‹ Chronologie novenaireChapitre 37 sur 62 · I. c. D. M* T. XII · texte numérisé non relu

I. c. D. M* T. XII

un pont pour passer l'eau d'un quartier à l'autre, afin de s'entresecourir au besoin. Le prince retrancha son camp d'une promptitude et habileté incroyable, et, pour bien petit salaire, les soldats, faisans ofÔce de pionniers, chose rare, achevèrent, comme chacun à l'envis et en peu de temps, tous les retranchemens du camp, qu'un bon piéton n'eust peu qu'à peine cheminer en quatre heures. Les tranchées estoient reparties par ravelins, flanquans et respondans les uns aux autres, comme si c'eust esté une ville forte, chacun ravelin muni de pièces d'artillerie, selon la nécessité du lieu. Au devant de ces tranchée» y avoit un fossé d'environ trente pieds de large Et, jaçoit qu'en plusieurs endroits ce fussent lieux aquatiques, marescageux et plains de fondrières qui n'estolent aisément cheminables si est-ce qu'au lieu de contrescarpe aosdits fossez il y avoit des pieux fichez de la hauteur d'environ quatre pieds hors de terre, à chascun desquels y avoit en haut une longue pointe fichée pardevant, qui au plus grand homme y heurtant de nuict à despourveu eust peu donner en la poitrine, et qu'il n'estoît possible d'arracher [estans enchaînez l'un à l'autre] sans faire grand bruit ; tellement que les assiegeans se lenoyent plus asseurez en ce camp qu'en une forte ville La discipline que tenoit le prince et Tobeyssancê du soldat y fut si grande , que les paysans des villages circonvoisins se vindrent loger dedans ce camp à refuge, non seulement avec leurs femmes et enfans, mais avec leurs chevaux vaches brebis et autre bestail, jusques aux poulets, ven* dans aux soldats , comme en plain marché de ville, leurs œufs, lait, beurre, fromage et autres denrées. Mesmes à ceux qui avolent des terres labourables dedans l'enclos du camp fut permis de les laboui-er, chose qui sembleroit presque incroyable, et toutesfois véritable.

Le camp du prince Maurice et des Estats estant ainsi bien fermé, garanty et discipliné devant Gheertruydenberghe du costé de la terre la ville fut pareillement serrée par mer avec environ cent navires, tant grandes que moyennes pour empescher que rien n'y entrast de ce costé^ là. Quant à la cavalerie , le prince l'envoya ez villes de Bergh sur le Soom, Breda et Heusden pour coupper les vivres à l'Espagnol qui commençoit à s'amasser à Turnhout. Il en retint quelques compagnies qui furent campées à l'escart , entre le quartier du prince et celuy du comte de Hohenloo, en lieu mal accessible pour l'Espagnol à cause des eaux , mais à toute heure preste, par le moyen des ponts, pour secourir l'un et l'autre des deux quartiers du camp.

Le comte Pierre Ernest de Mansfeldt, délibéré

CHBONOLOOIB NOVBMÀIBB OB PÂSMk CAYBT. [1693]

de faire lever ce siège , s'approclia avec son armée qui estoit de douze mille hommes, tant de cheval que de pied , jusques à Oosterhout, distant demye lleuê du camp du prince, où il se tint retrenché dix Jours. Mais, comme de ce costé là qui regardoit le quartier du prince il n*y voyoit nul moyen d'entreprendre, tant pour les marescages que pour les retranchemens et fortifications du camp , il changea de place, et alla camper, du costé d'orient, aux villages de Waesbeke et Cappelle , assez proches du quartier du comte de Hohenloo , auquel fut envoyé de renfort le chevalier Yeer avec six cents Angtois et environ mille Frisons , Mansfeldt estant là campé, sans monstrer aucun semblant de vouloir forcer le camp des Estats, mais tousjours attendant quelque opportunité, car, d'y aller par force , il n*eust peu sans se perdre pource que le camp des Estats estoit aussi suffisant au plus foible endroit que mainte forte place , et ne se pouvoit attacquer sans batterie ny sans bazarder I>eaucoup9 avec peu d'espoir d'y acquérir honneur : aussi Mansfeldt, comme vieii capitaine prudent et avisé qu'il estoit, et qui nevouloit rien mettre à l'avanture, demeura en ce lieu environ trois semaines, voyant de ses yeux tout ce qui se faisoit devant la ville sans y pouvoir remédier, ny donner autre empeschement que de l)onne volonté. £t cependant, outre la batterie qui foudroyoit le rempart de la ville en trois divers endroits, le prince fit dresser des galleries pour venir à lasappe, l'une desquelles fut tant avancée qu'elle vint à approcher le rempart à quatorze ou quinze pieds près, j usques où le fossé estoit presque rempli de la ruyne de la breschc qui y estoit toml)ée. Aussi le 24 de juin , qui estoit le Jour de Sainct Jean Baptiste , un soldat du camp du prince s'advantura de passer le fossé de la ville de Gheertruydenberghe, environ une heure après midy , et de monter tout doucement par la ruine de la bresche Jà faite au ravelin de la porte de Breda , tant qu'estant en haut il considéra la contenance des soldats assiégez qui y estoient en garde , dont les uns disnoient , d'autres dormoient Ce soldat fit signe à deux compagnies qui estoient là prez en garde de le suivre. Au mesme instant ils sejetterent à la foule dedans le fossé, franchirent ce ravelin, le gaignerent , tuèrent une partie des soldats, et chassèrent les autres qui y estoient, qu'ils poursuivirent Jusques dedans la ville, où y en eut un attrapé qui fut amené au prince.

Sur cest alarme le sieur de Gisant , gouver* neur de la ville, estant en armes pour venir au rempart, comme rartillerie du camp ne cessolt, fut tué d'un coup de pierre tirée d'un mortier, et

plusieurs autres autour de luy bItSMS , fMvk^ très le sergent major. Les assiégez, voyansceitvelln gaigné, leur gouverneur mort, qui estoit b troisième gouverneur qui durant ce aiege y tarent tuez, et qu'au quartier des EscosaoislefoHé n'estoit gueres moins advancé de remplir, qu'iii craignoient la nnict suivante devoir estreachevé, et ainsi pouvoir estre chargez par deux oa tnb endroits, envoyèrent leurs députez versie prinee pour traitter d'accord. Sur ce fiircikt eavoyei des ostages pour eux dans la ville , tandis qn ceste nnict ils demeureroyent au camp à traitter la composition , qui fut faite à certalDesonditions lesquelles lelendemain furenteonfinnétt, etsortirent avec leurs armeset bagages le 2âdBdit mois, prenans le chemin d'Anvers.

Estant toute la gendarmerie de la gmim sortie, la plus part hauts Bourguignons et Aiemans venans au dernier pont où le prinee, a^ compagne des comtes de Hohenloo , Solms et autres, les voyoit passer, chasque porte eoseigM remit son drapeau entre les mains dodit prioce, suivant la oompositicm , et en reoeut seize qt'il envoya à La Haye.

Ce jour mesme que eeste ville se rendit, k comte de Mansfeldt envoya quelques troops d'infanterie pour reoognoistre le quartier di comte de Hohenloo ; mais ils furent charges pir la compagnie de cavalerie du comte , et par le chevalier Yeer et sa cornette, et quelques astio qui desfirent eeste infanterie , et enameDerest au camp deux capitaines wallons prisoonicnfù furent bien estonnez , voyans que la ville estait rendue, car Mansfeldt n'en sceutrien qnesarle soir, lors qu'il vid les feux de joye dedans laviVe et parmy le camp des Estats , avec les salm da canon et de l'escopeterie. Ainsi fut eeste ville. que l'Espagnol estlmoit impreiud)le, prinee apis avoir enduré quatre mil cinq cents eoops de esnon de cinquante quatre pieees de batterie^ i il barbe de l'armée du rqy d'Espagne cooamaaàe par un si brave et vieil capitaine.

Mansfeldt , entendu qu'il eut la redditioi àt la ville, fit quant et quant marcher son annéeei toute diligence au quartier deBoeledoe, et s'alla camper devant le fort deCreveeoeiir, sitaéserk rivière de Meuse, à l'embouebeure du canal që s'appelle la Dise, allant vers la ville de Bosledv, pour par le moyen de ce fort tenir la ville sojiku que rien n'eust peu descendre vers Heasdes. Gorrichom et Dordreefat, ny de là remonteras haut. Le prince , entendant qui! aveit le teste tournée de ce costé là, despeseha tout aoaai M le frère du sieur de Brederode avec son re^* ment , et l'envoya par ladite rivière à ee AnI de Greveeœur , faisant suivre ses naviies de gvcm

CMOnOLOOIB ROVSNAtBE DB PAUtA CAYBT. [1503]

«IpooliotafBel'krUllerie, qol singlereot avec on veot d*oiiBBt si ferme, que rien ne les peut empeieher qiiMis ne viaseent ancrer droit au dennt do fort, à i*une et à Tautre rive. Et comme oa eut asseiiré le prince que Maasfeldt avoit conunencé à y planter son canon, delil)eré de le battre, il y alla loy-mesme avec le reste de son année qoll fit entrer en Tlsle de Bommel , s'ai> lant camper au village de Heel , à Fopposite du Ibrt qu'il renforça d*artlllerie , avec laquelle les aMieges firent tel devoir , que Mansfeldt , veu riooodation dn quartier où il estoit , par Taceroittement des eaux, fut contraint retirer la lieane et aller camper demie lieuë arrière. Tandis le canal estoit tellement bouché que rien n'y poQvoit entrer ne sortir. Finalement, après que Mansfeldt y eut séjourné quelque temps , il ramena son armée en Brabant , en laquelle il n*y avoit pai sept millehommes au plus, le restes'estant desbandé qui çà qui là. Voylà le peu d*heur qu'eurent les Espagnols aux Pays-Bas.

Nous avons comme enchâssé ce discours de i'eitat des Pays-Bas parmy le récit de ladite conférence qui se faisoit entre les royaux et ceux de l'union aux environs de Paris , et ce à cause que ceux de l'union y dirent , par forme de plainte, que le Roy assiegeoit Dreux , et que cependant M. le duc de Mayenne avoit mandé au comte Charles de cesser d'assiéger et prendre places; ce qui ne peuvent estre pour la mutinerie cydessus dite, qui advint en Tarmée dudit comte Charles de Mansfeldt, et pour la nécessité de tous les gens de guerre qui estoient susdits Pays-Bas. Aussi le duc de Mayenne , en la response qu'il fit au duc de Feria, lequel Taccusoit envers le roy d'Espagne d'avoir laissé perdre Dreux , descouvre suez la nécessité qui estoit lors en leur party , en ces termes :

« Ce calomniateur dit que j*ay laissé perdre la ville de Dreux assiégée par l'ennemy , afin d'intimider les estais et les induire à consentir la trefve. Ose-il bien si effrontément escrire à Vostre Majesté le contraire de ce qu'il sçait , et me contraindre à dire que Je le pressay tous les (ours, luy et les autres ministres de Vostre Majesté, de ûdre retourner l'armée , qui tost après la prise de Noyons*estoit retirée sur la frontière it dissipée pour la plus-part? Je leur remonstray pi'en ayant une portion d'icelle , avec ce que lous mettrions ensemble des forces françoises, îile sofiiroit pour faire lever ce siège , d'autant lue rarmée de l'ennemy estoit fort foible. S'ils le Tont pas yooIu , la cootpe en est à eux ; s'ils le root peu pour la mutinerie qui arriva parmy C8 troupes, cooinie il est vray , souffrons et exnsons eoiéaible ce mal sans rejetter la coulpe

sur celuy qui est innocent. Ten recevray pour tesmoin M. le légat, le sieur de Taxis et le sieur don Diego, de ce qui se passa lors en cest affaire. Je n'ay Jamais pensé depuis à la perte de ceste ville tant affectionnée que les larmes aux yeux. Àurois-Je aussi peu oublier leur généreuse resolution de vouloir mourir et souffrir tout ce qui rend les hommes misérables plustost que de se rendre à l'ennemy victorieux , lors qu'il retournoit de la bataille d'Yvry , ayant apprins aux autres, par cest exemple de leur constance et vertu, d^eu faire autant? • AîdsI le duc de Mayenne deploroit la perte de la ville de Dreux , qui advin^ de ceste façon :

Le Boy voyant que le duc de Mayenne et ceux de l'union ne taschoient, parla surceance d'armes accordée par la conférence, qu'à l'amuser , tant afin que les chefs de l'armée d*Espagne pussent appaiser leurs mutinez et remettre sus un corps d'armée pour soustenir l'eslection d'un prétendu roy qu'ils vouloient eslirC; que pour faire entrer le plus de vivres qu*ils pourroient dans Paris, il manda aux députez royaux de ne continuer plus la surceance d'armes, et, suy vant la resolution qu'il avoit prise avec M. d'O d'assiéger Dreux , place qui empeschoit la libre communication de Chartres à Mante , sur l'advis qu'il eut que le sieur de Vieuxpont , gouverneur de Dreux pour l'union, estoit à l'assemblée de Paris , il manda à M. l'admirai de Biron, qui conduisoit son armée , d'investir Dreux ; ce qu'il fit si diligemment que dans quinze Jours le Boy s*en rendit maistre par la force. La ville ainsi gaignée fut pillée h cause de l'opiniastreté des habitans , la plus-part desquels s'allèrent confusément retirer dans le chasteau avec leurs femmes , enfans et bestail, où en peu de temps ils furent réduits à de grandes nécessitez faute de vivres et principalement de l'eau. D'autres se retirèrent dans une tour que l'on appelle la tour grise , où Gravelie , homme de justice et officier du Roy en ceste ville , s'opiniastra tellement dedans , que l'on fut contraint de miner ceste tour et la faire sauter. Plusieurs des royaux , qui entrèrent les premiers pour butiner si tost que la première mine eut Joué, se trouvèrent accablez dans les ruines que fit la seconde mine. Eu fin Gravelle se pensant sauver fut pris avec huict autres, et furent tous incontinent pendus à des arbres vis à vis de la bresche par où la villeavoit esté prise. Or le Roy avoit accordé trefves à ceux qui estoient dans le chasteau et parloientde se rendre; mais , aussi tost qu'ils virent la tour grise sauter, ils commencèrent à tirer sur le Roy qui estoit proche dudit chasteau avec Madame , sa sœur, madame deRohan et ses filles, et plusieurs

CHBONOLOGIB NOVENAIRE DE PAL VA CAYBT. [1593]

autres dames et demoiselles. C*estoit trop bazarder, car les balles passèrent si près de leurs personnes^ que quelques officiers de leurs maisons en furent blessez. Peu de Jours après ceux du chasteau furent contraints de se rendre à Sa Majesté vies et bagues sauves : ce qu'ils obtindrent du Roy, qui par ce moyen se rendit maistrc de ceste ville, et y mit dedans pour commander le sieur de Manou, frère de M. d*0.

Durant ce siège Madame, sœur du Roy, estoit logée à Bus , où madame de Nevers et madame de Guise, sœurs, avec mademoiselle de Guise, à présent princesse de Conty , la vindrent trouver. Le Roy leur fit cest honneur de s^y rendre au disner, là où il fut parlé de mariages de princes et princesses, tant de celuy de M. de Montpensier [qui peu de jours auparavant avoit receu une harquebuzade dans la gorge] avec Madame, sœur* de Sa Majesté, que de celuy de M. de Guise avec rinfante d'Espagne, ainsi que le bruit en couroit lors. Il fut parlé aussi des armées estrangeres do 4'union, et le Roy leur dit : « Je vous asseure, s'ils y viennent, je les renvoyeray en leurs logis sans trompette. »

Pendant le siège de Dreux on traicta fort à rassemblée de Paris de Teslectlon d'un roy. Or ils avoient, le douziesme may, faict une procession pour prier Dieu que leur assemblée eust un succez heureux en la nomination qu'ils en deslroient faire. 11 y avoit en ceste procession trois archevesques, un françois, un italien et un escossois, avec neuf evesques, lesquels portoîent les chasses des saincts martyrs et apostres de France , salnct Denis, sainct Rustique et sainctEleutere. La chasse où est le corps du roy sainct Loys fut portée par treize conseillers de la cour, et la vraye croix par deux religieux de Tabbaye Salnct Denis, lesquels, dès le commencement de l'an 1589^ lors que l'on apporta le thresor de Sainct Denis à Paris, y estoient demeurez pour y prendre garde. Ces religieux estoient pieds nuds sous un riche poile que ceux de la noblesse de l'union soustenoient. Tous les princes et seigneurs de ce party y estoient. Le cardinal de Pelvé dit la messe dans l'eglîse Nostre Dame , et le docteur Boucher y fit la prédication.

Après cette procession , le reste de ce mois de may et le commeucement de juin , chacun at* tendoit de jour en jour que les ambassadeurs d'Espagne deussent exposer leurs charges et instructions touchant ceste eslection d'un nouveau roy. Avant que de le vouloir faire en pleine assemblée ils en tindrent plusieurs devis particuliers par forme de conseils avec ledit sieur cardinal de Plaisance et le duc de Mayenne , et , contiuuans en leur première demande qu1ls

avoient faicte audit duc de Mayenne aa eom* mencement de l'an 1592, àcequeriofieaited*!!pagne fust receue au premier grade et dedarée royne de France, ils proposèrent aussi le mariage d'elle et de l'archiduc Ernest d'Aostridie, frère de l'Empereur, qui devoit venir de la Hongrie gouverner les Pays-Bas. A ceste proposition, qui ne se falsolt qu'en particaUer, Um ceux de l'union, tant le doc de Mayenne, les autres princes de sa maison , que les Seize ineimes qui en ouyrent parler, y contredirent; et, suyvant la première response qui leur fat faiete lors , on leur dit encores que l'on pourroit rompre pour ceste fois la loy sallque , avec coQditkm que l'Infante se marieroit en France à un prioee de leur party, et par l'advls des princes et de leur assemblée d'estats.

Les ministres d'Espagne , voyans que eeste proposition n'avoit point esté trouvée bonne, s'ad visèrent d'une autre subtilité , et proposèrent qu'il n'estoit pas raisonnable qu'autre que le Ro; leur maistrc choisit un mary pour sa fille, et que l'on luy en devoit laisser l'eslection , laquelle toutesfois il ne feroit que d'un prince françois, et qui seroit du party de l'union. A ceste proposition les grands de ce party s'accordèrent, sv diverses pretensions toutesfois , ainsi qu'il se pourra cognoistre cy après.

Messieurs les députez royaux pour la eoofe* rence, estans toujours à Sainct Denis, attendans la responce que ceux de l'union leur deroieot faire à leur dernière proposition du 1 1 joio , d ayans eu advis des propositions cy-deasos ftides par les ministres d'Espagne , rescri virent la lettre suivante h l'archevesque de Lyon et à ses antres condeputez.

« Messieurs, ayaut sceu par M. de Talmetqae l'on desiroit de vostre costé que nous priassions en bonne part ce que différez de faire response à ce que dez l'unziesme de ce mois vous a esté par nous proposé , et que dans dimanche prochain nous sçauiions vostre resolution, noos avons estimé , s'agissant du bien et repos commun de cest Estât , de vous devoir faire la nsponse qu'aurez desjà sceuê par ledit sieur de Talmet. Et toutesfois, messieurs, nous sommes contraints de vous dire que les princes et seigneurs de la part desquels nous sommes icy nnus se trouvent en bien grande peine de ce qn*ea chose qui concerne si avant la religion catholique et le salut du royaume , Ils n'ont veu josques à présent qu'il y ait esté donné i'avaneemat qu'ils jugent estre si nécessaire ponr fidre cesser nos misères et remettre nostre patrie en qneiqoe meilleur estât; qui est la eanse que noos vous prierooB , avec tonte atltetlon ; de vooioir eos'

CHBONOLOGIE NOVBNAïaB DB PALIIA CAYBT. [1593]

siderer avec vos prudences que nous avons à rendre compte ausdits princes et seigneurs, nonseulement de nos actions , mais aussi d'une si l<»gue demeure et retardement qui advient en ceste negotiation , pendant laquelle ce royaume se consume , nous ne dirons pas à petit feu, mais d'une violente flamme , avec un furieux embrasement qui ne tardera [s*il ne plaist à Dieu par sa saincte grâce de nous inspirer meilleurs conseils] d'anéantir et réduire en cendres et les uns et les autres.

» Ce qui nous fait craindrex|ue nous ne soyons aux derniers jours de la maladie ; est que nous voyons que de Jour en Jour, d'iieure à autre , il se met en avant de nouvelles inventions pour avancer et précipiter nostre ruine. Si Tambition Insatiable de ceux de la part desquels elles sont proposées n'estoit cognuê à un chacun de vous comme à nous mesmes; si Ton ne sçavoit, à nostre grand dommage , la violente passion que de toat temps ils ont monstrée de subjuguer nostre patrie et fouler aux pieds la dignité du nom françois, nous nous estendrions à le vous escrire, mais Tos prudences n*ont besoin de nostre Instruction ; il nous suffira de vous dire que ; depuis la venue de ces députez du roy d'Espagne, ils ont assez fait cognoistre par leur dire et actions le venin qu'ils ont préparé pour empoisonner ce royaume. Ils disent maintenant une chose , maintenant Tautre.

i Ces grands zélateurs de l'honneur de Dieu et de la France ne demandoient au comnaencement , sinon qu'il fust pourveu à ce qui concerne la seureté de la religion catholique. Vous le nous avez mandé et fait imprimer. Ce zèle de religion les a fait entrer en goust de demander le royaume pour un Aliemant que presque on ne sçavoil pas en ce royaume s'il estoit au monde, et avec cest Âllemant ils veulent, contre la loy salique, loy fondamentale du royaume, mettre le sceptre entre les mains d'une fille. Yoyans que leurs finesses n'avoient pas succédé de ce costé là , ils proposent de bailler la fille d'Espagne à celny que le roy des Espagnols choisira , c'est-à-dire qu'ils vous demandent que vous mettiez l'eslectlon de ce royaume au jugement et discrétion d'un roy qui en a tousjours esté le plus certain ennemy, et le proposent avec tant de finesse, que les aveugles peuvent voir qu'ils n'ont autre but que de perpétuer nos misères, n'espargnans pour cest effect ny parolles , ny argent, ny promesses , qu'ils sçavent bien ne pouvoir estre contraints d'observer, pour nous tenir tousjours desunis , et nourrir Tinimitié et la zizanie qu'ils ont semé parmy nous. Ils font e&tat que , sur 1^ délibération de nommer celuy qui |

devra espouser madame l'Infante , ils feront aisément couler une couple d'années, et n'estiment pas , attendu la nécessité en laquelle ils croyent nous avoir réduits , que le corps de cest Estât puisse subsister si longuement.

» Messieurs, nous sommes contraints d'user de ce langage envers vous, non pour estimer que vous n'y voyez aussi clair et plus clair que nous , mais pour ce que nous desirons que vous et un chacun sçache quelle est en cela nostre opinion ; surquoy ne pouvons prendre autre resolution que de nous affermir et roidir de plus en plus à nous opposer aux mauvais et pernicieux desseins des ennemis communs de cest Estât. Ce n*est pas que nous ne cherchions par tous moyens possibles aux hommes qui ont Dieu , Thonneur et la charité de leur patrie devant les yeux , de nous reconcilier et reunir avec vous.

• Nous estimons que le but où doivent tendre les gens de bien est de pouvoir vivre en repos avec dignité. Ce mot de repos comprend l'un et l'autre , consistant en ce qui concerne la conservation de nostre religion , de nos honneurs , vies et biens. Si ceste guerre ne se fait pour autre occasion , nous ne voyons pas chose qui doive empescher que nous ne vivions les uns avec les autres en paix , concorde et toute amitié. C'est le désir commun de tous les gens de bien qui servent Sa Majesté. Ils ne prétendent aucun droict sur vos biens. Ils estiment que le mal qui vous advient est le leur propre , et s'asseurent tant de vos boutez que vous n'estimez pas que leur mal soit vostre bien. Ils désirent vostre conservation, vous tenans pour membres trèshonorables et très-utiles au corps de ceste couronne , pour le soustenement et honneur de laquelle ils combattent et combattront jusques au dernier souspir de leurs vies. Quand ils se perdront vous perdrez vos frères et bons amis , qui méritent d'estre tenus pour bons et nécessaires appuis de la monarchie françoise. Ils font de vous et de vostre valeur le même Jugement.

» Quelle malédiction nous peut maintenant conseiller d'aguiser nos cousteaux contre ceux ausquels nous sommes obligez de désirer tout bien et prospérité? Nous desirons sur toutes choses que la religion catholique soit conservée , et que l'ordre ancien en la succession de la couronne soit observé. Dequoy pouvons nous donc estre accusez , si ce n'est de ce que nous ne voulons et ne pouvons consentir de souffrir le joug des anciens ennemis de la France ? S'il y a chose que de part ou d'autre soit demandée avec raison , celuy qui s'y opposera sera jugé desraisonnable; il en sera blasmé tout le temps de sa vie , et sa mémoire sera hootcu&cct dctes^

CHBONOLOGIB NOVBNàIBX DB PALMA CAYBT. [I69t]

table à la postérité. Au contraire, la mémoire de ceux qui s'employèrent loyaument à délivrer leur patrie du danger extrême où le malheur Ta précipitée, demeurera perpétuelle et très-honorable aux siècles à venir, et eux vlvans seront aymez, respectez et honorez de tons les gens de bien, comme vrays enfans de Dieu et vrays François.

• Nous estimons , à la vérité , que nostre maladie est très grande, très dangereuse et presque mortelle. Mais nous n'estimerons point qu'elle soit incurable, s'il plaist aux gens d'honneur et de valeur, tant d'un party que d'autre , se despouillans de toutes autres passions que de lareligion et de TEstat, considérer meurement les causes et les remèdes qui se peuvent apporter à nostre mal. Gomme un navire agité des vents et des vagues , s'il donne sur un banc , force est qu'il s'ouvre , tellement que , prenant eau , s'il n*est promptement conduit à quelque port ou radde , il va à fonds et se perd avec les hommes et tout ce qui est dedans, mais, estant arrivé à port , il peut estre secouru et ce qui est dedans sauvé , avec le navire que Ton pourra refaire et remettre en aussi bon estât qu'il estoit auparavant ; ainsi nous dirons qu'il adviendroit à ce royaume , qui a donné sur un banc , sur un escuell de sédition qui Ta misérablement ouvert aux estrangers. Il est en un très-évident danger de se perdre et couler à fond si nous tardons de le conduire au port de la paix. Mais nous voulons espérer, avec la bonne ayde de Dieu, que nous serons si heureux que de nous bien résoudre à Une bonne reconciliation, que non-seulement nous nous garantirons de la violence de nos en* nemis , mais aussi que nous reprendrons nos premières forces et le mesme degré d'honneur et de prééminence que ce royaume a tenu depuis mil ans en çà sur tous les royaumes de la chrestienté. C'est le but où nous tendons que de con* tinuer ceste monarchie françoise ; c'est le but où tend l'Espagnol que de l'abattre, et vous sollicite, pour cest effect , avec une si violente importunité, que vous procédiez, nous ne dirons plus à Teslectiou d'un nouveau roy, mais que vous luy en donniez la nomination. Nous estimons d'estre bien fondez en nos opinions que l'élection qui se feroit eu ce royaume d'un autre roy que celuy que Dieu et la nature nous a donné , mettroit les affaires de la religion catholique et du royaume de France au plus misérable estât qu'on l'ait veu depuis mil ans en çà. Aussi n'estimons-noos pas que vous voulussiez ny puissiez , comme aussi Il n'appartient à aucun, quel qu'il soit, de violer la ioy fondamentale du royaume qui donne la couronne au plus proche en degré en ligne mas-

culine au roy dernier decedé. LesehoMsàvtnlr sont invisibles , et H n'y a rien de oertalD que ce qui est de Dieu et du passé.

» Le plus certain Jogem^ent que nous pouvoM faire de l'advenir est de nous resoadre par ee qui est passé. Ceux qui disent que c'est cboM aisée de oster la couronne au Roy , ne se remettent pas assez devant les yeux qu'estant aatovice du fen Roy tout ee qui est maloteoant joint au party dont est chef M. le due de Mayenne , comme aussi estoient tous les catholiques qui sont demoures fermes et eonstaman service de Sa Majesté, le Pape, le rgyd'Eiptgne faisans toute assistance audit feu Roy, (pi fût aussi favorisé des deniers des YeuitieDi et du grand duc de Toscane , ce neantmoins Um ces potentats, toutes ces grandes forées, ne peurent abatre ce Roy n'estant lors que roy <le Navarre.

• Maintenant que, légitimement etseloola ordres du royaume , il porte sur sa teste la couronne de France , s'estant fait maistre d'uo m grand nombre de villes et pays, luy ayant tons les princes de son sang , autres prinoes , tous les officiers de la couronne , un excepté, et la ao* blesse en un nombre si inflny , fiiit une si grande et si expresse déclaration de la volonté qQils ont de le servir, et luy rendre toute fidèle obeys* sance ; se trouvant aussi fbrtiflé de tant d'ami* tiez et alliances des potentats estrangers, eonuDe se peut il dire que ce soit chose aisée de lay okter ceste couronne ? Il se peut dire avec beaocoup d'apparence qu'il est aisé, avee rappnj des princes qui soustlennent le party qui toy ot contraire, de continuer longuement « ou plostost perpétuer nos misères et calamités qae a royaume a souffertes depuis cinq ans eu çà. i quoy de vostre part nous desirons défont lecorar qu'il y soit remédié. Vous prions et oonjeroos. au nom de Dieu , et par la charité qui est detè à la patrie, de tous Joindre et unir avec nous es ce sainct désir , et nous fortifier de vos bonoee voiontez. 11 faut que de part et d'antre nous oooi efforcions de couper la racine à ee mal de diflsion par tous moyens possibles.

• Nous sçavons assez que nu eononis ne prennent outre argument pour nourrir entre nous la division , et ne oouTrent leurs maanises voiontez que du manteau de religion : c'est ce qu'ils ont ordinairement en la bouche, etqnll* ont le moins dans le cœur. En fin cfaaean t veu et sçail maintenant que l'apostume de leur exécrable ambition est erevée. Il n'y t bon François qui ne soit ofXencéde la puanteur qui en sort.

s Nous accordons avec vous qull liut que de

CHAONOLOG» NOYENÀUa DB PALMA GAYET. [159S]

partetd'aQtreiunis soyons pradens; aussin'esMI pas question de vouloir estre prudent plus qu'il ne faat. Il y en a qui disent que , si les catholiques estoient Joints ensemble , il seroit aisé d'ostir la couronne au Roy. Qui nous garantira que les catholiques qui entreprendront de luy oster la couronne viennent à bout de leur entreprinse? Il y a trop plus d'apparence que si le Ray eust esté destitué de rassistance de ses subjets catholiques , et ftist venu à bout de ses ennemis , comme toutes choses qui se décident par le Jugement du Cousteau sont douteuses et incertaines, que la trop grande prudence dont l'on eust voulu user à cercher un autre roy n'eust servy d'autre chose que de haster sans aucune nécessité la rayne de la religion catholique ; car, estant ainsi que l'on seroit venu à conseils extrêmes, il estoit fort à craindre qu'aussi de l'autre part on ne fust venu à conseils extrêmes.

> Quelle nécessité nous a deu ou doit forcer à prendre un conseil si hazardeux, que d'exposer ia religion catholique à un si grand et si évident danger , et avec la religion ce beau royaume de France, nostre douce patrie, nos honneurs, nos Uens et nos moyens, s'il sera procédé à l'élection d'un autre roy? Il se peut dire qu'au lieu d'avoir trouvé le chemin du repos et de la paix l'on aura basty en ce royaume un temple à la discorde, un autel dressé à la continuation et perpétuité de nos misères , qu'il n'est besoin que nous vous représentions parce que vous en souffrez vostre bonne part, comme aussi nous y participons à la bonne mesure ; non plus que nous De pourrions souffrir l'ardeur de deux soleils s'ils estolent au ciel , aussi ce royaume de France ne peut souffrir la domination de deux roys.

» Nous lisons en nostre histoire les sanglantes batailles qui ont esté données entre les François, et ruynes extrêmes advenues en ce royaume es temps des deux premières races de nos rois, à cause que le royaume se divisoit lors entre les enfans des roys. L'histoire dit qu'en ces batailles il s'y eutretuoit un si grand nombre de noblesse françoise, que depuis ce temps-là le royaume n*avolt peu estre remis en sa première splendeur. Les roys successeurs de Hugues Gapet ont trop mieux advisé à la seureté et repos de cest Estât, laissans la monarcbie et souveraineté à leurs fils aisnez , ou au plus proche en degré de leurs successeurs en ligne collatérale. Nous dirons donc que ceux qui auroient consenti à l'élection d'un autre roy auroyent esleu ia voye de voir en ce royaume , tout le temps de nos vies et celles de DOS enftins, tout malheur, roy ne et désolation ; car , pour fiûre Jouyr en paix de ceste couronne celuy qui auroit esté ainsi esleu , il faut , ou que

le Roy à présent régnant luy cède volontairement la place, ou qu'il soit forcé de le faire. Qu'il vueille céder de son gré une telle dignité, il n'y a homme si fol qui le croye. Aussi peu doit-on croire que ce soit chose aisée de l'en despoûiller. On l'a veu en campagne combattre contre un plus grand nombre et principalles forces des princes qui vous assistent Joinctes aux vostres. Vous avez cognu quelle est sa valleur , et m'asseure que ses ennemis, s'ils ne se veulent faire tort, ne diront point que ce ne soit un prince très-genereux et très-valeureux , et le plus digne de bien deffendre la couronne de France qu'homme qui soit sur la terre. Si tost que l'on auroit esleu un autre roy, la nécessité contraindra les uns et les autres de se résoudre à conseils extrêmes. II n'y aura plus nul moyen , et le Roy qui règne à présent , auquel Dieu a donné la couronne, et celuy qui se pretendroit avoir esté esleu , voudront user de puissance royale contre ceux qui leur desobeyroient , qui est de confisquer , bannir et faire mourir ceux qu'ils auront déclaré rebelles. Pourquoy est-ce que, sans nécessité et comme de gayeté de cœur , nous attirerons sur nos testes ceste calamité avec Tembrazement , ruy ne et désolation de notre patrie? Aucuns disent que c'est le zèle de religion , la conservation de leurs vies, biens et honneurs, qui les &it prendre ce hazard. Si l'on peut obtenir par la paix ce que Ton désire , il n'est pas question de se mettre si avant au labyrinthe de ceste guerre , que l'on a trouvée plus longue et plus rude à supporter que les uns et les autres n'estlmoyent lors qu'elle commença. Ayans donc esprouvé combien la rigueur de la guerre nous a apporté de ruyne , essayons maintenant ce que pourra la raison et ia douceur, et ne mettons pas en ligne de compte quelques vaines espérances que l'on propose , que vous trouverez en fin n'estre autres que songes d'hommes malades et inventions de ceux qui ont conjuré nostre ruyne. En fin ceste élection n'apporteroit à vostre party que ce qui y est desjà , et qui n'a servy et n'a peu servir Jusques à présent qu*à vous ruyner , et nous avec vous. Pardonnez nous si nous nous advanceons jusques là que de vous dire que telles Inventions ne serviroyent qu'à vous diviser , et , au lieu d*attirer de vostre costé les princes et la noblesse qui sert le Roy, vous les lieriez et affectionneriez davantage à continuer le service de Sa Migesté ; estant aussi à croire que plusieurs d'entre vous prendroyent opinion que tels conseils ne sont pas pour finir la guerre, mais plustost pour la perpétuer tout le temps de nos vies. Pour nostre regard , nous protestons , devant Dieu et devant les hommes

CMfiOMOLOGlB NOVBNAIBE J>£ PALUA CAYfiT. [1693]

que nous u^avons obmls chose qui soit au pouvoir pour parvenir avec vous à une bonne et saincte réconciliation, comme vous vous estes déclarez, vous conformans à nos désirs, que vous souhaittiez quMI pleust au Roy prendre une bonne resolution de se reconcilier à TËglise. Nous nous y sommes loyaument et fort vivement employez pour le zelepremierement que estimons que ce seroit le salut de TEstat, nostre grand bien , comme aussi nous sçavons que ce seroit le vostre. Et n'avons mis en oubly qu'il y a plus de deux ans que les principaux de vostre party ont fait dire au roy que c'estoit leur principal désir , la seule cause, pour n'estre en cela satisfaits , qui les contraignoit de demeurer armez : et de ce que nous nous en remettons à ceux qui en ont porté la parole , qui sont personnages d'honneur ; et ne faut pas croire qu'ils ayent mis en avant un tel propos sans en avoir eu charge bien expresse. Les maux que depuis ce temps-là et vous et nous avons soufferts , nous enseignent assez qu'il est maintenant requis plus qu'il ne fut oncques que nous demeurions fermes et constans en la mesme resolution, de laquelle seule, après Dieu, dépend la conservation et le repos de cest Estât. Quand nous vous avons proposé en la conférence que le Roy contenteroit tous ses bons subjects catholiques au fait de la religion , vous nous avez dit que vous vous en resjouyssiez , le desiriez de tout le cœur, priiez Dieu qu'il iuspirast au cœur de Sa Majesté ceste bonne volonté de se reconcilier avec le Sainct Siège ; que de vostre part vous envoyeriez par devers Sa Saincteté pour avoir son bon et paternel advis sur Testât des affaires de ce royaume, feriez tous bons oftices, nous prians de nous vouloir comporter en sorte qu'il n'avinst aucun schisme en l'Eglise catholique , et que nous nous emploiassions à contenir toutes choses en douceur et au chemin de la paix et union qui nous est si nécessaire. Messieurs, nous n'avons rien obmis de tout ce qui est en nostre pouvoir afin de vous donner tout le contententement que vous pouvez attendre de personnes qui vous ayment et désirent vostre amitié. Le Roy s'est déclaré qu'il accordera volontiers une trefve afin de donner quelque relasche à son pauvre peuple de tant de misères que la guerre luy fait souffrir. Il y a maintenant cinq sepmaines que cela vous a eslé proposé de nostre part, et réitéré à nostre dernière conférence. Nous avons avec beaucoup de patience et d*iQcommodités attendu vostre response. Ce u*est pas la nécessité des affaires du Roy qui nous en a fait parler. Sa Majesté avoit lors son armée preste ; qui a durant ces longueurs exécuté la

prinse de sa p^tuvre ville de Dreux , qui a souffert ce que les ennemis de ce royaume désirent, au très-grand regret de Sa Majesté et de ses serviteurs, dont il vous peut assez aparoir parte que , sur la nouvelle que l'on eut de rentreprise de Dreux , nous vous iismes entendre que voos vous deviez haster de nous faire respoo&e. Noos en avqns esc^it à Sa Majesté , qui nous a îtài sa bénigne response qu'encor qu'elle eust pour asseuré la prinse de ladite ville , si est-ce qu'elle voulolt donner au bien public le dommage qu'elle pouvoit souffrir pour ne l'avoir remise en soo obéissance. Messieurs , nous ne pouvons regarder à yeux secs les calamitez de ce royaume, la désolation des bonnes villes, et sur tout de celle de Paris qui a desjà tant souffert. Il ne s'agit pas icy des feux qui^se mettent en la Tartarie ou en la Moscovie. C'est nostre patrie qui brusle, qui se perd , qu'on réduit en poudre et en ceu* dres. Nous en pleurons et gémissons dans doc cœurs. Nos misères font pleurer nos amis et rire nos ennemis , qui est l'extrémité des malheurs qui peuvent advenir aux hommes. Nous sommes attendans vostre response que nous avons iot^ rest de sçavoir en bref : et comme nous pensons, et pensons le bien sçavoir , la bonne ville de Paris y est plus intéressée que nulle autre : elle ni desjà que trop souffert, où on ne sçavoitqoe c'est que de souffrir. Nous n'ignorons pas que les Espagnols vous veulent palstrede l'esperauee de leurs armées qui ont esté Imttues quand elks ont voulu combattre, et depuis ont fuy le combat comme la peste, eslimans qu'ils fout assez de nous ruyner, consommer nos forces et faire mourir par nos propres armes la noblesse fraoçolse, tant d'une part qued*autre. Quelque année qu'ils puissent faire venir près de Paris, qui oen approchera point qu*à leur grande honte et cou* fusion , elle ne servira de rien que d*ache\er et consommer les vivres qui sont encore en ce5te lK>nne ville poTur en faire approcher Farmée du Roy, qui se trouvera lors fortifiée de la grâce de Dieu qui aura reûny Sa Majesté à la religion catholique. Ce qui redouble le courage à tous ses bons sujets calholiliques, qui pour rien du monde ne lepourroyeut maintenant abandonner; et nul d'eux ne le peut plus faire, si ce n'est en abandonnant son hooneur, les ayant Sadite Majesté gratifiez d'un don qui leur est si cher et si précieux que de s'estre déclarée de si bonne volonté à se joindre à eux en la religion catholique, et à tesmoigoer par tous bons effects à nostre S Jnct Père l'houneur et respect qu'il iuy veut porter et à tous ses successeurs au Sainct Siège apostolique. Nous vous disons derechef que ceste saincte résolu*

CHKONOLOGIE NOVBNAIBB DE PALMÀ CÀYBT. [1693]

UoB de Sa Mi^esté a redoublé le oœor aux ca- > tholiques , que les principaux ont dit que bien qu*il leur aye esté grief de voir cy-devaat consommer tous leurs revenus à la suite de ces guerres , que maintenant ils vendront fort volontiers leurs plus beaux héritages pour tesmoigner à leur bon Roy, s'estant fait catholique, Taffection qu'ils ont de s'opposer à tous ceujL qui entreprendront contre son autorité. Ils considèrent , et nous avec eux , que ceste guerre ruine la religion catholique, apporte toute confusion et desreglement en tous les ordres du royaume, remplit nostre nation de tous vices, corruption de mœurs, mesprisde toutes loix divines et humaines, que la justice est foulée aux pieds et sousmise à la violence des plus forts et des plus meschans. Considèrent que nous voyons desjà plus d*un million de familles reduitesà pauvreté, la plus-part à mendicité , qu'il n'y a presque un seul ecclésiastique qui Jouysse en repos de son bénéfice , la plus-part sont dechassez , le service divin est abandonné; se contrbtent, voyans qu'une partie des subjets de ce royaume se trouvent sans pasteurs ecclésiastiques et administration des saincts sacremens, que les princes mesmes et principaux seigneurs ne peuvent Jouyr de leurs revenus. Considèrent par là à quoy est réduite presque toute la noblesse, se représentant devant les yeux en quelle décadence, ruyne et desespoir sont tombées toutes les villes de ce royaume, et principalement celles qui suivent vostre party. Mais sur tout ils ont une extrême compassion du pauvre peuple des ciiamps, du tout inoocent de ce qui se remué eu ces guerres. Les raisons déduites cy-dessus, et plusieurs autres que nous obmettons pour briefveté, nous font du tout résoudre que nous ne pouvons ny devons avoir, de part ny d'autre, aucune espérance de salut en ceste guerre, la continuation de laquelle pourroit faire perdre la religion, TEstat , et tous les gens d'honneur et de valeur qui affectionnent la conservation d'iceluy. Nous avons desJà souffert infinies calamitez au désir, au souhait et à la dette de nos ennemis. L'Espagnol a Jette les yeux sur nous, et fait son compte que la perte de cest Estât ne peut advenir au profit de ceux qui s'entrebattent maintenant. C*est pourquoy il favorise si puissamment ceste division , que nous prions Dieu de vouloir bien lost finir par une bonne reconciliation entre nous, à sa gloire premièrement, conservation du nom et de la couronne françoise, repos et contentement de tous les gens de bien , tant d'un party que d autre. Il a pieu à Dieu nous visiter par la rigueur de beaucoup de misères et calamitez que nous avons souffertes , nous les pren-

drons pour admonestement d'un bon père, si nous voulons estre appeliez ses enfans. Ce que Jusques à présent il n'a pas permis nostre entière ruine , comme il semble que toutes choses y estoient et sont encores disposées, nous le devons recevoir pour un offre qu'il nous fait de sa grande miséricorde. Il nous donne temps pour nous recognoistre et suivre meilleurs conseils, ayans esté assez advertis , par l'expérience des maux que de part et d'autre nous avons soufferts, que le chemin qui a esté suivy Jusques à présent est le chemin de la mort de ce royaume. Nous vous prions de nous pardonner si peut estre nous avons parlé de ces affaires avec plus de véhémence que quelques uns ne voudroient. Nous adressons ceste lettre à personnages de grand honneur que nous estimons aymer et affectionner la prospérité de cest Estât ; et pensons que si les gens d'honneur qui sont parmy vous se voudront déclarer aussi ouvertement de ce qu'ils ont sur le cœur, comme font sans aucune pudeur ceux qui sont contraires à la paix, que le nombre de ces protecteurs de la sédition et guerre civile se trouvera si petit et de si peu déconsidération , que nous ne tarderons longuement à voir une bonne et heureuse fin à nos malheurs, et ce beau royaume remis en son ancienne splendeur et dignité. Et sur ce, messieurs, nous prierons Dieu , après nous estre humblement recommandez à vos bonnes grâces , de vous donner trèsbonne et très- longue vie.

c C'est de Sainct Denis , le vingt troisiesme Jour de Juin 1593. i Et au dessous estoit escrit : « Vos humbles et affectionnez à vous faire service, R., archevesque deRourges, Rellievre, Chavigny, Gaspard de Schomberg, Camus, A . de Tbou, et Revol. » Et à la sulràcription estoit . aussi escrit : « A messieurs, messieurs les députez de la part de M. le duc de Mayenne et de l'assemblée estant de présent à Paris, t

Voyià ce que mandèrent les députez royaux à ceux de l'union qui avoient conféré avec eux , ainsi que nous avons dit cy dessus. Mais l'autheur du dialogue du Manant et du Mabeustre dit qu'au mois de Juin 1593, les Espagnols ayans receu advertissement certain que le Roy se vouloit faire catholique, suivant la resolution et promesse qu'il en avoit falct à sa noblesse , en la ville de Mante, |e 25 (1) de may 1593, et après en avoir conféré avec le légat et leur conseil, oonsiderans la conse(|uence de la conversion du Roy, et d'ailleurs l'opiniastreté des estats tenus à Paris, qui ne vouloient entendre à l'infante d'Espagne seule, ny à l'arcliiduc Ernest, et après

(i) Liiez le 15.

CKAON0I.0OU NOVBRAIHM DB PALMA GÀYBT. f 1691]

avoir faict tout ce qui lear estoit possible pour radvantage de Tlnfante et dudit archiduc Ernest , et voyant qu'ils D*y gaignoyent rien, au contraire que les affaires des catholiques affectionnez s'en alloyent terrasser, et les estats rompre , lors, et à temps prefix et nécessaire, ils se transportèrent en rassemblée des estats tenus au Louvre, où, après plusieurs remonstrances faictes pour gratifier l'Infante et l'archiduc Ernest , en fin lascherent le mot secret qu'ils avoient, qui estoit d'accorder le mariage de l'In&nte avec un prince françois , y comprins la maison de Lorraine, à la charge qu'ils seroient eslens et déclarez par lesdits estats et royne de France in solidum, et fut ceste offre fiiicte en plains estats, en la présence du duc de Mayenne , des ducs de Guise, d'Aumalle et d'Elbœuf, et en la présence du légat, du cardinal de Peivé, et des prélats de leur suitte, qui en furent fort Joyeux . Et le lendemain furent députez quatre de chacun ordre desdits estats pour communiquer avec lesdits Espagnols, en la présence des princes et prélats, en la maison du légat, a Ceste déclaration , dit eest autheur, donna martel en teste au dac de Mayenne , parce qu'il avoit ony le vent qu'ils vouloieut nommer le duc de Guise. Eu fin le president Janin luy donna un conseil de dilayer oest affaire, et ce pendant amuser les Espagnols sur la suffisance ou insuffisance de leur pouvoir, lequel ne pourroit estre vallable, estimant qu'il ne portoit aucune nomination , et que , n'ayaus pouvoir de nommer, pendant que le temps de la nomination viendroit , le duc de Mayeune donneroit ordre à ses affaires, envoyeroit en Espagne, à Rome, et autres endroits pour gaigner le oœur des potentats estrangers en sa faveur ou de son fils , et que pardeçà il failloit accorder la trêve avec le roy de Navarre , par le moyen de laquelle toutes choses demeureroient en surseance. »

Voylà l'opinion de cest autheur. Maïs la cour de parlement de Paris , qni eut Tadvis de ladite proposition faicte de transporter la couronne en maison estrangere [eux qui à la procession fiiicte au mois de may dernier avoient porté les sainetes reliques du roy sainct Loys, dont il y avoit encor tant de braves princes ses nepveux], prevoyans le mal qui adviendroit si on changeoit l'ordre de la loy salique, donnèrent et firent publier l'arrest cy dessous.

« Sur la remonstrance cy-devant faite par le procureur du Roy, et la matière mise en delibetioo, la cour, toutes les chambres assemblées , n'ayant, comme elle n'a Jamais eu, autre Intention que de maintenir la religion catholique , apostolique et romaine en TEstat et couronne de

France sous la proteetlon d'un loy très-dimtien , catholique et françois , a ordonné et ordonne que remonstrances seront Mes cette après-disnée par M. le président Le Maistre, assisté d'un bon nombre de ladite oonr, à M. di Mayenne, lieutenant gênerai de l'Estat et couronne de France , en la présence des princes et officiers de la couronne estans de présent en ceste vUle, à ce que aucun traitté ne se feoeponr transférer la couronne en la main de princes oi princesses estrangers, que les loixfondamentaltf de ce royaume seront gardées , et les arroti donnez par ladite cour pour la déclaration d'im roy catholique et françois soient exécutes, et qu'il ait à employer Tauthorité qui luy est commise pour empescher que, sous le prétexte de ii religion, la couronne ne soit transférée en maii estrangere contre les loix do royaume , et poor venir le plus promptement que faire se pourra ao repos du peuple, pour l'extrême nécessité do qui il est rendu , et neantmoins, dez à présent, a d^ claré et déclare tous traictez faits et qui se feront cy après pour l'establissement d'un prince oa princesse estrangere , nuls et de nul efifeet et va* leur, comme faits au préjudice de la loy saliqoe et autres lois fondamentales du royaume di France. Fait à Paris , le 38 Juin 159S. ■

Sitost que le duc de Mayenne eut eu advisde cestarrest, il envoya M. de Belin an palais k dernier Jour de Juin au matin , lequel pria le président Le Malstre de vouloir aller IncoatiDeot après-disner au logis de M. Tarchevesque de Lyon, où ledit sieur duc de Mayenne seroit, et qu'il s'accompagnast de deux des conseillers de la cour, tels qu'ils les voudrolt choisir : ee qee ledit sieur président fit, ayant pris pour l'accompagner les sieurs de Fieury et d'Amours. Estaos arrivez audit logis, ils y trouvèrent ledit aieur duc de Mayenne avec l'archevesque de Lyon et lesieurdeRosne.

Après que ledit président, assisté desdits cosseillers, eut dit audit sienr duc que M. de Belin luy avoit dit qu'il desiroit de parler à loy, etqolb y estoient venus pour sçavoir ce qu*il desiroit d'eux, M. de Mayenne luy dit que la eoor loy avoit fait un grand tort et affront, et que, vcd le rang qu'il tenoit de lieutenant gênerai de la couronne, ladite cour avoit usé de bien peu de ro« pect en son endroict d'avoir donné son arrest lundy dernier , et que, comme prince et lieutenant gênerai de l'Estat , et pair de France, oe l'en devoit advertir, comme aussi les autres princes et pairs de France qui estoient en ceste ville, pour, si bon leur eut semblé, s'y trouver: à quoy fut respondu par ledit président que , pour le respect et honneur que la eour portait

CHRONOLOGtl NOTBHAllIB DB FÀLMA CATBT. [169S]

Mdit lieiir duc, elle Tavelt adverty, dès le vendredy précèdent, de ce qui se devolt traitter au parlement, et que, suivant na prière, ils avolent difTeré leur assemblée Jusques au lundy, mais que, n'ayant eu aucune de ses nouvelles, la cour auroit trouvé bon de passer outre , comme elle avdt fait, et que, si il eust esté présent, il eust eogneu que la cour ne parla Jamais des pMnces que avec autant d^honneur et de respect comme elle avolt fait de luy, et que l'intention de la eour n*estoit point de mesoontenter personne, ains de fkire Justice à tous.

Suree Tarcbevesque de Lyon prit la parole, et, avec eollere , dit aussi que la eour avoit fait un grand affront audit sieur duc d'avoir donné on tel arrest qui pourroit causer une division dans le party de l'union à i'advantage de Tennemy.

Ledit sieur président luy répliqua soudain, et luy dft que M. le duc de Mayenne avolt usé de oe mot d'affront qu'il avoit passé sous silence pour rhonneur et le respect que la cour luy porloit en gênerai et en particulier, mais que de luy il ne le pouvoit endurer pource que la cour ne hiy devoit aucun respect, au contraire quec'estoit luy qui le devoit à la cour; que la cour n'estoit point affironteuse , ains composée de gens d'honneur et de vertu qui faisoient la Justice , et qu'une autrefois il parlast de la cour avec plus d'honneur, de respect et de modestie. M. de Mayenne lors luy dit qu'il ne trouvoit point cela tant estrange de tout le corps de la cour que d'aucuns particuliers et des plus grands d'icelle, lesquels il avoit advancez aux plus belles charges et dignitez. Alors ledit sieur président luy fit response que s'il entendoit parler de luy, qu'à la vérité il avoit receu beaucoup d*honneur de luy, estant poorveu d'un estât de président en Iceile, mais neantmoins qu'il s'estoit toujours conservé la liberté de parler franchement, principalement des choses qui concemoient l'honneur de Dieu , la Justice et le soulagement du peuple, n'ayant rapporté autre fruict de cest estât en son particulier que de la peine et du travail beaucoup, lequel estoit cause de la ruine de sa maison , et que luy estoit exposé à la calomnie de tous les meschans de la ville. M. de Mayenne leur ayant dit que cest arrest seroit cause d*une sédition et division du peuple, et qu*on les voyolt desjà assemblez par les ruës^à murmurer, mesmes que depuis deux Jours l'ennemy, estant adverty de cest arrest, s'estoit présenté la nuict près de ceste ville pour voir s'il pourroit entreprendre quelque chose, à cela fut respondu que s'il y avoit aucun qui fust si hardy que de eomm^icer une sédition, on en advertist

la eour, laquelle sçavoit fort bien les moyens de chastier les séditieux, et qu'ils s'asseuroient tant du peuple qu'il ne demandoit rien que le restablissement de la Justice. Quant aux ennemis, qu'il pensoit que c'estoit un faux donné à entendre par la menée des Espagnols.

L'archevesque de Lyon, prenant la parole , dit que s'il advenoit maintenant de traitter la paix avec l'ennemy, que l'honneur estoit déféré à la cour, et non pas audit sieur duc de Mayenne. A quoy luy fut respondu que la cour estoit assez honorée d'elle -mesme, et qu'elle ne cerchoit point rhonneur ny l'ambition ; et prièrent ledit sieur duc et les autres de leur dire s'il y avoit quelque chose en Tarrest qui ne fust de Justice et qui les ait peu tant offensés, car, quant à eux, ils ne pensoient point que , pour soustenir les loix fondamentales de ce royaume, et pour maintenir la couronne à qui elle appartenoit et exclure lesestrangers qui les vouloient attraper, ils ayent fait autre chose que ce qu'ils dévoient foire , au contraire que cest arrest pourroit servir pour reconcilier et réunir tous les bons catholiques françois à la couronne; et, quant audit sieur président, il leur dit qu'il souffriroit plustost cent fois la mort que d*estre ny espagnol ny hérétique.

Ledit sieur de Bosne , parlant à M. de Mayenne, luy dit que ledit président luy avoit dit, quand la cour fatsoit quelques remonstrances aux roys ou aux princes , que ce n'estoit par nécessité, ains seulement quand elle trouvoit bon de ce foire. A cela ledit président dit qu'il confessoit l'avoir dit et le soustenoit , et dit audit sieur de Rosne qu'il ne luy pouvoit rien monstrer en sa charge , de laquelle il s'acquittoit aussi bien que luy de la sienne.

M. de Mayenne , pour mettre fln à ces discours , leur dit que , s'il eust esté adverty , et luy et les princes s'y fussent trouvez. A quoy fût respondu que la cour estoit la cour des pairs de France , que , quand ils y vouloient assister, ils estoient les bien venus , mais que de les en prier elle n'avoit accoustumé de ce foire.

Voylà quelles furent les paroles qu'eurent ledit sieur duc de Mayenne et le président Le Maistre sur le susdit arrest. Aussi de tous les quatre présidents de la cour qui avoient esté pourveus par M. de Mayenne, il n'y eut que cestuy-cy auquel le Roy donna , à la réduction de Paris , l'office de président.

Nonobstant toutesfois, le cardinal de Plaisance et les ministres d'Espagne craignans que le duc de Mayenne et ceux de l'assemblée de Paris n'accordassent quelque trefve avec le Roy, ils s'ayderent de toutes les luvenUona qu'ils pu-

GHfiOIVOLOGlB NOVBNAlfiS DB PALMA CAYBX, [1699|

rent, tant pour Tempescher que pour foire que cest arrest, qu'ils appelloient prétendu y f ust sans effect par le moyen de la nomination d'un roy qu'ils poursuivirent plus qu'auparavant, affin de rendre les François, en une guerre les uns contre les autres , sans espérance de reconciliation. Voyant que la protestation qu'avoit fait foire dez le 13 de juin ledit sieur cardinal de Plaisance comme légat , par le cardinal de Pelvé , qui la fit en toutes les chambres de leur assemblée , pource que ledit sieur <;ardinal de Plaisance estoit lors malade, et qu'elle n'avoit servy de rien, qugy qu'il la fist publier en ces termes:

« Je veux bien aussi protester, pour mon particulier, qu'estant l^at du Sainct Siège en ce royaume , je n'approuveray jamais aucune chose qui répugne tant soit peu aux sainctes intentions de nostre Sainct Père, maisplustost me retireray incontinent de ceste ville et de tout le royaume , où l'on traitteroit cy-après avec l'heretique de paix ou de trêve , ou d'autre chose quelconque qui puisse luy apporter aucun advantage. Plus, et en outre, parce que nostre Sainct Père cognoist assez que le salut de ce très-noble royaume dépend entièrement de Teslection d*un roy très-chrestien, il vous plaira aussi, monseigneur [ parlant au cardinal de Pelvé ] , d'exciter , tant qu'il vous sera possible, messieurs desdits estais , de la part de Sa Saincteté, de vouloir, le plus promptement que foire se pourra , eslire un roy qui soit non seulement de nom et d'effet très-chrestien et vray catholique , mais qu'il ait encore le courage et les autres vertus requises pour pouvoir heureusement reprimer et anéantir du tout les efforts et mauvais desseins des hérétiques. C'est la chose du monde que plus Sa Saincteté presse et désire. C'est à quoy tendent tous les vœux des bons catholiques , et ce que principalement requiert la nécessité des affaires publiques. C'est en somme Tunique fondement sur lequel cet affligé royaume semble avoir estably l'entière espérance de son salut , etc. •

Voyans donc que ceste lettre exhortative n'avolt fait qu'arrester pour un temps la délibération de la trefve avec le Roy, et que la noblesse qui estoit en ceste assemblée de l'union avoit esté d'advis de la faire pour tel temps et à telles conditions que M. de Mayenne trouveroit bon , et qu'il seroit supplié d'y vouloir entendre et la faire trouver juste et raisonnable, tant audit cardinal de Plaisance qu'aux ministres du roy d'Espagne , pour les rendre capables des causes et occasions d'icelle , et que le tiers estât aussi avolt trouvé bon de s'en rapporter audit sieur duc, et qu'il n'y avoit eu que ceux du clergé qui s'y opposoient, ils adviserent que pour rompre tous

ces desseins de la trefve , qu'il falMl user doue finesse , et que les ministres d'Espagne exposeroient que l'intention du Boy leur maistre estoit de nommer M. de Goyse pour roy avee Tinfante d'Espagne , pensans qu'à ceste seolc nomination tout pourparler d'accord ou de trefve seroit rompu.

Suivant ceste resolution , le samedy , dixiesoie jour de juillet, le cardinal de Plaisance pria le duc de Mayenne et tous les princes de sa maison , ledict cardinal de Pelvé et les prlndpauxde l'assemblée de Paris , de s'assembler chez Isy. Ils y vont tous. Les agents d'Espagne , sçavoir , le duc de Ferla, Jean Baptiste de Taxis, et don Diego dlbarra, ambassadeur, s'y readireot aussi. Ledit sieur cardinal de Plaisance estas! entré en parole de la nomination d'un roy en France et du pouvoir qu'en avoientlesdits Espagnols , M. de Mayenne luy dit que les poavoirs qu'ils avoient communiquez estoient généraux et non particuliers ny spéciaux pour nommer on roy, ce qui estoit nécessaire , d'autant que d'accorder une royauté sans nomination c*estoit créer un roy eu idée. Lesdits agents d'Espagoe luy répliquèrent qu'ils trouvoient fort estrange que l'on leur demandolt tant de fois leurs ponvolrs , toutesfois que dans mardy prochain lis feroient paroistre le pouvoir qu'ils avoient de nommer.

Le mardy en suy vaut , 1 3 juillet , au mesne logis dudit cardinal, s'estans tous rassemblei, les agents d'Espagne moostrerent un pouvoir qulif avoient de nommer le duc de Guise pour roj avec l'infim te d'Espagne. Lors le duc de Mayeone et les plus entendusjugerentquec^stolton traict espagnol , et qu'ayans divers blancs signez poo s'en servir suy vant les occasions , ils s'en estoient servis en ceste affaire : toutesfois le doc de Mayenne dit qu'il en estoit bienayse, et qu'à failloit au surplus adviser à le desgager et récompenser, luy qui avoit porté tout le faix et charge, et qui avolt despensé tout son bien pour le part) de l'union , et , outre ce, engagé plus qu'il n'avoit vaillant. Son desdonunagement luy fut lors promis et accordé par les Espagnols : et à oe^c fin ledit duc leur promit bailler par escritceqn'il deraanderoit dedans quelques jours. Sur ce cc&te assemblée ee retira , et ne se rassemblèrent que jusques au mardy 20 juillet.

En ceste troisiesme assemblée, faite aosi chez ledit cardinal , on ne fit que parler d'accorder les demandes du duc de Mayenne qu'il a^oit baillées par escrit , et y fut mis en deliberatiooi sçavoir , s'ils ne dévoient pas passer outre à U nomination d'un roy , suivant le pouvoir exhiK des Espagnols , et, au contraire, relhir la trêve

CtIBONOtOGIB NOVBNATRB DE PALUk CAYST. [1593]

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proposée par les royaux. En cest endroict y eut beancoap de contradictions , les partisans espagnols voulans que la nomination se flst ; mais M. de Mayenne , an contraire , avec i*archevesque de Lyon et les principaux seigneurs de ce party là ; s'y opposèrent de vive voix Ce qui i^y passa se pourra mieux cognoistre par ce qu'en a escrit ledit duc de Mayenne contre les catomnies que luy a depuis imputées le duc de Ferla en la lettre qu*il escrivit au roy d'Espagne.

« Il faut venir aux particularitez et h ce qui a esté fait , lors de la tenue des estats à Paris peu avant , au temps , et depuis la conversion du roy de Navarre, car c'est de ces actions icy qu'on vent principalement tirer et faire cognoistre ma mauvaise conduitte et intention envers vous , Sire , et mon party. J*appelle Dieu à tesmoin de mon intention ; il sçait si J'ay désiré et recherché de faire avec soin et intégrité tout ce qui pouvolt servir au bien gênerai et contentement particulier de Yostre Majesté j et les gens sages ce qu'ay peu , me conduisant avec la raison. Je ne m'addresse point à ces ignorans passionnez qui ont peut estre creu que ce fust assez d'avoir le suffrage d'une petite troupe assemblée ausdits estats, qui n'avoient charge particulière de délibérer et donner advis sur ce qui se proposoit , car c'est une vraye brutalité de le penser ainsi , attendu mesmes qu'entre ces députez il n'y en avoit un seul qui enst pouvoir et authorité de se foire suivre d'une place. Et quant aux seigneurs principaux du party qui avolent les charges et gouvernements , et s'estoient rencontrez sur le lieu , ils conseilloient tous aux ministres de Vostre Majesté, aussi bien que moy, de différer leur proposition et attendre qu'ils eussent des forces et moyens, Jugeans que ce n'estoit le temps de la faire lors que Tennemy estoit armé et nous desarmez, et prévoyant assez que cela serolt cause de faire advancer la conversion du roy de IVa* varre , non telle que les gens de bien, disoit-il , la dévoient désirer , mais à dessein pour nous prévenir. J^offHs lors et promis , ce que firent d'autres princes et seigneurs du party, d'y aviser et d'en resouidre aussi -tost que vos forces seroient venues , comme encores, pour le mettre hors de soupçon , de ne point cognofstre le roy de Navarre après sa conversion , sinon que ce fust par le commandement de nostreSainct Père, condition répétée plusieurs fois en la présence de M. le légat , ez mains duquel ceste promesse et serment fut fait , tant par moy que par les autres princes et seigneurs. Qu'il me face honte si Je n'ay esté religieux observateur de ces promesaes , si Je ne suis demeuré ferme et résolu attendant ma ruine , qu*oy veuê comme IneyHable

quand chacun nous a abandonné, plustost que d'y avoir contrevenu. J'ay bien considéré que le mal ne (Iniroit pas par où 11 coromençoit , et dèslors qu'une ou deux personnes de qualité auroient quitté le party sous prétexte de la conversion du roy de Navarre, ou pour autres causes, que trop de gens feroient après eux par exemple ce que ceux cy publioient avoir faict avec raison, que les grandes villes et les peuples qui avoient voulu la guerre avec fureur, las, recreus et ruinez pour les maux qu'ils en avoient soufferts , se precipiteroient à la paix avec mesme violence, sans conseil , sans raison , et sans mesmes nous donner loisir de la faire avec honneur et seureté. Ces choses estolent remonstrées lors par moy et plusieurs autres aux ministres de Yostre Majesté , Sire , qui disoient qu'il falloit opposer le nom, tiitre et dignité de roy à celuy de nostre ennemy , à nous rendre par ce moyen irréconciliables, et former deux partis , dont l'un ne peut subsister que par la ruine de l'autre. Nous confessons qu'il estoit vray: mais faire un roy sans forces, nostre ennemy estant armé, et ayant fait jetter les yeux sur luy par sa conversion, qui seroit chose ridicule , et commencer une grande entreprise pour la faire faillir avec honte et blasme en un mesme jour , comme il fust advenu sans doubte , car ce n'estoit pas la raison qui la devolt persuader, mais la force qui la devoit faire souffrir, et l'espoir du bon succez désirer. Il estoit donc nécessaire de chercher par prudence le loisir et moyen d'attendre nos forces , qu'on disoit y devoir estre prestes dans deux mois, pour faire voir et toucher au doigt cestespolr. Sur ce aucuns proposolent latrefve , et fut l'advis des plus sa<!es et mieux entendusaux affaires, comme elle estoit desjà faicte en plusieurs provinces du royaume , et n'y avoit presque que la Picardie , Bourgongne, l'Islede France et Paris, où sefaisoit l'effort de la guerre, qui fust privée de ce ce repos, qui crioit incessamment pour l'obtenir. 1

Ainsi la nomination d'un roy proposée par les Espagnols fut rejettée comme ne pouvant estre validée à défaut de forces. En peu de jours 11 y eut bien des remuemens parmy ceux de l'union dans Paris, les uns desirans approuver ceste nomination, les autres la rejettans comme n*estant qu'une attrapoire pour les faire entrer en des guerres immortelles. M. de Guyse mesmes voulut tuer celuy qui luy alla porter les premières nouvelles de ceste nomination. Tous les vrays amys de feu M. de Guise son père Tadvcrtlrent de ce précipice , et fut conseillé sur tout de se Joindre de volonté avec M, de Mayenne son on* cto; qnoy qu'il en fust diseonsefllé par dom

CHBOHOLOGIV KOVIIIAIBS M rALKA CÀVBT, [lé9t|

Diego dlbarra, et par les Sefse et leurs predica- ^urs, qui, voyans depuis leur bonne intelligence , disoient que le milan avoit pris la perdrix, et que le duc de Guise seroit ruiné par son oncle^ qui n'avoit, disoient-ils, autre appreliension d'obstacle que son neveu par sa réputation. Plus, ils se mirent à detracter publiquement contre ledit sieur duc de Mayenne, les uns disans qu'il vouloit estre roy, les autres qu'il von* loit toujours tenir la royauté sons le nom de lieutenant gênerai de l'Estat ; entr'autres un des prédicateurs des Seize, F. Anastase Cochelet , preschant l'évangile du navire des apostres où Nostre Seigneur dormant, dit qu'à l'exemple des apostres il failloit exciter Dieu pour ayder à la religion catholique et eslire un roy pour gouverner l'Eglise en France, qui se perdoit et perissoit faute de roy, doutant que le royaume de France ne pouvoit subsister sans roy» estant un royaume affecté à la monarchie et non à une régence, comme M. de Mayenne vouloit faire, ce qu'il ne failloit souffrir, ains passer outre à la nomination d'un bon roy catholique, à l'exclusion du roy de Navarre. Autant en disoit un F. Guarinus. Ausquels ledit sieur duc fut contraint de faire dire qu'il les feroit chastier s'ils ne se comportolent modestement. Sur ceste menace les Seize prirent occasion de penser calomnier ledit duc par une comparaison quMIs firent de luy avec le feu roy Henry III.

I Le roy Henry III , escrivirent-ils, et le duc de Mayenne se rencontrent en plusieurs choses.

» Le roy Henry se servoit du sieur de Villeroy, aussi fait le duc de Mayenne.

• Le roy Henry avoit conceu une Indignation contre le duc de Guise et les catholiques par ce qu'ils communiquoient avec le roy d'Espagne pour la conservation de la religion contre ie roy de Navarre, et empeschoient qu'il ne vinst à la couronne; et, pour la mesme cause, M. de Mayenne a ruyné et perdu les Seize, ayant fait mourir les uns, banny les autres, et desauthoré le reste : tellement qu'approuvant l'acte qu'il a faict contre les catholiques, il approuve par mesme raison la mort de ses frères.

» Après la mort de messieurs de Guise ledit roy Henry fit une déclaration pour oublier tout ce qui s'estoit passé, maintenir ses subjets en union, et qu'elle fust Jurée de nouveau ; M. de Mayenne en a fait de mesme : après la penderie des Seize il a faict publier une abolition sans estre poursuivie des catholiques, se faisant Juge sans cognoissance de cause, et l'a fait vérifier à messieurs de la cour, ennemis capitaux des Seize ; et a fait Jurer de nouveau à tontes personnes IndiffSsremment un serment d'unioUi la

forme duquel n'avolt esté approuvée par rB||i. se, à laquelle appartenolt de cogMriitre deiiff* mens concemans la religion catholique, coa«t auparavant avoit esté ftict Par ce lemcst M. de Mayenne se confirme en son anthoriié, outre les termes de son iostitation «{ai n'otôt que Jusques à la tenue des estafs. Il baille tosti puisianoeàla cour sur les Seize, et raMila politiques partisans du Roy en créance et BQtb> rite. Par oe serment l'on a eognu i veiK d'aU qu'il a contraint les catholiques de se départir de Tunion avec les autres provinces et vîHm catholiques , et de toute assodatloQ aveelei «• trangers , à l'exclusion du roy Catholique.

• Plus, il a fait Adre un règlement en lapoëa par lequel il a fait deffences aux bourgeois co» mis à la gardedes portes d'ouvrir lesiettresqa'ili trouveront estre portées sans passeport, qd e( le moyen de tenir toutes les menées et \nimm des ennemis couvertes.

i Davantage, on a fait deffenees à tons bovgeois de porter espée de Jour, tellement que i« politiques, à cause de leurs charges, portent leili les armes , et par ainsi les Seize sont expoirt i la furie et bravade de leurs ennemis : ie toatà l'exemple duroy Henry III, qui fiilsolt desamer les ligueurs et armer ses partisans.

» Plus , que l'on devoit considérer le Isopp que M. de Mayenne et ses partisans trooisat contre les prédicateurs et catholiques affeetioanez , et que Ton trouveroit que c'estoit le mesae langage du deffunct roy Henry III et de m partisans, car il ne vouloit pas qu'on parlait à luy et de l'Estat ; il vouloit preserire aux ftt dicateurs ce qu'ils avoient à dire « ils estoiat menacez de prison, d'estre bannis, d'estrejetla dans un sac à l'eau : les mesmes menaces se ibit aujourd'huy contre les prédicateurs et les SdM par M. de Mayenne et ses partisans, et, pesait outre, il a donné chaîne à la cour de partaesl d'informer contre les predicatenns et les posir et corriger, a

Nonobstant toutes ces façons populaires et» ditieuses des Seize, et que les ministres dEspigne eussent aussi ofTert an duc de Mayeaai cent mil escus tous les mois , outre les pretet tions qu'il desiroit avoir pour son desdomnap ment, ledit sieur duc ne laissa^ suyyant Tadvi des principaux seigneurs de son party, d'entc» dre à une trefve» Il en avdt parlé avec isi sieur cardinal de Plaisance , qui , faisant fertk fasché , y contredisoit^ et disott quMi se vooki retirer ; mais rarchevesque de Lyon, avee qed' ques députez de leur assemblée, y estant aile ii prier de ne se retirer et de denaenfer h Pari*< voyant que c'estoit un faire le faiUotti il lév dl

CUONOiOftlB KOYBMAIBB DB PALlU CAYIT. [1698]

t H. le da« de liayemie m'a &it cest honneor qoe de m*en parler, et eneor messieurs les mi- Bistres de Sa Majesté Catlioliqae et tous les ordres de ceste ville; à présent que je vois ceste célèbre et itérée intercession, que je prens, lan pour importuDité , mais pour extrême Heiveur el obligation, je me vois comme forcé de condescendre à tant de bons advis qui me sont donnes; et d'ailleurs, par les dernières despesches de Rome , du 1 1 Juillet, que j'ay receuës par un coarrier exprès , j'ay un peu plus de liberté de me dispenser touchant ma demeure en ceste Yille. »

Ainsi le duc de Mayenne, le cardinal de Plaisaoce et les agents d'Espagne , quoy que divisez de volontés, s'accordèrent en iin de faire une trefve, pour traicter de laquelle ledit sieur duc donna la charge à d*autres députez qu'à ceux iesqaels avoient esté employez à la susdite conférence, sça voir aux sieurs de La Ghastre, de Bofine, de Bassompierre, de Yilleroy , et aux presidens Janin et Dampierre, laquelle ils accordèrent avec les députez royaux, ainsi que nous dirons cy dessous.

Pendant toutes ces choses le Roy ayant pris Dreux, comme nous avons dit, assioa le lieu de son instruction pour sa conversion à Sainct Denis. De toutes les parts de la France, les princes, ies officiers de la couronne, les principaux des eoors de parlement et les grands seigneurs, s'y rendirent pour assister à un acte si remarquable. Le jeody , 22 de juillet , Sa Majesté estant venu de Mante à Sainct Denis, le lendemain il fut , depuis les six heures du matin jusques à une heare après midy, assisté de M. l'archevesques de Bourges, grand aumosnier de France, de messieurs les evesques de Nantes et du Mans, et de M. du Perron, nommé à l'evesché d'Evreox , auxquels il flt les trois questions suyvantes: la première, s'il estoit nécessaire qu'il priast tous les saincts par devoir de chrestien. On lay fit response quMl suf&soit que chacun prist un propre patron , neantmoins qu'il failloit loQsjours invoquer lessaincts selon les letanies, pour j<^ndre tous nos vœux ies uns avec les autres , et tous ensemble avec tous les saincts. La seconde question fut de la confession auriculaire : car ce prince pensoit pouvoir estre subject à certaines considérations qu'il leur dit , lesquelles ne sont point communes. Surquoy luy fut dit que le juste s*accuse de soy mesme , et toutesfois que c*estoit le devoir d*un bon chrestien de recognoistre faute ou il n'y en avoit point, et qoe le confesseur avoit ce devoir de s'enquérir des choses nécessaires , à cause des cas reservez. La troislesme fut touchant rauthorité

papale : à quoy on luy dit qu'il avoit toute authorité es causes purement spirituelles, et qu'aux temporelles il n'y pouvolt toucher au préjudice de la liberté des roys et des royaumes. Il y eut encore d'autres questions sur plusieurs incidents dont on le résolut. Mais , quand se vint à parler de la réalité du sacrement de l'autel , il leur dit : « Je n'en suis point en doute , car je l'ay tousjours ainsi creu. » Les resolutions de ce qu'il devoit croire luy estans déclarées par M. l'evesque du Mans , il leur promit de se conformer du tout en la foy de l'Eglise catholique , apostolique et romaine.

Le cardinal de Plaisance, comme légat du Sainct Siège , pensant empescher ceste instruction et ceste conversion , fit ce mesme jour publier une exhortation imprimée , laquelle il addressoit à tous les catholiques de France , où il asseuroit que tout ce qui serolt &ict sur ceste conversion seroit du tout nul , de nul effect et valeur; exhortolt les catholiques de l'union de ne se laisser décevoir en chose de si grande importance ; aux catholiques royaux , de n'accumuler erreur sur erreur ; etdéfendoit aux ecclésiastiques dudit party de l'union de se transporter à Sainct Denis , ville qu'il appelloit estre en l'obeyssance de Theretique, sur peine d'encourir sentence d'excommunication, avec privation de bénéfices et digoitez ecclésiastiques qu'ils pourroient obtenir.

Nonobstant ceste exhortation, dont les royaux ne firent beaucoup d'estat , ny mesmés aucuns de ceux de l'union, la prejugeans avoir estéfaicte à dessein à la persuasion des ministres d'Espagne, qui ne craignoient que ceste conversion , le dimanche, vingt-cinquiesme juillet, sur les huit à neuf heures du matin, le Roy, revestu d'un pourpoint et chausses de satin blanc , bas à attaches de soye blanche et soulliers blancs, d'un manteau et chapeau noir , assisté de plusieurs grands princes et seigneurs , officiers de la couronne et autres gentils-hommes en grand nombre, convoqués par Sa Majesté pour cest effect , des suisses de sa garde , le tambour battant , des officiers de la prevosté de son hostel et ses autres gardes du corps, tant escossois que françois, et de douze trompettes , tous marchans devant luy , fut conduit depuis la sortie de son logis jusques à la grande église dudit Sainct Denis , très-richement préparée de tapisseries relevées de soye et fil d'or pour le recevoir; les rues estoient aussi tapissées et plaines de jonchées et fleurs. Le peuple, venu exprès de toutes parts et en nombre infiny pour voir ceste saincte cérémonie , criolt d'allégresse: Vive le Roy! Vive le Roy! Vive h

R(nf!

CHRONOIOGIB VOTBIfAIBS DB PALMA CAYET. [1593}

Sa majesté arrivée au grand portail de ladite église, et de cinq à six pieds entrée en icelle, où M. Tarchevesque de Bourges Tattendoit assis en une chaire couverte de damas blanc, où sur les deux bouts du dossier estoient les armes de France et de Navarre , aussi M. le cardinal de Bourbon , accompagné de plusieurs evesques et de tous les religieux dudit Sainct Denis, qui là Tattendoient avec la croix et le sacré livre de r Evangile, ledit archevesque de Bourges, qui faisoit l'office , Iny demanda quel il estoit. Sa Majesté loy respondit : • Je suis le roy. » Ledit archevesque répliqua : « Que demandez-vous? — Je demande , dit Sa Majesté , estre receu au giron de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. — Le voulez-vous? i dit M. de Bourges. Aquoy SaMi^esté fit response : « Ouy, Je le veux et le désire. • Et à l'instant, à genoux, Sadite Majesté fit profession de sa foy, disant :

« Je proteste et jure , devant la face de Dieu tout puissant, de vivre et mourir en la religion catholique , apostolique et romaine , de la protéger et deffendre envers tous au péril de mon sang et de ma vie , renonçant à toutes hérésies contraires à icelle Eglise catholique , apostolique et romaine, i» Et à l'heure ballia audit archevesque de Bourges un papier dedans lequel estoit la forme de sa profession signée de sa main.

Cela faict, Sa Majesté, encores à genoux à l'entrée de ladite église, baisa l'aneau sacré, et ayant receu l'absolution et bénédiction dudit archevesque, fut relevé, non sans grand peine pour la grande multitude et presse du peuple espars en icelle , et jusques sur les voûtes et ouvertures des vitres , et fut conduit au cœur de ladite église par messieurs les evesques de Nantes, de Seez , de Digne, Maillezais, de Chartres, du Mans, d'Angers , messire René d'Aillon , abbé de Chastelliers, nommé à Tevesché de Bayeux , messire Jacques d'Avi du Perron , nommé à l'evesché d'Evreux, les religieux etconvent de ladite église de Sainct Denis, les doyens de Paris et Beau vais, les abbez de Bellozane et de la couronne , Tarchidiacre d'Avranche , nommé à l'abbaye de Sainct Estienne de Caêu, les curez de Sainct Eustache, Sainct Supplice; docteurs en théologie , frère Olivier Beranger , aussi docteur en théologie et prédicateur ordinaire du Roy , les curez de Sainct Gervais et de Sainct Mederic de Paris ; presens lesquels Sadite Majesté , estant à genoux devant le grand autel , réitéra sur les saincts évangiles son serment et protestation cydessus, le peuple criant à haute voix : Vive le Roy ! Vive le Roy ! Vive le Roy !

Et à rinstant Sa Mi\|esté Ait relevé derechef

par M. le cardinal de Bourbon et par Mit sidievesque , et conduit audit autel, où ayant faictle signe de la croix , il baisa ledit autel , et derrière iceluy (ùt ouy en confession par ledit sieur archevesque. Ce pendant fut chanté en musique ce beau et très-excellent cantique Te Deum iawfamus, d'une telle harmonie que les grands et petits pleuraient tous de joye, continuant de menne voix à crier : Vtve le Roy ! Vive le Roy! Ykt le Roy!

Confessé que fut Sa Majesté, Tarchevesqsede Bourges le ramena s'agenouiller et aecoadersor l'oratoire couvert de velours cramoisi bnn, semé de fleurs de lis d'or , qui là estoit préparé sons un dais ou poésie de mesme velours et drap d'or. Et là, ayant à main droiete ledit rieur a^ chevesque , et à la gauche M. le cardinal de Bourbon , et tout autour estoient aussi tous lesdits sieurs evesques et autres cy dessus nommez, et au derrière tous les princes, M. le chancdier et les officiers de la couronne , messieurs des cours de parlement, du grand conseil, chambre des comptes, presens , ouyt en très-grande dévotion la grand messe, qui fut célébrée par M. Tevesque de Nantes , s'estant en signe de ce Sadite Majesté , durant icelle , levée lors de rE?angi1e, et baisé le livre qui luy futaportépar ledit sieur cardinal. Il itit aussi à l'offrande très^evotievsèment, conduit par ledit archevesque et M. le cardinal de Bourbon, accompagné de M. lecomte de Sainct Paul qui alloit derrière. A l'elevaHoa de la saincte eucharistie et calice, il se prosterna les mains jointes , en battant sa poitrine. Après l'il^fiiis Dei chanté, il baisa la paix qui loy fst aussi apportée par ledit sieur cardinal.

Ladite messe finie , ftit chanté melodleiise ment en musique vive le Roy! et largesse faide de grande somme d'argent qui fîit jettée dedaas ladite église , avec un applaudissement du pea* pie. Et de là Sa Majesté , accompagnée dedoq à six cents seigneurs et gentils-hommes, de ses gardes , Suisses , Escossois et François , offieiers de la prevosté de son hostel , fut reconduite, le tambour battant, trompette sonnant , et artill^ rie jouant de dessus les murailles et bonleverts de la ville jusques à son logis, avec continuel cri du peuple , disant : Vive le Roy.' ViveleRoyl Et avant son disner fut dit Benedieite, A^^ disner furent chantées Grâces en musique : le tout selon l'usage de l'Eglise catholique, apostolique et romaine,

Après le disner Sa Majesté assista aussi d'oue devotieuse affection à la prédication qui fut faite par ledit archevesque de Bourges en ladite église de Sainct Denis, et, icelle finie, ouït yes^ aussi devotleusement.

CHMNOLOOrB NOYBNÀIBB DB ^ALMA CAYET, fl59S] 497

reste de nos Jours en une si bonne et si sainete resolution. Donné à Sainct Denis en France y ie dimanche 25 Juillet 1593.

» Signé Henry. Et plus bas , Potieb. §

Et à l*issuê desdites Yespres, Sa Majesté monta à cheYal pour aller à Montmartre rendre grâces à Dieu en Teglise dudit lieu , où , au sortir d'icelle , fut faict un grand feu de Joye , et , à cet exemple, es Yillages de la vallée de Montmorency et es environs dudit Montmartre , et de là Sadite Majesté retourna à Sainct Denis avec une resjouissance de tout le peuple qui Tattendoit , en criant encores plus qu'auparavant : Vive le Roy ! Vive le Koy ! Vive le Roy !

La lettre suy vante fut envoyée aussi par Sa Majesté par tous les parlements.

« Nos amez et féaux , suy vaut la promesse que nous fismes à nostre advenement à ceste couronne par la mort du feu Roy , nostre trèshoDoré seigneur et frère deroier decedé , que Dieu absolve, et la convocation par nous faite des prélats et docteurs de nostre royaume pour entendre à nostre instruction par nous tant désirée , et tant de fols interrompue par les artifices de nos ennemis, en fin nous avons, Dieu mercy, conféré avec lesdits prélats et docteurs, assemblez en ceste ville pour cest effect , des poincts sur lesquels nous desirions estre esclaircis , et après la grâce qu'il a pieu à Dieu nous faire, par Tinspiration de son Sainct Esprit, que nous en avons recherchée par tous nos vœux et de tout nostre cœur pour nostre salut , et satisfaits par les preuves qu'lceax prélats et docteurs nous ont rendues par les escrits des apostres et des saincts pères et docteurs receus en TEglise , recognoissant TEglise catholique , apostolique et romaine estre la vraye Eglise de Dieu , pleine de vérité, et laquelle ne peut errer , nous l'avons embrassée , et nous sommes résolus d'y vivre et mourir. Et pour donner commencement à ce bon œuvre, et faire cognoistre que nos intentions n'ont eu Jamais autre but que d'estre instruits sans aucune opiniastreté , et d'estre esclaircis de la vérité et de la vraye religion pour la suivre , nous avons ce Jourd'huy oui la messe et Joint et uni nos prières avec ladite Eglise , après les cérémonies nécessaires et accoustumées en telles choses , résolus d'y continuer le reste des Jours qu'il plaira à Dieu nous donner en ce monde ; dont nous vous avons bien voulu advertir, pour vous resjouyr d'une si aggreable nouvelle , et confondre par nos actions les bruits que nosdits ennemis ont fait courir Jusques à ceste heure que la promesse que nous en avions cy devant faite estoit seulement pour abuser nos bons sujets et les entretenir d'une vaine espérance , sans aucune volonté de la mettre à exécution. De quoy nous desirons qu'il soit rendu grâces à Dieu par processions et prières publiques, affin qu'il plaise à sa divine bonté nous confirmer et maintenir le

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