‹ Chronologie novenaireChapitre 34 sur 62 · C. D. M. T. XII · texte numérisé non relu

C. D. M. T. XII

expédiées lettres patentes sous Tauthorité des chefs des deux partis, et publiées affin qu'on n'en peust prétendre cause d'ignorance.

Ce qui fut fait, et les patentes envoyées aux gouverneurs et capitaines des places prochaines, à ce qu'ils eussent à l'observer et &ire garder et entretenir, avec injonction à eux et aux ofQciers des lieux de faire faire punition exemplaire des contrevenans, à peine d'en respondre en leurs propres et privez noms.

Le mercredy matin s*estans les députez assemblez, après quelques propos communs, M. l'archevesque de Bourges, avant que venir aux ouvertures qu'il avoit à faire, dit qu'il louoit Dieu de ce qu'il luy plaisoit, parmy tant de troubles et les ténèbres d'un siècle calamiteux , faire reluire une si heureuse journée en laquelle on commençoit à s*entre-voir pour rechercher ensemble quelque remède à nos maux, et empescher l'issue funeste de nos divisions.

Le remercioit aussi de ce qu'il avoit fait la grâce de choisir telles personnes qu'il voioit douées de tant de prudence et d^affection au bien de cest Estât, et qui apportoient encest ai&ire toute ingénuité et de si droictes intentions, espérant qu*on ne se despartiroit point de ceste assemblée sans quelque bon effect , et qu'il ne seroit reproché à tant de gens d'honneur ce que le prophète disoit : Contrilio et infelicitas in viis eorum, et viampacis non cognoverunt (I).

Qu'il n'y avoit bon François qui ne fust touché de compassion , considérant nos misères et se ressouvenant d'avoir veu ceste monarchie si florissante , ne regrettast de la venir en telle désolation.

Ne vouloit rafraischir nos playes et renouveller nos douleurs , mais si les failloit-il toucher avec le doigt pour en chasser l'ordure et y apporter la guerison.

La noblesse , qu'on avoit veu si puissante et bien unie , estoit aujourd'huy si affoiblie et diminuée qu'elle s*en alloit perdue du tout, et le royaume privé de son appuy et plus bel ornement.

La justice, autresfols tant honorée et redoutée , et exercée avec l'admiration des nations estrangeres , estoit mesprisée parmy les armes et du tout abattue , et ne pouvoit exercer ses functlons.

Les villes riches et opulentes estoient désertes, tout commerce et marchandise y cessoit, tout y estoit plein de desordre et confusion.

Ceste belle et grande ville de Paris monstroit

(I) Malbenreni dam leurs voies, ils n'ont pas connu celle de la paix.

CHB0N0L0G1B NOVBNAIBB DB PALMÀ CAYBT. [1593]

par la seule ruine de ses fauxbourgs combien sa face estoit pitoyable à yoir , tous les ordres y perissoient et estoient du tout abolis , mesroes ceste Université tant renommée ; qui nous presageoit à Fadvenir un siècle de barbarie et d'ignorance, et la Jeunesse à faute d'instruction abandonnée à tous vices et desbordemens.

Le tiers-estat , qui estoit abondant en commodités , et les laboureurs heureux lors qu'ils jouyssoient du fruict de leurs labeurs , aujourd'huy estoient exposez à l'insolence et cruauté des gens de guerre, et réduits au desespoir.

La terre mesme nous monstroit ses cheveux hérissez, et demandoit d'estre peignée pour nous rendre les fruicts accoustumez.

Et l'Eglise, qu'il avoit oublié de mettre la première, estoit très-mal servie, la religion s'en alloit perdue , toute charité et dévotion s'en alloit esteinte, les églises estoient profanées, les autels démolis , et pouvoit dire que , durant ces derniers troubles et remuêmens, il s^estoit plus perdu de ce qui estoit deu d'honneur et service à Dieu, d^obeyssance à l'Eglise, de discipline aux bonnes meurs, qu'il n'avoit fait de long temps auparavant ; qu'il ne falloit espérer de remettre la religion entre les blasphèmes et sacrilèges , parmy nos dissensions et animositez , qui neproduiroient en fin que toute infelicité et malheur , et la destruction de la plus belle et florissante monarchie de la terre.

Que le seul moyen de se relever de ces misères, et pourvoir à tant de desordres et calamitez, estoit une bonne paix , qui estoit la mère de la pieté et religion , l'establissement de la justice, la vraye source du repos et soulagement du peuple , et par le moyen de laquelle on pouvoit espérer de remettre toutes choses en meilleur estât , et faire recouvrer à ceste couronne son ancienne splendeur et prospérité.

Qu*il estoit temps de mettre quelque fin à nos tragédies si nous estions bons François et amateurs de nostre patrie , qu'il n'y avoit que les estrangers qui faisoient profit de nos malheurs et taschoient de nous y nourrir.

Qu'il estoit temps de chercher quelque repos pour le reste de nos Jours , et nous employer tous à sauver cest Estât , et que par le moyen d'iceluy la religion seroit conservée , et non par les armes et continuation des guerres.

Prioit et conjuroit d'embrasser et courir après ceste paix , suivant le conseil du prophète : /nquire pacem^ et persequere eam. La nature inesmes, par la conformité de nos visages, nous invitoit à la paix , et pervertissions nostre naturel, qui estoit enclin à la douceur et société, lors que nous suivions les tumultes et les discordes.

Ne vouloit user de plus grand discours , parlant à ceux dont ils cognoissoit la bonne volonté, mais les prioit que s'ils avoient quelques lions advis et expediens pour parvenir à un si grand bien d'en faire les ouvertures ; qu'il ne vouldt croire qu'en leur assemblée, et entre tel noaibre de députez des provinces , ils ne se trouvassent quelques mémoires et instructions pour trouver le remède qu'on recherchoit et qui estoit si ne* cessaire, et que de leur part on les trouverdt toosjours très-bien disposez.

M. l'archevesque de Lyon, prenant la parole pour ceux de l'union , dit qu'ils n'apportoient de leur part aucune passion, mais une pure et sincère volonté pour trouver quelque bon et salataire conseil à la conservation de la religion et de l'Estat; esperoit que , ayans ce commun desir et réciproque affection, Dieu beniroit l'iasu^^ de cest acte , et feroit suc^ceder à son honneur et au souhait de tous les gens de bien et bons catholiques ; que leurs desseins et actions n'avoient Jamais visé et ne tendoient à autre but qn^à la manutention de ladite religion catholique, apostolique et romaine, en laquelle ils estoient baptisez et instruits , pour la deffense de laquelle ils avoient les armes, et estoient résolus de consacrer leurs biens, leurs moyens et leurs vies, avant que la voir perdre ou exposer en danger; religion qui avoit donné naissance, accroissement et grandeur à ceste monarchie , en laquelle nos roys avoient esté nourris et y avoient persévéré depuis si longtemps si heureusement, et sans laquelle elle ne sçauroit subsister; reli^km qui avoit esté conservée si chèrement par lenrs pères , et qu'ils desiroient , voire au prix de leor sang, transmettre seure et entière à la pos* terité.

Qu'il n'estoit besoin de représenter nos malheurs et les extrêmes afflictions de cest Estât ^ qu'ils n'experimentoient que trop , et que les e»* trangers mesmes ploroient et deploroient en les oyant reciter; mais qu'il failloit adviser de trouver de bons conseils et remèdes pour guérir les playes dont il estoit ulcéré, et pour reparer les ruines et desordres dont il estoit accablé, et ne regarder point seulement d'apporter quelque allégement présent à ceste ardeur et inflammation , mais rechercher plus avant les causes d'une si aspre maladie, pour l'oster, et remettre l'Estat en sa convalescence ; que nous n'avions que trop recongneu , par l'exemple des plus florissans empires , et par l'expérience propre , que l'heresie en estoit la source et origine , laquelle avoit allumé le feu de nos troubles, dont ce royaume estoit embrasé et presque réduit en combustion ; que c'estoit l'heresie , qui ne

CHBQ1fOI.OGIB NOYENAIBB DB PALMA CAYET. [1593]

soit depuis trente ans d'eshranler ses fondements, qui avoit excité les orages de rebellions, de conjaratioDS et perturbations dont il estoit horriblement agité, et avant qu'elle y fut introduitte on n'avoit jamais veu nation plus obeyssante et mieux unie, et ne falloit penser, tant qu'elle y seroit entretenue , de faire cesser ces desordres et confusions. Cestoit à l'heresie qu'il falloit imputer le saccagement de nos temples , les démolitions des autels , le degast de nos champs et la nécessité de nos villes. Et combien qu'Us en eussent un vif sentiment , si est-ce qu'ils regrettoieot bien encores plus la perte de tant d'ames qu'on voyoit tous les jours, et qui estoient sur )e point de perdre ce qui leur estoit le plus cher et précieux , que la religion, laquelle demeurant sauve et entière , ils n'apprehendoient ny la ruine de leurs fauxbourgs , ny la pauvreté et nécessité de leurs villes.

Quant a la paix , c*estoit une chose si saincte, et le seul nom si doux et aggreable , qu'elle n'a- Toit besoin d'autre louange et recommandation; que les catholiques la demandoient, pourveu que ce fust paix de Dieu et de l'Eglise , qui apportoit après soy le repos et la prospérité de l'Estat ; et que le fils de Dieu mesme, qui estoit venu annoncer la paix, et qui en estoit l'autheur et luy mesme la vraye paix , nous enseignoit qu'^ failloitbien monter plus haut pour parvenir à la vraye paix qui estoit le zèle de son honneur , et pour lequel il estoit venu diviser le père d'avec le fils, et commandoit de quitter biens, parens et alliances pour la querelle et défense de la religion; que si les guerres entreprinses et soustenues pour ceste occasion estoient blasmées, il lalloit par mesme moyen condamner tous ceux que l'Eglise uous commandoit d'avoir en saincte et étemelle mémoire.

Que c'estoit au moins le contentement et consolation qui leur demeuroit, que la guerre qu'ils soustenoient estoit juste , et n'avoient regret d employer leurs vies pour un si sainct subject que la conservation de leur religion ; la seureté de laquelle leur estant proposée par conditions bien certaines et non douteuses, ils feroient tousjours voir n'avoir autre ambition, interest ou i^pect particulier , quel qu il pust estre.

£t combien que les députez ne fussent venus en intention de traicteret conférer, et que en leurs cayers et instructions on ne trouvast aucun article de paix, n'ayant peu prévoir les déclarations et propositions faictes, toutesfois qu'ils aymoient tant le repos du royaume, qu'ils ne rejetteroient point les ouvertures qui seroient faictes, si Thonneur de Dieu et leur devoir à la religion et à l'Eglise le pou voient permettre.

Ne pouvoient dissimuler et leur taire que, pour jetter les fondemens d'une heureuse et solide paix , il failloit que les catholiques fussent unis de volonté et de conseil pour maintenir et asseurer leur religion , et pour s'opposer aux armes et desseins de l'heresie , qui ne pouvoit bastir son establissement que de nos ruines, et n'avoit autre force pour nous vaincre que nos mutuelles divisions et discordes ; que c'estoit là le but où les catholiques dévoient viser et employer tous leurs labeurs et solicitudes, comme au vray chemin pour acquérir bien-tost une ferme etasseurée tranquillité, pour faire revivre l'ancienne gloire et réputation de ceste nation très-chrestienne, et remettre en nostre postérité la religion aussi entière et le royaume aussi grand et florissant qu'il avoit jamais esté ; que nos pères avoient veué ceste paix , nos ancestres avoient jouy de ce repos , et ne tenoit qu'à nous de commencer à revoir la sérénité d'un siècle si heureux. C'estoit ce qu'ils desiroient de leur part; c'estoit lefruitde la conférence qu'ils attendoient, comme l'unique remède de nos maux , et le port et azyle asseuré pour empescher le naufrage de la religion et de TEstat. Prioit Dieu de disposer les cœurs à un si sainct effect , et dresser la voye pour y parvenir ; que le mérite en seroit trèsgrand, et la louange éternelle à la postérité.

Après ces harangues, prononcées par ces deux prélats avec une très<belle éloquence, comme ils en estoient naturellement douez, les députez royaux se retirèrent à part en une chambre pour consulter; et, après s'estre r'assemblez et assis, M. l'arche vesque de Bourges commencea à haranguer derechef comme s'ensuit : Que l*on avoit discouru de la paix , et que de sa part il n'en avoit parlé qu'en termes généraux ; que ce n'estoit assez , et falloit venir aux moyens plus particuliers ; en quoy il vouloit user de peu de langage et avec toute simplicité de paroi les et de volonté, à fin qu'on traitast avec plus de candeur et de confiance.

Que les philosophes nous aprenoient que la paix n'estoit autre chose qu'un ordre bien estably en l'Estat , et une conformité d'esprits et de volontez entre les hommes.

Que Dieu, autheur et conservateur de toutes choses, les avoit tellement disposées, que , par un ordre singulier, les inférieures obeyssoient aux supérieures , et s'entretenoient en accord par une admirable harmonie et convenance.

Que , ores que les choses humaines et Testât des polices et gouvernemens fussent subjects à continuelles vicissitudes et altérations , si falloltil qu'à ce modelle souverain elles fussent contenues en quelque ordre et règlement ; que cest

CHBONOLÛGIB RÛTSNAIRB DE PÀLUA CÀYST. [1598]

ordre ne se pouvoit dresser que par la mutuelle concorde des subjects et recognoissance d*un chef et souverain, qui estoient les liens et les plus fortes joînctures pour retenir et conserver Testât des choses publiques , et les rendre heu* reuses et invincibles, estans d'accord que, sur toutes choses, il failloit pourvoir à la seureté de la religion, et concurroient avec eux en mesme désir de la maintenir , n'ayants moins de regret qu'eux des partialitez et divisions qui empeschoient son entier restablissement.

Mais que si Tobeissance d'un roy et prince souverain, etceste concorde entre les subjects, n'estoient premièrement establîs pour asseurer et affermir l'Estat , qu'en vain on parloit de sauver la religion quiy estoit comprise et contenue.

Que ce chef ne pouvoit estre autre que celuy qui estoit donné de Dieu et de la nature, et qui avoit le droit par l'ordre de la succession et les loix anciennes du royaume , estant yssu du tige royal et de la famille de sainct Loys.

Prioit de considérer combien ceste reconnofssance des puissances ordonnées de Dieu estoit recommandée en i'Escrlture Saincte , etjetter les yeux sur l'exemple des premiers chrestiens, lesquels, avec tant de patience et humilité , avoienttousjours embrassé l'obeyssancede leurs princes souverains , quoy qu'ils fussent payens et idolâtres , ennemis et persécuteurs de leur foy et religion , levant les yeux au ciel , et supporté avec mesme respect et modestie leurs actions et qualitez , priants pour eux , leur faisans service, recognoissants que selon sa volonté il disposoit des sceptres et des coronnes. Qu'après tant d*enseignemens et exemples des saincts pères, il ne falloit faire difficulté de rendre obeyssance à son roy légitime et ordonné de Dieu , et sans s*enquerir de ses actions et de sa conscience.

Qu'il ne leur presentoit point un prince idolâtre , ou faisant profession de la loy de Mahumet, mais qui estoit, par la grâce de Dieu, chrestien , et qui croyoit avec nous un mesme dieu, une mesme foy, un mesme symbole, et séparé de nous seulement par quelques erreurs et diversités touchant les sacrements, dont il falloit essayer de le retirer après l'avoir recognu et à iceluy rendu ce qui luy appartenoit.

Que s'il n*estoit tel qu'on le desiroit il le failloit inviter et poursuivre de Testre : les prioit et conjuroit de s'y employer tous par communs VŒUX et intercessions, a Joignez-vous, disoit ce prélat, avec nous et nous avec vous. Nous aurons tous rhonneur de l'avoir ramené an bon chemin , et avoir fait un œuvre si signalé et remarquable, i

Que Ton avoit beaucoup d'occasion d'espérer

ce qu'on desiroit de luy ; qu'il en avoit fait les promesses à l'advenement à sa couromie , etpar après beaucoup de fois réitérées; et qa'à présent on voyoit sa bonne volonté, laquelle il avoit tesmoigné par plusieurs propos et démonstrations ; que la légation de M. le marquis de Pisani par devers nostre sainct père le pape à ses despens en faisoit assez de foy, avec la permissioa qu'il leur avoit donnée de venir en ceste conférence ; et aussi que , se trouvant dernièrement à Mante, il vit de la fenestre passer la procession, et leva son chapeau et se tint longuement descouvert; en somme, qu'il y estoit, parla grâce de Dieu , desjà tout disposé; qu'ils Tesperoient ainsi , et osoient bien dire quMIs se le promettoient ; et ne restoit plus que d'avancer on si grand bien , et s'employer tous ensemble à l'accomplissement de ceste belle action; que cela le toucheroit au cœur quand il verroit ses bons subjects l'en requérir et supplier d'un commun accord; et, comme il auroit ce contentement de recevoir d'eux le devoir auquel ils es* toient obligez , aussi leur voudroit-il donner ceste satisfaction de se résoudre prompteroent et se fléchir à leurs prières, et d'autant pins qu'il Jugeroit telle resolution estre nécessaire pour la tranquillité de son royaume. Il adjoosta qu'il y avoit quelques autres particularitez qui pourroient estre représentées à la compagnie par M. de Believre , qui promettoient une bonne préparation à sa conversion.

Le sieur de Bellievre ayant dit qu'il ne pouvoit rien adjouster au discours du sieur de Bourges, qui avoit très-dignement touché tout ce qui se pouvoit dire sur ce sujet , l'heure de disner estant advancée , on se retira, et, après le disner, les députez de l'union consultèrent sur la response qu'ils vouloient faire , et fut par eux tous particulièrement discouru et opiné sur la proposItioB faite par M. de Bourges sur la recognoissance du Roy, et par commun advis résolu de luy respondre que quant à la recognoissance du roy de Navarre, qu'ils n'en vouloient point ouyr parler, et protestoient mourir plustost que Jamais obeyr à un hérétique; que làdessusTarchevesque de Lyon pourroit mettre en avant la dlspositioo du droit divin et humain, les ordonnances de l'Eglise, les conciles , et les lois fondamentales de l'Ëstat ; pour le regard de Tinviter à estre catholique , qu'on ne pouvoit ny devolt le &iw par plusieurs raisons qui furent avancées, et que ledit archevesque de Lyon depuis rapporta et représenta.

S'estant donc rassemblez après le disner an lieu et en l'ordre accoustumé, M. TardievesqM de Lyon dit :

CHBONOLOGIE NOVBNAUE DB PÀLMA CAYBT. [1593]

Qa'il feroit la response avec tout le respect et | modestie qui luy seroit possible ; prioit ceux ausquels il parloit Texcuser si le matin en son discours il y avoit eu quelque parole qui les eust offeocez, et considérer qu'il en avoit charge de ceux qui les avoient commis , et qu'il ne pouvoit que user de la liberté requise en affaire si ardu et si jaloux que celuy de la religion , telle néantmoins qui se rapporteroit plustost à la Juste défense de leur cause que à Finjure de personne.

Recognoissoit et confessoit avec eux que la paix et prospérité des Estats despendoit principalement de robeyssance que Ton doit au prince, et de la concorde des sujets, mais que ceste concorde ne se pouvoit former s'il y avoit diversité de religion , car rexperience , depuis trente ans , avoit assez monstre qu'elle n'apportoit que troubles et remuemens, qu'elle rompoit le lien de tontes societez les plus sainctes et inviolables, faisoit ouverture à Tatheisme, et combloit T Estât public de toute sorte de desordres et confusion, où , au contraire, Tunité de foy et du service de Dieu à la vraye religion produisoit ce bel ordre qu*on recherchoit, et ceste belle rencontre et embrassement de la paix avec la justice qui amenoit la vraye tranquillité et Tabondance de toutes bénédictions spirituelles et temporelles; que toutes autres paix n'en estoient que des ombres , et en portoient bien le nom , mais l'effect n'estoit qu'une guerre avec Dieu , et un séminaire de discordes étemelles.

Que, pour tirer cest Estât du péril où il estoît, falloit premièrement y establir le royaume de Dieu et asseurer la religion ; que par après toutes autres choses seroient abondamment adjonstées ; car c'estoit elle qui f/iisoit florir et prospérer les royaumes; c'estoit à elle , comme fflaistresse, que toutes polices dévoient estre rapportées; et , en ceste intention , on pouvoit bien dire que la religion estoit en la republique, inais comme Tame au corps , pour luy donner ^e et mouvement.

Qoant à la recognoissance d'un chef souverain, ils le desiroient et requeroient tous les jours : c'estoient les vœux des provinces, les charges et mémoires de leurs députez , pourveu que ce Tttst un roi tres-chrestien de nom et d'effect, iigne de la pieté de ses ancestres. Mais de re- ^ognoistre et advoûer un hérétique pour roy en "e royaume très-chrestien , qui estoit Taisné de Ej^lise, et ancien ennemy des hérésies, quoy ]a on eust mis en avant de l'authorité de l'Es- ;riture Saincte , et exemples des anciens chresiens, c'estoit chose contraire à tout droit divin et humain , aux canons ecclésiastiques et con-

ciles généraux , à l'usage de TEglise , et aux lois primitives et fondamentales de cest Estât.

Car, premièrement, la loy de Dieu estoit expresse, qui defendoit d'establir pour roy aucun qui ne fust du nombre des frères , c'est à dire de mesme religion , qui est la vraye fraternité procédant de la conjonction de religion : et la raison de la loy le monstroit encore mieux , à un qu'il ne ramenast le peuple en l'Egypte, c'est à dire au précipice de l'infidélité et de l'heresie. Suy vaut lequel commandement les prestres et sacrificateurs d'Israël , et les mieux instruits en la crainte de Dieu, s' estoient distraits de la sub- Jection de Jéroboam pour avoir prevariqué en la vraye religion, et soubmis à l'obeyssance du roy de Juda ; les villes d'Edon et de Lobna , du domaine des prestres et sacrificateurs, où estoient les plus sages et religieux du royaume , avoient délaissé Joram, sixiesme roy de Juda, pour ceste mesme occasion , qui estoit mort misérablement , au souhait de tout le peuple , sans avoir esté ensevely au sepulchre de ses pères, ne receu aucun honneur et obseque royal. Amazias, ayant quelque temps suyvi le service de Dieu , s'en estoit après destourné ; aussi son peuple s'estolt rebellé contre luy , estant contraint s'enfuir à la ville de Lachis , où il avoit esté poursuy vi par ceux de Hierusalem , assiégé et mis à mort par un conseil gênerai. La roy ne Athalia , par l'authorité de Joiada , grand prèstre, et le consentement de tout le peuple, avoit esté ostée de son throsne , après avoir régné six ans y et punie exemplairement.

Que le mesme avoit esté ordonné en la loy de l'Evangile. Que celuy qui ne voudroit obeyr k l'Eglise seroit tenu pour ethnique, profane et publicain , tant s'en faut que celuy qui en est retranché peust estre roy en l'Eglise. Et comment pourroit-il estre receu, veu que sainct Jean mesme defendoit de le saluer , qui n'est qu'un office de courtoisie , de le recevoir en la maison , de converser et communiquer avec luy ? Et sainct Paul reprenoit aigrement les chrestiens de ce qu'ils plaidolent devant des Juges payens et infidèles , voulant plustost qu'il esleussent les plus indignes d'entre eux, monstrant combien les infidèles estoient incapables d'avoir aucune authorité et commandement sur les chrestiens et catholiques, et que l'heresie et infidélité deslioit tous les liens les plus estrolts , mesmes la femme du joug et obligation de son mary.

Tous les conciles prononçoient pareils arrests d'interdiction et d'anatheme contre les hérétiques , et les declaroient indignes de toute domination et principauté sur les catholiques. Celuy de Latran ^ fait sous Innocent III , pape plein de

CHfiONOLOGIB NOVENAIfiB DE PÀLUA CAYET. [1693]

pieté et sans aucun reproche , avec grand nombre de prélats, ordounoit que tous princes jureroient d'exterminer les Ifieretiques dénoncez par FEglise, et purger leurs royaumes, terres et jurisdictions de ceste ordure d'heresîe, autrement qu'ils estoient excommuniez , et leurs vassaux et subjects déclarez absous du serment de fidélité et de leur subjection et obeyssance ; que ce concile avoit esté receu et usité par toute la chrestienté, et particulièrement en France; ce qui se voyoit par le serment faict par nos roys en leur sacre, qui estoit tiré de mut à mot du texte dudit concile. Au concile de Tolède estoit escrit qu'un roy ou prince ne pouvoit estre receu qu'il n'eust juré de ne souffrir aucun en son royaume qui ne fust catholique; s'il venoit à estre infracteur de ce serment, qu'il fust en exécration et anatheme. Si on dit que ce concile est faict pour TEspagne , ce seroit chose honteuse que les François leur cédassent au zèle de la foy et religion.

Que si le droict divin y estoit si exprès , l'usage et la pratique des pères et anciens chrestiens y estoit conforme, comme on pouvoit monstrer par plusieurs exemples : que Mattathias et ses enfans les Machabées estoient louez par Tantiquité , et recommandàbles à la postérité, comme serviteurs de Dieu, pour n'avoir voulu souffrir et s*estre opposez à la tyrannie d'AntiochuSy leur prince souverain , pour la défense de leur foy et religion. Licinius et Maxence, qui estoient les deux premiers princes apostats de TEmpire , avoient donné occasion aux catholiques de s'eslever contre eux et recourir à Constantin, qui les avoit vaincus et desfaits tous deux sur ceste querelle. Constance , arrien, fils de Constantin', ayant chassé sainct Athanase de son siège, les catholiques avoient imploré le secours de Constans, son frère, qui Tauroit contraint à faire cesser ces persécutions et violences. Qu'il y avoit une infinité de semblables exemples quMl obmettoit ; prioit seulement de regarder avec quelle liberté les anciens evesques, ces colonnes de TEglise, sainct Athanase, sainct Hilaire, sainct Chrysostome, sainct Grégoire Nazianzene et saint Cyrille, parloient aux empereurs et monarques de leurs temps lors qu'ils estoient hérétiques et ennemis de r Eglise, les appellans loups, chiens, serpens, tygres, dragons, lyonsravissans, antechrists , et usoient de plusieurs autres paroles contumelieuses , et sur tout Lucifer, evesque de Sardaigne, par ses livres et escrits addressez contre Constance ; qui estoit bien loing de les recognoistre et conseiller de leur rendre ol)eissance , car autrement ils eussent parlé d'eux

avec honneur , qui est une des principales marques de rol)eyssance.

Venant après au droit humain , il remarqua qu'il y avoit plusieurs décrets et constitutioDS ecclésiastiques , plusieurs loix et edicts des empereurs Constantin, Theodose, Martian, Jostinian, par lesquels, entre autres peines, les hérétiques et leurs fauteurs estoient déclarez indignes de tous biens, honneurs, anthorltei et charges publiques , voire des plus petites et moins importantes. « Comment donc, disoit-il, seroient-ils capables de la plus haute et excellente dignité du monde? »

Pour les loix de la monarchie de France, il dit qu'il ne vouloit repeter ny le testament solemnel de sainct Remy , ny les anciens edicts de nos roys , les reglemens et ordonnances de cest Estât ; car le seul serment qu'ils estoient tenu de prester à leur sacre et couronnenoent, d« défendre la religion catholique , apostolique et romaine, et exterminer les hérétiques , et sous lequel ils recevoient celuy de fidélité ^e teun subjects, et non autrement, monstroll assez combien ceste qualité estoit nécessaire et fondamentale; aussi que , aux premiers estats tenus i Blois , avoit esté proposé que le roy de Na^ant et le prince de Condé seroient admonestez de laisser leur hérésie , autrement qu'ils seroient indignes de jamais succéder à ceste couronne, et telle avoit esté recognuê la volonté do Boy, conforme à la proposition des estats. Et aux derniers estats , avec quels serments publics et solemnels , quels contentements et applaudissements de tout le peuple françoîs , avoit-on recea et juré ceste loy pour fondamentale de VEstat et ne falloit dire qu'elle eust esté practîquée par artifice , ou extorquée par violence , si on tf ap pelloit force l'instante réquisition de tous les ordres ; et quoy que la fin d'iceux estats t^ esté funeste et tragique , et qu'il semblast n'avoir esté libres , si es^ce qu'ils n'avoient laisx d'insister, jusques aux dernières harangua > que ladite loy fust authorisée et confirmée, et le R6y mesmes en auroit fait particulière dedaration qu'il n'eutendolt rien changer en icellc, ains vouloit qu'elle fust ferme, stable et irrcv(h cable.

Dit qu'il n'estoit besoin de s'esteiidre plusIoD* guement en la déduction des loix divines humaines ; que la seule raison et experien monstroit assez quel danger il y avoit de soubmettre sous la domination d'un prince d< contraire religion, car, tenant la sienne poai vraye , il ne falloit pas doubter qu'il ne s'em ployast de tous moyens à ravanccmcnt d'iceiw et à l'anéantissement de celle qui seroît coo

CHBONOLOGIB NOVBMAIHB DB PALMÀ CAYBT. [1593]

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(mire; et outre que sa volonté servolt de loy plus forte et plas puissante que celle mesme qui estDitescrite,rauthoritéroyalle lui fournissoit mille moyens pour Pexecution de tels desseins , mais deux principalement : le premier estoit Texemple, qui avoit tel pouvoir sur les subjects gulls se laissoient aysement aller à l'imitation des Tices ou des vertus de leurs souverains , et surtout les François, que Ton disoitestre singes de leurs roys. Sous les bons roys David , Ezeehias, Josfas, le peuple se trouvoit avoir esté fort religieux. Quand Jéroboam cboisitune autre religion, tout le peuple y avoit couru après. En la ehrestlentë, par Pexemple du grand Constantin, tout le monde avoit embrassé la foy, sous Gonslauce )*arianisme , et Tatheisme sous Julian l*Âpo8tat. De nostre temps , Henry huictlesme d'Angleterre , combien avoit-il trouvé de sectateurs de son scbisme? Edouard, son fils, avec goelle facilité avoit-il changé la religion? La devote Marie n'a voit-elle pas chassé en bien peu de temps rheresie, et en aussi peu de temps Elizabet introduit le calvinisme? Nouvellement n'avoit-on pas veu leduché de Saxe tenir la doctrine de Luther sous un prince luthérien, embrasser le calvinisme et bannir la précédente par la volonté du mesme prince, et depuis, à Tappetit du tuteur de ses enfans, la doctrine de Luther restablie, et ceffe de Calvin condamnée et rejettée? Et ne IUloit aller rechercher des histoires et reciter te exemples estrangers; qu'on experimentoit iesjà avec trop de regret ce que pouvoit l'exemple !t l'authorité du prince hérétique , s'il estoit esably et recognu par les catholiques, qui voyoient le leur vivant saper les fondemens de leur religion; et ny les démolitions des autels, les ruynes le leurs églises, ny les blasphèmes et indignitez ommises contre le Sainct Siège et Tauthorité de Eglise, ny rinsolence des ministres de Theresie, ont il ne vouloit parler plus aigrement, ne les ouvoient retenir . L'autre moyen que les princes eretiques avoient quand ils estoient recognus our roys, estoit la force et authorité d'avancer IX honneurs , dignitez et charges publiques , ?ax qu'il leur plaisoit, et les obliger par ce oyen à dépendre de leur volonté, et déprimer, iv la sévérité et terreur de leur sceptre , ceux l'ils n*avoient peu corrompre par faveur et en-faits , s'ils vouloient faire empeschement et sistance à leurs mandemens ; qu'il ne falloit [tre tesmoignage que les persécutions que les tboliques avoient souffert sous Constance, Ya- )t, GenseriCy Hunneric, Trasimonde et autres inces arriens, qui avoient esté si cruels, que, ces pères anciens, qui s'estoient trouvez parmy s feux et flammes de telles violences , sainct

Athanase, sainct Grégoire Nazienzene , Ruffin et Victor d'U tique, ne les eussent laissées par escrit , elles sembleroient Incroyables. Et qui y voudroit, disolt-il , adjouster foy , oyant reciter à la postérité les inhumanitez et tourments que la royne d'Angleterre avoit fait souffrir aux catholiques de son royaume? Qui n'auroit horreur se ressouvenant des cruautez innumerables que rheresie avoit exercé en la France, laquelle ayant eu ce crédit lors qu'elle estoit battue et combattue par nos roys, quel traictement en pourroiton espérer estant fortifiée de Tauthorité royale, etdevenuê maistresse et souveraine? Que, ayant tant d'exemples voisins et domestiques , l'expérience et la raison, il ne falloit penser qu'ils fus* sent si lasches , ny si peu Jaloux d'un joyau si cher et précieux que la religion , de la vouloir engaiger au pouvoir d'un hérétique, et luy mettre ceste haute et absolue authorité comme un glaive en main pour la destruire. Ne vouloient faire ce des-honneur au peuple françois, très-chrestien et tant renommé pour sa pieté, de consentir qu'il eust un chef hérétique et retranché du corps de l'Eglise, et, avant que voir cela, ils estoient résolus de tenter plustost toutes sortes de conseils, pour extraordinaires qu'ils pussentestre, jusqoes à leurs propres vies, qu'ils ne pouvoient, disoit-il, sacrifier pour un plus sainct et honnorable subject. Trouvoient estrange d'ouir dyre qu'à un prince de telle qualité on se disoit estre naturellement obligé comme donné et ordonné de Dieu, veu que ez royaumes chrestiens toutce qui estoit de la nature, du droict de gens , et des polices temporelles, devoit céder à la grâce de Dieu, par laquelle seulle ils regnoient, et a Jesus-Christ, naturel roy des royaumes de la terre, qui avoit le peuple de Dieu pour son héritage, et qu'il avoit soubmis aux puissances subalternes pour l'advancement de sa gloire et service de son Eglise, les autres ne venants point de sa main et n*estans avouez pour ses ministres et lieutenaus. Que telles loix estoient bien autres que les loix de la succession et proximité du sang dont on avoit parlé, lesquelles quand on voudroit accorder avoir lieu , il faudroit joindre pour essentielle et nécessaire qualité la profession de la religion catholique et la capacité de succéder, et oster l'inhabilité et incapacité , qui ne pouvoit estre plus grande que de Fheresie, que des condemnations de l'Eglise et exclusion des loix et ordre inviolable de cet Estât , comme il disoit avoir monstre. Que le foy estoit préférable à Ja chair, au sang qui estoit souillé par l'infection de i'heresie, et la vraye succession estoit celle de la foy et imitation des œuvresetdela pieté deceux dont on se disoit estre extraict Que saint Loys

CHRONOLOGIE MOVBKiAiaE DB PALMA CAY£T. |l693]

priDce de très-heureuse mémoire, et sanctifié pour ses vertus et pieté singulière , n avoueroit Jamais pour ses successeurs les protecteurs des hérésies, dont ii estoit si grand profligateur et adversaire. Et sur ce qu'on avoit ditne parler d'un prince qui fust payen ou idolâtre , mais qui croyoit un mesme dieu, une mesme foy et symbole , la vérité de leur foy les asseuroit que la contrariété , voire en tous les points principaux, ne pouvolt estre plus grande, et que les uns reputoient abus, superstition et idolâtrie , ce que les autres tenoient pour appuy de leur salut et créance ; la mesme vérité apprenoit à tenir , non pour simple erreur , mais pour hérésie, ce qui avoit esté ainsi déclaré et jugé par TEglise et par les conciles généraux et ecumeniques; et, croire autrement, c'estoit faire chose indifférente de la foy, et ouvrir la porte à Tatheisme. Que si elle sembloit approcher de plus près de la religion catholique que le paganisme , c'estoit en quoy elle estoit plus dangereuse et plus dommageable à TEglise, qui avoit tousjours esté plus opprimée par ses ennemis domestiques que par les estrangers, et le mal d'autant plus coutagieux qu'il s'insinuoit plus aysement par telle conformité.

Il vint après à rinvitation et sommation, et dit aussi qu'ils n*y pouvoient entendre, par plusieurs raisons très-pertinentes : premièrement, que la conversion à la foy estoit un œuvre de Dieu , qu'on n'y parvenoit pas par sommation et protestation, mais par une impulsion et mouvement du Sainct-Esprit, et en se disposant à recevoir ceste grâce avec humilité et pureté de vie et de conscience ; que le roy de Navarre avoit esté invité et sommé de retourner à l'Eglise par les premiers estats de Biois, avec une légation et deputation honnorable par devers luy ; que, après la mort du deffunct Roy, il leur avoit promis de se faire catholique dans six mois; que si pour eux il ne l'avoit voulu faire, encores moins le feroit-il pour ses ennemis, et ne seroit honnorable quMl fust dit que sesdits ennemis Teussent fait catholique ; que M. le duc de Mayenne luy en avoit fait parler par des personnes d'honneur et d'authorité, qui n'y avoient peu rien advancer ; mais , qui plus estoit, ce seroit entrer en quelque forme de recognoissance, ce qu'ils n'entendoient et ne pouvoient faire , violer les serments par eux solemnellement prestez, avec un public perjure , et outre ce offencer l'authorité de nostre Salnct Père , qui, par ses bulles Payant excommunié et retranché de l'Eglise, defendoit de traieter avec luy, ny d^avoir aucune communication et commerce.

Touchant les indices de sa future réduction , ils estoient fort foibles et sans apparence ; car ,

quant à la légation du sieur marquis de PisaDv, elle estoit faicte sous autre nom que le sieo, qui n'estoit pas la submission et humilité reqaise en tels actes, ny le respect deu à Sa Saincteté : qoe, s'il avoit levé le chapeau à la procession, d'une fe oestre, ce n'estoit pas pour faire honneur à la croix et aux saincts, ny recognoistre les cérémonies de l'Eglise, mais plustost pour saluer les princes, seigneurs, dames et autres qui y estoient. Mais qu'ils avoient bien des raisons plus grandes pour croire le contraire : les promettes faictes solemnellement de n'abandonner j&mais sa créance , les actions subséquentes de persévérer en Texercice de Theresie, favoriser ceni qui en faisoient profession, mettre les charges et les places plus Importantes en leurs mains , distribuer les ministres par provinces cooime officiers À gaiges, faire verifGer les edicts de janvier et juillet, et deffendre d'informer de la religioD de ceux qui seroient poorveus d*offices, comme on avoit faict ces jours passez à Tours. Icy foi ledict sieur de Lyon interrompu par M. de Chavigni, qui dit qu'il n'avoltesté vérifié par la cour de parlement, combien qu'il eust esté présenté. Ledit archevesque de Lyon , poursuivant sob discours , dit que c'estoit au moins un tesmoignagede sa volonté, ayant ordonné de le publier et verrifQer, et adjousta les lettres interceptées des ambassadeurs d'Angleterre, par lesquelles il dit qu^on pou voit juger de l'intention du m if Navarre sur ladicte promesse de conversion,qsi n'estoit qu'à dessein, pour entretenir et engager les catholiques qui l'assistoient , et faciliter la voye de son establissementà la royauté: aymoit mieux s*en taire qu'en parler plus avant.

Pour la fin, dit qu'il avoit esté un pen longes son discours, mais que ce avoit esté pour moostrer combien juste estoit la resolution que 1^ party avoit prinse de ne souffrir jamais la domination d'un hérétique ; et qu'après avoir tantflh duré et supporté pour ceste querelle , qui coecernoit l'honneur de Dieu et conservation de tt foy , il ne failloit penser les en defflouvoir,DY trouver aucuns expedienspour y parvenir.

Prioit lesdits seigneurs députez desprincesctthoUques royaux de considérer avec eux qoeiie injure ce seroit faire à Dieu , quel préjudice i son Eglise , quel tort à la postérité , de laisser tomber le sacré sceptre françois es mains do hérétique, qui apporteroitpar son establisseocol la ruine de la religion de ce royaume, et de Testât universel delà chrestlenté. Estans catholiqves et enfans de TEglise, ne dévoient souffrir qtt Tennemy conjuré d'icelle en fust le protecteor; estans si bons François, dévoient estre jaloas de la dignité et splendeur de ceste coaronne, et

CHBONOLOGIB NOTBNAIfiB BB PALXÀ CAYBT. [l593j

loy conserver son principal fleuron, qui estoit la religion , et ceste possession qu'elle avoit gardé jvsqoes à présent, de n'avoir eu autres roys que très chresûens et grands ennemis des hérésies. Que ce leur estoit un extrême regret de voir la religion catholique opprimée par les catholiques, qui la dévoient défendre avec eux. Et nefolloit douter que Theresie ne se vengeast des uns et des antres, et de ceux mesmes par Tappuy desquels elle aaroit esté estahlie. Les prioit de se joindre ensemble contre les ennemis communs de leur religion , se séparer de leur société , et prendre ce salutaire conseil que Dieu donnoit à Moyseetauxenfans d* Israël : Recedite à tabernaeuUs impiorum, ne involvatnini peccatis eorum (1), et se réunir tous pour la manutention de la gloire de Dieu et de la religion catholiqne, apostolique et romaine , et repos de cest Estât.

M. le comte de Chavigny, qui avoit une ame tonte firançoise et catholique, avoit voulu rompre ce discours plusieurs fois , fasché d'ouyr un qui sedisoit François tenir tels propos. Il ne vit plustost jour pour parler quMI dit: t Ce sont discours, dédire que nous combattons contre la religion catliolique, laquelle nous avons tousjours deflendoe sans y espargner nos vies : dequoy nous avons donné de très-sigualez tesmoignages , et garderons bien, avec l'ayde de Dieu, qu'elle ne se perde en France ; car nous combattons seulement ponr TEstat contre ceux qui le veulent usurper , lesquels vous soustenez contre tout droict et vostre devoir. »

Après ces paroles, M. Tarchevesque de Bourges demanda de communiquer avec messieurs sescondepntez, et ayant consulté quelque temps, environ sur les quatre heures on se rassembla , puis il dit qne, le matin ayant discouru de l'obeyssanœ qui estoit deuë aux roys , et rendue par les anciens chrestiens y quoy qu'ils fussent payens et ennemis de leur religion , Il ne s'estoit proposé d'user là dessus de plus grande production d'authoritez etd*exemples;mais, puis qu'on y estoit entré , il ne pouvoit qu'il n'en touchast quelque chose le plus briefvemeut qu'il luy seroit possible. Et premièrement advoùa la loy ivoir esté donnée au peuple de Dieu, que quand il constitueroit un roy il le choisist du nombre les frères, et qu'on ne peust mettre sur eux un tiomme estranger; et adjousta qu'il estoit dit lue le roy escriroit le Deuteronome de la loy , ielon l'exemplaire qu'il preudroitde la main des >restres^ comme fit Josias, à son advenement à

(I) Élolgiiei-voiu des tentes des impies^ ponrn'étre Kis iouillés de leuri péchés.

la couronne, d'Elchias grand prestre; mais qu'on ne trouveroit point qu'il y eust commandement ou conseil de s'y opposer par révoltes et rebellions: au contraire l'Escriture ne recomraandoit rien tant que l'obeyssance deuë aux roys etprinces souverains , et estoit pleine d'exemples du respect que les prophètes et anciens chrestiens leurportoient.

Que Sedechias , roy de Juda , estoit très-aigrement reprins pour s'estre destourné de l'obeyssance du roy des Chaldéens , qui n'estoit seulement payen, mais très-meschant , neantmoins estoit appelle serviteur de Dieu : eticeluy Sedechias avoit esté puny très-rigoureusement, et le peuple pour avoir suivi sa rébellion mené en captivité : au contraire le peuple d'Israël n'avoit fait dIfQculté de luy obeyr.

Qu'on ne lisoit pas que les anciens prophètes s'opposassent et rebellassent aux roys, mais les honnoroient, leur assistoient , et estoientde leur conseil ; tout ce qu'ils faisoient estoit de les reprendre de leurs fautes avec beaucoup de liberté, comme Samuel faisoit à Saûl, Ahias à Hieroboam Nathan à David , Elle à Achab, qui estoit son conseiller d'Estat.

Et les chrestiens du premier siècle en leurs actions, deportemens et paroles, ne respiroient que douceur, mansuétude, obeyssance; et lors qu'on les accusoit de conspirations contre les empereurs et leur Estât, ils s'exeusoient, monstroient au contraire, comme disoit Tertullian , que leur doctrine n'enseignoit que de craindre Dieu, honorer et respecter la majesté des princes souverains, qu'ils appelloient la première personne après Dieu , en parloient avec tout honneur et respect. Et s'il se trouvoit qu'ils eussent quelquefois parlé contre eux , ce n'estoit de leur vivant, mais après leur mort; et ne sçauroit-on remarquer qu'ils se fussent Jamais sousleveZy mais leur resistoientpar prières et par patience, et non par armes.

Que si aucuns avoient voulu tenter autre voye , elle n'avoit jamais bien succédé, ny mesmes le conseil des Machabées , qui avoit esté suivy de malheur et infelicité , quoy qu'ils fussent poussez d'un très-grand zèle à l'observation de leur loy.

Quant aux lieux alléguez du nouveau Testament, singulièrement pour les defences de la compagnie et conversion des hérétiques , tels commandemens pouvoient avoir lieu lorsqu ils estoient en petit nombre , et qne cela se pouvoit faire sans détriment et avec quelque utilité de rfiglise et advancement de la religion, mais non quand ils estoient en si grand nombre que la séparation ne s'en pouvoit faire sans beaucoup

GHBONOLOOIB NOVBNAIEB DE PALUA CÀYBT. [1693]

de scandale , et sans la ruine mesme de l'Eglise et de la religion; et que telle estoit la doctrine des saincts pères : et mesme sainct Paul , qu'ils ayoient allégué, le disoit expressément : Scripsi vobis, ne commi&ceamini fornicariis, non utiquefomicariis hvjus mundi, aliaguin debmror lis de hoc mundo exiisse.

Pour le regard des conciles , confessoit celuy de Latran quatrième avoir esté un des plus célèbres qui eust Jamais esté tenu en TOccident, et une très-belle compagnie d'empereurs , princes, patriarches, prélats, et en très-grand nombre, et en iceluy avoir esté faits de très-beaux regle^ mens et sainctes constitutions ; mais quant à ce qui regardoit les princes souverains , et pour le fait des erreurs et hérésies qui estoient en leurs principautez, estoit dit seulement qu'ils seroient exhortez : c' estoit le mot porté par le concile, moneantur^ et que c*estoit le chemin qu'il failloit tenir, d'admonester et non de condamner, d'exhorter et non de proscrire, et commencer des procez par l'execation , des remonstrances par les anathemes. Que, pour un simple archidiacre d'Angers , Beraogarius , on avoit tenu quatre conciles pour le convaincre et condamner son hérésie , comme attestoit mesmes M. Genebrard en sa Chronologie , et qu'un prince de telle dignité et authorité que le roy de France meritoit bien qu'on prinst la peine de tenter tous moyens pour le retirer de son erreur, ce qui n'avoit esté fait.

Et , pour respondre à ce qui avoit esté mis en avant de l'usage de l'Eglise et pratique des anciens pères, outre ce qu'il avoit desjà dit, adjoustoitque, par exemples de la mesme histoire ecclésiastique, et tesmoignages de l'antiquité, les chrestiens avoient paisiblement soufTert la domination des princes payens et hérétiques. Néron , Diocletian , Domitian , estoient tyrans et persécuteurs de l'Eglise , toutesfois n*avoient perdu leur authorité ny l'obeyssance de leurs peuples. Constance, Julian TÂpostat, Valent, Zenon, Anastase, Heraclius, Constantin IV et Y, Justinien I et II, Léon III et IV, estoient hérétiques; neantmoins l'obeyssance ne leur avoit esté desniée par les chrestiens ; et sainct Ambroise mesme n'avoit pas trouvé mauvais ceste obeyssance et le service que les soldats chrestiens rendoient audit Julien l'empereur; les admonestoit seulement de ne rien faire contre rhonneur et commandement de Dieu : le dire duquel sainct Ambroise estoit enregistré au canon Julianus ii. q. 3.

Que subsecutivement unTheodoric, Atalaric, et tant d'autres roys des Vandales en Afrique , Goths en Italie, avoient esté recogneus par les

chrestiens et catholiques, combien qu'ils ftisseat arriens , et mesmement par le prélats et evesques de leurs temps , voire mesmes par les pi^, comme Jean premier et second, Bonifiaice et au« très , qui leur avoient rendu toute sorte d'honneur et de révérence.

Venant aux loix civiles et canoniques , sans entrer en plus grandes responses, se contentoit de dire qu'elles n'avoient lieu que contre les heresiarches et autheurs des hérésies, et noo contre les sectateurs. D'avantage, que telles loix et canons n'appartenoient aucunemeut aux princes souverains , qui tenoient leurs sceptres immédiatement de Dieu, sans estre attachez aux constitutions humaines, mais seulement aux hommes privez et particuliers , les biens et saccessions desquels estoient subjects aux lois politiques des magistrats. Qu'au surplus le Roy ne pouvoit estre dit hérétique, ayant esté nonrry et imbu de ses premiers ans en ceste creanee, et n'y avoit aucune opiniastreté et obstination, mais avoit tousjours esté prest et résolu de recevoir instruction et se départir de ses opinions, la vérité luy ayant esté remonstrée; qu'avant cela on ne le pouvoit tenir pour hérétique, sayvant la doctrine de sainct Augustin [que le Hoy mesmes sçavoit bien alléguer] et des canons, qui ne tenoient pour hérétiques ceux-là seulement qui sententiam suam nuUa periinaci animosiiate defendunty guam à parentibus hauserunt^ quœrunt autem multa sollicitudine veriiatevt, corrigi paraii, cùm invenerint (l).

Respondoit aux lois fondamentales que ny les estats ny le Roy mesme n'avoient peu violer li loy de succession de ceste couronne, qui estdt perpétuelle, et ne pouvoient oster ce que la nature et la loy avoient acquis, et que celuy fpx estoit appelle ne le tenoit que par le bénéfice de ladite loy et establissement de monarchie. Ne luy falloit parler de la déclaration des estats de RIols , car il sçavoit comme toutes choses y es^ toient passées , et qiwrum [inquit] pan magnâ fui y et n'y vouloit toucher plus avant; et que, quant il auroit esté fait de la franche volonté du Roy et consentement de tout le peuple, eela ne pouvoit nuire et prejudicier au successeur.

Et sur ce qu'avec tant d'exemples et raiscMis fondées sur la force, les faveurs et imitaticm des princes, on apprehendoit et tenoit on certain un changement de religion en ce royaume, il moastra qu'il y avoit bien différence des autres Estats dont on avoit fait mention à cestuy-cy où la religion catholique estoit fondée de si longue

(I) Qni goatieaiieiit sans opiiriàtrelé let optaioos ^"ils ont reçues de leurs pères , qui cheroheoi ardBBiHMI k Téritéi prêts à s*y soumettre s*Us ta trouveol.

CHfiONOLOGlE NOVBNAIBB DB PALM A CAYBT. [1598]

maiû , et que le corps d'un si grand Estât o 'estoit susceptible d*une si prompte mutation, où y avoit tant de grandes et puissantes villes , tant de princes, prélats, officiers et noblesse, qui pourroient bien aysement empeschertel dessein si on le vouloit entreprendre, et que l'exemple des princes arrieus etnovatiens n'avoit pas corrompu la pureté des gens de bien et catholiques qui s'estoient trouvez sous leur règne.

Touchant Finvitation quMls requeroient, ores qu'elle eust esté faicte, cela n*empeschoit qu*on ne la fist encores à présent, et qu'il ne se failloit lasser de faire une œuvre telle et si désirée, qtii seroit le bien de toute la chrestienté; qu'on ne luy avoit donné loisir, durant les troubles et continuation des guerres, et parmy le bruit des tambours et trompettes, d'entendre à sa conversion, et qu'on n'en avoit parlé que avec les armes au poing, comme pour le forcer et violenter ; mais que à présent Finvitation ne seroit inutile, comme ils pouvoient asseurer, et qu'on auroit ce contentement, et l'honneur de la réduction du Boy, et toute la chrestienté et la postérité mesme nous en auront, disoit-il, obligation. Que ce qu'ils requeroientleur adjonction estoltpour autant qu'ils sçavoient quel crédit ils avoient à Koroe, et que cela rendroit fructueuse la légation du sieur marquis de Pisani , laquelle avoit esté empeschée et traversée par beaucoup d'artifices.

Ainsi ledit sieur archevesque de Bourges finit sa response , et, parce qu'il estoit desjà tard, on remit la partie au Jour ensuivant.

Le jeudy, cinquiesme may, une partie de la matinée fut employée en divers discours particuliers, tant sur l'arrivée du duc de Mayenne et de quelques princes de Lorraine à Paris, que sur autres subjects. Après queTarchevesque de Lyon avec ses condeputez eurent consulté ensemblement pour fhire la response aux lieux alléguez par ledit sieur archevesque de Bourges, s'estant ta compagnie assemblée, ledit sieur archevesque de Lyon cemmença à reprendre en peu de paroles ce qu'il avoit dit le Jour d'auparavant, et puis après il voulut tascher à réfuter ce qui avoit esté respondu par M. de Bourges.

Premièrement, quant à l'exemple de Sedechias, qu'il y avoit plusieurs particulières considérations, car luy et son peuple s'estoient assub- Jettis à la puissante domination de ce roy des Assyriens, et si s'estoient obligez par serment, tellement qu'il y avoit expresse déclaration de la volonté de Dieu , signifflée par les prophètes , mesmes par Hieremie , que les Juifs liissent as- Bubjettis aux Glialdeens et que la ville de Hierusalem leur fust rendue, Dieu l'ordonnant et per-

mettant ainsi, ou pour la translation de l'Empire par luy décrétée, ou pour la Juste punition et obstination de ce peuple qui en fut après puny luy mesmes, après avoir servy de fléau de l'ire divine, et en ceste intention estoit appelle serviteur de Dieu , pour estre ministie et vengeur de sa justice, comme Job appelloit Sathan serviteur de Dieu.

Mais tant s'en faut qu'il y eust promesse et serment d'obeyr au roy de Navarre, que le serment solemnel faict par ceux de l'union estoit au contraire de ne le recognoistre Jamais ; tant s'en faut qu'il y eust déclaration de la volonté de Dieu et de ses prophètes, que nostre Sainct Père, qui estoit nostre prophète, ange de Dieu, et qui estoit assisté de son esprit , le nous avoit trèsexpressementdeffendu, et non un seul, mais six tout de suitte, par mesmes et conformes jugements souverains du Sainct Siège apostolique, de Grégoire treiziesme et quatorziesme, Sixte cinquiesme, Urbain septiesme, Innocent neufiesme de très-heureuse mémoire, et Clément hnictiesme, aujourd'huy régnant en l'Eglise, un des plus grands pasteurs et de la plus saincte et exemplaire vie qui eust esté de long temps, outre les autres rares vertus et perfections de prudence, de doctrine, de clémence et justice qui estoient en luy, avec une admirable sollicitude au salut et grandeur de ce royaume, et qui estoit florentin de nation, tel qu'il sembloit avoir esté désiré de beaucoup, sous espoir qu'il ne suivrolt la mesme voye, comme si la vérité, qui estoit inséparablement conjoincte audict Sainct Siège , s'y pouvoit trouver différente et contraire.

Quant aux exemples des prophètes, qu'on disoit ne s'estre jamais opposez aux roys par voye de &ict et par seules remonstrances, ce n'estoit pas simple reroonstrance ce que Elle a faict d'assembler les estats pour faire mourir tous les prophètes de Baal, faire mourir ceux qui estoient de la part du Boy pour le venir quérir, et autres semblables traicts remarquez en l'Escriture, dont il estoit loué d'avoir ainsi résisté à Achab et Jezabel , et estoit dict de luy par honneur en l'Ecclésiastique, Qui dejecisti reges ad pernicifiniy etc., qui as faict tomber les roys en ruyne et les glorieux de leur siège, et as brisé leur puissance : et derechef estoit dict de luy qu'en ses Jours il n'avoit point craint les princes, et n'avoit encores ouy [dire qu'il eust esté conseiller d'Estat du roy Achab.

Estoit-ce remonstrance ce que Elisée avoit faict , conseillant et commandant à Jehu d'exterminer Achab et toute sa famille, et ne faire aucune paix avec luy , et sans aucun respect et considération de la dignité royale , et lors que

CHBONOLOGIS NOVBNAIBB DE PALUA CAYET. [1593]

Joram Iny presentoit la paix , il avoit responda : Quœpdx? adhuc durant fominaiiones Jezabel matris tuœ , et veneficia ejus mulia vigent (i)?

Estoit-ce respect et recognoissance que Elisée portast au roy Joram, quand il ne luy voulut pas seulement parler , luy disant que si ce n'eust esté pour le respect de la présence de Josaphat , qu'il n^eust daigné le regarder?

A ce qu'on disoit que les saincts pères n'avoient parlé avec mespris et deshonneur des princes de leur temps qu'après leur mort, on pouvoit bien voir ce qui en estoit par leurs livres et invectives; et roesme sainct Hilaire, à fin que ceste liberté d'en parler ainsi ne fust mal prinse , disoit que non erat temerttas y sedfides; non inconsideratio , sed ratio; nonfuror, sedfidu^ cia; non contumelia, sed veritas (2). Qu'on n'avoit respondu aux défections d'Edon, de Lobna et autres exemples , et que la responce à celuy des Machabées estoit un peu estrange, estans les chrestlens trop asseurez que les evenemens bons ou mauvais n'estoient certaiDS argumens de la justice de la cause , et que si un Pharaon, un Antioche et autres tyrans avoient eu quelquefois du meilleur, qu'il ne s'ensuivoit pas que Dieu approuvast leur party; qu'il se failloit humilier à supporter tout ce qui venoit de la main de Dieu, fust-ce perte ou victoire, mais ce pendant que Tacte estoit loué et représenté à la postérité pour exemple. Au lieu allégué de Tepistre des Corinthiens respondit qu'il ne se pouvoit trouver un lieu plus exprès en TEscriture en leur faveur ; car sainct Paul monstroit qu'en la défense qu'il avoit fait de converser et s'entremesler parmy les idolâtres et mal vivans , il n'entendoit pas y comprendre tous les payens, et qui n'avoient faict profession de la foy cbrestienne, tant pour estre lors chose malaysée, que par ce que telle hantise et conversation n'estoit si dangereuse et défendue : Quid enim mihi [inquit'\ de his qui foris suntjudicare? Mais, quand à ceux qui avoient donné la foy à TËglise, il defendoit de ne manger pas seulement avec eux, et les exterminer et retrancher du milieu d'eux ; joint que les princes chrestlens recevoient leurs sceptres, à la charge de lessoubsmettre au service et obeyssance de l'Eglise. Et ce lieu pouvoit servir encores de res-

(I) Quelle paix ! lei débaacbes de votre mère Jézabel durent encore , et les poisons qu'elle répand eut conservé toute leur force.

{% Il n'y avoit point de témérité, mais de la bonne foi ; point d'imprudence , mais de la raison ; point de fureur , mais uoe noble confiance ; point d'injures , mais la vérité.

ponse aux exemples mis en avant des roys et empereurs qui avoient esté recogneus par les premiers chrestlens, qui ne pouvoient estre tenos pour déserteurs de la foy , laquelle ils n'avoient encores point receuê. Davantage, que si lors et par après ils avoient souffert telles domlDatioDS; voire mesme des princes hérétiques, comme Constance et Yalens arriens, Jnlian apostit, Anastase euty chien, Heraclius, CoDStantiQ,Gopronime et autres, ce n'estoit faute de droictei d'authorité à TEglise , mais faute de force et puissance temporelle, estant plustost disposée au martyre qu'à s'opposer aux princes, et, ion qu'elle estoit en sa naissance et au berceau, elle se lamentoit , disant : Quare fremuerurUgentei, et adstiterunt reges terres y etc. Mais, qoaDd elle avoient veu quelque lieu ouvert à sa puissance , ou avec le profit et utilité de FEglise.oQ sans la ruync et détriment du peuple caUioliqne. elle n'avoit point manqué à son devoir , et a\cit accompli le surplus de la prophétie , Reges m in virga ferrea ; et nunc reges intelligite, f/f., comme les evenemens le monstrent assez. Âa» que pouvoit-elle faire lors qu'elle voyoit les Ostrogots en Italie, les Visigots en Espagne ^ les Vandales en Afrique? Et encores, parmy ceste foiblesse et au feu des persécutions, les catholh ques n'avoient jamais manqué de rendre quelque tesmoignage de leur volonté et constance contre les princes ennemis de TEglise. Mais qa ils n'estoient en ces termes, et les forces du roydi Navarre n'estoient si grandes qu'ils fussent coo-' traints de ployer sous le joug de sa domioatioo, ny eux destituez de moyens pour luy faire r^ sis tance.

L'authorité de sainct Ambroise qui rstoitrap*! portée au canon JuUanus portoit sa response,ât sçavolr que les chrestlens obeyssoieot auxealp^i reurs, pourveu qu'il n'y allast de rhonncordlfl Dieu, et que ceste obeyssance neprejudleiasti| celle qui estoit deuê à Dieu , comme pourleâft' de la religion ou autre chose commandée ikj Dieu. Aussi quand il leur estoit commandé il j faire la guerre aux chrestiens, ils n'avoient gardt ' d'y obeyr, comme font aujourd'huy les catholiques, qui, sans aucune difficulté, sesont&^j mez contre leurs propres frères qui s'opposoiri^ suivant le commandement de Dieu, à la domination de rheresie. Le concile de Latrao coote noit admonition aux princes d'exterminer hr hérétiques de leurs terres; mais n'y ayantes* satisfaict après la dénonciation de l'Eglise, Itf peines contenues en iceluy estoient déclarées. Icy non seulement il y avoit dénonciation de l'Eglise , mais condemnation , non exhortntiot de fuir un hérétique , mais déclaration de ne le

CHRONOLOGIE NOTENAIBB DB PALUA CAYBT. [1598]

tenir pour leur chef et protecteur. Que si Berengarius avoit esté condamné souvent, ce n^estoit pas que les conciles fussent assemblez pour luy , car on sçavoit bien que l'Eglise n*avoit pas de coustume de convaincre les hérétiques en particulier^ et sufHsoit que leurs hérésies fussent généralement condamnées. Mais en autant de conciles qui avoient esté tenus de son temps, son hérésie, que depuis Calvin a suscité , estoit toujours détestée comme celuy de Rome et deVerceil tenus sous Léon neuûesme , celuy de Tours sous Victor second , le dernier à Rome sous Nicolas deuxiesme , auquel de son mouvement il avoit abjuré ses erreurs et allumé un feu pour brusler ses livres, et encores estoit-il revenu à son vomissement; qu'en ce crime d'heresie , qui estoit de leze-majesté divine, tout privilège et acception de personnes cessoit, voire estoit plus considérable aux princes, d'autant quMIs estoient plus obligez à la defence de TEglise, et pour le danger plus grand que la suitte de leur crime apportoit , qu*à une personne privée et sans authorité; moins encores doubler si celuy qui en estoit attaint et convaincu devoitestretenu pour hérétique, vu que, après le jugement de l'Eglise et condemnation d'une hérésie, elle ne pouvoit estre suivie sans obstination et pertinacité , estant vray hérétique celuy qui croit contre la foy et détermination de FEglise catholique, apostolique et romaine, ou qui révoque en doute ce qu'elle a défini , comme dit le mesme sainct Augustin; ce que le roy de Navarre ne faisoit seulement, mais defendoit ceste hérésie par armes, et en estoit depuis long-temps le chef et protecteur; que si les loix civiles mesmes reputoient hérétiques ceux qui vel levi argumenta, à judicio et recto tramite catholicœ reîigianis deflectunt (1) , que diroient-elles de ceux qui en tout et par tout contredisent à TEglise catholique, lesquels, selon le jugement des anciens pères , ne pouvoient mesmes estre appeliez direstiens? Et, pour le regard de Tinstruction, il n*avoit Jamais eu et n'avoit encores faute de prélats et docteurs pour se faire instruire et recevoir les enseignemens nécessaires.

La response aux lois civiles et canoniques , qu'elles n'avoient lieu que contre les hérésiarques et ne comprenoient la personne des princes, estoit contre le texte et la teneur d'icelles , qui non seulement condamnoient lesautheurs, mais les fauteurs, adherans et complices, et afTectoient les princes aux mesmes peines, sans respect de qualité , dignité et condition quel-

(I) Qal même, par un léger sophiime, s'écartent de la voie tracée par la religion catholique.

conque , comme le danger y estoit beaucoup plus grand , et que les subjets audit cas estoient absous de l'obligation et serment de fidélité , et ne se trouvoit qu'il y eust autre voye de salut pour les roys que pour les antres personnes privées; que la loy qui regardoit la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine en ce royaume estoit la souveraine , qui avoit Jette les fondements de sa grandeur , et l'avoit fait reluire par dessus tous autres empires , de conséquent que les autres loix luy dévoient céder comme inférieures , roesmement estant inséparablement conjointe avec la loy et ordonnance de Dieu , et les autres temporelles et humaines, qui, pour beaucoup moindre occasion , avoient souvent esté changées, voire en cest Estât. Aux dangers du changement de religion repllquolt qu'il estoit d'autant plus à craindre en France que l'authorité royale y estoit plus révérée, et que les François , légers et amateurs de non* veautez , s'y laisseroient aysement aller , et sur tout les courtisans , qui pour avoir crédit se* roient tousjours de la religion du Roy et de la cour. Pour ce qui estoit de l'invitation , ou pour n'avoir esté bien entendu , ou faute de n'avoir eu la grâce de se bien expliquer, repet croit encores les raisons pour lesquelles ils n'y pouvoient ny dévoient entendre : premièrement, pour ne se départir des mandemens du Sainct Siège et bulles de Sa Saincteté, qui estoit un des fondemens de leur cause , autrement leur seroit imputé qu'ils s'en servoient ou la rejettoient selon qu'elle leur sembloit utile; d'avantage , pour ne contrevenir à leur serment s'ils entroient en aucun traicté et conférence avec l'heretique, et pour ne faire aucune ouverture de recognoissance , à quoy ils avoient souvent protesté ne pouvoir ny vouloir entrer en aucune sorte. Qu'il y avoit eu cy-devant beaucoup d'occasions, qui les eust voulu embrasser, pour pensera la conversion qu'on avoit négligé , mesmes au temps de grandes prosperitez, et avoit-on bien pris loisir d'entendre à choses qui n'estoient si Importantes que le salut de Tame. Et quant aux derniers estats , cela avoit déjà esté résolu de n'user plus de telles semonces et invitations. Les prioit de croire qu'ils ne s'estoient meslez de la légation du sieur Pisany pour l'avancer ny pour la traverser, et que les mémoires des sieurs evesque de Lisieux et des Portes n'en avoient esté aucunement chargez, mais que Sa Saincteté , pour le grand zèle qu'elle avoit à l'honneur de Dieu , et jalousie A ce qui pouvoit apporter préjudice à la cause de la religion , de son propre mouvement avoit usé de la procédure qu'on avoit veu , qui estoit un bel exemple et

CHRONOLOGIE NOTENAIBB

Ledit dixiesme Jour donc après midy , les députez de la coûference s*estans mis en ordre pourtraicter, M. de Bourges dit qu il estoit temps d'ouvrir les cœurs et monstrer franchement ce qui estoit dedans par les paroles, indices de rame et tesmoins de nos intentions, et partant que s'estant eux assez ouverts , prioient lesdits députez de l'union d'en faire de mesme. M. Tar-* chevesque de Lyon respondit qu'ils s'estoient assez clairement interprétez , que leur seul but et sujet en ceste conférence ne tendoit que par une bonne reunion entre les catholiques asseurer la religion et conserver i'Estat , et le restablir en son ancienne pieté et tranquillité , et en tout et par tout se conformer à Tadvis et authorité de nostre Sainct Père , ne se voulans jamais despartir de ralliance du Sainct Siège, c Mais, dit M. de Bourges , que nous respondez-vous sur la conversion du Roy ? ne nous voulez vous pas ayder à le faire catholique? — Pleust à Dieu , respondit Tarchevesque de Lyon , qu'il fust bien bon catholique, et que nostre Saint Père en pust estre bien satisfait ! nous sommes enfans d'obeyssance , et ne demandons que la seureté de nostre religion et le repos du royaume. — Messieurs, répliqua M. de Bourges, ne nous faites pas faire de si longs ^voyages; il y a tant de montaignes à passer, tant de remores pour arrester le navire , que ceste voye nous seroit trop longue et trop périlleuse. Toutesfoîs, puisque Je vois que vous en estes logé là , Je vous prie de me permettre que J'en consulte avec messieurs mes condeputez.» Ce qu'ayant fait, et tost après revenus à la salle commune , il leur dit : « Nous ne pouvons vous faire de plus amples ouvertures sans avoir communiqué avec ceux qui nous ont envoyez ; c'est pourquoy nous demandons quelques jours pour les en ad vertlr. • Ceux de Tonion remirent cela à leur arbitre , et par ensemble s'accordèrent de se retrouver le vendredy prochain audit Suresne, et que cependant la surceance d'armes seroit continuée.

Les sieurs de Scombert et de Revol [deux desdits sieurs députez royaux] eurent la charge d'aller à Mantes au conseil du Roy faire rapport de tout ce qui s'estoit passé en ceste conférence, et de leur apporter l'intention de Sa Majesté et de son conseil. Ils furent un peu plus long temps qu'ils ne pensoient, pour ce que le Roy déclara lors son intention sur sa conversion. Lesdits sieurs de Scombert et de Revol retournez à Suresne, l'assemblée fut assinée au lundy dix-septiesme. Ceux de l'union s'y rendirent. En ceste séance M. l'archevesque de Bourges , ayant un visage Joyeux , dit avec beaucoup d'affection : • Messieurs , nous avons donné compte là où

DB PALIU GAYBT. [1593]

nous devions de ce qui s'est passé entre noosso le subject pour lequel ceste assemblée a esté faiu^ depuis le commencement que nous entrasmes en conférence aux derniers erremens où nous en sommes demourez. Nous Jugeasmes que cela ne se pouvoit assez suffisamment traicter par lettres , et qu'il estoit besoin que ce fust d'une voix par aucuns d'entre nous qui, après en avoir faict le discours , poussent répliquer au objections qui pourroient estre faites. HesseoB de Schombert et Revol prlndrent volontien ceste charge, comme ils en furent priez par commune délibération faite entre nous. Leur voyage a esté un peu plus long que nous n'eussions désiré pour ne vous tenir longuement ea suspens d'un affaire dont nous cognoissons ({oe l'accélération est plus nécessaire pour le biea commun de tout le royaume ; car si le mal press d'un costé, nous croyons qu'il ne se fait molos aigrement sentir de l'autre en toutes les parties de TEstat , dont la religion tient le premier rang, et ne reçoit moins de détriment en sa qualité par la guerre , que les autres parties qui avec icelte font la conservation entière de l'Estat. L'indis* position de M. de Schombert qui luy arriva ea chemin en allant , et l'absence de M. le cardioal de Bourbon, auquel il a fallu donner commonication des choses , où il tient si grand lieu, pour y apporter son advis, avec les autres princes et seigneurs, qu'il avoit à délibérer de ce qu'il escheoit de nouveau en nostre charge, de lenr part, ont esté cause d'un peu de retardement en laresponse quenoos enattendions. Mais ce devra estre avec moindreregret, sicepeu d'attenfced'avantage est recompensé de quelque bon succez au prloopal , comme nous le desirons et Fesperons. Koos ne voulons vous celer, messieurs , selon ee qœ nous ont rapporté lesdits sieurs de Schoonbertct Revol , que les termes par lesquels vous avex conclu vos premiers progrez n'ayent esté troavez un peu estranges, veu la fin pour laquelle nous sommes assemblez, et que la première coqception que ont faict ceux que nous représentons n'ait produit quelque opinion qu'U y eost moins de disposition de vostre part à la perfection de ceste œuvre, qu'ils n'y apportent de leur costé. Mais , s'ils ont trouvé quelque rigoear aux mots , nous n'avons oublié d'y donner l'adoucissement que nous avons recaeilly des astres démonstrations que vous nous avez ^^ de ne vouloir reculer au bien que nous chereiMXB et cognoissons les uns et les autres estre ai nécessaire , encores que les déclarations n'ayest esté si expresses que nous leur en avons peu donner l'entière asseurance qu'ils eussent pM désirer. Or , messieurs, nostre but commua est

CTtRONOLOGIB NOYBNAIBB D6 PALIfA CAYBT. [1693]

d*âdylser par ensemble aux moyens d*asseurer la religion catholique et l*Estat. Nous vous avons dit que nous n*en cognoissons autre selon Dieu et l*andenne et continuelle observance du royaume , ny par raison d'Estat , qu'en la personne du roy appelle à la couronne par droict successif qui est sans controverse , et lequel ne nous aviez nyé , comme aussi nous croyons que vous Jugez que personne n*en peut débattre ne disputer avec luy. Vous y arguez seulement le défaut d^une qualité que nous desirons comme vous pour reunir les cœurs et volontez de ses su- Jets en un mesme corps d'Estat sous son obeyssance. Nous ne Favons seulement désiré pour le zèle et devoir que nous avons en nostre religion , mais aussi tousjours espéré , veu son naturel où nous n'avons Jamais cognu aucune oplniastreté, que Dieu luy toucheroit le cœur, et Tinspireroit à donner ce contentement au commun souhait de tous catholiques. Si le temps a esté long , le malheur des continuelles guerres où l'on Ta tenu occupé en est Texcuse trop légitime : toutesfols nos vœux et prières n'ont en cela esté ce pendant dn tout vaines ; il est fleschy Jusques là d'en vouloir prendre les moyens , et mesme tels que ses principaux serviteurs luy ont voulu conseiller. En quoy ils ont voulu faire l'honneur à nostre sainct père le Pape qui convient à sa dignité , pour rendre sa personne et son pontificat remarquable du plus grand heur qu'ayent eu de plusieurs siècles aucuns de ses prédécesseurs : et , pour maintenir ce royaume tousjqurs uny avec le Sainct Siège et les autres Estats catholiques, chacun sçait l'ambassade qui a esté envoyée vers Sa Saiocteté pour cest effect. Ce n'est pas qu'on nescache qu'il y a autres voyes pour y procéder, et de cela nous n'avons esté discordants en opinions avec vous. Et puis que l'on void l'attente du remède désiré et recherché de Sa Saincteté , trop longue et consequemment préjudiciable au bien de ce royaume , Joint que nul ne peut pas ignorer les traverses et empeschemens qui y sont donnez , ny de quelle part , pour rendre nostre oial plus long , qu'il pourroit en fin devenir incurable, les mesmes qui avoient donné ce conseil de prendre la voye de Rome l'ont tourné de prendre le remède à nos maux qui est dans le royaume , en ce qui touche la conversion de Sa Majesté , ne laissant toutesfois d'avoir tousjours intention de rendre l'honneur et la submission à Sa Saincteté qui luy appartient. EtcommeSa Majesté s'estoit fleschie au premier advis, elle a volontiers embrassé ce second. Ayant résolu de convoquer auprès de soy un bon nombre d'evesques et autres prélats et docteurs catholiques pour estre instruit et se bien résoudre avec eux de

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