduite d'un capitaiv neapolitain, les retirant de Sitia etdeGirapiej tra : aussi les six compagnies ordinaires de cai^ lerie du royaume de Candie furent logées au villages le long de la mer , proches de la ville] avec trois cents Albanois qu'ils appellent ùpk leUi, qui est un surnom qu'ils donnent amged de cheval de ceste nation , ainsi que i*0Q ai pelloit en France ceux qui y vindrent faire l| guerre au commencement des troubles , (M peaux pointus. '
En ce mesme temps il parut quelques (osri turquesques, ce qui donna l'alarme si chaodl que les malades et les sains , eourans nnanlai ment aux armes , semeslerent les unsparinv autres , ce qui fut cause que plusieurs fi frapez de peste et que la contagion s'aug L'on fut contraint de mettre le feu en quel maisons où tout estoit mort , pour y brasier bardes des morts , à cause que certains goeux qu'ils appellent Bequemortes , se fourroientà dans les maisons et desroboient lesdites bardd Georges Murmur, capitaine desdits Albaoo^ fut contraint , pour les en empeseher , deo ' brusier aucuns avec les hardes qu'ils avo prises ; en ayant mesmes fait attraper qneii uns , il les lit estrangler les uns par les an Le prédicateur Rhodio fit de si vives re trances , que Ton descouvrit quatre cents sons infectées qu'on ne sçavoit point , et fi nettoyées. .
Le bascha Cigale , d'autre part , s'«s^ à Carislo, non loin g de Negrepont : tellem^ que les seigneurs Pasqualine et Mocenigoe od nirent les ports de Grabuche, de Sude et de Sf
CHaONOLOGIB NOVBNAIRB DB PALICA CAYBT. [1692]
Daloogae. Mais ce ne fut qu'une esponvante , car Cigale mesme se trouvoit si empesclié en ce dcstroit , que , pour sortir de l'arcbipelague , il ravoya à un roberge anglois, dit Le Breton, iemAoder de grâce un maistre pilote, ce que luy tsfosa l'Aoglois. Depuis Cigale se retira vers Unit pour se rafraischir. Il fut veu lors des irox prodigieux en l'air et sur la mer , qui donlerent une grande crainte ; et n*y eut autre re- Dede, sinon d'enfermer les malades en leurs iropres logis, leur pourvoyant de vivres tout le Nigde rhy ver. Et ainsi le mal s'appoisa du tout B printemps.
le roy Echebar , empereur de Mogor , qui est i graod empire entre les deux grands fleuves Inde et de Ganges , se fit instruire au christiatoe par le père Pierre Tavier et père Jullan arriéra , portugais. Ils disent entr'eux qu'au*
tresfois ils ont esté cbrestiens Jusques à un roy nommé David qui fut vaincu en guerre par les Parthes , et que ce peuple se destourna de la foy. Iceluy David se disoit estre descendu de la race de sainct Bartbelemy. Contre Ecbebar, devenu cbrestien , se rebellèrent les Vengalans , et appellerent Cabul son frère pour leur estre roy ; mais Echebar le contraignit de se retirer. Il a treize royaumes sous soy , Mogor, Coronan , Torquimac, Boloch, Guzzaralh, les Parthes, les Indhustans, les Vengalans , les Seres [ selon aucuns] , et quatre autres estais de Mores noirs. Ainsi a esté achevée ceste année de la catastrophe de nostre tragicomedie histoire françoise. S^ensuivent les années plus heureuses , comme par épilogue de nos misères , où nous verrons rheureux retour de la France à elle mesme , avec la conversion du roy Très-Chrestien.