‹ Chronologie novenaireChapitre 41 sur 62 · I. C. D. M. T. XII · texte numérisé non relu

I. C. D. M. T. XII

voir le pourtraict de ce prince : il le luy monstra [car il en avoit un] ; elle le regarda assez long temps, un peu esmeuë au visage, à ce que put recognoistre ledit sieur de La Varenne, qui, comme il est de condition libre, laissa s'eschaper quelques mots d'un mariage pour la paix de la chrestienté. Elle ne luy respondit rien , et retint seulement ce pourtraict.

Ayant retiré son expédition, il alla prendre congé de ladite Infante ; et , comme il vouloit l'aller prendre du roy d'Espagne, il fut adverty par des François qui estoient mesmes en la cour d'Espagne que le duplicata du paquet qu'il avoit aporté estoit venu de Flandres, avec advis que le premier qui avoit esté envoyé par la voye de France avoit esté surpris. Sur cest advis il se hasta de reprendre par la poste le chemin de France, ce qu'il fit si heureusement, que le Roy par ce moyen descouvrit l'intention de ses ennemis. Ledit sieur de La Varenne, pour ses services, a receu en recompense aussi plusieurs bien faits du Roy ; il eut Testât de controlleur gênerai des postes , et est à présent gouverneur de la ville et chasteau d'Angers.

Le Roy, par ce moyen estant du tout asseuré de l'intention du roy d'Espagne et de ceux de l'union à la continuation de la guerre, bien que prié par M. de Mayenne de continuer la trefve encor pour quelques mois, en attendant la responce de leurs députez qu'ils avoient envoyé à Rome, qui estoient le sieur cardinal de Joyeuse et le baron de Senecey, fit publier, le 27 décembre, une déclaration des causes pour lesquelles il ne leur vouloit plus accorder aucune prolongation de trefve, en ces termes :

• Maintenant que nous sommes sur la fin du cinquiesme mois qu'a duré ladite trefve sans qu'il y ait aucun advancement à la fin pour laquelle elle avoit esté faicte, ils nous font rechercher d'une nouvelle prolongation de trois mois. Mais tant s'en faut qu'ils ayent apporté quelque nouvel advantage ou persuasion pour la paix, que, au contraire, s'en monstrant plus esloignez que jamais, ils offrent seulement qu'un mois auparavant ladite prolongation expirée, ils déclareront s'ils traiteront de la paix ou non ; et que pour nous oster Taprehension que les forces estrangeres qui sont sur la frontière n'entrent en ce royaume pendant ladite prolongation , qu'ils nous donneront leur foy qu'elles n'y entreront point, ou, si elles y entrent, qu'ils se Joindront a nous pour les empescher de faire aucun progrez pendant ladite trefve. Et combien que lesdites propositions soient si impertinentes qu'elles ne méritent aucune responce, puis qu'il se voit qu'ils ne sont pas seulement incertains

CHRONOLOGIE NOVSNAIBE

sur les conditions de la paix , mais quHIs le sont encores s'ils la doivent vouloir ou non, et puis le peu d'apparence qu'il y a que nous devions commettre sur leur force nostre vie et nostre Estat^ nous tenant desarmez pour demeurer à la discrétion de leurs estrangers, toutesfois nous n'avons laissé de leur faire ceste responce : que, combien que par toutes raisons nous ne devions plus accorder aucune nouvelle prolongation, neantmoins, pour monstrer qu'il n'y a pris de peine et de patience que nous n'acceptions pour recouvrer la paix s'il nous est possible, que nous continuerions encores ladite trefve pour un mois, à la charge de résoudre la paix dans ledit temps, et aussi qu'il fust pourveu au soulagement du pauvre peuple pour le payement des tailles: ce qu'ils n'ont voulu accepter; qui est un évident tesmoigaage que leurs intentions n'ont jamais esté bonnes au faîct de ladite trefve, et qu'ils ne l'ont recherchée que pour gaigner temps, pour se mieux préparer à l'invasion ou dissipation de cest Estât , ayant aussi de nostre part considéré quelles sont leurs procédures, et par les dernières fait le jugement de ce qui estoit incertain des premières, mesmes comme ils abusent du nom de Sa Saincteté, et que ceste consultaiion qu'ils publient luy vouloir faire avant quedetraicterdelapaix,et laquelle ils lui veulent faire valoir pour un honneur qu'ils luy défèrent, est au contraire un opprobre à sa dignité; car, puis que le principal point est de sçavoir si elle approuvera nostre conversion, quel plus grand blasphème luy pourroit estre fait que d'en doubler? Si le premier soin et la plus grande gloire qu'il puisse recevoir en ceste dignité est d'augmenter et croistre l'Eglise catholique ; si les Turcs et mescreans y sont tousjours admis avec joye et allégresse de tout le sainct consistoire, et font de leur admission une feste solemnelle, comme d'un précieux butin et thresor acquis à l'Eglise de Dieu, que doit-on espérer de ce Sainct Père, qui est recommandé de toute intégrité et saincteté de vie, sinon qu'il aura receu la nouvelle de nostre conversion et de la reconciliation avec elle et le Sainct Siège du fils aisné de l'Eglise, avec le plus grand contentement qu'il cust sceu désirer? qu'il nous y confortera et s'en conjouira avec nous, et se tiendra offencé que sa volonté ait esté sur cela tenue en incertitude ? Il a aussi bien paru que lesdits chefi de la ligue ont plus craint en cela que désiré son jugement ; car, s'ils le vouloyent sçavoir, ils ont d'ordinaire près d'elle plusieurs agents qui les en pouvoient bien esclaircir ; mais tant s'en faut que ce fust leur charge, que c'est au contraire d'y opposer le plus de ténèbres d'obscurité qu'ils

DE PAIIIÂ CAVBt. [1593]

peuvent , pour l'empescher d'y rien cognoistre. Et quand ils eussent voulu faire pour cela qm légation expresse, comme ce a esté tousjoan leur principale excuse, cinq mois entiers (ju'i duré ladite trefve leur en avoyent fonray du temps et du loisir assez. Mais c'estoit pour la ville de Lyon^ qui estoit le principal potoct de riostruction desdits deputet , et pour y recueillir le fruict de la sédition qu'ils y ont esmeuê. Aussi est ce là où ils se sont arrestez, et dont le plus confident desdits députez est retourné de deçà au lieu de passer à Rome; qû faict bien cognoistre qu'il a tenu sa charge achevée en ce qu'il a fait pour son maistre audit Lyon ; et, si les autres parachèvent le voyage, il y a assez d'occasion d'en conjecturer pis , puis qu'il y en a qui font ledit voyage aux despens do roy d'Espagne, comme les lettres d'aucuns d'eu en font foy, qui est une forte presumption qu'il n'en feroit pas la despence s'ils n^ allomt pour son service. Voyant d'ailleurs que peadant le temps de ladite trefve ils n'ont cessé de pratiquer, tant dedans que dehors le royaume, pour y enflammer tousjours le feu d'avantage, au lieu que nous portons tout ce que nous po^ vous pour l'estaindre ; que pendant icelle aucoas de leur faction ont suscité des assassins pour attenter à nostre personne, l'un desquels ayaot esté, pendant que nous estions à Melun au vm de septembre dernier^ miraculeusement prias, et confessé par qui et comment il auroit esté practiqué àcefaire, fut exécuté audit Melun, sans que lesdits chefs ayent jamais fait aucune démonstration de vouloir sçavoir et faire cbastler les complices et conseillers d'un tel forfait qui sont parmy eux ; que les advis nous vienoeot tous les jours qu'ils hastent et pressent les force estrangeres qui leur sont promises le pins qu'ib peuvent; que desjà il y en a une très-graode quantité de prestes qui se sont si advancées vêts nostre frontière qu'en deux jours elles peuTeot estre dans ce royaume, et que tout leur princlfal but est de se retrouver tellement forts , qu'ils puissent eux-mesmes ordonner de ce qu'ils moos^ trent vouloir remettre en conférence, et rendre mesmes tout ce qui en seroit ordonné par Sa Saincteté, et qui ne doit estre que conforme à b raison et à la justice, inutile et sans eftect; aiflsi, ayant clairement recognu que, pendant que tous nos désirs et cogitations sont à la paix, qw nous prions Dieu incessamment de La nous dooner, et, en les destoumant des intentiotts de continuer à mal faire, nous délivrer de la nécessité de nous en ressentir, eux, au contraire, an lieu de se servir de la trefve pour penser à la paix, ils ne s'en servent qu'à se préparer et du*

CHRONOLÔdtfi l^ÛVfiNATUt DE PALltA CAYBT. [l59i]

dIt pour me nouvelle guerre ; que ce pendant , BOUS le nom de ladite tref ve, les partialitez et la rébellion s^asservissent tousjours d'avantage; que nos subjects en sont plus chargez et opprimez par les tributs, subsides et impositions que les ennemis ont eu permission de prendre et lever sur eux à Tesgal de nous, dont ils font encores les exactions si violentes et si cruelles, que le soulagement que nous pensions leur donner par ladite trefve leur est pire et plus insupportable que la guerre mesme; et puis qu'ils n*ont point voulu comprendre Tintention de Dieu en Teffet de nostre conversion, du premier Jour de laquelle les armes leur devoyeut tomber des mains; puis que aussi Tambition et Tavarice sont en eux plus poissantes que la nature, ayans en faveur des estrangers, et sur Tappas des eomtiîodltez qui leur en sont promises, conjuré contre leur propre patrie, nous avons résolu, avec advis des princes, officiers de la couronne, et autres seigneurs de nostre conseil qui sont près de nous, pour ne nous rendre plus coupables de ces maux et indignitéz en les endurant, et que la coulpe d'autruy ne soit à nostre blasme et reproche, de ne leur accorder plus aucune prolongation de trefve, ne Tayaus voulu accepter aux conditions que leur aurions proposées pour là reconciliation générale de ce royaume et le soulagement de nos subjels^ ce qui nous contraint recommencer à leur faire la guerre. £t combien qu'elle nous soit contre eux Juste et nécessaire, puis que la raison et la Justice n*a plus de lieu envers eux, nous protestons toutesfois, devant Dieu et les hommes^ que c^est avec on extrême regret quMl nous en faut venir à ceste extrémité , et une très-grande commisération que nous avons des ruines et oppressions que nos pauvres subjets en pourront souffrir, et mesmes du préjudice et scandale qui en adviendra à la religion catholique, encores que nous estimions en estre sufQsamment Justifiez, ayans fait envers eux tout ce que nous avons deu et (eu, et plus que nous ne devions pour éviter ee malheur, i

La conclusion de ceste déclaration estoit une exhortation à tous ceux de Tunion de se départir de toutes ligues et associations , et de se réunir dans un mois sous Tobeyssance de Sa Ma- Jeaté^ qui les recevroit avec oubliance perpétuelle des choses passées : ee qu^Il protestoit de frire, leur promettant qu'ils seroient restituez en t«B8 leurs bénéfices, offices, dignités et biens. fit , à faute de ce faire , il mandoit aux cours de parlements et à tous ses officiers de pro* eedeir contre cent qui se rendroient opiniastres at indignes de eeste pi^sente grâce, comme

contre criminels de leze majesté au premier chef.

M. de Mayenne, voyant que le Roy Iny avoit refusé la prolongation de la trefve, se résolut de mettre ordre dans Paris pour conserver ceste ville sous son authorité : le faict de Meaux Iny faisoft conjecturer que d'autres villes en pourroient faire autant; il avoit descouvert que Pontoise bransloit, que les députez de plusieurs villes demandoient, ou la continuation de la trefve, ou la paix : à tous il leur donnoit quelques excuses, nonobstant lesquelles ils ne laissèrent pas de quitter son party, ainsi que nous verrons Tan suyvant. Il desiroit asseurer Paris : il en communiqua fort avec les ministres d'Espagne, qui luy proposèrent qu'il y devoit mettre M. de Guise pour gouverneur, et en oster le sieur de Belin [ ce qu'ils disoient à la suscitation des Seize], et qu'il devoit aussi en chasser plusieurs des politiques dont ils luy baillèrent un catalogue. De chasser les politiques il s'y accorda ; mais il leur dit que Ton n'en devoit mettre de« hors que les principaux, desquels fut fait un catalogue particulier, et depuis leur envoya à chacun un billet portant commandement de sortir de la ville. Le colonel d'Aubray ayant receu le sien avec injonction de s'en aller promptement, il n'y voulut obeyr pour le premier, et supplia par lettrés M. de Mayenne de luy en mander les occasions. Le duc luy rescrivit ceste lettre :

« Je vous prie croire que Je n'ay Jamais rien creude vous que ce que Je dois croire d'un gentilhomme d'honneur, et qui a autant meritéen ceste cause que nul autre , un chacun sçachant assez le devoir qu'avez rendu au siège , et depuis à toutes les occasions qui se sont présentées, et en mon particulier, Je le cognois et le confesseray tousjours vous avoir obligation. C'est pour quoy vous ne devez entrer en opinion que je voulusse penser seulement à chose qui vous deust importer à la réputation , ny des vostres , vous conjurant que vouliez vous accommoder à la prière que Je vous faicts pour quelque temps de prendre du repos chez vous, n'estant ce que Je faits qu'au dessein que J'ay tousjours eu d'empescher la ruine du public en conservant la religion. Geste lettre de ma main vous en fera foy , et da désir que J'auray tousjours de vous aymer et honorer comme mon père, n'entendant pour cela pourveoir à vostre charge, ny faire chose qui vous doive offencer. Vostre plus affectionné et parfait amy , Charles de Lorraine. »

Le colonel d'Aubray , se voyant si doucement contraint d'aller prendre du repos en sa maison de Brieres Le Chastciiu, avant que de sortir de Paris fit enregistrer ceste lettre au greffe de l*Hostel de Ville. Les autres politiques qui eurent

CHROllOLOaiB TfOVENAIRE DB PALMA GAVBT. [l693]

aussi leur billet se retirèrent , les uns à Sainct Denis, les autres en d'autres endroicts. Ces procédures estonnerent ceux qui restoieut à Paris, et ne sçavoient qu^en préjuger; car, deux ou trois jours auparavant les festes de Noël, les Seize firent courir leur livre du Manant et du Malieustre, dont M. de Mayenne fut fort fasché, et en fit faire de grandes perquisitions pour sçayoir qui en estoit Tauteur. Ce livre estoit plein de plusieurs calomnies contre ledict sieur duc , nommoit les principaux de la ville qu'il disoit estre politiques et s'entendre avec le Roy : tellement que ceux qui estoient nommez dedans, voyans que Ton avoit commencé à faire sortir le colonel d'Aubray, s*attendoient tous que les uns après les autres on leur en feroit de mesmes. M. de Mayenne recogneut encor plus par ce livre la baine passionnée que les Seize avoient contre luy , et que s*il pouvoient redevenir les maistres ils ne luy obeyroient gueres. Peu de Jours après on publia une censure de ce livre ; mais le duc de Mayenne nonobstant ne pouvoit trouver de milieu entre les politiques et les Seize; car ceux-là luy demandoient la paix, et le prioient de recognoistre le Roy ; ceux-cy disoient que le duc avoit pris pour maxime générale de s'agrandir à quelque prix que ce fust, et que pour y parvenir il avoit résolu de tromper le roy de Navarre par un traicté de paix , d'àbuser le duc de Guise son nepveu de belles promesses et paroles, en le désarçonnant de l'attente qu'il avoit à la couronne, d'amuser le Pape en discours , de se mocquer de l'Espagnol en prenant son argent , s'aydant de luy , luy promettant beaucoup et ne luy tenant rien, et de ruyner le peuple en le tenant en aboy , sans secours , sans moyen et sans aucune liberté.

Ces discours fascboient fort le duc , qui prevoyoit la ruine inévitable de son party et la perte de Paris pour luy puisque l'on rentroit à la guerre. Ce fut pourquoy, estant contrainct par les ministres d'Espagne de cbanger de gouverneur à Paris [ lui ayans nommé le comte de Rrissac, comme nous dirons Tan suivant ] , il ren« força les garnisons françoises, et se résolut de s'ayder de ladivision des politiques et des Seize, contrebalancer ores d'un costé, ores de l'autre ; de favoriser quelquefois ceux-là pourempescher les Espagnols et les Seize de se rendre maistres de Paris , et de ceux-cy en tirer son entretenement, ne leur accorder qu'une partie de ce qu'ils desirolent , et s'en servir contre les politiques s'ils vouloient entreprendre outre sa volonté.

Ainsi la tref ve finie le dernier jour de l 'année, dez le lendemain on r'entra à la guerre. M. le duc de Lorraine , désirant en obtenir la conti-

nuation pour ses pays, oivoya vers le Roy, qui la luy accorda moyennant que Ton traict^ roit de la paix entr'eux deux, laquelle fut arrestée l'an suivant , comme nous dirons.

Avant que finir ce livre , voyons ce (pi s'ot passé en plusieurs endroicts de TEorope dunot ceste année. Nous avons dit Tan passé que le si décembre un berault impérial avoit estéàZaberen enjoindre au cardinal de Lorraine, et à Strasbourg à Jean George de Brandebourg et au magistrat de Strasbourg, de mettre les arma bas et de se rapporter de leurs diflereats à des arbitres : à quoy les uns et les antres s'estolcot accordez. Après beaucoup d'allées et venaes de part et d'autre vers l'Empereur, six prioceidc l'Empire furent nommez, du consentemeatdts deux party s, pour accorder leurs différents, savoir: l'arcbevesque de Mayence, l'evesquedc Visbourg, l'arcbiduc Ferdinand , l'admiQiatnteur de l'eslectorat de Saxe , le landtgraTe de Hesse et le palatin de Frebourg.

Après que les deux partis eurent par eserit produit leurs différents, au commeocemeDtdB mois de mars, lesdits six princes arbitres coociurent qu'ils mettroient les armes bas, lieentieroient leurs gens de guerre , et y aoroit pah et amitié entr'eux ; que pour la première came de leur différent ils en passeroient suyvaat ce qui en seroit ordonné par lesdits six prioccs^ct que ce pendant le cardinal de Lorraine reticadroit le nom d'evesque, mais que le revenu de l'evescbé seroit esgallement party entre loyet ledit Rrandebourg esleu administrateurde Stnsbourg; que ledit cardinal posaederoit Zabera. Bensfeld, Bernstein , Kocbersberg, Schrioiak e( autres lieux voisins appartenans à l'evescbé; que ledit administrateur jouyroit de Dachstdi, Yentzenovie , Reichstater , Veijersheim , Tan, Marcbesheim, Olberkicb et autres lieux ootrc le Rhin ; que Moltzeim seroit rendu au maglstnt de Strasbourg avec Vasselsbeim et rartiUffK qui y avoit esté trouvée dedans par les Lorcaisi Voilà ce qui fut accordé le 10 de mars. Aiasi b guerre fut pour un temps appaisée en Vtwèt de Strasbourg. Cest accord desplent ibrt m Pape, voyant ainsi diviser ce bel evescbé,<t qu'il failloit qu'un protestant en Jonyst dW partie.

Il se vit ceste année en Allemagoe phisican prodiges au ciel , dont le peuple en fot fort esmerveille, et qui engendra des craintes de dosveautez et changements, ce qu'aucooscroyaicot devoir advenir à cause de la guerre des Taits en la Hongrie. Au mois de Juillet à Harporg, ai pays de Hesse, par tnris Jours continiiels, le soleil fot veu fort obscur avec un eerele toat

CMBONOLOGIB MOVENAIRB DB PALMA CAYET. [l&93]

autour. Au mois de novembre vers le soir le del y apparat tout en feu et de couleur de sang ; pais tout à coup ceste altération se restraignit eo un cercle que Ton voyoit courir d'un costé et d'autre dans le ciel , tant qu'en fin , cela ayant bien duré deux heures , il se réduisit en rien , laissant le ciel fort serain et plain d'estoitles. Au mois d'octobre l'on vid, sur les villes de Prague, Vienne, Vittemberg, Lipse et autres lieux, le ciel en beaucoup d'endroits de couleur de sang, pais tout à coup ceste altération se changer en forme d'espées , puis de lances , ores de gens armez, et flnalementdes hommes s'entrebattre, faisant forces plaintes et d'horribles cris. Il fomin du ciel à Belin quantité de flammes de feu.

Gène fut pas au ciel qu'il apparut seulement de tels prodiges , il s'en vit aussi plusieurs en terre. Au bourg de Miusal, distant d'une lieuê et demie de Rostoc en Saxe, dans Teglise parroichiale , un pied d'estail , estant sous la chaire du prédicateur, prit forme humaine peu à peu, commençant par le bas à se faire chair humaine, et prit finalement forme de mains et de pieds, avec doigts , orteils et ongles , comme si c'eust esté un homme, et au haut apparut puis après une figure comme d'une face d'homme, avec yeux , nez , bouche et barbe : la plus grande menreilie fut que cela se remûoit souventesfois le long du jour avec tant d'enhan, que du long de la pierre il en couloit de grosses gouttes de eequi suoit. Et combien que plusieurs personnes doctes recherchassent la cause de cela , toutesfols il ne fut pas trouvé de cause valable pour dire que l'humidité de la pierre pust faire un tel effect, ny aussi que cela fust faict par quelque artifice ou feinte , sinon que l'on a estimé que e'esroit un ad vertissement pource queceste chaire avoit esté long temps sans y avoir eu de prédication, et qu'il sembloit que les pierres voulussent prescher. En d'autres endroits il y nacquit aussi des enfans avec deux testes et plusieurs autres choses esmerveillables. En la Silesie mesmes, au village de Veicheidrof , les dents d'un petit enfant à l'aage de sept ans luy estans tombées , la maschoired'embas luy devint d'or tout pur : il y eut un docteur en médecine nommé «Jacques Horst, de la ville de Helmestat, lequel en fit la preuve sur la pierre de touche , et fut trouvé estre fin or de départ, dont mesmes il en a&ictun petit livret.

Quant à la guerre qui se fit en Hongrie en ceste année, l' Empereur, voyant qu'elle estoit importante à la maison d'Austriche, fit tout ce qu'il put pour repoulser la violence des Turcs. Le baron de Nadaste menoit pour loy huict

mille chevaux qui ne cessoient de courir la campagne pour empescher leurs courses. Le marquis de Burgav, fils de l'archiduc Ferdinand , avoit sous sa charge six mille lansquenets et cinq cents reistres. Le comte de Montecuculo avoit aussi quelque infanterie et cavalerie. L'archevesque de Saisboorg luy envoya mille chevaux . Plusieurs princes d'Allemagne, comme ils y estoient tenus, envoyèrent aussi diverses troupes de gens de guerre pour affin de résister à un si puissant ennemy que le Turc. Aussi l'Empereur, ayant requis ceux de Bohême de luy ayder d'hommes et d'argent, ils tindrent une diette en laquelle ils luy accordèrent de continuer pour trois ans les levées , tant d'hommes que de deniers, quMIs avoieut faictes les années passées pour son secours, dont ils s^estoient quelque peu altérez.

En ces entrefaictes le bascha de Bosne faisoit de grandes courses au Durpoln, pays de Hongrie, emmenant à chasque fois grand nombre de prisonniers et butins : ce que voyant ceux de l'Empereur, et doutans qu'ils ne s'advançassent plus outre, munirent les frontières de costé là du mieux qu'ils purent, car ils avoient faute de deniers ; ce qui causa mesmes qu'un régiment de lansquenets se saisit de leur colonel faute de paye : tellement que, si le comte de Montecuculo avec sa cavalerie n'y fust accouru , lequel leur fit lascherce colonel et appaisa ceste mutinerie , cela eust apporté beaucoup d'altération parmy les troupes chrestiennes.

Le comte de Sdrin, sçachant que les Turcs avoient pilié le bourg de Vincovier, les attendit à leur retour avec une brave troupe de cavallerie, et les chargea si furieusement qu'il les desfit, tailla tout en pièces, et regaigna le butin qu'ifs avoient pillé.

Hassan , bascha de Bosne, désirant assiéger Tsescq, chasteau fort et principal du bailliage de Zagabrie , situé entre les deux rivières du Save et de Colp, dans une isle, l'investit le treiziesmedejuin, et le battit subitement et fort furieusement ; mesmes il fit donner quelques assauts où les Turcs furent vifvement repoulsez avec perte. Les assiégez envoyèrent incontinent à Robert d'Egemberg , lieutenant du marquis de Burgav en la Zagabrie , lequel en donna incontinent advis au comte de Sdrin , aux barons de Palfi et Nadaste, et aux seigneurs Bottigiani et Montecuculo; lesquels, ayans assemblé toutes leurs troupes , ne faisoient au plus que cinq ou six mille hommes. Ils furent quelque temps avant que de se résoudre au secours, se voyons si peu de gens do guerre, et que les Turcs estoient bieu trente mil. Les Italiens alleguoient beaucoup de

ÙZ4

CUOHOiOOIl NOYBirilBit W P4I*IU CA¥XT« [1^91]

raisons pour n'eotreprepdre pas témérairement de faire lever ce siège ; mais les seigneurs liongrois leur respondirent qu'il n'estoit point besoin de tant de consultations, « car, disoient-ilsynous sommes en termes qu'il faut vaincre les Turcs avec nostre val leur , ou bien il nous faut abandonner la Zagabrie si nous laissons prendre Tsescq, » En fin la resolution fut prise entr'enx de secourir ceste place pour Timportance dont elle estoit à tout c^ pays^ou, ne le pouvant faire, d'y mourir. Le baron d*Egemberg, déclaré chef de ce secours, fit cheminer droit à Tsescq, où il arriva le 22 dudit mois de Juin sur le midy. Aussi tost que Hassan, bascha chef des Turcs , fut adverty de sa venue > il fit mettre en ordre de bataille toute sa cavalerie, laquelle estoit campée au deçà du Save pour attendre les chrestiens de pied ferme. Ce que voyant d'Egemberg, il commanda à Pierre Ardelli et à Montecuculo d aller gaigner avec leur cavalerie le bout du pont qu'avoient faict les Turcs sur ladite rivière du Save, afin d'empescher la retraicte qu'ils eussent pu faire par dessus ce pont, et d'estre secourus par l'autre partie de leur armée qui estoit de Tautre costé de ladite rivière.

D'Ëgemberg ayant divisé son armée en cinq escadrons, les bussars, qui sont gens de eheviil portant lances et targes , et lesquels estoient à Fadvantgarde , commencèrent la charge; mais ils furent si rudement soustenus par les Turcs , qu'ils estoi^tprests de tourner le dos s'ils n'eussent esté secourus parles harquebusiersÀ cheval de la Garniole conduits par Montecuculo, et par ceux de Carlostat et de Plessie que conduisoit Keder, lesquels portoient de longues barquebuses dont ils tirèrent si adextrement à travers la cavalerie turquesque , que les Turcs , se sentans grandement endommagez en la perte de leurs chevaux , se mirent à la fuilte, laquelle ils prirent avec telle espou vante, que , le passage du pont leur estant quelque temps contesté par la cavalerie italienne, la plus grande part se précipitèrent dans l'eau et s'y npyerent. Ce ne fut du depuis parroy eux qu'une desroule générale ; deux heures durant le Save se vit telirroent couvert d'hommes et de ehevaux qui se noyoient ou estoient noyez , qu'un historien italien , escrlvant de ceste desroute, dit che agevobnente sijora à piedi asciuto sopra essi passalo da una ripa qW alira (l^ Ceste victoire fut grandement reoogneué procéder de la bonté de Dieu , pource que, sans avoir beaucoup combattu, quelque six mille chrestiens mirent en route trente mil Tures,

tf) Qu'on aoraii po radlwneot IraverMr U riflèreè pied cec en pasiaot nir les cadsTret .

desquels il en demeura bien iam oHIe ds tm et de noyei; le reste se sauva à la Mtle. Es ci combat ledit Hassan, bascha de Bosoe, fut toi avec neuf autres beys [qui est à dire g^nroneurs des places fortes] , entr^autres eelloy di Klissa, de Barlazi, de Sourini,deHene,deBQicha , de Petrina, de Lica, avec plusieors aotitf gens de commandement. Les ehrciticM gugnerent en ceste journée huict pièces de caon avec nombre de boqlets. Aujparavant qoe loi chrestiens parvinssent à rartillerie , les Torct qui lagardolent mirent le feu auxpoaldr«i,tclleroent que les chrestiens p'y gaignerent , oatrt i*artillerie et les boulets , que quelques chevaax et armes ; car les Turcs ne ressemblent pu i beaucoup d'autres nations; ils ne vivent point délicieusement, ny ne mènent point quant et eox grande suite de Imgage.

Toute la chrestlenté ont un grand cootestement pour ceste victoire , espérant que ce Krait un moyen d'accorder T^mperenr et le Turc,i cause que le bascha de Bude escrivitincontioeat à l'archiduc Matthias que Dieu avoit puay ledit bascha de Bosne de son arrogance, ayant, coDtic le comman4ement du Grand Seigneur entré ci armes et faict une infinité de maux dam U Croatie, et qu'il ne failloitppiots'esiperveillerf ii avoit esté tué avec une partie de ses gens par un petit nonabre de chrestiens ; mais qu'il ivoit rece^ nouvellemeut de la Porte un oidre pou traict^r de la paix avec l'Empereur, pt que, qoaaé il plairoit à Son Altesse d'en traioter , il y aïoit moyen d'y entendre, et d'en faire réussir de boni effects. Ceste lettre fut incontinent reoognaè procéder de l'ordinaire tromperie des Torps, et que ce pourparler de paix n'estoît que pour ar* rester les chres^ens de poursuivre cb^udeiocbt leur victoire»

Le comte di^ Sdrin estant arrivé ^ ramée cbreçtienne, qui ^'epgrossissoit de jour en jour après ceste victoire, et ayant desfait en y veoiot quelques Turcs, le colonel d'Egemberg delii)en d'assiegf^r le fort de Petrine que ledit bascha de Bosne avoit fiiit bastir Tan passé sur la rinere de Colp, L'entreprise de ce siège estant faicie plus par présomption que par jug^vnent i k suc* cez en fut de mesme. Ce Sort estant investy par les chrestiens , la batterie fut commencée le 10 d'aoust avec dix grosses piecea de caooo; mais le vingt^deuxiesme les chrestiens foreat contraints de lever ce siège , ayans oognen qoe les assiégez estoient garnis de ce qui leur estoit besoin , et résolus de se bien deffendre , joioet aussi que le beglierbei de la Grèce, ayant amssae les restes de l'armée du bascha de Bosne et so* très troupes qui leur estoient venueai aveit faict

cpaonoLOGU novbnairb de PALHA CAYST. [1593]

00 corps d^armée plus fort que celuy des chrestiens, lesquels, divisez de volontez , observaos pea Tobeyssance militaire envers leurs cliefs , levèrent le siège de devant Petrine, et se divisèrent tous.

Le b^Iierbei de la Grèce, prenant lors l'oeca- «lon par les cheveux sur le levement de ce siège, et aj^ant ea advis du peu d*ordre qu*avoient mis les chrestiens dans Tsescq , avec une diligence incroyable alla remettre le siège devant ceste place , la battit si furieusement qu'il la prit le troisiesme jour de septembre , et fit mourir tous les chrestiens qui y estoient dedans pour la deffence.

Sinan bascha, estant arrivé à l*arméeturquesqoe avec quarante mille Turcs , et ayant pris plusieurs forteresses en THongrie de deçà par la mort dénombre de chrestiens, et par la grande quantité qo^ils firent d*esclaves, assiégea Yesprin : les assiégez , au nombrç de mille sous la charge de Ferdinand de Saincte-Marie,se deffendirent aissez valeureusement du commencement, mais à ^ fin ils furent forcez et mis tous au fil de l'es- P^, excepté ledit Ferdinand et un capitaine allemand et peu 4*&utres. Ceste ville fut entièrement saccagée.

BeV^prin les Turcs allèrent investir Pâlotte : les assiège?, sous la charge de Pierre Ornandi , bougrois, nesevpyans assez forts pouf soustenir un tel siège, après avoir sou§tenu quelque assauts, demandèrent à rendre la place à composition, laquelle leur fut accordée et non pas tenue, car,estans sortis, les Turcs se ruèrent sus eux et les taillèrent tous en pièces.

Sinan eqst poursuivy d'assiéger des places, mais un flux de sang s'estant engendré parmy les Tares, |e contraignit de les faire séparer et de les mettre ez garnisons voisines: toutesfoisilne laissa pas d'ep Q|ourir un grand nooobre de ceste maladie.

Au contraire les gens dç l'Empereur, sous divers c^pit^iqes , bien que le gouvernement gênerai d^ l'armée f u^t dpnnéa rarcbiduc IMattliias, firent quelques entreprises sur les places tenues par les Tqrc^.

Chr{stQ(Je dç Tieffembach all^ assiéger Sabatzca, et battit ^ furieusement ceste place qu'il l'emporta de force : 4eux cents Turcs qui estoient dedans y furent tuez.

De Sabatzca |1 alla assiéger Filech, place trèsforte: le bd qui estolt dedans pour les Turcs, ayant donné l'ordre requis dans sa place , sortit lanuict mesme pour aller assembler du secours aiin de faire lever ce siège ; sçacbant qu'il n'y poavoit avoir au plus que de douze ou treize mil chrestiens assiegeanS; tant pn cavalerie qu'in-

fanterie. Ce bei ayant si bien solicité qu'il avoit faict assembler dix-huict mille , tant Turcs que Tartares, de toutes les garnisons voisines, estant encor renforcé du bascha de Temesvar et de quelques autres beys, s'achemina en diligence au secours de Filech. Estienne Battori, prince de Transsilvanie , d'autre costé s y achemina pour joindre Tieffembach , ce qu'il fit sans empescheroent; et. ayans eu advis de l'acheminement des Turcs, ils se résolurent de tenir Filech assiégé, et d'aller, avec huict mille hommes de guerre esleus, entreprendre le secours des Turcs à un lieu assez fascheux par où ils dévoient passer.

Suivant ceste resolution, Tieffembach et Battori allèrent au devant des Turcs, et ayans rengé leurs gens en ordre de combattre , il y eut i^ entre les chrestiens et les Turcs une telle et si rude bataille , qu'après qu'il fut tumbé sept mille Turcs sur la place, le reste prit la fuîtte. Les chrestiens , outre les prisonniers de remarque [qui estoient le susdit bei de Filech et le bascha de Temesvar], gaignerent tous les vivres que les Turcs avoient amassé pour ravitailler ceste place, nombre de pavillons , bannières , des pièces de campagne , des munitions de pouldre , et plasieurs autres choses; et , poursuivant leur victoire, se rendirent maistres de Bouat, lieu fort| que les Turcs espouvantez abandonnèrent.

Tieffembach retourna continuer son siège , où vint aussi te trpuver PalÛ et autres seigneurs hongroisavecquelquesix mille chevaux qui s'estoient séparez de Fermée près d'Albe-Begale pour les Jalousies ordinaires qui sont entre les chefs de ceste nation. Les assiégez dans Filech deoàandans composition furent refusez par Tieffembach, lequel fit continuer la batterie trois jours durant , et fit faire une assez grande brecbe pour aller seurement ^Tassant que les chrestiens donnèrent le 13 novembre, et emportèrent la ville sans l^eaucoup de résistance ny perte d'hommes, car les Turcs se retirèrent au chasteau , qui est situé en un lieu fort et d'art et de nature, où après avoir tenu quelques jours, et ayans demandé composition, le gênerai chrestien la leur accorda , et sortirent au nombre de huict cents avec leurs femmes et enfaus , sans pouvoir rien emporter que les vestements qu'ils avoient sur eux , promesse qui leur fut fidellement gardée. La prise de ceste place estant jugée de grande importance , tant pour sa forteresse que pour estre la capitale de huict cents bons villages que Ton delivroit de la tyrannie turquesque, Tieffembach, préjugeant que les Turcs feroient tout ce qu'ils pourroient pour la r'avoir, fit en diligence remparer les bresches ,

CHRONOLOGIE JKOVENAIRE J>£ PALftlA CAVET. [tÔU3

la fit pourvoir de vivres et de raunîtlons de pouldre, car, pourrartillerie il y en trouva un grand nombre.

Geste forteresse ainsi prise par les chrestiens espouvanta toutes les places voisines tenues par les Turcs , lesquels , en les abandonnant pour se retirer en lieux plus seurs pour eux , mirent le feu par tout; dequoy s*estant douté Tierfembacbi usa d'une telle diligence qu'il fut esteint en beaucoup d'endroicts sans qu'il y eust faict beaucoup de ruine ; tellement qu'en la fin de ceste année il se rendit maistre de Dyvin , Hatlnaschi , Setschein, Plawenstein, Salecb , Dregel, Pallanke, Samasky , Amach , et beaucoup d'autres forteresses f de la prise desquelles Tempereur fit rendre grâces à Dieu , et en fut faict à Prague et à Vienne beaucoup de signes de resjouyssancc.

Le dernier jour d'octobre, le comte Ferdinand d'Ardecb, gouverneur de Comar, ayant une entreprise sur Albe-Regale, et s'estant joinct avecluy Palfy , Nadaste, Sdrin , Pierre Hossar, et autres capitaines» faisans bien dix mil hommes de guerre, s'y acheminèrent secrettement , et ne furent point descouverts des Turcs que jusques à ce qu'ils fussent assez proches de la ville, à l'occasion d'un grand brouillas qu'il faisoit ceste journée là. Nonobstant qu'ils fussent descouverts j ils ne laissèrent pas de faire donner un assault par quelques endroits foibles desquels ils avoient eu ad vis; mais, y trouvant plus de difficulté qu'ils ne s'estoient imaginé , ils commencèrent à cheminer et se retirer. Pierre Hussar , qui avolt pris un des fauxbourgs , estant entré en espérance d'entrer en la ville , supplia le gênerai d'Ardech de luy donner de Tartillerie : ce qu'il luy accorda avec difficulté; mais, ayant demeuré ce Jour et la nuict suyvante sans rien faire , les Turcs le saluèrent si furieusement à coups de canon qu'il fut contraint de se retirer, d'abandonner trois pièces de campagne, et cheminer par chemins très-difficiles pour se rejoindre au gros de l'armée chrestienne , les chefs de laquelle tenoieut lors conseil dece qu'ils dévoient faire sur l'advls qu'ils receurent que les Turcs les suy voient en leur retraicte ; et que le bascha de Belgrade, ayant eu ad vis de leur assemblée, avolt amassé tousiesbeis voisins et faict uneautre armée de quinze mil hommes, tant de cavalerie que d'infanterie , et qu'estant accourus au secours du bei d'Albe-Regale , il ne les voulolt laisser retourner paisiblement. Par le conseil de Palfi les chrestiens résolurent d'attendre les Turcs et de se ranger en ordre de bataille. Ayans cholsy un lieu advantageux, Palfi avec les siens se rengea à la corne gauche servant d'advantgarde y Nadaste prit la droite,

d*Ardech , Sdrin et Budian tenoient le corps de la bataille.

Les Turcs , à cause du grand nombre qu*ils estoient , pensans demeurer victorieux , poursuivent et viennent attaquer les chrestiens daos leur champ de bataille, oh ils furent recens si bravement que les premiers assaiilans furent contraints de tourner visage. Ce que voyant le bascha de Belgrade , il commença à faire advancer une grosse troupe de cavalerie comme pour entourer les chrestiens. D'Ardech l'ayant recognu , il commanda à Pierre Hussar qu'avec one troupe d'harquebusiers à cheval et dmx cents lansquenets il allast attaquer ceste cavalerie; œ qu'il exécuta bravement : tellement que le combat commença à s'opiniastrer de part et d'antre, et fut un long temps disputé, la victoire penchant ores d'un costé , puis de l'autre ; mais en flo la cavalerie hongroise, se voyant avoir quelque ad vantage , poursuivit si chaudement l'occasion qu'ils mirent les Turcs en fuite, et obtiadrentsnr eux une signalée victoire. Nadaste allant le lendemain revisiter la campagne ou s'estoit donnte la bataille , on luy rapporta qu'il y avoit bnict mille Turcs de morts sur la place.

Après ceste victoire les capitaines de l'année chrestienne tenans conseil de ce qu'ils dévoient faire, Palfi et Nadaste furent d'advis d'aller mettre le siège devant Albe-Regale, aux euvirons de laquelle ils demeurèrent deux jours, et disoient qu'il estoit aysé à cognoistre quel espoovantement avoient eu ceux de dedans depuis it bataille , tant par le feu quUls avoient mis dans leurs fauxbourgs , que par les fortifications qa'ib faisoient aux lieux les plus foibles de leur vilie. « Au contraire , leur dit d'Ardech , c'est cela mesme qui me fait juger qu'ils ne sont pointespouvantez, et qu'ils sont résolus de se deffendre un long temps, ne nous voulant laisser aucune commodité pour nous camper devant leur ville ; et ne faut point douter qoe les gens de guerre qui s'y sont retirez après la bataille ny facent, pour leur honneur, ooe résistance telle, que le siège que nous y continuerions seroit la ruine de nostre armée. • Palfi voyant que son opinion n'estoit point suivie, se sépara de d'Ardech [qui se retira avec Sdrin et ses troupes à Javarin], et s'en alla trouver Tieffembach devant Filech, ainsi qoenonsavons dit cy dessus. Voylà ce qui s'est passé de p»us remarquable ceste année en la Hongrie, où il se fit une infinité de courses et de rencontres ansquelles tantost les Turcs estoient victorieux , ea d'autres ils estoient vaincus par les chrestiens. Il n'y eut que le froid très-aspre qui les fit retirer les uns et les autres en leurs garnisons pour faire

CUBONOLOGIB NOVBNAtEB DB PALMÂ GAYBT. [1593]

ooaveaax appareils et nouveaux desseins affln de reeofDfflencer la guerre au printemps.

Eo la Bolieme , en la Carinthie et en la Goride, où il y a diverses religions contraires à la catholique romaine, aucuns, se voulant prévaloir de ceste guerre qu^avoit TEmpereur sur les bras contre un si puissant ennemy , pensans par là avoir meilleur moyen d^asseurer ceux de lears nouvelles opinions, et de se rendre forts pooT résister à quiconque seroit qui les voudroit onpescher en leur liberté de religion, firent courir plasienrs faux bruits contre TEmpereur, et commencèrent à se vouloir liguer. Il estoit grandement à craindre que ces factions intestines apportassent plus de mal que la guerre contre le Tare. UEmpereur ayant donné charge à Tarchidue Maxlmiliand*appaiser ces rumeurs, le comte Sigismond de la Tour fut député pour entendre leurs plaintes, lequel, par une grande dextérité, accommoda si bien le tout que ceux qui avoient eovie de remuer furent satisfaits et demeurèrent en paix.

1.6 Turc aussi ne fut exempt de ces rumeurs domestiques, mais ce fut pour un autre subject. Uo jour que l'on payoit les spachis dans le divan, selon leur coustume, ils commencèrent tellement à se mutiner , que le grand turc Amuralli pour les appaiser fut contraint de se faire voir à eux par une fenestre : dequoy estans devenus plus insolens , ils commencèrent à luy demander la teste du payeur gênerai : tellement qa'Amurath , de crainte de pis , les voutoit satisfaire pour appaiser leur fureur. Mais le premier vizir tuy remonstra que ce seroit un trop dangereux exemple de complaire si promptement à la volonté de quelques audacieux , et qu'il valioit mieux les enseigner d'estre plus obeyssants CQ les chastiant de leur audace, que non pas de leur en donner recompense et les satisfaire à leur volonté. Suyvant le conseil du vizir, Amurath commanda à mille zamoglians du serrail d'entrer armez dans le divan et d'en chasser lesdits spachis : ce qui fut exécuté : mais, quoy que les spachis ne fussent point armez, ils se deffendireot si valeureusement avec des pierres , que la continuation de ce combat, où il y en avoit desjà eu plusieurs de morts et blessez , tant d'une part que d'autre , eust peu faire naistre uo plus grand trouble dans Gonstautinople. Ce qu'ayant considéré Amurath , changeant d'opinion il fit retirer les zamoglians , et , pour appaiser la colère des spachis, fit apporter grande quantité de sa s pleins d'argent, dequoy ils furent payez; et, pour leur moostrer que le premier vizir Tavoit mal conseillé , il le priva devant eux de son office, luy laissant seulement la vie ; et en sa place

il pourveut depuis Sinan bascha, lequel, comme nous avons dit l'an 1591, avoit esté osté de ceste dignité, en laquelle il ne rentra pas que premièrement il n'eust donné une bonne somme de soltanins; car maintenant en Turquie, quoy que ceste seconde dignité ny les autres estats ne se donnassent Jadis que par mérite, ils ont maintenant , aussi bien qu'en d'autres endroits, trouvé moyen de les rendre venaulx sous ce spécieux tiltre que ce n'est qu'une rescompense qu^on donne à ceux qui quittent ces charges.

Nous avons dit l'an passé que Jean , roy de Suece, père de Sigismond , désirant aller se faire couronner en Suece, fut retardé de ce foire par le conseil de quelques seigneurs polonois , pour le besoin que la Pologne avoit de sa présence, et mesmes de par sa femme qui n'avoit point ce voyage aggreable ; toutesfois , après avoir promis aux Polonois de retourner en bref, ils luy consentirent ce voyage. Au mois d'aoust s*estant embarqué à Varsovie avec sa femme et sa sœur, accompagné de grand nombre de noblesse polonoise et de cinq cents hussars pour sa garde, il descendit le long de la rivière de Yistule, et fut receu magnifiquement par toutes les villes de la Prusse où il passa, et principalement à Marienibourg, place forte. Estant en fin arrivé à Dantzic, ville de la Pomeranie, il y demeura quelques Jours attendant la commodité de se mettre sur mer. Pendant le séjour qu'il y fit il advint que , le second Jour de septembre, un Polonois qui estoit de sa maison se pourmenant par la ville, un portefaix chargé le poutsa et luy dit quelques injures : le Polonois , indigné de ces injures, le frappa et le blessa; incontinent le menu peuple de Dantzic se mit en telle rumeur, que d'une injure particulière ils en firent une générale , et commencèrent h prendre les armes et courir sus à tous les Polonois , fermans les portes de la ville. Les Polonois voyans ceste esmotion s'enfermèrent dans les malsons, où , se voyans assaillis, ils se deffendirent par les fenestresle mieux qu'ils peurent. Le Roy mesmes, voyant d*une fenestre ce peuple si soudainement armé , voulut leur demander la cause de leur esmotion ; mais , quoy qu'il leur crîast et leur commandast, il ne fut point obey : ce monstre de peuple estoit lors sans aureiltes , et fut ce Roy contraint de se renfermer dans sa chambre , après avoir entendu chiffler les balles de quatre harquebuzadesqui luy furent tirées bien près de sa teste. Le vicomte de Giesi et le mareschal de Pologne estoient descendus parmy ce peuple, pensant les appaiser, avec un notable bourgeois de Dantzic, ce qu'ils ne firent pas sans courir risque de leur vie, car en un instant ils virent

CHaONOLOGIB NQVBNàIIIB

tomber mort à leurs pieds ce bourgeois; le mareschal , assaiily par eax , fut en mesme temps blessé à la main gauche et à la cuisse, et receut un si grand coap de pierre dans le ventre , qu'il fut contraint , en chancellant j de se retirer vistement avec ledit vicomte.

Les magistrats de Dantzic , ayant finalement pris les armes, firent tant par paroles et par menaces qu'ils appaiserent ce peuple ; puis allèrent trouver le Roy, auquel ils donnèrent à entendre que ç'avoient esté les Polonois lesquels avoient commencé à user d'injures et propos de gausserie contre aucpns habitans. Sigismond leur dit, avec beaucoup d'humilité et d'excuse, que ceste offense ne pouvoit avoir esté faicte que par personnes viles et ignorantes, remercia les ma-

gstrats de la bonne affection qu'ils luyportolent, u depuis 11 leur fit plusieurs présents, et, par lettres qu'il fit publier sur ce qui estoit advenu en peste esmotion , il commanda que la mémoire en fustesteinte comme chose non advenue. Il y eut en ceste esmotipn vingt-trois Polonois de tuez et trois babitaqs de Dantzic : mais il y ep eut grand liombre de blessez de part et d'autre.

I^ 16 septembre le roy Sigismond , très-bien luivy, entra dans ses navires et fit voile vers la Suece. Estapt en iper, il s'esleva une tempeste si violente qu'elle le repoussa sur |es costes dp la Pomeranie , vers Qeel , où i| fut buict jours durant à Tancfire. La tooripente appalsée Jt fit rel^aulser les voiles , et , avec quarante-trois vaisseaux continuant son chemin , il arriva en son royaume paternel de Suece , où il fut receu en grand magnificence dans Stocolm.

Ayant faict as^mbler les officiers de la couronne de Suece, il commença à traicter avec eux de son couronqement , où il se trouva lors eslougné de son dessein , car il est un prinise trè^deypt en la religion catholique romaine, en laquelle il a voit esté nourry dez son enfance, et eu^ au contraire tenoieut tou§ l'opinion de Luther, selon la confession d' Au^bpurg , résolus de ne luy ftire aucun serment de fidélité que premjereipent il n'eust juré quipze afticles qu'ils avQient rédigez par escrlt, taut pour leur seureté| di- 9oient-ils, de leur religio|i, que pour iy}aintei)ir la paix en Suece, la substance desquels «fftoit ;

Que le Roy ne permettroit point en tout le royaume de Suece autre exercice de religion qye celle qui estoit approuvée par la confession d'Ausbourg. Qu'aucun ne seroit pourveu d'aucun bénéfice ny office qui ne fust de ceste religion. Qu'il ne s*epseigneroit, ny en public ny en particulier, autre ri^igion que celle-là ; avec def-

D9 PAI^MA CAVBT. [1699]

fenoes à aucun , quel qu'il fiisk , de perler à rencontre.

Que le Boy, voulant continuer en la rellgioB catholique romaine, s'il demouroit en Sueee n'auroit auprès de luy que dix prestres catholiques , lesquels ne seroient jesuistes ny suedos qui eussent autresfois tenu l'opinion de Luther, et que si tpst que Sa Majesté en seroit partie, que lesdits prestres sortiroient aussi-tostdeSuece. Qu'aux universités la doctrine de Luther y seroit enseignée et non d'autre, où s'entretiendroient aux despens du Roy plusieurs enf ans pour estre instruits en ladite doctrine. Et que quiconque Iroi^ 0^ feroit quelque chose à rencontre desdits articles, de quelque dignité ou grade quil fust, en seroit privé comme estant rebelle.

Ces conditions estans présentées à Sigisroood le premier jour de décembre, il en fut plus qac médiocrement esmeu ; mais, jugeant qu'il estoit çans forces et pans aucun moyen de pouvoir empescher le dessein de ses sul^ects , il usa de doaces paroles envers eux , et les pria qu^au moias la religiop catholique s'y exerçast en toute liberté ; mais , ayant affaire à des personne^ obstinées fin le^irs opinions , il n'y gaigna rien , et fol contraint d'apprftuver leurs demandes , n^ayant espefance d'y mettre autre remède que celuy que le bénéfice du t^mp^ )uy pqurroit 4onaçr 4 Tad-

venir.

Le Papp créa aux quatre temps de septembre quQtfe cardinaux , sçavoir : Cynthie et Pierre Aldobrandin qui estoient ses nepveux» François Toledo, jésuite, celuy dont nous avons parlé cy> desi^us , lequel traicta av^ le duc de Nevers à Rome, et Luciup Sasso, romain.

Les Yeuitieps aussi ceste année, iiyans ves tant de preparfttifs par mer et par terre que fah soient les Turp^ pour assaillir l'Empereur chrestiep , cognoissant bien que ceste qation là ne se soucie des conventions et accords qu'ils font qu'autant qu'ijs ep opt besoin , et que le pays de Friuli estoit saps forteres^ , exposé ei^ proye à un c\ï^cw , aQn d'éviter les périls ijyi eusseot peu leur advenir, ils y fireqt recpgnoistre un lies fort d'assiette , qu'ils con^mencer^t ^ faire eaceindre de murailles etbouleverts, et û^t nommé

Palma.

L'induit gênerai pour les Arragonois fut publié au comip^ppement de ceste année à TaraciHii, et Vargas fit sortir de Sarragossè les garnisons qu'il y avpit mises.

Rilbao, cité de Riscaie, pensa e^tre submergée des eaux qui tumberent des montagnes , ci la perte seule des marchandises qpï s'y fit sur le port fut estimée à plus de six c^ts mil escos

Page 1