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de la France et ainsi pour leur conservation propre, dépotèrent vers Sa Saincteté le marquis de Pisani pour luy représenter comme Ton estoit sur les termes de ceste conversion , et tout plein d'autres choses appartenantes à ce subjet, et pour la supplier en toute humilité trouver bon de donner son conseil et commandement sur ciMse si importante, afin qu'au faict d'icelle conyeraion toutes choses se passassent selon la volonté et mandement de Sa Saincteté , et rien ne fost obmjs de ce qu'elle aurait aggreable y estre observé; et toutesfois, cncores que Sa Saincteté ne voulost oncques ouyr ledit marquis, et que l'audience eost esté attendue presque un an entier, si est-ce que les evesques, en donnant l'absolution au Boy , laquelle ne se pouvoit plus long temps différer , n'ont laissé de luy enjoindre, selon leur pouvoir spirituel, et prendre promesse et asseurance qu'il envoyeroit vers Sa Saineteté pour recevoir ses commandemens en toute humilité, comme à cest effect il a envoyé le duc de Nevers et quelques prélats quant et luy aveques amples instructions, procez verbaux et actes authenticques de tout ce qui serait passé et intervenu au faict de sa conversion. Or que l'absolution se puisse donner quand il y a danger eu la demeure, laquelle ne se donneroit autrement, outre les lieux prealleguez , il est aussi ytnffïé par autres passages du droict canon .

» Outre le danger de mort, tant corporelle que spirituelle , que couroit le Roy, dont il a esté Jà parlé cy-des8U8 , et dont les saincts décrets ont tant fait d'estat qu'en tel cas ils ont donné toute puissance d'absoudre de tous péchez et de toutes censures à tous prestres, et pareille à celle du P^pe , il y avoit encores beaucoup d'autres inoonveniens à craindre, en eas mesme que l'on ^t esté asseuré de plus longue vie , et deux principaux entr'autres.

» L'un, que, le Pape continuant à refuser tousjours audience aux catholiques en chose qui regardoit le sauvement de l'ame d'un prince pénitent, et les hérétiques taschans par tous artifices de le destourner de ce sainct prapos, l'on vinst à perdre en fin ceste tant belle et heurause occasion de conserver la religion catholique et tout k royaume très-chrestien , en ramenant à la foy et au giron de TEglise catholique un prince que te droict du sang et la nécessité de la conservation de l'Estat de France et de celuy d'un chacun en particulier avoit donné pour chef aux catholiques lors que le feu roy Henry troisiesme fut si miserablfroent tué. Or, en semblables occasions, il faut advancer les choses et accourcir le temps.

» L'autre grand inconvénient estoit le danger

auquel se retrou voient les âmes d'infinis catholiques, lesquels, comhattans sous luy pour la conservation de l'Estat et couranne de France, et aussi pour leurs vies , leurs honneurs et leurs biens propres, estoient par ce moyen forcez à une nécessaire participation avecque luy ; laquelle considération a esté de si grand poix envers beaucoup de docteurs grands en sçavoir et en pieté, qu'ils ont laissé par escrit que, quand une excommunication ne prafite point à celuy qui est excommunié, et au contraire nuit à toute une communauté, il faut absoudre mesme l'impénitent^ encores que ce fust malgré luy.

» Pour toutes ces raisons les evesques maintiennent, à la dignité et authorité de Sa Saincteté, qu'ils ont demandé le conseil et commandement d'icelle, et l'ont attendu plus long temps qu'il n'est prescrit par le draict en cas où il y a péril en la demeure ; et quand à l'absolution , qu'elle a esté donnée sur causes très - vrayes et très- Justes, et qu*elle ne peut estre aucunement révoquée en doute, de tant moins que mesmesune absolution injuste et donnée sur cause faulse ne laisse de tenir, pourveu que celuy qui la donne ait l'intention d'absoudre, combien qu'en tel cas et celuy qui donne et celuy qui reçoit l'absolution pèchent tous deux.

» Et ne se peut remarquer y avoir eu aucun manquement de la part du pénitent, soit en l'instruction , soit en la recognoissance ouverte de son erreur et publique abjuration d'iceluy , après instruction suffisante, soit en la profession de la foy catholique, apostolique et romaine, soit en la promesse d'obeyr au commandement et rescrit du pape et ordonnances de TEglise , soit en quelque autre circonstance de ceste conversion tant désirée de tous les gens de bien, et tant nécessaire au bien de la religion catholique et conservation du royaume très-chrestien , et bref y avoir eu aucune cause pour laquelle ils deussent doubter de luy oster le lien de l'excommunication, de luy faire part des sacremens de TEglise, et le reunir à la communion des fldelles. »

Voyià ce qui fut publié pour la juste absolution du Roy.

Tandis que les ecclésiastiques, tant d'un party que d'autre , s'esforçoient par escrit , les uns à prouver la validité, les autres Tinxalidité se ceste absolution , le Roy s*en alla à Melun , où le 27 d'aoust fut pris Pierre Barrière, qui avoit résolu de tuer Sa Majesté. Avant que de dire comme il fat exécuté, voyons comme son entreprise fut descouverte.

Au mois d'aoust de ceste année le père Séraphin, de l'ordre de Sainct Dominique ou des Jacobins, advertlt le Roy^ par le. sieur de Branca-

CHHONOLOGIS NOVBNAIBB DE PALHA CAYET. [1693]

leoDi à preseot gentil -homme servant de la Royne, que ledit Pierre Barrière estoit en volonté de tuer Sa Majesté, et estoit party exprès de Lyon pour ce faire.

Ce Jacobin descouvrit ceste entreprise dans la ville de Lyon en ceste manière. Barrière voulant prendre plus ample conseil de son entreprise, II se délibéra d'en parler à quelques gens d'église, auquel conseil se trouva un docteur, un prestre et ledit père Séraphin, jacobin. Et ayant proposé qu'il estoit résolu de s'acheminer à Paris, et là où il trouveroit le Boy de le tuer, les trois escoutans commencèrent à en dire chacun leur advis. Le docteur dit que, pour quelque occasion que ce fust en matière de religion , il ne falloit attenter à la vie de personne, mesmes des roys, qui sont personnes sacrées. Le prestre, au contraire de cestuy-là, dit qu'il ne faisoit difficulté d'approuver Tintentionde Pierre Barrière, et que ce seroit un acte méritoire. Le père Séraphin dit qu^il n'approuveroit jamais un attentat sur la vie d*un homme, quel qu'il fust, et qu'il n'appartenoit qu'aux supérieurs , comme sont les roys et princes, d'user du glaive, et encore faudroit-il que ce fust en justice.

Itfais, voyant que Barrière, nonobstant l'ad vis qui luy fut donné, avoit dit qu'il ne changeroit de resolution, ledit père Séraphin en fit donner Tadvis cy-dessus à Sa Majesté par ledit sieur Brancaleon, qui l'ayant recognu à Melun le 26 d'aoust devant le logis du Roy, et voulant le faire arrester, il luy disparut, et ne peut estre appréhendé jusques au lendemain 27 qu'il fut recognu et arresté à l'une des portes dudit Melun rentrant à la ville. A Tinstant il fut mis es mains de Lugoly, lieutenant de la prevosté de Thostel , et conduit aux prisons dudit lieu, où estant, il déclara à la geolliere et à un prestre lors prisonnier qu'il ne mangeroit point tant qu'il seroit prisonnier, mais qu'on luy baillast du poison et il en mangeroit. Interrogé à plusieurs et diverses fois par ledit Lugoly, en ses premières responses dit estre aagé de vingt-sept ans, natif d'Orléans, de son premier mestier batellier et de présent soldat, estoit sorty d'Auvergne pour aller faire Ja guerre en Lyonnois sous la charge du sieur d'Albigny; confessa avoir séjourné un mois en la ville de Lyon, et que, passant depuis par la Bourgongne, il seroit arrivé à Paris, de là à Sainct Denis , puis à Melun , en intention d^y chercher et trouver maistre. Deerechef interrogé, dit que, dès qu'il partit d'Auvergne, il avoit intention de venir tuer le Roy , dont, estant arrivé à Lyon, il le communiqua à quelques personnes ecclésiastiques. Enquis de quelle tàçon il vouloit exécuter une telle entreprise, dit que

c'estolt avec un Cousteau ou un pistoUét, en ('approchant du Roy à travers ses gardes.

Et sur ce que ledit lieutenant eut advis que Barrière avoit eu un cousteau caché entre ses chausses et sa chemise , lequel il avoit mis es mains dudit prestre prisonnier, le priant ne le monstrer, enquis par une seconde interrogatoire il le dénia ; mais à l'instant luy ayant esté ledit Cousteau représenté , lequel estoit d'un pied de grandeur, trenchant des deux costez, fort pointa, et fraîchement esmoulu et aiguisé , recognut ledit Cousteau estre le sien, qu'il Tavoit sur soy Ion qu'il fut arresté prisonnier, et Ta voit acheté d'un consteller ou mercier à Paris.

Le Roy, adverti des charges et estât da procez , députa des présidents de ses cours soqveraines, conseillers en son conseil d'Est8t,et maistres des requestes ordinaires de son ho^, jusques au nombre de dix, pour procéder au jugement dudit procez, au rapport dudit lieutenant Lugoly. Tous lesquels assemblez le procez Ten, et ledit Barrière mandé et ouy au conseil, ontn ses premières confessions dit qu'estant arrivé à Lyon, il avoit volonté de tuer le Roy. Interrogé qui Tavoit induit à cela, dit que la première impression luy en estoit venue de son mouvement; et enquis comment et de quelle façon il pensoit exécuter ceste mauvaise volonté*, responditqne c'estolt avec un pistolet chargé de deux basieset un carreau d'acier, qu'il esmorceroit de poudrt fricassée et seichée sur le feu , dans laquelle il mesleroit du soulfre afin qu'elle ne fallUst i prendre feu.

Et comme le cousteau cy-dessus estoit suris table de la chambre du conseil pour luy estre monstre , avant qu'il en fut enquis , dit qne le cousteau qu'il voyoit sur la table estoit son eoosteau, et qu'il l'avolt lorsqu'il fut arresté et mené aux prisons , qu'on le luy donnast , et que Ion verroit ce qu'il en feroit. Et enquis ce qu'il en voudroit faire , respondit qu'il ne sçavoit,eti l'instant que l'on le verroit, et que l'on interpre* tast ce qu'il avoit dit si on vouloit.

Plus, dit qu'après avoir acheté ledit coasteao il ne demeura qu'une heure à Paris, de là vint à Sainct Denis , et vid le Roy en TegUse dndit Sainct Denis oyant la messe en grand dévotion. Interrogé en quelle volonté il estoit venu de Paris à Sainct Denis, respondit que ce n'estoit à autif intention que pour trouver quelques gentilshommes qui luy prestassent argent pour se rendre capucin à Paris ; que n'ayant trouvé cens qu'il cherchoit , il avoit suivy le Roy et estoit aile coucher à Champ sur Marne, puis à Brie-Comt^ Robert , où il se confessa et communia.

Aux responses de Barrière se trouvèrent pNi-

CaAONOtOGIfi NOVBNAUIB

sieors variatioDfl et dénégations de choses dont il fat suffisamment convaincu. Sur toutes lesquelles charges resultans desdites informations et respoDseSi recollement et confrontations , et eoDclusioDS du procureur du Roy en la prevosté de l'hostel , ledit Barrière fut déclaré suffisamment attaint et convaincu du crime de leze majesté au premier chef pour avoir voulu attentera la personne du Boy. Pour réparation il fut condamné à estre trainé dans un tombereau, et par les roës tenaillé de fers chauds ; ce faict, mené aa grand marché de ia ville de Melun , et là avoir le poing droit ars et brusié, tenant en iceloy le Cousteau dont il avoit esté trouvé saisi, puis mené sur un eschaffaut pour y avoir les bras, cuisses et Jambes rompues par i*executeur de la hante Justice , et, ce faict, mis sur une roué pour y demeurer tant qull plairoit à Dieu, et après la mort son corps estre bruslé et réduit eu cendres, et icelles Jettées au vent; que sa maison seroit razée, tous ses biens acquis et confisqués au Boy ; et , avant Pexecution, que ledit Barrière seroit appliqué à ia question ordinaire et extraordinaire pour déclarer ses complices et ceux qui i*avoient induict d'attenter à la personne de Sa Majesté.

Suivantcestecondamnation,Barriere, exhorté en le menant à la question de dire la vérité, dit que personne ne luy avoit faict aucune promesse pour faire un tel coup ; mais, appliqué à la question, et relasché des tourroens, dit qu'un ecclésiastique à Lyon Iqy avoit dit que s'il pouvoit parachever son entreprise ce seroit un grand bien, que ce seroit bien fait, et qu*il auroit la gloire céleste de Paradis. Plus, qu*un capucin luy en avoit dit autant. Mais qu'estant arrivé à Paris, et ayant demandé à son hoste qui estoicnt les prédicateurs plus affectionnez au party de l'union , il l'adressa à Aubry, curé de Sainct André des Arts, et luy dit l'intention qu'il avoit de tuer le Roy en présence de son vicaire , en laquelle ledit curé le confirma, luy disant que ce ne seroit point mal fait de le tuer , quoy qu'il allast à la messe, parce qu'il croyoit que Sa Majesté avoit quelque mauvaise volonté contre la religion catholique. Plus, que ledit curé le mena pour parler au jesuiste Varade, mais qu'ils ne le trouvèrent pas en ce jour là, et que le lendemain l'ayant esté rechercher il parla à luy et luy dit son intention , en laquelle il l'exhorta de continuer; puis se confessa à un autre jesuiste qui le communia. Plus, qu'il avoit délibéré d'exécuter le coup avec un poignard, ou avec le cousteau dont il avoit esté saisi lors qu'il fut arresté, lequel il fit ainsi aiguiser, tant à la pointe qu'au dos, en sorte qu'il trenchoit des deux costez.

OB PALMA CAYBT. [1693] â07

Qu'au sortir de Paris il estoit venu à Sainct Denis ayant la mesme intention ; et qu^ayant veu le Boy à la messe en Teglise Sainct Denis il en fut joyeux , et dèslors se reculoit de voir le Roy de crainte d'estre poussé à l'exécution de sa mauvaise pensée, dont il perdit le courage. Surquoy luy ayant demandé pourquoy donc il avoit suivi le Roy par tout où il estoit passé, dit qu'il estoit bien mal mené et en avoit grand regret ; qu'fi estoit passé à Champ , où il avoit couché le saraedy, puis à Brie , où derechef II s'estoit confessé et fait ses pasques, et de là estoit arrivé à Melun, où il avoit esté pris. Lesdites confessions faictes et réitérées par plusieurs fois, tant à la question que dehors, ledit Barrière y persista jusqu'au dernier souspir de sa vie, sans monstrer avoir grande contrition de sa faute, ne prier Dieu luy pardonner. Après l'exécution des peines susdites ausquelles il avoit esté condamné , estant proche de la mort, admonesté s'il avoit quelque chose encores sur sa conscience qu'il s^en deschargeast, respondit que ce qu'il avoit dit à la question et estant relasché d'icelle estoit véritable, et outre, qu'il y avoit deux prestres qui estoient sortis de Lyon pour semblable entreprisCi et qu'il s'estoit advancé le premier pour l'exécuter afin d'en avoir l'honneur. Et ainsi mourut criant mercy à Dieu, au Roy et à la Justice, comme on luy faisoit dire.

En quelques impressions de mon Histoire de la Paix il se trouve que ledit père Séraphin Banchi, ayant ouy en confession Pierre Barrière, et ne le pouvant destourner de sa mauvaise intention , en avoit fait advertir le Boy ; et de fait il avoit esté ainsi rapporté à Sa Majesté, qui pensoit que cela fust vray ; car, mesmes lors que M. de Yiileroy présenta à Sa Majesté , dans Sainct Germain en Laye, ledit père Séraphin pour luy faire la révérence, il luy dit : « Mon père, il vous avoit dit sa mauvaise intention en confession. Soudain le père Séraphin, un peu csmeu, luy respondit : Sire, ne le croyez pas nullement ; je ne l'eusse pas révélé pour chose du monde, car je sçay combien vaut le seau de la confession sacramentale pour la gloire de Dieu, le bien de l'Eglise et le salut des particuliers. Barrière ne nous proposa son intention qu'en manière d'en demander ad vis et conseil. » Puis raconta à Sa Majesté comme cela s'estoit fait, ainsi qu'il a esté dit cy -dessus.

Ledit père Séraphin est de l'opinion de plusieurs docteurs qui fout le seau de la confession esgal infaciendis, ac infactis (1), ce que beaucoup n^approuvent pas, mesmes les cours sou-

(I) Dans les choses qu*oa doit laire ou qu*oa a laites.

CHAONOLOGIB MOVBJKAIAB DE PALUA CAYBX. [1693]

veraiaes en France , qui tiennent qu'il y a des causes et raisons de révéler licitement les confessions , tam factorum quamfaciendorum, aut voliiorum (1), quand il est question du crime de leze-majesté au premier et second chef, yeu que mesmes en tels cas, sola suspieio crimenfacH (2), et que les personnes qui ne révèlent telles confessions en doivent estre justement punies comme adberans et fauteurs sous prétexte depieté^qui seroit une impieté encore plus détestable.

Le vingtiesme article de la trefve générale cydessus dite porte que le doc de Savoye seroit compris envoyant sa déclaration dans un mois. Or nous avons dit fan passé comme le sieur Desdlguieres avoit pris Briqueras et Cavours , et luy avoit porté la guerre dans le Piedmont, ce qui fut cause que le duc , aussi-tost que la saison le luy put permettre , ayant receu unze compagnies d'Italiens, quatre mille Suisses, vingt-quatre compagnies de Neapoiitains, quelques compagnies d'infanterie espagnole conduittes par Manrlco di Lara , avec nombre de cavalerie du duché de Milan, il assembla toutes ses forces, et fit un corps d'armée de dix mille hommes de pied et quinze cents chevaux. Avant que de rien entreprendre il délibéra de s'asseurer des passages des monts par où ledit sieur Desdiguieres estoit passé, et alla assiéger le chasteau d'Eschilles du costé du pas de Soze, quMl print; puis assi^ea le fort de Mirebouc qu'il print aussi par force. Ce qu'ayant fait , il fit bastir un fort dans la valée de la Perouse, qu'il nomma Sainct ^^ noist, pour empescher le secours des François qui pourroit venir par là , puis il s'en alla reprendre la Tour de Luzerne et assiéger Cavours dont il print la viile; mais , ayant tenu quelque temps le siège devant le chasteau , et les François qui estoient dedans luy ayant donné plus de peine qu'il ne pensoit , bien qu'il eust receu encor trois mille Espagnols sous la conduitte d'Augustin Messia, et voyant que pour lors il n'eust pas beaucoup exploicté, il leva son siège et accepta ladite trefve générale , renvoya les troupes italiennes sur le duché de Milan , et mit les autres en divers lieux de son pays en garnison.

Le Jour Sainct Matthieu , 2 1 septembre , les Lyonnoîs se barricadèrent contre le duc de Nemours leur gouverneur» coururent aux armes , se saisirent de toutes les places de la ville , et menèrent le canon devant le logis du duc de Nemours, lequel fut en fin contraint de se rendre leur prisonnier avec beaucoup des siens , entre

(0 Volitormn. Ce niot n'est pas latin. Tant de ce qu'on a Tait que de ce qu'on doit faire , ou que l'on veut faire. (3) Le soupçon seul est réputé crime.

lesquels estoient les marquis de Sainct Fortonat et de Bommercat, les sieurs de Montespan, d'Albigoy , de Donat , de La Buttoniere, de Basoches, de Teraut, et plusieurs autres. Quant audit sieur duc , ils le mirent prisonnier dans le chasteau de Pierre- Ancise.

Plusieursdiscours furent imprimez en ce temps là sur ce suject. Les Lyonnois publièrent un manifeste sur la prise de leurs armes. Us disoleat : Qu'après le devoir qui les obiigeoit à la religion , ils n'avoient rien de plus cher que le soin de leur conservation : ce qui estoit naturellement empraint en l'affection de toute créature.

Que bien que le feu Roy eust donné le goovernement du Lyonnois audit doc de Nemours, qu'il leur en devoit la seule Jouyssance pource qu'au péril de leurs vies , et sans y estre obligez, ils avoient pris les armes pour Ty maintenir.

Que ledit duc n'avoit Jamais donné coupd'espée pour chasser les ennemis de leur ville, mais qu'ils luy avoient rendue en un estât paisible, esloignée de factions, plus riche et plus fréquente cent fois qu'elle n'avoit esté depuis.

QuMI n'avoit pas engagé ses terres pour acquérir le paysdeDombesetYienne,Dycequ'Utenoit en Auvergne et Bourbonnois, mais qu'ils avoient espuisé leurs moyens pour l'en rendre malatre. Et tootesfois , qu'oubliant d*estre sur eoi comme un père sur ses enfans, il s'estoit esvertué de les traicter comme serviteurs, voulant tes contraindre de changer l'obeîssance volontaire en un service forcé, pour cimenter une espèce de souveraineté au sang de leurs concitoyens.

Que la vérité estoit telle : Que ledit sieur dnc ayant laissé son frère , M. le marquis de Sainct Sorlin , sur la fin de l'année 1689 et durant I an 1590, pour son lieutenant à Lyon, que l'ancienne forme de leur gouvernement n'avoit point esté altérée; mais qu'à son retour de Paris , insolent de ce que ses serviteurs luy attribuoient tout l'honneur de la délivrance de ceste ville, il ne s'estoit pu tenir de dire qu'il voulolt faire son faict à part, et qu'il n'endurerolt jamais ny maistre ny compagnons , ce qui luy avoit faict casser la plus-part des conseillers et secrétaires du conseil d' Estât qui avoit estéestably prezde luy, et en avoit fait un autre de deux ou trois personnes, lesquels, accommodans leurs consciences à ses humeurs , luy avoient fait croire que ce qui luy plaisoit luy estoit permis; que. pour la grandeur de sa maison et de ses mentes , il pourroit faire son propre du gouvernement da Lyonnois.

Que le manteau de la pieté estoit assez grand pour couvrir l'hypocrisie; qu'il ne foillolt qu'âne contenance extérieure de devoUon pour seûure

CHB050L00IE NOVCNAIBB DB PALMÀ CAYBT. [l593]

admhrer an peuple. Qae la vaillance et Thumiiitéchrestienne ne marehoient jamais ensemble. Qae la crainte de Dieu affolblissoit la générosité de rame et estouffoit Tardenr d'un cœur haut et courageux. Aussi que depuis on n'avoit veu autre chose sur le tapis de ce conseil que la conférence des principautez estrangeres , que Thistoire Florentine et le prince de Machiavel , que le plan de vingt et deux citadelles , les mémoires des dix-huict sortes dMnventions pour trouver argent sur le peuple , et le roolle des citoyens qu'on devoit proscrire.

Qu'il avoit appris en ce conseil à mespriser , puis à violer la foy publique, à rompre les trefyes , à s'affubler tantost de la peau du renard , tautost de celle du lion» pour venir au dessus de ses conceptions , à entreprendre indifféremment tout ce qui pouvoit advancerpa grandeur, au roespris de ses supérieurs et au préjudice de ses voisins , et que de là estoient venues les entreprises qu'il avoit vainement tenté sur Bourg en Bresse , sur Lourdon et sur Mascon.

Qu'il avoit pris ceste maxime de ne se servir de la noblesse du pays , avoit licentié les capitaiues lyonnois , non pour autre raison que pour estré de Lyon , fait venir des estrangers qu'il enrichissoit des ruines des subjects, a6n que, recognoissans leur fortune dépendre de luy , ils demeurassent plus obligez à courir la sienne , avoit bafoué et bavardé outrageusement les gentils-hommes qui n'estoient de ses humeurs pour les esioigner de luy , n'y ayant rien plus Insnportabie à un cœur généreux qu'une trop aspre et mordante gausserie.

Qu'autant de places qu'il avoit prises il en avoit fait autant de citadelles pour dompter les LyoQDols y qu'il encernoit par les forteresses de Toissei, Bellevilie, Tisi, Charlieu , Sainct Bon. net, Mont-Brison, Yirieu, Coindrieu, Vienne et Pipet.

Que le cercle de ceste tyrannie estant achevé, il ne iuy restoit que de tirer à Lyon , comme au centre de Testablissement de sa souveraineté ; qu'il proposoit, pour en venir à chef , de bastir deux citadelles, et disoit n'en avoir point qui n'en avoit qu'une.

Qu'on ne luy parlolt Jamais de l'authorité de M. le duc de Mayenne qu'il ne dounast quelque évidente démonstration, ou de Jalousie, ou mespris, et qu'il avoit usurpé le pouvoir d'instituer les officiers, de nommer aux bénéfices , rompoit les trefves faictes sous le bon plaisir de ses supérieurs. Bref, qu'il donnoit la succession des naturels françois comme pardroict de main-morte quand ils deeedoientsans enfans, et quelquesfois avant leur decez , et disposoit de toutes choses ,

mesmesdes financeset du domaine royal, beaucoup plus absoluëroent que Jamais les roys n'a-, voient faict.

Que le mespris qu'il avoit foict du commandement du Pape et de l'advis des princes catholiques pour se trouver aux estais ou d'y envoyer, n'ayant fait ny l'un ny l'autre, n'estoient que trop de conjectures pour dire que n'estant avec eux il voulolt estre contre eux, qu'il se rendroit tousjours le chef d'un party contraire à ce qu'ils resoudroient.

Puis ils disoient, voyans sous ceste grandeur décourage qu'il couvoit une dangereuse convoitise de ne recognoistre aucun supérieur, de fouler le public pour avantager son particulier, et qu'il aymoit mieux conserver Lyon par force que par douceur, qu'il voulolt faire sur eux ce qu'il avoit fait sur leurs voisins, sur Vienne, Toissey,Montbrison et Chastillon; qu'au lieu de les laisser Jouyr de la trefve il emplissoit leur province de gens de guerre , lesquels, ne pouvant sous le be« nefice de la trefve faire effort autre part, accouroyent au brulct de leur sac comme corbeaux à la voirie ; que tant plus ils les poursulvoient pour les faire esioigner , tant plus ils s'approchoyent; qu'en mesme temps il leur donnoit lettres pour les faire desloger, et sous main les falsoit advan« cer; que par ainsi , toutes leurs plaintes et leurs protestations estans inutiles et leurs remonstrances sans effect ; qu'ils n'avolt peu faire autrement que de prévenir ceste exécution qui se devoit faire sur leurs vies, sur leurs familles, sur leurs femmes et enfans, à leur grand malheur et de leur postérité.

Que comme sans conduite le peuple en tels actes se precipitoit souvent avec témérité et fureur, que Dieu, par sa providence toufesfois, avoit voulu que leur archevesque, retourné de l'assemblée de Paris , s'estoit trouvé en leur ville fort à propos, et que le second Jour de leurs barricades Ils le supplièrent d'embrasser leur cause, de leur assister de sa prudence à la conservation de leurs vies et moyens sous l'obeîssance de Sa Saincteté et de M. de Mayenne.

Que leur archevesque , qui les aymoit comme un bon pasteur son bercail, leur avoit représenté le mal-heur qui arriveroit de ces divisions , et les voulolt dissuader de passer outre ; mais , considérant les Justes occasions qui les forçoyent à un salutaire changement, et voyant que ceste resolution estoit formée, et que le peuple s'opiniastroit de ne quitter ses barricadesqu'il ne Ukst asseuré de son salut et repos , qui est la souveraine et plus équitable des loix humaines, qu'il avoit mis la main aux affoires avec tant de pra< dence et modération , qu'il avoit empescbé , sani

CHRONOLOGIB NOYBNÀIBt DB PALMA CAYKT. [l593]

coup donner et sans effusion de sang , une entrepriose qui ne pou voit estre que cruelle et sanglante.

Que les preuves de tout ce que dessus estolent très-certaines par la confession mesme du chef et des membres qui particîpoyent à ceste entreprinse , et qu'ils n'avoient prévenu ny devancé leurs ennemis que d*un jour, ou plustost d*un soir ; car, à peine estoit parvenu le bruit de leurs barricades aux faux-bourgs , que les gens de guerre, affamez de leur sac, y estoient desjà comme à leur rendez- vous , les uns pour se couler par le chasteau de Pierre-Ancise et forcer les portes de Veize , les autres pour donner Tallarme et le pétard à la porte du pont du Rhosne, pensant que ces remuëmens estoient faits par leurs complices.

Tant y a , disoient-ils , que leur exemple apprendroit leurs voisins qu'ez matières qui touchent l^Estat il faut user de prévention ^ non pas d^attente; qu'il faut remédier au commencement de la maladie , et n'attendre que la vigueur naturelle soit esteincte au patient. Aussi qu'ils ne dévoient attendre qu'un soldat impitoyable vinst planter une sentinelle aux pieds de leur lict , qu'il leur rostist les pieds, qu'il leur fist sortir les yeux sanglants de la teste, leur fist souffler en sa pistoUe pour les rançonner et priver de Tusufruict de leurs Justes labeurs et de ceux de leurs pères; qu'ils ne dévoient attendre que ceux desquels l'affinité et le voisinage leur avoittousjours esté suspect, fussent les maistres de leurs familles ; que le Gascon et le Dauphinois , desquels ils avoient tousjours craint l'alliance, prinssent le velours à l'aune de leur pique comme ils disoient. Que vrayment ils eussent bien mérité ce Iraictement qu'on leur apprestoit, si , faisans les sourds aux advis de leurs voisins, aux nouvelles des estrangers d'Espagne et d'Italie , aux menaces de leurs ennemis qui se vantoient desjà de \ivre parmy eux à leur discrétion , ils eussent creu tant d'esclairs estre sans tonnerre, tant de brûlots sanseffects, tant d'indices sans vérité. C'est pourquoy ils avoient franchi ce pas , mis la main aux armes, et renouvelle les barricades qu'ils avoient fait cy -devant pour establir celuy qu'ils prioient maintenant de déposer volontairement le soin de leur gouvernement, pource que c'estoit trop peu de chose pour luy . Et qu'afin qu'il fust séparé de son mauvais conseil pour s'y résoudre, qu'ils Tavoient supplié de se retirer au lieu auquel autrefois il avoit logé les lieutenans de roy, et où M. Dandelot , pour n'avoir approuvé le dessein de ses citadelles, a demeuré jusques à ce qu'il luy a cédé la place.

Que c'estoit là les causes qui les avoient armé

à leur deffence , lesquelles ils n^avoient peu celer pour tesmoigner, tant dedans que ddiors le royaume, la sincérité de leurs actioas, à li confusion de ceux qui, par envie , par foiblesse ou malignité de jugement, les desguisoient aatrement qu'ils ne les entendoient, protestans, devant Dieu et ses anges » que ce qu'ils avoient fait estoit pour demeurer plus fermes que jamais en la deffence de leur religion, pour s'exposera toutes sortes d'efforts affin que ce royaume trèschrestien ne fust ny schismatiqueny hérétique, pour s'unir comme auparavantàlasaincte union, pour ne se desmembrer du corps de ceste bdie et puissante monarchie , pour restabllr l'honneur et la dignité desloix fondamentales de ceroyanme , pour retrancher et reformer les abus et excezqd s'estoient glissez en la police, pour faire respirer leur ville après tant d'oppressions , bref, ponr le service de la religion et de rEstat,etpar conséquent pour rendre à M. de Mayenne^ea leur ville et province , la puissance et î'authoritè qu'il y devoit avoir, en attendant qu'il plnst à Dieu leur donner un roy vrayment catholi({Qe, aggreable au pape et aux estais de ce royaume.

Yoy là ce que les Lyonnois publièrent touchant la prise de leurs armes, protestans de bmsler plustost leurs mains que de les employer contre la religion et l'Estat.

Or Tarchcvesque de Lyon qui se trouva lors de retour de l'assemblée de Paris, bien que ceste prise d'armes fust faite sans son advis , si Ot-ii semblant du depuis de l'approuver. On faisoit courir dans plusieurs petits livrets à Lyon que ledit archevesque estoit un des pi us assearex pilotes qui s'estoit employé au gouvernement du navire françois; qu'il avoit des dons qui n'es* toient communs à un chacun ; qu'il estoit doué d'une grande générosité; que les Lyonnois se dévoient jetter entre ses bras pour leur condoitte, pource qu'ils avoient besoin d'un très-l)oa etfidélie conseil et de le suivre, n'ayans pas entrepris une petite besongne. « Gardez- vous bien, leur disoit-on , de vous desmarcber et chanter une palinodie. Vous n'avez laissé aucun lieu de calomnie entre vous. Le serment de l'union que vous avez renouvelle ferme la bouche à ceux qui vous accusoient d'avoir donné le coup d'Estit en faveur des hérétiques. Ne doutez point que M. de Mayenne n'advoûe et approuve vostre resolution, car il seroit bien marry qu'on pust lire un jour dans l'histoire de France que sous son gouvernement, du temps qu'il a tenu le rang de lieutenant gênerai de ceste couronne , on eust despecé cest Estât. C'est ce qu'il a tousjonis craint , et à quoy il a jusques icy très-prudemment obvié ; car son intention est de conserver

CHaONOLOOIB NOTBNATRK DE PALMA CAYBT. [1593]

en ce royaume et la religion et l'Estat , mais l'Estat par la religion. »

Sur ces discours là les Lyonnois firent autre nouveau serment de jamais ne recevoir pour gouverneur ny le duc de Nemours ny le marquis de Sainct Sorlin son frère; et les principaux d'entr'eux qui avoient poussé le plus à ceste prise d*armes recognureot bien que , quoy qu*il n'y eust point d'autre seureté pour eux que de se Jetter dans les bras du Roy, qu'il failloit nécessairement qu'ils feignissent un temps de n'avoir eu autre dessein que de se délivrer des comportements du conseil du duc de Nemours , dont ils accusoient un certain Ferrarols, duquel madame de Nemours, mère dudit sieur duc, l*en avoit adverty, luy mandant qu'il avoit Tame de fer, et qu'il seroit cause de sa ruine. Contraincts donc de s'accommoder pour un temps à prendre conseil de leur archevesque [ duquel plusieurs ont dit qu'il avoit eu envie lors de faire renou* veller ceste autborité que quelques arcbevesques de Lyon avoient eu autresfois durant qu'ils es* toient exarques des roys de Bourgongne], ils feignirent de ne se vouloir séparer du party de l'union.

M. de Mayenne , comme chef de ce party, afin d*appaiser ce trouble envoya le vicomte de Tavannes et le sieur de Cbanvalon. Le duc de Savoye y envoya aussi le baron de La Pierre. Lesquels , ayant longuement traicté avec ledit sieur marquis de Sainct Sorlin , trouvèrent les deux partis si enflammez les uns contre les autres à cause des hostilitez commises durant les vendanges sur les habitans de Lyon par les garnisons des places voisines , encor obeyssantes aq duc de Nemours , et pour d'autres particularitez, que la peine qu'ils prirent fut sans fruict

Les ennemis du duc de Mayenne ont escrit que , s'il eust voulu, ce trouble eust esté accordé. L'autheur de la suitte du Manant et du Maheustre en parle en ces termes :

« M. de Mayenne et M. de Nemours estoient divisez de volonté, et mesmes M. de Mayenne avoit conspiré contre luy comme contre celuy qui Tempeschoit le plus en ses desseins. Les effecfs en ont paru en la prison du duc de Nemours à Lyon , la despoûille duquel estoit promise par le duc de Mayenne à ses partisans, comme Lyon au fils de M. de Mayenne , Vienne au comte de Carses , et le reste au sieur de Monpezat ; et mesmes il s'estoit saisy de deux places en Bourgongne qui appartenoient en propre au duc de Nemours. »

Le duc de Feria dit aussi le mesme dans sa lettre qu'il eserivit depuis au roy d'Espagne,

et , passant outre, dit que c*estoit une vraye trahison. A quoy ledit sieur duc de Mayenne res» pondit en ces termes :

« Je suis accusé d'avoir fait perdre Lyon et mon frère qui estoit dedans^ et tout cela, non par imprudence en ma conduitte, mais par vraye trahison. Devrois-je estre en peine de me deffendre contre les calomnies qui se desmentent d'elles-mesmes? Pour Lyon , quel proffit pouvois-je espérer de la ruine de mon frère , sinon la mienne propre , et que ceux qui avoient fait le coup ne pensoient pas jamais pouvoir trouver seureté qu'es bras de nos ennemis ? Les bons habitans y furent portez par le soupçon qu'on leur donnoit , quoy que faulsement, d'une citadelle , qui leur fit oublier tout respect, et les meschans avec un secret dessein que la première offense conduiroit les autres où ils sont aujourd'huy. Quand à M. de Lyon , il partit d'avec moy en très-bonne intention de servir auprès de M. mon frère , et de travailler à nostre réconciliation ; car je ne veux pas celer que beaucoup de choses estoient passées dont nous ne demeurions pas bien satisfaicts l'un de l'autre. Mais le sang , nostre interest et le bien de la cause, nous faisoit chercher à tous deux le moyen d'oublier le passé et d'estre mieux ensemble. On void bien en l'estat auquel est la ville de Lyon , au mal quils veulent à présent à toute nostre maison , au soupçon qu'ils ont pris mesmes de M. de Lyon , chassé maintenant de leur ville, que tous ces mensonges n'ont point de verissimilitude. J'y veux adjouster qu'ils ont procuré la révolte de Mascon , ville qui est en mon gouvernement: tesmoignage certain que nous n'avons point de secrettes intelligences l'un avec l'autre. De dire que je m'en sois resjouy, et que ceste affliction m'avoit fait tomber tous les cheveux blancs , ceux qui ont veu mes actions en ce temps là , et le jugement qu'ils faisoient dès lors de ce qui est arrivé du depuis à cause du premier mouvement de Lyon , sçavent assez le contraire, et que le songe de cet imposteur vient d'un très-mauvais esprit, comme ce qu'il adjouste qu'ay fait prendre sur luy pendant sa prison deux places en Bourgongne qui luyappartlennent en particulier; c'est Seurre et Montbart dont il veut parler. Le changement advenu en la première s'estoit faict plus de deux ans auparavant pour un différend qui arriva entre le gouverneur et le capitaine qui estoient en garnison dedans, mais sans mon sceu et à mon très-grand desplaisir, ayant tousjours désiré et recherché depuis le moyen d en rendre contant M. mon frère. Pour Montbar, la prise en a esté faicte à la vérité peu devant sa prison , mais la cause en est si cognue qu'elle ne

cH&oNOLoen rotenaibb

peut donner ancnn subjet de me calomnier ; car celny qui flt Tentreprise en avoit esté mis hors par M. mon frère , et monstroit toasjours depuis de vouloir faire tout ce qu'il pourroit pour y rentrer, ayant failly mesmes deux entreprises avant que d'exécuter ceste dernière. Or il est trop difflcille de contenir un cLiacun en devoir, et ce que peuvent les chefs , c'est de remédier au mal quand il est advenu. »

Voyià ce que M. de Mayenne manda au roy d'Espagne touchant la prison de M. de Nemours, disant aussi qu'il avoit résolu d'aller à Lyon pour le faire mettre en liberté , mais que son voyage fut rompu par les empeschemens de ceux qui le dévoient désirer , et que Ton sçavoit bien que lors Paris estoit en si misérable estât, les courages d'un chacun estans si fort affoiblis et les soupçons si grands, que l'on n'y attendoit plus autre remède que le changement. Ce qui le fit aussi changer de dessein.

Cependant les Lyonnois gardèrent ledit duc prisonnier à Pierre- Ancize Jusques au 33 de mars de l'an suyvant qu'il se sauva de sa prison, comme nous dirons en son lieu. Ainsi ce prince, qui, selon le rapport de plusieurs qui ont escrit de ce temps-là, avoit depuis deux ans faict trembler le pays d'Auvergne, de Bourbonnois, deFurests et du Dauphiné , de qui la belle ambition [ainsi que dit mesme maistre Honoré d'Urfé en ses Epistres ] ne pouvoit estre remplie de l'univers, aspiroit d'estre esleu roy en rassemblée 4e Paris, ainsi qu'il se peut veoir dans certains mémoires et instructions que ledit sieur duc avoit baillées au baron de Tenissé, lequel fut deffaict à deux lieues de Dijon , au mois de novembre Tan passé, par le sieur de Yaugrenant, qui y gagna dix-sept drapeaux et tout le bagage. Ces mémoires furent lors imprimez , et contenoient que ledit baron de Tenissé estant de retour prez de M. de Mayenne, il luy ferolt toute instance à ce qu'il pust tirer de l'argent de luy pour l'entretenement des gens de guerre dudit duc de Nemours, sçauroit de luy s'il estoit lié en quelque sorte avec les Espagnols, et ce qu'il desiroit Aire pour eux ; et qu'entrant en propos avec luy sur reslectiond'un roy, et, luy ayant fait entendre qu'il n'en voyoit aucun plus reûssible que luy pour beaucoup de raisons , si ledit sieur duc de Mayenne luy respondoit qu'il ne pensoit point à ceste grandeur, il luy repliqueroit que faisant donc entendre à on chacun qu'il n'avoit désiré jamais la couronne, qu'il la donnast à quelqu'un des siens, et qu'entr'eux 11 n'en cognoissoit point aucun que ledit duc de Nemours lequel il pust eslever à ceste grandeur , et lequel luy porteroit plus de confiance ; qu'il n'auroit jamais amour de

BB PALMÀ CÀYBT. [1593]

frère comme le sien ; et bien que mille rspporb faits audit duc de Nemours l'avoient piqué contre ledit sieur duc de Mayenne , il n^estoit pourtant fasché contre luy, sinon de ce qu'il reeognoissoit qu'il ne faisoit pas estât de son amitié ainsi qu'il pensoit la mériter. Plus, que si les Espagnols estoient résolus de ne plus diffère les est ats , et que par force il convlnst les assembler, qu'ils s'y trouveroient avec nombre de sdgDeun et personnages d'authorité desquelles ledit due de Mayenne pourroit s'asseurer qu'ils feraient tout ce qu'il voudroit , et qu'il y menerolt qtiroie ou dix-huict cens chevaux et quatre mille hommes de pied. Plus , que ledit duc de Memonn estoit un jeune prince qui n'avoit le cœur qu'au armes et à la guerre, qui ne vouloit ouyr parier d'affaires que quand la nécessité l'y contralgnoU, et les laissoit toutes à deux ou trois qui estaient près de luy, lesquels ne luy pouvolent faire pins grand despit que de luy en communiquer; aussi, pourveu qu'on luy donnast des moyens poor entretenir la campagne et gratifier ses soldats, M. de Mayenne retiendroit sa lieutenanee générale et le maniement de toutes les affiiires de li couronne, pour en disposer, comme bon loj sembleroit, avec ses principaux serviteurs, auxquels on donneroit les principales charges, laissant seulement audit duc de Nemours le nom de roy et la conduite des armées.

Ce sont là les propres termes des mémoires trouvez parmy le bagage du baron de Tenissé, qui donnent assez à cognoistre les haults desseins de ce jeune prince : mais, comme plusieurs ont escrit, la continuation des deffiances et jaloosics qui furent entre le duc de Mayenne et loy a cause des entreprises qu'il avoit faictes sur la ville et le chasteau d'Aussonne, et sur laviliede Mascon , qui estoient du gouvernement de Bonr* gongne , lequel appartenoit au due de Mayenne, et qu'il avoit chassé le marquis d'Urfé de Monbrison, et s'estoit approprié ceste place, comme aussi de celle de Brioude en Auvergne, fot Ya^ easion qu'il ne se trouva ny envoya en rassemblée de Paris. Ainsi le duc de Nemours pensanl assubjettir les Lyonnois, 11 se trouva leur prisonnier avec les principaux des i^en8,et, prétendant avoir sur eux la suprême authorité , il se trouai réduit en leur puissance.

Nous avons dit cy dessus comme le comte Pierre Ernest de Mansfeld, ne pouvant seeonrir Geertruydemberghe , et empescher que cette ville ne tombast entre les mains do prince Maurice , qu'il se retira en Brabant, et qoes» armée ne montoit pas à sept mille hommes, s'es* tant le reste desbandé : cela fut au comlneoc^ ment de juillet. La trefve générale qui ftit faite

CHKONOLOGIE NOVfeNAIBfi DB PaLMA CAYBT. [1593]

en France ayda beaucoup aux Espagnols à rassemblernouvelles forces pour reparer leurs pertes passées ; car, après la prise de Geerlruydemberghe , le prince Maurice fit passer le comte Everard de Solms pour faire la guerre dans le comté de Flandres, où il arriva le 24 juillet avec huict cents chevaux et deux mille cinq cents hommes de pied, avec lesquels il entra dedans le pays de Vaës, chassa les Espagnols du fort de Sainct Jean de Steyn , de là mena son artillerie devant le fort Sainct Jacques qui luy fut aussi rendu, puis fit ravager tout ce pays de Vaës sur le prétexte qu'ils avoient refusé de payer les contributions à quoy ils estoient taxez. Ledit comte de Mansfeld manda , pour y remédier, au colonel Mondragon d'assembler le plus de forces qu'il pourroit, et qu'il lui envoyoit dix cornettes de cavalerie ; mais, avant que Mondragon fust party d'Anvers avec deux mille hommes de pied et mille chevaux, le comte de Solms avoit fait sa retraite , ayant emmené quatre mille testes de bestail , razé les forts qu'il avoit gaignez , et contraint le pays de Vaës à payer les contributions aux Estats.

Depuis, les Espagnols, à cause de la trefve générale en France, n'ayant plus affaire que contre les Estats , ils les empescherent de faire aucune entreprise le reste de ceste année; et, bien que le comte Guillaume Loys de Nassau , leur gouverneur en Frise, se fust mis aux champs avec six pièces d'artillerie, et qu'il eust prlns Gransberghe, Vedde et Vinschoten, se faisant maistre de tout le passage de la Boerentanghe , toutesfois, aussitost que Verdugo, gouverneur de la Frise pour le roy d'Espagne, eut receu douze cents chevaux, deux raille cinq cents hommes de pied, huict pièces d'artillerie et deux cents chariots que le comte de Mansfeldt luy envoya au commencement de septembre, avec plusieurs gens de guerre qui vindrent le trouver du costé de Namur , il se mit aux champs avec le comte Herman de Berghe , et assiégèrent Otmarson au pays de Tuentes qu'ils battirent tout un jour , puis receurent ceste place à composition , d'où les soldats sortirent sans armes et bagages , avec promesse de ne servir de six mois contre le roy d'Espagne : quant aux capitaines , ils demeurèrent prisonniers de guerre. De là ils allèrent devant le fort chasteau de Wedde qu'ils gagnèrent d'assaut, puisprindrent les forts d'Auwerzyel, Schloncheteren, Grysemhdcken et Gransberghe , où ils tuèrent tout. Ce fait, ils approchèrent deCovoerden, place trèsforte, bien fournie de vivres et de toutes munitions requises , qu'ils blocquerent , et dressèrent à l'environ sur toutes les advenues des forts

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pour à la longue les mater et contraindre par nécessité de se rendre.

Le comte Guillaume de Nassau, sçachant que le comte Hermann, son cousin, et le colonel Verdugo estoient si forts en campagne , tint ses troupes dans ses retranchemens auprès le puissant fort de Boërenthanghe, attendant le secours que luy envoyoit le prince Maurice par le chevalier Veer. Verdugo, pensant l'atUrer au combat, l'alla attaquer jusques dans ses retranchemens; mais, voyant que c'estoit chose qui ne se pou voit faire, il se retira, après une escarniouche de sept heures, au siège de Covoërden, où il fit dresser nombre de forts aux environs , et fut en ce siège près de sept mois jusques à ce que le prince Maurice le vint faire lever, ainsi que nous dirons Tan suivant.

M. le duc de Nevers, envoyé par le Roy pout rendre le respect deu au Sainct Siège, ainsi que nous avons dit cy-dessus, accompagné de M Tevesque du Mans, de Tabbé de..., et d'un religieux de Sainct Denis nommé Gobelin, avec cinquante gentils- hommes, tous de grandes et nobles familles, estant arrivé à Poschiavo terre des Grisons, le 14 octobre, fut fort estonné de voir arriver de Rome le père Poussevin, Jesuiste qui luy donna le bref cy dessous de par Sa Saincteté :

Clemenspapa VIIL Dileciefili, nobili$ vir salutem etapostolicam benediction^m. Exponèt mandato nostro diUciusfilivs Antonius Poussevinus, sacerdos ordinis socieiatis Jesu, vir gravis et prudens, ea quœ iibiper eum signifia candajudicavimus: cjusverbisfidem tribues Daium Romœ apud Sanctum Marcum sub annulo piscalorisy die 19 septembris anno LGOS ponlijicaius noslri anno secundo {ï).AnL Buecapadulius. Et au dessus estoit escrit ; Diiecto filio, nobili viro^ duci Nivemiœ,

Après que ledit sieur duc eut leu ce bref le père Poussevin luy dit que Sa Saincteté né le pouvoit recevoir comme ambassadeur de son Roy, toutesfois qu'il seroit bien venu à Rome comme Loys de Gonzague, duc de Nevers; puis adjousta que Sa Saincteté se resjouyssoit de la conversion qu'il avoit entendu que Sa Majesté

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