I. C. D. N, T. XII
jugement sur ce donné par les estats precedans, contre lesquels on ne peut proposer aucun juste soupçon pour condamner ou rejetter leur advls et authorité. Aussi le feu Boy la récent pour loy, et en promiit et jura l'observation en l'église et sur le précieux corps de nostre Seigneur, comme firent tous les députez des estats en ladicte dernière assemblée avec luy, non seulement avant les inhumains massacres qui Tout rendu si ln< famé et funeste , mais aussi depuis , lorsqu'il qe craignoit plus les morts et mesprisoit ceux qui restoient , qu'il tenoit comme perdus et désespérez de tout salut ; l'ayant fait pour ce qu'il recognoissoit y estre tenu et obligé par devoir comme tous les souverains sontàsuivre et garder les loix , qui sont comme colonnes principales ou plustost bases de leur Estât.
» On ne pourroit donc justement blasmer les catholiques unis qui ont suivy Tordonnance de l'Eglise , l'exemple de leurs majeurs, et la loy fondamentale du royaume , qui requiert au prince qui prétend droict à la couronne avec la proximité du sang , qu'il soit catholique, comme qualité essentielle et nécessaire pour estre roy d'un royaume acquis à Jesus-Christ par la puissance de son évangile , qu'il a rcceu depuis tant de siècles , selon et en la forme qu'elle est annoncée en l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Ces raisons nous avoient fait espérer que si quelque apparence de devoir avoit retenu plusieurs catholiques près du feu Boy, qu'après sa mort la religion , le plus fort lien de tous les autres pour joindre les hommes ensemble, les unirolt tons en la defence de ce qui leur doit estre le plus cher. Le contraire seroit toutesfois advenu, contre le jugement et prévoyance des hommes , pour ce qu'il fut aisé en ce soudain mouvement de leur persuader que nous estions coulpables de ceste mort à laquelle n'avions aucunement pensé , et que l'honneur les obligeoit d'assister le roy de Navarre qui publioit en vouloir prendre la vengeance , et qui leur promettoit de se faire catholique dedans six mois : et y estans une fois entrez, les offenses que la guerre civile produit , les prosperitez qu'il a eues , et les mesmes calomnies que les hérétiques ont continué de publier contre nous, sont les vrayes causes qui les y ont depuis retenu et donné moyen aux hérétiques de s'accroistre si avant , que la religion et l'Estat en sont en péril. Quoy que nous ayons veu de loin le mal que ceste division devoit apporter, et qu'elle seroit cause d'establir l' hérésie avec le sang et les armes des catholiques que nostre reconciliation seulle y pourroit remédier , et que pour ceste raison nous l'ayons soigneusement recherchée , si n'a il Jamais esté
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en nostre pouvoir d^y parvenir y tant les esprits ont esté altérez et occupez de passion ; qui nous a empesché de veoir tes moyens de nostre salut. Nous les avons faict prier souventesfois de vouloir entrer eu conférence avec nous, comme nous offrions de le faire avec eux , pour y adviser ; faict déclarer , tant à eux qu'au roy de Navarre , mesmes sur quelques propositions faictes pour mettre le royaume en repos , que s'il delaissoit son erreur et se reconcilioit à TEglise , à nostre Sainct Père et au Sainct Siège par une vraye et non feinte conversion , et par actions qui peussent donner tesrooignage de son zèle À nostre religion , que nous apporterions très-volontiers nostre obeyssance et tout ce qui depeodroit de nous pour ayder à faire finir nos misères, et y procéderions avec une si grande franchise et sincérité , que personne ne pourroit doubter que nostre intention ne f ust telle , ces ouvertures et déclarations ayans esté fkictes lors que nous avions plus de prospérité et de moyens pour oser entreprendre si ce désir eust esté en nous y plustost que de servir au public et cercher le repos du royaume. A quoy chacun sçalt qu'il auroit tousjours respondu qu'il ne vouloit estre forcé par ses subjects, appeliant contraincte la prière qu'on lui faisoit de retourner à l'Eglise, qu'il devoit plustost recevoir de bonne part , et comme une admonition salutaire qui luy represeotoit le devoir auquel les plus grands roys sont aussi bien obligez de satisfaire que les plus petits de la terre; car quiconque a une fois reeeu le christianisme , et en la vraye Eglise , qui est la nostre, dont nous ne voulons point mettre Fauthorité en doute avec qui que ce soit , il n'en peut non plus sortir que le soldat enrollé se départir de la foy qu'il a promise et Jurée , sans estre tenu pour déserteur et infracteur de la loy de Dieu et de son Eglise. Il a encores ad- Jousté à ceste response, après qu'il seroit obey et recogneu de tous ses sujects , qu'il se feroit instruire en un concile libre et gênerai, comme s'il falloit des conciles pour un erreur tant de fois condamné et reprouvé de l'Eglise, mesmes par le dernier concile tenu à Trente , autant authentique et solemnel qu*aucun autre qui ait esté célébré depuis plusieurs siècles. Dieu ayant permis qu'il ait eu de l'advantage depub par le gain d'une bataille , la mesme prière lui fut encores répétée, non par nous qui n'estions en estât de le devoir faire, mais par personnes d'honneur désireux du bien et repos du royaume, comme aussi, durant le siège de Paris, par prélats de grande qualité priez d'aller vers luy de lapartdes assiégez pour trouver quelque remède en leur mal ; auquel temps s'il s'y fust disposé ,
ou plustost si Dieu , par son sainct esprit [ sans lequel personne ne peut entrer en son Eglise], luy eust donné ceste volonté , H eust beaucoup mieux fait espérer de sa conversion aux catholiques, qui sont Justement soupçonneux et sensibles en la crainte d'un changement qui regarde de si près à l'honneur de Dieu, à leurs eenscieii* ces et à leurs vies , qui ne peuvent Jamais estft asseurées sous la domination des hérétiques. Mais l'espoir auquel il estoit lors d'assubfetir Paris, et, par cest exemple, la terreur de ses armes, et les moyens qu'il se promettoit trouver dedans d'occuper le reste du royaume par la force , luy firent rejetter ces conseils de réconciliation à TEglise, qui pouvoient unir les catholiques ensemble et conserver leur religion. IHeii les en aiant délivrez à l'aide des princes, seigneurs, et d'un l)on nombre de noblesse du royaume , et de l'armée que le roy Catholique, qui a tousjours assisté ceste cause de ses forces et moyens, dont nous luy avons très-grande obligation , envoya souIm la conduicte de M. le duc de Parme, prince d'heureuse mémoire, assez cogneu par la réputation de son nom et de ses grands mérites, il ne laissa pourtant de rentrer bien tost en ses premières espérances, pour ce que ceste armée estrangere incontinent après le siège levé sortit hors le royaume, et luy, ayant mandé les siens, assembla par leur prompte obeyssance une grande armée avec laquelle il se rendit maistre de la campagne, et fit publier lors tout ouvertement , et sans plus dissimuler, que c'estoit crime de le prier et luy parler de conversion avant que l'avoir recogneu, luy avoir preste le serment d'ol)eyssance et fidélité ; que nous estions tenus de poser les armes, de nous addresser ainsi nuds et desarmez à luy par supplication, et de luy donner pouvoir absolu sur noz biens et sur nos vies, et sur lareligioii mesmes, pour en user ou abuser comme il luy plalroit , la mettant en péril certain par nostre lascheté, au lieu qu'avec Tauthorité et les moyens du Sainct Siège, l'ayde du roy CatlH)lique et autres potentats qui assistent et favorisent ceste cause, nous avons tousjours espéré que Dieu nous feroit la grâce de la conserver ; tous lesquels n'auroient plus que voir en nos affaires si nous l'avions une fois recogneu, et se desmeleroit ceste querelle de la religion avec trop d'advantage pour les hérétiques entre luy, chef et protecteur de Vheresie, armé de nostre Dl>eyssance et des forces entières du royaume, et nous qui n'aurions pour luy résister que de simples et foibles supplications addressées à un prince peu désireux de les ouyr et d'y pourveolr. Quelque injuste que soit ceste volonté, et que la
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mivre sott le vray moyen de ruiner la religion , neanlmolns, entre les catholiqaes qui l'assistent, plusimirs se sont laissé persuader que c^estoit rébellion de s'y opposer, et que nous devions plustost obeyr à ses éommandemens et aux loix de la police temporelle qu'il veut establir de nouveau contre les anciennes ioix du royaume, qu'à Tordonnance de FEglise et aux Ioix des roys prédécesseurs de la succession desquels il prétend la couronne, qui ne nous ont pas appris à recognoistre des hérétiques , mais au contraire à les rejetter, à leur faire la guerre, et à n'en tenir aucune plus juste ny plus nécessaire, quoy qu'elle fast périlleuse, que celle là. Qu'il se souvienne que luy-mesme s'est armé si souvent contre nos roys pour introduire une nouvelle doctrine dans le royaume, que plusieurs escrits et libelles diffamatoires ont esté faicts et publiez contre ceux qui s'y opposoient et donnoient conseil d'estouffer de bonne heure le mal qui en naissant estoit foible , qu'il vouloit lors qu'on ereust ses armes estre justes pour ce qu'il y alloit de sa religion et de sa conscience, et que nous défendons une ancienne religion aussitost receuë en ce royaume qu'il a commencé , et avec laquelle il s'est accreu jusques à estre le premier et le plus puissant de la chrestienté, que nous eognoissons assez ne pouvoir estre gardée pure , Inviolable et hors de péril sous un roy hérétique , encorqu'à l'entrée, pour nous faire poser les armes et le rendre maistre absolu, on en dissimule et promette le contraire. Les exemples voisins, la raison, et ce que nous expérimentons tous les jours , nous devrolent faire sages et apprendre que les subjects suivent volontiers la vie, les meurs et la religion mesme de leurs roys pour avoir part en leurs bonnes grâces , honneurs et blen-faicts qu'eux seuls peuvent distribuer à qui il leur plaist, et qu'après en avoir corrompu les uns par faveur , ils ont tousjours le moyen de contraindre les autres avec leur authorité et pouvoir. Nous sommes tous hommes , et ce qui a esté tenu pour licite une fois , qpi neantmoSns ne Testoit point, le sera encores après pour une autre cause qui nous semblera aussi juste que la première qui nous a faict faillir. Quelques considérations ont faict que plusieurs catho!f(|ues ont pensé pouvoir suivre ui) prince hérétique et ayder à l'establir : l'aspect des églises^ des autels j des monuments de leurs pères , plusieurs desquels sont morts en combatant pour ruiner l'hérésie qu'ils soustiennent, et le péril de la religion présent et à venir, ne les en ont point déstourné. Combien devrions nous donc'plu9 craindre ses faveurs et sa force , s'il estoit estably et devenu nostre maistre et roy absolu, lors
qu'un chacun, las et recreu,ou plustost du tout ruîtié par ceste guerre qui leur auroit esté si peu heureuse , aymeroit mieux souffrir ce qu'il luy piairoit pour vivre en seureté et repos, et avec quelque espoir de loyer et recompense , obéissant à ses commandemens , que de s'y op* poser avec péril! On dit que les catholiques seroient tous unis lors , et n'auroient plus qu'une mesme volonté pour conserver leur religion , par ainsi qu'il seroit aisé d*empescher,ce changement. Nous devons désirer ce bien, et toutesfois nous ne l'osons espérer si à coup. Mais, soit ainsi que le feu esteint il n'y ait à Tinstant plus de chaleur dans les cendres, et que , les armes posées , nostre haine soit du tout morte, si est-il certain que nous ne serons pourtant exempts de ces autres passions qui nous font aussi souvent faillir , que nous aurons tousjours le péril sur nos testes, et serons subjects malgré nous aux mouvemens et passions des hérétiques, qui feront quand ils pourront, par conduicte ou par force, et avec Tadvantage qu'ils auront pris sur nous , ayant un roy de leur religion, ce que nous sçavons déjà qu'ils veulent. Et si les catholiques vouaient bien considérer dès maintenant les actions qui viennent de leurs conseils , ils y verroient assez clair , car on met les meilleures villes et forteresses qui sont prises en leur pouvoir, ou de personnes qui sont recogneues de tout temps les favoriser. Les catholiques qui y résident sont tous les jours accusez et convaincus de crimes supposez, la rébellion estant le crime duquel on accuse ceuxquin'en ont poinct. Les principalles charges tombent desjà en leurs mains : on est venu jusques aux estats de la couronne. Les bulles de nos saincts pères les papes Grégoire quatorziesme et Clément huictiesme , qui contenoient leurs saiuctes et paternelles admonitions aux catholiques pour les séparer des hérétiques, ont esté rejectées et foullées aux pieds avec mespris par magistrats qui s'attribuent le nom de catholiaues, combien qu'ils ne le soient en effect ; car, s ils estoient tels, ils n'abuseroient la simplicité de ceux qui le sont par tes exemles tirez des choses advenues en ce royaume ors qu'il estoit question d'entreprise contre la liberté et les privilèges de l'Eglise Gallicane, et non de faict semt)Iable au nostre, le royaume n'ayant jamais esté reduict à ce malheur, puis le temps qu'il a receu nostre religion , de souffrir un prince hérétique ou d*en veoir quelqu'un de ceste qualité qui y ait prétendu droit. Et si ceste bulle leur sembloit avoir quelque difficulté, estans catholiques , ils y dévoient procéder par remonstrancts et avec le respect et la modestie quiestdeuê au Sainct Siège, et non avec si grand
le
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mespris , blasphème et impieté comme ils ont faict : mais c'est avec dessein , pour apprendre aux autres qu'ils sçavent estre meilleurs catlioliques qu'eux , à mespriser le chef de l'Eglise à fin qu'on les en sépare plus aisément après. Il y a des degrez au mal : on faict tousjours commencer par celuy qui semble le moindre ou ne l'estre point du tout ; le Jour suivant y en adjouste un autre, puis enfin la mesure se trouve au comble. C'est en quoy nous recognoissonsque Dieu est grandement courroucé contre ce pauvre et désolé royaume , et qu'il nous veult encores chastier pour nos péchez, puis que tant d^actions qui tendent à la ruine de nostre religion, et d'autre costé tant de déclarations par nous faictes et si souvent répétées, mesmes depuis peu de jours, d'obeîr et nous remettre du tout à ce qu'il plairoit à Sa Saincteté et au Sainct Siège ordonner sur la conversion du roy de Navarre, si Dieu luy faisoit la grâce de quitter son erreur, qui devroient ser v ir de tesmoignage certain de nostre innocence et sincérité, et justifier nos armes comme nécessaires , ne les émeuvent point , et qu'on ne laisse pourtant de publier que les princes unispour la derense de la religion ne tendent qu'à la ruine et dissipation de TEstat, combien que leur conduicte et les ouvertures faictes du commun consentement d'eux tous, mesmes des souverains qui nous assistent, soient le vray et plus asseuré moyen pour en oster la cause ou le prétexte à qui en auroit la volonté. Les hérétiques s'attachent là-dessus au secours du roy Catholique qu'ils voyent à regret, et nous tiendroient pour meilleurs François si nous nous en voulions passer , ou, pour mieux dire, plus aisez à vaincre si nous estions desarmez. A quoy nous nous contenterons de leur respondre que la religion afOigée et en très-grand péril dans ce royaume a eu besoin de trouver cest appuy , que nous sommes tenus de publier ceste obligation et de nous en souvenir perpétuellement, et qu'en implorant lesesours de ce grand Boy , allié et confédéré de ceste couronne, il n'a rien requis de nous, et n'avons aussi faict de nostre costé aucun traicté avec qui que ce soit dedans ou dehors le royaume à ia diminution de la grandeur et majesté de FËstat, pour la conservation duquel nous nous précipiterons très-volontiers à toutes sortes de périls , pourveu que ce ne soit pour en rendre maistre un hérétique , mal que nous avons en horreur , comme le premier et le plus grand de tous les autres. Et si les catholiques qui les favorisent et assistent se vouloient despoùiller de ceste passion, se séparer d'avec eux, et joindre non point à nous, mais à la cause de nostre religion, et rechercher les conseils et remèdes en
commun pour la conserver et poorvmr an salut de TEstat, nous y trouverions sans doute la cod- ! servation de l'un et de l'autre , et ne seroit pas au pouvoir deceloy qui auroit mauvaiseinteatioQ d'en abuser au préjudice de rEstat,et de se ser vir d'une si saincte cause comme d'un prétexte spécieux pour acquérir injustement de la grandeur et de l'auctorité. Nous les supplions donc et adjurons, au nom de Dieu et de ceste roesme Eglise en laquelle nous protestons tous les jours les uns et les autres de vouloir vivre et mourir, de se séparer des hérétiques, et de bien coQ&id^ rer que, demeurans contraires les uns aui antres , nous ne pouvons prendre aucun remède qui ne soit périlleux et doive faire beaucoup souffrir à cest Estât et à chacun en particulier avant que d'y apporter quelque bien, au contraire ([ue nostre reconciliation rendra tout facile et fera bien-tost finir nos misères. Et à fin que les princes du sang, autres princes, et les officiers delà couronne, ne soient point retenuz et empescbei d'entendre à un si bon œuvre pour le doote qu'ils pourroient avoir de n'estre recognus, respectez et honorez de nous et des princes et seigneurs de ce party , selon qu'ils meriteot, etaa rang et dignité qui leur appartient , doqs promettons sur nostre foy et honneur de le faire, pour veu qu'ils se separentdes hérétiques, etqu'iis trouveront aussi le mesme respect et devoir ea tous les autres de ce party. Mais nous les supplions de le faire promptement, et qu'ils coupent le nœud de tant de difficultez qui ne se peuvent deslier s'ils ne quittent tout pour servir à Dieo et à son Eglise, s'ils ne se remettent devant les yeux que la religion doit passer pardessus tons autres respects et considérations, et que lapradence ne l'est plus quand elle nous faict oublier en ce premier devoir. Nous leur donnons adns que , pour y procéder de nostre part avec plu» de maturité de conseil, nous avons prié les princes , pairs de France , prélats , seigneurs , et d^ putez des parlements et des villes et commanautez de ce party , de se vouloir trouver en la ville de Paris le dix-septiesme jour du mois prochain , pour ensemblement choisir, sans passion et sans respect de l'interest de qui que ce soit, le remède que nous jugerons en nos coDscleoits devoir esire le plus utile pour la conservationd^ la religion et de l'Estat; auquel lieu s'il lenr plaist d'envoyer quelques uns de leur part poor y faire ouvertures qui puissent servir à un si grand bien, ils y auront toute seureté, seront ouys avec attention et désir de leur donner contentement ; que si IMnstante prière que nous leur faisons de vouloir entendre à ceste reoondliatioo, et le péril prochain et inévitable de la royoe di
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cest Estât, n*ODt assez de pouvoir sur eux pour les exciter de prendre solu du salut commun, et que nous soyons contraincts, pour estre abandonnez d'eux , de recourir à remèdes extraordinaires contre nostre désir et intention, nous protestons, devant Dieu et devant ies hommes, que le blasme leur en devra estre imputé, et non aux eathoiiques unis qui se sont employez de tout leur pouvoir , pour , avec leur bien-veillance et amitié, mesmes conseils et volontez, défendre et conserver ceste cause qui leur est commune avec nous : ce que s'ils vouloient entreprendre de pareille affection , Tespoir d*un prochain repos serait certain , et nous tous asseurez que les catholiques ensemble, contre les hérétiques leurs anciens ennemis qu'ils ont accoustumé de vaincre, en auroient bien-tost la fin. Si prions messieurs les gens tenans les cours de parlement de ce royaume de faire publier et enregistrer ces présentes à fin qu'elles soient notoires à tous, et que la mémoire en soit perpétuelle à Tadvenir à nostre décharge, et des princes, pairs de France, prélats, seigneurs, gentils-hommes, villes et communantez qui se sont unis ensemble pour la con. senration de leur religion. En tesmoin de quoy noQs avons signé cesdites présentes de nostre main , et y faict mettre et apposer le scel de la ehancellerle de France. Donné à Paris au mois de décembre Tan mil cinq cens quatre-vingts douze. Signé Charles de Lorraine. Par monseigneur, Beaudouyn. Et scellées du grand seau en las de soye de cire verd. Leuës , publiées et registrées ez registres de la cour, ce requérant le procureur gênerai du Boy , et publiées à son de trompe et cry public par les carrefours de la ville de Paris, le 5 janvier 1593.
» Signé DU TiLLET. »
Conformément à ceste déclaration le cardinal de Plaisance , qui se disoit légat de Sa Saincteté et du Sainct Siège , ût publier une exhortation aux catholiques, de quelque prééminence , estât et condition qu'ils eussent peu estre, qui suivoient lepartydu Roy [qu'il appelloit Theretique]. Dans ceste exhortation, après avoir protesté qu'il avoit désir de rendre à tout le monde .une preuve certaine de sa bonne affection en ce qui regardoit la charge et dignité qu'il avoit pieu à Sa Saincteté lay donner en France, estimant très-heufeusement employer son sang et sa propre vie s'il y pouvoit en quelque manière servir , il dit qu'il nefailloit pas penser que le chef de TEglise ^'hrestienne voulust aucunement accorder ou consentir à la ruine et dissipation de ceste trèschrestienne couronne, ains que , tout ainsi que l« pape Sixte V avoit envoyé le cardinal Gaé-
tan, non comme un herault ou roy d'armes, mais comme un ange de paix, non pour esbranler les fondements de cest Estât , ny pour altérer ou innover aucune chose en ses loix ou police, mais bien pour ay der et maintenir la vraye et ancienne religion catholique . apostolique-romaine ; aussi que le pape Grégoire XIY avoit faict paroistre, incontinent après son eslection ^ qu'au souverain pontificat est inséparablement conjoincte une particulière et extresme solicitude de la conservation de ceste très-chrestienne monarchie, ainsi qu'il avoit apparu par le bref qu'il luy plut luy envoyer au mois de Janvier 1591, et autres bulles et brefs apportez au mois de mars ensuivant par M. Landriano, nonce dudit Pape, quoy que les hérétiques disoient le contraire, contre lesquelles bulles et brefs l'on avoit commis un grand crime de n'y avoir voulu presterroreille, et encor plus grand de les avoir osé calomnier et traicter si contumelieusement que chacun sça\oit , tant à Tours qu'à Chaaions, non pas seulement un papier insensible, mais en iceluy le nom et Tauthorité du chef de l'Eglise, et par conséquent du mesme Sainct Siège apostolique ; et toutesfois la grandeur de ces fautes et de celle qui sur ce mesme subject fut commise par les ecclésiastiques assemblez à Chartres [qu'il appelle conciliabule], avoit esté jusques icy dissimulée par ceux qui en auroient peu faire quelque juste ressentiment. Plus, que le pape Clément VIII n'a- YOit si tost esté eslevé au suprême degré de l'apostolat, quel'heresie avoit de nouveau faict esclorre à Chaaions un prétendu arrest contre les bulles de Sa Saincteté concernant le faict de la légation d^iceluy cardinal , et estoit cest arrest donné par gens qui se manifestoient plus esclaves d'heretique que ministres de justice.
« Il est impossible, dit-il, de voir jamais la France Jouyssante d'une paix et tranquilité asseurée, ny d'aucune autre prospérité, tandis qu'elle gémira sous le tyrannique joug d'un hérétique. C'est une vérité si claire , que tous tant que vous estes la voyez et cognoissez bien, dont nous ne voulons autre Juge ou tesmoing que vos propres consciences. Combien que vos actions extérieures donnent encore assez évidemment à cognoistre ce que vous en pensez en vos âmes » puis que vous recognoissez par vos ordinaires protestations et remonsirances que Tobeyssance que rendez à l'heretique n'a autre fondement que ceste vaine espérance de conversion et rehabilitation, nous sommes à la vérité très-aises de voir que le crime de recognoistre pour roy d'un royaume très-chrestieu un hérétique, relaps et obstiné, vous semble trop atroce et énorme pour vous en confesser coulpables. Mais,
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puis que son obstination Ta desjà privé de tous les dfoicis qu'il pouvoit prétendre, vous ostant par mesme moyeii tous les prétextes et excuses que sçaurlez alléguer en sa faveur et à vostre descharge, il est temps maintenant que descou- \riez hardiment ce que vous avez dans le cœur; et, s'il n'y a rien que de catiioUque, comme vos précédentes actions l'on faict paroistrè lors que les charmes des hérétiques ne voiis avoient ensorcelez, prononcez librement, au nom de Dieu, avec le reste des catholiques , que vous ne desirez rien tant que de vous voir tous réunis sous Tobeyssance d'un roy de nom et d'eftect trèschrestien et vray catholique* C'est prudence d'avoir telle pensée, c'est magnanimité d'en poursuivre Teffect; et faire Tun et l'autre est une vertu parfaicte de tout poinct. Or ne se peut-il trouver aucun plus juste et légitime moyen d'en venir à bout que la tenue des estais généraux où vous estes invitez de la part de M. de Mayenne, qui , selon le devoir de sa charge et authorité, a tousjours cherché et elierche encor plus que jamais avec une pieté , constance et magnanimité digne de louange immortelle, les plus vrais et asseurez moyens de défendre et conserver cest Estât et couronne en son intégrité, et de maintenir la religion catholique et ITglise Gallicane en sa vraye liberté, qui consiste principalement à ne s'assujettir jamais à un chef hérétique. Aussi voulons-nous bien vous protester en cest endroict que, nous tenans dans les termes de la charge qu'il a pieu à Sa Sainteté nous commettre , comme c'est nostre Intention, nous ne pouvons et ne voudrions aussi en aucune manière assister ny favoriser les desseins et entreprises de M. de Mayenne , ny d'autres princes ou potentats de la terre, quels qu'ils soient, mais plustost nous y voudrions opposer de tout nostre pouvoir, 'où nous appercevrlons qu'elles fussent aucunement contraires aux communs vœuz et désirs de tous les geos de bien , vrays catholiques et bons François , et en particulier aux sainctes et pieuses intentions de nostre Sainct Père, lesqueUes d'abondant nous voulons bien aussi vous déclarer par ces présentes u^avoir autre but ny objeet que la gloire de Dieu, la conservation de nostre saincte foy et religion catholit}ue, apostolique et romaine, et l'entière extirpation des schismes et hérésies qui ont réduit eu si misérable estât ceste pauvre France , laquelle Sa Saincteté désire sur tout veoir couronnée de son ancienne splendeur et majesté par l'establissement d'un roy vrayement très-chrestien , tel que Dieu fera la grâce aux estats généraux de le pouvoir nommer, et tel que ne fut jamais et ne peut estre un hérétique.
C'est donques là où vous estes paceiUenentoimviez de la part de Sa Saincteté , affin qu'en voos séparant du tout de la société et subjectioD de rlieretique , vous y apportiez , avec une voloaté vuide de toute passion , et plaine d'un sainct zèle et pieté envers Dieu et vostre patrie, tout ce
3 uè jugerez pouvoir aucunepMiit çervir a estelore le gênerai embrasement qui l'a presqae reduicte en cendre. Il n'est plus temps de proposer de vaines excuses et difûcultez, vous n'y en trouverez autJ*e que celle qui procédera devons mesmes; car s'il vous plaist vous trouver en ladite assemblée aux fins et intentionf que devez, nous pouvons bien vous ^seurer, de la part de tous les catholiques qui par la gn^ce de Dieu oat tousjours persévéré en la dévotion et obeyssance du Sainct siège apostolique, que les trouverez très disposez à vous y recevoir et embrasser, comme frères et vrais chrestiens qui voudroient acheter au prix de leur sang et propre vie ime saincte paix et reconciliatioQ avec vous. Faites donc qu'on vous voye séparez à bon esdeat de l'heretique, et demandez en ce cas toutes les asseurances qui vous sembleront nécessaires pour y pouvoir librement aller et venir, dire et proposer en ladite assemblée tout ce que jugerez plus expédient pour parvenir aux fins d'icdle. JVl. de Mayenne est prest de vous les octrojer. et ne faisons difficulté de nostre part de noos obliger et rehdre garands qu'il n'y sera contrevenu en aucune manière , offrant de vous prendre pour ce regard en iant que besoin sera sous nostre spéciale protection , c'est-à-dire de Sa Saincteté et du Sainct Siège apostolique. Noos vous prions donc et exhortons de la part de Sadite Saincteté, et vous adjurons derechef an ooro de Dieu , de vouloir finalement faire paroisti^ par bons èflbct^ que vôuS estes vrays catholiques, conformant entlereoient vos inteotioasà celle du souverain chef de TËglise, sans plos différer de rendre à l'Eglise chrestienne, à bostre saincte religion et à vostre patrie^ le ildeile devoir qu'çHe attend de vous en ceste extrême nécessité. Il ne vous faut attendre de vos divisions que continuelles désolations et mîDes, et, quand bien toutes choses vous vlendroient d'ailleurs à souhait, ce que selon nostre advis voas mesme ne vous oseriez proiQettre sous un ebef hérétique, vous devriez neantmoios grandemeot appréhender que les schismes dont ce royavo» semble desjà tout plein ne se convertisseat fioalement en hérésie. Ce que Dieu par sa saincte grâce ne vueille permettre , mais plustost vudlle illuminer vos cœurs et vos esprits, les rendant capables de ses sainctes influences et bénédictions, à ce qu'estant tous réunis de faiet et de
CHaONOLOOIK NOVSNMBS DE PAtMA GAY£T. [1593]
volonté en Fiiiiité de la saincte Eglise catholique, apostolique et romaine, sous Tobeyssance d'iD roy qui puisse estre meritoiremeut estimé et nommé très-ehreetien , vous puissiez jouy r en ee monde d'une asseurée tranquillité, et finaleiMDt parvenir à ce royaume que Sa Divine Majesté a préparé de toute éternité à ceux qui , perseverans constamment en ia communion de M mesme Eglise , hors laquelle il n'y a point de nlut , rendent un clair tesmoignage de leur vive foy par vertueuses et sainctes opérations. Dieu vous «D face la grâce. Donné à Paris , le 1 5 jan* m 169a. PhilippeSi cardinal de Plaisance, lept.
• Hier. Aoucmus. »
Aussi toat que la susdite déclaration et ceste eibortation furent imprimées et publiées, les copies en furent apportées À Chartres où le conseil du Roy eatoit, auquel il se trouva lors pluneofi princes , prélats i ofilciers de la couronne et autres seigneurs catholiques, car Ton avoit Met la cérémonie des chevaliers du Sainct Esprit dans Teglise de Chartres le premier Jour de Tan, le lendemain de laquelle M. de Nevers, qui cQDduisoit Tarmée du Roy , alla recevoir à eomposition Anneau , puis il alla aux chasteaux de La Fosse et de La Barre , et nettoya les environs d'auprès d'Estampes de plusieurs pilleurs <|ai ibisoient leur retraicte dans quelques maiions fortes de ees quartiers là. Or, sur ces deux imprimez ainsi apportes à Chartres, plusieurs pirticuliers Grent des responses incontinent; cntr'antres il en fut faiete une que Ton intitula kfieur de lis » pour respoose à ladite déclaration du due de Mayenne , dans laquelle l'autbenr, après plusieurs reparties « s'arreste à ce foe ledit doc appelle le roy d'Espagne grand roy. • Gomment, dit-il, Charles de Lorraine, pooritris ta bien remarquer quelque exemple auquel par lettres patentes scellées des fleurs de I7S on ait attribué ce tiltre de grand à un roy usager? Tout au contraire, on a faict infinies fois ruisseler les eampagnes de sang pour conserver le tiltre auguste des roys de France , pre- Dûers, plus grands et plus puissans princes de la i^reitienté) qui portent la couronne de liberté et de gloire par dessus tous les autres roys. 9 h\i continuant , il dit : t Est-il possible que ecQi qui parlent encor le langage françois puissent endurer que ce cruel parricide , auquel le ^eii ne vid Jamais rien de semblable , rien de 'i exécrable , soit appelle un coup du ciel ! • Ainsi les royaux escrivirent que ladicte déclaration du duc de Mayenne n'estoit qu'un abrégé de tous les UbelleB séditieux et harangues vo-
mies contre le feu Roy et le Roy à présent régnant.
Le Roy s'estant rendu incontinent à Chartres^ luy et son conseil jugèrent sur le champ que cesdiies déclaration et exhortation n'estoient que prétextes pour esblouyr les simples ; ce fut pourquoy on résolut qu'il seroit faict deux responses. Tune au nom de Sa Majesté , qui seroit vérifiée aux parlements et publiée , l'autre, qu'au nom des princes , prélats et officiers de la couronne catholiques , on envoyeroit à ladite assemblée de ceux du party de l'union à Paris leur proposer une conférence pour ensemblement adviser au moyen d'appaiser les troubles de la France. J'ay mis icy tout du long, premièrement ladite proposition , laquelle fut publiée deux jours auparavant la déclaration du Roy , et puis tout de suitte ladite déclaration, affm que le lecteur juge mieux de l'intention de ceux qui les firent publier que par ce que j'en pourrois escrire en abrégé.
Proposition des princes , prélats, officiers de la couronne et principale seigneurs catholigués, tant du conseil du Roy que autres, eS' tans prez de Sa Majesté, tendans à fin de parvenir au repos tant nécessaire à ce royau' me f pour la conservation de la religion cariholique et de V Estât , faiete à M. le duc de Mayenne et autres princes de sa maison , prélats , sieurs, et autres personnes envoyées par aucunes villes et communautez , se trou" vans à présent assemblez dans la viile de Paris.
Les princes , prélats , officiers de la couronne, et principaux seigneurs catholiques , tant du conseil du Roy que autres , estans prez de Sa Majesté, ayant veu une déclaration imprimée à Paris sous le nom de M. le duc de Mayenne , en datte du mois de décembre, et publiée à son de trompe en ladite ville le cinquiesme du présent mois de janvier , ainsi qu'il est escrit au pied d'icelle , et venue en leurs mains à Chartres le qainzlesme jour dMceluy mois, recognoissent et sont d'accord avec ledict sieur duc que la continuation de ceste guerre , tirant quand et soy la dissipation et ruine de l'Estat en ce royaume, comme c'est une conséquence indubitable , emporte par mesme moyen la ruyne de la religion catholique, ainsi que l'expérience n'en rend desjà que trop de preuves , au grand regret et desplaisir desdits princes et seigneurs, et de tous les autres princes, sieurs et Ëstats catholiques qui recognoissent le roy que Dieu leur a donné et luy font service, comme ils luy sont naturel-
CUB0N0L06IB NOYENklRE DE PALMA CAY£T. [1693]
lement obligez, lesquels avec ce devoir ont tous- Jours eu pour but principal la conservation de la religion catholique , et se sont d'autant plus roidis avec leurs armes et moyens en la defencede la couronne sous Tobeyssance de Sa Majesté, quand ils ont veu entrer en ce royaume les estrangers , ennemis de la grandeur de ceste rao* narchie et de Thonoeur et gloire du nom françois, parce qu'il est trop évident qu'ilsne tendent qu'à le dissiper , et que de la dissipation ensuyvroit une guerre immortelle qui ne pourroit produire avecques le temps autres effects que la ruine totale du clergé , de la noblesse , des villes et du plat pays, événement qui seroit pareillement infaillible à la religion catholique en cedit royaume. C'est pourquoy tous bons François et vrayement zélateurs d'icelle doivent tascber à empescher de tout leur pouvoir le premier inconvénient dont le second susdit est inséparable, et tous deux inévitables par la continuation de la guerre. Le vray moyen pour y obvier seroit une bonne réconciliation entre ceux que le malheur d*icelle tient ainsi divisez et armez à la destruction les uns des autres ; car sur ce fondement la religion catholique seroit restaurée, les églises conservées, le clergé maintenu en sa dignité et biens, la justice remise , la noblesse reprendroit sa force et vigueur pour la défense et repos de ce royaume , les villes se remettroient de leurs pertes et ruynes par le restablissement du commerce et des arts et mestiers nourrissiers du peuple, et qui y sont presque du tout abolis, et mesmes les universitez et estudes des sciences, qui ont par cy-devant fait florir et donné tant de lustre et ornement à ce royaume, et qui maintenant languissent et périssent peu à peu ; les champs se remettroient en culture , qui en tant d'endroits sont délaissez en friche, et, au lieu des fruictsqu'ils souloient produire pour la nourriture des hommes, sont couverts de chardons et d*espines qui en rendent mesme la face hideuse à voir. En somme , par la paix , chasque estât reprendroit sa function, Dieu seroit servy, et le peuple. Jouissant d'un asseuré repos , beniroit ceux qui luy auroient procuré ce bien , où, au contraire, il auroit juste occasion d'exécrer et maudire ceux qui l'empescheront, comme n'y pouvant avoir autre raison que leur ambition particulière. A ceste cause , sur la démonstration que ledit sieur de Mayenne fait par son escrit , tant en son nom que des autres de son party assemblez audit Paris , que ladite assemblée est pour adviser au bien de la religion catholique et repos du royaume , dont, par le seul moyen des lieux, où il n'est loisible ny raisonnable à autre que de leur party d'intervenir, ne peut sortir
aucune resolution valable et utile à Teffeet qu'il a publié , estant au contraire tout certain qoe cela ne feroit qu'enflamber d'avantage la gaem et oster tout moyen et espérance de réconciliation entre lesdits princes , prélats, ofQders de la couronne et autres seigneurs catholiques estaos prez Sa Majesté, bien assurez que tous les autres princes , seigneurs et Estats catholiques qui le recognoissent concurrent avecques eux en mesme zele à la religion catholique et biea de l'Estat comme ils conviennent , en Tobeyssance et fidélité deuë à leur roy et prince naturel , ont, au nom de tous et avec le congé et permission que Sa Majesté leur en a donné , voulu par cest escrit signifier audit sieur de Mayenne et autres princes de sa maison, prélats , sieurs et autres personnes ainsi assemblez en ladite villede Paris, que, s'ils veulent entrer en conférence et communication des moyens propres pour assoupir les troubles à la conservation de la religion catholique et de l'Estat, et députer quelques bons et dignes personnages pour s'assembler en tellieu qui pourra estre choisi entre Paris et Sainct Denis , ils y en voiront et feront trouver de leur part au Jour qui sera pour ce convenu et accordé, pour recevoir et apporter toutes les bonnes ouvertures qui se pourront ex cogiter pour un si bon effect. Comme chacun y apportant la bonne volonté qu'il doit , ainsi qu'ils le promettent deleur part, ils s'assurent que les moyens se trouveront pour parvenir à ce bien; protestans, devant Dieu et les hommes» que, si ceste voyeestr^ jettée , prenans autres moyens illégitimes qui ne pourroient par conséquent estre que pernicieu.\ à la religion et à TEstat, et achever de réduire la France au dernier période de toute misère et calamité , la rendant proye et butin de Tavidite et convoitise des Espagnols et le triomphe de leur insolence , acquis neantmoins par les mené» et passions aveuglées d'une partie de ceux qui portent le nom de François , degeneransdu devoir et de l'honneur qui a esté en si grande r^ verence à leurs ancestres, la coolpe du malqu en adviendra ne pourra ny devra justement estre imputée qu'à ceux qui par tel refus seront notoirement recognus en estre la seule cause, comme ayans préféré lesexpediens qui peuvent servir à leur grandeur et ambition particulière et de ceux qui les y fomentent , à ceux qui regar dent l'honneur de Dieu et le salut du royaume- Faict au conseil du Roy , où lesdits princes et sieurs se sont expressément assemblez et résolus, avec la permission de Sa Majesté , de faire la susdite offre et ouverture , à Chartres le 27 janvier 1593.
Signé Bfivoi.
CHB0N0L0G1B NOVBNAIRB DE PALMA CAYET. [1693]
Voylà quelle ftet la proposition des princes , prélats et officiers de la couronne, et antres seigneurs catboliqnes du conseil dn Roy, laquelle fut portée à Paris par nn trompette , et baillée aasjear de Belin, gouverneur de Paris , lequel la bailla au duc de Mayenne qui la communiqua à ceux de ladite assemblée. Des diverses opinions qu'ils eurent entr'eux sur ceste proposition Doas le dirons cy après. Yoycy la déclaration que le Roy lit aussi publier au mesme temps.
Henry y par la grâce de Dieu , roy de France et de Navarre , à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Ayant pieu à Dieu nous faire naistre de la plus ancienne race des roys chrestiens, et par droict de légitime succession parvenir à la couronne du plus beau et florissant royanme de la cbrestienté , il ne nous avoit pas donné DQoins de pieté et de dévotion, ny moins de valeur et de courage pour estendre et la foy cfarestienne et les bornes et limites de ce royaume qu'aux roys nos prédécesseurs, et n'a defailly à Dostre bon-heur sinon que tousnos sujets n'ayent pereiliement succédé a la vertu et fidélité de lenrs ancestres ; mais nous nous sommes rencontrez en un siècle que beaucoup en ont dégénéré, ^vantconverty cest amour qu'ils portoientà leurs t^ySj et dont ils excelloyent-sur tous les peuples, en conspiration , et leur fidélité en rébellion ; de sorte que nostre labeur et nostre plus l)el aage , qui estoit pour illustrer la gloire du nom françois, est, à nostre très- grand regret, consommé a fn publier la bonté, n*ayant peu evister d*estre depuis nostre advenement à ceste couronne en continuelle guerre contre nos subjets rebelles ; dont nous avons tant de desplaisir et de compassion des malheurs qu'en souffre tout le royaume , que , si nous eussions cognu que leur haine eust esté à nostre seule personne, nous aurions souhaitté de n'estre Jamais parvenus à nos- Ire dignité. Mais ils ont bien monstre que c'estoit contre Tauthorité royalle qu'estoit leur conspiration , l'ayant premièrement commencée et depuis réitérée contre le feu Roy dernier , Dostre trèa-honoré seigneur et frère, pour lequel le prétexte de la religion , dont ils se parent tant, ne pourrait valloir , ayant tousjours esté trèscatbolique, et faisant mesme la guerre contre ceux de la religion dite reformée peu auparavant qne lesdits ret)elles le vindrent assiéger en la ville de Tonrs. Et si ladite cause prétendue de ieurdite rébellion fut recognuê faulse dès son commencement, elle ne l'a pas esté moins depuis « qooy qu'ils la magnifient plus que Jamais, et que ce soit Tunique Justification à tous leurs crimes. Mais la lumière que la vérité porte sur le front sonnonte en fin les ténèbres qu'y oppo-
soyt leur obscurité, et l'admirable sagesse de Dieu dispose tellement toutes choses , que mesmes les plus mauvais servent à la perfection de son œuvre, tant qu'il contraint bien souvent ceux qui directement se bandent contre leur propre conscience , lors qu'ils 8*en doutent le moins, de lascher quelque trait qui fait la confession de leur faute si expresse qu'il leur est impossible de s'en plus desdire. La preuve en est bien claire et manifeste aux procédures de ceux qui, sous le nom de la ligue , se sont eslevez en armes à la ruine et dissipation de cest Estât , et se voit que tant plus ils ont voulu pallier leur fait , plus ils ont mis en évidence leurs mauvaises intentions. Et comme la vraye et seule cause de leur souslevation est principalement en trois points, en la naturelle malice de leurs chefs , de tout temps mal affectionnez à cest Estât, à laquelle s'est Joincte l'ambition de l'envahir et partager entr*eux l'intervention des anciens ennemis de ceste couronne qui ont voulu profiter à leur advantage ceste occasion, et, pour les peuples, Tenvie des plus misérables sur les plus aisez , la cupidité des richesses et l'impunité de leurs crimes , ceste ordonnance de Dieu qui fait au péché malgréluy descouvrir son péché, s'exécute maintenant au fait du duc de Mayenne, encores plus qu'il n'avoit esté cy-devant , par i'escrit quil a nouvellement mis en public pour la convocation générale qui se fait en la ville de Paris. Bien que sa faute soit insuportable et plus inexcusable qu'aucune autre qui ait Jamais esté commise de ceste qualité, elle pouvoit neantmoins estre, sinon excusée, au moins trouvée moins estrange de ceux qui sçavent ce que peut la convoitise du commandement souverain en une ame ambitieuse. Mais, non content d'avoir tantost fait tous les bons François misérables , de leur vouloir encores crever les yeux et les rendre stupides en leurs misères, leur ostant ce qu'il leur reste de consolation , qui est la cognoissance certaine qu'ils ont de la source et première cause de leurs malheurs , et sçavoir à qui ils s'en doivent prendre , Dieu ne Ta pas voulu permettre : l'ambition dudit duc de Mayenne s'est tellement enflée, qu*en fin elle a crevé le voile duquel il l'nvoit voulu couvrir. Tout le plus grand artifice dudit escrit est de faire croire en luy un bon zeie, une grande simplicité, et qu'il est vuide de toute présomption. Et elle ne se pouvoit accuser plus grande que par ce mesme instrument estant faicten forme d'esdit, scellé du grand seau , addressé aux cours de parlement , et avec toutes les autres formes et marques dont les roys et princes souverains ont privativement à tous autres accoustumé d'user. Il fait , par sadite
GHBOHOLOGIE NOVgRAUB DS PAI.KA CAYBT. [1593]
déclaration , une convocation générale des princes, officiers de la couronne, et de tous les ordres du royaume , pour délibérer sur le bien de l'Ëstat , chose Jusquesicy inouïe sous autre nom que celuy des roys , comme par toutes les loix ceste authorité leur est seulement réservée, et Jugée en crime de leze-majesté pour tous autres. Il veut monstrer de vouloir rendre quelque respect aux princes du sang, et neantmoins il les convoque, les appelle et leur promet seureté, qui est bien les traicter comme Inférieurs à luy. Ce sont toutes marques d'une imagination qu'il a en Fesprit de la puissance souveraine, de laquelle Dieu permettra qu'il s'en trouvera aussi esloigné comme injustement il y aspire. Si la forme dudit escrit est vicieuse et reprouvée, la substance d'icelny ne Test pas moins , estant pleine de faulses suppositions , et neantmoins si foibles que les plus simples jugements la peuvent sans aucun ayde facilement recognoistre. La vraye et certaine loy fondamentale du royaume pour la succession d'icelny est la loy salique , qui est si saincte , parfaite et si excellente, qu'à elle, après Dieu , appartient le premier et le plus grand honneur de la conservation d'iceluy en i'estat qui a si longuement duré, et est encor à présent. Elle est aussi si nette et claire, qu'elle n'ajamaisreceu aucune interprétation et exception. De sorte que Dieu, la nature et ladite loy nous ayant appelle à la succession légitime de ceste couronne, elle ne nous peut estre aussi peu disputée qu'à aucuns autres de nos prédécesseurs, au pouvoir desquels n'a point esté de changer ou altérer aucune chose en ladite loy, de tout temps révérée en France comme une ordonnance divine à laquelle il n'est permis aux hommes de toucher, ne leur estant demeurée que la seule faculté et gloire d'y bien obeîr. Et si rien n'y a deu estre innové, moins Ta-il peu estre par la déclaration faite par le feu Roy, nostre trës-honoré seigneur et frère, aux estais tenus à Blois en l'année cinq cents quatre-vingts huict ; car, outre que c'est aux loix et non aux roys de disposer de la succession de ceste couronne, il est trop commun et notoire qu'au lieu que l'assemblée desdits estats devoit estre une délibération libre, que ce ne fut qu'une conjuration descouverte contre l'autorité dudit feu Boy, duquel ladite déclaration fut extorquée par force et violence , comme tout ce qui y fut traitté ne fut que pour l'establissement de ce qui s'en est depuis ensuivy en faveur de la rébellion qui dure encor à présent : et n'est pas à présumer que ledit feu Boy eust voulu sciemment rompre et enfreindre ladite loy, par laquelle le feu roy François I son ayeul, et par conséquent luy
mesmes , estoient venus à eeste couronne. AqM) ainsi que ladite déclaration fut injuste , elle n'a point esté observée par ceux mesmes qui Tavoient bastie , et en faveur desquels elle estott faite, car, si ledit duc de Mayenne eut reeogoQ le feu cardinal de Bourbon nostre oncle pour son roy, comme il luy en a donné quelque temps le til ire imaginaire , il se fnst intitulé durant sa vie plustost son lieutenant gênerai que lieutenant gênerai de TËstat comme il a tousjours fait, estimant que ceste qualité luy en acquerroit qnelque possession. Ils eussent aussi recognu Dostr^ dit oncle dès qu'ils entreprirent de priver le fea Boy, nostredit feu sieur et frère, de la dignité royale, ou pour le moins incontinent après» mort; mais ils y consultèrent plus de trois mois, après s'y estans résolus, non en iatention de le luy conserver, mais pour prendre par ledit doc de Mayenne loisir et force d« s'y establir lo) mesmes, s'introduisant cependant dans tontes les autorités qui en dépendent. Et c'est imposer de dire que ladite déclaration faite à Blois n est que la confirmation d'une autre pareille faîteaux estats precedens tenus audit Blois en Tannée 1577. Il peut bien estre qu'elle fust dèslorspar eux designée, mais leur force nefutpasencoret assez grande pour la faire résoudre, ne s'y estant faite sur ce autre démonstration que , par une simple légation de la part desdits estats, nous fidre exhorter, et feu nostre cousin le prioee de Condé , à prendre la religion catholique. Quant aux cérémonies qui doivent suivre lapromotioD à la dignité royale, que lesdits rebelles nous imputent de n*avoir point, combien que cela ne doive pas valoir pour nostre exclusion et nous denier l'obéissance qui nous est deuë, parce qnc la royauté subsiste de soy-mesme , se pouvant bien interposer plusieurs choses et obstacles entre ladite royauté et les cérémonies d'iceiic, comme nous ne serions pas le premier royqni auroit quelque temps régné avant que d'cstre couronné et prins les autres solemnites,maisnea ne s'interpose entre la personne du roy et ladite royauté, de laquelle l'autorité est inseparal»le, toutesfois nous estimons avoir assez fait cognolftre , comme nous ferons tousjours, qu'ainsi qa'ii n'a point tenu à nous jusquMcy , quMI netieudra aussi jamais que nous n'ayons toutes les marqnes et caractères qui doivent accompagner ceste dignité , et que nous ne retirions à nous tonte Taffectionde nos sujets, comme noua leur donnons tonte la nostre , mesme , en ce qui est du &it de nostre religion , que nous ne facions eognoistie n'avoir aucune opiniastreté, et que nous samw» bien préparés à recevoir toute bonne instruction et nous réduire à ce que Dien nom oonsciilers
CHBONOLOGU NOVBNAIBB DB PALICA CAYBT. [1693]
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esire de oçstarQ bien et salât. Et ne doit estre trouvé estrange de tous nos sujets catholiques , si I nyant e^té nourris en la religion que nous trâonsi noQ9 ne nous en voulons départir sans premièrement estre instruits , et qu'on ne nous ait fait eogooistre que celle qu'ils désirent en nous est la meilleure et plus certaine , ceste instruction en bonne forme estant d'autant plus nécessaire en nous , que nostre exemple et conversion pourroit beaucoup à esmouvoir les autres» Ce seroit aussi errer aux principes de religion^ et monstrer n'en avoir points que de vouloir sous une simple semonce nous faire changer la nostre , y allant de chose si précieuse que de ce en quoy il faut fonder Tesperance de son salut , et n'avons pas pensé faillir de désirer la convocation d'un concile, comme nous imputent lesdits rebelles, et que ce seroit mettre en doute ce qui a esté conclu par les autres , parce que ceste mesme raison condamneroit tous les derniers, esquels ce qui avoit esté délibéré aux premiers n'a pas laissé d*y estre derechef traité : toutesfbls, s'il se trouve quelque autre meilleur et plus prompt moyen pour parvenir à ladite iostructton, tant s'en faut que nous la rejetions que BOUS le desirons et l'embrassons de tout nostre eeenr, comme nous estimoos l'avoir assez tesmoigné par la permission que nous avons donnée aux princes , officiers de la couronne , et autres seigneurs catholiques qui nous assistent , de députer vers le Pape pour fociliter et intervenir en ladite instruction. Et non seulement par ce moyen, mais auparavant par plusieurs nos définitions générales, et encores par légations particulières , nous les avons voulu induire à venir à quelque conférence pour trouver les moyens de parvenir à ladite instruction , qui est Incompatible avec le bruit des canons et des armes. Mais ils n'y ont voulu entendre qu'au temps et autantquHIs ont estimé leur pouvoir valoir adonner jalousie aux ministres d'Espagne pour en tirer des conditions meilleures, et est supposition de dire qu'ils nous en ayent jamais fait aucune semonce en forme qu'il se pust juger que ce fust pour avoir effect ; au contraire, il n'en a jamais esté parlé de leur part que comme cralguans de persuader ce que pour la foveur de leur prétexte ils estoient contraints monstrer de désirer; et eneor maintenant, par ledit escrit, ils veulent tenir la chose pour désespérée avant qu'elle ait Jamais esté proposée ; dont ils ont tant d'aprehension qu'il en puisse advenir ce qui leur est aussi formidable dans le cœur qu'il semble leur estre plausible sur les lèvres, qu*aussi-tost qu'ils étendirent que lesdits catholiques qui nous asMient depescherent par nostre permission
vers le Pape nostre amé et féal conseiller en nostre conseil d* Estât, chevalier des deux ordres, le marquis de Pisani , ils firent partir en diligence deux de leurs ambassadeurs , qui maintenant remuent toute Bome avec les ministres d'Espagne pour empescher et faire que l'audience luy soit desniée , encor qu'il soit député de la part des meilleurs catholiques de ce royaume , qu'il ne s'en pourroit pas choisir un qui le fust d'avantage que luy, et qu'il est bien à présumer que sa charge n'estoit que poar le bien et la con<servation de la religion catholique. Ce sont effects certains et solides qui ne conviennent pas aux paroles qui serespandent maintenant dans leurs eserits pour surprendre les plus simples : et neantmoins les uns se traittent à Rome au mesme temps que les autres se publient par de çà; qui est ce qui leur faisoitsi hardiment dire qu'ils se remettoyent , pour ce qui est de nostre religion, à ce qui en seroit ordonné par le Pape , que nous voulons espérer qui sera si judicieux et équitable qu'il en sçaura bien discerner la vérité. Ces contrariétés si manifestes, ces artifices si descouverts, sont mauvais moyens auxdits rebelles pour esbranler la constance des bons catholiques qui nous assistent , et les attirer en société de leurs fautes ^ comme il semble que ce soit une des principales intentions dudit escrit en les invitant ou plustost ad journant de se trouver à ladite assemblée. Il seroit bien plus juste et plus convenable qu'eux , qui sont les catholiques desunis , se vinssent rejoindre au corps des bons catholiques et vrays François, et se former à leur patron et exemple. Et si le corps est où est la meilleure et plus noble partie , il ne peut estre ailleurs que où sont tous les princes du sang , tous les autres princes , excepté ceux de la maison de Lorraine qui ne sont que princes de maison estrangere , tous les officiers de la couronne , les principaux prélats , les ministres de l'Estat , tous les officiers des parlements , pour le moins tous les chefs , quasi tonte la noblesse , qui sont tous demeurez fermes en leur fidélité envers nous et leur patrie, car nostre cause est celle de l'Estat, pour lequel nous combatoos comme les autres font pour le destruire. Ce seroit bien à eux à jelter les yeux sur les monumens de leurs ancestres , qui ont souvent exposé leurs vies pour fermer les portes de ce royaume à ceux ausquels il les ouvrent et livrent maintenant, trafiquant à prix d'argent le sang de leurs pères et le bien et l'honneur de leur patrie. Ce seroit bien à eux à faire dueil et pénitence du détestable parricide commis en la personne du feu Roy, nostre très-honoré seigneur et frère , et ne vanter plus pour trophée ny pour faveurdu
CHBOROLOOiB NOVfiHAlBX DB PALMA CAVBT. [1593]
ciel le plus lugubre accident qai arriva jamais en France, et dont elle est plus diffiunée, n'estant pas descharge sufflsante de n'en estre point coalpable et de dire ne l'avoir pas sceu. Il n*eust pasfalu aussi s'en resjouîr publiquement, en rendre grâces à Dieu et honorer la mémoire de l'exécuteur, si on vouloit estre creu en avoir esté du tout innocent. Ce seroit bien à eux à considérer Testât présent de la France, leur première mère nourrice, qui, les ayant si tendrement nourris et allaictez, les a, des moindres qu'ils estoient de leur condition , eslevez et appariez aux plus grands du royaume , et gémir et souspirer de regret de la voir maintenant deschirée par leurs propres mains , remplie de nouveaux habitans, régie par nouvelles loix , et y parler nouveau langage. Si ces considérations ne servent à leur amollir le cœur, pour le moins nous sommes bien asseurez qu'elles eschauferont et animeront tousjours davantage celuy des bons catholiques qui nous assistent, que nous voyons plus résolus que Jamais d'achever de dépendre le reste de leurs vies et de leurs moyens pour une si juste et saincte cause. De quoy ils nous seront bons tesmoins que nous leur donnons le premier exemple, ne mesnageant aucunement ny nostre santé , ny nostre propre sang , au pris duquel nous voudrions avoir acquis le repos en ce royaume. Ils tesmoigneront aussi pour nous quels ont esté nos deportements envers la religion catholique et tous les ecclésiastiques, si nous avons eu soin non seulement de ceux qui se sont maintenus en leur devoir, mais de ceux mesmes desdits rebelles qui ont esté avec nous , qui avoueront avoir receu meilleur traictement de nous, et avoir veu, pour leur regard, la discipline bien mieux observée en nostre armée qu*en celle desdits ennemis. Lesdits bons catholiques qui nous assistent , et qui ont eu mo3'en de considérer et examiner de près nos actions, nous seront aussi bons tesmoins si nous avons esté soigneux observateurs de la promesse à eux par nous faite à nostre advenement à la couronne, et si nous y avons en rien manqué et defailly de ce qui a peu dépendre de nous. Et estant tousjours en ceste intention et ferme resolution de l'accomplir et religieusement observer toute nostre vie , combien que nous n'ayons jamais donné occasion d'en pouvoir douter, toutesfois , parce que lesdits ennemis taschent par tous moyens d'en donner de contraires impressions, et que nous ne voudrions qu'il en demeurast le moindre scrupule es esprits de nosdits bons subjects , nous réitérons icy volontiers ladite promesse, attestant le Dieu vivant que du plus intérieur de nostre cœur nous faisons enco-
res présentement à tous nosdits subjets la mesmc promesse que nous leur fismes à nostre adveMment à cestedite couronne, selon qu^elle est ei^ gistrée en nos cours de parlement ; promettonsde la garder et inviolablement obser\'er et entretenir jusques an dernier souspir de nostre vie; et au reste qu'il ne tiendra jamais à nous qoe les difficultez et empeschemens qui peuvent dépendre de nostre personne ne prennent fin parles bons moyens qui y doivent estre tenus, lesqwb nous espérons que Dieu favorisera tellement de sa bénédiction , que tout réussira à sa gloire et au bien et repos de cest Estât. Et quanta la déclaration dudit duc de Mayenne cy-dessnsmectionnée, à ce que nul ny puisse estre surprinset prétende cause d'ignorance de ce qui est sor ce de nostre intention , après avoir mis le faict en délibération en nostre conseil , nous , de l'advis d'iceluy, où estoient les princes , tant de nostre sang qu'autres, les officiers de la couronne, et autres grands notables personnages de nostre conseil, avons dit et déclaré, disons et déclarons par ces présentes , ladite prétendue assemblée tenue ou à tenir en ladite ville de Paris, meotionnée en ladite déclaration dudit duc de Mayenne, estre entreprise contre les loix, le bien et le repos de ce royaume et des sobjets d'iceluy , tout ce qui y est ou sera fait, dit, traite et résolu, abusif, de nul effect et valeur; défendons à toutes personnes, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'y alîer ou envoyer. y avoir intelligence aucune directement on indiret^tement, ny donner passage, confort ou aide à ceux qui iront, retourneront ou envoycront à ladite assemblée; avons, tant celuy qoi fait ladite convocation que tous les dessus-dits, déclarer audit cas attaints et convaincus de crime de leze-majesté au premier chef , voulons qu^en ceste qualité ii soit procédé contre eux , à la dlligeice de nos procureurs généraux, que nouschargeo» particulièrement d'en faire les poursuites. Et neantmoins, parce que plusieurs villes, commnnautez et particuliers pourront avoir esté sorpris en ladite convocation, qu'ils n'auront pas estime estre si illégitime et prohibée comme elle est. ne nous voulans point départir de nostre naturelle clémence que nous avons tousjours pratiquée et présenta À tous nos sujets , mesmeseo ce fait particulier excuser la simplicité de plnsieurs qui y peuvent avoir esté séduits, nous, de nostre grâce spéciale, avons dit et déclaré, disons et déclarons que tous, tant villes, communautez que particuliers, de quelque qualiît' et condition qu'ils soyent , qui se seront acbemiwï pour se trouver à ladite assemblée , s'y senntp rendus , ou y auront envoyé, que, s'en retira»*
CHRONOLOGIE NOVBNAIBB DE PALVA CAYET. [1593]
00 revoquans lenndits envoyez, et recoarans à nous avec les submissions en tel cas requises, ils y seront benignement receus , et obtiendront de nous la remise de ceste faute et des précédentes faites pour l*adherence qu'ils auront eue avec lesdits rebelles, pourveu qu*à cela ils satisfacent quinze jours après la publication de ceste nostre présente déclaration au parlement du ressort duquel ils seront. Si donnons , etc. Donné à Chartres le vingt -neufiesme Jour de janvier, Tan de grâce ] 593 , et de nostre règne le quatriesme. Signé Henry. Et plus bas , par le Roy estant en soD conseil, Forget. Et sellée sur double queue enparclieminde cire Jaune. Leuès, publiées et registrées , ouy et ce requérant le procureur gênera! du Roy, et ordonné que coppies collationnées seront envoyées aux bailliages et senescbausséesde ce ressort pour y estre leuës, publiées et registrées , et outre afûcbées aux carrefours, places publiques, et principales portes des églises. Enjoinct aux baillifs et senescbaux ou leurs lieutenaos généraux procéder à la publication, et aax substituts du procureur gênerai du Roy faire procéder À Texecution et informer des contraventions, et certifier la cour de leurs diligences au mois. »
Voyià quelle fut la déclaration que le Roy fît publier pour response à celle du duc de Mayenne.
Or Sa Majesté, ayant esté quelques jours à Chartres avec plusieurs des princes et des officiers de la couronne qui avoient envoyé la susdite proposition au duc de Mayenne et à ceux de son party assemblez k Paris, voyant qu^il s'esloitjà passé huict jours sans en avoir receu aucane nouvelle ny response, sur Tadvis que Ton récent que ledit duc de Mayenne estoit allé au devant de Tarmée espagnole qui entroit en France, conduite par le comte Charles de Mansfeidt, avec lequel estoit le duc de Feria, fils du duc de rinfantas({ue, envoyé par le roy d'Espagne pour son ambassadeur en ceste assemblée de ceux de l'union , et pour y negotier son intention sur la réception qu'il desiroit y estre faicte dellufante saillie pour roynede France, le Roy congédia la plus-part desdits princes et seigneurs, qui s'en allèrent en divers endroits là où les occasions delà guerre les appeloient, et luy, avec son armée, qui n'estoit pas grande lors, conduitte par M. Tadmiral de Riron, s'en alla le long de la rivière de Loire. Cependant qu'il envoya assiéger Meun, qui n'est qu'à cinq lieues d'Orléans, il s'achemina à Rlois, à Tours, puis à Saumur pour voir Madame, sa sœur, qui y estoit arrivée le premier Jour de ceste année. Il ne sera hors de propos de dire conune ceste princesse partit
de Pau en Rearn , et de quelques choses notables qui adviurent en son voyage, traversant tant de provinces depuis les Pyrénées jusques sur les bords de Loire.
Ceste vertueuse et généreuse princesse s'estoit tousjours attendue de revoir encore une fois le Roy en ses pays de la basse Navarre et de Rearn où il Tavoit laissée régente depuis Tan 1685, comme il luy en avoit donné espérance par plusieurs lettres ; en fm ^lle se résolut de venir trouver Sa Majesté en France : dequoy le Roy en estant aussi bien content, manda à tous les gouverneurs des pays où elle devoit passer de luy faire escorte en leurs gouvernemens. Tellement qu'ayant mis ordre aux affaires du royaume de Navarre deçà les monts Pyrénées, qu*on appelle basse Navarre [car l'Espagnol tient la haulle Navarre, comme nous avons dit ailleurs], en Rearn, et autres souverainetez et regalles qui estoient sous sa régence le long des Pyrénées jusques en Foix , elle partit de Pau le 25 octobre 1592, et s'en vint passera Sainct Sever, Agemaux, Mont de Marsan et Bazas, en tous lesquels lieux le mareschal de Matignon donna ordre qu'elle fust reçue comme la propre personne du Roy, suivant son commandement, avec entrées qui furent belles et magniftques, selon la nécessité du temps. A Razas ledit sieur mareschal la vint recevoir à my-chemin du fort de Captieux, et luy rendit les devoirs et honneurs d'un bon et ancien serviteur de la maison et couronne de Navarre en son particulier, comme ayant esté nourry enfant d'honneur de la royne Marguerite de Valois, sœur du grand roy François. De Razas Son Altesse alla à Castres, où elle séjourna quatre ou cinq jours pour attendre que les Rourdelois eussent fait leurs préparatifs de l'entrée qu'ils lui vouloient faire : cequ'ayans faict, elle s'y achemina. Elle fut rencontrée sur la rivière par toute la Maison de Ville de Rourdeaux en corps avec toute la noblesse, au lieu mesme où autresfois la feue royne Catherine de Medicis avoit pris son rafraischissement, lors qu'aussi elle fit avec le roy Charles son entrée en ladite ville^ fan 1564. Le premier capitou de Rourdeaux luy ayant fait une harangue, elle entra dans une barque de parade, pinte, dorée , couverte et tapissée de velours de ses couleurs ; et, accompagnée de plusieurs autres barques chargées de seigneurs et gentils hommes, dames et damoiselles, elle fut conduitte à la rame par des espalliers accoustrez de mesme livrée que la barque, jusques à l'endroit de La Rastide, avec toutes sortes d'instrumens de musique. A l'abordage de sa barque sur le cay de la ville fut incontinent dressé un grand pont
CHRONOLO&IB NOYE!lÂia« DB PALHA CàTBT. [159S]
fait exprès, couvert de drap de pied, poar la mettre à terre. En mesme temps la cour de parlement en corps la vint salaêr à la sortie de sa barqne, et luy fut faicte une belle harangue par M. d'Affis, premier président de Bourdeaux, en laquelle il loûoit Dieu de ce bon heur de voir en leur ville la perle des princesses, sœur unique de leur Roy. Durant que ces choses se passoient on n'oyoit que canonnades, tant des chasteaux Trompette et du Ha que des navires, avec une joye et applaudissement du peuple , et fut Son Altesse ainsi conduitte et suivie de toute la noblesse et bourgeoisie Jusques en la maison du thresorier gênerai de Pontac, qui estoit le log|$ que Ton luy avoit préparé. Messieurs du clergé de Bourdeaux allèrent aussi au devant, et luy firent une harangue à laquelle Son Altesse respondit fort dignement, les remerciant de la bonne affection qu'ils luy monstroient en faveur du Roy. Elle eut aussi cest honneur de faire ouvrir les prisons, comme il se fait de droit et de coustume aux entrées royales, pour la compassion des pauvres misérables.
Durant le mois de novembre que Son Altesse demeura à Bourdeaux ce ne furent que festins, balets et resjouyssances publiques et particulières. Mais, comme en tels temps et occurrences il est malaysé qu'il n'arrive du desordre parmy du peuple, aussi il advint que , plus par curiosité qu'autrement, aucuns des habitans de Bourdeaux allèrent au logis de Son Altesse, la plus part pour voir que c'estolt que le presche ; d'autres, qui y avoient esté autresfois, pensoient que ce libre accez leur serviroit d'une ouverture d'y avoir à l'advenir le presche. Mais, au contraire de leurs intentions, y estant advenu en une presse quelques querelles, les Bourdelois prirent cela pour une révolte de l'Eglise que faisoient tous ceux-là qui alloîent ouyr le presche des ministres : et craignans que cela eausast quelque nouveau trouble, messieurs du parlement furent requis de faire publier à son de trompe par toute la ville et devant le logis mesmes de Son Altesse des deffencés à tous les habitans de n'aller plus ausdits presches; et ansquelles deffencés quelques-uns ne voulans obeyr furent mis prisonniers par l'authorité de la cour, quoy qu'ils dissent pour leurs excuses : et combien que Son Altesse s'y employast par prières, messieurs du parlement députèrent vers elle pour la supplier ne trouver mauvais leur arrest, qui n'estoit que pour contenir le peuple, et non pour le subject de sa personne, maison et suitte, qu'en cela ils gardoient l'ordre que Sa Majesté avoit eu aggreable, et qu'il vouloit estre gardé en vers sa proprepersonne, quand mesmesily seroitpresent.
Le mareschal de Matignon, craignant que le blasme luy fust mis sus de toutes c« choses, lesquelles se faisoient en la principale ville de la Srovince où il estoit lieutenant gênerai pour le oy , sur les offres du service que vint faire dans Bourdeaux à Son Altesse le sieur de Mongoyon, tant au nom du sieur de Massés, lieutenant de M. d'Espernon en Xaintonge, que de la part de ceux de la religion prétendue reformée deceste province, il luy conseilla de continuer son chemin, ce qu'elle fit, et la conduisit jasqnes hors son gouvernement. Pendant le séjour ((ue Sadite Altesse fit à Bourdeaux il adirint aussi que quelques anabaptistes flamans, estans venus poor y charger des vins, avoient apporté quelques livres de leur secte" qu'ils taschoient de faire divulguer sous main; mais, descouverts, ils furent bien reprimez par ledit sieur mareschal de Matignon, de peur de plus grand mal. Desoplnioos de ceste secte plusieurs en ont escrit. Il y en a encores à présent quantité en Holande et en quelques pays des Estats. On tient que, quand ils vont sur mer, ils n'ont aucun canon ny armes offensives ou deffensives dans leurs vaisseaux, et disent qu'ils n'ont besoin de sedeffeodre puisque dez leur naissance ils sont prédestinez ce qu'ils doivent devenir , et de quelle nort ils doivent mourir.
Madame donc poursuivant son chemin passa à Yay tes , lieu fort sur la Dordogne , où il coyda y avoir de l'inconvénient d'une pouttre qulesclata , et faillit à tomber de la salle haute oà estoit Son Altesse à souper avec grande compagnie : toutesfois promptement on y remédia.
Le sieur de Massés, estant venu recevoir Son Altesse , accompagné de grand nombre de noblesse et en bonne couche , la conduisit par la Xaintonge et par le pays d'Angoamois à JanK là où elle séjourna , et où , de la part de M. de Malicorne , gouverneur de Polctou, il y vint bon nombre de gentils-hommes pour luy offrir le service de tout son gouvernement, car tout te Polctou, horsmisPoictiers, estoit royal. DeJarnac elle alla à Beauvais sur Matha, où ledit sieor de Malicorne la mena loger , puis à Aufnaye, et de là à Nyort, où Son Altesse fit aussi entrée et délivra les prisonniers. Il faisoit un tel fîroid aa partir de Nyort que tout cuy da demeurer : neaotmoins ceste princesse, plehie de courage pour te désir de voir le Roy , son frère , s'advanca sasi rien craindre , estant mesmes advertle que ceux de l'union qui estoient dans Poietiers luy avoient dressé des embuscades, nonobstant IcsqueUa elle ne laissa pas de passer , et arriva dans Par* thenay peu avant Noël , auquel lieu aprte avoir séjourné quatre Jours, elle partit poor venir â
CHBONOLOGIB NOTENAIBE DB PALMA CAYBT. [l59S]
Tooara et à M ontrenilbellay , et fioalement à Saoïnor, là où aussi iuy fut faict entrée. Mais ; poarceqa'elie y arriva de nuict avec beaucoup d'iDCommoditeBdu temps, il n'y eut aucun moyen d'7 faire les harangues ny tous les compliments que Ton avoit résolu de Iuy faire : toutesfois le siearda Piessis Hornay , gouverneur de ceste ville , 86 monstra magnifique , et y eut très-gran* des demoDstrances de Joye en tout le peuple.
Son Allesse séjourna dans Saumur près de deux mois entiers sans Jouyr du bien qu'elle désirait le plus au monde, qui estoit de voir le Roy, son bon frère y comme elie disoit , pour le saluer Toy de France. • Car , disoit-elle , c*est mon ambition que de Iuy faire cest hommage. » Or le Roj estant donc entré le 2S février dans Saumar, environ les unze heures de nuict , par un temps fort fascheux et plein de neiges , ce ne fut À cest abordade , tant au frère qu'à la soeur , que de se faire paroistre combien ceste entrevue leur estoit aggreable.
M. le prince de Dombes, qui avoit pris le nom de doc de Montpensier après la mort de feu M. son père, François de Bourbon, qui estoit gouverneur de Normandie , et lequel mourut au mois de may Pan passé , après la levée du siège de Aouen , désirant aller prendre possession de ce gonvernemcnt dont le Roy Tavoit pourveu , J^rtit de la Bretagne où il commandoit pour le Roy, et vint se rendre auprès de Sa Majesté à Saumur; aussi qu'il recherchoit en mariage mailite dame , et y en eut mesmes quelques propos Aits^ mais ils demeurèrent sans effect.
Le duc de Mercœur pensa en ce mesme temps siecuter l'entreprise qu'il avoit sur Rennes ; nais, estant descouverte, le sfeur de Krapador Qt par arrest du parlement décapité, et un KKnmé Dimanche, domestique du marquis i'Asserac, fut pendu : quant audit marquis il e mit du party de l'union. Depuis, le Roy enoya le mareschal d'Aumont pour commander Q Bretagne.
Le Roy , Madame , sa soeur , et M. de Montsnsier, allèrent de Saumur à Tours au comlencement du mois de mars , où ce ne furent se festins et resjouissances. Après que Tadmi- I de Biron eut pris Meun sur Loire , à la prière is Tourangeaux , Sa Majesté commanda audiet imiral de faire passer son armée dans la So- Dgne et aller mettre le siège devant Selles, à loy il obéit promptement ; et ne parloit-on à la nr que de bloquer Paris l'esté prochain par s forts que Ton devoit faire encores aux envios , dans lesquels on entreticndroit de bonnes raisons , lesquelles , bien payées , empeschelent que rien n'entrast ny ne sortist de Paris.
Beaucoup estimoient ce dessein estre le plus expédient pour contraindre les Parisiens de désirer tous la paix. Plusieurs des bonnes familles de Paris, réfugiées à Tours et en d'autres villes, offrirent de se cottiser pour l'entretenement desdites garnisons, pourveu qu'un d'entr'eux fist le payement et la recepte sans frais. Ceste offre ftat rejettée comme tenant trop de l'humeur populaire qui se meffie tousjours des ofQciers royaux. Mais deux diverses nouvelles qui vindrent au Roy furent occasion qu'il s'en retourna incontinent vers Paris, et commanda audit sieur admirai de Biron de le suivre avec son armée et conduire madite dame à Chartres.
Lesdites deux nouvelles furent, l'une, que par un trompette le duc de Mayenne et ceux de son party avoient envoyé à Chartres une response à la proposition que les princes du party du Roy leur avoient faicte; et l'autre fut que le comte de Mansfeldt avoit assiégé Noyon.
Quant à ladite responce du duc de Mayenne et de ce que ceux de l'union furent un mois et quelques Jours à la faire, ce fut pource que le cardinal de Plaisance , aussi tost qu'il eut veu ladicte proposition des princes du party du Roy, dit qu'elle ne meritoit point de responce , et la donna à quelques théologiens du collège de Sorbonne pour Texaminer et en donner leur Jugement et censure, lesquels la condamnèrent absurde , hérétique et schismatiquc. Mais depuis , l'affaire estant mise en délibération le 25 février en pleine assemblée de leurs prétendus estats, après avoir longtemps debatu entr'eux , les uns soustenans l'advis du légat et desdits théologiens, qui disoient que lessuccez de semblables conférences qui regardoient les affaires de la foy et de Ja religion n'a voient jamais esté , par le Jugement de toute l'antiquité et par l'expérience mesmes , que funestes et dangereux , et qu'on pouvoit vaincre ceux à qui on avoit affaire, mais non les convaincre et persuader; les autres , au contraire, disans qui! n'estoit pas moins dangereux qu'odieux de refuser la communication requise par les royaux qui protestoient , ceste voye estant rejettée, de tous les malheurs qui pourroient arriver à faute de l'avoir embrassée; que la longueur dont on usoit à se resoidre pour leur respondre estoit desjà mal interprétée de plusieurs, et prise mesme par les royaux grandement à leur advantage, lesquels, par le moyen des imprimez qu'ils avoient faict publier par tout de leurproposition,avoientJàdonnéune croyance À un chacun qu'ils ne voulolent que le soulagement du peuple et la paix de la France, et que le refus qu'on faisoit de leur respondre seroit aussi Jugé n'estre fondé, comme lesdits royaux di-
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soient, que sur des desseins ambitieux et particuliers interests; plus, que l'estatdesafîairesdu party de l'union , la nécessité du peuple et principalement de la ville de Paris, !e peu d'espoir qu'il y avoit d'estre secourus d^une armée estrangere, et Toffre que M. de Mayenne avoit fait par sa déclaration de les ouyr, contraignoient d'entrer avec eux en conférence; que si on ne le faisoit , que cela n'apporteroit qu'un blasme à tout le party de l'union ; mais qu'en ceste conférence on pouvoit essayer de distraire les catholiques d'obeyr plus au Roy , et que sMls ne le vouloient faire , en leur remonstrant d'amitié et par raisons le tort qu'ils avolent de suyvreun tel party, que ce seroit le vray moyen qu'un chacun Jugerolt que l'intention du party de l'union n'a voit esté autre que de recourir aux armes pour sauver leur religion ; après plusieurs difdcultez proposées, ceste assemblée résolut :
I. Que l'on ne confereroit directement ou indirectement avec le roy de Navarre, ny avec aucun hérétique , ny de chose qui concemast son establissement, ny de Tobeyssance [qu'on luy devoit], ny de la doctrine de foy.
II. Que Ton pouvoit conférer avec les catholiques suivant son party pour les choses qui touchoîent la conservation de la religion de TEstat et repos public, en laquelle conférence on remonstreroit et desduiroit on les raisons pour lesquelles les François ne dévoient recogooistre un hérétique pour roy , ny personne qui ûst profession autre que de la religion catholique romaine.
III. Que la respoose que l'on feroit seroit en termes les plus doux et gracieux que faire se pourroit , et sans aucune aigreur ; le tout après que l'on en auroit conféré avec le M. cardinal de Plaisance , légat.
Ceste resolution communiquée audit sieur cardinal, légat, il l'approuva, à renvi8(l) toutesfois, comme nous dirons cy après; et, suivant icelle, il fut dressé la responsesuy vante, qui fut envoyée par un trompette à Chartres.
Respotice du duc de Mayenne, lieutenant gênerai de l* Estât et couronne de France^princes, prélats , seigneurs et députez des provinces assemblez à Paris , à la proposition de messieurs les princes, prélats, officiers de la couronne , seigneurs , gentilshommes , et autres catholiques estant du party du roy de Navarre.
« Nous avons veu il y a desjà quelques jours la lettre qui nous a esté escrite et envoyée par un
(I) Malgré lui.
trompette sous vostrenom. Nousdcsiroosqn'ètte vienne de vous et du zèle et affection qu'avex fait paroistre autresfois et avant ceste demien misère à conserver la religion et rendre le ro* pect et l'obeîssance qui est deuê à l'Eglise, è nostre sainct père le Pape et au Sainct Siège. Nous serions bien-tost d'accord, joincts etnaii ensemble contre les hérétiques, et n'aurions plos besoin d'autres armes pour rompre et briser ces nouveaux autels qu'ils ont eslevez contre les d» tres, etempescher restablissementdel'beresie, qui , pour avoir esté soufferte et tolérée , ou plostost honorée de loyer et recompense lors qu'on la devoit chasUer, ne demande pas seulemeatavjourd'huy d'estre receuê et approuvée, mais v«ol devenirmaistresseetcommander impérieusement sous l'authorité d'un prince hérétique. Encoie qu'il n'y ait personne dénommé en particulier [nr ceste lettre , et qu'elle ne soit soubscrite par aucuns de ceux dont elle porte le nom , et que no» soyons par ce moyen incertains de qui elle Tteot, ou plustost trop asseurez que elle a esté proprementfaite du mouvement d'autruy,etquelescatholiques n*ont à présent, au lieu où vous estes, la liberté qui seroit nécessaire pour sentir, délibérer et résoudre avec le conseil et jugement de leurs propres consciences ce que nostre mal et lealot commun des catholiques requiert, nous n'eussions pourtant différé si long temps à y faire rtsponse, n'eust esté que nous attendions que rassemblée fust plus remplie et accreuè d*an boa nombre de personnes d'honneur des trois ordres qui estoient en chemin pour s'y trouver, dont la pluspart estans arrivez, de crainte que nostit trop long silence ne soit calomnié , noos la ial* sons aujourd'huy, sans plus user de remise pour attendre les autres qui restent à venir, et déclarons, en premier lieu , que nous avons tonspnh mis et juré à Dieu, après avoir receu son predeux corps et la bénédiction du Sainct Siège par ks mains de M. le legat , que le but de nos conseils. le commencement , le milieu et la fin de touts nos actions , sera d'asseurer et conserver la religion catholique, apostolique et romaine, en laquelle nous voulons vivre et mourir, la mérité, qui ne peut mentir, nous ayant apris qu^eo cfae^ chant avant toutes choses le royaume etlhonoear de Dieu , les bénédictions temporelles s'y trouveront conjolnctes, entre lesquelles nous mettoos au premier lieu , après nostre religion , la codservation de l'Ëstat en son entier, et que tous autres moyens pour en empescher la ruine et dissipation , fondez sur la seule prudence hamalae, sentent l'impiété, sont injustes, contraires au devoir et à la profession que nous faisons d'estre catholiques, et sans apparence d'avoir jamiii
CHKONOLOGIfi NOVBNAIRB DB PALMA CAYET. [1593]