LIVRE SEPÏIESME
[1595] Le roy Très-Chrestien commença ceste année par une action de grâce envers Dieu de ce qa1l i^avoit préservé de Tattentat de Jean Chastel , et alla le dimanche matin , premier joar de l'an , accompagné de plusieurs princes et clievaiiers de ses Ordres qui estoient lors en court, avec grand nombre de noblesse, depuis le Louvre jusques à Nostre-Dame , où toutes les parroisses et monastères de Paris s'estoient rendus, d'où ils allèrent en procession générale à Tabbaye Saincte Geneviefve, le Roy et les chevaliers de ses Ordres ayans leurs grands colliers d'or par dessus leurs manteaux , toutes les cours souveraines et les magistrats de ia ville y assistans. Le peuple montra lors, par un continuel cry de vive le Boy durant ceste procession, de combien il tenoit à grandes grâces de Dieu de ce qu'il avoit préservé leur prince de cest assassinat.
Par les statuts de Tordre du Sainct Esprit , l'habit et le collier dudict Ordre ne peuvent estre baillez que le dernier jour de décembre après vespres, et ce en TEglise où elles auront esté dictes ; puis le lendemain , qui est le premier Jour de Tan, le teste de l'Ordre se doit célébrer dans l'église des Augustins à Paris. Ceste année le Roy, ayant délibéré de donner l'Ordre à plusieurs princes et seigneurs , suyvant lesdits statuts, ne le put faire le dernier jour de décembre à cause de sa blessure , et ceste action fat retardée jusques au samedy 7 Janvier, où, en l'église des Augustins, après que le Roy eut ouy vespres, il partit de son siège, tous les ofRciers de rOrdre marchans devant luy, et s'en alla auprès de l'autel s'asseoir dans une chaire préparée à cest effect , ayant à sa dextre M. le chancellier de France, chancellier de TOrdre, M. de Beaulieu Buzé, grand thresorier de l'Ordre, et M. l'archevesque de Bourges, comme grand aumosnier du Roy, et à sa gauche le sieur de L*Aubespine, greffîer de l'Ordre. Aussi- tost que Sa Miy'esté fut assis, M. de Rodes, maistre des cérémonies, l'huissier et le héraut de l'Ordre marchants devant luy, alla advertir messieurs les cardinal de Gondy et evesque de Langres , commandeurs dudit Ordre, d'aller prendre
messieurs les evesques de Nantes et de Maill^ zais , prélats esleus et receus pour entrer audit Ordre , lesquels ils amenèrent l'un après l'autre au Roy , et receurent de luy la croix de l'Ordre, après avoir fait le serment ez mains de Sa Majesté, et que le greffier le leur eut faiet sigoer. Après que ces deux prélats eurent esté ainsi receus, le susdit sieur de Rodes, acoampagné tousjours de l'huissier et du héraut , alla advertir messieurs le prince de Conty et le doc de Nevers , commandeurs et chevaliers dudit Ordre , d'aller prendre messieurs les ducs deMootpensier , duc de Longueville et comte de Saioct Paul , princes esleus et receus pour entrer audit Ordre , lesquels ils amenèrent aussi Tun après l'autre au Roy. Après que M. le duc de Montpensier eut, de genoux , les deux mains posées sur le livre des Evangiles que tenoit M. le chancellier, leu à haute voix le vœu et serment qot luy bailla le greffier de l'Ordre, lequel II signa de sa main, le prevost et maistre des cérémonies baillèrent à Sa Majesté le manteau et naatelet dontil vestit ledit sieur duc, en luy disant: • L'Ordre vous revest et couvre du manteau de son amiable compagnie et union fraternelle , à l'exaltation de nostre foy et religion catholiqnr, au nom du Père, du Fils et du Sainct Esprit; ■ et fit sur luy le signe de la croix ; puis le grand thresorier de l'Ordre présenta le collier de l'Ordre au Roy, lequel le mit au col dudit sieur dor , et luy dit : « Recevez de nostre main le collier de nostre ordre du benoist Sainct Esprit, auqoei nous, comme souverain grand-maistre, voa$ recevons , et ayez en perpétuelle souvenance te mort et passion de nostre Seigneur et rédempteur Jésus Christ ; en signe de quoy nous voas ordonnons de porter à jamais cousue en vos habits extérieurs la croix d'iceluy ; et Dieo vous face la grâce de ne contrevenir jamalsaux vins et serment que vous venez de faire , lesquels ayez perpétuellement en vostre cœur, estant certain que, si vous y contrevenez en aoeooe sorte, vous serez privé de ceste compagnie, et encourrez les peines portées par les statuts de l'Ordre. Au nom du Père , du Fils et du Sainct Esprit, i
CHRONOLOGIE NOVENAIRB DE PALMA GAYBT. [l59â]
A quoi ledit sienr duc lay respondit : « Sire , Dieu m'en donne la grâce , et plustost la mort que jamais y faillir, remerciant très-humblement Yostre Majesté de Thonneur et bien qu'il vous a pieu me faire; » et en achevant il luy baisa la main : autant en firent lesdits sieurs duc de Longueville et comte de Sainct Pol , Tun après l'autre.
Après que lesdits sieurs princes eurent esté ainsi receus, ledit sieur de Rodes , accompagné de l'huissier et du héraut, alla advertir M. le mareschal de Rets et M. de Sourdis, chevaliers de rOrdre, d'aller prendre les gentils-hommes esleus etreceus pour entrer audit Ordre , lesquels ils amenèrent et conduisirent au Roy deux à deux, sçavoir : messieurs de Reauvais Nangis et deLaverdin, messieurs de Sainct Luc et deBellegarde, messieurs de Myocenset de Roquelaure, messieurs de Humieres et de Fervac , messieurs de Dampierre et de La Rochepot , messieurs le comte deXorigny et de Montigny, messieurs de Dunes et mareschal de Brissac , messieurs de Buhy et deRagny, messieurs de Marivaut et de Pralin, messieurs de Sipierreet de Chazeron, messieurs de Chanlivaut et de La Frette , et M. de La Bourdaiziere; ausquels Sa Majesté vestit et donna le collier de l'Ordre, après qu'ils eurent fait le vœu et serment en la mesme façon qu'avoit fait ledit sieur duc de Montpensier.
Gest ordre du Sainct Esprit a esté premièrement estably par le roy Henry III le dernier jour de décembre , Tan 1578. Nul n'est receu en cest Ordre qu'il n'ait protesté de vivre et mourir en la religion catholique , apostoliqueromaine, qu*il ne soit gentilhomme de nom et d'armes 9 de trois races paternelles pour le moins , sans estre accusé d'aucun cas reprochable ny prévenu en justice , et qu'il n'aye vingt ans accomplis. Le Roy seul eslit et nomme ceux qui bon luy semble pour entrer audit Ordre; et, les ayant nommez au chapitre qui se tient pour cest effect, après l'information faicte de leur religion et noblesse, et que les procez verbaux en ont esté receus par le cbancellier dudit Ordre, qui les rapporte au prochain chapitre, lesdits nommez sont appelez par le héraut dudit Ordre de venir au chapitre, où le Roy les advertit de son intention et comme il les vent associer audit Ordre, et leur ordonne ce qu*ils ont à faire.
Nul n'est receu audit ordre du Sainct Esprit qu'il n'ait esté fait chevalier de l'ordre Sainct Michel par le Roy , lequel leur donne cest Ordre en son cabinet, la surveille de la chevalerie du Sainct Esprit. Celuy que le Roy fait chevalier
de cest Ordre se met de genoux devant luy, et , après quelques cérémonies et le serment faict par le chevalier suivant les statuts de cest Ordre, Sa Majesté luy donne de son espée sur Tespaule gauche, en luy disant : « Je vous fais chevalier, etc. ; » puis, tirant celle du chevalier, il la luy met en la main , et le plus ancien chevalier dudict Ordre luy met le collier de l'Ordre au col. Le Roy assis en son siège , le chevalier nouveau luy vient faire une grande révérence et luy baise la maio ; puis il accompagne Sa Majesté à la messe, et tout le long du jour, tant à l'église qu'en tous actes.
Le lendemain ils se préparent pour recevoir l'ordre du Sainct Esprit , et vont trouver le Roy en l'assemblée dudit Ordre , vestus de chausses et pourpoints de toille d'argent. Ils chemiDcnt deux à deux , entre le cbancellier de TOrdre et les chevaliers, quand le Roy va à l'église pour ouyr vespres, où , estans arrivez , ils se mettent À genoux , gardans tous leurs rangs , auprès des bancs qui sont à ceste fin posez dans le chœur, de l'autre costé de ceux des officiers dudit Ordre; et après vespres , ainsi que nous avons dit cydessus, ils sont appeliez pour recevoir les habits et le collier : ce qui se fait avec de très-belles cérémonies, et où les trompettes ne manquent point de sonner.
Le Roy et les chevaliers en ceste journée sont chacun vestus d'un long manteau de velours noir, en broderie tout autour d'or et d'argent, faicte de fleurs de lys et nœuds d'or entre trois divers chiffres d'argent , et au dessus des flambes d'or. Ce grand manteau est garny d'un mantelet de toille d'argent verte, couvert de broderie de mesme façon que celle du grand manteau, réservé qu*au lieu des chiffres il y a des colombes d'argent ; ledit manteau et mantelet doublez de satin jaune orengé ; et se porte ledit manteau retroussé du costé gauche, l'ouverture estant du costé droict. Quant aux chausses et pourpoints, ils les portent ou blancs ou orengez , avec façon à la discrétion du chevalier ; le bonnet de velours noir, avec des cordons de pierreries et une plume blanche. Sur les manteaux, ils portent à descouvert le grand collier de l'Ordre , qui est du poids de trois cens escus d'or, faict à fleur de lys , et trois divers chiffres entrelacez de nœuds. Voylà comme sont vestus les chevaliers du Sainct Esprit le jour de la feste de l'Ordre.
Pour les cardinaux et prélats qui sont aussi commandeurs dudict Ordre , assistans aux festes et cérémonies , ils sont vestus , sçavoir , les cardinaux , de leurs grandes chapes rouges , et les evesques et prélats , de soutanes de couleur violette, et un mantelet de mesme couleur, avec
CHRONOLOGIB IfOVfiKAIBK DE PALltA CAYBT. [1595]
leur roquet et camall , portans tous la croix d*or dudit Ordre pendante à leur col , avec un ruban de taffetas de couleur bleue céleste , et une autre croix dudit Ordre en broderie cousue au mantelet. Ces cardinaux et prélats, quant le Roy va à TEglise ou qu'il en sort , vont après luy , et les chevaliers devant , chacun selon son rang ; les officiers de TOrdre Vont devant les chevaliers , mais leur habit est quelque peu différent , et ne portent point le collier d*or, ains seulement la croix d*or pendue à un ruban , les uns d'une façon , les autres d'une autre , selon la dignité de leurs offices.
Après que la messe est dite, le Jour de la feste de l'Ordre , le Roy, les cardinaux , les prélats , les chevaliers et le chancellier accompar^nent le Roy, sont assis et disnentà sa table et À ses despens, en signe d'amour, et en un autre Heu à part les autres officiers de l'Ordre. Après disner le Roy et tous les commandeurs changent d'autres manteaux , mantelets et habits , pour aller aux vespres des trespassez. Le Roy est vestu d'escarlate brune morée , et les chevaliers de drap noir, ayans sur leurs manteaux la croix de l'Ordre cousue ; les cardinaux ont des chapes yIo* lettes , et les evesques sont vestus de noir. Après vespres, le Roy s'estant retiré au Louvre , les chevaliers assistent au souper et au coucher de Sa Majesté , de laquelle ils prennent congé les uns après les autres , puis se retirent en leurs hostels Jusques au lendemain qu'ils se retrouvent en l'assemblée, et vont en mesme ordre ouyr la messe qui se dit pour les chevaliers de l'Ordre trépassez. A l'offerte ils présentent chacun un cierge d'une livre ; après l'offerte le greffier dit les noms de ceux dudlct Ordre qui sont trespassez depuis la dernière cérémonie , pour les âmes desquels on dit d'abondant un De profundis et une oraison des trespassez , et au sortir de la messe, tous les chevaliers vont disner avec le Roy comme le Jour d'auparavant. Il se ftiict , les Jours suy vans , encor quelques cérémonies pour les trépassez , et quelques assemblées pour les affaires de l'Ordre; mais cela n'est du subject de nostre histoire. Voyons comme au commencement de ceste année le Roy voyant que , nonobstant la lettre qu'il avoit escrite aux estats d'Artois et de Haioaut , les gens de guerre d'Espagne ne laissoient pas d'endommager et faire une infinité de degast sur les frontières de Picardie et Thierasche, et aux environs de Cambray qu'il avoit pris en sa protection, ce qui Ait cause qu'il déclara la guerre à tous les pays et sub- Jects dudit roy d'Espagne. Voicy la déclaration qui en fut lors publiée.
f De par le Roy . Personne en ce royaume ny ail-
leurs n'ignore plus que le roy d'Espagne, n'ayant peu, h guerre ouverte, envahir et dcstruireia France protégée de Dieu, et defendnê de m roys d'heureuse mémoire , assistez de lenn bons et loyaux subjects, n'ait suscité et fomenté a icelle les divisions et partialitez qui l'ont cnidé accabler , et qui l'affligent encores de présent; car sa hayne et convoitise ont passé si avant, que non seulement il y a mis et eonsomméptasieurs grandes sommes de deniers , employé et perdu ses principales forces et armées, Jnsqnes à abandonner ses propres paya et affaires, mais aussi osé , sous prétexte de pieté, attenter ouTe^ tement à la loyauté des François envers leurs naturels princes et souverains seigneurs, detonl temps admirée entre toutes les autres nations da monde , eu poursuivant injustement et publiquement ceste noble couronne pour loy on poar les siens ; ce quMl âoroit commencé à manier incontinent après le decez du feu roy François deuxiesme , que Dieu absolve, et a depnlstou- Jours continué par divers moyens , triomphant et abusant de la minorité de nos roys, niât principalement manifesté et esclattésor la On du règne du feu roy Henry III , de très-direstienne mémoire, Tan 1585, que les François Jouyssans par la grâce de Dieu , pieté, justice et bonté de Sa Majesté , d'un entier et gênerai repos , lequel elle alloit affermissant et assenriDl journellement à leur soulagement, il auroitsoos faux et variables prétextes remply le royaome de feu , de sang et d'une extrême desolalkm, a^ mant les catholiques les uns contre les antres, et contre le plus religieux prince qui régna on^ ques, dont s'est ensuivie sa mort doalorense. qui saignera perpétuellement aucœarâesvreys François, avec tous les autres meurtres, pili^ ries , ruynes et afiflictions que nous avons depls souffertes , sous le pesant faix desquelles la France et les François eussent succombé et foi! naufrage pourjamais,sansla gracespcclaledeSi Majesté divine, qui ne luy a oncques manqué, laquelle a donné à nostre Roy et soaTeraia prince et seigneur la force et vertu , ea defradanc magnanimement la justice de sa canse, avec nos llbertez , biens, vies , familles et banneurs , de renverser les injustes desseins dnA Boy et de ses confederez , à sa honte et i letf confusion ; de sorte que la France a mainieaafit occasion d'espérer de recouvrer aa première ftlicite à la gloire de Dieu, sous robeyssancerl les commandemens de Sa Royale Majesté, ebacun y contribuant h Tadvenir la tnesrae frbcité, et Sa Majesté y employant auasi les mes»» moyens et remèdes qu'ont prattiqué tes roys s« prédécesseurs pour défendre te royaoïne coaiff
CHBONOLOGIB 190YENATBB DE PALMA CAYfiT. [1595]
leurs anciens ennemis. Quoy considéré par Sadite Majesté) laquelle a , avec la conservation de oostre saincte religion et de sa réputation, la protection et défense de ses subjects plus chère et recommandée que celle de sa propre vie , qa*elle y a souvent et libéralement exposée, comme elle est eoeores preste de foire, et que sa conversion, bonté et patience depuis cinq ans, ny le péril présent qui menace la cbrestienté, lequel chacun reco^oist procéder de la discorde et juste jalousie que l'ambition dudit roy d'Espagne a excité en icelle, n'ont peu ny peuvent encores modérer sa mauvaise volonté contre ce royaume , la personne de Sa Majesté Très-Chrestienne, ses bons et lldeles subjects , et les Gambresiens que Sa Majesté a prins en sa protection, sur lesquels luy et les siens exercent encores tous les jours tOQte hostilité, continuant à les assaillir à force ouverte par divers endroits , forcer et retenir ses villes , prendre prisonniers , mettre à rançon et massacrer ses subjects, lever contributions et deniers sur iceux , et faire tous autres actes d'ennemy conjuré , jusques à faire attenter à la propre vie de Sa Majesté par assassinements et autres vilains et détestables moyens , comme II s*est veu ces jours passez , et fust pis advenu au çrand malheur de la France , si Dieu , vray proectenr des roys, n'eust destourné miraculeusenent le coup effroyable , tiré de la main d'un François, chose horrible et monstrueuse, mais )oulsé d'un esprit très-inhumain et vrayement espagnol contre la personne de Sa Majesté , la- [uelle fait sur cela sçavoir à tous ceux qu'il apartfendra, que, ne voulant plus longuement efailiir à son honneur^ ny à la protection Vielle doit à ses subjects et ausdits Gambreens , comme elle feroit si elle usoit de plus lonue patience et dissimulation en la fuite et con- Quation de tels attentats, voyant mesmes le peu B compte qu*oiit faict ceux d'Artois et de Halmlt y au grand regret de Sa Majesté , des adonitions qu'elle a vonlu leur faire par lettres presses de luy ayder à destourner Torage de la lerre suscitée par tes Espagnols, non moins à ar ruyne qu'au dommage de ses subjects , auit arresté et résolu faire doresuavant la guerre verte par terre et par mer audit roy d'Espagne, 5 subjects, vassaux et pays, pour se revaner sur eux des torts, injures et offenses qu'elle les siens en reçoy vent , tout ainsi qu'ont faict roys ses prédécesseurs en semblables océans , avec ferme espérance que Dieu , qui cogîst Tinterieur de son cœur et Tequité de sa ise , luy continuera sa divine assistance , et a prospérer et bénir, avec Tayde de ses bons ^jects ^ ses Justes armes ; au moyen dequoy Sa
Majesté enjoint très-expressement à tous sesdits subjects , vassaux et serviteurs , faire cy-après la guerre par terre et par mer audit roy d'Espagne, ses pays, subjects, vassaux et adhérants, comme ennemis de sa persnnne et du royaume, et, pour ce faire , entrer avec forces èsdits pays, assaillir et surprendre les villes et places qui sont sous son obeyssance , y lever deniers et contributions , prendre ses subjets et serviteurs prisonniers, les mettre à rançon, et traicter tout ainsi qu'ils font et feront ceux de Sadite Majesté, laquelle leur a pour ceste occasion prohibé et défendu , prohibe et défend par la présente toute espèce de communication, commerce, intelligence et association avec ledit roy d'Espagne , ses adhérents, serviteurs et subjets, à peine de la hart : a révoqué et révoque dès à présent toutes sortes de permissions, passeports et sauvegardes, donnez et octroyez par elle ou par ses lieutenans généraux et autres , contraires à la présente ordonnance; les déclare de nulle valeur, et défend d'y avoir aucun esgard quinze jours après la publication d'icelle, laquelle |elle a , pour cesteffect , commandé estre faicte à son de trompe et cry public aux provinces et frontières du royaume, à fin que nul n'en prétende cause d'ignorance , muis que chacun ait à l'observer et exécuter, sur peine de desobeyssance. Fait à Paris, le 17 janvier 1695. d
Le 1 3 février l'archiduc Ernest , pour responce à ceste déclaration, fit publier, comme gouverneur des Pays-Bas pour le roy d'Espagne , deux placarfs , Tun portant mandement k toutes les provinces obeyssantes à l'Espagnol de se tenir sur leurs gardes contre les entreprises et les armes du prince deBearn [ainsi appelloit-il le Roy], qu'il disoit estre téméraire envahisseur de l'Estat de France, detempteurde Gambray, et qui avoit déclaré la guerre aux Pays-Bas , leur enjoignant de ne repoulser pas seulement la force par la force , mais faire la guerre à feu et à sang aux François obeyssants audit prince de Bearn. L'autre placart contcnolt un certain ordre qu'il vouloit estre gardé au commencement de ceste guerre, touchant les François qui s'estoient habituez du passé ausdits Pays-Bas , et de ceux de la ligue qui s'y retiroient encor journellement, ordonnant que ceux-là se presenteroient devant les magistrats ez villes de leurs demeurances, et y ferolent nouveau serment de fidélité quatorze jours après la datte dudit placart, sinon qu'ils seroient punis comme rebelles ; quant aux ligueurs iVançois, que quinze jours après qu'ils seroient arrivez en la ville où ils voudroient demeurer , ils se presenteroient aux magistrats , devant lesquels ils declareroient la
CHRONOLOGIE IfOTBfTAIRB
cause de leur transmigration y et , suy vaut le certificat qu*ils auroient d'avoir esté toujours affectionoez au party de la iigue, sans avoir Jamais suivy le priocede l^earn , qu'ils seroient conservez et maintenus comme subjects naturels; mais que ceux qui manqueroient à faire ces devoirs seroient appréhendez et punis selon la qualité de leurs personnes.
Après la publication de ces déclarations la guerre s*exerçade part et d'autre avec beaucoup d*bostilitez , les François courans Journellement Jnsques aux portes d'Arras et de Mons, et les Espagnols et François ligueurs Jusqu*à Amiens et Peronne , la garnison de Soissons leur donnant escorte pour roder par la Picardie. Geste garnison estoit forte ; les soldats venoient courir Jusques aux portes de Paris , et furent un jour si eotreprenans qu*ils vindrent jusques aux Thuilleries , et entrèrent au manaige où ils prirent et emmenèrent quelques jeunes seigneurs qui y piquoient leurs chevaux , entr'autres le baron de Sainct Biancard , frère du mareschal de Biron , qui, de bon -heur, estoit lors à Paris, et lequel aussi-tost monta à cheval , suivy de ses amys, et poursuivit de si près ces preneurs qu'il leur fit quitter leur prise pour se sauver plus à leur aise. Le Roy, pour empescher ces coureurs, commanda aux sieurs de Moussy, lieutenant de la com pagnied'hommes d'armes de l'Isle de France, tenant garnison dans Crespy en Valois, de Gadancourty d Edouville et de Beyne, qui avoient leurs compagnies ez places fortes proches de Soissons, de battre les chemins si souvent Jusques aux portes de ceste ville-là , que ses subjects fussent exempts de leurs courses. Ces seigneurs sVstant assemblez le 3 février, coururent par toutes les traverses des forests, et jusques aux portes de Soissons pour en provoquer la garnison de sortir au combat; mais sans faire rencontre ils revindrent à Crespy. Voulant se séparer et retourner chacun en leur garnison , le sieur de Ponseuat qui commandoit dans Soissons, ad ver ly de leur resolution, fit monter deux cents cuirasses, et deux compagnies d'argouiets à cheval , le quatorziesme Jour dudit mois sur le soir, et les bailla à conduire au sieur de Beilefont et au baron de Conan , lesquels avec ceste troupe, ayant cheminé le long de la nuict, vindrent dresser un embuscade à un quart de lieuê de Crespy. Le sieur d'Edouville , sur les sept heures du matin , accompagné de trente hommes d'a^ mes de la compagnie do comte de Sainct Pol , pensant s'en retourner à Velly en Laonnois , où il tenoit garnison , descouvrit l'embuscade des ligueurs à on demy quart de lieuê de Crespy ; il la sceut si dextrement attirer et amuser, que les
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coureurs et leur gros le poursuivirent JoiqQcs dans le fauxbourgs de Crespy, et contre les moraillesdu parc d'Arragon. La guette qui estoit an clocher Sainct Thomas de Crespy ayant sonné l'alarme , les sieurs de Moussy, de Gadaocout et de Beyne montèrent incontinent à dveTil. Bellefontet Conan, prejogeansreveDemeatde leur entreprise, commencèrent à se retirer vos Soissons : mais les royaux le poursoivirent si brusquement qu'ils les joignirent en la plaine de Villers-costerests où , après plusieurs charges de part et d'autre, Bellefont et Conan forent pris prisonniers par les royaux ; einquantedes leun demeurèrent morts sur le champ , et soixante de blessez ; le plus grand butin fut en prisonnien et en chevaux; les royaux poursuivirent le reste de fuyards Jusques dans les barrières de Yillcncosterests. Ainsi pour un temps ceux de SdssoBs furent destournez de faire leurs courses et ho»tilitez sur le plat-pays.
Le marquis de Varemboo , gonvemeor d'Artois , assemblant l'armée d'Espagne sur les frontières de France , envoya en ce mesroe temps le sieur de Rosne [qui avoit pris l'escharpe rouge], avec deux canons et deux mille soldats , eondnnt un grand convoy de vivres et munitions de guerre dans La Fere , ce qu'il exécuta : en son passage il fit de grandes pilleries , et retonraien Artois avec les Espagnols chargez du batin des Picards.
Au commencement de ceste guerre le Rot, qui avoit résolu d'en jetter le brandon dans les terres du roy d'Espagne , avoit pratiqué de £ûre attaquer d'un costé le Luxembourg, ainsi qve nous avons dit , sur la fin de Tan passé, par )e mareschal de Bouillon , et par le comte Phiiippes de Nassau ; mais bien que ceste entreprise fost favorisée d'un heureux commencement en la do* route d'onze cornettes de cavalerie , die etf toutesfois une peu heureuse suitte, et fut sus fruict.
D'autre costé le Roy ayant fidct paix avec le duc de Lorraine sur la fin aussi de l'an passe, ledit duc ayant licentié ses troopes de grns de guerre, Sa Majesté les priot à son service, et. au nombre de cinq mille hommes de pied et de mille chevaux qui prirent l'escharpe Uanek sous la conduite du sieur de Sainct Georges , baron d'Aussonville , et du sieur de Tremblecout, ils entrèrent au commencement de ceste anaée dans la Franchecomté , prirent Vesoa , place iisportante sur la frontière de ceste provioce U, qu'ils gardèrent jusques à ce que le oonnestaMc de Castille les contraignit d>n sortir, ooDoe nous dirons cy -dessous. Le Roy fit attaquer ces I deux provinces de Luxembourg et de la comte
CQRQlfOLOGIE NOYSHÀIAB PE PALMA, CAYET. [|â9&]
de BourgODgoe, pour ce que c*est par où passe le secours qui vient d'Espagne par mer en Italie, fit qui d'Italie va par la Savoye jusques aux Pays- Bas» préjugeant qu*en leur coupant le chemin par ces provinces là» la longueur qu'il faqdroit tenir à traverser par les pays des Suisses rendroit leurs gens de guerre du tout fatiguez avant gue d^estre parvenus en Flandres.
Le 21 février Tarcbiduc Ernest, après s*estre préparé, suyvant le mandement du roy d'Espagne, de faire advancer toutes les troupes de gens de guerre qu'il avoit sur les frontières de .France , mourut à Bruxelles, aagé de quarantedeux ans , n'ayant esté que treize mois gouverneur des Pays-Bas. Ceux qui ont escrit de l'buineur de ce prince disent qu'il estoit grave, et que l'on ne le voyoit rire que rarement; qu'il estoit bénin , clément , pacifique , sobre et non addonné au fast et à la pompe. Les historiens espagnols disent que la cause de sa mort fut , comme il se put conjecturer à l'ouverture de son corps , à cause d'une pierre de médiocre grosseur qu'il avoit aux lombes , et qu'il luy fut trouvé dans les reims un ver qui estoit en vie , lequel Iny avoit tellement rongé les parties internes , qu'en peu de temps son corps fut exténué, et dont il mourut. Les Holandois, au contraire, ont escrit qu'il mourut de regret et de desplaisir de voir aller toutes choses au contraire de ce qu'il s'estoit proposé : premièrement, pour le mariage de l'infante d'Espagne que les Espagnols pensoient faire royne de France et luy roy, en quoy il s*estoit persuadé que les ligueurs s'estoient mocquez de luy et du roy d'Espagne son oncle ; secondement , pour ce qu'il voyoit que les affaires de l'empereur son frère et de toute la maison d*Austriche se portoient mal contre le Turc par la perte de Javarin; puis pource qu il se voyoit, luy qui estoit pacifique , hors d'espoir de pouvoir mettre en paix et réunir les Pays-Bas, d'autant qu'il estoit mesprisé des Espagnols qui le taxoient d'estre trop pesant à la guerre , et que d'un autre costé les estais des provinces confédérées le tenoient en soupçon pour avoir esté accusé par Michel Benichon, qui confessa et dit avoir eutrepris d'assassiner le prince Maurice à la suscitation du comte de Barlaimont , et qu'il avoit entendu que l'archiduc avoit dit audit comte : Cumulale, et largo fomore saiisfaciam (i) ; plus, que Pierre du Four, exécuté aussi pour pareille entreprise, avoit confessé et dit que le sieur de La Motte l'avoit persuadé de tuer aussi ledit prince, et faict parler audit
(I) RempliMei fotre dasselo, et je tou$ récompeani a? ee mure.
{% Faites ee que fooi m'arcs promii^ ^ Ihm le ^^^* !• €• D. V. T. Xiî. ^^^
sieur archiduc devant son lict, lequel lui avoit dict : Facete quel che m'avelepromesso, amaz^ zate quel iyranno (2) ; mais toutesfois que, nonobstant ces dépositions , ceux qui avoieot cognu ce priqce sousteuolent le contraire , et qu'il failbit que La Motte et Barlaimont eussent supposé quelque personnage ressemblant audit archiduc pour parler h ces entrepreneurs d'assassinats , ee qui popvoit estre aysé à faire. Voyià l'opinion des Holandois. Mais ledit archiduc , ayant en advis de la déposition dudit Michel Benichon , envoya à La Haye en Holande les docteurs Har-' tins et Goéman , doctes jurisconsultes , avec lettres addressantes aux Estats pour les exhorter à la paix : aussi lesdites lettres portoient créance de ce que diroient les susdits docteurs.
Le 1 6 de may 1594 , en l'audience qu'ils eurent , Hartius, en sa harangue , après avoir semond les Estats d'entendre à la paix , et exalté et loué le bon naturel des princes de la maison d'Austriche, les requit, ou que ledit Michel Benichon , prisonnier , qui avoit dit une si pernicieuse et insupportable calomnie contre Son Altesse et contre le comte de Barlaimont, fust envoyé à Anvers ou à Bruxelles avec commissaires et députez desdits Estats [ sous promesse dudit archiduc de le rendre sain et sauf ausdits Estats ] , ou qu'il fust mené à Breda , ville soos Tobeyssance desdits Estats , où ledit comte de Barlaimont se trouveroit avec aucuns commissaires au nom de Son Altesse, pour estre confronté audit Benichon , et examiné sur ceste calomnie. VoyIà l'offreique fit faire cest archiduc que plusieurs jugèrent procéder d'un bon naturel : aussi sur son portraict , après sa mort, on y a mis :
Auparaxfani ma mort je fus taxé de blatme , Dont déviant Dieufen tiens pure et nette mon ame.
Sa mort n'apporta aucun changement aux provinces des Pays-Bas qui sont sous l'obeyssance d'Espagne.
Cependant que le deuil estoit à Bruxelles poqr la mort de cest archiduc, ce p'es|oieut que nopces en la maison dp Nassau ; le comte de flohenlo Qspo^sa , au mois de février, Marie, fille du feu prince d'Orenge , laquelle il avoit eue de sa première femme , fille du comte de Buren * et son autre fille , Elisabeth , qu'il eut en troisiesme mariage de Charlotte de Bourbon , fille de Loys , duc de Montpensier , fut mariée au mareschai de Bouillon (3). Pendant ces mariages
(5) n a?ait perdu Charlotte de La Marck ta première épouse, et n'en afoit poiot eu d^totêoi, Élia«t>eUi de NaiMU fui la mère du célèbre Turenue.
CHBOIIOI.OGIB NÔVSNAIM Dft PALltA CAYET. [l595]
le prince Maurice et les Estais dressèrent une entreprise sur la irille de Bruges en Flandres; mais , à cause de Tobscurité de la nuict, comme il y avoit une longue traitte depuis le lieu où ils estoient desbarquez jusqnes à Bruges , s'estans les troupes esgarées les unes des autres , et la guide mesmes ayant perdu ses addresses , Ils furent contraints , avec de grandes fatigues, de retourner se r'embarquer sans pouvoir rien exploiter.
La surprise de Huy , qui est dans le pays du Liège sur la rivière de Meuse , fiiictele 8 février par le gouverneur de Breda , troubla l'archevesque de Cologne qui est aussi evesque du Liège j pour ce que ceste place n'est qu^à cinq lieues du Liège , où est un beau pont sur la Meuse. Aussi-tost que ledit sieur archevesque eut eu response du prince Maurice et des Estats, lesquels, au lieu de faire punir les entrepreneurs comme iofracteurs de la neutralité et bonne voisinance qu'il avoit avec eux , sembloient les advouer y il eut son recours au conseil d'Espagne à Bruxelles, lequel envoya quant et quant le comte de Fuentes [ gouverneur par provision des Pays-Bas, en attendant la venue du cardinal Albert d'Austricbe] , qui fit tourner la teste de son armée de ce costé là ; et le 1 3 mars , après avoir fait brescbe , les siens entrèrent d'assaut dans la ville, où ils mirent au fil de l'espée tout ce qu'ils rencontrèrent de la garnison, une partie de laquelle se sauva au cbasteau , que ledlct comte de Fuentes fit incontinent investir et miner. Herauguiere , qui l'avoit surpris et qui estoit dedans , estant sans espérance de secours et prest d*estre forcé, rendit ceste place, et fut contraint d'en sortir avec un seul cbeval , ses soldats à pied avec l'espée et la dague.
Nous avons dit sur la fin de l'an passé que le duc de Mayenne, s'estant retiré de Bruxelles en Bourgongne , desiroit surtout de conserver son autborité dans les villes de son gouvernement , et qu'il avoit fait abbattre les faux-bourgs de Beaune , où plus de deux mille maisons furent desmoties, et qu'après avoir mis une bonne garnison dans ceste ville, et estably un ordre pour la garde des portes entre les habltans et les soldats de la garnison , à sçavoir qu'il n'y auroit plus que deux portes ouvertes , dont l'une seroit gardée par les babitans, et l'autre par les soldats [qui pou voient estre au nombre de trois cents hommes de pied ] , il s'estoit retiré à Dijon pour y passer les rigueurs de l'hy ver. Les habltans qui avoient charge en ceste ville, el qui s'estoient montrez depuis le commencement des troubles toujours plus neutres que tenansparty^ se voyans réduits sous la volonté d'un capitaine
dnchasteau et d'une garnison, commencerait à se resouidre de se délivrer du tout de ces doq* veaux hostes là. Or, auparavant que le doc de Mayenne fust venu en fiiourgongne , ils a? oient desjà eu envie de se remettre du tout soos Tobeyssance du Roy, et l'avoient fait proposer à Sa Majesté par un des eschevins qu'ils aroiett envoyé exprès vers luy, lequel leur av<^t accordé quatre mois de trefve , à condition qu'ils loy f^ roient dedans ce temps là paroistre lear ^* tion. Ce qu'ayant esté descouvert par ledit siear duc , on tient que ce fut l'occasion qu'il fit tout ce qu*it put pour se conserver ceste ville. Ad contraire le maire ^ nommé Bellin, Jugeant que Toccasion se presentoit de se pouvoir deKvrcr de la garnison du duc , par rapprochement de l'armée du Roy conduitte par le mareschal de firon , dont il avoit eu advia , et auquel le Boy avoit donné le gouvernement de ceste proTînre, ayant faict une assemblée des prindpam de Beaune , et entr'autres des ecclésiastiques, poor sçavoir leur intention , il envoya un deseseb^ vins vers le sieur de Yaugrenan, gouvemcnrde Sainct Jean de Laune, lequel incontinent monti à cheval , et alla trouver ledit sieur mareschil de BIron qui battoit lors le chasteau de Tabbave du Monstier Sainct Jean , et luy donna à «* tendre ce qui se passoit à Beaune et l'intcDtieo des habltans : • Donnez leur parole, Inyditic mareschal , que je me rendray à eox le cioquiesme du mois de février sur les deux heoro après midy, qu'ils prennent les armes à ce* heure là puis qu'ils y sont résolus, et qu1U chargent les soldats de la garnison ; mais qu'ils r^ gardent le moyen de me faire livrer une porte, car je m'achemineray vers leur ville faisant setsblant de faire marcher l'armée pour aller battit Chasteau-ncuf, mais Je toumeray visage et iir droict à eux. • Le maire Belio, ayant encestt response , advertit ceux qu'il sçavoit se eoofor* mer à son dessein de se|tenir prests avec leon armes quand l'heure leur seroit ditte , etqalb entendroient le signal de la cloche de Tboriogr Le duc de Mayenne, adverty de eeste délibération , partit de Dijon avec son fils le premier Jour du mois de février , et s'en vint eondieri Beaune , accompagné de Guillermé, o^taioe commendaot à Seurre, et quelques antres. Or tout ce qu'il y fit lors fut qu'il vid l'ordre qoi ^ toit dans le chasteau , changea la garde deU ville, et ordonna qu'il n'y eust plus qu'one porta ouverte, qui seroit gardée au premier corps de garde en dedans par les habltans , et an seeasd en dehors et à la barrière par les soldats; j^y il fit venir quelques quatre-vingts soldats de pis' de renfort et une partiede la compagnie dnsteor
CHBONOLOGIB lIOVBIfÀlËB
de Tienges (i) conduite par le capitaine Montiilet. Le lendemain , ayant recommandé la garde de ceste ville au capitaine Mont-moyen qui commandoit dans le chasteau , et luy ayant dit jusques à ces mots , que qui luy osteroit ceste ville luy osteroit le cœur du ventre, il s*en alla à Gbaalons; mais, en estant à my-chemin , il renvoya Gulllermé avec cinquante cuirasses apporter le billet des habitans de Beaune qu*j| entendoit estre mis prisonniers. Montmoyen et Guillermé , ayans tenu conseil de ce qu'ils dévoient faire , remirent l'affaire au lendemain , qu'ils envoyèrent quérir les procureur et advocat du Roy au bailliage sur le prétexte de quelques réparations : ils y vont , mais on les détint prisonniers. Il manda de mesme le maire et les eschevins : ceux-cy n'y voulurent point aller; le maire y alla, et fut retenu , ce qui pensa faire faire une esbotion , ce que voyant Montmoyen il le renvoya ; mais à Tinslant il fit mettre en armes toute la garnison, feignant de vouloir faire monstre, et sous ce prétexte se saisit de quatorze des principaux de ceste ville là , lesquels il fit mettre prisonniers. Le 4 de ce mois le maire Bellio et ceux deson entreprise demeurèrent sans rien faire , estans entre la vie et la mort ; mais , le jour de l'entreprise venu , en l'assemblée de ville qui se tint le matin , ils résolurent de prévenir l'heure donnée audit sieur mareschal et courir aux armes , et donner pour ce faire le signal de la cloche de l'horloge promptement, afQn que chacun eust à prendre les armes , se mettre en place et gaigner ses quartiers.
Aussi-tost que la cloche donna, le maire au second coup fut en la rue avec son escharpe blanche, Tespée nuê au point, criant vive le fioy , qui fut suivy de tous ceux de son quartier, mesmes des femmes et enfans, qui sortirent courageusement avec les armes qu'ils peurent saisir et avoir. A l'instant celuy qui commandoit au premier corps de garde à la porte et dedans la ville fit fermer la porte qui estoit entre son corps de garde et celuy des soldats , qui pouvoient bien estre quarante , tellement qu'il les enferma dehors, et avec les habitans monta sur les tours, et fit tirer sur eux plusieurs coups d'harquebuses, si qu'il leur fit quitter et rendre les armes : mate se voulans sauver par les champs, recueillis par une flote de paysans qui venolent des villages en la ville , Ils furent tous tuez près la contrescarpe. L'eschevin Alexan en mesme temps alla donner au logis du capitaine Guillermé qui disnoit , et avec luy le président de Latrecey, frère du capitaine Mont-moyen ; la porte forcée et mise dedans la chambre, il porta de premier
(I) Thianget.
DK PALMA CAVKT. [l595j 659
abord un coup de pistolet à Guillermé dans le visage, dont il l'atterra. L'ingénieur Carie fit quelque résistance ; mais Alexan , secondé de quelques habitans qui survindrent bien armez le renbarra et se rendit maistre du logis , où furent prins prisonniers Guillermé et Carie avec le président de Latrecey, lesquels furent menez et conduits dans la Maison de la ville , où Guillermé mourut le lendemain des coups qu'il avoitreceus Ce Guillermé estoit un Millannois, gouverneur de Seurre , qui y avoit tué et faict tuer plusieurs habitans et soldats prisonniers de guerre à sanir froid. Les soldats, par le prinse de leurs chefs ne se sçachans rassembler, gaignolent çà et là les lieux esgarez et petites troupes , où , à mesure qu'ils estoient rencontrez, estoient tuez et taillez en pièces par les habitans. Aucuns s'assemblèrent en la rué Dijonnoise en nombre de quarante ou cinquante , mais les habitans de ce quartier là les chargèrent si vivement qu'ils en firent tomber sur la place la plus-part, et y fut blessé le capitaine Sainct Paul , qui de ceste blessure mourut depuis. Ce capitaine Sainct Paul, tout blessé et les capitaines Sauni et Belle-ville, trouverént moyen , à travers quelques maisons, de se rendre vers leurs troupes qui estoient logées proche le chasteau , lesquelles aussi-tost ils firent mettre en bataille , et commencèrent à escarmoucher du long de la rue des Tonneliers ; mais ils furent receus mieux qu'ils ne pensoient, et advancerent tellement les habitans leurs barricades sur eux à la faveur d'une pièce de canon de ceiles que le duc de Mayenne avoit fait placer aux principaux quartiers de la ville pour les empescher d'entreprendre , qu'ils les mirent en fuitte , et leur firent quitter ceste rué des Tonneliers et se retirer en la rué des Boissons , où estans , par le commandement qu'ils eurent de Mont-moyen , ils mirent le feu en plusieurs maisons pour cuider estonner les habitans, mais nul ne se divertit pour cela. Un des habitans nommé Jacques Richard accompagné de quarante ou cinquante, vint donner sur ces soldats, et les chargea en cette rue des Boissons qui fut assez de temps disputée mais en fin il la leur fit derechef quitter, et les contraignit de s'escarter çà et là , et furent tous taillez en pièces, fors ceux de la compagnie da sieur de Tienge qui furent prins à rançon avec Montillet leur conducteur et quelques gens de pied et de cheval qui , s'estans retirez près les tours du chasteau , ne purent si tost estre forcez: tellement que les habitans se rendirent malstres de la ville, fors d%la rué de la Belle Crolz proche le chasteau , où s'estoient rengez ces gens de pied et de cheval à la faveur du canon et des barquebusades du chasteau.
CHRONOLOOTS NOVENAIBB
Les maire et eschevins , après avoir mis de bonnes barricades tout alentour de ceste rue de la Belle Croix , et les avoir bien munies de bons arquebuziers et picquiers, à ce que ceux de ceste rue ne pussent rien gaigner ne entreprendre , et pour les tenir sur cul , s'en allèrent avec les serruriers et autres maneuvres qu'ils prindrent, et firent rompre et abbattre les serrures et verroux des portes de la ville , desquelles portes les clefs estoient dans le cbasteau : les portes ouvertes , ils firent tirer le canon de dessus la muraille pour donner advertissement audit sieur mareschal de Biron qu'ils estoient aux mains, et depeseberent gens pour l'aller trouver et luy dire ce quis'estoit passé, et le supplier de s'advancer. Ces gens là le trouvèrent à une demy-lieuë de la ville , où , luy ayant le tout dit , il commença à s'advancer au gallop, dont les maire et eschevins advertis , envoyèrent encores au devant de luy le capitaine Monet pour le supplier de leur promettre que la ville ne seroit point pillée ne fourragée , ce qu'il promit et effectua. S'estant rendu à la porte 11 y fut receu par les maire et escbevins qui tous en corps et en armes Tattendoient. Entré qu'il fut , il meit tout aussi-tost la main à la besongne , fit advancer des carabins qu'il avoit tiré des regimens des sieurs de Sainct Blancard,SainctOgeretde celuy de Champagne et autres, qu'il logea tout aussi-tost près les gens de pied et de cheval qui s'estoient serrez et retirez en ceste rué de la Belle Croix en nombre de deux ou trois cents , et par lesquels il les fit attaquer; mais, sur ce point et à la première allarmcy ils demandèrent composition , laquelle il leur accorda à la charge qu'ils sortlroient leurs | armes et bagues sauves , l'un de leurs drappeaux ployé y mis et laissé entre ses mains en signe de recognoissance de victoire ; puis il feit advancer ses troupes de cavallerle et infanterie , et logea son infanterie, dès la nuict, à l'entour du cbasteau. Le président de Latrecey fut depuis relascbé pour les quatorze babitans qui avoient esté emprisonnez en ce cbasteau . Ceste nuict là mesme entra le capitaine Lago avec six ou sept dedans le cbasteau , où il se rendit de la ville de Nuits, ayant entendu les nouvelles de ce qui s'estoit passé. Mais Oudineau , qui exerçoit la charge de grand prevost du duc de Mayenne, s'estant venu présenter sur les onze heures de nuict à la porte Bretonniere, accompagné de douze ou quinze de ses archers , ayant demandé à entrer et qu'il venoit de la part dudit sieur duc , après que ceux de la garde l'eurent recognu, on le fit entrer dans la ville, et fut meifê au mareschal de BIron , lequel vit tout ce qu'il portoit : c'estoit un mandement au sieur de Montmoyen , avec
DB VkhUK CàYET. [lS95]
une liste des babitans de Beauneqoe ledit sieor duc vouloit estre chassez hors de la ville, et de ceux qu'il vouloit qu'on mist prisonniers. Got Oudineau estoit aussi chargé d'aller à Dijon et y porter une pareille liste au gouverneur, laquelle ledit sieur mareschal fit tenir depuis à ceux de Dijon afQn qu'ils veissent l'intention du dac , et pour les accourager d'en fidre autant que ceox de Beaune : ce qu'ils firent , ainsi que noos dirons cy-après. Quant à Oudineau, il fotmis prisonnier.
Le lendemain ledit mareschal commeoçaàse retrancher contre le cbasteau de Beaune, et manda les Suisses et le canon pour le battre, lequel arrivé , comme Montmoyen vit qu'il estoit prest à èstre placé, il demanda à parlementer: ce qui Ipy fut accordé, et y eut quelques gentilihommes ostagers d*une part et d'autre pov b seureté de ceux qui parlementeroieut ; mais c'estoit une ruze qu'il Inventa afiSn d'avoir moya d'advertirleduc de Mayenne , et d'avoir des advis de luy et du secours. Sablonniere , capitaifie des gardes du fils du duc de Mayenne , et k capitaine Mamay, ayans avec eux quelque qmrante ou cinquante soldats, estans ratrez dans le cbasteau , Montmoyen rompit ce pourparlcr. et commença à faire tirer aux tranchées , où f^ rent blessez quelques soldats , et à loger sur ks tours, affrontant sur la ville les canons do dasteau. Le mareschal de Biron , voyant la resola- Uon de Montmoyen , feit dresser sa batterie, et commença à en saluer les assiégez. Sur lebniict qu'il courut que les ducs de Mayenne et de Nemours faisoient estât de pouvoir assembler de lii à sept mille hommes pour secourir ce chasieao, toute la noblesse du pays se rendit à rarmét. et mesmes le Roy y envoya de Paris les sieon de Tavannes, de Sipierre et de Ragny.Cesir^ dura cinq semaines entières, et y lut tiré pis de trois mille coups de canon, dont il fut fùct bresche pour entrer trente hommes de iM- Montmoyen, se voyant prest d'estre forcé ptf assaut, le Jour des Pasqoes flories àtaosà composition , laquelle luy fut accordée par ledisleur mareschal à condition que luy et les si»* sortlroient avec leurs armes et bagages, eofc^* gnes ployées, et sans battre tambour, tDoy^snant cinq mille escus qu'ils payeroient a»ii^ sieur mareschal.
Le Roy, qui s'estoit retiré au bols de Vidconés pour y faire ses dévotions en la sema^if saincte, y receut nouvelles de ceste redoctwa avec beaucoup dejt>ye, et en fit chanter le '' Deum dans la Saincte-Ghapelte de .ViDoeooo comme aussi le mardy ensuyvant II fct chaa* dans l'église Nostre-Dame de Paris; car ta »*•
CHl&ONOLOtilE NOVBNàUIB DB PALMA CAYBT. [1595]
daction de ceste place apporta puis après celle de Nuits et d^AutbuD, et en suitte celle de Dijon et de toute la Boorgongne , excepté Chaaionset Seurre, comme noas dirons.
En ce mesme mois de mars le roy d'Espagne fit publier à Bruxelles un edict pour response au Roy qui luy avoit déclaré la guerre. Le commencement de cest edict estoit un grand narré de la paix faicte avec le roy Henry second , son beaupère, laquelle il disoit avoir tousjours bien gardée, et qu'il avoit tousjours assisté aux roys ses beaux-freres , beritiers et successeurs dudit roy Henry II , en leurs plus grandes affaires , lors mesmes que le royaume estoit en danger de se perdre à cause des beresies ; que luy roy d'Espagne avoit tousjours maintenu la foy catbolique ; quMi entendoit garder la confédération par luy &icte avec les catboliques de France , bien que sur les rebellions de ses subjets de Flandres il eust receu de grandes incommoditez des François, dequoy la ville de Cambray servoit assez de preuve , laquelle luy estoit encor détenue par un François ; mais bien qu'à présent le prince de Beam [ainsi appel!oit-il le Roy] luy eust déclaré la guerre soubs certains prétextes ausquels luy roy d'Espagne disoit n'avoir point pensé, qu'il ne vouloit toutesfols laisser d'entretenir la paix qu'il avoit avec la couronne de France, et garder Fassociation par luy faicte avec les catholiques du party de Tunion pour la manutention de la foy ; et, nonobstant qu'aucuns d'eux s'en fussent départis , neantmoins qu*ii leur vouloit garder la fidélité qu'il leur avoit promise moyennant que dedans deux mois ils se remissent en ladite association , deffendant à tous ses subjects de les offenser qu'après ce terme là. A la un de son edict il se deciaroit ennemy à toute hostilité dudit prince de Beam et des siens , pour ce qu'il n'avoit point esté déclaré, disoit-il, roy de France par le Pape , et en outre que ce qu'il faisoit n'estoit que pour la conservation de la religion catholique, apostolique et romaine, etdel'Estat de la France en bonne paix.
Le Roy qui recognoissoit que toute ceste declaration n'estoit publiée que pour entretenir en France ceux qui estoient encor obstinez du party de l'union en leur rébellion , et qu'une partie de l'effort de la guerre se feroit vers les frontières de Picardie , il y envoya M. de Longueville , pour ce qu'il estoit gouverneur de ceste province-là afin de revisiter toutes les places et y donner l'ordre requis ; mais il advint qu'entrant à cheval dans la porte de Dourlens, et parlant au capitaine Ramelle^ iKimme qui estoit bien entendu au faict des fortifications , la garnison luy fit une salve d'harquebusades pour Thonorer
comme il passoit; mais, soit à dessein, ouinsciemment, il y en eut un qui avoit laissé son harquebuse chargée , qui tua d'un mesme coup ledit sieur duc et le capitaine Ramelle , sans que Ton ait peu Jamais recognoistre qui avoit tiré ce coup là. Ledit capitaine Ramelle mourut sur le champ, et le duc peu de Jours après, laissant madame sa femme , fille du duc de Nevers , enceinte , laquelle depuis mit au monde M. le duc de Longueville d*apresent. Son frère , M. le comte de Sainct-Pol, fut pourveu de ce gouvernement, et M. le mareschal de Bouillon eut la charge de l'armée sur ceste frontière. De ce qui s'y passa nous le dirons cy-après.
Au mesme temps de ceste mort la nouvelle vint au Roy de la réduction de Vienne en Dauphiné , à cinq lieues au dessous de Lyon , qui estoit la principale retraite du duc de Nemours, et le seul passage qu'il avoit sur le Rosne , et par lequel les places qui tenoient encor en Auvergne, auLyonnoiset en Forests, pour le party de l'union , pouvoient estre secourues des estrangers. Avant que de dire comme ceste ville fut réduite par la diligence de M. le connestable de Montmorency , voyons comme ledit duc de Nemours sortit de sa prison du chasteau de Pierre- Ancize à Lyon.
Le 26 de Juillet, l'an 1594, après que le duc de Nemours eut esté prisonnier dans le chasteau de Pierre Ancize près de dix mois , estant fort entier en son party , bien que le Roy eust envoyé exprès à Lyon pour traicter de son eslargissement s'il se vouloit remettre en son devoir, 11 s'esvada de sa prison. Il estoit continuellement gardé de Jour et de nuict par deux babitans de Lyon. Sur le soir, estant au lict, feignant estre malade, ses gardes se tenatis dedans un antichambre , il s'habilla des habits de son homme de chambre, et print le bassin des excréments pour l'aller vuider : en Important il se contrefit tellement le visage qu'il passa au travers de ses gardes sans qu'ils le recogneussent , et s'en alla sortir avec une corde par un trou qu'avoit faict son cuisinier en un endroict de la muraille du chasteau qui regardoit hors la ville : aussi-tost qu'il fut descendu il trouva deux des siens qui le conduirent sans bruict Jusques à une troupe de cavalerie qui l'attendoit près de là, envoyée exprès par son frère le marquis de Sainct Sorlin, et estant monté à cheval , en peu d'heures il arriva à Vienne. Les Lyonnois fiireut fort faschez de ceste évasion , car ils sçavoient bien que ledit sieur duc n' avoit point dans l'ame de plus grand désir que de se venger de ce quMls Tavoient detenu prisonnier. Aussi , dez qu'il eut sa liberté , il rechercha tous ses amys, et en moins de deux
CHBONOLOGIB NOTENAIBE DE PALMÀ GÀYET. [1596]
mois il assembla nombre de gens de guerre , tant de pied que de cheval , de plusieurs nations : mesmes le duc de Savoye luy envoya trois mille Suisses. Avec ces troupes il faisoit estât de s'emparer et de se rendre maistre de tout le plat pays deLyonnois, Forests et BeauJoUois, y ayant desjà de bonnes erres, et commandant au chasteau de Thoissay en Lyonnois , et es villes de Feur , Montbrison , Sainct Germain et Sainct Bonnet, villes de Forest, èsquelles y ayant garnison de sa part , estans celles qui restoient de peu de defence, et non suffisantes pour attendre le canon, par ce moyen faisoit estât de se loger jusques sur les portes de Lyon, et fermer le passage aux Lyonnois , tant dessus que dessoubs les rivières , aux fins de les contraindre, par nécessité de vivres et autres incommoditez , de se rendre à luy ou causer quelque tumulte entre le peuple , qui ioy eust peu redonner pied et entrée en icelle pour y faire sa volonté. Mais comme il estoit sur ces desseins et sur le point de les exécuter, M. le mareschal de Montmorency, à qui le Roy en ce temps-là avoit donné Testât de connestable de France, partit de son gouvernement de Languedoc pour venir trouver Sa Majesté, accompagné de mille chevaux, maistres , et de quatre mil barquebuziers. Estant arrivé au Lyonnois il receut commandement du Roy de séjourner en ceste province pour arrester le progrez des desseins du duc de Nemours. Suyvant ce commandement M. le connestable fit loger ses troupes si proche de Vienne que le duc fut contraint de faire loger une partie de ses soldats àSaincte Colombe, qui est un petit bourg au pied du pont de Vienne , du costé du Lyonnois, favorisé d'une grosse tour carrée qui est sur la venue du pont, lequel il fortifia , et mit le reste de ses gens en garnison dedans la ville : de sorte qu'en peu de temps les gens de guerre dudit duc de Nemours qui estoient à Vienne commencèrent à pâlir, tant de vivres que d'autres commoditez et choses nécessaires qui leur defailloient. Les Suisses, après plusieurs contestations avec ledit sieur duc , commandez par leur colonel , prirent congé, et se retirèrent par le Dauphiné au pays de Savoye, où ils se joignirent aux troupes du marquis de TrefTort, gouverneur et lieutenant gênerai pour le duc de Savoye en ces pays deçà les monts, lequel faisoit estât de venir loger ses forces et hyvemer son armée à Monluel , petite vil!e en Savoye, proche de trois lieues de Lyon; mais M. le connestable , préjugeant son dessein, surprit ladite ville de Monluel , et se rendit maistre dlcelle sur le point que ledit marquis de Trcffort s'y vouloit loger ; dont il luy en réussit deux commoditez, l'une que ses soldats furent
logez et accommodez contre le mauvais temps, l'autre que le pays de Lyonnois en fat d'autant soulagé, et les Savoyards frustrez de leur dessein et empeschiz de loger aux portes de Lyon. Du depuis , ceste armée du marquis de Treiïort fut en partie dissipée par l'injure du temps et par Tincommodité qu'elle receut en allant à la Franchecomté pour s'opposer et empescher les progrezdes sieurs d'Aussonville et de Treml)l^ court, qui, ayans prins Vezou, Luxai et Jonville, faisoient de grandes hostilitez en ceste province-là.
Or, durant ce séjour que M. le connestable fit à Lyon, il descouvrit qu'il y avoit quelque mauvais mesnage entre les chefs des trouppes estrangeres qui estoient en garnison à Vienne et le sieur de Disimieu , gentil-homme de Dauphiné , qui commandoit dans le chasteaudePippet, principale forteresse de ceste ville-là , et qui y tenoit lieu de gouverneur. Il feit remoustrer audit Disimieu par plusieurs fois le devoir qu'il avoit au service du Roy , son prince naturel, et l'obligation de laquelle il estoit lié et tenu à sa patrie, ensemble le bien qui reviendroit à tout le pays et à tant de peuples oppressez de calamitez et misères , par la réduction de la ville de Vienne en l'obeyssance de Sa Majesté. Su^ quoy le sieur de Disimieu print resolution , et en tomba d'accord , voyant ledit duc de Nemoon trop entier au party de la ligue. Pour faciliter ceste réduction , l'absence du duc de Nemonrs servit beaucoup , lequel , en espérance d'aroir commandement en Tarmée estrangere, estoit sorty de Vienne dez le moys de mars, et s'estoit rendu près la personne du connestablede CastlUe, lequel , au lieu de rapporter ses desseins à ceux du duc, et venir aux environs de Lyon,s'e& alla à la Franché-Comté.
Les choses 'estans passées de telle sorte, M. le connestable donna ordre , dès le dimanci» 23 d'avril , dès la minnict, de faire partir et tirer vers Vienne ses trouppes , qui estoient dehoict cents barquebuziers et trois cents chevaux, et le lundy matin, 24 dudit mois , partit de Lyon et s'achemina avec les gentils-hommes de si suitte et bon nombre de noblesse du pays ytn Vienne , où se rendit aussi le colonnel Alphonse d*Ornano avec cinq cents barquebuziers et deui cents maistres, et parurent es environs de Vienoc sur le midy. Cependant Disimieu, résolu deI^ mettre Vienne soubs l'obeyssance de Sa Majesté, avoit faict entrer, dès le point du jour, dedans le chastcau de Pippet le sieur de Monteysona^ee bon nombre d'harquebuziers. Il envoya direao sieur de Cheylart et i Vincentio, colonel des Italiens qui estoient en garnison dans VJ^ue.
GUAOROLOGIB NOY££fAlB£ DE PALMA CAYBT. [1695]
(u'il vooloit parler à eux > venus , il leur tint plulears propos, entr^antres sur le dessein qu'ils avoient sur sa personne, puis leur fit entendre la resolution qu*il avoit prise de recognoistre le Roy et de remettre la ville de Vienne et le chasteaade Pippet sous Tobeyssance de Sa Majesté : ce qu'il n*avoit fait, leur dit-il, sans penser de lear seureté et de leurs trouppes , leur monstrant k sauf conduit qu'il en avoit de M. le connestabie. Ils firent contenance au commencement de n'y vouloir obeyr : mais à l'instant partit ledit de Monteyson avecsa trouppe, qui feit prendre resolution ausdits de Cheylart et Yincentio d'acquiescer et prendre le party qu'on leur offlroit; et leur fut lors commandé de mander à leurs gens qu'ils se tinssent prests et s'apprestassent pour se retirer, et fut ledit VincenUo conduit par ledit Dbimieu hors le chasteau vers M. le connestable qui s'estoit arresté à Salncte filandine , non loin dudlt chasteau , où ledit Dlsifflieu offrit et rendit tout aussi-tost ol)eyssance au Boy en la personne de M. le connestable, et dom Vincentio demanda seureté pour sa retraicte et des siens , qui pouvoient estre environ de huict cents harquebuziers; ce que luy estant accordé , tout à l'instant il fit battre aux champs, et sans séjourner s'en alla à Salnct Genis en Savoye sous la conduite d'une compagnie de chevaux légers qui leur tvX donnée pour escorte.
M. le connestable , estant entré dans Vienne par la porte d'Avignon environ les cinq heures du soir, s'en alla droiet à la grande église rendre grâces à Dieu de l'heureux succez qu'il iuy avoit pieu luy donner en cest affaire, où se trouva M. l'archevesque de Vienne et beaucoup de noblesse, et fat chanté le Te Deum. Il restoit le chasteau de La Bastie , qui est une bonne place où commandoit un capitaine savoisien, lequel voyant le canon la rendit. Le lendemain M. le connestable fit assembler tous les ecclésiastiques en l'église de Sainct Maurice, et leur feit là prester le serment de fidélité au Roy, et audit de Disimieu, ofliciers, consuls et habitans, dedans la maison de la ville. Geste prinse, qui fut le 24 avril, fut le coup d'Estat qui amena avec soy le repos de tout ce pays -là.
En mesme temps que le Roy récent les nouvelles de la réduction de ceste ville , il récent advis du mareschal de Biron que le connestable de Gastille, gouverneur du Milanois, avoit passé les monts et la Savoye, et estoit arrivé en la Franchecoroté avec trois mille chevaux et quinze raille hommes de pied, et que les Lorrains avoient esté contraints d'abandonner ce qu'ils y avoient pris, excepté Vezou, où Tremblecourt avec cinq cents des siens estoit assiégé , sans qu*il y eust
beaucoup d'espérance que Ton le peust secourir ; que la présence de Sa Majesté estoit requise en la Bourgongne alfin de s'opposer à ceste grande armée d'Espagne , le chef de laquelle se veotoit , avec des rodomontades espagnoles, qu'il n'entreroit point en France qu'avec des flambeaux qui chemineroient devant luy pour y mettre tout à feu et à sang; aussi que le duc de Mayenne, avec ce quUi avoit de forces, i'estoit allé Joindre.
Le Roy, ayant laissé M. le prince de Gonty gouverneur à Paris , s'en alla à Troyes , où il fit son entrée le mardy , trentiesme Jour de may, et où il avoit donné le rendez-vous à toutes ses troupes. Le 4 Juin , sur les cinq heures du matin. Sa Majesté récent advis dudit sieur mareschal de Biron que les habitans de Dijon , ayans pris les armes contre le vicomte de Tavannes et contre le sieur de Francesche , gouverneur du chasteau de Dijon, qui avoient faict entrer quelques troupes de gens de guerre dans la ville, et voaloient les contraindre par la force de demeurer sous l'obeyssance du duc de Mayenne , l'avoient appelle à leur secours, et estoit entré dans la ville de Dijon le premier jour de may, où , par la grâce de Dieu , il avoit rechassé ceux de l'union Jusques dans le chasteau, bien qu'ils eussent réduit les habitans en un coin de la ville, et les alloient forcer sans sa venue, et que ledit vicomte de Tavannes s'estoit retiré dedans le chasteau de Talent. Sa Migesté receut ceste nouvelle avec grande resjooyssance, et à l'heure mesme envoya quérir messieurs de Nevers, le chancelier et autres de son conseil, et pourveut aux affaires nécessaires avant son partement II envoya ledit sieur de Nevers sur les frontières de Picardie, et commanda aux mareschaux de camp le chemin qull vouloit que ses troupes tinssent, et tailla ses journées les plus grandes que les gens de guerre pouvoient faire selon la saison , jugeant bien que l'armée du connestable de Gastille, estant libre après la prise do chasteau de Vezou rendu par composition, dont il avoit eu advis, seroit employée par le doc de Mayenne à secourir celuy de la ville de Dijon, auquel consistoit sa principale ressource, et où ses partisans s'estoient retirez ; surquoy Sa Majesté bastit à l'heure mesme le dessein qu'il exécuta depuis , et monta ce jour mesme à cheval sur le midy , et arriva le dimanche ensuivant à Dijon.
listant à Sainct Seine, distant de cinq lieues de Dijon, il eut advis que le connestable de Gastille faisoit faire un pont de bateaux près de Grey, sur la rivière de Saosne , et accommoder celuy de ville , pour passer son armée sur l'un et son artillerie sur Vautre; et, arrivé à Dijon, il
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Bceut aussi qu'une partie de ladicte armée estoit je passée, et que le reste devoit suivre le lendemain , pour venir dès le lundy en diligence secourir ledit chasteau : ce qu'ayant sceu , il remonta incontinent à cheval, accompagné du mareschal de Biron, pour recognoistre le chasteau et le fort de Talan, assis à une canonnade de ladite ville , dedans lequel s'estoit retiré ledit vicomte de Tavannes, et toutes les advenues pat lesquelles TEspagnol pouvoit entreprendre de secourir la place, choisissant les places de bataille propres pour Ten empescher, et les lieux pour dresser des forts , afHn de boucler du tout ledit chasteau. Cela ne se peut exécuter que jusque* à la nuict. Cependant Sa Majesté proposa audit sieur mareschal le dessein qu'il avoit projette , qui estoit de prendre mille chevaux et cinq cents harquebuziers à cheval , et aller prester une estrette aux Espagnols devant qu'ils fussent bien asseurez de son arrivée, et parce moyen retarder leur venue d'un jour ou deux , pour avoir plus de loisir de faire un retranchement par dedans la ville pour en séparer le chasteau , y laisser mille hommes avec les bourgeois, et prendre le reste de son armée pour aller combattre ledit connestable à trois ou quatre lleuës de ladite Tille. Le mareschal de Biron n'approuva pas seulement cest advis , mais le fortifia encores de plusieurs raisons. Sa Majesté , ayant pourveu à ce qui estoit nécessaire, tant pour les vivres qu'à envoyer quérir de Tartillerie pour battre ledit chasteau , et à cest effect ordonné toutes les escortes nécessaires, depescha aux troupes, et leifr donna le rendez- vous le lendetnain à Lux, à huict heures du matin, maison du baron de Lux, assise sur là rivière de la Tille, estant nu milieu des villes de Dijon et de Grcy, et distant de l'une et de l'autre de quatre lieues, et manda à tous ses serviteurs qui est oient i^ur les frontières dudit comté de luy donner au mesme temps , audit lieu, les plus certaines nouvelles de ses ennemis qu'ils pourroleut.
Le Roy, suivant ceste resolution, partît de Dijon à quatre heures du matin, et y laissa M. le comte de Torigny, l'un des mareschaux decamp de l'armée, pour continuer le siège du chasteau, et se rendit audit Lux à l'heure dite, où, estant né de la contradiction entre les advis qu'il y trouva, il se résolut d'y repalstre deux heures , et le reste de ses troupes en trois villages circon voisins, pour donner loisir au sieur d'Aussonvllle, qu'il avolt envoyé avec cent chevaux pousser jusques où il trouverroit les ennemis, de luy mander son advis s'ils marchoient ou s'ils sejournoient, luy commandant d'estre de retour trois heures après niidy à Fontaine- Françoise,
où , à là mesme heitfe , Sa Majesté avoit donné son second rendez-vous , et qu'il pHnst garde s'ils ne deslogeoient point , et le moyen qo'il y auroit de donner à couvert audict village oùih estoient.
Le Roy partit de Lux à une heure après midy^ à fln qu'arrivant le premier 11 roist lestroopesen l'ordre de marcher, menant une compagnie de gens de pied pour jetter dedans deux chasteau qui sont au village Satnct Seine sur la rivière de Yigenné, pour en deffendre le passage, d'autant que c'estoit le plus beau et le plus droict chemin que les Espagnols pouvoient tenir pour venir i Dijon avec leur armée. A une lieuê de Fontaine- Françoise Sa Majesté récent advis, par trois loldats envoyez par le marquis de MirebeaB, qnll avoit rencontré trois cents chevaux qui Tavoieiit ramené plus viste que le pas audict lieu, etqnd luy sembloit avoir vendes files dafmesderriere, mais qu'ils ne luy avoient pas donné loisirdeles bien recognoistre. Soudain Sa Majesté despescha ie mareschal de Biron avec la compagnie do baron de Lux, qui estoit la seule qu'il avoit poor lors avec luy, pour recognoistre si c'estoit véritablement l'armée ou une troupe qui fost venoé à la guerre, et au mesme temps il fit prendre les armes à sa troupe , et s'achemina an grand trot après ledit mareschal , lequel , ayant passé Fontaine-Françoise, vid soixante chevaux qni estoient sur une colline à my-chemin de Salnd Seincy qui est situé au pied d'une coste, laqnelk empesche que les villages ne se puissent voir. \i bareschal jugea qu'il devoit chasser lesdits soixante chevaux pour voir ce que rennemy faisoit derrière : ce qu'il fit fort facilement, et recognut que l'armée espagnole descendolt dedans Salnct Seine, et qu'auprèsd*un bois proche dadH lieu , il y avoit deux Ou trois cens chevaux qui avoient chassé d'Aussonville que Sa Majeîte avoit auparavant envoyé pour recognoistre l'ennemy , lesquels débandèrent une troupe à main droicte, et l'autre à main gauche, pour recogoofstre ce qui estoit derrière ledit mareschal. A qooT il pourveut, envoyant pour les empescher le marquis de Mirebeau à une main, et à l'autre ie baron de Lux. Ceste troupe de cavalerie espagnole, sentant approcher toute leur armée, derrière laquelle ce bols empeschoit que Ton ne vdst, commença à s'advancer vers le mareschal de Birofl. qui ayant recognu ce pourquoy ils s'advaoçoient [qui estoit pour sçavoir si c*estoit leur armée on non] , se retira : ce que les Espagnols voyans, monstrereot le vouloir presser : mais il en fit pe« de compte , bien qu'ils fussent dedx fois aataot que luy. Le baron de Lux estoit avec dix cb^ vaux derrière luy ; il luy sembla devoir faire
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une charge à quelques- ans qui s'advançoient devant le gros^ ce quUl fit très-bien ; mais son cheval y fut tué ; de façon qu^il fallut que ledit sieur mareschal toumast avec sa troupe pour le desengager, et fit une charge où il mit en fuitte ce gros qui estolt devant luy.
En mesme instant sortirent du coing du bois sept ou huict gros de cavalerie , qui pouvoient Aire avec ce qui estoit devant douze cents chevaux : ce que voyant le mareschal de Biron, il eommença à faire sa retraicte au petit trot devers Sa Majesté , tant pour Tadvertir que toute Tarmée marchoit, que aussi pour luy dire qu'il y avoit moyen, avec toute sa cavalerie, de combattre la leur avant que leur infonterie fust Jointe ; mais il ne peut arriver Jusques à Sadicte Majesté que les compagnies firançoises du baron dé Thianges, Thenissé et Yillaroudan , qui estolent dans Tarmée espagnole des troupes du duc de Mayenne, avec une compagnie de carabins estant Jointe avec eux quMl avoit desjà chassez, ne le contraignissent détourner : ce qu'il fit avec vingt chevaux seulement , car le grand nombre des ennemis estonna la plus grande partie de eeux qui estoient avec luy, et en ceste charge ledit sieur mareschal fut blessé. Quoy voyant le Boy, il envoya une troupe de cavalerie qui luy estoit arrivée pour le soutenir, laquelle, appercevant venir ceste grande nuée d'ennemis, se renversa surSadite Majesté, qui s'advança vers eux, et en fit tourner quelques uns qui se Joignirent à sa troupe.
Sur ces entrefaictes la compagnie du sieur de Tavannes arriva, laquelle le Roy fit mettre à sa main gauche , et lesdits cinq cents chevaux qui avoient chargé le mareschal de Biron firent ferme à my-coste , attendans que tout le reste de leur cavalerie qui les suivoit fust arrivée , qui parut aussi-tost sur le haut en cinq escadrons, et Jetterent leurs carrabios devant eux.
Dès que les Espagnols eurent faict ferme, le mareschal de Biron vint trouver Sa Majesté pour le supplier de départir sa troupe en deux et luy en bailler une partie , ne luy estant resté des siens que huict ou dix : ce que le Roy voulant faire, une partie de la compagnie du mareschal arriva , et ne print que douze ou quinze hommes de la troupe de Sa Majesté. L'heure du rendez-vous n'estant point encore escheoê, nulle des autres compagnies n'estoit encore arrivée que les susnommez, qui pouvoient faire environ deux cents chevaux. Cela de fut pas si tost exécuté , que le duc de Mayenne , estant encores survenu là avec trois cents chevaux, commanda aux autres de marcher droict vers S(| M^j^^^^ ^ contre lequel il envoya trois gros qm agtol^Dt à
sa main droicte , et deux contre ledit mareschal.
Tous ceux qui ont escrit comme tout se passa en ceste journée, et particulièrement en ceste charge icy , la rapportent à une merveille et à une favorable protection que Dieu avoit prise du Roy , lequel voyant advancer ces trois gros , et n'ayant avec luy que soixante chevaux, il donna dedans le premier , composé de trois cents chevaux , et les desfit , puis , avec ce qu'il put rallier, il rompit le second qui estoit près de deux cents , et après , avec vingt ou vingt-cinq chevaux qui luy restoient, car le reste suivoit la victoire , Sa Majesté desfit le troisiesme qui estoit de cent cinquante.
Le mareschal de son costé, tout blessé qu'il estoit d'un coup d'espée sur la teste et d'un coup de lance au petit ventre , qui toutesfois ne fal* soit que luy couper la peau , avec environ cinquante chevaux, def fit l'un après Tautre les deux autres escadrons qui venoient à luy , à soixante pas près du duc de Mayenne qui féiisoit ferme sur le haut avec son gros, où les fuyards se Joignirent , pensans y trouver du salut ; mais ils furent mis à vau de route avec luy-mesme , et furent menez tousjoursbattans à coups d'espée^ pesle mesle, Jusques au coin du bois, où le Roy trouva des bataillons de gens de pied et force mousquetaires et harquebuziers départis en files le long d'iceluy, avec quatre cents chevaux frais qui vindrent recevoir ledit duc et ses troupes environ à cent pas des bataillons.
Sa Majesté ayant fait ferme, et les siens s*estans r'alliez auprès de luy, il trouva avoir fait cest exploict avec quatre-vingts chevaux, et lors il commença à se retirer, sans toutesfois estre pressé , bien qu'il fust suivy par toute la cavalerie ennemie jusques sur le haut où il se remit en bataille ; et estant en la place d'où il estoit party pour faire la charge , il retourna derechef , et se remit en deux trouppes avec ledit sieur mares* chai, demeurant par ce moyen maistre des corps des ennemis et du champ du combat, accompagné seulement de cent chevaux, en la présence de plus de quinze cents. Là il commença à rallier ceux qui estoient escartez. Sur ce point arrivèrent le comte d'Auvergne et le sieur de Yitry , la compagnie des chevaux légers de Sa Majesté, celles de Cetor Monsieur, du ducd'EIbeuf, du comte de Chiverny, du chevalier d'Oyse et des sieurs de Risse et d'Aix; mais, parce qu'il falloit qu'ils passassent à la file au travers du village de Fontaine- Françoise, si tost que celle de Yitry et des carabins et celle du chevalier d'Oyse furent arrivez. Sa Majesté, sans attendre lesdites compagnies , fit advancer ces carrablns devant le mareschal de Biron , lequel
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marchant après vers les Espagools , comme Sa Majesté fit de son costé , ils tournèrent et gaignerent leur infanterie avant qu'on les peust Joindre, encores que le Boy , quant tout y fut arrivé, n^eust peu avoir que six cents chevaux, et ses ennemis plus de deux mille, lesquels retournèrent loger à Sainct Seine, laissans les François maistres d'un costé et d'autre de la coline, depuis le village de Fontaines Jusques au bois dudit Sainct Seine.
Dès le lendemain matin les Espagnols deslogerent dudit Sainct Seine, et allèrent repasser Teau sur les ponts qu'ils avoient dressez. Sur leur retraicte le Roy les suivit avec cent chevaux Jusques à deux lieues de Grey. La perte des François ne fut que de six morts et un prisonnier, et celle des Espagnols de six vingts morts sur la place , soixante de pris et deux cents blessez. Il y mourut cent chevaux d'une part et d'autre. Entre les Espagnols se trouvèrent morts le capitaine Sanson , lieutenant de dom Rodericq de Binelle, lieutenant de la cavalicrie légère du roy d'Espagne, et le lieutenant et la cornette de Montagne, duquel le drapeau fut pris à la dernière charge que feit le Roy, qui feit tous ses combats sans autres armes que sa simple cuirasse. En cette Journée le Roy fut toujours accompagné des ducs d'Elbeuf et de La Trimoûille, du marquis de Pizany, des sieurs d'Inteville, Roquelaure , Chasteau-Vieux , Liencour , Montigny , Myrepoix , du marquis de Treynel et autres.
Les François estimèrent que ceste victoire estoit une marque de la providence de Dieu, des enseignes de sa faveur, et des effects du soin qu'il avoit de leur Roy et de son royaume, veu que le duc de Mayenne , qui est expérimenté chef d'armées , n'avolt pu croire qu'une si petite troupe de François avec leur Roy se fust bazardée au combat sans estre bien suivie ; et estimèrent aussi que le vieux proverbe françois, si tost sçavoit ce que fait l'osi il le vaincrait , avoit esté en cest endroit renouvelle. Plusieurs ont escrit que le duc de Mayenne , après ceste Journée, se retira à Cbaalons sur Saône, le connestable de Castllleà Grey en la Franche-Comté, où il fit retrancher son armée aux environs , et que le Roy alla faire continuer le siège du chasteau de Dijon , là où après que le vicomte de Tavannes eut rendu le chastean de Talent an 'Roy et eust faict son accord, Francesche aussi, qui estoit dans celuy de Dijon , le rendit à composition. Et parce moyen Sa Majesté, ayant re-
(f) 11 étoit si bien retranché et fortiBé que le Roi ne put lui livrer bataille.
doit toute la Bonrgongne en son obeyssanee, excepté Cbaalons et Seurre, après avoir donné l'ordre requis aux places nonvdlemeDtredoita, entra avec son armée dans la Franche-Comté, où il se rendit incontinent maistre de tonte li campagne, le connestable de Castille s'estant renfermé dans les villes, et, comme disent les relations italiennes, era Irineerato à Grey, e< fortificaio in modo che' eV Eé piit wdlàtœUo » vano di dis/arlà(t).
Ceste province fut fort affligée des gens de guerre , tant d'un party que d'autre, depuis le commencement de l'ouverture de la goerrc contre l'Espagne, et prmcipalemeDt sur la fin de Juin, le mois de Juillet et celuy d'aoust. Nonobstant les retranchements du connestable de Cai' tille, le Roy loy fit enlever un de ses logis oâ estoit logé Alfonse d'idiaques, qui gouvemoitii cavalerie de Milan depuis la mort du marqnisdn Guast qui en estoit le gênerai , lequel peosanlse retirer au delà d'une petite rivière où estoit logée Tinfanterie espagnole, il fut poursaivy desi près , qu'après avoir perdu plusieurs des siess on le contraignit de se rendre prisonnier. Il fi^ traie té, comme rapportent les Italiens, Att»9namenle dal Ré mentrefu suo prigUnUere .3i, et paya vingt mil escus de rançon. Tontes Is petites villes venoient racheter des François leur pillage. Il y en avoit qui se faisoient en eevoyase tout d'or ; et le Roy se preparoit d'y forcer les principales villes : mais les Suisses envoyèrent leurs députez à Sa Majesté le prier de retirer sob armée et confirmer la neutralité de ceste province qui leur estoit voisine.
Le Roy , à leur requeste , l'accorda moyesnant quelque desfrayement de son armée, d s'achemina vers Lyon , tant pour y f^re mb entrée et accorder une trefve générale avec M.de Mayenne, retiré à Cbaalons, qui l'en recberdMxt. ce qui estoit le moyen de mettre en paix la Bosrgongne, et asseurer les frontières de ce GOStê43. aussi pour envoyer M. de Guise en Provence,! qui il avoit donné le gouvernement de ceste pr» vince [de ce qu'il y fit nous le dirons cy aprè\ tant pour cela que pour s'en retouiner versl> Picardie où le comte de Fuentes estdtentré svee douze mille hommes de pied, trois milchcviu et vingt pièces de canon. Voyons donc ee qni^c passa sur ceste frontière auparavant que d'esovt l'entrée du Roy à Lyon.
Han , Soissons et La Fere estoient les trois villes restantes en Picardie qu'y tcnolent les en» nemis du Roy : La Fere par les Espagnob, Soi»-
(2) Humainement par le Roi pendant qn*H fut «s prisonnier.
CHAONOLOGU MOYBIfAlBB
sons par le duc de Mayenne , et Han par la duc d'Aumale , qui y avoit mis pour gouverneur le sieur de Gommeron dans le chasteau, et dans la \ille la garnison estoit de cinq cents Neapolitains sous la charge de Marcel Caracciolo, cinq cents lansquenets, deux cents Espagnols et deux cents cinquante Valons^ avec bien autant de François. Pource que ceste place est forte et frontière, laquelle ouvre le chemin dans la Picardie Jusques à Beauvais, et qui n*est distante de La Fere que de cinq lieues et de Sainct Quentin d'autant, rEspagnol, s'y voyant le plus fort dans la ville, eut envie de se rendre maistre du chasteau. On en avoit traicté à Bruxelles avec le duc d'Aumale, où le sieur de Gommeron fut mandé : il y alla laissant à sa femme et au sieur d'Orvillier, son beau frère , le commandement au chasteau. Arrivé, les Espagnols luy promirent tant de deniers et de si belles offres, qu'il fut contrainct de mander à son beau-frere et à sa femme de livrer le chasteau de Han aux Espagnols [ce qui estoit toutesfois, à ce que Ton a escrit, contre son intention, car il se voyoit comme retenu Jusques à ce qu'il eust fait faire ceste reddition ]. Le sieur de Humieres , adverti de ceste practique , fit proposer au sieur d'Orvillier qu'il estoit en sa puissance de faire un service signalé à sa patrie s'il luy donnoit ouverture par dedans le chasteau de Han pour entrer dedans la ville , où il tailleroit en pièces la garnison , retiendroit les chefs prisonniers qu'il luy bailleroit pour retirer ledit sieur de Gommeron d'entre les mains de l'Espagnol, et que le gouvernement de ceste place leur seroit laissé sous Tobeyssance du Roy. La femme de Gommeron et d*Orvillier s'accordèrent avec ledit sieur de Humieres , et luy promirent passage par le chasteau pour entrer dans la ville, dont il advertit incontinent M. le comte de Sainct Pol et le mareschal de Bouillon , lesquels s'acheminèrent avec toutes leurs troupes vers Han.
La nuict du 20 de juin les François furent introduits par le chasteau pour entrer dans la ville. Les Espagnols, en estans ad vertis, se barricadèrent à l'encontre. Le sieur de Humieres voulant entrer dans la ville , il fut bien combatu de part et d'autre. Les François furent repoulsez par deux fois dedans le chasteau : à la seconde ledit sieur de Humieres Ait tué d'une harquebusade. les Espagnols, pour faire quitter les maisons qu'avoient gaignées les François, y mirent le feu. Douze heures durant il y eut un combat aussi opiniastré de part et d'autre qu'il s'en soit passé durant ces troubles , les Espagnols attendans du secours de Tarmée qui estoit devant le Castelet, et les François les voulans forcer devant
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que ce secours fust arrivé. La flamme des maisons qui se brusloient faisoit tres-bucher la victoire, ores d'un costé, ores de l'autre, selon que le vent soufloit. Le mareschal de Bouillon prenant l'occasion de ce que la flamme donnoit d'un costé de la ville, il la traversa avec les siens et alla Jusqu'à la porte de Chauny, laquelle il fit ouvrir, par où M. le comte de Sainct Paul entra avec le reste de ses troupes. Alors les Espagnols, se trouvans las et recreus après avoir combatu douze heures durant, tumberent sous les armes des François qui en sauvèrent peu , à cause de la mort dudit sieur de Humieres, du maistre de camp La Croix , des sieurs de Mazleres,de Bay encourt, de vingt gentils-hommes et cent soldats qui moururenten cest exploict. H demeura sur le carreau plus de huict cents de ceux de la garnison, et quatre cents prisonniers : peu se sauvèrent. Yoylà comment Han fut remis en l'obéissance du Roy.
Le comte de Fuentes ayant receu quelques forces d'Italie que luy amena le duc de Pastrane [lequel avoit passé les monts avec le connestable de Castille] , et laissé le colonel Mondragon avec un armée pour faire teste au prince Maurice et luy empescher de rien entreprendre, il s'achemina le 10 Juin de Bruxelles pour se venir rendre en l'armée que conduisoit le prince de Chimay, qui avoit assiégé le Castelet en Yermandois , place entre Sainct Quentin et Cambray , laquelle ville de Cambray on avoit résolu au conseil d'Espagne à Bruxelles d'assiéger, et amena quant et quant luy ledit sieur de Gommeron pour se rendre luy-mesmes maistre du chasteau de Han. Aussi-tost qu il eut receu Tadvis des chelis de la garnison de Han du besoin qu'ils avoient de son secours, il s'y achemina de devant le Castelet avec quatre raille hommes de pied et toute l'eslite de sa cavalerie ; mais, estant proche de la ville, il receut advis comme la garnison y avoit esté taillée en pièces : dequoy merveilleusement fasché, il fit trancher la teste audit sieur de Gommeron.
Retourné qu'il fut au siège du Castelet [dans laquelle place le sieur de La Grange avec six cents soldats avoit desjà soustenu quelques assauts et se deffendoit vaillamment] , il fit dresser une si furieuse batterie que les assiégez, voyans qu'il n*y avoit point d'apparence d'en deffendre la bresche, commencèrent à parlementer et se rendirent à composition le 25 juin.
Le comte de Fuentes ayant donné ordre à faire reparer les bresches et mis trois compagnies de cavalerie et quatre d'infanterie dans le Castelet , après avoir envoyé un nouveau convoy dans La Fere, pris Clery, fait piller et brus-
GHBONOLOGIB NOVENAUIS DE PALMA CAYSt. [1595]
ter quelques maisons auprès de Peronne, il fit tourner la teste de son armée droict à Dourlens, petite ville frontière du costé d'Artois, size sur la rivière d' Authie, dans laquelle, au bruit de oe siège, se Jetterent plus de quinze cents François, tant de pied que de cheval. Le sieur de Haraucourt commandoit à la ville, et le sieur de Ron- 8oy dans le chasteau.
Aux approches, comme le sieur de La Motte, gouverneur de Gravelines et grand maistre de Tartillerie pour le roy d'Espagne aux Pays-Bas, fiiisoit dresser la batterie, il reçut une harquebuzade dans la teste , dont il mourut tost après. Ce seigneur de La Motte a esté un des plus vieils et subtils capitaines de son temps : il s'appeloit Vaientin de Pardieu ; il estoit François de nation, et gentil-homme de race , mais peu riche en France. Dez que l'empereur Charles Y estoit devant Teroûenne il se rendit au service de l'Espagnol avec son père mesmes qui l'y mena, et du depuis il l'a servy fort ûdellement ; aussi il receut depuis du roy d'Espagne, outre les biensfaits du gouvernement de Gravelines, plusieurs grandes charges militaires, comme colonel, gênerai de l'artillerie, mareschal de camp et chef et conducteur d'armées ; mesmes il fut enterré à Sainct Orner avec la qualité de comte d'EIckelbeke , qui est un comté qu'il avoit acheté peu auparavant sa mort.
Le Roy, qui s'estoit douté que lors qu'il attaqueroit la Franche-Comté , que ses ennemis ne ftiudroient point d'entrer en la Picardie, avoit mandé à l'admirai de Yillars qu'il assemblast le plus de noblesse et de gens de guerre qu'il pourvoit en la Normandie, et qu'il se trouvast en l'armée qu'il voutoit dresser sur la frontière de Picardie : ce qu'il ût, et s'y rendit , comme firent aussi plusieurs gouverneurs des villes de ce pays-lÀ [cependant que M. de Nevers, à qui le Roy avoit donné la lleutenance générale de ceste armée , s'y acheminoit avec trois cents chevaux et six ou sept cents hommes de pied du régiment de Champagne] : tellement que toutes les troupes jointes avec celles de M. le comte de Sainct Paul et du mareschal de Bouillon estoient bastantes d'empescher le comte de Fuentes d'assiéger aucune place ; mais soit, comme les Espagnols ont escrit , ou pour le peu d'intelligence qu'il y avoit entre les chefs de ceste armée, chacun désirant avoir l'honneur de ce qui s'y feroit, ou pour le peu d^amitié qu'ils avoient entr'eux, le comte de Fuentes, par les advis des François rebelles qui côtoient en son armée, emporta beaucoup d'honneur durant cest esté.
Deux heures après que M. de Nevers fut arrivé à Amiens, les fuyards de la desroute
advenue auprès de Dourlens le 24 Juillet y a^ rivèrent , ce qui estonna beaucoup ceux d'Amiens. Quelques-uns ont voulu dlrequelesdeb des troupes françoises, pensant faire quelque entreprise signalée auparavant la venue de M. de Nevers, s' estoient assemblez Jusques à qiiioxe cents chevaux pour Jetter dedans I>ourteDS six cents hommes de pied qu'ils avoient choisy de tous les régiments, et des munitions, et, par mesme moyen, qu'en recognoissant comme l'armée des Espagnolsestoit logée,si roccasioosepresentoit, de leur faire quelque charge; mais voicy ce qu'il en advint. Les François allèrent doDoer teste pour teste Jusques aux retranchements des Espagnols devant Dourlens. Le comte de Foeih tes, qui avoit eu advis de leur dessein, ayant donné un bon ordre aux tranchées pour se garder des sorties qu'eussent peu faire les assiegri^ donna la charge de Tinfanterie au sieur de Rosae qu'il avoit fait mareschal de camp de son ara», lequel la divisa en deux bataillons, à la teste desquels il mit six pièces de campagne. Leditcomte, accompagné du duc d'Aumale, du piioce it Chimay, du marquis de Yarambon, et detoote Sa cavalerie divisée en trois escadrons, sorflt de ses retranchemens et alla attaquer les François. Le mareschal de Bouillon, sousteoQ do comte de Sainct Paul , fit une rude char^ i Tadvant garde espagnole et la renversa sor le second escadron ; mais, estant chargé en flanc par Charles Colonne et Sanche de Luna avec li cavalerie légère, et par la compagnie d'haniocbusiers à cheval du comte de Fuentes, et troovaut de front l'infanterie espagnole avec IVilerie , les François commencèrent à vouloir to leur retraicte, ce qu'ils ne purent faire sans Is^ ser leurs gens de pied et sept charettes à b mercy des Espagnols qui en prirent peu depnsonniers. L'admirai de Yillars , accompagne dï sieur de Sesseval qui estoit mareschal de eantf en Tarmée françoise, et de la cavalerie de >'ct' mandie, prit la charge de faire la rctraide, « qu'il fit quelque temps avec un bel ordre, cbt minant vers Beauquesne, et falsott souvent près dre la fuitte à la cavalerie légère qui le poorsaivoit; mais ces chevaux légers, renforcfidf quatre compagnie^ d'ordonnance et d'une qwo^ tilé de mousquetaires tirex du régiment d'Augustin Mendozze[qui s*estoient advancezd'ui quart de lieuê plus que les bataillons d*in£iQt^^ qui , poursuivans la victoire sans se desbander faisoient cheminer lesdictes six pièces de ttspagne devant eux], le poursuivirent de fi F^ qu'il se résolut de les charger, et manda ansstost à M. le mareschal de Bouillon quH loj P^^"' de faire faire halte : ce qu'il fit auprès d'an ms^
€HI|OHO{.OaiB nothuàieb ob palma caybt. [I5ps]
Hq. Ledit sieur maresehal luy envoya dire peu après qu'il n'y avoit point d'apparence de s*opiniastrer au combat, et qu'il le prioit d'advancer la retraicte le plus qu'il pourroit. Quand l'admirai receut ceste respônse il estoit desjà engagé au combat , et avoit fait une cbargesi rude qu'il avoit fait plier ceste cavalerie qui le poursuivoit : mais pendant ceste charge l'armée espagnole s'estoit advancée, et l'infanterie avoit gaigné le devant; tellement que ledit admirai se trouva comme entouré, et salué d'un nombre Infiny d'harquebuzades et mousquetades par les costez, et en teste chargé par les compagnies d*ordonnance des Pays-Bas : la plus-part de sa troupe prit lors la fuitte, et d'une suitte toute la cavalerie françoise qui se retira au grand galop droit à Pequigny, distant de six lieues de là et ce sans aucun ordre. Aucuns des chefs des compagnies qui ne voulurent abandonner ledit admirai combattirent auprès luy quelque temps, et luy, en voulant secourir un de qui le cheval avoit esté tué, sentit le sien fondre sousl uy : contraint dè[se rendre aux victorieux, il demeura le prisonnier du lieutenant du vicomte d*Estauges : comme aussi furent pris près de luy ledit sieur de Sesseval , le capitaine Perdrier , le sieur de Lonchamp et quelques autres. Quant audit admirai et au sieur de Sesseval , après avoir esté recognus, leur ayant esté reproché d'avoir quitté le party de l'union, et respondu par Sesseval qu'il estoit gentil-homme françois, qu'il avoit servy au party, durant qu'il en avoit esté, fort ûdellement, que , s* estant remis au service de son roy, il n'avoit receu pour ce faire aucune recompense de Sa Majesté , mais qu'il l'avoit faict pour son devoir estant né son subject , et que l'ennuy d*estre prisonnier ne luy estoit point tant qu'il jbrouvoit estrange de voir des François armez contre leur patrie , portans la livrée de leur ennemy, quelques chefs françois qui estoient là , portant l'escharpe rouge , luy repartirent mille Injures ; mais les Espagnols et eux faisans une feinte querelle à qui ces seigneurs demeureroient prisonniers, ils les tuèrent tous deux de sang froid. Les autres prisonniers ne furent pas sans crainte que l'on ne leur en Ûst autant, mais ils furent menez à Arras josques au nombre de soixante , le principal desquels estoit le comte de Belin. Les historiens qui ont escrit en faveur de i*Espagne disent que le sieur de Yillars volea rendersià M. del la Ciapella, luogolenenle del visconte d^Estauge^ eglifu da aliri^ che sopraç' giunsero vcciso(t), Voylà ce qui se passa en ceste desroQte devant Dourlens.
Le corps de l'admirai, rendu par les Espagnols I fut acconduit à Rouen où il luy fut falct
un bel enterrement selon sa qualité. Son frère, le chevalier d'Oyse, qui estoit en Bourgongne avec le Roy, ayant entendu ceste mort, y vint; mais le capitaine Boniface ne le voulut laisser entrer dans le fort Saincte Catherine. Le Roy depuis luy donna le gouvernement du Havre de Grâce, et mit ce capitaine Boniface dans le chasteau d'Arqués; et, à la requeste des habitans de Rouen , il a depuis faict démolir le fort Saincte Catherine , rendant par ce moyen la liberté aux habitans de ceste ville là , qui Tavoient comme perdue durant ces dernières guerres. Le Roy leur dit en leur octroyant ceste desmolition : f Je ne veux point d'autre citadelle à Rouen que dans le cœur des habitans.!
Après la desroute des François devant Dourlens, M. de Nevers alla à Pequigny où s'estoient retirez M. le comte de Sainct Paul et le maresehal de Bouillon; et, sur l'advlsque les assiégez leur donnèrent qu'ils pourroient tenir encores quatre jours , M. le comte de Sainct Pol envoya dans Dourlens le sieur de Sainct Ravy, lequel , y estant entré avec quelques capitaines, luy manda le lendemain que si 1 on ne secouroit la plàcfi , qu'elle estoit en danger de se perdre , et que les assiégez avolent faict des retranchemens tout au contraire de ce qu'ils dévoient faire , faute de n'avoir des hommes entendus en telles affaires , et que le comte de Fuentes faisoit ses préparatifs de battre la ville et le chasteau tout ensemble. Ils recognoissoient tous bien que le sieur de Haraucourt, gouverneur dans Dourlens, estoit plus propre pour faire la charge de maresehal de camp que de deffendre une ville assiégée; mais personne ne s'offrit pour y aller s'enfermer en sa place.
Les François, ayans assemblé leurs troupes , firent un corps d'armée de seize cents chevaux et deux mille cinq cents hommes de pied , et s*acheminerent jusques à deux lieues de Dourlens, d'où ils envoyèrent le sieur de Rinseval, lequel avec soixante cuiraces et vingt mulets chargez de poudres y entra. Les François ne trouvans pas seur de bazarder la bataille , ils renvoyèrent l'infanterie à Pequigny, pour éviter un pareil mal-heur qui estoit advenu le lundy d'auparavant , et résolurent de se faire voir seulement aux assiégez pour les accourager, el aller loger au village d'Authie aûn d'attaquer le régiment de La Burlotte qu'ils avolent eu advis de venir en l'armée espagnole , et puis qu'ils iroient en Artois pour incommoder ce pays- là
(I) Il Touloit se rendre ù M. de La Chapelle, lientenani da ificomte d'Estaogef ; mais il fût tué par d*antre« Espagnols qui sarrioreiU. Lafioonileil'Estaages étoit nia deEofoe.
CmONOLOGIB NOVCNAIBB DB PALlTA CAYBT. [l59â]
et empescher les vivres qui venoient de là à lears ennemis; aussi que l*on renvoyeroit te sieur de Perthuis dire aux assiégez que s*ils se trouvoient si pressez , qu'ils remettoient à leur discrétion de faire une composition honorable , en sauvant l'artillerie et munitions , ou bien , s'ils ne pouvoient obtenir ceste capitulation, qu'ils fissent crever les canons, missent la pouldre dans les casemates des bastions et portaux pour les faire sauter , rendissent la ville inutile aux ennemis, et en sortissent en armes , et qu*en donnant advis de leur résolution , la cavalerie françoise se rendroit près des portes de Dourlens pour les recueillir. Mais il advint tout au contraire de ceste proposition, car, le 31 de ce moys , le comte de Fuentes ayant reoeu des munitions d'Arras et donné la charge de la batterie au capitaine Lambert , dez Taube du jour il fit battre la pointe d'un bastion du chasteau qui avoit esté estimé le plus fort endroit, et, l'ayant faict continuer assez furieusement, le comte de Fuentes disposa quelques troupes, non pour donner Tassault, mais seulement pour se loger à la pointe dudit bastion, lesquelles s'esforcerent d'y loger; et , après un long combat , les Espagnols qui estoient sur la contrescarpe crièrent à ceux qui combattoient audit bastion que les François se retiroient parce qu'ils n'avoient point esté rafraischis comme on leur avait promis , et se trouvoient las , harassez et blessez , de sorte qu'ils ne pouvoient plus se soustenir : ce qui donna occasion aux Espagnols de monter sur le hault dudit bastion et puis de les suivre, comme ils firent de si près qu'ils les attrapèrent au fossé qui avoit esté fait entre ledit bastion et le chasteau , où ils en tuèrent beaucoup ; ce qui donna une telle espouvante aux autres assiégez qui estoient sur la courtine du chasteau , voyant ainsi mal traicter leurs compagnons qui estoient sur ledit bastion , où fut tué le comte de Dinan et plusieurs gentils-hommes, qu'ils quittèrent la deffence du chasteau et se retirèrent vers la ville, pensant y estre en plus grande seureté, et laissèrent M. de Ronsoy tout seul sur la courtine dudit chasteau , où il fut assailly par les ennemis qui montèrent dans le chasteau à la queue des François , et fut par eux bien blessé et pris prisonnier.
Du chasteau les Espagnols entrèrent dans la ville où, comme victorieux, ils commencèrent à faire un horrible carnage et espouvantable , sans avoir aucun esgard à sexe, aage ou profession : femmes, enfans et vieillards furent mis au fil de l'espée. Leurs propres historiens ont escrit que le spectacle du sang et les embrasements avrebonno mossa àpieta ognipiitjlera
e barbara nazione; si che i vineiim non «ppero trovar* alirà excusa alla crudella Im : que, por exemplo y venganza de Iode Han, q^ aunque eslaba tatnbien pagado, siempre se quiere satisfacer la gente de guerrapur su nono (1). La nuict ils commencèrent à prendreqnelques-uns prisonniersdeceux quis'estoientsaQTei en des églises. Il fut tué en ceste prise ptos de deux mille personnes, tant de gens ht guerre que des habitans. Entre les morts furent trou▼fzi^ dit sieur comte de Dinan , second fils de M. de Pienne, les sieurs de Chalency et d'ArgeD^illien, six capitaines de la cavalerie et tous ceux de l'infanterie ; de prisonniers et blessez , lessieonde Haraucourt , de Ronsoy, frère dudit siear comte de Dinan , de Gribouval , les maistres de cuop Sainct Ravy , Villerey et Provilly , et une vingtaine de personnes de qualité. Les Eqisgwb gaignerent en ceste prise quatre coule? rioes et quatre canons, dixhuict fauconneaux, beanconp de munitions , des vivres , et quatre cents bou chevaux de combat*
Quand les François, qui n'estoient qu'à deoi lieues de Dourlens, eurent receu l'advis deceite prise , ils se retirèrent à Pequigny , tous divisa d'opinions, car M. de Nevers n'avoit voqIq prendre aucune authorité en ceste armée, ny mcsn» voulu donner le mot. Lors que les choses sont passées il ne se trouve que trop de persoDDCsqoi disent : On devoit faire cecy ou cela. Au coosdl qui se tint à Pequigny de ce que l'on devoit fiùn pour s'opposer à ceste armée victorieuse, aprë plusieurs propositions de ce que Ton devoit £ûr, il fut résolu de se séparer. M. le comte de Saint- Pol et le mareschal de Bouillon avec leurs troupes allèrent du costé du Boulenois, et M. de ^tvers à Amiens, et de là à Corbie et Sainct Qooitin, pour donner Tordre requis aux villes qvi sont ùontre-mont la rivière de Some.
Les pays subjects du roy d'Espagne firent forte feux de |oye de la desroute des François derast Dourlens , et firent sonner cela haut poorte qu'elle estoit advenue la veille de Sainct Jaeqnrs qu'ils reclament pour patron d'Espagne. U comte de Fuentes escrivit à tous ses amis qvelo Jours de lundy luy estoient Jours heureox, et qu'en ces Jours-là il avoit gaigné une grande bitaille et pris d'assault Dourlens. Bien que le nui en ladite desroute ne fut pas gueres grand sa la cavalerie françoise, ains seulement suraocoas chefs qui furent tuez , comme il a esté dit, oad^
(I) Auroient excité la pitié dei peuples les plos bari»res. Les vainqueurs crurent excuser leur cnnoté es ésaut que c'étoit une représaille de ce qui s'éloit pitf^* Hani : ils avoieut en depuis une ample reraoche; >■> le soldat aime à exercer ses veogeaooee par tes tatm
CHRONOLOGIB ROVSIIAIRB DB PALMA CAYST. [1595]
meDrereot prisonniers, et sur six cents hommes de pied, toutesfois cela apporta beaucoup de gloire aux Espagnols qui avoient auparavant Tespouvante accoustumée de la cavallerie françolse, poar en estre battus d'ordinaire. Les cniaotez exercées dans Dourlens estonnerent toutes les villes frontières de Picardie ; et la cause de tous ces mallieurs fut attribuée aux François qui estoient dans i^armée espagnole , et à leurs chefs, qui estoient le doc d* Aumale et le sieur de Rosne, lesquels, sçachansles advenues du pays de Picardie et y ayans des intelligences, faisoient faire des courses, prenoient langue et donnoient advis aux Espagnols de ce qui se passoit et de ce qu'il failoit faire. La cour de parlement de Paris, qui , par son arrest du 30 mars de Tan passé, avoit fait Injonction au duc de Mayenne et aox princes de sa maison de rendre le service qn^jls dévoient au Roy, sur ce que ledit duc d'Aumalle , qui estoit né subject du Boy, avoit esté veu en l'armée espagnole à Dourlens portant leseharpe rouge , marque d'Espagne comme le blanc Test de la France, et tous les François qui estoient avec luy , comme leur conducteur, par arrest il fut déclaré criminel de leze majesté au premier chef, et son effigie, vestuë à Tespaguole avec Tescharpe et des Jartieres rouges, fut , depuis la Conciergerie du Palais , traisnée Jusques eo la place de Grève, où par Texecuteur de justice elle fut mise en quatre quartiers, et ses biens confisquez. Plusieurs presumoient que cest arrest avoit esté donné contre ledit duc pource que il avoit consenty et favorisé remprisonnement de messieurs de la cour Tan 1589. Madame de Montpensier, qui estoit sœur du feu duc de Guise, et laquelle lors de cest emprisonnement estoit aussi celle qui gouvemoit tous les remuëmens de ce temps-là dans Paris, eut crainte, voyant ceste poursuitte contre le duc d* Aumale , que la cour procedast à la recherche des choses passées, comme le bruit en couroit fort : elle vint de Paris À Sainct Germain en Laye où estoit Madame soeur do Roy, avec laquelle j'estois encoreslors. Elle logea premièrement dans le bourg ; mais, le bruict continuant, elle supplia Madame de luy donner logis dans le chasteau , ce que madite dame luy permit; et pour ceste courtoisie elle iuy fit présent de plusieurs beaux ouvrages en linge que ceste vertueuse princesse estima fort )our avoir esté faicts par la royne Anne, femme lu roy Loys XII, qui les avoit donnez à sa fille Senée, duchesse de Ferrare , mère de madame ie Nemours , qui en avoit faict présent à ladite lame de Montpensier sa fille. Voylà un exemple le la vicissitude des choses. Audit an 1589, bien leureux estoient ceux qui pouvoient dans Paris
avoir quelque faveur de ladite dame de Montpensier pour se garantir de la rage des Seize, et à présent la crainte seule de la recherche des choses passées la faict sortir de Paris, et se mettre comme sous la protection de madite dame qui faisoit profession de la religion prétendue reformée.
Ce bruit fut peu après appaisé, et n'estoit l'Intention du Roy qu'on recherchast les choses passées, excepté ce qui estoit réservé par lesedicts; mesmes, ainsi que plusieurs ont escrit, il avoit envoyé, auparavant ladite prise de Dourlens, vers le duc d'Aumale le semondre de son devoir et Tasseurer de sa bonne volonté ; mais en ce temps là il n*y voulut nullement entendre, et n'a on sceu les particulières occasions pourquoy, veu que du depuis la lettre suivante a couru entre les mains de plusieurs, laquelle ondisoitquMI avoit escrite au Roy.
• Sire , les choses passées se peuvent plustost regretter qu'amender, ausquelles Texcose le plus souvent sert de renouvellement, et Toubliance de remède, la généreuse clémence de Vostre Majesté s*estant plus fait parofstre en pardonnant que la force de ses armes en subjuguant. SI Je n'ay plustost mérité d'estre reconcilié en rhonneur des bonnes grâces de Vostre Majesté, J'espère que le mesme temps qui m'en avoit séparé me remettra sous son obeyssance ; et comme elle a subject de vouloir bien à ceux qui l'ont fidellement servie. Je me promets aussi qu'il plaira à sa bonté d'excuser ceux qui par le mal-heur du temps et violence de la fortune ont esté emportez, qui sçaura considérer que celuy qui quelquesfois arrive le plus tard essaye à recompenser la perte par le mérite. Qui fait. Sire, que J'ose aujourd'huy, en portant^à Vostre Majesté les arres de ma très-humble et très-devote subjection et servitude, la supplier très-humblement oublier et pardonner les offentes passées, et me faire, s'il luy plaist , participant des effets de sa royalle bonté , qui s'est toosjours rendue admirable à tout le monde par le vouloir, et incomparable par le pouvoir, protestant de demeurer perpétuellement, Sire, etc. »
Ceux qui escrivirent en ce temps là en faveur dudit duc disoient que son père avoit toosjours esté amy d'Anthoine , roy de Navarre , père du Roy, comme estans cousins germains ; et pour le prouver disolent : • Du règne de François II, lors des estats d'Orléans, un soldat de fortune nommé La Pierre [enfant de la matte] ayant entrepris de tuer ledit roy Anthoine avec un coup de pistole qu'il luy donneroit par derrière lors qu'il seroit à la chasse oii on le devolt mener
CHBONOLOOU HOTBHAIlB DS PALHA CAVBY. [t69S]
prez de Qery [ce qui avoit esté arresté à un conseil secret] , le père dudit dac alla trouver à son logis ledit roy Authoine, lequel on bottoit et s'en alloit à rassemblée, et, faisant semblant de l'accoler, luy dit à Toreille Tentreprise qne l'on avoit résolue contre luy, puis se retira sans faire semblant de rien : dequoy ce roy estonné, fl'estant tourné et courbé les bras crdsez, accoudé sur la table, se mit quelque temps à penser à cest advis; mais une colique à quoy il estoit subject rayant saisi incontinent , ce fut tout ce que les siens purent faire que de le coucher au lict; lequel advis ledit sieur roy de Navarre trouva vieritable, car à Finstant François II, estant encore Jeune roy, accompagné de ceux qui luy avoieiit conseillé de faire faire ce coup, vint tout à cheval pour le prendre comme en passant; mais, comme on luy eut dit qu'il estoit malade, ceux qui Taccompagnoient luy dirent : t Sire, ce sont feintes; faictes voir par vos médecins ce que c*en est » : ce que François II, qui croyoit 4u tout leur conseil , fit faire, et envoya quérir deux de ses médecins , et ne bougea de là tout à cheval Jusques à ce qu'ils fussent venus et luy eussent rapporté que ledit roy Anthoine avoit une grosse fièvre, luy estant impossible démonter À cheval : ce qu'entendu par ledit roy François, il dit tout haut à ceux qui Taccompagnoient : • Il faut remettre la partie à une autre fois » ; •t B*en retourna à son logis sans aller à la chasse. »
Plusieurs historiens ont escrit que si ledit roy Anthoine eust esté tué, que dez le lendemain on eust tranché la teste à son frère, M. le prince de Condé : ce qu'on ne vouloit pas faire tandis que ce roy vivroit. Mais toutes ces tragédies sanglantes ne furent point exécutées, pour la mort de François II qui fut incontinent après assez subite, comme rapportent les historiens.
Que si le père dudit duc d'Aumale avoit adverty le roy Anthoine de ceste entreprise faicte contre luy , que ledit duc son fils n'en avoit pas moins faict à l'endroict du roy Henry III, ainsi que ledict Roy Tavoit publié par sa déclaration qu'il fit au commencement des troubles de l'an 1 589.
Plus , que l'on sçavoit bien que la querelle entre ledit sieur roy Anthoine [n'estant encor qoeduc de Vendosme ]et François, duc de Guise, n'estoit venue que pour ce que tous deux pretendoient d'espouser la princesse Jeanne de Navarre ; car auparavant, comme font Jeunes prin* ees, prodies parens comme ils estolent, on les avoit veus assez de fois couchez ensemble, et le père du duc d'Aumale au milieu d'eux ; mais que du depuis qu'ils se furent entre-descouverts qu'Us poursoivoient ehaeun en particulier d'à*
voir ceste princesse en mariage , et qte leeafitaine Monins [que le duc de Guise avoit praetiqué prez le roy Henry d' Albret pour luy (aire trouver bon ce mariage ] fut tué, l'on i^vott bien qu'il y avoit eu tousjoors une haine eoiverte entr'eux, à laquelle le duc d'Aumale l'citoit monstre neutre , honorant l'un eomme loa cousin germain [ pour ce que ledit duc estoit (li d'Anthoinette de Bourbon, de laquelle il portait les armes escartelées dans les siennes], et raatre , Taimant comme son frère aisné ; bref , qac les ducs d'Aumale en toutes les guerres milM n'avoient porté les armes que pour la deffeme de la religion catholique-romaine, sans avoir to aucune querelle ny haine contre aucun despriaces de la maison de Bouiixm. Voilà ce qo'escrivirent ceux qui desf roient la recondliation dadit duc d'Aumale avec le Roy. Hais, soit à cune de ce qui se passa à Dourlens, ou pour d'antres causes secrettes, il a esté le seul des prioceide sa maison qui ait demeuré jusqu'à présentais l'Espagnol (1).
Si les Espagnols avoient (ait sonner haut la desroute de Dourlens advenue la veille Saiait Jacques , leurs historiens publièrent eocor plu la levée du siège de devant Grolle , au paysdOveryssel , qu'avoit assiégé le prince Maoricf . lii l'intitulèrent : Prima Mauritii Nassoviifvfi. et d isolent que ce siège avoit esté levé le joar de Sainct Jacques , bien que plusieurs ont tfcrit que ce ne fut que le Jour Sainct Anne, trois joiis après.
Le prince Maurice, ne voulant demeoiersan faire quelque exploict de guerre pendant eut esté, avoit, avec plus de deux cents voiles,» à dessein d'attaquer quelque place de robry»sauce de l'Espagnol : il laisoit courir le brait qu'il en vouloit à Bosleduc; mais, ayant court le Vahal et le Ehin , il tourna droiet par 1 UkI vers la comté de Zutphen, et mit le siégea vaut ceste ville de Grolle , n'ayant au pkis qat cinq mille hommesde pied et mille chevaox,am vingt-huit gros canons. Ils s'asseuroit à an besoin de mander et se servir de toutes les garai* sons voisines, et pensoit emporter ceste piaa comme il en avoit fait d'autres aux années précédentes, tandis que les forces espagnoles tftoient empeschées contre la France ; mais Mw* dragon , vieil capitaine et gpuvemeur de li citadelle d'Anvers, que le comte de Focatcs avoit laissé avec de belles troupes , comme vm avons dit , pour empescher ledit prince de lita
(I) Il 16 put obtenir, ni de Henri IV ni de LwûXipj la pennittion de rentrer en Franee. DoBûaralàBmrfff en 1651 , * rige de aoiiante^ls-ospt ans.
CHRONOLOGIB NOVSNAIBB DE PALKA CAYfiT. [1595]
entreprendre pendant qu1l viendroit guerroyer sur les frontières de France, sçachant que le prince avoit mis ses voiles au vent, il s*en alla en la Campeine ou Champaigne, vers Turnhout, pensant que ledit prince y deust faire sa descente, et avoit en son armée de six à sept mille vieux soldats, tant de pied que de cheval ; mais, sçachant que le prince estoit tourné vers TOveryssel , il s'achemina à Vessel , où le comte Herman de Berghe avec plusieurs troupes le vint encor rencontrer. Joincts , ils firent publier leurs forces si grandes, ainsi qu'escrivent les historiens holandois , que le prince et les Estats avec leur armée, sans les attendre, levèrent leur siège de devant GroUe , et s'allèrent camper à dos de Zutphen. Mondragon s'estant tenu avec son armée quelques Jours en ce pays là, rendant le camp du prince infructueux en la plus belle saison de Tan dont il s'estimoit avoir acquis assez d'honneur , sur la fin du mois d'aoust il s'achemina pour repasser le Rhin à Berk, audessus de Vessel, et, ayant passé la rivière de Lippe, il fit quelque séjour aux environs de Dinslidc, attendant mandement de la volonté du comte de Fuentes qui estoit devant Gambray. De quoy le prince adverty , renforça son camp de quelques garnisons voisines , résolut de l'y aller attaque , et , ayant aussi passé la Lippe le deuxiesme septembre , il envoya le comte Philippe de Nassau, gouverneur de Numeghe, avec cinq cents chevaux , pour recognoistre le camp de Mondragon. Ge comte, en y allant, rencontra quatre-vingts chevaux de Tarmée espagnole qui revenoient de la picorée , lesquels prindrent le galop jusques à ce qu'ib fussent au camp où ils donnèrent l'alarme. Gependant que Mondragon montoit à cheval avec toute sa cavalerie, le comte Philippe rencontra encor deux cornettes de cavalerie qu'il chargea et desfit ; mais il s'amusa tant en ceste charge , que , Mondragon venu , la meslée commença à estre très-rude. Enfin , après avoir bien combattu de part et d'autre, les Espagnols demeurèrent victorieux , et peu de leurs ennemis se sauvèrent qu'ils ne fussent noyez, tuez où prisonniers. Ledit comte Philippe, son cheval ayant esté tué, luy bien blessé, demeura prisonnier avec le comte Ernest son frère et le jeune comte de Solms , qui fut bien blessé, et furent menez à Berk, là où Mondragon leur fit le meilleur traictement qu'il luy fut possible pour les faire penser , mandant mesmes les chirurgiens du prince ; mais peu après ledit comte Philippes et celuy de Solms moururent. Ge fut une petite bataille déjeunes sangs bouillants. Le camp du prince estant aucunement esbranlé par ceste desfaicte, il ne trouva P^^ ^^^
U C, p. M. T. HT.
de poursuivre opiniastrement un ennemy victotorieux , tellement qu'il rebroussa son chemin , et s'en retourna mettre son armée ez garnisons. Quant à Mondragon , il reconduit la sienne en Brabant envoyant une partie d'icelle au comte de Fuentes devant Gambray , lequel, surl'advls qu'il eut de ceste desfaicte , fit en signe d'allégresse tirer tout son canon. Voyons ce qui se passa au commencement de ce siège de Gambray, et pourquoy les Espagnols assiégèrent ceste place.
Après que le comte de Fuentes eut fait reparer les bresches de Dourlens, et qu'il y eut mis une forte garnison , il vint faire repasser son armée, quinepouvoit estre au plus que de dix mil hommes, contremont ladite rivière de Some, pour voir si quelque place estonnée ne luy donneroit point le moyen de s'en emparer pour se fortifier d'un passage sur ceste rivière ; mais l'ordre qu'y mit M. de Nevers luy fit tourner à gauche vers le Gastelet pour assiéger Gambray a ce solicité par les estats d'Arthois et de Hainaut , lesquels promirent pour les frais de ce siège, sçavoir : Arras cent mille fiorins, le Hainaut deux cents mille , et cinq mille honmies de pied , Tournay deux cents mille florins aussi et l'archevesque de Gambray quarante mille avec nombre d'artillerie , de munitions et de pionniers : lesquelles promesses firent que iedit comte de Fuentes fit investir Gambray.
Aussi-tost que le mareschal de Balagny se vid assiégé , il supplia M. de Nevers , par lettres des 11 , 12, 13 et 14 d'aoust,ile le secourir promptement, pour ce que le peuple estoit estonné de ce qui estoit advenu à Dourlens, et qu'il n'avolt pas au plus avec luy que sept cents soldats. Il en fit autant au mareschal de Bouillon et à tous ceux de qui il pensoit tirer secours. Le duc de Nevers y envoya aussi-tost le duc de Rethelois son fils assisté des sieurs de Buhy et de Trumelet , avec trois cents cinquante bons chevaux lequel mit à la teste de ceste troupe le sieur de Vaudecourt avec quatre compagnies de chevaux levers. Par un grand vent et une pluye ils cheminèrent si bien la nuict qu'ils se trouvèrent à deux lieues de Gambray, où ils furent contraiucts de faire halte l'espace d'une heure et demye pour de l'empeschemeut qu'ils trouvèrent à passer un ruisseau et un pont, jusques à ce que toute la troupe fust passée : ce qui donna le loisir aux Espagnols de se mettre en bataille sur l'alarme que les paysans de ce quartier là qui leur estoient fort affectionnez , donnèrent par le son de leurs cloches de village en village : tellement que les François ne purent arriver en la pleine proche de Gambray qu'à une heure de
cnaoNOLonti hotknatib di palma cavit. [1695]
jour ; où ils veirent sur le chemin Tannée espagnole en bataille; ce qui Ait cause qu'ils cheminèrent à quartier, et tirèrent droict à un petit corps de garde de vingt-cinq lanciers qu^ils taillèrent en pièces à la veué de la cavalerie espagnole , qui ne les pouvoit secourir à cause d'un chemin creux qui estoit entre-deux ; puis, paslans outre , ils escarterent un gros de deux cents cinquante chevaux , et se rendirent sur les fossez de Cambray, où, recogneus, ils entrèrent le 15 d'aoust dans la ville, et furent receus avec grand honneur par ledit sieur mareschal de Balagny. Le sieur de Vie y entra aussi en mesme temps avec quelques troupes. Le comte de Fuentes voyant que les François n*avoient pas envie de luy laisser prendre ceste place, il manda de tous costex du secours , tellement que de divers endroits il luy arriva plus de huict mille hommes de pied et huict cents chevaux , et se trouva, le 10 septembre, avoir septante deux pièces de canon pour battre Gambray , et cinq mille pionniers en son armée. Avant que de dire ce qui se fit en ce siège , voyons ce qui se passa en ce mesme mois à l'entrée du Roy à Lyon.
Le quatriesme Jour de septembre , le Roy fit son entrée dans Lyon , aussi magnifique quHI en eust encores faict en nulle autre ville de son royaume. Sa Majesté s'estant rendue à La Clare où estoit le théâtre des premières cérémonies , avant son disner les comtes de Teglise de Sainct Jean de Lyon vindrent se présenter à Sa Majesté. Le doyen , nommé de Chalmazel , luy fit une belle harangue , la fin de laquelle estoit pour le supplier de les maintenir en leurs privilèges , à laquelle Sa Majesté respondit : • Je vous promets non seulement de les maintenir, mais de les accroistre et amplifier. »
Après que le Roy eut disné, les Genevois et les Allemans des villes impériales se rendirent aussi à La Clare pour la contention de la préséance qu*avoient lesdits Genevois avec les Florentins , et les Allemans avec les Suisses et Grisons ; et , dans la salle où le Roy avoit disné , Us le supplièrent de les maintenir et conserver pour luy en rendre très-humble service : le colonel Alfonse Dornano , que le Roy avoit faict mareschal de France , recommanda les Genevois, et M. de Bellievre les Allemans. Le Roy leur respondit aux uns et aux autres qu'il les cheriroit de la mesme volonté que les roys ses prédécesseurs les avoient aymez.
Le Roy estant assis en son throsne royal eslevé sur un eschaffaut de septante pieds de longueur et trente pieds de largeur, dont le dessus estoit couvert de taffetas verd , le parterre de tapisserie , les barrières d'autour de tapis, avec
deux escaliers , afin que ceux qui se présenterotent à luy poussent monter et descendre sans desordre, toutes les communautés des églises, collèges, parroisses et monastères de Lyon, allèrent verscetheatre pour luy foire la révérence. Le grand obeancier en Feglise Sainct Just s'estant présenté aux pieds de Sa Mi^jesté pour loy faire une harangue au nom du clergé, il le fit lever: la harangue finie, le Roy leur dit que comme , des trois ordres dont estoit composé son royaume , le clergé avoit esté le dernier à le recognoistre, qu'il eroydt aussi qu'il seroit des plus fermes et affectionnei à son obeyssance, et qu'ils ne doutassent point qu'il ne les maintinit en leurs privilèges et autorités; puis, ayant baisé la croix avec une grande révérence, il les renvoya.
Après que le clergé fût descendu du théâtre, le prevost des mareschaux du Lyonnois, sulvy de ses archers , se présenta au Roy ; puis les nations , qui montèrent toutes en leur ordre , et firent chacune leur remonstrance , et à chacune en particulier le Roy leur dict qu'il les aymoit, et qu'il leur feroit paroistre des preuves de sa faveur quand ils l'en requerroient Les Lucqoois montèrent les premiers , après les Florentins, et puis les Suisses et les Grisons , ausquels partlcnlierement le Roy dit qu'il seroit UNUdours leur boa compère (1).
Le siège presidlal vint après se prostemar aox pieds de Sa Majesté. Le président de Lange fit la harangue, la substance de laquelle estoit que Dieu avoit foict la grâce à Sa Majesté de conserver entier son Estât et couronne contre l'injure du temps et tyrannie des perturbateurs An repos public : c Vous avez , dit-il , aymé et chery la Justice , qui est le bras dextre des princes, vous avez fùy et d^esté l'iniquité : poor ces causes nostre bon Dieu vous a oingt de son saint huile de Joye, allégresse et Jubilation, choisi et esleu sur tous les seigneurs de la terre pour régir et gouverner ceste monarchie françoise , la plus belle et excellente de la chresàenté. »
Le Roy luy respondit : t J'ay trouvé non royaume si troublé à mon advenement à la eoaronne, que Je n'y peu procurer à mes subjects tout le repos que j'eusse désiré; mais J'espère, avec l'ayde de Dieu , d'achever ce qui a esté si bien commencé , pour, par ce moyen, foire revenir le siècle qu'on appelloit doré , à fin que nous Jouyssions ensemble de ce bon heur, moy comme vostre roy, et vous comme mes bons subjects. »
(I) C'éloit Louis XI qui afoit aiosi appelé lei Sémêt*
CRBOtfOLOOtB ROVBlfAIBB DV PÀLIfA CAYBT. [1595]
Le sieur de Sève , capitaine des enfans de la ville [lesquels avoient tous le pannache blanc enrichy de pierreries , Fhabit de satin gris tout chamarré de clinquant d'argent , et sous la descoupeuredu taffetas vert, le manteau de velours ras doublé de satin incarnat , avec sept bandes de passement d'argent , montez sur des chevaux richement harnachez , tous leurs laquais vestus de blanc et de bleu], monta avec ceux des deux premiers rangs de sa troupe sur le théâtre , et offrit à Sa Majesté le corps et les biens de toute la Jeunesse de Lyon.
Après le maistre des cérémonies fut appeller les eschevins , lesquels il conduit devant le théâtre du Roy. Le plus ancien d'eux fit aussi une harangue à Sa Majesté , et la conclut en ces termes :
« Comme vos fldelles subjeets, nous remercions Dieu de la grâce qu'il nous foit de voir la face de nostre bon Roy, supplions Sa Majesté Divine d'accepter nos vœus pour vostre longue vie et félicité , et vous, Sire, ce perpétuel et inviolable serment de fidélité que nous faisons très-humblement en vos mains sacrées, de vivre et mourir sous vostre obeyssance , et ainsi le jurons et promettons au nom de tous nos concitoyens et de toute nostre postérité. »
Le Roy leur respondit : t Mes amis , J'ay loué vostre fidélité , j'ay tousjours creu , quelque desbauche et changement qu'il y ayt eu par mon royaume , que vous estiez François ; vous le m'avez bien monstre, Thonneur vous en estdemeoré, et à moy tout le contentement qu'un prince peut avoir du service et de l'obeyssance de ses subjects. Continuez à m'aymer, et je vous feray cognoistre combien Je vous ayme , et que Je n*ay rien plus à cœur que vostre repos. •
Après ceste responce le Roy sortit de son throsne, et s'advança sur la barrière du théâtre pour voir passer l'infanterie. Le sergent-major , ayant mis pied à terre , assisté des premiers rangs des capitaines, monta sur le théâtre , et, de genoux , dict au Roy :
« Sire , ce peuple vostre a fait paroistre combien il portoit impatiemment l'usurpation du duc de Nemours et encore la tyrannie de la ligue, et maintenant il fait cognoistre son allégresse pour l'heureuse venue de Vostre Majesté si longuement souhaittée , laquelle lui fait espérer un heureux repos, pour, quittant ses armes, retourner chacun en sa maison et en fermeté inviolable de fidélité, pour laquelle, au nom de tous, nous faisons ce serment solemnel en vos mains sacrées , et prosternez à vos pieds , Jurons •t promettons, poar nous et nostre postérité ,
vivre et mourir en la subjection , obeyssance et fidélité due à Vostre Majesté et aux successeurs de vostre couronne. »
Le Roy leur dit qu'Use souviendroit tousjours que le peuple de Lyon luy avoit fait service au besoin, et luy feroit voir, avec l'ayde de Dieu, le fruict que sa fidélité a mérité envers un l)on roy, la gi*ace duquel ne manque Jamais à ceux qui ne manquent en leur devoir.
Alors le maistre des cérémonies commanda que Ton marchast pour entrer en la ville. Premièrement marchèrent ceux du clergé , puis les gardes du Roy aux portes de Lyon , la communauté des sergens, portans des bastons semez de fleurs de lys, le prevost des mareschaux et ses archers, puis l'infanterie de la ville, qui pou voit estre au nombre de cinq mille habitans bien armez et en bonne conche. Au front de ceste grosse troupe marchoient trente- six serviteurs portans les armes accomplies des capitaines, et ce devant le sieur Laurens, sergent-major, qui estoit à cheval , et veslu de toile d'argent; puis trente-cinq capitaines , tous vestus de satin blanc ou de toile d'argent, ayans tous la picque de Biscaye. Après eux marchoient cent trente rangs de cuirasses avec le pourpoint blanc , la chausse de velours et le bas de soye , portans tous la hallebarde ou la pertuizanne ; trente-cinq serviteurs des lieutenans portans les l)Oucliers , coutelas et pots de leurs malstres; vingt tambours, trentecinq lieutenants, quarante-sept rangs de mousquetaires, cinq cents rangs d'arquebuziers, quarante rangs de picquiers avec le corselet blanc de Milan , trente-cinq serviteurs des enseignes portans leurs pertuizannes et leurs armes, trente tambours, trente-cinq capitaines enseignes , cinquante-cinq rangs de picquiers , trente rangs de mosquetaires, trois cents rangs d'arquebuziers , deux cents rangs de cuirasses avec quatre capitaines de la ville à cheval pour assister le sergent-major à la conduite de ceste grande multitude, qui estoit de telle estenduë que le premier rang estoit desjà à la porte Sainct George quand le dernier entroit par celle du fauxbourg de Veyse. Après Tinfanterie de la ville venoient les principaux des nations qui rendent le négoce de Lyon renommé par tout sçavoir : les Lucquois , les Florentins avec leur consul , les Grisons et Suisses, tous à cheval avec la housse , en habits riches et honnorables. A leur queue estoient les soldats du guet à pied les huissiers et officiers de la justice , les Juges du siège presidial montez sur mules, portans les bonnets quarrez , revestus de leurs robbes Ion* gués; les exconsuls et notables bourgeois de la ville, les gladiateurs et malstres d'escrime, ves*
CHBONOLOOIB NOVENAIBB DK PALHÀ CAYET.[lS95]
tus de satin blanc , portant des armes de tontes sortes , dont ils escrimèrent devant le théâtre du Roy; le capitaine des enfans de la ville , les consuls et eschevins, revestus de robbes de satin violet , la housse de velours , ayant chacun deux laquais de mesme livrée, et devant eux les mandeurs et ollGciers de la Maison de Ville ; le sieur de Roquelaure, maistre de la garderobbe du Roy, avec les cent gentils-hommes de la chambre; plusieurs grands seigneurs et capitaines ; la garde des Escossois avec leurs hocquetons et halebardes; le grand prevost de Thostel avec ses officiers et archers ; les Suisses de la garde do Roy ; messieurs des affaires portans l'ordre du Sainct Esprit; le sieuf de Liancourt portant l'espée du Roy en la place de M. le grand escuyer de France; quatre Jeunes gentils-hommes bien parez et bien montez, portans chacun un esperon d*or en main; M. le duc de Montmorency , premier baron , pair et connestable de France, portoit Tespée nue de France devant le Roy ; puis le Roy, vestu de toile d'argent enrichie de perles et de broderies , monté sur un cheval harnaché de blanc , environné des gentils-hommes de la garde de son corps , avec les hallebardes et hocquetons blancs, faicts d'orfèvrerie. Sa Majesté , estant suy vie de M. le duc de Guise, du mareschal de Rrissac et plusieurs autres grands seigneurs , arriva en cest ordre à la porte du fauxbourg de Veyse, et, passant outre, vint à la porte neufve du pont-levis, où les eschevins l'attendoient pour luy présenter les clefs de la ville et le poisle de drap d'or , enrichi de fleurs de lys , armes , chiffres et devises de Sa Majesté, faites en broderie, lequel estant porté par quatre eschevins , Sa Majesté , estant dessous le poisle , tenant une palme en sa main, approchant de la principale porte de la ville , toutes les cloches commencèrent à sonner et rartillerie à canonner. En faisant le chemin , depuis la porte de Pierre-Ancize jusques à Porte- Froc , à l'entrée du cloistre Sainct Jean , ce n'estoient qu'arcs , statues ,. pavillons où estoient grand nombre de musiciens, piramides, colomnes , autels , tableaux et devises en Thonneur de Sa Majesté , avec la représentation des diverses victoires qu'il avoit obtenues sur ses ennemis, ainsi que le lecteur curieux pourra voir dans un livre de ladite entrée qui en fut lors imprimé.
A l'entrée du cloistre les comtes de Sainct Jean avoient faict dresser aussi un arc triomphant d*une très-belle architecture, où il y avoit plusieurs belles statues avec des devises.et inscriptions en l'honneur du Roy. Là Sa Majesté changea de poisle, et quatre desdits comtes Iny
présentèrent le poisle de damas blane; etTarchevesque de Lyon, celuy dont nou avons assez parlé icy dessus , qui avoit esté des premiers et principaux du party de l'union, revestn de ses habits pontificaux , luy fit une assez longae harangue sur les faveurs que Dieu avoit desparties à la France plus qu'à nulle antre nation, en ce que toutes les fois que l'Estat avoit esté misea confusion et en danger , il avoit fàict naistre quelque moyen extraordinaire et miracaleoi pour le restaurer ; que Dieu avoitdez long temps destiné Sa Majesté pour estre le restaurateor de cest Estât , et avoit falet par luy des actes si grands, que la postérité , les lisant , à peine les pourroit croire ; mais que ceste bien-hettreosc conversion que Dieu, par son Sainct E^rit, avoit opéré en le rappellant, lors que l'on l'esperoitie moins, dans le giron de l'Eglise, avoit esté la plus grande grâce qu'il luy avoit jamais fakte; le supplie de conserver ce précieux joyau, et d'estre ; comme il avoit promis et commencé , le protecteur de la religion et foy catholique; et après luy avoir dit que la compagniedes comtes et chanoines de Lyon estoient là avec loypoor luy baiser ses victorieuses mains ettesmoigncrii dévotion qu'ils avoient à son service, ceste compagnie estant la plus ancienne et première de la France , estant toute composée de noblesse de quatre races, et paternelle et maternelle, il Hait sa harangue en ces mesmes termes : eNospeies deffuncts ont employé leurs vies pour le seniee de ceste couronne, tous nos {karens vivants soy* vent ceste mesme trace , et noua , selon nostre vocation , avons pareille volonté , et , comoe très-fidelles subjects, ne cessons de prier de toote nostre affection la bonté divine qoHI luy plaise prospérer vos saîncts désirs , vous fiiire la gnee, après avoir dompté vos ennemis , de rendre ti tranquilité à l'Eglise , la paix à vostre royaone, et, après une longue et heureuse vie, cooronner vos mentes de sa gloire. »
Le Roy lui respondit en ces mesmes mots : a J'ay gaignédes batailles, j'ay eu des victoires, mais ce n'est pas à moy à qui la gloire en tfpartient , je n*y ay rien apporté du mien , je les tiens de Dieu. Je m'esjouis beaucoup do tesmftgnage de vos bonnes volontez, je croy qiiece^ compagnie estant la première de mon clergé* ^ remplie de gentils-hommes qui approchent ds roys plus près que lesautres, elle servira àtumpie de la fidélité et de Tobeyssance qu'on doit au souverain. Priez Dieu pour moy, et vous as* seurez que je maintiendray la reUgion catholique , et que j'y mourray. •
Après , le Roy fut conduit à la porte de l> glise 9 où il fut créé premier eomte de SiM
CHBOROLOGIS NOVBNAïaB DE PÀtMA CAYBT. [159&]
Jean , et loy fat donné nn surplis qu'il porta jusqu^à Tautel , où il se mit à genoux : et au mesme instant le clergé commença à chanter le Te Deum laudamus, lequel achevé , Sa Majesté fat conduite à Farchevesché^ qui estoit le logis que Ton !uy avoit préparé.
Trois Jours après ceste Joyeuse entrée, lesquels furent employez en diverses sortes de resjoQjssances , le Roy monta à cheval, et alla voir les fortiOcationsque M. le connestable avoit faict faire au chasteau de la ville de Montluel en Savoye, à trois lieues de Lyon, de laquelle ville il s'estoit emparé pour y faire hyverner ses troupes ; et ainsi que nous avons dit, le Jour mesme , Sa Majesté revint par eau à Lyon. En ce tempslàily enttrefve pour quelques mois entre le Roy et le duc de Savoye , et le sieur Zamet, de la part da duc , porta quelques paroles de paix à Sa Majesté. L^ choses passèrent si avant, que le président de Sillery, de la part du Roy, et le président La Rochette , de la part du duc , s'assemblèrent plusieurs fois, et tombèrent enfin d'accord, moyennant certaines sommes de deniers que le duc bailleroit, avec la restitution de quelques places , et qu'un des fils du duc seroit pourveu du marquisat de Saluées, dont il eo feroit hommage au Roy. Sur la forme de cest hommage nasquirent des difficultez. Autres assemblées se firent , tant au Pont Beauvoisin qu'à Suzes, pour les resouldre ; mais les députez du duc dirent que leur maistire ny les siens ce feroient jamais hommage du marquisat au Roy. Ce .fut la response qui mit fin à toutes ces assemblées et à la trefve , qui dura Jusqu'à l'an suyvant, que la guerre recommença entre Sa Majesté et ledit duc, laquelle dura Jusques à la paix de Yervins.
Pendant que Sa Majesté fut à Lyon, il survint plusieurs choses remarquables desquelles nous parlerons les unes après les autres , sçavoir : la mort du duc de Nemours, gouverneur du Lyonnois, duquel gouvernement le Roy pourveut M. de La Guiche , grand maistre derartiilerie, qui remit ledit estât de grand maistre entre les mains du Roy , qui le donna à M. de Sainct Luc ; la réduction de quelques petites places fortes encores occupées au gouvernement du Lyonnois et au Bourbonnois par ceux qui y avoient mis ledit duc de Nemours ; la réunion dudit sieur de Bois-dauphin , qui ramena au service du Roy les villes de Sablé et de Chasteaugontier [advis certain que le Pape estoit résolu d'absouidre Sa Majesté ] la trefve et le tralcté de la réduction du duc de Mayenne , et en suitte celles du marquis de Sainct Sorlin [que l'on appella duc de Nemours depuis la mort de
son frère] et du duc de Joyeuse avec la ville de Thoulouse ; la resolution des affaires de Provence , où le Roy envoya M. de Guise , et le pourveut du gouvernement de ceste province-là. Quant au due de Nemours , que nous avons dit cy-dessus estre allé à Tarmée du connestable de Castille , après qu'il eut entendu que le sieur de Disimieu avoit rendu Vienne au Roy , il s'en affligea tellement , pource que c'estoit la seule place de. bonne retraicte- qu'il avoit en France , qu'il devint si triste, pour voir la fortune contraire à ses desseins , et si folble de ses membres , que , ne pouvant plus monter à cheval , il fut contraint de se retirer à Annecy en Savoye , place que son père luy avoit laissé, et qu*il tenoit en apanage de la Savoye , comme prince yssu des ducs de Savoye , où , avec quelques-uns de ses familiers, il résolut de se guérir à repos ; mais Dieu , qui dispose de nous , disposa de ce duc, et , après une fièvre continué de quatre mois, Vappelia à luy. Messire Honoré d'Urfé ; comte de Chasteauneuf , dans ses Epistres morales , rapporte que ce duc alloit traçant ses derniers Jours de son sang , et que la dernière goutte a esté le dernier moment de sa vie. t 0 quelle veuë , dit-il , me fut celle-là , car il avoit les yeux baves et enfoncez, les os des Jolies eslevez , de sorte que la mâchoire au-dessous , couverte seulement d*un peu de peau , sembloit s'estre retirée et abatuê , car ses nfouvemens en estoient si apparens qu'il sembloit qu'elle ne tiost plus qu'à quelques nerfs : la barbe hérissée , le taint Jaune , ses regards lents , ses soufles abattus , moustroient bien à quel poinct son mal l'avoit redoit. Mais sa main, qui autrefois avoit emporté le prix sur les plus belles, n'estoit du tout point cognoissable, carsa Jauneur, sa maigreur, ses rides , ses os eslevez et grossis , ses doigts qu'à peine pouvoit-il joindre , et joints , tenir droits, la rendoyent si dissemblable de ce qu'elle souloit estre, qu'il n'y avoit personne qui ne s'estonnast de tel changement. Ses bras dechamez , dont les tendons parroissoient comme en une anatomie , et ses cuisses , qui estoient de la grosseur dont devoyent estre ses bras, ne pouvoyent que faire esbahir ceux qui les voyoient , qu'une personne sans mourir fost réduite à ceste extrémité, c Est-ce là le prince, disoy-Je , qui n'aguieres de son nom emplissoit tout le monde , et de qui la belle ambition ne pouvoit estre remplie de l'univers ? Sont-ce là ces bras que tant de milliers d'ennemis ont si fort redoutez, et qui ne pouvoyent redouter personne? Et ceste voix que J'oy plaindre , estce celle-là qui donnoit tant d'espouvantement aux ennemis , et tant d'asseurance aux siens ? »
CHHONOLOOIB NOVBNAIBB DB PALHA CAYBT. [1695]
Et par ce que sa foiblesse estoit si grande, qu'il falloit le tourner quand il s'ennuyoit d'un costé : « E&t-ce celuy-Ià, disoy-je, que Je voy tourner dans ce linceuii de qui le courage promettoitde tourner toute la France? » Et lors, comme ravy de ce que je consideroy , le désir de Toùir qui me portoit d'ordinaire près de luy, de la bouche duquel il ne sortolt desjà plus des paroles humaines , mais des oracles , m'en fit approcher , et voicy ce qu'il me dit :
« Il est vray qu'au commencement de mon mal je me suis moy-mesme esmeu à pitié. Il me facboit qu'au plus beau de mon aage il me fallust fermer les yeux et laisser mes chers amis. J'avoy veu, disoit-il, le duc de Nemours plain de tout ce qui pou voit plaire au inonde, estimé , honoré et redouté; et, considérant qu'il luy falloit si promptement laisser toutes ces choses sans men* tir, j'avoy quelque pitié de tant de chaleurs souffertes, et de tant d*hyvers desdaignez pour eeste gloire; mais depuis, recognoissant qu*en toute façon il faut partir, et que personne ne peut s'en exempter, 6 que je Tay estimé estre favorisé du ciel , puis qu'il luy est permis de s'en aller, non point à la desrobée ou à l'impourveuë, mais tellement disposé à son voyage, que si la fortune luy estoit redevable de quelque chose, par ceste faveur elle sort entièrement de ses debtes! Laissons donc , disoit-il , en fin ce désir de mourir en une bataille pour nous signaler ; car celui qui meurt comme il doit ne se peut signaler d'avan* tage. Que s'il est honteux de ne nous vanger de l'injure que Ton nous fait , il est bien plus bonnorable d'estre tué de la fièvre que d'un soldat, puis que Ton ne peut en estre taxé , ne s'estant enoor trouvé personne qui luy ay t peu résister ; et mourir de la main d'un soldat , c*est tousjours estre inférieur en quelque sorte à un homme. Contentons^nous d'avoir vescu jusques ici, et de n'avoir pas tousjours vescu en vain , et remercions Dieu de l'esiection qu'il a faite de ceste mort pour moy. »
Dèslors que ce doc se recogneut en danger, il fit promettre aux médecins que quand ils le jugeroyent près de sa dernière heure, qu'ils l'en advertiroyent. Se sentantreduit à l'extrémité, et recognoissant à peu près la grandeur de son mal , il leur demanda luy-mesme , sans s*estonner, si sa fin estoit proche ; et ayant sceu qu'il estoit en grand danger si la veine se r'ouvroit : • Or sus, dit-il , il ne faut pas attendre l'extrémité , il vaut mieux avoir beaucoup de temps de reste que s'il nous en manquoit un moment. » Et alors, après avoir fait ce que nous devons tous comme chrestiens,iljoignit les mains,etle8yeuxtendusau ciel: « J'ay, dil-il, autresfois esté aussi près de la
mort que je le sçauroy estre à eeste heure, dis mesme prière que je fis , je la fais enoores. C'est, 6 mon Dieu , que ta volonté soit faiete. • Âprèi il fit appeller M. le marquis de Sidnct Sorliasoi frère , et tous ses gentils-hommes qui estoieot pour lors près de luy ; et, les nommant tons par leurs noms , et leur disant le dernier adieu , les toucha tous en la main , à l'un luy recommanduit une chose, et à fautre le faisant resouvenir de sa particulière affection. En fin, d'une voix de temps en temps de la foiblesse intenompiie, il leur pria à tous ainsi :
c Dieu me soit tesmoin, mes amis, sMly i rien que Je laisse avec tant de regret qae voos. Je sçay que vous avez desdaigné tout ce qui vous devoit estre de plus cher pour moy, et toatesiiiÀ je suis contraint de vous abandonner ; mais, pour mon contentement , vivez avec ceste créance que de n'avoir encores peu satisfaire à vos meril» est mon plus grand desplaisir. ToutesfoisjcYOV laisse un autre moy-mesme, qui , comme de toute autre chose, héritera particulièrement de ma bonne volonté envers vous tous. Je vous supplie de remettre en luy, à ma considération, toete Tamitié dont vous m'avez obligé ; et je m'asscuie que la fortune que avec voos j'avoy commencée luy permettra de recognoistre vos services et vm affections. » Lors , reprenant un peu d'haleioe, il tourna les yeux languissans sur son fipere , et après l'avoir quelque temps considéré : • Et vous, mon frère, lui dil-il , si vous avez quelquefois creu que je vous aye aymé , recevez, Je toes supplie, à ce coup mes paroles , non seoleoeiil comme venant d'un frère, mais d'un frère et amy. Entre les plus chers thresors que je vous laiaej je vous donne mes amis à qui Je viens de diit adieu, et plusieurs autres que je sçay qui se vous manqueront. Aymez les etlescherissa^et pour leurs mérites, et pour mon amitié, iUetef qu'ils ressentent de vous les frulctsderespensce qu'ils ont eu de moy, et desquels non moy, mili ma fin précipitée les a deceus. Vouspoavezatec eux vous bastir une très-belle et irès-honnertble fortune , qui le scroit desjà si Tenvle me Test permis : mais je partiroy trop content si je fOus eusse laissé vos affaires asseurei. Toutesfois je ne pense y avoir peu advancé en racquisitioi que je vous ay faitte de tant d'honnestes beomes. Puis qu'ils se sont donnez à moy, comme de chose mienne , je vous en fky mon héritier; mais avec ceste condition, que toute antrecheff que vous aurez de moy ne voua sera rieniTcs^ gai de celle-cy.
» Voy là la première requeste que je voesfcy. La seconde , Je l'accompagneray de ©este authorite que l'aage m*avoit donné sur vous, par Ift-
GHB0R0L06IE ROVKIIÀIBB DB PALMA CAYBT. [1696)
({uelle Je vous a^ure de ne vous eslongner jamais de l'ËgliM catholique. Et en ceste dernière occasion , qui vous a mis les armes à la main , ne vofis séparez jamais de nostre Sainct Père. Quand il n'y aura plus de l'interest de la religion , je remets à vostre discrétion de poursuivre vos affaires comme le temps le portera; mais surtout ayez en toutes vos actions Dieu tousjours devant les yeax , et recherchez de lui toutes vos fortuoes. IS*ostez jamais de vostre mémoire le lieu dont vous estes yssu , et quels exemples de vertu vos ancestres vous ont laissez, à fin qu'à leur imitation vous ne fassiez chose indigne d'eux ; et vivez tousjours avec un dessein de laisser à ceax qui viendront de vous, plustost de la gloire de vostre mémoire que de grands biens de vostre héritage.
» Quesivousavezàobserver quelquepriereque jevousaye faite, après celle de Dieu, ayez ceste cy en mémoire : Vous sçavez , mon frère, que nous avons une mère, à laquelle, outre l'obligatioo générale, noussonomespartlculierementtant redevables, que ce seroit double ingratitude si DOQs ne le recognolssions. Je vous supplie , puis que je ne puis avoir ce dernier contentement de iuy baiser la main et recevoir sa bénédiction , à la première veuê que vous aurez , de la recevoir en mon lieu, et Iuy faire entendre combien le desplaisir m'est grand de n'avoir peu Iuy rendre le service que Je Iuy devoy, et que je la supplie qne Taffection qu'elle m'a fait paroistre revive en vous , à iln que de vous elle reçoive les services iquoy mon devoir m*obligeoit. Honorez-la, et la servez : et , si vous ne voulez que Dieu vous en punisse , ne sortez jamais de ses commandemens. Et, pour le dernier bien que j'espère recevoir des honunes, promettez moy, monfirere, que mes prières me soient accordées de vous. » Lors à toute peine il Iuy tendit la main. Son frère, qui fondoit en larmes , plus par ses sanglots que par les paroles , car iîs les Iuy interrompoient , iuy donna asseurance de ne point sortir de ses commandements. Lors, tendant les mains au eiel , il dit : « 0 mon Dieu , que Je meurs content , ayant les trois biens que j'ay tousjours le plus requis : dire adieu à mes amis, voir mon frère et mourir advisé ; 9 et , se tournant à Tevesque, il Iuy demanda sa bénédiction, tant pour mourir en Tobeyssance de l'Eglise, que pour iuy tenir lieu de celle de sa mère.
La peine qu'il avoit eu à parler Iuy fit venir une foible sueur par tout le corps. Il se tourna froidement aux médecins : « La sueur de la mort, dit-il , est-elle chaude? » Et Iuy estant respondu que non : « Noos avons donc , adjousta-il , enores quelque temps à combattre. » Sur cela la
veine se vint à r'ouvrir, et le sang Iuy sortit en si grande abondance , qu'il y en eut mesmes des gouttes qui Iuy passèrent par les yeux. Se cognoissant alors , et pour ses forces affoiblies , et pour ce que les médecins Iuy en a voient dit, qu'il estoit au dernier moment de sa vie ,11 fit ag^porter le crucifix ; et après l'avoir baisé , comme il saignoit incessamment : « Mon père , dit-il , au père Esprit , nostre S^gneur ne mourut-il pas aussi en saignant? » Etluy ayantresponduqu'ouy: • Or prions- le donc, continua- il, puisqu'il bonnore la fin de mes jours de quelque ressemblance de la sienne , que comme il respandoit son sang pour laver la faute d'autruy, que celuy que je respands puisse tellement laver les miennes propres, qu'elles en soyent effacées en sa présence. » Lors, comme ravy en ceste considération , il ar« resta de sorte les yeux sur les playes qu'il voyoit au crucifix, que, quelque abondance de sang qu'il perdist, quelques remèdes qu'on Iuy fist, on ne veit jamais qu'il les en retirast : et ainsi ce duc mourut en la fleur de son aage.
Dez son adolescence ce prince avoit espéré espouser la princesse de I>orraine, ce qui ne Iuy succéda pas, comme nous avons dit. Il avoit soustenu le siège dans Paris , où il avoit parmy ceux de son party acquis beaucoup de réputation. Le peu d'accord qui estoit entre le duc de Mayenne et Iuy le fit retirer en son gouverne*^ ment de Lyonnois [que le feu Boy Iuy avoit donné durant les estats de Blois] , et , par ses armes et practiques, il se fit maistre du pays de Dombes, de Vienne en Dauphiné, de plusieurs places en Lyonnois ,* Forests, Auvergne et Velay, et au Bourbonnois de Sainct Porsain. Pensant, comme ceux de Lyon ont escrit , se rendre maistre absolu de leur ville , il se trouva leur prisonnier : où estant retenu long temps, s'estant en fin esvadé , et pensant remettre sus ses entreprises sur Lyon , le sieur de Disimieu , à qui il avoit baillé la garde du chasteau de Pipet et de la ville de Vienne, remit ceste place en l'obeyssance du Roy ; ce qui Iuy fut un coup aussi rude à supporter que la perte de Lyon. Le gouverneur de Sainct Porsain , et toutes les places que les siens tenoient au Lyonnois et au pays de Dombes , suivirent peu après , et firent leur accord avec le Boy, et ne Iuy resta que Montbrison en Forest, Arobert en Auvergne, et quelques petites places que M. son frère ramena sous Tobeyssance du Roy par Tedict de sa réduction. Après la mort de ce duc , ses amis , qui esperoient faire leur fortune avec Iuy, publièrent qu'il avoit esté empoisonné , et en blasmoient le sieur de Disimieu : ce blasme estoit sans preuve et sans apparence; mais la vérité estoit telle, qu'il avoit
CHRONOLOGIE NOVENAIBB DB PALMA CAYJBT. [1596]
osté le cœur aux desseins de ce duc en se remettant au service du Roy avec la place que ledit duc luy avolt baillé en garde. Au commencement de Fan 1 597 , ledit Disimieu, estant venu à Paris, le Jour mesme qull y arriva on luy dressa une guerellç d'AUemân : un chevalier de Malte q«i avoit «sté audit feu duc l'envoya appeller à un duel, luy mandant qu'il se trouvast en un clos de murailles près le f ré aux Clercs : il y alla seul , le pensant aussi trouver seul ; inais le sieur d'Arbigny y estoit avec luy. Aucuns de ses amis, entendans qu'il s'alloit battre, montèrent incontinent achevai; mais ils le trouvèrent estendu sur la place, ayant un grand coup d'espéesur la teste et un coup de poignard dans les reims. Pensans qu'il fust mort, ils le firent enlever : toutesfois , revenu à soy, et depuis bien pensé de ses playes, il en guérit. C'est assez traicté touchant la mort du duc de Nemours.
Quant au sieur de Bois-daufm , Tedict pour sa réunion fut donné à Lyon. Ce seigneur tenoit Chasteau-Gonthier en Anjou , et Sablé au Mayne, qu'il avoit fait surprendre, ainsi que nous avons dit , et du depuis il avoit acheté eeste ville de M. de Mayenne à qui elle appartenoit : il tenoit encor quelques autres chasteaux sur les marches de ces provinces là. En se remettant au service du Roy , par edict Sa Majesté esteignit, supprima et abolit tout ce que ledit sieur de Bois-daufin et tous ceux qui l'avoient assisté en la prise des armes avoient faict, en quelque sorte que ce soit , durant les présents troubles, les déclara ses bons et loyaux subjects, cassa toutes les procédures faictes et à faire contr'eux en conséquence desdits troubles, les restabiit en leurs dignitez, bénéfices, estats et offices, donna à Martin Ourceau un estât de maistre des requestes , et à François du Breil la reserve d'un estât de conseiller au parlement de Bretagne , pour la peine qu'ils avoient prise à faire ceste réunion. Mais , comme après les troubles du règne de Charles VU , ceux qui avoient esté créez mareschaux de France du party des Bourguignons, en faisant leur reconciliation avec ce Roy-là, prirent nouvelles provisions de Joy de leur estât de mareschal , aussi le Roy sçachant l'expérience militaire dudit sieur de Bois-daufin, bien que par son edict de rcùnion il ne l'eust qualifié mareschal , il lui en fit toutesfois depuis expédier les lettres, suivant lesquelles il fit le serment dudit estât entre les mains du Roy.
Ainsi Sa Majesté, désirant de pacifier son royaume et d'en oster les guerres civiles, donnoit libéralement à tous ceux qui luy ramenoient, ou qui s'cmployoient à luy faire ramener queU
ques places en son obeyssance, et en advaBci beaucoup ses affaires par ce moyen-là. D^antie costé , pour les occasions que nous dirons ey après , il avoit envoyé M. du Perron à revesclvé d'Evreux , vers Sa Saincteté à Rome pour obtenir son absolution , affin d*oster du toQt le prétexte dont se couvroient encor le doc de Mayenne et quelques autres grands du party de l'union, de ne vouloir le recogn(»stre que premièrement le Pape ne l'eust recognu. Pendant le séjour que Sa Majesté fit à Lyon , il vint advis certain que le Pape s'estoit résolu de l'ai)soudre. Sur cest advis , le duc de Mayenne, qui s'estoit retiré à Chaalons sur Saosne , ainsi qoe nous avons dit, prenant encor qualité de dief de party , envoya vers le Roy à Lyon le rechercher d'une trefve générale et surceance d'anaes, en attendant que l'on traictast de la paix, le Roy , qui voyoit bien que l'on ne lui demandoil ceste trefve que pour le besoin que l'on en avoit, Jugea qu'il estoit meilleur de retenir en Fraaee par ce moyen là ceux qui luy avoient faict ii guerre , que non pas , après les avoir chassé du cœur de son royaume Jusques sur les frontières, de les forcer encor d'en sortir , comme il estoit en sa puissance, et de se retirer du tout avec l'Espagnol. Il n'y a que trop d'exemples dans Froissard et autres historiens du mal qu'ont apporté plusieurs grands seigneurs françois esta» contraints par la force de nos roys de se retirer en Angleterre pour leurs rebellions , où depais ils suscitoient toujours les Anglois de venir iairt la guerre en France , et donnoient Tadvis ooob de voit faire les descentes des armées, et de ce qu'il falloit faire; ce qui a esté la cause des %-i^ toires que les Anglois ont obtenues queiqnesfeis sur les François. Le Roy , se servant en ceâ endroict des exemples du passé, acooidaseo promesse de paix ladite trefve générale an d« de Mayenne, laquelle fut publiée en ces termes:
Le Roy , estant recherché d'accorder doc trefve et cessation d*armes générale par toot soa royaume, sur l'asseurance qui luy a esté donnée par M. le duc de Mayenne de la pouvoir]lairef^ cevoir et observer par tous ceux qui font encore la guerre en iceluy , tant sous son authoritéqie sous le nom du party de Punion , voulant Si Majesté soulager ses subjets de Foppressioode la guerre , a accordé les articles qui ensuivent
L Qu'il y aura bonne et louable trefve et cessation d'armes par tout le royaume , pays i ter* res et seigneuries d'iceluy et de la protection de la couronne de France , pour le temps et espate de trois mois, b commencer, à sçavoir : au gouvernements de Lyonnols , Forest et Beaojaolois , où est de présent Sa Majesté , et du dacbe
CHBONOLOGIE NOVBNÀIBE DB PALKA CÀYET. [1595]
de BourgODgDe , six jours après que ces présents articles seront signez , dedans lesquels la publication s*en fera aux villes de Lyon , Dijon , ^Chaalons et Seure; aux gouvememens deDauphlné, Provence, Tlsle de France, Bourl)onnois, Nivernois, Auvergne, Cliartres et Orléans, huict jours après la datte d'iceux; aux gouvernemens de Champagne , Picardie , Normandie, Bretagne, Berry, Touraine et Le Mayne, Limoges, haute et basse Marche, quinze jours après; et es gouvernemens de Guyenne , Languedoc , Poietou , Xaintonge , Angoulmols , Mets et pays Messin , vingt jours après la datte du présent accord ; et neantmoins finira partout à semblable jour.
IL Toutes personnes ecclésiastiques , nobles , habitans des villes et du plat pays , et autres, pourront, durant la présente trefve , recueillir leurs fruicts et revenu, et en jouyr en quelque part qu'ils soient situez et assis, et rentreront en leurs maisons et chastcaux des champs, que ceux qui les occupent seront tenus de leur rendre, et laisser libres de tousempeschemens, à la charge de n'y faire aucune fortification durant ladicte trefve'; et sont exceptez les chasteaux où il y a garnison employée en Testât de la guerre, lesquels ne seront rendus : neantmoins les propriétaires jouyront des fruits et revenus qui en dépendent Le tout nonobstant les dons et saisies qui en auroient esté faictes.
IIL Les laboureurs pourront en toute liberté foire leurs labourages, charrois et œuvres accoustumées , sans qu'ils puissent estre empeschez ny molestez en quelque façon que ce soit , sur peine de la vie à ceux qui feront le contraire.
IV. Chacun pourra librement voyager par tout ce royaume sans estre adstraint de prendre passe-port; et neantmoins nul ne pourra entrer es villes et places fortes de party contraire avec autres armes, les gens de pied que Tespée, et les gens de cheval Tespée, lapistoileouharquebuse, ny sans envoyer auparavant advertir ceux qui ont commandement, lesquels seront tenus bailler la permission d'entrer, si ce n'est que la qualité et nombre de personnes portast juste jalousie de la senreté des places où ils commandent , ce qui est remis à leur jugement et discrétion. Et si aucuns du party contraire estoient entrez en aucunes desdites places sans s'estre déclarez tels et avoir ladicte permission, ils seront de bonne prise. Et pour obvier à toutes disputes qui pourroient sur ce intervenir, ceux qui commandent èsdictes places , accordans ladite permission, seront tenus la bailler par escrit sans frais.
y. Les deniers des tailles et talUon, et des impositions mises sur les marchandises et denrées,
se lèveront, dorant lesdits trois mois, comme ils font de présent , sans pouvoir estre augmentées qu'en vertu des commissions de Sa Majesté , et sans préjudice des accords et traictez particuliers desjà faicts pour la perception et. levée desdits deniers , lesquels seront entretenus et gardez.
VI. Ne pourront toutesfois estre levez par anticipation des quartiers, mais seulement le quartier courant, sans la permission de Sa Majesté, et par les officiers des eslections, lesquels, en cas de résistance, auront recours au gouverneur de la plus proche ville pour estre assistez de forces ; et ne pourra neantmoins pour ceste occasion estre exigé pour les frais qu'à raison d'un sol pour livre des sommes pour lesquelles les contrainctes seront faites.
VIL Quant aux arrérages desdites tailles et taillon, n'en pourra estre levé, outre ledit quartier courant et durant iceluy , si ce n'est un autre quartier sur ce qui est de la présente année, sans la permission aussi de Sa Majesté.
VIII. Qu'il ne sera, durant le temps de la présente trefve, entrepris ny attenté aucune cbose sur les places les uns des autres, ny faict aucun acte d'hostilité; et, si aucun s'oublloit tant de faire le contraire. Sa Majesté fera reparer de sa part tels attentats, et punir les contrevenants comme perturbateurs du repos public, comme sera tenu de faire de la sienne ledict sieur duc de Mayenne, et, où il n'auroitpouvoir de le faire, les abandonner à Sadicte Majesté pour estre poursuivis et punis comme dessus, sans qu'ils puissent estre secourus ny assistez de loy aucunement.
IX. Pareillement, si aucun du party dudit sieur duc refuse d*obeyr au contenu des presens articles, il fera tout devoir et effort qu'il luy sera possible pour l'y contraindre; et, où dedans quinze jours après la réquisition qui luy en sera faicte il n'y satisfait, sera loisible à Sadite Majesté de faire la guerre à celuy ou ceux qui feront tels refus , sans qu'ils puissent estre aussi secourus ny assistez dudict sieur duc et de ceux qui dépendent de luy, en quelque sorte que ce soit.
X. Ne sera loisible prendre de nouveau aucunes places durant la présente trefve pour les fortifier, cncores que elles ne fussent occupées de personne.
XI. Les prevosts des mareschaux feront leurs charges et toutes captures aux champs et en flagrant delict , sans distinction des partis , à la charge de renvoyer aux juges auxquels en devra la co(;noissance appartenir.
XI t. Ne sera permis de se quereller et recher-
CHBONOLO«I HOVBNAIHB DB PALIU CAYBT. [t&96]
dier par voye de foit, doels et assemblées d*amis, pour différent advenu à causa des presens troubles, soit pour prinse de personnes, maisons, bestial, ou autres occasions quelsconqnes, pendant que ladite tref ve durera.
XIII. S*assembleront les gouverneurs et lieutenans généraux, et autres commandans en chaque province, après la publication des presens articles, on députeront commissaires de leur part, pour adviser à ce qui sera nécessaire pour l'exécution d'iceux, au bien et soulagement de ceux qui sont sous leurs charges; et, où il seroit jugé entr'eux utile et nécessaire d'y adjouster, eorriger ou diminuer quelque chose pour le bien particulier de ladite province, en advertiront Sadite MàjMé et lediet sieur duc de Mayenne.
XIV. Les presens articles sont accordez sans entendre prejudicier aux accords et reiglemeos particuliers faits entre les gouverneurs et lientenans généraux des provinces du commandemttit de Sadicte Majesté, et du consentement dudit sieur duc de Mayenne et autres qui ont pouvoir de ce fiiire. Faict à Lyon, le 33 septembre 1695. Signé Henry, et plus bas de Neufville.
Lesdits articles ont aussi esté signez à Chaa- Ions le vingt-troisiesme Jour de septembre 1695. Charles de Lorraine, Baudoyn.
Geste trefve générale estoit beaucoup dissemblable de celle qui fut faicte Tan 1693. Les princes et Estats qui avoient assisté le Roy ou le party de Tunion y estoient compris, en ceste-cy non. Et bien que M. de Mayenne se fust faict fort de la faire recevoir par tous ceux de son party, aucuns n'en tindrent compte, et n'y eut que lediet duc de Mayenne et les ducs de Nemours et de Joyeuse qui Tobserverent, lesquels, durantceste trefve, firent les traictez de leurs accords avec le Roy chacun à part , lesquels accords furent publiez au commencement de janvier de l'an suivant, comme nous dirons. Le duc de Mercœur en Bretagne ne s'en soucia qu'autant qu'elle luy fut nécessaire. En l'autre trefve on n'avoit point nommé les qualitez, en ceste-cy on nomma le Roy seul, et de plus qu'il ne se devoit lever aucune chose que par les officiers de Sa Majesté. Dez que ceste trefve fut publiée, on Jugea que l'on ne devoit plus rien craindre de ce costé-là, et que leur paix estoit autant que faicte. Tellement que le Roy ayantenvoyé M. de Guise pour estre le seul gouverneur en Provence, et y mettre ordre aux divers partys qui s'y estoient faicts. Sa Majesté laissant le Lyonnois, la Bourgongne et toutes les provinces de ces quartiers-là en paix, il s'achemina vers Paris au commencement d'octobre, et commanda à M. le connestaUe de le suivre et conduire son armée vers
la Picardie. Il avoit espérance de trouver le comte de Fuentes encor devant Cambray, et de le contraindre à une bataille ou de luy faire lever le siège; mais il receut advis en chemin que les hsbitans de Cambray avoient contraint les François de se retirer dans la citadelle, lesquels pe& de Jours après l'avoient rendue aux Espagnols. Voyons ce qui se passa en ce siège depuis le 10 septembre.
Les Espagnols ayant dressé leurs batteries devant Cambray, de quarante cinq grosses pieees de canon vers la part occidentale de la ville, comme estant le lieu le plus foible, et ayant haussé et dressé une place où il y en avoit trente avec lesquelles ils endommageoient la ville de ce costé-là, le sieur de Vie [duquel les relatioDS italiennes disent qu*il estoit estimé il primo car valiere in Franciaper difender unaforUzsa] fit faire une telle contrebatterie, qu'ayant esté tué et blessé plusieurs Espagnols sur ladite place ^ desmonté neuf pièces de canon, il les contraignit de changer de batterie et retirer leurs canons de là, et furent dix Jours sans canonner les assièges. Ayans de nouveau redressé leurs batteries en deux autres lieux, l'une où il y avoit quatone pièces de canon, et en l'autre hoict, ledit sieor de Vie fit encor dresser une autre contrebatterie contre les quatorze, lesquelles il rendit du toot inutiles. A celle de huict il trouva moyen défaire faire une mine à l'endroict où elles estoient plantées, laquelle, ayant eu quelque effect, en fit enfondrer deux , et abbaisser tellement le lieu de la batterie qu'il les rendit inutiles du tout.
Le comte du Fuentes, quasi désespéré de poovoir prendre Cambray, assembla son conseil de guerre où toutes les difQcultez furent debatoês, sçavoir : qu'ils recevoient de grands dommage! de l'artillerie des assiégez; que les soldats estans aux tranchées estoient assiduellement endommagez des feux d'artifice; bref qo'tt n'y av<rit moyen de dresser seurement aucune batterie; et qu'outre cela, que le duc de Nevers estoit à Pe« ronne, distant d'une petite journée de Cambrayi lequel avoit quatre mille hommes de pied et quinze cents chevaux, et que de Jour en jour il augmentoit ses troupes; aussi que l'on sçavoit bien que le Roy se devoit rendre en Picardie dans peu de jours; que les soldats de l'armée, pour les travaux et fatigues passées, meritoieot plustost que l'on les envoyast refraischir que non pas de les faire demeurer en ce siège, et puis qn^ l'automne s'advançoit, qui est d'ordinaire plU' vieux, ce qui occasionneroitdes maladies et beaa* coup de choses contrairees à ceux qui désirent assiéger places : tellement que plusieurs eondorent qu'il failloit lever ce siège. L'archevesqœ
CHB090L06U IfOVBNAlRB OB PAtlU GAYBT. [1695]
de Cambray [de la maiaoïi de Barlaimont], qui eatoit 60 caste année, et qui avoit practiqaé de longue main plasieurs ecclésiastiques et bourgeois de Cambray, supplia de patienter encor quelques Jours, proposant que si on laissoit ceste eotreprise, qu'il seroit impossible d'y recouvrer; que la levée de ce siège mettroit au desespoir les provinces voisines qui avoient aydé d'argent et d'iiommes pour les frais du siège, espérant d*estre soulagées des courses des François. Le sieur de Rosne fut de son opinion, et le colonel La Borlote, lequel fit un long discours de tout ce qui s'estoit passé en sept semaines de ce siège, et des butes remarquables qu'on y avoit faictes, et des dommages recens. En un il fut résolu de continuer encores pour quelque temps ce siège.
La charge de Tartillerle ayant esté donnée audit La Borlote , le lundy deuiiesme jour d'oc* tobre la batterie commença assez furieuse, de quarante cinq pièces de canon en diverses batteries. Tous ces efforts eussent de peu profité si le dedans eust esté asseuré , et que les habitans eussent autant aymé le mareschal de Baiagny comme ilsontmonstré depuis qu'ils le baissoient, et principalement depuis le commencement du siège, à cause qu'il avoit fait battre certaine monnoye de cuivre du poil de demy once, où d'un costé il avoit faict mettre les armes du Roy comme protecteur, et de l'autre les siennes comme prince; laquelle monnoye il faisoit valoir vingt soU, et la bailloit pour la paye des soldats, voulant que les habitans de Cambray receussent ceste monnoye d'eux à l'acbapt de leurs nécessitez , promettant que si tost que le siège seroit levé qu'il feroit retirer toutes ces pièces de cuivre, et qu'il leur en feroit bailler la valieur en bon argent. Cela engendra beaucoup de disputes entre les soldats et les babitans , et , comme disent les historiens italiens , quitidi si cagiono laper^ dita di Cambray {!) ; car le mareschal de Baiagny ne voulant la recevoir en payement pour les imposts et autres subsides qu'il avoit mis dans ceste ville, cela les altéra tellement qu'ils ne son^ gèrent plus qu'à trouver le moyen de se venger ; 08 qu'ils firent aussitost qu'ils en virent l'oportunité, laquelle se présenta ledit 3 d'octobre ; car, cependant que les François estoient tous empeschez pour reparer aux diverses batteries qui se hisolent en divers lieux , et pour s'opposer si rEspagnol se presentoit à fiiire quelque effort , ces habitans commencèrent à se barricader par toutes les rués avec des chariots, et, s'estans saisis de la grand place, se rangèrent en un ^sesqoadron , ayans practiqué auparavant la
(I) Teile fat la caasQ de la perte de Cambrai.
garnison qui y estoit d'ordbiaire de deux cents Suisses , lesquels se mirent à l'autre bout de la place avec deux cents chevaux du pays que les> dits habitans y entretenoient pour garnison ordinaire. Aussi-tost que le mareschal de Baiagny et M. de Yic eurent advis de ceste rumeur, ils tascherent à l'appaiser par prières et par promesses; mais cela ne servit de rien à ce peuple altéré, qui , solicité de ceux qu'avoit practiqué l'archevesque , firent entrer par une porte nombre d'Espagnols, et firent publier en mesme temps l'accord , sçavoir : que la ville demeureroit libre en son premier estât , avec confirmation de tous leurs privilèges et franchises. A la publication de cest accord les François estoient à la bresche , ayant l'Espagnol devant et derrière ; et les habitans, comme font ordinairement les peuples qui changent de seigneurs, pour se monstrer affectionnez à l'Espagnol , s'offrirent tout d'un temps de faire la pointe et de charger les François. Fuentes le deffendit aux siens trèsestroictement , préjugeant que le soldat , désireux de proye , ne demanderoit pas mieux que cela advinst , afin de trouver subject de piller la ville , et par ce moyen perdre son armée.
Les François , voyans le péril si évident , se retirèrent en la citadelle, abandonnans la bresche et les murailles. Ceste citadelle estoit en efTect fort folble du costé de la ville , et n'y avoit point de provisions dedans pour la deffendre long temps , veu le grand nombre de gens qui estoient dedans ; tellement qu'estans sommez de la rendre , l'on commença à faire une trefve de vingtquatre heures , laquelle fut depuis prolongée ; et les assiégez ayans receu advis de M. de Nevers de se rendre à honnestes conditions , dez le lendemain la capitulation suivante fut accordée :
Que la citadelle deCambray seroit remise dans le lundy prochain, qui estoit le 9 octobre, ez mains du comte de Fuentes , avec toute l'artillerie, munitions et vivres qui y estoient ; que M. le duc de Rethelois, le mareschal de Baiagny, le sieur de Vie, et tous les seigneurs, gentilshommes et soldats , de quelque nation qu'ils fussent, sortiroient en ordonnance, balle en bouche, mèche allumée , les enseignes et cornettes desployées, tambours et trompettes sonnants; et mesmes que les enseignes qui esteient demeurées en la ville lors qu'ils s'estoient retirez dans la citadelle leur seroient rendues.
Que tout leur bagage qui estoit resté dans la ville lors de leurdite retraite leur seroit rendu , ou la valeur d'iceloy, selon ce qu'en ordonneroient ensemblement les sieurs de Vie et de Buhy pour les François, et les sieurs de Rosne et Messia pour les Espagnols; que tous les maladeset Messe
CHÊONOLOOIB NOVENAIRB DB PÀLMA CAYET. [I595j
sortiroient sans aucun empeschement , comme aussi feroient toutes les dames, damoiselles, bourgeois, bourgeoises, leurs serviteurs, avec leurs coches, charettes, bagages, et se pourroient retirer avec toute seureté en France; que pour la seureté et conduitte des assiégez, le comte de Fuentes en donneroit sa parole ; qu'aucun nepourrolt estre arresté pour del)tes, et pour quelque cause que ce fust , par les babitans ny par autres ; que les députez de Cambray qui estoient en France seroient renvoyez seurement, et que ledit sieur mareschal de Balagny, et tous ceux qu'il avoit employez , ne seroient recherchez par le roy d'Espagne ny par l'archevesque de Cambray de tout ce quMIs avoientfaict, géré et manié en ladite ville.
Voylà comme les habitansde Cambray firent perdre au mareschal de Balagny sa nouvelle principauté. Madame de Balagny, femme de grand courage , voyant la ville perdue , de douleur s'enferma en une chambre dans la citadelle, et mourut deux jours avant la reddition, affirmanda , ce disent les Italiens, di morir conteniisstma, poiche moriva principessa (1). Les François, au nombre de mil hommes de pied et près de cinq cents chevaux , sortirent avec grand nombre de bagage, et furent conduits seurement Jusques auprès de Peronne. En ceste sortie le comte de Fuentes avec sa cavalerie fit un bonnorable accueil au duc de Rethelois, et l'accompagna un assez long temps, puis donna la charge de le conduire au prince d'Avellino , qui traicta le soir fort magnifiquement et en plaine campagne ledit sieur duc et les principaux seigneurs firançois. Ainsi Cambray, ville impériale où l'Espagnol n'avoit esté auparavant que conservateur de la citadelle y la ville ayant tousjours esté à Farchevesque, tumba sous sa puissance. Plusieurs ont escrit que les babitans n'ont rien gaîgné à changer de seigneur.
Peu de temps après mourut M. de Nevers. Ce prince estoit vieil. En son temps il a faict de grands services aux roys de France. Il fut fort fasché que les affaires du Roy n'eurent un heureux succez cest esté sur la frontière de Picardie^ et principalement de la mauvaise foy des babitans de Cambray envers les François.
Le 14 octobre le sieur de Herauguîere, gouverneur de Breda , grand surpreneur de places , dressa une entreprise sur la ville de Lire en Brabant, à deux lieues d'Anvers, avec quelques troupes de cavalerie et d'infanterie; laquelle ville il surprit par escalade , ayant coupé la
(f ) Disant qu'elle monroit contente puisqu'elle mouroit princesse.
gorge h la sentinelle et au corps de g^rde , eilit rompre une des portes par laquelle, sorlcscioq heures du matin ; il fit entrer sa cavalerie et li reste de son infanterie. Le capitaine Àlonxode Lana , gouverneur de la place , fitquelqaeresstance au grand marché et vers l'HosIèl de Voie; mais, s'y voyant trop foible, il se retira ven l'une des portes avec ses gens, bien délibéré de la garder et d'y tenir fort tant qu'il anroit secours d'Anvers, où il envoya en toute diligeaee, et qui le mesme Jour y arriva par la messe porte. Tandis que les gais de HeraugoieresV musèrent au pillage, luy, ne pouvant les r'alto à temps pour estre espars et trop aspres au Imtis, advisa de se sauver avec ceux qui voularcDtk suivre. Ainsi furent ces pillards eu mcsmes pillez et desfaits : Il en mourut plus de doq cents , sans les prisonniers et la perte des el»vaux.
Pour cest exploiet le comte de Fuentes , qui estoit encor à Cambray, fit tirer le canon en figue de resjouyssance ; et les Pays-Bas sitbjMts à l'Espagnol monstrerent, par les feux de j^t qu'ils firent, le contentement et l'aise qo'ib avoient des prospérités par eux receuês en es esté contre les François et contre le prince Matrice et les Estats.
Le Roy voyant que le comte de Fneate, après qu'il eut pris Cambray, avdt envoyé refraischir son armée en divers endroits do Psts- Bas, et qu'il avoit si bien mnnitîonné les place qu'il avoit conquestées cest été, qu'il n'yivoit point d'aparence de les attaquer en hyver, l'y ayant plus au deçà de la rivière de Somme q« La Fere qui tenoit pour l'Espagnol , Sa Majesir résolut de l'assiéger, et fit loger son armée m environs. Estant en son camp à Travercy po La Fere, le 25 de novembre, voulant qoeTfa rendist grâces à Dieu de sa reconeiliatioDavee le Sainct Siège -, il rescrivit à tous les gouverneurs de ses provinces qu'ils eussent à ento publiques resjouyssances. Yoicy la lettre qu'il en escrivit à M. le prince de Conty quiccNDoiaodoitpour lors dans Paris.
« Mon cousin, J'ay tousjours eu telle eoafiaiice en la bonté de Dieu et en la Justice de ma es^confirmé par les jogemens qu'il luy a plen <k prononcer en ma faveur en tant de signallée victoires et autres prosperitez qu'il m'adepar* ties sur mes ennemis, que, quelques artifieestf oppositions qu'ils puissent apporta pour traverser à Bome la bénédiction de nostre très sainct père le Pape et ma reconciliation avec le Sûott Siège apostolique que J'ay depuis macooTersiff instamment recherchée, en fin Je fleschiiois Sa Béatitude par mes poursuittes , non nMHOS qv<
CBBONOLO&tB NOVBNAIR& DS PILIU CAYBT. [lS9&]
par la sincérité de mes deportemens, et lay ferois voir clair an travers des impostures de ceux qui avoient Juré la ruyne de cest Estât et entrepris l'iorasiOD dUceluy devant le trespas du feu Roy dernier decedé. Je n'ay point esté frustré de mon attente ; car Sa Saincteté , continuant le 6oing paternel que ses prédécesseurs et ledit Saioet Siège apostolique ont tousjours eu de ce royaume, m^ahonnoré desadite bénédiction que f&y si longuement et constamment poursuyvie. Enquoy Je puis dire qu'elle a rendu autant de tesmoignage de sa pieté et prudence, comme est grande l'obligation que je luy en ay avec tout mon royaume , recongnoissant combien ceste grâce peut affoiblir mesdits ennemis, et est utile et nécessaire pour asseurer la traoquilité des consciences de mes subjects , qui n'estoient encores satisfaicts. Cest pourquoy , désirant que chacun congnoisse en quelle révérence je tiens ladite bénédiction et reconciliation avec ledit Sainct Siège , et combien elles ont esté aggreablement receùes en cedit royaume , j'escris à mon cousin le cardinal deGondy, evesque de Paris, la lettre que je vous addresse pour lui envoyer^ affin qu'il ait à en faire remercier Dieu en son église. A quoy je vous prie tenir la main de vostre pa rt , et , pour ne rien obmettre qui puisse rendre cest action plus célèbre , donner ordre de faire tirer Tartillerie et allumer les feux de joye en ma ville de Paris le jour que mondlt cousin le cardinal de Gondy ordonnera les processions et autres loiianges à Dieu pour ceste grâce , de laquelle je n^eusse tardé si longuement à vous advertir , si je ne fusse accouru à ceste fron^ere pour y arrester les progrez de nosdits ennemis ; à quoy j*ay esté et suis tellement bandé et occupé , que j'espère que mes subjects en recevront toute utilité , comme je prie Dieu qu'il vous ayt , mon cousin , en sa saincte et digne S[arde. Escrit au camp de Traversy prez la Fere, le 25 noveaobre 1596. Signé Henry. »
Suy vant le mandement de Sa Majesté Ton fit les processions et des actions de resjouyssance >ar toute la France , pource que ceste nouvelle ot bien aggreable aux François ; car, comme auuns ont escrit, non seulement en France, mais Rome mesmes on entendoit des murmures de I rigueur et inflexible volonté du Pape contre ) premier et le plus grand de ses enfans , et di- >it-on que les misères de la France ne lui estent point sensibles, veu que ce royaume estoit i phanal de la foy et Tasyle des papes, qui, ays libre , n'avolt pourtant refusé une obeysmee filiale au premier et souverain siège de Eglise. On voyoit naistre le scbisme , et on estonnoit conune un si sage pilote qu'estoit
Clément YIII ne tiroit ce vaisseau de la tourmente et de Forage, comme un si bon pasteur ne r'assembloit toute sa bergerie en un mesme bercail , comme un prince prudent et advisé politique, consommé en la conduite de grands et importans affaires, ne consideroit le péril que les autres Estats de l'Europe couroient par la discorde des François, comme un si docte théologien ne sçavoit ce tout divin conseil , de pardonner jusques à sept fois septante, comme un père si saint, si modéré, avoit fait si peu de compte de l'honneur que luy avoit rendu le premier roy du monde par le duc de Nevers , prince autant illustre en la grandeur de ses actions qu'en la splendeur de sa maison.
Plusieurs disoyent aussi que si la cour de Rome souffroit les prodigieuses calamitez qui travailloient la France, si pour ses ayses, ses délices, ses beaux palais , elle voyoit des muraillesouvertes de bresches, des chasteaux foudroyez du canon , la prise et le sac d'une ville , le feu aux maisons , le fer par les rues , la désolation aux églises, la licence aux monastères , l'impunité par tout , elle ne chercheroit tant d'agraffes pour y attacher la resolution d'une si juste requeste que celle du Roy , elle ne se monstreroit si long temps impitoyable et imployable aux publiques douleurs de la France , et , au lieu de soupçonner la conversion de Sa Majesté , elle s'en resjouïroit avec les anges , et le Pape mettroit entre les plus heureux jours de son pontificat celuy auquel il auroit acquis ceste ame trèschrestiennement royale, tant importante à toute la chrestienté ; elle se souviepdroit que l'Estat de la monarchie spirituelle s'estoit agrandy par celle des François, qu'il avoit prospéré sous la faveur de leurs roys, s'estoit maintenu et conservé avec les armes de leurs roys ; elle retrancheroit toutes ces longueurs qui exposoient la France à un misérable schisme, et adouciroit Tamertume des formes qu'il luy vouloit estre gardées.
A ces plaintes françoises, un gentil-homme italien fit un discours pour monstrer que le Pape s'estoit montré vray père commun des chrestiens en tout ce qu'il avoit faict sur la rebenediction du Roy : « Dites moy de grâce , dit-il , seigneurs françois, dequoy vous plaignez vous? Sa Saincteté a -elle envoyé des gens de guerre contre vous? nuls. Si le duc de Mayenne et autres princes de la ligue luy ont demandé du secours, lequel d'eux se peut glorifier d'en avoir eu? nul d'entr'eux. Avec quelle bulle a-il déclaré que la conversion de vostre Boy estoit nulle? A-il excommunié les prélats qui ont assisté à ceste conversion comme vos ennemis l'en requerolent ? non. Qu'a-11 donc faict? Il a laissé venir le duc
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de Nevers à Rome, où il auroit esté recea comme personne privée , et toléré dans Rome ontre le terme à Iny prescrit. Ce duc se pent-il plaindre de Sa Saincteté qu'il n'ait esté recea comme il convenoit à sa personne en particulier? N'a-il pas en des audiences lors qu'il les a deman* dées? N'a-il pas esté visité du cardinal de Toiedo et des neveux de Sa Saincteté ? Rien que le duc eatant adhérant de vostre Roy, qu'il n'ignoroit estre relaps, et eust encouru luy-mesmes les censures ecclésiastiques, on ne luy a pas deffendu de faire ses dévotions dans Rome, de gaigner les indulgences, et d'y recevoir le sainct sacrement.
9 Si Sa Saincteté eust rebeny vostre Roy aussl-tost qu'il 1*9 demandé, qu'il fust retombé encor en l'heresie , ce qu'il plaise à Dieu que Jamais cela n*ad vienne, toute la chrestienté eust accusé le Pape de légèreté et de trop de simplicité, et auroit on dit de vostre Roy qu'il auroit eu un royaume pour une reb'enediction, pource qu'il ne faut point doubter que le monde juge des effeets qui se voyent et non des choses incognuës. Aux choses douteuses et de grande conséquence, il faut estre plustost timide et irrésolu que trop ardent et precipiteux. Il n'est pas convenable que Sa Saincteté ayde à vostre Roy à acquester son royaume , puis qu'il l'a desjà acquesté, mais seulement vostre Roy a besoin de sa bénédiction ; il pourra facilement Tobtenir en la recherchant, s'il a Tintention bonne. Rememorez-vous avec quelle patience et avec quelle humilité Tempereur Theodose rechercha la bénédiction de sainct Ambroise.
» Voulez-vous descouvrird'avantage la bonne intention de Sa Saincteté ? Considérez, Je vous prie, s'il a empesché les Vénitiens d'avoir envoyé leurs ambassadeurs pour congratuler vostre Roy. En voulez-vous une preuve plus claire de ceste intention qu'en ce qu'il n'a point empesché les religieux de prester le serment de fidélité à vostre Roy et de le recognoistre? A t'il commandé aux généraux et supérieurs de chacun ordre qui se retrouvoient lors dans Rome de procéder par censures contre tels religieux ? A t'il commandé aux evesques de publier un interdit contre les villes qui ont recognu vostre Roy? II est certain qu'il n'a point dît qu'on le flst, ny aussi qu'on ne le flst pas. A t'il excommunié ceux qui ont publié dans la chaire de l'Eglise de Dieu que c'estolt leur roy légitime et naturel? non. Et toutesfois vostre Roy a chassé les Jesuistes de la France, ce que Sa Saincteté est contrainte de tolérer et de dissimuler, bien que c'est une chose qui Tattriste grandement, ne délaissant toutesfois de faire tout ce qu'elle peut pour eux,
les ayant recommandes au cardinal de Oendyct au duc de Nevers, et à plusieurs antres.
• Considérons sans paasiou toutes les adSoii qui se passent à Rome. Le cardinal de JoycoK n'y est-il pas arrivé? Ne sçait-on pas bien qull a fait son accord avec vostre Roy? Ne se dit-fl pas protecteur de la France? N'a fil pas crié bien venu et veu de Sa Saincteté et de tau la cardinaux ? En somme , Sa Saincteté ne 8e tes- Jouit elle pas quand elle entend quelque boDM nouvelle de vostre Roy, seavoir, qu'A va à la messe et qu'il se monstre devôt?
» J'accorde que vous n'avez peu endvrer li harangue que fit Sa Saincteté au ooosistairelon que le duc de Nevers vint à Rome, dernoostnat qu'il ne trouvoit pas bon que quelques ordinaux demonstrassent trop librement estre eaclins à la bénédiction de vostre Roy, et conine de verit^ que c'est une forte conjeetnre que von avez pour croire le contraire de ce que desns; mais considérons, comme bons amis, que qodque raison a meu Sa Saincteté à le ftire. Nois avons desjjà présupposé que le Pape, sans boacoup de péril en sa conscience, ne ponvoitTcnr à l'acte de ceste rebenediction sans preoniereBMit voir ce qu'il en pourroit advenir avee le temps. Que pouvoit faire le Pape en ce temps-là, estant combattu de divers pensers, et pour les ^^fn» inclinations des cardinaux , que de leur imposer silence, et, à leur exemple , à tous autres, qui n'estans pas bien informez , voulolent avec impatience mettre leur bouche dans le del?
i Vous vous plaignez de l'allée d'un des ae^ veux de Sa Saincteté vers le roy d'Espagne, et dites que ce n*est que pour sçavoirlavoloptéde l'Espagnol sur la réconciliation de vostre Bot. A cela je respondray qu'il y est allé pour bencoup d'affaires d'importance, et specialcaNBt pour proposer au roy d'Espagne et loy mettre devant les yeux la calamité de la France, le pe ril d'Italie, le détriment de hi religi<m, loy dœner à entendre la droltte intention de Sa Sliû^ teté touchant la rebenediction de vostre Rq pour oster le scandale qu'en a le monde. Etdiacun scait aussi que Sa Saincteté a defleoda à son nepveu de prendre ny recevoir anémies provisions et présents de ce Roy.
i La France et l'Espagne sont ks bicD*aintf fils du Sainct Siège; ce sont deux royaoïna qu*fi ayme esgalement ; c'est pourquoi laFiaaor ne luy en doit point vouloir si Sa Sainetelé icst du bien à l'Espagne, ny l'Espagne ne derra poiil estre faschée s'il retient la France en sa gn«et s'il faict dans peu de Jours beaneoup^e ro- Jouissances pour la reconciliation de son Rot, comme de son trèe-cher fils aisoé, leqMl, «M
GHBOHOLOOIB NOYBlfÀm Dl PALMA CAYBT. [I5d5]
mort) est resnssitë, et retourne à luy après avoir esté un long temps perdu.
• Que M. du Perron s'achemine en brief à Rome de la part de vostre Boy : si Sa Majesté s'hamilie tousjours sous la puissante main de BieO; il ne doit point douter que la porte ne luy soit ouverte. Que Sa Majesté ne pense point que ce soit chose indigne de recourir encor une fois au vicaire de nostre Seigneur Jésus Christ; qu'il imite ses prédécesseurs, et qu'il aye en mémoire combien ils ont respandu de sang pour rhonneur de Dieu et pour la dignité du Sainct Siège; qu*ll se souvienne qu'il est descendu de saint Loyset de tant de saincts françois, lesquels prient Dieu en paradis pour son salut , pour la deffènse de sa vie et pour le repos de ses subjects.
• Qui est-ce qui peut douter que Sa Saincteté ne désire plustost de luy donner sa bénédiction q[uede le perdre? certes, personne ; mais une si grande machine ne se peut mouvoir sans beaucoup de fatigue, et petit à petit. Ne vous persua* dez point, comme vous le dites, que le Pape face trop de rÈspagnol ; ce sont bruits que les' hérétiques sèment , lesquels voudroient empescher, s'ils pouvoient , la reconciliation de la France avec le Sainct Siège. •
On a tenu que ceste response avoit esté faicte par le cardinal de Toledo pour responce à un seigneur firançois qui luy avoit escrit sur ce subject.
H. d'Ossat , qui depuis a esté cardinal, après que M. de Nevers fut party de Rome , ayant traicté dextrement avec plusieurs cardinaux, et entr'autres avec ledit cardinal de Toledo et le père Baronios, qui aussi a esté depuis cardinal, des moyens d'obtenir de Sa Saincteté cette bénédiction que le Roy desiroit tant , et donné advis au Roy comme il devoit procéder pour l'obtenir et suivre l'intention de Sa Saincteté , Sa Majesté envoya M. du Perron à Rome, lequel y arriva sans aucune pompe , et comme homme privé. Le dix-septiesme Juillet, n'ayant avec luy dans son carrosse que ledit sieur d'Ossat, les sieurs de Ghastillon, Alexandre d'Elbene, le secrétaire de M. le cardinal de Gondy et son aumosnier, il alla trouver Sa Saincteté, où, introduit seul pour luy baiser les pieds, il fût une heure entière à luy parler en particulier; puis, ayant prins congé, il alla visiter et faire les compliments au cardinal Aldobrandin, nepveu de Sa Saincteté, lequel il esclaircit de tout ce qui s'estoit passé en la conversion du Roy, comme estant celuy lequel y avoit le plus travaillé.
Sa Saincteté depuis déclara en plem consistoire pourquoy ledit sieur du Perron eatolt venu
vers luy et le Sainct Siège , et qu'il ne voulolt plus que les affaires de France fussent traictées par l'advis de quelques particuliers , ains que tout le sacré collège des cardinaux en eust la cognoissance. M. du Perron ayant eu encor une nouvelle audience en particulier de Sa Saincteté , il luy présenta la lettre de créance que le Roy luy avoit baillée. Le Pape l'ayant leuê, après quelques devis particuliers , il Ivy permit de visiter messieurs les cardinaux et de leur faire entendre le désir de son Roy. Alors II fut aydé à l'ouvert de l'authorité du cardinal de Toledo , Jesuiste , de .Tambassadeur de Venise , du père Baronius, de Lomelin , prestre de la chambre , du sieur Séraphin , qui aussi a esté depuis car- , dinal, de Begna, auditeur de la rotte, et de I beaucoup de personnes doctes. Les affectionnez ! au Roy traictoient cest affaire avec une grande modestie. Les Espagnols, au contraire, firent voir le Jour à quelques escrits pleins d'Invectives, et soustenoient qu'il ne devoit estre reconcilié avec le Sainct Siège. Les autheurs de ces escritures-là coururent un temps péril de la vie ; car Sa Saincteté, par ses Jeusnes, par ses prières envers Dieu, par ses larmes et par ses aumosnes, en visitant les pieds nuds les lieux devotieux , supplioit Dieu de luy donner à cognofstre sa volonté sur cest affaire ; et pour en venir à bout avec une certaine et plus asseurée cognoissance, il fit assembler un jour tous les cardinaux au consistoire, et après une longue harangue, les ayant prié tous de n'avoir en l'advis qu'ils luy donneroient ny respect, ny esgard à aucun prince temporel , ains tourner toute leur charité au bien de la chrestienté, il leur dit aussi qu'il jugeoit pour le plus expédient d'ouyr leurs opinions distinctement et particulièrement en sa chambre, et qu'il escousteroit tous les Jours l'advis de deux cardinaux la mâtinée, et d'un l'aprèsdinée.
Le penultiesme Jour d'aoust, le Pape fit tenir le consistoire au palais de Monte-Cavallo, où il dict qu'ayant examiné diligemment les opinions de tous les cardinaux , il en trouvoit les deux tiers qui concluoient à l'absolution , et qu'il cognoissoit clairement que c'estoit le bien du Sainct Siège. Un des cardinaux se leva et commença à respondre à ceste proposition ; mais Sa Saincteté luy dit que ce qu'il disoit avoit esté assez disputé , et que l'on avoit résolu tout ce qui estoit douteux ; puis il fit incontinent sonner la clochette pour signal de la levée du consistoire, et tous les cardinaux s'en retournèrent en leurs logis.
Les sept principales conditions demandées par Sa Saincteté ausdits sieurs du Perron et d'Os*
CllBONOLOGIB NOVEliAIRB
sat, furent que Fabsolation donnée par les evesquea de France seroit déclarée nulle : à quoy fut re^ofldu que Tabsolution n^avoit esté donnée qu'à la charge que Sa Majesté envoyeroit vers Sa Saincteté le requérir d'approuver ce qu'ils avoient fiiict. Il fat répliqué que ladite absolution seroit déclarée nulle ; mais que tous les actes catholiques que le Roy avoit faits en exécution de ladite absolution demeureroient valides, comme faicts sous bonne foy.
Que lesdits sieurs du Perron et d'Ossat, comme procureurs du Boy, feroient Tabjuration à la cérémonie qui se feroit pour la rebenediction de Sa Majesté.
Que dans un an le Roy retireroit M. le prince de Gondé de Sainct Jean d'Angely où il estoit entre les mains des hérétiques, et le feroit instruire en la religion catholique.
Que le concile de Trente seroit publié en France; et s'il y avoit quelque chose dans ledict concile qui peust empescher la publication, que Sa Saincteté estant requise d'y pourveoir, qu'elle n*en feroit aucune difficulté.
Que Sa Majesté ne nommeroit aux bénéfices de France que personnes ecclésiastiques.
Que tous les biens appartenans à TËglise seroient rendus par ceux qui les occupoient.
Et que Sa Majesté observeroit les concordats faicts entre les papes et ses prédécesseurs roys.
Le Pape desiroit sur tout le restablissement des jesuistes; mais luy estant respondu qu'il estoit impossible pour lors , et comme on luy eut faict cognoistre la difficulté qui y auroit pour le faire , Sa Saincteté ne voulant que ce point particulier retardast le gênerai , se laissa persuader d'en différer l'instance à un autre temps.
On communiqua aussi ausdits sieurs procureurs cinq conditions particulières que le Roy devroit faire pour pénitences , sçavoir : d'ouyr tous les dimanches et festes une messe conventuelle , et tous les Jours qu'il ouyst aussi messe ^ selon qu'ont accoustumé les roys de France ; qu'il prendroit la Vierge Marie pour son advocate, dirolt quelques prières et feroit abstinence en certains jours , et qu'il communieroit publiquement quatre fois l'année.
Après que le Pape et lesdits sieurs procureurs furent d'accord des susdites conditions, pour mettre la dernière main à cest œuvre, et faire la cérémonie de la rebenediction , le samedy, seiziesme septembre, Sa Saincteté partit de Monte- Cavallo où il se tenoit plus ordinairement , et alla au palais Sainct Pierre, pour estre plus commodément au matin , afin de parachever en un Jour la cérémonie de cest acte; tellement
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qu'ayant dit messe de bon matin en nue èipelle proche de sa chambre , il descendit en la sale du consistoire, là où messieurs les cardinaux Tattendoient; et là, s'estant habillé dm manteau rouge, ayant la tiare sur sa teste, il fat porté par ses porteurs ordinaires sur sa cludre dans le portique de sainct Pierre, tons les cardinaux marchans devant luy avec lenrs diappes violettes, excepté le cardinal Alexandrin gmoe s'y voulut trouver, et le cardinal AnagODequi estoit malade. Au devant des cardinaux marchoient les cameriers du Pape , deux à deux processionalement, vestus d'escarlatte.
Le portique estoit richement orné, et, depù la dernière porte qui entre en la Basilique mr Nostre Dame de la Fièvre , Jusques à Nostre Dame du milieu , il y avoit un eschaflautliieB de la hauteur de trois brassées, couvert de draps verds, et au bout estoit levé le throsne pontiAeil tapissé de toile d'or, là où Sa Saiucteté s'aliaseoir, et autour de luy s'assirent aussi en leurs siega lesdits cardinaux après luy avoir rendu Tobeyssance deuë. Derrière eux estoientles anditeursiii la rote et les clercs de la chambre, avec les cmriers secrets. Aussi estoient debout, à dextre eta senestre, les douze pénitenciers avec leurs cotta et baguettes en main, selon leur constnme ordinaire , et auprès d'eux tous les officiers de liaquisition.
Tout cela estant ainsi disposé , le maistre do cérémonies alla appeller lesdits sieurs du Perm et d'Ossat, procureurs du Boy, qui estoieutpiQ de là, et les mena vers Sa Saincteté, les massicrs marchant devant eux. Quand ils furent entrtzsor l'eschaffaut, ils firent trois révérences, l'ofie s l'entrée , Tautre au milieu , et la troisiesme au degrez du throsne pontifical. Lors le malstrc des cérémonies demanda à Sa Saincteté s'il vooloit avoir pour aggreable que lesdits sieurs procareurs luy baisassent les pieds; ce qu*il leora^ corda. Ayants fait ceste cérémonie, ils senre tournèrent là où ils estoient premieremeot. Le» deux cardinaux nepveux de Sa Saincteté e&ttcs debout et prez duÀct sieur da Perron, lepr^ cureur du saint-office luy vint apporter pour lirt la confession et recognoissance que le Roy f^soit par eux d'avoir sulvy et creu à l'heresiede Calvin : ceste confession estoit en latio. Aos^ tost lesdits sieurs procureurs se mirent à geo<RU< et ledit sieur du Perron , comme le priodpil' leut ceste confession , dans laquelle Sa Majesté demandoit, avectoute l'humilité qu'elle pouvoir par le moyen de ses procureurs , trèslostaB* ment l'absolution de Sa Saincteté.
Après que ceste confession fut leoé, ledit piocureur du sainct office leut le décret de Sa Saioc-
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teté par lequel rabsoiation qui lay avoSt esté donnée à Sainct Denis sans son consentement estoit déclarée nulle , tonlesfols que les actes ca« tholiques falcts par Sa Majesté en exécution de ladite absolution, resteroient valides , comme estans faicts sous bonne foy ; outre , que Sa Saincteté ayant bien considéré cest afXkire, et principalement la lettre que Sa Majesté avoit Jadis escrite au pape Sixte V, dans laquelle il protestoit de vivre et mourir catholique , elle decernoit et ordonnoit que le Boy seroit absous, puis qu'il avoit abjuré ladite hérésie , en acceptant la pénitence qui luy seroit ordonnée et observant les conditions accordées.
Lesdits sieurs procureurs du Boy ayans promis que Sa Majesté les observeroit, ils firent en son nom la profession de foy, en la forme et selon Tordre de la bulle de Pie IV.
Les susdictes conditions estans leuês hautement par le procureur du sainct office, les proreurs du Boy en Jurèrent Tobservation , et promirent que le Boy en envoyeroit la ratification.
Après ceste promesse faicte on fit signe aux chantres , et ils chantèrent le Miserere. Le maistre des cérémonies baflla au Pape une baguette, après luy avoir jette sur la main un crespe blanc , de laquelle baguette Sa Saincteté frappoit sur Tespaule à chaque fois , tantost du sieur du Perron , et à l'autre fois du sieur d'Ossat. Le Miserere finy, le Pape s'esleva , et dit l'oraison Deus qui proprium , etc. , puis une autre orai« son par laquelle il declaroit absous le Boy de toutes choses passées ; puis, s'estant r*assis, il dît la troisiesme oraison par laquelle il recevoit le Boy au giron de i'£glise , en nommant le roy de France et très-chrestien. Aussi-tost sonnèrent les trompettes et les tambours, et tout le canon du chasteau Sainct-Ange fut tiré en signe de resjooy ssance générale. Il se fit lors un grand bruict ; ce n'estoient que crisd*allegresse, et tous les assistans monstoient en leurs visages estre joyeux outre l'ordinaire.
Ce grand bruict estant un peu appaisé , et ayant les procureurs du Boy baisé les pieds de Sa Safncteté très-affectueusement , puis s'estans levez, le Pape les embrassa tous deux avec beaucoup de signe d'amour, et leur dit qu*il avoit ouvert les portes de l'Ëglise militante au roy Très- Chrestlen , qu'il restoit seulement qu'iceluy avec une vive foy et avec les bonnes œuvres s'ouvrist à soy-mesme celles de TËglise triomphante, gui est une considération notable sur toutes, de ce que le Pape recognoist la puissance qu'il a au ministère extérieur de l'Eglise vi$iblo > ^^ ^^' serve à Dieu son pouvoir souverMn pour le royaume des cieux , combien qu*Ah^jfii les clefa