LIVRE SIXIESME
[1$94] Le$ François, ayans jouy de cinq mois de trefve, pen$ans|( la fin d*icelle avoir la paix, forent derechef cpntraincts de reprendre les armes et recororoeocer la guerre le premier jour 4e ceste année. Les garnisons des villes royales voisines de Paris , reprenant leurs courses ordiopûres, firent leur devoir de revisiter les environs fie ceste grande ville pour attraper quelques-uns de qui ils pussent tirer leurs estrenes. Ceux de Sainct Denis , sçacbans qu'il y avoit quelques compagnies de gens de pied de Tunion logez dans Cbarenton , les allèrent desniclier ; quelques-uns se sauvèrent à Paris ; il y en eut aucuns de noyez et d'autres prisonniers. Ainsi les Pariaieps , resserrez plus que Jamais , se trouvèrent en plus grande peine qu'ils n'estoient auparavant la Uefve, n*ayant plus à quinzQ lieues à la rpnde d'eux aucune ville de leur pafty; car le sieur d'Alincourt, dans Pontois^, ayant ven que M. de Mayenne ne vouloit entendre à la paix , avoit obtenu 4^ Roy une 3urseance d'ara)es peudant laquelle il traitta son accord et celuy de la ville de Pontoise.
Le 2 de janvier les royaux surprirent un paquet envoyé de Pontoise à Paris, où il3 trouvèrent la lettre suivaute qu'escrivoit M. de Vllleroyy père dudit sieurd'Alincourty à M. de Mayenne.
« Monsieur, je vous escriroiç souyent si je le pendis faire utilement pour le public et pour vo^tre service ; mais les affaires sont en un estât tel qu'il n'y a plus que la main de Dieu qui y puisse valoir quelque cbose. Nous avons perdu loute créance at asseurance des ups aux au tries, de sorte que Von attribue 4 art et tromperie les ouvertures que nous faisons de part et d'autre ; gui est un mal difficile à surmonter : car où la confiance défaut les paroles sont inutiles, principalement celles qui sont privées et secrettes. Cest pourquoy je vous ay souvent supplié et vous ay n'aguieres escrit que eussiez à faire manier et traitter publiquement et par personnes publiques les affaires générales, estimant n*y avoir autre moyen d'arrester le cours du mal qui va nous accabler que c^tuy Ih* Vous l'avez toujours rejette pour diverses considérations qui rfjgardent plus l'interest particulier que la causa
publique ; et c'est ce qui a fait blasmer vostre procédure et de tous ceux que vous y avez employez, c'est ce qui vous a fait perdre la bienvueillance du peuple , qui estoit le principal appuy et fondement de vostre authorité, et qui à la fin destruira vostre party aux despens de la religion et de l'Estat. Vous avez eu crainte d'offenser les e&trangers qui vous assistent, lesquels toutesfois vous en ont sceu peu de gré, et si ont eu encores moins de soin de vous secourir et fortifier comme il failloit pour remédier, par la force de vos armes joinctes ensemble, à ces subtils mesçontentemens et à ce desespoir public que nou9 prévoyons devoir naistrç du renouvellement de la guerre. Les ennemis voyentqua vous ne demandez la contjnuatiou de la trefve que pour attendre vos forces et mieux dresser vQ9tre partie à Rome et en Espagne et vers la peuple , pour faire durer |a guerre et mieux accommoder vos affaires particulières. Cela estaot descouvert, espérez vou^y estant foi^le comaje vous estes , persuader anx princes que vous voulez trailter de bonne foy, et aux autres que voulez et ppuvez les sauver autrement qup P&r une negotiation publique et authentique , telle que je vous ay cy-devant esprit, qui autborise et justifie par tout vostre intention ? C'est chose que vous pouvez faire sous le bon plaisir du Papa, afOn de rendre à Sa Saincteté le respect que vou^ luy devez, at satisfaire à VQStre parole, laquelle ne peut estre résolue ny conclue si tost que vous n^aye^ encor le loisir d*estre esclaircy de sa volonté [quand bien on eutreroit en matière iè9 da* main] avaut qu'ella soit achevée. Vous estime^ le chemin trop périlleux e( hopteux ; et je crpy pour mon regard, non seulement qu'il ne peut estre que très-seur et utile au gênerai, et à vptre particulier très-honnorable et à vostre trè^-^ grande descharge, maia aussi qu'il est unique , et ne vous en reste poiut d'autres pour arrester le cours du mal qui nous presse. Monsieur, je la vous dis aussi franchement, comme amateur de ma patrie , jaloux de la conservation de uostre religion et fie vostre réputation et service. En fin chacun est las da la guerre; et ne sera plua à l'advenir , non seulement question de la rali-
CHAONOLOGIE NOVBKAUIB DB VàLUÂ CAYBT. [|694]
gion, mais aussi en vostre puissance de nous défendre et conserver y ny à vous de faire bien à vous mesmes. Je ne vous diray les raisons sur lesquelles ils se fondent , car vous les sçavez , et mieux que personne. Mais croyez, je vous supplie, qu'il y a peu de gens qui prennent plaisir à perdre de gayeté de cœur, et espouser un desespoir pour le reste de leur vie et de leur postérité. Les bonnes villes et communautezy sont le plus bandées, comme celles qui se trouvent deceuës et decheuës de Tesperance qu^elles avoient conceu de ceste guerre , et qui en supportent plus de tourment que les autres. N'attendez donc les effects de leur desespoir. Vous estes trop foible pour l'empescber, et a desjà passé trop avant pour estre retenu par douceur et par art. Vous Tesprouverez et cognoistrez aussi. Dieu vueille que ce ne soit trop tard pour son service et le vostre particulier! Quiconque a volonté de bien faire ne doit faire difficulté d'agir en public , ny de se bien obliger qui veut bien payer. Sur ce , monsieur, je vous baise très-bumblement les mains. De Pontolse , ce 2 de janvier 1594. »
Par ceste lettre le sieur de Villeroy conseillott M. le duc de Mayenne de faire traicter la paix avec le Roy par une negotlation publique; mais ledit sieur duc ne suivit pas ce conseil , alns se tint ferme au serment qu*il avolt faict , comme nous avons dit cy-dessus , de ne recognoistre point Sa Majesté , sinon par le commandement du Pape.Ge que voyant ledit sieur de Villeroy, préjugeant la ruyne inévitable du party dé Tunion , quitta peu après ce party et vint trouver le Boy, lequel le remit depuis en son office et dignité de secrétaire d' Estât.
Sur la On de Tan passé , Loyse de Lorraine , royne douairière de France , veufve du feu roy Henry III, estant venue de Chenonceaux en Tourraine jusques à Mante pour supplier Sa Majesté de faire justice des assassinateurs dudit feu sieur Roy son seigneur, et rendre à son oorps une sépulture royale , selon la coustume des roys de France, Sa Majesté luy donna audience le lendemain des Roys de ceste présente année dans Teglise Nostre Dame de Mante. Gest acte se fit avec beaucoup de cérémonies. M. de La Guesie, procureur général du Roy, y fit une docte remonstrance sur les choses qui s'estoient passées touchant l'assassinat dudit feu sieur Roy. Sur quoy il fut respondu et promis par Sa Majesté que la Justice seroit faicte de tous ceux qui se trouveroient coulpabies dudit assassinat, mais que pour les cérémonies funèbres , qu'elles seroient remises à une autre fois, à cause de Tincommoditc de la guerre qui cstoit de nouveau recommencée.
Deux jours après ceste audience le Roy s en alla au siège de La Ferté Milon, qn*il avoit lait investir par Tadmiral de Biron, lequel conduisait son armée. Ceux de dedans firent quelque contenance de se vouloir deffendrejusquesà Textremité, mais, se voyant vifvement assaillis, ils entrèrent en composition et rendirent ceste \ille au Roy.
Après ceste réduction le Roy s*en alla à Mante pour s'acheminer à Chartres, lien qQ*il avoit j designé pour la cérémonie de son sacre au 27 lévrier; et, pour ne tenir en ombrage le duc de Mayenne , les ministres d'Espagne et les Seize dans Paris , pour la proximité de son armée, il envoya la plus grande part de ses gens de goem vers la vallée d'Aillan [où, pendant le séjour quMIsy firent, la ville de Joigny et quelquesautres places et chasteaux se remirent en son obeyssance], affin d'exécuter mieux rentre{»nse qu'il avoit sur ceste ville là par le moyen des politiques qui estoient dedans.
Nous avons dit l'an passé que les ministres d'Espagne proposèrent à M. de Mayenne d'os ter au sieur de Belin le gouvernement de Paris, l'ayans recognu très-desireux de la paix depois la conversion du Roy, ainsi que mesmes ledit sieur duc dans une sienne lettre l'a escrit au roy d'Espagne en ces termes : < Ils me donnèrent tous advis [dit-il parlant des ministres d'Espagne] d'oster le steur de Belin de la charge de gouverneur, lequel , quoy que très-desireux de la paix, n'eust jamais rendu Paris au roy de Navarre, et de mettre en sa place le comte de Bri»sac, de la foy , affection et preud*hommie duquel ils monstroient particulièrement estre asseurez. Je sçay bien qu'ils le faisoient en bonne intention , mais sont eux qui furent plus trompez que moy , car je leur remonstray lors qa*il estent offencé de ce que M. le duc d'Elbeuf avoit fait a Poictiers. • Ceux du parlement qui restoient a Paris donnèrent l'arrest suyvant le 1 4 de jaB< vier, sur Tadvis qu'ils recourent que Ton ostnt au sieur de Belin le gouvernement de Paris, et que Ton avoit résolu de donner à plusieurs bourgeois des billets et les faire sortir de la ville.
« La cour, ayant veu le mépris qae te duc de Mayenne a fait d'elle sur les remonstrances qu'elles luy a faites, a ordonné mettre par esorit autres remonstrances qui luy seraient envoyées par le procureur gênerai du Roy pour y feire responce, laquelle sera insérée aux registres de la cour.
» Ladite cour, d'un commun accord, a pro* testé de s'opposer aux mauvais desseins de TEspagnol et de ceux qui le vondroyent istrodoire en France ; ordonne que les garnisons estrao.
CHRONOLOGIE N0VBNA1BB DE PALMA CaYET. [1594]
gères sortiront de la ville de Paris , et déclare )M>Q intention estre d'empescher de tout son pou* voir que le sieur de Beiin abandonne ladite ville, ny aucuns bourgeois d*icelie , et plustost sortir tous ensemble avec ledit sieur de Beiin ; a en* joint au prevost des marchands de faire assemblée de ville pour adviser à ce qui est nécessaire, et se Joindre à ladite cour pour Texecutlon dudit arrest , et cessera ladite cour toutes autres affaires jusques à ce que ledit arrest soit entretenu et exécuté. »
M. de Mayenne, estant adverty que l'on vouloit publier cest arrest, alla au Palais, et, entré en la chambre, fit entendre à la compagnie qu*it venoit pour s'excuser à eux de ce qu'il avoit esté si long temps sans les voir ; que ce n'estoit pas faute de bonne volonté ; qu'il vouloit bien leur rendre ce tcsmoignage qu'il les avoit tousjours grandement honorez, desiroit servir au parlement ; au reste les asseuroitque ces Impressions qu'on avoit voulu leur donner de luy n'e&toient point véritables ; qu'il n'avoit Jamais eu volonté de capituler avec les Espagnols, comme il n*avoit encor; que, pour le regard du sieur de Btilin , c'estoit luy qui vouloit abandonner la ville, et qui avoit demandé d'estre desmisde sa charge ; dont ledit sieur de Mayenne estoit fort marri, d'autant que c'estoit un gentil-homme d'honneur, et duquel il avoit beaucoup de contentement. Là dessus il insista que la cour ne deliberast plus avant sur cest affaire.
Ledit sieur duc s'estant retiré, la cour fut assemblée Jusques à une heure après midy, où il fut eonclud que remonstrances seraient derechef faites au duc de Mayenne pour le supplier de retenir le sieur de Beiin. Suyvant quoy certains d'entr'eux députez allèrent trouver ledit sieur duc, lequel leur fit responce qu'ils venoient trop tard, et que le partement du sieur de Beiin estoit arresté, à quoy 11 ne pouvoït remédier.
Le lendemain la cour s'assembla encor pour adviser à ceste response, et arresta que le duc serait supplié derechef d'arrester ledit sieur de Beiin, ou descharger les présidents et conseillers de leurs offices.
Nonobstant tous ces arrests le sieur de Beiin, osté de son gouvernement, sortit de Paris , alla trouver le Boy et quitta le party de i'union. Les Seize estimoient lors estre au dessus de leurs desseins, ayans ledit sieur comte de Brissac pour gouverneur de Paris , à cause qu'aux Barricades, l'an 1588, il s'estoit monstre fort affectionné aux remuêmens qui s'y firent du costé de l'Université; aussi qu'onltre les garnisons d'Espagnols, de Neapolitains et de lansquenets,
il y avoit encor certains habitans en chasque quartier que l'on appelloit minotiers [et y en avoit bien quatre mille de ces gens là ausquels on donnoit un minot de bled et une dalle de qua* rante cinq sots toutes les semaines, ce qui leur estoit baillé par certains agents de l'Espagnol, suyvant un certain raotle particulier] : tellement qu'en chasque rué ils avoient des gens qui tenoient ouvertement et opiniastrement leur party avec beaucoup de personnes, tant ecclésiastiques qu'autres de toutes qualitez, lesquelles l'on entretenoit du zèle de religion. Mais nonobstant tout cela les politiques, qui multiplioient de jour en jour dans Paris, principalement encor depuis la conversion du Roy, ne laissèrent de poursuivre leur dessein pour remettre ceste ville en. l'obeyssance de Sa Majesté; ce qui ne leur réussit, ainsi que nous dirons cy après.
Les autres gouverneurs des provinces et grandes villes du party de l'union ne s'y trouvèrent moins empeschez qu'estoit le duc de Mayenne dans Paris ; et , quoy qu'en chacune ville il y eust des zelez qui ouvertement disolent ne vouloir jamais recognostre le Boy , publians mille impostures de sa conversion, si est-ce que les politiques parioient à l'ouvert qu'il le failloit recognoistre ; le menu peuple mesmes , ennuyé de la guerre, qui avoit veu l'ombre de la paix dans la trefve, se Jettoitde ce costé là : ce que lesdits gouverneurs recognoissans très-bien, en advertireut ledit sieur duc de Mayenne, luy mandans que le péril estoit pour eux en la demeura si on ne traictoit de la paix, et que les peuples d'euxmesmes se disposeroient de se rendre au Roy si on ne les retenoit par une grande force. Ce fut pourquoy , ainsi que dit Tautheur de la suitte du Manant et du Maheustre, M. Desportes, abbé de Tyron, alla de la part du sieur de YillarS| gouverneur de Rouen, dire au duc que s*il ne se vouloit autrement resouldra avec l'Espagnol, qu'il ne trouvast e strange qu'il traitast avec le Roy et qu'il fist ses affaires : à quoy le duc de Mayenne luy respondit qu'il fist ce qu'il voudroit. Sur ceste responce ledit sieur de Yillars envoya ledit sieur abbé vers le Roy , et fit son accord ainsi que nous dirons cy-dessous.
En mesme temps que le gouverneur de Rouen eut ceste responce de M. de Mayenne, les députez d'Orléans arrivèrent à Paris, et remonstrerent audit sieur duc le besoin que leur ville avoit de la continuation de la trefve. Il les pria et les conjura par leur serment de demeurer fermes au party de l'union et sous son authorité; mais lesdits députez luy dirent qu'ils le supplioient de ne trouver point mauvais que puis qu'il n*avolt peu obtenir de trefve generalle du Roy s*ils en
CttBONOLOGtÈ nOirSlirAïaB t>È ^XtUk CAYSt. [15d4]
alloiént taflcher d*en obtenir de luy une particu* liere pour les dachez d'Orléans et de Berry , et, prenans congé dadit sieur duc , s'en allèrent à Mante, où ils trouvèrent Sa Majesté, qui les récent benignement et leur accorda une trefve de trois mois, à la charge que dans ledit temps ils traicteroient de la paix et reconciliation deffinitive avec Sa Majesté, laquelle trefve commenceroit le premier Jour de février.
Peu de Jours après, la nouvelle arriva au Roy, qui estoitallé de Mante à Helun,que les Lyonnois avoient pris son party et chassé les principaux de leur ville qui estoient du party de Tuiiion, ce qui arriva de ceste façon.
Nous avons dit qu'ils avoient mis le duc de Nemours prisonnier dans le chasteau de Pierre Ancize, et que le duc de Mayenne avolt envoyé le vicomte de Tavannes et le sieur de Ghanvalon pour accorder ce trouble avec le marquis de Sainct Sorlin ; ce qu'ils n'avolent peu faire, bien que les Lyonnols eussent protesté dé demeurer fermes au party de Tunion. Or les principaux autheurs de la prison dudit duc de Nemours , tant par lettres qu'ils surprirent, que par advis qu'ils eurent de divers endroits que les frères 8*accorderoient, et que ce que le duc de Mayenne et l'Espagnol promettoient de leur donner secours contre ledit marquis de Sainct Sorlin n'estlot que pour mettre dans leur ville douze cents Suisses que Ton levoit expressément pour la garde d'icelle, afflnqu'y estans introduits et supportez d'aucuns catholiques zelez et partisans d'Espagne qui estoient encores dedans , ils se pussent rendre malstres de leur ville, et se venger de ceux qui avoient mis ledit duc prisonnier, quatre des principaux eschevins, résolus de prévenir le péril qu'ils voyoient tomber sur leurs testes, advertirent le sieur colonel Alphonse d'Ornano» lieutenant gênerai pour le Boy au Dauphiné, qu'ils avoient délibéré de faire prendre les armes à tous ceux qu'ils cognoissoient affectionner le party du Boy, et se rendre maistres de la ville pour Sa Majesté, le suppliant de s'approcher de leur ville avec toutes ses troupes pour les secourir sMIs en avoient besoin, et que le Jour de l'exécution seroit le septiesme février. Suyvant cest advis, ledit sieur colonel se rendit aux fauxbourgs de La Guillotiere le soir d'auparavant.
Entre les trois et quatre heures du matin, les sieurs Jaquet, de Liergues et de Sève, suivis de bon nombre de gens armez do quartier du Piastre, donnèrent au corps de garde de THerberie, au pied du pont, où commandoit en personne Thierry, homme fort affectionné à l'union, lequel après beaucoup de résistance Ait en fin forcé
de quitter la place. Au bruit del hàrqad>QnJii l'alarme fût donnée par toute la ville, et l«be^ ricades aussl-tost faictes en laplQspartdelqlla^ tiers par ceux qui estoient advertis de ce qoi le devoit faire. Sur ceste première esmotioD diaeta en son cartier cria vive la liberté françolse, et qu'il se falloit délivrer de toute \jnam\t et servitude estrangere. L'archevesque de Ljon, voyant une si prompte et inopinée prinse da armes, accompagné des sieurs baron de Ln et de Chaseul, ses nepveux, après avoir demeuré deux heures avant que de pouvoir passer le pool de la Saulne, se rendit en fin en l'Hostel de Ville, et remonstra en l'assemblée qu'il MM estre neutre, attendant la resolution da Pape a le retour de M. de Nevers. Geste opinion fut mal receuê par ceux qui estoient en ladite assemblée: tellement que, sur leur murmure et mescoDte&tement, ledit archevesque se retira asseï tostea son logis ; et neantmoins pour ce Jour lA, il ne fut parlé que sourdement du service du Roy, oy fait autre exécution, sinon que les imprimean se saisirent de l' Arsenac, et qu'on s'asseuri da personnes des sept eschevins, de quelques p^ nous et autres qu'ils cognoissolent opiniastresdi party de Tunion. Mais la nuict du luady aa mardy, la vigilance de ceux qui avoient aehemiDé cest affaire eut tel pouvoir sur le peuple, que le mardy raesme au matin on coinmeoça à prendre les uns des autres des pennaches blancs, et pea de temps après des escharpes blanches, etàdii heures du matin il ne se trouva plus de tafetas ny de crespes blancs dedans laviUe, tant fat grande l'afQuence de ceux, et Jusques bqi eo* fans, qui voulurent porter du blanc sareoi^qai est la marque et enseigne ancienne des François. Quelques royaux en firent largesse. Le son da cloches, le Te Deum que l'on cbaotoit partoh tes les églises, et la voix du peuple qui eriollvirt le Roy, monstrerent la joye et le eonlenteDOrt qu'avoit le peuple de ceste réduction. U D*y cot rue ny carrefour où l'on ne brostast les armes et livrées d'Espagne, deSavoye, de Nemoors, et l'efflgie de la ligue, faicte et pelncte en formede sorcière ; et au mesme instant firent lés arma du Roy mises et eslevées en triomphe par toat* Sur les deux heures après midy ledit siear eolo* nel Alphonse entra dedans la ville, à pied, botté et esperonné, accompagné des sienrs d'Andelat, de Ghevrieres, de Saint Forjeul, de Booteoo, La Llegue, La Baume, de Mures, et plusieonattrès seigneurs et gentils-hommes du paya, to* avec l'escharpe blanche. Ledit aieur colonel estant entré, les Lyonnols ad visèrent à ce qoii«(* toit pour la seureté de la ville , et dcsmircat de leur charge sept de leors esebevlais qo*lk citi*
CMOHOLOGIÉ NÔVKNAIBB DE l>AtMA CAYBT. [1594]
înoient cstre opîûlastrès au party de raûîon, et en esleurent en leur place sept autres ; changèrent aussi quelques capitaines penons, mirent dehors les principaux qu'ils cognoissoient avoir favorisé l'Espagnol ou le Savoyard. Mais ce qui est remarquable en cestc exécution, est qu'en-, cores que la vie et les biens de tous les partisans d'Espagne fust en la main des royaux, et que, par le droit de la guerre, ils peussent sur eux venger ta mort de plusieurs qu'ils avoient injustement fait exécuter par des boureaux , et la perte des biens par eux pillez, neantmoins ils usèrent de toute douceur, tant en leurs personnes qu'en leurs commoditez ; mesmes leur fut donné seureté et retraictc en leurs maisons aux champs, attendans de les remettre et rappeller quand la ville auroit obtenu pardon et grâce du Roy pour eux. L'nrchevesque de Lyon eut quelque mescontentement de ceste réduction, et, ayant demandé à sortir, fut prié de demeurer , tôutesfois, du depuis ils le prièrent de se retirer. LesLyonnoisJurerentlors,en pleine assemblée de ville, de n'admettre jamais aux charges publiques aucuns Italiens. L'exemple de ceste ville servit comme d'un clair phanal pour ramener au port de la clémence du Roy plusieurs autres villes. Bu depuis les Lyonnois obtindrent un edict du Roy sur leur réduction , lequel fut vérifié en la cour de parletnent , chambre des comptes et autres cours souveraines, par lequel le Roy leuf promit, pour la sincérité de leur zèle et promptitude d'affection qu'ils luy avoient porté [dont ils avoient laissé un exemple à toutes les autres villes de France , ce qui recommandolt et honnoroit à jamais leur mémoire], qu'il ne se feroit en leur ville et feux-bourgs aucun exercice de religion que de la catholique, apostolique -romaine; qu'il revoquolt et annulloit tous les dons qu'il avoit faits des biens , bénéfices et offices de tous les Lyonnois; qu'il ne bastiroit Jamais de citadelles en leur ville que dans leurs cœurs et bonnes volontez ; qu'ils n'auroient que six cents Suisses de garnison ; qu'il oublioit tout ce qui s'estoit passé depuis l'ouverture des derniers troubles contre son authorlté , leur qulttoit et remettoit tout ce qu'ils avoient pris de ses droits ; advouoit l'emprisonnement qu'ils avoient faict du duc de Nemours , dont il promettoit les garentir contre qui que ce fust qui s'en voudroit ressentir; confirmoit tous leurs privilèges, approuvoit tout ce qu'ils avoient faict en ce qu'ils avoient mis plusieurs habitans suspects hors de leur ville , et vouloit tôutesfois que ceux qui n'estoient absents que pour ceste occasion eussent la jouyssance de leurs biens, bénéfices et offices. Voy là tout ce ^ s'est passé de plus remarquable
en ta réduction de Lyon sous l'obeyssanôe du Roy. Voyons maintenant celles d'Orléans et de Bourges.
Nous avons dit cy-dessus qu'il y avoit deux factions dans Orléans, sçavoir les politiques, que l'on appelloit francs-bourgeois , et ceux du Cordon , et que , tant M. de La Chastre , qui commandoit pour l'union dans ceste ville , que ceux qu'il y avoit laissé pour gouyerner en son absence, s*en estoient aydez affin de s'y maintenir en leur auctorité. Après la conversion du Roy ledit sieur de La Chastre , qui estoit à l'assemblée de Paris , estant de retour à Orléans, com« mença à desfavoriser ceux du Cordon et à supporter du tout les politiques; car il desiroii r'entrer aux bonnes grâces du Roy, et porter à son service les places où il commandoit. il estoit asseuré de celles qu'il tenoit en Berry ; mais , quant à Orléans , la ville estant en la puissance des habitants divisez en deux factions esgalès, Il n'y avoit point de difficulté que celle qu'il favoriseroit à bon escient ne ruynast l'autre , ainsi qu'il advint; car, après que la trefve eust esté publiée , comme nous avons dict , il fit; par les mesmes députez qui l'avoient obtenue, continuer son accord avec le Roy et celuy des villes d'Orleaus et de Bourges , lesquels furent arrestez audit Mantes au mois de février ; ce qu'il ne voulut faire publier jusques à ce qu'il eust donné Tordre requis pour la seureté d'Orléans.
Le dimanche, 13 de février, le théologal Burlat commença à prescher au peuple tout ouvertement, dans la grande église Saincte Croix, qu'il failloit porter obeyssance aux roys , et que l'on devoit obeyr au roy que Dieu avoit donné , sans tôutesfois le nommer. A la sortie de ce sermon le menu peuple murmuroit de ce qu'il avoit parlé des roys, les uns en parlans d'une façon, les autres d'autre, pour ce que ce docteur avoit tousjours esté des plus avant du party de l'union : cela tôutesfois n'estoit que des paroles . Mais ceux du Cordon recognurent aussi-tost que c'estoit à eux que l'on en vouloit , pource que ledit sieur de La Chastre , ayant en mesme temps envoyé s'asseurer des principaux d'entr'eux, en fit sortir aucuns de la ville, et principalement des réfugiez des villes voisines qui portoient les armes dans Orléans , et mesmes feit mettre devant sa maison quelques pièces de canon. Ils se trouvèrent lors estonnez , car , pensans se sauver ou à Poictiers ou à Nantes , les gouverneurs des villes royales faisoient battre de tous costez l'estrade pour les attraper ; plusieurs mesmes , qui s^estoient desguisez affin de passer plus asseurement par eau , Airent descouverts, et payèrent depuis rançon. Bref, on courut tellement sur
CHBONOLOOIB NOVBNATIR DB PALMA CAYBT. (1S94]
ceax de ceste faction , que depuis elie fut du tout aboiie. Le Jeudy ensuy vaut il fit faire en son logis une assemblée de tous les principaux de la ville , en laquelle il leur dict :
« Chacun de vous sçait que la cause principale pourquoy nous avons prins les armes a esté pour le soustient et conservation de nostre religion, subject Irès-saînct et très-honorable qui a convié plusieurs peuples de se joindre ensemble de volonté, qui a donné à ce party le nom et tiltre de la salncte union. Les Espagnols, esloignez de nos mœurs et conditions , se sont uniz à nostre secours , et au commencement se sont monstrez si religieux que ils ont voulu protester n'y vouloir entrer que pour le seul zèle de la religion, sans prétendre, disoient-ils, autre chose en cest Estât que la salvationd'iceloy. Pleust à Dieu que leur intention eust esté telle , ou qu'ils ne se fussent poinct faict paroistre poussez d* autre ambition I Nous avons donc fait la guerre cinq ans durant avec fort peu de progrez à nostre advantage , et presque tousjours sur la deffensive y les ennemis s'estant peu «^ peu rendu maistres de la campagne et des petites villes abandonnées sans secours et deffense, qui a causé que les grandes et principales des provinces sont tombées en de très grandes nécessitez, et le peuple, lassé et matté , a estimé et pensé que leur mal procedoit de Pinter-regne, et que , pour ce que le Roy estoit lors huguenot , il leur convenoit et estoit loisible de nommer et esllre un roy qui fust premièrement recognu très- bon catholique ^ digne et capable de sens et de conditions pour régner sur eux. Et, pour parvenir à Feffet, les estats furent convoquez à Paris au mois de may dernier, où il se trouva une assez notable compagnie des trois ordres ; et ce fut lors que les Espagnols commencèrent h descouvrir leur ambition, qui firent bien paroistre n*estre plus dans les bornes de ces premières propositions par eux auparavant faictes de ne prétendre rien à TEstat, faisant toutes les plus grandes pratiques et menées qu'il leur estoit possible pour s'acquérir des amis, tant en Tordre ecclésiastique que de la noblesse et du tiers estât. J*en puis parler comme sçavant, pour ce que j^estois présent aux assemblées qui se faisoient ; comme aussi vous y aviez des députez de ceste ville , que Je puis dire n'avoir esté de ceux , non plus que moy, qui se soient laissez corrompre. Toutesfois la graine qui vient des Indes fut semée en quelques terroirs, qui produisit assez de partialitez parmy les chambres des estats ; mais Dieu, qui a tousjours singulièrement aymé ce royaume et monstre qu'il ne le veut perdre du tout, faisant paroistre aux plus grandes extrémités quelques efTects de sa divine
bonté pour te relever, accreut tellemeat le enrage des plus gens de bien de ceste compagnie , qu'ils demeurèrent beaucoup plus forts que ceu qui avoient esté corrompus; et par ce mo]fCA toutes les propositions qui se firent à ravantage des Espagnols demeurèrent vaines et sans effect.
» Je ne m*amuseray point à vous déduire Icy les harangues qu'ils firent ausdits estais enfavev de madame Tlnfante et de l'archiduc Eruot, pour les faire recevoir l'un ou l'autre et fslire pour régner sur ceste monarchie, ny la harangue proposée par un docteur de leur natiou pour persuader de rompre la loy sallqoe : celaestiniprimé dans le livre qui en a esté fait, Aquoyje me remettray , et me contenteray de vousdin que toutes ces harangues Ià ne purent esbranler, quelques partisans qu'ils eussent acquis à Icv faveur, la vertu des bons et vrais François, qui généreusement ^'opposèrent à tout cela, njectans telles inventions estrangeres , protestans de vouloir demonrer sous les loix et coustumesde France , sans permettre ny consentir qu'Hies fussent corrompues ny violées, et moins se seob^ mettre soubs la domination et règne d'unpriDce estranger.
» Se voyans messieurs les agens et ministro d'Espagne frustrez de leur dessein par la verti des bons François, ils s'adviserent d'en faire du autre alternative, soit qu'elle vinst de leurmoQvement,ou de la volonté propre de leur maîstit, comme ils disent, ou que quelqu'un leur mista la teste que la mémoire de feu M. de Guise fœt encores si engravée dans le cœur de ceux de ce party, la présence de M. son fils pleine d'une si belle espérance et digne de reoommaodatioo pour le mariage de madame l'Infante , que cela serait incontinent receu et embrassé d'une telle ardeur et affection , que promptement ib peasoient que l'on prononceroit ceste royauté qulk desiroient tant. Aussi de fait il se vid sur Fbeuie une très-grande mutation en toute l'assemblée, car un seul ne se remua pour s'y opposer, comoe Ton avoit fait aux autres précédentes; maisaa contraire ils furent remerciez, tant de la part de M. de Mayenne que de chacune chambre , particulièrement de la faveur et honneur qu'ils avoient faict h M. de Guise. Biais on ne demeura gueres que les plus avisez et clairs voyausoe recogneussent bien que c'estoit un artifice tri»meschant et périlleux pour oejeune prince, qa'Hf ne craignoient point de perdre ny de roiner , et tous ceux qui eussent consenty de déclarer la royauté , pour parvenir à leur but, qui estoit de nous rendre par ce moyen irrecondtiabks avec le Roy, et nous veoir entrer en uoegoefre immortelle , qui est le seul but à qnoy ils ont
CHBONOLOGIB NOVINAIBB DE PALMA CAYBT. [1594]
toasjouirs tendu, comme ils font encores. Et vous asseure que ils furent merveilleusement estonnez de trouver plus de prudence et de sagesse en ceste compagnie là qu'ils ne pensoient, Jusques à se plaindre des amis et serviteurs de M. de Guyse, qui s*estoient monstrez froids, disoient-ils, au point de sa grandeur et Teslevalion de sa fortune à une si grande dignité, voire à le taxer loy mesme de manquement de courage. Mais le temps et les affaires qui se sont passées depuis ont assez fait cognoistre la vérité de cet artifice, pours estreescoulé six mois depuis sans que, par lettres, ambassade et nulle autre démonstration, le roy Catholique ait donné aucun indice qu*il eust aggreable ceste proposition. Mais bien plus clairement s'est manifestée l'intention des Espagnols par la lettre que M. le légat escrivoit à Rome peu après la trêve accordée au mois d'aoust dernier , par laquelle il discouroit entièrement de ce qui s'estoit passé en toutes ces affaires, et , entre autres particularitez, il disoit que les Espagnols avoient esté contraints, se voyans déboutez d'Ernest et de rinfante , de mettre en avant le mariage d'elle et de M. de Guyse , non pour intention qu'ils eussentd'entretenirleurspromesses, mais pensant par ce moyen empescher la conversion du Roy, et que, quant ledit duc Ernest serait deseendu au Pays Bas avec une puissante armée, ils feroient accorder par force ce qu'ils n'avoient peu obtenir de bonne volonté. Et pouvez par là voir, messieurs, assez clairement quel est le but et dessein des Espagnols, avec leur intention; et prie ceux qui ont pensé que leur désir ftist de rechercher nostre bien et nostre salut avec le repos et tranquillité de ce royaume, de se départir de ces opinions, et de croire qu'ils n'en procurent que l'affoiblissementyledesmembrement, et par conséquent la ruine.
• Il est tout certain qu'il n'y a rien au monde qu'ils craignent tant que de voir ce royaume bien reûny , et les peuples r'alliez soubs un roy. Je dis un roy légitime, et qui ne soit point créé d'eux, comme un satrape à l'ancienne forme des Perses. Et comme ils ont veu le Roy s'estre faict catholique, et que ceste action a touché le cœur de la plospart des François, ils ont pensé qu'il n'y avoit moyen de nous retenir sous la misère de la guerre, et par conséquent sous leur domination ; car il est tout certain que nous ne la scaurions faire sans l'assistance de leurs forces et de leur argent. Et voyant que le Roy envoyoit une très-notable ambassade à Rome, composée de princes, cardinaux, evesques et gentils-hommes, pour rendre à Sa Saincteté l'obeyssanee filiale qu'ont accoustumé faire les