‹ Chronologie novenaireChapitre 5 sur 62 · I. c. B* K. T, xn · texte numérisé non relu

I. c. B* K. T, xn

ment, selon nostre désir, devant l'esmotion desdicrs hahitans, et qu'ils eussent tendu les chaînes et dressé des Imrricades par les rués, comme ils commencèrent à faire iucoBtineut après midy , et quasi en mesme temps par toutes iesdites rués de ladite ville , à ce instruits et excitez par aucuns gentils-hommes , capitaines ou autres estrangers envoyez par ledit duc de Guise, qui se trouvèrent en bien peu de temps départis et ran* gez par chacune des dizaines pour cesteffect| faisant retirer lesdlctes compagnies suisses et françoises. Il y eut, à nostre très-grand regret, quelques arquebusades tirées et coups ruez par lesdits hahitans, qui portèrent principalement sur aucuns desdicts Suisses que nous fismes retirer et loger ce soir là ez environs de nostre Louvre, à fin de voir ce que deviendroit l'esmotion en laquelle estoient lesilts hahitans , et fismes tout ce qu'il nous fut possible pour Tamortir, Jusqu'à faire le lendemain du tout sortir et retirer de ladite ville lesdlctes compagnies, réservé celles que nous avions devant leur entrée posé en garde devant nostreditchasteau du Louvre, nous ayant esté remonstré que cela contenteroit et pacifieroi t grandement lesdicts hahitans. Nous fismes aussi arrester quelque reste de compagnies de gens de pied du régiment de Picardie qui estoient toutesfois encores à sept ou huict lieues de ladite ville, ensemble quelques seigneurs et gentilshommes nos serviteurs qui nous venoient trouver, voyant que Ton en avoit donné ombragea ce peuple, et que l*on se servoit de ceste couleur pour esmouvoir davantage lesdicts hahitans* Neantmolns, au lieu d*en venir Teffect tel que nous atten4ions pour leur propre bien et nostre contentement, ils enrôlent continué depuis à hausser davantage lesdlctes barricades, renforcer leurs gardes jour et nuict, et les approcher de nostredit chasteau du Louvre jusques contre les sentinelles de nostre garde ordinaire, et mesmes se seraient saisis de THostel de ladite ville, ensemble des clefs de la porte Sainct Anthoine, et autres portes d*icelle. De sorte que les choses seroient passées si avant le treiziesme de ce mois qu*il semblolt qu'il n*estoit plus au pouvoir de personne d*empescher Teffect d'une plus grande esmotion , jusques au devant de nostredit chasteau. Quoy voyant, et ne voulant employer nosdictes forces contre lesdits hahitans, pour nous avoir tousjours esté la conservation de ladite ville et des bons bourgeois d'icelle aussi chère et recommandée que celle de nostre propre vie, ainsi qu'ils ont esprouvé en toutes occasions , et trèsnotoires à un chacun , nous nous resolusmes d'en partir ledit jour, et plustost nous absenter et esloigner de la chose du monde que nous aymions

INTRODUCTION

autant , comme nous désirons faire encor , que de la veoir courir plus grand hasard, et en rece« voir aussi plus de desplaisir ; ayant supplié la Boyne nostre très-honorée dame et mère d'y demeurer pour veoir si par sa prudence et autho*rite elle pourra faire en nostre absence assoupir ledict tumulte, ce qu'elle n'a peu faire en nostre présence, quelque peine qu'elle y ait employée. Et nous en sommes venus en ceste ville de Chartres ; d'oti nous avons bien voulu incontinent vous faire ta présente, pour vous prier de mettre en considération la conséquence de ce fait, combien il apportera de préjudice et de desadvantage À la cause publique , et principalement à nostre sainete religion catholique , apostolique et romaine, s'il passe plus avant, puis que ceux qui avoient accoustumé de combattre ensemble pour la propagation d'icelle seront par cest accident, s'il n'est reparé, des-unis et contraints de tourner leurs armes les uns contre les autres. Aquoy nous vous prions de croire que nous ferons de nostre costé tout ce qu'il nous sera possible pour n*y tomber , tant a de puissance sur nous le zèle que nous portons à notredite religion , que nous avons fait paroistre Jusques à présent. Et vous prions et exhortons , tant qu'il nous est possible , de faire prier Dieu en vos églises pour ceste réunion, et que l'obéissance qui nous est deuê nous soft conservée comme II appartient, et ne permettre que les habitans de nostre ville , etc. , se desvoyent du droict chemin d'icelle, mais les admonester et confirmer à demeurer fermes et constans en leurs loyautez envers leur roy, en union et concorde tous ensemble, pour se maintenir et conserver sous nostre obeyssance , et ne torpber aux inconveniens qui leur sont préparez sMIs tiennent autre chemin. Et outre que vous ferez chose digne de vostre prudence , fidélité et devoir , qui servira d'exemple à tous nos subjects , nous vous en sçaurons gré , et le recognoistrons à jamais envers vous et les vostres. Donné à Chartres, le dix-septiesme jour de may 1587. •

Les jugements furent divers que Ion fit lors, tant sur les lettres du Roy que sur celles du duc de Guise. Celles du duc furent trouvées plus hardies, comme nousavonsdit, lesquelles il finissoit, comme par menace, que si le malcontinuoit qu*il eonserveroit et desgageroit ceux de sonparty» Celles du Roy au contraire furent jugées tenir trop de la douceur et comme tendantes à crainte et timidité , car t7 exhortoit setile^nent ses subjects de prier Dieu qu'il reunist le duc de Guise et les Parisiens sous Pobeyssance qui luy estoit deue, afin que les eaihaUques ne fussent désunis et contraints de tourner leurs armes les uns

contre ks autres. Voyià pourquoy \a doc de Guise et le couseii des Seize [qui usurperont d'oresnavant et prendront le nom de Messieun de la ville de Paris] envoyèrent des deputexà Chartres ainsi que nous dirons cy">aprèa« Mais que nous ayons dit quelques traits qu'ont, ret marqué plusieurs beaux esprits sur les lettres da Roy et du duc de Guise.

Le Roy dit que quand le due de Guise arriva à son descen, qu'il ne pensoilqu'à faire cesser tou^ tes sortes de jalousies et empeschefnenâ du cosli de Picardie, Or tous ceux qui ont escrit sur ee subject disent que la cause des jalousies et des« fiances estQit que le duc d'Aumalle^ayant désiré estre gouverneur de la Picardie, det le comiiieDcément de l'an 1585 il avoit saisi Rue, laquelle place luy fut laissée pour son asseurance par raccord de Nemours faiet en juillet audit an, entre le Roy et les princes de la ligue, qui , ne pouvans se contenir en leur devoir eomme ils avoient prorais et juré au Roy, s'emparèrent de plusieurs places et continuèrent tousjours leur ligue et leurs prétentions. Le duc d'Aumalla surprint Dourlens en 1586, etPontrdormy au commencement de l'an 1587; du depuis il con* tinua de pratiquer le plus qu'il put de gou* verneurs qui estoient dans les places de la pn> vince de Picardie, entr'autres ilgaigna ceux de Monstr'œii , Han, Abbeville, Peronne , Roy et Montdidier : ce que luy ayant succédé, il jetta ses desseins sur le Boulenois , qui est un petit pays sur le bord de la mer, tirant , au bout de la Picardie , vers le septentrion , dont estoit lieutenant pourle Roy M. leducd'Espernon, qui avoit mis dans Bolo>{ne le capitaine Remet ; en fin toutes les entreprises du duc d' Anmalle sur Bo-< logne ayant esté descouvertes , il se résolut à la forcer; mais il avoit trop peu de gens pour ce faire. Après avoir ruyné le plat-pays , ii logea ses troupes comme par garnisons aux enviroufl de Boulogne , et nonobstant tous les mandemeafl que le Roy luy envoya de les retirer, il ii*eii voulut rien faire. Après la mort de feu M. U prince de Condé , qui estoit gouverneur de Pii cardie , et lequel mourut le 6 mars an presen à Sainct Jean d' Angely, M. le duc de Meverj avoit esté pourveu de ee gouvernement* Le Ro^ Ty vouloit envoyer pour paeifler tous les remue mens faicts par le duc d'Aumalle : c'est ce qii veut dire Sa Majesté par ces mots: Nous n pensions à autre chose qu'à faire cesser toutt sortes de jalousies et empeschements du cosi de Picardie. Le duc de Guise dans sa lettre s*e vent excuser en disant : Nous allons rendre \ Roy content des garnisons de Picardie. Mai qu'avolent affaire, disolent-ils , ny le doc d' Ai

INTHODUCTIOII.

ntf Je ny le dœ de Ouisa de troubler ceste pro- Tlnce de Picardie » ven qu*il n'y avoit point de hagaeoots , ny que janiAis aueuu de leur maisou B>a avoit esté gouverneur et n*y avoit eu au* eoo dro<et ? Poorce , d'isoient les ennemis de la ligue, que tout leur estoit loibible, puisqu'ils vouloient refoier.

Hais, disoient-ils encor, puis que M. de BelHe*

Tre fut à Soissons dire au due de Guise que le

Roy ne vouloit qu'il vinst à Paris pour ceste

lois, poorquoy n'obeyssoit-il au commandement

deSaUajiwlé? il ne pou voit, pource que les

Seiie luy avoient mandé qulls e&toient tous

perdus h'i\ ne venoît en dilit^ence : plusieurs

d*enlr*eux en le saluant luy dirent : Bon prince,

Mtu estions perdus si vous ne fussiez venu ;

eVy leurs coiijurations deseouvertes et les ca*

lomoies que publiquemeiàt i's distoient du Roy

De pouvans e!»tre plus tolérées » Ton avoit résolu

d*en foire justice. Or 11 avoit Juré de vivre et

mourir avec eux [ce qui estoit ie premier ser*

ment de la ligue] ; à quoy il ne voulut faillir de

les ^ecoarir de ba présence» et pour exécuter

quand et quand ce qui avoit es'é résolu en las-

%erob(fe de Nancy. Et quoy qu'il fuht bienasseuré

de toatela faction des Seize, si est*ceque, quand

// fut ârriré à Piiris et que la Royne mère le mena

an Louvre pour saluer le Roy, qu'il luy dit, des

fo'ille vid : « Mon cousin, pourqui^y estes vous

^eaii? I II respondit tout tremblant : c Sire , me

rokj pour respondre aux calomnies qu'on a

drr!î&é contre moy pour me faire odieux à Vostre

M^-jesté. • Lors te Roy luy répliqua : a Me vous

avois-je pas exprebsement maitdé de ne venir

pa» en re^te saison si pleine de deffiances , et

d*2ttendre encor un peu? • Le duc ne sçait que

dire, sinon : t Sire, l'on ne m'a pas représenté

T04re intenti<in en telle sorte que ma venue vous

fost désagréable. » M. de Bellievre, qui estoit là

présent, Ciiinoiença , par le commandement du

R'% à dire au due ce qu*il luy avoit dit à Sois-

soQs; mais la Royne mère, tirant le Roy à part,

empesetia que M. de Bellievre ne continuait de

dire ctiHEKiie il avoit aecomply le commandement

de Sa Majesté. Plusieurs grands personnages

ont remarqué que le Roy fit lors une trèsr grande

(sate, ear, veuque le due estoit venu contre

ton comniADdement, il le devoit, disoient-ils,

faire sortir à Pheure mesme de Paris, ou bien

l'arrester prisonnier, et puis qu*îl estoit bien ad-

^erty qu*ll y devoit arryver de ceste façon, il se

déçoit préparer pour luy faire cognoistre qu'il

estoit roy, et qu'il le fëroit ot>eyr comme sou

ittbjeet.

U ftfy 41^ diD^sa lettre qu'il x(Hiloit faks ooe reeberche exacte pour faire vuider les es-

trangers quLentoient dans. Paria, lesquels ne seroieat advouez; e'est à dire les gentUsrhommea et autres gens de guerre qui es*oient entrez dans Paris et se rallioientà la suitte du duc de Guise. Quoy ! dou2e enseignea de Suisses et huict com* pagnies françaises pou voient ils faire cela? non pas deux fols autant. Qu'uue faction des Seize^ laquelle , depuis deux ans et demy , Ton avait laissé croistre d'un si t^rand nombre de factieux, et enduré d'eux une infinité d'insolences, assis* lée de noblesse et d'un grand chef de guerre^ tri que ie duc de Guise, ayans deseouvert que c'rstoit à eux qu'on en vouloit, se fusseiil ils tou^ al^ex cacher dans leurs caves? il n'y avoit point d'apparence de le croire. Et larespoase eal prompte à ceux qui disent que M. le due de Mayenne, l'an 1591, n*ayantau plus que ciaq cents chevaux dans Paris , les avuit bien em* peschez de se bouger , et mesmes qu'il eu avoit fait pendre quatre des plus factieux : ouy ; mais les Seize alors n'ai'oient plus de chef, plus de noblesse , ils estoient divisez entr*eux » et la noblesse et le chef de la ligue estoient oontr'eux. Au cimtrfiire, à la Journée des Barricades, lis avoieut un chef , ils avoient la noblesse de la 41* gue , et estoient tous d'un accord. Aussi ceux qui conseillèrent le Roy et entreprindrent ceste re^ cherche , en la faisant ils dévoient estre , comme l'on dit, garnis de fil et desguille, tant pour exécuter leur entreprise que pour résister À toutes Us occasions qui y pou voient surveniré

Un capitaine, très-babil!e homme, alla dire au Roy qu*avec cinq cents hommes et deux pie* ces de canon , qu'il vouloit perdre la vie s'il ne rompoit toates les barricades. Un qui estoit là luy respondit : « Ouy, s'il y avoit moyen de tirer du canon de TArsenac ; mais qui entrepren* dra maintenant de 1 aller quérir, puisque toutes les rués sont barricadées? i Au contraire les Seize avoient pourveu et preveu à toutes les oc* casions qui leur pouvoient advenir; ils s'estolent résolus plus, d'un an devant à se barricader, sans que le Roy en eust Jamais rien descouvert ; ils avoient faict mettre, en des maisons proches des advenues des ponts , quantité de picques et quelques petites pièces montées sur roues por « tant gros comme un esteuf , dont ils garnirent leurs premières barricades , et par ce moyen sa rendirent incontinent en estât de forcer et non pas d'estre forcez.

Mais l'on di^oit : « Le Roy n*avoit fait entrer les Suisses et ses gardes fraiiçoises ^e pour renforcer les corps de garde dès habitons et bour* geois y afûn qu'ils fussent plue forts pour faire faire, la nacherohe. qui se tdevolt faire-.pai les quarteniers et officiers de la ville ; et encor le

OfTBODVGTtOlf.

prevost des marchans , les eschevf ns , les colonels et capitaines qui estoient tons officiers de son parlement et de sa chambre des comptes, en estoient ad vert is; il y a voit les deax tiers des habitans et bourgeois qui D*es*oieot de la faction des Seize : tous ces gens estoient plus que suffisants pour empescher le duc de Guise, tous les siens et tous les factieux, i 11 est vray, mais II en arriva des effects tout au contraire de ce que l'on s'estoit proposé.

• Les capitaines et colonels qui commandoient aux corps de gardes des habitans que Ton avoit mis dez le soir à Fadvenuê de tous les ponts et en quelques places par le commandement do Boy, ne dirent Jamais à pasun bourgeois à quel dessein ces corps de garde se faisoient , ny pour quelle occasion : Ton les tint tout du long de la nuict en des quartiers à l'opposite dos leurs [car il faut no*er qu*À Paris chacun fait la garde en son quartier], sans les advertir qu*il y eust aucune entreprise contre i'autborité du Roy ; bref, il n*y eust jamais rien de si mol , rien de si mal conduit que ces corps de garde. Au contraire, auparavant et depuis la venue du duc de Guise, les Seize avoient esté tousjours au guet , le menu peuple d'entr'eux avoit intention d*un pillage, et les chefs , de peur d*estfe chastiez de leurs conjurations , s'entendoient tous ; durant ceste nuict ils avoient pris des sentinelles de tous ces corps de garde , s'estoient faict bailler le mot. La Rué, tailleur d*habits , suivy d'une dizaine de factieux, sort sur les trois heures du matin de sa maison , va au corps de garde du pont Sainct Michel : quelques vieux offlciers du Roy y avoient passé la nuict : à la seule morgue-mutine qu il leur fit , les menaçant de les tailler tous en pièces sMU ne se retiroient , capitaines et habitans retournèrent chacun en leur quartier; si bien que quand les garder du Roy y arrivèrent, il n'y avoit personne ; si les autres corps degarde en firent autant, il n'en faut pas douter. Le Roy aussi alors ny du depuis n'osa nommer que le duc de Guise fust son ennemy, sinon qu'aprètt qu'il l'eust fait mourir ; comment eust II voulu donc que ses serviteurs Teussent deviné, veu qu*ib le voyoient tous les Jours parier à luy . L'on voyoit bien que le duc de Guise entreprenoit piusqu'un subject nedevoit sur rauthorité de ^on prince; à qui estoit ce à le dire qu^au Roy et à ses officiers? En telles actions que celles là, et quand les princes veulent rnyner une faction formée dans leur Estât, leurs officiers doivent hardiment s'opposer, dire la volonté du prince au peuple, parler à louvert contre les factieux ; le prince doit aussi de son costé se monstrer A ma peuple comme un soleil , affln de dissiper

par sa présence tous les brouillons qui TealeDi empescher quMI ne luyse et troublent sa puissance. Les bons subjects n'aprouvent en leur ame le tort que l'on veut faire à leur prince , mais ils ne le peuvent pas deviner, il le leur fout dire. Le Roy n'osa dire à qui il en vouloit , et les fac* tieux nommèrent si librement qu'il estoit leor ennemyi que toute la racaille, tout le menu peapie , qui les voyoit seuls en armes , se jetterent de leur costé , et les estimèrent [par les faulses persuasions qu'ils leur donnèrent que le Roy leur vouloit mettre des garnisons dans Paris] les autheurs de leur liberté ; et mesmes ceux qui avoient du Jugement pour discerner à quoy toutes ces choses tendoient, de peur d'estre pilles, ce qui advient d'ordinaire en tels accidents, se Jetterent du costé des factieux , et tel fit bien da bon serviteur en la barricade de son quartier, qui trois jours après chercha le chemin pour trouver et suivre le Roy.

Quant aux lettres du duc de Guise, dans le^ quelles il dict qu'il estoit venu pour se purger des faux bruits que ses ennemis faisoient courir contre son honneur, celuy qui a faict le discours libre sur Testât de France y respond en ces termes :

« On t'accusoit d'avoir mutiné le peuple de quelques villes de ce royaume contre les gouverneurs que le Roy vouloit y establir : tu as effacé ce bruit en mutinant celuy de Paris contre le Roy mesme. On te blasmoitd*avoirà Chaaions, À Reims, à Soissons, et par tout où tu mets le pied , saisi ses deniers : tu t'en es purgé en prenant ceux de son espargne dans sa ville capitale. On te soupçonnoit d'avoir des entreprises contre l'Estat, et d'aspirer à la couronne, et pour cest effet de t'estre desjà emparé de quelques bonnes villes tenues par toy ou par tes partisans, ausquelles le Roy n'est point ol)ey : tu as faict evanouyr ce faux bruit en venant toy-mesme te rendre le maihtre de Paris , et en chassant le Roy après avoir forcé, tué et desarmé les gardes, et faict prendre les armes à la populace contre luy. Tu te vantes encore dans ta lettre que i^on avoit persuadé au Roy de s^en aller vingt quatre heures après que tu eusses peu mille fois rarrester si tu eusses voulu. Retenir un roy de France , c'est une entreprinse bien hazardeuse en un Estât paisible et un royaume tranquille; ceste seulle parole t'eust cousté la teste.

Ce fut aussi pour ceste libre parole , d'avoir peu retenir le Roy, que le duc de Guise evtst veulu estre à rescrire ceste lettre. Chacun sçait aussi que jusques alors que le Roy s'en alla ii n'avoit pas songé, ny tous les Seize, qu'à se mettre sur la deffenslve ; mais si le Roy f ust de-

mnoDucTioif.

mmé tmcM vaut lieiire, les preparatlfr qu'ils ftiioiciit pour assaillir dODOOient à joger qu'ils auseot peu faire un grand effort*

Bétonnions au fil de nostre histoire. Si tost qie le due de Guise eut donné advis à tous les gOQTemeors des villes qui estoient de son party de ce qui a^estoit passé à Paris , ils chassèrent toQS ceux qu'ils pensaient estre serviteurs do Roy, lesquels ils sumomoioient Politiques, et nemes en prindrent plusieurs prisonniers à Orléans, à Bourges, à Amiens, à Abbevlile, et par tout où la ligue commandoit.

Supant le mandement du duc de Guise, le sieor de Rosne , qu*il avoit laissé autour de Sedan, s'en vint le trouver avec les troupes qu'il hiy avoit laissées; et le duc quittant dez iors tous SCS desseins de pouvoir avoir Sedan par force OQ par alliance de mariage, il les laissa an duc de Lorraine et aux siens , ainsi que nous dirons cy après. L'occasion de cela fut que le Pape manda un bref au doc de Guise à ce qu'il n'eust à poursuivre nnlte alliance des siens avec Theritiere de Bouillon, et qu'il eust à se comporter ntt fidélité envers le Roy son souverain seigneur. Du depois le duc fit proposer le mariage de son fih le prince de Ginviile avec une des niepees de Sa Saincteté, ce qui toutesfois n'e&t veooàeffect.

Leduc de Guise donc assemblait des forces à Paris, tous ses amis Vy venolent trouver. M. d'Antraoues , gouverneur d*Orleans , et M. de La Cbastre , gouverneur de Berry, avec leurs amis, se rendirent aussi auprès de loy. Cependant le Roy est à Chartres. M. d'Espemon ï'estoit venu trouver au retour du voyage de Normandie , où il avoit esté prendre possessirtn de ce gouvernement ; mais comme le Boy vid que le duc de Guise et les Seize ne prenoient leur plus grand preteitte que sur l'amitié et sur les iMens-faIcts qu'il avoit faicts au duc d'Espernon , il loy commanda de se retirer en Angoumois et en Xaintonge.

Il luy fit expédier les lettres pour commander en ces provinces là , et à Tinstant il partit pour s'y en aller, après qu'il eut cédé et quitté celles de gouverneur de Normandie , dont à l'heure mearoe le Roy en fit pourvoir M. le duc de Montpensierqui Testoitvenu trouver; comme aussi ineontinent se rendirent auprès de loy tous les officiers de la couronne , tous les seigneurs de qualité « et ses forces se trouvèrent incontinent bastantes pour faire ranger les plus remuans CD leur devoir ; mais la Royne mère l'asseura fodle partolt de Paris pour l'aller voir, qu'elle •peroit ipae tout se pacifierait y et qu*elle devait

aussi amener quant et elle les députez de la ville de Paris , qui avaient à luy présenter une re» questOt etqu*il valloit mieux oompohcr doucement ces derniers différents que non pas les aigrir.

Les capucins de Paris allèrent tous en procession à Chartres ; un d'entr'eux, quand ils furent prez l'église Nostre-Dame, portoit une fort grande croix , comme on peint que nostre Seigneur Jesus-Ghrist la portoit en le menant au mont de Calvaire , voulans par là représenter que le Roy des roys avoit porté sa propre croix, et qu*il avoit enduré d*estre soufleté et batu, et toutesfois qu'il avoit pardonné à ceux qui luy avaient faict ces outrages; toutes ces cboses se fiiisoientpar ces bons religieux , pour préparer le Roy à pardonner et à appaiser sa juste colère.

Le cardinal de Bourbon , le duc de Guise et tous leurs amis se trouvèrent aussi en une procession qui se fit aux faux-bourgs Sainct Germain pour supplier Dieu de destourner lesgrands maux qui estaient pronostiquez à la France par la conjonction qui se faisoit au ciel de deux grandes planettes. Ils sont bien d'accord qu'il adviendra de grands maux , ils prient Dieu de les destourner , et toutesfois ils ne s'aydfut du pouvoir qu'ils avaient entce leurs mains d'en eriipescher l'événement, cequ'ils pouvoient faire se contenans dans les bornes de la juste obeyssance qu'ils dévoient à leur roy , et qui par ce moyen eust donné le repos à ses subjects , et à eux une plus longue vie.

La Royne mère arrive à Chartres : elle présente au Boy les députez des princes de la ligue et de Messieurs de la ville de Paris. Ils firmit ceste harangue estans prosternez aux pieds de Sa Majesté « Que si, en nostre doleance générale et commune , Yostre Majesté trouve quelque proposition un peu plus libre que de coustume, nous la supplions très-humblement qu'elle se resouvienne de son commandement, du propre interest de son service et du grief de ses pauvres subjtts : sa démence veut que nous disions nostre mal , et le mal qui nous presse le plus, c'est le dommage et le préjudice que ces derniers aecidens entr'autres ont apporté au service de Yostre Majesté. De sorte que si nous en parlons autrement que nous ne fismes jamais, nous ressemblerons à celuy qui, ayant esté muet (l ) toute sa vie , ne commença point à parler que quand il vid Tespée tirée pour blesser son père, son seigneur et son roy , car lors la nature rompit les obstacles , et s'escria : t Ne faictes pas mal au Roy. • Sire , la passion que nous avons à

<l) Alhiiion au Bis de Grétoi.

INTBODUCTlOlf.

vostre service comme de nostre père , nostre 1^, matotreet-seigoeiir, nous faititnnpre à ee eoiip nostre iong silence pour finire un semblable ery : Me faites pas mat an Roy , ne le divisez point de ses bons subjects , de sa noblesse, des officiers de sa couronne , de ses princes , de ses ca«rB souveraines f de ses finances , de sa grané&ttr. Ne luy ostez point l*bonnettr de son zèle , de sa pieté , de sa justice , de sa clémence, doueeitr , lïoiité et humanité tant renommées , tant caprouvées , tant haut louées ; car ri quelquesfois par h passé il a esté, certes , par ce dernier accident de Paris, tel danger a semblé plus proebe que jamais , et c'est aussi le grief qai faict que nous parlons avec beaucoup de ressentiment, pour ce quMi nous a touché du mesroe péril. Que si Vostre Majesté avoit entendu la chose comme elle est passée , elle auroit desjà veu assez quel svltject nous avons de nous en lamenter; mais , pois qu'elle ne la pas seeu , nous pouvons tant pli» espérer qu'elle supportera les cris de ses pauvres sujets innocens qui l'appellent et l'invoquent H !e seul le en ce monde, après Dieu , con- Ipe ceux qui , abusans de son authorité , les ont Voulu si hou teusement perdre et massacrer. C'est ehose , Sire , que j'ay charge de représenter A ¥ostre Majesté de la part des princes comme tellement véritable, qu'ils offrent de le l>ien vérifier quand il luy plaira qu^t en soit informé. En ceste eaneurreiice donc de tant de justes plaintes, nous supplions trèâ-humblement Vostre Majesté de prendre de bonne part nos très-humbles remonstrances, et croire , pourveu que nous puissions vivre asbcorez sous sa protection en la religion , de laquelle elle nous donne si bons exemples , qu*il n*e6t rien advenu qui nous puisse oster la devoti<m que nous avons à Texecution de toutes ses volontez, et rentière obeyssance de ses comnandemens, et qu'il n y a sorte d'humilité, submission et satisfaction que nous ne soyons disposez de luy rendre , non seulement en parole , mais en effect. »

Après que la harangue fiit achevée , ils présentèrent leur requeste , laquelle cootenoit plusieurs demandes , la plus- part tirées des articles Mets à Nancy , et supplioit par icelle le Boy ^

h D'extirper les hérétiques , et de joindre ses armées avec celles de la ligue.

lE. De diasser le duc d'Espernon et le sieur de La Valette son frère [qu'ils accusoient d'estre awtheursdu desordre en tous les bons reiglemens et police de France, d'avoir mis en leurs coffres toutes les finances de France , d'avoir attenté àuxprineipaax offioca de la couronne , et iiaict esloigner d'auprès de Sa Mi^esté beaucoup de

ceux qui le pouvoientbien et fidellement servir], les esloigner de sa peiisonne et de sa firréiir, tés deepouiller de toutes les ohatg^ et gouvernements qu ils tenoient en ce ro}'aume s^na les avoir méritez , et abolir la pratique des oomptaas et tous les abus qu'ils avoient introduits.

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