I. c. D. M. T. xu
de sainct Pierre sont du royaume des cieux : mais c*est à dire que chacun estant recen en TE* glise se peut à soy-mesme , soubsla bénédiction de l'Eglise, faire voye de l'entrée du royaume des cieux par la foy et par les bonnes œuvres. Sur ceste parole du Pape le sieur du Perron luy respondit: « Vostre Saincteté a ou vert à mon Boy les portes de l'Eglise militante , et J'asseure Vostre Béatitude qu'avec la foy et les bonnes œuvres, qu*il s'ouvrira à soy-mesme celles de la triomphante. •
Après que les protenotalres eurent taict un acte de tout ce que dessus , et que ledit sieur du Perron l'eut leu , le Pape s'en retourna en sa chambre, et le cardinal de Saincte Séverine , par son commandement, comme grand pénitencier, assisté des pénitenciers de Sainct Pierre, conduit les deux procureurs du Boy dans ladite église de Sainct Pierre, à l'autel du Sacrement , où , l'oraison estant faicte sur les corps des apostres, ils firent la procession à Tentour de cest autel ; et , après quelques oraisons dites, les procureurs du Boy receurent le baiser de paix, puis sortirent de l'église , et prirent congé dudit sieur cardinal , s'en retoumans en leurs logis.
Pendant que ceste dernière cérémonie se faisoit, M. le cardinal de Joyeuse , avec les archevesques, evesques, prélats, et tous ceux qui estoient affectionnez à la France , s'en allèrent à Sainct Louys, où ils firent chanter le Te Deum; comme aussi plusieurs confittternitez dans Bome firent le mesme , demonstrans , par les feux de joye et autres actes d'allégresse qu'ils firent trois soirs oonsecutifis , combien ils estimoient ceste bénédiction. M. du Perron aussi , par trois jours durant , monstra sa joye extérieurement , avec magnificence et sumptuosité et incroyable , faisant des présents à tous les beaux esprits qui composoient quelques escrits en Thonneur de ceste bénédiction, tellement qu'ils ne se voyoit dans Borne que poésies en latin , françois et italien : cest epigramme entr'autres fût trouvé d'une belle Invention :
Quem tota armatum mirata est GalUa regem »
Mirala est etiam Roma heata pium, Mttgnum opus est armis strai*isse tôt agmina , majtu.
Pontijïcit peJibiu succubuisse sacris (4 ).
Ledict sieur du Perron , après avoir faict le remerciementàSaSainctetécommeambassadeur
(f ) Ce roi dont tonte la France a ta les exploits glorieux , Rome heureofe le voit catholique : c'est un grand mérite d'avoir dispersé tant d'arfUéei cnnemiei ; c'en est un plus grand do se soumettre au Souferain Pontife en dis obcbsaot.
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. du Roy , il alla , accompagné fort magniflquemeat de prélats et de noblesse françofse , voir tons les cardinaux pour compliment de gracieuseté et courtoisie. Estant près de son partement, le Pape , pojir comble de toute satisfaction voulut encor luy*mesme le communier, et tous ceux qui estoient venus avec luy à Rome.
Sa Majesté ayant eu advis de ceste cérémonie, que lesltaltens appelleront ribenedizione [pource qu'ils disoient que le Roy estoit retumbé encor en rheresie de Calvin , ayant eu la bénédiction du pape Grégoire XIII ], et les François réconciliation, il envoya les lettres à M. le prince de Gonty , dont nous avons mis la coppie cy devant, et fit rendre grâces à Dieu par toute la France , reeognoissant, comme ont faict par le passé beaucoup de grands monarques , que le plus grand honneur qu'ils laissent d'eux à la postérité est de s'estre humiliez et d'estre enfansobeissans à TEglise. Il manda aussi incontinent à sa cour de parlement de Paris que les causes pour lesquelles il avolt cy devant esté deffendu à ses subjects d'aller à Rome pour la provision des bénéfices vaccans en France , estoient cessées par sa reconciliation avec le Sainct Père et le Sainct Siège, et qu'il vouloit que les choses fussent remises en Festat qu'elles estoient auparavant lesdites deffenses , avec injonction de faire garder et observer cy après les concordats faicts entre les saincts pères et les roys de France.
La cour de parlement ordonna par son arrest sur lesdites lettres: «Leuês, publiées et enregistrées , ouy et requérant le procureur gênerai du Roy, et permisse pourveoiren cour de Rome, comme auparavant les deffences , les provisions qui ont esté obtenues en exécution des arrests de ladite cour demeurans bonnes et valables ; et seront coppies collationnées envoyées aux bailliages et senescbaussées de ce ressort, pour y estre lenês , publiées et registrées à la diligence des substituts dudit procureur gênerai. A Paris , en parlement , le premier de février mil cinq cents quatre-vingts seize. »
En mesme temps aussi Sa Majesté envoya M. le marquis de Pisany pour gouverneur à M. le prince de Condé , qu'il fit venir de Sainct Jean d'Angely en Xalactonge à Sainct Germain en Laye , où il le fit instruire en la religion catholique.
Depuis la conversion du Roy il se vit plusieurs personnes de qualité et suffisance, tant à la suitte de la Cour qu'à Paris et autres lieux , qui quittèrent du tout la religion prétendue reformée , et se reduisiMit en Teglise catholique , apostolique , romaine. La malice des hommes ne cessa point de dénigrer et tirer en envie telles ré-
ductions, chargeant les uns d'ambition ^ d'avarice, d'hypocrisie, de foiblesse d'esprit, de légèreté ou autre vanité , les autres d'avoir esté déposez ou chassez pour leurs démérites , les aitres , de quelque autre vilain reproche, eomme la mesdisance n'a borne ny honte. Or entn ceux-là il y en eut trois de ceux que le Roj avoit entretenus des leur Jeunesse aux eseoles, bien qu'ils fussent enfans de maison, sçavolr: le sieur Desponde, lieutenant gênerai à La Rochelle , le sieur Salette , conseiller d'Estat de Navarre, et le sieur de Morlas , conseiller da eonseil privé et d'Estat, et surintendant des magsoios de France. Les deux premiers décédèrent long temps après leur conversion, et sont morts constants en la croyance de l'Eglise ; mais le sieor de Morlas ne fit sa conversion que sur le point qu'il estoit prest de comparoistre devant k throsne de vérité et le Juge qui ne reoog&oist que ceux qui l'ont confessé devant les hommes. Le vingt-septiesme Jour du mois d'aoost dt ceste année, à six heures du matin , ledit siear de Morlas, estant à la suitte du Roy an retoorda voyage de la Franchecomté , se sentant prcsié de la maladie qui l'avoit détenu à Mascon sit Jours entiers dans le lict , dit aux asstetans iMcs amis, ne me laissez point, U est temps que j'ordonne de mes affaires , et que Je dispose moa ame pour aller vers ce grand Dieu qui m'a MA tant de grâces : s'il y a quelque théologien en ceste ville, faictes qu'il me vienne consoler. • Et levant les yeux au ciel, il s*escria toutbant: a Tu m'appelles, Seigneur, et Je te respondrav.i Peu après arriva le gardien des Cordelliers dadit lieu. M. de Morlas » le voyant, demanda: « Est-ce celuy que vous avez choisy poor me consoler? » Le gardien respondît : t Ooy, woosieur, c'est moi qui vous viens consoler.^ Mon père, dit-il. J'espère que Je vous consoleray tantost. Je loue ce bon Dieu et le remercie de toot mon cœur de la grâce qu'il m'a fticte de ve«r ceste Journée si saincte; il est temps d'entrer es compte avec luy. Je pourray librement m'oavrir et discourir avec vous, mon père; mais. avant que commencer, Je vous veux dire es peu de mots quelle a esté ma vie. Tay esténoarTV dez mon enfance en la religion pretendnê r^ formée ; Je l'ay suy vie Jusqu*à l'aage de treflfr trois ans, auquel temps Je conferay aveeH.dlvreux : ses discours frappèrent un grand coup à mon ame, et je commençay h Mrt monprof^ fit de ce que J'avoîs leu, et recognoistre peo* peu l'erreur en laquelle J'estois ; mais Je ne poovois tout à coup m'imaginer autre chose qne <t que J'avois accoustumé de voir. Commence! i parler, mon père, car Je vois bien qQelItfttf*
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de ma mort s^approche : j'ay plus besoin d*0xhortatJODS qae d'argumens. — Voglà qui est boa, dit le confesseur ; esleyezdonc vostre ame à Dieu, et Je requiers de vous trois choses : la première, que tostre discours soit sans passion , la seconde, qne vous vous dépouillez de toutes promesses contrevenantes à la paroUe de Dieu , et la troisiesme, que vous ne vous fondiez sur les raisons naturelles. — Mon pere,repliqua Morlas, que ces trois choses ont combattu en mon ame I que de traverses elles ont baillé à mon esprit I elles m*ontempesché de venir à la cognolssancede la vérité de TEscriture, qui est la fidélie ambassade de dieu. Permettez que Je me ravisse en moy-mesme, et que Je m'escrie avec ceste grande lumière de TEglise, saint Augustin : Seigneur, pourray-Je exprimer avec quels souspirs j'aspire après toil J'ay esté errant çà et là comme une pauvre brebis esgarée, j'espère que je serai rapporté dans le bercail par mon bon pasteur Jesus-Christ qui me chargera sur sesespaules. Vous avez eslancé vostre clarté sur moy , mon Dieu ; vous avez effacez Terreur de laquelle mes yeux estoient couverts; vous avez tiré louange des enfans qui pendoient à la mammelle. Et j'entreray aussi au cabinet de mon ame pour chanter cantiques à vostre louange, non sans espandre des pleurs et gemissemens , regrettant ma vie passée, et me ressouvenant de la Hierusalem céleste vers laquelle mon cœur aspire. Mon Dieu , je ne Toublieray point ; je vous promets que Je ne me destourneray Jamais de ceste contemplation. 0 père de toute bonté 1 je n'ay jamais rien trouvé que les livres de vostre sapiencequi ayent eu pouvoir de foudroyer la puissance delà vaine gloire ; ils ont terrassé l*ennemy qui m'empeschoit de venir à vous, mon Dieu. L'Escriture Saincte m*a fait abhorrer les péchez que les autres adorent. C'est pourquoy Je diray ceste sentence de sainct Augustin : Mon Dieu, quel onguent précieux a peu oindre mon chef, pour rendre mes paroles si soùefves? Ton Evangile, Seigneur, m'acontrainct de confesser mes fautes afin de t'adorer. Quid est homo, 6 bon Dieu Jesus-Christ, et qu'est-ce que 1 homme que tu en fais tant d*estat , daignant me visiter par une saincte et invisible consolation? Vien, mon Seigneur, qne Je te tienne et que Je ne te délaisse jamais : introduits moy en ta maison . Commande , Seigneur, et ne tarde point, car il est temps que la poudre retourne en poudre , que Tesprit retourne à toy, mon Sauveur, qui me Tas envoyé; ouvre luy les portes de la vie , affln que J*en jouysse à jamais avec tes saincts bien-heureux. — Je sois marry, dit le confesseur, que j'iuterix>mjps vostre tant docte et sainct discours; mais,
vous voyant en extase et comme ravy, Je vonil prie de vous souvenir de la sentence escrite en sainet Jean : Spiritusubi vnttspirai, sentenoa qui nous Met voir que le Sainct Esprit inspiroi qui bon luy semble par un admirable secret dans lequel Je vous voy tant porté. Contre la raison rhorome ne peut estre sobre ; contre TEscriture nul ne se peut targuer du nom de ehrestien } contre l'Eglise nul ne se peut dire enfant dé paix. » Il fut interrompu par cesparolles dusleui* de Morlas : < 0 mon Dieu, que de contentement ! mon ame, enyvre toy de ces délices ! tu t'es abbreuvée dans les eaux mortifères , prens cesté eau claire qui t'est maintenant présentée ; eon« fesse ton erreur, affin que aujourd'huy , nette et sans ordure, tu puisses, avec sainct Pierre, sainct Paul , sainct Cyprian et sainct Augustin, aller ft ce festin du royaume des deux. Sortez de moy ^ humeurs corrompues qui m'avez contrainet de fermer la porte À mon Seigneur, au lieu que Je dévots frapper pour me la faire ouvrir : J'ad- Joustois fardeau sur fardeau pour m'empeschef l'entrée. Enflé de présomption, J'ay osé chercher ce que je ne seaurols trouver qu'avec cœur contrit et humilié. Misérable , pour faire le comblé de mon malheur, jeu' avois pas une seulle plume, et je pensots me mettre en hazard de voiler hors du giron de l'Eglise. Je me suis veu terrassé ^ mais le Seigneur, plein de miséricorde, m'a estendu sa main , m'a remis dans son Eglise, dé peur que Je ne fusse foulé aux pieds. Secourezmoy, mon Dieu, envoyez-moi des anges, catr voicy la Journée en laquelle J'espère de me res- Jouyr en la vision de mon espoux, du vray mary de mon ame. 0 Seigneur, enflammez mon cœur, embrasez moy de vostre amour, et faictes qu'en ceste journée si saincte Je soyefaict enfant de l'Eglise. B Le confesseur luy demanda : « En la religion que vous avez tenu Jusqu'à présent n'estiez vous point dans l'Eglise ? — Non , dit-il 4 mon père, tout cela ne sont que pièces pourries de ce grand et sainct corps hors duquel elles ne peuvent vivre. L'Eglise catholique , apostolique et romaine, c'est le corps de nostre Seigneur Jesus-Christ composé de plusieurs membres, lesquels ont charges distinctes et séparées , mais qui sont liées par les liens d'unité et entretenues par la charité. C'est ceste Eglise à laquelle Jesus-Christ a promisque ce qu'elle lierolt enterré seroit lié au ciel, et que ce qu'elle deslieroit en terre seroit desliéau ciel. Dans ceste Eglise tous les saincts et les martyrs sont morts après avoir combatu les hérésies. C'est ceste Eglise par laquelle seulle on peut parvenir au royaume de Dieu ; c'est ceste arche hors de laquelle tout le monde est noyé. C'est ceste Eglise qui présente
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tous les Jours à Dieu le Père le sacrifice de la mort et passion de Jesus-Christ son fils pour TexpiatiOD de mes péchez. C'est ceste Eglise que Jesus-Christ présente à Dieu le Père tous les jours, et met ses playes entre luy et nous : tam ipse per ipsam , qvàm ipsa per ipsum, » Et le confesseur luy dit : « L'Eglise de Dieu c'est celle qui nous a conceus de Jesus-Christ et nous a enfantez par le sang de ses martyrs pour nous faire vivre éternellement. Je vous exhorte d'aymer une telle mère, hors de laquelle il n'y a point de salut, comme vous mesmes avez dit; elle rappelle ses enfans errans , elle les reçoit avec Joye. Aymez la donc et honnorez, affin que son amour vous facejoindre avec Dieu : » Ledit sieur respondit, la larme à l'œil : « Pater mi, nondutn amavi, amo et amabo ; mon père Je le vous promets. Arrière de moy, furies infernales, hérésies maudites qui m'avez empoisonné de vostre venin , et qui m'avez faict deschirer la robbe de Jesus-Christ! Pires que satelites de Pilate, vous deschirez son Eglise. C*est la mère des croyans qui régénère à la vie ses enfans nais à la mort. Renouvelle toi donc, 6 mon ame, et despouille toy de ce vieille Adam pour te mettre en sanctification. § Le confesseur luy demanda : « Puis que vous parlez de sanctification , comment pensez vous estre sanctifié? » Ledit sieur respondit : « Par Teffusion du sang de Jesus- Christ , et par la puissance qu'il a donné à son Eglise et à vous, mon père , de lier ou deslier. J'ay esté Jusqu'à présent lié des liens de Satan , desliez moy , mon père ; Je vous demande à mains jointes, après que vousaurez ouy ma confession, l'absolution de mes péchez. Je ne veux plus retarder, J'ay trop mignardé mon offence, J'ay dilayé ma conversion de dix-huict mois. C'est pourquoy, 6 bon Jésus, tu me visites, mais non pas en ta rigueur. Si aux lieux hazardeux où J'ay passé depuis une harquebuzade me fust venue par la teste , en quelle peine estoit mon ame ! 0 bonté ineffable de Dieu, qui ne m*aspas voulu prendre par une mort violente , mais par un doux sommeil. Je n'ay pas encores expérimenté un assaut trop fort. Je sens un doux repos presque semblable à celuy des saincts pères. Je te remercie, Seigneur, de ce que tu m'as octroyé la requeste que Je t'avols faicte, affin que, soudain que J'aurois entièrement recognu la vérité , il te pleust de ne me laisser plus en ce monde. Appelle moy donc, Seigneur, quand il te plaira ; J ay cogneu la vérité. Je veux faire ma confession.
fl Retirez-vous, dit-il à M. Parent qui estoit un sienamy, et ne vouscontristez point, ce n'estpas auJourd*huy une journée de pleurs: comme mon
vray amy, rendez action de gnees àBleii am moy , et vous resjouy ssez de ce qu'estant banay du royaume des deux , maintenant mon père me va faire enfant de Dieu , m'inoorporant lo corps mystique de son Eglise , laquelle je vov prie d'aymer et embrasser comme moy. Um cher amy, je vous prie croire qu'il n'y a plos de monde pour moy, et que j'y renonce dez à pr^ sent. Je me depestre de luy : il n'y a rien qol m'y retienne , prenez en , je vous prie , leiolag. Mon maistre, dit-il parlantduRoy, vous pcrda un fidelle serviteur. Perdre I non , vous ne le perdez pas, car J'espère, après avoir reoeo le corpsde mon Dieu, d'aller chanter avec les saincts : Stmetus, sanctus, sanciutf leSdgneur desarmées. Là, Sire , je me presènteray devant la lumière da lumières, devant celuy qui m^a donné le Jour, le jour qui m'a £aict veoir ceste grande clarté, ceste oognoissance de vérité, son Eglise, son espoose, et le salut de mon ame. Je me Jetteray aux pieds de Jesus-Christ , de mon Dieu, de mon Seigneur, devant Sa Majesté Divine, envhronnée des saga et séraphins. Je prieray mon Dieu qu'il esteode vostre royaume sur toutes les nations qui a'oot point encore invoqué son sainct nom. Vous m'avez nourry depuis la douziesme année de mon aage; Jà n'advienne que devant mon Dies Je vous oublie , 6 mon bon maistre. • Et, setou^ nant vers le confesseur, il luy dit : • Mon père, le grand fardeau que je vay descharger maiot^ nant! Je me veux accuser et confesser ssss feintise mes péchez devant mcm Dieu et deviat vous. » Ces parolles dictes, il entra en FeianMa de sa conscience à la façon des catholiques. Et comme il fut entré en discours, le eoofessev luy dit : « Dites vostre Confiteor, • qae Mil sieur ignoroit ; mais il le prononcea mot à mot après ledit confesseur, en frappant coup snr eoop sur sa poitrine quand il fut à ces mots, qm peecavi, etc. Et après la confession , levant ses yeux et ses mains vers le del , il eoffimeoes à dire : « Je me suis confessé, mon Dieu; vostie sapience a ordonné ce moyen, avec la puissaBce des clefs , pour l'application de la remiasic» et reconciliation acquise par vostre Fils en la croix* Je vous prie, dites moy, quant bien je n*easse confessé mes fautes , qu'y auroit-ll de eaehéft secret en moy qui ne fust descouvert devant tss yeux? Toute conscience, quelque profonde qu'elle soit, vous est notoire. Mon Dieu , si j^ voulois taire mes fautes, je ne me cadieroispoint devant vous. Vous le sçavez. Seigneur, sîjeDe cache. Vous sçavez si Je vous ay me, et si , panif les affaires du monde où je me suis vea eDv^ loppé , je n'ay prins deux heures chaque joar pour parler à vous, pour m'approeher de ivtf i
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et m'esloigoer des affaires que J'ay estimé comme du fient au prix de ceste douceur de la méditation de la grandeur de vos œuvres. J*ay honte , et me desplais en moy-mesme, afin de vous suivre d*oresnavant. Je ne me resjoulray devant vous, ny enmoy-mesme, sinon pour i'amour devons. Vous me cognoissez à descouvert, Je vous ay dit aussi quel bien J'esperois de recevoir en me confessant à vous de tout mon cœur. Je ne me suis pas seulement confessé h vous de bouche, mais avec une extrême affection procedente de mon ame, et avec des cris et clameurs de ma pensée : vostreaureille le cognoist, vostre ceil le void , ma conscience crie après vous par grand désir que j*ay d'estre exaucé. § Puis , se retournant vers le confesseur, iuy dit : « Et quoy ! mon père , vous m'avez fait enfant de Dieu, ne participeray-je point à ceste saincte table pour manger le corps de mon Seigneur, viande des enfans et très-salutaire I • Le confesseur Iuy dit: « C'est de vray une table fort pretieuse , c*est une viande que , quiconque en mangera , il aura la vie éternelle. — 0 mon père, dit ledit sieur, l'admirable mistere , mistere des misteres, mistere incompréhensible que Dieu a voulu manifester à ceux qu'il a aymez y et pour lesquels il a souffert la mort. Je croy, mon Dieu, secourez moy et augmentez ma foy. Monsieur de Pise [un sien amy présent] , Je vous prie de me faire apporter ce viaiicum Chrislianorum , ceste viande céleste qui nourrira mon ame. » Puis , tournant ses yeux vers le ciel, il dit : « 0 salncts bien-heureux , adjoustez vos prières aux miennes : et vous, Vierge Marie, estoilie radieuse, présentez moy devant vostre cher Fils pour Iuy faire amande honnorable. J*ay confessé mes offenses, priez pour moy alBn que J'obtienne pardon. » Et à mesme instant arriva le prestre qui portoit le Sainct Sacrement, devant lequel , dez qu'il l'eut apperceu , ledit sieur s'inclina , l'adorant en ceste façon : « 0 charitas , Deus meus , Je t'adore, mon Dieu. • Et puis : « Mon père , dit-il au confesseur, d'oà me peut venir une si grande douceur? et qu'ay-Je mérité pour estre appelle à un festin si célèbre? » Le confesseur Iuy dit : « Il faut maintenant vous fortifier; car le diable fera son dernier effort. • Ledit sieur, en roonstrant des yeux et des mains l'hostie saincte, respondit : « Voyià celuy qui a combatu les puissances du diable, il a terrassé sous ses pieds les enfers , les enfers ne peuvent plus rien sur moy. Je suis sous la protection de mon Dieu. Je prendray ceste hostie sacrée , le passeport avec lequel sainct Augustin est entré en la gloire des cieux. Quant Je heurteray J'auray ceste marque en la main , qui me fera coguoisiffi membre
de ce grand Dieu Jesus-Christ. Par elle et avec elle Je me presenteray devant ta face , 6 Jesus- Christ! et Je croy, pour le salut de mon ame, tes paroles sont véritables. Je sens l'effect de ta puissance. Je reçois mon salut, Deus meus, charité de mon Dieu, amour plus doux que le miel , que mon ventre te reçoive , et que mes entrailles soient remj^ies du doux nectar de ton amour, affin que mon ame puisse esplucher ce grand mistere. Que pourray-Je manger pour le soulagement de mon ame? Je confesse. Seigneur, que J'ay esté en une terre loingtaine pleine de bigarrures , J'ay entendu ta voix tonnante qui me disoit : Je suis la viande des grands , tu ne feras pas de moy comme de la viande charnelle. Tu feras change en moy, et moy en toy. Recognois que tu as esté, ô mon ame, en erreur. Considère ce que tu seras estant incorporée avec ton Seigneur. Ne laisse donc point sa table. Tu mangeras tout maintenant sa chair pour avoir la vie étemelle. Ces paroles sont veritables,il a dit : a Quiconque mangera ma chair et boira mon sang il aura la vie éternelle. » Lors, tournant les yeux vers le Sainct Sacrement , il i'adora avec une ardante dévotion , et , l'ayant receu , il s'escria : « 0 saincte Journée 1 0 banquet céleste, plus digne que la manne , plus sainct que l'agneau ! Mon ame , que de délices 1 arrière plaisirs du monde , ce n'est rien de vous au respect de celuy que Je sens. Tu m'a eny vré , Seigneur, du torrent de tes voluptez. Il est bien raisonnable , mon Dieu , que Je me souvienne maintenant avec action de grâces de tant de biens que J'ay receus de vous , et que Je confesse vostre grande bonté et miséricorde , de laquelle vous avez usé en plusieurs sortes en mon endroict. Je suis remply d'une Joye extrême. Qu'y a il au monde de semblable à vous , mon Dieu ? car vous avez lié les liens dont J'estois lié. Il est bien raisonnable que {e vous fasse sacrifice de louange. Benist soit ie Seigneur en la terre et au ciel, grand et admirable est son nom. Je suis environné de toutes parts comme d'un rempart par le moyen de vostre ayde. Je tenois pourasseuré quMI y avoit une vie bien-heureuse, bien que Je ne l'eusse veu qu'en figure. Tous mes doutes s'en sont allez au loing. Toutes choses estoicnt en bransie et incertitude : il restait de purger mon cœur de toutes ordures comme vous avez faict. La voyedu Seigneur me plaist. Mcm Dieu, vous m'avez inspiré. VoyIà ce que J'ay apprins de sainct Augustin , que vous avez voulu que J'aye leu etaymé pour mon salut. • En mesme temps se sentant deffaillir peu à peu, il dit : « Il fdut disposer des affaires du monde , et rendre à un chacun ce qui Iuy appartient , il est bien
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raiaoDDtible. • II dit sa volonté, et signa son testament : cela faict il commença à crier tout haut : Jn manus tuas ; et ses convulsions aussi-tost le prindrent. Il demanda Textreme-onction , qui luy fut apportée en mesme temps. Quand le preslre eut achevé de la luy donner, il se remit, et , soubsriant , s^escria : « Mes amis , que mon ame est contente 1 0 que je suis heureux d'avoir banqueté avee mon Dieu , et avoir recen mes sacrements. B Le confesseur luy dit : « £t bien , monsieur, vous souvenez vous pas des dernières paroles que nous avons tenues ensemble? » Il respondit : « Vos dernières paroles sont engravées en mon ame, et n'en sortiront Jamais : vostre dernière sentence a esté de sainct Augustin , de resurreetione, » Les convulsions le reprindrent iMieores; et,s'estant fait apporter une croix au pied de son lict , il avoit tousjours les yeux dessus. Et , comme il fat prest de rendre Tame, on Tadmonesla de se souvenir des paroles qu'il avoit dictes , et qu'il demandast pardon à Dieu ; et, ne pouvant parler, il fit signe qu'il avoit espérance •Q luy : il Jecta une larme , et à l'instant Tame ■e sépara du corps.
Quant on fut rapporter au Boy la mort dudit ^ieur de Morlas, il dit à ceux qui estoient près de lui : « J'ay perdu un des meilleurs entendemens de mon royaume. » Aussi estoit ce un des plus prudeos et judicieux courtisans et officiers àe France. Devant que se résoudre à se réduire eu Tobeyssance de TËglise catholique , Il fut près d£ trois ans à s'instruire par Tassiduelie lecture de Tescriture des saincts pères , et la conférence avec les plus sçavans ministres et docteurs de la France et d'ailleurs; aussi estoit-il un des mieux appris en toutes bonnes lettres et sciences de son temps. Après sa mort la médisance n'eut point de prise sur sa mémoire , et ne fut point blasmé , pour s'estre converty, d'ambition, d'avprice, d'bipocrisie , ou autre conception humaine ; car il n'y avoit point de courtisan qui Aist plus avant en la bonne grâce du Boy que Itiy : aussi il ne pouvoit espérer rien du monde lors qu'il se jugea si proche de sa fin , et si près du jugement de Dieu et de l-autre vie , puis qiye toute la terre luy estoit moins que rien.
Cette mesdisance se jetta du tout sur moy lors que je quittay ceste belle religion prétendue reformée , qui fut peu de jours après la mort dudit sieur de Morlas. Je fis imprimer les causes de ma conversion à Paris, et ont esté imprimées en beaucoup d'endroicts de la France. Plusieurs de ladite religion prétendue y firent des responces ; mesmes celuy qui a recueilly les Mémoires de la ligue y en a mise une dans ce livre là, sans y mettre ce que j'y avols respondu : ils me font
avoir esté amoureux de la baronne d'Aros,!!quelle lis disent que je recherchois en mariage en Tan 1688. Quelle Imposture! Ceux qui estoient en Bearn lors sçavent assez que Madame^ sœur du Boy, princesse vertueuse, au senice de laquelle j'estois, me commanda de parlera ladicte baronne, et luy dire qu'elle desiroit qu'elle se mariast avec le baron de TignoiiTille, gentil-homme, lequel, estant en Bearn du retoor de la grande armée des reistres, lorsque Tod n'esperoit jamais de voir ce siècle de paix soos le règne du Boy d'à présent , et que ceux de ladicte religion qui estoient absens ne taschoiest qu'à asseurer leurs fortunes en lieu de seurelé. esperoit qu'espousant ladite baronne, riche, et qui avoit des moyens , il auroit des oornnDoditn pour s'entretenir en son refbge. Ceux qoiestoicQt à Pau en ce temps là ont assez sceu leseaoïes pourquoy ceste baronne ne voulut entendre ce mariage, et que ma peine fut sans fhiict,etDOD pas que je me sois de tant oublié que de peoser jamais à ce dont ils me blasment, Dieu m'ajul tousjours donné la grâce de me comporter avtt modestie en la vocation où il m*a appelle, km, dans la response que je leur fis , je protestay ^ ne vouloir user nullement de ro^îsance cootn eux, comme ils faisoient contre moy, uns jt protestay de leur garder une vraye et parfaite charité , pour leur monstrer en quoy ilserroieat mais jamais personne d*eux ne mit son dois a ce qu'ils firent publier contre moy, et ne sera jamais à qui m'addresser en particulier. Sor et qu'aucuns de mes amys dirent susdits nliIlist^e^: « Puisque vous saviez tant de choses de loj dont vous le blasmez, et lesquelles vous Taceoseï d'avoir faictes auparavant et depuis Tan USv pourquoy l'avez vous dissimulé? — Cela a eslf. leur respondirent les ministres, par charité fra^ ternelle. — A quoy peut servir cela de le poKJtf donc un si long temps après? — Pour lesnî»gnage inexcusable de sa vie, leur répliquerales ministres, et pour monstrer qu'il avoit pa composer un livre en latin intitulé ùmi^^'^ pium de componendo religionisdissidio.ti « autre sur rcstablissement des bordeaux, ^'^ avoit baillé à B. Estienne pour faire impriftf'i « Quelle menterie, que je luy ayc baille f traicté des bordeaux pour imprimer I J'ay asfî dit , dans ma response que je fis en ce temps ^ à un certain advertissement qu'ils pab)iere&t contre moy, les causes pourquoy et coœneDt ledit I^tienne me surprit lesdits deux traictei. i quoy ils n'ont rien depuis respondo, comirf aussi ii n'yavoit pas d'apparence que je Inyecsrf
baillé ce dernier pour faire imprimer, veuq" depuis il me dit , en présence de gens : < Mol*
CHRONOLOGIB NOVBJIAIBB DB PALHA CAYBT. [1595]
sieor, jene voas ay point trahyj'ay esté surpris par UQ qne J'esUmoye un autre moy mesme. Je n'ay jamais dit que vous en fussiez l'autheur, et vous confesse que Je vous avois promis de ne le rooDstrer à personne : je vous prie, ne m'en imputez point la faute. » Je respondray toujours qu*ii m'estoit licite de tenir en mon estude et voir ledit livre, quoy que j'aye protesté, comme aussi est-il vray, que je ne l'avois jamais leu qu'une fois depuis qu'il me fut baillé, et lors qu'il me fut pris des mains pour le lire cependant que j'aliols pour parier à Son Altezze qui m'avoit fait appeller. Mais depuis, estant baillé à un ministre, cela servit aux autres pour faire un grand bruit contre moy, disansqueje soustenols qu'il failloit restablir les bordeaux, et que j'en voulois faire imprimer un livre: voyià une belle bourde pour amuser les petits enfians. Gest exemple servira à Tadvenir aux hommes de lettres de ne se fier qu'à ceux qu'ils auront cogneu de longue main. Mais ce n'estoit cela qui affligeoit les ministres , ains le susdit traicté de Consiliumpium, etc, , dont ils sçavoient que j'en avens baillé coppie à plusieurs, qui estoit un traicté pour réunir en l'Eglise les desvoyez de la religion, afin que les François n'eussent plus qu'une mesme confession , ainsi que Sa Majesté le desiroit, et avoit plusieurs fois dit dans Mante qu'il s^estimeroit avoir faict plus qu'aucun de ses prédécesseurs si Dieu luy faisoit la grâce en ses jours de voir ceste relinion. Les ministres du depuis publièrent que je me voulois faire catholique , et que le Roy m'avoit donné pour ce faire une abbaye auprès de La Rochelle. Je demanday , en la présence de madite dame, à celuy qui me dit ces paroles , qu'il m'enseignast où estoit assise ceste abbaye, et comme elle avoit iiom, pour en aller prendre possession. EnGn il retrouvera que jusqu'à présent qui est l'an 1607 que j'escris ceste histoire , que je n'ay aucune abaye ny bénéfice . Gela n'est du subject de nostre histoire, et concloeray ce discours : que tous les ministres de la religion prétendue reformée, comme j'estois lors , qui ont voulu pincer ceste corde de réunion à l'Eglise, n'ont point manqué d'estre calomniez.
Le sieur de Serres, ministre de ladite religion à Orenge , lequel a faict Tinventaire de Thistolre de France jusqu'à Loys XII, asenty leurs pointures pour avoir faict imprimer un livre sur ce subject; et sa mort subite ne fut pas sans soubçon de meschanceté.
En ceste année la guerre se continua fort en la Bretagne , sçavoir , par le duc de Mercœur et les Espagnols sous la conduitte de Jean d'Àguiliar, qui s'estoient merveilleusement fortifiez dans Blavet, et endommageoient le plus qu'ils
I pouvoient les royaux. Le mareschal d'Aumont , qui commandoit pour le Roy en ceste province là , après avoir pris Moncontour et quelques chasteaux, alla assiéger Gomper, place appartenant au comte de Laval, devant laquelle place il fut blessé à deux diverses fois, tant à la jambe qu'au bras, dont il mourut.
Sur la fin de l'an passé nous avons dit qu'après la prinse de Javarin les Turcs allèrent assiéger Komorre , et que l'archiduc Matthias leur en fit lever le siège, et qu'après ces exploicts les chrestlens d'un costé et les Turcs de l'autre se retirèrent en diverses provinces pour passer les rigueurs de l'hy ver. Le 1 6 de janvier de ceste année, le comte d'Àrdech, qui avoit rendu Java* rin aux Turcs , fut amené prisonnier à Vienne j accusé de trahison et d'avoir vendu au bascha Siuan ceste ville , TEmpereur ayant envoyé sa commission à quarante-sept juges, tant d'espée que de robe longue , lesquels il avoit faict asr sembler de divers endroictspour foire le procez, tant audit comte d'Àrdech qu'au colonel Perlin et aux capitaines Greis, Recheberch, Sigersdorf, Pleithrot et autres , qui avoient aussi esté arrestez prisonniers, et accusez d'avoir consenty à lar dite trahison.
La plainte que fit foire l'Empereur estoit en substance que Javarin estoit non seulement la forteresse principale de Hongrie, maisqui servoit d'advantmur à toutes les provinces voisines, laquelle il avoit fait munir de toutes choses nécessaires pour la deffendre en cas d'un siège ; qu'il avoit donné le gouvernement de ceste place audit comte d'Ardech, lequel luy avoit promis de la deffendre jusqu'au dernier souspir de sa vie ; et, au contraire de ceste promesse, que, par pusillanimité et faute de courage, ayant encor deux mille muids de vin et quinze cents muids de forine dans les magazins des vivres, outre les provisions qu'avoient les habitans, cinquante neuf gros canons , sans les moyens, et des munitions de guerre en grand nombre, avec trois mil soldats, il avoit rendu ceste ville, bien qu'il sceust que le secours des chrestlens estoit arrivé à Prèsburg , ainsi que mesmes ses lettres en faisoi^t foy ; que quand mesmes il eust esté réduit à l'extrémité de rendre ceste place, qu'il devoit brusler et rendre inutile tout ce qu'il y avoit de munitions et de canons dedans, et ne les livrer pas entiers aux Turcs, comme il avoit fait , lesquels maintenant s'ayderoient des propres munitions des chrestiens pour les endommager; que mesmes ledit comte d'Ardech , contre tout ordre et discipline militaire , en sortant de Javarin pour se retirer à Altembourg , avoit laissé derrière luy plusieurs gens de guerre à pied , des habi-
CHBONOLOOIB NOVBIIAIBB DB PALMl CAYBT. [1595]
tans de Javarin , des femmes , des enfans et les malades, lesquels a volent esté, partie taezet partie rendus esclaves.
Que pour tout ce que dessus , ledit comte et les colonels et capitaines qui avoient signé la capitulation de Javarin avoient non seulement faillydeleur instruction et devoir, mais en la Iby et en la promesse qu'ils avoient faicte à l'Empereur.
Contre ces accusations le comte d*Ardech se défendit par escrit, lequel ses parents firent publier. Il rejettoit toute la faute de Javarin sur Tarchiduc Matthias et sur Palfy.
Le jugement tirant en longueur , l'Empereur ftit prié par plusieurs grands seigneurs, parents et amis des accusez , lesquels se jetterent à ses pieds, et luy demandèrent miséricorde pour eux. Nonobstant toutes leurs supplications, le 27 may il y eut Jugement , premièrement contre Anthoine Zin de Zinnenburg , Rudolph Greis et ceux qui avoient souscrit à la capitulation de Javarin, par lequel ils furent tous condamnez d'avoir les testes tranchées , mais que inexécution de ce Jugement ne se feroit Jusques à ce qu'on eust sceu la volonté de l'Empereur.
Ce Jugement estant porté à TEmpereur, il leur remit à tous la vie, et furent seulement privez de leurs grades militaires, à la charge de servir à leurs despens en ceste guerre de Hongrie contre le Turc, excepté à un nommé Mufler , lequel , s'estant sauvé de la prison sans attendre le susdit jugement, fut mis entre les mains du Juge criminel qui le fit pendre.
Quant au comte d'Ardech, nonobstant que les comtesses d'Ardech et de Tum se fussent aussi Jettées aux pieds de l'Empereur pour obtenir sa grâce, estant, oultrele faictde Javarin, accusé qu'en l'an 1593 , après la victoire que les chrestiens obtindrent sur les Turcs à Albe royale [dont le capitaine Pierre Hassar avoit pris les Âuxbourgs], contre les opinions des colonels Palfi, Nadaste, Buden, Marxen, Beckenet autres, ledit comte d* Ardech avoit dissuadé le siège , et avoit emmené Tarmée victorieuse comme en desroute, tellement que la victoire, dont les Turcs estoient estonnez , demeura du tout inutile ; qu*il avoit aussi conseillé d'abandonner le siège de Gran contre tout devoir.
T^ forme que l'on usa pour prononcer la sentence audiet comte fut quelecomted*Ottinguen, qui presidoit sur tous les députez pour luy faire son procès, estant au siège judiclal , fit appeller et tirer hors des prisons ledit comte d'Ardech et le colonel Perilo, et, ayant commandé au lieutenant gênerai des crimes de faire lire la sentence, ce comte requit qu*il luy fust fait grâce comme
à plusieurs autres ausquds elle avoit oMé (ude, ayant esgard à ses précédons services , et qoe li sentence ne luy fust point leoê. liais il loy fat dit que TEmpereur et Tarchlduc llathias avoient commandé qu'elle luy fust publiquement leoê. Il cognent lors qu'il n'y avoit plus de miséricorde pour luy , et , les yeux baissez, sans repartir ncune chose , il ouyt son Jugement par leqod il estoit condamné d'avoir la main dextre ooopée [dont il avoit signé la reddition de Javarin, «t seroit attachée contre un pieu dresaésor lesmarailles de Vienne pour perpétuelle mémoire, pois qu'il seroit pendu , et, après que son corps aoroH esté trois Jours à la potence, quUl en senûtorté pour l'ensevelir , tous ses biens acquis et confisquez à l'Empereur. Ayant ony oestoseutence,!! leva les yeux vers les Juges, et voulut s'en plaindre ; mais le comte d*Ottinguen luy dit qne s'il disoit quelque chose à rencontre , qu*il seroit privé de ce que TEmpereur avoit modéré de ladite sentence, laquelle modération luy estant prononcée , portant qu'il auroit seullement li main dextre coupée et la teste tranchée, et pois que son corps , sa teste et sa main seroieot enterrez, fl Quelle grâce! dit-il , J*avois espenoce que Sa Majesté Impériale et Son Altezze seniest memoratiiii qu'il y a quatorze ans que je les v servis fort fidellement, et qu'ils me donneiweat au moins la vie aussi bien qu'aux autres cbels et capitaines qui estoient dans Javarin. i M, ayant dit [appellant Dieu à tesmoin] qu'il avait tousjours faict son devoir avec fidélité eu tootis les charges que l'Empereur luy avoit données, et principalement dans Javarin, il supplia ses Juges, pour dernier office d'amitié , de dépoter quelques uns d*entr'eux pour représenter à l'8^ chiduc Mathias qu'en luy donnant la vie il ponrroit encores faire service à Sa Majesté Impériale et à la chrestienté, et, en quelque place qu'on le mist, qu'il la deffendroit au péril de sa vieet^ ses moyens, et que par ce moyen on tireroit ptos d'utilité de sa vie que de sa mort; qu*an moi» s'ils ne pouvoient obtenir pour luy la vie, ^ l'ignominie d'avoir la main coupée luy fust osier. Cependant que trois des Juges pour satisiîaiie a sa supplication allèrent vers l'archiduc, on le fit retirer. Le colonel Perlin fut après amené pov ooyr aussi sa sentence, par laquelle il estoit coodamné d'avoir la teste trenchée et son eorpsnis en quatre quartiers , lesquels, avee la teste. s6 roient mis sur cinq poteaux en cinq dinn adroicts des murailles de Vienne , ses gages et ses biens acquis et confisquez à l'Empereur; avant lexecution de laquelle sentence, il seroit appliqae à la question pour tirer confession de Iot des entreprises particulières qu'il avoit avee le Itsdà
CHBONOLOGIE NOVBNAIBS DE PALMA CAYBT. [1695]
Sioan. Aii8si-toat que PerliQ eut ouy sa condamnatioDy il se jelta à genoux, et demanda pardon. On luy leut Tintention de rEmperenr, quMl auroit la teste coupée, puis serait enterré. 11 pria, comme le comted*Ardeeh,quei*on representast ses services passés à i*archiduc; ce qui fut fait. Mais, leur estant rapporté que l*arcliiduc avoit dit quil ne toucheroit nullement à la sentence des Juges , ny à ce qu*avoit ordonné Sa Majesté Impériale, ils levèrent les yeux au ciel, et commencèrent à déplorer leur fortune. Après qu'ils eurent esté quelque temps avec des théologiens, le juge des causes criminelles rompit devant eux deux verges [selon la mode de ce pays-là] , puis commanda à Texecuteur de Justice de se saisir d'eux : ce qu'il fit.
Conduits au supplice, le comte estoit dans un chariot a quatre roués tiré par six chevaux cou- \ert8 de drap noir ; devant et après cheminoient quantité de gens armez; un peu après luy suy- "Voit le colonel Perlin à pied , exhorté par deux Jesuistes. Arrivez en la place où se devoît faire Fexecution, le comte, descendu du chariot, monta avec un homme d*^lise sur Teschaffaut, qui estoit couvert d'un drap noir , accompagné de quatre de ses domestiques. Ayant salué le peuple, et dit qu'il n'a voit jamais commis aucune trahison , mais que Ton le faisoit mourir pour servir d'exemple à ceux qui deffendroient des places de s'y faire plustost enterrer que de se rendre à Tennemy, demanda au peuple que chacun dist en son intention un Pater noster; ce qu'estant dit , il donna ses gands et sa robbe à ses domestiques , puis se mit à genoux sur un petit oreiller, et ayant mis la main sur un pau [mis là exprès] et son bonnet sur ses yeux, Texecuteur avec deux de ses valets montèrent sur l'eschaffaut, et, d'un mesme temps que les valets coupèrent la main du comte, l'exécuteur, avec une espée dorée que luy bailla un desdits quatre domestiques, luy coupa la teste d'une telle dextérité que l'on ne sceut discerner lequel avoit esté plustost coupé de la teste ou du poitig. Aussi-tost il fut mis dans le drap noir qui estoit sur l'eschaffaut, et remis dans ledit chariot, puis mené par ses domestiques enterrer au sepuichre de ses pères. Perlin , estant monté sur Teschaffaut, demanda pardon à Dieu de ses dûtes, et dit qu'il mouroit innocent; s'estant mis à genoux , le bourreau ne luy put trancher la teste qu'au troisième coup, dont le peuple ût une grande rumeur, et le bourreau ne se sauva qu'avec de la peine. Le corps de Perlin fut aussi pris par les siens , et enterré.
Avant que de dire ce qui s'estoit passé ceste année en la guerre contre les Tun>g j'^y ^^
ceste justice exemplaire qui se fit de ceux qui avoient rendu Javarin. Or Sigismond, prince de Transsilvanie, qui avoit endommagé les Turcs l'an passé , envoya un ambassadeur à Prague , où il arriva le 12 janvier, accompagné de cent cinquante chevaux. Le pape Clément YIII , qui avoit sous sa main faict faire la practique d'oster les Transsilvalns, Moldaves et Yalachins de l'alliance du Turc , et les faire allier avec l'Empereur, envoya aussi en ce mesme temps un légat à Prague. Après les réceptions accoustumées et les banquets royaux qui leur furent faits, on traicta des articles de leur alliance, lesquels en fin furent accordés , sçavoir :
Que Sa Majesté Impériale , tant en son nom que au nom des estats de Hongrie , ne traicteroit aucune paix ou trefve avec le Turc , sans que le prince de Transsilvanie n'y fust compris^ ensemble les pays de TranssUvanie , Moldavie et Yalachie, qui s'estoient estez de l'alliance du Turc ; aussi que le prince de Transsilvanie, tant en si)n nom qu'au nom des estats de ses pays , promettoit de continuer la guerre contre le Turc, et qu'il ne feroit jamais avec luy aucun accord sans le consentement de l'Empereur.
Que la Transsilvanie et les pays adjacents que les princes transsil vains avoient tenu aux confins de la Hongrie , seroient tenus encor par ledict prince et par ses successeurs masies , descendans de luy en ligne droicte , avec toute souveraineté et libre Jurisdiction sur tous ses subjects ; mais avec ceste condition , que Sa Majesté Impériale , comme roy de Hongrie, et ses légitimes successeurs, seroient recognus par eux pour roys, et leur en rendroient hommage , et leur feroient serment de fidélité sans payer aucun droict feodal ; que ce serment de fidélité se presteroit par les successeurs du prince Sigismond lors qu'ils prendroient possession de la Transsilvanie , et par ledit prince en jurant les présents articles; que sil advenoit que les princes transylvains ne voulussent faire ce serment , qu'ils seroient privez de leur principauté , et que tout leur Estât et jurisdiction retumberoit en la puissance de l'Empereur, ou de ses successeurs roys de Hongrie; aussi que si la ligne des princes raasies yssus du prince Sigismond venoit à défaillir , que la Transsilvanie retourneroit à la couronne de Hongrie; mais que les Transylvains seroient conservez en leurs privilèges, et qu'il leur serait donné un gouverneur ou vaivode dudit pays, tel qu'il plairoit au ray de Hongrie de le choisir.
Que l'Empereur recognoistrait le prince Sigismond prince libre, luy concéderait le tiltre d'illustrissime, et luy en feroit expédier les lettres pour ce nécessaires.
CHfiONOLOOIB NOYBNAIEB DE VÀLUà. CAYBT. [1695]
Que Sa Majesté Impériale procureroit qoe ledit prince Sigismond eust en mariage une des fiiles de l'archiduc Charles.
Qu'il procureroit semblabiemeot que le roy d'Espagne luy donnast le collier de la Toison.
Que l'Empereur, pour quelque fortune qui peust advenir, ne delaisseroit de secourir ledit prince Sigismond et ses pays de gens de guerre, de munitions, et de toutes autres choses nécessaires pour faire la guerre, aussi que ledit prince donneroit secours aux affaires de l'Empereur en Hongrie , aux lieux qui se trouveroient en avoir plus de besoin.
Que ledit prince Sigismond avec toute sa postérité seroient présentement créés princes de l'Empire , sans attendre les jsuffrages des estats dudict Empire.
Que toutes les villes et ibrteresses que le prince Sigismond recouvreroit avec les forces de l'Empereur et les siennes demeureroient à Sa Majesté Impériale; mais s'il les reprenoit avec ses forces seules , qu'il les retiendroit pour luy j recognoissant toutesfois les tenir sous la féodalité de la Hongrie , ce que feroient aussi les successeurs dudict prince. Quant aux lieux qu'il racquesteroit , dependans de la couronne d'Hongrie , qu'il les rendroit à Sa Majesté Impériale en luy donnant rescompense en autre lieu.
Que l'Empereur ayderoit ledit prince de tout ce qu'il seroit de besoin pour munir les places qu'il recouvreroit par armes ; aussi ledit prince promettroit d'employer toutes ses facultez et forces pour les munir, aûn qu'elles se peussent deffendre d'un siège pour le bien delà chrestienté.
£t , pour ce que les événements de la guerre estoient douteux , Sa Majesté Impériale promettoit au prince Sigismond et à ses successeurs qu'en cas qu'il ne pussent résister contre les forces du Turc , et qu'ils fussent chassez de leur pays, de leur donner, nn mois après ceste mauvaise fortune, autre domaine dans les pays de Sa Majesté Impériale, conforme à leur dignité, pour les entretenir; ce qu'il feroit aussi aux seigneurs et principaux capitaines transsil vains qui auroient suivy ledit prince Sigismond.
Avec ces articles, l'ambassadeur du Transsilvaln s*en retourna, avec présents , à Âlbe Jules, d'où du depuis le prince Sigismond envoya un autre ambassadeur à Sa Majesté Impériale le remercier affectueusement , et le prier de luy envoyer promptement du secours afin de s'oposer aux forces des Turcs qui se preparolent, et qu'il estoit de besoin de ne laisser passer sans profit la commodité qu'il y avolt d'assaillir les frontières du Turc, qui estoient faibles et espou vantées.
Ce prince, qui ne dierehoit qu'à endommags les Turcs, estant adverty par ses eipions ((v trois mille Turcs s'acheminoientparlaMoldaTie pour s'aller mettre en garnison dam une cerjiaine forteresse , il envoya le colonel Albert G* ralli avec nombre de Valches, lesquels, les nr* prenants à la despourvuê, en taêrent dcox mille; peu se sauvèrent qu'ils ne demeonasest prisonniers.
Le seiziesme de mars, ce prince prit Telestia qu'il brusla , puis , passant le Danube , il aii prendre Brayla; ce qu'ayant fait, il envoyant la petite Valachie son lieutenant gênerai Andié Barstai , lequel alla attaquer Smil , qui est dm place anpH^ de la rivière de Nester, dod \mi de la mer Ivoire , et en peu de temps la força, et tailla en pièces deux mille Turcs qui estaient dedans en garnison, gaigna trente pièces dV tillerie, entre lesquelles il y en avoit qui aToiest esté prises du temps de l'empereur FerdisaDdet du vaivode Jean Huniade ; et pour ce qoe ecsie place estoit forte , il y laissa deux mille Vaili' ohes en garnison. Outre cela les Transsilvate Joints avec les Cosaques prirent Yesper, Soie, et beaucoup de petites places, puis allèrent laiR des courses Jusques aux environs d'Andrioopoli, remplissans tout par où Ils passoient demiscns et d'espouvantement; ce qui causa que UaliQmet III de ce nom , empereur des Turcs, qui avoit nouvellement succédé à Amuratb, fit advancer les forces destinées pour la Hongrie plustost qu'ils n'eussent faict; mais ce fotsitf fruict.
Le 1 8 janvier mourut Amarat III , fib ^ Selim , aagé de quarante huict ans. II neditoit de tourner sur Testé prochain toutes ses fond contre la chrestienté ; et il s'en alla hors de ce monde avec une telle tempeste, que, le yfB qu'il mourut , ceux de Gonstantinople peDSoiot que leur ville deust renverser sans dessus dessous. On le cela mort dix jours durant, josqae à ce que son fils Mahomet, qui estoit eo la province d'Amasie, dans la Natolîe, où il codmandoit, fust arrivé À Gonstantinople, là « aussi-tost il fut proclamé empereur par les baschas et par les janissaires.
La première chose qu'il fit, ee fut de foire ii* viter dix-neuf frères qu'il avoît pour venir a an banquet royal : eux , pensans que leur père se fust pas mort, y vont; mais, venus , ilk^^^ tous estrangler. Craignant que des feauses de son père il peust naistre encor quelque sis i^ere , il en fit prendre dix lesquelles il fit d^^T' Quant à sa mère , après luy avoir fait pIwieoB dons, il l'envoya hors de Gonstantinople. Sioas bascha fut un des premiers à qui il esta sa gn^
CHBOHOLOOU NOVBNAIBE DB PALMA. CAYBT. [1696]
sans avoir esgard à la nouvelle prise de Javarin où il avoit aequesté tant d*hoDnear. Le bascha Oeala fût son compagDon d'infortuoe , car le gpaveroement de la mer luy fut osté. Au contraire, le bascha Ferat fut envoyé gênerai en Hongrie : mais le peu d'heur qu'il y eut fut cause de sa mort, ainsi que nous dirons cy après. Dans CoDStantlnople alors les courtisans ne faisoient poiot moins d'estat que de passer leur esté dans Vienne en Austriche ; et Mahomet disoit qu'après ravoir pris qu'il iroit en Italie et verrolt Home.
Les garnisons turquesques en Hongrie fai- Bolent de grands preparatife et provisions de toutes choses pour faire la guerre au printemps, et ne reparoient pas seulement les bresches de Granetde Javarin , mais ils fortifièrent ces villes là encores plus qu'elles n'estoient auparavant ; ce qu'ils firent aussi en tous les lieux foibles de leurs places où ils tenolent garnison. Entre Javarin et | Komorre ils dressèrent deux forts de bois , tant pour favoriser les courses qu'ils faisoient dans i'isie de Komorre, que pour empescher les Impériaux de feire quelque entreprise sur Javarin. Palfiet Nadaste venoient souvent aux mains avec eux lors qu'ils faisoient leurs courses pour butiner les villages des chrestiens , et en payoient tousjours quelque quantité de leur peine.
L'Empereur fit faire une assemblée à Prague au mois de février, où il demanda secours d'hommes et d'argent aux Bohèmes contre les Turcs , ce qu'ils luy accordèrent. Il envoya aussi soliciter le Pape , les roys d'Espagne et de Pologne , le Moscovite et plusieurs princes chrestiens, de luy ayder en ceste guerre , ce qu'aucuns firent. Il fut résolu en une assemblée impériale, où se trouvèrent plusieurs princes, outre beaucoup d'ordonnances qui y furent faites pour régler les gens de guerre , que les deux frères de TEmpereur seroient les généraux des deux armées chrestiennes en Hongrie contre les Turcs , Maximilian en la Haute Hongrie , ayant pour son lieutenant Tieffembach , et Matthias en la basse , ayant pour son lieutenant le comte Charles de Mansfeldt, qui partit le quatorziesme février de Bruxelles , et mena en ceste guerre deux mille chevaux et six mille hommes de pied, par le consentement du roy d'Espagne. Tandis que son lieutenant le comte de Svartzembourg conduisoit ses troupes à petites journées , il arriva avec dix-hnict chevaux à la cour de l'Empereur, qui estolt à Prague , le 1 7 mars , où il fut receu avec beaucoup d'allégresse , pour ce que l'on n'y manquolt pas tant de gens de guerre que l'on avoit faute d'un homme de commandement.
L'Empereur , outre la dignité de lieutenant de
son ft'ere, le créa prince de l'Empire. Après les cérémonies accoustumées estre faictes en telle création , l'archiduc Matthias luy mit dans le col un collier d'or valant mille ducats, où dans la médaille estoit le portraict de l'Empereur.
Les aydes que promirent les citez impériales en ceste guerre furent de seize mille hommes de pied et quatre mil chevaux , outre les contributions ordinaires, avec cent pièces de gros canon et nombre de munitions. Le prince don Jean de Medicis fut déclaré gênerai de rartillerie , et le marquis de Burgau maistre de camp.
La Bohême , Moravie et Silesie offrirent dix mille hommes de pied et quatre mil chevaux , l'Hongrie six mille de cheval et quatorze mil de pied , et l' Austriche six mille fantassins et deux mil chevaux.
Le Pape , aydé de quelques deniers des républiques de Gennes et de Luques , promit aussi d'envoyer en ceste guerre douze mille hommes de pied et mille chevaux. Le duc de Ferrare pensolt estre déclaré gênerai de ce secours et le conduire en Hongrie , mais Sa Saincteté voulut que ce fut son nepveu , Jean Francisque Aldobrandln , qui eust ceste charge.
Des princes d'Italie , le duc de Mantouë fût en ceste guerre comme advanturier avec quatorze cents chevaux. De la Toscane , Silvie Pico^ lomini mena en Transsilvanie cent cinquante cavaliers. Ce secours d'Italiens fut long, et n'arriva à Vienne que sur la fin d'aoust.
Le nunce du Pape en Pologne avoit en une diette tellement practiqué les seigneurs polonois, et mesmes le chancelier de Pologne, qu'ils estoient prests d'entrer en ligue avec l'Empereur et le Transsilvain ; mais, aossitost qu'ils eurent advis que l'archiduc Maximilian devoît estre gênerai de l'armée en la haute Hongrie, et qu'il venoit estre leur voisin si proche , ils commencèrent à soubçonner , et l'interest particulier de ces princes, qui sont voisins, empescha beaucoup le gênerai de la chrestienté ; car , bien que le Pape, qui avoit sur tout envie de voir ceste ligue faite, fist dire à l'archiduc Maximilian que les Polonois desiroient, auparavant que d'y entrer, qu'il renonçastaux pretentlonsqu'il avoit d'avoir esté esleu roy de Pologne , puis qu'à présent le roy Sigismond avoit un fils , il n'en voulut rien faire. D'autre costé le prince de Transsilvanie n'estoit pas content de ce que le chancellier de Pologne se preparoil d'entrer dans la Moldavie avec une armée , pource que les Polonois prétendent que ceste province est sous la jurisdicUon de leur couronne ; et le Transsilvain au contraire s'en esperoit emparer. On a veu peu de ces ligues profiter; car d'ordinaire les
CUfiONOLOGlB ROVENAIU DB PALMA GAYfiT. [169&]
grands, en telles affaires, ont plus de soing de Finterest particulier de leurs Estais que du bien du gênerai.
Le vingt-quatriesme janvier mourut l*arehidue Ferdinand , comte de Tyrol. Cest archiduc estoit fils de Tempereur Ferdinand et frère de Maxlmilian II, lequel ne laissa point d'enfans légitimes après sa mort, car le cardinal André d'Austriche , evesque de Constance, et le marquisdeBurgau estoientses fils illégitimes. L'Empereur et les enfans de l'archiduc Charles furent ses héritiers. Ce prince avoit en reserve beaucoup d'argent, ce qui vint à commodité à TEmreur , tant pour les frais de la guerre, que pour supporter la despence qui se fit au mariage du prince de Transsilvanle, dans la ville deGratz en Styrie , au commencement du mois de mars, là où Estienne Pachai, ambassadeur et procureur du prince Sigismond, espousa Marie Christienne d'Austriche ; puis elle fut conduitte en Transsilvanie par l'archiduc Maxlmilian, où ils arrivèrent environ la fin du mois de may , là où la consommation de ce mariage se fit
Ce prince transsilvain , pour plusieurs victoires qu'il obtint en peu de temps sur les Turcs, se trouva si fort en campagne, et ses soldats si redoutez, qu'il ne tentoit aucune entreprise dont il ne vinst à bout; et, bien qu'il y eust plus de gens en l'armée des Turcs qu'en la sienne , ils n'osoient pourtant se présenter à la bataille contre luy. Sur une desfaite de quelques Turcs qu'il fit en Bulgarie, toute ceste province, excepté quelques forteresses, se rebellèrent contre le Turc.
Le beglierbeide la Grèce, qui avoit vingt-cinq mil hommes , tant de pied que de cheval , ayant eu advis que le Transsilvain avoit divisé son armée en trois pour l'incommodité des vivres , délibéra d'en attaquer une des parties et la tailler en pièces; mais le prince, s'estant douté de son dessein, ayant fait rejoindre les siens , alla affronter le beglierbei , et le contraignit à une bataille, en laquelle, après un combat de quatre heures, la victoire demeura aux Transsilvains , qui y gaignerent trente pièces d*artillerie, et poursuivirent si chaudement les Turcs que plusieurs se noyèrent dans le Danube.
Le vaivode de Valachie , ayant joint ses forces et nombre d'advanturiers Transsilvains , alla passer le Danube, et, ayant rencontré quelques Turcs auxquels il donna la chasse , assaillit le deuxiesme Jour de JuinNicopoli, qu'il prit , pilla et brusia. Il y avoit au port de ceste ville, qui est sur le Danube , cinquante huict navires , lesquels furent aussi la plus-part brusiez , le Yalaehin emmenant le reste chargé de butin. Il en-
voya foire presont au prince TnamUnin de seize pièces d'artillerie, de quantité de dmeter* res , poignards , ares , et antres armes qu'il a? oit gaignées en ceste prise.
Mahomet , comme nous avons dit , avoit falot gênerai de l'armée turquesque le baschat Ferai Ce bascha , désirant lien faire en eeste gocrre de Hongrie , sortit de Constantinople au commencement du mois d'avril pour foire l'amaide sa grande armée ; mais , soit ou pour la grande cherté des vivres , ou pour ce que Sinan et Gcala, se voyans débutez par cestuy-cy dn maniement des grandes charges , avoleot tdleme&t divisé les volontez d'aucuns spachis et d'aocoos janissaires qui leur estoient affectioDoex, qu'il n'y eut que des mutineries en Tannée; Boeans capitaines mesmes avec leurs soldats en vinrent les uns contre les autres aux mains : U y en eut qui furent si hardis , comme Ferat estoit logea la campagne, d'aller couper de nuit les ooràci de son pavillon, et le faire tnmbersur lay,liref il fut fort mal-heurenx pour le peu de respect que luy portolent les gens de guerre, et ce fut ce qui donna la commodité au prince de Transsilvanie d'attaquer si souvent la Tores, dont il remporta tant de Tictoires. Mahomet, passant son temps en délices à C<Hi8tantiiiopie, adverty du desordre qui regnoit en son armée, redonna à Sinan la charge de gênerai , et eavoja des hommes exprès pour toêr Ferat : decetpii en advint nous le dirons cy -après.
Cependant l'Empereur sollicitoit ceux qniioy avoient promis du secours. Le comte de Maosfeldt , estant arrivé à Vienne, procuroit que les troupes s'assemblassent pour faire un corps d'armée , afïin que les chrestiens fussent milstres à la campagne. De Vienne il se reodit à Âltembourg , où il commença à foire observer les ordonnances pour lereglementdela gpndarmerk: ce qu'il fit avec un tel ordre, que Ton jugea des lors que les chrestiens anroient plusdlieuren leor conduitte qu'ils n'avoient pas eu l'an passé. Gène Airent plus que courses jusques aux portes dr toutes les garnisons turquesques; et, bien qne les forces chrestiennes en Hongrie ftissent dirisées en deux , et que le plus petit nomlnre loy estoit demeuré , n'ayant avec les troupes qs'ii avoit amenées quant et luy que dix mille bon* mes de pied et huict mille chevaux que co&duisoit Palfy , il commença à cheminer en corps d'armée vers Komorre, où , ayant campé jttsqo^ au vingt-sixiesme de juin, il alla passer ieDsnube et demeura auprès de Dotis ou Tatta, ce qui mit toutes les garnisons turquesques eo pensée de ce qu'il vouloit faire, car il avoit laissé Javarin derrière luy^ mais, le premier juillet r
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tout d'une traiete , il s'alla camper devant Gran, et eavoya Investir par Palfl le fort de Cocheren qui est vis à vis de Gran au delà du Danube, par lequel ceux de Gran i*an passé , lors qu'ils furent assiégez par Tarchiduc Matthias, avoient esté secourus.
Le quatriesme de ce mois les chrestiens prirent la vieille ville de Gran : Il y mourut peu de Turcs, pour ce que, cognoissant qu'ils ne la pouvoient garder ^ ils se retirèrent au cliasteau.
Mansfeldt se fortifia au mesme lieu où s*estoit campé Tarchiduc Matthias l'an passé, Jugeant que de là il pouvoit faire battre Gran et s'opposer à la campagne à qui voudroit tenter d'y donner secours. Palfi avec sa cavalerie alla courir Jusquesaux portes de Bude, et, remontant le long du Danube, fit un riche butin dans un navire qu'il prit , lequel descendoit de Gran à Bude chargé de dames qui y pensoient porter à sauveté leurs Joyaux et richesses. Le 5, Mansfeldt commença à faire battre Gran à trois endroicts, contre la ville-neufve, le chasteau et le fort Sainct Thomas. Il fit forcer deux Jours après ce fort Sainct Thomas ; tout ce qui se trouva dedans fut mis au fil de Fespée, mais il y mourut à la prise de bons soldats valons.
Oultre les trois grandes batteries que Mansfeldt avoit faict dresser devant Gran , il fit mettre beaucoup de petites pièces sur des aix joincts ensemble qui estoient sur l'eau, et lesquelles pièces tiroient dans la ville. Il en fit mettre aussi sur le fort Sainct Thomas et en d'autres endroicts ; mais les assiégez , résolus de se défendre Jusques à la mort, réparèrent les bresches si diligemment, que Mansfeldt ayant fait donner un assaut gênerai, les chresUeus y receurent une notable perte. Ainsi ce siège tira en longueur , pendant laquelle les Italiens eurent loisir de venir pour assister à la reddition du chasteau.
Le Grand Turc en ce temps là , voyant que ses armées estoient mal menées des chrestiens, il s'ayda de la finesse ; et, comme II eut descouvert que , par le moyen des nonces du Pape , la Moldavie , la Transylvanie et la Valachie luy avoient refusé le tribut accoustumé et avoient pris les armes contre iuy et fait ligue offensive et deffensive avec l'Empereur, ce qui avoit esté la cause qu'au lieu qu*il avoit pensé porter la guerre aux frontières de l'Austriche , il l'avoit eo la Bulgarie , il fut conseillé de trouver moyen de les des-unir. Il envoya pour cest effect un chians au prince de Transylvanie pour traitter de quelque moyen d'accord : ce prince ay&i^t demandé l'advls au nonce de Sa Sain^^^, nommé Yisconti, s'il le devolt escouter, ^^ i^y ayant
dit qu'il le pouvoit faire , il escouta ce chiaus , qui luy promit que s'il vouloit délaisser la ligue qu'il avoit faict avec le roy de Vienne [ainsi appelloit-il l'Empereur], qu'il auroit pardon, non seulement des choses passées , mais que son seigneur le Grand Turc le feroit jouyr de la Moldavie et Valachie , et se contenteroit de cinq mil soltanins de tribut tous les ans, au lieu des quinze mil qu'il luy avoit accoustumé de payer, et outre luy donneroit le tiltre de roy d'Hongrie. Le prince Sigismond renvoya ce chiaus sans aucune resolution , et manda à Sa Majesté Impériale un ambassadeur l'adveitir de tout ce que ce chiaus lui avoit dit.
Peu auparavant , ce prince , ayant eu advls que Aaron , valvode de Moldavie, avoit esté gaigné par le Turc sous belles promesses, et avoit quelque intelligence avec les Battorys, ses parens , qui lui estoient rebelles , et avec les Polonois mesmes , se saisit de luy , de sa femme et de ses enfans , et l'envoya à Prague , mettant en sa place un autre valvode nommé Estienne. Quant au valvode de Valachie , nommé Michel , on a escrit que le chiaus que le Turc envoyoit vers luy et vers le roy de Pologne fut tué par les Valachins.
D*autre oosté le begllerbei de Grèce, par commandement du Turc , fit venir de Belgrade à Bude cinq des serviteurs de Federic Chrecovis, Jadis ambassadeur de l'Empereur, lequel les Turcs avoient faIct pauvrement mourir prisonnier à Belgrade , ainsi que nous avons dit cy dessus.
Entre ces cinq serviteurs de Chrecovis il y avoit son secrétaire et un nommé Berlinguen , fils d'un des conseillers du duc de Vittemberg. Il commanda à ce secrétaire d'escrire à un secrétaire de l'Empereur, lequel ledit beglierbd cognoissoit et luy avoit autresfois parlé, pour conseiller l'Empereur d*entendre à la paix sous certaines conditions, et à Berlinguen de porter la lettre et d'en rapporter responce , sinon qu'il feroit mourir ses compagnons. Les principaux poincts de ceste lettre contenoieot que la paix se pourroit faire si l'Empereur vouloit rendre Filec, Novigrade et Sissag, délaisser la protection des Transsil vains, Valacheset Moldaves, et ne les secourir point contre le Grand Seigneur, lequel, comme leur souverain, les voufoit chastier de leur rébellion , et envoyer le tribut des années passées à la Porte du Turc , ce qu'il continuëroit cy après tous les ans à certain Jour.
Ces conditions estans montrées à TEmpereur, on Jugea incontinent de l'intention du Turc , qui estoit de rompre la ligue avec le Transsilvain ,
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faire courir un brait de paix, affin que le secours promis par plusieurs princes chrestiens à Sa Majesté Impériale , entendant ce bruit , ne se diligentast de s'acheminer. Ce fut pourquoy on fit rescrire audict secrétaire pour responce , la* quelle Berlinguen reporta au beglierbei , qu'il y avoit moyen de faire paix si les Turcs VQuloient rendre toutes les places et pays par eux occupez et envahis depuis la prise de Vichits en Croatie, et tous les chrestiens qu'ils avoient pris esclaves depuis ce temps-là , promettre de laisser sous la protection de Sa Majesté impériale et des roys de Hongrie ses successeurs les Transsilvains , Moldaves et Yalaches, sous laquelle protection Ib avoient esté de toute ancienneté , sinon depuis que les Turcs, par Tartifice de quelques rebelles , les en avoient séparez ; que le tort faict à Federic Chrecovis , ambassadeur de Sa Majesté Impériale , ne demeurast impuny , et que tous ceux qui l'avoient accompagné , et qui estoient encores à présent retenus prisonniers en Turquie , fussent mis en liberté. Yoylà la response que les chrestiens firent aux feintes propositions de paix que faisoient les Turcs, lesquels ne furent pas batus en ce temps là seulement en Hongrie et par les Transsilvains et Yalaches , mais aussi en la Croatie. Lincovitz , gouverneur de Cariostat, les desiit plusieurs fois, en tua beaucoup et leur osta ce qu'ils avoient butine en leurs courses. Il surprit Yichits , où^ ne pouvant se rendre maistre de la citadelle , il pilla et brusla la ville. Le vaivode de Bobas passant avec quatre cents Turcs la Save sur six barques pour penser surprendre le chasteau de Sainct George , le gouverneur de ce chasteau , en estant adverty, leur dressa une embuscade, dans laquelle estans tumbez , peu se sauvèrent qu'ils ne fussent tuez , pris et noyez. Le vaivode et son fils furent menez prisonniers à Gratz. . Sinan , estant derechef créé gênerai de l'armée turquesque en Hongrie contre les chrestiens, par le commandement de Mahomet, partit de Constantinople, et» arrivé proche de l'armée, envoya devant luy Mehemet, bascba du Caire , avec charge de faire mourir Ferat auparavant qu'il arrivast au camp. Mais Ferat, qui avoit eu advis du dessein de Sinan , tenant tousjours auprès de luy trois mil chevaux de la Bosne en qui il se fioit , leur dit qu'il ne rendroit jamais sa teste qu'en Constantinople à son seigneur, lequel il supplieroit déjuger s'il estoit convenable de faire mourir un sien si fldel esclave tel qu'il estoit , qui avoit , avec tant de travaux, vaincu les Perses, et les avoit contraints de demander la paix ; que ce n'estoit point la raison que Ton le flst mourir ignomi*
nieasement pour complaire à quélqMi mkn de sa gloire , et les pria d'estre compagnoDs 4i sa fortune, ce qu'ils lui promirent : teUemcat que, comme le bascba du Caire detcendoitàc cheval pour présenter aux chefs de l'armée lei lettres patentes du Grand Seigneur par lesqtelles il avoit créé son lieutenant gênerai SioaD, Ferat en mesme temps monta à chenl, et, rencontrant ledit bascba à pied , luy dit : i Vous venez et je m'en vais ; » ce qu'il fit, aecomp^né de ses Bosniens prenans tous le galop. Sioao, adverty incontinent de sa fuitte , envoya après luy cinq cents derviz , qui sont cavaliers jsniisaires de la province de Damas, lesquels sont montez sur chevaux merveilleusement viata, avec commandement de le suivre et de le prc»' dre, ou bieu de l'amuser tousjoun pareoDtt* nuelles charges jusques à ce que toute sa eaulerie , à qui il commanda de les suivre, les eut joinct , afûn que Ferat ne pust eschaper de sa mains. Ferat se voyant si vistement poanùn par ces dcrvlz , qui continuellement en le talonnant, le contraignoient de tourner testa, s'advisa de jetter et faire espandre par les chemins grande quantité de son or , et ce en diven lieux , affin que ces derviz , qui sont oatorell^ ment avaricieux , s'amusass^t à le ramasser et délaissassent de le suivre; mais eela ne loi profita pas de beaucoup; ce que voyant, il liisi encor derrière luy trois de ses pins bdiesesclar ves, aâin que ce que l'avariée n'avoit po foire, que la paillardise l'effectuast. £n partie ce Mittageme luy réussit ; car, auparavant qu'aocBia des derviz qui s*estolent advancezpoor loycoB" per passage à un pont où il dev<^t néeessair^ ment passer , y fussent arrivez , il l'avoit passé avec quelques-uns des siens les mieux moatei, laissant le gros de sa cavalerie derrière. U» derviz , arrivez à ce pont , pensant que Fent fust encor dans le gros de sa cavalerie, imf' rent le pont ; mais, acertenez qu'il estoit passe, ils furent si long temps à le refaire poor passer eux-mesmes , que Ferat eut loisir de se saaiff avec quatre des siens qui lai estoieDt fideOtf. et avec lesquels il se tiot long temps cadté* sans que Sinan pust lors descouvrir où il estai Depuis il envoya un sien mededn à ùnaM^ nople, nommé Mamuc, pour trouver mojeo de le faire rentrer en la bonne grâce da Grani Turc , ce qu'il practiquoit dextrement par le moyen des sultannes et des grands presnts qa'il faisoit ; mais ses ennemis ayant deseourert oo 3 estoit , firent tant qa*U fut pris et estraogléatee un garot : ses deniers , qui a» montoieat à ^ de cinq cents mille soltanins , ftirent eoafl<V au Grand Turc,
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Cependant Mansfeldt continuoit le siège de Sran, tandis que Sinan estoit retardé par les Franssil vains, qui lui escornoient de jour en oar quelque troupe de son armée. Le 9 juillet nille Turcs Yiodrent par barques de Bude à jrao, mirent pied à terre et entrèrent , malgré rinfanterle hongroise, dans le fort de Cocheren. Ma renforça tellement les assiégez , que les ihrestiens furent repoulsez depuis en plusieurs issaults.
Mansfeld, jugeant qu'il failloit néeessaire- DCDt forcer le fort de Cocheren pour oster tout Qoyen aux assiégez d'estre secourus , commença e 24 Juillet à faire jouer une très-rude batterie »Qtre ce fort. Paift fît aller ses Hongres si fuieuseitaent à Tassaut, qu^ls entrèrent dedans , Dirent au fil de Tespée trois cents des Turcs pii y estoient ; le reste se pensant sauver dans la ^lle par le pont , la plus grande partie se noya.
Le begiierbei de la Grèce , qui estoit lors à iode, voyant que Gran estoit en danger d*estre »ris par les chrestîens, et sçachant de quelle mportance estoit ceste place pour les afifaires lu Grand Turc en Hongrie , manda à toutes les laroisoQs voisines de le venir trouver. Ayant ^semblé douze mille spachis et quatre mille jalissaires , et autres gens de guerre jnsques au lombre de vingt mille hommes , il s'achemina ers Gran , et le second jour d*aoust , les Turcs *arurent en une longue plaine qui est entre deux Qontagnes, à demie lieuè du camp des chré^- 'ens, où ils se campèrent et commencèrent à J^ser un très grand nombre de pavillons , our foire estimer par cest artifice d'estre plus rand nombre de gens de guerre qu'ils n'es- Dient.
Le lendemain , un peu après midy , trois gros ^drons de cavalerie turquesque sortirent de e leur camp pour venir droict donner dans les *anchées des chrestiens. Mansfeldt, qui a voit igé de leur dessein dez leur venue ayant donné ordre requis de peur des sorties des assiégez , )rtit de ses trenchées et alla au devant des ores avec sa cavallerie qu'il divisa aussi en ois parts : iuy , avec la cavallerie allemande , ivisée en deux escadrons, tenoit la corne roicte ; Palfi la bataille avec trois mille lances >Dgroises , et à la corne gauche estoit le mardis de Burgau avec deux escadrons , l'un de istres et Tantre d*harquebusiers à cheval. Ils archerent un temps assez serrez ; mais approlant des Turcs ^ lis commencèrent à s'eslargir >mme pour les entourer. Le bascha de Bude , ejugeatit que la partie estoit mal faicte , après lelques charges où il fut bien combatu de part d'autre , voyant que les chrestiens les tralc-
toient rudement par les flancs , commença à faire faire retraicte. Se voyans poursuivis de prez , ils se mirent à la fuitte jusques dans leur camp. Aux combats et à la poursuitte il y en demeura grande quantité des plus valeureux d'entr'eux.
Le bascha se doutant que ceste retraicte donneroit quelque estonnement aux assiégez et en pourraient prendre une resolution pour se rendre , voyant aussi que les chrestiens se retiroient, il délibéra de faire une autre sortie de son camp, mais avec plus de gens , et mener quand et Iuy quelques pièces de campagne , lesquelles il fit conduire en un lieu qu'il avoit recognu pour son dessein , au devant desquelles pièces il fit mettre un gros hort de cavalerie. Les chestiens qui faisoient Tarrieregarde , ayant lors plus de cœur que de Jugement , retournèrent charger ce gros de Turcs , lesquels incontinent ne leur monstrerent que le dos , et , foyans , s'ouvrirent faisant jour pour faire jouer les pièces de campagne , qui donnèrent droict au travers des chrestiens avec un tel dommage que les reistres et les Hongres furent contraincts, pesie mesie, demonstrer les espaulesaux Turcs , lesquels, rassemblez et ayans retourné face , firent une rude charge aux chrestiens qu'ils menèrent battant jusques à la faveur de leurs tranchées, et eussent passé outre et secouru Gran sans Mansfeldt qui , de Tavaotgarde où il estoit , retourna à l'arriéregarde , ayant r'allié quelques-uns autour de Iuy, leur fit quelques charges et les contraignit de s'arrester ; toutesfois il recognut à leur contenance qu'à travers de quelques marais ils avoient envie de faire entrer du secours dans Gran , à quoy incontinent il donna ordre , envoyant sur les advenues de ces marais là quantité de gens de pied. Le bascha , se contentant pour ce coup d'avoir faict cognoistre aux assiégez qu'il estoit là pour leur secours , et qu'il estoit demeuré malstre de la place du combat et des morts , s'en retourna en son camp. Les chrestiens perdirent ceste journée cinq cents reistres et presque bien autant de Hongres. Les Turcs n'y perdirent pas tant d'hommes de la moitié.
Après ce combat les affaires des chrestiens devinrent douteuses , pour-ce qu'il ne se trouvoit lors au camp que sept mille chevaux et dix mille hommes de pied. Le lendemain les deux mille chevaux amenez par Mansfeldt des Fais Bas, que Ton appeloit Valons, furent mis en garde sur le passage des Turcs. Et ce mesme jour les Turcs recourent encor nouvelles forces de spachi et de janissaires, ce qui les fit résoudre de forcer les chrestiens , et de secourir les assiégez.
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Le 4 d'aoast , les Turcs ayons scen qu'il y avoit peu de garde daus le fort Sainct Thomas [dont le priûce don Jean de Medicis avoit la charge^ et lequel n'y estoit pas lors], ils résolurent d*un mesme temps d'attaquer ledit fort, et par un chemin qui estoit entre ledit fort et la ville de Teau , jetter du secours dans ladite ville. Àyans divisé pour ce faire sept mille chevaux en quatre escadrons qui faisoient Tavant-garde, ils vindrent droict au fort Sainct Thomas , où ils donnèrent furieusement; mais soustenus par six cents soldats qui estoient dedans, et endommagez par rartilierie, ils en furent repoulsez avec perte. Se voyans ainsi menez , le bascha de la Natolie qui conduisoit ceste avantgarde commença à faire cheminer les siens vers le chasteau pour y entrer par un petit chefnin qui y conduisoit ; mais mille cuiraces valonnes et six cents harquebusiers , qui estoientprèsde là, luy allèrent couper le chemin si à propos qu'il n'y eut que le bascha qui entra dedans suy vi de cent des siens : le reste fut contraint de plier et se retirer vers la bataille des Turcs , qui estoit venue près de là, laquelle estoit de huit mil chevaux en deux escadrons , soustenus de l'arriére garde où il n'y avoit pas moins de gens qu'à la bataille.
Mansfeldt , ayant faict sortir les chrestlens de leurs tranchées, les exhorta à la bataille , et les rengea tous en bel ordre pour combattre : il mit son infanterie au milieu de la bataille en cinq escadrons, celuy du milieu de cinq mille, et les deux autres de deux mille chacun , puis marcha en cest ordre , laissant la ville de Gran à gauche et une file de montagnes à droict, lesquelles font une petite valée entre elles et le fort Sainct Thomas, par laquelle les Turcs s'acheminoient. En la corne gauche de Tarmée des chrestiens estoit la plus grand part de la cavalerie hongroise et trois escadrons de reistres : en la corne droicte estoient six compagnies de cavalerie hongroise et deux escadrons de reistres , qui faisoient comme l'arriére garde , ainsi que ceux de la corne gauche faisoient Tadvant garde.
La bataille des Turcs s*advançoit au possible en belle ordonnance, ayant à sa teste vingt quatre pièces de campagne qui commencèrent à saluer les chrestiens, avec peu de dommage toutesfois, pour ce qu'ils s'estoient beaucoup advancez ; l'artillerie des chrestiens, au contraire, dont le prince don Jean de Medicis avoit la conduitte , fut plantée si judicieusement , qu'estant chargée de certains artifices faits de fer ployé [ lesquels s'eslargiâsoient en sortant de la bouche des canons] , elle fit de larges rues au travers des bataillonB des Turcs. En mesme temps Mansfeldt
et Medicis donnèrent en flanc sur les Turcs , et leur firent tourner visage vers les montagnes ea espérance de s'y sauver ; mais Palfy les suivit de si près avec trois mille chevaux , qu'il les contraignit, après en avoir beaucoup tué, de prèsdre la fuitte à toute bride, abandonnans leor artillerie et leur camp. La victoire se poursuivit par deux divers endroits, et fut pris en ceste Journée peu de prisonniers. Quatre mille Tons et quinze cents janissaires demeurèrent merti sur la place : entre les principaux estoient le bascha de Javarin et son fils, avec cinq bei. Lei baschas de Bude et de Garamanie le ^gMrent à la fuite. Le begiierbei de Greee, ayut esté trois Jours errant, se retrouva à Bode blessé d'une arquebuzade et de trois eovp^ deh pée. Les chrestiens gaîgnerent beaucoup de boni chevaux, sept cents pavillons, aucuns desquels furent vendus Jusques à quatre mille tallan, trois mille chameaux , grand nombre de malets, trente six estandarts , trente hutct pîees de campagne, avec quantité de munitions.
Après ceste victoire Mansfeldt fit sommer de le lendemain les assiégez : il y eut quelque ptrlement entr*eux; mais ceste response des Tura: f Combien que nous soyons certafa» de ne potvoir plus estre secourus , nous ne nous rendrons pas pour cela, car nous aimons mieux mamir avec renommée que vivre avec in&mie , • ronpit tous ces pourparlers.
Les Impériaux, entendans ceste rcspooee, recommencèrent leurs batteries en cinq endrolti avec trente deux canons, et mirent partene tout ce qu'ils jugèrent leur pouvoir empeseber d'aller à l'assaut , faisant aussi cmitinnellemest et avec vigilance faire cinq mines , pais logerai dans les trenchées voisines trois mil hommes de pied pour donner l'assaut dez que les mines aaroient faict leur effect. Mais voicy un revers de fortune qui advint eu l'armée cfarestienne, eu Mansfeldt, qui en estoit la teste et la eondaltle, ayant en la victoire dernière fait Tofflee de gênerai et de soldat, luy, qui estoit d'une coibplexlon sanguine et d'une grande et grom stature, s'eschauffa tellement, que, atfl%é d*aiie ardente fièvre suivie d'un flux de sang , il se fit porter à Komorre là où il mourut le qnatorziesBM Jour de ce moys, au grand regret de rannée impériale.
Le marquis de Burgau , maistre de caïap en l'armée, demeura comme le gênerai en IccOe depuis que le comte de Mansfeldt fut cradvt malade à Komorre , ce qui ne fut pas sans qoelque mescontentement de don Jean de Medids; et, bien qu'il n'y eust pas une parfiÉfele ialeligence entr'eux deux, Tinterest toutefirfs du je-
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neral surmonta les affections particulières. Estant arrivé deux mille lansquenets en Tannée , on délibéra de donner un assaut gênerai à la ville de Teau , et, affln de diviser les forces des assiégez, au conseil de guerre il fut arresté que, le matin treiziesme d*aoust, tandis que le marquis deBargauferoit donner un assaut au chasteau , que le prince dom Jean attaqueroit la ville de Tean. Geste resolution fut retardée jusques sur Taprés-dinée pour divers accidents.
Les Allemans, qui donnèrent à la bresche de la ville de feau , furent du commencement rudement repoulsez avec perte des leurs ; mais don Jean les faisant soustenir par Charles de GoQ^guc et Charles de Bossi qui conduisoit les Italiras qui estoient lors en Tarmée, peu en nombre toutesfois, tant par la voix que par Texemple, retournèrent a l'assaut, là où cinq heures durant , après que les Valons et les Hongres les eurent aussi soutenus, i^s furent encor repoulsez; mais les Valons à la troisiesme fois, tenans la pointe et reprenans courage, suivys des autres nations, donnèrent de telle furie sur les Turcs quMls gaîgnerent la bresche : poursuivans leur pointe , tout ce qui se trouva devant eux fat taillé en pièces. En ceste prise forent tuez treize cents Turcs en se deffendant aussi valeureusement que Ton sauroit faire : le reste se sauva au chasteau. Quatre cents chrestiens moururent à ceste prise. Quant à Tassant que Ton At donner au chasteau , les chrestiens en forent repoulsez du tout avec perte de plusieurs capitaines et braves soldats. L'on s^estoit ioaté que les Turcs, à leur façon accoustumée , Q auroient pas failly de faire des mines dans ceste n'I/eausquelles le feu se prendroit quelque temps iprès pour faire sauter en Tair la plus-part de la nlle, et pour faire périr les victorieux et rendre eur prise inutille : ce fut pourquoi on s'en enfuesta de quelques prisonniers , qui l'ayant conessé, Burgau et Medids firent incontinent sonler la retralcte et ouvrir les portes, tellement [ue les chrestiens firent sortir cinq cents bons hevaux qu'ils trouvèrent dans ceste ville , et uelque autre butin , peu de victuailles et peu e munitions , mais grand nombre d'esclaves brestlens. Peu après le feu prit aux mines , qui e fit si grand dommage que les Turcs s'estoient romîs, et ne s'y perdit que trente Allemands , isquels, estans addonnez à butiner, ne se vouirent retirer. La prise de ceste ville de l'eau fut ; treiziesme d'aoust , et le quinziesme la nouelle vint en l'armée de la mort du comte de [ansfeldt , qui estoit le Jour que Ton avoit re- )lu de donner l'assaut au chasteau , ce qu'on iffera Jusqu'à ce que l'archiduc Mathias fust