I. C. D. M. T. XII
cois la race de M. le prince de Condé , Loys de Bourbon, en laquelle consistoit la plus grande partie de messieurs les princes du sang, qu'ils avoient publié qu'il s'estoit fuit couronner roy de France, ce qui estoit escrit dans la vie dlgnace, page 162 [chose notoirement faulse], adjoustans que ledit sieur prince avoit fait battre de la monnoye d'or en laquelle estoit ceste inscription : Ludovictis XII l^ Dei gratta , Fran* corum rex primus christianvs, Quœ inscrip» tio (\) arrogantissima e^/, disoient-ils, et in omnes christianissimos Franciœ reges inju* riosa.
Qu'ils ne s'estoient pas contentez seulement de calomnier les princes de la maison royale qui estoient morts , mais qu'ils avoient voulu massacrer les vivans ; que la dernière résolution d'assassiner le Roy avoit esté prise , au mois d'aoust 1593, dans le collège des Jesuistes à Paris ; que la déposition de Barrière , exécuté à Melun, estoit sur cela toute notoire, et que Varade, principal des Jesuistes, choysi tel par eux comme le plus homme de bien et le meilleur Jesuiste, avoit exhorté et encouragé ce meurtrier , i'asjsurant qu'il ne pouvoit faire œuvre au monde plus méritoire que de tuer le Roy, encores qu'il fust catholique, et qu'il irolt droit en paradis; et que, pour le confirmer davantage en ceste malheureuse resolution , Il le fit confesser par un autre jesuiste, duquel on n'avoitpeu scavoir le nom et qui estoit par advanture encores dans Paris , espiant de semblables occasions { que ledict Barrière avoit communié chez eux , et avoient emploie le plus sainct, le plut précieux et le plus sacré mystère de la religion chrestienne pour faire massacrer le premier roy de la chrestienté.
Que Comolet, preschant à Noël dernier dans Teglise Sainct Barthélémy, avoit prins pour thème le troislesme chapitre des Juges , où il est parlé d'un Âod qui tua le roy Moab et se sauva; et qu'après avoir fait mille discours sur la mort du feu Roy , et exalté et mis entre les anges Jacques Clément, il avoit commencé à faire une grande acclamation : • // nous faut un Aod , il nous faut un Aod , fust-il moine, fusMI soldat, fust-il goujat , fust-il berger, n'importe de rien ; mais il nous faut un Aod^ il ne faut plus que ce coup pour mettre nos affaires au poinct que nous pouvons désirer. »
Que c'estoit la pure doctrine des Jesuistes de crier qu'il faut tuer les roys; mesmes qu'Allia ,
(I) LottU XffI, par la grâce de D'un, premier roi dei Fnin^aïs, Cette inscription est très-arro|irante et inju* 1 rieuse pour tons les rois très-chrétiens de France.
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principal du collège du séminaire à Rhelms , en avoit fait un livre exprès j etqu' Annibal Codreto, jesuiste, avoit donné conseil à Guillaume Pari de tuer la royne d'Angleterre.
Que la religion chrestienne avoit toutes les marques d'extrême justice et utilité , mais nulle si apparente que l'exacte recommandation de Tobeyssance des magistrats et manutention des polices ; au contraire , que ces gens-là , qui se disoient de la société de Jésus, n'avoient autre but que renverser toutes les puissances légitimes pour establir la tyrannie d'Espagne en tous endroits, et qu'à cela ils formoientles esprits de la jeunesse qu'on leur donnoitpour instruire aux lettres , en la religion et en la pieté, les enseignant à désirer la mort de leurs roys.
Qu'il n'y avoit que trop de plaintes publiques contr'eux pour avoir mesmes séparé les enfans d'avec leurs pères, et souvent osté tout Tappuy etsoustien d'une maison; qu'il y en avoit une exemple déplorable en ce qu'ils avoient soustraict, dez Taage de quatorze ans, le fils aisné du sieur Ayrault, lieutenant criminel d'Angers, charge de huict petits enfans en sa vieillesse , et Je tenoient caché ou en Italie ou en Espagne , sans que jamais son père en eust peu sçavoir aucunes nouvelles, quelques monitions ecclésiastiques qu'il eust fait jetter contr'eux , desquelles ils se mocquoient , se contentans d'une absolution envoyée par leur gênerai espagnol ; et ce qui causeroil encores la ruine de la maison d'Ayrault , estoit que , venant à mourir, le je- Buiste son (ils demanderoit droict d'aisnesse en son bien ^ car jamais les jesuistes ne faisoient yœu de pauvreté que jusques à ce quMIs n'eussent plus d'espérance de succéder, et, devant que faire ceste profession , ils donnoient leur bien au collège : tellement que rien n'en sortoit, tout y entroit, et ab intestat, et par les testaments qu'ils captoient chacun jour, mettans d'un costé Teffroy de l'enfer aux esprits proches de la mort, et de l'autre leur proposans le paradis ouvert à ceux qui donnoient à leur société de Jésus; comme avoit fait Maldonat au président de Montbrun Sainct André, tirant de luy tous ses meubles et acquêts par une confession pleine d'avarice et d'imposture , de laquelle M. de Pybrac avoit appelle comme d'abus en pleine au* dience ; que le testament qu'ils avoient fait faire au président Gondran de Dijon , par lequel il avoit donné demy escu à sa soeur qui estoit son unique héritière, et sept mil livres de rente aux jesuistes, en estoit aussi un véritable tesmoignage , avec celuy du sieur de Baulon , conseiller au parlement de ^ourdeaux ^ et tout récemment qu*ils avoient eu aussi pour le droict d'ais-
nesse en la maison du président de Larg^Baston la terre de Faioles qu'ils aToienl vend» douze mil escus , et envoyé l'argent en Espagne pour estre mis en leur thresor, pource qu'ils ne gardoient en France que rimmeuble qui leur estoit légué sans le pouvoir aliéner.
Que par l'histoire de Portugal il estoit notoirt que le roy Philippe avoit jette l'œil sur et royaume voisin il y avoit fort long temps, mab que , sans faire mourir le Roy et la plus grande partie de la noblesse , il ne le pouvoit dompter : ce qui fut l'occasion qu'il employa les jesuistes qui estoient à l'entour du roy Sebastien, et qoi se font appeller apostres en ce pays-là, lesquels. par mille sortes d'artifices, luy ayans osté ses anciens serviteurs , mesmes Pierre d'AlcassoDu, son secrétaire d' Estât, luy persuadèrent de passer en Afrique contre des ennemis infinies fois plus forts que luy : ce qu'il entreprit; maisq» ce Roy y perdit la vie avec quasi tonte la noblesse de Portugal , et que , pendant le règne dï roy Henry, qui avoit esté cardinal , et ieqad dura peu, les jesuistes firent si bien leurs pra^ tiques , qu'incontinent après sa mort ledictroy Anthoine , recogneu par tous les Estais, fot chassé de la terre ferme, luy ayans en un um^ jour fait révolter tous les ports de mer, desoftt qu'il fut contrainct de faire , desguisé et à pied , plus de quatre cens lieues pour ne tomber a mains de l'Espagnol , et pour se sauver en pa;s qui luy estoit estranger. Plus , que les islesde Tercere tenans encore pour ledit roy Anti^oioe^ ce qui rompoit tout le trafSc des Indes, les François s'y estans jettez , conduits par le sietf commandeur de Cliattes , tous les habitans isles , tous les religieux , cordeliers et autres , s; estans monstrez très-affectioDnezàleurditniT et ennemis jurez des Castillans , lesjesuistest au contraire avoient fait révolter le reste royaume, fulminans contre les François et ex tans le roy . Philippe ; mais qu'au lieu de chasser hors des isles pour tant de crimes cm leur Roy, on se contenta de les murer dans lei{ cloistre, ainsi qu'il estoit escrit dans Hi^std imprimée à Gènes par le commandement à roy d'Espagne, histoire qui estoit du tout à advantage, et en l'honneur des jesuistes, coa' ayans esté les principaux moyens de ruoion Portugal à Castille ; mais quand ils eurent qu'il estoit temps, une nulct ils demore leurs portes et mirent au devant le Sainet Sx^ ment de l'autel , se serrans de ces sacre? ^j teres pour exciter des séditions , puis corn cerent à si bien pratiquer le peuple, quil^ rendirent froid à se joindre aux François, duits par le maresehal de Strossy, qui h\
CaRONOLOGIB NOVBNAIBB DB PALIfA CAYBT. [1594]
pu; dont ceste histoire portoit que vingt-buict seigneurs et cinquante -denx gentils-hommes françois furent bourrelés par un arrest espagnol, et ce en un mesme Jour, sur nn mesoie eschaffaQt,à Ville-Franehe, et infinis soldats pendus. Pins, que, pendant ceste guerre, cinq cents cordeliers ou autres religieux qui avoient presché ou parlé pour ledit roy Anthoine furent aussi exécutez à mort.
Que le père Bernard et Comolet avoient appelle le Roy, Oloferne, Moab, Néron, soustenant que ie royaume de France estoit électif, et que c'estolt au peuple d'establir les roys, et alléguant ce passage du vieil Testament : Etiges fratrem tuum in regem; que ces mots de frairem tuum se dévoient entendre, non pas de mesme lignage OQ de mesme nation , mais de mesme religion , comme ce grand roy Catholique, ce grand roy des Espagnes; et que Comolet avoit esté si impudent que d'oser dire, par un vray blasphème, que sous ces mots : Eripe me. Domine, de luto ut non infigar, que David , par un esprit prophétique, avoit entendu parler contre la maison de Bourl)on.
Que pendant ces guerres ils avoient voulu establir un collège de Jesulstes à Poitiers , disans qa'uD seigneur riche et fort devotieux vouloit donner huit cens escus de rente pour la fondation ; et après qu'on les avoit eu fort long temps pressez dedirequi estoitce seigneur, n'enpouvans nommer aueun autre, ils avoient esté contraincts à toute force d'advouèr que c'estoit le roy d'Espagne.
Qu'ils avoient un livre de vie dans lequel ils nettoient tout ce qu ils apprenoient par leurs confessions du secret des maisons , s'enquerans des enfans et serviteurs , non pas tant de leur conscience comme des propos de leurs pères et maistres , affin de sçavoir de quelle humeur ils estoient.
Que Comolet, faisant sermon en la Bastille devant Messieurs qui y estoient prisonniers au commencement de 1589, leur dit que celuy qui avoit esté leur roy ne Testoit plus , projettant dèslors l'assassinat qu'ils avoient fatl depuis exécuter. Que lors qu'on sceut relection du pape Clément YIII , Comolet estant descendu de sa chaire y remonta , et commença à crier : n Escoute , politique, tu sçauras des nouvelles , nous avons un pape : hé quel? bon catholique ; quoy plus? bon espagnol. Va te pendre , politique. • £t mesmes que tout nouvellement à Lyon , depuis la réduction, un Jesuiste qui avoit commencé à dire la messe, voyant un gentil-homme qui avoit noe eseharpe blanche, s'enfuit hors de Teglise pleine 4e peuple , passant exciter une sé-
dition : ce qu'ils avoient encores tenté depuis, et perdroient en fin cest importante ville s'ils n'en estoient promptement chassez.
Que depuis l'an 1564 les Jesuistes avoient contrevenu directement aux conditions de l'advis de Poissi , qui est la seule approbation qu'ils avoient en France : premièrement , en ce qu'ils avoient retenu le nom de jesuistes qui leur estoit expressément défendu , comme ayant esté ce nom glorieux réservé particulièrement au seul sauveur du monde, sans que Jamais entre les chrestiens aucun se soit trou\é si orgueilleux que de se l'attribuer, ou en particulier, ou en commun ; en second lieu, que, nonobstant l'advis de Poissi , par lequel leur collège estoit receu et leur religion rejettée, ils avoient esté si hardis que de la planter en trophée au milieu de la rue Sainct Anthoine , ou ils estoient encores aujourd'huy si impudens que d'avoir en leurs chappes les armes de France pleines , avec un chapeau de cardinal au dessus , pour dire qu'en despit du Roy , auquel ils n'avoient aucun serment de fidélité , et qu'ils avoient voulu et vouloient chacun Jour faire massacrer, ils recognoissoient un Charles dixiesme avoir esté roy de France , sous lequel ils esperoient faire de la France ce qu'ils avoient fait du Portugal sous un autre cardinal ; et en troisiesœe lieu, que ledit advis de Poissi portoit expressément qu'ils ne pourroient obtenir aucunes bulles contraires aux restrinctions portées par cest acte , et que là où ils en obtiendroient, les présentes dcmeureroient nulles et de nul effect et valeur; ce qui avoit esté vérifié à ceste mesme condition: or, au contraire , ils avoient obtenu bulles tellement contraires à cest advis de Poissi , que mesmes par icelles tous ceux qui avoient apporté des limitations et restrinctions à leurs privilèges et institutions estoient excommuniez d'excommunication majeure, voire mesme tous ceux qui entreprendroient d'en disputer, quand ce ne seroit que pour en rechercher la vérité.
Plus , que les biens et les faveurs immenses que le roy d'Espagne faisoit aux Jesuistes donnoient assez à cognoistre qu'il les tenoit tous pour ses bons subjets et instruments de sa domination : tesmoin ce grand vaisseau jesuiste, qui portoit leur or et leurs marchandises des Indes^ ne payoit point de quint audit Roy ; ce qui leur valoit plus de deux cents mil escus tous les trois ans. Pour leur part de la conqueste de Portugal, il leur avoit aussi donné le présent que les roys des Indes Orientales faisoioit de trois en trois ans au roy de Portugal, qi^i vaut en or, en perles et en espicerie plus de quatre cents mil escus. Qu'au premier bruit de la conversion du
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Roy ils avoient envoyé de Paris à Rome du Puy, leur provincial , pour persuader au Pape que sa convention estoit feinte.
Bref, qu'ii ne falloit point douter si Ton devoit chasser les Jesuistes de France , puis que , dez l*an 1554, par décret de la Sorbonne, ils avoient esté préjugez très-dommageables et trèspernicieux pour i'estat du royaume et pour la religion; et, tolérez, qu'ils jetterolent infinies querelles, divisions et dissensions parmy les François ; et qu'en un mot ils n'estoient ny réguliers ny séculiers, ains vrays espions d'Espagne qui ne pouvolent estre en façon quelconque compris en la déclaration du Roy, qui portoit eeste exception en propres termes, « fors et excepté de l'attentat et felonnie commis en la personne du feu Roy , nostre très-honoré sieur et frère , que Dieu absolve, et entreprise contre uostre personne ; » ce qui ne se pouvof t mieux rapporter à autres quelconques qu'aux jesuistes, qui avoient envoyé de Lyon et après de Paris rassassin Barrière pour tuer le Roy ; joint que le mesrae edict du quatriesme avril 1594 ne pardonnoit qu'à ceux qui renonceroient à toutes II* gués et associations, tant dedans que dehors le royaume : or le principal vœu des jesuistes estoit d*obeyr en toutes choses à leur gênerai espagnol et au pape, et ne pou voient, en façon quelconque, renoncer à ceste association, la plus estroitte qui fust au monde , s'ils ne renonçoient à leur société. Bref, qu'ils ne pouvolent estre jesuistes et compris en l'edict du Roy, qui portoit ailleurs que dans un mois telles renonciations et le serment de fidélité dévoient estre faits : ce qu'encores aujourd'huy les Jesuistes n'a voient point exécuté, et ne pouvolent faire apparoir d'aucun acte qu'ils s'en fussent mis en devoir, comme aussi n^en estolent-ils point capables , d'autant qu'on ne pouvoit estre vassal lige de deux seigneurs.
Voyià la substance des accusations que fit ledict sieur Àrnauld contre les jesuistes, concluant son plaidoyé à ce qu'il pleust à la cour , en entérinant la requeste de TUniversité, ordonner que tous les jesuistes de France vuideroient et sortiroieot le royaume , terres et pays de l'obeyssance de Sa Majesté, dans quinze jours après A siguification qui seroit faicte en chacun ^e leurs collèges ou maisons, en parlant à l'un d'eux pour tous les autres; alias, et h faute de ce faire, et où aucun d*eux seroit trouvé en France après ledit temps,, que, sur le champ et sans forme ne figure de procez , il seroit condamné comme criminel de léze-majesté au premier chef, et ayant entreprise sur la vie du Roy.
La plus-part des curez de Paris, sur la re*
queste présentée à la cour par l'Université, in* tervindrent en ce différent, ainsi qu'ils avoieot faict autrefois, se plaignans que les jesuistes entreprenoient sur leurs parroisses sans kor permission , et troubloient la hiérarchie ecclésiastique par l'intrusion de leur ordre, qui n'avoit esté receu ny approuvé de l'Eglise Gallicane. Ils chargèrent de leur cause maistre Loys Dolé,([iii remonstra à la cour que tout ainsi que les jcsatstes avoient rompu l'ordre de rUoiversité depuis qu'ils s'y estoient glissez, aussi quMls avoient perverty la hiérarchie ecclésiastique , s'cstoieot portez en curez universels , et avoieat aboly le respect que les parrolssiens dévoient à leurs pasteurs ordinaires; que ce n'estoit pas le dernier but des jesuistes de ruiner rUuiversité, mais que rinstitution des enfans, à quoy ils s'estoleat abonnez, n'avoit esté qu'un moyen de s'insinoèr dans les villes ; que par lesescholesilsgaigooient facilement le reste ; et n'y avoit lieu où ils ne se fussent fourrez impudemment. Lors qu'ils mdrentà Paris il n'avoient que la permission d'eo* soigner, et Versoris, leuradvoeat, plaidant poor eux mesmes , avoit dit qu'Us n'avoient rien eotrepris sur les curez, lesquels ne se plaignoient pour le passé , seulement vouloient prohiberqu ib entreprissent rien à Fadvenir; à quoy il avoit esté pourveu par l'assemblée de Poissi, ce qvi fut lors consenty et accordé par eux; maisqoe depuis ils avoient eu deux maisons dans Paris, ayant mesmes durant les troubles jette l'œil sur le bastîment du parc des Toumelles pour s) bastir une troislesme colonie, ils avoieot telle* ment entrepris sur la charge des pasteurs ordinaires sans y estre appelez , qu'ils en avoieot desbauché les parroissicns, lesquels ne pensoieat pas estre bien confessez s'ils n'alloient aux j^ suistes.
Que sortir de sa parrolsse pour aller ailleors recevoir les sacremens, c'estoit laisser le teiopie de Jérusalem pour aller sacrifier aux montagnes de Samarie , qui estoit ce pourquoy les condies avoient estroittement deffendu aux curez de m recevoii^^en leur église autre que leurs parroissiens , j^incipalement le concile de Nantes, ou il estoit dit que nuUus presbyler aut diacwusal ierius pkhanum , nisi in itinere fuerit, ttl placitum ibi habuerit, ad missam reeipert a«* deat (1), et vouloit le mesme concile que les dimanches le curé s'informast, devant que commencer la messe, s'il n'y avoit quelqu'un d'aotrr parroisse en son église , à fin de le mettre hors.
(I) Qa'ancan prêtre ou diacre n*0M adineUre i ^ messe une personne étrangère à la paraioe. a wt»* qu'elie ne soit en vo}a(^ , ou n'ait uo prooèt sur tes Bev^
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Qaant à la pénitence , elle ne profitoit point si elle n'estoit ordonnée par celuy qui avoit charge des arnes , et la remission des pecliez s*obtenoit principalement par la violence d^une prière commune que tonte TEglise poussoit vers le ciel, et le forçoit de s'ouvrir à nos requestes.
Qu'il n*estoit point nécessaire de représenter à la cour les exemples du mal qui estoit advenu des confessions des Jesuistes; qu'il n*y avoit bonne maison en France qui n'en eust un familier et domestic; qu*it se contentoit d'en reciter un qui estoit public, advenu depuis peu de temps au paîs des Suisses , alliez de la couronne de France. Lesjesuistes de Fribourg voulurent persuader aux petits cantons protestans de rompre leur ligue, qui est le seul palladium des Suisses; mais, trouvans les esprits des hommes trop fermes, ils s'addresserent aux femmes, comme fit le serpent qui tenta nos pères, et leur conseillèrent de ne point rendre à leurs maris le devoir de mariage Jusques à ce qu'ils eussent promis de rompre Talliance : ce qu'elles exécutèrent , en sorte que les maris apprlndrent la conspiration, et chastierent les séducteurs comme leur témérité le meritoit. Qu'on pouvoit Juger de là que leurs confessions n'estoient que pièges pour surprendre le peuple, et qu'il n'y avoit point en eux de zèle de charité.
Que de peur que les penitens ne se séparassent de l'unité de l'Eglise, et cherchassent des confesseurs à dévotion, on avoit fait une défense expresse en ces mots : Placuit ut deinceps nulli sacerdotum liceat quemlibet commissum alteri sacerdoti ad pœnitentiam suscipere , sine ejus consensu cui priùs se commisit ; quum aliter illum nonpossit absolvere vel ligure (1). Que si cela estoit ordonné pour la pénitence, il l'estoit eocores plus pour l'administration de i'eucharistie ; et que sainct Denys areopagite , au traicté qu'il en avoit fait, en tiroit une raison du nom de ce sacrement , disant qu'il s'appelloit «Ovst^;, communion , parce qu'il le failloit recevoir en l'assemblée de l'Eglise; à cause dequoy les portes des temples estoient fermées anciennement lors que le peuple communioit, à fin que nul ne penst entrer ny sortir ; et neantmoins que lesjesuistes recevoient Indifféremment tous ceux qui s'addressoient à eux, et comme vrays plagiaires les y attiroient par leurs allechemeos , et administroieut les sacremens es parroisses de ceux qui ne le vouloient point.
(f) Il est défendu à tout prêtre d'admettre au tribunal de la péuitenc j quelqu'un qui auroit été soai la direction d*un autre ecclésiasUque. sans leconientement de ce dernier. A dcfiiut de ce consentement, il ne pourroit ni le oonrefser, ni l'absoudre.
Que si les Jesuistes estoient prestres séculiers, qu'ils ne dévoient se retirer en des convents ; si religieux , qu'ils ne dévoient avoir honte de le confesser. Que l'institution de cest ordre avoit un beau frontispice , pource qu'ils s'obligeoient aux vœux ordinaires des religieux, faisoient profession d'humilité et de mendicité ; mais qu'on dlroit d'eux ce que Diogenes disoit des Lacedemoniens mal vestus , aller faslus; qu'ils se couvroient de plus hautes conceptions sous ceste feinte simplicité ; que sous des haires ils cachoient le pourpre , sous des cendres un feu d'ambition, et qu'on leur adoptoit ce traict du comique : Vous portez la veuê en terre, parce que vous y cherchez les biens et les honneurs.
Car, depuis l'an t540 qu'ils avoient esté confirmez et limitez au nombre de soixante qu'ils ne pourroient surpasser, ils avoient fait bastir plus de quatre cents résidences, s'estoient multipliez Jusques à sept ou huict mil en si peu de provinces où ils estoient tolérez ; estoient devenus inquisiteurs de la foy , evesques et cardinaux ; à quoy les autres moines n'estoient parvenus deux cents ans après leur première institution, quoy qu'elle eust commencé par quelque sainct personnage.
Que les curez de Paris supplioient très-humblement la cour d'y donner ordre ; et sçachans bien que leur profession les dispensoit de requérir la vengeance, ils ne vouloient point imiter la cruauté des Jesuistes, mais comme anciennement les pontifes de Rome estoient obligez de donner ad vis au sénat des prodiges qui se rencontroient, afin de les expier, ainsi eux, qui avoient charge des choses sacrées comme avoient ces pontifes , advertissoient la cour qu'il y avott un grand prodige dans Paris et en plusieurs autres lieux de France : c'estoit que des hommes qui se disoient religieux enseignoient à leurs escoiiers qu'il estoit permis de tuer les roys et les princes, et que c'estoit la plus monstrueuse doctrine qui fut Jamais. Concluant à ce qu'où il ne plairoft à la cour ordonner que les Jesuistes de France vuiderolent et sortiroientle royaume, que défenses leur fussent faites d'administrer les sacremens, et entreprendre en quelque sorte que ce fust sur leur charge et pouvoir.
A toutes ces objections et accusations les Je- ' suites firent imprimer leurs deffences qu'ils divisèrent en deux principales parties; la première contenant les raisons des fins de non recevoir, la seconde les responses aux accusations.
Quant aux raisons , ils fondèrent la première sur la prétendue qualité de leurs adverses parties, soustenans qu'ils n'estoient |K>int parties capables, n'ayans aucun pouvoir valable pour
CHBONOLOOIB NOVBNilBB DB PALMÀ CÀYBT. [1.594]
prendre les conclusions portées par leur requeste, aussi qu'il ne leur appartenoit pas, mais à M. le procureur gênerai; et quand ils Pauroient eu, qu'il seroit révoqué par le moyen du desadveu depuis intervenu de messieurs de Sorbonne, principale Faculté de ladite Université, laquelle, par décret du 9 de juillet 1 594 , en plaine assemblée, avoit desadvoué ladite poursuitte et conclusions prinses coptr'eux , déclarant qu'elle ne pretendoit autre chose qu'un règlement. Se quïdem censere prœdictos patres 90cieiaiis Jesu,redigendoset recensendos esse in ordinem et disciplinam Universitatis^ regnoautem gailico esse nullo modo expellendos (l). Que la Faculté des arts eu avoit fait un semblable, signé de trois des quatre procureurs des Nations. Que le doyen de la Faculté du décret avoit dit qu'il ne vouloit estre ny pour Tune ny l'autre partie. Que celuy de médecine avoit protesté qu'il n'a- Yoit jamais entendu qu'on fist autre poursuitte que pour ledit règlement : de sorte que le recteur demeuroit seul en cause , qui seul ne pouvoit rien. Que de quarante ou cinquante curez il ne s'en trouveroit que trois ou quatre au plus qui eussent donné charge à maistre L. Dolé de plaider contr'eux , lesquels toutesfois ne pouvoient rien sans les autres, ny sans M. le cardinal de Gondy , leur evesque, chef des curez.
La seconde, que leur compagnie estoit receuë et approuvée par l'Eglise universelle au concile de Trente , par les bulles des papes Paul III, Jules III , Pie IV et V , Grégoire XIII et XIV, par r£glise et clergé de France en l'assemblée generalle de Poissy , par les lettres patentes des roys très-chrestiens Henry II , François II , Charles IX et Henry III , par les cours souveraines de France , qui avoient receu leurs collèges, speciallemeut celle de Paris, qui avoit vérifié Tacte de réception faicte en ladite assemblée de Poissy et la plus-part desdites lettres patentes, et leur avoient adjugé les fondations de leurs collèges, quand quelqu'un les avoit voulu débattre, avec les legs testamentaires qui leur avoient esté faicts et aumosnez ; par la chambre des comptes, qui avoit veriftié l'admortissement de leurs collèges ; par la ville de Paris, par les universitez de France, où ils avoient fles collèges , et finalement par la Sorbonne, suyvant le susdit décret du 9 juillet , qui estoit suffisant pour abroger l'ancien de Tan 1664.
La troîsiesme , qu'ils s'estoient offerts et s'offroient de faire toutes les submissions requises
(1) Qu'elle pen^oitqne lesjésuilcs ddtoieDt être soumis ^ latliticipl ncderLniverMi(^, lutis (|u*ils ne de? oicot pas Urc chassé du royaume.
au roy très-ehrestien Henry IV à présent régnant, et le recognoistre pour leur roy et prince naturel et légitime, et desiroleot estre ses loyan et fidelles subjeists. Et partant, puis qu'il avoit pieu à Sa Maje$té, par sa singulière clémence, recevoir et prendre en sa grâce et bien-veillanee tous ceux qui luy auroient ei^té contraires par le passé , et en faire déclaration par son edict dV bolition , qu'ils pretendoient aussi ne devoir ny pouvoir estre exclus de telle faveur et libéralité générale de Sadite Majesté, attendu qu'il ne se trouvoit en eux rien de particulier qui pust empescher plus qu'en beaucoup d'autres qne Sidite Majesté tenoit am'oord^huy pour ses boas ,subject6.
La quatriesme , qu'on ferolt un tort notable \ plusieurs grands prmces, prélats, seigneurs. villes et communautez, qui avoient fondé ouïtceu des collèges de leur compagnie, lesqœlsseroient frustrez de leurs salnctes intentions, d seroit malaysé , et peut estre impoteible de b recompenser d'ailleurs ; et de faict, quelesdiU fondateurs qui estoient dans le ressort dapir^ ment de Paris avoient envoyé des procuration» pour s'opposer, Joindre et se rendre parties am eux en ceste cause.
La cinquiesme , que la Jeunesse y ferolt dk perte notable.
Le sixiesme , que l'on feroit aussi un graad préjudice à la religion catholique , laquelle ceoi de leur compagnie avoient aydé à conserver pu tout où ils avoieut esté, et spécialement en Languedoc et Guyenne.
la septiesme, qu'ils ne dévoient poiotestre de pire condition que les autres communauté! fà pourrôientestre recherchées à tantjusteoccasios qu'eux, et toutesfois qu'on ne parioit de lésaterminer comme eux. Qu'ils n'avolent jamai^ prins de l'argent de l'estranger, ne l'a^oiat voulu advancer , ne s'estoient liez et obtigeipar serment pour aucune confédération contre t'Estat , voire mesmes n'avoient preste le serment tt l'union, ne s'estoient enrooilez sons capitaina et porté armes ordinairement, assisté aux moa^ très des ecclésiastiques et religieux , n'avoies signé ny escrit aucune lettre envoyée au wy estranger pour se rendre à son obeyssance, s'estoient trouvez à aucuns conseils et &itsy guinaires, n'avoient pris et fait prendre le d'autruy, n'avoient composé ny mis en lum livres contre les roys de France ; au moyen à quoy ils soustenoient qu'on se devoU porter leur endroict comme à l'endroiet des au comfxiunaulez. Que s'il s'en trouvoit pannv h\ de compris aux cas reservez par Tedict du Br^y que ceux-là seuls fussent punis^ sansesteodrriJ
CHfiONOLOGIS NOVENAIBB DE PALMA GAYBT. [1594]
peine aux autres particuliers innocens , et beaucoup moins à tout le corps.
La haletiesme , qu'il ne falloit craindre qu'à radvenir qu'Ifs voulussent ou pussent se mesler des affaires dTstat et rien troubler, attendu que cela estoit contre leur profession; et de faict^ qu'en leur dernière congrégation générale tenue à Rome au mois de novembre 1593 pour en oster tout soupçon et tesmoigner à la postérité combien cela estoit véritable, ils en avoient fait un décret qui commençoit : JJt ab omni^ etc.
La neufiesme, que l*on feroit tort à plusieurs qui avoieût en leur compagnie des enfans, frères, oepveux, cousins et autres parens, qui seroient à jamais privez de la consolation qu'ils recevoient de la preseoce de leurs personnes.
La dixiesme , qu'ils meritoient autre recognoissance et traictement de la ville de Paris que d*estre chassez, eu esgard à plusieurs bons services qu'elle avoit receu d'eux, et notamment es années 1580 et 1581, durant la peste ; aussi ils pensoioQt avoir obligé ladicte ville en ce que durant les troubles ils n'avoient jamais cessé d'enseigner leur Jeunesse, n'y ayant pour lors autre collège en TUniversité que le leur auquel il y eust exercice entier, bien qu'il leur convins! pour ce faire grands frais et endurer beaucoup d'incommoditez.
La dernière, que pour faire cesser toute occasion de plainte et interest, qu'ils offrotent à leurs parties adverses, comme ils ont tousjours oiïert, de se subsmettre es loix et statuts de TUniversité, garder l'ordre et discipline d'icelle , obeyr au recteur, lequel ils supplioient bien instamment les y recevoir et incorporer.
Quant aux objections et accusations faictes per maistre A. Arnauld, qu'elles se pouvoient toutes réduire à quatre chefs : 1 . qu'il les accusoit d'estre affectez particulièrement au Pape; 2. d'estre espagnols ; 3. séditieux , et 4. tueurs et massacreurs des roys et princes.
Au premier chef, qu'ils respondoient que, s'ils estoient Jugez et censez affectez et addonnez au Pape pour le recognoistre pasteur universel et œcuménique, successeur de sainct Pierre , cbef de TEglise, auquel nostre Seigneur avolt donné les clefs du ciel, lequel il avoit fait pasteur de ^ brebis, voire mesme des pasteurs , avec lequel, comme dit sainct Hierosme, qui non colligit spargit , ils confessoient qu'ils estoient tels avec tous les chrestiens et catholiques ; mais s'ils estoient accusez de recognoistre le Pape temporellement comme leur prince et seigneur , et se tenir comme ses vasseaux et hommes liges, par conséquent luy adhérer et luy servir contre les autres princes et potentats chrestiens, qu'ils
nioient qu'en ceste façon ils fussent aucunement subjects au Pape ; car comme ils tenoient et soustenoient pour article de foy la primauté et souveraine puissance et authorlté spirituelle du Pape en l'Eglise, laquelle comprend tous les chrestiens , Neque enim ovis est Christi^ qui non ovis est Pétri , aussi ne tenoient-lls pour véritable l'opinion de quelques canonistes , peu en nombre, qui luy avoient attribué une puissance temporelle sur tous les royaumes et principautez, estant ladite opinion rejettée du reste des canonistes et de tous les théologiens universellement, dont Arnauld avoit reproché à tort à Robert Bellarmin d'avoir soustenu ladite opinion, monstrant en cela ou ne l'avoir leu ou ne l'avoir entendu ; car de fait , au chapitre IX du livre V qu'il citoit en la marge, auquel Bellarmin traittoit que le Pape pouvoit estre seigneur temporel et spirituel , il estoit manifeste à qui le voudroit lire qu'il parloit des pays de l' Estât du Pape, comme de la Romagne, la Marche d'Ancone, la comté de Boulongne et autres semblables, et non des autres Estats des princes de la chrestienté , où le Pape n'avoit que veoir temporellement. Et quant à ce qu'Arnauld avoit dit aussi qu'ils avoient en leurs livres quMl falloit obeyr au Pape in omnibus , et per omnia, que cela ne se trouvolt véritable, mais seulement qu'en la bulle alleguéecesparollesse rapportoient à leurs supérieurs et non au Pape. Et pour le regard du quatriesme vœu qui leur estoit objecté , lequel ils faisoient d'obeyssance au Pape, ilfailloit noter que toutes les religions avoient en commun les trois vœus de pauvreté, chasteté et obeyssance, qui leur estoientintrinsecques et essentiels, mais aussi presque toutes avoient pour leur particulier un quatriesme vœu ; que de mesme les Jesuistes avoient un quatriesme vœu d'obeyssance particulière au Pape ; mais circa missiones tan^ tunij qui estoit fondé sur ce qu'eux, estans appeliez de Dieu en ces temps derniers du monde pour ayder l'Eglise, la défendre contre ses ennemis, qui sont les infidèles et hérétiques, ayder leur prochain et frère chrestien à se sauver, enseigner et instruire le simple peuple et les petits enfans de la cognoissance nécessaire à un chrestien, dévoient nécessairement estre envoyez par l'Eglise , veu qu'il n'estoit loisible à aucun de s'ingérer à telles functions et ministères sans lettre de mission et pouvoir; mais que ne pouvant estre plus proprement envoyez que de celuy qui estoit assis en la chaire sainct Pierre et gouvernoit toute l'Eglise, suivant les paroles de leur quatriesme vœu , tirées de leurs constitutions , Insuper promitto specialem obedenfiam sutnmo ponlifici circà missiones , il estoit ad-
CHHONOLOGIÉ NOVENAIBB OB PALMA CAYET. [1694]
Tenu qae les papes les avoient envoyé et en- Toyoient Jouraellcment aux Indes, tant du levant que du ponant, et parroy les hérétiques, où ils laissoient a dire à ceux qui en avoient la cognoissance le profit qu'ils y avoient faict, tant à la conversion des payens et idolâtres qu^à la conversiondeshereliquesetscliismatiques ; qu'ils n*avoient point d*autre vœu envers le Pape , et pretendoient encore ce vœu n'estre si gênerai comme celuy que faisoient les prestres à leurs evesques quand ils estoient consacrez, lesquels , estant interrogez par lesdits evesques : Proviit- Us mihi ei successoribus meis reverentiam et obedeniiam? respondoient : Promiito : dont on ne pouvoit toutesfois calomnier les prestres comme subjects et vassaux des evesques , et non du Roy.
Qu'ils respondoient au second chef, d'estre espagnols , qu'ils ne pouvoient pas ensemble estre vassaux et créatures du Pape et du roy d'Espagne, attendu que les papes ne s'accordoient tousjours avec les roys d'Espagne, et pouvoient entrer en guerre avec eux , comme autresfois il estoit advenu ; qu'ils n'estolent espagnols , et B'avoient aucun Espagnol entr'eux en toute la France, ains estoient frauçois naturels, etavoient )e teinct françois , et non la couleur basanée et brusiée d'Espagne; adjoustoient que aucuns d'entr'enx estoient parens et alliez de messieurs du parlement, qui ne les vouloient ny pouvoient mescogûoistre pour tels ; qu'ils ay moient leur pays comme tout homme Taymoit naturellement, et sçavoit bien comme estoient différentes les humeurs et mœurs des François et des Espagnols, et que rhumillté et gaillardise françoise ne se pouvoit pas aisément accorder avec la gravité et sévérité espagnole ; car, pour le gênerai de leur compagnie, ledit roy d'Espagne ne leur avoit fondé aucun collège ny usé de grande libéralité ; et pour le particulier de ceux qui estoient en France, ils protestolent, comme devant Dieu, que jamais ils n'avoient receu aucun argent dudit roy d'Espagne , voire durant ces troubles , bien qu'ils eussent eu de grandes nécessitez, et que quelquefois on leur en presentast, ne voulant engager et manciper leur liberté et se rendre partisans et esclaves dudit Roy. Plus, qu'ils s*estonnoient grandement de ce qu'Arnauld les avoit taxez presque par tout son plaidoyé d'estre insti'umens du roy d'Espagne , minii^tres de ses intentions et prétentions, ses espions, ses créatures, ses serviteurs, n'avoir autre visée et blanc, autre dessein, autre souhait en ce monde que de i'aggrandir, l'establir par fout, l'enselgneurierde la monarchie de tout l'univers ; car •'estoit chose qui avoit esté tou^^Jours fort esloi-
gnée d'eux ; et de fait, lors que plusieurs villes, et particulièrement celle de Paris, avoient escrit au roy d'Espagne pour luy livrer le royaume et avoir sa fille , que nul de leur compagnie ne loy en avoit jamais e^crit ny souscrit; et, comme l'année passée on demandoit le royaume , pr^ mierement pour l'Infante, secondement pour l'archiduc Ernest, laquelle demande estoit receuë , applaudie et appuyée de plusieurs François, qu'il ne se trouvera oncques qu'ils eo eussent esté consors et consentans, mais au contraire , en particulier et en public , qu'Us a voient souvent dict qu*il falloit maintenir la religion et monarchie, et ensemble demeurer catholiques et françois ; dequoy ils avoient de bons fesmoins.
Qu'Ignace de Loyola, premier authenr et fondateur des jesuistes, estoit Navarrols et non pu Espagnol; mais quand bien il Taurolt esté. qu'ils ne dévoient pas pourtant estre tenus pour espagnols, attendu que sainct Dominique estoit espagnol, sainct François d'Assise et sainct François de Paule italiens, et pourtant les jacobins, cordelierset minimes n'estolent tenus ponr espagnols et italiens, et Estienne de Citeaux et sainct Bernard, principaux authears de Tordre de Citeaux, dit des Bernardins, estoient françois, et nonobstant les bernardins hors de France n'estolent jugez françois.
Que leur ordre et société n'estoit point née es Espagne , ains avoit pris son commencemeotet jette sa première racine dans l'Université de Faris, par le moyen de dix malstres es arts delàdite Université.
Que leur premier gênerai avoit eatë navarrols, le second et troisiesme espagnols, le qoatriesme liégeois, lequel pays n'estoit aubjeet as roy d'Espagne, mais à l'evesque de Lf^e qui en estoit souverain ; le cinquiesme, nommé Claude Aquaviva, estoit encores en vie et italien, de la maison des ducs d'Atrye qui avoit toosjonrs este suspecte aux Espagnols pour avoir tenu le partv de la France ; davantage, qu*à l'eslection de leur gênerai ils ne s'y gouveruoient par le roy d'Espagne, mais iisnommoient et choisissoient ceJin qu'ils jugeoient en leur conscience le plus pro* pre pour telle charge , de quelque nation qu'il fust ; dequoy Ils avoient statut particulier.
Que ce qu'avoit dit Amauld de la navire qu'il appellolt le Jesuiste estoit une vrayefid)le, à laquelle il avoit oublié d'adjouster que celle navire dicte le Jesuiste estoit la mesme navire des Argonautes conservée jus^^ues huy miraculeusemeut, qui apportoit ausditsdeffendeurs celle toison d'or des Indes.
Que ceux de leur ordre prioient pour tous le» princes chrestiens, suyvant rordonnaoce de
CHBONOLOGIS NOVENAIAB OB PALMA CAYfiT. [1694]
saioct Paul, mais qu'ils prioleot tousjoors plus particulièrement et affectueusement pour les princes et roys desquels ils estoient subjects, et aux pays desquels ils se trouvoient, comme les François et tous les aurres en Frauce pour les roys de France. Et quant aux paroles de Bibadenera qu*Arnauld avoit alléguées, elles s'entendoient seulement de ceux qui estoient espagnols et en Espagne, et que les François en dlroient tousjours et escriroient autant pour les roys de France, comme avoit de faict escrit Emond Auger en sa Metaneologie et en son Catéchisme, exiiortant à prier pour les roys de France, et mesmes en ayant dressé un formulaire d*oraisons pour eux.
Qu'il ne se trouvoit en aucune messe oraison couctiée en ces termes : Oremus pro rege nosiro Philippo : et quant au poinct principal, ils estoient contents de perdre leur procez si on pouvoit prouver qu'ils eussent Jamais nommé le roy Pliilippe; seulement pourroiton trouver que quelques prestres estrangers passants auroient peut estre en la messe prié pour leur roy, encores au desceu desdits deffendeurs, lesquels avoient tousjours nommé le roy de France, et non autre.
Que ceux de leur ordre ne s'estoient meslez aucunement des affaires de Portugal entre le roy d'Espagne et dom Antonio, et qu'il ne falioit ad* Jouster foy à l'histoire Imprimée à Gènes, qui pouvoit avoir esté plustost imprimée à Genève, estant chose supposée d'avoir escrit que les jesuiiites furent murez dans leur clolstre à La Tercere, veu quils n'y eurent Jamais ny clolstre ny maison, ny habitation aucune; et n'estoit vray de dire qu'ils avoient excité les Espagnols à faire mourir tant de seigneurs françois, appartenant plustost aux ecclésiastiques, tels qu'ils estoient, d'intercéder pour les criminels et les tirer des mains du bourreau.
Qu'ils avoient environ cinquante ou soixante collèges en toute l'Espagne et Portugal, et quelques trente en toutes les deux Indes, mais qu'ils ne sçavoient que c'estoitque colonie , voire n'en pratiquoient le nom parmy eux.
Que le père Matthieu, qui portoit les lettres escrites au roy d'Espagne interceptées par M. de Chazeron Tan 1591 , estoit espagnol, de Tun des ordres des Quatre Mendiens, et non pas Jesuiste, dequoy se trouveroient encore aujourd'huy, sans hyperbole, cinq cents tesmoins dans Paris , et qu'Arnauld avoit esté mal informé de dire qu*il estoit Jesulbte.
Que ceux de leur ordre n'avoient Jamais eu pour leur devise un dieu, un pape et un roy de la chrestienté^ le grand roy Catholique et uni-
versel, et qu'ils n'ont ny armoirie ny devise, et que jà pieçà ils avoient laissé ces petites vanitez du monde.
Que l'autheur de la vie de sainct Ignace ne dit pas que feu M. le prince de Condé eust fait battre monnoye, mais que quelques-uns avoient escrit que ceux de la prétendue religion avoient fait battre monnoye en laquelle ils l'avolent appelle premier roy chrestien, dont on voyoit assez avec quelle conscience et fidélité Arnauld procedoit en ses accusations.
Que les jesuistes en France n'espagnolizoient la Jeunesse, mais taschoient bien de ne la pas rendre ny huguenotte ny espagnoUe, pour ce que ny l'un ny l'autre ne valloit rien pour la Jeunesse de France.
Qu'Arnauld avoit adjousté à son imprimé que c'estoit le roy d'Espagne qui vouloit donner huict cents escus de rente pour bastir un collège à Poictiers, ce qui n'estoit pas, mais que la vérité estoit que Comolet avoit dit à un des députez de Poictiers qu'un honneste seigneur luy avoitescrit qu'il avoit vingt-quatre mil livres pour mettre en rente pour ledit collège , et qu*en fin il le luy avoit nommé, qui estoit un abbé, frère d'un evesque , et des meilleures maisons d'Auvergne.
Au troisiesme chef, d'estre séditieux, ils respondofent que ceste accusation estoit pleine de sévérité, mais non de vérité, et qu'il y avoit plus de quarante ans qu'ils estoient en Italie, où ils n'avoient Jamais esté accusez de sédition; en Allemagne, Pologne et Flandres , Jamais aucun roy ny prince ne s*estoit pleint d'eux comme de perturbateurs du repos public ; en Espagne et en Portugal, on ne les avoit Jamais tenus pour tels ; en France, ils avoient vescu sous les roys très-chrestiens Henry 11, François H, Charles IX, qui les avoient tousjours chéris comme paisibles et obeyssans aux roys et aux loix. Et quant à ce qu'Arnauld disoit que Claude Matthieu, de l'ordre desdits Jesuistes, avoit esté l'autheur et inventeur de la ligue , ils respondoient que Claude Matthieu, lequel avoit passé tout son aage par leurs collèges et avec des enfans, et vescu en escolier, n*avoit peu avoir le Jugement, la solerce, l'industrie et l'aulhorité requise pour faire nouer une ligue si grande et forte; que si ledict Matthieu avoit travaillé à la fortifier, comme aussi ont fait beaucoup d'autres de toutes sortes d'estats, il n'en avoit esté l'autheur , Joint que ce n'estoit qu'un seul particulier, et qu'au mesme temps lesdits deffendeurs avoient un autre des leurs auprès du feu roy Henry II I, aymé de luy, qui estoit le père Emond Auger, lequel soustenoit le party da Roy contre la ligue mesmes en ses prédications, et n'avoient
CHRONOLOGIE NOVBNÀl&B DE PÀLMÀ CAYBT. [1594]
lesdits defléndeurs autre quelconque qui preschast au contraire, et pas un d'eux ne sçavoit rien au commencement de ce que faisoit ledict Matthieu ; et quand bien ils l'eussent sceu ils ne l'eussent peu empescber, attendu qu'il estoit leur supérieur^ au moyen de quoy ils n'en estoient à reprendre, suivant la reigle du droict : Ct^/j)a caret qui scit sed prohibere noîi potest.
Que par toute la France ils n'avoient esté des premiers et principaux fauteurs de la ligue ; et qu'après que ledit Claude Matthieu eut esté retenu en Italie, où il mourut à Ancone l'an 1588^ et que le feu Roy eut esté asseuré du reste des jesuistes qui estoient en France, il ne se trouveroit pas qu'ils eussent rien remué pour le commencement ; car au jour des Barricades on ne lea ayoit point veu sortir pour tout de leurs maisons, mais eurent recours aux prières et oralsons, se souvenans du dire de sainct Ambroise : Arma sacerdoium sunt preces et lachrymœ. Et quant aux troubles de janvier après les estais de filois, ils ne furent les premiers qui s'esmeurent à Paris, mais furent emportez par le torrent du soulèvement et trouble gênerai, et ce pour le seul zèle de la religion, et non pour autre respect et passion humaine , mais qu'à Bourdeaux ils se tindrent coy ; et quant h leur expulsion dudit Bourdeaux qui leur estoit objectée, que la vérité estoit qu'ils se retirèrent en leur maison de la ville de Saiact Machaire, distante de Bordeaux d'environ sept lieues, où ils demeurèrent et enseignèrent et estudierent en seureté, et ce durant les troubles» de quoy faisoient foy les lettres patentes du Roy qui en furent lors expédiées ; qu'à Lyon le père Emond Auger fut commandé par ceux de Lyon de se tenir en leur maison pour l'opinion qu'ils avoient qu'il soustenoit le Roy, et par après envoyé en Italie, où il mourut à Come; pareillement, qu'à Tolose M. Durant! , premier président , et M, d'Aûs, advocat du Roy, estans massacrez par la fureur du peuple, il ne s'en fallut de rien qu'au mesme instant ladite populace ne se ruast sur la maison et personnes des jesuistes, n'eussent esté que se trouvèrent quelques-uns de leurs amis qui les destoumerent de ce sanglant conseil, car ils les avoyent pour suspects à cause de l'amitié que leur portoit ledit sieur président , et qu'il ne se trouveroit véritable ce qu'avoit dit Arnauld, que toutes les villes èsquelles lesdits deffendeurs avoient des maisons et collèges se révoltèrent contre le feu Roy, attendu qu'ils avoient des collèges à Tour non. Ne vers et Mauriac, lesquelles villes ne s'estoient révoltées.
Que Comolet et Bernard n'avoient jamais esté du conseil des Seize et n'y estoient entrez ; mais,
quant à Plgenat , que la vérité de ce faiet estoit telle , laquelle toutesfois n'estoit sceuê ou cit^ de plusieurs. Le sieur duc de Mayenne, appercevant d'un costé la véhémence des Seize, et de l'autre leur peu d'expérience au maniemeiit des affaires, et toutesfois qu'il ne poavoit encore rompre leur assemblée pour la domiDatioa du peuple, s'advisa d'un moyen et remède qui jugea propre , qui estoit de mesler parmy eux quelques personnes de jugement et de raison , et qui eussent quelque créance en leur endroit et ne leur fussent aucunement suspects : or estimail entr'autres que ledit Pigenat pourroit estre propre pour reprimer et addoucir leurs vehemeos desseins et conseils, laquelle charge et commission ledit Pigenat, après beaucoup de refos de sa part et instance contraire de la part dodit sieur de Mayenne , accepta finalement et commença à s'asseoir parmy les susdits Seize comme leur modérateur , modérateur Tappelle-oo, attendu qu'il ne faisoit autre chose parmy eoi qu'addoucir et modérer leurs aigreurs ; mais le mal-heur estoit que cela se tenant secrètement pour le bien public , on attribuoit audit Pigenat tout ce qui se faisoit par lesdits Seize , ittlvj par conséquent endurant les calomnies de dehors , et dedans ledit conseil des Seize sooveatesfois beaucoup de reproches et injures poor ne vouloir condescendre à leurs volontez. Au moyen de quoy, las et ennuyé de ladite charge, par !« conseil d'aucuus de son ordre qui estoient à Paris, lesquels n'approuvoient aucunement qu'il se meslast parmy lesdits Seize , il se retira de Paris soubs ombre de quelques affaires; mais, arrivé à Soissons , il fut retenu par le sieur de Mayenne, et» avec importunité de prières, r'envoyé à Paris , où il ne continua guetes d'assister lesdits Seize qu'à l'occasion des grands travaux de corps et d'esprit il ne tombast en une grosse et longue maladie, non pas dedespit qu'il eust de voir le Roy entré dedans Paris , comme a dit Arnauld , mais plus de deux ans auparavant ; et fait bien à noter, qu'il ne s'absenta pas si tost du conseil des Seize , que lesdits Seize feirent et perpétrèrent l'acte tragiqne en la personne de messieurs Brisson , Larcher et Tardif, lequel, sans faute, ils n'eussent jamais commis ledit Pigenat estant avec m. comme maintesfois il les avoit destouraez de tels et semblables desseins ; et c'est chose asseurée que le sieur président Brisson le prioit souvent de ne se descourager et n'abandonner les Seize , mais continuer de rompre leurs conp^ et addoucir leurs violences.
Que Comolet avoit pu souvent excéder en chaire , mais que c'estoit un particulier, et toutes-
CHfiONOLOOU NOVBNAIBB
/ois qu'il n'avoit Jamais interprété ces premières parolles , Eripe me ^ etc. , comme on luy objectoit, et que tout Paris sçavoit bien qui en estoit le paraphraste ^ que sur ces mots de frères , non de nation , mais de religion , il avoit bien dit qu'il falloit avoir esgard à l'un et à Fautre , et priocipalement à la religion; qu'il n'avoit jamais aussi loué le fait de Jacques Clément ny désiré un autre semblable , moins avoit il dit qu'on avoit un pape espagnol , ne le reputant pour tel; que c'estoit aussi à tort qu*on avoit objecté audit Comolet d'avoir en la Bastille debacqué contre le feu Roy ; car ceux de messieurs du parlement qui y estoient sçavoient bien avec quelle modestie et prudence il s*y estoit gouverné.
Qu'Arnauld avoit dit en plaidant qu'un de la eompagnie desdits deffendeurs avoit fait imprimera Rheimsun livre contre la loy salique ; mais, pour ce qu'il avoit veu qu'il s^estoit trop avancé de parler, il ne Tavoit mis en son imprimé : aussi jamais cela n'avolt esté, pour ce que lesdits deffendeurs, comme françois, avoient tousjours deiïendU; recea et loué la loy salique.
Qu'ils n'avoient point fait la response à l'Apologie de Du Belloy sous le nom de Franciscus Bomulua, mais qu'ils sçavoient seulement que Tautheur dudit livre estoit italien , lequel Tavoit tà\t par le commandement secret du pape Sixte eioquiesme.
Que leur provincial n'estoit allé à Bome, accompagué de deux autres, que pour se trouver à leur assemblée et congrégation générale qui se teuoit en certain temps , et qui leur avoit esté indicte et signifiée dix mois auparavant la con* version du Koy, de quoy ils avoient de bons et sufOsans tesmoins de par deçà qui pour lors estoient à Rome , et que tant s'en falloit qu'ils y allassent pour se mesler des affaires du public , qu'au contraire , comme quelques uns y repre-* senterent qu'on calomnioit en beaucoup de lieux ceux de leur ordre qui se mesloient affaires d'Ëslat, pour en oster à' i'advenir toute occasion , qu'ils en firent lors un décret portant deflences. Que la ville de Perigueux s' estoit soubstraicte de Tobeyssaoce du Roy avant que les jesuistes y fussent et eussent collège.
Que celuy qui fut le principal conducteur au recouvrement et réduction de la ville de Renés en l'obeyssance du Roy avoit les Jesuistes logez eu sa maison , et les traicta tousjours doucement, et tesmoignera bien, quant besoin sera, qu*ils ne furent point cause que ceste ville fut perdue Tespace de huict Jours.
Que Verdun fut pris le jour de Pasques 1685; durant le sermon , par un capitaine de la garnison et par les troupes de feu M. de Guise , sans
DE PALMA CAYfiT. [1694] 608
que les Jesuistes en sceussent rien et se remuassent aucunement , et que Jamais personne ne les en avoit accusez, ny mesme le gouverneur, M. de Loudieu , qui en fut mis hors.
Qu'Agen se révolta l'an 1689, presque deux ans devant que les Jesuistes y eussent entrée, qui n'y estoient que depuis l'an 1691.
Que quant Tboulouse se perdit ils cuiderent estre perdus, comme dessus estoit dit.
Que s'ils eussent cuidé faire perdre Nevers , que M. et madame de ISevera, leurs fondateurs, ne les y eussent endurez , et de nouveau M. de Nevers n eust pas présenté requeste par deux fois à la cour, et ne se fust Joint au procez et fait pour partie pour son collège de Nevers et celuy qu'il pretendoit ériger à Retel.
Qu'il ne s'estoit tenu aucunes assemblées ny conseils secrets en leurs maisons par les cardinaux CaJetan et de Plaisance , ny par les ambassadeurs et ministres d'Espagne, lesquels n'estoientvenus chez eux quepour assister à quelques disputes ou actions publiques, et pour ouyr messe et faire leurs dévotions ; qu'il ne se prouveroit point que les Seize eussent tenu conseil chez eux , et qu'il y avoit tel des Seize qui n'avolt Jamais esté en leur maison.
Qu'il ne se trouveroit point que la resolution fut prise chez eux de faire plustost mourir de faim les habitans de Paris que de rendre la ville au Roy, ains qu'au contraire , lors que sur la fin du siège on demandoit pain ou paix , M. le cardinal Gajetan, voulant faire traicter avec le Roy, demanda l'advis de plusieurs théologiens ^ qui presque tous respondirent que cela ne se pouvoit y là où deux des principaux jesuistes , Bellarmin et Tyrius , firent responce et signèrent que cela estoit loisible, dont M. le cardinal de Gondy commença à traitter, et que de tout cecy faisolt foy l'imprimé qui en fut fait, que plusieurs avoient encores.
Quant aux bagues de la couronne, la vérité estoit que M. le duc de Nemours durant le siège ayant affaire d'argent, et en empruntant de dir verses personnes , avoit donné à ceux de qui il empruntoit, pour gage, unruby, deux saphirs et huit esroeraudes, lesquelles, pour plus d'asseurance , il commanda aux jesuistes de garder comme séquestrez , ne les pouvant, selon qu'il luy sembloit , mieux asseurer : et de fait , si tost que le Roy fut entré dans Paris ^ et que maistre Pierre Lugoly les leur eut demandé par l'ordonnance du conseil , ils les avoient mis entre ses mains sans autre difficulté, sinon qu'ils en avoient demandé descharge , laquelle ils ^ttendoient encores, comme il avoit promis leur bailler et le conseil l'avoit ordonné.
GHRONOLOGIB NOYBNÀIAE
Qa'il ne se trouveroit véritable qu'Us eussent desnié Tabsolutlon à ceux qui suivoîent le feu Roy Henry III dez l'an 1585, bien qu'on l'eust déposé devant ledit feu Roy en son cabinet; car ils avoient maintesfofs apperceu que c'estoient des charitez que leur prestoient ceux qui les vouloient mettre en la mauvaise grâce dudit Roy, comme aujourd'huy on ne cessoit de tous costez faire de mauvais rapports d'eux et semer de faux bruits.
Que c'estoit un faux bruit de dire que fraischcment un prestre de Tordre des jesuistes à Lyon auroit laissé la messe commencée pour avoir vcu un gentil-homme portant l'escharpe blanche, veu que, dès le premier jour de la réduction de ladite ville , leur église avoit esté tousjours pleine d'escharpes blanches, estant ordinairement fort fréquentée ; mais qu'on avoit semé ce bruit et quelques autres sur le point qu'on parloit de les chasser.
Qu'ils avoient offert à la cour de faire les submissions nécessaires à Sa Majesté, et ce par requeste présentée ; de quoy la cour leur avoit donné acte.
^ Qu'ils n'avolentjamais appelle les libertez de TEgiise Gallicane abus et corrupteles , et que jamais telles paroles n'estoîent yssuës de leurs bouches.
Que le peuple , lequel ordinairement donnoit le nom aux religions comme il vouloit sans qu'on l'en peust empescher, les avoit appeliez jesuistes ; qu'ainsi ceux de Sainct Dominique avoient esté appelez jacobins par le peuple, ceux de Sainct François cordeliers et capucins par le peuple , les minimes bons hommes, et à Thoulouse rochets , ceux de la Trinité mathurins , et ceux de leur ordre en quelques lieux d'Italie theatins , et à Bologne la Grasse prestres de Saincte Lucie par le peuple.
Que pour obeyr à messieurs de la cour ils n'avolent plus prins le nom de jesuistes dans Paris, n'ayans depuis esté appeliez que les prestres , wgens et escoliers du collège de Clerraont , mais que hors de Paris on devolt trouver estrange s'ils s'appellolent compagnie ou société de Jésus, et qu'il ne seoid bien aux particuliers de conlreroller l'Eglise , laquelle leur avoit donné ce nom au concile de Trente et en plusieurs bulles des papes ; et estoit à croire que les papes et doctes personnages qui estoient audit concile avoient eu assez de jugement et suffisance pour veoir si en ce nom il y avoit de l'irréligion, irrévérence ou arrogance.
(I) On doit obéir avec le même respect aux ordres de Hieu ou de ton vicaire dans ce inoode , à nioios toutefois
DE PALIfA CAYET. [1594]
Que si on les condamnoit pour s'estre appdlez de la compagnie de Jésus , on condamnoit par mesme moyen les chevaliers du Sainct Esprit, les religieux de la Trinité , les en fans de la Trinité, les enfans du Sainct Esprit, les filles Diea et autres. Mais quant au nom de compagoon de Jésus , qu'ils n'en avoient jamais usé; car autre chose estoit estre de la compagnie de Jésus, et autre estre compagnon de Jésus, comme les gentils - hommes qui estoient de la compagnie du Roy n'estoient pourtant compagnons du Roy, et seroit un blasphème d'ainsi parler, comme aussi estoit une calomnie de dire que jamais lesdits deffendeurs se fussent donnez tel nom.
Quand au quatriesme et dernier chef, d'estrt tueurs et massacreurs des roys et princes, qoe, si cela estoit vray, il ne se pourroit trouver snpplice duquel ils ne fussent dignes ; mais qu'ils n'estoient et n'avoient jamais esté tels ; que ces paroles de tyrannos aggredientur ne se t^ou▼^ rolent jamais en aucun de leurs livres, et moios en leurs règles qu'Amauld avoit cité en la marge de son imprimé , page 308, \h où il n'y avoit ea leursdites règles plus de trente pages, de quelqw: Impression qu'ils fussent.
Que leurs généraux ne leur commandoieot rien qui fust contre Dieu , comme estoit indubitablement tuer les princes et roys, ausqueisU Saincte Escriture commandoit porter honneur et obeyssanee ; et estoit chose du tout hors de raison et probabilité que les jesuistes , s'estans re tirés de la conversation commune du monde pour vivre en leur compagnie plus saincteroent, voqlussent se ranger à une profession en laquelle oa feroit estât de meurtrir les princes et roys, « qui ne se pourroit faire sans offencer Dieu graodément , et se mettre tous les jours en danger d'estre tirez à quatre chevaux ; aussi que leur premier fondateur Ignace , en l'eplstre de l'obeyssance qu'il leur avoit laissé, entr'autres choses, ci toit ces paroles de sainct Bernard: Sive Deus , sive homo vicarius Dei mandatum quodcunque tradiderit , pariprofecio obsegnendum estf cura pari reverenUa deferendum , «Ai iamen Deo con.tr aria non prœcipit homo il).
Que ceux de leur ordre avoient desconseîllé le roy Sebastien de Portugal de faire le vo>age d'Afrique contre les Maures , où il mourut ; mais que quant ils luy auroient conseillé , qu'ifs n*(n seroient pourtant à reprendre [car leur intenîioo eust esté , non pas sa mort , mais raccroissemest de son royaume et de celuy de Je^us Christ parmi les infidèles], si par mesme moyen on ne voalort
que ces ordrci , donnés par on hoamic , m smeat c^traircs aui lois divines.
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aussi rendre coQlpables de la mort de sainct Loys ceux qui luy conseillèrent le voyage d'outre roer, auquel il mourut, et reprendre sainct Bernard et tant d'autres saincts personnages qui avoient exhorté les princes chrestiens à recouvrer la Terre Saincte et mener la guerre aux infidèles.
Qoe c'estoit une pore calomnie fraischement et nagueres inventée par ceux de la prétendue religion de Flandres, de dire qu'un Jesuiste avoit \ouJu de nouveau tuer le prince Maurice, et que, pour ceste occasion ayant esté exécuté, il avoit déposé qu'en France un autre vouloit faire le mesme en la personne du Roy ; mais que ce faux bruit semé en France n'estoit que pour ayder à les en faire chasser ; aussi qu' Arnauld Tavoit autrement desguisé en son imprimé qu'il ne l'avoit dit en plaidant.
Que Guillaume Critton , jesuiste , avoit , par une lettre, dissuadé à Parri l'entreprise qu'il avoit faite de tuer la royne d'Angleterre ; aussi quand en Tan lô94, allant en Ëscosse , il fut pris par les Anglois et mené en la tour de Londres, Valsingham , secrétaire de la royne d'Angleterre, luy monstra sa lettre qu'il avoit escrite sur ce sohject à Parri , et le fit en fm relascher. Quant à Annibal Godreto , qu'il n'avoit jamais donné un tel conseil à Parri , non plus qu'il n'avoit jamais appelé les jesuistes compagnons de Jésus.
Qu'on ne les avoit jamais soupçonnez de la mort du feu Roy, comme sça voient assez ceux de la cour qui estoient pour lors à Paris; et que c'estoit chose aussi notoirement faulse de dire qu'ils avoient confessé ledit Jacques Clément , ^ en qu'on sçavoît bien que les jacobins ne se confe&soïent hors de leur ordre; que ceste accusation avoit esté plaidée par Aruauld , mais qu'il 1 avoit laissée en son imprimé, comme aussi ce qu'il avoit dit en plaidant de l'empoisonnement de feu M. le duc d'Anjou et de la mort du prince d'Orange, dont il accusoit les jesuistes , ce qu'il avoit aussi passé sous silence eu ce qu'il avoit fait imprimer.
Finalement , que quand il seroit vray que Varade , de Tordre des jesuistes , auroit conseillé à Barrière de tuer le Boy, Tasseurant qu'il gaigneroit paradis s'il le faisoit , il n'estoit pas raisonnable que les autres jesuistes , iunocens de ce crime personnel, en portassent la peine, et que , pour la faute d'un, qu'ils n'auroient peu prévoir 00 empescher , toute la communauté en vinst à souffrir; et toutesfois, qu'ils sçavoient que Varade avoit tousjours protesté qu'il n'avoit jamais donné tel conseil à Barrière; mais qu'en luy parant il l'avoit jugé , à son visage , regard , geste
et parole, esgaré de son sens; et que, comme Barrière lui declaroit son intention, il luy respondit qu'il ne luy en pouvoit donner advis, estant prestre, et que, s'il luy conseilloit , il encouroit la censure d'irrégularité , et par conséquent ne pourroit dire messe, laquelle toutesfois il vouloit dire incontinent; et comme ledit Barrière loi eut demandé de se confesser, il luy dit, pour se deffaire de luy, qu'on ne confessoit point au collège, mais qu'il s'en allast à la chapelle Saint Loys, rue Sainct Antoine. Que Varade avoit pro« testé ce que dessus estre vray, sçachant les bruits qui couroient de la conspiration dudit Barrière. Plus , que^ pour la preuve de l'innocence dudit Varade, il demeura quelques jours après que le Uoy fut entré dans Paris , sans se cacher aucunement, jusques à tant qu'il fust adverty que , pour le soupçon qu'on avoit de luy, il seroit en peine , joint que le Boy avoit dit qu'il luy pardonnoit, et qu'il se retirast hors de France , ce qu'il avoit fait.
Voyià les deffences principales que firent publier les jesuistes contre les objections et reproches que leur avoit faicts maistre A. Arnauld , pour l'Université.
Quant à ce qu'avoit dit maistre Loys Dolé , advocat pour les curez de Paris , ils luy respondirent qu'il cstoit certain que le Pape estoit chef de la hiérarchie de l'Eglise , duquel dependolt toute la jurisdiction qui estoit en l'Eglise; que ceux de leur ordre avoient eu puissance du Pape d'administrer les sacrements de pénitence et de l'autel , lesquels toutesfois ils n'administroient jamais qu'avec congé et permission de messieurs les evesques en leurs diocèses, et des curez en leurs églises parrochiales , et à Pasques n'administroient point le Sainct Sacrement de l'autel , selon la defrence de l'Eglise ; dont les curez, pour la plus -part, estoient bien ayses d'estre aydez en cest endroit , en si grande multitude de chrestiens et si petit nombre de prestres, n'estant raisonnable que, lesdits curez ne pou vans y satisfaire, tant d*ames périssent à jamais; que ceste querelle n'estoit pas nouvelle, mais ancienne entre les ordres des Mandians et les curez, comme il se pouvoit voir par quelques constitutions des papes insérées aux Clémentines et Extravagantes communes ; que les curez en cela n'objectoieut rien de nouveau contre lesdits deffendeurs qui n'eust autre sfois esté souvent et en divers lieux et temps objecté aux Mandians et autres religieux ; que tous ceux de leur ordre s'estoîent tousjours monstrez obeyssans à messieurs les evesques , qu'ils les avoient tousjours respectez et honorez comme les successeurs des apostres, et ianquam columnas Ecclesiœ , les
CHBONOLOOIB NOYBIfAIRB DB PALHÀ GAYBT. [1S94]
servoient, s^employans pour eux en ce qu'ils pou voient, les aydans à porter le fais de leur charge, sans que pour cela ils incommodassent et chargeassent au temporel, ne prenans rien pour leursministeres et travaux ; qu'ils prenoient d'eux les ordres ; qu'ils ne confessoient sans leur approbation et permission, suyvant l'ordonnance du concile de Trente ; qu'ils gardoient les ordonnancesordinairesetextraordinairesquMlsavoiént en leur diocèse , et se trouvoient tousjours des premiers en la pratique ; au reste, qu'ils n'enterroient en leurs églises , n'avoient point d'obits et fondations en leurs églises, n'avoient point de troncs en leurs églises , ne faisoient point de queste , et partant interessoient moins les curez que les autres religieux : c'est oit pourquoy les evesques avoient tousjours fait cas de leur ordre, et plusieurs dMceux leur avoient fondé des collèges, comme messieurs les cardinaux de Bourbon et Tournon, messieurs les evesques de Clairmont et Verdun , les collèges de Paris, Boïien , Tournon , Billon , Mauriac et Verdun , et avoient beaucoup contribué et fourny pour les autres , comme à Bourges , Rhodez , Auch , Agen , Le Puy, Tholose ; que , s'ils n'estoient visitez par lesdits sieurs evesques, cela leur estoit commun avec beaucoup d'autres religions , et d'abondant n'y avoit presque chapitre en France qui fust visité par eux.
Qu'ils avoient souvent et instamment requis d'estre adjoincts et incorporez en l'Université de Paris, mais on les avoit toujours rejettez et refusez , et qu'on n'avoit allégué aucune cause de tel refus, sinon qu'ils estoient moynes, suyvant ce qu'avoit allégué autresfois maistre Estienne Pasquier , et comme il avoit encores de nouveau fait imprimer en citant sainct Hierosme, qui dit : Alia est causa clerici , alia monaclii , etc. ; mais que l'on avoit ignoré, ou fait semblant d'ignorer qu'il y avoit deux sortes de clercs, les uns séculiers , les autres réguliers , et que ceux de l'ordre des jesuistes n'estoient point moynes , mais clercs réguliers, comme les appeloitle concile de Trente.
QuMl faisoit aussi à noter que les clercs , qui jadis vivoient avec les evesques , vivoient en commun et sous certaine règle, d'où les Grecs les appelloient xavovi/ow, les Latins regulares, et qu'aujourd'huy le nom grec leur estoit demeuré de chanoines, bien qu'ils eussent esté sécularisez pour la plus-part; que tels estoient ceux qui vivoient avec sainct Cyprien, sainct Ambroise, sainct Augustin et autres saincts evesques , lesquels enseignolent le peuple , tenoient escholes et classes , et faisoient profession des sciences , mesmes profanes; et que ce seroit chose trop
longue de citer les canons et tesmolgnages da conciles et Pères en cest endroit; mais qa'on trouvoit bien d'avantage que les moiocs de saioet Basile , sainct Grégoire et l'abbé Triteme; voire mesmeque TUniversité de Paris avoit esté fondée par deux moines qui commencèrent d'y enseigner , et que les religieux Mandians y avoieot faict profession. Plus, qu'ils pensoient avoir fait quelque profit depuis qu'ils estoient entrez en France,et partieulierement en l'Université deParis, ven qu'ils avoient confirmé la religion , chn* gé les mœurs , et fa{t fleurir l'estude des lettres. Qu'en premier lieu itsr avoient M on catéchisme contre celuy de Genève, lequel ils avoient fait apprendre à la jeunesse et simple peuple; qu'ils avoient commencé à enseigner ta théologie, et principalement traitté les questions coqtraverses de nostre temps , dont ne se trouToit guieres aujourd'huy homme de qualité et de doctrine en Testât ecclésiastique qui n'eust esté d!^ ciple de feu JeanMaldonat, ou nese fustsern et serve de ses leçons ; qu'ils avoient composé et mis en lumière beaucoup de livres contre les be retiques de nostre siècle. Quant à la pieté, qa'b avoient toujours eu soing de corriger les mffun du peuple , l'excitant par tous moyens à la tertn et crainte de Dieu et observation de ses saioets commandements , s'estudiant de graver es ctro» de la tendre jeunesse la crainte de Dieu et hmour de la vertu , sçachans bien que de là d6 pendoit le restabiissement des républiques desbauchées. Quant aux lettres , ils avoient &it fleurir l'estude de théologie, et remis sns celle partie qui s'appelle scholastique ; qu'ils avoieot aussi révoqué en usage l'autre partie d'icelle, qo! consistoit en dispute morale appellée vnlgsi^^ ment des cas de conscience, l'exercice de laquelle estoit fort abatardy depuis ce grand tbeotogieo Jean Gerson. Que depuis quelques années vue bonne partie des bacheliers séculiers de theotogie , et des meilleurs, avoient fait leurs estodes en leurs maisons. Qu'ils avoient fait fleurir lestude de la philosophie , qui depuis beaucoup d'années , et particulièrement depuis Joanoe^ major , y avoit environ quatre-vingts et dix aBS. estoit fort descheu, si qu'on lisoit Aristote comme une epistre de Ciceron, avec quelque glosse interlineaireetannotationmarginaIe.Qu'ilsaToieBt
aussi enseigné la langue grecque par toutes )^ classes , laquelle auparavant ne s'enseignoitqn y^ collège de Cambray , avec peu de proufit de ceai qui n'y estoient beaucoup avancez aupam^wli dont à leur exemple on avoit commencé à fure le mesme aux autres collèges. Au surplus, qo fô avoient tousjours tenu bon ordre eo leur coliegf^ y gardant l'ancienne rigueur et observance de
CHBONOLOGIE NOVBNÀIRB DS PALMÀ GÀYBT. [1694]
rUnivenité^ où ils n'y avoient point refusé les pauvres, et n'avoient point flatté les riches , crainte de1es perdre et leurs presens.
Car, quanta Tambition et ài'avarice que Ton leur improperoit , ils respondoient , pour l'arobitioD, que , se mettant de leur ordre , ils quittoient et mesprisoient tons honneurs mondains ausquels ils faisoient vœu particulier de n'aspi* rer jamais. Quant à l*avarice , que c*estoit à tort qu'on les en accnsoit , car la pluspart d'eux avoient quitté les biens quMIs avoient , qni n*estoient pas petits , pour suivre nostre Seigneur pauvre en pauvreté; dont ils seroient grandement à blasmer et reprendre s'ils cherchoient avec grande peine et infamie en religion ce qui leur estoit tont acquis. Au moyen dequoy ils se eontentolent de n'avoir plus que lesapostres^qui avoient dit par la bouche de sainct Paul : Habénies alimenta et quitus tegamur his contenu smnus. £tn estoit véritable ce que Ton avoitdit, qu'ils pouvoient presque nourrir une armée de leur revenu, car ils ne pourroient nourrir la quatriesme partie des goujats. Beaucoup moins estoit vray qu*ils avoient deux cents mil livres de revenu en France , car ils n*en avoient pas soixante mil en vingt-quatre ou vingt-cinq maisons où ils nourrissoient de cinq à six cents personnes. Et quant aux comtez et duchez qu'on disoit qu'ils possedoient , ils ne sçavoient que c'estoit, et cela ne se trouveroit estre vray en aucun pays. Qu'ils n'attiroient la jeunesse à eux, mais jugeoient au contraire que l'induction et subornation des hommes estoit un empeschement pour estre receu parmy eux ; qu'ils ne recevoient que raremcfnt aucun sans congé de leurs parens quand ils estoient jeunes et soubs l'aage de vingt-cinq ans, et ne captoient leurs hereditez. Quant au fait d^Airaut allégué par Arnauld , que jamais ils ne le voulurent recevoir en France 9 bien qu'il eust pour le moins dixhuict ansj mais qu'ils n'avoient peu empescher souvent qu'à leur desceu les jeunes gens ne s'en allassent hors de France pour effectuer ce qu'ils n'y pouvoient obtenir , comme avoit fnict ledit Airaut, lequel^ sans leur en rien descouvrir, s'en estoit ailé en Allemagne où il avoit esté receu, dont mal à propos on leur objeetoit le monitoire qui en avoit esté sur ce publié. Quant au fils de feu M. Large-Baston , qu'il avoit laissé la seigneurie de Fayolles à une sienne sœur puisnée , avec charge d'en donner une somme à sa sœur aisnée et en payer quelques créanciers, s'en reservant seulement environ quinze cents escus.
Finalement, qu'ils n'estoient suborneurs de testaments , et n'avoient eu depuis qu'ils estoient
à Paris que deux legs testamentaires des presidens Sainct André et Hennequln qui ne s'estoient peu laisser surprendre, eux estans personnes si graves et discrets. Que c'estolt aussi foire tort à la cour de dire que feu Jean Maldonat eust séduit le président de Monbrun , veu qu'elle avoit par son arrest assez déclaré l'innocence dudict Maldonat. Qu'ils diroient aussi que, quand ils commencèrent à visiter les pestiferez l'an 1580, par charité , pour oster toute l'opinion et soupçon qu'on pourroit avoir d'eux , qu'ils avoient renoncé publiquement devant la cour à tous les legs , bienfaicts et aumosne qui leur pourroient estre faicts pour lors , protestans n'en vouloir mesmes rien prendre quand on les y voudroit contraindre; ce qu'ils avoient gardé estroitement, et le contraire ne se pouvoir dire. Et quant à ce qui leur avoit esté objecté du président Godran de Dijon , et du sieur de Baulon , conseiller de Bourdeaux , il estoit notoire que jamais ledit sieur de Godran n*avoit parlé à aucun desdits deffendeurs, et avoit tenu la chose fort secrette ; et comme le testament fut ouvert en la cour de parlement dudit Dijon , on avoit trouvé qu'il laissoit son bien pour l'érection d'un collège de jesuistes à Dijon, et, au cas qu'ils ne le voulussent accepter, pour la fondation d'un hospital en la ville d'Authun. Pour le regard du sieur de Baulon , qu'il avoit foit sa délibération et resolution tout seul , sans leur en rien communiquer ; qu'ils acceptèrent son offre, mais qu'estant mort soudainement, ils n'avoient jamais peu jouyr de la fondation qu'il avoit faicte, par l'empeschement de son frère, le sieur de Candé, qui avoit esté toutesfois condamné en beaucoup de cours de parlement de France , et particulièrement en celle de Paris. Qu'ils supplioient bien humblement la cour de penser et peser meurement le tout comme devant Dieu , juge des vîvans et des morts , et que s'ils s'estoient en quelque chose fourvoyez de leur chemin , ils s'y remettroient. Optimns est pœnilenti portus mutatio consilii. Mais si seulement quelques particuliers avoient failly, non sitpaucorum culpa ruina omnium, poterunt adhiic forlasse reipublicœ prodesse , qui aniè pro/uerunt. Et partant, qu'ils concluoient à ce qu'ils fussent renvoyez absous des demandes et conclusions de leurs adverses parties, et les débouter de l'entérinement de leur requeste , et les condamner envers eux à réparation d'honneur , tant ledit recteur et curez que les advocats qui avoient plaidé pour eux en leurs propres et privez noms , pour n'avoir prouvé et veriûé les faits Injurieux par eux mis en avant.
Yoylà ce que les jesuistes de Paris firent pu-
CHRONOLOGIE ROVBNAIRB
blier pour leurs deffences, protestans qu'ils ne deffendoient que pour eux tant seulement, et n'avoient aucune charge des autres jesuistes de la France, lesquels n'avoient aussi esté assignez, et partant, qu'ils ne pouvoient estre comprins enTarrest qui interviendroit au présent procez. Tellement que » comme on dît en commun proverbe , fut encores derechef pendu au croc le procez entre TUniversité et les curez de Paris contre les jesuistes Jusques sur la fia de ceste année , ainsi que nous dirons cy après.
Le 28 juillet M. le cardinal de Bourbon, prince très-docte, lequel depuis peu s'estoit fort affectionné à soustenir les jesuistes, mourut d'une difficulté d'urine en son abbaye de Sainct Germain des Prez. 11 estoit fils de M. Loys de Bourbon, prince de Condé, et de madame Ëleonor de Roye. 11 nasquit gémeau dans Gandelu Tan 1561 avec une petite princesse, laquelle mourut peu après estre née , à cause de Tapprehension que la princesse leur mère eut , avant qu'accoucher, de quelques cavaliers sortis de Chasteauthierry , qui la pensèrent surprendre ainsi qu'elle s'acheminoit pour aller trouver le prince son mary à Orléans.
Le Roy continuant le siège devant Noyon, Descluseaux, qui y commandoit, voulant s*y opiniastrer , fut conseillé de prendre une capitulation portant abolition de tout ce qu'il avoit fait par le passé ; il creut ce conseil, et promit de rendre ceste ville après que les articles de son accord auroient esté vérifiez en parlement : ce qu'estant fait, il en sortit, et la remit, au commencement d'octobre, entre les mains de Sa Majesté , tellement qu'en toute la Picardie il ne resta plus que trois places, sçavoir : Soissons, qui estoit à la dévotion de M. de Mayenne, lequel y avoit mis dedans Ponsenas, La Fere, a la dévotion des Espagnols, et Han, à la dévotion du duc d'Aumale; dans toutes lesquelles places il y avoit bonne et forte garnison de diverses nations.
Après ceste réduction , le Roy voyant que rhyver s'advançoit, qu'il ne luy restoit aucun ennemy pour combattre à la campagne, que les ducs de Mayenne et d'Aumale estoient allez en Flandres avec les gens de guerre qu'ils avoient encor avec eux , où ledit duc de Mayenne fut contraint de mettre la main à la plume pour se defiendre contre ce que le duc de Feria et les Seize avoient dit et escrit contre luy , ainsi que nous dirons ey-dessous , et que le duc de Lorraine le rechercboit de paix, et celoy de Guise d'un accord, il alla, sur la fin d'octobre, en son cbasteau de Sainct Germain en Laye, là où le baron de Bassompierre de la part du duc de |
OE PALIIA CAYBT. [l694|
Lorraine ayant traicté avec le conseil de Sa Majesté, les articles de paix cy-dessoos furent arrestez et signez le 16 de novembre, en ces termes :
« Qu'il y aura bonne , perdurable et assenra paix entre Sa Majesté et ledit sieur duc, leon Ëstats, pays et subjects, qui sera doresnamt observée et entretenue d'une part et d'autre, tout ainsi et en la mesme forme et mufiiere qu'auparavant ladite guerre.
• Qu'il sera fait Justice à messieurs lesenfoiis dudit sieur duc de Lorraine pour le regard des biens de la succession de la feue Royne leur grand mère , sans préjudice des droicts que i^ dit sieur duc prétend, tant de son chef que dodits sieurs ses enfans , sur les duchez de Bretagne et Anjou , comtez de Provence, de Bloyi et de Coucy.
» Que la ville de Marsal demeurera en propre audit sieur duc et ses successeurs docs de Lorraine , recompensant Tevesque au profit de l'evesché.
» Que Toul et Verdun demeureront en goovernement à l'un des fils dudit sieur doc, et, advenant le decez dudict fils , à son frère qui le survivra ; et sera fait le semblable des villa et chasteaux de Coiffy , Montesclaire et Moatigny , et seront les garnisons desdites places , eo nonbre raisonnable , payées par Sa Majesté suifaot les estats qui en seront dressez.
9 Que chacun des capitaines desdftes places venant à mourir, il en sera nommé deux autres par ledit fils gouverneur, dont le Roy choistia l'un pour en estre pourveu par Sa Majesté.
9 Que tous officiers qui ont accoustuné de prendre provision du Roy estans à présent poo^ veus par mort on résignation dedans lesdita villes et places , demeureront en Texerdce et jouyssance de leurs charges et offices, eDp^^ nant de Sa Majesté nouvelle provision.
» Que Jamets sera rendu par ledit sieur doc, auquel en contreschange Dun et Aslenay seront remis et rendus, lesdites places vuides d'artiII^ ries, pouldres, harquebuses, boulets, vivres et autres munitions de guerre , à la charge que les droicts de féodalité que ledit sienr duc maiotieot avoir sur ladite place de Jamets seront jugez par personnes qui seront députées d*une part et d'autre, au jugement desquels les parties seroot tenues d'acquiescer.
9 FA neantmoins, ou ledit jugement ne pourroi t estre fait dedans le temps de la trefve qu*ii a esté trouvé bon continuer jusques à la fin de la présente année, avant que venir à la pobliciilioB et exécution du présent traicté et accord , ladite
GHRÔNOLOQIB NOVBNAIBB DË PÀLIfA CAYET. [1594]
ville de Jamcts sera mise entre les mains de Sa Majesté attendant ledit Jugement.
• Que Yllle-franche sera rendue et restituée à Sa Majesté.
• Que , pour le faict du chasteau , terre et seigneurie de Pauges, et ce qui reste à vuider en exécution du traicté de Nommeny , seront prompt eroent députez et envoyez personnages notables de la part de Sa Majesté , qui auront pouvoir de traicter amiablement , vuider et décider avec les députez dodit sieur duc ce qui est en différent touchant ladite seigneurie de Fanges et exécution dudict traicté de Nommeny.
• Que Sa Majesté, comme garend du dot de feue madame la duchesse de Lorraine , fera bien payer et continuer les rentes constituées pour iceluy dot , et mesmes par préférence à tous autres.
» Sa Majesté promet en outre audit sieur duc luy faire payer la somme de neuf cens mil escus, tant à cause de ce qui luy est deub de son chef que de feue madame la duchesse de Lorraine sa belle-sœur et ses enfans des pensions à eux accordées respectivement par les feux roys ses prédécesseurs, que pour ayder audit sieur duc à supporter les frais et despences qu*il luy a convenu faire pendant la guerre; et d'autant que les affaires de Sa Majesté ne luy permettent de payer présentement icelle somme comptant, Sa Majesté promet luy faire vente et engagement, à (acuité de rachapt perpétuel, de son domaine pour et Jusques à la somme de cinq cens mil escus , à raison du denier quarante , et luy payer le surplus en bonnes et vallables assignations sur les plus clairs deniers, tant ordinaires qu'extraordinaires de son espargne; dont elle luy fera depescher tous contracta d'acquisitions et lettres nécessaires à la première instance qu'il luy en fera faire.
• Que M. le cardinal de Lorraine et tous autres beneficiers subjects dudit sieur duc Jouyront , depuis la trefve accordée entre Sa Majesté et l^it sieur duc , des revenus des bénéfices qu'ils possedoient en France et terres de Tobeyssance de Sa Majesté avant la présente guerre; comme aussi réciproquement les ecclésiastiques françois jouyront des bénéfices qu'ils avoient ez duchez de Lorraine etBarrois avant ladite guerre.
» Que madame la duchesse de Brunsvich sera remise actuellement en la possession et Jouyssauce du comté de Clermont, seigneurie de Creil , et de tout ce qui en dépend , excepté les forteresses.
» Et pour les flruicts qui sont à présent en nature audit comté de Clermont et terres depen*