I. c. p. M. T. xif
roys de France à leur advenement à la couronne , ils ont apporté tous les empeschemens qu'ils ont peu à ce qu'elle ne fost receuëà Rome, et en ont esté si avant, que l'ambassadeur du roy Catholique résident à Rome près Sa Saincteté l'a bien osé menacer, soubs le nom de son malstre , qu'il roroproit l'alliance et amitié s'il consentoit à recevoir le Roy à sa conversion * et de plus, luy dit qu'il empescheroit les traites de bleds qui viennent de Naples et de Sicile à Rome pour la nourriture de ce grand peuple. Vous voyez par là, messieurs, de quelle pieté et religion sont touchez ces nouveaux chrestiens.
» Or je vous dlray bien encores que le Pape récent ceste indignité là avec tant de regret et desplaisir qu'il s'en mit au liot et en pleura , se plaignant à quelques cardinaux qui estoient autour de luy de se voir forcé en ses volontez et ne pouvoir distribuer ses bénédictions sans le gré et consentement des Espagnols; et à la mesnoe heure il manda à M. de Mayenne qu'il ne se remist point du tout en luy des affaires de la France pour les considérations susdites, mais qu'il luy donnast moyeu et ayde par ses advis d'y apporter les remèdes nécessaires. Cela, mes sieurs, ne nonsdoit il pas assez faire juger quelle est l'intention de Sa Saincteté, et que, si elle n'estoit point prévenue ou retenue de crainte, elle ne seroit si longue à se résoudre au bien et salut de cest Estât?
» Je vous diray maintenant qne M. de Guise est party de Paris assez mal satisfait, pour ce qu'il voulut sçavoir des ministres d'Espagne devant que de partir , ce qu'il devoit espérer dé ceste proposition que l'on avoit faite de l'Infante et de luy , d'autant que six mois s'estoient escoulez depuis, qui estoit temps suffisant pour devoir avoir sceu l'intention de leur malstre. Ils luy respondirent que ceste longueur provenoit de M. de Mayenne , qui avoit mandé au roy d'Espagne qu'il le supplioit de ne faire aucune response sur toutes les affaires de la France qu'il n'eust envoyé une ambassade vers Sa Majesté pour la rendre bien particulièrement instruicte et informée des affaires de deçà. Ceste vérité ou artifice , tel qu'il soit , prenez le comme il vous plaira, ne doit pas avoir rendu M. de Guise fort contant, ny d'eux, ny de M. son oncle. Vou?» voyez d'ailleurs comme cest Estât s'en va de toutes parts divisé, soit en la personne des princes et des chefs, soit en la communauté des provinces et des villes. Les uns demandent la paix» les autres veulent la trêve, aucuns une neutralité. Messieurs de Mayenne et de Guise sont aux termes que je vous dis. M. de Mercœur faict ses affaires à part et séparément. M. de Nemours et
GHBOnOLOOTB IVOTBNAIAB DB PALMA CÀYBT. [1594]
son frère ne cherchent que le moyen de se vanger, et les tiens irréconciliables. M. de Lorraine, chef de la maison , a fait la trefve, cassé et retranché toutes ses forces, ou peu s'en faut, sous l'espérance de la paix qu'il fait, si desjà elle n'est faite , tant avec le Boy que ses voisins de Strasbourg , et par ce moyen remet son Estât en neutralité, comme il estoit auparavant ces guerres , se despartant du tout de la ligue. Mous sçavons pour certain que les villes de Rouen, Ponthoise, Peronne , Montdidier et Boye traietent de leur accord, si desjà elles ne Font fait, et m'a on asseuré que Abbeville et Amiens ont des députez à la Court. La Provence et M. de Garces, beau-fils de M. de Mayenne, ont recogneu le Boy, et lacour de parlement mesme qui est à Aix , comme pareillement a fraischement faictLyon, ceste grande ville , Tune des clefs et entrée de la France.
i Je vous remonstrerai encores que le foible secours que nous ont donné les Espagnols , et les longueurs qu'ils ont apportées et y apportent tous les Jours 9 nous font assez paroistre que leur dessein n'est pas de nous oster des misères où nous sommes , mais plostost nous y plonger plus avant par les divisioDS qu'ils causent entre nos princes, et les pratiques qu'ils ont dans les villes, mettans les habitans d'icelles en mesflance les uns des autres, estimans tousjours que la ruine des François est la grandeur des Espagnols. Tant d'exemples et de tesmoignages que je vous ay icy apportez, me font promettre qu'il n*y a celuy de vous qui ne Juge que par nécessité il faut tomber soubs ceste domination espagnole, ou recognoistre le Roy; car, de demourer d'avantage soubs l'interrègne , cela ne peut plus subsister sans la ruine de l'Estat : de penser vous maintenir en neutralité, ce seroit un périlleux conseil , et qui vous porteroit à une ruine évidente pour servir de proye à l'un ou à l'autre party.
i Quelqu'un pourra objecter et demander : mais que deviendra la religion et le serment que nous avons faict? Quant au premier poinct, je respondray que Dieu m'a faict naistre catholique, receu le sainct sacrement de baptesme en l'Eglise catholique, apostolique et romaine, eslevé et nourry en icelle , et, depuis le commencement de ces guerres civiles, j'ay tousjours foit la guerre contre les huguenots : et si le Boy fust demeuré en son erreur. Jamais Je n'eusse recherché ny désiré aucune reconciliation avec luy ; et depuis que Je l'ay veu catholique , J'ay voulu soigneusement m'informer et enquérir si Justement Je me poovois remettre avec luy et entrer ù son service, et ay trouvé, par le conseil de
très-doctes et snfflsans permmagos, pleios di pieté et de religion, qu'il n'y avolt nulle diffl« culte ny offense en la conseience. Quant ao point du serment, que le scrupule en devoit estre k^. d'autant qu'il ne s'estoit fait contre leEoy qu lors qu'il estoit huguenot, et que nous en devom estre relevez par sa conversion. Le second utment que nous avons fieiict en ceste ville est plu favorable en ceste proposition que Je vous fiii qu'il n'y est contraire , d'autant qu'il est dit qv nous ne traicterons point avec l'estranger oy d^ dans ny dehors le royaume.
i Considérons donc maintenant quelle utilité etprofiQtnous pouvons attendre de la contini» tion de la guerre. N'ayans plus desnbject deli religion, qui semble estre failly depuis la eatholisation du Roy, soubs quelles conditioDs dooe ferez vous la guerre maintenant ? Si M. de GoiN avoit espousé l'Infante , comme les EspagDob l'avoient proposé, et que la royauté eust escé a^ ceptéepar luy, receuë par les estats, approont de la cour de parlement, cela pourroit serrir de couleur à quelques-uns de passer la carrière plu gaillardement; mais Dieu, qui est pins prori* dent que nous , a eu soin de eest Estât, et k l'a pas voulu , nous faisant cognolslre qne le bst des Espagnols est de faire tomber ceste coorouie en la maison d' Austriche, ou la démembrer, rainer et dissiper. Quelques-uns disent et l'ioapnent qu'ils nous doivent amener de grandes forces et faire des exploicts merveilleux , sonpoi ils fondent l'espérance de voir la ruine du Roj. 11 faut sçavoir quelles sont ces forces qu'ils promettent : vous trouverez que ce sera sealeont douze mil hommes de pied ettrois mil cheuia estrangers, et donnent à M. de Mayenne, ootR cela, cent mil escus par mois pour l'entret»»ment, tant de lui, sa maison , ifu'autres princci et seigneurs qui seront à appoincter, et pour )t payement d'autant de gens de guerre qu'il fcn entrer dans le corps de l'armée. Et nottes qn'Ui n'offrent ce secours là que pour ceste année setlement, et, pour l'année suivante , ils n'entadent en fournir que la moictié d'autant , tsA^ mant , comme ils disent , qu'avec ces ibîbles d débiles forces ils auront réduit en deux ans toot le royaume soubi leur domination. Je vonsjtiK et proteste qu'ils ne sçaurolent seulement stoi pris la moindre des villes de celles que le Boi tient sur la rivière de Seine.
• Je veux que ces gens icy noui tienDcntatierement leurs promesses , encores que l'on a puisse entièrement doubter pour le manquencit qu'ils ont fait a toutes les précédentes : que àtvous nous désirer quand nostre armée scit sP frontée devant celle du Boy ? c'est de donner on
GRRONOtOO» NOmiltBlI DB ^ÀtlTÀ CAYKT. [1594]
bataille, la gaigner, etparee moyen exterminer et le Roy et toute la noblesse qui raccompagne, qui ne sera pas, comme vous pouvez penser , sans que la Tictoire demeure bien sanglante, et par aventure avec la perte de tous les princes de ce party et de si peu de noblesse qui les assistent. Qui recueillera donc le firulct de ceste victoire? ce seront les Espagnols sans doubte , qui ne vous tiendront plus lors comme amis et compagnons d'armes, mais comme leurs subjets et esclaves , et vous voudront imposer le Joug de la servitude, bridans vos villes par de très-fortes et puissantes citadelles, comme ils ont fait par tous les royaumes et provinces qu'ils ont conquis; et, s'il restoit encore par fortune quelque semence des princes et de la noblesse qu'ils ont tant crainte et redoutée , ils s'en defferoient par toutes les voyes ordinaires et extraordinaires qu'ils pourroient s'imaginer , comme ils ont sceu bien faire de ceux du royaume de Naples , dont nous avons veu les uns mendiens et misérables à nos portes, comme ceux de la maison de Melfe, d'Atrys, de Beseignan , de Sainct Se vérin, prince de Saleme, Brancace et autres. Voilà sans doubte, messieurs, ce que nous devons attendre et espérer de la domination espagnolle, si nous sommes si fols et maladvises de nous y sous-mettre.
» J'ay cy-devant représenté, pour satisfaire à cenx qui disent que l'on doit attendre ce que Sa Saincteté prononcera , combien sa volonté est traversée et son Jugement empesché. Il me resouvient encore qu'estant à Paris lors que le Boy feit sa conversion à Sainct Denis publiquement, il envoya quérir et convia par lettres plusieurs docteurs de la Sorbonne pour s'y trouver, lesquels , en nombre de six ou sept, demandèrent permission à M. de Mayenne , luy faisant voir les lettres qu'ils avoient receuës, qui les renvoya à M. le légat, qui voulut empescher premièrement par parolles et remonstrances d'y aller , y adjoutant les défenses , et mesmes Jusqnes à les menacer des censures ecclésiastiques : surqucy M. Benoist, curé de Sainct Eustache, portant la parolle , tant pour luy que ses compagnons , répliqua fort bien à M. le légat qu'il ne luy pouvoit deffendre et encores moins excommunier pour se trouver à une cérémonie si désirée de tous les gens de bien, voire ordonnée •t commandée par les décrets et saincts canons à ceux de sa profession de se trouver en semblables evenemens pour sçavoir Juger et discerner, par les signes , indices et autres remarques, ii la conversion seroit feinte, simulée ou digne d'estre approuvée d'eux ; et dit plus à M. le légat que son estât et office l'obligeoit luy-mesme d'y devoir estre : et, nonobstant toutes ces con- I
testations, ledit sieur Benoist et ses compagnons ne laissèrent de s'acheminer en pleine rue et devant le peuple de Paris, ne celant point le lieu où ils alloient; et , après que ladite conversion fut fledcte, ils s'offrirent et mandèrent à M. le légat qu'ils estoient prests de retourner à Paris pour rendre conte de ce qu'ils avoient veu et recogneu du Boy en ceste conversion, ofArans de phis se soumettre ausdits saincts décrets et canons pour disputer contre leurs compagnons de la mesme Faculté ; qu'ils s'estoient acquitez de leur devoir sans que l'on les peust blasmer ny calomnier : À quoy on ne les a voulu recevoir ; qui me fait croire, quant À moy, que c'est faute d'assez l>ons moyens pour les convaincre ; car , si on Teust peu faire. Je n'estime pas que l'on eust laissé eschapper ceste occasion , veu que l'on cherche tant d'autres petits subtils moyens*
i Je^coneluray donc par ceste maxime, qu'il faut nécessairement tomber sous la domination espagnolle ou sous la légitime du Boy. En la première je n'y recognois autre bien ny utilité que ce que Je vous ay représenté. En la légitime nous serons receus comme enfans de la maison , et non avec moins d'alegresse que celle du père provide à l'endroit de ses enfans. Nous asseure^ rons et conserverons la religion , et nous nous acquitterons de nostre devoir. Nous empescherons une ruine inévitable , nous asseurerons nos vies, nos biens , nos femmes et enfans. Chacun rentrera en ses biens, bénéfices, offices et dignitez , le marchant fera son commerce en toute liberté, le peuple sera soulagé , le plat pays deschargé, le batelier sera libre de naviguer sur la rivière de Loyre depuis Bouane Jusques à la mer sans danger, et exempt de tant de daces et sub< sides ; le voicturier par terre aura toute la Beaulse libre, et pourra aller jusques à Limoges et Lyon ; et croy que par vostre exemple vous apporterez une paix générale en ce royaume ; car , aussi tost que Ion verra vostre déclaration, croyez qu'elle sera suivie de plusieurs autres. Mais je crains que si vous retardez tant soit peu, que quelqu'autre ville de tant qui traittent leur re« conciliation ne vous prévienne et levé ceste couronne de dessus la teste. Je ne doute point encore que nostre Sainct Père recognoisse comme il a esté abusé sur les advis que l'on luy donne de deçà que le peuple ne désire point la paix ne face au premier Jour recognoistre qu'il la veut embrasser et y apporter les remèdes nécessaires.
» Voilà, messieurs, l'advisqueje vous donne, sur lequel Je vous prie de prendre une resolution : toutes les villes de Berry, et le pays mesme qui vous est si voisin, utile et nécessaire, s'adjoio-
CHRONOLOGtB NOVBNAIAB DB PALMA CAYBT. [l594]
dra à vous au mesme consentement. Je vous diray, pour ce que J*ay appris que quelques-uns •estoieot en doute qu'après ce traitté résolu je quittasse ceste viile et le gouvernement, je vous asseureray que non y et que je désire me perpétuer avec vous comme un de vos bourgeois mesme si vous sçavez prendre et bien user de mon conseil. Si au contraire vous le rejettez , il ne me seroit pas seur ny honorable de demeurer parmy véfts, et vous prirois me permettre que Je me retirasse. »
Ceste harangue finie, M. Tevesque d'Orléans, les maire et eschevins, et les principaux de ceste assemblée , qui avoient avec ledit sieur de I^ Ghastre travaillé à dresser leur reconciliation avec le Roy, le remercièrent fortdeFamitiéqu*!! portoit à leur ville, luy rendirent louange de ce quMl leç avoit conservez par sa bonne conduitte depuis les cinq années dernières des troubles , le prièrent de ne les point quitter, et luy protestèrent de vouloir en tout et par tout suyvre le conseil qu'il leur donnoit de recognoistre le Roy, estans tous prests de jurer Tobeyssance qu'ils luy dévoient : ce que toute l'assemblée approuva d'une mesme voix.
Les articles accordez par Sa Majesté pour la réduction de leur ville estans leus, les députez qui les avoient obtenus furent priez d'en aller poursuivre la vérification au parlement de Tours, en attendant laquelle ils résolurent de ne plus diiayer à se déclarer ouvertement pour le Roy. Suyvant ceste resolution, ledit sieur de La Ghastre , qui avoit esté pourveu de Testât de mareschal de France par le duc de Mayenne, en estant par ceste réduction pourveu par le Roy , reprint le collier du Sainct Esprit qu'il n'avoit point porté depuis l'an 1589, et avec ceux de la maison de Ville alla assister au Te Deum qui se chanta dans la grande église Saincte Groix. Ge ne fut depuis que canonnades , feux de joye , et crys de vive le Roy par toute ceste ville. Le dernier jour de février les articles accordez, tant pour ladite ville d'Orléans que de celle de Rourges et autres places que ledit sieur mareschal de La Ghastre ramenoit au service ^u Roy, furent vérifiiez audit parlement de Tours.
La substance des articles de ceux d'Orléans estoit qu'il ne se feroit aucun autre exercice que de la religion catholique romaine en tout le bailliage et ville d'Orléans , sinon ez lieux et ainsi qu'il estoit porté par les edicls de l'an 1577; que les ecclésiastiques de la ville d'Orléans , le chapitre de Jergeau , le doyenné de Meun , et l'abbaye Sainct Mesmin , seraient deschargez de ce qu'ils dévoient de décimes depuis les présents troubles jusques en octobre prochain ; que
la mémoire de toutes choses bictes à l'oecasioii de ces présents troubles demeureroit esteiate et assoupie ; que lesdits babitans d'Orieans demeireroient quittes et deschargez des arrérages da droict des cinq lances, et encores pour trois aos à l'advenir ; seraient aussi exempts de tons emprunts et subventions pour le mesme terme de trois ans consecutiDs; que Sa Majesté remeitolt et quittoit en toute l'eslection d'Orléans ee qui estoit deu pour les tailles jusquesàlafinder&niiée passée ; que lesdits babitans d'Orléans seroicut conservez en tous leurs privilèges , franchises et libertez ; que le Roy à l'avenir n'y feroit iMStir aucune citadelle ; que tous les subsideset impots créez au dedans de la généralité d'Orleansd^ ces présents troubles seraient abolis ; que la veoti et distribution du sel serait remise en sonaacienne forme ; que tous actes de josUee dma entre personnes de mesme party sortiroleotet* fect ; qu'il ne seroit faict aucune recherche de exécutions de mort qui auroientestéfaictes|ar authorité de justice, ou par droict de guerre os commandement dudit sieur de La Ghastre; et pour le regard des jugements donnez contre ks absents tenans divers partys , soit en jostlee civile ou criminelle , qu'ils demeureroieDtnubet sans effect; que tous officiers de justice, fifiBoces et autres estans en ladite ville, pourveuspar is feux roys , seroient maintenus en leurs chargs et dignitez , en faisant seulement de DOQveai serment entre les mainsduditsieurdeLaOii^ tre ; et que pour le regard des offices qui avoient vacqué par mort ou par résignation de ct^ii^ estoient dudit party de l'union , et lesqveb n trouveroient avoir esté pourvens par M. ^ Mayenne, que telles lettres de provisioa n'ai* roient lieu, mais qu'en baillant le nom deceox qui avoient obtenu lesdites provisions, il i seroit faict expédier lettres de provision d estats sans payer finance ; que le sieg» pm et tous autres offices et dignitez , tant de j que de finances , qui avoient esté transfera ladite ville pendant les présents troubles, y roient remis et restablis ; qu'après le sieor de Ghastro Sa Majesté ne pourvoirait au goo ment d'Orléans que de personne catholique: l'evesque d'Orléans serait remis en la et jouyssance de ses bénéfices , en quelque 1 qu'ils fussent scituez ; que les comptes reodos Paris par les comptables ne seroient sahjects rovision, et que les parties qui y cstCNeotra} et tenues en souffrance pour gagies ou restes roient restablies purement et simplement; toutes personnes, tant ecclésiastiques, o qu'autres, quis'estoient retirez des vitlesdu du Roy en ladite ville d'Orléans , poorroîaot m
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trer aux villes oà ils estoient demeurans , et y Joayr de leurs biens et héritages, beDefices et dignltez , en déclarant leur Intention audit sieur de La Ghastre deux Jours après la déclaration qu'il aurolt faicte pour le bien du service de Sa Majesté ; qu'au bénéfice de cest edict toutesfols ne serolt compris ce qui avolt esté fait par forme de voilerle, comme aussi en serolent exceptés ceux qui se trouverolent coulpables de l'assassinat du feu Roy ou de la conspiration sur la vie du Roy à présent régnant.
Voyià la substance de l'edict faict sur la réduction d'Orléans. Quant à celuy de Bourges, il estolt presque semblable , excepté en quelques articles , entr'autres sur la iln du treizlesme , là où Sa Majesté ordonne en ces termes : • Considérant qu'estant à présent réduit en nostre obeyssance ladlcte ville de Bourges et autres dudlt pays de Berry, que nous a apportée ledit sieur de La Ghastre se remettant à nostre service , nous avons , pour le soulagement du peuple, advisé d'oster toutes les garnisons de guerre généralement qui sont en toutes les villes , chasteaux et forteresses dudict pays de Berry, d'une part et d^autre , d'y excepter la tour de Bourges, où il y aura d'oresnavant cent hommes, et le chasteau de Meung sur Yevre cinquante, avec l'appolnctement des capitaines et lieutenants. Déclarons en outre que pour l'advenir il n'y aura autre gouverneur ny lieutenant gênerai pour nous audit pays de Berry que ledict sieur de La Ghastre et le baron son fils , sur survivance l'un de l'autre , revoquans tous pouvoirs et commissions qui aurolent cy -devant esté expédiées à quelques autres personnes que ce soit , et ordonnons en ce faisant que toutes les villes, pla-. ces, chasteaux et forteresses qui sont au dedans dudlt gouvernement de Berry seront remises soubs Tauthorité desdits sieurs de La Ghastre père et fils , et que toutes garnisons estans dans lesdites places en seront ostées, tant d'une part que d'autre, dans huict jours après la publication des présentes , fors et excepté celles qui sont cy-dessus mentionnées.
Devant que de parler du sacre du Roy à Chartres , voyons ce que fit le duc de Nevers à Rome, et comme il prit congé do Pape. Nous avons dit l'an passé que Sa Saincteté l'avoit remis à une audience particulière au second Jour de ceste année. Ge Jour venu , qui estolt un dimanche , le duc fut introduit pour parier au Pape, auquel fl dit :
Que le desir qu'il avoit de rapporter à son Roy la précise response de la volonté de Sa Saincteté, et n'y feHIir aucunement , l'avoit fait l'importuner par plusieurs fols de la luy foire donner par
eserit , puis que le Roy luy avolt escrit deux lettres de sa main , une desquelles il lay avolt présentée; aussi qu'il ne pouvolt se charger d'aucune response verbale , puis qae Sa Saincteté ne luy donnoit lettre de créance. Le Pape lors luy dit : t Je ne suis résolu de vous donner aucune response par escrit par ce que J'ay sceu que l'on a bruslé à Tours les bulles et autres actes que les papes mes prédécesseurs ont envoyé en France : Je ne veux pas qu*il en ai|jdenne de mesmes de ce que Je vous bailleroi^àr escrit. Davantage, Je traitte ordinairement d'affoires Importans avec l'ambassadeur d'Espagne et autres ; ils ne me demandent rien par escrit. J'ay esté en Pologne et autres lieux pour négoces Importans pour lesquels on ne m'a rien donné par escrit : Il vous doit suffire donc de ce que Je vous dis verbalement. » A quoy le duc lui respondit : « Je sçay fort bien qu'en affaires qui se traittent pour simples recommandations et autres semblables négoces , l'on ne se soucie de retirer response par escrit; mais, puis que vous avez receu deux lettres escrites de la main du Roy mon seigneur, et deux mémoriaux que Je vous ay baillez, et vous ayant parié bien amplement dé la conversion et absolution et des commandemens de l'Eglise que Sa Majesté désire avoir de Yostre Saincteté pour faire le salut de son ame , et par là tesmoigner l'ardent desir qu'il a d'estre reconcilié avec le Sainct Siège , il me semble que vous me devez donner un petit mot de response afBn d*esclaircir mon Roy de vostre volonté et de ce qu'il a à foire aussi, pour ne rendre mon voyage inutile. Quant à la doute que Vostre Saincteté a qu'en France l'on face quelque mespris de ce que vous me baillerez par escrit, comme on a faict de la response que le père Alexandrin Hebrahin avoit donnée de vostre part à M. le cardinal de Gondy, cela ne peut estre , par ce que si Yostre Saincteté estime que la response qu'il vous plaira de me faire est convenable à la qualité de vicaire de Dieu , et par conséquent Juste et raisonnable, vous ne devez point craindre de me la bailler par escrit pour justifier vos actions à l'endroit de tout le monde; car, estant bonne et salncte , elle ne sera mesprisée et brnsiée. SI aussi Yostre Saincteté estime qu'elle ne soit telle qu'U appartient à la qualité de Juste Juge et père miséricordieux, et doubte qu'elle ne soit trouvée mauvaise, il me semble que vous la devez corriger comme il appartient.
i Le respect et honneur que le Roy mon seigneur vous a porté depuis dix-huit mois en çà , a esté cause qu'il a empesché que les parlemens n*ayent faict quelque grande déclaration sur le
CHHONQLOOU HOVERAIII U PiXIU GàYIT. [1694]
pouvoir que Vostre Saincteté a donoé à M. le cardinal de Plaisance, pour assister à une esleotioo de roy si contraire et préjudiciable a son auctorité , ayant voulu postposer son particulier interest au respect qu*il vous porte , et par ce il deffendit au parlement de Tours et à tous les autres de Caire aucun arrest , comme est leur ooustume , pour soustenir les droits de la couronne; tellement qu'il n*y a eu que celuy de Chaalons qui ait fait quelque déclaration auparavant que d'avoir sceu la volonté de Sa Msyesté, laquelle luy ayant esté envoyée, il n'a passé outre à faire la grande déclaration qu'il avoit arresfé par le premier arrest, Enquoy Vostre Saincteté doit cognoistre la bonté de mon Roy et Taffection qu'il vous a portée , laquelle je vous diray encores qu'il n'a voulu perdre , ores que vous et vostre légat à Paris ayez depuis continué à luy en donner de grandes occasions, comme il se peut voir, outre ledit pouvoir, par les lettres et actes qui ont esté faicts à Paris : ce qui me semble , Père Salnct , devoir vous induire À addoucir vostre rigueur en sonendroict , considérant que la bonne volonté que Sa Majesté porte à vostre personne provient d'un cœur franc et généreux , et non d'aucun sien particulier interest , outre que Vostre Saincteté feroit un œuvre méritoire que de recevoir un prince de telle importance , qui peut attirer par son exemple et auctorité les milliers d'ames desvoyées. i A ces mots le duc se remit à genoux aux pieds du Pape, le suppliant d'interiiier sa requeste.
Sa Saincteté persistant en sa première résolution, et disant ne vouloir croire que la con version du Roy fust bonne f ledit sieur duc le supplia de luy déclarer ce qu'il pretendoit et desiroit que Sa Majesté flst pour la luy tesmoigner estre bonne , et la rende contente de ses actions. Surquoy Sa Saincteté luy dit : t Qu'il face le contraire de ce qu'il a faict cy-devant. t A quoy le duc respondit : • Il a cy-devant faict des choses qu'il luy est impossible de faire maintenant le contraire; il n'cist pas théologien pour sçavoir quelles œuvres il doit faire pour se préparer à mériter la grâce de Vostre Saincteté. i Le Pape répliqua : • Il y a en France des théologiens capables pour le luy dire. > Lors le duc supplia Sa Saincteté de luy dire si elle se rapporteroit à ce que lesdits théologiens luy diroieot. A quoy le Pape ne luy ayant rien respondu , le duc, reprenant la parole , luy dict : « Je ne sçay donc quel conseil donner à mon Roy pour bien faire, puis qu'il ne vous plaist de me déclarer les œuvres préparatoires qu'il doit faire pour le salut de son ame, et cela est le jetter en desespoir; ce que jamais n'a voulu faire Jesua-Ghriat , qui
est allé rechereber lea pedieurs paar lescoHl* gner et donner occasion de se eonverUr. i Svquoy le Pape dit au duc : t Je ne mis teau de les luy déclarer. • Puis, ayant allegaéqmkiiie exemple de la Saincte Escriture à cepn^, le duc luy respondit: • Avec vostre pennteioa, je vous diray qu'il me semble que les sensoDi des prédicateurs ne tendent qu'à instroire k peuple , et à luy proposer les ceuvres prepantoires pour sauver leurs âmes ; ce que J'eitiiM que Vostre Saincteté doit faire à Tendrolct de mon Roy , pour n'estre pas moins tenu envers ioy , sous peine de péché mortel , qu'est le pm d'assister ses enfans de conseil pour le salotde leur ame , ainsi qu'il est déclaré par les œavre de miséricorde , qui sont plus notoires à Vostre Saincteté qu'à moy. » Surquoy le Pape ditn duc : f Navarre sçait bien ce qu'il doit fiure sans que je luy die, et ne suis point tenu luy déclarer les œuvres préparatoires; j'ay laiet consulter cest affaire par des theologieDs, ^dc veux passer plus avant. > Le duc voyant qoeie Pape estoit ferme en sa resolution, il ioy demanda si Sa Saincteté entendoit que te Boy sqd oaaistre allast cy-après à la messe, commei! avoit faict cy devant , et y receust le predeoi corps de nostre Sauveur, ou bien s'il s'ea ilstiendroit. A ceste demande le Pape ne fit aucnu response. Le duc, ayant cognu qu'il ïvû trouvée de grande importance, af&n de dooDer loisir À Sa Saincteté d'y penser ne voulut Idûster d'avantage sur l'heure d'en sçavoir sa résolution. Et, continuant son propos, il luy remunstra aussi qu'il y avoit plusieurs evescheset abbayes vaccantes, grande partie desquelles es^ toient dans les villes et pays de TobeyssaDce da Roy , et maintenant tenues par des œeoDomats, sans que l'ordre et règle ecclésiastique y f^ gardé comme il appartenoit, et que le désordre estoit encore plus grand aux eveacbes, où 0 ny avoit personne pourreu , par ce qu'il ne s y i^* soit de cresme ny de prestres , dont la piuspv^ des paroisses demeuroieot sans curei, etqw ceux que le Roy avoit nommez à Sa Saiitctdr s'estoient disposes d'envoyer vers luy après soq retour pour obtenir les bulles, lesquels DlaiDl^ nant differeroient de ce faire , le voyans retourner en France avec une despesche si contraire i leur attente, qui proprement fermoit la portes tous les François royaux de recourir au Saisct Siège; et partant qu'il plust à Sa Saincteté de luy dire sur cela sa volonté pour la rapporter ea France , à cause qu'il craignoit qu'il ne fust i«mis en avant et possible embrassé certain regk* ment qui avoit esté cy-devant dressé toncbaot l'expédition desdites bulles ) pour csUe garde
CHIOHOLOGU MOYSNAIBB M PALMA CAYBT. [1694)
par forme de provision , et jusqoes à ce que Grégoire qoatorziesme eost adoucy sa rigueur et sévérité à l'endroict du Roy et de tant de bons catholiques qui le servoient , et qu'il fust délivré du très-pernicieux conseil espagnol qui le detenoit enveloppé, et luy faisoit faire ce qu'il vouloit, et consequemment fust mieux conseillé ; lequel règlement pour lors avoit esté rejecté par Tadvis de plusieurs personnages d'honneur , sur Tesperance que Ton avoit pris que Sa Saincteté embrasseroit la paix de la France, laquelle espérance estant perdue par son retour, seroit cause de faire maintenant effectuer ce reiglement , chose qu'il recognoissoit fort bien qui apporteroit beaucoup de desplaisir à Sa Saincteté et de grands desordres en l'Eglise, lesquels , en son particulier , luy faisoient hérisser les cheveux et trembler le cœur à y penser seulement , pour s'en veoir le porteur par ordonnance de Sa Saincteté, et toutesfois sans sa eoulpe, le suppliant de luy dire comme il entendoit que Ton eust à se gouverner pour le regard desdictes bulles. A quoy le Pape luy respondit qu'il ne pouvoit les faire depescher À la nomination de Navarre , pour ne l'estimer roy ; et neantmoins que sur tout ce qu'il luy avoit parlé il y penseroit , et puis luy feroit sçavoir sa volonté. Avec telle response le duc se licencia d'avec le Pape ledit soir du dimanche deuxiesme de Janvier.
Le vendredy ensuivant le cardinal de Toledo vint trouver le duc de la part du Pape , et luy dit que Sa Saincteté ne se tenoit point obligé de luy bailler rien par escrit, par ce qu'il ne pretendoit pas qu'il luy eust dit aucune chose de la paft de Navarre , luy ayant mandé , auparavant son arrivée à Rome, qu'il estoit résolu de ne le recevoir comme ambassadeur, et partant qu'il ne vouloit recevoir de la part de Navarre ce qu'il avoit traicté avec luy , ains de la sienne seule, comme par forme d'un propos familier fiiit entr'eux-deux.
Le duc trouva ceste response fort estrange , et en demeura estonné , et supplia ledit cardinal de luy déclarer bien pajrticulierement si rinten- Uon de Sa Saincteté estoit telle, lequel luy dit par plusieurs fois que telle estoit la volonté du Pape. Lors le duc luy dit qu'il trouvoit ceste resolution si estrange et contraire à son attente tl à l'occasion de sa venue , qu'il en demouroit tout confîis en son esprit, et qu'il luy semUoit que ce fussent Jeux d'enfans, n'ayant Jamais ooy dire que l'on deust fermer la bouche aux desvoyez de la religion desirans de se convertir en la recognoissance du Sainct Siège , et que cesie response pour tout certain mettroit au de-
sespoir beaucoup de personnes ; pour luy , qu'il souhaittoit de s'estre rompu une Jambe avant son partement de France, affin de n'estre reduict d'y porter une response si estrange , considérant le scandale cy-devant advenu en Allemagne et ailleurs pour les occasions que chacun sçavoit, et qu'il estoit contraint de luy dire que si Sa Saincteté vouloit imiter Jesus-Christ, duquel il estoit vicaire , il devroit plustost aller rechercher les âmes esgarées pour les ramener en l'Eglise de Dieu , que non pas de chasser au loing celles qui s'y presentoient. A quoy le cardinal luy respondit que Jesus-Ghrist n'estoit tenu d'aller rechercher les desvoyez , ains au contraire qu'il avoit voulu que l'on s'addressast à ses disciples pour les introduire à luy, comme les gentils firent À sainct André. A ce mot le due luy dit : t Monsieur , vous prenez sainct André pour sainct Philippes ; mais cest exemple-là est seul en l'Evangile. Au contraire il y en a plusieurs autres qui tesmoignent comme l'on s'est addressé tout droict à Jesus-Christ , voire que luy mesmes est allé chercher les pécheurs pour les acheminer à la vraye cognoissance de Dieu et de luy. Mais , puis que Sa Saincteté a pris ceste resolution , et qu'il y veut persister , Je n'ay que faire de la débattre d'avantage; mais seulement Je déplore la misère qui adviendra à nostre France par la rage des soldats qui est très-grande , et encores plus parmy ceux de la ligue que non pas parmy les royaux, t Le cardinal , en souzriant , dit au duc qu'il ne sçavoit qu'y faire. Ce que voyant le duc, il luy dit : Rions tous hardiment; car dans peu de Jours nous serons les premiers à gémir, et puis vous serez contraint d'en faire de mesme. » Le cardinal , s'excusant de tel acte , luy dit qu'il avoit prou de regret des maux qui adviendroient , mais qu'il desirerolt les pouvoir empescher. Le duc luy ayant demandé s'il avoit point charge de Sa Saincteté de luy déclarer les œuvres préparatoires qu'il entendoit que le Roy son maistre flst pour ioy donner espérance de le recevoir au giron de TËglIse de Dieu , comme aussi s'il iroit à la messe ou non, et quelle estoit son intention sur les expéditions de bulles, ledit sieur cardinal luy dit qu'il n'avoit aucune charge de Sa Saincteté de luy en dire aucune chose , par ce qu'il ne vouloit aucunement se sousmettre à donner conseil à Navarre , ains le laisser faire de luy mesme.
Le duc, voyant qu'il ne pouvoit pour lors avoir autre response, supplia ledit cardinal de rapporter au Pape ce qu'il luy avoit dit : ce qu'il promit de faire. Mais le duc ayant attendu Jusques au 9 de Janvier la response dudit sieur car*
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dinal , et n'en ayant receu aucune , il cognut bien qu'il n*en aurait point d'autre , et que l'on ne deairoit que Famuser , selon Tadvis apporté de Paris par le prélat Montorio, comme nous l'avons dit. Il envoya le sieur de Nivolon vers le maistre de la chambre du Pape pour supplier Sa Saincteté de trouver bon que le lundy II allast prendre congé de luy et luy baiser les pieds avec son fils et les gentilshommes qui s*en retournoient en France.
Le lundy matin , le maistre de la chambre du Pape ayant envoyé dire audit sieur duc qu'il allast trouver Sa Saincteté , le duc y fut , accompagné de son fils et des gentils-hommes qui estoient venus de France avec luy. Introduit, il dit à Sa Saincteté que son séjour à Borne ne luy pouvant plus donner espérance de rapporter meilleure expédition que celle qu'il avoit plu à Sa Saincteté de luy bailler , qu'il estoit résolu de s'en retourner en France rendre le devoir qu'il devoit à son Roy et à sa patrie, et partant qu'il estoit venu prendre congé de luy pour luy dire qu'il s'en allolt fort bien content de la gracieuse ftçon de laquelle il lui avoit pieu de traicter avec luy pour son regard particulier, mais très-mal content, voire avec un desespoir incroyable de la rigoureuse et severe résolution qu'il avoit faict sur ce qu'il avoit traicté avec luy touchant la conversion de son Boy , n'ayant voulu recevoir pour asseurances, ce qu'il avoit offert de signer de son propre sang, que son Boy effectueroit de tout son pouvoir les commandemens qu'il plairait à Sa Saincteté de luy donner pour pénitence de son péché , ny prendre pour la caution , qu'il luy avoit offert, son fils unique en ostage , pour le tenir prisonnier dans le chastean Sainct Ange; qu'il prevoyoit bien que eeste rigueur apporteroit de sinistres accidens et à la France et ailleurs , et qu'il eust plustost désiré d'estre mort en la grâce de Dieu, que de se voir réduit à un effect si contraire à son intention; mais, puis que son mal-heur l'y avoit acheiâiné, qu'il n'y pouvoit faire autre chose , sinon de le prendre en patience. Sa Saincteté luy respondit qu'il voudrait avoir occasion de faire mieux qn'il ne faisoit , et de mettre la paix en France avec Thonneur de Dieu, et que , s'il ne tenoit qu'à se faire coupper les bras et les Jambes , il le feroit très-volontiers , mais qu'il ne voyoit rien qui le deust induire à faire ce dont ledit duc l'avoit supplié, et quand il le verrait qu'il le feroit. Surquoy le duc luy dit qu'il pensoit luy avoir cy-devant dit assez de choses pour l'induire à accorder la très-humble supplication qu'il luy avoit faicte , mais , puisqu'il n'avoit voulu y avoir esgard, qu'il ne J'en im*
portuneroit davantage , et suppiioit senlemeiit Dieu qu'il luy plust de f inciter à prendre meiU leuro resolution qu'il n'avoit faict; qu'en s'en allant, il ne demeurerait à Rome ny ambassadeur, ny agent , ny secrétaire , qui pust parier un mot des affaires de la France, tellement qu'il voyoit que Sa Saincteté serait encores plus mal informé qu'il ne l'avoit esté par le passé, mesmes parle cardinal de Plaisance , du tout enneœy du Roj et des princes et seigneurs catholiques qui le suyvoient ; ce qui serait le vray moyen de maistenir tousjours Sa Saincteté en une haine et mauvaise opinion du Boy et de ses obeyssants sa- Jects , ainsi qu'il se pouvoit recognoistre par riatelligence grande et secrette entra ledit cardloal et le patriarche d'Alexandrie qui estoit nonce de Sa Saincteté en Espagne, lesquels estoient plustost ministres du roy Catholique que delo?, chacun d'eux s'entendantbien pour foire ksaN flaires de ce Boy , ainsi qu'il se pouvoit oognoistre par la copie de la lettre dudict patriardie addressante audit cardinal, en laquelle on voyeit la diligence que ledict patriarche faisoit poor pourchasser la ruyne de la France , à laquelle il employoit Tauthorité de Sa Saincteté, en disaot qu'il ne se pouvoit faire plus grande ponrsoitte envers le roy d'Espagne pour l'affaire de la France que ce que Vostre Saincteté faisoit : te que neantmoins le Boy son seigneur n'avoit voulu croire.
Sur les prapos qu'ils eurent touchant ceste lettra, le duc veriffla à Sa Saincteté que ieditcardinal de Plaisance mesmes aYoit escrit à Bone plusieurs choses qui s^estoient passées en France au contraire de la vérité ; pins, il le fit resaoavenir des lettres que ce lAesme cardinal avoit escrites à Sa Saincteté , l'ad vertissant qu'il faflloit excommunier messieurs les princes da sang et tous les catholiques qui servolent le Roy : cr que Sa Saincteté par sa prudence n'avoit vootii faire, luy ayant mandé au mois de may deroicf qu'il ne trouvoit bon ny l'un ny l'autre; plos^ que ledit cardinal de Plaisance avoit dedaré i Paris, au mois de Juillet dernier , que rintcatio& de Sa Saincteté estoit que M. de Guise fust esleu roy, et en avoit présenté un certain escrit qui! soustenoit venir de la part de Sadite Saincteté, alfin de violenter l'eslectlon qu'eussent vooia ûtire les dépotez de leur assemblée d'estats, suppliant le Pape de n'adjou&ter plus de foy À tout ce que ledit cardinal luy escrirait des alFairesde France.
Sa Saincteté ayant pris la copie de la susdite lettre que le patriarche d'Alexandrie escrivoK audit cardinal de Plaisance , il dit au duc qti1I la verrait et qu'il n'oublierdt de ftire tous bon»
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offices pour remédier aux affidresde la Franco , et que, s*il y eovoydt quelqu'un, 11 luy donnerait charge de parler à luy , Tasseurant qu'il avoit très-bonne intention de bien faire À la France ; plus , que s'il luy escri voit il Tauroit agréable et lui feroit response.
Ces propos achevez , le fils du due vint baiser les pieds de Sa Saincteté , pour se licencier , auquel le Pape donna une croix d'or avec quelques esmeraudes, dans laquelle estoient quelques reliques de la vraye croix, et aussi un chapellet quil luy mit au mesme instant au col : la valeur dudit présent estoit environ trois ou quatre cens escus , les reliques ostées. Après qae ledit prince fils eut baisé les pieds de Sa Saincteté , survindrent les autres gentils-hommes françois qui en firent de mesme , et après eux le duc les baisa pour rendre le dernier devoir de son voypge, et en ce faisant il print congé de Sa Saincteté.
Avant que le duc de Nevers partist de Rome, le Pape le fit visiter par messieurs les cardinaux ses nepveux , et aucuns mesmes ont tenu que M. Tevesque du Mans fut introduit pour parler en secret À Sa Saincteté. Toutesfois le duc s'en alla , fort mal satisfaict du Pape , le quinziesme dejanvier. IlrencontraM. le cardinal de Joyeuse et le baron de Senescey qui s'en ailoient À Rome de la part du duc de Mayenne et du party de Tunion. A leur rencontre les cérémonies de la cour furent oubliées de part et d'autre, les uns passans d'un costé du chemin, les autres de l'autre. Le doc alla à Florence , À Venize et à Mantouè , où il fût receu par tout fort magnifiquement, et de là il retourna en France. Quant au cardinal de Joyeuse , il eut audience le 24 de Janvier; mais ayant demandé secours au Pape , . tant d'hommes que d'argent, il eut pour response qu'il ne pouvoit de rien résoudre qu'il tt'eust eu l'advis du roy d*Espagne sur les expediens pour maintenir la religion catholique en France; pour l'argent, qu'il n'en pouvoit plus bailler à cause de la guerre des Turcs en Hongrie. C'est assez sur ce subject; retournons en France voir ce qui se passa au sacre du Roy.
Sa Majesté se désirant conformer aux louables eoostomes de plusieurs roys ses prédécesseurs , et suy vaut icelles estre sacré à Rheims, qui est la Tille où les roys de France ont de coustume d'estre oingts et sacrez , laquelle estoit lors possédée par ceux de Tunion qui persistoient en leur opiniastreté et rébellion, il fut informé qu1l pouvoit licitement , et non sans exemple de ses prédécesseurs, se faire sacrer ailleurs, n'estant précisément astrainct de recevoir lasaincte onction en Teglise de Rheims , ny par les mains de l'archevesque du lieu , pour les raisons à plein
déduites par Yvo , evcsque de Chartres , au sacre du roy Louys le Gros , faict à Orléans par l'archevesque de Sens, et sessuffragans, en l'an 1108. Il choisit sur toutes autres églises celle de Chartres pour la pecaliere dévotion que ses ancestres , ducs de Vendomois , comme diocésains et principaux paroissiens , y avoient tousjours porté, et de tout temps eu peculier archidiacre pour la direction spirituelle de leur pays , avec chappelle propre, service divin , et obits annuellement faicts en ladite église de Chartres à leur intention au lendemain des cinq festes de Mostre Dame.
Avant l'arrivée de Sa Majesté à Chartres on prépara en toute diligence cequi estoit nécessaire pour une si sacrée cérémonie.
Premièrement le chœur fut paré et tendu de très-riche tapisserie, et mise une chaise devant le grand autel pour l'evesque qui offlcieroit. Vis à vis de ladite chaise, environ neuf ou dix pieds en arrière, fut dressé un haut dais estevé de demy pied , et deux toises et demie en quarré , couvert de tapis de soye , et posée dessus une autre chaise très-riche , avec un dais et ciel de très-excellente broderie. Entre lesdites chaises estoit un apuy d*oratoire couvert d*un drap de toilie d'argent damassée à feuillages rouges , et deux carreaux de mesme, dont Tun, et le plus bas, estoit de longueur d'environ cinq quartiers, pour servir à Sa Majesté et à Tevesque officiant lors qu'il conviendroit se prosterner durant le chant de la letanie. Derrière la chaise préparée pour le Roy fut dressée une escabelle couverte de satin bleu semée de fleurs de lys d'or pour faire seoir celuy qui representeroit M. le connestable. Environ trois pieds plus arrière fut posée une autre escabelle parée comme la précédente pour M. le chancelier. Plus arrière, environ trois pieds , fut mise une selle couverte de mesme pour messieurs les grand-maistre , grand-chambellan et premier gentil-homme de la chambre qui dévoient seoir ensemble. A la dextre dudit autel fut préparée une grande forme couverte de tapis pour messieurs les pairs ecclésiastiques, et une autre derrière eux pour les prélats n'estans occupez au ministère du sacre. En mesme endroict estoit un autre banc, tant pour messieurs du conseil d'Estat , de robe longue, que pour messieurs les présidents et conseillers du parlement de Paris transféré pour les troubles à Tours , et qui estoient mandez par le Roy pour assister à eeste cérémonie. Le lieu de la grande chaise pontificale fut réservé pour messieurs les secrétaires d'Estat. Au costé senestre dudit autel fut aussi parée une longue selle pour messieurs les pairs laiz. Derrière eux en fut mise une autre pour
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messlea» les ambassadears ; outre oe un pavillon pour ouyr le Boy en confession auriculaire. Au mesme rang l'on dressa un banc pour les seigneurs qui seroient députez à recevoir la cou* ronne royale et desdiarger le Roy de son sceptre et main de Justice, tant à Toffrande qu'à la communion , ettoutesfois que requis seroit. Vers le jubé, derrière ledit banc, furent mis autres sièges pour messieurs les chevaliers du Sainct Esprit et autres seigneurs, tant des affaires que du conseil. Outre ce fureot dressez eschaffauts à Tentour du dedans du chœur avec quatre grands escaliers de bois pour y monter par dehors. Le plus prochain de la main desXre fut réservé pour les princesses, dames de la cour et damoiselles de leur suitte, ensemble pour les chevaliers de Tordre, capitaines, gentils-hommes de la chambre et gentils -hommes servants, et au mesme costé pour messieurs du grand conseil et des finances , et au costé senestre pour les notables personnes ausquelles seroit donnée entrée par les capitaines des gardes et maistres des cérémonies. Les galeries du chœur et de la nef ftarent délaissées à ceux qui y pourroient trouver place par la licence de ceux qui les avoient en garde.
Au pulpitre et jubé du chœur, au dessous du crucifix , fut dressé le throsne royal en la façon qui ensuit
Au milieu dudit pulpitre fut faite une plateforme de sept à huict pieds de long et de cinq de large, en laquelle on montoit audit pulpitre par quatre marches. Sur ceste plate-forme fut posée la chaise du Roy, en telle sorte que luy estant assis pouvoit estre veu depuis l'estomach en haut par ceux qui seroient au chœur, et depuis la, ceinture par ceux qui seroient en la nef de Teglise. Au dessus y avoit un dais de veloux violet semé de fleurs de lys d'or. Au devant ladicte chaise fut mis un appuy d'oratoire, au dessous duquel et sur le plan dudit pulpitre fut préparée une selle pour celuyqui representeroit le connestable. A la dextre, sur la seconde marche de ladicte plate-forme, fut pareillement dressé un siège pour M. le grand chambellan. A la senestre, sur la première et plus basse marche de ladicte plate-forme , en fut mis un autre pour M. le premier gentil-homme de la chambre. Au devant de la chaise préparée pour Sa Majesté, sur ledjct plan , fut à la dextre préparé le siège pour M. le chancelier, et à la senestre pour M. le grand-maistre. Contre Tappuy dudit pulpitre regardant la nef furent mis sièges pour messieurs les pairs ecclésiastiques à la dextre du Boy, et à la senestre pour messieurs les pairs laiz ; le tout paré de riche tapisserie. Et pour
monter audit throsne furent poM deiaos k chœur deux grands escaliers de bois à dotn et à senestre, avec barrières et appuis, oniei de tapis.
Au bout dUceluy fut dressé un autel de boii à la dextre du Roy pour y ouyr «ne mené hust pendant que la grande se dltoit, oà il devoit estre assisté de M. rarchevesque de Boarget son grand aumosnier, et autres ofltelen à ee n^ donnez.
Le 17 février le Roy arriva à Chartres nu faire entrée solemnelle , parée qu^il l'a? oit&icte jà au précèdent. Le lendemain il ooyt la mm dévotement en l'église de Nostre Dame, à rentrée de laquelle M. l'evesque de Chartres, Nicolas de Thou , assisté des chanoines de Uditi église, luy fit au nom du clergé la révérence, d très-humblement le remercia de ce qu'il Inypl&isoit honnorer ladite église de la solemnitédem sacre, avec instantes prières à Dieu qu'il anh blast Sa M^esté de ses sainctes benedietioes, luy offrant en toute humilité le service, obe^fssance et fidélité qu'ils reeognoissoient toos ds- I voir à Sa Majesté du très-exprès commandemeot de Dieu, comme à leur vray, unique soaveraia, et naturel prince et seigneur, ensemble la tm^ nuation des suffrages de TEglise pour sa tiè»noble prospérité et bon succès de ses krâabks desseins, conseils et entreprises. A quoySaMi* jesté respondit qu'il acceptoit leurs offres , et (eroit paroistre à'toutes occurrences que son aflcction et bien-vuêiilance naturelle n'estolt mmiidn à leur endroict que celle de ses predecesseors, en se comportant comme requerroit leur devoir et profession.
Plusieurs grands prélats et eeclesiastiqQes mandez pour assister à ce sacre se rendirent ai ce temps là à Chartres, comme aussi fireot messieurs les princes du sang, plusieurs ducsetpùn de France, les officiers de la eonronne, et ffvsà nombre de noblesse de tous les endroits de la France.
Le Roy ayant mandé à Tours à ee que Vos amenast à Chartres la saincte ampoullede Saioct Martin , conservée dans l'abbaye de Mannoestier près Tours [laquelle précieuse relique a este comme miraculeusement préservée de la fane des huguenots en l'an 1562 , qui bruslereat en ceste ville là grande quantité de sainctes reliques, et en fondirent l'or et l'argent où ils estoieol enchâssez], au mandement du Roy les rdigieai de Marmoustier apportèrent ceste saincte reiiqix en Teglise archiépiscopale de Sainct Gatian, ai devant de laquelle les chanoines allèrent proce» sionnellement Jusques au faubourg Sainct Symphorien. Le lendemain , qui esUiit un dimanche.
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il se fit QBe procession générale où ceste saincte ampoulle lut portée par on desdits religieux de llarmoustier. En ceste procession il se fit beaucoup de cérémonies, et messieurs du parlement y assistèrent aussi tous en robes rouges.
M. de Souvray, gouverneur de Touraine, qui avoit commandement de la conduire avec aucuns religieux députez pour porter ceste saincte relique, s'acheminèrent dez le lendemain vers Ciiartres, distant de trente et une lieues de Tours, là où il arrivèrent le 19 février, sur les deux heures après midy . Le clergé de Chartres fut processionnellement au devant de ceste saincte ampoulle jusques à la porte des Espars, et de là fut teveremment conduitte et posée au royal monastère de Sainct Pierre en Vallée , en grande eq'ouyssance du peuple, qui ferma ses boutiques et tendit les rues sur les advenues du chemin.
La veille du dimanche , 27 février, Jour destiné pour le sacre, le Boy alla ouyr une prédication sur la divine Institution du sacre et onction des roys de France que fit messire René Benoist, curé de Sainct Eustache de Paris, et nommé par Sa Majesté à Tevesché de Troyes pour sa vie exemplaire et savoir excellent, et assista aussi à la messe et à vespres.
Sur les huict heures du soir il y retourna pour £Aire ses dévotions particulières et auriculairement se confesser audit sieur Benoist, duquel ayant, à genoux et en toute humilité, receu Tabsolution sacramentalle en la forme de rEglise,se retira en Thostel episcopal jusques au lendemain matin qu'il fut sacré, couronné, et mis en la réelle possession de son royaume, ainsi qu'ensuit.
Dès six heures du matin le Boy à ceste fin depescha M. le comte de Lausun, fils aisué de M. le comte de Lausun , de la maison de Gaumort; M. le comte de Dinan, second fils de M. de Pienne , duc d'Haliuin; M. le comte de Chevemy, fils aisnéde messire PhilippesHuraut, comte de Cheverny, chancelier de France; M. le baron de Termes firere puisné de M. de Bellegarde, grand escuyer de France ; lesquels quatre seigneurs et barons partirent à l'instant du logis du Roy avec leurs escuyers et gentils-hommes portans chacun devant son maistre sa bannière peinte et desseignée de ses armes et couleurs.
Pour monter le religieux de Marmoustier, frère Matthieu Giron, secretainde ladite abbaye, qui devoit apporter la saincte ampoulle, fut mené une haquenée blanche avec un poile de damas blanc à fleur d'or, soustenu par quatre religieux revestus d'aubes, tant en allant que retournant.
Avant que s'acheminer le Roy fit obliger, devant notaires, lesdits barons de conduire et reconduire de bonne foy ladite saincte ampoulle à Sainct Pierre , ledit sacre achevé. Le président et lieutenant gênerai du bailliage et siège presldial de Chartres, avec les eschevins et bourgeois à ce députez, portans chacun une torche de cire blanche aux armoiries du Boy et de ladite ville, assistèrent aussi à la conduite de ladite saincte ampoulle, et les rues furent tendues decentement depuis ladite abbaye jusques à la principale et royale porte de l'église Nostre Dame , où , tost après le parlement desdits barons, arriva M. l'evesque de Chartres, auquel competoit de représenter la personne de Tarchevesque de Bheims, premier des pairs de France, et faire Tofficedu sacre en son église , assisté de plusieurs chanoines. Après qu'il eut faict ses prières au (Rêvant du maistre autel , il luy fut baillé une estole, chape de drap d'or, sa mitre et croce , et aux susdits chanoines chapes et tuniques de drap d'or , selon le ministère auquel ils estoient députez.
En attendant la venue de messieurs les pairs, ledit evesque s'assid en la chaise a luy préparée au devant dudit autel , estans lesdits chanoines autour de luy en décence et ordre convenable.
Quelque temps après y vindrent , en habits pontificaux, messlres Philippe du Bec, Henry Maignan, Henry Descoubleau, Claude de L'Aubespine, et Charles Miron, evesques de Nantes, Digne, Maillezais, Orléans et Angers, subrogez au lieu des evesques de Laon, Langres, Beauvais, Chaaions et Noyon, pairs ecclésiastiques, les uns desquels estoient absens, ou mal disposez, ou morts.
Au mesme instant partirent du logis du Boy messieurs les prince de Conty , comte de Soissons , duc de Montpensier , et le sieur de Luxembourg, duc de Piney, avec messieurs les ducs de Bais et de Yantadour, députez par Sa Majesté pour respectivement tenir les lieux des dues de Bourgongne, Normandie , Acqultaine , et comtes de Thoulose , Flandres et Charopalgoe.
Ils estoient tous vestus de tuniques de toille d'argent longues jusques à my -jambe, et par dessus de manteaux et epitoges de serge drappée , teincte en escarlatte violette , avec collets ronds et renversez , fourrez d'hermines mouchetez , la teste nuê et excellement enrichie , sçavoir les ducs de chapeaux d'or, et les comtes de cercles aussi d'or.
Les manteaux des uns et des autres estoient ouverts et fendus sur Tespaule droicte , et esmouchez sur l'ouverture de boutons et agraphes d'exquises pierreries, avec quelque différent
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quant à Tenrichissement de ceox des ducs et ceux des comtes.
Après avoir faict leurs prières et s'estre mutuêllemeut saluez, ils conférèrent ensemble avec Tevesque de Chartres afln de déléguer deux d'entr'eux qui iroient quérir le Roy en son logis et Tameneroient en Teglise pour y estre sacré. Et parce que rancienne coustnme observée es sacres des rois de France est de commettre à ce faire les evesques de Laon et de Beauvais , et que Tun estoit absent et l'autre decedé , ils députèrent les evesques de Nantes et de Maillezais qui les representoient en cet acte; et à Tinstant ils partirent pour y aller, vestus de leurs babits pontificaux, portans reliques des saincts en leur col. Les chanoines habituez et enfans de chœur mardierent au devant d'eux processionnellement avec deux croix , chandeiiiers , encensiers et benoistiers.
Tous entrèrent en la première chambre en laquelle estoit un llct richement paré, et sur iceluy le Roy couché , vestu d'une chemise de toille de Hollande , fendue devant et derrière pour recevoir la saincte onction, et par dessus sa camisolle de satin cramoisi fendue aussi devant et derrière pour mesme cause, et pareillement d'une robbe longue en façon de robbe de nuict.
Lesdits evesques ayans apperceu le Roy, celuy de Nantes dit une oraison en latin, laquelle finie, lesdits evesques, baissans leurs mains, sousleverent ledit seigneur Roy de dessus son llct , Tun par le costé dextre , et l'autre par le senestre , avec toute exhibition d*honneur comme à leur prince souverain représentant en terre la divine M^festé et souveraine puissance, puis le menèrent en chantant processionnellement Jusques à la porte royale de l'église.
Premièrement marchoit le sieur de Saincte Suraine faisant aller les archers du grand prevost de rhostel du Roy, puis le clergé ayant accompagné lesdits deux prélats , les Suysses de la garde , les trompettes , les heraults , les chevaliers du Sainct Esprit , les huissiers de la chambre du Roy avec leurs masses, les archers des gardes, les Escossois près de la personne du Roy. Au de* vaut de Sa Majesté marchoit M. le maréchal de Matignon au lieu de M. le connestable, l'espée nue au poing , et revestu de tunique , manteau , et cercle sur la teste en la manière des pairs comtes laiz. Après alloit seul messire Phllippes Hurault, chancelller de France, vestu de son manteau et epitoge d'escarlatte rouge , rebrassé et fourré d'hermines , deux limbes de mesme couvertes de passement d'or sur chacune espaule, et le mortier de drap d*or en la teste; puis M. le comte de Sainct Pot ; tenant le lieu de
grand maistre et ayant le bastou drold ea la main; à sa dextre estoit M. le doc de Longueville , grand chambellan de France; à sa senestre M. de Bellegarde, grand escoyer, tenant son lieu de premier gentil -homme de la ehambre. Ces trois seigneurs estolent vestus detaimpo | et manteaux comme les pairs lalz; mais M. de Longueville avolt en la teste un chapean ducal comme un duc pair , et les autres deux des cercles comme les comtes pairs , et deux limbes sur leurs manteaux.
Si tost que le Roy fut arrivé à la porte rojaie de l'église , le clergé s'arresta , et Vevesqoe de Maillezais dict une oraison ; puis Sa Majesté entra en l'église , où les chanoines marchans au d^ vaut chantèrent à faux bourdon le psalme }0, commençant : Domine , in virtuie iuâ laMtur Rex.
Le Roy, estant approché du grand autel, fol par lesdits evesques de Nantes et Maillezais présenté à celuy de Chartres préparé à faire l'office du sacre , lequel , en raccuelllant, dit plosinrs prières : le Roy de sa part en fit aussi pour obtenir de Dieu la grâce de gouverner ses sabjccti
Après que Sa M^^esté eut fait ses prières, ii offrit à Dieu sur ledit autel une chasse d'argent doré pour y mettre reliques de saincts, eo IIquelle depuis furent posées , par le chapitre de ladite église , aucunes de celles du Boy saiDct Louys , de la source duquel ledit sieur Boy est descendu. Ladite oblatlon faite , Il fut coodoit par les evesques de Nantes et MalUez^s eala chaise qui luy estoit préparée vis à vis de cdk de l'evesque de Chartres officiant.
Au costé droict de ladite chaise estoit le acv de Chasteau- Vieux , capitaine de la garde escossoise , et lesdits Escossois près la personne de St Majesté ; à gauche , le sieur de Pralin , capitaitf des gardes françoises. A deux pieds au denot du Roy, du costé droict, estoit le sieur de Qu- Vigny, capitaine de l'une des compagnies de cent gentils -hommes; au gauche, le sieur deBaabouillet, capitaine de l'autre compagnie. Ledits gentils -hommes estolent eonf usement près leurs capitaines. Derrière le Roy estoit ns M.k mareschal de Matignon ; M. le chanceilier estoit derrière luy : chacun d'eux assis sur une esobelle à part; et plus bas, en arrière, estoit ^ une selle lesdits sieurs grand-maistre, graodchambellan , et premier gentil - homme de la chambre.
Tierce dicte , l'evesque de Chartres , advertr de l'arrivée de la saincte ampoulle , alla à riastant pontiflcalement au devant, assisté des evesques de Nantes et Maillezais , avec les chanoioe et enfans de chœur de l'église ; mais, avant que
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les religieux de Marmouetler la délivrassent audit evesque, ils le firent estroitement obliger, en main de notaires , de la leur rendre le sacre parachevé : ce qu'il leur accorda en parole de prélat. A Tinstant des chanoines habituez et enfans de chœur de ladite église chantèrent une antiphooe, et ledit sieur evesque de Chartres dit une oraison, laquelle finie, il entra au chœur de Tegllse avec ceux qui l'assistoient , portant à descoavert la dicte saincte ampoulle , qu'il monstra an peuple, et posa en toute révérence sur le grand aotel. A la venue d'icelle le Roy se sousieva de sa chaise, et dévotement la venera ainsi que fit toQte Tassistance. Les barons qui l'avoient esté quérir entrèrent après dans ledit chœur, portans en main les pannonceaux de leurs armoiries , et s'assirent pour ouyr le divin service es chaises des chanoines au costé gauche.
Après cela ledit sieur evesques de Chartres , assisté de ceux de Nantes et Maillezais, fit la reqoeste suivante au Roy.
t Noos vous demandons que vous nous octroyez à chacun de nous , et aux églises desquelles nous avons la charge, les privilèges canoniques et droictes loix et justice , et que vous nous défendiez comme un roy en son royaume doit à tous les evesques et leurs églises. §
Aquoy le Roy respondit : « Je vous promets et octroyé que je vous conserveray en vos privilèges canoniques , comme aussi vos églises , et que je vous donneray de bonnes loix , et feray justice , et vous defendray , aydant Dieu par sa grâce, selon mon pouvoir, ainsi qu*un roy en son royaume doit foire par droict et raison à Vendroict des evesques et de leurs églises. §
Après ceste response les evesques de Nantes et Maillezais sousieverent Sa Majesté de sa chaise, et estant debout demandèrent aux assistans s'ils l'aceeptoient pour roy, non que cesteacceptation se prenne pour eslection , ayant le royaume de France esté tousjours héréditaire et successif au pins prochain masie, mais pour déclaration de la snbmission, obeyssance et fidélité quMls doivent commeèleur souverain seigneur, de Texpresse ordonnance de Dieu.
Ayant esté , par Tunanime consentement de tons les ordres, recogneu pour leur prince légitime , l'evesque de Chartres luy présenta le serment du royaume [qui est lesainct et sacré lien des loix fondamentales de TEstat], lequel il presta publiquement en ces mesmes mots, avec invocation de Taide divin, ses mains mises sur TEvangile qu'il baisa reveremment :
« Je promets, au nom de Jesus-Christ , ces choses aux chrestiens & moi sujbjects. Première-
ment, je mettray peine que le peuple chrestien vive paisiblement avec l'Eglise de Dieu. Outre, je tascheray faire qu'en toutes vocations cessent rapines et toutes iniquitez. Outre, je commanderay qu'en tous jugemens l'équité et miséricorde ayent lieu, à celle fin que Dieu, clément et miséricordieux, face miséricorde à moy et à vous. Outre, je tascheray , à mon pouvoir , en bonne foy , de chasser de ma jurisdiction et terres de ma subjection tous hérétiques dénoncez par l'Eglise, promettant par serment de garder tout oe qu'a esté dict. Ainsi Dieu m'ayde et ces saincts Evangiles de Dieu. »
Comme les princes, magistrats et personnes publiques exerçans leurs charges et estais usent de certains habits differens des autres pour se reudre plus augustes et vénérables au peuple , ainsi furent mis sur l'autel ceux desquels le Roy se devoit parer en son sacre, sçavoir la couronne impériale close, lamoyenne,lesceptre royal, la main de justice, la camisole, les sandals, les espérons, l'espée, la tunique, la dalmatique, le manteau royal et plusieurs autres , refidcts de nouvel au iieu de ceux qui avoient esté religieusement gardez, dez le temps du roy Clovis, au thresor de l'abbaye de Sainct Denis en France, à l'usage du sacre de ses très-chrestiens ancestres, et depuis les presens troubles honteusement brisez, fondus, butinez, dissipez, et partagez avec tous les ornemens et marques de la dignité royale [dont la seule mémoire fait hérisser les cheveux de ceux qui y pensent].
Les evesques de Nantes et Maillezais ayant conduit le Roy à Tantel, le sieur de Belle-garde , premier gentlNhomme de sa chambre , le devestit de sa petite robe de toille d'argent à manches. Et est ant en sa camisolede satin, et Te vesque de Chartres ayant faict les benedictionset prières accoustumées, M. de Longueville, grand chambellan de France , lui chaussa ses butines , et M. le prince de Conty, tenant le lieu du duc de Bourgongne, doyen des pairs laiz , luy mit les espérons, et à Tinstant les luy osta.
Après cela ledit sieur evesque de Chartres bénit l'espée royale estant au fourreau. La bénédiction faicte, il la ceignit au Roy , et incontinent la luy deceignit, et tira du fourreau qu'il laissa sur l'autel , et baisa en disant plusieurs prières cependant que le chœur chantoit quelques antiphones.
Le Roy ayant receu lespée la baisa et offrit à rautel,sur lequel elle fut mise en tesmoigoage de son zèle et affection en la deffense de l'Eglise. Après qu'il eut offert son espée à l'autel , l*evesqoe de Chartres la luy rendit et remit en sa main : à l'instant Sa Majesté la reprit reverem-
ses
CHBONOtOOIB NOVfiNAIBB D« PkLUk CAT1T.[1594]
ment à genoux, et bailla à porter an devant de Iny àM. le mareschal de Matignon, qui tenoit le lieu de connestable, lequel la porta allègrement en tous les actes du sacre. Ce que dessus faict, Tevesque de Chartres retourna versTautel pour y préparer la sacrée onction en la forme ensuivant.
Il tira de ladicte ampoulle, par une esguille d'or, un peu de liqueur de la grosseur d'un poix, et la mesia du doigt avec le sainct chresme préparé à ceste fin. Durant que la susdicte mixtion se faisoit, on chanta plusieurs antiphones , versets et oraisons.
Ladicte onction préparée, les attaches des vestemens du Roy furent defermez devant et derrière par lesdits evesques de Chartres, Nantes et Maillezais , puis Sa Majesté se prosterna devant Tappuy de son oratoire, etl'evesque de Chartres quant et hiy , pour requérir Tassistance de la grâce de Dieu pour la conservation de la France. Cependant les evesques de Nantes et Maillesais commencèrent à chanter la letanie que l'on a de coustame chanter en telle cérémonie, et le chœur leur respondoit.
La letanie finie , l'evesque de Chartres se dressa debout pour dire sur le Roy, demeuré encor prosterné en terre, plusieurs suffrages et oraisons y lesquelles dites, ledit sieur evesque s'assid comme en la consécration d'un evesque , et , avant qu'oindre le Roy , fit encor plusieurs prières sur luy, après lesquelles, tenant en main Tassiette sur laquelle estoit ladicte sacrée onction, commença du poulcedroict à oindre et sacrer le Roy en sept parties , sçavoir : premièrement , au sommet de la teste ; secondement, surFestomach après que sa camisole et chemise luy furent avalées ; tiercement , entre les deux espaules ; quartement, enTespaule droicte ; à la cinquiesme fols en Tespaule senestre ; à la sixiesme au ply et Joincture du brasdextre ; en la-septiesme celle du bras gauche.
Les roys de France ont ce spécieux privilège d'estre oingts non seulement du.sainct hnille en l'espaule et au bras, mais de la céleste liqueur es susdicles parties, à ce que, fortifiez de la divine assistance, ils exécutent sérieusement ce qui est de leur charge, tant Dieu leur a faict de démonstration de ses grâces et faveurs , soit en ladicte liqueur transmise du ciel pour le baptesme et sacre de Clovis , premier roy spirituellement régénéré en la France, octroy des fleurs de lys tant célébrées en la Saincte Escriture, préséance avant tous monarques , et Infinies autres prérogatives et grades : outre la miraculeuse guarison des escroueiles, et la conservation de TEstat par si longue durée et suitte d'années ,qu'il semble
les avoir voulu eslever en ^oire et honaeiir pir dessus tous leurs semblables.
Les consécrations et oraisons flDiM,reveaqtt de Chartres ferma, avec les evesques de Mastei et Maillezais, lès fentes de la chemise , camisole et vestement du Roy, pour la révérence desdictn sacrées onctions. Puis M. de Longueville , grand chambellan de France, bailla au Roy àrimtant les trois habillemens accoustomes estre mil a tel acte sur sa camisole, sçavoir : la tonlipe, r* présentant le sous-diacre, la dalmatique , rtpnsentant le diacre , et le manteau royal , repre* sentant la chasuble du prestre : la main dàtit estoit à délivre vers l'ouverture duditmanteM, eteslevé sur la main senestre.
Outre l'onction faicte es susdites parties, k Roy fut encor oingt dudit huile es palmes de» deux mains par ledict evesque de Charties. Ladite onction faicte , le Roy ayant les malDS joincto devant sa poitrine, l'evesque de Chartres loj bailla des gands déliez , à ce qu'il ne toochast rien à nud pour la révérence de la sacrée onctiOD. En les luy baillant il les benlt , et amusa d'm beniste, disant plusieurs prières. Puis, raoïien royal estant aussi beny [duquel le Roy esponoH son royaume] par ledict evesque , il le mit» quatriesme doigt de la main dextre de Sa H^ Jesté, et dit aussi les prières accoustomées estre dittes en telle cérémonie.
Le Roy ayant oest anneau, l'evesque de Cfa8^ très prit sur l'autel le sceptre , et luy mit a la main dextre pour marque de sa souveraine pini> sance. En le luy baillant il dit plusieurs paroki et prières, lesquelles finies, il luy mit en lamiia senestre la verge de justice , ayant desms us maio d'ivoire. En la luy baillant il ditaossiine prière. Ce que faict, messire Hurault, eomtede Che vemy et chancellier de France, se mit tonbt Tautei le visage tourné vers le Roy , et à haoti voix appella les pairs selon leur di^téetordic: les lalz les premiers , et puis les eccleslastiqiKs, ainsi que s'ensuit :
i Monsieur le prince de Conty,quiservespûtf le duc de Rourgongne, présentez vous à cest actr*
» Monsieur le comte de Soissons , qui aervei pour le duc de Normandie, présentez vous.
• Monsieur le duc de Montpensier, qui aerni pour le duc d'Acquitaine, présentez vous.
i Monsieur le duc de Luzemboorg, doe de Piney , qui servez pour le comte de ThoakwK. présentez vous.
i Monsieur le duc de Ralz, qui serves povle comte de Flandres, présentes vous.
» Monsieur le duc de Vantadoor, qui serrei pour le comte de Champagne, présentes vs».
CHIOHOLOGH NOYSHilM Bl PALMA CATBT. [1504]
• Monsieur l'eresqae de Nantes, qtd servez pour l*evesque due de Laon, présentez vous.
» Monsieur Tevesque de Digne , qni servez ponr Tevesqne doc de Langres, présentez vons.
i Monsieur l*evesqne de Mailiezais, qui servez pour l'evesque comte de Beauvais, présentez vous.
i Monsieur i'evesque d'Orléans, qui servez au lieu de l'evesque cmnte de Chaalons , présentez vous.
» Monsieur l'evesqoe d'Angers, qui servez au lieu de Tevesque comte de Noyon, présentez vous. »
Ladicte convocation ainsi faiete , ledict evesquede Chartres print sur Tautel la grande couronne close, et la sousleva seul À deux mains sur le chef du Bôy sans le toucher , et incontinent tous lesdiets pairs y mirent les mains pour la soustenir, et lors l'evesque de Chartres, la tenant en la main senestre, la bénit.
Après la bénédiction ledit evesqueseul mit et assit la couronne sur le chef du Boy. Les pairs y mirent tous les mains. Ledit evesque en le couronnant, tenant toosjours la couronne de la main senestre, dit encor plusieurs prières bénissant le Boy, lesquelles achevées, ledict eves* que le prit par la manche du bras dextre, et, en la compagnie de tous les pairs, mettans autant qu'ils poovoient les mains à sa couronne, le conduit depuis le grand autel, par le chœur de Feglise, Jusques audit throne préparé au jubé d*icelle.
En allant, le Boy tenoit tousfours en ses mains le sceptre et verge de Justice avec un grave port très-seant à Sa Mi^esté. Au devant marchoit M. le mareschal de Matignon, Tespée royale nuë en la main : M. le chancelier le sui- Toit; après, M. le grand-maistre, à la dextre duquel estoit M. le grand chambellan , et à la senestre M. le premier gentilhomme de la chambre. La queue du manteau royal estoit portée par M. de Sainct Luc.
Au bas de l'escalier, à main droicte, estoit H. le comte de Mautevrier, capitaine des Suisses de la garde, et les hérauts teste nuê avec leurs cottes d'armes, de marché en marche desdits escaliers. Sur le haut de Tescalier droict estoit le sieur de Bhodes, à l'autre escalier gauche le sieur de Surenne, avec leurs bastons.
Estans tous arrivez audict throsne et hault siège préparé au pulf^tre, le Boy tourna le dos
(I) Arrétei-Toat, et coiiier?ez désormais ce rang que josqu'ici TOUS aTei tena de vos aïeux , et qui tous est délégué en Tertu de Totrc droit héréditaire , par l'autorité de Dieu tout puissant , par nous , par tons les éTèqnet de votre royaume, et par lei antres terTiteurs de Dieu. En
contre la nef, et l'evesque de Chartres le tenant touitjours, Iny dit : Sta , et rétine à mode statum, quem hue usque patenta succes$ione te^ nuisti, hereditario jure tibi delegatum per aU' thoritatem Dei omnipotentis , et per présentent traditionem nostram, omnium scilicet episcoporum, cœterorumque Dei servorum. Etquanto clerum propinquiorem sacris altaribus prospi-eis^ ianto ei potiorem in locis congruentibus honorem impendere meminerts, quatenùs média* (or Dei et hominum te mediatorem cœti et plebis constituât (1).
Ledit evesque de Chartres, tenant le Boy par la main, le fit seoir, priant Dieu de le confirmer en sou throsne, rendre invincible et inexpugnable contre ceux qui injustement s'efforçoient de ravir la couronne qui luy estoit légitimement escheuë; puis dit une oraison, laquelle finie, ledit evesque fit au Boy très-humble révérence nué teste, et le baisa, disant à haute voix par trois diverses fois : Vive le Roy! A la dernière il adjousta : Vive éternellement le Roy!
Les pairs, tant ecclésiastiques que laiz, luy firent mesme révérence l'un après Tautre, et le baisèrent avec pareille acclamation, puis s'assi. rent es sièges à eux préparez, les ecclésiastiques à la dextre du Boy, et les laiz à la senestre.
Le peuple qui estoit dans la nef de Teglise , oyant l'eajouyssance des pairs , commença à crier à haute voix vive le Boy avec une telle allégresse, qu'on fut un long temps sans ouyr qu'une grande acclamation de peuple, qui fut suivie d'un son mélodieux de toutes sortes d'Instrumens de musique, avec clairons, hautbois, trompettes et tamliours. Les hérauts commencèrent lors à Jetter nombre de plusieurs pièces d*or et d'argent, tant de la monnoye courante qu'autres expressément fabriquées et marquées À l'effigie du Boy , avec la datte du Jour et année de son sacre et couronnement.
Pendant que l'on chantoit le cantique Te Deum, l'evesque de Chartres, revestu de décente chasuble, se présenta à l'autel, assisté de l'abbé de Saincte Geneviefve de Paris et du doyen de l'egiise de Chartres, cestui-cy ordonné pour dire l'epistre, et Tautre l'évangile, ensemble de six chanoines de ladite église pour luy ministrer en la célébration de la messe.
A la lecture de l'évangile le roy se sousleva pour y donner dévote et attentive audience. A ceste fin luy fut ostée la couronne royale de des-
coosidérant le clergé si près des saints autels , souTeoet- Tous de lui rendre tous les honneurs qui lui sont dus , puisque le médiateur entre Dieu et les hommes Tons constitue aujourd'hui médiateur entre le ciel et Totre peuple.
CHROnOLOGIB nOVBNAItK DB PALIfA CAYBT. [1594]
SUS son chef, et mise snr un carreau à VaccoudoSr du pulpitre par M. le prince de Conty, représentant le duc de Bourgongne.
Après ladite lecture ledit abbé de Saincte Geneviefve porta le texte à M. Tarchevesque de Bourges, lequel, avant que présenter ledlct texte, fit trois humbles révérences à Sa Majestés, sçavoir : Tune au pied de Teschaffaut du pulpitre, la seconde au milieu, et la troisiesme au plus haut d*iceluy , et en s'en approchant prit ledit texte des mains dudit abbé, et le présenta à baiser au Roy; ce faict, la rendit audit abbé pour le porter à baiser à Tevesque de Chartres officiant, et retourna au siège à Iny ordonné au jubé.
Le cantique de l'Offertoire dit, les hérauts d'armes et huissiers de la chambre montèrent au haut de reschaffàut pour aller au devant du Roy, se disposant devenir à l'offrande, et, luy ayant faict les révérences en tel cas accoustumez, descendirent incontinent.
Premièrement marchèrent lesdits hérauts et huissiers.
Puis le sieur de Sourdis, qui portoit le vin en un vaze d'or cizelé , le sieur de Souvré le pain d'argent sur un riche oreiller, le sieur d'Antragues le pain d'or sur un mesme oreiller, le sieur Descars la bourse sur pareil oreiller, laquelle estoit garnie de treize pièces d*or , chacune ayant d'un costé l'efûgle du Roy avec ceste inscription : Henricus quartus , Francorum et Navarrœ rex. M, D. XCIV; et en l'autre costé un Hercules, et en la circonférence la devise du Roy en ces termes : Invia virtuti nuUa est via.
Après eux M. le chancelier, puis M. le comte de Sainct Pol comme grand maistre , et M. le mareschal de Matignon représentant M. le connestable.
Le Roy les suivit, environné des pairs, tenant en sa main dextre le sceptre, et en sa senestre la main de justice.
Cependant que Sa Majesté alla à Toffrande, les sieurs grand chambellan et premier gentilhomme de la chambre demeurèrent au jubé comme pour garder ledit throsne et siège royal.
Le Roy estant arrivé à l'autel, les hérauts et huissiers, ensemble lesdits sieurs de Matignon, chancelier, et comte de Sainct Pol, se retirèrent des deux costez et firent place aux sieurs d'O et deRoquelaure, lesquels prindrent des mains du Roy, l'un le sceptre, et Tautre la main de justice, pour l'en descharger; lesdits sieurs, commis à porter les honneurs et presens, les mirent Tun après Tautre en la main du Roy qui les of- A*it à l'autel et bailla à Fevesque de Chartres officiant. L'offrande fiiite, le Roy reprit scm sceptre et main de justice, et s'en retourna en son
throsne, accompagné eomme dessus, lesdiaih très et le peuple eontinuans une grande aedamation de vive le Roy.
Ce faict la messe fut poursuivie leloQ rorilinairedujour, etfutadjoustéàlaseeretteqwlqQa oraisons, etunesolemnellebenedietkmavaBtqiK de dire le Pcus Domina, lequel dit, l'arcberoque de Bourges et grand ausmosnier de France, qui a voit donné le livre de l'Evangile à baiw au Roy, vint à l'autel recevoir la paix devotoment de l'evesque de Chartres en le baisaDtâii joue, et à l'instant il remonta au jubé et la fRsenta au Roy par le mesme baiser : oeqoe toai les pairs firent de leur part chacun en son ordre en signe de mutuelle union, accord et àt rite chrestienne.
La messe finie, les pairs ecdestastiqiies etttculiers, avec la compagnie estant au jubé, mtnerent le Roy à l'autel pour communier. kmH la communion il entra en un pavillon dresé ceste part à costé gauche pour se reoondlier ai ee ledit docteur Benolst, son premier conicfsnr; puis se présenta au devant dudit autel, où 11.1e prince de Conty luy leva sa grande eonroase pour la révérence de la saincte commimloD. U pairs laiz osterent aussi de leur part leur futment de teste pour mesme occasion.
Le Roy, ayant à genoux dit publiquemeatsi» confiieor, récent de l'evesque de Chartres Tab* solution en la forme de l'Eglise, et par ses maiBi communia en très grande humilité ao predcsi corps et sang de Jesus-ChrisI, sous les deox tsr peces de pain et vin.
Ladite communion faite, l'evesque de Cbvtrès luy remit sur la teste sa grande coqfodm royalle, et depuis en son lieu luy en remit ok plus légère et moyenne qu'il porta en retovnant àl'hostel episcopal, vestu de ses habits d ornemens royaux, en la mesme compagnie,»' dre et cérémonies qu'il estoit venu en Teflise pour y estra sacré.
La grande couronne y tàt portée dcTsat Sa Majesté sur un riche oreiller par M. le doc de Montbazon, le sceptre par le sieur d*0, la ffliii de justice par le sieur de Roqadaure, Tespét royale nuë par le mareschal de Matignon mr chant le plus près du Roy.
Le sacre parachevé, fut à rinslant ladite saincte ampoulle remenée par leadiets baransa ladite abbaye Sainct Pierre, et rendue ans religieux de Marmottstier pour la reporter en le* monastère; depuis furent les panooceanx dodits barons posez au chœur de ladite église de Chartres, en perpétuelle mémoire dudit sacre.
Le Roy, estant de retour, entra en sa chainbi* pour changer d'habits, laver ses mains et WU^
CnEONOLOOtB NOVSRAIBB DB PALUÀ CAYBT. [l&94]
sa chemise et gands à son grand anmosnier^ afin de les foire bmsler pour se servir des cendres an premier mecredy de quaresmeà l'usage ordonné par TEglise. Outre ce il commanda qne les habits royaux destinez au sacre fussent baillez en garde en la manière accoustumée aux religieux , abbé et couvent de Sainct Denis en France.
Sa Majesté, estant revestuê d*autres trèssomptueux habillemens, s'assit à table sur un haut daiz préparé en la salle episoopale ornée d'excellentes tapisseries, sous un grand daiz de singulière étoffe.
La table où il disna estoit de neuf pieds de longueur, un pied plus haut que celles des pairs, lesquelles furent dressées aux deux bouts de la sienne, estant A sa dextre, et au bout plus prochain de luy, Tevesque de Chartres, et consécutivement les autres pairs ecclésiastiques, en habits pontificaux et selon leur ordre.
A la gauche y avoit une autre table pour les pairs laiz revestus des habits portez au sacre.
Au dessous desdites tables estoit dressée une autre pour messieurs lesambassadeursestans lors à la sttitte du R oy, M . le chanceilier, officiers de la couronne, ceux qui avoient porté les honneurs, et autres seigneurs ayans accoustumé de seoir en telle assemblée.
Après que Tevesque de Chartres eut beny la table, selon Tancienne et loCiable coustnme des chrestiens , M. le comte de Sainct Pol servit de grand maistre, portant le baston haut, marchans devant luy les maistres d'hostel les bestons bas , le sieur de Rohan de panneller, le sieur comte de Sancerre d'eschançon , le sf eur comte de Torigini de tranchant; les gentilshommes de la chambre portèrent la viande. Chacun service fut accompagné du son des trompettes, clairons et haults-bois. Entre les services la musique chanta très-melodieosemenf . Tant que le disné dura M. le mareschal de Matignon fust tousjours debout au hault de la table du Roy, tenant en la main, sur un carreau de drap d'or, l'espée royale noè et droicte. La grande couronne aussi y f\kt mise sur un riche carreau, ensemble le sceptre et la main de Justice.
La nappe levée, ledit evesque de Chartres ayant dit grâces, le Roy, accompagné desdits pairs, tant ecclésiastiques que lafcs, ambassadeurs et susdits officiers de la couronne, se retira en sa chambre , le mareschal de Matignon portant devant luy l'espée royale nuê et droite. La grande couronne avec le sceptre et main de Jostice y furent pareillement portez parles sieurs à ce députez ; puis le Roy, estant retiré en sa chambre, les licentia tous, et leur permit de I