U C. D. M. T. XII
(i) Cléraenl VIII, pape. Notre clier flis, talul et hé- DédictioD apostolique. Aotoloe PoasseTin, noire fils prêtre de la société de Jésus , h )mme grave et prudent ' îous eipliquera par notre ordre ee que noi s croyons de^ voir vous faire Mgnifier. Vous pouvez prendre coofiauee en tout te qu'il vous dira. Donné à Saint Marc soa< l'anneau du pêcheur. «9 septembre de Tannée 1593 a de notre poiitiHcat la seconde. *
CHRONOLOGIE NOYENÀIRB DE PAtKA CAYET. [1593]
avoit faicte, suppliant Diea qu'elle fust telle quMl appartenoit. Ces paroles ne pleurent gueres audit sieur duc; neantraoins il se résolut de continuer son voyage, priant le père Poussevin de faire entendre à Sa Saincteté Timportance de l'affaire dont il s'estoit chargé, et qu'il luy plust luy envoyer quelque bonne resolution dont il eust occasion de se contenter.
Arrivé que ledit sieur duc fut à Mantoue, ledit père Poussevin luy monstra la lettre du cardinal de Sainct George, qui estoit nepveu du Pape, dattée du vingt-cinquiesme octobre, contenant que Sa Saincteté, persistant en sa resolution, ne vouloit recevoir ledit duc de Nevers comme ambassadeur, quoy qu'il se peust asseurer d'estre bien aymé de Sa Saincteté. Ce qu'ayant veu M. de Nevers et bien considéré, il délibéra d'achever son voyage ; et, pour faire paroistre au Pape que le Koy ne Favoit despesché que vers luy seulement, il ne voulut visiter aucun des potentats d'Italie, affindeluy tesmoigner combien le Boy faisoit grand estime du Sainct Siège et de sa propre personne; mais, estant arrivé le quinziesme novembre à La Moucha, à cinq journées de Rome, ledit père Poussevin l'y vint trouver, et luy monstra une autre lettre dudlt cardinal Sainct George du sixiesme novembre, par laquelle il le chargeoit d'advertir ledit sieur duc que l'intention de Sa Saincteté estoit qu'il vinst à Rome avec moindre apparat de compagnie qu'il pourroit , pour ne donner aucun ombrage que ce fust comme personne publique ou chargée d'affaires publiques , afin qu'aucun ne pust faire par sa venue Jugement différent de la droicte et saincte intention de Sa Saincteté, et que ledit duc eust agréable, venant à Rome, d'y venir résolu de ne s'y arrester plus de dix Jours : ce qui estonna derechef ledit duc, et principalement recevant en mesme temps advis que le Pape avoit deffcndu à tous les cardinaux que lors qu'il seroit à Rome de le visiter et ne se laisser visiter par luy, considérant que ce n' estoit la coustume de traicter si indignement les personnages de sa qualité, et mesmes envoyez par un roy de France. Neantmoins il se résolut d'achever son voyage et satisfaire au commandement de Sa Saincteté; tellement qu'il arriva à Rome le dimanche 21 novembre, presque de nuict et en carrosse, accompagné seulement de cinquante gentils-hommes et de son train ordinaire^ entrant par la porte Angelicay laissant celle del Populo où grand nombre de personnes l'attendoient, et vint descendre à son logis délia liovere qui est près de ladite porte; puis ce mesme soir alla baiser les pieds de Sa Saincteté, le priant de ne le vouloir restraindre à demeu-
rer dans Rome que dix jours, et de lay permettre de visiter messieurs les cardinaux, oommeil avoit charge du Roy , tant pour leur bailler la lettres que Sa Majesté leur escrivolt, que pour les informer de l'affaire qu'il avoit à traieter avec Sa Saincteté. A quoy le Pape respoodit qu'il y adviseroit et le luy feroit sçavoir. Pois, estans tombez de propos délibéré sur Testât dei affaires de France et sur la conversion do Roy, le Pape dit qu'il ne le pouvoit absouldre, tiim in fora conscientiœ. A quoy lors le duc ne voulut respondre, et supplia seulement Sa Saincteté que l'ambassadeur d'Espagne et les agenti de la ligue estans à Rome fussent présents lors qu'il luy parlerait , et qu'il luy plust y faire tssister nombre de cardinaux, afin que Sa Saio^ teté prinst la resolution qui estoit nécessaire an affaires de France, prétendant de ne loy rien dire en confidence, ains qu'il luy feroit cogooistre, par la confession mesme desdits ambassadeurs d'Espagne et agents de la ligue, son dire véritable : ce que le Pape ne voulut jamais accorder audit sieur duc, et le remit au mardy cdsuyvant pour luy donner audience.
Ce Jour là M. de Nevers , allant troQTerIc Pape, fut accompagné de soixante et dix gentils-hommes françois, et, Introduit pour layp 1er, dit à Sa Saincteté :
Qu'il estoit venu pour l'informer des affoim de France, et luy descouvrir l'imperfection an fondement des iniques et mauvaises propositions que l'on luy en avoit faict par le passé, afii de luy donner Juste occasion de prendre meilleure resolution que celle qu*ll sembloit avoir prise, après toutesfois qu'il auroit oognu la ventt et la surprise qu'on luy avoit voulu faire, senj blable à celle que l'on avoit faicte à ses pre^ cesseurs, particulièrement au pape Grégoire XH ce qu'il le supplioit vouloir faire au pluâoâ quia periculum est in mora, luy disoit le àvc
Qu'il le supplioit de croire que le Roy n' si foible que Ton l'avoit fait, ni si aisé à le cl ser de son royaume que l'on l'avoit propose Sa Saincteté, et qu'il avoit en son obensao pour le moins les deux tiers de son royaume, de dix mil gentils-hommes qu'il en avoit les b mil à son service, et plusieurs bonnes villes, bien résolus d'employer leurs vies, soubs autborité, à soustenir la religion catholique et S couronne de France.
Que tous les princes de la France, tact d sang royal que autres, et tous les officiers de couronne, et quasi tous les gouverneurs des p vinces et leurs lieutenans, et les quatre sec taires d'Estat, et les principaux offiders and des finances, estoient à son service, et que
COTOIVOLOOn ROVBNAIUS M PUMA ÇAYBT. [1593]
tre lay il n*y àtoU que les prioces de la maison de Lorraine et de Savoye, che& de la ligue , et qoelqoe peu d'autre qualité, estant mort le sieur mariai de Joyeuse , et que des huiet parlemeD5 qui estoient en France il les avoit presque toQs, car il n'estoit resté à Paris que le président Brisson des six présidées dudit parlement, lequel en fin avoit esté par eux mesmes pendu. Qae les deux advocats et procureurs du Roy andict parlement estoient sortis, et quasi tous les conseillers, lesquels Sa Majesté avoit establls, partie à Tours et l'autre partie à Gbaalons; que da parlement de Rouen le premier président, le procarenr du Roy, avec d^autres conseillers, estoient sortis de ladite ville pour ne vouloir recognoistre autre supérieur que le Roy; que trois presidens des six du parlement de Dijop, et plusieurs antres conseillers, en avoient falct de mesme; qu*à Toulouze le premier président Duranty et ladvocat du Roy d'Afls, très- bons catholiques, ayans esté massacrez dès le commencement de Tannée 1589, parce qu'ils pretendolent chacun d*obeyr h leur roy, ceste cruauté avoit fait sortir beaucoup des présidents et conseillers dudit parlement, lesquels estoient allez trouver M. de Montmorency, et teooient lo parlement à Castel Sarrazin ; que les présidents et conseillers du parlement d*Aix en avoient autant faict; et, pour le regard du parlement de Grenoble, qu'il estoit du tout en Tobeyssance du Roy, comme estoit aussi ladite province, de mesmeque le parlement de Bourdeaux, comme estoit aussi ladite ville, et celle de Rennes où estoit le parlement de Bretagne. Que toutes ces choses pouvoient faire cognoistre à Sa Saincteté queTautborité du Roy n*estoitsi petite que Ton la luy avoit fait entendre, ce qui se pouvoit d'aulant plus vérifier puis qu'il avoit réduit la ville de Paris en estât tel qu'elle avoit besoin chacune année d'estre secourue pour Tempescber de se perdre, au lieu qu'elle avoit secouru en toutes les guerres passées les roys et tout le royaume. Que la \ille d'Orléans estoit aussi bloquée de tous costez, et par souffrance s'entretenoit au mieux quelle pouvoit ; que ceste ville seule servolt de passage à ceux de la ligue sur la rivière de Loire, qui traversoit , voire divisoit presque tout le royaume de France, tous les autres ponts et passages qui estoient sur ladite rivière jusques à Nantes estans en l'obeyssance de Sa Majesté, de sorte que ceux de la ligue n'avoient que le pont seul dOrleans pour traverser d'une part à Vautre de la France, qui estoit peu, et beaucoup incommode pour se secourir les uns les autres qnand le besoin le requerroit : ce qui sembloit aodit duc devoir estre bien considéré par les
grands capitaines qui sçavoient les moyens que l'on tenoit à usurper un royaume. Ce qui demonstroit assez que, si Sa Majesté n'estoit plus fort que ceux de la ligue, il ne pourroit tenir bloquées lesdictes deux villes, ny faire ce qu'il faict tous les jours : enquoy l'on pouvoit cognoistre son authorité , et la force très-grande qu'il avoit en son royaume toute autre que l'on l'avoit desguisée à Sa Saincteté.
Qu'au contraire ceux de la ligue n'ayant point de moyen de se soustenir d^eux-mesmes et empescher que le Roy ne les chassast de son royaume, ils avoient esté contraints de s'appuyer au secours du roy d'Espagne et mesme recherché celuy des papes, pour ne tomber par terre, comme ils estoient prests de faire, et le feroient toutesfois et quantes que tel secours leur manquerait, ainsi que Sa Saincteté le pourroit cognoistre par les lettres originales que le duc de Mayenne avoit escrites au roy d'Espa*gne, lesquelles ledit ducdcNevers luy monstra. Aussi que d'ailleurs on jugcoit clairement par leurs actions qu'il u'estoit point croyable qu'ils se voulussent mettre entre les bras du roy d'Espagne et luy bailler des villes, ou plustost des fleurons de la couronne de France, comme le duc de Mercœur avoit faict Blavet, port de mer très bon en la Bretagne, et le duc de Mayenne La Fere en Picardie, et voulu faire d'autres en ladite province. Que la foiblesse des chefs de la ligue parroissolt aisez en ce qu'ils avoient permis que le duc de Parme vinst commander en France, où il avoit fait arrester le doc de Mayenne en son antichambre fort long temps, avec les autres gentils-hommes, avant que de luy permettre d'entrer en sa chambre, et quelquesfois i'avoit renvoyé sans vouloir parler à luy, en luy faisant dire par l'un de ses cameriers que Son Altesse estoit un peu empeschée. Que, à la vérité, tels traits estoient fort préjudiciables à l'auctorité que le duc de Mayenne se donnoit de lieutenant gênerai de T Estât et couronne de France, parce qu'il sembloit qu'il de voit commander à l'armée espagnole estant entrée en France, puisque le duc de Parme n*estoit pas de plus grande maison que celle de Lorraine, ny ayant de son roy plus grande charge que ledit duc de Mayenne pretendoit d'axoir. Parquoy Sa Saincteté pouvoit cognoistre que, si le duc de Mayenne avoit enduré telles indignitez , si difliciies à un cœur généreux de souffrir , il i'a- Yoit fait en son corps deffeudaot et malgré luy, se voyant reduict à telle extrémité, ou de les endurer, ou bien de se voir terrasser par le l\oy.
Et pource que telle foiblesse n' estoit que trop cogneue k ceux qui voulolent tenir les yeux ou-
CHRÛNÛLOÛIfi NÛVENAIBK DK PALMA CAYBT. [l59â]
bXÙ
Verts j ceax de la ligue avoient pensé de la fortifier par rodomontades, disant que si Ton avoit une fois esleu un roy, et accompagné d'une bonne et forte armée^ qu'en peu le Roy [de Navarre] seroit accablé et les François qui le suivoient , et Tesleu estabiy en possession paisible du royaume. Ce qui luy donnoit occasion, dit le duc de Nevers, de faire entendre à Sa Saincteté que tant s*en faut que cela pust estre , qu*il ne serviroit que de ruiner une grande quantité du misérable peuple catholique et innocent, et une infinité de beaux monastères , et apporter du desordre très-grand en la disciplioe ecclésiastique, pource qu*il ne se pouvoit justement eslire un roy de race estrangere au préjudice des princes du sang, vrais héritiers et successeurs de la couronne, ainsi que le reste du parlement demeuré à Paris i'avoit faict cognoistre , ayant interprété ce mot d'eslection contenu au pouvoir donné par Sa Saincteté au cardinal de Plaisance, à déclarer un roy catholique ; et depuis , par autre arrest du 28 juin dernier, donné sur la prétendue eslection de Tinfante d'Espagne et de l'archiduc Ernest , et puis du duc de Guise in solidum marié avec ladite Infante, proposée par le duc de Feria , et favorisée par le cardinal de Plaisance au nom de Sa Saincteté, il avoit esté ordonné par ledit parlement quMl ne seroit point esleu de prince eslranger , et que la loy salique seroit gardée ; ayant faict paroistre par ces deux arrests qu'il n'estoit loisible de procéder à aucune eslection , et moins en la personne d'un prince ou princesse estrangers, auquel mot estoit compris de tout temps les princes sortis des maisons estrangeres, bien qu'ils fussent habituez en France et faicts regnicoles.
D'autre costé, quand bien l'on voudroit procéder à telle eslection, il conviendroit assembler les estais généraux de tout le royaume , ce que ceux de la ligue ne pouvoient faire , tenant le Roy en son ol)eyssance les deux tiers d'iceluy , ainsi qu'il s'estoit peu cognoistre en l'assemblée de leurs prétendus estais à Paris, où il ne s'y estoit trouvé la moitié des députez qui ont accoustumé de se trouver aux estais généraux coniroquez par les roy s : ce qui avoit faict bien paroistre la foîblesse de ceux de la ligue, et l'invalidité de l'assemblée de leurs prétendus estais. Outre , que telle assemblée ou convocation ne se pouvoit vallablement faire , parce qu'il n'apparlenoit qu'au Roy seul de convoquer les estais , et , en défaut de luy , au régent , qui estoit ordinairement le premier prince du sang capable de gouverner lors que le Roy estoit prisonnier ou absent , et les enfans mineurs, lequel, avec Tadvis des autres princes du sang,
pairs et officiers de la couronne , convoqnolent les estais et pourvoy oient aux afbireset gouvernement du royaume.
Qu'au contraire il n'y avoit du costé de la ligue aucun prince du sang ny officiera de la couronne pourveus par les feux roys de France. Et quant k i'authorilé que le duc de Mayeone s'estoit peu à peu usurpée , elle n'estoit aucuDement bonne, ny ne se pouvoit esgaller à celle d'un régent, et par conséquent ne pouvoit convoquer les estais généraux, pource que le pouvoir que ledit sieur de Mayenne avoit ne proveooit que de cinquante quatre personnes, la plus-part trèsindignes , qui le luy avoient donné le 4 mars 1589 , après qu'il les eut luy mesme choisis le 19 de février 1589 et créez conseillers du conseil gênerai de l'union, ores qu'il recognuslque la pluspart fussent très-ignorans d'affaires d'Estat, parce qu'il les avoit seulement pris dans la ville de Paris, et non des provinces de la France, et triez grande partie parmy des marchans, banquiers, procureurs, curez, theoli^lens de la Sorbonne, et autres de semblable étoffe, pour estre gens fort factieux et propres à elfectuerson intention ; sur la preud'hommie desquels il y avoit beaucoup à redire, luy suffisant seulement pour ce coup de dire à Sa Saincteté qu'en fin ledit sieur de Mayenne le fit très-sagement apparoir , quand luy-mesrae les cassa tout en qq coup et foula aux pieds comme des potirons au mois de novembre ensuivant, après qu'il eut tiré d'eux ce qu'il en vouloit, à cause de Tigoorance très-grande accompagnée d'une outrecoidance malicieuse qu'il recognut en leur espnt,et soudain refit un autre conseil de gens plus capables à manier affaires d'Estat. c Yoylà, Père Saint, disoit M. de Ne vers, la vraye origine do pouvoir de M. de Mayenne. « Et quant à Faothorité, qu'elle ne luy avoit esté donnée par lesdits cinquante quatre que pour commander seslemeutaux armées de la ligne, etencoresea attendant ce qui seroit ordonné par leurs estab généraux , que dèslors ils avoient proposé de tenir bien-tost : ce que neantmolos ils n'avoient jamais faict qu'en l'année dernière , et encoresà toute force, ausquels toutesfois il n'en avoit point esté parlé ; ce qui descouvroit bien amp)^ ment les collusions qui estoient parmy eux.
Quant à ce que ceux du parlement qui avoical resté à Paris avoient vérifié ledit pouvoir de lieutenant trois jours après qu'il fut doooë par les susdits cinquante quatre potirons , que ç avolt esté lors que le parlement n'estoit plus pl^ lement , ains seulement l'idée d'iceluy , pour n'y estre que gens assemblez pour exécuter les fir^ nesies des séditieux , car il n'estoit demeuré m-
CHH0N0L06IB NOVBffÀIBB DB PÀLMÀ CÀYBT. [lS93]
âl7
dit parlement que ceux qui estoient Juges et parties, et quelques autres si fort estounez et iotjfflidez qu'ils n'osoient rien dire pour crainte d'estre mis prisonniers dans la Bastille et le Louvre jxir un nommé Le Clerc, simple procureur dodit parlement, comme il avoit faict le 16 Janvier précédant , assisté d'un grand nombre de fectieax, plusieurs des présidents et conseillers dudit parlement. Que ladite vérification ne don- Doit plus d'authorité au due de Mayenne, qu'il estoit déclaré au pouvoir des cinquante quatre sosdits, l'ayant limité seulement pour les armées, et Jusques à ce qu'il seroit autrement ordonné par lesdits estats généraux, lesquels ayans esté tenus sans qu*il en ait esté rien parlé, il s'eosni voit qu'il n'estoit bon et valable, et partant que ledit duc de Mayenne en avoit abusé en la convocation qu'il avoit faite desdits estats, et en plusieurs ordonnances, mesmes en dons, confiscations de plusieurs seigneuries et duchez appartenans à divers princes et parsonnages d'honneur , donation de gouvernemens de provinces et des estats et ofQces de la couronne , combien qu'ils ne fussent vacans et eussent esté donnez qnasi tous par le feu Roy auparavant ces dernières séditions à princes et seigneurs catiioliqnesde grande qualité et mérite, prétendant qu'ils fussent vacans par felonnie, pour n'avoir voulu ceux qui les tiennent l'aller servir : i ce quej'ay , disoit le duc de Nevers, tousjours offert à Vostre Salncteté de faire apparoir par pièces autentiques que J'ay apportées avec rooy, ne prétendant de mettre en avant chose que Je oe puisse prouver , aflûn d'oster i'occasion que l'on ne die de moy avec vérité ce que l'on dict qu'un philosophe escrit de Moyse : MuUa dixU, ^Inihii probaviL •
Que Sa Salncteté pouvoit par là cognoistreque ledit sieur de Mayenne et les siens pour luy Tavoient aussi abusé en luy nommant les personnes aux bénéfices vacans de la France comme s'i) avoit ce droict, qui n'appartenoit qu'au Roy sn vertu du concordat faict et gardé seulement -ntre les papes et les roys de France.
Que la convocation d'estats ne se pouvoit auentiquement faire par ledit sieur de Mayenne, m préjudice des lois et statuts de tout temps ob- ^nez au royaume de la France qui y estoient brmellement contraires, et consequemmentque eslection qui se voudroit faire d'un roy noueau par telles personnes assemblées sans legitme pouvoir, et contre les formes ordinaires ardëes et observées en tel cas , estans en si peît nombre, ne seroit bonne ny valable, mesme staot faicte par un prince estranger au préjudice es princes du sang royal , vrays héritiers de la
couronne, et contre les arrests du parlement mesmes de la ligue; neantmoins, que, posé le cas qu'elle se pourroit faire, cela ne ser^ viroit de rien, et ores qu'on esleust pour roy le duc de Guise ou le duc de Mayenne, ou tel autre que Ton voudroit , l'on sçavoit bien que ceste eslection ne luy donneroit plus d'ar* gent et de moyen qu'il en avoit pour s'entretenir,se conserver, et pour chasser le légitime roy, ains qu'elle luy augmenteroit la despence qu'il luy conviendroit faire pour entretenir honora* blement Tauthorité et la prosopopée royale, de sorte qu'il failloit dire que ceste eslection apporteroit à ce nouveau roy Bertault ou Regulus plus d'incommodité que deproffit, et que ce ne seroit qu'un fantosme pour estre porté devant l'armée espagnole , afin de penser assubjectir la France aux Espagnols, au préjudice de la grande liberté que les François ont eu do tout temps sous leurs légitimes roys; etdevoit on croire que les vrays et bons François ne permettraient Jamaisd'estre réduits sous les princes estrangers, ains qu'en fin ils feroient comme leurs prede* cesseurs avoient faict sous Charles Yll pour s'estre par trop légèrement donnez en la subjeetion des roys d'Angleterre, desquels ils se délivrèrent en moindre temps qu'ils ne s'y estoient donnez, et retournèrent sous l'authorité et liberté de leur roy naturel.
Plus, que ceux de la ligue avoient rois en avant que le roy d'Espagne accompagneroit ledit roy qui s'esliroit d'une armée de vingt mil ' hommes , laquelle chasseroit le légitime roy en trois Jours. Ce dire là estoit sans Jugement, disoit le duc de Nevers, car non seulement on leur accorderoit qu'il en envoyast vingt mil, mais trente mil , parce qu'il ne seroit en son pouvoir avec telles forces de terrasser et de chasser le Roy , ains, au contraire , que , tant plus de soldats il auroit, plus il en perdrait et feroit plus de despence inutile , comme tous capitaines , pour peu expérimentez qu'ils fussent, le Jugeroient ainsi, sçachans quUI n'estoit au pouvoir d'un gênerai d'armée de donner la bataille à l'autre gênerai s'il ne l'avoit agréable; ce qui adviendroit maintenant, car, si le Roy ne Jugeoit luy estre expédient de la donner pour ne bazarder son Estât tout en un coup, il se logeroit en assiette très-advantageuse, et, quand bon luy sembleroit, il mettrait une rivière non gayable entre son armée et celle de ses ennemis, qui les empescheroit de le combattre contre son gré , voire les contraindroit de s'enailer possible attaquer quelque forteresse à laquelle Sa Majesté, s'approchant cinq ou six lieues en assiette forte , les contraindroit de rechef de lever le siège à cause de plu-
5iè'
CHaONOLOGUB NOVBNAlllB DB PALMA CAYBT. [l593]
sieurs incommoditez qaMl leur feroit recevoir; de sorte que, ne pouvaot forcer aucune ville, ils seroient finalement réduits à aller quelques mois vagans par le plat pays, ruynans le misérable et innocent paysant catholique , et destruisant les beaux et devotieux monastères qui estoieut à la campagne, aneantiroient leur armée, tant par la faute des vivres que d'autres nécessitez que la saison apporteroit , et puis se retireroient en Flandres pour la quatriesme fois , bien-heureux encores s'ils n'estoient battus comme ils l'a voient cuidé estre par deux fois.
Que par là donc il se pouvoit assez cognoistre qu'il n'estolt au pouvoir du roy d'Espagne, bien qu'il vescust encores cinquante ans, de terrasser et chasser le Roy, ains seulement d'embraser de plus en plus la France, et apporter un desreiglement incroyable à tous les gens d'église, et une ruine extrême au peuple, et non pas à un seul huguenot.
Que le cardinal de Plaisance, auquel Sa Saineteté avoit donné sa légation pour assister à ladite eslection, et qui cognoissoit fort bien les affaires de la France autant que nul autre, pour y avoir esté bon tesmoin oculaire depuis quatre ans en çà desevenemens qui y estoient survenus, avoit deu advertirSadite Sainctetéqu^ilestoitdu tout impossible , comme il le sçavoit bien , de chasser le Roy par l'eslectlon d'un autre nouveau et avec une armée, ores qu'elle fust formidable ; qu'il devolt avoir ouvert à Sadite Saincteté quelque bon expédient pour luy donner le moyen d'appliquer le remède salutaire aux misères de la France, afin d'éviter les maux qui y avoient esté faicts et ceux qui advlendroient ; mais, au contraire, que ledit cardinal, par les lettres qu'il avoit escrites le mois d'aoust dernier au nonce de Sa Saincteté en Espagne, crioît incessamment fuoco! fuoco! comme s'il vouloit embrasef la France, et ia ruyner tout en un coup par la rage des soldats, suy vaut d'autres lettres précédentes qu'il avoit escrites à Sa Saincteté, à ce que l'on esleust l'infante d'Espagne ou un prince estranger, et que 1 on eust À exclure les princes du sang royal de la succession de ia couronne, et que Ton excommuuiast les princes, prelatset seigneurs catholiques qui assisterolent le Uny, sans avoir faict à Sa Saincteté entendre qu'ils le suivoyent pour conserver la religion catholique, et empescher que la division de la couronne ne seflst.
Outre toutes ces choses, qu'il representoit encor à Sa Saincteté que l'ordinaire des ligues estoit de se deslicr et ne durer longuement, comme Texpericnce en faisoit ample foy , et, partant, que cclle-cy , qui estoit mal fondée, ne se pou-
volt maintenir pour la division etdefflaDceqoi estoit parmy les chefs, lesquels ne s'accordotent ensemble, sinon à dissiper la couronne et eo prendre chacun une partie, et en fin à usorp» et ravir Tun sur l'autre les places qu'ils tenoleat, afOn d'assujettir en leur particulier pouvoir les meilleures villes de la France, quoy qu'elles fussent de leur ligue, cuidans en demeurer cy après seigneurs propriétaires , ou plustost tirans comme l'expérience s'en estoit veuë etse voyoit tous les jours, bien que telle tyrannie avoit commencé à faire ouvrir les yeux aux sages habi tans d'aucunes villes, qui s'estoient résolus dece maintenir libres comme ils estoient du temps qu'ils obeyssoient aux roys.
Au contraire, que l'on ne voyoit point que les catholiques royaux usurpassent des villes les uns sur les autres comme les ligueurs faisoient, pour ce que leur but ne tendoit qu'à les conseneri la couronne de France sous Tauthorité de leur roy, et pour ce prenoient en bonne part tout le mal qu'ils souffroient et enduroient par telle guerre, pour l'espérance seule quils avoient de laisser une heureuse et louable mémoire à jamais à leur postérité d'avoir empesché les déserteurs de leur patrie à effectuer un si perDieieu désir.
D'avantage, que les catholiques royaux estoient obligez à soustenir ta couronne par lev serment quUls avoient faict, et d'autant plus maintenant que Dieu avoit exaucé leurs prières et larmes , pour avoir ramené le ftoy en sod Eglise, et qu'à bonne et juste cause ils seroient blasmez si maintenant ils l'abandonnoieot entre les mains de ceux de la ligue, ses seuls ennemis, veu qu'il s*estoit jette entre les bras de TEgli^ catholique.
Le Pape alors dit audit duc de Nevers : i ^e parlez pas que vostre Roy soit catholique; je oe croyray Jamais qu'il soit bien converty, si ao ange du ciel ne me le venoit dire à Taureille Quant aux catholiques qui ont suivy son paKj, je ne les tiens que pour desobeyssans et déserteurs de la religion et de la couronne : ils ne sont qu'enfans bastards de la servante; et ceux de U ligue sont les vrays enfans légitimes, les>Ta)S arcs-boutans, et mesmes les vrays piliers de la religion catholique. •
» Je voussupplie très humblement. Père Saint, dit M. de Nevers , de ne nous teoir pour eafaas bastards et déserteurs de la religion et de la couronne, et ceux de la ligue pour légitimes; il y a autant de différence de nous à eux , qn il y a de ceste ville de Rome à un petit chasteaa. Il \^^ à Vostre Saincteté de se divertir de les favoriser par dessus un si grand nombre de princes et d-
CHRONOLOGIB NOVENÀIIIB DE PÀLMA GAYBT. [lô93]
Aciers de la couronne, seigneurs et autres personnages catholiques qui suivent le Roy, et de considérer les actes vertueux qu'ont fait lesdits princes et catholiques royaux pour le service des roys Très-Chrestiens et de leur patrie, comme aussi pour le soustenement de la religion catholique, parce que vous les trouverez fort grands^ iieroîques et louables. 9
Après ceste repartie il y eut entr'eux deux plusieurs propos sur divers incidents où ils tombèrent touchant les affaires de France , le Pape supportant ceux de la ligue et louant toutes leurs actions. En fin le duc de Nevers , qui desiroit avoir une prolongation du terme des dix Jours qui lay avoient esté limitez pour sa demeure à Rome, supplia encor Sa Saincteté de révoquer son ordonnance pour la restrinction de son séjour. Le Pape luy respondit qu'il y adviseroit, toutesfois que le Jeudy ensuivant il pourroit encor luy parler. Mais, ayant veu que M. de Nevers estoit venu parler à luy, accompagné de soixante et dix gentilshommes françois , il luy envoya dire, par le maistre de sa chambre, qu'il n'amenast que fort peu de gentils-hommes, s'il retournoit ledit jour de jeudy pour luy parler. Ce fut pourquoy ledit sieur duc n'introduisit en l'audience qu*il eut ce jour là que deux prélats italiens, lesquels residoient mesmes à Rome.
Après que M. deNevers eut supplié Sa Saincteté de luy déclarer s'il avoit en fin trouvé bon de luy prolonger ledit terme des dix jours prefix ausqaels il avoit restraint son séjour à Rome, le Pape luy ayant derechef dit qu'il y adviseroit, le duc luy respondit qu'il luy sembloit qu'il avoit eu assez de loisir depuis le dimanche 21 pour se résoudre, et qu'il luy avoit donné prou d'occasion d'accorder sa supplication , le priant de nouveau très-humblement de luy déclarer sa volonté sans le remettre plus à une autre fois, par ce qu'il ne vouloit que les dix jours passassent auparavant que d'avoir exécuté la charge que le Roy luy avoit donnée. Ce que le Pape n'ayant voulu faire , et remettant tousjours à y adviser, ledit sieur diic , se voyant hors d'espérance d'atoir une audience en consistoire, se résolut de ne retarder d'avantage à luy présenter la lettre suivante, que Sa Majesté avoit escrit de sa Qiala, avec la traduction d'icelle en langue italienne.
< Très-Salnct Père, après qu'il a pieu à Dieu nous appeller à la cognoissance et communion desasaincte Eglise catholique, apostolique et romaine, et la protestation que nous avons faicte d'y vivre et mourir, rien ne nous peut estre plus cher ny de plus grande consolation en nostre
esprit pour parfaire nostre contentement de ceste salncte action , que de la voir approuvée et authorisée de la bénédiction de Yostre Saincteté, en luy rendant de nostre part le devoir qui luy appartient; dont désirant nous acquitter avec tout l'honneur et respect envers Vostre Saincteté que nous pouvons , nous avons à cest effect choisi la personne de nostre très-cher et bien aimé cousin le duc de Nevers , pour l'espérance que nous avons que les excellentes et vertueuses qualitez qui sont en luy, speciallement illustrées de singulière pieté et dévotion à la religion catholique , rendront ceste nostre eslection , et la charge qui luy est par nous commise , d'autant plus aggreables à Yostre Saincteté, l'un des principaux points de sadite charge estant de prester à Yostre Saincteté et au Sainct Siège apostolique, en nostre nom, l'obédience que nous luy devons comme roy de France très-chrestlen, qui ne désire moins imiter l'exemple des roys nos prédécesseurs à mériter le tiitre et rang de premier fils de l'Eglise par nos actions , qu'ils ont esté soigneux de Tacquerir et conserver. A ceste cause , Très-Sainct Père , nous supplions trèsaffectueusement Yostre Saincteté que le bon plaisir dMcelle soit accepter et recevoir cest office et devoir qui luy sera de nostre part rendu par nostredit cousin avec les submissions deuës et accoustumées, comme sMI estoit par nous faict en personne , et adjouster foy et créance à tout ce qu'il luy dira et fera entendre de nostredite part, tant pour ce regard que d*autres choses, tout ainsi qu'il luy plairolt faire à nous mesmes. Sur ce nous prions Dieu , Très-Sainct Père , etc. »
M. de Nevers, en luy présentant ceste lettre , luy dit : « Le Roy mon maistre m'a envoyé pardevers Yostre Saincteté pour vous faire entendre sa conversion, et me prosterner de sa part à ses pieds, pour se congratuler avec vous de la joye et consolation qu'il ressent en son ame de s'estre reùny en l'Eglise catholique, apostolique et romaine , hors de laquelle il recognoist n'y avoir point de salut, et en laquelle il proteste de vivre et mourir , et de rendre au Sainct Siège toute Tobeyssance filiale et assistance que les roys ses prédécesseurs out fait, et en particulier à la personne de Yostre Saincteté, qu'il honnore et respecte grandement , et vous supplie trèshumblement de recevoir en gré le devoir qu'il vous rend par moy, et quant et quant de luy départir vostre bénédiction et l'absolution qui luy convient, vous asseurant que, si les guerres qu'il a contre les rebelles ne l'eussent retenu de par de là , il fust luy mesme venu en personne tesmoigner à Yostre Saincteté ceste sienne sin-
CHRONOLOGIE NOVENAIBB DE PALIIA CAYKT. [1593]
cere affection et volonté, comme il en avoit trèsgrand destr : ce que ne luy ayant esté permis, il m*a choisi pour la plus lionnorable ambassade qa'il eust après messieurs les princes du sang royal , afân de faire apparoir k Vostre Saincteté quMI désire Thonnorer de tout son pouvoir. Et , pour informer Vostre Saincteté du devoir que Sa Majesté a faict en sa conversion , il a aussi envoyé avec moy trois prélats garnis de lettres et pouvoir, lesquels ont esté choisis par le clergé qui s'est trouvé à sa conversion, afOn de vous faire entendre comme le tout s'y est passé, lesquels je supplie Vostre Saincteté avoir agréable que je les luy amené à la première audience, Tasseurant qu'il recevra très-grand contentement d'entendre le respect que l'on a porté au SainctSiegeet à vostre personne, etqu'ils ne sont point venus avec un esprit de contradiction, ains plain d'humilité, n
Le Pape luy respondit : t J'y adviseray , et vous feray sçavoir ma resolution, n
L*ambassadeur d'Espagne, pour faire une bravade à l'espagnole audit sieur duc de Nevers, en allant à l'audience le samedy en suivant, mena après luy soixante dix carrosses, h cause que ledit sieur duc avoit mené septante gentilshommes françoisen l'audience qu'il eut le mardy . De ce qu'il traicta avec Sa Saincteté pour empescher qu'il n'aprouvast la conversion du roy Très- Chrestien , il est assez aysé à conjecturer par le commandement que fit à M. de Nevers le lundy en suivant le maistre de la chambre du Pape, lequel luy dit que s'il vouloit encore parler à Sa Saincteté il l'escouteroit benignement, et qu'au reste il eust à se despescher pour partir au plustost 9 parce qu'il le convenoit ainsi , pource que le Pape ne vouloit donner ombrage de sa bonne volonté , par le séjour plus long que ledit sieur duc feroit dans Rome, à ceux qu'il devoit justement supporter ; plus, que ledit sieur duc estant venu comme personne privée, il n'avoit que faire de visiter les cardinaux ; et pour le regard des trois prélats qui estoient venus avec luy, que Sa Saincteté ne vouloit aucunement leur permettre de luy baiser les pieds auparavant qu'ils eussent esté se présenter au cardinal de Saincte Séverine, chef de l'inquisition et grand pénitencier. M. de Nevers cognent à ce commandement que l'advis que l'on luy avoit donné de France estoit véritable, sçavoir, que Ton avoit escrit au cardinal de Plaisance et au duc de Ferla qu'ils ne se donnassent point de peine de sa venue à Rome, parce que son séjour y seroit fort court, et qu'il ne remporteroit aucuue resolution sur Vabs3lution du Roy, et qu'ils en asseurassent tous ceux du party de la ligue, aflln qu'ils n'en
prissent aucun ombrage pour se précipiter entre les bras de Navarre [ainsi appelloient-iis le Roy]. Il cognut aussi que l'on luy vouloit fermer la bouche contre les formes de tout temps iatro* duites, sçavoir, affin qu'ils ne list entendre aux cardinaux les raisons que le Roy son maistre hiy avoit commandé de leur dire, et que l'on vouloit mettre les prélats qu'il avoit amenez dans un labyrinte, en les renvoyant parler aa chef de l'inquisition . Ce fut pourquoy il pria ledit maistre de la chambre du Pape de luy bailler par escrit ce qu'il luy avoit dit afOn de le considérer et y faire response ; mais il s'en excusa, disant n'en avoir commandement. Lors ledit sieur doc le pria de vouloir le recevoir de Sa Saincteté, et de Texcuser s'il remettoit à luy faire response jusques à ce qu'il eust receu cest escrit.
Le soir de ce mesme jour le cardinal de Toiledo vint trouver M. de Nevers de la part da Pape, et luy dit , touchant lesdits prélats, qu il n'estoit convenable à la qualité de la personne de Sa Saincteté , ny aussi raisonnable , qu'ils se présentassent devant luy auparavant qne d'avoir esté par devers le cardinal de Saincte SeveriDC, afin d'éviter le débat et dispute qu'ils poorroieot faire avec Sa Saincteté pour soustenir leurs actions estre bonnes : auquel le duc fit pareille responce qu'audit maistre de la chambre, etsupplioit Sa Saincteté de luy envoyer sa volonté par escrit , affin de la pouvoir exactement considérer, et Teffectuer de tout son pouvoir : lequel cardinal luy dit qu'il ne falloit pas qu'il s'attendist d'avoir aucune responce par escrit, et qu'il auroit aussi-tost faict d'aller à l'audience de Sa Saincteté que de s'arrester à rechercher rien par escrit; et pour le regard de la visite des cardinaux , qu'elle ne luy serviroit de rien qu à luy donner de l'incommodité. Ledit sieur duc loy dit que telle visite luy estoit fort nécessaire, parce qu'il avoit à parler à eux de l'afTaire poor Kquel il estoit venu trouver Sa Saincteté. et qu'estans conseillers des papes, il les devoit io* former de cet affaire. Ledit cardinal luy respondit que Sa Saincteté n'estoit obligée à demander l'advis des cardinaux , et qu'il avoit desjà foirt sa resolution sur ce qu'il luy avoit parlé. Aquoy le duc répliqua que Sa Saincteté ne ponvoit encores avoir faict sa resolution, parce qu'il n'a^ost entendu la créance des sieurs prélats qu'il avoit amenez quant et luy , qu'il estimoit estre tr^ D^ cessaire d'est re introduits devant Sa Saincteté pour l'esclaircir de leur charge. Lors ledit sienr cardinal dit qu'il n'estoit nullement juste et ra'tsonnable que lesdits prélats allassent baiser les pieds de Sa Saincteté auparavant que d'avoir justiflé l'action qu'ils avoient fàicte en la coo*
CHRONOLOGIE NOVBNAïaB DB PALUA CAYBT. [I693J
Yersion de Navarre [ainsi appeloit-il le Roy], et que, refusant de le faire, Ton le trouveroit bien mauvais. Le duc loy respondit que lesdits sieurs prélats ne pouvoient faire un seul pas sans son coDgé; et que tel acte ne dependoit point de leor volonté, ayans esté envoyez sous sa charge pour les présenter seulement à Sa Salncteté, afin de loy rendre conte du devoir que ledit clergé avoit faict, et Sa Majesté aussi à sa conversion, et comme le tout s'estoit passé conformément aux saincts décrets et constitutions canoniques, et avec le respect qui est deu au Sainct Siège, et s'asseuroient que Sa Saincteté trouveroit le faict estre tel qu'elle jugeroit que le clergé ne s'estoit point desvoyé de son devoir envers le Sainct Siège ; et neantmoins que si Sa Saincteté trouvoi t que lesdits sieurs prélats eussent en quelque chose failly, qulls s'humilieroient devant luy, et loy demanderoient tel pardon qu'il conviendroit, parce qu'ils n'estoient nullement venus là svec un esprit orgueilleux pour contredire ni disputer avec Sa Saincteté, ains du tout humble et obeyssant pour se remettre au jugement qu'il endoDueroit , et partant qu'il n'estimoit pas qu'il fost aucunement besoin ny raisonnable qu'ils allassent se présenter au cardinal de Saincte Séverine.
n y eut beaucoup d*autres propos sur ce subject, ledit cardinal persistant en son opinion, et ledit duc en la sienne ; mais, aux paroles du cardinal , le duc Jugea que l'on desiroit d'envelopper lesdits sieurs prélats, veu le commandement qui luy avoit esté faict de s'en aller ; et pource il dit audit cardinal que luy ayant esté lesdits prélats baillez en charge par le Roy son maistre pour les conduire seulement pardevant Sa Saincteté, aussi que lesdits sieurs prélats avoient commandement exprès de ne faire sinon ce qu'il leur diroit , qu'il estoit résolu de ne leur faire faire chose de laquelle ils peussent recevoir de la honte, et luy du blasme de la leur avoir conseillée ; que s'il avoit de propos délibéré voulu endurer les affronts et indignitez qui luy avoient esté faicts, qu'il Tavolt faict pour tesmoigner à Sa Saincteté la grande humilité du Roy son maistre et sa patience, et afin de luy donner occasion d'estre bénin et gracieux en son endroict, et qu'il estoit résolu de ne permettre Jamais de toot son pouvoir que lesdits prélats receussent aucun desplaisir, et que plustost il se laisserolt trancher la teste et mettre son corps en quatre quartiers que d'y consentir.
Le cardinal , voyant le duc si ferme en sa résolution, promit de faire entendre à Sa Saincteté tout ce que dessus. Mais le duc pensant avoir quelque response favorable , ledit maistre de la
chambre revint le trouver le lendemain , et luy dit que Sa Saincteté persistoit en sa resolution de ne recevoir point lesdits sieurs prélats auparavant qu'ils fussent allez pardevant le cardinal de Saincte Séverine, parce qu'il convenoit ainsi à sa qualité ; et pour la visite des cardinaux, que le duc n'avoit que faire de prendre telle peine pour si peu de temps qu'il avoit à demeurer à Rome, Joinct que Sa Saincteté estimoit qu'il n'eust aucun affaire à traicter avec luy, pour n'estre venu que comme personne privée et non chargée d'affaire quelconque pour Navarre, et si le père Poussevin ne luy avoit pas déclaré que Sa Saincteté ne vouloit aucunement qu'arrivant à Rome il eust à luy parler des affaires de Navarre. A quoy le duc respondit que non, et que si Sa Saincteté luy eust faict faire ce commandement, qu'il eust ad visé à faire aussi ce qu'il eust estimé luy convenir ; et par tant quMl le prioit de supplier Sa Saincteté de luy accorder sa demande comme chose Juste et raisonnable, et par mesme moyen oster le terme des dix Jours.
Ledit maistre de la chambre ayant rapporté à Sa Saincteté tout ce que dessus, le pauvre père Poussevin, jesuiste, fut contraint de sortir de Rome. Aucuns ont escrit qu'il s'en estoit fuy pour avoir dit au Pape et à aucuns cardinaux partie des moyens qu'il faillolt tenir pour faciliter la reconciliation du Roy avec le Sainct Siège, remettre la France en paix , et esviter tant de maux qui y adviendroient.
Les prélats françois furent aussi contraints de se sauver dans la chambre de M. de Nevers : leurs bagages et mulets furent mesmes arrestez. Le religieux Gobelin, envoyé par les religieux de Sainct Denis pour rendre aussi conte k Sa Saincteté de ce qui s'estoit passé dans leur église à la reconciliation du Roy, en prit une telle fièvre qu'il en mourut peu après k Ferrare.
Al. de Nevers , estonné de toutes ces choses , craignant que le lendemain auquel expiroient les dix Jours ne passast à son préjudice, envoya vers ledit maistre de la chambre pour scavoir la volonté de Sa Saincteté , mais il n'eut autre responce sur tout ce que dessus, sinon qu'il auroit audience le S décembre : ce qu'il fut contraint d'accepter.
Suy vant ce commandement il alla ledit Jour se présenter devant Sa Saincteté, qui d'abordée se plaignit à luy dequoy lesdits prélats ne vouloient aller trouver le sieur cardinal de Saincte Séverine, suy vant ce qu'il luy avoit faict entendre, et puis luy dit que s'ils avoient quelque doute d'aller devant luy, qu'il se contentoit qu'ils allassent par devant le cardinal d'Arragonne , chef de la congrégation de France , adjoustant
CURONOLOGIB NOVERAïaS DB PÀLMA CÀYBT. [1593]
qn'il trouvoit fort estrange qu'ils ne lay voulussent obeyr. A quoy le duc respoodlt que lesdits sieurs prélats ne pouvoieut faire rien d*eux-mesmes, ains seulement ce qu'il leur diroit, ainsi qu'il avoit dit au cardinal de Toledo, et qu'il ne poUYoit aucunement permettre que lesdits prélats, estans soubs sa charge, fissent chose préjudiciable à leur qualité, de crainte qu'il n'en receust luy-mesroe le des-honneur, et que s'il avoit souffert des indignitez , que cela estoit provenu de sa seule volonté, pour l'espérance qu'il avoit prise par telle humilité de donner occasion à Sa Saincteté d'embrasser avec douceur et démence Taflaire qu'il luy vouloit présenter; et qu'il estimoit ne luy estre aucunement licite et honnorable de conduire lesdits prélats ailleurs que par devant Sa Saincteté, à laquelle seule ils avoient esté déléguez ; neantmoins , s'il plaisoit à Sa Saincteté de trouver bon de les admettre une fois seule à ses pieds, et puis , sans leur donner longue audience , If s renvoyer par devant l'un de messieurs les cardinaux ses nepveux, comme ses ministres et representans sa personne, assisté du cardinal d'Arragonne et de tels autres cardinaux qu'il luy plairoit, que ce seroit chose plus tolerable que non pas de les renvoyer par devant Tune des deux congrégations. Le Pape, n'ayant trouvé ceste respouce bonne , luy dict : « Si c^ n'estoit pour l'amour de vous, Je les eusse desjà mal traictez ; neantmoins avant que de le faire J'y adviseray. n
M. de Nevers se voyant frustré en ceste audience de pouvoir introduire à Sa Saincteté lesdits sieurs prélats, et veu peu auparavant précipiter son partement au lieu de le prolonger , et, qui plus est, ayant recogneu Sa Saincteté, en toutes les audiences précédentes, fort résolu de n'absoudre le Roy , se voyant réduit à traitter avec Sa Saincteté par autre moyen qu'il ne convenoit à la qualité d'un roy Trës-Ghrestien duquel il estoit ambassadeur, neantmoins^ pour ne deffaillir en rien qui fust en sa puissance pour tascher de rendre son Roy contant et satisfait en son ame , et esclaicir le monde qu'il n'avoit tenu à luy de faire tout ce qui estoit possible pour obtenir de Sa Saincteté la requeste de Sa Migesté , il résolut de ne laisser passer l'occasion de la susdite audience , craignant qu'elle fust la dernière, sans effectuer au moins mal qu'il pourroit le commandement de son Hoy. Et poorce , afin de fleschir la volonté du Pape à accorder plus facilement sa très-humble requeste , il s*agenoùilla devant les pieds de Sa Saincteté , et le supplia très-humblement de vouloir commander à son Roy pénitent ce qu'il auroit à faire pour effectuer ce qui luy avoit esté ordonné par mes*
sieurs les prélats au mesme temps qu'il fit Tabjuration et qu'ils luy donnèrent l'absoltitioD, et en tout événement, et pour plus grande asseurance de sa conscience , luy donner absolution et tout autre remède pour le salut de son ame, comme le vray vicaire de Jesus-Christ qu'il recognoissoit en terre.
M. de Nevers se voyant interrompu par les négatives que Sa Saincteté faisoit incessamment , disant que le Roy n'estoit point catholique, il commença à l'interpeller, tenantles mains joinctes , d'accorder ladite absolution à son Roy au nom de Jesus-Christ et du précieux sang qu'il auroit espanché en l'arbre de lacroii pour racheter le genre humain , voire les payens et infidèles , et le supplia très-humblement d'imiter le berger contenu en l'evangile, qui alloil chercher la centiesme brebis , et le père de famille qui estoit allé au devant de son enfant prodigue. Puis il le conjura, par le nom de Clemeot que Sa Saincteté avoit voulu prendre à l'advenement du pontificat, de vouloir se rendre clément et miséricordieux en Tendroit du roy Très- Chrestien et premier fils de l'Eglise. Et lay ayant fait voir et toucher toute ouverte la procuration que le roy luy avoit donnée pour ce faire , signée de luy , scellée de son scel, et coqtresignée Revol, l'un de ses secrétaires d'Estat. il se prosterna à terre , luy baisant les pieds pour n'oublier aucun devoir d'humilité , pensant de le fleschir à interlner sa requeste. Mais, voyant que Sa Saincteté continuoit à la refuser tout à plat, il fut contraint de luy représenter le malheur auquel il seroit réduit rapportant telles négatives si contraires à l'attente des bons François ; et en telle action il se trouva le ccror si fort saisy et oppressé de douleur , que les larmes luy en vindrerit aux yeux , ainsi que ie Pape mesmes s'en apperceut les luy voyant essuyer , et la voix changée de son ordinaire. Ce que voyant, il luy commanda par plusieurs foii et le contraignit de se lever et de rasseoir ; ce que finablement le duc ayant faict, recognoissant que Sa Saincteté demeurolt tousjours ca sa rigoureuse resolution , il se délibéra de lov donner un mémorial signé de sa main , qui cootenoit en substance ce qu'il luy avoit dit de bouche parce qu'il ne vouloit aficèpter une si rigoureuse responce; ains , pour donner loisir a Sa Saincteté de considérer ledit memonaJ et d'adoucir sa resolution, il le supplia de le voir. et puis de luy faire sçavoir sa volonté ; surquor le Pape dit au duc qu'il verroit et considereroit ce mémorial , et puis qu'il luy feroît sçavoir n resolution : et en tel estât le duc priât congé du Pape.
CHBOnOLOGlA ROVBUAIRE dé PALMA GAYfeT. [t593]
Nonobstant que le terme des dix Jours que le duc devoit seulement demeurer à Rome ne loy fust prolongé si est-ce que tacitement il luy fut permis d*y demeurer d'avantage , et Jusques au commencement de Tannée suy vante , ainsi que DOQS dirons. Or le Pape fut en ce temps là fort travaillé de la goutte. Les bruits dans Rome estoient divers, les uns soustenaus que Sa Salncteté devoit approuver Tabsolution du Roy , les autres non : mesmes quelques cardinaux furent faschezde ce que telle affaire, et de telle conséquence, se traictoit seulement avec les cardinaux de la congrégation de France, et avec quelques autres que Sa Saincteté avoit esleus ; ce qui occasionna le Pape en plein consistoire , lelundy 20 de décembre, après s'estre plaint de Toplnlon de ceux-là, et qu'ils n'entendoient point rimportance de cest affaire, dédire : « J'ai communiqué de temps en temps à ceux avec lesquels estoit besoin de communiquer d'une telle matière , et ay avec eux pezé toutes les raisons de ceux qui ne demandent pas l'absolution de de Navarre , et de ceux lesquels aussi désirent que nous luy la donnions : ce que J'ai Met y non moins secrettement que Judicieusement et sagement. Je ne nommeray point particulièrement ceux qui m*ont assisté à la résolution, et qui m*ont donné conseil de n'approuver point ce qui s'estoit faict en France sur la prétendue absolution de de Navarre, contre laquelle resolution s il y a aucun qui ose par cy après en parler , je leur fera y cognoistre par démonstration rigoureuse qu4is m'auront offencé. o
Geste nouvelle ayant esté portée à M. de Nevers, il se trouva plus afOigé qu'auparavant , et mesmes sur l'advis qu'il eut que l'un des prélats qui assistoient le cardinal de Plaisance à Paris , Dommé Montorio, estoit venu de la part dudit cardinal et du duc de Mayenne , et avoit proposé au Pape , en leur nom , qu'estans asseurez que l'on n'accorderoit point la requeste du Roy, qu*il seroit expédient d^amuser dans Rome ledit duc de Nevers : ce que l'on avoit résolu faire pour beaucoup d*occasions. Mais ledit duc, résolu de ne se laisser muser , envoya ce petit mémorial aumaistre de la chambre pour le présenter à Sa Saincteté :
« Très Sainct t^ere , le duc de Nevers pour moins ennuyer Yostre Saincteté , les festes estans si proches , au lieu d'une audience il la supplie très-bumblement, par ce peu de lignes, <|u'il plaise à Yostre Saincteté donner response sur le mémorial qu'il luy présenta le cinquiesme de ce mois; et ce d'autant plus que le bruit est commun qu'au consistoire de lundy dernier Votre Saincteté déclara au sacré collège la resolu-
tion qu'elle avoit prise sur ce très-important affaire, et à celle fin que ledict duc puisse rapporter au Roy son seigneur, à la vraye vérité et clairement, la volonté de Yostre Saincteté. Et, pour sa plus grande descbarge, il la supplie en toute humilité que ce soit son plaisir de luy faire donner ladite response par escrit. Et ledit duc prie Dieu qu'il donne à Vostre Saincteté les bonnes festes, et très-longue et très-heureuse vie.
» Signé LuDOYiGO Gonzague. »
M. de Nevers pensant avoir response par escrit de ce mémorial , l'eut seulement de bouche par ledit maistre de la cbambre, qui luy dit que Sa Saincteté luy donneroit audience le deuxiesme de Janvier, ce qu'il ne pouvoft faire plostost à cause des services qu'il estoit tenu de faire à Noël , et de quelques autres interruptions : ce qu'il falut que le duc acceptast. Nous dirons Tan suy vaut ce qui se passa en ceste audience. Retournons voir, en France ce qui s'y passoit.
Les trois mois de la trefve générale estans finis, ceux de l'union recherchèrent le Roy pour la continuer, ainsi qu'il se peut aisément recognoistre par la déclaration que Sa Majesté en fit en ces mots : « Le premier terme de la trefve estant prest à expirer , ils nous firent recherche^ d'en accorder une prolongation de deux mois , avec protestations , confirmées par sermens et par légations particulières , que ce n'estoit que pour attendre la response de Sa Saincteté et avoir loisir de conclurre la paix, comme ils asseurolent de la vouloir résoudre dans la fin du présent mois, nous conjurant , au nom du bien et repos public, de ne leur denier point ladite prolongation, laquelle, bien qu'elle nous fost suspecte et desadvantageuse , toutes fois nous voulusmes bien leur accorder pour justifier tousjours à tous nos subjects que tout nostre principal soin et désir estoit de parvenir à la paix , et que nous avons tant les ^eux ouverts à tout ce que l'on nous propose y pouvoir servir, que nous les avons plus clos et fermez aux advantages que nous pouvons recouvrer par la guerre , à laquelle nous ne pouvons retourner que aVec extrême regret et desplaisir. •
Or, en ces deux derniers mois de prolongation de trefve , plusieurs de la ligue voyans que les principaux chefs avoient des intentions particulières , ils commencèrent à rechercher aussi particulièrement de rentrer aux bonnes grâces du Roy , puis que le prétexte de la religion estoit levé. Celuy qui a faIct le Ranquet du comte d'Arête dit que , si tost que la trefve fut faicte , les conseillers d' Estât de l'union allèrent recognoistre Sa Majesté à Sainct Denis , et que les
su
CHBONOLOGIE NOVBNAIEE DB PÂLMA CAYBT. [i593]
evesqnes Tallerent depuis saluer à Moret , et n'estoit pas mesmes que quelques-uns des députez de leurs estats ne pratiquassent d*autres de leurs condeputez , et ne taschassent de leur faire trouver ag^reable de recognoistre le Roy. La vérité est qu'il y eut plusieurs pourparlers de paix , tant à Sainct Denis qu'à Fontainebleau , Moret et Monceaux , mais sans effect , car le duc de Mayenne ne voulut jamais traicter publiquement et par personnes publiques cest affaire , tant pour contenter le cardinal de Plaisance que les agents d'Espagne : tellement , que , comme il fut escrlt en ce temps-là, chacun recognut qu'il ne poursuivoit la continuation de la trefve que pour attendre des forces et dresser mieux ses intelligences à Rome et en Espagne, et vers aucuns du peuple , pour faire durer la guerre et accommoder ses affaires particulières.
Le premier de l'union qui alla recognoistre le Roy dans Sainct Denis , ce fut le sieur de Boisrozé. Depuis la surprise qu'il avoit faicte de Fescamp sur le sieur de Yillars , qui fut vers la fin de l'an 1592 , quoy qu'ils fussent tous deux d'un mesme parly, ils s'estoient faict une cruelle guerre treize mois durant; mais Bois-rozé , entendant la conversion du Roy , vint offrir à Sa Majesté son service et les places de Fescamp et rislebonneoù il commandoit. Le Roy, allant à Diepe vers le mois de novembre, fit discontinuer le siège qu'y tenoit Yillars nonobstant lestrefves.
Sa Majesté estant dans Diepe , un soir bien tard, ainsi que jesortois de sa chambre, madame de Balagoy me pria de dire au Roy qu'elle estoit là : ne la cognoissant point, je luydemanday qui elle estoit ; elle me dit son nom. Je fus esmerveillé de la voir sans aucune suitte et à ceste heure là. Aussi tost Je Tallay dire au Roy , et soudain Sa Majesté commanda que Ton la flst entrer. Je ne doute point qu'elle n'eust d'autres en cour à qui elle se fust pu addresser pour la faire parler à Sa Majesté ; mais c'estoit de l'industrie de ladite dame, qui vint ainsi sans apparat et sans se vouloir faire recognoistre à d*autre qu'au Roy , affin de faire leur accord avec Sa Majesté plus promptement. Depuis j'appris qu'elle obtint la continuation de la trefve , en attendant que l'on dresseroit l'accord que M. de Balagny desiroit faire avec le Roy, sçavoir : qu'il mettroit la ville de Cambray et le Gambresis sous la protection du Roy , aux conditions que ledit sieur de Balagoy seroit fait mareschal de France, auroitiuy et les siens Cambray et Cambresis en tiltre de prince souverain, comme est Sedan et autres principautez , à la charge d'estre maintenus par le Roy ; et aussi qu'il devolt recognoistre Sa Majesté d'un droict de baise-main pour
le devoir de iadicte protection, et certaiocs pensions à luy promises.
Depuis , le Roy monta sur mer et alla à Calais et à Boulogne sur certaines occurrences de la royne Elizabeth d'Angleterre , ausqaelles elle manqua , qu'on n*a point sceues plus particalierement. Il demeura là assez long temps, pub reviDt à Mante , là où les députez de ceux delà religion prétendue reformée s'estoientassembleL En l'audience que le Roy leur donna ils loy présentèrent les cahiers de leurs plaintes, et le Boy leur dit :
« Je vous ay mandé pour trois raisons : la première , pour vous faire entendre de ma propre bouche que ma conversion n'a apporté aocon changement à mon affection envers vous, comme estant vostre roy ; la seconde , poorcequemei subjects rebelles faisoient contenance de vouloir entendre à quelque paix , je n'ay voulu que ce fust sans vous appeller, afin que rien ne sefist à vostre préjudice, comme vous en avez esté asseurez par la promesse que firent lors lesprioces et officiers de ma couronne, lesquels jorerent, en ma présence, qu'il ne seroit rien traitté en la conférence de paix contre ceux de vostre religion ; la troisiesme , qu'ayant esté advertr des plaintes ordinaires de vos églises en plusieurs provinces de mon royaume , je les ay voulu entendre volontiers pour y pourveoir.
9 Au reste , vous croirez que je n'ay rien pins à cœur que de voir une bonne union cotre tooi mes bons subjects , tant catholiques que de rostre religion. Je m'asseure que personne ne Peinpeschera. II y aura bien quelques brouillons malicieux qui le voudront empescher ; mais j'espère les chastier. Je vous asseure que lescati)oliques qui sont auprès de moy maintiendront ceste union ; et je seray caution que vous ne tous desunirez point d'avec eux. J*ay ce contentement en mon ame, qu'en tout le temps que j'ay vescu j'ay fait preuve de ma foy à tout le moade. Nul de mes subjects ne s'est fié en moy que je ne me sois encor plus fié en luy. Je reçoy dm vos cahiers , et vous ordonne de députer quatre d'entre vous pour en traicter avec ceux que je choisiray de mon conseil ausquels je bailieraj ceste charge. Gependantsi quelques-uns d'eDtr^ vous ont affaire de moy , ils pourront me venir trouver en toute liberté. •
Dans leurs cahiers il y avoit tant de deman* des , que le conseil du Roy , pour les affaires qui survindrent lors , n'eut le moyen d*y v8^ quer à faire les responces : ce qui fut cause de l'assemblée qu'ils firent à Chastelleraut , ainsi que nous dirons cy-après.
Parmy ces députez de ladite religion prelm*
CHBÛNOLÛÛIB NÛVENÀIRB DB PALICA CAYBT. [l59S]
due il y avoit nombre de ministres , enlr*autres un nommé Rotan j grison de nation , lequel s'estoit vanté, estant encor à I^ Rochelle, qn1l vaineroit tous docteurs catholiques en dispute, et se le persuadoit ; mesmes, pour faire paroistre que telle estoit son opinion , il avoit faict charoyer un nombre de livres depuis La Rochelle jusques à Mante. A cela luy ayda beaucoup le sieur du Plessis , gouverneur de Saumur.
Or les ministres de ladite religion prétendue ayans entendu que le Roy prestoit Toreille aux discours du sieur du Perron , ils s'attaquèrent à luy par des bruits qu'ils semèrent entre les gentils-hommes, que ledit sieur du Perron n'eust osé entrer en matière contre aucun d'eux , et en fin mesme , ou suscitèrent le sieur de Favas, brave capitaine , ou bien il se suscita de luymesme pour luy en porter la parole : ce qu'il fit, moitié par bravade , et moitié par une manière de courtoisie. Un soir qu'il se trouva au cabinet de Madame, sœur du Roy, dans le chasteau de Mante , où ledit sieur du Perron estoit, il le deffla de telle façon , que ce que les ministres disoient de luy il luy imputa comme s'il se fust vanté que les ministres n'eussent osé comparoistre devant luy. Ledit sieur du Perron s'en excusa modestement , et luy dit qu'au contraire il estoit prest d'entrer avec lesdits ministres en conférence amiable , pourveu qu'il pleust bien ainsi à Sa Majesté. A ces mots le sieur de Favas prit sur luy que Sa Majesté le permettroit. Depuis le Roy, en estant supplié par ledit Favas , tant pour les uns que pour les autres, accorda la conférence. Les reglemens en furent faicts au conseil du Roy y après les avoir communiqués à M. de Rourges , grand aumosnier de France , et aux autres prélats qui se trouvèrent lors à Mantes , afin que les catholiques n'en fussent scandalizés :
1* Que la conférence se feroit chez M. de Rosny , Salomon de Rethunes , gouverneur de Mantes; 2® que choix seroit faict des ministies pour conférer ; 3® que le tout se feroit par modestie et sans invectives de part ny d'autre ; 4^ que la conférence seroit par forme d'arguments formez en syllogismes ; 5" qu'il neseproposerolt rien que par la parole de Dieu , et se resoudroiton selon icelle ; 6® qu'il y auroit des notaires ou scribes, nommés de chacune part, pour recueillir tout ce qui seroit dit, et le représenter à Sa Majesté; T" que ledit gouverneur représentant Sa Majesté, feroit tenir l'ordre exactement , et que personne n'y entreroit que ceux qui avoient esté ordonnez : ce que ledit sieur gouverneur fit observer soigneusement.
Le jour assigné , ledit sieur du Perron et le
ministre Rotan , après certains préambules de deffy et de respect tout ensemble , protestans , de part et d'autre , n'estre meus que du zèle de la vérité , entrèrent en matière sur la svjfisance de la parole de Dieu,
Rotan allégua le passage de Sainct Paul à Timothée, ii. ch. ii. vers. dern. « où il est dit que « toute l'Escriture Saincte est divinement inspirée, est suffisante pour rendre l'homme sage, afin qu'il soit parfait en toutes bonnes oeuvres. • Par ce passage Rotan vouloit dire que l'Escriture est suffisante à salut.
A quoy fut respondu par le sieur du Perron que l'Escriture dont parloit Sainct Paul estoit le vieil Testament, d'autant que l'Escriture du nouveau n'estoit encore ainsi qu'elle est à présent; partant , auroit falu se contenter donc du vieux Testament , et que le nouveau ne fust nécessaire. Mais cela , dit-il , seroit totalement absurde, veu que le nouveau est la mouëlle du vieux, et sans lequel le vieux n'est qu'une Escriture morte , et mesmes que le nouveau n'estoit point encore ; ce qui se pouvoit prouver aysement , veu que les Epistres de Sainct Paul en font parties , qui n'estoient pas encore au moins toutes recognuës ; l'évangile Sainct Jean , les Actes, l'Apocalypse, et autres livres dudit nouveau Testament, n'ont esté que long temps après.
On tumba lors par incident sur les versions des bibles de Genève , où il y a : « Toute Escrlture est divinement inspirée et profitable , » là où le texte ne portoit point de verbe substantif. Et de faict , ils n'avoient pas discerné que c'estoit une epiphoneme des sentences précédentes, et s'il y failloit adjouster quelque chose, ce que non , les ministres dévoient mettre seulement ces mots à sçavoir; et ce terme eust référé i'epiphoneme à ce qui précède xù Upx ypififiaxa, les sacrées lettres, lesquelles l'Apostre dit estre ZuvdfuvoLftofivat, puissautes de rendre sage, etc. Après ces remarques Rotan eut recours à pallier et desguiser sa proposition qu'il avoit faicte, que l'Escriture soit suffisante, car le moi utile, en grec dtfihfioi, ne peut estre pris pour ixavà,-, suffisant. Mais il s'excusa sur ce qui suit, rv« iprtoç ^ b TcO etou aySpo-noç . ofin que Chomme de Dieu soit par faict. Il vouloit inférer de la perfection du fidèle chrestien, qui est l'homme de Dieu selon les ministres , la suffisance de l'Escriture. A quoy le sieur du Perron respondlt premièrement, que ceste perfection ne despendoit de l'Escriture , qui n'estoit que la forme d'instruction.
Secondement , que la cause finale est tous- Jours en tous subjects hors d'iceux suhjects , et dépend du premier agent en chacun subject. En cestuy-cy qu'elle dependoit de Dieu , autrement
CHBONOLÛGIB NOVBNAIRB p% PAI,HA ÇAY^T, [1593]
tout homme Usant TEscriture serait parfaiet , ipso facto. « Mais, dit-il, safnct Pierre redargue ceux qui abusent des escrits de saioct Paul. Et sainct Jade dit que les hérétiques la corrompent en ce qu'ils n'entendent pas. Et le voyle est sur les enfans dlsraêl lisans Moyse. Et nostre Seigneur dit aux Scribes et Sadduciens : Vous errez ignorant les Escritures et ta vertu de Dieu, t
Tiercement , que cest homme de Dieu n'est pas un chacun particulier, mais un Timothée ; lequel aussi T Apostre appelle homme de Dieu , 1 . Tim. VI , vers. 2 , comme les prophètes Elle et Ellzée sont appeliez hommes de Dieu,
Et de fait , ces termes que F Apostre réfère à Tutilité de TEscriture Saiocte, d'instruire, reprendre , corriger et convaincre , ne peuvent appartenir qu'à ceux qui ont authorité en l'Eglise y estans légitimement appeliez. Et en celamesme il appert que l'Escriture Saincte n'est pas mesme utile qu'en soy, sans profât à d'autres, sinon qu'elle soit appliquée à son droict usage par le droict ministère de lEglise , que ledit sieur du Perron soustint n'estre pas aux prétendus reformez. Rotan se trouva lors un peu confus, et se mit sur les louanges dudit sieur du Perron, puis fut rassemblée congédiée pour ce Jour-là.
Depuis Rotan ne se trouva plus en la conférence. En sa place vint Berault, ministre de Montauban , lequel , dans les six jours suivans , fut pourmené par ledit sieur du Perron , per amnes locos dialecticœ^ sur le mot vafivxi^ faire sage. Il fut allégué des histoires, des poésies, des mathématiques, de la philosophie, physique, morale, metaphisique, scholies et commentaires; dont ledit Berault s'escrima à droit et à revers : mais, en tout ce qu'il fit pour prouver que ce mot signifioitou comprenoit suffisance , il ne le put prouver. Aussi , après avoir loué ledit sieur du Perron, il dit, en paroles couvertes, qu'il n*estoit venu préparé pour disputer.
Ainsi finit ceste conférence, et les ministres de la religion prétendue reformée s'en retournèrent chacun aux provinces d*oo ils estoient.
Cependant que ces choses se passoient sur la fin de ceste année et au commencement de l'an suyvant, le Roy se résolut si tost que la trefve seroit finie de recommencer la guerre. Or M. de Yltry (1), gouverneur de Meaux, dez que le Roy eut esté à la messe,disoit ouvertement qu'il estoit son serviteur, et qu'il vouloit quitter le party de la ligue. M. de Mayenne taschade l'en empescher, mais il n'y gaigna rien. Voyant que la trefve s'en alloit expirer sans paix , et qu'il
(I) Louis de L'Hospital, d'une famille difMreote de celle du ciMncelier.
failloit retourner à la guerre, Il commoDkpi son dessein aux principaux habitans de Meam, lesquels s*y conformèrent, et prirent toos Fetcharpe blanche le Jour de Noël. Le Boy depû leur accorda quelques articles qu'ils luy prescsterent quelques jours après leur réduction, par lesquelles il donqa audit sieur de Vitry Testât de bailly, capitaine et gouverneur de Meaux, et à son fils aisné la survivance desdits estats,et ce à la requeste desdits habitans, ainsi que le portent lesdites articles. Puis ils firent publier une déclaration addressée i messieurs de Paris sur ce qu'ils avoient quitté le party de ïmm^ dans laquelle ils disoient que sans avoir ancuoe garnison, après les pertes des batailles de Seuls et d'Ivry, quoy que les autres villes voiàuesde la leur se rendissent à l'armée victorieuse, (joe toutesfois Ils avoient non seulement résisté, où secouru depuis l'armée du duc de llayeuDe. lequel , sans la retraicte de leur ville, ny luy ay le duc de Parme n'eussent jamais entrepris de secourir Paris durant le siège qu'y avoit rois le Roy ; mais que depuis qu il avoit pieu à Dieu de faire descendre son Sainct Esprit sur le %oy, petit fils de sainct Loys , aux prières ardente duquel ils rapportoient ce grand œuvre, qaib estimoient, s'ils ne luy rendoient lobeyssasce qu'ils luy dévoient, que leurs armes seroient aussi injustes qu'elles leur sembloient justes auparavant sa conversion. Qu'ils avoient estimèj que les trois mois de la trefve ne s'escouleroint point sans voir publier la paix; mais, tout at contraire, qu'ils avoient cogneu qu'on s estcft voulu servir de ceste surceance pour reprtodit haleine, et faire , non des ligues et unions do catholiques , mais des conjurations à l'advanta^ des estrangers contre ceste monarchie , laquelle ils avoient divisée entr'eux par partages serreis qu'ils vouloient faire mettre à exécution, s^ lans changer la couronne françoise, reloisaote de gloire et de liberté , en plusieurs petites te* trarchies , ou plustost tyrannies , pour rendre Ifi François esclaves misérables des Espagnols leurs anciens ennemis, et qui n'a voient autre but en leurs conseils que Tusurpatlon de la Fraoee. Après avoir dit aux Parisiens que Dieu u ad* vouêroit point ceux qui combattroient coutit leur roy catholique et chrestien et suctesses^ légitime , ils concluent en ces termes: • ^fi^' moins , par faute de courage vous n'osez vod mettre en liberté et en vostre devoir tout es* semble , d'autant que vous vous imaginez tiHiS' jours que Tun de ces seize bourreaux vous aUacfc< à une potence. Mais si vous voulez senlemeoi trancher le mot avec resolution, nul d'entr'eui ne comparoistra non plus que leurs soppo^»
CHBONOLOQH NOVENAIRB DE PÀLMA CAYET. [l593]
ont fait eB nostre ville. Dieu vous fasse la grâce d'appréhender comme il faut la misérable et déplorable fin , de laquelle vous estes beaucoup plus proches que vous ne pensez , et de prendre autant de courage et de résolution contre ce petit nombre de mutins audacieux qui empeschent Yostre bon-heur, comme vous avez de recognoissance de la vérité de ce que nous vous disons , de la Justice de nostre résolution , et de la sincérité de nos intentions. »
M. de Vitry addressa aussi à la noblesse de France un manifeste des causes qui Tavoient men de quitter le party de la ligne pour r'enlrer en celuy du Roy, dans lequel il disoit qu'estant né gentilhomme de Tordre de la noblesse de France, nourry et eslevé dez Taage de douze ansauprèsdes roys, lesquels il avoit fidellement servis depuis le temps qu'il avoit pu porter les armes jusques à la mort du roy Henry lll dernier decedé , qu'il n'a voit discontinué ce service à Tendroict du Roy à présent régnant que pour ce qu'il ne faisoit lors profession de la religion catbolique-romaine , estimant qu'il eust faict contre sa conscience s'il eust porté les armes pour luy contre le party catholique, s'estant retiré d'auprès de Sa Majesté, et mis dudit party sans y estre appelle par presens , bieusfaîcts , ou autre obligation qu'il eust aux princes de la maison de Lorraine , ne les ayant point auparavant servis ny recherchez.
Qu'estant entré en ce party là , il s'y estoît comporté en homme d'honneur et avec toute affection; s'estoit trouvé dans le mémorable siège de Paris; avoit tousjours suivy et servy M. de Mayenne , qui l'avoit aussi tousjours employé aux affaires les plus pénibles et dangereuses, luy faisant paroistre Testime qu'il faisoit de luy, se commettant sous sa garde et conduitte en plusieurs voyages qu'il avoit faicts assez périlleux à Paris et ailleurs , dont Dieu luy avoit faict la grâce d'en estre* sorty à son honneur.
Que quand la rage des Seize de Paris les transporta à f^iirc mourir M. le président Brisson, Larcher et autres, que M. le duc de Mayenne estant party deLaon à grandes traictes s'en estoit venu à Paris avec la compagnie dudit sieur de Vitry et quelque peu d'autres forces estrangeres, où il avoit trouvé les choses fort douteuses , mais que ledit duc sçavoit quel conseil ledit sieur de Vitry luy avoit donné pour le pousser à une juste punition : ce qui ne fut pas tout de résoudre , mais de l'exécuter et prendre ces mutins au milieu de leur ville et parmy leurs amis : ce qu'il entreprint et dont il vint à bout , disant qu'avec vérité il avoit autant servy et en conseil et en Texecutlon M. de Mayenne que
nul autre , et que , quand il ne luy auroit fait que ce service là jamais, il luy en devoit sçavoir gré , car il n'avoit jamais faict acte plus généreux et honnorable pour luy que celuy là.
Qu'il ne s'estoit passé occasion , quelle qu'elle fust) durant ces guerres où il ne se fust trouvé avec sa compagnie à la teste de l'armée de Tunion quand elle avoit marché en avant , ou à la retraicte quant ils avoient eu les royaux en queue , tesmoin Aumaie Bures , Yvetot et autres lieux, où , s'il y avoit eu trois coups d'espée ou pistolet donnez, la vérité estoit telle que luy et ses compagnons y avoient eu la meilleure part : ce qui n'avoit pas esté sans en avoir ressentydé la perte et du dommage. Qu'il avoit esté tué sous luy vingt-neuf chevaux, sans pour cela que l'on luy eust donné d'autres commoditez pour en rachepter d'autres , hors mis deux que le duc de Parme luy avoit donnez à Caudebec , qui avoient esté tous deux tuez sous luy en un mesme jour.
« Vous penseriez, messieurs, peut estre, dit le sieur de Vitry dans son manifeste, que, ces services merltans quelque recompense, j'aye receu force doublons d'Espagne ; je vous asseureray que non ; et tant s'en faut , qu'ayant faict compte avec les thresoriers de la ligue , et présenté les rooHes de monstre de ma compagnie , qui n'a que peu ou point tenu la campagne, ayant tousjours esté dedans les villes à la suite de M. de Mayenne , logeant dedans les hostelleries et payans comme marchans , il s'est trouvé qu'il m'estoit deu vingt-sept mille escus de conte faict etarresté, dont l'on me promettoit de jour à autre satisfaction , soit de la part de M. de Mayenne , soit de celle des Espagnols , me renvoyant de l'un à l'autre. En fin , pressé de la nécessité , et ne pouvant plus fournir à mes soldats, m'addressaot aux uns et aux autres pour m'aequitter ceste partie, les ministres d'Espagne me firent cognoistre qu'elle avoit esté fournie aux thresoriers de M. de Mayenne , qui s'en est accommodé ailleurs comme il luy a pieu , sans avoir esgard à ma nécessité et à l'advance que j'ay faicte, et au tort qu'en cela l'on me faisoit.
« Encore qu'il ne soit juste ny raisonnable qu'un gentil-homme serve à ses despens un prince ou un party , si mal recogneu comme je fay esté , ce ne sont point les causes principales qui m'ont fuict abandonner le party de ceste ligue. Et ce que je vous ay apporté et remonstré cy-devant n'est que pour vous faire voir qu'en ce party-là les doublons n'y courent pas si espais comme l'on se faict à croire, et ceux qui en retirent plus de commodité, ce ne sont pas ceux
qui vont les premiers et le plus librement aux
coups, n'ayant jamais veu que pour blessure i
CHAÛROLÛGIB NOTBNAIRB DB PÀLIIA CAYBT. [l593]
perte ou rançon , ils ayent récompensé un seul homme d'honneur, tant vertueux et reeommandable fust-il, et employent plustost leur argent à quelques maraux pour faire des brigues dedans une ville, ou à quelque prédicateur qui ne scaura gueres de latin, mais sera bien sçavant en injures et invectives quand il est dedans la chaire : à ceux-là ne s'espargne point la recompense qui se donne fort peu aux gens de guerre.
» M. de Mayenne me blasme, comme fay appris par quelques lettres que j'ay veuês , de ce que Je Tay quitté , m*ayant faict beaucoup d'honneur et d'avantage, comme il dict, et aussi dequoy j*ay apporté Meaux au service du Roy. A cela je responds que J'ay receu de mondict sieur de Mayenne tous les biensfaicts que je représente dedans ce discours ; et si vous trouvez qu'il m'ait grandement obligé. Je confesseray avoir tort. Je ne Tay point quitté et abandonné sans l'en avoir adverty. Et se souviendra qu'au mois de novembre dernier estant à Paris, Jeluy dis franchement que je ne le voutois plus servir, ny suyvre le party de la ligue, et qu'estant le Roy catholique , je ne pouvois estre autre que son serviteur. Quant à la ville de Meaux , je n*ay forcé ny violenté les habitans à faire ce qu'ils ont faict. Prenant congé d'eux, Je leur déduisis les causes pourquoy Je quittois le party de la ligue etembrassois celuy du Roy, leur remonstray le danger qu'ils pourroient courir rentrant à la guerre avec leurs pertes et dommages, qu'ils advisassent à leurs rffaires, les laissant en leur pleine et entière liberté. Je remis les clefs de leur ville en leurs mains , et , partant de là, Je m'en nllay chez moy. Et croy certainement qu'ils ont très-bien et prudemment faict de se remettre en la bonne grâce de Sa Majesté, s'estans acquittez de leur devoir et exemptez d'une ruyne inévitable.
» Pour fin et conclusion, Je vous repeteray , comme J'ay dict au commencement , que Je ne suis point entré au party de la ligue par aucuns blens-faicts que j'aye Jamais receu de messieurs de la maison de Lorraine : aussi ne les ay-Je pas quitté par témérité, mal-veillance ou mespris que Je fasse de leurs vertus, lesestimans princes valeureux et pleins de grands mérites; et, en ce qui ne concernera point le service du Roy , Je demeureray leur serviteur tant qu'il leur plaira, et qu'ils ne chercheront point de me blasmer ny vitupérer pource que j'ay faict , n'estant point leur subject ny vassal. Ils ne me peuvent accuser de faute pour avoir pris le service du Roy lors et après qu'il s'est faict catholique, n'estimant plus qu'il y ait cause légitime et valable pour ioy faire la guerre ; et, si nous y rentrons,
elle ne se pourra plus qualifier guerre derelIgioD, mais d'Estat , d'ambition et d'usurpatioa. G'eit donc la cause pourquoy Je me suis retiré de II ligue , ayant reeogneu que si la volonté do Espagnols est suivie, le royaume s'en va estre perdu et dissipé en pièces et morceaux, car ils n'espargnent aucune chose de ce qui se peat apporter pour en faire desmembrement; et s'ils employent cent mil escus aux frais d'une armée, ils en dépendent deux fois autant pour suborner un prince , un gouverneur , une ville et nue communauté. Ils font bien par là cogaolstre quelle est leur volonté et intentioD. Ils pourchassent de faire rompre la Ioy saliqne , changer les coustumes et l'Ëstat mesmes, s'ils peuvent le transporter en main estrangere. Jesçay , pour y avoir esté présent, combien ces propositions ont esté désagréables à si peu de noblesse qu'il y a voit à ceste assemblée d'estats à Paris , et qu'ils ont vertueusement résisté à ne consentir à choses si deshonnestes à leur ordre et proto* sion ; qui a rompu et retenu à coup ce <pi*ils vouloient faire. Et pour moy , les choses m'estans cogneuês si injustes et desraisonnables Je m*en suis voulu départir , et comme bon François jetter aux pieds de mon Roy pour employer mon sang et ma vie à son service , pour le sonstieu de sa couronne, de son honneur, de sa personne et de son Estât, et espère en Dieu que tous les gens d'honneur qui ont la mesme cognoissance de ceste ambition estrangere, feront comme j'ay fait. Et loué Dieu sans cesse, et le remercie de la grâce qu'il m'a falcte d'avoir esté le premier à tracer ce chemin pour apporter exemples à tous mes semblables. •
Yoylà ce que dit le sieur de Yitry en son manifeste, et ce qui se passa à la réduction de Meanx
en l'obeyssance du Roy.
Au mesme temps que le Roy estait à Diepc, celuy que les ministres d'Espagne et M. de Mayenne envoyoient au roy d'Espagne, ponr l'informer de Testât de leurs affaires, et pour sçavoir de luy sa volonté, fut pris [au bon4kenr du Roy] avec tous ses paquets, mémoires et instructions. Il avoit lettre de créance que l'on ad- Jootast foy à tout ce qu'il diroit. Le Roy , désirant descouvrir l'intention du roy d'Espagne , faict enfermer bien secrettement ce porteur de mémoires, et s'advisa d'envoyer en sa place quelqu'un qui pust dextrement sçavoir de la propre bouche de l'Espagnol son intention. De tous ses serviteurs il Jetta l'œil sur le sieur de U Yarenne, qu'il avoit Jà employé en plusienrs affaires dont il Vestolt acquitté fort fidellement K avec beaucoup d'industrie , car il estoit serviteur ancien de père en fils dans la roaisoD dti
CHBONOLOGTR NOVENATBB DE PALM A CkYRT. [l593j
Roy. Dorant les estais de Blois 11 avoit dextrement descouvert et appris les principaux desseins du feu sieur duc de Guise par un sien secrétaire, dont il advertissoit le Roy, et luy roesme luy fut porter Jusques à Nyort les nouvelles de la mort dudit duc et du cardinal son frère. Durant que le duc de Mayenne se présenta avec son armée devant Diepe , il alla quérir en Champagne le mareschal d'Aumont, et en Picardie le duc de Longueville,et exécuta heureusement tout ce que le Roy luy avoit commandé, avec une grande diligence, nonobstant qu*il fust pris prisonnier par ceux de Soissons, dont il fut délivré par rançon que le sieur Zamet paya pour luy. Depuis 11 fut encor envoyé vers la royne d*Angieterre , où il se comporta si bien qu!ll obtint le secours qu'il demandoit. Or, le Roy se ressouvenant de toutes ces choses, il se résolut de renvoyer au roy d'Espagne porter le pacquet au lieu de celuy qui le devoit porter , qu'on retint prisonnier bien estroitemeut. Ledit sieur de La Varenne, sur la proposition que le Roy luy fit de faire ce voyage, offre de le faire, se prépare, et s'achemine en Espagne , où il rendit ses despesches. On le faict parler au roy d'Espagne, auquel il représenta Testât des affaires de la ligue en France , suy vaut les mémoires et instructions que l'on avoit données à Paris au susdict courrier arresté prisonnier. Il luy parla si privement, que le roy d'Espagne luy dit qu'il ne failloit point craindre que le Pape approuvast la conversion du prince de Bearn [ainsi appeloit- II le Roy] s'il n'alloit luy-mesme à Rome demander son absolution ; que s'il y alloit, qu'il donneroit si bon ordre à ce qui seroit nécessaire, qu'on ne le laisseroit aisément retourner. Que ceux de l'union ne dévoient point douter de luy, et que de son costé il leur assisteroit de tous ses moyens aux conditions portées entr'eux. Qu'ils se guardassent bien de recognoistre le prince de Bearn nonobstant quMI allast à la messe et flst semblant d'estre catholique, mais qu'il faillioit espier ses actions , et que les prédicateurs dévoient dire en leurs sermons qu'il estoit tousjours hérétique entant qu'il favorisoit aux hérétiques et entretenoit leurs ministres. Après plusieurs autres propos, il luy dit qu'il luy feroit expédier sa response par escrit.
Ledit sieur de La Varenne alla aussi parler à l'infante d'Espagne , qui , s'enquestant de luy des affaires de la France , et , tombant sur le prince de Bearn [ainsi appelloient-ils le Roy] , luy demanda quel il estoit, et en quel estât estolent ses affaires, sn taille , ses actions. Ledict sieur de La Varenne fit tomber ses propos si dextremeot, qu'il cogneut qu'elle eut bien désiré