III. D'oublier les derniers remuements de Paris
IV. De confirmer la nouvelle eslection des prevostet esrheviiis de la ville de Paris, laquelle ils avoient faiete deux jours après les Barricades.
V. Et en fin de re&tablir les anciennes et belles ordonnances du royaume.
Le Boy respond à ces députez qu'il feroit as* sembler les estats généraux de son royaume au mois de septembre prochain , pour y entendre les plaintes en ireneral de tous ses subjects , et régler les desordres qui se sont glissez par tout son royaume , dont il ne désire rien tant que la rcformation. Qu'il avoit, durant la paix et durant ceste dernière guerre, donné assez de tesmoignage qu'il ne des! roi t rien tant que la con* servation de la religion catholique romaine ea son royaume. La seule route des relstres en estoit une assez ample preuve, lesquels, sans luy, eussent pas^é la rivière de l^ireoù ils estoient venus , mais que les jalousies et les desflances survenues depuis entre aucuns avoient eM Voo casion que l'on n'avoit tiré contre les hérétiques aucun fruict de ceste desroute. Qu'il avoit tasché toujours à oster ces jalousies et df fiiances , en ayant cherché tous tes moyens ; et mesoies qu'il estoitencor tout prest d'oublier tout ce qui estoit advenu aux barricades de Paris, si les habitaus se confioient , comme ses subjects , en sa clémence. Que la plainte qu'ils faisaient contre le duc d'Espernon et La Valette estant particulière, si elle estoit véritable qu'il prefereroit toujours l'utihté du public à toute autre considération.
Le duc d*Espemon et le sieur de La Valette firent publier une ample apoloi^ie pour responce à la requeste des princes de la ligue , dans laquelle ils rejettoient sur la maison de Guise tontes les causes des misères de la France. Les uns firent imprimer leur requeste et les autres leur apologie : le lecteur curieux les pourra rechercher s'il veut voir comme ils s'accusent et se deffendent les uns contre les autres ; mais seulement je diray icy quelques raisons qo un particulier publia lors contre ceste requeste , laquelle le doc de Guise , dans la lettre qu'il escrivoU au sieur de Bassompierre, dit estre présentée direclement à la ruyne du duc d'Espernon, et qu'aussi toute la fection des Seize n'avott ant^
INTBODL'CTION.
sobject de plainte contre le Roy , sinon quMI «tolteslevé des nrignons aux plus grande estats d8ro3^niDe; qii*ll leur avoft mis les places d*importance en main , «t au contraire quMI avoit ftcolé Imrs d'anprès de lay les princes catholiques de la' ligne, les avoit eslolgnez de sa faveur et de sa bonne grâce, sans leur plus ayder de ses liberalitez royales.
Vojcy donc la responce qu*il leur fit : t Vous
voulez donner à Sa Majesté des mignons , favo*
riset eonselllers tels qu'il vous plaira? Voudriez-
Yousqa*en vos maisons il vous en bailla^à son
afTeetion et non à la vostre ? Voulez-vA qu'il
«Ht votre Inférieur , et que de roy et maistre il
devicDiie vostre vassal? Voulez-vous, au con-
Mre de sujets et vassaux , mettre sa couronne
BT vos testes et son sceptre en vostre main ? Je
ptsseniy plus outre ; car il me semble qu*on
frtoeesans ftivori et spécial conseiller est plus-
UMt un prince Imaginaire et en peincture qu'en
vérité. Quel estât pouvez-vous faire d'un prince
quiaes^it aimer fermement? Gomment sçaura-il
chistler les vices s'il nèsçait bien aimer la vertu
et bayr ee qnl luy est contraii-e? De combien est
iffifHMtant à un Estât de monstrer en un seul ou
ea jttn de personnes , qu'un roy est constitué
de Die» pour remplir de biens , voire en un rao-
Beat; C60X qui s'adonneront à la vertu ! Ostez
les récompenses , n'ostez-vous pas le chemin à
eetixqui sont conduits au bien pour Tamour et
Teavie quMIs ont de bien faire , comme estant la
jQstice, vous incitez un chacun à piller et s'en-
tretner ? Qui est le moindre prince en l'Europe
qui n'ait un amy et familier y qu'il avance sui-
vaac et se laissant transporter à un particulier
et juste instinct de nature, par lequel nous en
AjmoDs les uns plustost que les autres? Et néant-
moins où trouverez-vous pour cela de nostre
tage que les subjects se soient bandez contre
lear sei^eur ? Vous me confesserez que Sa Ma-
jes*é a bien autant de pouvoir en son royaume
qu un père de famille a en sa maison. Qui est
cday d'entre vous qui quelquefois ne monstre
piQS grande privante et amitié à Tun de ses en-
fen$qu*à Tautre? Voire mesmes l'on verra qu'un
bonnette et sage père de famille fiera plustost sa
bimrse et sa maison à un sien facteur qu'à son
propre enfant. Pour cela avez-vous veu que les
enfans se soyent eslevez contre leurs pères ? S'il
s'en presentoit maintenant parmy vous un qui
fist ou attentast quelque chose de semblable , ne
raoriez-voas pas en exécration ? Si vous pensez
que cela vous soit permis en vos maisons , pour-
quoy non à un roy es pays de son obéissance ?
ïx ee d*aiifant plus que les souverains magistrats
V)ut doués d'enhaut d'une grâce plus spéciale
que les particuliers , tant pour ce que Dieu les a choisis d'entre tout un peuple comme vases d'honneur, qu'aussi il n'y a moment du Jour auquel ils ne soyent occupez aux affaires , et qu'ils ne voyent et entendent la vraye pratique et expérience de vertu , qui les rend mesmes , dès leur jeune aage , sages , advisez et augustes plus que nuls autres, i
Voyià ce qui fut publié en ce temps>là pour responce à ceux qui pallioient leurs séditions et mutineries du prétexte des grands bien-faicts que le lloy faisoità ses favorits.
Toutes les bonnes villes du royaume désirèrent faire leur profit de la faute des Parisiens : où le Roy fait sa résidence ordinaire le peuple s'enrichit. La ville de Tours avoit souvenance de combien de commoditez le pays de Touraine avoit profité durant que les roys Loys XI, Charles VIII et Loys XII avoient fait leur résidence aux chasteaux du Piessis les Tours, Amboiseet Btois; aussi les habitans deceste ville despescherent des principaux d'entr'eux vers Sa Majesté à Chartres, le prièrent de venir en leur ville, et se souvenir qu*ils avoient esté tonsjours très-fl* délies aux roys. La ville de Lyon luy envoya aussi faire les mesmes offres et supplication^ ; mais avant qu'aller faire sa demeure ordibaire en ses chasteaux sur la rivière de Loire, il délibéra d'aller un tour à Rouen ; ce qu'il avoit résolu de faire affin que les Parisiens cognussent par cy après combien de grands biens et commoditez leur avoit apporté la longue demeure qu'il avoit faite en leur ville, voire plus qu'aucun autre de ses prédécesseurs, et la faute par eux faite eu la Journée des Barricades.
Mais devant qu'il partist pour aller à Rouen , les députez de la cour de parlement de Paris arrivèrent à Chartres. La substance de la harangue qu'ils firent au Roy fut qu'il les excusast si, eu ceste si grande esmotion du peuple de Paris , l'impuissance et la crainte leur avoit -fait ployer les espaules; qu'ils avoient un extrême regret de ce qu'il avoit esté contraint de sortir de son Louvre, le suppliant d'y revenir et de destourner sa juste vengeance de la teste de ses subjects^ et de leur continuer sa clémence; que son retour en la ville de Paris dissiperoit toutes les divisions qui s'y estoient eslevées. La fidélité qu'ils conttnueroient tous jours envers Sa Majesté, avec la supplication à Dieu de luy donner un long et heureux règne fut la fin de leur harangue. Le Roy leur respondit :
« Je ne doute point de vostre fidélité et de l'affection que vous avez tousjours monstrée envers mes prédécesseurs, et Je sçay bien que s'il eust esté en vostre puissance de donner ordre
INTBODUCTIOII.
au desordre de Paris, vous l^eussiez fait. Je ne sais pas le premier à qui tels mallieurs sont ai^ rivez. Toutesfois Je seray tousjours bon père à eeux qui me seront bons enfiins. Je traiteray touftjours les habitans de ma ville de Paris ^ en oeste qualité de père, comme fils qui ont failly oontre leur devoir, et non comme des valets qui ont conspiré contre leur maistre. Continuez vos charges ainsi que vous avez accoustumé, et recevez de la bouche de la Royne ma mère les commandements et intention de ma volonté. »
Sur ceste responce les députez prirent congé de Sa Majesté, en intention de s*en retourner à Paris l*apresdinée du mesroe Jour, mais, comme ils estoient prests à partir, le Roy les envoya quérir, et leur dit encores :
f Je suis adverty des propos que Ton a tenu que je voulois mettre garnison en ma ville de Paris ; Je suis fort esbahy que cela leur est entré en l'esprit : Je sçay que cVst des garnisons ; on les met ou pour ruiner une ville, ou pour deffiance que Ton a des habitans. Ils ne dévoient pas estimer que j*aye eu volonté de ruiner une ville à laquelle J*ay rendu tant de tesmoignages de bonne volonté, et quej*ay bonifiée par ma longue demeure en icelle, pour m*y estre tenu plus que de dix de mes prédécesseurs auparavant moy n*avoient faict; ce qui a apporté aux habitans, jusquesaux moindres artisans, toutes les commodités qui paroîssent aujourd^huy, et dont dix ou douze autres villes se pou volent ressentir ; et où mes officiers ont eu affaire de moy, et autres, comme marchands , Je leur ay &it plaisir, et puis dire que Je me suis monstre vers eux un très-bon roy. Moins pou vois Je entrer en defOance de ceux que j^aymois, et desquels Je me devois asseurer, comme Je Tai creu. Boncques Tamitlé que Je leur ay tesmoignée devoit leur faire perdre ceste soudaine opinion que j'ay pensé de leur vouloir donner garnisons; et de faict, il ne se treuve point que personne soit entré ny mis le pied en aucune maison, ny prins un pain ny autre chose quelconque; au contraire, leur ay envoyé des moyens et ce qui leur estoit nécessaire, et n'y eussent esté vingtquatre heures an plus, qui eust esté Jusques au lendemain , sans coucher ailleurs qu'aux places mesmesoù jls estoient, comme s'ils eussent esté campez. Je voulois faire une recherche exacte de plusieurs estrangers qui estoient en ma bonne ville de Paris; et, ne désirant offencer personne. J'avais envoyé aux seigneurs de ma cour, mesmes à M. de Guise, afin qu'ils me baillassent on rooUe de leurs serviteurs domestiques , et ftdre sortir le surplus, que J*estois adverty estre •n grand nombre, et Jusques à quinze mille; ce
que Je faisols pour la conservation de ma bonnt ville de Paris et seureté de mes sujets. Cest pourquoy Je veux qu'ils recognoissent leurs fautes avec regrets et contritions ; Je sçay bien que l'on essaye de leur faire croire que, m'ayant offensé comme ils ont, mon indignation est irréconciliable ; mais Je veux que vous leur fassiez sçavoir que Je n'ay point ceste humeur ne volonté de les perdre, et que comme Dieu, à l'image duquel Je suis en terre, moy indigne, ne veut la mort du pécheur, aussi ne venx-Je pas leur lAe. Jetenteray tousjours la douce voye, et quand ils se mettront en devoir de confesser leur faute et me tesmoigner par effet le regret quMis ont. Je les y recevray et les embrasseray comme mes sujets, et me monstreray tel qu'un père vers son enfant, voire un ami envers son amy. Je veux qu'ils me recognoissent comme leur roi et leur maistre: s'ils ne le font et me tiennent en longueur, fermant ma main en toutes choses, comme je puis. Je leur feray sentir leur offense , de laquelle à perpétuité leur demeurera la marque; car estant la première et principalle ville, honorée de la première et suprême cour de mon royaume, d'autres cours, privilèges, honneurs et universitez, je puis, comme vous sçavez, révoquer ma cour de parlement, chambre des comptes, des aydes,et an* très cours, et Universitez, et qui leur tourneroit à grande ruine; car, cela cessant, lesdiistrafficqs et autres commodités en amoiudriroient, voire cesseroient du tout, comme on a veu qu'il estoit advenu en l'année 1580, durant la grand' peste, pour mon absence et la cessation du parlement, s'estant retiré grand nombre de mes conseillers, Jusques à ce que l'onveit, en ladite année, la plus part des boutiques serrées, et le peuple, adonné à oysiveté, employer le temps en Jeux et berlans par les rues. Je sçay qu'il y a beaucoup de gens de bien en ma ville de Paris , et des quatre parts les trois sont de ce nombre; que tous sont bien marris du mal-heur qui est arrivé. Qu'ils facent donc que Je sois content ; qu'ils ne me contraignent pas d'user de ce que je puis, et que Je férois à grand regret. Vous sçavez que la patience irritée tourne en fàreor, et combien peut un roy offencé. J'employeray tout mon pouvoir, et ne laisseray aucuns moyens en arrière pour me venger, encor que Je n*aye l'esprit vindicatif; mais je veux que l'on scache quej'ay du cœur et du courage autant qu'aucun de mes prédécesseurs. Je n'ay point encores, depuis que suis appelle à la couronne par le decez du roy mon frère, et depuis mon retour de Po* logne, usé de rigueur et de sévérité envers personne t vous le sçavez f et en pouvea fort bien
IHTBODUCnOIf.
tanM^giier ; aussi ne yeax je pas que Ton abuse de ma doneace et doaceur. Je ne sois point snipateur, Je sois légitime roy par saccession, eomme vous sçavez tous, et d^uoe race qui a toasjours doucement commandé. C*est un conte déparier de la religion, il faut prendre un autre chemin. Il n'y a au monde prince plus catholique ni qui désire tant Textirpation de Theresie que moy : mes actions et ma vie Tout asses tesmoigné à mon peuple. Je voudrois bien qu'il m'eust eottsté an bras, et que le dernier hereyqae lust en peinture en ceste chambre. Keteoroez fidre vos charges, et ayez tousjours bon eoorage; vous ne devez rien craindre, m*ayant pour vous. Je veux que leur laciez bien entendre ce que Je vous dy. i
Messieurs les députez du parlement.retoumez à Paris s'acquittèrent du commandement que le Boy leur avoit faict. La responce et les propos qoe le Roy leur avoit tenus furent imprimez ; les piQs grands ligueurs mesmes qui les virent iseogneurent bien alors qu'il leur falloit user dliamlllté, et non pas de violence, pour parvenir an but de leurs desseins : ils sceurent si dextrement entretenir la Royne mère, qu'ils obtindreot le second edit de Juillet, ainsi que nous dirons cy après. Voyons un peu ce que le roy de Navarre , le prince de G>ndé et le comte de Soiasons firent depuis la bataille de Coutras, Jusqwsà la Journée des Barricades.
Après la bataille de Centras, le roy de Nanrre ayant entendu » par le sieur de MontnerUn, que les Suisses avoient composé avec le Roy, qoe les reistres avoient esté battus, et que tonte ceste grande armée s'en alloiten desroute, tootesfols il le dissimula pour quelque temps, et eeie tenoit en son armée autre propos que de ks aller rencontrer à la source de Loire ; mais eHant à Nerac, la totale desroute divulguée , il sépara son armée en trois. Les gentils-hommes et soldats des garnisons de Poictou, Xainctonge etAngoumols, se retirèrent avec M. le prince de Condé, qui s'en alla k Sainct Jean d'Angely. M. le vicomte de Turenne , d'autre costé , alla derechef renger les villes de Tulles et de Brive li Gaillarde. Et le roy de Navarre, avec M. le comte de Soissons et les gentils-hommes et trou- |es de Gascogne, s'en alla à Pau voir madame ttsmar, oà le plus commun bruit estoit qu'il la vonMt bailler en mariage audit sieur comte; loeiques pourparlers en furent lors tenus, mais Wnt iiit remis au retour d'un voyage que ledit ter roy de Navarre alla fiedre à Montauban .
La perte de Tannée estrangere fut du comjiuccinent suportée fort à regret par le roy de Rinrrs et eeux de son party ; mais quand il
eut advis de l'intention d'aucuns diefs estrangers qui la conduisolent, lesquels, par intelligence secrette, avoient entrepris, s'ils l'eussent Joint, de se saisir de sa personne et l'emmener en Allemagne sous le prétexte de leur payement [ce qu'ils avoient comploté par entreprises particulières avec aucuns des ennemis couverts dudit sieur roy de Navarre, lesquels feignoient estre ses amys], cela luy diminua le regret de la desroute de ceste armée estrangere. Quelques lettres en furent escrites au duc de Bouillon et au sieur de Clervant, et à d'autres qui avoient charge en ceste armée, que l'on tient estre morts de regret de s'estre veu trompez, dont ledict duc, comme nous avons dit, mourut à Genève, et le sieur de Clervant en Bresse, dans une des maisons du sieur de Chasteau- Vieux, son beau-frere, capitaine des gardes du roy TrèsOhrestien.
Je diray encore ce mot sur le subject de ceste armée et du malheur qui la conduisoit : Le duc Casimir envoyoit quelques présents rares au roy de Navarre pour démonstration de l'amitié qu'il luy portolt; tout fut perdi^ à la charge de Ylmory : d'autre costé le roy de Navarre s'estoit préparé de recevoir royalement tous les chefs et colonels de ceste armée estrangere , lesquels il sçavoit principalement estre curieux de présents d'or et d'argent ; il fit, pour cest ef fect, fondre une grande quantité de médailles et autres belles pièces et beaux ouvrages d'or et argent qu'il prit du thresor de la maison de Navarre , qui estoient pièces très-excellentes, dont il fut fliit plusieurs chesnes pour donner aux chefs et capitaines des reistres et Suisses ; mais comme les presens du duc Casimir tombèrent entre les mains de la ligue, d'autre costé aussi il fut fait un tel degast des chesnes qu'on avoit fait pour donner aux reistres, que plusieurs qui estoient lors à la cour de Navarre s'en approprièrent, et mesmes aussi de phisieurs desdites antiques, si bien qu'ils ruynerent par leurs practiques et despouillerent de beaucoup de richesses ledit thresor. C*est assez dit de ceste armée estrangere, que les malheurs et les disgrâces n'ont Jamais abandonné.
Le voyage du roy de Navarre estoit grandement nécessaire en Bearn : en y allant il asseura Tarbes, reprit Ayre et quelques bicoques tenues par quelques voleurs dont il nettoya le pays; et sur la proposition qui fut faite en son conseil que si le duc de Mayenne, après avoir failly de le prendre à Caumont, comme il a esté dit cy-dessus, eust donné draict dans le Bearn, qu'il eust pris madame la princesse sa sœur et gaigné tout le plat pays, ce qui eust apporté un grand detadl*
INTBOOUGTION.
antage à ses affaires, il commanda au sieur de catholiques, qui s estoient liguez pour extirper
l'heresie, 'que de fafre ta pfetix av^c les tierëtl< ques. La peur de la grande armée navale d*Espagne qui costoyoit la Bretagne, preste à entrer dans la Manche d'Angleterre , et qui du depuis passa à la veuè du Havre de Grâce et d*autres ports de la Normandie qui estoient à la dévotion de la ligue, luy firent accorder, à ce que plu* sieurs ont escrit, tous ces articles, et les signer ; dont la publication 8*en fit par tout en ces mots: a Sa Majesté ayant, par la grâce de Dieu et sagesse de la Roynesa mère, reunis à luy M. le car* dinal de Bourbon, M. le duc de Guise et autres princes, prélats, gentils-hommes, villes et communautez estans avec eux, faict deffences de faire plus aucuns actes d'hostilité, etc. •
Voicy la substance de ce qui estoit contenu dans cest edict d'union, qui fut vérifié au parlement de Paris le 21 Juillet.
I. Que le Roy Jure d'employer Jusques à sa propre vie pour extirper l'heresie de son royaume , et de ne faire Jamais paix ou trefVe avec les hérétiques , ny aucun edict en leur faveur.
II. Que tous ses subjects , de quelque qualité qu'ils fussent , feront le mesme serment d*em« ployer lexirs vies pour extirper les heretitiues.
m. Que le Roy ne favorisera ou advancera de son vivant aucun hérétique , et veut que tous ses subjects Jurent qu'ils ne recevront à estre roy après son decez aucun prince qui soit hérétique ou fauteur d' hérésie.
IV. Qu'il ne seroit pourveu aux charges militaires, ny aux offices de Judicature et finances, que personnes catholiques.
V. QuMt conserveroit et traicteroit tous ses subjects ainsi que doit faire un bon roy , et de* fendroit de tout son pouvoir ceux qui l'avoient servy et exposé leurs personnes par son commandement contre les hérétiques et leurs adherans, comme aussi les autres qui s'estoient associez et liu;uez ensemble contre lesdtts hérétiques, lesquels il a présentement réunis avec luy : promettant de conserver tes uns et les autres de la violence que les hérétiques et leurs fauteurs leur voudroient faire.
yi. Que tous ses subjects ainsi unis Jureront de se conserver les uns les autres, sous son auctorité, contre les oppressions des hérétiques.
Vif. Que tons ses subjects jureront de i^ivre et mourir en la fidélité qu'ils luy doivent et aux enfans qu'il plaira à Dieu luy donner.
YIU. Que tous ses sujeets, de quelque qualité qu'ils soient, se départiront de toutes unions, pratiques, intelligences, ligues et fttsocUitions qu'ils ont, tant dedans que dehors du royainne.
Sbidct Oenier, son lieutenant en Navarre et Bearn, de munir encor certaines advenues et êestroicts où on n'avoit pas pris garde, tant du eosté de France que d'Espagne. Il visita aussi Sa forteresse de Navarrins, et se pourmena par tous ces quartiers là comme s'il eust esté en plaine paix ; il fut aussi en Chalosse et Agemaux, à Nerac et à Montaulmn, d'où M. le comte de Soissons vint encor revoir madame la princesse à Pau; mais, retourné àMontauban, la triste fiouvelle de la mort de M. le priuce de Gondé, advenue le samedy 5 de mars, remmena le roy de Navarre et ledit sieur comte vers La Rochelle.
Ainsi que le Roy de Navarre donnoit i ordre requis par toutes les places du pays de Poictou et de Xainctonge où M. le prince de Gondecommandoit, la nouvelle luy arrive tie la Journée des Barricades. M. le comte de Soissons alors print congé de luy pour veuir trouver le Roy à Chartres, où il arriva au commencement du mois de Juin. Le Roy le vit d'un bon œil, et reeeut ses excuses d'avoir esté avec le roy de ^a- Varre, non pour le soustien de la religion prétendue reformée, mais qu'il y avoit esté seulement pour le maintien de ta maison de Bourbon, à la ruyne de laquelle tous les princes de la ligue avoient conjuré. Cependant que le Roy va h Rouen , ledit sieur comte de Soissons s'en alla en sa maison de Nogent le Retrou pour se préparer et s'ejuiper, comme aus^i faisoient tous les princes et seigneurs des meilleures et plus grandes maisons de France , qui tous levèrent des troupes pour le ^ervice de Sa Majesté, laquelle s' estoit résolue de se venger du duc de Guise.
Tandis que le Roy est receu par les habitans de Rouen avec toutes sortes d'allégresses, la Royne mère, au nom du Roy d une part, et le cardinal de Bourbon et le duc de Guise, tant pour eux que pour tous les princes, seigneurs, villes et cohimunautez de la ligue, d'autre part, accordèrent trente deux articles secrets et dix autres qui dévoient estre publiez et vérifiez aux cours de parlements sous le nom d'edict du Roy sur l'union de ses sujetcs catholiques.
Le Roy tout d'un coup rejette 1 ad vis de ceux qui luy conseillent de restabtir les edits de pacification et de donner une bonne et ferme paix , tant aux huguenots qu'aux catholiques, et de les faire obeyr les uns et les autres par tes armes. Il rejette tout à plat ce qu'il fut contraint de reehercher neuf mois après , comme nous dirons cy-dessous. Bref on lui représenta qu'il luy estoit plus seur, et qu'il y avoit moins de danger pour luy, de demeurer et s'unir avec ses sujects
INTBODUGTIOlf
IX. n déclare tous ceux qui refdseroient à signer le présent edlct dninlon crililiîteto dé lere majesté, et que les villes qui desdbeyroîent àcest édict seroleut privées de tous privilèges , grâces
et octrois.
X Oa'afln de rendre l'amon des catholiques durable.et permanente, Il promet d'ensevelir la mémoire des troubles et divisions passées entre ses sujects catholiques , et qu'il ne se feroît aucane recherche de toutes les Intelligences, associations et antres choses quelesdils catholiques figuei aurolent faictes , tant dedans que dehors son royaume, attendu qu'ils luy ontfaîct entendre que tout ce qulls en ont faict n'avolt esté que pour le iele qu'ils portoîent à la conservation et à la manutention de la religion catholique. Et particulièrement il veut que tout ce qui s'estoit passé le 1 2 et le 1 3 de may dernier , qui est les Barricades de Paris , soit esteint , assoupy et comme non advenu , et généralement tout ce qoelesdlîs catholiques liguez auroîent fait et exécuté à l'occasion ou pour l'effect desdits troubles depuis ledit 12 may jusques au 21 Juillet, que ledit edlct fut publié au parlement de Paris. Davantage qu'il tenoit quilles tous ses receveurs ei comptables des deniers qu'ils ferolent apparoir a\0'r tournis pour les causes susdites depuis ledit 12 may , en rapportant les mandements, ordonnaoces et quittances , sans que ceux qui auront reccu lesdi s deniers en puissent estre comptables, en baillant à Sa Majes^téun estât des deuiersqul auront esté ainsi pris.
Voyià ce qui estoit contenu dans Tedlct d'union ; mais dans les trente-deux articles partîcallers tout edlct y estoit compris, et d'avantage tout ce que les princes et seigneurs de la ligue estimèrent estre de leur propre et particulier interest.
Le premier article portoit que les articles accordez à Nemours en juillet 1585 , et tous les edits et déclarations faites sur iceux , seroient Inviolablement observez.
IL Que le Roy ferolt Tcdit d'union cy-dessus. |
III. Que le Roy et tous ses subjeets jurerolent d'employer leurs moyens et personnes , et mesnaes leurs vies, pour extirper les hérésies de toute la France.
IV. Qu'après le decez de Sa Majesté , l'on ne recevroit pour roy aucun prince héréditaire ou fauteur d^faeresie, quelque droit ou prétention qu'il y puisse avoir.
V. Que l'on defendrolt et conserverolt la pe^ sonne de Sa Majesté envers tous et contre tous.
yr> Que le lle9 oonêenrerolt t^usoeux qui en-
treroient en l'union , sçavoir , tant les catho- HquesqUi estoiemt demeurez sous son oheyssarice, que les catholiques associez , et les deffendroit tous de Toppression des hérétiques.
VU. Que les catholiques associez ou liguez se departiroientde toutes pratiques, intelligences , ligues et associations, tant dedans que dehors le royaume.
VIII. Que Sa Majesté , les princes, les cardinaux , tous les officiers de la couronne , et tous les corps des villes et communautez, Jureront l'observation de l'edict de l'union.
IX. Que pour extirper les hérésies , le Roy dresseroit deux armées. Tune pour aller eu Poictou et Xainctonge , commandée par tel qu'il ptalrolt à Sa Majesté , et Tauti-e en Dauphiné, dont elle donueroit la charge à M. de Mayenne.
X. Que le concile de Trente seroit publié au plustost, sans préjudice des droicts et authoritez de Sa Majesté et des libériez de I Egli^e Gallicane , lesquels seroient dans trois mo«s amplement spécifiez par aucuns prélats que Sa Majebté deputeroit à cest effect avec quelques officiers de ses cours souveraines.
XI. Que, pour seureté de Tobservatlon des présents articles, la garde des villes délaissées par ceux de Nemours seroit encores accordée aux princes et seigneurs de la ligue pour quatre ans, outre et par dessus les deux termes qui res* toient à expirer du terme à eux accori)^ et pareillement de la \llle de DouHans.
XII. Que les princes et seigneurs de la ligue qui auroient lesdites villes eu garde les remet* troient ez mains de Sa Majesté dans six ans.
XIII. Et d'abondant le Roy leur aecordoit, pour lemesme temps de six ans, les villes d'Orléans, Bourges et Montreuil, et que s'il advenolt que les capitaines et gouverneurs desdites villes décédassent durant le susdit temps de six ans ^ Sa Majesté n'en pourvoiroit point d'autres que ceux qui luy seroient nommez par lesdits princes, durant ledit temps de six ans.
XIV. Que ledit temps de six ans passé, les* dictes villes seroient remises ez mains de Sa Majesté.
XV. Que le sieur deGessans seroit remis dans la citadelle de Valence.
XVI. Que le sieur du Belloy seroit réintégré en sa capitainerie du Crotoy.
XVII. Que le capitaine Remet sortirolt de Bologne , et que sa charge seroit donnée à on gentil-homme de Picardie; et moyennant ce, que les princes de la ligue feroient retirer leurs gens de guerre des environs de Bologne.
êo
niTBODUCTIOll.
XVI1L Que tontes les villes qui se sont deelarées du party et se sont unies avec les princes de la ligue Jusques au Jour du présent accord , seront délaissées en Testât qu'elles sont, sansquMl y soit rien innové en considération des choses passées.
XIX. Que d'une part et d*autre les capitaines et gouverneurs des places qai ont esté dépossédez y seront réintégrez, et toutes garnisons qui y ont esté mises depuis le 13 may ostées.
XX. Que les biens des hérétiques et de ceux qui portent les armes contre Sa Majesté seront vendus.
XXI. Que les régiments de Sainct Paul et de Sacremore seront payez comme les autres qui serviront aux armées.
XXII. Que les garnisons de Thoul, Verdun et Marsal , seront traitées et payées comme celle de Mets.
XXIII. Quand le Roy se servira des compagnies de ses ordonnances, qu'il employera celles desdits princes de la ligue pour estre payées comme les autres.
XXIV. Que le prevost des marchands et eschevins de la ville de Paris nouvellement esleus seroient continuez encor pour deux ans, du Jour de la Nostre Dame d'aoust prochain venant.
XXV. Que Brigard, commis par lesdits princes, contiouèroit l'office du procureur du Roy de la vyie, et que Perrot, qu'ils en avoient osté , et lequel estoit pourveu par le Roy dudit estât , jouyroit seulement des gages Jusques en l'an 1690, qu'il enseroit remboursé par celuyqui seroitesleu.
XXVI. Le chasteau de la Bastille sera remis entre les mains de Sadite Majesté pour en disposer ainsi qu'il luy plaira.
XXVII. Sa Majesté fera eslectlon d'un personnage à elle agréable et à ladite ville, pour estre pourveu de i'estatde chevalier du guet.
XXVIII. Les magistrats , conseillers , capitaines et autres officiers des corps de villes qui ont esté changez ez villes de ce royaume qui ont soivy le party desdits sieurs princes, se remettront pareillement entre les mains de Sadite Majesté desdites charges , laquelle les y fera réintégrer promptement pour le bien et tranquillté d'icelle.
XXIX. Tous prisonniers faits depuis le 12 de may, à Toccasion des presens troubles, seront mis en liberté de part et d'autre sans payer rançon.
XXX. L'artillerie prl^e à l'Arseoac sera remise avec les autres munitions qui ont esté enlevées, qui resteront en nature i
XXXI. Si, après la conclusion du présent accord , aucuns , de quelque qualité ou condition qu'ils soient , entreprennent contre les villes et places de Sadite Majesté, ils seront tenus pour infracteurs de paix, et comme tels poursuyvjset chastiez, sans estre favorisez et soustenus par lesdits sieurs princes, ny par autres^ sous quelque prétexte que ce soit.
XXXII. Pareillement aussi , si aucunes des villes et places qui sont baillez pour seureté venoient à estre prises par quelques-uns, ceux qui les auront prises seront punis et chastiez comme dessus, et estans lesdites villes reprises, se* ront remises entre les mains desdits sieurs princes pour le temps qu'il leur a esté accordé.
Cest edict de l'union des catholiques , et ces articles particuliers accordez entre le Roy et les princes et seigneurs de la ligue, selon l'apparence humaine, dévoient estre sans doute la ruine totale des hérétiques et de l'herefiie. Le Roy de son costé satisfit de tout ce qui fut en son pouvoir pour le faire exécuter de point en point : de son propre mouvement et de sa seule volonté, comme on luy porta signer les articles, il fit ester ces mots de la ligue des catholiques^ et y fit mettre l'union des catholiques ^ pour ce, disoit-il,que ce mot de ligue avoit tousjours esté le tiltre que prenoient d'ordinaire les factieux et remueurs d' Estât. Mais le fruict qu'il sepromettoitde cest edict estoit que des trois partis qu'il y avoit en France il n'y en auroitplus que deux, et qu'il serolt le seul chef des catholiques de son royaume , lesquels n'aurolent plus d'autre dessein que le sien quand ils auroient J tiré cest edict, ny d'autre volonté que ta sienne. Voyons un peu comme cet edict fut observé par le Roy d'un costé , et par les princes de la ligue de l'autre : car ce fut le seul prétexte sur lequel tant de peuples et de villes se révoltèrent contre le Boy après la mort du duc de Guise , disant que Sa Majesté avoit contrevenu à son edict d'union ; et d'autre costé le Roy et ceux qui ont escrit en sa faveur ont rapporté les causes principales de la mort du duc de Guise à ce qu^l n'avoit gardé les principaux articles dudit edict d*union. Il est donc très-neoessaire icy de voir les raisons des uns et des autres, affin de comprendre mirax la cause des troubles de l'an 1589 et des années suivantes, qui est le vray subject de nostre histoire.
Le Roy , après qu'il eut faict rendre grâces à Dieu et chanter le Te Deum dans la grande église de Rouen pour son edict d'union , il 8*en retourna à Chartres, et n'alla pQlnt à Paris, quoy qu'il en fust très-instamment prié , et s'excusa sur les preparatilSi de rassemblée des trois estais
IlfTBOMCTION.
àBloto, oùiifle vonloit rendra anoommencement de septembre. La Royne mère et la Royoe partirent alors de Paris avec messieurs le cardinal de BoarboD, les ducs de Guise et de Nemours, et forent trouver le Roy à Chartres, où Sa Majesté s'effectua de leur communiquera tous ses faveurs et ses bonnes grâces, affln quils abandonnassent toutes leurs ligues et associations qu'ils avoient y t&at dedans que dehors le royaume, et qu'ils D*eDS8eot plus aucun subject de se plaindre.
Par ses lettres patentes du dix-septiesme
d*aoQSt il déclara M. le cardinal de Bourbon le
plus proche parent de son sang, loy permettant,
pour eeste considération, de créer un maistre de
ehacimmestier en chacune villede son royaume,
et que les officiers et serviteurs, domestiques et
commensaux dodit sieur cardinal Jouyroient de
semblables privilèges, exemptions et immunitez
qoe les officiers domestiques de Sa Majesté. Ces
lettres furent veriffiées en parlement à Paris le
28 d'aoast, à la vérification desquelles Hotman ,
advoeat dudit seigneur cardinal, dit que Thono-
rable tesmoignage qoe le Roy faisoit audit sieur
cardinal de le recognoistre pour le plus proche
pnoeedusang du costé paternel, estoit une belle
ioeur sans nuage et à descouvertqui refleschiroit
plus efaâremeot sur les autres princes de la
mesme ûfflilledes Bourbons, selon qu'ils se trou-
veroleat plus proches et vrais imitateurs de la
pieté et des vertus du roy sainct Loys , duquel
ils sont descendus, à ce que toute la France eust
occasion de chanter en sa louange : Benediclus
D<minui»qui nonpassus est ut dejiciatsnccessor
familiœ îuœ.
Des le 1 4 d*aoust (t), par ses lettres patentes, Q avait aussi donné à M. le duc de Guise pou- Yoir , puissance et authorité de commander en Tabsence de Sa Majesté sur toutes ses armées, et de faire observer tous les reiglements faicts sur la gendarmerie, la faire vivre en bon ordre, faire punir les delinquans, commettre commissaires pour faire les monstres , relever les ab^os desdites monstres, en bailler ses mandements pour en servir d*acquit : bref, il le fit lors son lieutenant gênerai par tontes ses armées, et ne iuy manquoit que le tiltre de connestable. Il luy promit aussi qull escriroii à Sa Salncteté en faveur du cardinal de Guise, pour luy faire avoir la légation d'Avignon.
M. de Nemours aussi eut promesse d*estre pourveu du gouvernement de Lyonnois ; mais ces lettres ne furent expédiées que durant les estât» à Blois.
M. Farchevesque de Lyon eut rentrée au
<1) Cetédttettda4aoAtl588.
conseil secret, qui ne Tavoit qu'au conseil d*£stat , et mesmes il rescrivit en sa faveur au pape Xiste, pour luy faire avoir un chapeau de cardinal.
M. de La Chastre eut Testât de mareschal de camp en tiltre d'ollfice, et le sieur de Mayneville fut créé conseiller d'Estat. Bref, il distribua de ses faveurs à tous ceux qu'il pensoit avoir du crédit dans la ligue , afin que les effects de sa bonne volonté en leur endroit les fist recognoistreet retirer de tout autre dessein contraire à sa volonté. Il leur ouvre son cœur, il leur communique ses secrets. Il accorde plusieurs demandes aux villes qui s'estoient unies de leur party, et confirma tous les officiers et capitaines qui y avoient esté introduits au préjudice des anciens*
L*estat des gens de guerre pour aller aux deux armées qui se dressoient pour le Dauphiné et le Poitou fut publié par tout. De celle de Poitou la charge en fut donnée à M. le duc de Nevers , qui supplia le Roy de Ten descharger, non pas qu'il voulust s'exempter d*employer sa vie en une telle guerre , en laquelle il promettoit à Sa Majesté de le servir dorant trois ans continuels avec cent gentils-hommes armez et payez à ses despens,mais pource qu'il failloit de gran* des forces pour accabler les hérétiques, et grand nombre de deniers , afin de ne tomber en l'inconvénient , disoit-ii , où se trouva plusieurs fois Simon de Montfort contre les Albigeois , lequel fut contraint de lever le siège de plusieurs villes faute de secours. Nonobstant , le Roy chargea ledit duc de Nevers de la conduite de ceste ar* mée ; mais , pource que le duc de Guyse avoit esté déclaré lieutenant gênerai par toutes les armées , sur quelques devis des incidents qui eussent peu advenir que le duc de Nevers eust esté contraint, si le duc de Guyse fust allé en Poictou, de luy céder sa charge, le Roy luy en bailla particulière déclaration, et voulut qu'il fust seul son lieutenant gênerai en ceste armée.
Yoylà comme le Roy exécute ses promesses» et mesmes employa en ses armées les compagnies des gens-d'armes des princes de la ligue , ainsi qu'ils i'avoient stipulé par les articles secrets, et les régiments de Sainct Paul et de feu Sacremore y furent payez comme les autres; et fit d'abondant Jurer ledit edict d'union par l'assemblée des estats, ainsi qu'il sera dit cy après. Voyons maintenant comme les princes de la ligue satis* firent à Tedict d'union , cependant que le roy de Navarre se preparoit à ladeffensive, ayant chassé les gens de guerre du sieur de Laverdin qu'il avoit laissez dans Marans et dans Tisle de Charon , et mis de bonnes garnisons par toutes ces places.
IlITBODDCTIOei.
La galeasse générale de la grande armée na« \alle d'Espagne fut emportée d'une courante sur le sable prez le port de CaUis; le sieur de Gordan envoya vers le Roy à Chartres tous les forçats qui estoient dedans ceste galeasse pour en faire ce qu'il vouiroit. Quatre jours auparavant qu'ils y arrivassent, Tambassadeur d'Espagne estoit party de Paris pour aller dire au Roy l'heureux succez de Tarmée de son maistre , comme elle avoit esté victorieuse de Tarmée d'Angleterre, dont mesmes il en avoit faict imprimer le disi'out s par Guillaume Chaudière , libraire à Paris. Cet ambassadeur, arrivé dans feulise No!»tre Dame de Chartres, devant qu'entrer à Te- Teschéoù estoit logé le Roy, rendit grâces à la Vierge Marie de Theureuse victoire qu'elle avoit donnée à sa nation, avec démonstration dejoye. Au sortir de Teglise, venant pour trouver Sa Majesté , avec uue façon toute espagnole , aux gentils-hommes qu'il reiicontroltt^tcogno'ssoitde la ligue des catholiques il leur disoit : Victoria! Victoria ! Et ains»! il vint trouver Sa Majesté, à laquelle il monstra une lettre qui luy estoit venue de Oiepe : mais le Roy luy monstra celle du sieur de Gourdan, gouverneur de Calais, par laquelle il liiy mandoit que Tarmée angloise avoit tellement canonné Tespagnolie, qu elle Tavoit diminuée de douze vaisseaux et de plus de cinq mille hommes, et qu'il leur estoit impossible de mettre le pied en Angleterre. L'ambassadeur alors eut recours au duc de GuL^e pour impetrer du Roy que les forçats de la grande galeasse que le sieur de Gourdan envoyoitiuy tussent rendus, attendu la paix qu'il y avoit entre TE^spagne et la France, afnn d'estre renvoyez et remis aux galleres, et qu'ils ne bervisseni à la cour du roy de France d'un tesmuigna^e de la perte de son maistre. Le duc de Guise taschede l'obtenir : le Roy dit qu'il faut en délibérer au conseil. Cependant tous ces pauvres forçats arrivent au nombre de quelque deux A trois cents; ils se mettent le long des degrez de l'église par où le Roy devoit passer pouraller à In mes&e, où , dez qu'ils le veirent, ils ï>e jetterent tous à genoux , ayant abbatu leur farset et capan , estans nus comme ils sont quand ils tirent la rame, crians Misericord La! Miser icordia! Le Roy les regarde; le conseil se tient i'apresdinée, où, nonobstant toutes les remonstrances de l'ambassadeur d'Espa^^ne, attendu que c'estoient Turcs, Mores et Barbares que TEspagnol avoit rendu esclaves par le hazard de la guerre, et lesquels estoient arrivez par autre hazard de guerre aux terres de France , où l'on n'usoit d'esclaves ny de forçats s'ils n'estoient malfaicteurs, il fut dit qu'ils avoient acquis leur liberté, •I qu'estant des terres de l'obéissance du Turc,
auquel les François avoient alliance , qu'ils se» rotent renvoyez à Constant! nople par la voye de Marseille où Us seroientconduits, et qu'àcbacun il leur seroit baillé un escu en les embarquant dans les premières navires turquesques qui s'en retourneroient en Levant. Le Roy recognut lors les diverses affections de ceux de son conseil; car ceux qui estoient de la ligue ne se peurent tenir qu'ils ne fcoustinssent la rcqueste de Tambassadeur d'Espagne ; mais le duc de Ne vers et le mareschal de Biron s'y opposèrent lors tellement pour la manutention de la liberté de la Frame, qu'ils furent comme contraints de suivre
leur opinion.
Tous les plus clair-voyans et sages politique» voy oient bien que le Roy par l'edit d'union avoit acheté la paix avec ses subjets, et que nonobstant tous les bieo-faicts qu'il faisoit aux princes de la ligue, qu'il faudroit qu'il en viitst à une cruelle tzuerre contr'eux, car volcy ce que plusieurs en escri virent dèslurs :
L Que Tedict de l'union ue fut si tost juré au parlement de Paris , par lequt l il estoit dit que tous tes subjectsdu Roy, de quelque qualitéqu'ils fu&sent, se departiroient de toutes ligues, practiques et intelligences qu'ils avoient, tant dedans que dehors le roy^ urne, que les députez du Roy d'Blspagne se seutans offensez de \oir que, par l'edictd U'iion, les princes, seigneurs c-.l villes de la ligue s'estolent obligez de &e départir des traictez qu'il avoient avec eux, et par ce moyen que le roy d^Espagoe perdroit, outre les grosses sommes de deniers qu'il leur avoit dontkées depuis le traicté qu ils avoient faict eubemblen.ent à Ginville au commencement de l'an 1^S5, i'esperance de recouvrer Cambray par leur n.oyen, comme ils luy avoient promis , ils reprochèrent aux prince.set conseils de la ligue qu'il n'y a\oit nul e stabilité parmy eux , \eu qu'à \o\x\e,% les deux fois qu'ils avoient faict la paix a\ec le Roy Jls n'en avoient point adverty le roy d'Espagne leur maistre, comme ils estoient tenus faire par ledit traicté de Ginville; à quoy il (ut re.'^pondu par les princes et constil de la ll;^ue des Seize à Paris qu'ils n'entendoient aucunement de se départir de la confédération qu'ils avoient avec le roy d'Espagne, ainsi qu ils Tapprouveroient et reconfirmeroieut derechef, et que ce qu'ils en avoient faict n'aNOit esté que pour mieux préparer les choses à leur intentioD. II. Que les briguer par toutes les provinces à ce que ceux qui seroient esleus et envo;^ez aux estats fussent de leur party n'e&toient que trop deseouvertes. Dans Chartres mesmes où le Boy estoit, le ^ieur de Li^nery, de leur party, eu estoit venu jusques aux injures contre le sieur de
INTRODUCTION
es
MaiDteium. Les brigues du lieutenant nommé le roj d^AinîeDS n'estoieut que trop sceuës, et que mesmes les députez de la ville de Paris pour aller aux estats avc^eot e&té esleus des plus remuaus de la faction des Seize, le conseil desquels leur avoir baillé de très-amples mémoires pour saper 6t abattre rauthorité royale; et mesmes que toutes les villes et commuoautez de la ligue, nonobstant tous les serments de renoncer à toutes lig:oe8 et assoeiations, se regloient au conseil des Seize de Paris , et y prenoient les instructions lolvautes, que l'on intituloit : Articles pour proposer aux estats et foire passer en luy fondanentale du royaume. 1. Que le concile de Trente seroit receu en France, sans preju lice des droits de i*Egiise Gallicane, sous Toctroy et coofirmatioo de Sa Saincteté. 2. Que nul ne seroit receu roy de France s'il uVstoit de la religion catholique, apostolique et romaine, et recogneutel par le continuel exercice qu'il en auroit toujours faict. S. Que les princes ys&us du sang royal , de quelque costé, estoc ou ligne que ce fust , lesquels seroient hérétiques ou fauteurs d hérésie, seroient déclarez incapables de la couronne de France , quelque prctention ou droict qu*lls pourraient alléguer, attendu que les roys de France sont plus roys par la grâce de Dieu que par nature. 4. Que le peuple de France, en cas que le Roy tombast eo hérésie, ou la soustin&t ou permist directement ou indirectement , seroit déclaré et tenu quitte de Tobeyssance qu'il devoit au Roy. 5. Que les roys ny le royaume de France ne pourrotent avoir confédération, association, inteili^eiice, practique, allianceou ligue avec les infldelles ou hérétiques. 6. Que les roys de France n'useroient plainement de leur souveraine et royale authorité qu*ils ne fussent oingts et sacrez , d'autant que la grâce de Dieu qui suit leur sacre leur donne et conserve plus de droict à la couronne que ne foict la nature qu'ils ont extraicte de leurs progeniteurs : cependant que Tadministration et régence du royaume seroit ez mains de qui de droict et coustume elle devoit estre. 7. Que la souveraine autborité des roys seroit contenue et arrestée dans les bornes et termes de la raison, de Tcquitéet desloix fondamentales du royaume, et, eo cas que les roys y contrevinssent, les estats généraux en prend roient cognoissance, et Justenent se inaintiendroient au droict et practique de leurs prédécesseurs, usants du pouvoir et de rauthorité de laquelle ils ont premièrement revestQ leurs roys, et qui leur seroit dévolue. 8 Que kl guerre oy la paix ne se feroit sans Tadvis des estats geoeraux, ny aucune levée de deniers sans Iqor cooseateoient, 0» Que les dons, octrois, estats el amplifications de pouvoir donnez par le
Roy seroient validez par les estats ou invalidez* 10. Qu'en chacune cour souveraine il y auroit une chambre composée de personnes eslenôs par les estats, h laquelle les p'aintes du peuple, et tes contraventions aux ordonnances des estats ge^ neraux seroient rapportées, et en coj^noisiroit ea dernier ressort. 1 1 . Que chacun ordre des trois estats auroit un syndic gênerai à la suitte de la cour qui recevroit les ad\ertibsements, mémoires et instructions par les syndics provinciaux, et les provinciaux par ceux de chasque b^tillage, pour procurer au conseil du Roy ce qui concerneroit le bien de TEstat. Le reste desdits articles CAtoit pour reformer plusieurs abus touchant la confidence, simonie, ignorance et concubinage d'aucuns de l'ordre ^clesiastique , et pour adviser que les gouvernements des provinces et villes et les estats de Judicature ne fussent plus vénaux ; aui^si que les actions de ceux qui se se? roient enrichis par moyens illicites du sang du peuple y fussent examinées pardevant les e&tats, Vo>lÀ la substance des mémoires secrets que le conseil de la faction des Seize envoyoit à tous ceux de leur party, et comme ils vouloient fair^ tomber la souveraine puissance royale entre le§ mains de l'assemblée des estats, et faire que les roys de France à Tadvenir fussent maistres et valets tout ensemble , ce qu'ils pensèrent faire venir k effect , ains qu'il sera dit cy-après. Aussi en mesme temps ils firent imprimer une remoustrance sur les desordres et miseï es de ce royaume, causes d'icelles et moyensd'y pourvoir, qu'ils envoyèrent à tous leurs partisans : ils firent courir le bruit que c'estoit l'archevesque de Lyon qui l'avoit faicte; du depuis il fut sceu qu'ils y avoient tous travaillé, que c'estoit un livre d^ plusieurs pères et que ladvocat Roland y avoit la plus grand'part. Le Roy remarqua luy-mesme qu'au tiltre de ceste remonstrance ils ne l'appel* loient point Très- Chrétien, et qu'ils accommodolent ce passage du premier livre des Btiys, chap. 1 2 : Craignez Dieu et le servez en vérité et de tout vostre cœur^ car vous avez vue les choses magnifiques qu'il a faictes parmy vous ; que si vous persévérez en malice, et vous et vostre roy périrez ensemble , afiln de rendre Sa Majesté odieuse à son peup'e si elle ne vouloit suivre la teneur de leurs remonstrances, pleines de propositions que le temps et la nécessité des affai-* res ne pou volent permettre, vou ans entre autres choses qu'il fist la guerre à Theresie, laquelle ne se pou voit faire sans argent , et l'argent ne se pouvoit recouvrer qu'à la fouie du peuple; et toutesfois ils vouloient qu'il soulageast le peupU par la desçharge des tailles , et que les estats et offices ne fussent plus vendus. Ainsi, sous le voile
tiinoDucTioir.
da bleu public , la faction des Seize couvroit sa révolte et sa rebellioa contre le Roy lear soaverain seigneur.
IIL Qae les Seize avoient faict imprimer à Paris et publier Thistoire de Gaverston, dont le brait estoit que le docteur Boucber estoit Fautbeur, où Ton comparoit le Boy au roy d* Angleterre Edouard II , qui estoit un prince sanguinaire, hypocrite et tyran , et le duc d'Espemon à Gaverston, gentil -homme gascon et favorit d'Edouard : ce livret estoit plein de presumptions et caloomies indignes d*estre dites et leuês.
IV. Que la ligue, nonobstant le vingt-neuviesme des articles secrets de Tedict de réunion, portant qu'ils n'entreprendroient rien contre les Tilles et places de Sa Majesté , sur peine d'estre punis comme infracteurs de paix , avoit, le 10 d'aoust, fait faire une révolte par le peuple d'Angoulesme, à ce induit par les sieurs de Meré, de Messeliere, de Macquerolle et Desbonchaux, gentils-hommes de leur party, qui avoient entrepris sur la vie du duc d'Espernon , lequel mesmes avolt fait publier Fedict d'union dans Angoulesroe , et ce sur certaines impostures et faux bruits qu'ils avoient fait courir que le sieur duc d'Espernon vonloit faire entrer quelques troupes des huguenots dans le chasteau pour piller la ville , et mesmes que pour exécuter leur conspiration, le maire d'Angonlesme, suivy des plus mutins du peuple, estoit entré au chasteau où estoit le duc dTspernon, en feignant -de luy vouloir présenter des courriers qui venoient de la Cour ; sur laquelle feinte il estoit monté en ranticbambre du duc , criant : Tuë! Tué! et faisant deslacher quelques coups de pistoles; ce qu*entendu par le duc, qui estoit dans sa chambre, et par quelques siens gentils-hommes, ils avoient esté contraints ensemblement de courir aux armes, avec lesquelles ils avoient repoulsé la populace , tué le maire; ce qui avoit donné l'alarme par la ville , dont tout le peuple s'estoit barricadé contre le chasteau et la citadelle, de laquelle ils avoient pris le capitaine prisonnier avec madame d'Espernon, comme elle sortoit de la messe des Jacobins : laquelle entreprise et conspiration enst apporté un estrange trouble en ceste province, si le sieur de Tagens, qui le lendemain arriva au secours dudict duc son cousin, n*eust moyenne l'accord et la paix des habitans d*Angoulesme, avec un oubly de leur mutinerie. Le duc de Guise , au récit que l'on luy fit de ceste entreprise, et comme le duc d'Espernon avoit repoulsé la mutinerie de ce peuple, dit: t II a monstre en cest acte là ce ce Je n^avols jamais creu de luy ; sa valeur l'a sauvé, et sa prudence ; avec laquelle il a excusé
la folle du peuple d* Angoulesme, sera Teslabli^ sèment de ses affoires en ceste province là. »
y. Que sur ce mot de fauteurs cTheresie^ contenu au quatriesme article de l'edlct d'union, le Roy ayant donné ses lettres d'abolition à M. le comte de Soissons, Tun des princes de son sang et catholique, pour avoir, contre la volonté de Sa Mi^esté, esté avec quelques troupes secourir de ses armes le roy de Navarre son cousin germain paternel, et M. le prince de Condé son frère, pource qu'alors chacun Jugeoit que la ligue n'en vouloit pas tant à l'heresie qu'à la maison de Bourbon, et lequel sieur comte estoit venu trouver Sa Majesté pour le servir contre la ligue après la Journée des Barricades mais sur ce qu'ayant , selon l'ordre accoustumé en France , envoyé vérifier ses lettres au parlement, tous les mutins de la faction des Seize de Paris s'estoient opposez à la vérification d'Icelles, avec menaces à la Cour, disans qu'il falloit qu'il eust absolution du Pape aussi bien que s*il eust esté hérétique, le Roy trouva ceste hardiesse estrange, et cognut lors que l'on vouloit faire pratiquer Fedict de l'union autrement qu'il ne l'avoit entendu : car, de contraindre les princes de son sang et ses sobjects à l'adyeuir d'aller demander absolution au Pape pour quelque désobéissance particulière, quant ils n'avoient point esté hérétiques , cela n'avoit Jamais esté pratiqué : tous les princes et seigneurs qui avoient esté en Flandres avec fea M. le duc d'Anjou, et avoient combattu avec les hérétiques de Flandres, et lesquels estolent mesmes à présent des principaux de la ligue, n*avoient esté astreints à la rigueur que l'on vouloit estre pratiquée contre iceluy prince : bref, le Roy fut contraint d*en parler au cardinal Morosini , légat en France, et en rescrivlt au Pape ; et le comte envoya le sieur Juies Richi à Rome en prier Sa Saincteté. La ligue lors remua ce qu'elle peut pour empescher ceste absolution, et employa ses amis au consistoire pour la traverser; mais Richi ayant esté introduit vers Sa Saincteté, qui estoit lors en sa galerie, Il luy dit [de genoux] la supplication de son maistre. Le Pape luy demanda s'il avoit esté à la bataille de Contras, et s'il avoit tousjours accompagné son maistre cependant qu'il avoit esté avec le roy de Navarre. Richi luy dit qu'il Tavoit assisté par tout où il avoit esté. « Dites moy , dit le Pape, et à la vérité, comme ceste bataille se passa, et ce que vous avez connu du naturel du rt>y de Navarre. • Richi luy dit tout ce qui s'estoit passé àCoutras, et comme le duc de Joyeuse, ayant disposé son armée pour combattre en haye, afin de favoriser la plus-part de ses Jeunes capitaines de gend'armes qui youioient donner chacun
INTRODUCTION
saeompagid6| attaqua le roy de Navarre, Tarmée duquel estoit composée de cinq gros bataiiioQS de cavalerie, qui sortit d'un fonds où il estoit, et chargea de telle furie i'avantgarde du duc qu'il la mit à vanderoute : ce que voyant le dnc, sans donner loisir à ceux qui estoient devant luy, avolt pris la charge ; et, comme il estoit près de rompre son bois , les deux gênerais o'estaosqu'à vingt pas l'un de Tautre^ une compignie de l'avantgarde du duc fuyant se vint jetter entre ses bras , qui Tavoit empesché d'aller à la charge et contrainct de faire ferme^ regardant le bataillon du roy de Navarre , lequel «Hidain fit tirer de telle sorte une quantité d'arquebosiefs de cheval qu'il avoit, qu'en un momeot ils mirent par terre la moitié de la cornette blanche du duc, qui lors fut blessé au petit ventre, son cheval tué; mais estant remonté, et plosdednq cents des siens ayant pris la fuite, le roy de Navarre en mesme temps chargea le doc à sa gauche et à sa droite, lequel après avoir nRDpQ son bois, assisté de bien peu de gens, vit sa cornette blanche enlevée et celuy qui la porlolttoétout d'un coup devant luy , et à l'instant ^tolre bataillon de cavalerie qui le vint charger, OQ, pour la poussière qui estoit, et pour la /ornée que reodoient les mousquetades et hargoe^sides, il estoit impossible de rien recog- 'lo^re. Le duc pensant faire ferme, son cheval et loy furent tnez , et tous ceux qui Taccompapiojeoi terrassez ; et ainsi toute Tarmée fut des- ^Mete, et tous les capitaines presque tuez, blessez OQ pris. Pour les prisonniers , et pour le traitenient qu'ils avoient receu après ceste bataille, que les sieurs de Sainct Luc , de Montigny, de Fteones et autres gentils-hommes, porteroient toQsjours le tesmoignage des courtoisies qu'ils ^voient receoes en leurs prinses de la maison de Bourbon, et mesmes que le roy de Navarre avoit a d'aucuns d'entr'eux fait rendre leurs cornettes et drapeaux , à d'autres leurs équipages et che- ^sox, et estants retournez vers le Roy, avoient 3isez publié par tout où il passoit la générosité do roy de Navarre, sa valeur, et la diligence et <^lerité dont il usoit en ses exploicts militaires. ( ^*ay sceu, dit Sa Saincteté, tout cela; mais, dites moy, vostre maistre a il parlé avec le marchai de Montmorency, se sont ils entreveus, ."ODt ils en bonne amitié ensemble? » Richi, se tenant toujours en son devoir, luy dit la bonne iQtelIi^eace que sou maistre avoit tousjours eue avec ledit sieur mareschal , et les caresses et (fesmonstratioDs d'amitié dont ils s'estoient recirroquement honorez à leur entrevue en Langue- <^. Le Pape luy dit lors : Je suis très-aise de br bonne amitié, je désire que vostre maistre