I. C, D, M. T. XII
Nous sommes contraints nous en servir, puisque vos armes sont contre nous. Ce sont les saincts pères et le Sainct Siège qui ont envoyé à nostre secours ; et encores que plusieurs ayent esté appeliez à ceste souveraine dignité depuis ces derniers mouvements, il n'y en a un seul qui ait changé d'affection envers nous; tesmoignage asseuré que nostre cause est juste. C'est le roy Catholique , prince allié et confédéré de ceste couronne, seul puissant aujourd'huy pour maintenir etdeffendre la religion, qui nous a aussi assisté de ses forces et moyens, sans autre loyer ny recompense que de la gloire que ce bon œuvre luy ajustement acquis. Nos roys, en pareille nécessité et contre la rébellion des mesmes hérétiques, avoient eu recours À eux ; nous n'avons faict que suivre leur exemple sans nous engager non plus qu'eux à aucun traicté qui soit préjudiciable à l'Estat ou à nostre honneur , combien que nostre nécessité ai testé beaucoup plus grande que la leur. Bepresentez vous plustost que les Anglois, qui vous aident à establir l'heresie, sont les anciens ennemis du royaume, qu'ils portent encore le tiltre de ceste usurpation, et ont les mains teinctes du sang innocent d'un nombre infini de catholiques, qui ont constamment enduré la mort et la cruauté de leur Royne pour servir à Dieu et à son Eglise. Cessez aussi de nous tenir pour criminels de leze-majesté pource que nous ne voulons obéir à un prince hérétique que vous dictes estre nostre roy naturel , et prenez garde qu'en baissant les yeux contre la terre pour y veoir les loix humaines, vous ne perdiez la souvenance des loix qui viennent du ciel. Ce n'est point la nature ny le droict des gens qui nous apprend à recognoistre nos ro^'s, c'est la loi de Dieu et celle de l'Eglise et du royaume, qui requièrent non seulement la proximité du sang à laquelle vous vous arrestez , mais aussi la profession de la religion catholique au prince qui nous doit commander, et ceste dernière qualité a donné nom à la loy que nous appelions fondamentale de l'Estat, tousjours suivie et et gardée par nos majeurs , sans aucune exception , combien que l'autre , pour la proximité du sang, ait esté quelquefois changée, demourant toutesfois le royaume en son entier et en sa première dignité. Pour venir donc à ceste si saincte et si nécessaire réconciliation , nous acceptons la conférence que demandez , pourveu qu'elle soit entre catholiques seulement et pour adviser aux moyens de conserver nostre religion et l'Estat. Et pour ce que vous desirez qu'elle soit faicte entre Paris et Sainct Denis, nous vous prions avoir pour agréable le lieu de Montmartre , de Sainct Maur ou de Chaliot, en la maison de la Boy ne, et d'y en<»
CHBONOLOGIB NOYBNÀIBB DB PÀLKA. CATBT« [1593]
voyer, s'il vous plaist, vos députez dans la un de ce mois , à tel Jour qu'adviserez ; dont nous advertissant, ne faudrons d'y faire trouver les nostres , et d'y apporter une affection sincère et exempte de tout mauvaise passion, avec prière à Dieu que Tissuê en soit si bonne que nous y puissions trouver tous ensemble la conservation de nostre religion, celle de TEstat, et un bon , asseuré et durable repos. En ce désir, nous le prions aussi de vous conserver et donner son esprit pour cognoistre et embrasser le plus utile et salutaire conseil pour vostre bien et le nostre.
» Signé Màbteàu, db Pilles, Cobdieb. »
Telle fût la response que fit le ducde Mayenne aux princes catboliques du party du Roy par la délibération de rassemblée de ceux de son party. La réplique que lesdits princes luy firent nous la dirons cy dessous.
Quant au siège qu'avoit mis le comte de Mansfeldt devant Noyon , le Roy estant arrivé en dilîgence à Sainct Denis avec quelque cavalerie, et ayant mandé à la noblesse des provinces voisines de le venir joindre en diligence pour faire lever ce siège , il y reçeut les nouvelles que les assiégez s'estoient rendus. Geste place fut battue fort furieusement , et les historiens qui ont mesmes escrit en faveur de l'Espagnol disent qu'après la reddition de Noyon , d'où les gens de guerre sortirent par composition après avoir soustenu un rude assaut con danno gravissimo (1) des assiegeans, ledit comte de Mansfeldt se retira sur les confins vers la Flandre; et, tout le long de ceste année , s'udivanno di giorno in giorno poco lieie novelle délie militie del re di Spa* gna (2) , pour ce que la pluspart des Espagnols Be mutinèrent pour la paye. Les Italiens qu'entretenoit le Pape en ceste armée se desbanderent aussi presque tous après la mort d' Apius Contins qui les conduisoit [car le duc de Monte-marcian s'en estoit retourné en Italie et luy avoit cédé sa charge]. Ce Contins fut tué par sa faute par un colonel de lansquenets aux approches devant Noyon , car , ayant commandé à ce colonel de se saisir d'un certain endroit, sur la response qu'il luy fit que ce seroit mettre ses soldats à la boucherie , il descendit de son cheval , et , pensant tuer le colonel , il fut tué par luy d'une estocade qu'il luy donna dans le corps. C'est une faute remarquable à un conducteur de gens de guerre de vouloir luy mesmes chastier les des-
(1) Afec grande perte.
(2) On n'apprenoit chaque joor qoe des nooyellei peu fUTorables des armées d*EspagDe.
obeyssans, veu qu'ils ont assez de moyeu de hi faire punir; et ce qu*aucnns qualifient du nom de courage fut estimé en cestuy-cy témérité.
Le 29 de mars les princes caùioliqaes do party du Roy, s'estans assemblez encor par sa permiision, firent publier la réplique suivante, et renvoyèrent au duc de Mayenne.
• Après l'envoy et réception de ladite proposition à Paris , le désir que l'on a de ceste psrt d'en venir réussir le firulct auquel elle tend, T^ tint encores quelques Jours en ceste ville d« Chartres Sa Majesté et les princes et seigacon qui avoient assisté à la délibération d'icelie, pour attendre s'il y seroit fait response; mais i ayant passé huict jours sans en estre venu ancune nouvelle, les affaires et les demoDstratioDi dudit sieur de Mayenne de vouloir entreprendre quelque chose avec l'armée estrangere, qu'il estoit allé trouver à ceste fin , donnèrent occasion à Sadite Majesté et ausdits princes et seigneurs de se départir et séparer en divers endroitsoàIcE occasions de la guerre les appelloient; de sorte que, lors que ladite response fut apportée et r^ ceuë en ceste ville de Chartres , qui fut le ïmtiesme de ce mois de mars, il ne s'y trouva qne petit nombre desdits princes et seigneurs , et ne se sont encor depuis peu rejoindre pour résoudre
des personnes, moyens et lieux de la conférence. Toutesfois, ayant ceux d'entre-eux qui estoieot demeurez icy adverty où il a esté besoin de la réception de ladite response, l'ordre a esté donné de se r'assembler à Mante , où se retrouven dans peu de jours compagnie suffisante pourentendre à vacquer à cest affaire. Et à fin qne le temps qui a couru avant qu'en donner quelque nouvelle à ladicte assemblée de Paris ne pnisse estre tiré en autre argument que de la myc cause qui a apporté ceste longueur, les prince et seigneurs qui sont encore à présent en cest^ dite ville de Chartres l'ont , avec nouvelle per* mission de Sa Majesté, voulu faire entendre par cest escrit à ladicte assemblée de Paris , et qW} dans le qulnziesme jour du mois prodtain , Us leur feront plus particulière déclaration de ceqni dépend d'epx pour racheminementet resolntkm de ladite conférence , tant en ce qui touche les seuretez que autres choses qui y escherrontpeo* dant lequel temps s*il plaisoit ausdits sieurs qnf sont en ladite assemblée d'advertir lesdits prineei et seigneurs des noms ou de la qualité et nornlve des personnes qu'ils voudront à oeste fin députer, cela ayderolt à advancer d'autant plus la coo' dusion , laquelle Dieu, par sa grâce, vueiiie réciproquement addresser au seul but de lacooser' vation de la religion catholique et de l'Estati comme c'a esté le principal motif, et sera tons
CHEOROtOeiB NOVlNAIll DI PAIHÀ GAYBT. [1593]
jùon rintention des princes et seignears catho- Uqnes qui recognoissent Sadite Majesté. Faict aa conseil d^icelle tenu à Chartres , où iesdits prînoei et seigneurs se sont à ceste fin assemblez avec fia permission , comme dit est, le 29 de mars 1593.
iSigné Revol. •
En ce mesme mois de mars le due de Ferla entra dans Paris. Le second fils de M. de Mayenne alla an devant de luy le recevoir avec tonte la n(dl>]e88e du party de Tnnion. Ceste re« ceptioD se fit avec apparat et magnificence. Le second jonr d'avril il alla à ladite assemblée qui setenoit dans la chambre royale du Louvre, en laquelle il fit ceste harangue (l) :
I Très-illustres et très-reverens seigneurs , et vous, très nobles personnes, estant, par spéciale faveur de Dieu, establie la paix entre le serenissime roy Catholique , mon très-debonnaire seigneur et le serenissime roy de France Henry II d'heureuse mémoire , et icelie confirmée par le mariage de la serenissime Ellzabeth , sa fille , si que dèslors nous nous promettions , moyennant la grâce de Dieu , tout heureux succez et félicité, se sont glissées dans ce royaume, Jà dès plusieurs siècles très-chrestien , des hérésies pestilentielles , lesquelles y ont tellement prins pied et accroissement , partie par les armes et force de plusieurs personnages de grande authorité et pouvoir, partie par les menées et artifices de beaucoup de gens cauts et rusez, qu'on ajuste occasion de craindre un naufrage et ruine totale de la religion , mon Boy , par sa bonté et cle* mence, n*a rien obmis pour déclarer Tintegrité de son amitié, et a monstre par effect autant de zeleen la conservation de la foy clirestienne , qu'on sçaaroit désirer d'un roy trè&Hsatholique. La mort soudaine du Roy son beau-pere , tant regretté d'un chacun , luy a ravy le moyen de faire cognoistre Thonneur et affection quMl luy portoit ; ce qu*à la vérité il eost faict s'il eust vescu. Il a honoré sa belle-mere , il a aymé et chery ses beaux-freres , et n'a rien oublié de ce qui concernoit leur bien et commoditez; ne s'estudiant à autre chose qu'à rendre perpétuel et indissoluble le lien de paix jà contracté, et faire que l'un et Tautre royaume, voire [ce qui dependoit de là] toute la republique chrestienne , demeurast ferme en la religion , avec tout heur et asseurance. Et, pour parler plus en particulier , il n'y a personne qui ne sçacheque , pendant le règne de François H, aussi-tost que la nécessité se présenta, le roy Catholique luy envoya d'Espagne de grandes armées sous la conduitte du
{\) nia prononça en latin.
car ainsi ts et cour*
duc de Carvajale : à Charles IX il envoya de Flandres le comte d*Arenberg avec grand nombre de gens de cheval, eten autre temps le comte de Mansfeldt conduisant plusieurs troupes, tant de cavallerie que d'infanterie ; lesquels tous ont lait la guerre en France avec autant de zeie et de valeur que si c'eust esté pour leurs propres maisons et patrie; chose qui vous est tellement notoire et asseurée qu'il n'est besoin d'en discourir plus amplement. Or, pour passer outre, Je nesçay vrayementque c'est qu'on pourroit trouver déplus grand, de plus généreux ou de plus louable en un roy puissant , que la patience du roy Catholique parmy tant et de si grandes injures qu'il a recettes de vos roys.LaRoynemere, sous Henry III , son fils , s'oubiiant 8uis*jecontrainctde parler] des bien-fa toisies passées , a par deux fois agacé le roy Catholique, dressant armée navale contre nostre estât de Portugal. Le duc son beau-frere s'est emparé de Cambray, et a empiété tout ce qu1l a peu de Flandres. Henry prestoit la main à i'un et à l'autre, ou pour le moins ne leur contredisoit, quoy que ce fust de son devoir et en son pouvoir de le faire. Et nonobstant cela , mon Roy a constamment persévéré en son amitié, non pour n'avoir les moyens de se venger , comme tout l'univers peut tesmoigner , ains par une bien-veillance chrestienne, et, provoqué par les mesfaits de ses beaux-freres, a mieux aymé céder aucunement de son droict que de leur ester l'occasion de se recognoistre et donner entrée à une calamité universelle. Je toucheray briefvement le reste. Estant le duc d' A lançon trespassé, et ayant le prince de Bearn dez ce temps-là commencé à aspirer au sceptre de ce royaume , le roy Henry fit voir par signes evidens qu^il favorisoit à ses desseins : de sorte que les seigneurs de Guise , frères, qu'on ne sçauroit assez haut louer, adviserent qu'il estoit nécessaire de penser au remède d'un si grand malheur. L'affaire requeroit de grandes forces et moyens. Le traicté d'union fut accordé , quoy qu'il apportast grande charge à mon Roy. Vous en avez la copie , lisez ce qui y est couché ; vous n'y trouverez rien qui ne sente sa pieté , rien qui puisse estre reprins de gens de bien et zélateurs de leur religion. Sa Majesté Catholique a voulu pourveoir de bonne heure à vos affaires , de peur que I venans à noncimloir son aide et conseil, vous ne vinssiez un Jour consequemment à vous perdre et ruiner de fonds en comble, comme il sembloit totalement devoir advenir. Elle a foncé grande somme de deniers; et vostre Roy a esté contrainct de se tourner du party de la I religion : ce que s'il eust faict avec sincérité de
CtIRONOLOGTB NOTENAIBB DB PALMA CAYBT. [1598]
cœur et bon 2e1e , il y a Jà bng temps qae les flammes.de Theresie seroient entièrement estainctes en ce royaume. Mais le malin esprit lay a tenu son cœur fiché ailleurs ; de manière qu'au lieu de nous voir à la fin de ces maux , nous y sommes entrez encores plus avant. Il a fallu derechef fournir argent; et en fin y mesprisant tout danger , on est entré en guerre ouverte. Il est bien vray que nos troupes ont esté battues À la bataille d'Ivry ; mais aussi nostre armée conduitte par le très-vaillant capitaine Alexandre Famese, duc de Parme et de Plaisance , a délivré des mains de Tennemy ceste noble cité de Paris, où présentement nous parlons, sur le point qu'elle sevoyoitjà perdue, après avoiresté long temps conservée par ses loyaux citoyens , avec un très -grand travail , une constance merveilleuse, une vertu et valeur nompareille. Autant en a esté faict à Rouen. J'adjousteray à ce que dit est un traict et exemple d'amitié non moins admirable que rare : c'est que le roy Catholique, pour vous donner secours, a laissé ses affaires propres à son grand préjudice et desadvantage. Il a tousjours eu par devers vous ses serviteurs pour vous assister de toute aide et soûlas (1) au milieu de vos difficultez et destroicts. Il y a encores maintenant et Jà dès long temps eu gens de guerre qui n'attendent que d'exposer leur vie pour vostre délivrance , pour vostre repos et salut , la soulde desquels excède Jà six millions d'or, sans que mon Roy s'en soit prévalu d'aucune commodité. Iceluy neantmoins, non content de cela, n'a cessé de penser et ad viser par quel autre moyen il pourroit vous donner ayde et secours ; et en fin [qui est le principal] il a fait tout devoir et instance pour la convocation et assemblée de ces très-celebres estats. Il a solicité nos saincts pères de vous chérir et espouser vostre cause , et m'a envoyé à vous , tant pour vous faire entendre de sa part quel est son advis et conseil en tels affaires et de si grande conséquence, que pour vous assister en tout et par tout ce qui touchera vostre bien et ad vantage. Tous lesquels offices et courtoisies semblent estre si belles, si magnifiques , si asseurées , si signalées , que je ne sçay si ou la France ou autre royaume quelconque en a jamais expérimenté de semblables en son extrême nécessité. Au reste, nostre roy Catholique estime que vostre conservation et salut consiste en ce que par vous soit esleu et déclaré un roy tellement zélé à la religion que il aye aussi le moyen et puissance de mettre ordre à vos af&ireS| de vous défendre, conserver et garantir de vos ennemis ; si qu'es-
(1) Soulagement.
tant déclaré chacun puisse espérer et s'asseorer de voir bien tost, moyennant la grace de Dieu j remis sus le culte et service de Sa Divine Majesté, de voir TEstat revenu à son andenne beauté et première splendeur, de voir toutes cho* ses restituées en leur entier. Iceluy touteslbis vous prie en premier lieu, et sur .toutes choses, d'effectuer et accomplir le tout sansdelay et retardement, lequel ne pourroit faillir d'estre accompagné de très-grand danger ; et, pour voas oster toute occasion de délayer et prolonger les affaires, promet, selon son ancienne amitié, de vous continuer la mesme ayde et secours , voire plus grand s'il est de besoin.
» C'est à vous donc , très-illustres et très-reverends seigneurs, et vous , très-nobles personnesy c'est à vostre pieté , à vostre noblesse , à vostre vertu et prudence, de vous employer constamment de tout vostre pouvoir au rétablissement et conservation de vostre religion et royaume, et de vaquer à une chose si importante, si saincte, et si nécessaire à toute la chres* tienté, avec un cœur vrayement religieux, vrayement chrestien , et tel que désirent de vous tous les chrestiens de l'univers. Quant à moy , je ne vous manqueray en chose quelconque à moy possible; et par expérience vous donray toutes les preuves d'amour, de solicitude et travail qu'on sçauroit désirer de moy en tout et par toutou il s'agira de vostre profit et bien commun. £n foy et tesmoignage très-asseurédequoyje vous présente avec toute amitié ces lettres que mon Roy m'a commandé vous présenter de sai»art, lesquelles ayant leuês , si vous voulez scavoir de moy quelque autre chose , et quelle charge et commission m'a esté donnée , Je vous le feray entendre plus à plein quand il en sera de besoin.!
Le duc de Feria , ayant fini sa harangue, présenta au cardinal de Pellevé , président pour le clergé en ceste assemblée , les lettres du roy d'Espagne , qui les bailla à de Pilles, secretaiit de ceste assemblée , lequel les leut tout haut. La teneur estoit telle :
« Dom Philippes , par la graœ de Dieu, roy d'Espagne, des deux Siciles, de Hierasalem, etr. Nos révérends, illustres , magnifiques etbienaymez , Je désire tant le'bien de la chrestlenté, et en particulier de ce royaume , que , voyant de quelle importance est la résolution qu'on traite pour le bon establissement des affaires d'iceluT, jaçoit qu'un chacun sçache ce qui a esté cy d^ vaut procuré de ma part , et quelle assistanes J'ay donné et donne eneor à présent, Je ne me suis neantmoins contenté de tout cela, ains ay voulu en outre déléguer par devers vousun per-
CHAONOLOGIB NOVBNAIBB OB PALIIÂ CAYBT. [1693]
soulage de telle qualité qu'est te duc de Ferla pour s'y trouver en mon nom , et de ma part faire instance que les estats ne se dissolvent qa'onn'aye au preallable résolu le poinct principal des affaires , qui est relectlon d*un roy lequel soit autant catholique que le requiert le temps où nous sommes , à ce que par son moyen le royaume de France soit restitué en son ancien estre , et de rechef serve d*exemple à la chrestienté. Or, puis que Je fay en cecy ce qu'on void, la raison veut que ne laissiez par delà esconler ceste occasion et opportunité , et que par ce moyeu j'aye le contentement de tout ce que je mérite à l'endroit de vostre royaume, en re« cevant une satisfaction , laquelle , quoy qu'elle vise purement à vostre bien J'estimeray neantmoios estre fort grande pour moy-mesme. Et pourtant J'ay voulu vous admonester tous ensemble, vous qui marchez pour le service de Bien , de faire voir maintenant et monstrer par effect tout ce dequoy vous avez jusqu'à présent iait profession, attendu que ne sçaurlez rien faire qui soit plus digne d'une si noble et si grande assemblée , coomie plus particulièrement vous dira le duc de Feria, auquel je m'en remets. De Madrid, le 2 de janvier 1593. »
Et à la superscrlption estoit escrit : • A nos révérends , illostres, magnifiques et bien aymez les députez des estats généraux de France. •
Après la lecture de ceste lettre ledit sieur cardinal de Pellevé fit la response suyvante audit due de Ferla.
« Très-excellent et très-noble duc, toute ceste assemblée des trois estats de France congratule à vostre arrivée très-desirée et très-agreable à on chacun d'icelle , et recevons non seulement a?ec joye et liesse , mais encores avec honneur et révérence , tant les lettres royales de Sa Majesté Catholique ; que les mandemens plains de douceur , bieaveillance et charité , que Vostre Excellence par sa harangue dorée nous a exposés de sa part, estimant que de plusieurs grands personnages qu'il y a au royaume d'Espagne on u'eust peu en choisir un autre qui nous eust plus agréé que Vostre Excellence , ou qui eust esté de plus grande adresse et suffisance pour traitter affaires. Et , pour ne m'arrester à nombrer les %leux pourtraits et tableaux enfumés de vos ancestres , je diray seulement que vostre mère, estant issue d'une des premières et plus illustres familles d'Angleterre , employé très-liberallement, comme une autre Heleine, mère de Constantin , ses moyens pour ayder , entretenir et enlever les Escossois, Anglois, Hy bernois, et autres affligez et fugitifs qui se sont retirez en
Espagne pour ne perdre la religion. Or toutes choses sont sujettes à vicissitude et changement, et n'y a es affaires humaines rien de perpétuel , rien de stable , ains semble qu'ils vont et viennent comme par flux et reflux , de sorte que les richesses , la gloire , le sçavoir , les domaines , bref toutes commoditez ou incommoditez, sont à fois transportées des uns aux autres par la divine Providence : ce que nous touchons au doigt en ce royaume de France, jadis autant florissant qu'il est à présent affligé. Car telle a autrefois esté la vertu de nos roys, tandis quMls ont embrassé de cœur et de corps la protection de la religion chrestienne , qu'ils ont donné la loy à plusieurs nations , extirpé les sectes contraires à lafoy denostre église, porté bien au loin leurs estendards victorieux, et de beaucoup amplifié le pourpris de la chrestienté. Et de faict , c'est chose trop avérée et manifeste que ce sont les François qui ont les premiers prins les armes en main contre les ennemis de la foy catholique , et n'y a celuy de nous qui ne scache qu'il y a environ mille et cent ans que Clovis, lequel de tous nos roys a esté le premier baptizé et le premier oinct d'huile sacré envoyé du ciel, desconfit à la bataille donnée en Poictou les Visigots , très-obstinés fauteurs de l'heresie arienne, qui occupoyent tout ce qui est entre Loire et les monts Pyrénées, faisant de Thoulouse leur siège royal , et, ayant occis de sa propre main Alaric leur roy, ramena toutes ces provinces-là au giron de la foy et de l'Eglise ; laquelle victoire causa à nos François un ardent désir d'establir la religion en Espagne, où Almaric, fils d'Alaric, après la deffaite de son père s'estoit retiré vers les Ariens. Ce qui fût valeureusement effectué par Childebert , fils de Clovis, imitateur de la pieté et vertu de son père ; car, après avoir fait paix avec Almaric , et luy avoir donné à mariage Clotilde sa soeur, avec ceste espérance et condition qu'il se feroit catholique, voyant qu'il perseveroit neantmoins en l'heresie de son père, et faisoit à sa femme plusieurs mauvais traittemens et outrages à cause de la religion , et ne pouvant supporter cela, non seulement le deffit, mais en outre retira de l'arianisme les sujets d'iceluy , et , outrepassant derechef les monts Pyrénées , se transporta une et deux fois en Espagne, où il restablit la foy que l'apostre saint Jacques y avoit semé, jà flotante , et par la malice des temps presque submergée, en son ancien lustre et pristine vigueur. Et, estant de retour, en mémoire des guerres qu'il avoit conduites à si heureuse fin , il dressa et consacra à sainct Vincent un monastère qu'on nommeaujourd^huy l Sainct Germain des Faux-bourg» , lequel il en-
CaaONOLOGU NOYSHAIRI DB PAIMA CAYBT. [I59lf
ricUt de la précieuse coste da mesme sainct et d*aatres reliques apportées d'Espagoe. L'on void encor rinstitution du monastère escrite de la main propre de Ghildebert , en la présence de sainct Germain y evesque de Paris, lequel après donna le privilège d'exemption avec le consentement du métropolitain et de tous les evesques de la province. D'avantage, les annales font foy que Charles Martel, lequel, s'abastardissant la vertu de nos roys , print la charge du royaume, et , en ayant dépossédé Chilperic , mit son fils aucheminde laroyauté, en unseul combat donné près Loire, mit à mort un nombre innombrable de Sarrazinsquiavoient subjugué, nonseulement rOrient et T Afrique , mais en outre TEspagne , et une autrefois lit tout passer au fil de Tespëe , les YisiguoU et Sarrazins, lesquels, unis ensemble , avolent commencé à empiéter le Languedoc. Mais d'où est-ce que Chariemagne a acquis ces beaux tiltresde grande sainct et invincible, si ce n'est pour avoir heureusement fait la guerre pour la foy et religion , quand , ayant dompté les Sarrasins qui habitoient l'Espagne, il les a contraints de se contenir , et laisser en repos leshabitans catholiques? C'est pourquoy Alphonse le Chaste , roy de Galice et des Ëstures, se disoit et sMnserivoit propre de Chariemagne. Outre ce , ayant Chariemagne prins en sa sauvegarde et défendu des Mores et Sarrazins les isles de Majorque et Minorque , il establit roy de Guienne Louys le Pieux pour assister de plus près aux chrestlens d'Espagne à rencontre des Sarrazins. Je ne puis passer sous silence ce que tesmoignent les histoires d'Espagne de Bertrand Guescelin , gênerai des armées en France , lequel, estant appelle en Espagne, et illec s'estant acheminé par le commandement de Charles cinquiesme, nommé le Sage, dejetta de son throsne Pierre, roy de Castille, surnommé le Cruel , condamné de nostre sainct père Urbain cinquiesme , et haï d'un chacun pour sa cruauté qui favorisoit aux Juifd , et mit en sa place Henry de Transtamare , auquel se sont volontiers sousmis les Castilloiset Leonois , disans qu'à l'exemple des anciens Gots ils pouvoient s'émanciper de Fobeissance d'un roy qui avolt changé son règne en tyrannie , et en establir un autre sans avoir esgard à la succession. De manière qu*on ne doit trouver nouveau si de nostre temps on voit quelque chose de semblable. Plusieurs tels tesmoignages de bien-vueillance ont donné aux Espagnols les roys de France , voire souventesfois ne se sont-ils contentez de s'unir à eux du lien d^amitié , mais en outre se sont estroictement liez par l'union d'afOnité en plusieurs mariages. Mettons nous au devant des yeux les trois fa- i
milles de nos roys Clovis, Chariemagne, HagQci Capet , et en chacune d'icelles nous tron?eroiii des exemples qui donneront suffiaaote preuve de mon dire. Prenons à tesmoin sainct Lonys, qui est nay d'une mère espagnole. FreaoDS l'on et Tautre Philippe , à sçavoir Philippe premier et Philippe Auguste. Prenons François premier, lequel de nostre temps a eu pour femme Alienor, sœur de Charles cinquiesme. Prenons Henry second , qui a donné sa fille en mariage à Philippe vostre roy Catholique, lequel il a si affectocosement chery qu'il sembloit luy porter plusU»! amour de vray père à un fils unique, que de beaupere à son beaufils. Prenons finalement Charles neufiesme, quiaespouséElizabeth d'Aostriche , fille de Tempereur Maximilian, et niepcs de Philippe vostre roy, laquelle par l'ionoceoce et saincteté de sa vie a tellement ravi le cŒor des François qu'ils ne pourront Jamais Ytikm de leur mémoire, et qui a enoores sa mère, pleine de pieté et religion, vivante en Espagne. Et maintenant y estant le cours des affaires changé , et toute la France troublée et esbranlce par l'impiété et rage des hérétiques, nostre Seigneur, nous regardant de son œil de miséricorde et compassion , et nous mettant la main dessous pour empescher nostre cheute et pour repousser nostre encombre total , a esmeu votre roy àoe qu'en contreschange il nous seoourust en cette si grande nécessité, comme de faict nous avons esté délivrez de plusieurs grands périls et dangers eminens par le roy Catholique t très-digne à la vérité du nom de catholique. Car vrayement catholique doit estre appelle celuy qui ftdct florir la religion catholique universellement par toutes les Espagnes , desquelles pas un de tes devanciers , ny raesmes des empereurs romains, n'a oncques Jouy avec telle paix et repos; vraye* ment catholique celuy qui a prIns en main la protection et défense de la foy chrestienne, non seulement en ses terres , mais encor es royaomes estrangers , contre tous les efforts des Tures et hérétiques, et qui a le premier enseigné anx chrestlens par son exemple comme c est qoMis pourraient se rendre victorieux du Turc ; vray^ ment catholique celuy qui a fialet annonce la parole de Dieu et semer l'Evangile jusques aui plus esloignées parties du monde, lesquelles n*esr toient encor venues k la notice de nos prédécesseurs. Qui est cil qui ne loûangera, n'aymera, n'admirera ses rares vertus , Tardeur incroyal^le du zèle qu'il a de conserver et amplifier la fo}? Qu'on louêl'empereurTrajan , issu deparcoscspagnols ; qu'on luy donne te beau titre de père de la patrie pour avoir monstre es affaires de gaene une dUigence signalée , es choses ti vihss unedoo-
CHBONOLOGIB NOYSIfAIRB DE PALMA CAYBT. [1698]
eear mervelHense, an soulagement des citez nne grande largesse , et avoir acqnis les deux qnalitez qo'oo requiert es bons princes, qui sont la saincteté en la maison et la force en gnerre , ayant toutes deux la prndence ponr flambeau. Qu*on loué ce grand Tbeodose, sorty encor de sang espagnol , et qu'on le proclame ampliflquateur et protecteur de la république pour avoir vaincu eo plusieurs batailles les Huns et les Goths, lesquels Tavolent molestée et travaillée sous l'empereur Valent , pour avoir mis à mort non seuiement le tyran Maxime près Aquilée, qui avoit tné Gratian et usurpoit les Gaules , mais en oatre Victor son fils , qui avoit esté en son enfiinee constitué Auguste par son père, pour avoir obtenu la victoire d*Eugene le Tyran et d'Arbogaste, et defîait dix mille combattans qui les suyvoycnt. Qu'on estime roy valeureux Ferdinand pour avoir contrainct les Mores et les Juife qoi luy estolent sujects, ou de vuider l'Espagne, 00 â*embrasser la foy cbrestienne. Qu'on chante ie los et prouesse de Maximilian , père du bisayeul de Sa Majesté Catholique, qui a eslevé , augmenté , et orné merveilleusement le Christianisnae. Qu'on rende immortelle la gloire et renom de Charles son père , qui a tant de fois prins et porté les armes pour la manutention de l'Eglise, exterminé tant d'heresies et veu la fin de tant d'ennemis de Dieu et de la religion, qui a assujetty les Allemans , empestez du venin de Luther et aliénez de l'obéissance du Pape , au joug de Jesus-Christ et de l'Eglise.
• Mais à tous ceux-là sera à bon droit préféré Philippe vostre roy, qui a tant et tant fait de guerres pour maintenir l'honneur et authorité de la religion catholique , apostolique et romaine; qui a employé tout son aage , non tant à estendre les bornes de son empire et domaine , quoy qu'il enceigneune bonne partie de la terre, qu a défendre et amplifier la foy de Jesus-Christ et combattre les hérétiques ; qui s*est si charitablement employé pour délivrer ce royaume de la tyrannie de l'heretique , principalement es deux sièges quMl a fait lever , ayant envoyé secours à temps sous la conduite du très- sage et très-preux due de Parme ; qui n'a onc de son vivant préféré l'Estat ou désir de régner à la religion, ains, comme un autre Jovinian[ lequel , après la mort de Julian l'Apostat , estant déclaré empereur par la commune voix et acclamation de toute l'armée , protesta qu'il ne vouioit ny accorder aucune condition de paix , ny commander à ceux qui ne se rangerolent à la foy catholique, ce qu'incontinent ils ad vouèrent de faire], a monstre de fiait qu'il ne vouloit régner en aucun royaume ou province sUl n'y voyoit
consequemment régner Jesus-Ghrlst par son Evangile , se souvenant trop mieux de la belle sentence d'Optat Milevitain, qui a esté du temps de sainct Augustin , qui disoit qu'il falloit que la religion fust en la republique et que la republique fust en la religion , comme sMi eust dit que de tant plus que Tame excelle le corps , de tant plus doit estre prisée la religion par dessus l'Estat : ce que devroyent se persuader tous princes vertueux. Ainsi l'estirooit François premier nostre roy, lequel , estant conseillé de faire passer son ost par l'AIemagne, et, ayant à soy unies les forces des Alemans , assaillir l'Empereur , car ainsi le pourroit il plus aisément surmonter, ne voulut acquiescer à cest avis , d'autant qu'il cognoissoit que cela touchoit la religion, laquelle il ne vouloit nullement estre intéressée.
9 Autant en a fait son fils Henry second, non moins héritier des vertus de son père que du royaume ; car, au temps qu'on traittoit à Cambray les articles de pacification entre luy et son gendre le roy Catholique , estant admonnesté de regarder plus soigneusement à tout et pourvoir à ses affaires , il respondit qu'il y auroit assez pourveu s'il pouvoit recueillir de cest accord le fruict qu'il esperoit, qui estoit d'arracher l'y vroye des hérésies qui germoyent en son royaume, et qu'il ne mesuroit tant la grandeur et amplitude de son royaume à la multitude des peuples et provinces qu'au salut des ameSi n'ayant rien plus à cœur que de maintenir la religion en son intégrité et pureté. Auquel honneur et louange ont eu leur bonne part les princes de la maison de Guyse, ou plustost universellement de celle de Lorraine, lesquels, comme autres Machabées et vrayes lumières de la nation françoise , en tous endroits où il a esté question de la foy et religion ont très-liberalement employé et leurs moyens et leur \ie, endurant plustost qu'on leur espuisast du cœur le dernière goutte de leur sang que de voir faire outrage à leur mère l'Eglise. Mais Je reviens à vostre roy Catholique , lequel, après Dieu, la France recognoit comme pour son garant et libérateur. Je pourrois raconter sept ou huict papes continus lesquels durant ces orages d'heresie et de guerre, ayant prins le party des François catholiques , nous ont secouru de plusieurs armées et grandes sommes de deniers, entre lesquels principalement nostre sainct père Clément huictiesme nous a faict sentir et nous fait Journellement de plus en plus expérimenter le soin particulier et solicitude incroyable de sa paternelle bien-vuelllance; mais ce neantmoins vostre roy Catholique , comme il les surpasse en richesses, aussi les a il devancé par la libéralité et munificence qu'il a exercé en
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Dostre endroit , qui est la cause que , pour cest immortel et presque divin bénéfice , nous rendons à Sa Majesté Royale et à Yostre Excellence , qui a entreprins ceste ambassade, action de grâces, non telle qu'il seroit requis, mais la plus grande et plus affectueuse qu'il nous est possible , offrans tout office , et promettans de jamais ne tomber en oubliance d'un bien-faict tant signalé , et vous prians instamment de continuer à nous ayder et remédier de bonne beure à Tardeur de nostre embrasement, car ainsi nous espérons de voir nos affaires réussir heureusement, au grand honneur et gloire perpétuelle de vostre Roy ; et c'est par ces degrez que Sa Majesté Catholique se frayera le chemin du ciel où elle jouyra en fin de la vision de Dieu , en laquelle gist nostre béatitude, avec les esprits bien heureux, aux tabernacles desquels, quand elle sera eslevée de la main de Dieu, rémunérateur des peineset travaux qu'elle a soufferts pour Ja religion , non seulement luy viendront au devant mille milliers d'anges qui assistent et servent au Roy des roys, mais en outre une iofinité de peuples qu'elle a retiré , les nns des espesses ténèbres d'infidélité, les autres de i'oplniastreté et meschanceté de leurs hérésies , se présenteront à elle avec liesse , portans en main leurs couronnes qui causeront un nouveau lustre à celle que Dieu luy a préparé. »
Ainsi discourut le cardinal de Pellevé , gratifiant et louangeant le roy d'Espagne et son ambassadeur le duc de Feria pour ce qu'il avoit esté , comme plusieurs ont escrit , espagnolisé à Rome, y vivant pensionnaire d'Espagne, joyeux de voir calomnier celuy qui avoit esté son prince , le roy Henry troisiesme, et la roynemère Catherine de Medicis , par un Espagnol dans leur propre chambre, de laquelle il avoit esté chassé de leur vivant et privé du revenu de ses bénéfices et de son bien.
Nonobstant ces deux harangues, le 5 d'avril, au nom de ladite assemblée, fut envoyé ceste responce à la réplique des princes catholiques royaux.
• Messieurs, par vos lettres du mois passé vous demandez que nostre conférence soit remise Jusques au 1 G de ce mois. Nous eussions plostost désiré de Tadvancer, tant nous Testimons necesaaire pour le bien commun des catholiques ; mais, puis qu'il ne se peut faire autrement , nous attendrons vostre commodité et le temps qu'avez pris, pourveu que ce soit sans plus différer, comme nous vous en prions de toute nostre affection. Nous députerons douze personnes d'honneur et de qualité qui ont de l'intégrité, du jugement
aux affaires, et sont très-desireuxde voir la religion catholique, apostoliqueet romaine easeareté , et le royaume en repos. Vous avez choki le lieu pour la conférence entre cette ville et Sainct Denis , et nous l'avons accepté, comme nous faisons encor, soit en l'un de ceux qui sont nommez par nos précédentes lettres , on tel autre qu^aurez plus aggreable. Quant aux searetezet passeports , ils seront donnez en blanc pour les remplir du nom de vos députez , s'il vous plaist faire de mesme pour les nostres. Ne languissoDs plus, messieurs , en l'attente de ce bien , mais jouyssons en tost s'il nous doit arriver, ou , si le contraire advient, que le blasme en demeure à ceux ausquels il devra estre imputé. Nous prions Dieu cependant qu'il vous conserve, et nous face la grâce que l'issue de ceste conférence soit telle que tous les gens de bien la désirent. Faict en nostre assemblée tenue à Paris le cinquiesme jour d'avril 1593. Signé Pericard , de Pilles, Cordier, Thiellement. t Et à la superscriptlouestoit escrit: « A messieurs, messieurs les priac», prélats , officiers de la couronne, et autres sieurs catholiques suivans le party du roy de Navarrci
Ainsi donc la conférence fut acceptée, et le mercredy, vingt-uniesme de ce mois, quelques députez, tant d'une part que d'autre, allèrent recognoistre les lieux autour de Paris, qu'ils trouvèrent la plus-part ruinez et inhabitables; en fin ils choisirent le bourg de Suresnepourle plus commode.
Les royaux et ceux de l'union procédèrent lors chacun de leur part à l'eslection des députes qu'ils y dévoient envoyer. Quant à ceux de lunion , le 23 de ce mois , ils eslenrent en leur assemblée messieurs d'Ëspinac , archevcsque de Lyon , Pericard, evesque d'Avranches, de Billy, abbé de Sainct Vincent et à présent evesque de Laon, les sieurs de Villars, gouverneur de Rouen , de Belin , gouverneur de Paris , le président Janin , le baron de Talme , les sieurs de Montigny et de Montolin, le président Le Maistre , l'advocat Bernard , et Honoré du Laureos, advocat gênerai au parlement de Provence y ausquels furent baillez amples mémoires et instructions de tout ce qu'ils dévoient faire et dire.
Ceste conférence ainsi résolue , le lieu arreste et les députez de l'union esleus , mit les Seixe de Paris et leurs prédicateurs en une merveilleuse inquiétude. Pensans la faire destoomer ilsafiRobèrent , le 25 de ce mesme mois , par quelques carrefours de Paris , une protestation et desid* veu de l'accord de la conférence requise par les catholiques royaux. Dans ceste protestation i^ disoient que , pour remédier et mettre fia aui misères de la France, il n'y avoit que deux pnn-
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dpaax moyens , le premier d'appaiser l'Ire de Dieu par pénitence et acquérir sa miséricorde par grâce, le second d'eslire un roy catholique pour maintenir la religion et conduire l'Estat , contre lesquels moyens les politiques royaux , tant ecclésiastiques que séculiers, disoient-ils , avoient usé d'une infinité de pratiques pour en destoumer les catholiques affectionnez : 1"» ayant gaigné quelques prédicateurs qui preschoient publiquement contre le party de l'union; 2^^ mis en mauvais mesnage les Seize et les prédicateurs a?ec les princes et princesses de Lorraine ; 3^ desbauché beaucoup de peuple de la volonté qu'ils portoient aux Seize et à leurs prédicateurs, leur disant que laguerre ne se faisoit pour la religion, mais pour l'Estat, et qu'il n'y avoit que les Seize qui empeschoientla réception du roy de Navarre, craignans d*estre recherchez pour leurs larcins, et leurs prédicateurs pour les séditions qu'ils avoient preschées ; 40 que tant que le roy de Navarre vivroit et ceux de la maison de Bourbon, qu'ils ne cesseroient de faire la guerre, conclaans qu'ils estoient invincibles , tellement que pour mettre la France en paix il failloit les recogooistre ; &o que le roy de Navarre se ferolt catholique et qu'il maintiendroit les catholiques en ieor religion ; 60 que c'estoit un prince vertueux et qui ne desiroit que se convertir et estre instruit par un concile, lequel il failloit faire tenir, et Vy semondre de se faire catholique ; que l'on luy devoit rendre ce devoir pour le mettre à son tort s'il lerefusoit, et, le promettant, qu'il lelaudroit recognoistre ; 7» et qu'il failloit entrer ^ conferenceavec les catholiques royaux : toutes lesquelles choses n'estoient que pour parvenir à UDepaix, affin de rendre le roy de Navarre maistrede la France ; ce qu'ils avoient encores pour- SQi?y quand ils avoient veu que ceux de T union ^onlolent procéder à Teslection d*un roy, pour laquelle empescher ils avoient envoyé plusieurs ambassadeurs et agents, tant ecclésiastiques que séculiers, vers Sa Saincteté, afûn qu'il envoyast descardinaux pour instruire ledit roy de Navarre qui desiroit se convertir ; mais que le pape avoit recogneuque toutes leurs ambassades n'estoient que desguisements, tesmoin les arrests de Tours, (^lonset Chartres; tellement que, se voyans ainsi rebutez de Sa Saincteté, ils s'estolent advisez , par les practiques des politiques de la ville de Paris , de proposer ladite conférence.
«Les catholiques, disoient-ils, à Texemple des choses passées et de Testât présent des affaires, ne la peuvent hien gouster se faisant avec personnes affidées et favorisans un hérétique, et qui n'ont fiiict et ne font démonstration de Tabandonner; au contraire ils usent de sa puis-
sance , authorité et appuy pour faire ceste cou-* ference, qui ne peut estre que préjudiciable aux catholiques en la forme et en la matière.
» En la forme , en ce qu'elle se fait avec personnes incapables qui s'advouent et s'authorisent d'un chef hérétique ; en ce qu'elle se fait sans avoir parlé à tous les princes catholiques chefs de l'union; en ce qu'elle se fait contre l'exemple de Sa Saincteté et contre les saincts décrets qui ne permettent de conférer avec un hérétique relaps , ny ses adherans.
> En la matière , en ce qu'ils demandent à conférer sur ce que les estats catholiques sont assemblez pour eslire un roy catholique, comme n'ayans jamais ad voué le roy de Navarre, comme encores ils ne Tadvouent et n'entendent le recognoistre, attendu qu'il est hérétique, relaps et excommunié , et encores que ceste intention soit cogneuë à ceux qui se disent catholiques à la suite du roy de Navarre, si est-ce qu'au lieu d'ayder à ceste action , et se Joindre sans luy en demander congé ny conférer soubs son authgrité et puissance, ils la destoumentpar une demande de conférence sur une chose qu'ils ne peuvent Ignorer ny en doubter yils sont catholiques comme Ils disent : mais le fondement de leur qualité les desment , veu qu'ils s'advouent sub- Jects du roy de Navarre , et soubs son nom , congé et licence, veulent conférer avec les catholiques, que, s'ils avoient bonne intention d'avoir un roy catholique , ils commenceroient par quitter Theretique , par ce que ce fondement de liaison avec Theretique , sans doubte, ne peut produire qu'une contrariété avec les catholiques, tellement que la conférence qu'ils demandent estant liée comme elle est avec l'authoritédu roy de Navarre , sans doute il y a défaut en la forme et en la matière.
» Et au fonds de la cause, oultreque leur intention est très-captieuse et attachée à Tobeyssance du roy de Navarre, et que tout ce qu'ils font n'est que pour parvenir d'attirer les catholiques à sa domination , comme les parolies et effects le font paroistre , si est-ce que leurs propositions le tesmoignent assez , estans fondées sur une répugnance de la vérité , et desgulsée ignorance de choses certaines et occulaires, car tous leurs discours, intentions, propositions et raisons sont :
» De sçavoir les causes pour lesquelles Ton ne veut recevoir le l'oy de Navarre, pourquoy l'on se bande contre luy, et les déclarer et justifier en public , à ce que la postérité n*en soit recherchée ou oflencée , et que Ton ne dise qu'il a esté dépossédé sans raison , mais par injure et tumulte populaire ou ambition des grands, dequoy
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il 86 faut purger [comme s'ils ignoroient qu^il est hérétique ^ relaps et excommunié], en après adviser des moyens dont il faut user tous ensemble pour y remédier et le rendre catholique , et s'asseurer avec luy de la religion catholique et de la conservation de FEstat des François , luy qui est le vray héritier de la couronne ; et en fin , après avoir usé de tous moyens honnestes, prières et remonstrances humbles envers luy, tant de semonce , interprétation que protestation , et que Ton voye avec le temps qu*il ne se Tueille fidre catholique , lors et après tous ces devoirs rendus , faudra adviser d'en eslire un autre de sa race et ligne qui ne soit si opiniastre que luy, et qui face démonstration de catholique pour asseurer la religion , et cependant ne rien altérer des affaires, faire suspension d*armes , renvoyer les estrangers, et que les François se recognoissent et soulagent Tun Tautre comme compatriotes, affln d*en parvenir à un bon accord. Yoylà en sommaire le vray et seul dessein , intention et but de la conférence que demandent les catholiques de la suitte du roy de Navarre, afin de parvenir à leur intention par finesse et desguisement , ce qu'ils ne peuvent avoir par force , qui est , pendant ces questions et conférences , praticquer des hommes , surprendre des villes , empiéter tousjours la domination , matter et ruiner les catholiques de tous moyens et courage , rompre leneud de l'union , desbaucher le secours des princes catholiques , tant françois qu'estrangers, bref, rendre les catholiques si foibles et atténuez et despourveus de forces, de moyens et de secours , qu'ils soient contraints se prostituer entre les mains et puissance de l'heretique et ses fauteurs et adherans, qui est chose très-asseurée, la preuve en estant toute évidente , les effets asseurez et la disposition toute notoire; occasions pour lesquelles nostre sainct père le Pape cognoissant telles perverses intentions, apparentes et recognues, et desquelles le ciel et la terre sont tesmoins , il ne les a voulu ouyr ny entendre, et messieurs de la Sorbonne ont déclaré , par TEscriture Saincte et vives raisons, que les propositions sur lesquelles Ton veut conférer sont hérétiques, schismatiques et préjudiciables à la religion catholique, apostolique et romaine, et que l'on ne doit aucunement entrer en conférence avec l'ennemy hérétique, ny ceux de sa suitte et qui luy obeyssent , servent et recognoissent.
» Que si quelqu'un dit que la conférence pourra apporter quelque conversion et appointer les affaires , et qu'il y a douze heures au jour pour changer la volonté, à cela Ton respond qu'ils sont en afTection de se convertir ou non : s'ils sont résolus à la conversion , il ne faut pas qu'ils
commencent leur conversion par rEfttat,mals par la resolution de l'Eglise qu'ils ont offenc^ à la suitte et recognoissance d'un héritage, aa chef de laquelle ils se doivent addresser; et estants dispensez de luy , alors ils pourroient conférer avec les membres pour se réunir et reconcilier par l'influence et action du chef; mais commencer par les membres et quitter la teste, c'est conférer en monstre et avec imperfectloD, comme, à la vérité , il ne peut rien sortir de bon de telle conférence , veu que le chef, qui est nostre sainct père le Pape , l'a refusée de la hçon qu'ils la veulent faire, la demandans paranthorité et ad veu d'un hérétique relaps, et non par l'humilité ny par pénitence , n*ayant touIu Sa Saincteté les ouyr ny permettre leurs agents entrer sur ses terres. Que s'ils n'ont intention de se convertir, comme ils en font démonstration, il n'est besoin conférer. Que si quelqu'un vetitt dire que la conférence est nécessaire pour essayer de retirer nos frères, au moins les mettre à leur tort, la conférence chrestienne est permise avee ceux qui sont en l'Eglise; mais avec un hérétique , relaps et excommunié, comme tous ceux qui l'advouent et le suivent , qui sont et ont encouru excommunication majeure, il est trèsexpressément deffendn par l'Escriture Saincte, et au contraire commandé le laisser comnoe un etnicque et publicain , et ne se peut faire td)e conférence , sans offencer et irriter Dieu , a\ee telles personnes qui s'ad vouent, suivent, authorisent, obeyssent et servent à un hérétique, relaps et excommunié , et eux mesmes estaos en mesmes censures, si premièrement ils ne sont penîtens en quittant Theretlcque, et absous des censures qu'ils ont encourues.
» Le salut des catholiques ne dépend deit volonté , conférence et instruction d'un hérétique ny de ses adherans; au contraire, c'est le moyen de ruiner la cause des catholiques. Il est bien plus séant , utile et honneste aux catholiques d'obeyr et suivre leur chef, qui est nostre sainct père le Pape, et user du secours, ajde et conseil de nos princes catholiques, spedal^ ment du roy Catholique , que d'espérer qnelqoc soulagement de l'ennemy et de ses adherans par une conférence incertaine et mal advoôêe.
» C'est l'ordinaire des hérétiques et leors ad herans d'user des peaux de lyon et de renard, afin qu'en manquant Tune ils ayent recours « l'autre , et de fait , Jamais ils n'ont demandé de conférer avec les catholiques, sinon quand ils ont veu qu'ils manquoient de forces, et leurs conférences ont esté tousjours en renard, tesmoia celles quMIs ont faictes cydevant, le but desquelles est pour tromper les pauvres cathoUques
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on dissiper leart forces ; tellement que qaiconqne désire , accorde ou advouê telle conférence en la forme qu'elle est demandée, 11 iUt les affaires du roy de Navarre et ruine celles des catholiques ; occasion pour laquelle il vaut mieux se purger et s'ayder de soy-mesmes, et s'appliquer les remèdes propres à nostre salut, qui est d*esUre un roy catholique, non hérétique, sous le bon plaisir de Sa Saincteté, du roy Catholique et des princes catholiques, qued*en attendre par la conférence Industrieuse des ennemis, lesquels s'ils sont catholiques , comme ils disent , quiis rentrent au bercail de T Eglise par la porte et moyens ordinaires, qui est la pénitence et abjuration de Theresle et sujette d'icelle, et la porte leur a esté et sera tousjours ouverte pour les recevoir benignement, gracieusement et avec asseurance ; mais de conférer avec eux comme unis au corps d'un hérétique , cela est Indigne , Infructueux, et contre le commandement de Dieu et de son Eglise , protestans les catholiques que si au pardessus de leurs remonstrances et empeschements telle conférence se fait, et que par le moyen d'icelle indubitablement leur cause en soit emplrée ou retardée, de demander, eomme dez à présent , comme lors ils demandent à Dieu vengeance de tels inconvenlens et de tcmtes les misères du peuple, desavouant ladite conférence comme Inutile, non nécessaire, dangereuse , importante, scandaleuse et deffenduê, sommans an surplus messieurs les députez des estats, sans s'arrester à telle conferance ny à la corruption du conseil , d'instamment et sans aucune retardatlon passer outre en rexecution de leur charge , qui est d'eslire et nommer un roy qui n*alt esté et ne soit hérétique , fauteur ny adhérant , alns catholique , puissant et débonnaire, pour conserver la religion et maintenir T Estât sous le bon plaisir de Sa Saincteté , du roy Catholique et des princes catholiques, suivant la resolution faite en l'assemblée générale faite en ceste ville de Paris en Juin 1591 , laquelle il plairra à messieurs les députez venir et considérer comme conforme à la volonté de tous les bons catholiques , et contraire à Tlntention de tous les hérétiques , politlcques, schismatlques et leurs adherans. »
Voyià ce que firent les Seize contre Taccord de la conférence, et disoient que l'archevesque de Lyon la deslroit pour emporter quelque fruict de gloire et d'honneur par son beau parler et subtilité d'esprit. Le succez qui en advint nous le dirons cy après. Quant est de ce qu'ils falflolent mention de la resolution prise en fuin Pan 1591 , en THostel de Ville de Paris, pour proposer en l'assemblée de leun estats qui s'y
dévoient tenir , c'estolent certains mémoires par articles qu'ils avoient falcts en ce temps là , lesquels ils donnèrent à tous les catholiques affectionnez de leur faction : aussi estolent ils semblables en substance à ceux que nous avons aussi dits cy dessus avoir esté baillez par eux à ceux qui furent aux estats de Blois l'an 1588. Us avoient seullement adjousté :
Que, sans s'abstraindre à aucun prétendu droict de succession , il seroit procédé à Teslectlon d*un roy qui fust de la religion catholique, apostolique et romaine , et qui n'eust esté hérétique, ny nourry , instruict et eslevé parmy les hérétiques, qui n'eust esté fauteur, adhérant, ou fiilct acte d'heretique.
Que le roy qui seroit esleu iroit se faire sacrer à Reims , Jureroit de ne faire paix, alliance ny confédération avec princes , villes ou communautez faisans autre profession que la religion catholique romaine , ny de les ayder ou favoriser directement ou Indirectement , ny les prendre en sa protection , si ce n'estoit par Tadvis des estats ; plus, de ne faire aucune alliance avec le Turc et autres infidelles ; sur peine de descheance du droict de la couronne, et absolution des subjects du serment de fidélité.
Que le roy esleu ny ses successeurs ne pourrolent entreprendre aucune guerre contre les princes catholiques sans l'advis des estats dettement assemblez.
Qu'ils ne pourroienl faire aucunes levées extraordinaires , ny mettre subsides sur le peuple, ny faire aliénation de leur domaine ou création de nouveaux offices, sans le consentement desdits estats , à peine de nullité et de répétition sur les receveurs et sur ceux au profit desquels les deniers seroient tournez , et au quadruple.
Que les estats seroient tenus et convoquez de cinq ans en cinq ans, en telle ville qu'il plairoit à leur roy de les assigner; et , afin d'en conserver la liberté , que les roys à l'advenir s'en esloignerolent de dix lieues pendant la tenue et assemblée , et après les délibérations achevées il y viendroit approuver et confirmer leur résolution.
Et d'autant que les estats généraux ne se pouvolent despouiller du droict qui leur appartenoit, tant en l'establissement des loix pour le bien du public , qui est la souveraine loy et à laquelle toutes les autres se rapportent et nulle autre loy ny acte ne peut desroger , que pour y obliger mesme celuy en qui volontairement et de leur bon gré lis se seroient fiez du gouvernement souverain de la chose publique, et avec lequel pour cest effect enrôlent salnctement et de bonne foy contracté, seroit tenu ledit roy esleu et ses suc«
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cesseurs jurer de garder inviolablement et de point en point tout ce qui seroit arresté par les assemblées des estats généraux.
Que s'il y avoit prince en l'Europe qui fust hérétique et tel recognu, ledit roy esleu luy declareroit la guerre si les estats le trouvoient bon, et solliciteroient tous princes catholiques se joindre avec eux pour faire une croisade pour garder que tel mal ne gllssast en la chrestlenté.
Que pour l'entretenement de caste guerre on leveroit des décimes sur les ecclésiastiques et des subsides sur le peuple si les estats le trouvoient bon, et que tous les princes, seigneurs et gentilshommes seroient tenus servir ledit roy esleu à leurs despens pour six mois ou tel autre temps qu'il seroit ordonné, si ce n'estoit une juste cause qui les empeschast, et à ceste condition jouyroient de leurs privilèges de noblesse, et non autrement, comme aussi des gouvernements des provinces et autres offices de ce royaume.
Qu'une estroicte alliance seroit procurée entre tous les princes catholiques pour d'une commune volonté extirper toutes les hérésies de la chrestlenté ; et , d'autant que ce mal pressoit la France, que députez seroient envoyez de la part du roy esleu et des estats, personnages sufisans, pour demander secours et argent afin d'extirper l'heresie de ce royaume et couper le chemin a tous les hérétiques , leurs fauteurs et adherans, de pouvoir jamais espérer de parvenir à la couronne de France.
Que les conseillers d'Estat du roy esleu seroient nommez par les estats.
Les autres articles touchant la publication du concile de Trente, la nomination à l'advenir aux bénéfices, et les offices de judicature à ce qu'ils ne fussent plus vénales, estoient semblables en substance aux antres articles de leurs mémoires dont ils avoient fourny les députez qui alloient aux estats de Blois l'an 1588, ainsi que nous avons dit. Tous ces articles avoient esté arrestez en l'Hostel de Ville le 12 juillet 1591, durant que les Seize en estoient les maistres , et furent mesmes signez du greffier Heverard. Plusieurs ont creu que ces articles avoient esté dressez par le docteur Boucher et par maistre Matthieu de Launay , ce qui a occasionné Tautheur du Traicté des causes et raisons de la prise des armes en 1 589 d'escrire ;
« Je vous prie de vous représenter quelle responce eust peu faire ce petit bon-homme maistre Matthieu de Launay, cy devant ministre et M. Boucher, curé de Sainct Benoist, et quelque autre de ceste estoffe, à qui leur eust dit autresfois que dans deux ans ils deussent estre employez pour installer un roy en France à leur
DE PALIfA GAYET. [1593]
fantaisie. Je croy qu'ils eussent pris cela à injure et s'en fussent courroussez , et neanlmoios ils l'ont fainct ou , ou pour mieux dire , pensé faire sans aucun pouvoir, chose du tout contraire à la profession des théologiens , pour ce qu'ils n'ont eu meilleur moyen de confondre les chefs d'heresie sinon de leurdemander leur missioQ^oomme il fut très- bien représenté aux ministres an colloque de Poissy par M. Despence , leur demandant qui avoit donné l'authorité à Calvin de se dire leur chef , et que s'il estoit ministre par suecession , qu'il eust à faire paroistre son pouvoir et mission légitime , ou , s'il estoit ministre extraordinaire , qu'il fist des miracles comme faisoient les prophètes envoyez de Dieu toat poissant. Mats cest argument ne vint pas alors en ta considération desdits théologiens, et ne s'arresterent pas en si beau chemin, estimant leor estre loisible de faire tout ce que la passion leur dietoit ; chose que la postérité trouvera non moim ridicule que honteuse, quand elle considérera comme ils vouloient changer et mettre sans dessus dessous l'authorité royalle et l'ordre entretenu depuis unze cents et tant d'années en la monarchie souveraine des roys des François, lesquels, ayans passé le Rhin et conquis les pajs des Gaulois, se sont par le droict des armes maiotenus en leur souveraine authorité par une SD^ cession continuelle, et par ce moyen ont deffendu leurs subjets de la violence des estrangers, et faict voler le renom et la gloire des armes de leur nation jusques en Asie et en Afrique. Les vrays François aussi ont toii^ours eu en mespns ceste forme d'eslire des roys, usitée parmy quel* ques nations qui rendent leurs roys maistres et valets tout ensemble, ains an contraire leur ont tousjours obey en tout ce qu'ils ont délibéré et ordonné souverainement , tant de la paix qoe de la guerre. Les estats aussi ne s'assemblent es France que par leur commandement , pour leur présenter leurs humbles requestes et plaint», affin qu'ils ordonnent sur icelles ce qu'ils trouveront estre bon par leur conseil. Et suis coo* trainct de dire, après plusieurs autres, que ces gens-là qui vouloient changer l'ordre de la so^ cession en une eslection ressembloieot à ces fols mariniers, lesquels, laissans le port de salut [qui est la succession], deqploient leurs voiles aax vents, pensans trouver repos en rinstabilitéde la mer, qui est Teslection en fait d'Estat, ce qui se pourroit aisément prouver par l'exemple des Estats qui en usent. > C'est assez sur ce sQhjei. Voyons ce que firent les princes et scigncorscathollques du party du Boy après qu'ils curent receu l'advis du nombre des députez de ceux àt l'union et que la conférence se feroll à Surcsne.
CHBOIIOLOOIB IfOVlNAIBS
le Boy estoit lors à Mante, où se trouvèrent aussi nombre de princes et seigneurs qui par sa permissioD esieurent en son conseil pour aller à ladite conférence M. messire Renault de Beaunci arebevesqae de Bourges, messieurs de Ghavigny^de Bellievre,à présent chancelier de France, de Rambouillet, de Chombert, de Pont-carré, d'Emeric de Thou, à présent président à la cour de parlement, et de Revol, tous conseillers au conseil d'Estat.
Après ceste eslection M. d*0 se chargea de sçavoîr la volonté du Roy sur sa conversion. Il y eut entr'eux deux de longs discours sur ce SDbject, et principalement sur ce qu'aucuns vonloient faire voir le Jour au tiers -party des catlioiiqnes royaux dont nous avons cy dessus parlé. Ce party eust esté grand : on y mettoit un nombre de princes, de prélats et de seigneurs royaux qui en estoient, et que plusieurs ecclésiastiques et seigneurs du party de Funion , qui oedesiroient tenir le party de l'Espagnol , s*y fussent joints aussi. G*eust esté pour mettre la France au dernier sousplr de son bonheur, et lay faire perdre du tout le nom de la monarchie. Quelle confusion c*eust esté 1
Dieu, qui dez long temps avoit touché le Roy sur ia realité au sacrement de reucharistie, et qui toutesfois estoit encores en doute sur trois points, scavoir de Tinvocation des saincts, de la confession auriculaire et de Tauthorité du Pape , luy dit : I Vous sçavez la déclaration que J'ay faicte a mou advenement à la couronne de me laisser iQstruire en la religion catholique romaine. Vous scavez aussi l'intention pour laquelle J'ay permis que les princes et seigneurs catholiques ay ent envoyé des ambassadeurs et des agens vers les papes pour ad viser au moyen de mon instruction Et de ma conversion. Vous sçavez les mespris ^n'ilsont fait desdites ambassades, contre Thon- 9eor de la France , et le peu d'espérance qu'il y ide pouvoir tirer aucun secours de ce costé là )ODr mettre la paix en mon royaume. Toutesi)is, aux choses quelquesfois désespérées, Dieu, [QJ sçait rintention de nos cœurs nous y donne les remèdes par sa grâce et nous faict naistre les occasions contre nostre espérance. Or, puis ue Leurs Sainctetez ont esté préoccupées de la a^ion de mes ennemis, et que ceste voye nous ^t interdicte pour mon instruction , J'ay résolu e faire assembler bon nombre de prélats de ion royaume , et la prendre d'eux , et j*espere uc Dieu nous regardera de son œil de miserl- )rde , et donnera à mon peuple le fruit de la Kix tant désirée. Je sçay que les roys qui ont Iqs de pitié de leurs peuples s'approchent aussi lus prez de Dieo, qui fera réussir mon dessein
DE PAIMA CAVBT. [l593] 445
à sa ^oire. Or mon dessein a esté, depuis qu'il luy a plu de me donner le commandement souverain de tant de peuples, de préparer les moyens, au milieu de tant de troubles, pour leur faire avec le temps Jouyr d'une paix. J'ay usé pour tascher à l'obtenir de divers moyens* Nul ne peut douter que quand mesmes Je me fbsse déclaré catholique dez mon advenement à ceste couronne, que pour cela mon peuple n'eust pas eu la paix ; ceux de la religion eussent peu désirer un protecteur particulier, et y eust eu du danger de ce costé, veu ce qui s'en est passé autres fois ; et mesmes les escrits qu'ils ont publié de peur de ma conversion n'estoient point hors de conjecture. Les che£s de la ligue avoient trop de forces en main pour me prester l'obeyssance qu'ils me doivent. Les peuples demandolent la guerre , et n'en avoient encor assez senty l'incommodité. Nous ne sommes plus en ces termes, car J'ay donné ordre à m'asseurer et appeller auprès de moy tous ceux de la religion qui pourroient remuer. Pour les chefs de la ligue, ils n'ont point maintenant de forces bastantes pour me résister sans le secours de TEspagnol. Quant aux peuples de ce party là, Je sçay que l'incommodité qu'ils ont sentie de la guerre leur faict désirer la paix. M'estaot donc asseuré de ceux de la religion qui eussent pu remuer en mon royaume , Je suis résolu de faire perdre entièrement le tiers-party par ma conversion à la religion catholique-romaine , ce que J'espère faire par l'instruction que me donneront les prélats françois, lesquels Je feray assembler dans trois 'mois an plus tard. Il ne restera que ceux de la ligue, où par la conférence qu'ils ont accordée, si les députez s'y gouvernent selon leur devoir, J'espère donner à mon peuple la paix qui leur est si nécessaire. Donnez parole à M. de Bourges de mon intention, et qu'il gou*^ verne cest affaire par sa prudence. •
M. d'O alla aussi tost dire ce que luy avoit dit le Roy à M. de Bourges, car ce prélat estoit sur son partement avec les autres députez pour se rendre à Suresne. Il receut ceste nouvelle avec un foignement de mains et une joye indicible, prenant un bon augure que la peine que luy et les députez prenoient tourneroit à leur honneur. Avant que de dire ce qui se passa en ceste conférence, pour ce que j'ay dit cy-dessus que dez long temps le Roy croyoit la realité au sacrement de l'eucharistie, Je rapporteray icy quelques particularitez qui se sont passées sur ce qu'il a esté quelquesfois requis de se con« vertir.
Environ l'an 1 584 , M. de Bellievre, estant venu de la part du feu roj^ Henry III vers le
CHIONOLOGIS V0VB1IAIR1 Dl PALMA GATVT. [1691]
Roy d'apresent [ lors appelé roy de Navarre ] dans Pamyez , luy dire qu'il eust à remettre la messe par tout le comté de Foix et en d'autres pays qu'il tenoit sous la souveraineté de la couronne de France, eut pour response qu'il faudroit donc y faire venir d'autres nouveaux habitans qui fussent catholiques, et que tous les peuples depuis trente ans avoient esté gaignez par les ministres, tellement que tous ceux qui estoient d'aage et commandoient aux affaires des villes et bourgades estoient de ceste religion, toutesfois qu'en l'assemblée qui se devoit tenir à Montauban qu'on y apporteroit le meilleur remède qu'on pourroit. Ceste assemblée fut tenue À dessein par l'ordonnance du feu Boy et du conseil de la Royne-mere, afin de rompre l'intention d'aucuns ministres qui vouloient appeler le doc Casimir pour leur protecteur, ainsi que nous avons Jà dit ailleurs. Le roy de Navarre ayant communiqué ceste demande de M. de Belllevre aux ministres de sa maison qui servoient lors en quartier, ils luy dirent qu'il estoit raisonnable que les catholiques eussent .la mesme liberté quMls pretendoient, et fut advisé que l'un d'entr'eux iroit en ces pays-là sonder la volonté de chasque ministre s'ils vouloient entendre à quelque bonne reconciliation. Mais il les trouva résolus de ne vouloir estre assignez sur la rente des escholiers, qui est peto [ainsi en parloient-ils], mais requeroient chacun pour soy quelque bon appointement dont ils pussent vivre et demeurer à couvert. On conseilla lors audit sieur roy de Navarre de rechercher les moyens de se reconcilier avec le Sainct Siège. Le sieur deSegur^ un de ses principaux conseillers, en communiqua mesmes avec quelques ministres quUl Jugeoit estre traictables pour adviser aux moyens de se réunir à l'Ëglise catholique romaine, ce que l'on desiroit faire doucement et sans en faire grand bruit. Sa Majesté s'y trouva tellement portée qu'en un discours particulier il dit à un des ministres de sa maison : c Je ne vois ny ordre ny dévotion en ceste religion ; elle ne git qu'en un presche , qui n'est autre chose qu'une langue qui parle bien françois ; bref, j'ay ce scrupule qu'il faut croire qne véritablement le corps de nostre Seigneur est au sacrement , autrement tout ce qu'on fait en la religion n'est qu'une cérémonie, t
Or du depuis les remuements de la ligue commencèrent. Ledit sieur de Segur [qui estoit allé en Allemaigne, où il avoit porté le thresor de la maison de Navarre, et lequel il a rapporté depuis, accreu de trois belles pièces, contre l'opinion de ceux qui le tenoient pour perdu] manda à Sa Mi\jesté qu'il n'estolt pas temps de parler
de conversion, et, quoy qu'il le lay eut conseillé, qu'il ne failloit pas qu'il le fiit eocw, pour ce qu'estant prince souverain dans lesptyi, il ne devoit ployer sous la volonté de ses com* mis, ains devoit s'esvertuër de maintenir a liberté et deffendre sa religion, Jusqnesàtantqm par bonne Instruction paisiblement et Yolontiirement il fust satisfaict de tous doubtei. Â cat advis se conforma celuy de tout son coueil. Oo ne trouva que trop de raisons d'Estat pour lelny persuader; toutesfois on a tenu que, sansradrô d'un opinant en son conseil, ceste eon^emoD se fust poursuivie, et qu'il fust venu dez cetcmpi là trouver le Roy, et qu'il n'y eust pas eu tant de sang respaodu en France comme il y a m d^ puis. Les autres sont de contraire opinioa, et disent que le princes de la ligue n'eussent pu laissé de prendre les armes, et qu'ils n'en vosloient pas tant à la religion qu'à la couronne.
Du depuis que ce prince eut esté contraint de prendre les armes, il né laissa toutesfois, an plu fort mesmes de ses affaires, de conférer parti* culierement avec ceux qu'il jugeoit doctes da poincts principaux de sa religion, et se rendil tellement capable de soustenir des points debs* tus par les ministres, selon leur fiiçon défaire, que plusieurs fois il en a estonné des plusentndus d'entr'eux. On dira que c'estoit pour le respect de Sa Majesté ; mais Je diray que c'est df la seule vivacité de son esprit et l'exact jQg^ ment qu'il fait de toutes choses, en qtioy il œ reçoit aueune comparaison avec prince on philosophe qui ait Jamais esté ; car Je compare toffi les uns aux autres en ce regard de dispute, mesmement en ce qui concerne Tanacrise des» prits, dont il en est un vray et très-parfaits» tomiste, si bien qu'il cognoist les affections i h mine et les pensées au parler.
Il continua tousjours ceste forme d'instmtion ; mesmes , estant venu à la couronne di France, il m'envoya [à moi qui escris] mandement par bouche, et lettres que me rendit es main M. Gonstans, à présent goavemenr de Ht' rennes, à ce que J'eusse à luy en dire mon sd* vis sommairement; ce que Je fis en trois gran* des feuilles de papier, lesquelles le sieor Bcspf» rien, ministre, luy porta, et se les fitlirednraal qu'il asslegeoit sa ville de Vendosme. Dn dcpiii Sa Majesté a tousjours continué ceste recherchi d'instruction par escrits et en devis partJcoW avec gens doctes, Josques à ce temps ^ ¥^ donna sa parole audit sieur d'O d*embrasser di tout la religion catholique , et , pour qoelq^i difficultez qu'il avoit encores, de s'en feii« ^ souldre par les prélats.
M. de Bourges et messieurs tas députes «
CHBONOIiOGR NOYSHAIâV DB VÀLUk CÀYBT. [1593]
party du Roy, arrivez à Poissy le 28 d'avril, se rendirent au jardin du logis assioé à Suresne le lendemain sur les deux heures après midi, où estoient desjà arrivez M. de Lyon et les députez de Funion, qui estoient dans le logis. Ils commencèrent à s'entresaluër et embrasser avec beaucoup de courtoisie et bon accueil, au grand contentement de ceux qui estoient presens, aucuns desquels on voyoit Jetter larmes de leurs yeux, de Joye et espoir de quelque heureuse issue de ceste conférence; et, après avoir eu quelques devis et propos communs ensemble, montèrent en la sale, se rendans les uns aux autres tout le respect qu'il estoit possible.
Après ils commencèrent de prendre séance , les royaux du costé droict, les autres de l'autre, chacun selon leur rang et degré, et parler des seuretez, communiquer les passeports; et d'autant que le sieur de Yilleroy n'y estoit comprins, lequel toutesfois avoit charge de se présenter de la part du duc de Mayenne; ledit sieur de Lyon pria les autres députez de trouver bon qu'il y fust Joint ; comme aussi, de la part du Roy , M. de Rourges remonstra que le sieur de Vie, gouverneur de Sainct Denis , n'estoit nommé au leur, qu'ils prioient de trouver bon qu'il y assistast; ce qui fût accordé de part et d'autre, et advisé que les passeports seroient expédiez en lettres patentes avec le seau pour plus d'authorité et de seureté.
Le sieur de Rourges remonstra qu'en leur passeport ils n'avoient voulu exprimer aucuns tiltres et qualitez, prioit ceux de l'union d'en vouloir faire de mesme pour éviter toute Jalousie , à quoy il ne fut contesté, et fut advisé de les reformer et ne mettre que les noms des députez d'une part et d'autre.
Quant aux seuretez , fut arresté en premier lieu de se donner la foy les uns aux autres , comme ils se la donnoient et prenoient réciproquement en protection et sauvegarde, disans aucuns d'eux qu'ils signeroient les passeports de leur sang si besoin estoit, et mourroient plustost que permettre qu'il fust lait aucun desplaisir au moindre de la suitte.
Que, attendant de plus grandes seuretez de ehacune part, on tiendroit douze Suisses de garde de jour et de nuict aux deux portes du lieu.
Fut mis en avant qu'il seroit bon de faire cessation d'armes et intermissions d'actes d'hostilité quelques lieues à la ronde, et advisé de mander où il appartenoit pour en avoir les despesches, et ne fut passé plus outre ce Jour là.
Les députez royaux demeurèrent ce soir à Suresne, et ceux de l'union se retirèrent à Paris , d*où le lendemain ils retournerait environ sur
les une heure. Or ils ne cherchoient pour ce jour là que le moyen de n'entrer point en matière, à cause qu'ils attendoient la venue de H. de Mayenne et de plusieurs princes de sa maison qui estoient allés à Reims où estoit venu M. le duc de Lorraine, et s' estoient là entreveus et pris les resolutions ensemblement pour leurs affaires, telles qu'il leur avoit semblé bon. Ce fut pourquoy, en les attendant, ils trouvèrent moyen de faire passer ceste Journée sur quelques paroles qu'ils avoient dites le Jour d'auparavant à quelques-uns des députez royaux en particulier, sçavoir, qu'ils eussent bien désiré que M. de Rambouillet se fust excusé de prendre telle charge , veu les choses qui s'estoient passées à Rlois; considéré que M. Roze, evesque de Senlis, qui avoit esté député dé leur part, ayant sceu qu'on ne l'avoit pour agréable, s'en estoit déporté volontairement. Les députez royaux leur respondirent que ce n'estoit à eux d'en résoudre et défendre au sieur de Rambouillet de s'y trouver ; quant au sieur de Senlis, ne sçavoient pourquoy il s'en estoit absenté, ssseurans qu'il eust esté très bien venu, et avoient charge de recevoir tous ceux qui se presenteroient, sans aucune difficulté ; prioient de ne s'arrester pour telles par> ticularitez et passer outre. Mais ceux de l'union firent response qulls ne le pouvoieut faire qu'ils ne fussent satisfaicts sur ce poinct, puis se retirèrent à une chambre à part, comme firent les royaux. M. de Rambouillet, désirant se purger de ceste calomnie devant la compagnie, fit dire à ceux de l'union qu'il desiroit leur parler, ce qu'ils accordèrent; tellement que toute ceste Journée se passa sur plusieurs discours des choses passées à Rlois, dont pour conclusion ledit sieur de Rambouillet leur dit que l'on sçavoit bien que tels conseils ne furent pas prins tout à coup, ny en public, ny de Jour, ains à plusieurs fqjs, au cabinet, et de nuict, où l'on sçavoit qu'il ne se trouva Jamais; que messieurs de Lyon et Pericard, secrétaire , se souviendroient qu'il les avoit assistez en ce qu'il avoit peu durant leur rétention, priant lesdits sieurs de le vouloir faire entendre à madame de Guise, et la supplier de le recevoir en ses Justifications ; et si elle avoit quelque particulière charge et indice contre luy , en luy faisant cest honneur de le luy faire entendre , qu'il mettroit peine de s'en purger, et n'estoit raisonnable de le charger de ce dont il estoit innocent pour le perdre luy et sa postérité, comme il sembleroit qu'il se tinst pour convaincu s'il se retiroit de la compagnie, et s'asseuroit que madame de Guyse pourroit tempérer ses regrets et ses plaintes quand elle aurolt entendu ses raisons.
CtlftOlVOLOOIB NOVENAIBl
Nonobstant , ceux de ranlon le supplièrent de rechef de voaloir donner cela à la compagnie et au public , de se vouloir excuser de ceste deputation comme avoit fiiit M. de Senlls. Il leur respondit que si cela ne regardoit que son particulier il leferoit volontiers, maïs qu*il avoit charge des princes , prélats et seigneurs , et s*en remettoit à eux pour en ordonner.
Après, le sieur de Schombert dit qu'ils feroient ce qu'il serait possible pour leur donner tout contentement , et en escriroit là où il appartenoit. Cependant il les pria instamment qu'on ne laissast la journée sans donner quelque commencement aux affaires; qui fut cause que, s'estans assemblez et assis à l'accoustumée, on proposa de parler des pouvoirs; mais ceux de Tunlon cercherent tousjours moyen den*y entrer.
Aussi il ne s'y accorda rien autre chose, sinon qu'eu attendant de résoudre la surseance d'armes, on manderoit aux garnisons de ne faire aucunes courses , qu*on expédierait des passeports pour ceux qui seroient employez à aller et venir aux occurrences nécessaires; et pour en obtenir les depeschcs , et pour rapporter response du fait du sieur de Rambouillet, fut depesché vers le Roy le sieur de Gesvre, secrétaire.
Le londy , troisiesme may , M. l'archevesque de Lyon s'estant trouvé malade, les autres députez de l'union partirent le matin de Paris , et , estans sur le bord de l'eauë , entre l'abbaye de Long-champ et Suresne, ad visèrent encor de n'entrer en l'affaire principal des ouvertures Jusques au mercredy prochain; qu'on pourroit ce pendant résoudre les seuretez et surseances d'armes et d'hostilité, et communiquer les pouvoirs. S'estans donc assemblez à l'accoustumée, les royaux leur dirent, avant qu'entrer en affaires, qu'on n'avolt peu obtenir de faire revoquer la deputation du sieur de Rambouillet pour plusieurs grandes considérations, et principalement pour ne rien remuer de ce qui estoit passé à Rlois.
Après cela on exhiba les passe- ports au grand seau d'une part et d'autre, et, venans au traicté de la surseance d'armes , il y eut quelque contention et difficulté sur la limitation ouestenduë des lieux et personnes, lesquelles ne s'estans peu résoudre , fut dit que messieurs de Relin et president Janin en confereroient avec messieurs de Revol et de Vie, et rapporteroient après disné à la compagnie ; qu'il estoit temps d'entrer en affaires.
M. l'archevesque de Rourges commença à dire qu'en toutes actions il faiilolt premièrement regarder à la qualité des personnes qui negotioient, et le pouvoir qui leur estoit donné , car les Jurisconsultes mesroes disoient qu'il n*y avoit
DB PALMA CAYBT. [1598]
défectuosité plus grande que de pootoir et d'an* thorité , et qu'à ceste cause ils proposolent leur commission.
M. l'evesque d' Avranches , respondant , dit qu'il recognoissoit le fondement de ccsle aego* tlation dépendre de pouvoir, et qu'il falloit commencer par là, exhibant à cesteffect celoy qu'ils avoient de leur part; et, après s'estre retira pour délibérer sur lesdits pouvoirs, M. d'ÂTnnches dit qu'ils avoient veu le pouvoir des dépotez royaux , le tenoient en la forme telle qoll appartenoit , et n'avolt rien à y contredire.
M. de Rourges dit qu'ils avoient aussi veQe6 luy de ceux de l'union , qui leur sembloit aucunement manque et défectueux, n'estant que poor ouyr , rapporter , et non pour conclurrc etarres' ter; neantmoins qu'ils avoient affaire à persMnés de telle marque et authorité , qu'ils ne vouloient faire aucune difficulté de tndcter avec eux, sçachant aussi qu'ils avoient tant de ereanee en leurs compagnies qu'on ne les desadYOQèroit Jamais en telle négociation; joinct qu'ils cstoieDt si proches de ceux desquels ils avoient charge, qu'ils pourroient, sur toutes occurrences, a avoir approbation et ratification, comme ib le requerraient aux choses qui se presenteroientde
conséquence.
M. l'evesque d' Avranches, pour ceux de l'union , repliqua que leur pouvoir en parehemm sembloit plus spécieux et estoit plus grand en apparence , mais qu'en effect ils estoient semblables et de pareille authorité, d'autant qn'oa sçavoit assez qu'ils ne résoudraient rien en affaires si importans sans la communication de ceoi qui les avoient envoyez , et ne manqueroientt comme ils avoient desjà commencé, de codsqIter leurs oracles, comme de leur part ils seroient bien marris d'avoir entrepris d'en user antï^ ment ; que leur compagnie leur avoit faictcetf honneur, et estoit disposée de leur bailler pitf ample pouvoir ; mais ils estimèrent estre de leur devoir et modestie de ne l'accepter, sous lacoasideratlon qu'ils estoient si proches qu'en pn de temps et sans retardation ils pouvoient estie résolus.
Ce mesme matin le sieur de Bèlin fit piaiol* de quelque accident survenu entre des soldats près de La Chappelle,où il y en avoit eu de i^ blessez et prisonniers ; et fut arresté que l0P>^ vosts d'une part et d'autre informeraient, poir, les informations rapportées en la conférence* y estre pourveu ainsi qu*il serait à faire ptf raison.
Après disné les articles de la surseance d armes furent résolus et accordez en ceste •^'^ i^
Premièrement, affin que la conférence n»
CHRONOLOGIE NOVBNAIAB DE PALMA CAYET. [l593]
terminée en tonte seureté , et pour oster toute occasion d*inquieter les sieurs députez en quelque façon que ce fust , qu*il y auroit surseance alarmes et de toute hostilité, non seulement pour leurs personnes , leurs gens , train , suitte et bagaige, mais pour toutes autres personnes , de quelque qualité et condition quMls fussent, à quatre lieues à Tentour de Paris, et autant à Tentour dudit Suresne, à sçavoir , depuis Paris Jusqnes aux lieux cy après nommez, Tenclos d'iceux et Testenduë de leurs paroisses comprins ensemble de Tun à l'autre , tirant à droicte ligne , et pour toute Testenduê du pays qui est entre ladite ville de Paris , Chelle , Vaujour , Aunay , Villepinte , Roissy , Gonnesse , Sarcelles , Mont-morency , Argentueil , et , ayant passé Teau , tout ce qui est jusques à Sainct Germain en Laye, Roquencourt, Ghoisy aux Bœu£s, Palayseau, Lonjumeau , Juvisy , et tout ce qui est au delà la rivière, qui va de Tune à Tautre, et de là à Ville-neufve Sainct Georges , passant la rivière de Seine , Sussi , Boissy , Amboille , Moisy, et là passant la rivière , Nully sur Marne , et de là à Chelles, sans qu*il fust loisible à aucuns d'un party et d'autre entrer dans les villes et places où y avoit garnison , sans avoir passeport exprès de ceux quiauroient authorité d*y commander, et ce pour le temps de dix jours à commencer du deuiiesme jour de may , sauf à le renouveller et prolonger si besoin estoit ; que défense seroit fiaite à tous gens de guerre , de quelque qualité et nation qu'ils fussent , de faire aucunes courses, ny actes d'hostilité, injures ny outrages, de faict ou de paroles, à quelque personne que ce fust en l'estenduê des lieux cy-dessus désignez, pour ledit temps, sur peine de la vie; neantmoins, que les droicts et impositions qui se levoient sur les vivres et marchandises seroient payez es lieux accoustumez sans abus ny fraude ; et loutesfois, pour le regard des minotiers (t) estans trouvez dans l'estenduê de la surseance , ne pourroient estre recerchez à faute d'avoir acquité lesdits droits ; mais , si autres que ceux accoustumez faire ledit train de minotiers s'ingeroient d'en user en fraude de l'accord , il y seroit pourveu et donné reiglement par lesdits sieurs députez en la susdite conférence ; et pour le r^ard des charrettes, combien qu'elles fussent trouvées dans ladite estenduê delà présente surseance sans avoir payé , en seroit fait raison en icelle assemblée à ceux ausquels seroit fait la fhiude.
Que pour robservation desdits articles seroient
(f) Oo appeknt aînii les ligaears pauvres auiqaels Mayenne fiiisoit donner un minot de blé par semaine.