I. c. n. N. T. lit
s'aller rafraischir, et demeura pour le feste du jour ensonhostel.
Au soir le Roy, en esjouyssance de ce qui s'estoit passé à ce Jour, festoya somptueusement les dames cy-après dénommées.
A sa table s'assid Madame, sa sœur, soubs un mesme daiz. Entre Sa Majesté et elle y avoit quelque peu de distance.
A la main droicte seoit madame la princesse de Coudé avec madame la duchesse de Ni vemois.
A la main senestre, au dessous de Madame, estoit madame la princesse de Conty avec mesdames de Rohan et de Rets.
M. le comte de Soissons y fit son estât de grand-maistre, et devant luy marchoient les hérauts et maistres d'hostel. La serviette pour laver les mains au Roy fut présentée audit sieur comte par le sieur de Gouais du Tillet comme plus ancien des maistres d'hostel servans, lequel la présenta à Madame, sœur du Roy , Jà assise, qui se leva de sou siège pour la donner à Sa Majesté.
M. leprincede Conty servit de grand panetier et porta le premier plat, M. de Longue ville servit de grand eschançon, M. de Rohan de tranchant.
A madite dame,- sœur du Roy, servit de panetier M. le comte de Maulevrier, M. de Mirepoix d'eschançon, M. le comte du Ludede trenchant.
A chacun service sonnèrent les trompettes, clairons et tambours en signe d'allégresse et Joye publique. Le souper finy, furent grâces dictes en musique, après lesquelles le Roy se retira en sa chambre, suivy de Madame, sa sœur, des princes, princesses, et autres seigneurs et dames qui avoient assisté au souper.
Quelque temps après chacun se retira en son logis.
Le Roy, voulant , suivant les statuts de l'or* dre du Sainct Esprit, recevoir au lendemain de son sacre le collier dudit ordre par les mains dudit evesque de Chartres qui l'avoit sacré , vint pour ce faire en ce Jour à trois heures de relevée en l'église de Chartres pour ouyr les vesprès du Sainct Esprit, assisté des officfers, pre<> lats, commandeurs et chevaliers dudit ordre, vestos de leurs grands manteaux, et ayans leurs grands colliers au col, et y fuirent les cérémonies à ce requises par lesdits statuts exactement observées.
Ledit evesque pontifia, et la chapelle du Roy y chanta au letrain les psalmes en musique. Au chant du cantique Magnificat ledict evesque, ayant baisé et encensé le maistre autel, porta rencens à Sa Mi^esté en son siège de parade à la première chaise du chœur à costé droict. Après l'oraison du Sainct Esprit, et la bénédiction solemnelle impartie à l'assistance par ledit
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CHRONOLOGIE NOTENAIRB DE PALICÂ CAYET. [1694]
evesque, le Roy, entre vespres et compiles, Tint vers ledit autel pour prester le serment dudit ordre, comme chef et souverain grand maistre d'iceluy. Ce qu'ayant faict et Juré, entre les ipains dudit evesque, sur le texte du sainct Evangile que tenoit messire Philippes Hurault, comte de Gheverny, chancellier de France et dudict ordre, il le signa ainsi qu'ensuit :
« Nous Henry, roy de France et de Navarre, jurons et vouons solemneliement, en vos mains, i Dieu le créateur de vivre et mourir en la saincte foy et religion catholique, apostolique et romain^e, comme à un bon roy très-chrestien appartient, et plustost mourir que d*y faillir; de maintenir à Jamais Tordre du benoist Sainct Esprit, sans Jamais le laisser déchoir, amoindrir ny diminuer tant qu'il sera en nostre pouvoir ; observer les statuts et ordonnances dudit ordre entièrement, selon leur forme et teneur, et les faire exactement observer par tous ceux qui sont et seront cy après receus audit ordre, et par exprès ne contrevenir jamais, ny dispenser ou essayer changer ou innover les statuts irrévocables d'iceluy : ainsi le Jurons , vouons et promettons sur la saincte vraye croix et le sainct Evangilie touchez. •
Ledit sermeut preste comme dessus, le sieur de Rhodes vestit le Roy du grand manteau dudict ordre, et ledit evesque luy l^ailla ledit collier en faisant le signe de la croix, au nom du Père, du Fils et du Sainct Esprit.
. Le sieur de Beaulieu Ruzé, grand thresorier dudit ordre, mit es mains dudit evesque une croix pour pendre au col à un ruben de soye de couleur bleue céleste , avec un chappellet d'an dizain pour présenter au Roy , qui les récent et bailla en garde au sieur de Roquelaure.
Le Roy s'en revint après en sa chaise, où lesdicts prélats, commandeurs , chevaliers et officiers dudit ordre luy allèrent baiser les mains.
Compiles achevées , Sa Majesté s'en retourna à l'hostel episcopal en la mesme pompe et suitte qu'il estoit venu a Teglise.
Voilà comme le Roy récent le collier de l'ordre du Sainct Esprit , et comme il fut sacré et couronné. Ces cérémonies, divulguées par toute la France , et sceuës dans les villes du party de l'union, augmentèrent fort le courage à ceux que l'on y appelloit politiques ou royaux de hazarder leurs vies pour se délivrer du joug des Espagnols , et de ceux qui demeuroient encor opiniastrcs et rebelles de ne vouloir recognoistre Sa Majesté : les réductions de tant de grandes villes qui advindrent ez mois de mars, avril , may et juin , en sont de véritables preuves.
Le duc de Mayenne , qui estoit dans Paris ,
voyant Orléans renda an Roy , et içichant (pi Rouen composoit pour faire le mesme, et qa'U n'estoit goeres aymé des Seize y quelque semblant qu'il iist de se conformer à la volonté d« roy d'Espagne, préjugeant que la demeureàui ceste ville ne luy estoit pas trop sente , se reiolut de se retirer à Soissons. Dans une sieoae let: tre il dit que beaucoup dans Paris se disposoient encor de souffrir pour quelque tepips , les uni sous espérance de paix [ qui estoi^it , tant lo politique que ceux qui , affectionnez et ayaoi receu des courtoisies dudit duc, le desiroieot voir reconcilié avec le Roy ] , les autres sur l'attente des grandes, forces qu'op leur promettoit [(fÀ estoient les Seize , du tout partizans de l'Espagnol], mais que.ces deux moyens venant à ouaquer , comme ils avolent fiaict , il n'y avait plos que les fers et les chaisnes qui les eussent pea retenir comme forçats , rien ne les pouvant cx«t server qu'une grande et forte garnison , ou bien un exil volontaire ou forcé de la pluspart dci habitans qu'on eust faict sortir ; que , s'il toA usé de cette \oye à l'eodroîct de plusieurs Parisiens qui avolent tant bien mérité du party de l'union, c'eust esté donner une frayeur aoi ao: très grandes villes qui estoient en la main des peuples, et advis de penser à leur salut pour se gareutir de pareils inconvenleos.
Or la retraitte de M. de Mayenne avee si femme et son fils aisné à poissons fut jugée estrt très-oecessaireparmy ceux de l'union pour aller joindre le comte Charles de Mansfeldt qui avait rassemblé son armée sur les frontières de Pica^ die et de Tierasche « afin qu'au printemps de ceste année , leurs forces Joinctes et ramassées ensemble, ils pussent faire un corps d'armée soffîsant pour maintenir les villes de leur party en leur subjection , empescher le Roy d'y rien entreprendre , et faire la paix , suyvant les oectsionsqui s'en presenteroient, à leur advaotage* Pour Texecution de ce dessein , ledit sieur doc, ayant osté le sieur de Relin du gouvernement di Paris , et mis le comte de Rrissac pour gourer neur par Tadvis des noinistres d'Espagne , il iay bailla plusieurs blancs signez pour luy servir de lettres quand besoin seroit , afin de (aire sortir de Paris les habitans qu'il Jugeroit estremai-atfectionnez , et qui voudroîeot entreprendre ea la faveur du Roy* Les politiques dans Paris,» voyans un tel gouverneur , furent presque bon d'espérance de pouvoir faire venir à effect iear si long dessein de remettre cest^ ville capitale du royaume en l'obeyssance du Roy»
Nous avons dit aux livres précédents qo'aat conférences qu'ils eurent avec les Seize ils oe parloient que de demeurer en l*unloo de la >iU<
CHBONOLOOIB MOYBNAIBE
aùQs roborasance diç M. de Mayenne, de la cour depctrlement, du gouverpenr et des inagistrats, et reprochoieat aux Sei^e de a'estre Joints avec rEsp^gnol ; or ils ayoientpractiquésibieaceste maxime d'empescher que nul des- Seize ne par- Tiostplus aux charges .de la Maison de Ville , gqCi des prevost des iparçbands et quatre esche* vio8, il n'y eut qu'un .escbevin gui oe fust dç leur coDsenten^nt pour rome^tre cesteviliç en l'obeyssapce du.Boy ^ bien.qu!i| neleurestoif pas beaucoup contraire. Aussi plusieurs ont tenu gue Je^duq de Mayeppe favorisait les brigues qu'ilçfaisoient poujr.e^itre ^leus,et aggreoit )($pr élection ep leur faisant pacticu|ierenxent obli^ ger leur foy de suivre çn tout sa volonté ; ce qui sepouvoit, disoient-ila,. aisenient Juger, par ia lettf e qu*il ayoit escrime depuis au ray d'Espftgoe, en ces termes : « L'Huillier fut cholsy prevost des marçhans pouc estre recogneu très-affectionné aq party. Il m'avoit pariicylierement obligé sa foy ; il a esté le dernier qui a çonsçnty à Teotreprise j etc. Mais quand on eust laissé ce/uy qni le precedpit en ça dignité [qui .estoit le président d*Qrcey ]„ comme toi)^ les catholiques [c^est à. dire lep^eize] le demapdoient , le choix n'eyst 1^1^ estéi meiljeor; car^ii a tj^empé plus avant, et contribué d'avantage, du si^upour bastir et exécuter Tentreprise de Paris,, que non pas l*Hui|lier. » On présuma que ce que ledit duc de Mayenne aggreoit ainsi Teslection des. politiques aux ctiargesde ia ville de JParis, estoit affin qae le duc de Puise^ les Espagnols Jes Seize, ou aucun autre du partide Tunion, ne s'enrendisseot maistres au préjudice, de son autjliorité : ce qui eust pa advenir fi les Seize eussent eu. les prmcjpalea chaires et le gouvernement de i'tiostel de Ville ;• car , estans du tout .enclins et affectionnez de s'aasu^jettir à la .domination de PEspagnolj il n'y eust point en de doubte qu'ils D'eussent debut^ ledict duc de May^^nne de son luthorité, ainsi qu'il, se peutayç^ent cognoisre par ce qni a:esté dit cy dessus.
Pour les pQJitiques [qui estpient ^s^ rneillei^res àmiJIes de Paris], lesqueU gquveruQient lors Hostel de la ville ^ ils s'opposoiept bien aux otreprises des Seize, des Espagnols et de leurs irnisons. Ils veilloient sur eux, afûn de n'estre ^subjectis^ttS leur tyrannie , et ne parloient à ouvert qua de maintenir rauthorité de M. de Mayenne. Idais ledit duc se doutoit bien que leur tentioo ^toi^ de remettre la .ville entre les ains du Roy i^ la pre^iierexMîcasion qui se pre- 1 riteroit :^ ce fut pourquoy il consentit y mettre rnison d'Espagnols, de ^eapolltains. Vallons, jsquenets e.t,Françob,^entrçtei^uë par FEspaol , affia de les empescher de rien entrepren-
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dre k, son préjudice, et de maintenir son aathorité dans ceste ville sous ces deux party/| , lesquels estoient comme les deux bassins des balances de Paris,, qui avoient tousjours eu pour la languette du milieu un gouverneur à la dévotion dudit sleuf duc de Mayenne ; mais la nece^iXé en laquelle ses affaires furent réduites lors le contraignit d'y en mettre un à la nominatioQ.des Espagnols, qui fut ledict sieur comte de Brissac ; toutesfois ce fut après qu*il luy eut ol)ligé aussi sa fpy en^ particulier, Les politiques, qui avouent craint la démission du sieur d^ Beiin, et voyant que ledit; siegr comte en estoit pourveu , préjugeant que, s*il balançoit du costé 4e |!Espagnol, ce seroit du tout la ruine des affaires an, Roy dans qeste ville , eurent incontinent reccmrs à Sa M^y'esté , qui ». esti^^t party de Chartres quai;re Jours après son sacre., s'achemina. à Sainct Denis, et de là à Senlis où il fut quelque temps.
. On a escrit que M. de Sainct Luc , beau-frere duditsieur comte de Brissac, estoit lors à la Cour, et avoient quelques differens ensemble pour quelques partages,. Par le commandement du Boy II eut jcharge de Caire naistre une occasion pour parler audit comte, et de le sommer de son devoir. L'affaire futsi dextrement menée, que, pour terininer leur differens, ils s'accordèrent d'en passer par l'adv}^ de quelques gens de Justice; pour llB iieuoi^ leur accord se feroit, ils en conviadrçnt d'un proclie de Paris, où {Is se trouvèrent. Cependant que les adyocats taschplent à vuider leurs différents, le sijeur de. Sainct Luc dit en par:ticuller audit comte dç Brissac la vraye cause deJeurentreveuê, et fit si bien qu'il tirade luy propiesse d'asseurancequ'il rendroit ùSaMaJesté toui le serviçç qu'il lu^ de voit. On feignit que les pdvocat^ ne s'estoient peu accorder, et que les deqx beaux-freres s'estoient retirez comme malQontents Tui^ de l'autre. En. cour on faisolt courir le bruit que ledit sieur de Brissac estoit partijEan du tout de l'Espagnol , çt le Roy mesmes^ en public ne parloit que de le tralcter nuil pour ceste occasion. Du depuis, par l'advis du Roy, les sieurs président Le Maistre et conseiller Moilé,;qui exerçoit lors la charge de procureur genferal, et qui est à présent président en ia cour, les conseiller^, d'Amours et du Vair, à présent premier président en Provence , et plusieurs autres conseillera du parlement, avec ledit sieur L'.Huiliier, prevost des marçhans, les sieurs de Beaurepaire, Langlois et Neret, escbevius, et autres colonels et capital nés, traicterent fort particulièrement avec ledit sieur comte de Brissac de ia manière et dea/nqyens de réduire ceste ville en l'obeyssanee du Boy.