T. XII
fNTRODUCnOR
coup de personnes en ce temps-là ; le Jugement en fat divers, selon leurs passions. La ligue les soustenoit estre Justes, d'autres les tenoient trop hardies pour estre faictes par un subject à son roy. • Quelle apparence, disoient-ils, que le duc 0e Guise se plaigne qu'an ait saisi les revenus du cardinal de Pellevé, archevesque de Sens, puis que Ton sçait qu'il s'est retiré à Rome, où il mesdit ouvertement contre le Roy ? Quelle apparence ce duc a il de dire que Ton laisse les hérétiques en leurs maisons Jouyr de leurs biens, veu que le duc de Mayenne a baillé en Guyenne une infinité de sauvegardes aux dames de Gaumont, de Trans, et à des seigneurs et gentils-hommes de la religion prétendue reformée, et autres catholiques tenans le party du roy de Navarre, avec deffences à ceux de son armée de les molester à cause qu'ils ne portoient point les armes? Pourquoy veut-il contraindre le Roy de regarder d'un bon œil les seigneurs qui l'ont suivy en ceste dernière levée d'armes? Ne sçait-on pas que le sieur d'Antragues a fait tirer des coups de canon de la citadelle d'Orléans sur M. le duc de Montpensier, que le Roy y envoyoit? Et maintenant il voudroit que le Roy luy en rendist grâce et le remerciast. M. de Brissac a laissé surprendre le chasteau d'Angers : Sa Majesté l'a reprins d'entre les mains des partisans du roy de Navarre : et il voudroit contraindre le Roy, s'il pouvoit, de restablir le sieur de Brissac dans ceste place. Quelle apparence? i Ainsi parloient les courtisans.
Le Roy toutesfois eust bien désiré une paix, au contentement des uns et des autres ; il exhorta le duc de Guise d'y adviser, et luy fit faire des promesses particulières, s'il y vouloit entendre, pour l'advancement des siens; mais ses desseins n'estoient pas à la paix. Il faut donc que le Roy, contre son vouloir, se résolve à la guerre : et pour s'opposer à ceste grande armée d'estrangers, qui vouloient, en traversant la France, aller joindre le roy de Navarre en Poictou, il fit publier un mandement par lequel il fut enjoinct à toutes les troupes, tant de cavalerie que d'infanterie , de se rendre dans le 4 Juillet , scavoir : les unes à Ghaumont en Bassigny , sous la charge de M. de Guise; à Sainct Florentin, près de Troye, sous la conduite de M. de Montpensier ; et à Gyen, où le Roy luy-mesme se trouveroit.
Le conseil de la ligue des Seize à Paris, sur ceste nouvelle qu'il venoit une armée de reistres en France pour le secours du roy de Navarre, se remua plus qu'auparavant, et fit publier parmy ceux de leur faction que c'estoit le Roy mesme qui les faisoit venir, et envoyèrent en plusieurs villes de France ce qu'ils avoient résolu pour s'y
opposer. La lecture de leurs propres mémoires fera aysement Juger de leur mauvaise intentioo, et de leurs calomnies et practiques contre le Roy. Voicy leur premier mémoire.
« Sur l'ad vis asseuré que nous avons receu de la volonté du Roy de faire entrer au royaume de France une grande armée de reistres et Suisses hereticques, avec lesquels il traicte Jusques à leur abandonner nos vies et nos biens , soas la conduite du roy de Navarre, qu'il a appelle pour son successeur à la couronne, le tout tendant i la ruine de l'Eglise catholique, apostolique et ro> maine, et pour l'establissement de l'beresie ; nous avons bien voulu vous adviser de nos résolutions pour nous défendre de cest orage, et résister à si pernicieuses entreprises, où le Roy, à nostre très grand regret , est porté par Tinduction de gens malins qui le possèdent , pour establir l'heretique en ruinant les catholiques. Et d'autant que telles entreprises ne regardent seulement la ruine de la religion catholique au royaume de France, mais de toute la chrestlenté, c'est l'occasion pour laquelle nous nous sommes résolus d*y résister et nous défendre, sans toutesfois rien attenter ny entreprendre du vivant du Roy, mais seulement nous tenir sur la deffensive au cas qu'en soyons contraints, affln de nous mettre en devoir, et n'estre accusez devant Dieu et par nostre postérité d'aucune négligence ou mespris de la religion, pour n'avoir fait nostre debvoir et ce que pouvions, de résister à l'establissement de l'heresie, et empescher la ruine de noetre religion catholique, apostolique et romaine. Pour à quoy remédier nous avons [suivant le bon advls qu'en avons pris avec aucuns de vos députez] dressé trois mémoires, les coppies desquels nous vous envoyons : le premier contenant nés pro- Jects et intentions ; le second la forme de s'y gouverner ; et le troisiesme la forme de nostre serment ; affin que les ayans veus vous nous mandiez vostre advis et resolution , ne voulant rien faire ny entreprendre qu'avec vostre bon advis et consentement , comme nos confrères et compatriotes, avec lesquels nous désirons vivre et mourir pour le soustenement de nostre religion : le tout selon que nous vous avons particulièrement mandé cy-devant, et qu'avez estéadvertis comme nous du péril que la chrestlenté court pour les grandes entreprises que l'on fait contre les catholiques, s
Voylà le mémoire, et voycy leur premier pro- Ject:
fl Ad venant le cas que les reistres et Suisses hérétiques se desmarchent pour entrer en France, comme ils se préparent et qu'ils y ont esté ap« peliez, il est de Iwsoin que les eoclesiaBtIqaes, gen-
tNTBODrGTION.
till'ilOiDines et commimaiitez catholiques des boaiMS villes , spécialement de Paris , Rouen , Lyoo, Orieans, Amiens, Beau vais et Peronne, dépotent promptement qoelqaes gens de bien et de qualité vers le Roy le supplier de préparer incessamment armée suffisante pour résister aux forces estrangeres hérétiques , et, oultre ce , luy offrir, de la part des villes, un secours de vingt mille hommes de pied et quatre mille chevaux , payez et souldoyez pour un an , à la charge que lesdites villes associées feront eslection de capitaioes particuliers pour leur commander qui leur mont affidez , fraterniseront avec eux , et du tout à leur dévotion , sous le gênerai que Sa Majesté ordonnera [toutesfois prince catholique, et hors de soupçon de favoriser en rien nos enoemb], promettans que leurs gens ne ravageroot poinet la campagne, mais payeront et camperont , d'autant qu^ils seront bien payez par personnes que les catholiques establiront.
iPonr cest effect, Paris en son eslection fournira quatre raille hommes de pied' et mille cheTsui ; Rouen et ses voisinances , autres qua* tre mille hommes de pied et mille chevaux : Lyon et ses voisinances d'Auvergne, autres quatre mille hommes de pied et cinq cents chevaux ; Qrleaos, Bourges et leurs voisinances , autres quatre mille hommes de pied et cinq cens chevaux ; Amiens , Beauvais et la province de Picardie, antres quatre mille hommes de pied et mille chevaux.
• Si eeste juste requeste est accordée par le Boy ; les eatholiques se pourront asseurer [moyennant la grâce de Dieu] de résister aux forces hérétiques, tant domestiques qu'estrangeres, et les dissiper, et par ce moyen le royaume délivre de telle tempeste et danger extresme.
• Que si ceste juste requeste et nécessaire secours est refusé par la malice des conseillers du Boy, la plospart ennemis de la religion catholique, qui nous Teuleut tenir les mains liées en un si grand péril on 11 va de la ruine de la religion catholique et monarchie françoise , pour la sonnuettre à la puissance de l'heretique , il ne ^nldra laisser de faire ceste levée , et faire paroistre les forces et armes catholiques, eu cas que i'estrangere hérétique préparée y entre; et sera, par ce moyen, le Roy contrainct d'advouer l'armée catholique, ou s* en déclarer à rouvert oinemy. eomme négligeant ia deffense de la religion eontre les hérétiques, contre lesquels 1 armée catholique paroistra et fera teste, estant conduite et commandée par les gentils- hommes et capitaines catholiques affideï aux provinces et ailles qui pourront, au refus et contradiction du Aoy, prendre un prince catholique pour chef,
tel toutesfois que les catholiques en soient d*aeord.
i Quesi Se Majesté veut dire que ceste formede levées d^hommes est entreprendre ou diminuer son authorité,et qu'à luy seul appartient rentière disposition des affaires de son royaume, sans avoir de compagnon , luy sera remonstré que ceste offre de secours est un extraordinaire que son bon peuple catholique françois luy fait pour l'urgente nécessité, et quMI y a danger de mettre tel secours entre les mains de son conseil et ceux de la suitte , la pluspart desquels sont infectée d'heresie et d'athéisme, qui perdroient tout d'autant que leurs actions ne sçauroient estre aggreables à Dieu, et qu'il luy plaise croire que son peuple luy sera fldelle contre les hérétiques et leurs adherans. Et cependant ne faut délaisser à tenir les forces prestes pour nous deffendre en cas que l'armée hérétique et estrangere entre en France, ou que nous soyons assaillis, sans toutesfois entreprendre aucunes choses , ains se tenir tousjoursprests sur la deffensive tant que le Roy vivra.
i Advenant le cas de la mort du Roy sans enfans [que Dieu ne veuille], il sera besoin lors et À rinstant d'entreprendre et prévenir les malheureux desseins des ennemis de la religion catholique, que Ton voit à veuë d'œil s'armer et couver quelque surprinse et remuement : en sorte qu'il sera nécessaire de les devancer, et à ceste fin en quinze jours faire joindre les prochaines forces ensemble entre Paris et Orléans le plus secretteraent que faire se pourra, et que les ennemis soient estonnez. Ceste force sera suffisante, pour le commencement, de cinquante compagnies de gens de pied et vingt de cheval, laquelle, avec le consentement des bonnes villes, donnera entièrement la force aux catholiques, qui, le plus diligemment qu'ils pourront, feront assembler les estats pour parvenir à l'esiection d'un roy catholique , et ordonner les loix du royaume, pour remettre toutes choses au cours des anciennes loix fondamentales de la France.
9 Au mesme temps les catholiques prieront M. le cardinal de Bourbon de venir à Paris comme prince catholique, et Fesliront leur chef et protecteur des Estats catholiques, et envoyèrent aussi vers M. de Guyse et messieurs ses frères, et autres princes catholiques, pour les supplier les assister, les occasions se présentant. Et seront les estats priez, de la part des catholiques, de favoriser à la nomination royale, sur tous les princes catholiques, mondii sieur le cardinal de Bourbon, tant parce qu'il est prince très-catholique, ennemy des hérétiques, qu'aussi il est prince françois , doux , aggreable et ver*
INTBODUCTION.
tueux, de la race ancienne des roys de France, qai le rendtrès-recommandable, non comme héritier et successeor, estant trop remot en degré, mais capable d'eslection et de Thonneste préférence pour sa religion et ses vertus.
n Geste cause est si Juste et favorable, que toutes les provinces et villes catholiques de ce royaume, et les gens de bien ecclésiastiques et la noblesse s*y Joindront, veu la pureté et sincérité de nostre intention : et par ce moyen la religion catholique et cest Estât, que Ton veut ruiner, seront conservés et maintenus [moyen* nant la grâce de Dieu ] sans qu'il soit à la puissance des hérétiques et leurs adherans de parvenir à leurs desseins, ny à ceux qui commandent de gaster tout doresnavant, comme ils ont fedct par cy-devant.
• Et pour nous asseurer davantage en la deffense et manutention , tant en la religion catholique qu'en l' Estât, que Henry de Bourbon, prince de Bearn, hérétique, relaps et excommunié , veut empiéter contre tout droict divin et humain, il sera très-nécessaire, advenant la mort du Roy sans enfans [que Dieu ne veuille ] d'advertir par bonnes et véritables instructions nostre Sainct Père le Pape et le roy Catholique de toutes nos intentions, affin de les prévenir, et qu'au besoin Sa Saincteté nous assiste de sa saincte l)enediction, et le roi Catholique de ses forces et moyens pour une si saincte cause qui leur touche de prez , voire où ils y ont interest notable et principale deffense. •
Voylà leurs projects, et voicy la forme comme ils se dévoient gouverner.
« Le moyen [ sous la conduite de nostre bon Dieu ] advisé et résolu de tenir pour essayer en ce grand desordre qui menace de toutes parts la ruine finale de nostre religion et de TEstat de ce royaume , est de mettre un si bon ordre que nous restablissions ceste monarchie et tous les estais d'icelle selon les anciennes fondamentales loix [ sans nous despartir de la deué obeyssance que nous devons au Roy tant qu'il sera catholique , ou qu'il ne se déclarera fauteur d'heretiques ].
• Premièrement, c'est de faire que le plus que l'on pourra de provinces et bonnes villes de ce royaume s'unissent ensemble de force et conseil, et moyens.
» Et pour y parvenir, il faut en icelles practiquer le plus de gens de bien que l'on pourra comme ecclésiastiques, mesmement des prédicateurs ausquels le peuple a créance, gentils-hommes vertueux et de bonne vie , des officiers du Boy qui ne sont encores corrompus, bons et notables bourgeois et marchands, tous gens de
bien et de bonne conscience , craignans Dieu , sans crime ny reproche, affin que nous ne soyons point bigarrez ; lesquels , n'estans point poussez d'aucune privée passion , mais du seul zèle de la religion catholique, se résolvent, quand une Juste occasion se présentera, d'employer franchement leurs vies et leurs biens. Pour cest effect est besoin que les gens de bien des bonnes villes voisines ayen^communication ensemble, affin qu'ez occurrences ils puissent prendre advisde ce qu'ils auront à faire.
• Et parce qu'encores que nostre intention soit saincte et Juste , et que l'on ne la pourroit aucunement reprendre , toutesfois en un temps si chatouilleux on la pourroit sinistrement interpréter ; il fout nécessairement se comporter avec le secret, et pour ceste occasion est besoin qu'en chacune ville Ton establisse un consul de six personnes gens de bien, fidelies et prudents, qui communiqueront une fois ou deux la semaine ensemble, et ausquels les lettres de dehors se rapporteront ; car par ce moyen ils auront nouvelles de tout ce qui se passera. Chacun des six pourra pratiquer d'autres de mesme condition, ausquels ils communiqueront les choses qu'ils Jugeront dont ils seront capables ; et pour fortifier davantage nostre party, il faudra qu'ils essayent de practiquer en leurs voisinages des gens de bien, de qualité, ecclésiastiques, gentilshommes , officiers de la justice et bourgeois les mieux vivans et de bonne réputation, affin que nostre eorps soit composé des plus gens de bien des trois estats.
• Et parce que les princes catholiques sont parus devant nous , et ont déclaré leurs intentions et icelles manifestées , par lesquelles Ton cognoist qu'ils ne tendent à autre but que celuy que nous tenons, il nous faut prudemment chercher les moyens de nous Joindre avec eux , et qu'eux representans le chef ne puissent agir sans les membres , affin que le corps soit bien uny et qu'il ne se sépare , soit de subject , soit d'intention, car de là arriveroit nostre ruine.
t Et pour prudemment pourveoir comnie à chose nécessaire , faudra qu'en nous Joignant avec les princes catholiques, que Thonnear do commandement leur demeure, et que la force et disposition des affaires demeurent aux estats et conseil des catholiques, veu que les vHles fourniront et souldoyeront les hommes et feront eslection des chefs particuliers à leur volonté , et que Ton establira cependant un conseil de gens de bien et de qualité des trois estats, par l*advls desquels les affaires se manieront en la justice et finances , dont ils cognoistront souverainement ; et les princes et la noblesse conduiront
INTBODUCTION.
l€s iflaircs de la guerre et y commanderont : Le toat en attendant la resolution de l'assemblée gmiale des estats, et que la trop grande licence M les fasse oublier.
• Noua estimons cest article très nécessaire ^ sAd que les ennemis ne puissent venir à la ira- Tene troubler nostre délibération, d'autant qu^il est nécessaire que si Dieu nous donne Juste oceaskm el moyen de prendre les armes ^ Ton y mette une telle un à ceste fois qu'il n*y faille plas retourner. Et pour ceste occasion Ton fera pramettre ansdlts princes, par serment solemnel, qa1is ne se despartiront jamais de la religion , et ne nous abandonneront en façon quelconque, eomme de nostre part nous leur ferons pareille pomesse , et le semblable à la noblesse catholique qui s*y voudra joindre.
• Faolt que les villes particulières escrivent le plus souvent que faire se pourra au conseil estably à Paris , affin de recevoir les iostructions fréquentes les uns des autres.
• Pour espargner la despense le plus que Ton pourra , nous estimons que pour le commence- DKntla levée de trois légions suffira, puisque les ailles estant bien unies, nous n'avons maintenant à faire qu'une guerre deffensive.
» Ne fout pas oublier à pourveoir à Tamas des deniers promptement , et aux choix des capitaines, afiin de tenir le tout prest, et que lesdits capitaines se garnissent de leurs soldats les plus fiddies et gens de bien quMIs pourront, et bien disciplinez , attendu qu'ils seront bien payez •
Voyiâ rinstruction qu'envoya le conseil des Seize à ceux des villes qui estoient de leur faotioa, et voicy le serment de leur ligue :
• Noos, jurons et promettons sur les saincts Evangiles, au nom du grand Dieu vivant, rigoureux vengeur du parjure, que sans nous desparlir de la deuê et légitime obeyssance que BOUS devons au Roy tant qu'il se monstrera catholique , et qu il n'apparoistra favorisant les hérétiques, nous employer doresnavant franchement et volontairement, tant de nos vies que de DOS biens, pour conserver la religion chrestienne, catholicpe , apostolique et romaine , que tant d'enneniis veulent destruire , et pour conserver eeste monarchie françoise qu'elle ne tombe en la domination de Henry de Bourbon , prince de Bcam , hérétique, relaps et excommunié, ny de tes semblables et adherans, et l'entretenir en son entier comme nos prédécesseurs la nous ont laissée ; résolus de mourir plustost que l'hérétique y commande , ny que l'Ëstat soit desmembré, comme il tasehe de jour à autre d'y parvenir. Et poureest effect, sous la guide et conduitte
de nostre bon Dieu , et par Flnspiration du Sainct Esprit, autheor de toute saincteté, union et concorde, nous nous sommes cejourd*huy associez les uns avec les autres, par les mains des députez cy assemblez , nos forces , nos moyens , nos conseils, avec promesse et protestation mutuelle de ne nous abandonner jamais les uns les autres, ains que nous nous joindrons à la deffence mutuelle de la moindre des villes associées aossitost que de la plus grande, là où elleviendroit à estre en peine pour raison de la présente association, ou que les ennemis de Dieu , de la religion, de l'Estat et du Roy voudront l'offenser.
• £t non seulement nous promettons nous employer pour la conservation et deffenses des provinces et villes associées , bourgs et villages, mais aussi de tous autres de ce royaume qui seront recherchez et molestez par les hérétiques et leurs adherans; estant nostre intention de deffendre tous les catholiques de ce royaume , associez ou non associez , pourveu qu'ils ne se déclarent nos ennemis et qu'ils n'y adhèrent; desirans et voulans sur toutes choses deffendre la religion catholique , apostolique et romaine , que Ton veut oster et ruyner pour y establir l'heresie et la domination de Theretique. Et sur ce seul subject nous avons faict et faisons la présente association.
» Nous protestons ; devant Dieu et les hommes, que aucune privée paction ne nous remué toucliant les partialitez dont la France est aujourd'huy affligée , mais le seul zèle de la conservation de nostre religion , laquelle , au jugement de tout le monde, l'on voit courir une évidente ruyne de tout cest Estât , par son démembrement tout évident que les hérétiques et leurs adherans veulent faire, si les gens de bien et bons catholiques de ce royaume ne s'y opposoient et n'y mettoient la main.
• C'est pourquoy nous supplions messieurs les ecclésiastiques , qui ont le premier interest en ceste cause , se joindre d'une bonne volonté avec nous, nous aydans de leurs bonnes prières et moyens ; et de nostre part nous leur promettons, par serment devant Dieu inviolable, que nous n'abandonnerons jamais la cause de Dieu et de son Eglise ,. et ne poserons Jamais les armes, quand nous aurons esté contraints et nécessitez de les prendre, jusques à ce que, par une assemblée générale des estats de ce royaume catholique, nous n'ayons, autant qu'en un siècle si grandement corrompu faire se pourra, remis lestât de TEglise en ses anciennes et sainctes institutions, privilèges, honneurs, libertez et franchises, selon les saincts décrets et concilies généraux, mesmes celluy de Trente, Temologa-
INTRODUCTION
tion et publication duquel nous poursuivrons tant qu'il nous sera possible , pour estre unis et incorporez inséparablement avec TEglise catholique , apostolique et romaine , qui est la vraye et seule Eglise de Dieu.
• Nous supplions pareillement messieurs de la noblesse catiiolique de ce royaume , se ressouvenir de ce à quoy la gloire de leurs ancestres ies convie , veu qu'ils ont si généreusement et tant de fois combattu pour la deffence de la religion catholique , et se joindre et associer avec nous, à fin que , comme ils sont esievez d'un degré plus haut, ils nous monstrent aussi le chemin , et nous servent de guide , chefs et conducteurs pour conserver la religion catholique, apostolique et romaine, et la patrie commune oontre l'entreprise et violence des hérétiques, et empescher leur domination ; et en ce faisant nous leur promettons de ne les abandonner jamais, ains nous joindre avec eux et y employer nos vies et nos biens pour l'effect de ceste présente association , que nous continuerons, par la grâce de Dieu, jusques à ce que, par une assemblée generalle des estais catholiques, que le Roy sera supplié faire assembler le plustost que faire se pourra , on ait pourveu à ce que ce digne corpsde noblesse, appuy principal dece royaume après Dieu, soit mis et restably en son ancienne splendeur, et maintenu en ses mérites, libertez, honneurs , prérogatives et franchises honnestes et vertueuses. A condition aussi que messieurs les ecclésiastiques et nobles nous promettent pareillement de ne nous abandonner jusques à ce que par lesdits estais on ait pouveu k ce que la justice soit affermie et repurgée comme elle doit, spécialement les cours souveraines, remplies en la plus-part de corruptions , hérésies et tyrannies ; et aussi jusques à ce que l'on ait asseuré et restably les corps et comraunautez des bonnes villes en leurs anciens privilèges, libertez , honneurs et franchises ; semblablement que l'on ait pourveu aux intolérables misères desquelles le pauvre et commun peuple , nourricier de tous les autres estais, est aujourd'huy de milles façons barbarement oprimé : le tout sans nous départir de la deuë obeyssance que nous devons au Roy, veu que si nostre intention par l'ayde d'en haut se peut aci'omplir^ au lieu qu'il se peut dire à présent le plus pauvre et mal obey roy de la terre, (m le verroit estre honnoré et mieux obey qu'autre qui vive. Le grand Dieu du ciel, qui a'seul toute puissance sur les empires du monde, et qui est scrutateur des cœurs, bénisse nostre saincte intention et la face prospérer à son honneur et gloire éternellement. »
J'ay mis ic^ tout du long œ mémoire et ces
projects feicts par le conseil des Seize de la ligue dans Paris , avec la forme comme tons les peuples des villes qui entreroient dans ladicte ligue se dévoient gouverner, et leur serment qu'ils dévoient faire, affin que le lecteur juge plus aysement de l'intérieur de «ceux qui ont basty ceste ligue contre leur bon et souverain prince , et comme ils se sont couverts du prétexte de la religion, en protestant de ne se despartir de Pol'eyssance qu'ils dévoient au Roy , avec ceste clause : tant qu'il sera catholique, ou qu'il ne sera fauteur d'heretique. Et toutesfois, dez le premier commencement de leur mémoire , par ces mots , « sur l'advis que nous avons receu de la volonté du Roy de faire entrer au royaume de France une grande armée de reistres et Suisses hérétiques , avec lesquels il traicte jusques à leur abandonner nos vies, etc. , • ils l'accusoient desjà d'estre fauteur d'heretiques; et sous ceste calomnie ils bastirent leur ligue daus les villes, tandis que Sa Majesté exposoit sa vie avec sa noblesse pour empescher que les rheistres ne passassent la rivière de Loire. L« lecteur peut aussi remarquer comme ils \oulolent changer Tordre de la succession en* ce royaume sons le prétexte de la religion , lorsqu'ils parlent de M. le cardinal de Bourbon en ces mots : « non comme héritier et successeur , estant trop remet en degré , mais capable d'eslection et de Thonneste preferance pour sa religion et ses vertus. » Il failloit bien que les desseins de ces conjurateurs pour mettre l'ordre do royaume de France sans dessus dessous , eussent pour but quelque apparence de bien ; aussi ils ne vouloient que Ton receust en leur ligue que les gens de bien. Plusieurs bonnes gens do peuple s'en mirent sous le spécieux prétexte de religion ; mais les autheurs et gouverneurs de ceste ligue avoient bien d'autres desseins , ainsi qu'il se verra cy-après.
Or suivant ce que nous avons dit , que le Roy avoit donné le rendez-vous à toutes ses troupes, tant de cavallerie que d'infanterie, pour aller au devant des reistres en trois endroicts, sçavoir à Chaumont, à Sainct Florentin près Troyes , et à Gyen , il s'y trouva soixante-huict compagnies de gens-d'armes montans à quelque trois mit cinq cents chevaux , dix mil hommes de pied françols , douze mille Suisses et quatre mille reistres. Ce qui estoit sous la conduite de M. de Montpensier s'adjoignit au Roy, comme nous dirons cy-après : mais les troupes qui estoient sous la charge de M. de Guise tindreut leur corps d*armée tousj ursà part, savoir vingt-cinq compagnies d'ordonnances conduittes parles princes et seigneurs de la ligue , quelques régiments de
iutboductioiv.
ffOÊ de pted, avec les troupes que le prince de Pftrme loy envoya par le commandement du loy d'Espagne, qui estoient quatre cents lances d deux mil hommes de pied. Geste petite armée, el toutefois gaillarde et belle, s'advanee , i^adjoint aux forces du duc de Lorraine; mais «lie estoit trop foible pour empescher l'entrée à trente mil estrangers et à quatre ou cinq mil François qui les oonduisoient.
Tous ceux qui ont escrit pourquoy ceste grande armée d'estrangers ne fit de pareils effets que celle qu'amena le duc des Deux Ponts Fan 1569, laquelle traversa depuis les horùa du Ihin Jusqaes en Poictou, s^accordent que la maufaîse inteliigenoe qu'il y eut entre les chefs, leur dlYîsioD, le s^our qu'ils firent sur les frontières de Lorraine pour résoudre quel chemin ils dévoient prendre et ce quMls dévoient faire , en a esté la cause.
Tandis que le duc de Guise pensoit deffendre rentrée du royaume à ceste armée estrangere , le roy de Navarre se préparait pour leur aller au devant afSo de tascher à favoriser leur passage sur la rivière de Loire, et se joindre avec eux. Le Boy qui voit ce dessein , et qui descouvre que tous tes princes de la maison de Bourbon , qui sont les seuls princes de son rang, estoient dans Vame tous fasehez de ceste guerre , dont ils ac- CBsoJeat la maison de Guise ; que les livrets en trottoient par tout , et que Ton dîsoit qu'elle se fidaoit pour TEstat et non pour la religion, et mesmesque le comte de Soissons , prince de son ttng, et plosleurs seigneurs catholiques avoient esleré des troupes en Normandie, au Maine et au Perche, et s'estoient allez joindre au roy de Navarre , lequel s'estolt advancé jusqu'à Montsoreau en Anjou pour recevoir ledit sieur comte et ses troupes , ce qu'il avoit faict ; aussi qu'estans joints «nsemble ils s'en alloient recueillir les forées dodit roy de Navarre qui luy venoient de GaseoDgne, ponr, estansplus forts, favoriser mieux le passage de son armée estrangere ; le Roy donc se resoavenant qu*eslant encore duc d'Anjou , le feu admirai de Ghastillon luy avoit donné tant de peine après qu'il eut receu l'armée du duc des Deux Ponts, soit au siège de Poictiers , à la bataille de Montcontour et ailleurs , il se douta bien qne le due de Guise feroit la mesme faute que les ducs de Nemours et d'Aumale avoient &ile en ce temps lÀ, pourn'avoir peu trouver le moyen d'empescher le duc des Deux Ponts d'entrer dans le royaume, ou de le combattre. Il ne fut point trompé , comme nous dirons cy-après : auasi sa prévoyance sauvera la France du péril emineot où elle estoit lors. Pour la seconde fois il envoya M. de Joyeuse avec une autre armée
en Poictou , avec commandement d^empescher le roy de Navarre de ne joindre les bords de la rivière de Loire, et ce au bazard mesme d'une bataille : ce que le sieur duc de Joyeuse fit si animeusement , la Jeunesse où il estoit le faisant présumer que toutes choses luy estoient possibles, qu'en poursuivant le roy de Navarre , le prince de Gondé et le comte de Soissons qui alloient en Gascongne , il leur présente la bataille à Goutras , où il se perdit avec toute l'armée que le Roy luy avoit donnée : il y mourut avec un sien frère, et plusieurs seigneurs de marque ; tous les capitaines furent presque tous ou tuez , ou prisonniers. Mais quoy que le roy de Navarre acquist là Thonneur d'une grande victoire , si est-ce qu'il perdit la commodité de pouvoir secourir son armée d'Allemans; car le Roy estant party de Sainct Agnan en Berry , Il s'en alla droit à Gyen : là il receut advis que les conducteurs de ceste armée estrangere, après s'estre accordez du chemin qu'ils dévoient tenir , avoient résolu de tenir la route de la rivière de Loire; que le duc de Lorraine et le duc de Guise, pour ne leur donner envie de demeurer en Lorraine , avoient &it brusler les moulins et desmolir les fours sur le chemin par où ils avoient passé ; que nonobstant cela ils avoient traversé le Barrois et Ginvfilois, et que, pour toutes les longues pluyes , le peu de vivres qu'ils recouvroient, les maladies qui les tourmentoient, ils avoient passé prez de Ghaumont en Bassigny, à la veaë de toutes les forces de tous les princes de la ligue ; qu'ils avoient aussi passé la Seine prez de Ghastillon , et s'en venoient passer les rivières de Cure et d'Yonne , approchant tant qu'ils pouvoient de la rivière de Loire.
Le Roy, comme nous avons dit, qui s'estoit douté de ce que feroit ceste armée , y avoit preveu, ayant fait mettre de bonnes garnisons dedans toutes les villes où il y avoit des poifts pour passer. Le sieur de Rieux estoit dans Glen , le sieurdeRochefort à la Gharité, lesleurdeGhamplemy à Nevers, et dans Dezize le comte de Grampré. Sa Majesté, accompagnée de messieurs les ducs de Montpensier, de Nevers, d'Espernon et de Retz, avec de très-belles troupes de cavallerie et d'infanterie, et h uict mille Suisses, s'estoit résolue de les combattre s'ils entreprenoient de passer la Loire. D'autre costé, les François qui estoient parmy ceste armée d'eslrangers les assuroient qu'ils avoient une entreprise sur La Gharlté, et que quand elle manqueroit, que toutesfois au mois d'octobre la rivière de Loire estoit si basse qu'ils la guayeroient en mille endroicts : voyià deux beaux desseins, et nul des deux ne leur réussit. L'entreprise de La Gharito
inTAODUGTION.
leur estant faillie , ils veulent tenter de passer à goay la Loire ; mais ils trouvèrent que les guaiz par où ils pouvoient lors passer estoient tous gastez par le eommandement de Sa Majesté : celay de Sainct Firmin proche de Ghastillon sur Loire fut gasté par le sieur de La Chapelle aux Ursins; celuy de Lezé, où il pou voit y passer cent chevaux de front drolct à droict sans se mouiller presque les sangles , fut gasté par M. de Nevers ; celuy de Saint Sature par M. de La Guiche, celuy de Ponilly par M. le mareschal de Rets, et celuy du Pas de Fer près Nevers par M. le mareschal d'Aumont.
Ainsi les reistres empeschez , pour ne pouvoir passer la rivière de Loyre, laquelle estoit bordée de l'armée du Roy, se résolurent le 20 d^octobre, estans à Neufvy, de tirer du costé la Beausse. Le Roy se rendit à Gyen le 24, et donna Tordre requis pour garder ceste ville, qui estoit fort foible. L'armée estrangere alla vers Montargis , le baron d*Othnaw , qui conduisoit les reistres, se logea à Yimory. Les ducs de Guise et de Mayenne s'estoient arrestez avec leurs troupes vers Joigny, Asse et Crevant^ à quinze lieues de Neufvy où estoient logez les reistres, hors d'espérance de les plus revoir, pensans qu'il estoit impossible de leur empescher le passage de la Loire; mais quand ils eurent advis que le Roy les y avoit arrestez tout court, et qu'ils avoient pris le chemin de la Beausse, alors Tesperance leur crcut que les reistres ne retourneroient tous en Allemagne. De les attaquer eu gros ils n'estoient assez forts : leur dessein fut donc d'enlever quelque quartier de ceste armée. Ils s'acheminent vers Montargis , et s'aydent presque en mesme temps de la finesse et de la force.
Pour la force, le 27 octobre sur le soir ils donnent avec toutes leurs troupes dedans Yimory , pensant enlever de nuict ce quartier ; mais les reistres incontinent se rallièrent : il y eut là un grand combat où les ducs de Guise et de Mayenne perdirent deux cents quarante des leurs, et les reistres cent cinquante : une partie du bagage du baron d'Othnaw fut pillé, il perdit les deux chameaux qu'il devoit présenter au roy de Navarre, les deux attabales (1) [qui sont petits tabourins de cuivre que les hachas des Turcs estans chefs d'armées font sonner et marcher devant eux ] , trois cents chevaux de chariots. Les ducs après ccst exploict se retirèrent avec leurs troupes vers Nemours.
Voilà ce qui se passa à Vimory. Depuis, l'armée cstrnngerc s'advança dans le Gastinois ; le due de Bouillon y prend et bat Ghasteau-Landon,
(t) Li&cz arabales.
le reistre le pille. Le duc de Guise ne dort point, la finesse est aussi utile à la guerre que la force ; il s*ayde de d'Escluseaux, qu'il avoit mis dans Montargis, pour faire une entreprise double, et offrir au sieur de Ghastillon pour de l'argent de le faire maistre, tant du chasteau que de la ville : il avoit envie de l'y attraper , mais l'entreprise fut descouverte.
Les reistres tirentdroict en Beausse ; lesplayes les incommodent, la plus-part des Suisses et des lansquenets laissent leurs souliers parmy ses terres grasses, les chevaux des reistres s'y déferrent. Le Roy ne les abandonne point qu'il ne soit ou à leur teste ou à leur main gauche. Le duc de Guise les suit, et les tient contraincts sur leur aisie droite de se tenir serrez. Ainsi les reistres passent auprès d'Estampes, et tirent drolct pour aller à Ghartres. Ils se logent À Auneau; leurs mescoDtentements croissent , ils demandent aux François qui les conduisolent argent, munitions et vivres ; tout leur manque. Quelques troupes qu'avoit levées M. le prince de Gonty au Mayne s'advancent à Prunay près Chartres , où M. le duc de Bouillon luy rend la cornette blanche ; tout cela ne contente le reistre ny le Suisse ; ils trouvoient bien de quoy vivre , mais l'argent ny l'armée du roy de Navarre ne paroissoit point.
Le dessein du Roy estoit de les séparer, et sans perdre les siens trouver le moyen de faire vuider ceste armée estrangere de son royaume. Le duc de Guise, au contraire, voyant que tout luy rioit, ne vouloit qu'ils s'en retournassent à si bon marché ; et quoy que le duc de Mayenne estoit retourné en Bourgongne avec ses troupes depuis la charge de Yimory , il continué son dessein de tascher à enlever le quartier du baron d'Othnaw, logé à Auneau; lequel le mesprisoit pour le peu de troupes qu'il avoit. Or M. de Nevers , par le commandement du Roy, avoit faict si bien , que les douze mil Suisses accordèrent de s'en retourner en leur pays moyennant de l'argent : par ce moyen ceste grande armée d'estrangers tout à coup se trouve estre affoiblie de la moitié, ce qui fut la seconde cause de la deffaite de ceste armée , laquelle , ne se trouvaDl plus assez forte pour respondre à l'armée royalle. minuta sa retraite affin d'aller passer à la source de Loire, et gaigoer le Yivarais, le Languedoc et la Gascogne, pour voir le roy de Navarre et son argent. Mais le duc de Guise leur dresse ane aussi belle entreprise et aussi subtile qu*il se sçauroit imaginer, qui fut telle : Le concierge du chasteau d' Auneau, qui appartenoit à la maison de Joyeuse , estoit avec quelque garnison daus le chasteau, ayant juré sur sa foy quMI n'eutreprcndroit rien ; le baron d*Othnaw l'y
iniBODUCTlOR*
:ce fiit une fiute grande qa1[ fit. Le duc de Gaûfr flonmia le concierge sous main de fa- Tori§er eon entreprise , il le gaigne : il luy accorde de faire entrer les siens dans le chasteaa. Ainsi que le baron d'Othnaw s'appreste pour sortir, qpie tons les chariots estoient chargez prestsà partir , le dac de Guise faict coaler toute son infanterie par les portes de la ville , plusieurs sortirent aussi du chasteau ; le reistre se trouva si esperdu lors se voyant surpris, qu'il n*ent aucun moyen de se rallier ; le baron d'Othnaw n'eut point d'autre recours que de se sauver, à la fiiveiir de la nuict, par dessus les murailles, avec fort peu des siens. Il y perdit sept cornettes qui furent toutes deffaictes, et le reistre qui s'estoit renfermé dans les logis fut contraint de se rendre à la discrétion des victorieux, qui y gaignerent force bagues et chaisues d'or ^ et bien deux mille chevaux et huit cents chariots.
Geste charge haussa de beaucoup le courage à M. de Guise, il s'y comporta valeureusement , href die luy fut fort honorable , et d'autant plus qu'il n'y perdit que fort peu de soldats. Ce coup aussi fut la troisiesme cause de leur desroute, et lequel fit le plus haster les reistres d'avancer leur voyage pour gaigner la source de Loire. De retourner en Allemagne 11 leur estoit impossible ; toos les chefs françois qui estoient avec eux s'obligent et leur respondent de leur deub, pour- %eu qu'ils avancent le plus de chemin qu'ils pourront : Ils prennent leur route par auprès de la fiwest d'Orléans , se hastent pour trouver la soQrœ de Loire, puis que le duc de Guise n'estoit assez fort pour deOàire encor vingt-deux comett» de reistres en campagne raze. Les François qui estoient des provinces de deçà Loire se retiroient le mieux qu'ils pouvoient chez leurs imls, et les abandonnoient; mais le sieur de Cbastillon et ses troupes ne les abandonnèrent jamais.
Le Boy craignoit toutefois qu'ils ne joignissent le roy de Navarre , car il avoit eu advis qu'il prenoit son chemin de tournoyer l'Auvergae pour les venir joindre en Yivarets : il sçait que tout harassez qu'ils estoient , s'ils pouvoient le joiadre et estre refraischis , qu'ils luy donneroientdelapelne. Ce futpourqooy il faitadvaneer M» d'Espemon avec toute sa cavalerie , qui tes poursuivit jnsques à Marsigny, lA où il leur fit offre ques'ils vouloient se retirer en leur pays, que le Roy leur feroit donner passage. Ils aimèrent mieux choisir de s'en retourner en Allemagne que de passer plus outre et aller courir en Guyenne. Leur accord estant fait , ils sont conduits Jusque^ à Moscou , où ils passent et ti-
rent droict à Genève ; le baron d'Othnavr , avec le reste de ses reistres , porte en Allemagne les nouvelles de la valeur du duc de Guise, qui le poursuivit avec le marquis du Pont Jusques aux montaignes Sainct Claude. Ces deux princes voyans que les reistres estoient eschappez de leurs mains , ils tournèrent à gauche , et ruinèrent le pays du comté de Montbelliard , d'où ils revinrent à Nancy. Quant à M . de Bouillon il decedda à Genève le 1 1 janvier lâ88. Le seul sieur de Cbastillon avec ses François ne voulut nulle composition ny traicté d'accord avec Sa Majesté ; il advise à sa retraite : les reistres avoient eu envie de se saisir de luy pour l'asseorance de leur payement; Il se resoult de passer au travers du Lyonnois et gaigner le Vivarais : il exécute si courageusement son dessein, que les sieurs de Mandelot et de Toumon qui l'en vouloient empescher , estans plus forts dix fois que luy ; n'en peurent trouver le moyen quelque diligence qu'ils fissent , et les enfans de Lyon qui s'advancerent trop près de sa troupe se trouvèrent si soudain envelopez et tuez à coups de coutelats , qu'il ne print plus envie aux autres de le poursuivre , et ainsi il arriva à Aubenas et à Privas sans avoir depuis aucun empeschement , où il se rafraîchit après avoir en quatre mois fait une partie du circuit de la France , car il estoit party de La Rochelle par le commandement du roy de Navarre , et avoit traversé la Guyenne , le Languedoc et le Dauphiné , passé à Genève, traversé par la Franche-Comté, et, estant arrivé à Grésille près La Mote en Lorraine , il s'estoit Joint à Tarmée des reistres , de laquelle il avoit tousjours esté depuis conducteur de l'advantgarde. En fin ceste armée estrangere n'emporta rien de la France, comme les autres qui y estoient venues aux premiers, seconds, troisiesmes et quatriesmes troubles ; au contraire elle y laissa son bagage et plusieurs milliersde gens de guerre* La desroute fut honorable et profitable aux François , mais il advint que les uns en attribuèrent l'honneur au Roy, à qui seul il appartenoit [ comme les gens d'honneur et d'esprit l'ont tous- Jours recogneu], et les gentils-hommes et soldats qui avoieut butiné sur le reistre , la ligue des Seize, les prédicateurs qui estoient de leur faction , en rapportoient tout l'honneur à M. de Guise , dont il s'engendra des Jalousies qui ont esté la cause principale de la continuation des troubles dont la France a été depuis affligée.
Si les estrangers qui estoient venus en corps d'armée furent si mal traictez par le Roy , les deux mil Suisses qui estoient passez à Genève pour aller en Dauphiné le furent encor plus mal. Le colonel Alphonse d'Ornano , gouverneur dans
INTRODUCTIOM.
le Pont Salnct Esprit ; sçait qu'ils s'advancent en Dauphiaé; il en advertit M. de La Valette, et convie tous les catiioliques de prendre les armes pour empesclier quUls ne Joignent ie sieur Desdlguieres , lequel avoit aussi amassé toutes ses forces pour les aller recevoir et garentir de tomber sous la puissance des armes des catholiques. Mais si tost que les garnisons de Montelimar furent sorties pour aller trouver le sieur Besdiguieres, les catholiques exécutent une entreprise qu'ils avoient dez long temps sur ceste place ; ils surprennent la ville et non la citadelle : Desdlguieres pour la secourir est contraint de retourner ; le sieur de La Valette et le colonel au contraire s'advancent , et exécutent si bien leur dessein , qu'ils attaquent ces deux mille Suisses et les desfont , si que fort peu se sauvèrent de la fureur de leurs armes. Cependant les sieurs Desdlguieres, Gouvernet, Poyet et autres, s'advanoent vers Montelimar, et à la diane entrent par la citadelle, et donnent si vivement dans la ville , qu'après avoir rompu les barricades et les premiers corps de garde , ils renversent et tuent tout ce qui se présente en armes devant eux, et reprennent ceste place : il y eut en ceste reprise plusieurs seigneurs de marque de tuez , et grand nombre de soldats , pource qu'ils ne se peurent sauver, à cause que le comte de La Baume entendant l'alarme sortit ; mais il fut incontinent tué : or il avoit les cle&des portes , pource qu'il estoit le seigneur le plus qualifié qui fust dans ceste place , lesquelles ne pouvant k ceste occasion estre trouvées pour ouvrir les portes , ils demeurèrent tous sous la puissance des victorieux, qui en espar gnerent fort peu.
Voylà pour le faict des armes, comme la France en a esté tourmentée Tan 1687. Pour la famine , au mois de juin la ville de Paris et les pays où les armées passèrent en furent fort affligez. Ce sont les fruicts qu'elle reçoit pour la rupture des edicts de pacification.
Le Roy après l'entière desroute des reistres retourne à Paris , il y passe son hyver. Il avoit ponrveu de Testât d'admiral de France M. le duc d'Ëspernon, il luy avoit aussi donné le gouver* nement de Normandie , qui estoit les deux plus belles charges qu'avoit feu M. de Joyeuse, duquel les funérailles se firent lors à Paris telles que Ton les faict aux enCans de France: ce fut an nouveau subject de mescontentement aux princes de la ligue, qui portoient de l'envie à ce seigneur d'autant que le Roy l'aymoit. Les malcontents sont tousjours ennemis des favoris des princes; aussi tous les conseils que tenoit la ligue des Seize à Paris, et tout ce qui se fit en l'assemblée tenue à Nancy [où le duc de Guise se
trouva en février 1686 , au retour de la conne qu'il avoit faite en la comté de Montbelliard], ne fut que pour trouver moyen d'oster le duc d'Ëspernon d'auprès de Sa Majesté.
L'esmeute de Crucé et de La Haste [ que les Seize ont appelle entr'eux l'heureuse journée de Sainct Severin , en laquelle ils prirent la première fois les armes, sonnèrent le toxin en l'église Sainct Benoist, et eurent la hardiesse de repoulser les archers des gardes du Roy, deux commissaires et quelques sergents qui avoient eu commandement de se saisir de quelques prédicateurs lesquels avoient presché que le Roy estoit un tyran et fauteur d'heretiques] ayant esté endurée par Sa Mi^esté , qui n'usa lors de sa force et de son anthorité pour punir ceste première sédition des Seize , qui ne parurent lors que cent personnes au plus en armes , a esté estimée une signalée faute , et pareille à eelle qn'ii fit dez le commencement que les princes de la li« gue prir^t les armes en 1 686 . Il faut dire la vérité : la rébellion et ia mutinerie se doit punir dez qu'elle est descouverte , Ton ne la doit point endurer. Aucun prince ne s'est Jamais bien trouvé de tolérer les séditieux , car ils deviennent de plus en plusinsolens et hardis d'entreprendre contre luy, le peuple les suit voyant qu'ils ne sont chastiez. Les roys doivent user en ces accidents là promptement de leur force et anthorité , affin de remédier aux inconvénients qui en ad viennent, et non pas dilayer sous ombre de cuyder user de prudence.
Les Seize depuis ceste esmeute devinrent si hardis , et multiplièrent tellement, qu'il fàt hors de la puissance du Roy de les remettre en leur devoir : ils contre-disoient librement toutes ses actions , publioient mille menteries de Sa Majesté , entr'autres qu'il avoit foict venir luy-mesmes l'armée estrangeredes reistres pour ruyner les princes et le peuple catholique , qu'il l'avoit payée de ses deniers, et l'avoit renvoyée et fait reconduire Jusques aux frontières par M. d'Ëspernon , auquel seul il donnoit tons les plus beaux estats de la couronne ; que le duc de Guise et les princes et seigneurs de ia ligue avoient seuls combatu l'armée estraogere sans avoir aucune recompense ny bien-faict de Sa Majesté, mesmes que le sieur de La Ghastre^ mareschal de l'armée du duc de Guise ; luy allant porter la nouvelle de la desikicte d'Anneau, au lieu de luy donner , selon la coustume des roys , une rescompense digne d'une telle et si bonne nouvelle, ne l'avoit pas presque voulu voir; que les intelligences secrettes et les faveurs quMl portoit aa roy de Navarre n*estoient que trop cognuôs , lequel il avoit envie de faire son successeur.
lllTAOBDCTlOlf.
Vojlà àmfOfoy ils entretenoiest le peuple. Quelqoes tivrets trotoient aussi , avec lesquels ils amasiMeiit les curieux , et ne manquoient d'en envoyer aox villes et provinces avec lesquelles ils avoient conféré , ainsi que nous avons dit, et ksiostraisoient fort particulièrement de ce qu'ils &iioleot et comme ils resistoient aux mauvais effects et deportem^ts du Roy et de son conseil. An mois de février ta nouvelle leur vint de la resolotioa que le duc de Guise avoit prise avec les friocipanx de sa ligue à Nancy ; ils en advertissent tous leurs coofederez , les articles trotent de kar oiain secrètement parmy les principaux d'cDtr*eax , la substance desquels estoit ;
Pour remettre le service de Dieu et la religion esthelique en sa pristine splendeur, que le Roy seroit requis de faire publier ieéoncile de Trente, et de faire establir ta saincte inquisition ez villes où il y a archevesques ou evesques.
Pour ruyner Theresie et cbasser par armes lei beretiques , que le Roy entretiendroit une arméesur la frontière de Lorraine, assez forte pour empescher les reistres de revenir plus en France ; qu'il donneroit des villes sur la frontière du rayanme pour y mettre des gens de guerre , selon que la nécessité le requerroit , et quMI seroit requis [afin que les entreprises de la ligue pour cftasserrheresie fussent exécutées] de joindre à Tad venir ses forces et ses dessdns avec ceux des princes de la ligue.
Four entretenir la guerre , que les biens immeubles des huguenots seroient vendus.
£t affin que ces demandes fussent sainctement et fidèlement execntées, que le Roy chasseroit d'aaprec de luy quelques uns qui luy seroient nommez , ausquels il osteroit les estats et gouver- Dcmentsqull leur avoit donnez.
Les âmes catholiques et purement françoises jQgerent incontinent que ces artiislesestoient dressez par des esprits qui vouloient commander et s'estabifr sous le prétexte de la religion , et rendre le Roy sufoject à leur volonté, et disoient :
QnMI y avoit assez de raisons pertinentes pourqooy les roys de France ny les cours souveraines ne doivent recevoir le concile de Trente , lesquelles avoient esté escrites et publiées par plusieurs doctes jurisconsultes ; et principalement que ce concile attribuoit aux evesques la cognotssance de plusieurs choses temporelles lesquelles appartenoient h la justice royale; qui estoit une des priaeipales occasions pourquoy plusieurs princes ehrestiens n'avoient voulu recevoir ce concile.
Que l'inquisition , comme elle est exercée en Espagne, doit estre plustost qualifiée du tiltre de tyrannie que de justice , mesmes que le roy Phi-
lippe II Tavoit de nouveau corrigée, à cause qu'elle entreprenoit sur sa justice royale , combien qu'ils avoùoient qu'elle estoit nécessaire pour les marranes, moriscats et nuevos christianos de TËspagne.
Défaire la guerre aux hérétiques : Ton sçait que le Roy ne parle d'autre chose que du voyage qu'il veut faire en Guyenne pour les exterminer. Mais à quel propos entretenir une ai'mée en Lorraine? L'on descouvre trop ce dessein. Ils veulent envahir et déposséder s'ils peuvent Theritiere de la maison de Rouillon (1) de ses villes de Sedan et de Jamets , et que l'argent et les forces de Sa Majesté servent à ruyner une orpheline. Gela ne seroit juste. Mais ne sçait-on pas aussi que le duc de Guyse a traité avec le conseil de Theritiere de Bouillon pour luy donner le duc de Ginville son fils pour mary , et à ceste condition qu'il luy laisseroit son exercice de la religion prétendue reformée libre? Ne sçait on pas que le pape Xiste en ayant esté adverty , a recognn par là l'intention sinistre des princes de la ligue?
Quant à la crainte qu'ils ont que les reistres ne viennent en Lorraine prendre vengeance des brusiemens qu'ils ont fait en la comté de Montbeltiard, le Roy leur a il commandé de les faire? Il ne les y a pas envoyez. S'ils font des ennemis de gayeté de cœur , qu'ils trouvent des commoditez de s'en deffendre.
Pour la vente des biens des huguenots ; qui est celuy qui ne sçait qu'elle se faict et poursuit à toute rigueur? mais , quand il a esté question de vouloir procéder à la vente des biens immeubles de la maison de Vendosme appartenant au roy de Navarre, n'a t'on pas ouy dire à M. le cardinal de Bourbon , en parlant au Roy : « Il vous plaira , Sire , qu'on ne touche point aUx biens de nostre maison. » N'est-ce pas à dire qu'ils veulent ruyner seulement le petit peuple huguenot , et conserver les biens des grands qui leur appartiennent?
Que le Roy chasse d* auprès de luy ceux qu'il ayme , et qu'il leur oste les bien-faicts qu'ils ont receus de luy ; ç'est-à-dire que le Roy chasse ceux qui luy sont obligez par ses bien-faicts de le servir fidellemeut, et qu'il leur oste leurs charges et gouvernements pour en pourvoir les princes de la ligue; qu'il se prive de ce qu'il ayme , et clierisse et advance ceux qui l'ont contraint d'entrer en une guerre qui est la ruyne de son peuple et la perte de son sang et de sa noblesse.
( I ) Charlotte de La Marck , dont La Noue , comme tu tenr , avoit pris la défense.
IHTJIOOUCTIOII.
Et quoy que dans ees articles de Nancy ils ne nommoient par les noms de ceux qu'il vouloient que le Roy chassast , si fut il dèslors conjecturé que c*estoit au duc d'Espemon et au sieur de La Vallette son frère à qui ils en vouloient.
Le Roy est adverty de ceste assemblée, il en voit les articles , il a advis que plusieurs des princes de la ligue vienoent h Soissons , qu'ils doivent se rendre à Paris en bref , et le sommer d'embrasser leurs entreprises; il avoit sceo que les Seize avoient esté si bardis que de courir sus au duc d'Espernon ainsi qu'il passoit sur le pont Nostre Dame, qu'ils parioient plus hautement et mesdisoient plus librement de Sa Majesté qu'ils n'avoient fait encor jusqu'à présent ; et mesmes menaçoient que dans bref , à i'ayde des princes catholiques , ils cbasseroient bien tous les migoons de la Cour. Leur entreprise est fort particulièrement descouverte au Roy, lequel, ayant receu advis que le duc de Guyse , avec le cardinal de Guyse, et le prince de Ginville son fils, nouvellement revenu d'Italie, estoient arrivez à Soissons, envoya M. de Bellievre vers luy pour luy dire qu'il ne vinst pour le présent à Paris ; affla qu'il n'eust occasion à l'ad venir de l'accuser des malheurs que quelques factieux avoient projette pour troubler sa cour et son repos.
Toutes les raisons de M. .de Rellievre ne peurent retenir ce prince qu'il ne se rendist dans Paris le 9 de may , trois heures après que M. de Rellievre y fut retourné , où il y arriva accompagné de huict gentils-hommes , mais deux jours après tout son train et plusieurs gentils-hommes de son party y arrivèrent. Il va droict trouver la Royne mère , qui le conduit au Roy : leurs paroles et leurs contenances monstroient assez leurs desfiances.
La faction des Seize, voyant que le duc de Guyse leur avoit tenu son serment de vivre et mourir pour et avec eux , porte toute autre face qu'elle n'avoit fait depuis la semaine saincte de devant Pasques , que le Roy avoit envoyé quérir aucuns d'eux , entr'autres le président de Neuiliy qu'il avoit menacé de faire pendre et tous ceux qui estoient de sa faction , s'ils ne se comportoient en leur devoir. Rref , les Seize , asseurez de la présence du duc de Guyse, parlent à l'ouvert, et menacent en chantant les cris d'aile* gresse de sa venue.
Le Roy fût adverty que le duc de Guyse n'estoit venu qu'avec huict gentils-hommes , mais que l'archevesque de Lyon son confident , et tous les principaux capitaines de la ligue estoient venus sous ombre d'avoir quelques affaires à Paris, ets'estoient logez par tous les quartiers de la ville. La hardiesse du duc de Guyse, qui
y estoit aussi venu contre son commandement , luy tenoit au cœur ; les conjurations des Seize, qui luy avoient esté descouvertes , le rendent soupçooneux ; il se resoult donc de faire sortir tous les gentils-hommes de la ligue qui estoient venus de nouveau à Paris , et de se rendre le plus fort pour chastler quelques Ceictieux des Seize; mais voicy ce qu'fi en advint.
Le 1 3 may à la pointe du jour le Roy fait entrer par la porte Sainct Honoré le régiment de ses gardes françoises et celuy des Suisses : les Suisses furent placez au cimetière Sainct Innocent , à la place de Grève et au Marché-Neuf ; les gardes françoises se rangèrent sur le Petit Pont , sur le pont Sainct Michel et sur le pont Nostre-Dame. Le prevost des marchands et les eschevins de la ville estoient advertis de l'intention du Roy; il avoit envoyé mesmes à H. de Guyse luy dire qu'il luy envoyast le nombre de ses gens : mais les Seize , qui estoient en perpétuelle defifUmce , se doutèrent bien que l'on en vouloit à eux. Les gens de guerre du Roy ne commençoient que d'entrer dans la rue Sainct Honoré, que Grucé, procureur du Ghastelet, l'un des Seize et Tautheur de leur première esmeute , appelée du depuis l'esmeute de Grucé , en receut Tadvis ; et sur les quatre heures et demie du matin , il fait sortir trois garsons de sa maison , sans manteau , lesquels allèrent par toute l'Université crians : Alarme! Alarme! Les bourgeois qui n'estoient de la faction des Seize leur demandoient que c'estoit : c G'est Ghastillon, respondoient-ils , avec ses huguenots, qui est dans le âiux-bourg Sainct Germain ; • et sans s'arrester continuoient leur cry Alarme! Alarme! Tous ceux de ceste faction sortirent incontinent avec leurs armes ; chacun se rend au corps de garde de son quartier, et [ comme rapporte le livre du Manant et du Maheustre], suy vaut la resolution qu'ils en avoient prise entr*eux plus d'un an devant, ils se barricadèrent par toute l'Université , et jusques contre le petit Chastelet : et comme les sentinelles d'un costé de la rue se posoient par les gardes du Roy , Grucé mit des mousquetaires de Tautre. Aussi tost que quelques uns desSeizequi demeuroient en la Rue Neufve veirent que les Suisses se mettolent dans le marché Neuf, ils firent tendre la chesne de la rué Neufve Nostre Dame, la font border de muids , et tous ceux de leur fiiction ^ dont il y en avoit nombre en ces quartiers là , bordèrent incontinent ceste barricade de mousquets, et monstrerent, avec leur contenance, aux Suisses qu*ils les feraient bien tost retirer de devant eux. Les mareschaux de Riran et d' Anmont , et plusieurs chevaliers des ordres du Roy
INTRODUCTION
airlTerent lors , qui , Toyans que le peuple ferrooit ses boutiques , et courolt aux armes , leur eommaodoleQt de ne le pas faire , monstroient leurs ordres au peuple, disoient leur qualité, les asseurolent sur leurs vies qu'aucun tort ne teor serait fait » qu'ils avoient eharge du Roy de les en asseurer ; mais les gentils-hommes et capitaines du party du duc de Goyse , qui se troufcrent incontinent départis, et qui estoient logBs par tontes les disaines, avec les plus renoans des Seize, disoient au peuple : « Ne avyes ces politiques , ils vous pipent ; ces gensd^armes et ces Suisses ne sont entrez pour autre effect que pour les mettre en garnison en vos maisons I pour vous rendre misérables, piller vos liiens , et en contenter les mignons. » La
Qté et toute TUniversité fut toute barricadée sir les neuf lienres , la ville ne le fut que sur la Bidy; et furent continuées les barricades si vi- Tcment , que les sentinelles forent mises à trente pas du Louvre. Crucé, qui conduisoit ceux de ITniversité , estoit des plus ardents ; des paroles U vint aux effects, les siens font retirer les gardes du Roy, et se saisissent du petit Ghastelet. En mesme temps que le Roy est adverty de ce tumulte , il commande que Ton face donc retirer ses gardes; il n*estoit plus temps de le dire , car , sur i^oeeasioD d*un coup qui fut tiré , ceux qui estoient dans la Rue Neufve et du Petit Ghastelet sortent, tirent sur les Suisses qui estoient au Marché ISeuf , qui ne se deffendirent point; il en fut tué quelque vingtaine , et vingt-cinq ou trente de blesses. M. de Brissac, qui avoit charge du duc de Goyse de commander au quartier de l'Université, voyant qu'ils crioient : Banne France/ bon eathoUque! aucuns d'eux monstrans leurs chapelets, fit cesser la tuerie, et les fit tous retirer dans la boucherie du Marché Neuf. En mesme temps les gardes du Roy qui estoient sur les ponts furent chargez et renversez , aucuns desarmez, et contraints de s'enfermer dans quelques maisons ; mais sur le commandement de M. de Guyse , le sieur de Brissac fit sortir et conduire les Suisses du Marché Neuf, où ils estaient enfermez ^ Jusques au Louvre ; le capitaiDe Sainet Paul , qui commandoit au quarti^ de la Oté , fit en mesme temps retirer les prdcs du Roy , les armes bas et le bonnet au poing. Les Suisses qui estoient aux autres places firent le mesme. Cependant les Seize se saisissent de THostel de Ville , de la porte Sainet Antoine et de toutes les places publiques de la ville , bref ils ont tous la main à la besongne. Le lendemain on conseille au Roy de faire retirer tous les gens de guerre qu'il avoit , et que le peuple s^appaimvtt; il les faict sortir.
Mais nonobstant cela II rst adverty que les Seize ne se contentent, qu'ils veulent passer plus outre, quHs ne veulent demeurer en si beau chemin, que tout s'arme de nouveau, qu'ils veulent avoir le Louvre et sa personne, que l'on assembloit mesme dans le cloistre de Sainet Severin les Jeunes escoliers , prestres et moynes, qui avofent tous les bords de leurs chapeaux retroussez , et sur le troussis chacun une croix blanche , armez d'espée et de poignard , et que l'on descendoit mesmes quantité de faisseaux de picques d'un logis au carrefour Sainet Severin , lesquelles on leur devoit bailler pour venir droiet au Louvre.
Messieurs du conseil reroonstrerent lors au Roy quelques exemples de la furie des peuples, lesquelles il vaut mieux esviter qu'attendre ; le conseillent de se retirer de Paris , et fondèrent leur jugement sur quatre advis qui arrivèrent coup sur coup d'une resolution prise à Thostel de Guise de se saisir et du Roy et du Louvre. La Royne mère conteste contr'eux, leur dit : • Hier, je ne cognus point aux paroles de M. de Guise qu'il eust d'autre envie que de se ranger à la raison : j'y retoumeray présentement le venir , et ra'asseure que je luy feray appaiser ce trouble.» Elle se trompa ; car estant retournée vers luy y l'ayant prié d'appaiser ceste esmotion , et qu'il pouvoit s'asseurer sur sa foy de venir trouver le Roy, duquel elle luy feroit avoir tout le contentement qu'il en pouvoit espérer, il luy respondit fort froidement qu'il n'estoit point cause de l'esmotion du peuple^ quMI ne l'avoit assisté que pour la nécessité où lls'estoit trouvé, et queses amys ne le conseilleroient pour le présent d'aller an Louvre , foible et en pourpoint , à la mercy de ses ennemis. La Royne mère cognut lors que les advis que le Roy avoit receus approchoieut de la vérité. M. Pinart, secrétaire d'Estat, estoit avec elle; elle le fit tout soudain retourner en diligence vers Sa Majesté, pour l'avertir qu'elle avoit recognu qu'il y avoit quelque dessein extraordinaire contre luy.
Entre les cinq et six heures du soir le Roy reçoit cest advis; il sort de Paris à l'heure mesme par la Porte Neufve ; en se bottant il a la larme à l'œil et l'alarme à l'oreille : ceux qui estoient avec luy le suyvent , aucuns desquels estoient bien estonnez, car tel conseiller d'Estat l'estolt allé trouver au Louvre avec sa robbe longue, qui sans bottes montoit pour le suivre sur le premier cheval de l'escuërie ; aucuns le suy virent ainsi Jusques à Rambouillet, d'où il partit incontinent, et 8e« rendit le lendemain matin dans Chartres.
Ainsi que le Roy sortoit par la Porte Neufve, quelque quarante harquebusiers que l'on avoit
ttfTBODUCtlOIf.
mis à la porte de Nesie tirèrent vif vement sur luy et sur ceux, de sa suitte : le menu peuple, qui ne va que comme on le pousse y crioit du bord de l^eau mille injures contre le Roy, et mesmes, comme ils virent que quelques uns passoient le barq des Tuilleries, pensant qu*il fust dedans, ils en coupèrent la corde.
Si tost que Tadvis fut venu au duc de Guise de la retraicte du Roy, il vid bien qu'il ne rendrqit pas si bon compte de Sa Majesté qu'il se Testoit promis ; il s'en trouve d'abordade un peu estonné : il void bien que le btasme de toute ceste esmotion tumberoit sur luy sMI n'y donnoit ordre. Ce qu'il n'avoit voulu &ire auparavant pour toutes les prières de la Royne mère , il fut contraint au bout d'une beure de le faire sans estre prié. Il part de son bostel avec le chevalier d'Aumale et plusieurs gentils-hommes de sa suitte ; il s*achemine droict au Palais; par tout où il passe il commande que Ton tourne une partie des barricades, affin que le chemin fust libre; il est promptement obey : il envoya aussi M. le chevalier d'Aumale en faire autant sur tous les ponts; ce que l'on fit incontinent.
Ainsi le duc, arrivé au Palais, alla droict au logis de M. le premier président, avec messieurs d'Ëspinac, arcbevesque de Lyon, et Bre£é,evesque de Meaux , où, après quelques paroles tou-^ chant l'esmotion du peuple et comme il s'estoit barricadé, et comme le Roy s'estoit retiré, 11 luy dit que ses ennemis qu'il avoit prez du Roy estoient la cause de tout ce trouble ; que, quelque disgrâce qu'il pourroit avoir de Sa Majesté, qu'il continuëroit les services qu'il luy avoit faicts et à la couronne; mesmes qu'il alloit prier le peuple de rompre et oster toutes leurs barricades , affin que le lendemain matin Messieurs de la cour de parlement pussent se rendre librement au Palais pour y continuer la justice, à la manutention de laquelle il s'employeroit tousjours. M. le premier président approuve sa bonne intention pour la manutention de la justice ; quelques discours se passèrent entr'eux le long de l'allée du jardin du Roy, au bout de laquelle M. de Guise sortit avec lesdits sieurs arcbevesque et evesque par la petite porte de derrière qui est auprès du Pont Neuf, là où M. le premier président print congé d'eux.
Le duc du Guise passe du Pont Neuf vers les Augustins , et alla voir tous les presidens de la grand-chambre l'un après l'autre en leur logis; les prie de se trouver au Palais le lendemain , aflQn que la justice se continue ; à tous il s'excuse de l'esmotion du peuple, accuse ses ennemis d'en estre la cause : bref, il est fort prez de minuict ^and il se retire chez luy , et est si bien obey
des Seize et du peuple, que le lendemain matin il senibloit qu'il n'y eust point eu d'esmotion. Là justice alla au Palais, et la Royne mère envoya dire à Messieurs de la cour que , nonobstant l'absence du Roy, qu'ils continuassent leurs charges et offices , et qu'elle esperoit pacifier ce trouble.
Voyiàdonc la faetion des Seize victorieuse, le Roy hors de Paris, les serviteurs de Sa Majesté contraints de le suivre et leur quitter la place; tout à un coup ceste grande ville change de faoe et perd ce lustre de la grandeur royale qu'elle avoit , et l'authorité tombe entce les mains des factieux et du populaire. M. deGuise«st respecté et honoré par les Seize comme chef de la ligue, et luy se gouverne par leur conseil : ils se saisissent de la Bastille , de TArsenac et des lieux forts; Bussy Le Clerc, simple procureur à la cour, est mis capitaine de la Bastille ; le sieur de Perreuze, prevost des marchands, est arresté prisonnier, et trois des quatre eschevins trouvent moyen de suyvre le Roy ; un seul d'entr'eux se trouva du costé des factieux. Deux jours après les Barricades, les Seize se voyants en beau chemin, firent faire une assemblée générale du peuple en THostel de Ville, où ils proposèrent qu'il falloit eslire d'autres prevost des marchands et eschevins, mais qu'ils dévoient estre esleus , selon la liberté ancienne, par la voix commune du peuple. On procedde à l'esiection : la Chappelle- Marteau fut esleu pour prevost des marchands; Roland , Gompan , Coteblanche et Desprez pour eschevins : ce dernier seul n'estoit de la faction des Seize , les quatre autres Favoient aydée à bastir; toutesfois la Royne mère receut le serment d'eux, et les eut pour aggreables; mais, du consentement du duc de Guise, la première chose qu'ils firent, ce fut de changer les colonels, capitaines et quarteniers qui n'estoient de leur faction , et lesquels ils pensoient estre serviteurs du Roy : la Royne mère y contredist fort, et, quelque regret qu'elle en eut, il fallut qu'elle l'endurast. Bref, Ton osta les présidents, conseillers et officiers du Roy qui avoient esté crées colonels et capitaines l'an 1 685, et y mit on en leur place, en quelques quartiers , des bourgeois de la faction des Seize ; mais en la pluspart l'on en meit de si indignes de ces charges honorables, que le menu peuple mesme les mesprisoit et les appeloit capitaines de la morue , capitaines de l'aloyau, selon le mestier dont ils estoient. Yoylà donc les officiers de toute la ville changez, mesme Brlgard fut mis par M. de Guise pour occuper la place de Perrot, procureur du Roy de THostel de la ville.
Voylà les principaux des Seize tous establis,
mTBODUGTION.
tMS <Hit quelques charges ; ce sont autant de petits gouverneurs en leurs quartiers. Ils voyent le pariement qui ne leur dit mot, et toutesfois ils croyent qu'il n'approuve nullement ces remuements, mais ils n'oseroient s*en plaindre, etn'oserolent encore attaquer ce sénat. Ils ne disent donc mot pour un temps, et seulement pratiquent peur ceste fois que le chef de la justice qui se rend au Ghasteiet iîistà la dévotion de leur factioD, pour ce que c'est le presidlal où toutes cauics se Jugent en première instance, et où les contrafentkms qui se font, et les abus qui se eommettent contre la police de la ville, sont Jugez par le lieutenant civil, qui est chef de cette Justice. Trois doctes et nobles personnages de la œiiion des Seguiers avoient exercé Testât de lieutenant gênerai et civil en la prevosté et vieomté de Paris, un de ceste mesme race Texerçoitencor, qui estoitle sieur d'Autruy Seguier, bon justicier , catholique et François : les Seize layoîent faict sonder, pour entrer en leur faction; Ils le trouvèrent ferme au serviee du Hoy , etncpeorent avoir nulle prise sur iuy. Aussi tost qulls se veirent maistres de Paris ils le menacent et le contraignent de se retirer avec le Roy : cependant La Bmiere , lieutenant particulier, l'un des plus factieux, occupa ce siège et, nonobstant i'aeoord qui fut faict entre le Roy et le duc de Guise en Juillet de ceste mesme année, il Pa tousjours occupé jusques en l'an 1 594, que leur faction fat du tout abolie.
Les voyià donc maistres de THostel de Ville, de la justice de la prevosté et vicomte de Paris. Les docteurs et prédicateurs de ceste faction se rendent aussi maistres de la Sorbonne et de l'UnlTersité, et les anciens docteurs sont contraints de céder pour un temps à la violence du docteur Boucher , et autres jeunes docteurs et baehelicrs.
Le Boy donc est à Chartres, et le duc de Guise à Paris. Le 17 may ils font publier tous deux leun lettres, pour advertir tout le monde des occasl<nisde la Journée des Barricades. Dans celle du duc il dit :
Qu*il estolt venu à Paris , accompagné seulement de huict gentil-hommes , pour se purger des fimx bruits que ses ennemis faisoient courir contre son honneur, sçavoir, qu'il vouloit prendre le Boy et vouloit saccager la ville de Paris ; mats que trois jours après qu'il y Ait arrivé , le Boy fit entrer douze enseignes de Suisses et huict des gardes françoises, lesquelles ainsi que Ton les separoit aux places publiques de Paris, Dieu voulut qu'il en eut ad vis, et que ce mesme Dieu excita le peuple à courir unanimement aux artues ; et aveorea de sa présence, et de Tordre
qu*il mit parmy eux, ils se barricadèrent de telle promptitude , qu'en moins de deux heures ils firent entendre aux troupe^ du Roy qu*elles eussent à se retirer; mais qu'un Suisse ayant blessé un habitant, les habitans chargèrent les Suisses, en tuèrent douze ou quinze et en blessèrent vingt ou vingt-cinq, et à Finstant que les gardes du Roy furent chargées et renversées; ce qui fut cause qu'il marcha par la ville, etd*abordée délivra neuf cents Suisses prisonniers et les gardes du Roy qu'il fit reconduire au Louvre. Qu'en ceste Journée , toute reluisante de infaillible protection de Dieu , qu'il alla par toutes les rues jusques à deux heures après minuit , priant, suppliant et menaçant le peuple, si bien qu'il ne s'en est ensuivy aucun meurtre, massacre ny pillerie, quoy que le peuple fust extrêmement envenimé, pour avoir sceu qu'il y avoit eu vingt potences prestes avec quelques eschaffaux, et avoir veu les exécuteurs de justice , pour faire mourir cent ou six vingts personnes. Qu'ayant peu faire tout cela, dequoy l'on Taccusoit; et l'ayant au contraire empesché, qu'il rendoit muets tous ses ennemis, lesquels avoient tant fait qu'ils avoient persuadé au Roy de s'en aller hors de Paris vingtquatre heures après qu'il eust peu mille fois l'arrester s'il eust voulu ; mais qu'il n*y avoit jamais songé. Qu'après le département de Sa Majesté, il avoit receu entre ses mains l'Arsenac, la Bastille et les lieux forts, et fait sceller les coffres des finances, pour rendre le tout entre les mains de Sa Majesté pacifique, tel qu'il Tesperoit rendre par rintercession du Pape et de tous les princes chrestiens. Mais que si le mal continùoit, qu'il esperoit avec les mesroes moyens conserver ensemble et la religion et les catholiques , et les desgager de la persécution que leur preparoient les confederez des hérétiques auprès du Roy. Yoyià la substance de la lettre avec laquelle il se Justifioit de la journée des Barricades. Mais il en escrivit aussi une particulière au Roy , dans laquelle il Iuy dit :
• Les ennemis du repos public et les miens , ne poovans souffrir ma présence auprès de vous, estimans que dans peu de jours elle descouvriroit les impostures dont Ton usoit pour me rendre odieux , et peu à peu me donneroit place en vos bonnes grâces, ont mieux aymé , par leurs conseils pernicieux , remettre toutes choses en confusion , et vostre Estât et vostre ville de Paris en hazard, que d*endorer que je fusse auprès de vous. Leur mauvaise volonté s*est manifestement recognuê en la resolution que, sans le sceu de la Royne vostre mère , et contre l'advis de vos plus sages conseillers, ils ont fait prendre à Vostre Majesté de mettre, par une voye inusitée, et
iutboduction.
en un temps plein de sonpcon et de partialitez, des forces en vostre ville de Paris pour occuper les places publiques d'icelle ; et la voix commune publie qu'ils esperoyent , après s'estre rendus maistres, pouvoir encores vous induire à beaucoup dechoses, toutes alienesde vostre bon naturel, etque J*ayme mieux passersoussilence. L'effroy de cela, Sire, a contraint vos bons et fidelies si]jets de s'armer, pour la juste crainte qu'ils ont en ce que parceste voyeon ne voulust exécuter ce dont on les menaçoit long temps auparavant. Dieu , par sa saincte grâce , a contenu les choses en meilleurs termes qu'on ne les pouvoit espérer, et a comme miraculeusement conservé vostre ville d'un très périlleux hazard; le commencement, lasuitte et l'événement de cet affaire a tellement justifié mes intentions, que j'estime que Vostre Majesté et tout le monde cognoist assez clairement par là combien mes deportemens sont eslongnez des desseins dont mes calomniateurs m'ont voulu rendre coulpable. La forme de laquelle je me suis volontairement jette en vostfe puissance monstre la confiance que j'ay prinsde vostre bonté et de la sincérité de ma conscience. L'estat auquel on me trouva lorsque j'eus les premiers advis de ceste entreprinse , et dequoy vous peuvent tesmoigner plusieurs de vos serviteurs, fait assez cognoistre que je n'avois ny doubted'estre offencé, ny volonté d'entreprendre , estant plus seul et desarmé en ma maison que ne peut et doit estre un de ma qualité. Le respect dont j'ay usé , me contenant dans les simples bornes d'une juste deffence, vous tesmoigne assez que nulle occasion ne me peut faire decheolr du devoir d'un très-bumble subject. La peioe que j'ay prinse pour contenir le peuple et empescher qu'il ne vinst aux effects qu'ameinent le plus souvent tels accidents, me descharge des calomnies que l'on m'a cy devant imposées, que je soulois troubler vostre ville de Paris. Le soucy que j'ay prins de conserver ceux mesmes que je n'ignorols point de m'avoir fait de mauvais offices envers vous, à la suscitation de mes ennemis, fait venir à chacun clairement que je n'ay jamais eu Intention d'attenter aucune chose contre vos serviteurs et officiers , comme Ton m'a faulsement accusé. La façon dont je me suis comporté, et envers vos Suisses et envers leurs capitaines et soldats de vos gardes, asseure assez que je n'ay jamais rien tant craint que de vous desplaire. Si Vostre Majesté a sceu toutes ces particularitez, comme j'estime que plusieurs de vos bons serviteurs aymans le repos public , qui en sont tesmoins, ne les luy auront pas celées, je tiens pour asseuré qu'elle demeure par là esclaircie que je n'ay jamais eu la moindre des mauvaises inten-
tions dont mes ennemis, par faux bruits, m*ont voulu rendre odieux. »
La fin de oeste lettre estoit qu'il esperoit se comporter en telle sorte , que Sa Majesté le jugeroit son très fldelle sujet y serviteur etutille.
Ces lettres ne furent si tost publiées et imprimées, que le duc de Guise eust voulu les retenir en son cabinet : le commissaire Louchart ftit employé pour en soliciter la deffence; il meine les imprimeurs et ceux qui les vendoientprisonniers. Il fut toutesfois comme contraint de les laisser vendre, puis qu'aussi bien il ne retenoit pas les copies qu'il avoit luy-mesme avec le conseil des Seize envoyées hors et dedans le royaume. Ces lettres furent bien examinées : il n'y eut mot qui ne fust expliqué par les responces que Ton y fit [aucunes desquelles nous dirons cy-après], et principalement sur le commencement de la lettre qu'il escrivoit au Roy , où il y avoit : Sire, je suis si mal-heureux; ce qui ftit jugé à un mauvais augure pour hiy.
Voylà quelles estoient les lettres du duc de Guise , dans lesquelles il se voit qu'il dit que le Roy a ereu des conseils pernicieux , et que si le mal continue qu'il conservera et desgagera les catholiques de la persécution des confederez des hérétiques : ces paroles sont un peu trop hardies d'un subject à son roy. Voyons maintenant combien le Roy parle plus doucement que luy.
« Nous estions en nostre ville de Paris , où nous ne pensions à autre chose qu'à faire cesser toutes sortes de jalousies et empeschem'ens du costé de Picardie et ailleurs, qui retardolent nostre acheminement en nostre pays de Poictoa , pour y poursuivre la guerre commencée contre les huguenots, suivant nostre délibération, quand nostre cousin le duc de Guyse y arriva à nostre desceu le 9 de ce mois de may . Sa venue en ceste sorte augmenta tellement lesdites deffiances^ qne nous nous trouvasmes en bien grande peine, parce que nous avions auparavant esté adverty d'infinis endroits qu'il y devoit arriver de ceste façon , et qu'il y estoit attendu par aucuns des habitans de ladite ville qui estoient soupçonnes d'estre cause desdites deffianoes, et luy avions à ceste occasion faict dire auparavant que nous ne desirions pas qu'il y vinst que nous n'eussions composé les troubles de Picardie , et levé les occasions desdites deffiances. Toutesfois, considérant qu'il estoit venu seulement accompagné de quatorze ou quinze chevaux , nous ne voulosmes pas laisser de le veoir, pour essayer de faire avec luy que les causes desdictes deffiances et troubles de Picardie fussent estez. A quoy voyans que nous n'avancions gueres, et que d'ailleurs nos* tredite ville se rempllssoit tous les jours de gea^
miBODUcnoir.
tb-boaimesel aatres personnefl eatrangeres qui le nllioiaot à la soitte dudit duc, que les recherches que nous avions commandé estre faictes par la vHIe, par les magistrats et ofûciers d'iftUe, ne se faisoient qu*à demy, pour la crainte eo laquelle ils estoient , et aussi que les cœurs et foloQtezd'auconsdesdictshabitaiiss'aigrissoieot et alteroieot tous les Jours de plus en plus , avec les advertisseroents ordinaires qui nous redoublolent journellement qu'il devoit esclorre quelque grand trouble en ladite ville, nous prismes Rsolutioo de (aire faire lesdlctes recherclies plus aadement par les quartiers d'icelle que les preeedeotesyàfin de reoognoistreau vray Testât de la ville, et faire vuider lesdits estrangers qui ne seroieDtadvooez comme ils dévoient e^tre. Pour ce faire, nous avisâmes de renforcer certains corps de gardes des habltans et bourgeois de ladite ville, que noas avions ordonné estre dressez en quatre ou cinq endroits d'icelle , des compagnies de Suisses et de celles du régiment de nostre gsrdequi estoient logez aux faux- bourgs dlcelle,et de commander aussi à aucuns seigneurs de oestre conseil et chevaliers de nostre ordre du S^oet Esprit d*aller par les quartiers avec les qaaiteoiersèt aatres ofQciers de ladite ville, par IttqueIsQQa accoust umé de faire faire iesdites redKftbes, pour les authoriser et assister icelles, aMDowil s*est fait par plusieurs fois; dont nous Ssim advertir ledict duc et tous ceux de ladite Tille, à fin que personne n'en priost allarme et K fibt en douce de nostre intention en cest endroiet; ce que du commencement les hahitans et hKugeolsde ladite ville firentcontenancederecevoir doucement.Toutesfois, quelque temps après les choses s'eschauferent de telle façon par TindactioQ d'aucuns qui ailoient semant et tmpri- Daotau cœur desdits hahitans que nous avions &iet eatrer Iesdites forces pour establir des garoisoosestrangeres en ladite ville et leur faire en* cor pis : de sorte qu'ils les eurent bientost telle- Qcst animez et irritez contre icelles, que si oous u'cuasions expressément def fendu à ceux qoi leur commandoient de n'attenter aucunes choses eontre lesdits hahitans y et d'endurer et souffrir plustost toutes les extremitez du monde <)oe dece faire, nous croyons certainement qu*il cQst esté hnpossible d'éviter un sac gênerai de l^teville, avec une très-grande effusion de ^g. Quoy voyant, nous nous resolusmes de ne faire exécuter plus avant iesdites recherches commencées , et de faire retirer quant et quant Iesdites forces, que nous n'avions faict entrer <ioe pour ceste seule occasion ; estant vray serahiablequesi nous eussions eu autre volonté, nous l'cQsaoDs tentée et peut estre exécutée entière*