‹ Chronologie novenaireChapitre 3 sur 62 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Pnneeipiej'ayiBisttD lumière la Gliroiiologiesep* touire de fai paix scias le règne de nostre très-chrestieo et trèa-angiiste prince Henry IV , laquelle ne cnDownce qn'en Tan 4598, aucuns seigneurs de qualité m'ont dh que je devois avoir commencé dez le jour qu'il succéda à la couronne de France, qui Au ran ino, et qu'il estdt fort mile et nécessaire qu'auparavant d'avoir escrit le règne paisible d'un si grûid roy , comme il estoit et est aymé de son peuple , les bénédictions , vceus et prières qu'ils font Uns les jours pour sa prospérité , et combien il esloit 9jmé et bonoré des roys et princes estrangers ses voisins, que je devois avoir escrit comme il a ioeeedé i la couronne de France , les batailles qu'il a données , les rencontres, les sièges des villes, et M loQt ce qui s'est passé de plus remarquable en la dvesUenté durant les neuf premières années de soD règne, suivant l'ordre et pour procéder mon ffîrtoirede la paix. Je leur dis que plusieurs roys et princes se trouveroient offensez que j'entreprisse dorant leor vie d'escrire comme la bonne ou man- Tiise fortune les auroit traictez dorant ceste dernière Soene civile. « Au contraire, me dirent-ils , il vaut mieux eserire la vraye histoire des bons roys et princes durant leurs vies , et comme ils ont esté traietes de la fortune | pourveu que ce soit sans flaterie ], que non pas de la publier après leur mort : car la passion d'aucuns historiens laisse à la postérité mille choses inventées ausquelles les princes ne songèrent fanais , H qudquesfois oublient on taisent par malice leurs plus beaux faicts. — Il est un peu dangereux , leur respondis-je encor , d'escrire l'histoire 4 on prince ou d'un roy dorant sa vie. -* Non , Bon, me rq>artirent ils , nous sommes au temps de Tcmperenr Trajan , auquel Tacite dit qu'il estoit loisible de juger des choses passées ce qu'il en sembloit, et d'en dire son opinion. Vous sçavez que TMte a escrit dans son Histoire et dans ses Annales plusieurs empoisonnements et cruautez abominables commises par les empereurs : vous estes exempt d'en eserire sous le règne de nostre roy, leqœl a vaincu ses ennemis , tant subjects qu'estrang»s, à guerre ouverte et l'espée à la main : jamais D n'a entrepris ny foict entreprendre par assassinat sor aucun de ses ennemis, quoy que ses ennemis «rent souvent attenté par poisons et assassinats sur sa vie. ■ Ainsi , estant presque contraint d'obeyr à Irars raisons , je lenr monstray plusieurs mémoires qoe j'avois recouverts , et d'aucuns desauels je ■'tttoisservy mesmesenmon Histobede la paix;

lesquels mémoires traictoient des dernières gnerrai civiles , depuis Tan 4589 jusqnes en Tan iHnS. Or tous ces mémoires estoient mis d'ordre selon leurs dattes : ils jetterent leur veué dessus , et y passèrent une aprèsdisnée. Après les avoir veus , aucuns d'eux , qui ont puissance de me commander , me firent promettre de mettre la main et composer la présente chronologie novenaire de l'iiistobre de la guerre sous le règne du roy Très-Ghrestien de France et de Navarre Henry IV. Je Tay foict par leur commandement, et non de ma votonté, sur Tassuranoe qu'ils m'ont donnée que le fruict et Tutilité en seroit grande, pouroe que les peuples de France ont très-bien recueilly , grâces à Dieu , mon Histoire , conmie estant le tableau au vray de leur heureuse paix , et que voyant maintenant le tableau de leurs guerres civiles dans ceste présente histoire, qu'ils les joindroient ensemble , pour voir , comme dans un bouclier d'Achiles, la guerre et lies maux qu'ils ont enduré , avec la paix et les fruicts d'icelle diMit Us jooyssent à présent.

Avant que de me resouidre d'entreprendre oest oeuvre , j'ai preveu que les uns en feroient une sorte de jugement , et les autres au contraire, ainsi qu'il advient d'ordinaire en un royaume où la plus grand part soustient la religion ancienne , et qu'il y en a d'antres qui ont des opinions nouveUes : mais ce qiii m'a le plus confirmé de continuer mon dessein , a esté pour faire voir à la postérité combien sont per^ nicieux et dommageables les guerres civiles, et combien peu d'occasion a fait de grands maux , afin que les uns et les autres y pensans à bon escient soient sages à l'advenir.

• Le prétexte de la religion et le bien public n'est w pas chose nouvelle [dit l'autheur du Traicié des eauses et raisons de la prise désarmes faiete en janvier i 589 , que Ton tient avoir esté faict par un grand prince très -catholique]; « car si vous espluchez w les histoires par le menu , vous trouverez qu*une » bonne partie des grands princes s'en sont servis » pour cuider parvenir à leur but , et verrez qu'ils » ont esté plus souvent stimulez et conduits de leur n ambition et interest particnUer , que non pas de » lele qulls ayent eu à l'honneur de Dieu , d'entre- » prendre la guerre contre les hérétiques et infidel- » les. Je ne veux pas faire tort à l'heureuse mémoire n de ceux qui ont mérité teUes lofianges; car, à la » venté, 0 y en a eu d'aucuns, particulièrement D nostre bon roy sainct Loys , qui quitta les commo- » dltez desonroyaumeponr aller recouvrer la Terre

AVANT-PBOPOS.

• âaincte d entre les mains des Sarrarius et infideln les , coname aussi firent les ducs, comtes , barons » et prélats qui se crolzerent à la gaerre faicte con- » tre les A^lbigeois , et dernièrement le roy de Por- » tagal contre le roy de Fez. Mais au partir de là ,* » Ton en trouvera bien peu ausquels Ton ne reti marque plus d^ambition en leur esprit que de zèle » chrestien. »

Voylà Topinion de Tautheur deccTraicté, qui, sans alléguer les histoires anciennes, cotte, pour preuve de son dire, les principales guerres advenues de son temps sous le prétexte de la religion , et de ce qui en est succédé. 11 commence par Tempereur Charles le Quint, et dit qu'il n'eust jamais entrepris la guerre contre les princes protestans de la secte de Luther, s'il n'eust eu intention de rendre héréditaire en sa maison la couronne impériale ; mais que , comme il eut perdu l'espérance de parvenir à son dessein , il fit l'intérim tant préjudiciable à la religion catholique , et se rapatrira avec les princes protestans par une ligue perpétuelle qu'il fît avec eux pour la maison d'ÀQstriche. Ce qu'ayant faict, il se servit des princes de TEmpire et de leurs snbjects jusques aux plus hautes charges de chefs d'armées, sans distinction de religion.

Que le roy Sigismond de Poulongne laissa introduire toute sorte d'heresie en son royaume , cuidant par telle division commander plus absolument en icciuy , auquel il semble que lautiiorité royale soit restraincte par certaine forme de conseil d'evesques, palatins et chastelains qui doivent assister à faire les principalles resolutions extraordinaires.

Que le roy Henri VIII d'Angleterre n'eust jamais embrassé l'heresiede Luther, si le Pape luy eust voulu permettre de répudier sa légitime femme.

« Mais, dit le mesme autheur, sans parler des princes circonvoisins , il ne faut que lire sans passion les histoires , tant d'une part que d'autre , de Torigine et continuation des guerres civiles de ce royaume. Les exécutions à mort que l'on y foisoit de ceux de la religion prétendue reformée alloient cesser sous la clémence du roy François II et la sage oonduitte de la royne sa mère Catherine de Medicis ; dequoy les princes protestans estraugers et les cantons des Suisses de ladite religion , qui les avoient priez de les faire cesser , en avoient asseurance , lors que les antheurs de l'entreprise d' Amboise , qui estoient de ladite religion, que du depuis on appella huguenotte, vouloient se saisir dudit sieur Roy, et tuer les principaux qui estoient autour de luy , et qui le possedoient ; d'autant que par le grand pouvoir qu'ils avoient avec le Roy, qui estoit jeune et aagé seulement de dix-sept ans , ils avoient esloigné non seulement ceux qui tenoient les premiers l'authorilé prez du feu roy Henry II son père , mais aussi tous messieurs les princes du sang, afin de posséder entièrement, non pas le Roy seul, mais tout sou royaume* Mesmes peu après ils s'efforcèrent de vouloir faire tuer le roy de Navarre, et faire trancher la teste à M. le prince de Condé son frère, avec intention de ruiner leurs maisons : ce qui n'advint pour la subite mort dudit sieur Roy à OrleanS;

auquel son frère Charles IX, aagé de dix ans, suc' ceck. Et lors le gouvernement de la Cour se changea, car ceux qui possedoient François II furent contraints de se retirer de la Cour mal contens. »

Ce n'est icy mon subject de descrire quel fut le règne du dit roy Charles IX , les histoires font assez de mention que la royne Catherine sa mère fui régente au commencement de son règne; que le roy de Navarre , père du roy Très-Chrestien qui règne à présent , prit la charge du maniement des aflaires de la guerre comme premier prince du sang; et les autres princes du sang, et ceux qui avoient esté respectez du temps de Henry II , prirent aussi la place de ceux qui avoient gouverné François II ; lesquels , se voyans hors de la Cour, ne cessèrent de chercher les moyens possibles de rentrer au mesme degré où ils avoient esté, employans pour cest effeci le légat du Pape et l'ambassadeur d'Espagne : puis ils firent naistre tant d'occasions par le moyen du colloque de Poissy, qu'ils furent rappeliez en Cour, dont M. le prince de Condé adverty , qui ne pouvoit oublier qu*ils l'avoient voulu faire mourir , s'en trouva scandalizé [ laissante part le meurtre de Vassy , contre la liberté de l'edict de janvier] ; ce qui fut cause que luy, l'admirai de Chastillon, et plusieurs autres qui s'estoient déclarez de la religion nouvelle, entendans qu'ils revenoient , se retirèrent de la Cour , s'en allèrent à Orléans , et y firent amas de gens de guerre : dont s'en est ensuivy tant de sang respandu en plusieurs batailles données.

Les desseins qu'ils eurent , tant d'un party que d'autre, à se saisir du Roy et de la Royne sa mère , pour estre maistres de la Cour , sont contenus assez au long dans les Idstoires de ce temps-là , où plusieurs mesmes ont dit qu'aucuns a'entr'eux avoient résolu de les tuer, et principalement la Royne mère, jusques entre les bras du Roy son fils : mais elle sceut si dextreinent se conduire , favorisant, tantost les uns, tautost les autres, qu'elle le rendit majeur : de quoy elle a eu un grand honneur de s'estre desvelopée de tant de pièges dont on l'a- Yoit environnée, ayant garanty le Roy son fils de perdre la vie et la couronne.

Le chef des catholiques, qui estoit le duc de Guyse , fut tué devant Orléans , et du depuis n'y eut plus de chef de ce party autre que le Roy. M. le prince de Condé , chef des huguenots , fut tué à la journée de Rassac ; après luy , l'admirai de Chastillon fut le seul chef par effect des armées de ce party là , lequel fut depuis tué à la Saint-Rerthelemy. Pour quoy il fut tué , ou le peut voir dans plusieurs historiens.

Mais il advint à ce roy qu'après le siège de La Rochelle , et le partement de M. le duc d'Anjou , esleu roy de Pologne , qui s en alla prendre possession dudit royaume , que soudain il se fit par les plus grands de France une telle entreprise contre sa personne , qu'elle cnyda venir à effect à Sainct Germain en Laye, dont il commença à faire faire de grandes exécutions ; mais ce roy s'estant retiré peu après au bois de Vincennes , y mourut.

Son frère le roy de Pologne luy succéda; mais

AVANt-PAOPOS.

eslaat €Q Pologae , si la Hoyne sa mère n'y eusl sagcfoent poQTvea , ks remuements qui se firent lors en France , tant par aacans catlioliques que par les bngnenots , sans doute on lay en eust empesché rentrée à son retoor.

£n retournant en France , passant à Vienne en Aostrîdie, Temporeur Ifaximilian luy donna conseil de donner la paix à son peuple , et ramener les desvoyez par douceur : les Vénitiens luy en dirent autant, comme aussi fit le duc deSavoye; mais, arrîTé à Lyon en intention de suivre leur advis, les eimeniis de la maison de Montmorency eurent tant de pouvoir prez de luy , que M. le mareschal d'Am- TÎlle, se voyant hors d'espoir d'entrer en sa bonne gnce , entra en une ligue offensive et deffensive avec ks huguenots qui tenoient quelques villes en sMi gouvernement de Languedoc; si bien que la gnare recommença, tant contre lui que contre les hnguoiots ; et peu après , M. le duc d'Alençon, frère de Sa Majesté, se retira de la Cour avec plusieurs seigneurs, practiqné par ledit sieur mareschal d'AmîiUe; et, prenant le nom de mal-contents, se joignirent avec les huguenots , aucuns desquels commencèrent lors à escrire autrement qu'ils n'avoient patlé pv ie passé , et Itottoman , jurisconsulte , dans sa Gaule française , entreprit d'escrire a que » le peuple françois avoit eu une souveraine aulbo- « ïité non-seulement à eslire leurs roys, mais aussi

• à répudier les fils des roys, et eslire des estran-

• geri : • ei dit sur ce subject plusieurs choses , Joûaot les peuples qui brident la licence de leurs rofs a les mènent à la raison. Il se jette , après plusieurs discours, contre la régence des roynes mères des roys : ce qu'il faisoit à cause que la royne mère avoit esté déclarée régente en attendant le retour do roy de Polongne sou fils ; bref, il s'escrima des histoires anciennes à droict et à revers, selon sa passion. Ce livre fut aggreable à quelques reformez et à quelques catholiques unis , lesquels n'aspiroient qu'à la nouveauté , et non pas à tous. Je laisseray à joger donc au lecteur qui a leu les histoires , et ven les mémoires qui furent imprimez en ce temps là, si ces guerres là se foisoient pour le bien public et pour la religion, ou pour Finterest particulier de tant de grands qui prirent lors les armes.

Ainsi le commencement du règne de Henry III fut plein de troubles , de guerres et de confusions. Les catholiques mal-contans furent cause que les huguenots reprinrent pied en Poiclou et en beaucoup d*aQtres provinces , et que leur party se releva et renforça ; l'armée des reistres que le duc Jean Casimir, de la maison des comtes palatins du Rhin, amena en France à la diligence de M. le prince de Condé, fut cause de la paix faicle l'au 4576 , par laquelle ks huguenots eurent un edict fort advantageox pour eux. Cet edict fut le prétexte d'une ligue que firent plusieurs princes et seigneurs catlio- Kques , de laquelie, bien que le chef ne fust nommé, à estoit-ce en effet le duc de Guyse, fils aisné de cf loy qui avoit esté le chef des catholiques au commencement du r^ne du roy Charles , et qui avoit one grande créance parmy les catholiques , pour les

beaux exploicts militaires dont il estoit vefad hea*' reusement à bout. Si ces princes là firent bien de faire ceste ligue, et s'ils n'avoient autre interest que la religion et le bien public , j'en laisseray juger à ceux qui Ih^nt ce qui en est advenu depuis.

Quant aux huguenots , M. le duc d'Alençon n'en fut que peu de temps comme chef , car , aussi tost que le roy de Navarre se fut retiré de Paris et de la Cour vers Sanmur , toute la noblesse de ce party là Ty vint trouver, où il reprint U qualité de leur chef ; ce qui fut une des occasions que peu après Monsieur^ frère du Roy, se rapatria avec son frère : et peu après l'edict de paix estant rompu , il fit une assez rude guerre aux huguenots de La Charité et à ceux d'Yssoire. Mais la paix fut encore peu après refaicte à Poictiers, Tan 4577 ; car le Roy recognut lors qu'il auroit plustost la fin de l'heresie par la paix que par la guerre, bien que Monsieur, son frère, l'asseurast d'aller combattre le roy de Navarre , avec espérance de le ruyner : ce que Sa Majesté jugea ne luy avoir esté proposé par ledit sieur duc son frère que pour venir à bout de ses desseins particuliers. Bref , le Roy aima tant la paix, qu'en l'an 4581, il l'eut entière par tout son royaume, après avoir retranché beaucoup de choses en l'edict qu'il avoit donné aux huguenots l'an 4576. 11 commença deslors à faire tenir des grands jours , auxquels par la justice il faisoit punir les mauvais , et asseuroit les bons.

Mais le Roy ayant espousé une chaste et vertueuse princesse, n'ayant point d'enfans d'elle après quelques années qu'il fut marié , un bruit courut comme asseuré qu'il n*en auroit jamais : ce ne furent plus que nouveaux, desseins. Beaucoup de seigneurs, tant d'une que d'autre religion , pour Tesperance future, suivU-ent Monsieur , frère du Roy, conune successeur de la couronne , et le conseillèrent d'aller en Flandres , où le prince d'Orenge et les esUts des Pays-Bas Tappelloient. Mais le Roy pensant l'en destoumer, et se voyant menacé d'une guerre dans son royaume , ne voulant qu'il luy donnast occasion de faire autre guerre ou remuement , fut contramt de le laisser aller en Flandres.

Pendant qu'il se prépara pour y aller, et durant le temps qu'il y fut , le roy de Navarre se contint , comme chef des huguenots , en son devoir, sans rien remuer. Il adverlit le Roy des offres de deniers que le roy d'iilspagne lui faisoit s'il vouloit faire la guerre en France, luy promettant de luy ayder à se rendre maistre de la Guyenne. Cet advis fut aggreable à Sa Majesté , qui Tasseura de son amitié pourvu qu'il demeurast en paix , ce qu'il fit. Aussi , sur ce que aucuns des huguenots avoient envie de faire un prince protestant allemand leur protecteur , et luy fournir par an certain nombre de deniers pour un entretien ordinaire de plusieurs colonels et capitaines , affin de tirer du secours d'Allemagne quand ils voudroient , on donna advis audit sieur roy de Navarre de n'endurer qu'autre que luy se dist chef ou protecteur des huguenots : il practiqua en cela le conseil de la Royne mère; ce que le Roy encor trouva bon.

Au contraire, le duc de Guise, chef secret de la ligue des catholiques, practiqua fort avec le roi d'Es-

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pagne, dont le dessein estoit de laseher à faire brouiller en France poar destourner Monsieur d'aller en Flandres, et ce sans en advenir le Roy, comme fit le roy de Navarre ; dont depais il ne luy porta plus de bon œil. Et aucuns ont escrit que si Monsieur , frère du Roy, ne f ust point mort à son retour de Flandres si tost , que le duc de Guise n*eust eu d'autre soucy qu'à se deffendre de luy.

Après ceste mort , qui fut en juin 4584 , le duc de Guise fit semblant d'en vouloir aux ducs de Joyeuse et d'Espemon ^ les deux favorits du Roy. Il se vid lors plusieurs vers et pasquils contre les mignons , qui est la première fleur que les malcontents jettent d'ordinaire. Mais huict mois après, qui fut sur la fin de février 4585 , il se mit en armes , et ceux de sa ligue surprirent plusieurs places , et ce sur plusieurs prétextes , tootesfois fans aucune raison apparente, bien qu'ils n'eussent que la religion et le bien public en leurs bouches.

Pour la religion catholique, le roy Henry III estoit un prince si devôt et ennemy du tout de l'heresie , qu'il ne voulut jurer aux Polonois, lors qu'il fut sacré et couronné, les arlicles nouveaux qu'ils avoient dressez , portans liberté de conscience à tons les habitants dudit royaume ; et bien qu'il fust contrainct , peu après son advenement à la couronne de France, de donner aux huguenots un edict très-advantageux , luy , qui plus qu'homme de son royaume leur avoit fait la guerre, et ne les avoit pu faire changer d'opinion par la force , se proposa de le faire par la paix , dont il fust venu à bout, ainsi qu'il y en avoit bien de l'apparence ; car , lors que ledit duc de Guise, comme chef de la ligue des catholiques, prit les armes en plaine paix contre luy, sur le prétexte de faire la guerre aux hérétiques , il n'y avoit point vingt ministres en toutes les provinces qui sont entre la Loire et la Flandres , qui est la moitié de la France. Nul de ceste religion n'estoit plus pourven aux offices, grades et dignitez ; les ministres mesmes n'escrivoient plus. Le roy de Navarre, bien qu'il fust de ceste religion , desiroit du tout de rentrer aux bonnes grâces de Sa Majesté, et en bref le fust venu trouver. La ruine donc de l'heresie estoit la paix que ce bon roy avoit donnée à ses subjects. La ligue des catholiques ne trouva bon ceste procédure ; elle voulut que le Roy y appliquast le fer et le feu , et le contraignit de rompre la paix , et entrer en guerre, en laquelle , comme il se peut voir en la présente histoire que j ay descrite , ce bon roy et la plus part des principaux chefs de ceste ligue sont morts ; ce qui a apporté à la France une extrême désolation , et ruyne au peuple , au lieu du soulagement que lesdits princes de la ligue promettoient luy donner par le manifeste de la prise de leurs armes , qu'ils disoient n'estre que pour le bien public.

Ceste guerre aussi a esté une guerre d' Estât et non pas une guerre pour la religion ; et bien que les papes s'en soient meniez, il se pourra cognoistre qu'ils ont esté très-mal informez de Testât des affaires de la France par les chefs de la ligue , et qu'ils ont esté comme contraints par le roy d'Espagne de suivre sa volonté.

Mais à quel propos, pourront me dire quelquesuns, de remémorer à présent tout ce que les roys Très-Chrestiens Henri III et Henri IV ont falet contre les princes de la ligue des catholiques ses subjects? C'est un faict passé ; par la paix il est dit qu'il ne s'en faut plus souvenir. Il est vray ; mais il n'est pas deffendu de laisser par escrit à la postérité comme ces choses sont advenues : car ces princes , et les peuples qui se sont rebeUez contre leurs souverains , ne le dévoient faire s'ils ne vouloient qu'on le dist. Ils ne le dévoient eux-mesmes dire et faire publier s'ils ne vouloient que la postérité le sceust. La postérité a besoin de sçavoir comme ces choses sont advenues; car, sons ombre d'estre papes , roys, princes, evesques ou docteurs, il n'est pas licite de faire choses indécentes. Tous zeles ne sont pas bons : la saincte Escriture n'advoué ceux qui sont inconsidérez , ontrecuidez et désespérez , car Dieu faict ses merveilles luy seul , et a ses jugemens à soy propres.

Aucuns docteurs de la maison de Sorbonne et des autres maisons de la Faculté , qui durant ces troubles ont fait les zelez , lesquels je nomme en mon Histoire, n'en doivent estre faschez, car je n'ay eu intention de les blasmer , ny personne quelconque , n'ayant aucune affection particulière, sinon d'avoir escrit au mieux qu'il m'a esté possible la vérité de ce qui s'est passé durant ces derniers troubles. Et si je dis qu'aucuns d'eux ont mal faict , ils s'en doivent corriger à l'advenir , et croire tousjours les plus anciens docteurs de la Faculté, lesquels jamais n'ont consenty à tout ce qui s'est fait contre le roy Henry III. S'ils eussent bien pris les sages remonstranoes que le docteur Camus , doyen de ladite Faculté , le syndic d'icelle Faber, et le pénitencier, leur ont plusieurs fois faictes , comme aussi ont faict les docteurs ChavagnaCy curé de Saînct Supplice, et Faber, curé de Sainct Paul , et plusieurs autres des plus anciens, entre lesquels estoit le bon et vieil docteur Poictevin , qui, en plaine assemblée et congrégation de la Faculté , quand il y en eut de si furieux et insensez que de proposer que Jacques Clément, meurtrier du roy Henri III , estoit martyr, il s'exclama leur disant J^unquam , nunquam auditum est ho^ micidam esse mariyrem (I) .-ils eussent, dis -je, mieux fah que de soustenir leurs faulses propositions, et entretenir le peuple en leur rébellion.

Mais comme j'ay dit qu'ils avoient mal foict , je dis aussi que messieurs les cardinaux , evesques , prélats , docteurs et autres ecclésiastiques qui ont tousjours suivy lesdits sieurs roys , ou qui depuis les ont esté trouver , et principalement ceux qui, à la conversion de Sa Majesté à présent régnant , sortirent de Paris pour ce subject sans craintedu péril, comme fit M. Benoist , à présent doyen de la Faculté et confesseur du Roy, avec les autres docteurs , sont dignes d'une louange immortelle pour le grand bien qu'en a receu depuis la chrestienté.

Je ne puis aussi finir cest avant -propos sans dire qu'il y a en six grands personnages qui méritent toute

(I) On ii*a jamais ou! dire qu'un assassin fât martyr.

AVANT-PJROPOS.

Jdâaage, hODneinr et gloire de tons les François, pour ee que, sous b bonne oondoitte de Sa Majesté, ils ont esté lesprindpanx instramentsde remettre la France en la paix dont elle jonyt : sçayoir ,itroîs grands prehts, deux grands princes et un marqais.

Les prâats sont M. le cardinal de Gondy, qui a esté comme revangeliste dn bonrheur, dont finalement M. le cardinal da Perron a emporté le prix, et ce n'enst esté rien des deux, sans messire Regnaat de Baone , archeresque de Bourges ] qui est décédé arcbevesqne de Sens] , lequel receut le Roy en réalise nonobstant tout ce que fit et dit le cardinal de Plaisance et tous les ennemis de Sa Mi^esté qui estoient dans Paris, lesquels envoyèrent un jeune garson [qoi ne put estre recognu pour sa subite csTasîon] à Sainct Denis luy jetter un billet qui prolûboît à tons ecclésiastiques de recevoir le Roy en Tég&e : leqael billet fat trouvé sur sa chape au mesme temps que le Roy entroit à Feglise pour y faire sa protestalItMi dy vivre et d'y mourir ez mains dndit àear arcfaeresqne. Mais ores que la lecture de ce bSkt tendit comme esbays beaucoup des ecclesiastàqaes aasislans qui s^en remirent à sa discrétion , il kar ^ : « Ne voyez-vous pas que c*est une simple »eserilare privée qui n'est en forme, et laquelle

» vient de la part des ennemis de Sa Majesté, qui » veulent empescher le bon-beur de la France? » Quand ceste escriture seroit en forme, elle ne vient n en temps deu. » Aussi ce prdat ne laissa pour ce billet ,de recevoûr Sa Majesté en Teglise. Et de dire icy le bien que la France en a depuis receu , il est impossible.

Les princes sont feu M. le duc de Nevers et M. le duc de Luxembourg, lesquels ont esté par le commandement de Sa Majesté vers les papes Sixte V et Clément Y III , et les ont instruits vif vement de leurs charges [aussi sont ils dignes de perpétuelle louange] , et avec eux M. le marquis de Pisani, qui leur a, comme Ton dit , rompu la glace devant eux.

Pour fin de cest avant-propos je diray que, pour ce que Thistoire est la maistresse de la vie , j'ay tasché de reciter au vray les choses comme eUes sont advenues : si je m'estois mesconté en quelque passage, je prie ceux qui le sçauront m'en advertir en particulier, ce que j*auray très- aggreable pour les en remercier ; car mon désir n'est que de profiter à la postérité , affin que si les François tombent à Tadvenir en pareils troubles [que Dieu ne veuille pas sa grâce] , que ce qui est advenu de nostre temps leur serve d'exemple. Adieu.

INTRODUCTION

Tontes les guerres civiles advenues en France dq>Qi8raii 1560, qui commencèrent à Amboise, oot esté entreprises, tant par les catholiquesque par ceux de la religion prétendue reformée [qui forent deslors appeliez huguenots], sur ces beaux et spécieux prétextes de la manutention de la religion , et pour le bien public.

La fin et le commencement de chacune guerre, et les edicts de pacification qui ont esté faicts, MDtescrits dans plusieurs histoires et mémoires qui deslors en furent publiez , tant d'une part que d'autre : ce n'est pas aussi mon dessein de les redter icy ; mais affin de donner à cognoistre qœl estolt Testât de la France au commencelaent de Tan 1589 [qui est Tannée en laquelle Heorj ly succéda à la couronne de France par la mort de Henry III] , et aussi affin de pouvoir mieux remarquer les choses plus mémorables advenues par tout le monde pendant les neuf années de guerre qu'il a eues, tant avec aucuns de ses subjects de la religion catholique romaine, lesquels avoient feict une ligue ensembleroent, et ne luy vouloient obeyr sous prétexte qu'il estolt de la religion prétendue reformée, que aussi contre le roy d'Espagne Philippes II qui les supportoit (1), il est très-nécessaire, pour ce regard, avant que d'entrer en matière, de sçavoir la naissance de ceste ligue , et pourquoy et comment elle fut faicte.

Cette ligue donc que firent aucuns catholiques en France [ de laquelle nous entendons parfer], fat iaicte à Peronne Tan 1576 , par aucuns princes , seigneurs et gentils-hommes catholiques faschez de ceque le roy Henry III avoit pacifié les troubles pour la religion en son royaume, pennettant à ceux de la religion prétendue reformée le libre exercice de leur religion , les tolarant capables de tenir estats en toutes cours souveraines , leur ayant laissé huict villes pour leur seoreté, et desadvoûant ce qui s'estoit passé en la Journée Sainct Barthélémy 1573.

Or, affln que Ton cognoisse mieux l'intention (les princes et seigneurs catholiques qui firent

W Qui lei fonleooit.

ceste ligue, en voicy les articles, qui forent deslors imprimez et envoyez par toute la chrestienté

Au nom de la Saincle Trinité, Père , Fils et Sainct Esprit, nostre seul vray Dieu, auqtielsoit gloire et honneur.

I. L'association des princes, seigneurs et gentils-hommes catholiques doit estre et sera faite pour establir la loy de Dieu en son entier , remettre et retenir le sainct service dUceloy selon la forme et manière de la saincte Eglise catholique, apostolique et romaine , abjurans et renonçans tous erreurs au contraire.

IL Pour conserver le roy Henry troisiesme de ce nom , par la grâce de Dieu , et ses successeurs roys Très-Chrestiens , en Testât, splendeur, authorité, devoir, service et obeyssance qui luy sont deus par ses subjets, ainsi qu'il est contenu par les articles qui luy seront présentez aux estats , lesquels il jure et promet garder à son sacre et couronnement , avec protestation de ne rien faire au préjudice de ce qui sera ordonné par lesdicts estats.

m. Pour restituer aux provinces de ce royaume et estats d'iceluy les droits, prééminences , franchises et libertez anciennes , telles qu'elles estoient du temps du roy Clovis , premier roy chrestien , et encores meilleures et plus profitablement si elles se peuvent inventer , sous la protection susdite.

ly . Au cas qu'il y ait empeschement , opposîtion , ou rébellion à ce que dessus , par qui et de quelle part qu'ils puissent estre, seront lesdits associez tenus et obligez d'employer tous leurs biens et moyens , mesmes leurs propres personnes, jusques à la mort, pour punir , chastier et courir sus à ceux qui les auront voulu contraindre et empescher, et tenir la main que toutes les choses susdites soient mises à exécution realement et de fait.

V. Au cas que quelques-uns des associez , leurs subjects , amis et confederez fussent molestez, oppressez, et recherchez pour les cas des-*

INTBODUCTION.

susdits^ par qui que ce soit , seront tenus lesdits associez employer leurs corps, biens et moyens pour avoir vengeance de ceux qui auront faict lesdites oppresses et molestes , soit par la voye de justice ou par les armes, sans nulle aoception de personnes.

YL S'il advenoit qu'aucun des associez, après avoir fait serment en ladite association , se vouloit retirer ou départir d'icelle sous quelque prétexte que ce soit [que Dieu ne vueille], tels refractalres de leurs consentemens seront offensez en leurs corps et biens, en toutes sortes qu'on se pourra adviser, comme ennemis de Dieu, rebelles , et perturbateurs du repos public, sans que lesdits associez en puissent estre inquiétez ny recherchez , soit en public ny en particulier.

YII. Jureront lesdicts associez toute prompte obéissance et service au chef qui sera député , suivre et donner conseil , confort et ayde , tant à l'entretenement et conservation de ladite association , que ruyne aux contredisans à icelle, sans acception ny exception de personnes : et seront les defaillans et dilayans punis par Tauthorité du chef et selon son ordonnance , à laquelle lesdits associez se soubsroettront*

VIII. Tous catholiques des corps des villes et villages seront advertis et sommez secrettement par les gouverneurs particuliers d*entrer en ladite association , fournir deuément d'armes et d'hommes pour l'exécution d'icelle, selon la puissance et faculté de chacun,

IX. Que ceux qui ne voudront entrer en ladite association seront reputez pour ennemis d'icelle, et poursuivables par toutes sortes d'offences et molestes.

X. Est deffendu ausdits associez d'entrer en débats ny querelles l'un contre l'autre sans la permission du chef, à l'arbitrage duquel les contrevenants seront punis , tant pour la réparation d'honneur que toutes autres sortes.

XL Si pour fortification , ou plus grande seureté desdits associez, se £sdt quelque convention avec les provinces de ce royaume , elle se fera en la forme dessusdite et aux mesmes conditions, soit que ladite association soit poursuivie envers lesdictes villes ou par elle demandée, si autrement n'est ad visé par les chefs.

XII. Je Jure Dieu le créateur , touchant cest évangile, et sur peine d'anatematization et damnation étemelle , que j'ay entré en ceste saincte association catholique selon la forme du traicté qui m'y a esté leu présentement , loyaument et sincèrement, soit pour y commander ou y obéir et y servir, et promets, sous ma vie et mon honneur , de m'y conserver jusques à la der* niere goutte de mon sang , sans y contrevenir

ou me retirer pour quelque mandement, prétexte , excuse ny occasion que ce soit.

Voilà des articles qui contiennent de spécieux prétextes. Le tiltre porte le nom de la Saincte Trinité : le premier article est pour restablir la loy de Dieu et maintenir Tancienne religion ; le second est pour conserver lesroys de France en leur estât , splendeur et authorité; et le troisiesme est pour restituer au peuple de France ses libertez et flranchises. La suitte de cette histoire monstrera ce qui en est advenu : mais deslors plusieurs grands personnages, de la religion catholique mesme cognurent bien que soube ces articles il y avoit quelque chose de caché, qui n'apporteroit en France que des troubles et divisions.

La première de leurs raisons estoitque toute ligue et association offensive et defifensive ne se devoit flaire qu'entre princes souverains , et aa contraire qu'en ceste ligue tous les princes et seigneurs catholiques qui l'avoient faicte estoient tous subjects du Roy , voire d'un roy très-catholique et en lafleurde son aage, et qu'ils la faisoient sans sa permission ny son consentement. La seconde; quHl y avoit plusieurs choses dans les articles de ceste ligue , qui , au lieu de conserver les roy s en leur estai , splendeur et authorité , tendoit plustost à sapper l'authorité royale , comme il se voyoit en la fin du second article , avec protestation de ne rien faire au préjudice de ce qui seroit ordonné par lesdits estais : qui seroit par ce moyen faire rassemblée des estats en France résolutive, et rendre le roy subject à ce qu'ils resoudroient et ordonneroient : ce que voulant effectuer aucuns des chefs de ceste ligue, il leur a coustéla vie, ainsi qu'il sera dit cy après; car toute assemblée d'estats en France n'a Jamais rien résolu ny ordonné, ains seulement délibéré entr'eux leurs requestes et cayers, qu'ils ont présenté en toute humilité au Roy pour en ordonner avec son conseil ce qu'il trouveroit bon et Juste. Les roys de France ne sont esleus comme les roys de Pologne et les autres princes qui jurent en leur eslection de garder les loix faictes par ceux qui les ont esleus, mais au contraire ils ont la supresme et absolue authorité sur leurs peuples : de leur volonté dépendent toutes les délibérations de la paix et de la guerre , les imposts et les tributs , la concession des bénéfices , et la distribution des ofi^ces , gouvernements et magistrats. Aussi sont ils roys du premier royaume de la chrestienté , tant en dignité qu'en puissance : en dignité , ils ont esté tousjours libres dez leur corn* mencement , et n'ont jamais recogneu l'Empire comme la Pologne et la Bohême, ny n'ont reco-

IRTBODUGTION*

gnea aoasi tenir du Sainet Siège comme 1* Angletene ^ Naplea. La France est le plus ancien royaume de tous les h>yaumes qui soient aujourd'huy en estre , pour ce qu'il a eu son commencement plus de quatre cents ans devant la nativité de nostre Seigneur Jesus-Christ, et a esté le premier de tous les royaumes qui a secoué le joug de Fempire romain, le premier qui a accepté la foy chrestienne , d*oii ses roys ont eu le nom de premiers fils de FEgiise , et pour les biens qalls ont faits au Sainct Siège ils ont eu k nom de très-chrestiens. Aussi sont-ils les premien roys chrestiens qui , comme les roys des Hebrieux ont esté oingts et sacrez de Thuille de la sacrée ampouUe qui est venue du ciel, laquelle se garde encores Jusquesà présent à Reims. Pour toutes ces choses les roys de France ont tousjours tenu le premier lieu de dignité entre les ro)^ chrestiens sans contredit. Et combien que le roy d'E^u^ne pense avoir raison de l'y contredire pour le grand nombre de royaumes, pays et seigneuries qu'il possède, il n'atoutesfois point de raison de se l'attribuer ou prétendre ; car il n a aucun royaume qui puisse estre comparé à la France, tant pour la splendeur de sa noblesse, pour ses glorieux tiltres, que pour la renommée de son antiqoité ; aussi que tous les royaumes qa'où appelle Espagne, qui sont Gastille, Léon, Vallence et autres , ne sont d'ancienneté que simples gouvernements et toparquies.

Latroisiesme raison qu'ils disoient estoit que tous les articles depuis le quatriesme jusques à la fin , n'estoit qu'une instruction pour faire rebeller le peuple contre le Roy , et troubler son Estât ; et que le serment de ceste ligue , pour obeyr au seul chef d'iceile, estoit le moyen de faire oroire au peuple qu'il ponvoit prendre les armes contre Sa Majesté s'il s'opposoit k leur Ugae , ainsi qu'il est contenu au cinquiesme article, que tous les associez seront tenus employer leurs corps^ biens et moyens, pour avoir tengeance de ceux qui les auront molestez , soit par la voye de justice ou par les armes, sans nulle acception de personnes.

La quatrième : Jureront lesdits associez toute prompte obeyssance et service au chef qui sera député , et se soubsmettront d^ estre punis par son ordonnance. Ils remarquoient en ce septiesme article autant de monopoles et rebellions qu'il y avoit de mots , ven que Fobeyssance , le service et la punition des subjects sont deuês et Vpartiennent au roy seul.

La cinquième : que le huictiesme article, contenant dadvertir secrettement les gouverneurs particuliers d'entrer en cesie ligue , et contri- Imer hommes et deniers, estoit une conjuration

toute apparente , veu que les subjets qui prati« quent des gens de guerre et lèvent argent sans commission , ny sans la permission du prince souverain, sont criminels de leze-mi\Jesté«

Ainsi les articles de ceste ligue furent des le commencement si bien espluchez , que l'on n'y trouva presque mot qu'il n'y eust à redire , et sur tout de ce qu'il n'y avoit point de chef nommé 9 mais quHl seroit député.

Si tost donc que le traicté de ceste ligue fiit fiiit , ils envoyèrent l'advocat David à Rome avec des mémoires pour faire trouver aggreable au pape Grégoire XIII les articles susdits ; mais il fut tué en chemin , et ses mémoires pris furent depuis imprimez , qui ne contenoient en effect qu'à subvertir et changer Testât de la France.

Par autres voyes le Pape receut ad vis de eeste ligue, les articles luy en furent présentez. Le sieur Terracina luy desdia mesmes lors un discours sur les affaires de France où il luy disoit qu'il ne convenoit plus au roy de France, ou à qui que ce fnst , d'user de pieté, soit en la vie , soit aux biens des hérétiques , ains qu'il les failoit cruellement chastier et combattre jusques à guerre finie , ruyner et abbatre leurs chasteaux , démanteler les villes qui estoient à leur dévotion, et qui les suivoient , et que Sa Mi^esté les devoit faire condamner au supplice puis qu'ils lavoient offensé , et priver leurs successeurs de tous estats, honneurs et dignitez; par ce moyen que les hérétiques seroient du tout exterminez , avec leurs détestables pensers et leurs cruelles entreprises. Tous ces discours cy dessus ne peurent persuader au Pape d'advoûer une telle li« gue ; et quoy qu'on luy remonstrast que l'on commenceroit à faire desnicher les huguenots d'autour de son comtat d'Avign<m , et les chas* ser du Dauphiné, qui estoit un grand firuict pour le Sainct Siège, il jugea tousjours que ce n'estoit] qu'un prétexte, et que les chefs de ceste ligue avoient d'autres desseins particuliers qui n'estoient contenus dans le traicté de leur association , et ne voulut jamais l'approuver.

Henry III ayant eu advis des pratiques de ceste ligue , il la jugea dealers très-dangereuse pour son Estât ; mais il a esté trompé à toutes les deux fois qu'il a pensé qu'en assemblant les estats de France il s'y trouveroit plus de députez qui demanderoient plustost la paix que la guerre qui estoit un remède très-violent et extraordinaire, lequel en guarissant une playe en refaisoit d'autres.

A la première fois doncques qu'il assembla les estats à Blois l'an 1 577 , aucuns députez qui estoient desjà entrez en ceste ligue pratiquèrent si bien les autres , que les plus de voix d'en-

nvtaoDUGTioN.

tr'eux s'accordèrent de supplier Sa Majesté de faire le guerre à Theresie.

Quelques articles du dernier edict de pacification, qui semblèrent au Roy devoir estre retranchez, Vy firent résoudre. Deux années se levèrent ; H. le duc d* Anjou, frère du Roy, fut chef de Tune ; il la mena à La Charité sur Loire , qu*il réduisit en Tobeyssance de Sa Majesté, et de là alla à Yssoire , qu'il print. De Tautre armée M. le duc de Mayenne fut le gênerai : la prise de Broùage fut le plus beau de ses exploictB.

Quelque guerre quMl y ait eu en France , il y a tousjours eu quelques negotiations de la paix. Le Roy voyoit que ceste guerre al loi t prendre un long traict. Il faict sonder les huguenots pour quitter quelques articles du dernier edict de pacification ; il les trouva disposez à sa volonté : ce qui apporta le cinquiesme edict donné à Poictiers au mois de septembre 1577 , par lequel la paix fut accordée , avec la liberté de conscience , à ceux de la religion prétendue reformée, toutesfois avec quelque retranchement d'articles du dernier edict.

Cest^ edict ne fut encores entretenu pour les prétentions d'aucuns particuliers qui n'en recevoient ce qu'ils s'en estoient promis , si qu'il y eut tousjours quelques troubles en diverses provinces : la conférence de Nerac en appaisa quelques uns, et celle de Flex résolut tout à fait la paix , qui fut observée entièrement par toute la France l'an 1581.

Monsieur , frère du Roy , qui estoit lors le seul presumptif héritier de la couronne , alla d'un costé faire un voyage en Flandres, où ceux qui avoient envie de remuer les mains , tant d'une que d*autre religion , l'accompagnèrent. De son voyage, son entrée et sa sortie, plusieurs en ont escrit , où on peut veoir ce qu'il y fit, comme aussi de celuy de M. de Strossy , qui alla mener une petite armée en Portugal pour soustenir le droict qu'y pretendoit la Royne mère (l) Catherine de Medecis. Leurs entreprises à tous deux n'eurent le succez qu'ils desiroient; car ledit Strossy mourut de mort violente ; et Monsieur fut réduit de se retirer de Flandres et revenir en France.

Durant tous ces voyages et entreprises, qui finirent à la mort de Monsieur , qui fut en Juin 1584 , en son chasteau de Chasteau Thierry , la ligue des princes catholiques n'avoit osé prendre les armes du depuis l'an 1576 Jusques à ceste mort : elle se nourrissoit seulement parmy les grands qui l'avoient faicte , et parmy ceux qui

(I) Comme héritière de Robert, AIr d'Alphonse flT.

s'estoient sous main rengez à leur service : ausfii ce leur eust esté une témérité de se déclarer lors. Mais si tost que ceste mort fut advenue , les pacquets, les mémoires et instructions pour l'establir et la faire croistre coururent de tous costez : et au commencement de Tan 1585 ils prirent les armes, s'asseurerent en leurs gou* vernements des villes de Chaalons , Dijon , Soissons et autres places , publièrent une infinité de raisons pourquoy il les avoient prises , lesquelles se reduisoient en trois poincts , sçavoir :

I. Pour restablir l'Eglise de Dieu et tout le royaume, et s'opposer aux hérétiques et chasser l'heresle.

IL Pour pourvoir aux differens qui pourroient naistre en la succession de la France après la mort du Roy , puis qu'il n'avoit point d'enfans.

in. Pour faire sortir de la Cour les favorits du Roy, qui abusoient de l'authorité royale, affin de soulager le peuple des impositions nouvellement inventées.

Le Roy fut fort estonné de la levée des armes de ceste ligue : il Jugea bien qu'ils avoient mis M. le cardinal de Bourbon [prince tout bon, mais fort vieil et sexagénaire] à la teste de leur manifeste , plus affln que le peuple creust que c'estoit un prince du sang qui estoit leur chef, que de volonté qu'ils eussent de luyobeyr , aussj estoit ce leur vray chef que M. le duc de Guise ; et qui tousjours le fut Jusques à sa mort

Les Parisiens eurent commandement du Roy de garder les portes de leur ville , mais avec ceste clause qu'il vouloit que l'on procedast à l'eslection de nouveaux capitaines , et qu'ils fussent ou conseillers ou maistres des comptes, ou advocats de ceux qui demeuroient en ehasque quar< tier ; ce que Ton fit. Ce changement fut cause que plusieurs qui estoient lors capitaines, faschez de leur démission ; entrèrent puis après dans la ligue des Seize, et aucuns d'eux ne furent pas depuis bons serviteurs du Roy.

Sa Majesté aussi manda sa noblesse ; plusieurs le vindrent trouver à Paris, et messieurs les princes du sang catholiques se rendirent tous près de luy. Il escrivit au roy de Navarre qu'il voyoit bien que le prétexte que ceste ligue prenoit n'estoit autre chose qu'une entreprise contre sa personne et son Estât; luy commande de se contenir en paix sans prendre les armes, afin que Ton Juge aisément qui seront les perturbateurs du repos public.

En mesme temps, par une déclaration qu^il feit publier, il respondit aux trois poincts cy dessus dicts , contenus au manifeste de la ligue :

I. Que la paix estoit l'unique moyen de restablir la religion catholique par tout son royaume,

INTHODUCnON.

et que la eontinnation dleelle estolt Tesperanoe de remettre la France en sa pristioe spteodeur.

n. Qa*estant en bonne santé , la Boyne en la fleor de son aage et en espoir que Dieo leur donneroit lignée, ce prétexte que la ligue prenoit qall eost à ponrveoir aux différents qui pourroient naistre en la succession de la couronne après sa mort, n*estoit équitable et suffisant pour le tourmenter durant sa vie et troubler son Estât.

UL Qnll avolt bonoré des plus grandes charges de la couronne ceux qui se plaignoient de n'estre point ses favorits , mais que Dieu luy doDDeroit la grâce de soulager son peuple. Puis après, il enjoint à tous ceux qui avoient fait eeste Ugae , ou qui y estoient entrez , de la quitta* et de se remettre en leur devoir soubs son obeissanee»

Le roy de Navarre , qui estoit celuy à qui les cbefii de la ligue vonloient que le Roy declarast la guerre , et qui avoient mis dans leur manifeste que les dbeU des huguenots [ notant par là le roy de Navarre] estoient désireux de la mort du Boy j ennemy s des catholiques et perturbateurs deTEstaty flt aussi une déclaration, laquelle il envoya à tous les parlements de France et princes chreHieDS y dans laquelle il protestoit qu'il 0 avoir jamais pensé à la succession du Boy , espérant que Dieu luy feroit la grâce quMl luy dooneroit un Dauphin ; qu'il n'estoit point ennemy des catholiques ainsi que ses deportemens le faisoient assez paroistre , ny perturbateur de fEstat, et que ceux qui avoient fait publier cela dans leur manifeste en avoient faulsement menty ; prie Sa Majesté Très-Chrestienne de luy permettre ds s'esgaler au doc de Guyse pour le combattre avec armes usitées entre chevaliers , et vui* der ee différent entr'eux deux seuls , ou bien en araibre de deux à deux , de dix à dix , ou de vingt contre vingt, affin que sur eux tombast la pdne , sans que le peuple de France eust à en souffrir.

La ligue fut représentée alors si grande au Boy y Ton Fasseura que tous les potentats catholiques l'avoient Jurée fors que luy , et qu*à ce coup ys estoient tous résolus de ruiner l'heresie; il en entre en une telle crainte qu'il se laissa aller aux persuasions de la Royne sa mère, et de quelques-uns de son conseil qui favorisoient ceste ligue , disans qu'il valloit mieux que les catholiques fissent la guerre à Theresie que non pas , divises entr*eux, combattre les uns contre les autres. Ainsi il rompit l^edict de pacification en juillet 1586, et déclara la guerre aux hérétiques : ce qu'il fit toutesfois les larmes aux yeux, et dit desiofli à d'aucuns : « J'ay grand peur

qu'en voûtant perdre la presche , nous ne hazardions fort la messe. •

L'on ne cognut que trop la foiblesse de la ligue après qu'ils eurent accordé avec le Roy : plusieurs ont escrit qu'en quatre mois et demy qu'ils furent en armes , que leurs forces avoient esté si petites que tout ce qu'ils purent faire d'hommes de guerre pour mettre en campagne ne monta jamais à plus de mil chevaux et quatre mil hommes de pied , et que le Roy pouvoit dissiper toute ceste ligue en sa naissance, et éviter le malheur qui luy est depuis advenu , s'il eust fait ce qu'il devoit et pouvoit lors, en montant À cheval et les poursuivant par les armes; car plusieurs qui s'en estoient mis s'en estoient retirez après la déclaration que fit Sa Majesté contre leur levée d'armes.

Tant y a qu'ils ne pouvoient plus résister quand ils accordèrent avec le Roy, car ils avoient dissipé les cent tant de mil escus qu'ils avoient pris aux receptes générales, et dévoient encores deux cents tant de mil escus , que le Roy paya pour eux. Par l'accord de Nemours, le 7 Juillet 1585, le Roy leur accorda Thou (l) et Verdun dont ils s'estoient saisis pour leur asseurance, avec trois places en la Champagne', deux en Rourgogne , deux en Rretagne et une en Picardie ; et de plus qu'il entretiendroit une compagnie d'harquebusiers à cheval à chasque prince de ceste ligue, à la charge aussi qu'ils se departiroient à Jamais de toutes ligues et associations , et rendrolent à Sa Majesté à Tadvenir l'obéissance et la fidélité qu'ils luy dévoient ; mais pour le soulagement du peuple , qui avoit esté le principal prétexte de la levée de leurs armes, nul mot dedans leur accord : au contraire il fallut charger le peuple de nouveaux subsides pour payer ce qui leur avoit esté promis. Yoyià tous les catholiques bandez en apparence pour faire la guerre à l'heresie : leurs forces se Joignent , et plusieurs armées se dressent pour la ruyner en toutes les provinces de la France; mais nous dirons cy-après comme ils continuèrent leur division en catholiques liguez et en politiques ou royaux, qui fut la cause qu'ils ne firent pas de grands exploicts.

Au mois d'aoust le roy de Navarre, estant à Sainct-Paul de Gadejoux , est adverty de l'accord d'entre le Roy et les princes de la ligue , et que leurs armes se tournoient contre luy : l'on luy avoit conseillé de s'armer dez le commencement de tous ces remuëmens , et qu'il n'y au« roit point de doute que les catholiques s'accorderoient ensemblement de luy faire la guerre :

(I) Toul.

ISTAODOGTIOU.

la lettre que le Roy lay avoitescrit, et la decla* ration ^ue Sa Majesté fit contre les rebelles de la ligue , poursuivis comme tels par les cours de parlement, fut cause qu'il se trouva en ce commencement réduit à se mettre sur la deffensive. La protestation quMl fit alors fut publiée en plusieurs endroicts; Il la fit avec le prince de Coudé, le duc de Montmorency, roareschal de Érance et premier officier de la couronne , et plusieurs seigneurs gentilshommes et villes, tant de la religion prétendue reformée que catholiques qui tenoient son party, et lesquels depuis s^appellerent les catholiques UDis(l). Il accuse les princes de la ligue de n'avoir autre dessein que de renverser les loix fondamentales du royaume , et les appelle perturbateurs de TEstat.

Da depuis le mois de mars, que Ton avoit pris les armes, jusques vers la fin du mois d'aoust, le soldat n^avoit fait que vivre sur le paysant : nul coup d'espée, nul combat, nulle rencontre. Le duc de Mercœur fut le premier qui voulut entreprendre; il sort de son gouvernement de Bretagne avec deux mille hommes, entre en Poictou, tire droict à Fontenay, se loge au fauxbourg des Loges. M. le prince de Condé qui commandoit en ces quartiers , et qui est la province où les huguenots sont les plus forts, en eut advis , qui le chassa de Fontenay et de tout le Poictou.

La ville de Broùage estoit une esplne au pied des Rochelois : elle n*est qu'à dix lieues d'eux. Ils prièrent M. le prince de Condé de prendre ceste ville là, et la remettre en leur party. Il Vassiegea ; mais Tadvis de la surprise du chasteau d'Angers par Roche -Morte, qui estoit dedans , lequel avoit respondu tenir pour le roy de Navarre , luy fait quitter ce siège et traverser tout le Poictou : il avoit d*assez belles troupes, avec lesquelles il s'en vint passer par bateaux la rivière de Loire, entre Saumur et Angers ; mais il ne fut si tost passé dans l'Anjou , que Roche- Morte fut tué d'un coup d'arquebuze par les habitans d'Angers qui l'avoient assiégé, et où à leur renfort le Roy avoit envoyé toutes ses troupes : ceste mort fit rendre le ehasteau d'Angers au Roy. Le prince de Condé se trouva lors avec ses troupes bien empesché , tout moyen de repasser Loire luy estant osté par la diligence de M. de Joyeuse, toutes les rivières du pays d'An* Jou inguaiables à cause des pluyes , aussi que toutes les forces du Roy le venolent entourer : ainsi toute son armée , qui estoit de huiet cents maistres, et de douze cents harquebusiers à eheval , fut contraincte déjouer à sauveqiù peut

(I) D» prirent le nom de politiques.

Elle se divisa tonite par petites troupes, et luy s'eschappa et se sauva vers la Normandie, où avec dix des siens il passa en Angleterre, d'où il retourna à La Rochelle, et où il trouva la plus grande part de ses troupes , qui avoient repassé Loire où et comme ils avoient peu, bien-heureux d y avoir reporté leurs testes , et de n'avoir point veu Paris.

Les huguenots et la ligue des catholiques perdirent à ceste fois, mais diversement, ceux-là leur petite armée [qui eust sans doute emporté Broùage s'ils ne fussent bougez de devaot]| tout leur bagage , et tout ce qu'ils avoient picoré ea traversant le Poictou, et ceux-cy le ehasteau d'Angers que le eomte de Brissac tenoit pour leur party, et lequel avoit mis dedans eest€ place de très-belles richesses qui furent toutes perdues pour luy, parce qu'elles furent empor» tées suivant la composition par ceux qui en sortirent. A la recommandallon des sieurs duc et Joyeuse et du comte de Bouchage , le Boy mit dans ce ehasteau le sieur de Puchairie, qui jusques à sa mort a conservé ceste plaee sous l'o* bejrssance de Leurs Majestez Très-Chrestiennes : ce fut le premier mescontentement de ceux de la ligue , qui se virent soustraire ceste plaee d*entre les mains d'un de leur party.

M. le duc de Mayenne , gênerai de l'armée royale designée pour aller en Guyenne centre le roy de Navarre , composée de deux mille ekevaux françois , reistres et albanoiSi dix mille Suisses et six mille hommes de pied frauçois , passa la Loire durant la desroute du prince de Condé en Anjou , va à Poictiers, et, traversant par le Poictou sans y faire nul exploict de guerre contre les huguenots de ceste province, s'en alla au commencement de l'an 1586 desnieher les huguenots qui estoient dans Montignac, Beaa<^ lieu et Gailiac. Comme il revint à Paris nous le dirons cy après.

Le plus grand mal donc que ceste guerre clville apporta en ceste année fut que, quand le Roy chassoit par ses edicts les huguenots de ses villes , le roy de Navarre , par déclarations , proclamoit les habitans des villes où estoient publiez tels edicts pour ennemis de son party. Au mois d'octobre 1585, le Roy fit commandement à tous les huguenots de sortir dans quinte Jours de sonYoyaume. Le roy de Navarre fit peu après en décembre une déclaration , et suivant icelle les huguenots saisirent où ils estoient les plosfbrts toutes les debtes, rentes, revenus et biens de tous ceux qui n'estoient de leur party, et les firent vendre : bref, ils firent une telle diligence en leurs affaires^ qu'en presque toutes le provinces de la Loire Ils surprirent tant de

INTEODUCTION.

places, que Van Jugea après qae, ne se tenans qaesar la deffenslve, on n'eust sceu dans douze aDs les chasser de toutes les places qu'ils te- BoleoL

Les princes et seigneurs de la ligue avoient, par raccord faict à Nemours, juré de se départir de toutes ligues et associations; toutes les fois qu'ils Font promis et juré au Boy, c'est ce quilsont le moins effectué, car ils continuèrent leurs pratiques en toutes les bonnes villes cathobpies du royaume beaucoup plus que auparavant , ainsi que nous dirons ey après, mais sur tootparmy les princes catholiques estrangers, qoi presamoient tous que ceste ligue estoit plus forte en son commencement qu*elle n'estoit, et ce pour ce qu*elle avoit contraint un roy de France à déclarer une guerre civile dans son rojanme ccmtre sa volonté.

En eeste année le pape Grégoire XIII mourot : il n'avoit jamais voulu approuver ceste ligne. Sixte V fut esleu pape; aussi tost ceste ligue luy est présentée pour Tauthoriser : le cardinal de Pellevé , qui estoit à Rome le protec* tenrde ceste ligue, Ten sollicita, et l'affaire lay est représentée si facile de chasser Theresie àelaFranee, qu'il fit publier au mois de septembre «dans Rome, une excommunication contre le roy de I^avarre et le prince de Gondé , par la* fQclie il les prive et tous leurs successeurs, sça- Toir, le roy de Navarre de son royaume, duchez et seigneuries , et le prince de Condé de toutes principautés, duchez et seigneuries, et eux deux ensemblement de tous les royaumes et seigneuries ausqueiles Ils pourroient succéder à Tad venir, déclarant tous leurs subjeets absous de tous les serments qu'ils leur auroient juré, faict ou promis. De ce qui fut dit pour et contre ceste bulle d'excommunication nous le dirons cy après. Voywis maintenant comme la ligue des catholiques que l'on a despuis nommé la ligue des Seize s'estabUt à Paris; il est nécessaire de le dire , et sçavoir par qui et pourquoi ceste ligue fut falete , car nous avons beaucoup à en parler. Voicy ce que Tautheur du Manant et du Maheus* tre (t) en a rapporté , qui en a parlé comme sçavant. [Aussi tient-on que c'est Cromé, l'un delà ligue des Seize, qui a fait ce livre là.]

< Dieu , dit-il , s'est aydé pour le fondement et commencement de la ligue des catholiques de Paris, de M. de La Roche-Blond, l'un des bourgeois dlcelle ville, homme très- vertueux , de noble, bonne , ancienne et honoeste famille, qoi , considérant la misère du temps, l'ambition des grands , la corruption de la Justice et Tinso-

(I) Certèdipe : le lignevr et le royalîtte.

lence du peuple , et sur tout la perte de la reU« gion catholique , apostolique et romaine, qui ne servait que d'umbrage au peuple et de prétexte aux grands, et au contraire l*heresie suportée et la tyrannie ouverte : à ces occasions, meu de Tesprit de Dieu, il s'adressa à plusieurs docteurSi curez et prédicateurs , pour sçavoir le moyeu de s'y gouverner en seureté de conscience et pour le bien public , et entre autres à M. J. Prévost , lors curé de Sainct Severin , M. J. Boucher, curé de Sainct Benoist, et à M. Matthieu de Launoy, chanoine de Soissons, premiers pilliers de la ligue en ceste ville de Paris , qui adviserent par ensemble d'appeller avec eux lea plus pieux, fermes et affectionnez catholiques , pour acheminer et conduire les affaires de la ligue des catholiques, tellement qu'eux quatre» après l'invocation du Sainct Esprit, nommèrent plusieurs particuliers bourgeois qu'ils cognoissoient, et lors se résolurent de n'en parler qu'à sept ou huit , lesquels Us arreslerent et nomme* rent entr'eux , à sçavoir : ledit de La Roche- Blond nomma l'advocat d'Orléans et le sieur Acarie, maistre des comptes; ledit sieur Prévost, curé de Sainct Severin , nomma les sieurs de Gaumont, advocat, et de Gompans, marchant; ledit sieur Boucher nomma Ménager, advocat, et Grucé, procureur; ledit sieur de Launoy nomma le sieur de Manœuvre , de la maison des Henneqoins. A tous lesquels fut parlé et communiqué avec prudence, et trouvez disposez pour le soustenement de la religion et opposition contro l'heresie et tyrannie ; et furent les premiers appeliez et entremetteurs de la ligue , et parmy eux se mesia le sieur Defïlat , gentil -homme du pays d'Auvergne , de la oognoissance dudit sieur curé de Sainct Severin : et quelque temps après en fut parlé à d'autres , tant ecclésiastiques que séculiers, comme à maistre Jean Pelletier, curé de Sainct Jacques , maistre Jean Gulncestre , lors bachelier en théologie, personnes très-affectionnées^ aux sieurs de La Chappelle, à Bussi Le Glerc , procureur en parlement, au commissaire Louchart, à La Moriiere, notaire, à Tesleu Roland et à son frère; de sorte que peu à peu le nombre creot : mais afin qu'ils ne fussent descouverts , ils esta* blirent un ordre à leurs affaires, et firent un conseil de neuf ou dix personnes , tant ecclesia»^ tiques que séculiers, des dessus-nommez, et ou^ tre ils distribuèrent les charges de la ville, pour semer les advis du conseil, à cinq personnes qui se chargèrent de veiller en tous les seize quartiers de la ville et faux bourgs d'ieelle [à cause de quoy on les a depuis appeliez la ligue desSeiae], à sçavotr : ledit de Gompans en toute

!kO

iHTBODUCTIOIf.

la Cité; Gracë es deux quartiers de l'Université et faux-bourgs d*icelle, Sainct Marcel , Sainct Jacques et Sainct Germain ; et les sieurs de La Chappeile , Louchart et Bussi aux quartiers de toute la ville : et rapportoient au conseil , duquel ils faisoient partie , tout ce qu'ils avoient entendu chacun en son destroit, tant en gênerai qu'en particulier, et de tous les corps et compagnies : et sur le récit , Ton deliberoit d*y pourvoir selon les occurrences : et se tenoient ces conseils quelquesfois au collège de Sorbonne, en la chambre dudit Boucher, depuis au collège de Forteret , où il alla demeurer, qui a esté appelle le berceau de la ligue ; quelques autresfois ils se tenoient aux Chartreux, puis au logis dudit sieur de La Roche-Blond et La Chappeile, comme aussi au logis desdits sieurs d'Orléans et Crucé. Et pour fortifier la ligue le conseil donna charge à ces cinq personnes dessus nommées de practiquer le plus de gens de bien qu'ils pourroient, et parler à eux sagement et prudemment : et de fait se hasardèrent [avec toutesfois grande modestie et cognoissance] de communiquer et conférer avec plusieurs bons bourgeois les uns après les autres-, et , selon qu'ils les voyoyent dlspo* sez , ils se descouvroient à eux , sans toutesfois leur rien dire de leur assemblée , mais seulement soudoient les affections des plus gens de bien qu'ils pouvoient choisir, et lesentretenoient sur le discours de la malice du temps , remply de schisme , d'hérésie et tyrannie ; et selon qulls en tiroient de resolution et cognoissoient leurs volontez, ils la rapportoient à ce petit conseil de docteurs, curez, prédicateurs et notables personnes, qui, selon Dieu, leur donnoient des instructions pour conduire cest affaire, selon lesquelles le sieur de La Roche-Blond et ces cinq confederez se gouvernoientet distribuoient leurs instructions aux cœurs de ceux à qui ils avoient parlé selon leur capacité , et les instruisoient de ce qu'ils avoient à faire : à quoy ils trouvoient des volontez bien disposées qui s'y embarquoient sans s'enquérir d'où cela venoit, tant le 2ele et la volonté des catholiques estoit ardente et bonne ; tellement qu'il n'y avoit que ces cinq personnes , avec le sieur de La Roche-Blond au commencement, qui travaillassent par toute la ville à instituer et establir la ligue , et qui cognoissoient ceux qui en estoient : et si d'avanture quelqu'un des six s'estoit bazardé de parler à quelqu'un qui fut recogneu pour homme mal vivant ou mal affectionné, on le prioitde s'en degaiger et ne luy rien communiquer : tellement que ces six personnes ne communiquoyent avec homme vlvantquepremierementleconselln'eust examiné la vie; niœurs et bonne renommée de (

ceux à qui l'on avoit parlé , comme n'estant raisonnable de commettre la cognoissance de ceste saincte cause qu'entre les mains de gens de bien, sans reproche, fidelles et tres-affectionnez. Et combien qu'il y eust quelque peu de grandes et honnestes familles qui avoient bonne et sainte affection au party, si est-ce qu'ils ne paroissoient et ne vouloient assister aux assemblées, ny parler à beaucoup de personnes, de peur d'estre descouverts, mais sous main faisoient ce qu'ils pouvoient, et animoient ces six personnes de vouloir travailler, et conferoient avec eux à couvert, et subvenoient à la cause de leurs conseils et moyens : de sorte que tout se gou vernoit avec grand zèle , grande amitié , grande consolation , grande fidélité et grande prudence.

» C'estoit la première resolution du commencement de la ligue quedese resouldre à la mort, et en ceste resolution y entrer : chose qui les rendoit tellement hardis en toutes leurs affaires, que le deffunt roy Henry ny tous ses agens n'y peurent jamais entreprendre ny descouvrir, sinon que par conjectures et en gros, sans certitude aucune; car après que, par le conseil et instruction des docteurs, curez et prédicateurs, ces six personnes eurent beaucoup gaigné de gens de bien , et qu'il y avoit apparence de former une bonne ligue contre Theresie et la tyrannie, les aucuns furent députez vers feu M. de Guyse pour luy donner à entendre la volonté des bons catholiques de Paris , le zèle qu'ils avoient à la conservation de la religion et à Textlnction de l'heresie et tyrannie; lequel les récent avec grande allégresse , et de ce en communiqua à messieurs ses frères , et sur tous à feu M. le cardinal de Bourbon, qui tousioûoient Dieu de cet advertissement , et de ce qu'il luy avoit pieu de disposer les cœurs de beaucoup de catholiques à pareils effects et volontez qu'euxmesmes avoient. Et des-lors les princes, spécialement ledit feu sieur de Guyse , commencèrent à entrer en conférence avec les catholiques de Paris , et ne faisoient et n'entreprenoyent rien que par le consentement et advertissement les uns des autres , et envoyèrent les sieurs de Meneville , Comard et Beauregard pour conférer et communiquer avec eux , et voir leur disposition et bonne volonté : lesquels furent instruicts de toutes leurs intentions , et comment ils se gonvernoient , jusques à luy représenter lesprojects qu'ils avoient faits , qui tendoient à trois Ans : la première à la conservation de la religion catholique , apostolique et romaine ; la seconde d'expulser et combattre contre l'heresie et sectes contraires à la religion catholique ; et la trotsiesme pour reformer les vioes, imptetez , iqjos*

INTfiOBUCnOH*

tietf 6l manx cpd poflBedoient la France en tona id eitatSy et aa lien de Timpieté et tyrannie y (lire régner la pieté et Justice. Voylà les trois projects de la ligne : et outre ce , ils leur repre- KDterent, ao doigt et à Toeil, la disposition qQ*ilsgurdoienl à la ville, avec la forme de leurs CDoseils et façons de faire.

• Ainsi deslors furent députez quelques bons haUtans de Paris, gens de cervelle, lesquels avec boniie instruction allèrent en plusieurs pro- Tioces et villes du royaume ponr rendre capables qoelques-iins des plus affectionnez catholiques habitaos desdites villes de la création et formatioii de la ligne , et de l'occasion d'icelle , in projeets et intelligence avec les princes, afin de ne fidre qa'na corps par une mesme intelligRiee ta tonte la France , sous la conduite des prîDces catholiques et conseils des théologiens, pour combattre Theresie et la tyrannie.

• Cependant le sieur de Roche- Blond et ces dnq eonfederez travailloient par toute la ville, à la fovenr de leurs amis et confederez qu'ils STolcnt gaigoez au party, ayant par leur labeur et vigilance attiré et mis au party des personnes qui a'estoient moins affectionnées qu'eux-mesnes^ de sorte que Ton emploioit aux affaires , tant dedans que dehors la ville, les plus zelez et capables; de façon que non seulement les six travaillment, mais soubs eux , et par leurinstnictiony beaucoup d'autres : comme au quartier de la Cité Compans print pour ayde Hébert, drapier, et de Laistre ; Crucé print Pigneron , Seoault , Noblet et Joisel ; le sieur de La Chappelle print Emonnot , procureur , et Béguin ; le comaiasaire Lonchart print Tronçon , colonnel , et de La Morllere , notaire ; le Clerc Bussy print Qioolier et Courcelles : et Senaut y amena le sieur Fontanon, advocat en la cour, très- catholique , très-affectionné et très-resoIu homme de bien et sans reproche; comme aussi estoient les antres dessusnommez , qui tous travailloient affectueusement pour descouvrir ce qui se faisoit an préjudice de la religion et du bien public. Et les confederez dessus nommez, avec autres bourgeois qui avoient croyance aux six personnes, venolent de Jour à autre adverlir chacun à son quartier de ce qu'ils avoient apris par la ville, des propos qu'on y tenoit, ou des menées que ToD y pratiquoit contre les catholiques; et les six ayans reeeu tels advertissemens ils sçavoient par ce moyen tout ce qui se passoit parmy la ville , et le rapportoient au conseil , qui , selon les occurrences, ponrvoioit de remèdes. Et par succession de temps croissans les affaires, mesmement les proTlnceset villes catholiques qui avoient esté advertjks par personnes afBdées et envoyées de

Paris pour les advertir de la Ugne des catholiques et de leurs intentions, pour les confirmer davan* tage ils envoyèrent à Paris des agents pour s'enquérir de la vérité, et s'instruire amplement; et à fin de leur donner contentement il y avoit des catholiques qui estoient commis pour recevoir lesdits agents selon les provinces, les uns de Picardie, les autres de Normandie , les autres de Bourgongne, ceux d'Orléans, de Lyon, et autres villes et provinces, avec lesquels estoit fort amplement communiqué, et s'en retoumoient bien instruits , et avec bons mémoires et promesses de se secourir les uns les autres pour le soustenement de la religion contre les hérétiques et leurs fiiuteurs : et tout cela se faisoit devant les Barricades, t

Voylà le commencement, le proJect et l'establissement de la ligue des Seize : vous voyez qu'ils bastissent leur coi^uration comme font les publicains leurs paches (1) et associations. Le corn* mencement est au nom de Dieu , mais le diable est à la fin; car d'ordinaire c'est à qui ruinera son compagnon. Aussi les effects de ceste ligue des Seize, que nous suivrons de temps en temps dans ceste histoire, monstreront qu'ils ont basty leur ligue en regnards, comme vous voyez par le récit mesmes de leurs propres livres ; et verrez cy après qu'ils ont régné comme lyons, et qu'aucuns d'eux sont morts par la Justice des princes de leur propre party ; et ceux qui n'ont voulu esprouver la clémence et miséricorde du roy Henry IV , contre qui ils avoient basty ceste ligue , vivent encore misérables, bannis hors de la France.

Mais surtout est à considérer que deux grands princes qui s'attribuoient et vouloient représenter en France estre, après leurs souverains , les chefs des deux plus nobles et anciennes maisons qui soient aujourd'huy au monde, sçavoir de France et de Lorraine, car' M. le cardinal de Bourbon se maintenoit estre le plus proche parent du Roy, yssu de masie en masle de la maison de France depuis le roy sainct Loys Jusques à aujourd*huy, et M. le duc de Guyse precedolt en France , soit au conseil , aux assemblées ou aux cérémonies de l'ordre du Sainct Esprit, tous ceux de sa maison , nonobstant que M. le duc de Mercœur pretendist le précéder pour estre fils d'un fils du duc de Lorraine, et que le duc de Guyse n'estoit que fils de François, qui estoit fils de Claude, lequel estoit fils puisné d'un duc de Lorraine ; ces deux princes donc , contre ce qu'ils avoient promis au Roy par l'accord de Nemours, de se départir de toutes ligues et asso*»

(i) Pactes» conyeutioiu.

INTB0DUCTI09.

dations , ont laissé le plus beau prétexte de leur première ligue faicte à Peronne, de conserver le roy Henry III et son Estât ^ en entrant et jurant eeste ligue et association des Seize, qui vouloient ruiner, ce disoient-ils, l^hipocrisie et la tyrannie dont ils aceusoient tacitement leroy Henry III, prinee très-chrestlen , et trop bon et trop doux pour de tels esprits. Mais encore avec quelles personnes estolent ils en associarion ou ligue ? avec des gens la plus-part qui estoient d'entre le simple peuple, des procureurs, des commissaires, des notaires, des drapiers, des cousturiers et des artisans. Des princes s'associer d'une ligue populaire à qui tout chef est incontinent odieux , cela ne leur pouvoit bien succéder; d'une ligue qui a pensé ruiner et la France et leurs propres maisons; d'une ligue à laquelle il n'a pas tenu qu'elle ne flst la France subjecte à la couronne d'Espagne ; ce qu'elle eust faict , comme nous dirons cy après, sans I es vertueuses resolutions de leurs neveux , enfans et freresde ces deux princes.

Avant que de dire les effects de la guerre de Tan 1586, ii ne sera hors de propos de voir tout d'une suite quels escrits se publièrent en 1.585 et 1586 , tant d'un party que d'autre.

L'appast avec lequel on attire le menu peuple, ce sont les petits livrets que Ton semé parmy eux, qui , selon que la nouveauté luy plaist, se la forme tellement en son esprit, qu'il est impossible de luy oster , ei principalement où il y va de la religion.

Au commencement de l'an 1585 on avoit publié le manifeste de la ligue , qui contenoit les causes et prétextes de la levée de leurs armes; le boute-feu des calvinistes , et le concordat de Magdebourp: , pour fhire accroire au peuple que le roy de Navarre avoit rescrit à quelque partie des estats de TEmpire, pour troubler la religion et la republique, et rallumer les feux des guerres civiles par loute la chrestlenté; et mesmesqu'à Magdebourg ii avoit esté faIct un concordat entre tous les princes souverains protestans le 1 5 décembre 1584, par lequel ils promettoient mettre sus une armée de vingt-cinq mille chevaux et quarante-cinq mille hommes de pied de diverses nations, laquelle armée devoît estre employée en France dans le 15 d'avril 1585 : c'estoient toutes belles chimères pour faire esmouvoir le peuple , et rendre tolerable la prise et la levée des armes de la ligue. Il firent lors aussi en mesme temps publier et courir par tout le discours de ce qui se passa au cabinet du roy de Navarre lors que M. le duc d'Espernon fut vers luy en l'an 1584 , afûn que le peuple creust que le Roy portoit faveur et amitié au roy de Navarre, et qu'il le recognoissoit pour son seul et

certain héritier , et pour ftiire haïr au peuple le Roy et le duc d'Espernon, et luy feire croire que le roy de Navarre ne changeroit jamais sa religion. Mais la première œuvre que firent les Seize , ce fut de faire imprimer la bulle de l'excommunication du roy de Navarre et du prince de Gondé , et autres petits traitez : ce qu'ils faisoient si dextrement, que l'on ne voyoit les premiers imprimez qu'entre les mains de ceux qui estoient entrez en leur ligue : et comme c'est la coustume en faict de ses petits livrets là que tant plus il sont rares , tant plus ils sont desirez, et tant plustost on y croit, aussi il advint qu'à quelque pris que ce fust chacun en vouloit avoir, si bien que les libraires et imprimeurs s'hazarderent de les imprimer, et en firent de tant de sortes, que tout le menu peuple s'embarqua comme de luy mesme en ceste ligue. Quand ils virent que leur moisson estoit belle, au mois de may de Tan 1586, ils firent imprimer un livre intitulé Advertissement des catholiques anglois aux François catholiques du danger où ils estolent deperdreleurreligion, et d'expérimenter, comme en Angleterre, les cruautez des ministres, s'ils recevoient à la couronne de France un hérétique [marquant par là le roy de Navarre] : ils le publièrent au commencement fort en cachette. Or ce livre estoit d'un langage fort naïf, plain de vives pointes; il contenoit des flateriés et mocqueries du Roy , exaltoit sur tout la valeur du duc de Guise , disoit mille impostures du roy de Navarre et de la feue royne de Navarre sa mère , et sur tout se plaîgnoit qu*on ji'avoit pas bien solemnisé la Sainct Barthélémy 1571 (!), et qu'on avoit tiré moins de deux poilettes de sang [denottant par là que Ton y devoit tuer le roy de Navarre et le prince de Condé]. Beaucoup de gens d'bouneur, tant d'une part que d'autre religion , abhorroient alors la malice du temps , auquel le peuple n'avoit autre entretien que la lecture de ces livres, qui n'estoit quele fusil pour alluifler le feu de la sédition future et prochaine. D'un autre costé, nonostant toutes les déclarations , toutes les proscriptions faites contre les huguenots et catholiques unis avec le roy do Navarre, un docte jurisconsulte catholique, dans Paris raesmes, au péril de sa vie, entreprit de respondre à tout ce que la ligue des Seize avoit fait publier, et se vid en mesme temps par les boutiques des libraires du Palais une apologie pour la deffence du roy de Navarre contre tous les libelles delà ligue, avec les moyens d'abus contre l'excommunication du roy de Navarre et du prince de Condé.

(1) Lisez 1572.

IHTBODUCTIOlf.

Premiereiiieiil, poior respondre à la ligue, qui aToît pris les armes afflo « que le Roy eust à pourvoir aux differens qui pourrolent advenir pour sa soecessioB après sa mort, » il dit que jamais l'on ne doit disputer la succession d'un roy vivaaty que cela avoit esté deffendu par les condles, et principalement par un décret au cinquiesme eoaeile de Tolède, en ces mots : « Doncqves parée qu'il est contraire à la pieté, et dangereux pour les hommes, de penser aux cho- Mo futures illicites , et sMnformer des accidents des prisées , pourvoir à Tad venir sur iceux ; [d*aQtant qu'il est escrit : Ce n'est pas à vous de içaroir les moments ou les temps que Bleu a naervez en son pouvoir.] nous ordonnons par ce iecrtt que s'il se trouve aucun informateur de tilles choses , et qui du vivant du Roy regarde an autre pour l'espérance du royaume, ou attire (fuelqucs uns à soy pour ce regard, il soit chassé par sentence d'excommunication de la compagnie des catholiques. • C'est pourquoy il conclud que tons ceax-là sont excommuniez qui s'informent et font semblant d'avoir soin ou s'enquérir qui wem leur roy après celuy qui tient le sceptre. Les exemples se lisent assez par toutes les Idstolrcs romaines que les Csesars ne vouloient pas seulement que l'on devisast de ce qui adrfendroit après leur mort; non plus que les Ottomans, qui ne veulent jamais que leurs propres enfons approchent d'eux , ne pou vans souffrir mesmes leur espérance. Aussi la jalousie que la fcae royne Elizabeth d'Angleterre a tousjours eue , que , sur peine de la vie, aucun en tout son royaume ne devisast de celuy qui luy succederoit, a esté ce qui l'a maintenue en paix parmy ses subjects plus de quarante-quatre ans, et jusques à sa mort.

Seooodement, pour respondre à ceux qui avoient escrit « que pas un des princes de la maison de Bourbon n'estoit capable de la succesûon de la couronne de France, parce quMIs sont aujourd'huy oultre le dixiesme degré d'agitation a la maison royale, » il dit : « Le tiltre royal à la couronne de France n'est j^as héréditaire simplement patrimonial ou feudal, et n'est iceiuy dévolu par le droit de simple hérédité civile, ains le plus proche du sang royal y est appelle par succession et surrogation perpétuelle sans fin , selon l'ordre de consanguinité, ou agnation masculine. • Il prouve son dire par tous ceux qui ont escrit particulièrement de la succession de ce royaume, et entr'autres Balde, lesquels soustienaent tous qu'en icelluy succedde le plus proche du sang du roy , yssu de masie en masle , ores qu'il soit au miliesme degré , et ce par droit du sang et perpétuelle coustume du royaume, et en

vertu de la loi saHque. Ce qui est cause que les roys de France ne deviennent jamais tyrans , pour ce qu'ils sçaventque ceux de leur sang leur doivent succéder , ce qui leur donne occasion de conserver Testât et domaine de leur royaume comme leur propre et certain patrimoine.

Tiercement,pourrespondreauxpetitsdiscours de Mathieu Zampiny et autres , qui , en faveur du cardinal de Bourbon , soustenoient qu'il estoit « le premier prince du sang , préférant par ce moyen l'oncle au neveu et fils de son frère aisné , » il monstre fort clairement que tous les docteurs ont conclud en faveur du nepveu contre l'oncle qui se dit Taisné par le decez de son frère , soit en la ligne directe ou collateralle ez successions individuês comme royaumes, empires et duchez. Il allègue plusieurs beaux exemples qui décident ce différent, et trois belles raisons ou considérations sur ce subject. La première, que le père et le fils sont une mesme personne , si que le père ne semble pas estre deceddé par la surrogation que nature faict de luy en la personne de son fils , qui est une partie de ses os , et chair de sa chair : ce qui fait qu'après le decez du père le fils n'acquiert pas de nouveau les droicts et successions d'icelluy , mais il en prend seulement Tadmlnistration et pleine jouissance. La seconde, que le droict d'aînesse est né et formé en la personne du père dez qu'il a esté au monde , par conséquent qu'il est transmissible , et que du vivant du père le fils aisné est appelle roy , duc ou comte, de la qualité de sondit père. La troisiesme est que, ores que le fils de l'aisné soit pluseslolgné d'un degré que son oncle, neantmoins, estant surrogé au lieu et place de son père , il doit estre préféré , d'autant que le droit de préférence n'est pas acquis par nous seulement, ains d'abondant par le droit et personne d'autruy : tellement que, tant qu'il demeurera quelque chose de reste et relique de ceste ainesse , autre n'y peut prendre place en façon que ce soit. Mais sur tout il remarquoit une raison en ceste cause à laquelle jamais les escrlvains en faveur de l'oncle ne peurent donner response, à sçavoir que M. le cardinal deBourl)on , au traicté du mariage d'entre le roy de Navarre son nepveu et madame Marguerite de France, quitta toutes ses prétentions touchant le partage de la maison de Vendosme, et passa condamnation de tous les différents et procez qu'il avoit eus pour ce suject depuis l'an 1565 avec la feue royne Jeanne de Navarre, remit, cedda et transporta audit sieur roy son nepveu tous et chacuns les droicts, noms, voix et actions presenset advenir qui luy pouvoient appartenir pour estre I yssu de la maison de Bourbon, recognolssant par

INTHODUiTION.

exprès ledit sieur roy de Navarre son nepveu pour vray fils, héritier, successeur, et representaot en tout et partout l'aisné de ladite maison. L'excommuoication du roy de Navarre et du priuce de Condé luy fit faire un traicté fort ample j où il discourt principalement si le pape en excommuniant un prince le peut priver de ses biens temporels , et s'il peut excommunier les roy s de France, lesprioces de son sang, les officiers de sa couronne , ou aucun corps ou ville subjecte au roy de France.

Il sousUent que Texcommunication ecclésiastique n'est autre chose qu'une peine extérieure de n*estre point receu à la communion de l'Eglise y OU parmy le commerce extérieur des fidelles, et que le pouvoir de l'Eglise ne touche en rien les biens et choses temporelles , n'estant la puissance des ecclésiastiques autre que spirituelle , concernant le royaume de Dieu , et du* quel ils sont dispensateurs et portent les clefs , lequel royaume non est de hoc mundo ; aussi que l'excommunication n'est que pour servir d'exemple aux chrestlens quand ils jugeront la gravité du forfaict, et mesureront le scandale public, et pour occasionner le condamné à se recognoistre, avoir horreur et contrition de son offense , se voyant livré ez mains de Satan son ennemy mortel , et demander humblement d'estre reconcilié à TEglise catholique de laquelle il est banny. Voy là pourquoy il conclud que le pape , ny autre evesque , par sentence d'excommunication , ne peuvent priver aucun de ses biens temporels. Mesmes que les privilèges de la fleur de lys sont tels, que le pape, ou evesque quelconque^ ne peuvent excommunier le roy de France , ny ses officiers et subjects en corps ou communauté, suy vant une bulle du pape Martin, et pour les causes y contenues.

Il allègue plusieurs grandes raisons sur cesub- Ject , et plusieurs exemples : entr'autres il dit que, Tan 1 488,1e procureur gênerai du Boy appella comme d'abus de l'excommunication Jettée par le pape sur les Gantois, par ce quMIs maltraitoient Tempereur Maximilian leur comte, vassal pour ceste comté du roy de France, auquel seul il se devoit addresser pour luy pourveoir,etnon au pape , qui n'a puissance quelconque sur les subjects de ceste couronne. Et dit que l'usage des appellations comme d'abus que Ton fait aux cours de parlement contre les entreprises du pape ont pris leur origine de ce temps là.

Aussi pas une des cours de parlement de France ne voulurent esmologuer ce&te bulle d'excommunication. Plusieurs ontescrit que , le 6 de novembre, quelques François estans à Rome affichèrent en plusieurs endroits de la ville un appel

comme d'abus à un concile libre, interjecté con^ tre ladite bulle par les roy de Navarre et prince de Condé. Le roy de Navarre mesmes s'en plaignit par lettres qui furent lors publiées par toute la France, lesquelles estoient addressées à Messieurs du clergé, de la noblesse et du tiers-estat, comme nous dirons cy-après. Il n'y eut pour lors que ceux de la ligue qui la firent trotter secrettement parmy les leurs, et sans nom d'imprimeur ; car les bulles des papes ne sont observées en France si elles ne sont esmologuées et vérifiées en la cour de parlement, et en cela consiste principalement les privilèges de l'Eglise gallicane. Plusieurs , au temps que J'escris [qui est l'an 1605], ont remarqué en ces premiers mouvemens que les deux qui ont esté accusez d'avoir le mieux escrit pour l'un et l'autre party ont couru mesme fortune et mesmes dangers, tous deux encor vivans , et tous deux grands et doctes personnages; tous deux ont faict publier leurs livres sans se nommer : celuy de la ligue plus éloquent, mais calomniateur; celuy du party du roy de Navarre plus docte et Arançois ; celuy de la ligue , au contraire du royal, a eu la recompense de ses escrits premièrement , et fut falct advocat gênerai en la cour souveraine do royaume durant la puissance de la ligue; et depuis il a eu beaucoup de peine et de mal : car» le Roy entré à Paris , il fut contraint de s'en aller hors de France, absent de sa famille, et alors luy et les siens furent affligez ; après plusieurs supplications , ses amis obtindrent son retour de la clémence du roy à présent régnant. Quelques paroles qu'il dit trop librement furent cause qu'il fut mené à la Conciergerie , où il demeura trois mois, pendant lesquels tous ses amis, et principalement ceux qui luy avoient procuré son retour y eurent de la peine à empescher que l'on n'entrast à la cognoissance de ce qu'il avoit escrit et dit par le passé. Quelques accusations que l'on fist contre luy , quelques calomnies que l'on alleguast qu'il eust escrites , ne peurent rien sur la foy et la clémence du Roy , qui le fit sortir de prison. Depuis U a faict un remerciement à Sa Majesté , qui est un livre digne de son bel esprit^ et, continuant en son devoir, il peut avec le temps acquérir autantses bonnes gracescomme il les avoit perdues.

Mais celuy qui a escrit pour la majesté des rois a eu la peine , les prisons et les afflictions au commencement : l'an 1588 il fut enfermé dans la Conciergerie. Après la mort du duc de Guise l'on le changea de logis, la Rastille fut le lieu où il fut très-estroictement tenu plus de deux ans ; et ayant trouvé le moyen d'eschapper, s'estant sauvé à Sainct Denis, il trouva M. de Vie, goq-

INTBOBUGTION.

Terneur pour leBoy, qui le receut, le présenta depuis à Sa Majesté , et pour recompense de ses peines il est aujoard'huy ad^ocat gênerai en l'une desamrsaouveraines de ceroyaume. Voylàlaparallelte que Ton fait de ces deux doctes hommes. Voyons ce que faict leroy de Navarre à Montauhan.

An commencement de ceste année le roy de Nayarre estan ta Montauban , après qu'il eut eu advis de rexcommunication que le Pape avoit bit contre luy, il fit publier par toute la France quatre lettres qu'il addressoit au clergé y à la noblesse, an tiers estât, et à Messieurs de Paris,

Au clergé il dit que ses ennemis n'ont fait coDscience d'allumer le feu aux quatre coings du royaume pour se donner ce plaisir d'avoir mis le B^ en quelque peine, et d'avoir sceu venger les desfavenrs qu'ils s'imaginoient avoir receus de loy, par udc calamité universelle ; qu'il ne craint point le mal qui luy peut advenir , ny de leurs deniers, ny des armes de ses ennemis ; mais qu'il plaint le pauvre peuple innocent, qui souffre presque tout seul ces folies ; qu'il croit bien qu'aucuns d'entr*eux soient poussez du zèle de l'Eglise; mais il leur dit : « Que dira la postérité, que vous aya mieux aymé mettre tout en confusion que de vous disposer à un concile comme je le denisodols au Roy par ma dernière déclaration ? mieux aymé venir au sang que conférer doucement du sens des Escritures? mieux aymé la Yoye de subvertir l'Estat que la voye deconvertir lésâmes que vous pensez desvoyées, mesmes de ma personne, que vous devriez plustost initroire que destruire? » Et après leur avoir dit qu'aucuns d^entr'eux ont solicité et obtenu une déclaration du Pape qui Ta déclaré inhabille à la succession du royaume, il leur dit': « Ne pensez, messieurs , que ces foudres m^estonoent , c'est Dieu qui dispose des roys et des royaumes , et vos prédécesseurs , qui estoient meilleurs chrestiens et meilleurs François que les fauteurs de ceste bulle , nous ont assez enseigné que les papes n'ont que veoir sur cest Estât. Il me desplaist seulement que , contre les bonnes mœurs, il se soit trouvé des gens si inconsiderez que de ISaire consulter à Borne la succession d'un roy vivant et en la fleur de son aage. »

Aux lettres qu'il envoya à la noblesse : « Vous estes nais, leur diMl, tels que vous approchez assez des affaires de l'Estat pour donner le tort ou la raison à qui elle appartient, sans qu*il soit besoin de long propos pour vous ouvrir les yeux. Vous avez veu naistre en plaine paix les remue* mens de la ligue, et vous sçavez la pacience que j'ay eue, quoy qu'ils m'eussent pris poursubject 4e ieofs armes. Vous les avez veu déclarez re-

belles, et poursidvis comme tds aux cours de parlement. Vous vous estes veus commandez , armez et combatans contr'eux , par l'expresse volonté du Roy , sous l'authorité des princes de son sang et des principaux officiers de sa couronne : et tout en un instant, quel changement! Je vous vois armez contre le sang de France , commandez par estrangers que vous combatiez comme perturbateurs ! Voussçaurez donc bien Juger que les premiers mandements procedoient de la volonté du Boy; ceux qui ont sui vy depuy s, de la violence des perturbateurs. Jesçay bien que vous ne me pouvez donner le tort , je sçay mesmes qu'en vos âmes vous le donnez à mes ennemis. Pour transformer TEstatcomme ils désirent, il n'estoit besoin de vostre main , il n'appartenoit qu'à estrangers à l'entreprendre : pour chasser la France hors de la France le procez ne se pouvolt Juger en France, elle estoit par trop suspecte en ceste cause ; il falloit qu'il fust Jugé en Italie. Ils se sont pris directement à moy. Je me suis offert à un duel. Je suis descendu au dessous de moymesmes, Je n'ay desdaigné de les combattre , Je l'ay fait, et Bien m'en est le tesmoin , pour sau* ver le peuple de ruine, pour espargner vostre sang, de vous, dis-Je, de qui principalement il se respand en ces misères. Messieurs ne pensez que Je les craigne ; on sera plustost lassé de m'assaillir que moy de me deffendre : Je les ay portez plusieurs années, plus forts qu'ils ne sont, plus foible beaucoup que Je ne suis. Je plains vostre sang respandu et despendu en vain, qui devoit estre espargné pour conserver la France ; Je le plains employé contre moy qui me le devez garder, estant ce que Dieu m'a faict en ce royaume, pour, dessous l'authorité du Boy , Joindre une France à la France, au lieu qu'il sert aujourd'huy à la chasser de France. »

En celle du tiers estât il dit : « S'il a esté question de la religion , Je me suis soubs-mis à un concile ; si des plaintes concernantes cest Estât, à une assemblée des estats. J'ay désiré mesme de tirer sur ma personne tout le péril de la France pour la sauver de misère , m'estant esgalé de mon plain gré à ceux que la nature m'a rendu inférieurs ; au lieu que de leur propre interest ils ontfait une calamité commune , de leur querelle particulière une confusion publique. J'aurois à me plaindre de ce que mes Justes offres n'ont esté reçeuës; Je m'en plains à vous, pour vous toutesfois et non pour moy : Je plains les extremitez où l'extrême injure qu'on me faict m'ont réduit de ne me pouvoir défendre sans que le peuple innocent en souffre. Ces gens vous vouloient faire espérer qu'ils reformeroient les abus des finances, qu'ils diminueroient les tailles

iNTBODUCTlOlf.

et subsides, qu'ils rameneroient le temps du roy Loys douziesme ; et desjà , qui les eust voulu croire, ils se faisoient surnommer pères du peuple. Qu'est il advenu ? leur guerre , après avoir rongé estrangement de toutes parts , s'est veuê terminée par une paix en laquelle ils n'ont pensé qu*à leur particulier, et ne s'y est faicte aucune mention de vous : et leur paix, qui pis est , s'est aussi-tost tournée en une guerre par laquelle le Boy est contraint de doubler les imposts , et le peuple exposé en proye aux gens de guerre. Au reste Dieu me fera la grâce , après tant de travaux quej'auray , de voir cest Estât purgé de ceux qui le travaillent , de vous voir aussi jouyr d'un repos certain et asseuré qui nous face en peu de temps oublier tous les travaux pass^ Je ne vous demande à tous , qui, selon vostre vocation , estes plus subjects à endurer le mal que non pas à le faire, que vos vœux, vossouhaits et vos prières, o

A Messieurs de Paris : a Je vous escris volontiers, dit-il , car Je vous estime comme le miroir et l'abrégé de ce royaume, et non toutesfois pour vous informer de la Justice de ma cause , que Je sçay vous estre assez cogneuë, au contraire pour vous en prendre à tesmoin. Vous sçavez quel jugement le Roy a faict des autheurs de ces misères : tout le changement qui est venu depuis , je sçay que vous i*aurez imputé non à son vouloir, ainsà la force qui luy a esté faite. Et de jhit je suis bien adverty qu'estant peu après requis de fournir aux frais de ceste guerre , vous avez bien sceu respondre que ces troubles n'avoient onc esté de vostre avis, que c'estoità ceux qui les mouvoient et non à vous d*en porter les frais : responce que n'avez accoustumé de faire quand vous pensez qu*il est question du service du Roy ou du bien du royaume, car Jamais subjects n'ont esté pour ce regard plus libéraux que vous : aussi voyez vous clairement qu'on ne demande pas vos bagues pour fournir à la rançon du roy François ou de ses enfans , ou d'un roy Jean, mais pour estelndre le sang et la postérité de France. Je sçay tresbien que le Roy vous aura sceu gré de vostre respoace, et je vous en ay une obligation pour le rang que Dieu m'a donné en ce royaume , et pour estre, puis qu'il luy a pieu, des enfans de la maison Je me desplais en mon malheur de ne pouvoir deschasser le mal universel de cest Estât sans quelques maux ; Je me plairay pour le moins en mon intégrité , qui les ay voulu racheter de ma vie , et qui la sentiray tousjours bien employée pour la conservation de cest Estât et de vous tous. »

Il faut que je diseicy que le regret que le roy de Navarre monstra par ces lettres avoir des mi-

sères de la France , les offres qu'il avoit Meteg au Roy dez le commencement de la levée des armes des princes de la ligue , lesquelles offres avoient tesmoigné à toute la chrestienté le désir vray qu'il avoit de le servir ; la patience qu'il eut entre les armes de ses ennemis , et la résolution que le Roy et la ligue, aprèsl'accord de Nemours, prinrent de loy courir sus à luy seul desarmé, nud et surprins ; tout cela apporta une si grande lumière de son innocence , que les estrangers condamnèrent ses ennemis ; et plusieurs de la noblesse françoise et beaucoup de gens d'honneur catholiques Taffectionnerent tellement deslors , qu'il a receu depuis de quelques-uns d'entr'eux des services tres-signalez , ainsi que nous dirons à la suitte de ceste histoire, selon les temps.

Le roy de Navarre estoit sur le trente-troisiesme an de son aage. Ses ennemis disoient de luy qu'il n'avoit Jamais rien fait deluy-mesmes, quil estoit impossible que tant de grands capitaines qui l'alloient assaillir ne le ruinassent du tout. M. de Mayenne manda de Guyenne au Roy qu'il ne luy pouvoit eschaper. Au contraire de toutes ces propositions , Dieu mesnagea de telle sorte ce prince, que tout ce qui se fit ceste année contre luy, ce fut qu'en ne faisant que se deffendre , quatre grandes armées conduites par plusieurs grands chefs de guerre se ruinèrent toutes sans faire choses dignes de grande mémoire.

De la première et plus grande des quatre armées estoit chef, comme nous avons dit, M. de Mayenne , qui, à la fin de l'an 1585 , avoit pris Montignac etBeaulieu. Geste année de 1686, M. le mareschal de Matignon, gouverneur de Bourdeaux, avoit aussi de belles troupes : c'estoient deux grands chefs de guerre enunemesme province. Voicy les exploicts qu'ils firent en ceste année. Le mareschal de Matignon assiégea Castels ; le sieur de Favas, brave et accort capitaine, À qui ceste place appartenoit , la deffend ; mais le roy de Navarre ayant résolu d'aller en Gascongne et en Bearn pour mettre un ordre parmy ses places , part de Montauban avec trois cents maistres et deux mille hommes de pied, faict lever ce siège à M. de Matignon, tire de ceste place le sieur de Favas , et l'emmené quand et luy, donnant le commandement de ceste place au comte de Gurson , gouverneur de Castelgeloux, et qui estoit son parent. Le roy de Navarre n'est si tost hors de ce^te place qu'elle est derechef assiégée. M. de Mayenne y vint : peu de jours après le comte de Gurson sommé rendit ceste place par composition au duc de Mayenne; qui fut le commencement des divisions d'entre luy et M. le mareschal de Matignon , qui avoit envie de s'accommoder de ceste place. L'on tient,

INTBODUCTIOM.

ÎT

et est yrsjj que deux cfae6 d'armées ne peuvent durer ensembtement, cène sont que jalousies. Il en entra de telles entre le duc de Mayenne et le mareschal de Matignon, que du depuis ils se priudrent garde l'un de l'autre. Les gens d'esprit destors Jugèrent bien que tant de gens de guerre ne ferolent que rnyner le peuple des bourgades et villages , qui n'auroient le moyen de se deffendre de la picorée de leurs troupes. Yoylà une place assiégée par un mareschal, soastenuê par Favas^ mais toutesfois rendue au duc de Mayenne par ie comte de Gurson, qui n'y avoient rien fait nyrunny l'autre.

Le roy de Navarre estant au Montde Marsan, M. Lenoncourt, qui depuis a esté cardinal , et le président Brulart Ty vindrent trouver de la part du Roy : Prévost , curé de Sainct Severin , qui cstoit le second de la ligue des Seize, vint avec eux comme pour accompagner ledit sieur de Lenoncourt, car ceste ligue n'estoit eocores descouverte ; mais Dieu sçait si les princes de la ligne furent ad vertis seurement de ce qui se passa en ce voyage: aussi en priodrent-ils de terribles ailarmes , quoy que ceste ambassade n'estoît que po\ir dire au Roy de Navarre que Sa Majesté de-', slroît sur tout qu*il fi|st catholique, affm que ses' eoneniis n'ayans plus de prétexte, la France eust eest heur que d*estre paisible le reste de son regae. Ils eurent pour responce du roy de Navarre quMi estoit grandement tenu au Roy de la bonne volonté qu'il luy avoit toujours portée , mais qu'il ne pouvoit changer de religion sans estre instruit. Et sur ce qu'ils luy dirent qu'ils a:\'oient charge de luy proposer que s'il vouloit venir en Poictou , que la Royne mère s'achemineroit jttsques àChampigny, où elle luy feroit entendre plus amplement l'intention de Sa Majesté , il leur promit qu'il s'y rendroit le plustost qu'il pourroit.

Quelque temps après, M. de Mayenne adverty que le roy de Navarre devoit passer la Garoone à Caumont, il envoya de bonnes troupes en em* busches du costé des Lannes , dont il chargea le sieur de Puyane, gouverneur de Dacqs,etiuy s'en vint avec toute son armée vers Caumont, par où il estoit asseuré qu'il devoit passer : le due ayant eu advis que le roy de Navarre estoit arrivé sur le soir à Caumont , résolu d'y souper et dy coucher, il despescha incontinent vers lelloy, et Iny manda qu'il luy rendroit bon compte du Boy de Navarre, et qu'il ne luy pouvoit eschapper : mais Dieu , qui estoit sa garde , en disposa autrement : le roy de Navarre ayant soupe se couche, s'endort ; sur la minuict advis vient du danger où il estoit au sieur de La Combe , qui estoit on sien gentil homme servant , lequel in-

continent resveilla avec importunité, le fit lever, et seuls passèrent la Garonne dans un basteau qu'ils enfoncèrent après avoir passé, et, poursuivans leur chemin comme gentils hommesdel'ar' mée du duc de Mayenne , allèrent droit passer par le quartier des troupes du vicomte d'Aubeterre, qui estoient logées à Sauvetat près^Aymet, où il passa franchement sans estre recognu , et tira droict à Saincte-Foy , où il arriva et où 11 attendit trois semaines ses gens ^ qui allèrent passer à Saincte Baseille, se sauvans le mieux quMIs peurent pour éviter la colère de M. de Mayenne , fasché d'avoir perdu une si belle occasion de le prendre; Quelques-uns en voulurent accuser M. d'Aubeterre d'avoir donné cest advis au roy de Navarre , pour ce que c'estolt luy qui s'estoit chargé de prendre garde à ce passage , veu que M. de Mayenne s'en estoit lié à luy , principalement pour ce qu'il luy avoit dit qu'il recognoistroit plustost le roy de Navarre qu'un autre , à cause qu'il avoit esté nourry son page ; mais ce bruit rapporté au vicomte par aucuns , en la présence de plusieurs gentils hommes de l'armée, dit que quiconque le voudroit dire qu'il le feroit mentir. Ce vicomte d'Aubeterre avoit de très-belles troupes de cavalerie en l'armée du duc de Mayenne , et plusieurs ont tenu qu'à la vérité 11 brigua d'avoir ceste garde pour faire ce service au roy de Navarre.

Le duc de Mayenne voyant queleshuguenots neparoissoienten gros d'armée parla campagne^ qu'ils s' estoient tous retirez par les places en garnison, il se resoult, pour employer son armée, de prendre Saincte Baseille , ce qu'il fit, et le fit desmanteler. Puis il assiégea Monsegur qui se rendit à composition. Il print aussi Castillon et Puis- Normand. Yoylà en quoy il employa toute son armée pendant l'hyver et Testé de ceste année , jusqu'en autonne qu'il s'en retourna à Paris, ainsi que nous dirons cy après.

Les huguenots voyans que M. de Mayenne assiegeoit des villes en Guyenne [où il n y avoit pas grand cas à gaigner, et où le vicomte de Turennes , qui avoit logé plus de trois mil harquebusiers dedans les places que le roy de Navarre tenoit sur la Dordongne , luy empeschoit souvent ses desseins], ils recommencèrent à entreprendre et surprendre de tous costez : entr'autres le sieur de Plassac, gouverneur de Pons, surprint, au mois de février, Royan, place forte. Le sieur de Laval, dez la fin de l'an passé, avoit faict lever le siège de Taillebourg au mareschal de Matignon, où il tenoit assiégé madame de la Trimoùille et mademoiselle sa fille par le commandement du Roy, qui l'avoit chargé de se saisir de leurs personnes. MaiS; le 16 de mars 1586;

INTAODCGTIOll.

M. le prinee de Gondé alla à Taillebourg , oà U eapousa mademoifielle de La Trimoullle. Le sieur de LaTrimoaiiie etduc de Toùars, que Ton tient estre le plus qualifié seigneur du Poictou , se fit lors de la religion prétendue reformée; toute la noblesse presque de ses vassaux prit ce party. Plusieurs petites places furent lors surprises, entr*autre^ Soubize, Mornak en Alvert prez Broùage , Mondevis et Cbizay sur la Boutonne. Mais au commencement d*avril, en une charge que fit M. le prince de Gondé sur le régiment de Tiercelia quMi vouloit deffaire, lequel retournoit de Marennes à Xainctes, les deux frères de M. de Laval y furent tellement blessez, que deux Jours après ils moururent : et luy, de douleur de voir tous ses quatre frères morts [le plus jeune estant mort peu auparavant à Salnct Jean d'Angely], mourut aussi huict jours après : si que tous les enfansqu*avoit laissez le sieur d'Andelot de madame la comtesse de Laval sa femme , moururent tous en moios d'un mois. En ce temps aussi le comte de Ourson et quatre de ses frères moururent en une rencontre qui se fit , près de GastelgelouXy contre le sieur de Gastelnau^gouverneurde Marmande, dont le vicomte de Turenne dit : f J'ay peur que ceste meschante guerre nous mangera tous, si Dieu n'y met la main. »

Le Boy adverty des exploicts des huguenots en Poictou, pour les resserrer y envoyé M. lemareschal de Biron , qui , arrivé à Poictiers avec douze cents chevaux et quatre mil hommes de pied, les empescha de faire leurs courses si librement; puis il alla assiéger MTarans, dont il leva le siège , ainsi que nous dirons cy après. Voylà donc la Guyenne , le Poictou , la Xaintonge , le Limosin et le Perigort affligez de la guerre, de la fnmineetdela peste.

QueIqueshuguenotss*eslevent aussi en la haute Auvergne, surprennent quelques forts ; le duc de Joyeuse avec de belles troupes alla les chasser de Merueges, et depuis alla trouver M. le mareschal de Joyeuse son père , qui avoit pris Montesquieu en Lauraguais : le siège du Mas Saincte Espuelle, où mourut trente-deux capitaines et cinq cens harquebusiers , fut la ruine de leurs troupes. Tandis que toutes ces choses se font , le mareschal de Montmorency ne demeure oisif en Languedoc; il asseure toutes ses places, charge et def faict des troupes de la ligue à Lodeve et à Sainct Pons , et les faict desnicher le plus qu'il peut de son gouvernement de Languedoc.

La Provence ne fut aussi exempte de la guerre en ceste année : M. de La Valette , qui en estoit gouverneur , travailloit fort les huguenots de ces quartiers là ; le nombre en estoit fort petit. M. le dpc d'Espemon son frère ^ fut avec huit cents

chevaux et de très belle infanterie : les hugoe* nots furent chassez de toute ceste province : après la prise de Sayenne quelques uns furent pendus. Quand le Boy de Navarre en receut les nouvelles, 11 dit : « Quoy ! le duc d^spernon donc nousestplusrlgoureuxqneleBoy ; cen'estpasce qu*il m' avoit promis. » Mais cependant que Ton oste aux huguenots une petite place en Provence, le sieur Desdiguieres , commandant pour le roy de Navarre en Dauphiné , Gouvernet, et autres capitaines, surprennent Montellmar et plusieurs bonnes places. Voylà Texercice des François en Tannée 1586.

Tandis que toutes ces choses se passoient , le Boy estoit à Paris , attendant la resolution de rassemblée générale du clergé qui se tenoit anx fauxbourg Sainct Germain des Prez , à laquelle il avoit fait demander qu'ils eussent à le secourir d'un mfilion d'or pour entretenir ses armées contre les hérétiques , et à continuer de payer treze cents mil livres tous les ans pour les rentes deûes à rhostel de ville de Paris. Après deux remonstrances faites à Sa Majesté au nom dudict clei^é , par les evesques de Sainct Brieu et de Noyon , la bulle du Pape pour alliener cinquante mil escus de rente fut vérifiée au parlement le 37 de mars , et rassemblée passa contract avec Sa Majesté , daté du mois de juin , de continuer enoor pour dix ans de payer les rentes denês à l'hostel de la ville.

Mais en ce temps arriva à Paris les ambassadeurs des princes protestans d'Allemagne , lesquels s'estoient assemblez à la poursuite des sieurs de Glervant et de Segur , agens du Boy de Navarre , pour obtenir d'eux la levée d'une armée d'Allemans. Le chef de ceste ambassade estoit de la maison de Montbelliard; les princes qui les envoyèrent estoient les eslecteurs de Saxe et de Brandebourg , Jean Casimir , palatin , Jean Frédéric , administrateur de Magdeboui^ , les ducs de Saxe , Pomeranie et de Bronsvic , et le landgrave de Hesse. Ces princes ne vouloient accorder au roy de Navarre aucune levée de gens de guerre sans en avoir premièrement adverty le Boy. Quand ils arrivèrent à Paris Sa Majesté estoit à Dolinvitle ; Ton les faict loger aux fauxbourg Sainct Germain, à l'hostel de Ventadour, là où ils demeurèrent plus qu'ils ne pensoient sans avoir audience. Trois semaines se passèrent sans que le Boy retoumast à Paris : venu , ils s'acquittent de leur charge, et luy disent que le roy de Navarre requeroit la levée d'une armée en Allemagne ; que les princes qui les avoient envoyez n'avoient voulu la luy accorder sans l'avoir premièrement supplié ^ comme estans ses bons amis et alliez , de redonner la paix et le rç^

INTBODUGTIOH.

sd

po8 à ses sobjects en restabifssant les edicts de pacification qu'il avoit lay-mesme accordé pour appaiser les troubles survenus pour les difTerens de la religion.

Les roys ne veulent point que les princes es* tnuDgers soient médiateurs eutr^eux et leurs sujects. Le Boy eust bien désiré le repos de son royaume ; mais que les princes estrangers se meslatent de ses affaires et des ordonnances qu'il faisoit , il le trouva estrange. Aussi leur respondit-il que tous les princes desquels ils estoient envoyez, avoient changé en leurs pays et seigneuries , soit en la religion , soit en la police et gouvernement de leurs Estats , ce qu'ils avoient trouvé bon , nos qu'il se fust Jamais meslé de les contredire; que de mesme eux tous les autres princes souverains changent en leurs pays les edicts qu'ils ont faicts, ainsi que bon leur semble et le trouvent équitable ; ce qu'il avoit faict aussi, ayant trouvé bon et raisonnable avec son conseil de changer ses edicts qu'il avoit faits pour la religion; que tous les princes donc qui soustiendroient ses subjects lesquels ne voudroient obeyr à ses edits ne ponrrofent le faire avec raison ^ et ne luy pouvolcDt cstre cpi'ennemis.

Les ambassadeurs allemans en s'en retournant ne peurent dissimuler le mescontentement qu'Us eurent de ceste responce : l'on jugea deslors que les reistres viendroient encores une fois en France. Le Roy se resoult que sMls viennent Q leur ira au devant. Ce sont nouvelles armées (pi1l faut lever : les Estats qui sont affligez de la guerre ne peuvent sulMister sans forces , ny les forces estre entretenues sans un grand fondement de finances , ny les finances estre amassées sans un commun ayde et contribution de ceux qui en ont le moyen.

Or le domaine du Roy n'estoit tel qu*il estoit k temps passé : il y en avoit d*alliené pour plus de seize millions. Les Parisiens venoient tout fresehement de lever sur eux deux cents mil escus pour et par le commandement de Sa Majesté ; le peuple de toute la France estoit assez tourmenté des tailles et des gens de guerre. Pour avoir donc de Tar^jent pour faire la guerre , et trouver le moyen d'en avoir le plus promptement , fat de créer de nouveaux officiers ; ce qu'estant résolu au conseil , le Roy alla luy mesme en parlement sur la fin du mois de Juin , où il fit vérifier vingt et six edits , à la vérification desquels il dit à Messieurs de la cour :

■ Tant que J'ay peu avoir la paix je vous ay

fait assez paroistre combien je desirois réduire

toates choses en leur ancienne splendeur : estant

entré eo eeste gnerre dont la despence ordinaire

passe pftis de efoq cents mil escus par mois , Je

suis forcé , de peur de vous perdre , et moy avec vous , recourir à des moyens extraordinaires , et suis contrainct de faire les edits que je veux estre présentement publiez. M. le chancelier vous fera entendre les occasions qui m'ont convié à les faire. »

M. le chancelier prenant la parole, dit : • Tout ce qui se fait de nouveau en un Estât , et contre l'ordre qui y est estably , est pernicieux et dommageable. L'on n'est à présent en ces heureuses délibérations là où , toutes choses estant faisables , l'on n'a qu'à choisir les meilleures, alns au contraire l'on est maintenant en Toption des maux , et l'on n*est empesché qu'à suivre les moindres pour destourner les plus grands : aussi les pilotes agitez d'une tourmente ne craignent, par le gect d'une partie de leur marchandise , soulager leur vaisseau , puis après se rejetter par la loy de la mer sur tous ceux qui en ont receu la commodité : ainsi le Roy , pressé d*une dangereuse tempeste, expose tout ce qu*il peut pour destoumer les forces intestines dressées contre le repos de la France , et pour s'opposer à l'armée des Allemans preste à monter dans le royaume : les François ne voudroient que les payens et les barbares emportassent l'honneur sur eux d'expo* ser plus librement leurs biens et leurs personnes pour la deffence de jeurs roys et de leurs pays j ce qu'ils doivent Taire , puis que Sa Majesté ne refuse de payer sa part de la perte , employant en ceste guerre les revenus de ses domaines et sa propre personne, t

Les principaux poincts de la harangue de M. le premier président furent :

« Tous les préceptes que l'on peut donner à un bon prince se recueillent en deux mots : Juger et combattre. Le dernier est quasi comme oisif et inutile aux républiques qui jouissent du Cruit de la paix ; mais le premier est tousjours nécessaire, et quasi, comme on dit, tousjours en action. Par la justice les roys régnent, tant en la paix qu'en la guerre, et elle ne se peut administrer que par les ofQciers qui sont establis par le prince pour cest effect , avec choix pour leur intégrité , et certain nombre pour l'ordre. Si une multitude inumerabte y est indifféremment receuë , ce que l'on appelle créer offices et ministres de Justice , sera mettre les biens et fortunes de vos subjects, Sire, à l'enchère : aussi Injustice, qui est le Uendn peuple avec le prince , venantàdefaillir , la force, qui est Tautre partie de vostre royaume, ne saurait esU'e de guerelongue durée. Lesioixde l'Eststda royaume ne peuvent estre violées sans révoquer en doute vostre propre puissance et souveraineté. Il y a de deux sortes de loix : les unes sont loix et ordonnances des roys, les antres sont les ot-

INTIIODUCTION.

donnances du royaume , qui sont immuables et inviolables , par lesquelles vous estes monté au tbrosae royal et à ceste couronne , qui a esté conservée par vos prédécesseurs jusques à vous. Dieu vous a mis, Sire , les fruicts en main , et pourriez , si vous vouliez , faire de nous et de nos biens tout ce qu*il vous plairoit ; mais cela ne vous entrera jamais dans Tesprit que vous soyez roy de force et violence : aussi vostre règne est un règne de loyauté et justice , auquel vos subjects vous rendent plus de subjection et d^obeissance de bonne volonté que les Turcs ny les Barbares ne font à leurs princes par la force ny par contrainte ; et cela vient de la loy du pays où ils sont nez , qui les oblige à ne rien tant aymer après Dieu que le roy, et ne vivre que pour luy. Mais ceste loy publique n'est pas seule , il y en a d'autres aussi dépendantes de ceste là , qui concernent le bien public et le repos du peuple à Tendroict de son roy : celle là entre autres est des plus sainctes , et laquelle vos prédécesseurs ont religieusement gardée , de ne publier loy ny ordonnance qui ne fust délibérée et consultée en ceste compagnie : ils ont tousjours estimé que violer ceste loy estoit aussi violer celle par la« quelle ils sont faicts roy s. • La supplication qu'il fit à Dieu de conserver le Roy en sa pietié, dévotion et intégrité , en luy donnant heureuse e't longue vie , fut la fin de sa harangue , qui fut suivie d'une autre pour le procureur gênerai , en ceste substance : « Sire, les volontez des princes sont bien différentes en la guerre et en la paix : ils veulent ce que la raison ou naturelle inclination leur conseille en la paix ; et en la guerre ils veulent ce à quoy leurs ennemis les contraignent. Nous avons veu par la paix dernière six vingts edicts révoquez, un nombre d'oflQcierç inutits en la justice demouré retranchez , et tou«> tes choses avec votre esprit disposées au service de Dieu et reformaiion de vostre Estât : mais puis que la condition de la guerre force vostre volonté à reprendre ce que vous avez tousjours rejette , et que vous estes contraint certainement de vous servir des moyens extraordinaires qui contiennent beaucoup de choses contraires aux anciennes loix de vostre Estât , nous qui sommes tesmoins de vostre nécessité , qui sçavons ce qu*avez faiçt devant que d'en venir là, pouvons vous en excuser devant tout le monde , et consentirons que sur le reply des lettres patentes et edits présentement publiez il soit mis qu'elles ont esté leuës, publiées et registrées. »

Voyià une publication d^edits que le Roy fit pour tirer de Targent de son peuple sans em^ prunt ou laltle , afiQn de satisfaire aux frais de hi guerre. Plusieurs eserivireni pour et contre

ceste invention de créer offices : ce (ùt un pre* texte à la ligue des Seize avec lequel ils desbaucherent une infinité de menu peuple de Tobeissance du Roy. « Car , disoient-ils , à quoy tant d'offices? Ne faut-il pas que ces officiers qui achèteront en gros revendent en destail la justice puis après? Ne sçait on pas que la vente des oiTices est la porte ouverte aux ignorans et aux meschans? Qui doute que la multitude d'officiers ne consomme la finance du Roy et mange le peuple? car ils veulent tous vivre et s'enrichir ; tellement que plus y en a, plus il couste à plaider, et se font plus de frais en l'expédition des affaires, t « Il eust donc mieux vallu , leur respondoit-on, ne rompre point les edits de pacification, puis que Ton ne pouvoit faire la guerre sans argent, et que l'argent ne se pouvoit tirer qu'à la foule du peuple , veu aussi que maintenant vous vous plaignez de la moindre foule avec laquelle on tire l'argent du peuple imperceptiblement , qui est la création et vente de nouveaux offices, pour ce qu'il se trouve tousjours plus de fols acheteurs que d'estats à vendre. B

Le Roy eut advis du duc de Mayenne, par le sieur de Sesseval qu'il lui avait envoyé exprès , que son armée de Guyenne, combatuë de la famine et de peste, se dissiperoit en bref s'il ne la falsoit refraischir de nouvelles troupes, de munitions de guerre et d'argent. Il eut le mesme advis de toutes les autres armées ; toutes demandaient munitions, vivres et argent. La surprise d*Auxonne avoit troublé toute la Bourgogne : celle de Raucroy en Champagne n'avoit pas moins troublé ceste province là, et mesmes que le sieur de Chambery avoit esté tué dans ceste place, lequel estoit fidelle serviteur de Sa Majesté ; laquelle place avoit esté rendue au duc de Guise le 24 décembre , et mesmes que dez le mois de may passé il avait pensé se sai^r de Mets, et tenoit tousjours une armée sur ceste frontière , ruynant le plat pays , s'emparant tousjours de quelque place sous prétexte de faire la guerre à Sedan, comme il avoit fait de Douzy , dez le mois de février, aussi que le duc d'Anroalle s'estoit emparé de Dourlan , avoit levé et fiiict vivre à discrétion ses troupes en Picardie , et mesmes avoit pensé surprendre Boulogne. Sa Majesté pensa que si, avec toutes ces desfaveurs, troubles, divisions et ruines, l'armée d'Allemagne [de la levée de laquelle on faisait courir le bruit] le surprenoit, ce seroit pour combler le boisseau des misères de la France. Ce fut ce qui le fit prier la Royne sa mère d'aller jusques à Champigny , qui est une belle maison appartenant à M. de Montpensier , scituée sur les mar«

niTHODUCTION.

chef da Poictou et de la Touraine, affin de trou- Ter un bon moyen, par quelque conférence avec le roy de Navarre , de pacifier les troubles de son royaume y et ce suivant mesmes ce qu'il avoit promis de faire à M. de Lenoncourt, quand il le fut trouver au Mont de Marsan. La Boyne mère entreprend ce voyage, elle se rend à Champigny ; M. de Montpensier va trouver le roy de Navarre, le dispose d^entrer en ceste eoafisrence, pourveu que M. le mareschal de BiroD levé le siège de devant Marans, où il avait receu nne harquebuzade qui luy avoit emporté Qo doigt de la main gauche et le bout du poulce. Le siège est levé à la charge que Texercice public de l^une et Tautre religion se fera dans Maraos.

Il ftit donc arresté entr*eux que la conférence se ferdt à Sainct Bry près Gongnac , chasteau appartenant au sieur de Fors qui estoit du party do roy de Navarre, et où la Royne mère iroit loger, mais que ie roy de Navarre aurait les elefs do chastean.

La Royne mère avoit M. de Nevers et plusieurs seigneurs du conseil du Boy avec elle. Le roy de Navarre avoit avec luy M. le prince de Coodé son cousin, et le vicomte de Turenne, et plosleura seigneurs de son conseil. Il y eut trois entrevues par trois divers jours. A la première entrevue, tandis que le roy de Navarre y alloit, le prince de Condé et le vicomte de Turenne avec leors gens de guerre faisoient la garde ; de mesiDe, quand M, le prince y alla , le Roy de Navarre et le vicomte faisoient la garde; et quand le vicomte y entra, le Roy et le prince la firent Us avoient peur d'estre surpris, et principalement pour ce qu'il y avoit de grosses troupes de gens de guerre de l'armée de M. de Mayenne qui estoit rompue et desbandée, luy s'en estant allé en diligence à Paris pour représenter à Sa Majesté qoe ceste conférence estoit contre son ediety et contre ce qu'il leur avait promis par l'acoord de Nemours : bref il en mit toute la ligue des Seize en alarme. Or , en toute ceste eonferc&œ et à toutes les^ entrevues, après plusleors detcstations contre les perturbateurs d'Estat et les Inventeurs de^ nouvelles opinions , la Royne mère exhorta tousjours le roy de Navarre, de sa part et de celle do Eoy, d'estre catliollipM. Il loi respondit [ comme aussi firent le prince de Condé et le vicomte de Turenne] qnll m vooioit changer de religion s'il n'estoit instmUpar on concile libre. A la trolsiesmeentrevenê on parla de faire une trefve, à la charge que le roy de Navarre oontremandérait l'armée otnaigere. Le roy de Navarre dit qu'il ne veut foUkt de tnlf^f oud* Uen «ne bonne paix. La

Royne dit que, s'il veut promettre de retourner en rÉglise catholique, qu'elle accordera une trefve qui amènera la paix , ce qu'elle ne pouvolt faire autrement. Puis elle dit au vicomte de Turenne que resoluement le Roy ne vouloit qu'une religion en France. Il luy respondit : « Nous le voulons bien, madame, mais que ee soit la nostre, autrement nous nous battrons bien : » et ce faisant fit la révérence ft la Royne, et se retira sans lui plus rien dire , ce qui fit mettre la fin à ceste conférence. La Royne s'en retourna à Paris, et le roy de Navarre et les siens à La Rochelle, où M. le mareschal de Blron avoit pendant la conférence entré par plusieurs fois. Pendant qu'il y fut ce ne furent que festins ; mais il fut mandé incontinent par Sa Majesté : si que Thy ver de ceste année les Rochellois furent libres jusques à ce que M. de Malicorne , gouverneur de Poictou , et le sieur de Laverdin, son nepveu, y recommencèrent la guerre.

Dez le 20 de mars l'an 1583, le Roy avait estably dans le couvent des Augustins une confrairie ou congrégation de l'Annonciation de Nostre Dame que l'on appelloit les Penitens blancs. Sa Migesté estoit de ceste congrégation; M. le cardinal de Bourl)on en fut le premier recteur , plusieurs princes , prélats et seigneurs s'y mirent. Leurs statuts et leurs reigles furent imprimez. Quand ils estoient dans leurchappelle, ou qu'ils faisoient procession, ils portoient un habit en forme de sac allant jusques sur les pieds, assez large, avec deux manches, et un capuchon cousu sur la cousture du collet par le derrière, assez pointu par en haut, et pardevant allant en pointe Jusques à deroy pied au dessous de la cinture, n'y ayant que deux trous pour regarder à l'endroit des yeux ; le tout d'une toile blanche de Hollande; et estoient ceints d'une cordelière de filet blanc avec plusieurs nœuds , pendante jusques au dessous des genoux ; sur Tespaule gauche de leur habit il y avoit une croix de satin blanc sur un fonds de velours tanné cannelé, qui estoit quasi tout en rond. Le Roy se rendoit fort assidu d'observer les reigles de ceste congrégation. La ligue y trouve à redire, dit que tout ce qu'il en faict n'est qu'hypocrisie. Or, au commencement de l'an 1586, plusieurs pasquils et peintures coururent avec dictons, tant avec le portralct du Roy que des princes de la ligue; entr*autres Ton en remarqua deux, celuy du duc de Mayenne, où II y avait, pour son voyage de Guyenne : Pariurieni montes eê naicetur ridiculus mu$; et sur celuy du Roy, qu'ils habilloient en Pénitent estant le miel et la eire d'une ruche, avec ces mots : Sic eorvm

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IHTBODUCTION.

aculeos évita. Ils vonloient dire qne, comme il se faut couvrir la face et les mains de quelque sac quand on veut oster te miel d'une ruche, de peur d'estre picqué de Tesguillon des mouches , ainsi que le Boy se couvroit la face d'un sac de Peuitent de peur des eafllillons de la ligue. Gecy n^estoit que peintures qui ne se communiquoient qu'à ceux qui avoient de l'esprit. Mais le premier et le plus hardy prédicateur qui commença en preschant en chaire à mettre en exécution la volonté des Seize, ce fut M. Poucet, curé de Sainct Pierre des Assis. Il mesdit du Roy et de ceste congrégation des Pénitents, et en dit tant de choses en ses prédications, que le Roy l'envoya quérir. Il fut quelque temps détenu comme prisonnier; toutesfois il fût renvoyé après quelques remontrances que le Roy luy fit faire. C'estoit un hardy parleur : on sceut qu'aucuns de ces paroissiens avoient dit : « Le Roy a tancé nostre curé, il parlera bien un autre langage qu'il ne faisoit. b [Car depuis qu'il avoit descouvert quelques privautez , ou que l'on luy avoit raporté quelque chose, il ne falloit qu'aller À sa prédication pour en sçavolr des nouvelles. ] Il fut adverty lesquels de ses paroissiens avoient dit cela; aussi-tost qu'il fût en chaire il leur demanda s'il avoit changé de langage, s'il parloit le langage d'un perroquet on d'un sansonnet. Du depuis il continua à blasmer seulement les actions de la congrégation des Penitens blancs et leurs habits, pour ce que le Roy estoit de cette congrégation là [ quoy qu'à Timltation des blancs deux autres congrégations s'estoient aussi establies, vestuës les unes de couleur bleue, et les autres de noir, desquelles toutefois il ne disoit rien]. Or il advint en ceste année qu'un advocat de Poictiers nommé Le Breton, ayant pris la cause pour une veufve et pour un orfelin, perdit sa cause et à Poictiers et à Paris. Il prend si bien ceste afbire dans la teste, qu'il s'imagine de vouloir et pouvoir reformer tous les abus de la justice. Il se présente au Roy, il luy parle, on le mesprise. 11 s'addresse à M. de Guise, qui ne tient conte de lulrespondre. Il va en Guyenne trouver M. de Mayenne, qui le desdaigne. Il va à La Rochelle vers le roy de Navarre, qui ne voulut prendre la peine de l'escouter. Après tous ces voyages il retourne à Paris, où il fait imprimer un livre dans lequel tous les griefs qu'il disoit avoir esté faicts à la veufve et à l'orphelin estoient descrits, avec tous ses voyages , et mille injures et calomnies quUl entremesloit dedans contre le Roy et le parlement L'on est adverty de l'impression de ce livre; M. Seguier, lieutenant civil, saisit le livre, prend Tautheur et le met dans la Goneier-

gerie, où son procez luy estant fhft, il fût pendu dans la cour du Palais, à quelque vingt pas des grands degrez, et son livre bruslé devant luy. Poncet, adverty de ceste exécution, et que l'on punissolt de mort ceux qui escrivoient des invectives contre le Roy , appréhende, luy qui avait continué de parler mal en chaire contre les actions du Roy; il se couche au lit, et peu de jours après il meurt. L'exécution à mort du Breton fût un des plus spécieux prétextes que prirent les Seize de parler contre le Roy et la justice ; aussi que, le mesme jour qu'il fut exécuté, il fut décapité en Grève un gentil-homme appelé Sainct Laurens, qui, après avoir protesté qu'il estoit innocent, estant sur Teschafaut, appellasa partie à comparoir dans Tan devant Dieu : ceste partie estoit sexagénaire, qui mourut peu de jours après [toutesfois la mauvaise vie de Sainct Laurens n'estoit que trop cognûe dans le pays Chartrain] ; ils en tirent une calomnie, et font couler parmi eux que la justice avoit fait mourir deux innocens en un mesme jour : « Qui n'a veu mourir Le Breton, disoient-ils, avec ces mots à la bouche : Judica me Deus , et discerne eausam meam de gente non sanctâ , etc.? Qui ne luy a veu soustenir qu'il mouroit pour avoir deffendu la veufve et l'orphelin, et pour vouloir procurer la reformation des abus de la justice? Si le Roy eust voulu, ce vertueux personnage n'eust esté pendu. Mais quoy ! voylà la tyrannie ouverte. Qui demandera maintenant la reformation des abus il se peut ^seurer de la mort.» Ils usèrent aussi d'une finesse la plus subtile que Ton se saurait adviser : les livres du Breton furent bruslez ; le peuple de ce temps estoit curieux de les voir ; les portepaniers du Palais sont importunez d'en recouvrer ; ils font donc glisser une remonstrance faite dez l'an 1577 pour la refbrmation des abus, de laquelle on osta le commencement, et la vendoit on pour le livre du Breton. Ainsi le peuple, voyant une remonstrance si bien fiidte, se pipoit de luy-mesme, et par ce moyen on lui faisoit perdre l'amour, l'honneur et la crainte qu'ils dévoient à leur Roy et à sa justice, et on luy enracinoit dans l'ame le mesprls, la désobéissance et la rébellion contre son prince et contre Messieurs de la cour de parlements. Je diray encor ce mot sur le subject des Pénitents, que ces congrégations, tant des blancs que des bleus, noirs et gris , ont fort peo duré à Paris , pource que la ligue ût oster les blancs, et les autres furent def fendus ilan tô94, accusez de n'estre que colonies de séditieux. Et toutesfois ces congrégations sont très-belles, très-estlmées, et louées à Rome et à Venise, et en beaiiCQup d'autres lieux dltalie. Ainsi plu

UtTBOBUGTION.

^«m choMS sont Justes et sainctes en des pays , qui sont estimées en d'autres n'estre que tyranïàt el hypocrisie. L'Epagne tient son inquisition sainete,les bons François n'en veulent ouyr parier, et les Flamans l'estiment estre tyrannie: aussi les entendemens sont difTerens selon les dimats. Ccst assez sur ceste matière, continuons ce quise passa i*an 1587.

Au commencement de ceste année, Thy ver Alt la cause que la guerre ne se fit que fort peu; les armées du Roy furent toutes congédiées, lucanes troupes furent laissées ez garnisons pour tooijours empescher les courses des huguenots du Poieton, de la Guyenne, du Languedoc et du Daophiné. La noblesse se retira de chaeiiB paya en leurs maisons; et quelques régimenti furent envoyez, tant pour vivre ez pro- Tinees où il n*y avoit point de huguenots, qu'affio d'y adjouster de nouvelles crues pour s'en KTvir an printemps.

Le premier jour de Tan, la cérémonie de l'ordre du Sainct Esprit se fit aux Augustins. En ce temps le Roy descouvrit aucuns desseins de la ligue des Seize, par un qui estoit lieutenant du prevost de l'isle de France (l) ; il sceut aussi que te duc de Mayenne avoit communiqué avec eux à rhostdde Reims prez les Augustins, et que le doc de Guise n*estoit venu à Paris l'esté passé que pour les asseurer de vivre et mourir avec eox, et ne les jamais abandonner , comme fit toasi M. de Mayenne au commencement du mois de mars de ceste année. Quelques-uns sceurent si dextrement persuader à Sa Majesté que tout cela ne leur procedoit que de l'affection qa*ils portoient à la religion catholique , et de la peur qu'ils avoient à l'advenir d*estre domiaez d'un roy hérétique , qu'il despescha encore M. de Rambouillet vers le roy de Navarre, pour rezborter pour la dernière fois de se mettre en Teglise de Dieu, et qu'il estoit résolu de ne souffHren son royaume autre religion que la catholique roDUiine. Auquel le roy de Navarre dit que e^estoit le moindre dessein de ses euDemis que de le voir catholique affin que le royaume fust en paixj veu qu'ils n'avoient pris les armes que pour rompre la paix, et pour diviser et partager la France entr'eux ; mais que s'il plaisoit au Roy le laisser de«nesler ceste querelle entre les princes de la ligue et luy , sans s'en mesler , qu'il aoroit cinquante mil hommes dans trois mois, avee lesquels il esperoit renger tous les perturbateurs de TEstat sous l'obeyssance de Sa Majesté.

{\) Nteohs PoniaiD. Voy. Lestoile, règne de Henri UX, P*S2l^,Ul,i** partie, 2* série de cette collection.

La ligue veut la guerre , le roy de Navarre y est contraint. Ils parlent, comme on dit, à cheval ; et le Roy n'a point assez de force pour contraindre aucun de ces deux partis à luy vouloir obeyr. Il est conseillé donc de tourner toutes ses forces contre les huguenots. Il exécute cq. conseil ; et le printemps de ceste année la guerre se recommença en deux endroicts : M, de Guise fit la guerre à Sedan et à Jamets, places appartenantes au duc de Roûillon, où les huguenots de risle de France , Picardie et Champagne s'estoient retirez : il n'y eut pas beaucoup d'efforts de ce costé-Ià , et les trefves qui furent faictes entre les ducs de Guise et de Bouillon aux mois de may et de juin , leur donnèrent pour deux mois de repos, Jusques à la venue de l'armée des Allemans et des Suisses.

D'autre costé le roy de Navarre en Poictou commença vivement la guerre ; il s'empara des places de Ghisay, Sanzay, Sainct Maixent, Fontenay et Mauleon, les unes par assaut, les autres par composition, et ceste dernière par escalade ; il prépare en un mois plus de besongne que M. le duc de Joyeuse , avec son armée qui vint en Poictou, n'en eut sceu faire en six. Le duc à son arrivée se rendit maistre de la campagne, reprint Sainct Maixent et Tonnay-Charente, visita de prez les Rochelolà, desfit quelques troupes du roy de Navarre à la Mothe Sainct Eloy, et reprit Maillesais ; mais la peste travaillant son armée , il revînt vers le Roy à Paris. Ses troupes furent mises en garnison en quelques places de Poictou , le commandement desquelles il laissa au sieur de Laverdin son lieutenant Voylà ce que fit la cinqniesme armée envoyée contre le roy de Navarre.

Cependant que ces choses se passent, le Roy s'exerce en œuvres pieuses, il fait faire des oratoires pour les Jeronimites au bois de Vincennes : comme il est vestu de gris, il en fait aussi vestir les Suisses de sa garde. Il fait bastir les Fueillans aux faux-bourgs Sainct Honoré ; il commença un bel édifice pour faire un monastère au lieu où jadis estoient les Toumelles , appelle depuis le marché aux chevaux , et maintenant le Parc royal. Mais quoy! toutes ses dévotions furent réputées par les Seize n'estre qu'hypocrisie! Les prédicateurs de la ligue feront assez leur devoir de leprescher, comme il sera dit cy -après.

Le duc de Guise cependant le vint trouver à Meaux au mois de may, tant pour l'asseurer de la levée certaine de l'armée des Allemans, affin qu'il luy donnast des forces pour leur résister que pour se plaindre de plusieurs choses qu'il disoit avoir esté faictes contre l'edit et raccord de Nemours. Ces plaintes furent veuês de beau-

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