I. C. D. M. T. Xlf
jurisdiclions desdites villes, demeureroit validé, réservé les aliénations en fonds du domaine; que toutes personnes qui avoient demeuré en Tobelssance du Roy, ou qui en avoient esté distraictes, leurs enfans ou héritiers , seroient conservez en la Jouissance et perception de tous leurs biens , en quelques lieux qu'ils fussent scituez et assis , et pour les vivans, en leurs bénéfices, estats et offices, sans pouvoir estre troublez en la possession d'iceux en aucune sorte et manière ; que tous les papiers, cedules, obligations et promesses pris durant les présents troubles seroient rendus d'une part et d'autre à ceux à qui ils appartenoient ; que toutes levées de deniers faictes suy vaut les commissions ou ordonnances parti* culieres du duc de Mayenne, dudit sieur de Yillars, du conseil de l'union , ou des corps des villes , vérifiées ou à vérifier, seroient validées et autborisées; que les commissaires et contrôleurs des guerres commis en ladite province par les chefs du party de l'union à faire les monstres des compagnies des gens de guerre seroient deschargez de tout ce qui regardoit la certification desdites compagnies avoir esté complettes, et du payement qui en auroit esté faict selon les roolles par eux signez , bien qu'il y eust eu du manquement ; que plaine et entière mainlevée seroit donnée de toutes saisies et arrests faicts en vertu des donations faictes, à cause des présents troubles, par Sa Majesté ou par comman* dément d'autre , quel qu'il fust , sur les biens meubles et immeubles de ceux qui estoient de contraire party ; que s'il y avoit aucuns habitans desdites villes que ramenoit ledit sieur de Villars en l'obeyssance de Sa Majesté lesquels n'y voudroient demeurer et rendre le service qu'ils dévoient à leur Roy, qu'ils s'en pourroient départir en prenant passeport pour se retirer oà bon leur sembleroit, leur permettant de pouvoir disposer de leurs charges , offices et bénéfices dam deux mois ; que tous Jugements , arrests et procédures donnez depuis le commencement des présents troubles contre personnes de diveit partis, ensemble Texecution d'iceux es causes civiles , et contre les absens en causes criminelles , demeureroient cassez et adnullez ; que tous actes de Justice donnez entre personnes de mesme party et qui avoient volontairement contesté sortiroient effect : quant à ceux qui avoient esté pourveus d'offices vacquans par mort ou résignation par le duc de Mayenne, que le roolle arresté par Sa Majesté seroit suivy et effectué pour le regard des pourveus par mort ; mais quant aux pourveus par résignation , qu'ils prendroient de nouveau provision du Roy, et que celles dudictduc de Mayenne demeureroient
GHBONOLOGIB NOVBMAtBS Dl PÀLMA CAtTlT. [1S94]
Bulles; que toutes cours, corps, collèges, chapitres et communautez des villes, places et vi- <soiDtez qui se remettoient en Tobeyssance du Boy par ledit traicté, seroient maintenus en la possession et Jouyssance de tous leurs privilèges, franchises et libertez , nonobstant tous arrests et déclarations faits au contraire ; que tous imposts créez à Toccasion des présents troubles au dedans la généralité de Rouen , tant d'un party que «L'autre, seroient abolis; que le bailliage d'Alançon et le comté du Perche seroient réunis comme ils estoîent auparavant en la généralité de Rouen , et que les generalitez de Rouen et de Gaëndemeureroient distinctes et séparées comme «Iles estoient auparavant les troubles ; que toutes lettres accordées pour descharge de debtes particulières mobiles des uns aux autres seroient révoquées , si ce n'estoient comptables qui en eussent faict recepte en leurs comptes actuellement et sans fraude , ou que les donataires les eussent touchez; que les susdites villes, ainsi ramenées en Tobeyssance du Roy par ledit sieur de Villars, seroient affranchies et deschargées pour trois ans à venir de tous emprunts et subventions , réservé seulement les droicts domaniaux et anciens ; qu'ils seroient aussi conservez en tous leurs octroys, privilèges, foires et iramunitez , et que particulièrement ceux de Rouen ne seroient point recherchez de la démolition du chasteau de ladite ville.
Après la publication et veriûcation de cest edict, toute la Normandie fut paisible , excepté Honâeur, ainsi que plusieurs ont escrit , où commandoit le chevalier de Grillon , et quelques autres petits chasteaux. M. de Montpensier, gouverneur pour le Roy en ceste province, y donna tel ordre que ledit Grillon fut contrainct peu de temps après de composer, quitter ceste place et la remettre entre ses mains. Depuis, les prevosts des mareschanx, favorisez de nombre de cavalerie , firent tant de courses qu'ils desnicherent et nettoyèrent une infinité de petites retraictes à voleurs qui estoient en divers endroiets dans ceste grande province.
Les officiers du parlement de Rouen , transféré à Gaén par le commandement du Roy, y retournèrent tenir leur ancien siège ; mais on remarqua que ledit sieur de Villars, au lieu de les honnorer comme il devoit , tint à plusieurs d'eux en particulier des paroles très-rudes : ce fut par un mauvais conseil qu'on luy donna, et ce affin qu'il les intimidast, et qu'il demeurast toujours en sa volonté de commander en toutes choses dans ï^ouën qu'il tenoit en subjection par le fort Saincte Catherine et autres forts. Mais celuy qui jrenverse d'ordinaire les desseins humains qui ne
sont conformes à la relgle du devoir, renveni oestoy-là, ainsi qu'il se verra cy-après.
Au mesme mois d'avril quelques babitansde Troyes en Champagne, sur les noavdles de la réduction de Paris, résolurent aussi de sedebvrer du prince de Ginville leur gouverneur, et se soubsmettre à l'obeyssance royale. Le Roy en avoit fait semondre quelques-uns qui luy estoient affectionnez , leur donnant advis que le mai» chai de Riron, qui condnisoit lors son armée, ostoiantles marches deRourgongneetCbampagM, les favoriseroit s'ils avoient bonne volonté. Ceste affaire fut menée si discrettement , qae le mareschal de Riron avec quelques forces s'approda de ceste ville, et envoya un héraut de la partdi Roy leur porter une lettre : arrivé à la porte^ ks gardes menèrent ce héraut droiet à la Maison de Ville , là où ceux qui avoient practiqué ceste af faire , avec tous ceux qu'ils sçavoient estre affectionnez à la paix , se trouvèrent : le henot introduitet les lettres lenës, ilssemirentàerier; Vive le Ray! vive la paix! le peuple suivit « mesme cri. Le mareschal de Riron et qoelqne»uns des siens entrez , on alla dire au prinee de Ginville qu'il failloit qu'il en sortist à HieoR mesme; ce qu'il fut contraint de faire, nonobstant les grosses paroles qu'il usa contre aoeofli des habitans , qui , se maintenans en leur devoir, ne luy respondirent rien. Sorty, le mena peuple se monstra aussi affectionné à flaire des feux de Joye pour leur réduction , et à crier vive le Boj, qu'il s'estoit monstre violent et furieux sv le corps du feu sieur de Sautour et sur plusieun de leurs citoyens qui en ce temps-là fitvortsoieBt le party du Roy. Aussi Sa Majesté, en Tedlet qu'il leur octroya depuis sur leur rednetioD; ^ qu'en considérant le tesmoignage de la bonoe affection qu'ils avoient monstre en leur ^edu^ tion , et référant aussi tout ce que la malice da temps leur avoit durant ces guerres permis de faire au préjudice de son authorlté , il ne voiM pas seulement les recevoir sous sa protectk». mais les gratifier en beaucoup de choacs. Aoe donna-il aux ecclésiastiques , par ledit edld, tatf ce qu'ils pouvoient devoir des dedmo depûlt conunencement des présents troubles jnsqoefei février dernier passé ; voulut que la memoiie W ensevelie de tout ce qui s'estoit £alct et f» dans Troyes à l'occasion desdits troubles ; kar deffendit de s'entre-injurler ou provoquer de rôles les uns les autres, sur peine de pnnitiaK corporelle; les remit ^ réintégra en tons anciens droicts, franchises, libertés et immm\ tez , tant ceux qui estoient dans ladite ville ceux qui s'en estoient absentes pour son acrvici restablit les justiciers qui pendant ksdits trw*
CABONOLWU NOVBIIAIHI DB PAIMA CAYKT. [l694]
Mes en a?olent esté tranferez; leur promit qu'il ne feroit point basUr de citadelle dans leur ville, et les quitta et exempta de toutes levées et impositions pendant le temps de trois années. Cet edlt fut vérifié le 39 avril.
En mesme temps ceux de Sens envoyèrent leurs députez à Paris au conseil du Roy. Le sieur de Bellan , qui commandoit dedans pour Tunion, fût pourveu de nouveau par Sa Majesté du gouvernement de ceste ville. Les ecclésiastiques obtindrent la descharge des décimes qu*ils pouvoient devoir Jusques au dernier de décembre passé. Les ofûeiers de justice furent restablis en ladite ville. Les tailles deuès du passé furent remises au peuple, excepté celles du talllon et Fentretenement des prevosts des mareschaux. La mémoire de tout ce ipi s*estoit passé dorant les présents troubles fut abolie , et obtindrent encor quelques dons et oetroys. Voylà le moyen que le Roy tint pour ramener ses subjects desvoyez , en leur donnant la pluspart de tout ce qu'ils iuy demandoient , et rescompensant ceux qui s'entremesloient de travailler à ces réductions. L'edict de ceste réduction fut vérifié à Paris le 29 avril.
Les députez du sieur de Montluc , seneschal d*Agenais, qui commandoit pour Tunion en ce pays-là, et ceux des villes d' Agen, de Villeneufve et Marmande, arrivez à Paris , obtindrent aussi du Roy tout ce qu'ils désirèrent. L'edict sur leur réduction futarresté au mois de may , et veriflié au parlement de Bourdeaux au mois de Juin.
Quelques villes mesmes en la province de Picardie, où le duc de Mayenne et le duc d*Aumale estoient, par le moyen de leurs gouverneurs quittèrent leur party, et tous eurent telle composition du Roy qu'ils désirèrent, entr'autres Peronne. Ceux d'Amiens et de Beau vais en eussent bleu désiré faire de mesme ; mais la présence de ces ducs les en empescha pour un temps. Le Roy cependant commanda au maresehal de Blron de faire acheminer son armée vers la Picardie, afin de l'employer durant Testé, et empeseher au comte Charles de Mansfeldt, qui avoit amassé son armée de neuf mille hommes de pied, mille chevaux et douze canons, de rien entreprendre sur les villes frontières de ce costé là. Mais Tarmée du Roy n'y peut estre si tost, que ledit comte , suy vaut le commandement de Tarehiduc Ernest , ne se feust rendu maistre de La Gappelle en quatorze Jours. Ceste place est en Tierasehe, assez forte d'assiette et bien flanquée, ayant quatre grands boulevards et des cassemates, les foasez pleins d'eauè hauK de trois piques, contrescarpes , faulses birayes et ravelins. Ln Espagnols s'estans emparez incontinent des flaulses brayes , ils attaquèrent et prirent un ravellQ )
puis, ayans fait escouler les eauës, Mansféit dressa sa batterie de sept pièces contre le fort, et trois autres contre une cassemate : tellement que les François assiégez estans descouverts par le dedans au long des courtines, et n'osans se monstrer , ils se rendirent à composition le 9 may , n'ayant Mansfeit perdu à prendre ceste place [estimée forte] que deux cents hommes et cent de blessez. L'armée françolse arriva pensant y donner secours; mais, voyant que c'en estolt fait en si peu de temps , et trouvant Mansfeit logé à ravaatafje et retranché, le Roy manda audit sieur maresehal de Biron d'aller investir Laon , ce qu'il fit, et alla passer près de Guise , donnant le degast sur les frontières pour affoiblir tousjours ses ennemis.
Aussi-tostqueleducde Mayenne eut ad vis que l*armée du Roy tournoi t vers Laon , Iuy , qui y avoit son fi!s dedans, le président Janin, et plusieurs de ses serviteurs et amis qui s'y estoient trouvez enfermez, s'en alla trouvez le comte de Mansfeit à La Cappelle. De ce qu*il fit en ce voyage pour avoir du secours pour Laon , il se cognoistra mieux par ce qu'il en a escrit au roy d'Espagne que ce que j'en pourrois dire du mien. Volcy les termes de sa lettre.
« Aussi tost qu'eus advis qu'on voulolt assiéger Laon, je m'en allay en l'armée de Vostre Majesté qui avoit pris La Cappelle peu de Jours auparavant ; priay M. le comte Charles de Mansfeldt m'accorder quelque nombre de gens pour Jetter dedans , y ayant desjà laissé ce que j'avois peu de François : il me donna deux cents Neapolitains qui y furent aossi-tost envoyez et ne se voulut deffàire d'un plus grand nombre par ce que Tennemy marchoit droit à l'armée, et monstroit avoir intention de la combattre ; aussi qu'il ne Iuy sembloit pas, ny aux capitaines qui furent appeliez à ce conseil , qu'il deust et peust faire ceste entreprise ayant une armée ennemie si proche de Iuy : il le fit toutesfols. Je sçaVois que la ville n'estoit fbrte , qu'elle estoit peu munie de pouidres, qu'il y avoit fort peu de gens de guerre, et neantmoins qu'elle estoit graiïde. Ce dernier estoit difficille à cause de l'assiette de la place et des advenues d'icelle: la première eucores plus , d'autant que l'armée de l'ennemy en ce siège estoit de cinq mille cinq cents Suisses ^x mille hommes de pied françois et trois mille cinq cents bons chevaux , et la nostre , après avoir assemblé tout ce qu'on peut , de sept mille hommes de pied et fort peu de cavalerie. Avec ceste troupe on approcha l'ennemy, on essaya jetter des forces dans la ville , et en fin la nécessité des vivres [par ce que deux convois furent des- 1 (àiete] nous contraignit de faire retraicte et de
CHBONOLOOIS NOVENAIBB Dl PALMA CAYET. [1694]
laisser les assiégez an desespoir , qui endarerent depuis trois assaults en un Jour, et furent contraints, après avoir attendu nostre secoui*s un mois entier, de se rendre, pressez par les habitans, desquels la garnison foible ne se pouvoit aisément rendre maistre , et par la faute de pouldre. Qui eust voulu sauver la ville par autre moyen , on le pouvoit à l'entrée du siège , et avant la venue de nostre armée pour le faire lever ; car Tenneroy , considérant Tassiette d'Icelle et le deffaut des balles , pouldres et artillerie [ dont il se pourveut après avec quelque loisir] , et.ayant aussi appréhension de nostre armée qui estoit proche de luy , eust très-volontiers consenty et accordé une conférence pour adviser aux moyens de faire la paix, et là dessus retirer son armée. Il en fit parler au sieur président Janin qui estoit dedans, et à d'autres de mes serviteurs qui s'estoient trouvez enfermez en ladite ville. J*eu eus aussi-tost advis : mais c'estoit crime que de proposer cest expédient à vos roiuistres, Sire; cela leur accroissoit le soupçon qu'ils monstroient avoir desjà de moy, car je craignois aussi, en le faisant, de reculer ou empescher du tout le secours : ainsi Je laissay ce premier moyen qui estoit certain , sans péril et sans dommage , pour m'attacher à fautre qui fut inutille. »
On peut Juger par ceste lettre le peu de forces qu'avoitlors le duc de Mayenne, et de Testât auquel il estoit réduit : aussi les historiens espagnols disent qu'il avoit esté abandonnédes autres princes et seigneurs de son party , mais que le comte de Mansfelt prié par luy, et ayant eu commandement de Tarchiduc d'aller avec son armée secourir Laon, qu'il s'y estoit acheminé avec sept mille hommes , sous la promesse que ledit archiduc luy avoit fait de luy en envoyer encor autres sept mil incontinent après; ce qu'il ne fit pas.
Maosfeldt , ayant fait courir un bruit que son armée estoit composée de vingt mil hommes pour espouvanter l'armée fraoçoise qui estoit devant Laon où le Roy estoit arrivé , s*en approcha à la faveur des villes de Guise et La Fere.
Aussi-tost que le Roy fut adverty que Fermée espagnolle estoit hors les bois Sainct Lambert, en champ de bataille sur une colline, avec huit pièces de canon , en un lieu fort advantageux pour leur infanterie , il fit tourner la teste à son advantgarde de ce costé là, et mener sept pièces de canon sur une autre petite montagnette: là il fut bien canonné et escarmouche de part et d'autre ; mais il fut impossible d'attirer l'Espagnol à un combat gênerai. Les deux armées ayans demeuré quelques Jojirs à la veuë Tune de l'antre, les Espagnols , ne taschans qu'à Jeiter dans Laon
des forces, des vivres et des munitlaiis, se resolurent d*y faire entrer deux convois; mais le Roy en estant adverty, Ils furent tous deux entièrement desfoits. Le premier estoit desept ceati hommes de pied, lesquels , estaos dcscou?erti, furent taillez en pièces le 17 Juin, excepté qoarantequ'EspagDols qu'Italiens qui entrèrent dau Laon. Le second fut desfaict le lendemain ; car , sur l'advis que le Roy avoit en qu'il se preparoit dans La Fere , il donna charge au marësduide Rironde prendre huict cents Suisses, autant d'infanterie françoise, avec les chevaux légers de Si Majesté, et qu'il allast les attendre dans la forai par où ils dévoient passer sur le chemin de La Fere à Laon. Ledit sieur mareschal les ayant attendus une nuitetun Jour tout entier Josqacs sur les cinq heures au soir, les Espagnols, ayw eu certain advis aussi que les François lesatteadolent, ne laissèrent toutesfois de tenter leorcn* treprise, et en bon ordre s'acheminèrent la teste baissée le grand chemin de la forest, eu intea tion de passer sur le ventre à qui leur voodroit débattre le passage. Premièrement marehoicoi treize cents hommes de pied en très-bonne oodche, puis deux cents quatre-vingts charrettes, après lesquelles soyvolent trois cents cbeTtui qui faisoient l'arriere-garde. Comme ce oonrof fut à demy entré dans la forest , les Espagnols, ayans descouvert assez avant dedans le bois quelques mesches d'harquebuses de l'embuscade d» François qui estoient couchez sur le ventre, commencèrent à leur mode à crier AmaUl am* ie! puis, tirant quantité de mousquetades à travers le bois, dont ils coupèrent plusieurs branches d'arbres , continuèrent leur chemin ffft furieusement; mais, rencontrant en teste ledit sieur mareschal avec nombre de noblesse françoise et une partie des chevaux légers , finbt terie françoise leur donnant en flanc, ils forest arrestez court, et là y fut bien combatn. liafanterie espagnole soustint ce premier effort s bravement , que ledit sieur mareschal , voyaat que le combat avoit duré près d*nne benre sans aucun advanfage , mit pied à terre avec tonte li noblesse , et en mesme temps que le sienr deGivry, qui commandoit au reste de la cavalerie françoise » se leva de son ambuscade et ciuirg» la cavalerie espagnole qui restolt à entrer daas ladite forest; aussi ledit sieur mareschal et les siens donnèrent si courageusement an trader) d'eux en crians Tue/ tue ! comme furent ans les Suisses et les François, que tonte ceste infanterie espagnole ftit incontinent emportée et entièrement desfaicte. Quanta la cavalerie, la pluspart ayans esté tuez ou noyez , œox qui ae sauvèrent forent poursuivis josqnei dans la ftf^
GHRONOLOGIB NOVBNAIHE DE PALM A CAYBT. [1594]
de La Fere par ledit sieur de Givry. Geste desfaicte fût grande , et y eut de sept à huict cents hommes morts sur la place , le reste se perdit par la forest, et n'y eut que deux capitaines prisonniers : le plus grand butin qu'eurent les François fut les douze cents chevaux des charettes qui furent prises avec les vivres et munitions.
Geste desfaicte sceuë par le comte de Mansfelt , dez la nuict mesmes il se résolut de quitter son camp retranché , et en deslogea avant la minulct pour se retirer à la faveur de La Fere. Le Roy adverty de son deslogement un peu tard y prit mille chevaux de son armée avec cinq mil hommes de pied ; mais le comte et ses Espagnols cheminèrent si diligemment et en bonne ordonnance, qu1ls se retirèrent à sauveté vers La Fere, et de là en Artois, là où ceste armée fut du tout ruynée pour les maladies qui s'engendrèrent parmy les soldats , dont la plus-part moururent ; tellement que Mansfelt demeura un temps au territoire de Douay avec bien peu de gens ; et par pitié les bourgeois d' Arras en ayant receu plusieurs en leur ville qui s'y venoient Caire penser, tous les hospitaux mesmes en estans plains , le menu peuple fut infecté de ceste maladie , et en mourut plusieurs.
Le Boy, sans poursuivre plus outre son ennemy , revint au camp devant Laon, là où il fit continuer le siège. M. de Givry , estant aux tranchées, fut tué d'une mousquetade tirée de la ville. Ge fut un grand dommage , car c'estoit un brave seigneur, et qui estoit en ces derniers troubles venu à son honneur de plusieurs beaux exploicts militaires.
Or Sa Majesté ayant receu des munitions de plusieurs endroits , entr'autres celles que M. de Balagny luy envoya de Gambray avec cinq cents chevaux et trois mille hommes de pied, Ton commença à battre si rudement Laon, qu'après qu^ils eurent enduré trois assaults, les assiégez se voyans sans espérance d'estre secourus, ils accordèrent la capitulation suy vante :
t Le vingt-deuxlesme Jour de Juillet mil cinq cents quatre-vingts quatorze , Gharles Emanuêl fils du duc de Mayenne, assisté du sieur Du Bourg, gouverneur de la ville de Laon , des maistres de camp , gentils-hommes, capitaines estans en icelle, ofQciers et principaux habitans de ladite ville , tant pour eux que pour les ecclésiastiques , gentils-hommes, capitaines, soldats qui sont à présent dans ladite ville de Laon , françois et estrangers, que pour tous les manans , habitans et réfugiez en icelle , ont promis de remettre ladite ville entre les mains de Sa Majesté,
ou de celuy qu'il luy plaira, avec Tartlilerie et munitions de vivres et de guerre estans es magazins publics qui sont en icelle, dansledeuxieme Jour du mois d'aoust prochain , si , dans le premier Jour dudit mois d'aoust , iceluy comprins , ils ne sont secourus par le duc de Mayenne ou autres avec une armée qui face lever le siège à Sadite Majesté , ou qu'il mette à un mesme Jour ou nuict de vingt - quatre heures mil hommes de guerre dans ladite ville pour le secours d'icelle. Auquel cas eux dessus dîcts promettent qu'ils ne leur assisteront , ne favoriseront leur entrée en quelque sorte que ce soit , que de leur ouvrir la porte ou les portes par lesquelles ils devront entrer , et ne les leur ouvriront et ne les recevront point s'ils sont moins de cinq cents à chacune fois. Et s'ils y estoient entrez 8ous couleur que ledict nombre y fùst , et que toutesfois il n'y fust pas , les susdits promettent de les mettre dehors , et Sa Majesté leur donnera seureté et passeport pour retourner dont Ils sont venus.
» Et durant ledit temps ne se fera aucun acte d'hostilité d'une part et d'autre, ny aucune poudre dans ladite ville.
» Que tous les habitans, soit ecclésiastiques , gentils-hommes, réfugiez et autres , de quelque lieu , qualité et condition qu'ils soient, y pourront demeurer si bon leur semble avec leurs familles , et seront chacun d'eux conservez en leurs charges , honneurs, dignitez et biens meubles et immeubles , sans que pour raison des choses passées pour le fait de la guerre, aucune poursuitte se puisse faire à rencontre d'eux, en faisant par eux ce que bons subjetsdoiventà leur roy légitime et naturel. Et moyennant ce tous arrests, saisies et Jugemens donnez contre lesdits habitans ou aucuns d'eux demeureront nuls.
» Et si aucuns d'eux vouloient sortir de ladite ville pour se retirer ailleurs , le pourront faire et emmener avec eux leurs biens meubles et autres commoditez, sans qu'ils puissent estre retenus ny empeschez de ce faire , pour quelque cause que ce soit , en quelque lieu qu'ils veulent aller : et pour le regard de leurs héritages et biens immeubles , n'en pourront Jouyr s'ils ne résident en lieu qui soit sous l'obeyssance du Boy.
» Seront tous les ecclésiastiques de ladite ville deschargez des décimes qu'ils doivent Jusques à ce Jourd'huy ; et , pour le regard des debtes créées pour leur party , elles seront esgallées sur tous les bénéfices consistoriaux et prieurez, tant en ladite ville que du diocèse de Laon, de leur mesme party seulement , dont ils bailleront un estât, pour avoir commission de Sa Majesté pour lesdits esgallement.
CHBOnOLOGU NDYBHAIBB DB PAhUA CÂYBT. [1^94}
» Toos denierg pris et levez extraordinairement ou dans les receptes pour estre employé* par les ordonnances du duo de Mayenne, ceui de son conseil, gouverneurs et magistrats de Ii|dite ville, depuis les presens troubles, et soit avant et durant le sjege, seront i^llptoez, Us comptables, et ceux qui Ips ont ^eceus de^chargez, et les assignations restans & acquitter payées des deniers qui se trouveront entre leurs mains.
» Si quelques maisons ont esté démolies pour la deffence et fortification de ladite ville , ou deniers et denrées prises appartenans aux serviteurs de Sa Majesté , les intéressez n'en pourront faire poursuitte à rencontre des magistrats ny autres que par leur commandement, s'ils sont employez et les ont receus.
• S'il a est^ pourveu par le duc de Mayenne à quelque office vaccaqt par mprt ou résignation de mesme party , les pourveus en Jouyront ep prenant lettres de Sa Majesté.
D Les frais faits par les habitans durant le présent siège seront esgallez sur eux tous en la forme accqustumée , par commission de Sa Majesté.
» SemblablemiBpt sera baillé pa^-port audit Charles Emanuël, avec escorte pour \p çQndpire en toute seureté Jusques à Sqissonsou LaFer^y à son choix , ensemble ceux du conseil , offîciprs et domestiques dudlt duc de Mayenne qui sont en ladite ville, sans qu'aucuns d'epx, pour quelque sujet pt occasion que ce soit, puissent estre retenus et empeschez de se retirer en tel lieu que bon leur semblera, eux, leurs serviteurs, chevaux, armes et bagages.
» Auront pareille seureté, conduite et escorte jusques à l'un desdits lieux les gentils hommes, malstre de camp, capitaines, soldats et tous autres gens de guerre , soit françois ou estraog^rs, estans en ladite ville, et sortiront avec leurs sjerviteurSy chevaux , armes, équipages et bagages, enseignes desployées, tabourips battans, m^sehes allumées , comme aussi toqs habitjans qui se vpudront retirer avec eux, ou en après dans un mois, sans que Ton les puisse arrester ny saisir leurs meubles , pour queiqpe cause que ce soit , en voulant sortir de ladite ville.
• Et pour l'exécution de ce que dessus bailleront pour ostages à Sadite Majesté le sUur evesque de Laon , le maistre de camp de Fresnes, Bellefons, et Lago , et pour les habitans, Claude Le Gras et Nicolas Branche.
» Pourra Sadite Majesté envoyer si bon luy semble deux capitaines ou autres pour voir dans ladite ville s'il ne se fera rien contre et au préjudice de ce qui est promis cy-dessus.
» Donnera Sa Maje^l^ pwe-poilstoatnNiipette à upe on deux pprionn^ povr ailet Jaiqua vers le duc de Mayenne Tadvertir is la capitth latipu , et retwfner en ladite ville. Sigaé Henry. Et plus bas , Ruzé. n
Geste c^pitQlatiQp f^t him le 3$ Jailkt, et, 1^ mespoe jour qu'elle fut açcwdée, le prinee | Maurice aussi , assiégeant Groeninghe ea Ftise, capitula avec les firoenîQgeois , qn'H eontraignit en ipoiqs de 4eux mois quitter 1§ pfirty du ny d'Espagne et de prfsndre peipy des est«ts généraux de Hollande, ^vant que de dirç comtM Laon, n^ pouvait ^strf| i^^uru, fat remis, suy vaut ia capitulation , entre les mains do Bei . et con^me plusieurs autres grandes villa le rosirent aussi à luy pu furent foreées de quitter k party <)e l'union , ^t de plusieurs choses qui ai* vindrent en France en ce f^ps-là, toj'ob comme les Espfignols furent aussi peu \mm en leur^ desseins dans les Pays-Bas quç le susdit comte de Mansfelt le fut aq SQOOur^ pli pnsoii donner à Laon.
Nqus avqns djt l'^n p^ss^ gu^ le cohmel Ver* dugp et le coopte Herm^p de Befgbe avpieotcstfoitemeot bloqué, au nom du Doy d'Esp^v. Je fort de Covoër^^n §pr la fin du mois di sr^ tembre. Le prince Maurice, oe voulant pcnlre ceste place , mais la desgager av^nt que derin entreprendre en ceste anqée, ^ ipit encamptgue avec upe gaillarde arqaée pour attaquer io forts qu^avoient f^icts les Espagnols i|nx eon rons de ce fprt , ou pour ùar livrer batailles l'occasion s'en preseutoit; mais V^H^agD ^ ^' dit comte, septans ^ppr^phef 1^ prii^ce, abicdonnerent leurs forts qu'ils ^voient teaos pm de sept mois, et se retirèrent, laissant CoTOffden en liberté, qui inçontinept fiit rafraisdiT d*hommes et de vivres.
Ce çiege Içvé, aussi-to^f le prince fit marcfaer toute son armée , qui estolt de cçnt vin^-ctoq compagnies d'infanterie et de vingt et six cornettes de cavallerie , avec son artillerie et toct l'attirail, conduit, tant par terre que par les ri^i^ res qui sont dedans ce pays là , et alla se caah per le 3 1 de may devant la ville de Groênioglie, es environs de laquelle , après avoir bien rebvché tout son camp en grande diligence, il tlt dresser six grands forts sur toutes les adveaoei bien munis d'bommes et d'artillerie.
Ceux de Groèninghe s'est»ieat préparez posr se dépendre et sonstenir un long siège, es tt^ qu'il ne leur manquoit ny vivres ny monitioof de guerre : vray est qu'ils n'avoycnt point ^ garnisons dedans la ville, mais ellen*estoitqv devant leur porte [du costé de la toor de Drs telaer par où on va au Dam et à IMIkU] ti^
CHBONDLOGIB «OVElfAlfiS DB PALMA CAYKT. [l694]
46 Scbuyt^dyep) qui est un faux-bourg de la ville servantd'un petit havre, pourcequ'il y vient d^Emden par dedans le pays , et pouvoyent recevoir ladite garnison dedans leur ville toutes et quantes fois qu'il leur plaisoit.
Le prince, ayant gagné le fort d*Âuverderziel et fait tailler en pièces tout ce qui se trouva dedans, fit ses approches de plus près , et ayant fait sommer la ville de se remettre sous Tunion des ËstatSy ils respondirent qu'il devoit attendre encore un an à faire une telle demande ; que lors ils y pourroient aviser, mais non plustost. Sur œste response, trente-six pièces de canon commencèrent à Jouer en toute furie , tant contre la tour du Drentelaer, qui ne dura gueres sans estre mise bas , que contre les autres endroits au devant desquels le prince avoit fait dresser lesdits six grands forts : tellement qu'en peu de jours il fut compté dix huict mille coups de canon. Lesassiegez se trouvèrent lorsespouvantez, car, pensans avoir la nuict quelque repos, les assiegeans les incommodoient encore avec des balles à feu et autres matie^res artificielles qui se tiroient avec des mortiers en Tair, puis tomboient dans la ville sur les maisons , dans les places et dans les rués ; si bien que ceste ville n'estoit remplie que de bruslement etd'espouvantement.
Les Groêningeois, se trouvans si rudement traitez, ne laissèrent pas de faire quelques sorties : ils en firent une en une nuict, et se ruèrent sur le quartier des Anglois, dont ils en tuèrent bon nombre, gaignerent deux de leurs enseignes, puis se retirèrent avec la perte du fils d'un de leurs bourgs-maistres. Pour empescher ces sorties le prince fit retrancher les advenues des portes, et commença à faire miner, principalement sous la porte de Heerport; ce qu'il fit advancer si diligemment, que la mine se trouva en peu de temps estre plus de vingt pas sous le ravelin.
Cependant que ces choses se passoient, ceux d'Anvers firent une magnifique entrée à Tarchiduc Ernest le 14 Juin. Il sollicitoit fort le comte de Fuentes, qui avoit la charge de conduire le secours requis à Groéninghe, de s'ad vancer; mais , comme disent les historiens italiens, uno piccioh exerciio à cio non si giudicava suffidente , é Vassembrarlo grande non si poteva per moite dijficottà (1), principalement pour ftinte d'argent, sans lequel les vieilles bandes ne voulurent aucunement se bouger ; tellement que tous les Jours, faute de paye, l'on n'oyoit que
(f ) Oo ne croyoit pas qu'âne petite année pôt faire ce môiifement ; et plusieurs obstacles empéchoient d'en réunir one grande.
nouvelles mutineries, pour lesquelles , et de peur des entreprises que l'on eust peu faire du costé de la France, le conseil espagnol en Flandres fit mettre la pluspart des troupes en garnison ez places frontières.
Les Groëningeois , ne voyans aucune apparence de secours, et que le prince les alloit pressant avec sa continuelle batterie qui avoit ruiné tous leurs boulevars et rempars , commen-i cerent à désespérer et à parler entr'eux d'appoinctement , principalement ceux qui tenoient secrettement le party des Estats, car il y en avoit beaucoup d'habitans qui eussent plus volontiers suivy ce party là que non pas celuy des Espagnols ; ceux-là envoyerentquelques députez vers le prince pour entendre à quelque accord; mais ceux du party du roy d'Espagne , entre lesquels estoient les plus notables de la ville, les prélats et autres ecclésiastiques, plus forts en nombre et en authorité , pour éviter tous ces murmures et contenir les autres bourgeois , fir rent , non sans tumulte , entrer le capitaine Lankama, lieutenant du colonel Verdugo, en la ville , avec les compagnies qu'il avoit au fauxbourg de Schuy tendyep , et se promirent les uns aux autres de s'entr'ayder et tenir bon Jusques à ce qu'ils auroient eu du secours de l'archiduc. Ce qu'estant entendu par les 'députez qui s'estoient acheminez vers le prince , ils s'en retournèrent sans rien accorder, et fiit tiré en peu de Jours plus de quatre mille coups de canon par les assiégez contre les assiegeans.
Le 15 de Juillet, la mine du ravelin de l'Osterporte estant preste à sauter, la batterie du prince recommença à donner fort furieusement contre ce ravelin, pour abattre tout ce que les assiégez avoient remparé. Il y avoit dessus huict pièces d'artillerie, lesquelles rendues inutiles , avec quelque apparence de bresche, le prince fit mettre ses gens en ordre de bataille par esquadrons, comme pour aller assaillir ce ravelin : ce que voyant les assiégez , ils renforcèrent la place d'hommes qui se présentèrent pour deffendre la bresche. Cependant le feu fut mis à la mine , qui sauta , et grand nombre des assiégez volèrent en l'air, dont plusieurs furent ou Jettez dans les fossez, ou furent noyez. La mine ayant fait telle ouverture, le prince fit donner Tassaut, lequel fut soustenu ; mais l'effroy fut si grand que les assiégez, quittans la place, se sauvèrent par rOsterporte, couverte de ce ravelin, dedans la ville. Ce pied gaigné, les assaillansse retranchèrent contre la ville, après avoir trouvé quatre pièces d'artillerie de bronse et deux de fer enfouyes en la terrasse que la mine avoit fait eslever et les avoit couvertes.
CHaONOLOGU NOVBNÀIJIE DE PALMA CAYBT. |l&94]
Les assiégez , ayans perdu ce ravelia et quelques cent quarante hommes dedans, commencèrent à perdre courage, avec ce qu'ils n'esperoient plus de secours. Le lendemain ils furent d'advISf d*un commun consentement, tant les bourgeois q&e les soldats, d*envoyer un de leurs bourgmaistres avec un tambour vers le prince pour luy offrir la ville, à condition toutesfois qu'il la feroit le Jour ensuivant sommer encor une fois À son de trompette de se rendre. Estant venu au camp , le prince, ayant ouy sa demande, après avoir eu les opinions de son conseil de guerre , luy respondit qu'il Tavoit assez sommée, et qu'il ne la sommerolt plus, la tenant desjà sous son pouvoir ; mais que si les Groèningeois trouvolent bon d'envoyer quelques députez pour traitter des conditions de Taccord , que faire ils le pourrolent, ou, s'ils aymoient mieux esprouver leurs forces à luy résister plus longuement et attendre les extremitez d'un assaut gênerai, qu'ils sentiroient avec un tard repentir ce qui leur en adviendroit.
Les assiégez, intimidez de ceste response, envoyèrent au camp du prince , le neufiesme du mois de juillet, plusieurs de leurs députez. Les eonditionsde l'accord furent quelque temps debatuës; en fin les assiégez, voyans que c'estoit un faire le /aut, s'accordèrent de rendre la ville, et de la mettre en la puissance du prince sous plusieurs conditions, entr autres :
Que ceux du magistrat et les habitaos de Groêninghe promettoient se remettre en Tunion générale des Provinces Unies et d*adberer aux estats généraux desdites provinces , comme estans un des membres, et feroient leur devoir de repoulser et chasser hors des Pays-Bas les Espagnols ; que Guillaume Loys , comte de Nassau, seroit gouverneur de Groêninghe et du pays groêningeois ; qu'il n'y seroit fait autre exercice que de la religion prétendue reformée; qu'ils auroient dans la ville pour garnison cinq ou six compagnies de gens de pied ; que le régime de la ville demeureroit au magistrat, réservé que ledit magistrat et les jurez de la commune seroient pour ceste fois establis par ledit prince Maurice et ledit sieur comte Guillaume, avec l'advis du conseil d*Ëstat ; et de là en avant Feslection de ceux de la loy se feroit selon l'ancienne coustume , moyennant qu'au lieu de la repartition des fèves, ledit sieur comte , comme gouverneur , pourroit choisir cioq cents hommes entre les vingt-quatre jurez , lesquels procederoient à Feslection de ceux de la loy ; selon l'ancienne institution. Plus, que toutes provisions, soit d'argent, de munitions de guerre, vivres, artillerie et autres, envoyez en la ville de Groê-
ninghe, ou appartenans au roy d'Espagne, sa qui autrement durant ceste guerre y avoient esté amenez, seroient délivrez à la généralité ou à leurs commissaires.
L'accord des gens de guerre qui fot fait avec le capitaine Lankama, lieutenant du colonel Yerdugo, les capitaines et officiers, tantpoor eux que pour leurs soldats ayans tenu gtoroisoD en la ville de Groêninghe et à Schuyten-Dyep, fut que tous les gens de guerre sortirolentavee leurs armes, en rendant à la sortie leare drapeaux audit sieur prince Maurice : ce liiit, t^'Ws seroient conduits seurement au campdn eotonrl Yerdugo la part où il seroit , et de là outre ie Rhin, sans pouvoir servir de trois mois an d«À; que le prince presteroit quatre-vingts dttrwti pour la conduitte des blessez et autres josqooi Otmarson ; que les blessez qui ne ponrroiCDt sortir demeureroient encor dans la ville josqocs à ce qu'ils fussent raisonnablement guéris; qœ tous prisonniers du party du prince estansdus la ville, en payant leur despence, sortiroient sans payer rançon ; que tous les biens du sieur gooverneur Yerdugo estans dedans la ville sorti* roieut librement et franchement, et seroient wt nez au lieu où ceux qui en avoient la charfr trouverolent convenir, ou bien pourroientd^ meurer en seureté dedans la ville tant qne ledit sieur gouverneur en eust disposé ; que tons cfae vaux et bagages des officiers du roy d'Espagne qui estoient absens passeroient librement et seroient conduits avec les autres gens de goeire; que tous ceux qui estoient dans Groêninghe, de quelque nation ou condition qu'ils fussent, officiers, ecclésiastiques, et les deux pères jesoites, qu'autres qui voudroient sortir avec les gens de guerre, leurs femmes, enfans, familles, bestiaux et biens, jouyroientdu mesmeconvoyetseoretr que dessus; et si aucuns des habitans, snlt homme ou femme, pour la multitude de leors affaires, ne pou voient sortir avec lesditsgeosdt guerre, il leur seroit accordé le terme de six mois du jour de l'accord, durant lequel ils poarroient séjourner, faire leurs négoces, puis se retirer avec leurs biens et Damilles, soit pareaa oa par terre, la part qu*ii leur semblerolt bon ; qœ ledit lieutenant, colonel, capitaines, offlciers et soldats, cest accord estant signé, aortiroieot quant et quant et sans plus long delay de laTîBe de Groêninghe et de Schuyten-Dyep. Fait as camp à Groêninghe le 32 de juillet 1594. Voyii comment ceste poissante ville fîit forcée et r^ duite en moins de deux mois de temps.
Après que les remparts de la ville de Groêninghe furent reparez , toutes les tranchées da camp applanies, et que la loy et le magistrat fa^
CHBOHOLOeiS IfOTBNiJlX DB PALMA CÂYST. [l694j
rwoovellé , le prf noe Maurice , ramenant son armée, entra victorieux en la ville d'Amsterdam, où il fut magnifiquement recen du magistrat avec tonte démonstration d'honneur, de caresse et d*allegresse. Le mesme luy fut fait es autres villes par où il passa en retournant à LaHaye.
Le reste de ceste année il ne se passa rien de remarque aux Pays-Bas, sinon le procez et l'exécution à mort de quelques uns qui avoieot entrepris d'assassiner le prince Maurice, de quoy nous parlerons cy-dessous. Depuis, une partie des troupes de cavalerie dudit prince traversa les Pays-Bas, et, sous la conduitte du comte Philippes de Nassau, alla faire la guerre au Luxembourg. Retournons en France voir ce qui s'y ât après la capitulation de Laon.
Ceste capitulation signée, les habitans de Ghasteauthierry et le baron do Pesché, leur gouverneur, qui avoient des dépotez au camp devant Laon pour traicter de leur réduction , obtindrent du Roy un edict qui contenoit que la mémoire de tout ce qui s*estoit fait en ladite ville de Ghasteauthierry et en tout ce gouvernementlà durant les présents troubles, qui pouvoit toucher ou touchoit ledit sieur du Pesché, ses gens, les habitans d'icelle ville et autres qui y auraient demeuré, serait du tout abolie; que les ecclésiastiques rentreraient en la possession et Jouissance de leurs bénéfices , leur faisant don de ce qu'ils dévoient de décimes depuis l'an 1589 Jusques à la fin du payement escheant en février passé; que ledit sieur baron du Pesché serait continué en Testât de gouverneur, capitaine et bailly de Ghasteauthierry, sous le gouverneur et lieutenant gênerai pour Sa Majesté es pravinces de Champagne et Brie ; que toutes les Jurisdictions qui auroient esté distraictes et transférées de ladite ville y seraient restablies; que lesdits habitans de Ghasteauthierry seraient remis et establis en la Jouyssance de tous leurs anciens privilèges, concessions et octroys, maintenus et conservez en tous leurs offices et bénéfices , ensemble en tous leurs biens meubles et immeubles, nonobstant les dons qui en auraient esté faicts durant ces derniers troubles. Et, ayant esgard à l'extrême nécessité du peuple et à la royne que le plat pays avoit souffert durant ces traubles. Sa Majesté leur fit encordon et remise des arrérages des tailles qu'ils dévoient depuis le commencement de l'an l589Jusques au mois de Juin de ceste présente année.
Par cest edict, ceux de Ghasteauthierry, qui craigooient d'estre assiégez après que Laon serait rendu, se remirent en l'obeyssance du Roy, et esviterent par ce moyen le péril qui alloit tomber sur leurs testes.
Au mesme mois de Juillet ceux de Poictiers, ayant envoyé leurs députez vers le Roy, obtinrent un edict sur leur reduction, lequel fut vérifié au mesme mois par le parlement de Paris. Depuis que ceste ville se fut déclarée du party de l'union en Tan 1589, comme nous avons dit, il y avoit eu plusieurs gouverneurs : M. le duc d'Elboeuf l'estoit lors de ceste réduction ; mais comme ceste ville est fort grande, et que les habitans y avoient tousjours esté les maistres des garnisons, ayans toute leurcreance en leur evesque, au cordelier Pratasius et en quelques autres, à qui le Roy donna quelques rescompenses particulières, ils eurent une abolition de tout ce qui s'estolt passé en leur ville durant ces derniers traubles, et le siège presidial , transféré à Nyort , y fut restably ; tellement qu'en tout le Poicton il n'y eut plus que le chasteau de Mirebeau qui tinst pour le party de l'union.
Le deuxiesme Jour d'aoust, suy vant la susdite capitulation, le fils de M. de Mayenne et le sieur Du Bourg sortirent avec les gens de guerre de dedans Laon , où le Roy mit pour gouverneur le sieur de Marivault avec une forte garnison. Aussi -tost que plusieurs grandes villes de Picardie virent que le duc de Mayenne ne pouvoit empescher que Laon ne tombast par force sous la puissance du Roy, elles regardèrent toutes à leur seureté; et, bien que le duc allast de ville en ville pour les asseurer, tout ce qu*il leur disoit et faisoit toutesfois ne put les persuader de s'opiniastrer d'avantage. Voicy ce qu'en a escrit ledit duc de Mayenne au roy d'Espagne.
« Pour ce que le duc de Feria m'accuse de n'avoir bien faict mon devoir pour secourir Laon, sans exprimer neantmoins quelles ont esté les fautes , aussi que la perte de ceste ville advenue a beaucoup aydé à celle d'Amiens, dont on veut faire à croire que j'en suis cause , à quoy Je diray, Sire, que ça esté un mescontentement gênerai que tous les habitans de ladite ville d'Amiens prindrent d'un serment qu'on leur avoit pressé de faire peu de jours auparavant , qui les mit en soupçon et crainte d'un changement qui ne leur estoit agréable. Vos ministres sçavent que c'est. Je fus quelque temps après en ceste ville, et fis ce que Je peus pour mettre hors les mal affectionnez, et pour m'en asseurer, mais le mal estoit desjà trap grand , et fût contraint de sortir pour n'y pouvoir plus demeurer sans le péril de ma vie , et sans la precipiter assez au mesme instant : ce qu'ils ont faict depuis , et qu'on pensoit tousjours destourner en gaignant le temps. J'avois bien dit aux ministres de Yostre Mi^esté que s'ils vouloient employer de l'argent à Tendrait de quelques-uns, tant en ladite ville
GBBONOljOeU NOVBNAUB M PALMA CAYBT. [1694]
d'Amiens que de Beauvais, quelques Jours avant que les pratiques des ennemis y dissent si adyancées, qu^ou les conserveroit. J'en avois autant remonstré pour Peronne, qui temporisa à se déclarer contre nous Jusques à ce qu'ils virent Laon hors d'espoir d'estre secouru. Mais mes prières ne servirent de rien, pour ce que vos ministres ne pouvoient satisfaire lors , pour une maxime que le sieur Diego tient et a dit plusieurs fois , qu'il ne failloit rien donner sinon à ceux qui voudrojent mettre les places entre leurs mains. Et toutesfois trente mil escns bien employez et en saison eussent suffi pour retenir et conserver ces trois villes au party, que deux millions d'or ne sçauroient conqu^ter avec la fèrce.
Ceux d* Amiens ayans contraint le due de Mayenne et le duc d'Aumale de sortir de leur ville, ils envoyèrent à Laon prier le Roy de venir faire son entrée eu leur ville. Aussi-tost Sa Majesté s'y achemina, et arriva à Corbie U 13 d'aoust. Le lendemain il vint disuer à Sainct Fussien , à une lieuê d'Amiens , où les roys ont accoustumé faire leur séjour quand ils y veulent faire leur Joyeuse entrée. Aussi-tost que le Roy •pst disné, il s'achemina vers la ville , accompagné de plusieurs princes et de grand nombre de noblesse. Pour le recevoir à la campagne, premièrement sortit quinze cents bourgeois bien armez et en bonne couche, avec soixante cavaliers , à la teste desquels il y en avoit un qui portoit une cornette blanche ; puis suivoient les sergens achevai, ayans quatre banderolles semez de fleurs de lis. Après, marchoient le majeur, prevost et eschevins, à la teste desquels estoit un homme à cheval ayant devant luy un petitcoffre dans lequel estoient les clefs de la ville enfiliez de taffetas blanc : cest homme estoit revestu d'un accoustrement semé de fleurs de lis ; et marchoient çur les aisles, tant du costé droit que du gauche, les archers de la ville, puis suivoient les officiers de la justice, tous à cheval et en fort bon ordre.
Ayans joincts Sa Majesté, ils se mirent à pied, puis à genouil pour faire leur harangue ; laquelle finie, ils présentèrent les clefs au Roy, qui les receut et les bailla à un exempt de ses gardes escossolses. A l'instant ils se mirent tous à crier plusieurs fois: Vive kRoy! vive le Roi! Les gens de pied qui s'estoient rangez à quartier, assez esloignez de Sa Mi^esté , commencèrent à tirer lors , et firent une brave escopeterie. Gela ftict ils s'en retournèrent tous en mesme ordre À la ville. Sa Majesté estant proche d'entrer, il fut tiré quelques cinquante coups de canon et plusieurs bouéstes; puis les Joueurs d'instm-
mens, qui estoient sur un ravettnproche la porte, commencèrent à Jouer de leurs baols-bois.
Le Roy estant entre la barrière et It poot levii, il s'arresta près d'un portail ou arefae d'alliance bien enrichy , faict de bols , sur lequel «loiat
tenans chacune en leurs mains un panier pkin de fleurs qu'elles Jetteront sur luy après que roue d'entre elles eut prononcé quelques vers eo sa
Puis Sa Miyesté entra dans la ville, qui estoit tendue par chacune maison de tapisseries ju* ques à son Ipgis, et luy fut présenté un daiisoss lequel il se mit estant à cheval , puis s'achemisa vers la grande église, le peuple criant de tontes parts : Vive le Roy ! En cheminant il s'arresta m quatre endroicts où y avoit quatre ardies d'alliance ou portails de bols bien peints et enrichis de plusieurs histoires et devises ; daos oes portails il y avoit de Jeunes filles habillées eo nymphesy qui toutes luy dirent plusieurs verses sa louange. Prez la grande église, au recoia d'une maison, estoit un tableau auquel estoit de peint un are en ciel et plusieurs animaux dessous, et au dessus dudit arc estoit cestedetise. Si cœlo et eoUo^ et callo ; et au dcsscnis m quatre vers :
Si dans Iq ciel on void on bel are d'alUsnoc Courbé pour digoement recevoir un grand Roy, Pourqooy, ô terre , ô mer , voyant sa ferme fov, Ne iuy rendei-TOus pat fldeUe obe^nanoer
Sous le portail de l'église estoient ces vers :
Le temple révéré, de Sob'me ]*bonneor.
Décoré de lis d*or jusqu'anx Umpes ârdentet . Prophetisoit en soy que les fleurs triumpbanlcs £q Fraoce niaintiendroient l'EgUse en sa spleodnr-
Ainsi pouvoos nous voir par la suite des aos Le blen-hcureux efTect de ceste propbetie; Car la France a produit en chacune partie Des nourrissons qui sont en la foy florissaos.
Le Roy, qui tient le Us , de son <:bef romomt . Nous donne un saioct espoir que dessous sa puissaflC Trop plas qu'aux siècles vieils régnera dam ta Traoff La foy qui nous conduit sur Tastré finnameot •
Ge n'estoient sur le portail de l'église qoVmoiries de France, peintures et devises tootef rapportées en Thonneur du Roy, qui , estant itceu par le clergé d'icelle avec une acelamatiai du peuple criant vive le Roy, entra dans laditt église, où le Te Deum chanté, et grâces toàih à Dieu de ceste réduction, Sa Majesté iateff* duitte en son logis, le portail duquel estoit tsssi remply de peintures et de dictons.
Du depuis le Roy leur accorda plusieurs ut»* des dans un edict de leur réduction, lequel M vérifié au parlement à Paris aa bmiIs d'octobit éê
CHBOVOLOeiB nOVlHAIBB OE PÂlVA CÂYBT. [1594]
nrte aimée. Il est expressément porté par cest edict que lesdlts babitans d'Amiens, postposant la perte eminen te de leurs vies et moyens au bien et advancement du service de Sa Majesté , s'estoient de leur propre mouvement , sans aucune promesse , respect ou profit , soubs-mis à son obeyssanoe : ce que désirant reeognolstre Sa Majesté , il ordennolt que dans Testenduê du bail* liage d'Amiens il ne se feroit aucun autre exercice que de la religion catholique- romaine j promettoit d'y maintenir tous les ecclésiastiques en tous leurs bénéfices et privilèges concédez par les feus roys , et les deschargeoit des arrérages des décimes depuis l'an 1 589 Jusques au jour de leur réduction ; que la noblesse qui s*estoit retirée durant ces troubles dans ceste ville seroit conservée en leurs anciens privilèges ; que les habitans d'Amiens seroient remis en leurs droicts, privilèges et franchises^ et que le gouvernement et garde de ladite ville demeureroit entre les mains du majeur , prevost et eschevins, ainsi qu'il estoit accoustumé ; plus, qu'à i'advenir il ne seroit faict aucun fort ny citadelle dans ladite ville d'Amiens; qu'ils seroient exempts du droict de gabelle à hnstar de ceux d'Abbeville, et seroient deschargez de tous imposts et subsides imposez depuis ces présents troubles ; que la mémoire de tout ce qui s'estoit passé dans Amiens à l'occasion desdits troubles seroit esteinte et abolie ; que le bureau de la reeepte générale y seroit remis et toutes les autres offices de Judlcature ; que ceux qui avoient esté poorveus d'offices par le duc de Mayenne, soit par mort on par résignation de ceux qui suyvoient son party , avec dispence des quarante JoarS; ou autrement, sans payer finance, seroient conservez èsdits offices, en prenant lettres de provision de Sa Majesté , sans pour ce payer finance.
Les habitans de la ville de Dourlens, qui avoit esté ta premier^ place de seureté donnée au duc d'Aumalle par le Roy an commencement de la ligue, ainsi que nous avons dit cy-dessus, voyans que ledit duc ne vouloit recognotstre le Roy, envoyèrent, par le consentement de leur gouverneur , vers Sa Majesté à Amiens , qui voulut qu'ils fussent compris dans l'edict de ladite réduction , et leur remit aux uns et aux autres tout ce qu'ils dévoient des arrérages de toutes tailles et de la moitié de celles qu'ils pourroient devoir durant les trois autres années suyvantes. ^t edict ne fut vérifié qu'an mois d'octobre ensuyvant.
Ceux de Beanvats avaient eu un maire que Pon appelloit Gandin, lequel avoit esté continué en ceste charge depuis le commencement des
troubles : il estoit fort partizan de l'Espagnol ; estant conseillé par deux prédicateurs nommez les Lucains, qui entretenoient ce peuple, il taschoit de le faire rendre malstre de ceste ville ; mesmes ce Gandin avoit délibéré, ayant fait venir loger des Espagnols dans un des faux-bourgs, de letir faire délivrer une forteresse qui y est, laquelle n'a esté Jamais gardée que par les habitans; mais son dessein descouvert, il devint en telle haine d*eux , qu'il fut desmis de sa qualité de maire. Depuis, les Beauvalsins, ayans sceu que le Roy estoit dans Amiens, que son armée après la prise de Laon demeureroit sus pied dans la Picardie , avec resolution d'attaquer les places qui voudrolent encores demeurer oplniastres au party de la ligue, firent assemblée de vUle, où se trouvèrent aussi plusieurs ecclésiastiques et le sieur de Sesseval , lequel avoit sa compagnie de gens-d'armes en garnison dans ceste ville , où il commandoit comme gouverneur et capitaine de toute la garnison. Pour éviter le fléau de la guerre qui alloit tomber sur leurs testes , Jugeans bien qu'ils estoient hors d'espérance d'avoir secours du duc de Mayenne si le Roy les assiegeoit , ils dressèrent quelques articles de leur demande par forme de requeste, et envoyèrent des députez les présenter au Roy, qui estoit à Amiens. Ces articles estans veus au conseil , on mit au dessons de chacune la volonté de Sa Majesté, et furent arrestées le 22 d'aoust. Lesdits députez retournez à Beauvais ayans rapporté ce qui leur avoit esté accordé , tout aussi-tost ceste ville changea de face; l'on n'y voyoit plus qu'escharpes blanches, l'on n'oyolt que cris de vive le Roy. Gaudin et les Lucains en furent incontinent chassez ; le doyen et plusieurs autres ecclésiastiques et bourgeois, absens à cause des troubles, retournèrent en leurs maisons ; et, affin que ce que le Roy leur avoit accordé fust plus seurement observé, ils envoyèrent leurs députez à Gompiegne, où le Roy s'estoit rendu affin de faire advancer le siège de Noyon qu'il avoit résolu, pour obtenir de Sa Majesté des lettres de Jussion à ses cours souveraines pour vérifier ledit accord ; ce qu'ils obtindrent, et depuis le firent vérifier par tout où ils jugèrent qu'il estoit nécessaire. On a rapporté que ledit sieur de Sesseval , conseillé par de ses familiers à demander au Roy rescompense , comme plusieurs autres qui commandoient aux villes du party de l'union avoient faict, leur dit : « Je ne veux point que l'on me reproche à i'advenir d'avoir esté de ceux qui ont vendu au Roy son propre héritage. »
Durant que le Roytenoitle siège devant Laon, il se passa à Paris plusieurs choses pour restablir
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CHEONOLOOI& NOVENAIBK DB PALM A CAYBT. [i&94l
peu à peu la paix en France ; entr'autres il y ea eut quatre dignes de remarque, sçavoir : le procez qui fut fait à ceux des Seize qui s*estôient trouvez à la mort du président Brisson ; le règlement sur le payement des rentes constituées à prix d'argent ; l'arrest de la cour contre toutes les provisions de bénéfices décernées par les cardinaux Cajetan et de Plaisance, durant qu'ils se disoient légats en France» et le procez entre le recteur de fUniversité et les curez de Paris contre les Jesuistes. Voyons ce qui se passa en ces quatre actions.
Peu après la réduction de Paris , suivant le dixiesme article de Fedict portant que tous les habitans qui sortiroient de Paris sous les passeports du Roy, et se retireroient en autres lieux de Tobeyssance de Sa Majesté, Jouyroient de leurs biens en se comportant modestement, sans filtre chose contraire à la fidélité qu'ils dévoient au Roy, il fut advisé, pour la seureté de la ville de Paris, de donner des billets à beaucoup de ceux de la faction des Seize, avec injonction de se retirer pour un temps en d'autres villes de l'obeyssance du Roy. Aucuns d'entr'eux, qui ne se sentoient avoir commis des actes de volerie et sans adveu, s'y retirèrent, ou en des maisons des champs qu'ils avoient, là où ils furent quelques mois, et puis après revindrent demeurer en paix dans leurs malsons ; mais ceux qui se sentoient coolpables se retirèrent à Soissons et de là en Flandres. Or, dez l'an 1593, le baron de Ruffey, gendre du feu président Brisson , avoit fait arrester à Melun le geôlier des prisons du petit Chastelet de Paris, nommé Benjamin Dantan, et luy avoit faict faire son procès, et vérifié contre luy qu'il avoit fourny de cordes pour faire mourir ledit sieur président. Nonobstant les récusations que fit ledict Dantan, et Tattestation qu'il eut de l'exécuteur de Paris et autres de ses complices, affermans qu'il ne s'estoit de rien mesié, toutesfois, atteint et convaincu, il fut pendu et bruslé à Melun le 16 février de ceste présente année.
Peu après que la cour de parlement fut restablie dans Paris, les vefves et enfans des sieurs président Brisson et conseillers Larcher et Tardif y présentèrent une requeste, demandans Justice contre ceux qui se trouveroient coulpables de la mort de leurs marys et de leurs pères. Plusieurs furent emprisonnez, entre lesquels il y en eut trois condamnez à mort; sçavoir : Jean Rozeau, qui estoit celuy qui les avoit pendus, convaincu d'avoir failly en sa charge d'exécuteur des causes criminelles dans Paris [ que le vulgaire appelle bourreau], et un homme d'egUse nommé Aubin Blondel, avec Hugues Danel,
sergent à verge, qui avoient aydé et participé à la capture desdits sieurs. Par arrestda 37 août, après qu'ils eurent faict amende honorable w la pierre de marbre qui est au bas du grand perron, ayans les testes nues, en ehemise, à genooiT la torche au poing et la corde au col , ils forent pendus à la place de Grève. Il y eut aussi avee eux un autre sergent qui fit la mesroe amende honorable; mais il ne fit qu'assister à leor mort Depuis, sçavoir le vingt-neufiesme Dovembre, huict autres, pour avoir assisté à ladite captnre, furent bannis pour certain temps de la vieomté de Paris ; trois desquels firent amende hoiMnble en la grand chambre et sur ladite tablée marbre. [Il y en eut deux de ces trob là qoi forent envoyez aux galères.] Du depuis, leproca estant faict par défaut à ceux qui s'estoiest r^ tirez en Flandres, et trouvez coupables dcsdiis assassinats, il y en eut plusieurs que l'on el^ cuta en effigie, sçavoir : Le Clerc, ditBossi, dont nous avons parlé cy dessus , et qui ïïstÀi eommandé dans la Bastille ; Nicolas Le Normaot, Morin dict Groroé, Grucé, Mongeot, Parsd, Le Pelletier, Amilton , Gochery, Bazin, ChonUicr. Soly , Tuault, Le Roy, Du Sur, dit Jambe de bois, et Du Bois, lieutenant d'Oudineau, fomrt condamnez d'avoir les bras, cuysses, tant bant que bas, et les reims rompus sur un escbafbit dressé en la place de Grève, leurs corps mis sur des roués plantées proche ledit escbaffaut, pov y demeurer le visage tourné vers le del, tant qu'il plairoit à Dieu les y laisser vivre, et Da Rideau , Rainssant, Godon, Poteau , de Lappe. Loyau, Thomassin, Logereau, Régis et Bourrin. d'estre pendus et estranglez à potences croisées, plantées à cest effect en la Grève , si pris et ip* prehendez pouvoient estre.
Gest arrest ne fut exécuté que le 1 1 de mut 1595. Les effigies des condamnez furent mises en des tableaux attachez à des potences dans b place de Grève. Peu de temps après il y eneirt deux de pris, sçavoir : celuy qui s'appdolt U Roy, qui prouva que bien que les Seize eussent pris le président Brisson devant sa maison ib bout du pont Sainct Michel, qu'il n'estoit p» pourtant de la conspiration , et fat absous ; matf ledit Du Sur , dit Jambe de bois, dont il i esté parlé cy-dessus, estant pris, convainea dV voir escrit les escriteaux que Ton avoit attacbei au col dudit président et conseillers, lut pcodi et bruslé en ladite place de Grève. Geste Justice rendit les plus remuans si obeyssans, que d^ les factieux entre le peuple n'eurent plus envie de se remuer qu'une seule fois, sçavoir, âpre» qu'Amiens fut surpris des Espagnols, aissî qn< nous dirons. Voyià la fin de la fiictioD des
CHA0N0L06IB NOTBNAIBB DM PALMÀ CAYBT. [l594]
Seize dans Paris, et comme les factieux furent chastiez.
L'on ne travailloit pas seulement à ester les divisions et factions entre les François , mais aussi à restablir un bon ordre parmy eux. Un chacun avoit souffert une perte et diminution extrême en ses biens : la plus grand part se trouvoient obligez par contracts au payement de plusieurs rentes constituées sur eux et sur leurs biens. 11 y avoit une infinité de procez à ceste occasion. Le Boy, estans requis d'y pourveoir, fit une déclaration sur cela , laquelle il fit vérifier au parlement de Paris, ordonnant par icelle :
Que le payement de la rente constituée au denier douze, qui est de huict et un tiers pour cent, sera réduit et modéré, depuis le premier Jour de janvier 1589 jusques au dernier jour*de décembre 1593, à la raison de cinq escus trente trois sols quatre deniers pour cent, qui sont les deux tiers de ce qui est porté par IcÂdicts contracts ; et estant la rente constituée à moins que de huict et un tiers pour cent, ne sera neantmoins modérée à moindre somme que de deux tiers. Et quant aux lieux où la rente au denier dix est tolérée, sera aussi ladite rente modérée pour le courant des arrérages ausdits deux tiers seulement, qui sont six escus deux tiers pour cent, et ce pour lesdites cinq années seulement. £t pour le regard des arrérages qui se trouveront deos pour les années précédentes celle de 1589, attendu que le terme du payement estolt escheu auparavant lesdits troubles, ils seront payez à ceux ausquels ils seront deus, suyvant les contracts, sans aucune perte ou diminution , et ce durant les années 1595 et 1596 esgalement et par les quartiers dMcelles, comme aussi tous les arrérages desdites cinq années seront payez avec le courant èsdites deux années suy vantes , 1595 et 1596, et par les quartiers desdites années, à condition expresse que ceux qui manqueront de payement pour le regard desdits arrérages modérez aux termes cy-dessus déclarez seront descheus, à faute de payement de toute grâce et de^charge. Et quant au payement du courant de la présente année, que Tarticle touchant les rentes contenu en Tedict fait sur la réduction de Paris seroit observé, déclarant nul et de nul effect tout ce qui auroit esté fedct au contraire. Plus , que le mesme règlement de modération ausdits deux tiers serait observé sur le payement des arrérages deus à cause des eschanges avec garentie, comme aussi des arrérages des rentes foncières et douaires deus aux veufves, et non les pensions viagères con-
à condition que ce qui aura esté payé par les débiteurs sur lesdites cinq années , pour raison desdits arrérages de rentes, sont réduits et modérez. Et où il se trauveroit qu'aucuns desdits débiteurs eussent plus payé que lesdits deux tiers, estoient réduits et modérez lesdits arrérages de rente desdites cinq années. Que ce qui se trouvera avoir esté trop payé soit précompté, déduit et rabatu sur le courant de la présente année et la suvante; n^entendant toutesfois comprendre au présent règlement et réduction des arrérages desdites rentes, les rentes par Sa Majesté deuës à ses subjets, tant sur les villes de Paris et Rouen , que sur les receptes générales et particulières, au payement desquels arrérages deus et eschus jusques au jour de la réduction, Sa Majesté pourvoiroit des premiers moyens qu*il plairoit à Dieu luy donner. Yoyià la substance de Tedict qui fut faict pour les arrérages des rentes, lequel fut vérifié à la coui^ ledit jour 1 1 d'aoust.
Ce mesme jour aussi » sur le différent qui estoit pour la provision de la chapelle de Sainct Matthieu , en l*eglise de Meaux , que trois différentes personnes plaldoient a qui Tauroit, Tinthimésoustenant, tant contre l'appellant, accusé de porter les armes encor pour le party de la ligue avec le duc de Mayenne , que cootre un inter* venant qui se disoit estre pourveu par Tordinaire, qu'il n'avoit interest en la nullité des provisions de ses parties adverses, mais que tout ainsi que les provisions baillées par le duc de Mayenne avoient esté validées, que la provision du bénéfice qu*ll avoit eue du cardinal Cajetan , légat en France, et dont il avoit jouy il y avoit quatre ans, luy devoit demeurer, M. Servin , pour le procureur gênerai ^ dit quMl avoit appris , par les pièces de rinthimé , qu'il se pretendoit pourveu de la chapelle contentieuse par le cardinal Cajetan , soy disant légat du pape Sixte Y, mais que le devoir de sa charge Texcitoit de remonstrer à la cour que ceste provision et toutes autres faictes par ce cardinal , soit par prévention ou autroment, bref, tous autres actes par luy faicts en vertu de sa prétendue légation , dévoient estre déclarez nuls et cassez par défaut de puissance , ayant abusé de la bonté du Roy, qui, par ses lettres patentes de Tan 1590 , vérifiées en la cour séant à Tours, luy avoit denoocé qu'il eust à luy donner advis des causes de sa venue , pour, au cas qu'il ne fist aucune entreprise contre l'authorité et dignité royale, Estât, honneur, droicts et libertez de l'Eglise Gallicane et du royaume , estre bien receu, comme les légats qui estoient venus auparavant en France. Et par ce que ledit
stituées pour les aliments des filles rellgi^i^ses; l cardinal Cajetan n'avoit reeognçu, ainsi qu^il
CfiaOlfOLOGU IiaTBllAIBV Dl PÀLMA GATfiT. [1694]
avoit deu , les faveurs à luy falotes par le Boy , ains estoit entré en France avec forée, sans aucune permission de Sa Majesté y ayant remply du sang des chrestiens et les villes et les champs de la France , au lieu d'une sincère paix qa'U devoit y apporter, et sans avoir faict le serment accoustumé faire par les légats , sçavoir est , de ne faire aucune fonction ny user des facultez de légat à luy octroyées par le Pape, sinon en tfemt que le Roy Tauroit pour aggreable , et de garder tous les statuts et coustumes du royaume, et ne desroger aucunement à Tauthorité et jurisdietion royale , droicts et libertez de TËglise Gallicane etuniversitez de France \ qu'il failioit maintenant faire son devoir, après avoir patienté fort longuement pour voir quel remède seroit apporté à tant de maux de la part des successeurs du pape Sixte Y ; et puis que le Roy, pour empescher le schisme , avoit fait des submissions d'obédience filiale , beaucoup plus que ne firent oncques ses prédécesseurs, comme son Intention estoit, et des vrayes catholiques ses subjects, d'honorer le Sainct Siège et le Pape séant en iceluy, quand 11 seroit père et non partial; qu'attendant que ce devoir seroit rendu , que c'estoit aux François à monstrer leurs âmes courageuses, à se déclarer ouvertement, parler franchement comme leurs pères, et faire paroistre la vigueur d'une magnanime liberté pour deffendre , non les privilèges, mais le droict commun de TEgiise uoiverselle, auquel sont conformes les loix et coustumes de l'Eglise Gallicane ; bref, maintenir fermement toutes les loix, tant du royaume, sur lesquelles le Pape ne devoit rien usurper plus avant quMl avoit esté faict par les bons papes , lesquels n'avoient point entrepris d'estendre leur authorite , appelée par les anciens pères du nom de privilège , qui est son vray tiltre , comme le cardinal Cajetan et le cardinal de Plaisance avoient voulu faire depuis les derniers troubles. Et partant , requeroit toutes provisions et actes faits , tant devant que depuis la mort dudict pape Sixte V, par iceux cardinaux Cajetan et dé Plaisance, estre déclarez nuls et de nul effect et valeur entre toutes personnes et de quelque condition et faction que ce fust, ne pouvans non plus valoir que les signatures expédiées en cour de Rome depuis l'arrest de deffenses d'y aller^ solemneliement prononcé au parlement séant à Tours; ce qu'il esperoit que ia cour ordonneroit, sans avoir esgard à cequel'advocatde Tinthimé avoit dit présentement que les provisions desdits cardinaux dévoient pour le moins valoir entre ceux qui estoient de leur faction , comme les provisions d^oflices baillées par le duc de Mayenne entre ceux qui font suivy , et les procédures fai-
tes avec ceux qui estoient à Paris et autres tillel à présent reduictes en TobeyssaDce du Roy Ion qu'elles estoient occupées par laligae , parée qw ceste maxime ne se pouvoit proposer pur mi François , d'autant que ce qui avoit esté accordé par les articles des réductions de Paris et antics villes , que les prétendues provisions baillées par le duc de Mayenne seroient rapportées poor estre bifTées et lacérées , et neantrooins qne le Rot baiileroit lettre à ceux qui estoient pooneu d'offices resignez ou vaccans par la mort de ceoi qui suy voient le duc de Mayenne , en prestant par eux serment de fidélité, ne devoit estre tiré à conséquence , ayant esté accordé par le Boy pro bono pacis entre ses subjects, comme es quelques constitutions des empereurs romains B se voyoit que les conventions et actes &ictss(KS Licinius et autres usurpateurs de l'Estat^etto procédures volontaires devant juges interdits, avoient esté validées par Tauthorité dos prioco légitimes après le recouvrement de l'Emplrt; ce qu'il remonstroit en cest endroit sans approbation de la qualité de rùsurpatenr qui n'aiolt peu donner les charges et offices, quoy qoe quelques-uns avoient voulu dire , par erreur, jw^ ab êo guiprœlurafunctuseraty licetprœtorm fuisset , conftrmaia esse (i) , ce qui ne poQTtiit avoir lieu en cest Estât , et moins encores les actes de ces deux prétendus légats ; requérant , veu ce qu'il avoit dict , mesmes eu esgard ib qualité des actes et procédures de ees cardioaQi Gajetan et de Plaisance , comme ennemis estran* gers et pensionnaires de rEspagnol , qu'il pleti^ à la cour d'y pourvoir pour Thonneur de l'Eglise Gallicane , pour là dignité du Roy et dn ronime , et pour Tauthorité de la justice souvenûBe. et à ceste fin donner un arrest qui servist de \aj, par lequel la racine fust couppée à tousdilfiereoii semblables à celuy qui Se presentoit , et À ce que telles causes ne se plaidassent plus.
« La cour , avant que flaire droict sur la cause d'appel , ordonne qu'à la requeste du procurev gênerai du Roy et diligence de l'inthim^r ^ luy administrera tesmoins , sera informé dti îvA par luy mis en avant, que Tappeilant porte |ei armes contre le service du Roy; etfaisaotdfoH sur les conclusions dudit procureur gênerai, a déclaré et déclare , tant les provisions do beB^ fice contentieux , que toutes décernées par Ia cardinaux Gajetan et de Plaisance , soy disais légats ) nulles et de nui eifeet et valeur ; £ût tihibitions et deffenses aux parties et toos autm
(I) Que ce qui â?oil été fiitt par oeÏBî qui rempB»*^ les fonctions de préteur , quoiiiu'îl n'en eât pas l^^"*^ ment le kilre , M confirmé*
cnONOLOOU KOTBNAïaB DU PÂIMÂ CAVBT. [l&94]
de ft'en ayder. Fait en pariement le 1 1 aeast 1694. •
Quant an procez de l'Université et des curez de Paris contre les jesulstes , il fut renouvelle aussi après la réduction de Paris. Le recteur de rUniversité présenta eeste requeste à la cour.
• Supplient humblement les recteurs, doyens des facultez , procureurs des Nations , supposts et escoliers de TUniversité de Paris, disans que dès long temps ils se sont plaints à la cour du grand desordre advenu en ladite Université par certaine nouvelle secte qui a pris son origine, tant en Espagne qu'es environs, prenant la qualité ambicieuse de la société du nom de Jésus, laquelle , de tout temps, et nommément depuis ces derniers troubles , s'est totalement rendue partiale et factrice de la faction es- .pagnole, à la désolation de FEstat, tant en ceste ville de Paris que par tout le royaume de France et dehors » chose dès son advancement prévue par lesdits suppliants , et signamment par le décret de la Faculté de théologie qui fut lors inter- .posé, portant que ceste nouvelle secte estoit introduite pour enfraindre tout ordre y tant politique que hiérarchique de l'Eglise , et nommément de ladicte Université, refusant d'obeyr au recteur, et encor aux archevesques, evesques, .curez et autres supérieurs de l'Eglise. Or est-il quMI y a trente ans passez que les supposts de kdite prétendue société de Jésus, n'ayans encor espandu leur venin par toutes les autres villes de la France , ams seulement dans ceste ville , présentèrent leur requeste aux fins d'estre incorporez en ladite Université ; laquelle cause , ayant esté plaidée , fut appointée au conseil , et or- .donné que les choses demeureroient en estât , qui estoit à dire que les Jesuistes ne pourrolent rien entreprendre au préjudice dudit arrest; à quoy toutesibis ils n'ont satis&it, ains, qui plus est, meslant avec leurs pernicieux desseins les affaires d'Estat , n'ont servy que de miolstres et espions en France pour avantager les affaires de l'Espagnol, comme il est notoire à un chacun ; laquelle instance appointée au conseil n*a point esté poursuivie, ny mesmes les plaidoyers levez de part et d'autre, estant par ce moyen perle. Ce considéré , nosdits sieurs, il vous plaise ordonner que ceste secte sera exterminée non seulement de ladite Université , mais aussi de tout le royaume de France , requérant à cest effect l'adjonction de M. le procureur gênerai du Roy, «t vous ferez bien. •
Lesjesuistesay ans usé dequelques dilay emens pour respondre à la cour, enfin , par arrest du 7 Juillet , il fut ordonné que le défaut seroit le Juody eniuy vaat , en l'audience publique , jngé
sur le champ. Auparavant l'audience ouverte , maistre Claude Duret, leur advocat , introduit dans la grand chambre, demanda que la cause fust plaidée à huis clos , pour ce qu'il seroit contraint de dire beaucoup de choses fascheuses contre plusieurs qui s'estoient déclarez serviteurs du Roy : ce qui luy fut accordé. Maistre Antoine Amault parla pour l'Université, et maistre Loys Dolé pour les curez de Paris. Du depuis , pour ce que plusieurs princes et seigneurs, entr'autrès M. le cardinal de Bourbon et M. le duc de Nevers , présentèrent requestes à la cour, et se Joignirent au procez en faveur des Jesuistes, la fin de ce différent tirant en longueur, lesdits sieurs Amault et Dolé firent imprimer leurà plaldoyëZ) et les Jesuistes leurs défenses sous le nom de Pierre Barni , prestre , procureur des prestres, regens et escoliers du collège de Olermont fondé en l'Université de Paris.
Les principales accusations contr'eox forent que Charles le Quint et Philippes son fils , se voyans remplis de l'or des Indes , non encores espuisées, n'avolent point embrassé de moindres espérances que de se rendre monarques et cmpereursde l'Occident, et eslever en pareille grandeur la maison d'Austriche en Europe qu'estoit celle des Ottomans en Asie.
Que ces deux grands hommes d'estat , n'ayans point ignoré combien les scrupules de conscience avoient de force sur les esprits, et combien ils penetroient profondément et sans cesse dans la poitrine des hommes , avoient gaigné la plus grande partie de la cour de Rome par le moyen de leurs pensions et des opulents bénéfices de Milan, Naples, Sicile, outre ceux d'Espagne, de valeur immense ; mais, d'autant que ce qui estoit en ceste grande ville estoit pesant et sédentaire , on avoit eu besoin d'hommes légers et remuans , disposez en tous lieux pour exécuter ce qui seroit du bien et de l'advancement des affaires d'Espagne ; que ces hommes là estoient les Jesuistes, qui s'estoient respandus de tous costez en nombre espouvantable, estans de neuf à dix mil , et ayans desjà estably deux cents vingt et huict colonies espagnoles, possedans plus de deux millions d'or de revenu , estans seigneurs de comtez et grandes barotinies en Espagne et en Italie , et desJà parvenus au cardinalat , prests d'estre faits papes; et, s'ils duroyent encor trente ans en tous les endroits où ils estoient mainte-' nant , que ce seroit sans doute la plus riche et puissante compagnie de la chrestienté , et souldoyeroit des armées comme desJà ils y contribuoient.
Que leur principal vœu estoit d'obeyr , per cmnia et in omnibus , à leur gênerai et supe-
CHBONOLOOIB NOVBNAIU DB PALMA CATST. [1&94)
rieur, qui estoit tonsjoura espagnol et choisi par le roy d'Espagne.
Que leur institution n'avolt autre but que l'avancement des afTalres d'Espagne ; aussi qu'ils n'estoient à rien plus estroitement obligez qu'à prier Dieu nuict et Jour pour la prospérité des armes et pour les victoires et triomphes du roy d'Espagne : tellement que plusieurs personnes d'honneur asseuroient les avoir ouy prier dans Paris pro rege nostro Philippo^ et qu'il n'y avoit Jésuite au monde qui ne flst une fois le Jour la mesme prière; mais, selon que les affaires d'Espagne se portoient au lieu où ils se trouvoient, ils faisoient leurs vœux pour luy en public ou en secret ; que , au contraire , il estoit notoire à un chacun qu'ils ne prioient Dieu en façon quelconque pour le Roy , auquel aussi ils n^avoient serment de fidélité , duquel d'ailleurs ib n'estoient capables, comme n'estant leur corps approuvé en France , et estans vassaux liges, et en tout et par tout obligez , tant à leur gênerai qu'au pape.
Qu'on navoit point ouy parler de sectes qui eussent de si estranges vœux qu'avoient les Jesuistes, pource que, toutes les fois que les papes s*estolent injustement engagez avec les ennemis de la France , ils avoient de tout temps trouvé de grands et saincts personnages qui avoient résisté vertueusement à telles entreprises; mais qu'à ceste dernière fois , une partie de gens d'Eglise s'estoient trouvez avoir succé ceste doctrine des Jesuistes , que quiconque avoit esté esleu pape , encores que de tout temps il fust recognu pour pensionnaire et partizan d'Espagne, et enneray Juré de la France, il pouvoit neantmoins mettre tout le royaume en proye , et deslier les subjects de fobeyssance qu'ils dévoient à leur prince; qu'en janvier 1589, lors qu'on proposa en la Sorbonne si on pourroit deslier les Bubjets de l'obeyssance du Roy , Faber , syndic, Le Camus, Chabot, Faber, curé de SainctPaul, Chavagnac, et les plus anciens, y résistèrent vertueusement , mais que le grand nombre des escoliers des jesuistes, Boucher, Pichenat, Yaradier, Semelle, Cueilly, Décret, Aubourg^ et infinis autres, l'emportèrent à la pluralité de voix, contre toutes les maximes de France et libériez de TEglise Gallicane, que les Jesuistes appelloient abus et corrupteles.
Que Belarmin , Jesuiste , sonstenoit que les papes ont puissance dedestituêr^les'roys et princes de la terre , alléguant pour raison des attentats et entreprises tyranniques.
Que Tan iô3i , les François, voulans faire rendre la Navarre à oeluy qui l'avoit perdue à leur occasion, assiégèrent Pampelune , et le bat-
tirent si forleuflement quMls remportèrent; qu'Ignace Lavola, commandant àrone des eoBpagnies de la garnison castillanne, oplidastnle plus la deffence ety eut les Jambes rompues; que cela rayant tiré de son roestier de la goene, fl voua une haine irréconciliable eontre IcsFniiçois, non moindre que celle d'Annibal conbe les Romains.
Que lesjesuistes n^estoient pas venus eo Fram à enseignes desployées , pource qu'ils y eosHit esté aussi-tost estouffez que nais , mais qu'Ai s'estoient venus loger en rUnlversitédeParisa petites chambrettes , où , ayant long temps renarde et espié , ils avoient eo des addresîa de Rome et des lettres de recommandation très«troites à ceux qui estoient grands et favorisez a France , et qui voulolent avoir crédit et b» neurdansRome, telles sortes degens ayant txn» Jours esté fort à craindre pour les af&ires de h France , et que par ce moyen s'estans peu i pcs insinuez , et ayans en fin eu pour preside&set Juges les cardinaux de Toumon et de Lorraiae, ils leur firent signer à eux deux , sans onyr ITniversité , un ad vis à Poissy , que leor coilep, reprouvé plusieurs fois auparavant, seroitiecei et leur religion chassée , et quMIs quitteroiot leur nom de Jesuistes.
Qu'ils n'avolent voulu que ceste entrée , i'» seurans que petit à petit , ei sensim sine senUf ils feroientun grand nombre d'amesjesuistapir leurs confessions, leurs sermons et iostroctifltt de la Jeunesse ; qu'à la fin , non seulement fli aurolent tout ce qu'ils desireroient, maisraioe roient leurs adversaires et commanderoientsDperbement à l'Estat : ce qu'ils avoient ex((«tt au veu d'un chacun depuis le Jour des Bairies* des Jusques à l'heureuse rédaction de la ville di Paris en l'obeyssance de Sa Majesté.
Que les assemblées les plus secrettesdesctfdinaux Ci\{etan et de Plaisance, qui sedisoioK légats en France , des ambassadeurs et agnti d'Espagne, Mendosse, Dagaillon, Diego dl* barra , Taxis , Feria et autres , avoient «té t^ nues dans leur collège rué Sainct Jacques, é dans leur église rue Sainct Anthoine, etqneki Seize y avoient aussi basty leurs conjuratioos.
Que les jesuistes avoient fait la respouse cse* tre l'Apologie catholique , et avoient emploi toutes leurs estodes pour dire contre la persoart et les droicts du Roy tout ce qui se pouvoit esoi' glter de fiiux et de calomnieux an monde.
Qu'en l'an ues ils n'avoient voula tailkr absolution aux gentils-hommes qui s'alloial confesser à eux , s'ils ne promettoient de se fi* guer contre le feu roy Henry III.
Qu'ils avoient fait perdre Pcrigneox, Ap^i
CUBONOLOGIB NOVENAIAB DB l^ALIIA CAYET. [l604]
Thouloaze, Verdun , et generalemeDt toutes les villes où ils avoient pris pied, excepté Bordeaux où Ils avoieot esté prévenus , et Nevers où la présence de M. de Nevers et la foiblesse des marallles avoient fait perdre le courage à ceux qu'ib avoient envenimez.
Que par leurs sermons ils avoient esté cause de la révolte de Rennes, qui ne dura que huict jours, et qui importoit de toute la perte de la Bretagne, ainsi qu'eux mesmes Fa voient faict imprimer.
Qu*en Tan 1590 la résolution Ait prise en leur maison de faire piustost mourir de famine les neuf dixiesmes parties des liabitans de Paris que de rendre la ville au Roy.
Qu'ils avoient preste du vin, des bleds et des avoines sur le gaige des ba|];ues de la couronne, dont ils avoient esté trouvez saisis par le lieutenant du prevost de Tbostel , Lugoly, le lendemain que le Roy fut entré dans Paris.
Que Comoiet, Bernard et Odo PIchenat avoient présidé au conseil des Seize ; mesmes que ce PIchenat , ayant conceu un crevecœur de voir aller les affaires autrement qu'il ne s'estoit promis , en estoit devenu enragé.
Que le roy Philippes, ayant fait entrer, par les persuasions des Jesuistes, sa garnison espagnole dans Paris , voulant avoir un tiltre coloré de ce qu'il tenoit desjà par force , y avoit envoyé le père Matthieu , Jesuisle , portant un nom semblable au surnom de l'autre Matthieu , Jesuiste , principal instrument de la ligue en Tannée 1585 , et que ce Matthieu , en peu de Jours qu'il demeura dans Paris logé dans le collège des Jésuites, y fit escrire et signer la lettre par laquelle ceux qui se disoient les gens tenans le conseil des seize quartiers de la ville de Paris donnoient non seulement la ville de Paris , mais tout le royaume au roy d*Espagne.
Que le commun proverbe des Jesuistes estoit : Un dieu , un pape et un roy de la chrestienté , le grand roy Catholique et universel, toutes leurs pensées, tous leurs desseins, toutes leurs actions , tous leurs sermons , toutes leurs confessions, n'ayant autre visée que d^assojettir toute l'Europe à la domination espagnole. Et d'autant qu'ils avoient veu qu'il n*y avoit point de plus forte digue que l'Empire françois qui eropeschoit ceste grande inondation , ils ne travailloient à rien autre chose qu'à le dissiper, desmembrer et perdre par toutes sortes de séditions, divisions et guerres civiles qu'ils y allurnoient continuellement, s'efforçans sur tout â*esteindre la maison royale, qu'ils voyolent réduite à peu de princes : et de fait , que pour rendre exécrable et abominable à tous les Fra0-