‹ Chronologie novenaireChapitre 36 sur 62 · DE PALM A GAYET · texte numérisé non relu

DE PALM A GAYET

sur le point d'esclorre quelque grand effect et changement, et n'eust laissé de le faire sans la conférence, sçachant dequoy cela luy importoit, et eust apporté plus grand préjudice, l'ayant fait sans aucune responce et considération de leur part; et qu'il falloit bien y adviseret délibérer, et non se plaindre.

M. de Mayenne, prenant la parole, dit que ledit archevesque de Lyon et ses condeputez n'avoient rien fait que ce qu'on pouvoit attendre de personnes très-dignes de la charge qui leur avoit esté commise, et qu'on leur avoit beaucoup d'obligation ; qu'il falloit y remédier, et penser de faire quelque bonne response , comme l'importance du faict le requeroit , et prioit leur assemblée d'y bien ad viser ; que de sa part il en confereroit avec les princes, la cour de parlement et son conseil d'Estat , et feroit entendre le jour qu'on se pourroit r'assembler pour résoudre ladite responce.

f Or, dit ledit autheur , comme ez affaires plus grands et plus aMus les bons conseils sont plus nécessaires, ceux de l'union jugèrent qu'en cestuy-cy qui se presentoit , il estoit requis d'y apporter beaucoup de circonspection ; car aucuns prevoyoient de loin où tendoit ceste proposition, et estoient d'avis de rompre la conférence de Suresne, pource que les catholiques qui estoient du party du roy de Navarre monstroient n'avoir autre but que son establissement à quelque prix que ce fust,et qu'on recognoissoit bien par effet que quelques desseins secrets que eussent les uns et les autres, que les enfans de lumière estoient tousjours vaincus en la prudence humaine. Toutesfois ils estimèrent que c'eust esté trop d'avantage aux royaux si leur proposition demeuroit sans response. Ce fut pourquoy ils résolurent de continuer la susdite conférence , et d'y respondre, à la première fois qu'ils s'assembleroient, ce qui s'ensuit.

Que , pour la conversion du roy de Navarre , les royaux eussent à se pourvoir par devers Sa Saine teté, à qui appartenoit de l'absoudre et remettre au giron de l'Eglise.

Qu'on ne pouvoit toucher aux seuretez de la religion avant qu'estre esclaircis de la volonté du Pape.

Et quant à la trêve , qu'ils rcmettroient à en faire la response après avoir sceu leur intention sur ce que dessus. »

Cependant les députez royaux, qui demeuroientà Suresne, s'ennuyoient des longueurs et retardemens de ceux de l'union, et mesmes mandèrent qu'ils s'en alloient , ce qu'ils firent, et allèrent à Sainct Denys , où ceux de l'union leur firent entendre qu'on leur rendroit response au

CUBONOLOGIB MOVENAIAE DB PAI.lfA GAVBT. [1693]

premier jour, et fureutpriezde se trouver au lieu qu'ils adviseroient entre Paris et Sainct Denys, ce qui fut fait, ainsi que nous dirons cy-dessous.

Cependant la faction des Seize ne pensoit qu*à empescher la continuation de la conférence avec les royaux , et de descouvrir les desseins des politiques dans Paris. Pour empescher la continuation de la conférence ils firent encor affiger par les carrefouirs de Paris une seconde protestation et desadveu. £t c'estoit aussi à cause d'eux que l'archevesque de Lyon avoit dit qu'on se plaignoit de lui , car publiquement ils en detractoient. L'autheur de la suite du Maheustre et du Manant dit que tel se pensoit mocquer ou surprendre autruy , qui a esté pris luy-mesme au piège , ainsi qu'il en estoit arrivé à Tarchevesque de Lyon , qui avoit esté le premier attrappé et mocqaé de ceste conférence , et qu'il failloit confesser et dire que les ecclésiastiques et justiciers du party du Koy Pavoient si fidellemeut servy en cest affaire , que leur fidefité et prudence luy avoient autant valu que ses forces. Voilà comme cest autbeur en parie. Quant à la deuxième protestation des Seize , après un long discours addressé à rassemblée de leurs estats sur les demandes que les royaux avoient faictes en la conférence, toutes tendantes à la recognoissance du Roy, ils concluoient :

« Les catholiques et politiques demandent tous deux la paix , mais fort diversement ; les catholiques demandent la paix pour exterminer rheresie et avoir un roy catholique , et les politiques demandent la paix pour recognoistre et faire régner un hérétique , et par ce moyen introduire et maintenir l'heresle ; de sorte que les politiques abusent grandement de ce mot de paix , parce qu'en introduisant un hérétique ils forment une guerre cruelle contre les catholiques , qui ne peuvent avoir paix avec un hérétique ou hypocrite. C'est pourquoy les catholiques affectionnez vous supplient pour la seconde fois de rompre ceste conférence avec Tennemy de Dieu et de son Eglise , comme infructueuse et damnable j plaine de tromperie et hipocrisie , et la plus dangereuse invention que Ton eust peu inventer pour la ruine de la religion catholique et dcTEstat , et laquelle conférence tous les bons calholiques ont désavoué et désavouent encores d'abondant et pour la seconde fois , et au contraire faire deffences à toutes personnes , de quelque estât et qualité qu'ils soient , de ne parler À l'advantage et recognoissance du roy de Navarre et des siens , ny de faire paix , trêve , traicté ou conférence avec eux , comme estant le roy de Navarre notoirement hérétique, relaps et excommunié , et les siens et ceux de sa suitte

en mesmes censuresi comme radvouansetbvorisans. An surplus vous supplient d^eslire prom|^ tementet sans dilation ny InterruptioDqQeleoDque un roy catholique , plein depietéet jastice, fort et puissant » qui puisse , moyennant la gnce de Dieu, rompre les desseins du roy de Nararic hérétique et ses adherans , maintenir les catholiques en leur religion , les deslivrer des peina et travaux où ils sont plongez , les mettre en pleine liberté et repos , et , vous acquittant de li charge que vous avez pour le bi^n de la religioa et repos du peuple , que nous puissions à oeste prochaine feste de Pentecoste en toute joye et allégresse rendre grâces à Dieu , louer son saiaet nom , et crier vive le roy catholique, à la confusion des hérétiques, politiques, etc. •Yoyiàce que firent encor les Seize contre la continuatiOD de la conférence.

Quant à leur practique pour desconvrlr les desseins des politiques dans Paris, dez l'arrivée du cardinal de Plaisance en céste ville là, ils lo; conseillèrent d'aller se loger dans l'abbaye Salncte Geneviefve. L'abbé, qui, comme mo avons dit, avoit l'ame toute françolse, n'en lot pas beaucoup joyeux ; ilcognutinoontinentipie cela s'estoit fait tout exprès ; mesmes il deseosvrit qu'il y avoit un dessein d'attenter sur sa Tif, que ledit sieur cardinal avoit escrit d'une mauvaise ancre contre luy à Rome , et qu'on sies nepveu , italien comme son oncle , avoit envie de se rendre maistre de ceste abbaye. Ledit ûeu abbé se tint toutesfois tellement sur ses'garics par le moyen de ses amis , que, s^estant plaint audit sieur cardinal de ce que quelques soUaH l'avoient failly à tuer de dessus les murailles de la ville, il n'eut autre response de luy , sinon qo 9 ne savoitque c'estoit. Mais peu après ledit siev cardinal changea de logis, tant pour s'approcher du Louvre , au quartier duquel estoient iogei tous les députez de leur assemblée, que pour aotre occasion. Dom Diego dlbarra, escrivaDtau roy d'Espagne touchant ce cardinal au commeDcement que le Pape luy envoya le chapeau, la) mandoit en ces termes :

• L'on a dit icy pour chose certaine que S& Saincteté a fait cardinal Tevesque de PlaisaDce. et légat en ce royaume. Je n*en ay toutesfoii lettre aucune. C'est un homme bien entend». et qui tousjours monstre avoir grand désir de servir Vostre Majesté. Si l'affaire passe en amt il l'accomplira et aydera beaucoup à la brienU de rassemblée des estats, car il a tousjours este de cest advis. Il est partial du duc de Guise, et par conséquent non trop confident à wom onde. Les recognoissances et ofiQces qu'on luy fera de la part de Vostre Majesté pourront bctucoep

GJUOHOLOGIB IVOVBNAIJIB DB PALMA CAYBT. [1593]

avec lay^ car ii a des fini et pretenUoDS et pea de biens, i

Voylà l'opinion dlbarra de ce cardinal.

M. râbbë de Sahicte Geneviefve, bien-ayse d'estre délivré d'an tel boste, n'osolt toutesfois wrtir gueres de son logis, principalement sur la Duict, et se trouva deux fois en danger de sa vie; mais, comme il estoit bomme libéral, et qui iBùoitsa table ouverte Jusques aux plus fermes ligueurs, tant qu'il pat avoir dequoy ce faire , laeiiDS d'entr'eux mesmes empescberent l'exeeotioo du mauvais dessein des autres.

Or le docteur Boucher mesmes alloit quelquesbis manger à sa table, et fit tant qu'il gaigna m des religieux de ceste abbaye, et luy per- Rada de demander congé audit sieur abbé d'aller à Nostre Dame des Vertus , et qu'il yroit de lÀàSainet Denis, pource que, durant la surceaooe d^armes , plusieurs Parisiens y allèrent assez librement, ce qui ne se fàisoit point sans dessein,' et s'il luy plaisoit y<mander quelque diose. Ce prélat, qui ne se doutoit point de son religieux, auquel il avoit fait mesmes beaucoup de bien, ne pensant à ceste trahison, luy donna congé d'y aller et deux mémoires cachetez pour bailler au sieur Seguier, lieutenant civil, qui estoit lors à Sainct Denis^ Aussi-tost qu'il eut ces mémoires, il les alla porter au docteur Boucher dans le collège de Forteret, proche de ladite abbaye. Les principaux des Seize s'y assemblèrent incontinent. Â l'ouverture du premier ils y trouvèrent esccit : i Monsieur, ad vertissez le M. etscaehez de luy à qui c'est qu'il veut que Je parle pour son procès, s Dans Tautre il y avoit : « Monsieur, Je vous prie de m'envoyer les passeports du Boy pour les robes rouges que sçavez. • A la lecture de ces billets escrits de la propre main dudit sieur abbé, ils pensoient avoir issez dequoy pour l'accuser; toutesfois, à cause ipi'ils estoient en mots couverts, ils s!adviserent loe pour descouvrir d'avantage son intention in'll failloil avoir la response. Le religieux leur lit qu'il s'asseuroit de la rapporter. Mais ils eu- "ent beaucoup de difficulté à se resouidre s'ils levoient envoyer les originaux , 6u seulement les copies : en fin ils adviserent que l'on copieoit le premier des deux mémoires, et qu'ils ne "etiendroient que l'original du second. Ainsi le "eligieux s'en alla à Sainct Denis porter l'origital du premier et la copie du second, et lesreniit audit sieur Seguier, qui luy dit pour reslODce seulement de bouche : • Dites à M. de ^aincte Geneviefve que Je luy rescriray. • Ce «ligieuxjestant ainsi revenu à Paris sans res- >once, le docteur Boucher alla trouver le cardinal de Plaisaiioe avec les principaux des Seize ,

et tous ensemble allèrent chez M. de Mayenne, auquel ils firent diverses plainctes contre ledit sieur abbé, disans qu'il estoit le support des partisans du Boy dans Paris, luy monstrerent l'original du mémoire qu'ils avoient retenu, et la copie de l'autre.

M. de Mayenne, sur leur plaincte, envoya quérir ledit sieur abbé par le sieur de Forcez, qui commandoit lors de sergent-major dans Paris, lequel le mena au logis dudit sieur duc , où il fut un long temps au bas du degré à attendre. , Il voyoit plusieurs allées et venues et les Seize fort eschauffez ; il descouvrit que le cardinal de Plalsancey estoit aussi: cela le fit douter que c'estoit une manière de faire pour s'asseurer de sa personne. Finalement appelle pour monter, M. de Mayenne le prit par un degré desrobé et l'emmena avec luy dans un petit grenier où il luy dit : • Monsieur de Saincte Geneviefve, je suis en combat pour vous, qu'avez vous faict à ces gens icy? ils sont fort eschauffez à rencontre de vous; vous traictez avec les ennemis, à ce qu'ils disent. • L'abbé luy respondit : « Monseigneur, je ne fay rien que bien, et ne traitte point avec les ennemis. — Vous le dictes, loy dit M. du Mayenne , mais voylà des mémoires que vous avez escrits qu'ils vous mettent en avant. • L'abbé lors se trouva avoir esté trahy, et, pressé par M. de Mayenne de luy respondre, il luy dit : « C'est la vérité que J'ay escrit ce mémoire là. — Et bien, luy dit-il, pour quelles robes rouges demandez vous passeport, car ces gens icy qui vous ont accusé soustiennent que ce mot là se doit entendre pour des conseillers de la cour de parlement? • L'abbé s'estant un peu r*asseuré, luy dit : « Excusez moy, monseigneur ; ayant esté dernièrement à Sainct Denis, sous vostre passeport, pour r'avoir quelques charrettes et chevaux chargez de bled qui m'ap« partenoient, lesquels m'avoient esté pris par les gens du Boy, et qui me furent rendus, M. Seguier me supplia, et quelques autres conseillers^ de trouver moyen de leur faire tenir leurs robes rouges pour assister à la cérémonie qui se devolt faire à la conversion du Boy, et que pour le certain il se rendoit catholique, s A quoy M. de Mayenne luy demanda , sans luy répliquer sur le tiltre de roy : « Cela est-il bien vray , en estes vous certain ? » L'abbé lors luy dit : « Le Boy le m'a dit luy mesme. — Avez vous parlé à luy? ditleduc. — Ouy, monseigneur, respondit l'abbé, et aussi je sçay que tout y est préparé. •— A la mienne volonté, dit lors le duc, qu'il le fust desjà, et que ce fust au contentement de nostre Sainct Père. Mais que voulez vous dire à cest autre mémoire là? • L'abbé, l'ayant regardé,

CHAONOLOGIB IfOVENAlBB DE PALMA CAYBT. [1698]

luy dit : o Je d ay point escrit cela. — Je sçay , bien, dit le duc, que vous ne l'avez pas escrit, mais CCS gens cy disent qu'il a esté pris sur un pareil que vous aviez escrit. — Sic*estoit, dit l'abbé) démon escriture, je la recognoistrois; mais, n*ayant jamais escrit cela, je ne vous seaurois respondre autre cbose. i Sur ces paroles le duc de Mayenne redescendit en la chambre où estoit ledit sieur cardinal et plusieurs des Seize, ausquels il dit ce que luy avoit respondu Tabbé, lequel estoit demeuré dans ce grenier seul avec le sieur de Magoy, que ledit abbé sçavoit avoir assisté à la mort du marquis de Mainelay. Il appréhenda lors beaucoup ; mais, r'asseuré par ledit Magny qu'il n'auroit point de mal, et qu'il se resolust à respondre à ce que Ton luy demanderoit, on le fit puis après descendre là où estoit M. de Mayenne, ledit cardinal et les principaux des Seize. Après plusieurs propos rigoureux que lay tint ledit duc, 11 le donna en garde audit sieur de Forcez, qui le mena en sa maison, où il fut quelque temps. La tref ve faicte depuis, ainsi que nous dirons cy après, il se retira en sa maison d'Auteuil pour obvier à tous inconveniens : estant finie, il se retira auprès de Sa Majesté jQsques à ce qu'il rentra dans Paris. Yoylà comme cest abbé eschappade la trahison que luy avoient tramée les Seize, qui importunans M. de Mayenne d'aprofondir, disoient-ils, ceste conspiration et de faire faire le procez audit abbé , leur dit : • Si Je vous croyois, il faudrait mettre la ville de Paris hors de ses murailles, c'est à dire qu'il en faudroit chasser tous les habitans qui ne sont de vostre opinion. Je sçay quel est cest abbé, il a esté tousjburs bon catholique et de conversation pacifique; ne m'en parlez plus, s

Du depuis aussi ledit duc fit cognoistre audit cardinal que les Seize n*estoieut que gens populaires et séditieux, qui vouloient que tout se fist auyvant leur opinion, vouloient non seulement le contredire, mais aussi toute leur assemblée, et que les placards qu'ils avoient faict afflger contre la conférence n'en estoient que trop de preuves. Ce cardinal commença lors à détester telles procédures, et, de peur qu'il ne luy fust reproché d'avoir brouillé le party de Tunion, il se Joignit aux intentions de M. de Mayenne plus estroictement qu'auparavant, et ce après que ledit duc eut juré entre ses mains de nerecognoistre jamais le Roy, quand mesmesil se feroit catholique, si ce n'estoit par le commandement du Pape : ce que firent aussi plusieurs princes et seigneurs de ce party-là. Ainsi, conobbtant tout ce que firent les Seize, la conférence que i*on pensoit rompue fut recontinuée.

Le 5 de Juin, au lieu qu'elle s'estoit tenue a

Suresne, elle se tint à La Boquelte qui est qm maison aux champs hors la porte Sûnct Anthoine, où estans les députez d'une part et d'autre, l'arche vesque de Lyon commença par une excuse du retardement dont ilsavoleot oséà faire response, priant de ne le prendre en maavaise part, ny entrer en soupçon que ce fust par artifice ou mauvaise volonté, mais que l'affaire de soy estoit très-grand, ayant esté nécessaire de conférer avec beaucoup de personnes, comme ils pouvoient conjecturer, et eneores avec ieais amis qu'on ne vouloit offenser , ny se séparer d'eux en aucune façon; aussi que son indisposition notoire avoit esté en partie cause de cate longueur.

La response qu'il avoit charge de leur faire estoit, quant à la conversion do roy deNairarre, qu'on desiroit la voir vraye et sans aucuDe fiction ; mais diroit librement que tant s'en M qu'on lapeost espérer telle, que au contraire ils avoient grande occasion de croire et juger certainement que ce n'estoit que simulation et &iotlse, car, si elle procedoit de^incerité, on neast recherché tant de dilations et remises; s il estoit touché de quelque inspiration, il ne demea^^ roit point en son hérésie, il n'en feroit point l'exercice public, ne presteroit l'oreille à ses ministres, il blasmeroitet detesteroit publiquement son erreur, il leschasseroitloingde lny,0Qvcrroit des fruicts dignes de pénitence ; que le premier degré pour se disposer à la graoede Dieu, à recevoir le don delà foy, c'estolt de quitter le mal et abandonner son erreur : Déclina àmolo, et foc bonum. On nelisoltpasqueceuxqaisefai* soient les premiers chrestiens marchandassent a longuement, et que ce pendant ils sacrifiasseat aux idoles, et que, soudain que Dieu les avoit touchez, ils abandonnolent leurs superstitioDs. tesmoin l'eunuque que sainct Philippes convertit, et ce qui s'estoit passé en la conversion de sainct Paul , lesquels n'avoient remis leur conversion à six mois. Toutesfols que ce n'estoit à luy ny à ceux de son party d'approuver oud1mprouver ladite réduction, mais en laissoient le jugement au Pape, qui seul avoit rauthoritéd*y pourveoir et le remettre au sein de l'Eglise.

Et , pour le regard des traictez de paix et seuretez de la religion, ils n'y pouvoient entrer poor plusieurs grandes considérations , car ce seroit traicter avec le roy de Navarre qui e>loit hors de l'Eglise , et à laquelle ils ne le pouvoient tenir pour reuny et réconcilié qu'on n*eust sceo la volonté du Sainct Siège; que s'ils n'avoient pea accorder de le sommer ou inviter pour les raisons qui avoient esté déduites , beaucoup ffioios dévoient ils traicter de chose qui peust lairc

CHRONOLOOIB NOVENAIBB OB PALHA CAYET. [lô93]

ouverture à sa recognoissance et establLssement directefflent ou iDdirectement ; que ce seroit preîenir le jogemeot de Sa Saincteté , à laquelle ils estoient résolus de se conformer en ce fait , où il estott question de la religion , et , qui plus estoit , qoaod il faudroit entrer aux seuretez proposées, ne Youdrdenty touciier sans Tadvls de Sa Saincteté.

En ce qui estoit de la trêve , après avoir esté latlsfaicts sur les deux premiers poincts^ ils leur Seroient response.

M. l*archevesque de Bourges consulta avec sa compagnie , et après, estans retournez , dit qulls recognoissoient la bonne volonté que lesdits députez de Paris apportoient an bien de cet Estat^ recognoissoient le contentement qu'ils avoient de la conversion du Roy, comme c*estoit chose dont dependoit le bien universel de ce royaume, et le seul moyen de le mettre en repos , que c'estoitlesvoeusy les souhaits, les prières de tous les gens de bien et vrays François, et à quoy dévoient tendre tous ceux qui desiroient la grandeur et avancement de TEglise , et croire que cest insigne et remarquable exemple de la conversion du Roy en rameneroit beaucoup à son imitation , et seroit le moyen d*oster les hérésies, les schismes et les troubles qui y estoient.

Qu'ils leur avoient donné asseurance qu'il y voQJoit procéder bien-tost, et si solemnellement que toute la chrcstlenté cognoistroit son intentloD et sincérité , mais qu'ils en pouvoient à présent donner de plus grandes asseurances, ayans veu, depuis leur dernière entreveuê , expédier les recharges et mandemens aux prélats et autres notables personnes de son royaume pour rassemblée qu'il avoit convoquée , et pour le désir qu'il avoit d'exécuter sa promesse; qu'il n'y manquerolt point, estant prince franc, libre, qui ûavait aucune dissimulation, et nereustdits'll n'en eust eu la volonté.

Quand à ce quMls avoient dit n*avoir pas beaucoup d'occasion d'adjouster foy à ses promesses en voyant les effects si contraires, les prioient de considérer que Sa Majesté avoit affaire avec beaucoup de personnes qu'elle desiroit contenter si faire se pouvoit , tant dedans que dehors le royaume, avec ses amis et alliez; aussi qu'en icte si important il n'y vouloit estre mené par force ou par précipitation, mais vouloit apprendre, estre instruit, et après avoir ouy les raisons, faire sa déclaration publique etsolemnelle; autrement il faudroit qu'il eust esté touché d'une miraculeuse et extraordinaire conversion comme ^ainctPaul et celles dont ils avoient parlé, et qu'il falloit bien qu'en acte si solemnel de la con« version d'ua roy , on y observast quelque autre

respect et cérémonie que celle d'une personne privée.

Que , s'il ne monstroit encores les effects de ce mouvement dont il avoit son ame touchée , et de la cognoissance qu'il avoit de nostre religion catholique, cela n^estoit ny nouveau ny sans exemple; car on lisoit de l'empereur Constantin, dans Nicephore, Eusebe et THistoire Tripartile, qu'il avoit demeuré long temps avant que fiiire publique profession de foy , voire qu'il avoit sacrifié aux idoles , comme , en passant par Vienne en Dauphiné le jour de Pentecoste , il sacrifia aux idoles en public , quoyqu'en secret il fust catholique ; et Grégoire de Tours a escrit de Glovis , nostre premier roy chrestien , qu'il avoit demeuré longtemps, après avoir eu cognoissance de nostre foy , d'en faire déclaration publique , in mord modici iemporis non fit prœ* judicium : ce n'estoit que pour peu de temps , et ils en verroient bien-tost les effects , et d'une façon ou autre il y estoit résolu ; ilsscavoient que ce ne seroit au contentement de tous , mais falloit que ceux qui n*y prendroient plaisir se gratassent la teste.

Au surplus avoient délibéré de se retirer à Sa Saincteté , et desiroient de luy donner toute satisfaction , luy rendre tout respect et submission, et prester l'obédience qu'avoicnt de coustume les princes chrestiens , et telle que ses prédécesseurs avoient fait, voire plus amples si besoin estoit, recognoissant combien il Importoit d'en donner asseurance à Sa Saincteté pour la defflance qu'elle pourroît avoir de ses actions passées et soupçon à l'advenlr. Mais en ce qui concemoit l'Ëstât , si Sa Saincteté cuidoit y toucher aucunement pour la connexité des censures , et déclaration de la capacité ou incapacité du royaume , ils les croyoient trop bons François pour prétendre que les estrangers s'en pussent aucunement mesler, et qui sçavoient assez les droicts et les loix du royaume , et libertez de l'Eglise Gallicane ; et que les estrangers mesmes, qui n'avoient moindre jalousie à la souveraineté de leurs Estats, ne vouloîent souffrir que les papes entreprinssent aucune cognoissance sur leur temporel , et , sans en rechercher des exemples de plus loing , le roy d'Espagne , qui est tant catholique, n'a voit pas voulu souffrir que le Pape ny les legastsqu'il avoit envoyés en Portugal se meslassent aucunement des affaires dudit royaume. Ce n'estoit pas qu'il entendist parler du roy d'Espagne qu'avec honneur, c'estoit un grand prince, et si grand qu'il ne luy manquoit pour sa monarchie d'Occident que ceste pauvre couronne ^qu'il avoit desjà dévorée en espérance; mais, s'il estoit leur adversaire à présent , il pourroit

CHBOHOLOQIS NOVBNAUUI DB PALIU CAYBT. [1608]

eBtre amy , bon itert et allié , eomme ils Tavoient veu de leur mémoire.

Pour la difficulté qu'on faisoit de vouloir entrer au traitté de la paix et seureté pour la conservation de la religion , ils les prioient leur pardonner slls leur disoyent librement n*y voir ny sçavoir aucune raison ou scrupule qui les en deust empescher , car , estant le Roy résolu , et ayant donné parole d'estre catholique , comme ils voyoient qu'il s'y disposoit , c'estoit beaucoup avancé d'employer le temps qui se presentoit , attendant son assemblée , à faire ledict traicté et donner une Iwnne odeur à tout le royaume de ceste negotiation , et faire concevoir espérance de quelque repos et soulagement ; et puis que ce n'estoit avec le Roy qu'ils conferoient) mais avec eux qui estoient catholiques et envoyez de la part des princes catholiques, et qui avoient tousjours estimé n'estre moins obligez d'affectionner et rechercher les moyens de la seureté de la religion que eux-mesmes; et , si quelque scrupule les arrestoit pour les considérations par eux représentées, que M. le légat leur en pouvoit bailler dispense pour n'empescher l'avancement d'une si bonne œuvre; et outre, qu'ils avoient tousjours protesté que tout ce qu*on traiteroit seroit nul et de nul effect si le Roy ne satisftiisoit à sa promesse. Et, pour conclurre , il ne voyoit autrement qu'il eust esté besoin d'estre venu en conférence si on ne vouloit entrer en ces moyens.

Quant à la trêve , elle estoit fort préjudiciable aux affaires du Roy , et toutesfois qu'ils l'avoient présentée pour faciliter lesdlts traitez de paix et moyens de seureté , et , pour tesmoignage de leur affection au soulagement du peuple, s'en remettolent à eux et en protestoient , reqnerans, considéré combien importoit ce qui se traitoit à présent , et que tout ce qui s'estoit passé n'estoit que discours et disputes , que tout fust mis parescrit, au moins les conclusions, car ce n'estoit rien fait si on ne demeuroit d'accord.

M. l'archevesque de Lyon , après avoir consulté avec sa compagoie , répliqua que tout ce qui estoit avancé touchant l'espoir et promesse de conversion n'estoient que raisons humaines et considérations d'Estat , qui n'estoient moyens capables de recevoir la foy et grâce de Dieu ; que si tel acte devoit donner contentement et satisfaction à la royne d'Angleterre et autres ennemis de T Eglise et ses alliez, qu'est-ce que les catholiques en pouvoient espérer? quelle plus certaine conjecture de la fiction et simulation? Aussi avoient-ils en quelque advis des amliassades mandées en Angleterre et Allemagne sur ce

sujet, et voyoit on bien que les ministres ha avoient pas grande appréhension, et, qui plus estoit f que le roy de Navarre ne promettoit<iae de se faire instruire , quil y avolt long-tempi qu'il le demandoit, et quMI estoit malaisé de k promettre que ceux qui l'instruiroieDt le passent induire par leurs remonstrances; que Dieu seul, qui estoit scrutateur des cœurs, pouvoit jopr de l'intérieur et de Tad venir. Et, pour leregjvd des exemples mis en avant, responditque veiitablement Constantin avoit eu quelques mouvemens de la foy chrestienne, mais, soadaiQ qu'il en fut vrayement touché , il en avoit fait et les déclarations et les actions convenables; et s'il n^abatit soudain les idoles , ce n'avoit estélsute de volonté, comme il le monstra après, mais attendant l'occasion plus propre pour la propigation de la foy et religion. Et quant à Clovis, onlisoit bien qu'ilestoitcontinuellemeotexhorté et sollicité par la royne Glotilde sa femme, mais qu'il n'avoit peu estre esmeu et persuadé jusquei à ce que, au milieu de la bataille, il fàst coatraiot d'implorer l'ayde de Dieu, et, ayant cogna si miraculeuse assistance en bataille , revenant de la victoire , avoit fait soudain une belle profession de foy, accompagnée d'une merveUleoss contrition de cœur et alK>ndance de larmes , et, estant admonesté par sainct Benay , archefcsqne de Reims , d'abolir les idoles et les saperstitioDi payennes , avoit respondn qu'il estoit tout prest et alloit exhorter son peuple, comme il fit au mesme instant; mais, avant que parler, il avoit esté prévenu par les acclamations publiques de tout le peuple renonçant à leur idolâtrie et paganisme , et Tavoit tellement disposé qoïl s'en estoit servy pour combattre et exterminer les hérétiques arriens. Que le mesme antbeur escrivoit que l'evesque A vitus , voyant que Goddebaut, roy de Bourgongne, se vouloit ùin sacrer en cachette pour crainte do peuple qoi estoit pour la plus part infidèle, l'avoit refiisé, usant de ces mots : Si verècredis, quod Chrisiiu edoeuit exeguerCy et quod corde te dicis credere^ oreproferinpubUcum{i).Tronvoitho^ii^ l'offre qu'on faisoit de rendre le respect et sobmlasion à Sa Saincteté qui luy appartenoit,DNUi qu'il failloit que ce fust en effet et par une vraye humilité chrestienne et filiale olieyssance, remettant entièrement la conversion à son jng^ ment , non avec les conditions et modificadûns qu'on proposoit, qui estoient les ouvertures d*aa schisme pernicieux et dangereux. Ckmfessoit

(I) Si TOUS croyei siacèrcment, faites œ que Jé>8s- Christ a enseigné , et déclarez en publk: œ doot ^c» dites aïoir une conviction Intiaie.

CHBONOLÛOIB NOVBIIÀIRB

qu'en ce qui estolt du pur temporel , eeste couronne ne dependolt que de Dieu seul et ne re* cognoissoit autre ; que comme François, et nourris à la cognoissance des loix du royaume , ils sçavolent ce qui estolt de la dignité et souveraineté d'icelny , mais que là où il estolt question de la foy et religion , comme d'estre réconcilié à l'Eglise, d'estre absous des censures ecclésiastiques et excommunications, et ce qui en dependolt, c'estolt au pasteur de l'Eglise universelle d'en avoir la cognoissance, comme celoy auquel JesQs Christ avoit commis le gouvernement de son Eglise , qui peut lier et deslier , et qui a ceste divine prérogative, ne fides ejus unquam déficiat({).

Pour les autres points ne vouloit repeter les raisons cy-devant advancées. qu'il estimoit estre de tel poids qu'il n'y pouvoit avoir aucune fespoDse suffisante. Bref, ledit archevesque de Lyon ditanx royaux que tout le fruictqui se pourroit tirer de la conférence qu'ils avoient faicte , ce seroit qu'iis se réunissent avec eux à mesme volonté et à Tobeyssance de l'Eglise catholique , apostolique-romaine , pour la conservation de leur religion et extirpation de rheresie, estant impossible de bastir autrement aucune solide paix, comme ils avoient dit au commencement. Ayant finy son discours , on entra confusément en plusieurs disputes sur la puissance du pape , du règlement et distinction des puissances spirituelles et temporelles, des libertez de l'Eglise Gallicane, des bulles d'excommunication, par ce qu'aucuns des royaux leur dirent que ce n'estoient que munitions ou simples déclarations.

Après avoir tous disné ensemble on se retira pour consulter chacun à part. Le sieur de Belin vint rapporter à ses condeputez qu'il avoit parlé avec le sieur de Vie comme d'eux-mesmes, et non au nom de la compagnie , qu'ils tenoient tout pour rompu , et prioit qu'on ne trouvast mauvais, sçachant la nécessité de la ville de Paris, s'il procuroit de leur bailler quelque soulagement, et qu'on advisast le malheur qui arrlveroit si à leur retour on pubUoit la rupture de la conférence, mesmes sur l'offre qui estoit faite de la trefve. Surquoy fût advisé qu'on se rassembleroit pour arrester à quoy on demoureroit d'accord : ce que ayant esté fait, ledit sieur de Lyon répéta sommairement les trois points , et sur tout qu'il ne se pouvoit faire autre chose que de remettre le Jugement de la conversion du ftoy au Pape, que flaire autrement c'estoit introduire un schisme très-dangereux en ce royaume, et dit plusieurs autres choses sur ce subject.

(1) Pour que la fbi ne s'éteigne jamais.

DB PÂLUA CAYBT. [1693] 475

M. de Bourges luy respondit qu'il entendolt qu'on mandast au Sainct Siège , mais ne se vouloit obliger si c'estoit avant ou après, et qu'il se vouloit expliquer plus avant et faire ouverture de luy mesme , laquelle il cuidolt que messieurs ses collègues ne desadvoueroient , c*estoit que le Roy se feroit absoudre adfuturam cauielam^ et iroit à la messe, et, après avoir eu l'absolution, manderoit une ambassade à Rome pour demander la bénédiction du Pape et luy faire l'obédience accoustumée, pour user du mot usité en cour de Rome; car, pour parler librement, ils ne vouloient pas mettre le Roy en ceste peine et bazard , et sa couronne en compromis au Jugement des estrangers, et, sous prétexte de connexité et dépendance de l'excommunication , luy bailler cognoissance de l'Incapacité preten* due , combien que ce n'estoit proprement ex« communication, mais déclaration; et qu'il y avoit des remèdes domestiques et ordinaires, sans courir aux estrangers et extraordinaires , qu'il monstreroit quand il seroit besoin, par droict commun, par raisons et par exemples, que les evesques pourroient bien y pourvoir en France, et qu'on sçavoit assez quels estoient les privilèges de l'Eglise Gallicane. Car, si le Pape vouloit repellere eum à limine Judicii , dire qu'il est relaps, impénitent, condamné, ou entrer en autres et semblables considérations , où en serolt-il, quelle faute auroit faict son conseil , en quel estât seroit ceste couronne , qui seroit le curateur aux biens vacans? Aux personnes privées on pouvoit user de ces termes là , mais non aux personnes illustres et de si haute et eminente dignité, mesmes aux roys et aux princes souverains qui portoient leurs couronnes sur la pointe de leurs espées, et n'estoient attachées aux loix et constitutions vulgaires ; que, pour parier bon françois , ils n'estoient résolus d'engager la couronne de là les monts.

A ces mots tous les députez de l'union se mirent à demander que l'on eust à produire les canons et les exemples des evesques qui eussent révoqué et retracté les Jugemens des salncts pères.

0 Vous ne demandez qu'à disputer, leur dit M. de Bourges ; et toutes ces allégations d'exemples seroient sans utilité : traictons seulement de remédier aux maux de la France. Qu'y ferons nous donc? Trouvez nous quelque moyen, asseurez nous. Joignez vous avec nous, prions le Pape qu'il face ce bien à la France. M. de Mayenne nous y peut beaucoup ayder , se rendre garent envers Sa Saincteté de la bonne volonté du Roy , et moyenner qu'elle mande un bref à M. le cardinal de Plaisance , qui a pro-

CHBOHOLOGIE NOVKHAIRB DB PALMA CAYBT. [tâ98]

testé , par son exhortation , d*aymer tant le bien de ce royaume , avec nombre de prélats ecclésiastiques , qoe de s'employer à une si saincte et si bonne œuvre. »

M. de Lyon respondit que ce n'estoit à eux qu'il se faUoit addresser pour tel affaire , qu'ils ne pouvoient ny dévoient y toucher , c'estoit à eux à se pourvoir comme ils dévoient et comme ils l'entendoient , c'estoit à nostre Sainct Père seul auquel il se failioit addresser pour Juger de ladite conversion et de ce qui en dependoit , et ordonner la pénitence à eux tous d'entendre ses mandemens et intentions, comme enfans de l'Eglise ; que M. de Mayenne estoit par trop informé du devoir qu'il devoit à l'Eglise et respect à Sa Saincteté pour entreprendre chose qu'elle peust trouver mauvaise, ou apporter quelque préjugé à son intention en affaire de telle importance, qui regardoit la religion et Testât de la chrestienté : bien les pouvoit il asseurer que M. de Mayenne embrasserait tresvolontiers les moyens que Sa Saincteté Jugerait estre propres pour le bien du royaume , voyant la religion hors de tout péril et danger, n'ayant autre but et interest.

Sur ce on entra en longue dispute les uns contre les autres, et avec telle contention, qu'on Jugeoit tout estre rompu, et qu'il ne falloit attendre autra issue de la conférence , jusques là que M. de Bourges dit : • Messieurs , nous nous retirerans donc avec vos congez » ; et, comme on se levoit , parlants avec M. de Belllevre, aucuns dirent qu'il ne failioit se despartir ainsi, et abandonner un si bon œuvre; en un M. le comte de Schomberg dit qu*ii prendrait la peine de faire encore un voyage vers les princes et seigneurs dont ils estoient députez , et en feraient entendre la response le vendredy soy vant.

Et par ce que le terme de la surceance d'armes estoit expiré , ceux de l'union demandèrent de le proroger : les députez du party du Roy respondirent n'y pouvoir consentir et en avoir expresses deffenses, recognoissans fort bien que tout ce qui se falsoit n'estoit que pour gaigner le temps et faire advancer les forces estrangeres, outre qu'il se commettoit beaucoup d'abus au règlement, et qu'on faisoit entrer grande quantité de vivres à Paris. Ceux de l'union leur dirent qu'on sçavoit bien qu'ils avoient une entreprise sur une place de conséquence; que si c'estoit pour celalamineestoit esvantée, et qu'ils ne dévoient faire difficulté de continuer la surceance durant les festes de Pentecoste prochaines : en fin de part et d'autre fut mandé aux garnisons de se contenir pour trois jours.

Estans sur leur départ , ainsi que le sieur de

Revol en la dernière conference avoit donné pir escrit la proposition de M. de Bourges , aind m des députez de l'union luy donna ceste respo&se par escrit :

• Messieurs , vous nous avez dit et depuis es* crlt que le roy de Navarre se doit faire instruire et rendre bon et vray catholique dans peu de Jours , que ce vœu et désir estoit en luy , oe, pour mieux dire , qu'il estoit catholique en ilnterieur de son ame il y a desjà long temps , mais que le malheur de nos guerres l'avoit empesché de l'effectuer. Nous invitez sur eeste asseurance de traicter avec vous des moyens de bien asseurer la religion, et mettre le royaume en repos, luy se faisant catholique, et, pour arres de sa bonne volonté , offrez en son nom une sorceauee d'armes pour deux on trois mois.

9 Geste proposition nous est autant aggreable que celle que vous fistes à l'entrée de nostre coq> ference , de le recognoistre dès maintenant soos espoir de sa future conversion , nous fat déplaisante et ennuyeuse. En quoy si nostre respcnst vous sembla aigre , excusez, ou plustost loues nostre zèle, et confessez qu'il estoit juste, et que ne le pouviez espérer autre de nous, qui sommes tousjours demeurez sous l'obeyssancederEgUse; du Sainct Siège et des commandements des saiucts pères.

9 Nous desirons ceste conversion que promettez , prions Dieu qu'elle advienne , qu'elle soit vraye et sincère, et que les actions qui doivent précéder, accompagner et suivre ce bon oeuvre, soient telles que nostre Sainct Père, auquel seul appartient d'en faire le Jugement et de le reeoociller à l'Eglise, en puisse demeurer satisfaiet, et la religion asseurée , à son contentement et des catholiques, qui, après avoir soufliurt tant de misères, ne désirent rien plus que de Jouyr d'un bon et durable repos, sans lequel ils prevoyent et jugent bien la ruyne inévitable de cest Estât.

» Nous ne pouvons toutesfois vous celer que ne voyons encores rien en luy qui nous poisse donner cest espoir. Celuy qui veut faire le bien doit premièrement laisser le mal ; qui veut entrer à l'Eglise , et recevoir l'instruction par les mains des evesques, preiats et docteurs, comme vous le publiez desjà par tout, les doit approcher de luy, esloigner les ministres, discontinuer l'exercice de la religion qu'il commence à blasmer ; et neantmoins chacun sçait qu'il est toujours luy mesme en ses paroles et actions, et eo sa condaitte.

» Nous nous estonnons bien d'avantage de ce que nous avez dit et répété si souvent qu*il estoit catholique en son ame dès long temps, quand nous considérons quelles ont esté ses acûons du

CHBOKOLOGIB NOYSHAIBB BB PALMA CATfiT. [1593]

passé. Car, s'il est Yray, comme se poarroit-il faire que eeste affection cachée en Famé d'an priDceqoi a peu tousjours en ceste action ce qu'il a YOQiii, east produict des effects si contraires, et teodaosda tout à restabllssement de son erreur et à la ruyne de nostre religion, comme chacun Fa veu et cogneu ? Ou bien, s il est conduit ainsi, estant desjà catholique en son ame, que devons DOQS craindre de Tadvenir?

> Il Taodroit mieux dire qu'il ne l'estoit pas iors, tel au moins que les catholiques qui recog- Doissent l'Eglise catholique , apostolique et romaine, le veulent et désirent, mais que Dieu lui en donne aajourd'huy le mouvement et la volonté: c'est luy seul qui le peut faire aussi quand il luy plaist. Et ce discours nous satisferoit d'avantage que de mettre encores en avant, comme vous falotes, qu'il s'est fleschy à la prière des siens; car les considérations temporelles et les raisons hamaines peuvent bien changer l'extérieur, mais nostre ame ne peut estre teinte et rendue capable de ceste doctrine que par la grâce (lu Saiot Esprit.

» Vous estes assez instruicts, messieurs, de la forme et des moyens que TEglise a prescrit pour venir à une vraye conversion : nous vous exhortons et prions de iuy en donner le conseil. Il se peut bien faire instruire par des bons evesques, prélats et docteurs , et c'est ce que nous vous avons dit , conférant avec vous ; il peut aussi faire voir à chacun par ses actions que ceste instruction l'aura changé ; mais c'est à nostre $ainct Père et au Sainct Siège d'y mettre la première et dernière main, comme estant celuy seul qai a le pouvoir et l'authorité d'approuver sa conversion et luy donner l'absolution, sans iaqueiie il ne peat estre tenu pour converty et reeoDclHé à l'Eglise parmy nous.

* Quand il se présentera et envoyera de sa P^t , le recognoissant chef de l'Eglise, avec la snbmission et respect qui luy est deu , nous nous promettons tant de la pieté, intégrité et prudence de Sa SalDCteté, que, sans aucune passion on considération de Finterest de qui que ce soit , ^Ilc y apportera tout ce qui sera jugé estre de K)n devoir et soin paternel , pour conserver et mettre , s'il est possible , ce royaume en repos, dont il a desjÀ monstre que la conservation loy ^stoit, après la religion, plus chère que toute fJutre chose.

• Vous ne devez faire aucun préjugé de sa volonté sur le refus qu'il a fait cy-devant de recevoir et ouyr M. le marquis de Pisany ; car il estoiteavoyé de la part des catholiques qui assistent le roy de Navarre et non de la sienne, qui fut ^ mespris duquel U se pouvo(t tenir otrensé, et

un tesmoignage aussi que la volonté de celuy de la conversion duquel on loy donnoit quelque espoir en estoit du tout esloignée , puis que luymesme n'y envoioit en son nom ; outre ce, qu'au mesme temps que le voyage se fit, les magistrats qui tiennent lieu de parlement en son party don* noient des jugemens diffamatoires contre la bulle et authorité du Pape et du Sainct Siège. Or nous voulons croire qu'on y procédera à l'advenir d'autre façon et avec plus de respect et considération de la dignité du Sainct Père et du devoir que nous avons au Sainct Siège.

• C'est donc ce que nous pouvons respondre sur l'ouverture que nous avez faite de sa conversion , que la desirons vraye et sincère , mais qu'elle se doit faire avec Tauthorité et consentement de nostre Sainct Père, qu'il se doit adresser à iuy , et non à nous. Tout ce que nous y pourrions apporter d'avantage, seroit d'envoyer de nostre part à Sa Saincteté, pour luy représenter i'estat déploré et misérable de ce royaume, le besoin qu'il a d'un bon et asseuré repos, et neautmoins que sommes délibérez de souffrir tout , moyennant la grâce de Dieu, plustostque de laisser nostre religion en péril , entendre Ièl dessus son intention , recevoir ses commandemens , et y obeyr ; en quoy nous procéderons avec telle foy et intégrité, qu'un chacun cognoistra qu'avec la religion nous aymons et voulons recercher de tout nostre pouvoir le bien et repos de ce royaume, qui ne peut faire naufrage et périr que n'y trouvions nostre ruine , comme vous la vostre.

• Avant que ceste conversion soit advenue, et qu'elle soit ainsi receue et approuvée, nous voua prions prendre de bonne part si nous différons de traicter avec vous; car, ne le pouvant faire sans approuver dès maintenant ceste conversion , dont le jugement doit neantmoins estre remis à Sa Saincteté , nous desirons d'avantage , quand l'approbation en seroit faite, prendre l'advis de nostre Sainct Père sur les seuretez requises pour conserver en ce royaume la seule et vraye religion, qui est la catholique, apostolique et romaine. Avec ce nous considérons que quelques difftcuitez pourroient naistre sur le traicté desdites seuretez , qui empescheroient ou retarderoient l'effect de ce bon oeuvre, au blasme de ceux qui en seroient peut estre les moins coulpables, où après la conversion elles pourront estre demandées publiquement et comme à la face de toute la chrestienté, qui y a très-grand interest aussi bien que nous, chacun demeurant obligé d'y apporter ce qu'il doit.

• Pour le regard de la surceance d'armes, après que seront esclaircis de vostre intention

CHBOlfOLOaiB NOVBIIAU» 0B TÂhUk CAYBT. [îMt]

9or les deux preoedens articlee, noas y feroni respoQce qui tesmoignera que ne désirons rien plus que le bien, descharge et soulagement du peuple. «

Le vendredy, unziesme Jour de Juin, la conference se tint à La Villette, au milieu du chemin de Paris et Sainct Denis, en la maison du sieur d*Ëmeric de Thou, i*un des députes royaux, où arrivèrent lesdits sieurs députez de part et d'autre en mesme heure, environ le midy ; et ne fut possible d'empescher quMI ne s*y trouvast un grand nombre d'hommes venus de Paris, attentifs de scavoir Tissuê de ia trefve proposée

Après s*estre assemblez M. de Bourges pria la compagnie de se resouvenir de ce qui avoit esté fait en la précédente conférence, et adviser si on y avoit rien oublié, et dit que les sieurs de Schombert et de Revol , estans allez vers les princes catholiques qui les avoient députez, leur avoient représenté ce quMi falloit , dont ils s'estoient dignement acquitez , comme il apparoistroit promptement par bons effects. Ne pensoit estre besoin d'user de plus long discours, car leur intention estoit de ne traitter plus que par escrit; et d'autant qu'on avoit insisté de y rédiger tout ce qui s'estoit passé entre eux dès le commencement, ils l'avolent fait , sans y avoir rien oublié de ce qui estoit de la substance, comme on verroit par la déclaration suivante, laquelle ils baillèrent à ceux de l'union après avoir esté leuë par le sieur de Revol.

i Messieurs, en nos premières conférences nous vous avons prié, sur les differens qui empesehoient nostre recondliatloa , et sur le commun désir et besoin de la paix, qui ne peut estre que sous un roy légitime, ny sous un autre que celuy qui en a le drolct par la loy du royaume, de vouloir considérer avec quelle patience et modestie les anciens chrestiens ont toujours obey aux princes souverains et magistrats par eux ordonnez, bien qu'ils fussent payons, ennemis et persécuteurs de ceux qui faisoient profession de la religion cbrestienne , ceste leur patience procédant, non de leur petit nombre ou foiblesse , mais des eoseignemens qu'ils avoient en la Saincte Ëseriture, exhortations et exemples des saincts pères. Nous vous avons neantmoins remonstre , pour le regard du roy qu'il a pieu à Dieu nous donner, que nous estions en trop meilleure condition qu'eux , et que ce que nous desirons tous pour le regard de la religion, nous l'espérons parla graeede Dieu, selon la promesse que Sa Majesté auroit faite à son advenement à la couronne, et par plusieurs démonstrations et déclarations subséquentes d*en vouloir prendre

les moyens ; dont faisoit asstt de foy la do- i pesche de M. le marquis de Pizsay ven Doitrt sainct père le Pape, laquelle, bien qu'elle foU | sous autre nom que de Sa Majesté, n'estoit tratesfois sans son soeu et désir, de sorte qoe nom | avionsoocasion de l'esllmer comme fidte par d^ mesmes. A cela se conformoit sa permiiiioQ it , volonté de nwtre deputation et venue eu cote conférence. Surquoy nous vous aniioDS iiiTita et conjurez, au nom de Dieu, et pour Taffecti» que vous avez à la religion eatholique et sa bitt et repos de eest Estât, de vouloir Joindre toi vœux avec les nostres, estimans que Sa M^, suppliée d'un commun accord de ne vouloir plw différer l'effect et exécution d'une si saincte nsolution que nous croyons qu'elle avoit dans le cœur, seroit d'autant plus incitée à*aecelerer ce contentement à ses bons subjects , quand elle cognoistroit que cela pust faciliter ia paix qvc nous jugeons si nécessaire pour la eonservatioa de la religion catholique, et pour foire cesser ks troubles et calamitez dont ce royaume est si où* serablement afOigé.

• C'est en somme la prière que nous voos avons faicte en premier lieu , et non autre, oy à | autres conditions ; et , pour ce que nous avooi sceu que ce qui vous a esté dit de nostre parts esté en plusieurs lieux pris et interprété aotiement que n'a esté nostre intention, nousTavom bien voulu derechef représenter en ce pea de mots , et estimé estre à propos de le vous bailler par escrit, pour ne laisser aucun doubte ea Tesprit de personne de la sincérité avecque laquelle nous avons voulu et voulons touf^ours procéder en ce faict.

• Nous ne pouvons aussi moins faire , pav plus claire intelligence de ce qui est sur cepasié entre nous , que de dire que n'avons peu obteair de vous autre response, si ce n'est que volud^ siriez comme nous la conversion de Sa Uiyesté, et vous en resjouissiez , mais que ne pouves eo* trer en aucun traicté avec nous qui fust à toa profit que n'eussiez sur ce l'advia de Sa Saio^ teté, alléguant, avecque quelque passage de FEscriture , des raisons d'Ëstat qui regardent, comme vous dites , la conservation de vostre party, par lesquelles sousienes ne vous pouvoir plus amplement déclarer sur ladite prière.

9 Gela ayant esté rapporté aux princes et seigneurs de la part desquels nous sommes icy tenus par deux d'entre nous , et le tout représenté à Sa Mi\]e8té , elle auroit prins la bonne et ilnable resolution que nous vous avons baillé par escrit dès le dix-huitiesme jour de may, portsDi rasseurance de ce que auparavant nous disioes espérer, à laquelle, pour briefroté, nousnM

GHROHOLOOre NOVBITÀIM DB PÂLICA CAYBT. [1698]

rmtXUmBj ny voulans et ny poavans adjonster nemie chose.

I II reste maintenant à vous dire que , après a?oir eatendo ce qne M. l*archeyesqae de Lyon DOQS a dit an nom de vous tons à nostre dernière entreTeuê , en response de nostredit eserit) Doasen avons pareillement donné compte â Sa Majesté et aux princes et seigneurs qui sont prez d'elle ; estans deux d*entre nous allez faire cest office au nom de tous.

I Vostre responce consiste principalement en deux points : au premier, vous continuez à déclarer le contentement que ce vous sera de veoir la conversion du Roy sincèrement effectuée, affoiblIssaDts neantmoins ce tesmoignage par quelque deCfiance que vous monstrez sur ce que, depuis ladite déclaration , vous avez entendu que Sa Majesté a continué Texercice de sa reli- ^on comme elle faisoit auparavant.

» Messieurs, quand on vous accordera ce que pour ce regard vous dites , Il ne se trouvera tontesfois qu*il y ait aucune contrariété à ce que 0005 avons baillé parescrit, ny aussi aucune contravention ez promesses de Sa Majesté , lequel est d'ailleurs cognu pour prince de bonne foy, nourry en la simplicité militaire , qui n*a point de fard ny en ses poroUes ny en autres choses.

I Qae quelques-uns ont voulu calomnier ses actions : s'il en estoit ainsi qu'il eust dans le cœar autre volonté que d'effectuer et observer ce qn'il a si expressément promis et asseuré , de se vouloir Mre inscrire et contenter ses bons sobjects catholiques au fiiit de la religion , au lieu de ce qu'il fait , il n'eust pas eu faute de eonsdi et d'invention pour faire quelques actes extérieures à fin de faire croire qu'il est aliéné de ladite religion.

* Mais la façon eslolaiéedetout artifice avecque laquelle il a procédé jusques à présent peut ttseurer un chacun que ce qu'il aura une fois promis il l'observera sainctement et de bonne foy. Ny le roy Glovis , ny l'empereur Gonstan» tin le Grand , ne déclarèrent pas au premier Jour ce à quoy ils s*estoient résolus en leurs cœurs touchant la religion cbrestienne : ce que combien qu'il ne convienne en la personne de Sa Majesté , d'autant qu'ils tenoient la loy payenne, (t elle la ehrestienne , seulementséparée de nostre foy et religion par quelques erreurs dont l*on doit tascher de le retirer, toutesfois il semble n*estre hors de propos de la mettre en conlideration , pour monstrer que les changemens rà il va non seulement de la conscience , mais lussi de rexemple, mesmement des personnes le si grande dignité ; ne se peut faire en un

moment , et faut que les fermes qui y sont requises précèdent.

• L*autre point de vostre réponse contient que vous ne pouvez traitter d'aucun accord avec nous si ce n'est par l'advis du Pape, remoustrant que vous n'approuveriez en aucune sorte la conversion de Sa Majesté si ce n'est après qu'elle aura esté Jugée et approuvée par Sa Saincteté.

» A cela nous respondons que nul n'a monstre plus que les princes et seigneurs de la part desquels nous conférons de ces affaires , et avec lesquels nous sommes Joints , désirer qu'il soit déféré à Sa Saincteté et au Sainct Siège apostolique; et encores que nous n'ayons veu Jusques à présent de sa part que toute faveur, secours d'hommes, de conseil et de toutes autres choses à vostre party en ceste guerre, et nous au contraire en avons senty et rcceu toute défaveur , est-ce que cela n'a point changé ceux que nous représentons, ny fait perdre le désir extrême qu'ils ont tousjours eu , et auquel ils continuent de regaigner la bonne grâce de Sa Saincteté.

• Le refus ou plustost rigueur, si ainsi nous l'osons dire avccque la révérence que nous luy devons , qui a esté usée à M. le marquis de Pisany de ne le veoir et ouyr la charge qu'il a eu de leur part , n'a rien diminué de leur bonne affection et observance envers Sa Sainteté et le Sainct Siège; aussi ont-ils entendu etcroyent cela estre advenu , non par mauvaise volonté qu'elle leur porte, maispource que aucuns de vos minstres s'y sont tellement opposez et avec telle importunité et protestation , que Sa Saincteté , violentée avecque cela de la tyrannie des Espagnols , a esté retenue de faire le recueil et tridctement audit sieur marquis que méritoit sa légation et qualité, et que nous espérons neantmoins qu'elle se résoudra en fin de luy octroyer.

• Pour le regard de Sa Majesté , si sa conscience et sa ferme résolution de se bien unir avecque Sa Saincteté et ledit Sainct Siège , et l'opinion qu'elle a du bon naturel de Sadite Saincteté , qu'elle estime aussi prince très-vertueux et amateur du repos de la chrestienté, ne l'asseuroit de la trouver favorable au bien de ce royaume , les apparences et procédures passées fourniroient assez Juste argument pour s'excuser et Justifier envers le monde, si elle demeuroit retenue de s'addresser à Sa Saincteté ; mais , par nostre escrit précédant , nous vous avons dit ouvertement la saincte intention de Sa Majesté , qui est de contenter au fait de la religion ses bons subjects catholiques , et se com-

I porter, pour le regard de l'obéissance et respect

CHRONOLOOIB TfOYINAniB Bl PAI.HA CAYIT. [1593]

qni est denê à Sa Saincteté , ainsi que doit un roy de France, premier fils de l'Eglise, trèschrestien et très-catholiqae : nons le vous codflrmons derechef, comme sçachant biea que Sa Majesté coutiauë en ceste volonté, et ne devez douter qu'ayant ce désir de se bien unir avec Sa Saincteté, il ne le face parles moyens que Ton doit parvenir à ceste bonne réconciliation.

9 Pour cest ef fect Sa Majesté a mandé et convoqué , ainsi que desjà vous avons déclaré, les princes de son sang, autres princes, un bon nombre de gens d'église et docteurs en la Faculté de théologie , les officiers de sa couronne, et plusieurs autres grands seigneurs de ce royaume , ensemble aucuns des principaux et plus notables officiers de ses parlemens, espérant , moyennant la grâce de Dieu et le bon eonseil qui luy sera donné par une si notable assemblée, il sera prins une si bonne et si sage resolution touchant le fait de sa conversion et absolution , que Sa Saincteté et tous les autres potentats catholiques auront occasion d'en estre bien contents et satisfaits; et tenons pour asseuré que nul désirant la conservation de la religion catholique et la prospérité de cest Estât, n'y pourra ny voudra contredire.

» Au demeurant , la ruyne que nons voyons en ce royaume, et souffrons tous avecque infiny regret des gens de bien , et que nul bon François ne peut regarder à yeux secs , doit faire chercher tous les moyens, autant qu'il est au pouvoir des hommes, dehaster les remèdes pour empescher la totale ruyne de nostre patrie. C'est à ceste fin que Sn Majesté vous a fait dire par nous sa bonne resolution touchant la trêve , à laquelle si vous ne voulez entendre , sinon en tant que serez plus avant satisfaits que ne pouvons et ne devons par raison de ce que desirez pour vostre response. Dieu, qui est le juge des uns et des autres, fera que tout ce royaume cognoistra et voira clairement d'où vient et à qni devra estre imputé le retardement du bien et soulagement qui adviendra par le moyen de ladite trêve, qui nous pourroit avec l'aide de Dieu acheminer à une bonne et perdurable paix.

• Faict le onziesme jour de Juin. Ainsi signé , R., archevesque de Bourges, Chavigny, Believre, Gaspart de Scomberg, Camus, de Thoul et Revol. »

Comme les députez de l'union s'assembloient etretirolent à part pour délibérer, arrivèrent les sieurs de la Chastre et de Rosne , qui furent priez par eux de leur assister et bailler leurs advis sur ee qui se presentoit , et sur la difficulté •l ils recevroient ladite déclaration , de laquelle

lecture derechef faite par le sieur Bernard, (ot par commun advis entr'eox résolu de la preadie avec les qualltez et conditions que ledit aieor archevesque de Lyon devoit protester, coanae il fit, qu'il y avoit en cest escrit à leur €onw> tion du changement, et pour les termes dont on avoit usé et pour la substance, eoinbieo, disoient-ils, qu'il en approchast aacmiemc&U Quant à la trêve, ils dirent qu'ils ne scavoie&t comme on leur enfaisoit tant d'instance, m le siège de Dreux qu'on avoit commeneé , et que M. le duc de Mayenne avoit comouindé «a comte Charles de ne passer outre; neantmoiu qu'ils feroient tousjours recognoistre combiea le soulagement du peuple leur seroit reeofflmaadable.

M. de Bourges leur répliqua quMl devoitsof* fire de leur avoir monstre les principales coDdvsions rédigées en escrit; que, du fidt de Drein, ils en diroient bien les Justes occasioosqae te Roy avoit de l'assiéger s'ils vouloient; xs^^ quant au comte Charles, que Ton scavoitlHai que luy et les chefs espagnols estoient asseï em* peschez pour pacifier les mutineries de koit gens de guerre.

Ceste mutinerie commença à Aussi Le Oiaiteau, sur la rivière d' Authie qui sépare la Franee d*avec l'Artois. Le comte Charles ayant pris Noyon, comme nous avons dit, il fut mandé pir son père, le comte Pierre Ernest, pour se joindre à luy afin de faire lever au prince Maurice le siège qu'il avoit mis devant Geertruydembcrghe; mais, voulant faire Justice d'un capitaiae espagnol qui avoit forcé une fille de Hesdin^à rinstant tous les Espagnols s'esleverent coatre lui et contre tous les soldats v^'allons qu'ils miml en fuite, pillèrent ses meubles et vaisselle, firent un chef d'entr'eux qu'ils nomment e/ec/o» et, s*estans mutinez, s'emparèrent de la ville de Sainct Pol, qu'ils fortifièrent, et d'où ilstinditot sujet et rançonnèrent tout ce quartier d'Artoii qu'on appelle le haut pays, entre Hesdio , Baspaulmes, Arras, Bethune, Aire et Sainct Orner, qu'ils contraignirent leur apporter toutes les semaines argent et vivres, laquelle mutinerie dora un an entier devant qu'on les sceust appaiser, à l'exemple desquels les Italiens et Valloos qni estoyent au pays de Hainaut se mutinèrent tost après, et se fortifièrent au Pont sor Sambfe,d*où ils rançonnèrent le pays d'alenviron de neuf cens florins par chacun jour qu'il falut que ceux de Mous leur fournissent toutes les semaines. Ceox de la garLison de la ville de Berck sur le Bbia n'en firent pas moins; et comme le paysd^aleii* viron est du diocèse de Cologne ou duché de Juilliers , n'ayans moyen de le ranooimeri ils y

CllRONOtOGIB NOVCNAIIIB DE PÀLUA CAYEt. [1593]

assirent , outre le péage ordinaire , de grandes impositions snr tous navires et marchandises qui devoyent nécessairement passer par là, dont ils repartissoient l'argent chacun mois entr'eux.

Pois que nous sommes tomhezsur les afTaires des Pays-Bas, voyons tout d'une suite ce qui s'y passa Jusques au commencement de ceste année. Le gouvernement des Pays-Bas estant remis , après la mort du duc de Parme y au comte de Mansfeldt, le 5 janvier il fit publier des deffences de payer certaines contributions que les gens du plat pays s'estoient cottisez de payer aux receveurs des Estats , affin de demeurer en paix en leurs maisons des champs. Plus , il fit déclarer la mauvaise guerre, et que doresnavant les gens de guerre'eussent à plostost mourir que se rendre en combattant , défendant toutes sortes de rançons et eschanges de prisonniers. Mais pas une de ces deux choses ne fut observée à cause des plaintes faites par les gens du plat pays, qui ne laissèrent de continuer de payer leurs contributions. Quant aux gens de guerre, ils commencèrent à murmurer, pour ce qu'ils aymerent mieux tirer rançon de leurs prisonniers que non pas dé les délivrer ez mains d'un bourreau , et de courir eux-mesmes fortune d'estre pendus aussi s'ils estoient pris par ceux des Estats.

Or Te prince Maurice, ne doutant pas que le comte de Mansfeldt n'eust bien délibéré de luv empescher ses desseins durant l'esté de ceste année, le voulant prévenir avant qu'il eust moyen de s'advancer, hasta au commencement du printemps son armée, et le 28 de mars se trouva avec tontes ses forces , tant par mer que par terre, devant la ville de Gheertruydenberghe pour l'assiéger , et , par un sfegé long ou court, l'emporter. A une mousquetade de ceste ville il y avoit un fort nommé Stelhoff, qui est à dire jardin de voleurs , qui luy empeschoit de faire les approches de ce costé-là , et tenoit le passage ouvert au ravitaillement du costé d'Oosterhout ; pour l'empesclier le prince advisa de leur coupper ce chemin et séparer ce fort de la ville. Ce qu'ayant fait , il eut par après bon marché du fort, lequel se rendit le 7 d'avril, et sortirent ceux de dedans, bagues sauves tant seulement. Ce fort estant rendu, le prince s'approcha plus près de la ville, et pied à pied gagna la contrescarpe do fossé , où ses soldats, comme enfouys en terre, se logèrent à couvert du canon de la vttle du costé d'occident, assignant le quartier au comte de Hohenloo, son lieutenant, avec ses troupes du costé d'orient par delà Teau , au village de Rarosdone, environ demie heure de chemin de la ville, où s'estans retrenchez, y fut fait

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