‹ Chronologie novenaireChapitre 55 sur 62 · G* p. H« T. XII · texte numérisé non relu

G* p. H« T. XII

venu en l'armée, où il se rendit peu de jours après avec de belles troupes.

Cependant le prince dom Jean de Medicis fit tirer en ruine vingt-deux mil coups de canon contre le chasteau de Gran , lesquels abbatirent toutes les deffencesetlaplus grand part des maisons, et contraignit les assiégez de caver dans le roc et s'y faire des demeures; mais, peur tant de coups de canon , il ne se fit point de bresche raisonnable pour donner l'assaut : neantmoins il estoit généralement demandé de tous les soldats. L'archiduc et plusieurs de son conseil n'estoient point de ceste opinion , et pour ce il se résolut d'attendre Tarmée d'Italiens qu'envoyoit le Pape au secours de la guerre de Hongrie, pour y faire un dernier effort, laquelle armée estoit aux environs de Vienne. Mais les Allemans , advertis de ceste resolution, commencèrent à en murmurer, disans que puis qu'ils avoient pris la vieille ville, les forts et finalement la ville de l'eau, dressé des tranchées, fait des batteries, taillé en pièces tous ceux qui s'estoient présentez pour secourir les assiégez qu'ils avoient réduit maintenant à l'extrémité, à quoy ils avoient despendu leurs moyens et espandu leur sang, qu'il n'estoit pas convenable que les Italiens, qui n'avoient eu d'autre peine que de venir d'Italie en Hongrie, receussent et la gloire et le pillage de Gran. Ces paroles furent suivies d'une protestation qu'ils n'endureroient point que les Italiens fussent employez en ce siège. Il fut répliqué quMls estoient près de l'armée , et que leur secours estoit nécessaire pour les grands préparatifs que faisoit le bascha Sinan , dont on avoit eu advis ; que l'honneur et la gloire de tout ce qui s'estoit passé Jusques à lors en ce siège ne pouvoit estre ostée aux Allemans et aux Hongres, ny celle là qu'ils gaigneroient à la prise du chasteau, car on ne les mesleroit point avec les Italiens, et chacun auroit son quartier et sa bresche, où la valeur de chasque nation serait toujours recognué. Plusieurs autres raisons alléguées furent occasion que les Allemans délaissèrent à parler de Tassaut, attendans aussi l'effect d'une grande mine, laquelle fut esventée par les Turcs, et par les chrestiens assez long temps combattue à la iiouche, mais abandonnée avec perte.

Le 17 d'aoust l'armée du Pape, conduitte par son nepveu , composée de douze mille hommes de pied et plus, arriva devant Gran en très-bel ordre et en bonne couche. Des deux batteries les Italiens en choisirent une , et se logèrent sous celle avec laquelle Palfi avoit fait bresche au pont de la forteresse auprès du mur qui , descendant du haut en bas, Joint le chasteau avec la ville de l'eau ; et , comme on pensoit que l'on

CHBOHOLOGIB NOVEIUIBB

deust donner Tassant gênerai le 2 1 , les Allemans leur quittèrent le soir d'auparavant les trauchées qui estoient vis à vis de la bresche. Quant aux Allemans, ils entreprirent bresche faicte du mont Salnct Thomas , laquelle estoit très-difficile. Les plus entendus capitaines proposoient que Tassant à une place de si difficile accez ne pouvoit causer que la mort de plusieurs vaillans hommes, et que la sappe et la mine apporteroient plus d*utilité; mais ceux là ne furent pas creus, et Tadvis de ceux qui proposoient Tassaut comme chose plus généreuse fut suivy.

Le lendemain de la Sainct Barthélémy, dez la pointe du jour , dom Jean de Medicis fit recommencer ses bateries, et , ayant faict tirer furieusement plusieurs volées de canon , les Allemans et les Hongres d'un costé se présentèrent pour aller à Tassant; mais, pensant grimper par la roche presqu*lnaccessible y les Turcs leur jetterent tant de pierres et de feux d'artifice, qu'ils furent contraints de penser à leur retraicte ; ce que recognoissant les Turcs , ils mirent des pieces de canon sur une pointe, et en tirèrent plusieurs volées en flanc au travers les escadrons des Allemans 9 dont ils en tuèrent plus de deux cents, entre lesquels estoient quelques capitaines ; et pis leur fust advenu sans que dom Jean de Medicis fit incontinent pointer quatre canons encontrebatterle, lesquels dez la deuxiesme volée démontèrent les pièces des assiégez.

Quant aux Italiens qui donnèrent à Tautre bresche, les chefs ayans entr*eux jette au sort à qui auroit la pointe, et estant tombé à Mario Farneze, il print vingt hommes de chasque compagnie, et, après qu'un père capucin leur eut faict une belle exhortation, leur donnant sa bénédiction , ils firent tous le signe de la croix, et, pleins de courage, commencèrent à monter par dessus les ruines, avec une grande difficulté, car ils ne pou voient tenir leur pied ferme pour la roideur de la montagne et pour la poudre qui estoit procedée des ruines de la bresche. Les arquebuzades, les pierres et les feux d'artifice que les assiégez jettoient en tuoient plusieurs, tellement que ceux de devant en tombant se renversoient sur ceux de derrière et leur ostoient la commodité de passer plus avant. Les Turcs avoient donné la charge des pierres aux femmes , qui en avoient faict de grands amas à Tentour des murailles, et en avoient mis les plus grosses dessus, tellement que deux femmes seules avec une corde, aux lieux de précipices , en jettoient sur les chrestiens une grande quantité et les endommageoient beaucoup : d'autres emplissoient âespeau:^ de chevaux pleines de moyennes pierres, et les jettoient par dessus les murailles sur les

DB PALWA OAYBT. [|S9i>]

assaillans, qui , à cause de la flamaie erasée ta feux artificiels, ne voyoient goutte : lesTurcià coups d'arquebuzes et de flesches lesfrappoie&t en mire, et en tuoient et blessoient beauceQpqiii seretiroient de Tassaut; d'autres, à quitesHsn d'artifice brusioient leurs habits , s'en eouroiat boutter dans le Danube pour le desteindre. Mario Farneze , estant bien blessé des le oonuneBcement de Tassant , se retira aussi, et HarePie, à qui estoit escheu le second lieu , alla à l'asaot bravement, et, devant qne de parvenir su la bresche, il fut repoulsé par cinq fois ; en fin, y citant parvran , il s'y logea ; car les antres qui k dévoient suivre , espouvantez des morts et des blessez , ne montèrent qu^à demy le mont et « retirèrent. Se voyant près d'estre forcé f^ la assiégez d'en sortir,il envoya un dessienssogineral Aldobrandin luy prier de Iny envoycrdo gens , et qu'il entreprenoit de forcer les Tues le gênerai Luy manda qu'il trouvast moyen d'asseurer son logement seulement josqnesnrk soir ; ce qu*il fit avec bien de la peine.

La nuict venue , Ascagne Sforee l'alla \m de là , et fit porter aux siens nombre de mantolets, avec force instruments pour &ire qœkjaa retranchements couverts affin de se sauver da coups d'arquebuzades que les Turcs leor casent peu tirer à mire^et des coups de pierre qae Ton leur eust pu encor jetter d'en haut : il i^ vança fort ce retranchement durant vtngt-qutR heures qu'il y fut. Ascagne de La Corgne Iny s» céda, et, parle commandement du gênerai, qai avoit recognn qu'il valloit mieux gaignerpicda pied et user plustost de la sappe, ee qui estoit plus utile , que de penser forcer par assauts la retranchements, il commença, partie en cooIbItant, partie en cavant , de mettre dessous ce q» Ton avoit cave quelques barils pleins de poudie^ qui firent sauter en Tair le plus dur du bautdt la roche, tellement que les Italiens gaiguecot par ce moyen peu à peu terre. A Corgne suoccdi François du Mont, età eestoy-cy Le Baiiloa. Ces six là estoient les colonels de Tinftnterie in* tienne, lesquels furent chacun jour et à leur t0V logez sur la bresche, et qui advançoieot to«^ jours quelque chose. Le dernier jour d'MWSt Ascagne Sforze y estant retourné en garde, i( retrouvant proche d'une petite tour du chasteas* ayant avec luy Charles de Gonzague et ooibIjk des siens, il Tassaillitsi valeureusement, q«'^ près un long combat , où plusieurs perdyreat li vie , il s'en rendit maistre d^uue partie d'os ^ pouvoit descouvrir la place du cha^u.De 1 litre costé les Allemans s'estolent, avec beaucoo? de perte desleurs, logez aussiaupièsde labiescbe, tellement que les Turcs, se voyansprcrtstf*^

CHRONOLOGIS N0TSRA1KK BS PAL|CA CÀYBT. [159S]

foreei, tioreiit eoDseffl de ce qu'ils devroient faire eo on péril si eminent.

Le irâseha de la Natolie, qui estoit le seul chef de reste dans ccste place, car TAU Bega, qui y avolt tousjours commandé, et Taga des janissaires y avoient esté tuez de deux coups de canoD le 17 â*aoust, leur dit : a Mes compagnons, il n'y a plus d'apparence de demeurer en ceste place , Je crois qu'il nous sera plus honorable d'en sortir et mourir en combattant, que de nous rendre À composition à nos ennemis : nous auronsde la gloire de vendre nostre mort à ceux qui BOUS en voudront empescher Fissuë , après que aoos aurons faict des mines dans ceste place, où BOUS mettrons toutes les artilleries et munitions, affiu qu'au mesme temps que nous en sortirons, elle soit réduite en feu, et que les ruy nés en tumbent sur nos ennemis. Jamais il n'a esté reproché aux Turcs qu'ils ayent rendu une forteresse royale ; ne soyons point, mes chers compagnons, les premiers qui commettions ceste lascheté, et, puis que nous sommes contraints d'en sortir par la force, qu'au moins dos ennemis ne s'en puissent Jamais prévaloir. » Aucuns approuvolent la pertioacitéde ce vieillard, etse ressouvenoient de celIed'AliBegaquileuravoittousjours mis devant les yeux qu'il failloit plustost tous mourir que de oommettrequelquechosequipustprejudicieràla grandeur de l' empire des Ottomans. D'autres aussi proposèrent que l'on avoit faict pour la deffeuse de ceste place tout ee que des gens de guerre pouvoient faire; qve l'on leur avoit promis de leur donner du secours ; ce que le begller-bei de la Grèce n'a voit peu exécuter; qu'il failloit avoir le eœor tendre aux crys pitoyables des femmes et des petits en&ns ; aussi que les braves soldats qui avoient si courageusement deffendu ceste plaee meritoient mieux d'estre conservez en vie pour faire service encor au Grand Seigneur, que àe les perdre en une si tragique resolution . A près slosieurs discours ils résolurent que l'on tenteroit des assaillans quelle composition ils leur foudroient donner, et que si on ne la leur fai^solt tonorable, qu'ils se deffendroient jusques au teroier soaspir de leur vie.

Le dernier Jour d'aoust un renégat qui estoit lans le chasteau commença à parler du haut de i bresche en langue hongroise à quelques Allelans qui estoient proche de là, et demanda de ouvoir parler au gênerai de l'armée. Aussi- tost n alla le dire à l'archiduc, qui envoya le lieuînant du marquis de Burgau pour sçavoir ce n'il vouloit dire. Il demanda à parlementer, et i on vQuloit faire composition honneste que l'on endroit la place. La responce fut différée jusues au lendemain matin y que ce ren^t avec

quelques autres Turcs sortirent pour parlemen-^ ter. Du commencement il y eut beaucoup de paroles, pour ce que les Turcs demandoient des conditions advantageuses, ce que les députez de rarchidoc ne leur voulurent accorder. Les Turcs envoyèrent des leurs dans le chasteau pour &ça<voir la volonté du bascha sur ce que Ton leur vouloit promettre, et les Impériaux à l'archiduc pour sçavoir la sienne sur ce que l'on leur demandoit. Cependant on fit deffences de tirer de part et d'autre. Rassemblez au bout d'une heure, et s'estant trouvé d'abondant en ce parlement le marquis de Burgau, le prince dom Jean de Medicis, et autres chefs chrestieus, les Turcs rapportèrent que le bascha, quant à sa personne, estant jà vieil, et ne pouvant, selon l'aage, espérer beaucoup de vie, ne voudroit sur la fin de ses ans tacher sa renommée d'avoir rendu par capitulation ceste place, si ce n'estoit la considération qu'il avoit de ne vouloir perdre tant de valeureux soldats qui luy avoient aussi bien esté donnez pour les conserver comme la forteresse, la perte de laquelle ne pouvoit qu'apporter la ruyne à ceux qui avoient eu charge de la secourir, et ne ravoient pas faict ; qu'il ne vouloit point dire que les chrestiens ne le pussent forcer, mais diroit bien que, devant qu'on le pust faire, il feroit perdre la vie à deux fois plus de chrestiens qu'il n'avoit de Turcs avec luy ; et que pour son honneur et de ceux qui estoient avec luy, qull ne rendroit la piace qu'aux conditions qu'il avoit demandées.

Les chrestiens, ayans pris ad vis entr'eux, accordèrent aux Turcs de sortir avec le cimeterre au costé et autant de bagage que chacun d'eux pourroit emporter ; aussi que l'on leur donn»roit des barques pour estre conduits en toute seureté jusques à Bude. Ceste capitulation fut effectuée dez la pointe du jour le second de sep» tcmbre. Premièrement sortirent les personnes inutiles à la guerre qui se retrouvèrent enfermez dans ceste place , lesquels , avec les femmes et les eofans, pouvolent bien eslre seize cents, puis cinquante cinq soldats blessez, et mille soldats avec trois cents janissaires qui monstroicnt tous estre gens de commandement , à la teste desquels estoit le bascha, qui estoit un très-beau vieillard : estant sorty il regarda derrière luy le chasteau avec une face triste , et , soupirant , dit : > Jamais les Turcs n'ont faict une perte de telle importance. »

Ainsi qu'ils s'embarquoient sur trente six barques, les chrestiens commencèrent à leur reprocher le peu de foy qu'ils avoient gardé à la composition de Javarin. Les Turcs respondirent que l'on ne trouveroit point que ce fussent ceux de

tod

CHRONOLOGtB NOVEIIÀIBB DE PALMA CAYBT. [l$95j

leur nation qui eussent commis ceste meschanceté, car sur tout ils avoient en recommandation de garder la foy promise, mais que ç'avoit esté les Tartares. Ceste response fut acceptée par les chefls pour véritable, et fut faicte une estroicte deffence de leur mal fiiire ; tellement que suyvaut la composition ils arrivèrent sans aucun danger à Bude. Auparavant que sortir du chasteau, suivant ce qu'ils avoient promis de ne faire aucune tromperie, ils monstrerent comme ils avoient préparé les mines pour envoyer ceste place en Tair, ce qu'ils n'eussent sceu faire sans se perdre ; mais aussi il y eust eu grand nombre de chrestiens ensevelis dans ceste ruine. Ceux qui emportèrent de Tbonneur d^avoir bien fait en ce siège outre le comte de Mansfeldt, furent le prince dom Jean de Medicfs [lequel est à présent à la cour du roy Trës-Chrestien] et Palfy. Nous avons descrit ce mémorable siège tout d'une suitte; mais avant que de dire comme Tarmée cbrestienne alla à Yisgrade, voyons ce qui se passa durant iceluy en plusieurs endroicts.

L'arcbiduc Maximîlian estoit en la baute Hongrie avec une armée, où il esperoit combattre les Tartares, s'ils entreprenoient d'y passer pour aller Joindre le beglierbei de Grèce à Bude , mais ils ne passèrent point la Moldavie. L'occasion fut que le chancelier de Pologne entra dans ce pays - là avec une armée de Polonois pour y establîr une vaivode ou hoffodar^ ce qu'ils disoient leur appartenir, et non pas au prince de Transsilvanie qui y avoit mis Etienne Zozuan, et luy avoit laissé deux mille chevaux hongrois avec plusieurs belles forces du pays pour s'y maintenir. Or, un baron de Moldavie nommé Hieremie, favorisé des Polonois , avoit pris les armes contre Estienne, et y eut plusieurs combats entreux deux : mais le chancelier Zamoski, polonois, estant entré en la Moldavie avec une grande armée, Estienne tut du tout desfait et pris prisonnier, et Hieremie par luy mis en sa place.

En mesme temps le grand cam des Tartares, Cazichiery, vint avec cent mille Tartares sur les frontières de la Moldavie, et se campa aux bords de la rivière de Pruth, à l'endroict où elle entre dans celle de Cocoza , pour, suivant la volonté du grand turc Mahomet , establir aussi pour vaivode en Moldavie un nommé Sediach Tiniso. Mais après quelques rencontres entr'eux et les Polonois, où ils eurent du pire, ils firent accord que Hieremie, estably par les Polonois, demeureroit vaivode, mais quMl prendrait Tinvestiture du Grand Turc, et luy payerait le tribut accoustumé tous les ans. Suivant cest accord , le cam des Tartares donna l'estendart à Hieramfe,

qui demeura par ce moyen vaivode deHolda^.

L*empereur Rodolfe en fut mervellleiisemeDk fasché contre les Polonois, et reserivit an roy de Pologne que toute la chrestienté, avec joAe raison , pourroit se plaindre et crier eontre lu; de ce qui s'estoit passé en Moldavie : toutefmsiiail esperoit de luy qu'il ferait tant, que les PoIodm à Tadvenir empescheroient les Thraccs et ki Scites de venir plus faire leurs courses et depitt dans les pays et royaumes chrestiens allies ine luy ; et qu'il se Joindrait et ferait ligoeaveeliy et avec les autres princes chrestiens contre te Turc ; qu'à fin qu'il ne fust destourné de cela, qu'il avoit envoyé exhorter le prineede Tramsilvanie de conserver toute bonne volsinanceet amitié avec les Polonois ; et sans en venir m armes d'avantage, qu'il luy avoit mandé d'w»^ der pacifiquement leurs différents. Sa Saiodcté escrivit aussi les mesmes plaintes aodictroif; mais , comme les rays de Pologne n'ont p» te puissance absolue sur les Polonois, et qne tnta les principales afbires se résolvent en eoDsd, le chancellier, qui n'estoit nullement am? k prince de Transsilvanie pour de particnlieniiterests, car le prince de Transsilvanie en avoi chassé les Battorys qui luy estoient aiUei, et outre que la noblesse polonoise estoit dcsimse deconserver la paix qu'ils avoient avec lesTaro, ces lettres ne furent de grand effeet

Bien que les Polonois ne fissent la guerre oiverte au Turc , si donnèrent ils un griind soutegement à la Hongrie , en ce qu'ils arresterent ki Tartares de passer la rivière de Pruth , «qu'ils eussent faict, et feussent venus au seeonndi siège de Gran ; et aussi qu'ils les amusèrent d'œ ligue qu'ils dévoient faire ensemble pour iàirete guerre aux Cosaques qui sont outre la rivière* Nester, afiQn de les empescher de ftire pins M courses et endommager les terres du Grand Toit ny celles des Tartares : tellement que lasûsM de pouvoir passer en Hongrie estant eseoQlée,ie grand cam envoya un ambassadeur, nomme Gtenacmetagre , avec lettres au roy de Pologne , tut en son nom qu'au nom de son frere Letichcrty Galga , et de ses conseillers , capitaines et soldats , pour le semondre de faire la guerre aosdits Cosaques, et luy envoyer quelques dons en si?» d*amitié. Cest ambassadeur ayant présenté ses lettres et donné au Boy un cheval et une flecbe, il fit instance que l'on envoyast un Mtiasaàm aussi vers son prince, avec les présents qne Tes luy voudrait donner : mais il n*ent a Rsponce que par lettres scellées, et fut ainsi envoyé avec un present d'une rabbe de soye fourrée de lBl^ très zibelines.

Cependant que le cbancelior de Pologne fii*

CHBOIfOLOeiB NOVBNAUIB DE PALMA CAYBT. [1595]

soit la guerre en Moldavie , le prince de Transailvanie envoya assiéger Lippe , qui est une ville forte sitaée aox confins de Hon^e, sur la rivière de Ifarons , laquelle entre dans le Tibische à Seged. Ghierolibet, son lieutenant, Tayant investie et demeuré quelque temps devant, il fit donner Tassaut à la ville le 28 d'aoust , si furieusement que les siens y entrèrent , mirent tout au fil de Vespéej et pillèrent ceste grande ville. La garnison , s^estant retirée au chasteau , se rendit trois jours après , et sortit sans armes, vies et bagues sauves. Geste ville , Tan 1543, fut assiégée un long temps par le vaillant capitaine Gastalde ) qui avoit une grande armée de diverses nations, où il perdit beaucoup de gens devant que la prendre : à ceste fois elle Ait prise en moins de quinze Jours et sans beaucoup de perte.

Au mesme temps de ceste reddition le prince de Transsilvanie eut advis que le bascba Sinan passoit le Danube sur un pont de barques pour secourir Lippe, et qu'il avoit en son armée soixante mil hommes, tant de pied que de che- Tal. Il mit en conseil s'il devoit Taller combattre : les opinions furent diverses; mais, ayant dans son armée diverses nations , sçavoir : Hongrois, Raschiens, Yallaches, Moldaves, et Traus- 8ilvains,ennombredeplusde quarante millebommes , lesquels , pour les victoires qu'ils avoîeot obtenues sur les Turcs, estoient devenus du tout présomptueux , ils demandèrent bataille, disans qu'ils vouloient aller rencontrer Tennemy de la chrestienté pour se délivrer de son joug tyrannique. Les vieux capitaines remonstrerent que c'estoit bazarder en une Journée tous leurs travaux passez, et qu'il valloit mieux Jetter quelque ville en teste à ceste armée , et y mettre dedans des gens de guerre pour la deffendre , afin que par ce moyen elle se ruinast d'elle-mesme. Ces peuples rejetèrent du tout ce conseil, et d'une mesme voix dirent à leurs chefis qu'ils vouloient combattre le bascha Sinan avant qu'il eust joint les Tartares qui estoient lors campez sur la rivière de Pruth , et qu*ils en auroient meilleur marché séparez que joincts. Le prince transsilvain prenant bon augure du courage de ces peuples , Il les mena avec telle diligence qu'ils arrivèrent le sixiesme jour de septembre au matin sur les bords du Danube , où ils trouvèrent que Sinan avoit fait desjà passer la moitié de son armée sur des ponts de barques faits exprès. Ce prince voyant que sa diligence iuy apportoit ceste commodité de pouvoir combattre la moitié de Tarmée des Turcs , et la deffaire devant que l'autre fust passée , il exhorta et rangea incontinent ses gens à la bataille avec une telle diligence, Que sur les neuf heures du matin le combat coi^eDÇ^ ' ^^

fut continué avec une telle animosité de part et d'autre , que, quatre heures durant , on n'eust sceu discerner de quel costé la victoire devoit tomber, bien que toute la campagne fust couverte d'hommes et de chevaux tués. Estant arrivé aux chrestiens six mille chevaux de renfort, ceux qui s^estoient eschauffez au combat s'en retirèrent, en ordre toutesfois et comme pour prendre quelque repos, afin de r allier ceux qui s'estolent séparez. Les Turcs de leur costé firent le mesme , et eurent par ce moyen loisir d'estre secourus d*une partie de ceux qui estoient outre le Danube, lesquels on faisoit passer vistement le pont et prendre place de bataille. Après que iesarméeseurentestélespaced'uneheurecomme pour prendre haleine, le combatse recommença de part et d'autre avec une telle férocité que l'on ne vit plus incontinent que renfort de tuerie; ce ne fut plus qu'horreur et espouvantement de tous costez Jusques sur le soir que les Turcs commence* rent à bransler , et puis à fuir avec une telle confusion , que , peu après que Sinan eust passé le pont pour se sauver, les barques commencèrent à se deslacher, et tout ce qui estoit dessus périt dans le Danube, avec ceux-là qui , pensant esviter l'espée des chrestiens, voulurent traverser ce grand fleuve. On a escrit qu'il se perdit en ceste Journée plus de vingt-cinq mille Turcs, et des chrestiens dix mille.

Après ceste bataille, le prince de Transsilvanie voyant qu'il n'y avoit point moyen de poursuivre Sinan au delà du Danube , il s'en alla aux environs de Temessvar qu'il esperoit assiéger. Ceste ville n'est qu'à sept lieues françoises de Lippe , et est située sur la rivière de Teniez, laquelle aussi se va rendre dans la Tibisce , et de là dans le Danube près Belgrade : car ce prince &isoit son dessein de se rendre maistre de tout ce qui est entre la Transsilvanie, le Danube et la Tibisce; mais le nombre des chrestiens qui se perdit en ceste dernière victoire fit qu'il se trouva court pour ceste entreprise. Or, après y avoir séjourné près de six semaines , et ayant eu advis que Sinan , ayant tournoyé en la Bulgarie , avoit ramassé les restes de son armée , passé sur un pont de barques le Danube auprès Giorgiu , et s'en estoit allé à Tergoviste en Valachie , là où il esperoit joindre en bref les Tartares , puis se venger sur la Transsilvanie des pertes qu'il avoit receuës , cest advis fit tenir conseil au Transsilvain de ce qu'il devoit foire : il fut résolu qu'aossi-tost que les reistres qu'envoyoit l'archiduc Maximilian , avec cent cinquante chevaux italiens adventuriers conduits par Silvio Picolomini, seroient joints en l'armée, que l'on cheminoit droit à rencontre de Sinan ; ce que l'on

tio

CRBOlfOLOélB NOVBNAIBB lOi PALMÂ CAYBt. [1595]

Keu bien fort de sitoatlo& non lolng de là, «t qM

Ht leqninBiesme d*oetobre , Tarmée estant de dix mille chevanx et quinze mille hommes de pied. Aussî-tost que Siuan sceut que le prince transsilvain venoit de Yaiachte, il se résolut de sortir de Tergoviste où il estait, et s'allerretirér à Burchar^st , à deux lieues de lA, lieu fort et advantageux pour se camper; et, pour arrester les Transsilvains victorieux , il laissa dans une église près lé palais des vaivodes de Yalachle, de laquelle tes Turcs iklsolent une citadelle , quiuze cents hommes de guerre sous la charge du bascha de Garamanie et du bel d'Albanie.

Sur ceste retralcte le prince tmnssilvain tint conseil , où estolt mesmes le nonce de Sa Saincteté qui estoit lors en ceste armée. Il y eut divers advis : la plus grand'part soustenoient qu'il fidlloit poursuivre les Turcs que Ton disoit estre fort espouvantez, sans s'arrester de vouloir forcer le fort de Tergoviste ; t Car, disoient-ils, si Sinan est entièrement desfaict par nous, il n'y a point d'apparence que les Turcs qui sont dans ce fort veuillent s^y opiniastrer, et par ce moyen il tombera en la puissance des chrestiens sans perte; au contraire, si Ton Fattâque maintenant» et que Ton donné loisir à Sinan de se camper en lieu fort, sans doute en peu de temps II pourra luy venir de nouvelles et grandes forces , donnera secours au fort , nous forcera de lever le siège , et recommencera en ces provinces deçà le Danube les feux de la guerre que Ton y a presque esteints. t Au contraire, d'autres opinèrent qu'il falloit assiéger et prendre le fort avontque de suivre Sinan , et disoient : t Ou il s'est retiré pour crainte de nous , ou pour trouver un lieu advantageux pour combattre : soit en l'un ou en l'autre de ces deux desseins , puis qu'il a eu advis un Jour et une nuict auparavant nostre venue, il a peu prendre tel advantage qu'il a voulu, et toute nostre poursuitte ne serviroit de rien. Si nous allons après luy nous demeurerons au milieu de deux ennetnis , ayant le fort de Tergoviste derrière, d'où on donnera beaucoup de travail à tout ce que l'on amènera de Transsilvanie en l'armée chrestienne , et possible Sinan en teste qui sera campé en lieu advantageux; mais, outre cela , l'armée chrestienne est trop harassée de la diligence qu'elle afoit à venir des environs de Temessvar, et est hors de toute apparence de guerre de Taller faire affronter contre un ennemy frais et qui s'est reposé : ce seroit trop manifestement la mettre au hasard d'estre entièrement defVhite. » En lin il fût résolu de demeurer aux environs de Tergoviste, et envoyer prendre langue de ce qu'estoient devenus les Turcs , à quoy l'on n'arresta gucres ; et ceux qui y furent envoyez rapportèrent qu'ils s'alloient camper en

Assan bascha faisoit Tarriere-garde enbcmieardonnance avec quatre mille chevaux turcs. Su cest advis, dès le soir du dlx^septlesmede a mois , on résolut d'assiéger le fort de Tergoviste, et à l'heure mesme il ftit investy, reeognv,eiia batterie dressée. Dès le lendemain matio elle con- Hiença à tonner furieusement; mais, comme es vit que cela apportoit peu de profit, ponr cequ le terre-plain flaisoit une mervellleme resistuNe, les assalllans commencèrent en mesmeteopià travailler à la sappe , puis à bire fora feoxirtificiels pour faire une ouverture à ce fort qui n'estoit que de bois. Sur le soir ib donnèrent n si furieux assaut qu'ils entrèrent dedans (ictl^ meste , et taillèrent en pièces tout ce qui s) trouva, excepté le bascha et le bel qui fiienteivoyez prisonniers à Gorone , et trois Turcs qui se jetterent par dessus les murailles, et se mnrent à la faveur de la nnict an camp de Siui, auquel ils mirent telle espouvaDte,qBe,bin(|K les Turcs eussent commencé à fortifier Bordiarest, ils l'abandonnèrent et tous leurs retrand»tnens , le bagage et mesmes de l'artillerie. leprenans le chemin pour aller repasser le Daaobi à Georglu et se sauver en la Bulgarie, kyw passé la rivière de Telez, ils rompirent toasia ponts, et en d'autres endroits aussi, afin de rendre inutile toute poursuitte que l'on leor eori voulu faire. Le prince adverty de ceste foitle. le dix-neufiesme de ce mois il fit chanioer l'l^ mée chrestienne droict à Burgarest par de tmrudes chemins , et, voyant le desordre quesœ enneroy, y avoit laissé , il s'advança pour lit couper chemin et tascher à arriver devant leri Georgiu, qui est un bon cfaasteau où Sinan atot mis une garnison de hotet cens Tores poorhn servir d'espaule en un besoin à se sauver pir 11 pont au-delA du Danube ; mais le prince n'y pi arriver que le vingt-huictiesme de ce mois, tf lors que Sinan avoit desjà fait passer la pi port des siens outre le fleuve, et n'y SToit à passer que six mille Turcs de Farri et bien dix mille esclaves chrestiens qulis a pris en la Yalachie, avec la garnison qni dans Giorgiu.

Aussi tost que l'avant ^garde des Trsnsâlv eut recognu que Sinan estoit passé delà le nube , sans attendre le commandement de prince , elle chargea si nadement tes sii nii Turcs restez, qu'après en avoir tué la plas part , les autres se sauvèrent en fbule par sus le pont, dont plusieurs tombèrent etse rent dans l'eau. Les TranssiivtlDS reeoo>r« aussi ces pauvres âmes chresticniics ^t Turcs emmenoieat esclaves , entre iesqodi

CHAONOLOOIB NOYBIIAIBB DB PALHA CAYET. [l6D5]

y avoit grand nombre de femmes et d*enfans : i/s firent encor un grand butin d'animaux et de bagage. L'artillerie du cbasteau qui deffendoit rentrée du pont tira si furieusement qu'elle empescha les cbrestiens de passer et poursuivre leurs ennemis, et furent par ce moyen contraincts de se tenir en armes le long de la nuict.

Dès le lendemain matin le prince transsilvain fit recognoistre le cbasteau qui estoit entouré de bons fossez remplis d'eau , laquelle s'y coule du fleuve , et fit incontinent dresser sa batterie ; mais , n'ayant que des pièces qui ne portoient au plus que des boulets du poids de trente livres, OD ne put pas faire grande ruine ; aussi que Sinao ayant mis la plus part de son armée dans une isle au milieu du Danube vis à vis de Giorgiu, il finisoit donner tel secours qu'il vouloitaux assiégez parle pont qui estoit deffendu de l'artillerie do cbasteau et de deux galères bien armées. Le prhice, Jugeant qu'il falloit brusler ce pont avec des feux d'artifice avant que d'entreprendre d'avantage contre le cbasteau , pensoit le foire brasier la nuict par Sii vie Picolomini ; mais il en fut empescbé à ceste première fois , et y laissa beaucoup de morts de ceux qui l'accompa^erent à ceste entreprise. Mais depuis, sçavoir la nuict du dernier jour du mois 9 estant ffl/eux garay de ce qui luy estoit nécessaire , tentant encor ceste entreprise, il fit brusler une partie de ce pont , tellement que le premier jour d'octobre, dès le matin, on cbangea la batterie; et fit on brescbe de la largeur de quatre brassées. Sur le midy Tassant se donna si furieusement que les Italiens, qui y estoient peu en lombre , demandèrent la pointe ; mais, repoul- «z, et puis soastenus des Hongriens, après avoir ombatu long temps , ils forcèrent la brescbe, et Dirent an 111 de l'espée tout ce qui se rencontra levant eux. Cependant que les Hongriens al- )îent à Tassanlt , les Turcs qui estoient dans is/e au milien du Danube en tuèrent plusieurs e coups de mousquet et de pièces de campane. Des denx galères qui estoient auprès du ort, une fat enfoncée à coups de canon, l'autre rt prise par les cbrestiens.

Les cbrestiens n'ayant des barques pour faire 1 pont et passer le Danube pour suivre Sinan , \ demeurèrent quelque temps à Georgiu. Sur proposition que Ton fit d'y laisser garnison ur conserTer ceste place pour retraite , et de stir nn fort dans l'isle qui est vis à vis pour tpescher les Turcs de passer par là et mener secours par eau à ceux de Hongrie, après que ite affaire eust esté long temps disputée , on ;ea qu'il serolt plus utile de mettre le feu dans te place et la ruyner, ce que l'on fit. Le prince

Sigismoud, pour passer les rigueurs de l'byver, s'en retourna à Gorone , emmenant soixante et dix pièces d'artillerie , tant grosses que petites, qu'il avoit gaignées en ceste dernière expédition quMl avoit faicte sur les Turcs, avec quantité de munitions , les siens chargez de riches butins, et principalement de grande quantité de chameaux et de chevaux ; puis il repartit les siens en diverses garnisons. Outre cela il trouva que Cbirolebiet son lieutenant, qu'aucuns appellent te sieur Kiral , lequel il avoit laissé à Lippe , avoit pris Yilagesvar et Tena , places proches deTemessvar, par composition le 24 d'octobre. Bref, ce prince acquit en ceste année beaucoup d'honneur pour avoir , avec forces du tout inégales, au jeune aage où il estoit, deffaict plusieurs fois et faict courir devant luy Sinan qui estoit le plus vieil capitaine, le plus fortuné, le plus estimé, et le plus grand des Turcs; aussi estoit-il le plus cruel ennemy que eussent les cbrestiens. Au contraire , Sinan fut blasmé à la Porte du Grand Turc d'avoir laissé perdre Gran sans le secourir , et d'avoir esté battu par les Transsilvains. Il y envola ses excuses par escrit, mettant la faute sur l'audace et te peu d'obéissance des gens de guerre , et ne se trouva point lors sans crainte que l'on luy en fist autant qu'il en avoit procuré au bascha Ferat,

Durant aussi les mois de septembre et d'octobre il se passa en l'une et l'autre Hongrie plusieurs choses remarquables. En la haute , l'archiduc Maximilian assiégea et prit à composition Sainct Nicolas le 17 d'octobre j de quoy espouvantez les Turcs qui estoient dans Scandar et dans Bac abandonnèrent ces places-là après y avoir mis le feu.

Pendant le siège de Gran, le colonel Herbestein , avec les gouverneurs qui commandoient aux places subjectes à l'Empereur en la Styrie etVinmarchie, assembla une armée de dix mille hommes, tant de pied que de cheval, et, cependant que les Turcs pensoient secourir Gran, ayant eu advis que dans Bakochza la garnison y estoit foible , il fit tourner la teste de son armée de ce costé là pour l'assiéger. Ce que ayant entendu les Turcs qui estoient dedans, ils se chargèrent de ce qu'ils avoient de plus précieux , et s'enfuirent à Zighet qui n'en est distant que de quatre ou cinq lieues, puis mirent le feu dans la forteresse : mais l'advantgardedes cbrestiens fit telle diligence, qu'elle y arriva assez à temps pour faire esteindre le feu et empescher cest embrasement. L'on trouva dedans trente six pièces de canon que les Turcs avoient rendues inutiles. Ils abandonnèrent aussi plusieurs petites places en ce pays là où ils tenoient

CHB^NOLOGIE NOVENAIAE DE PALMA CAYET. [1596]

garnison , et les chrestiens coururent tout le territoire de Zighet.

Le bascha de Bosne, ayant eu advis que les Impériaux estoient aux environs de Zighet, assembla douze mille hommes , tant de pied que de cheval , passa la Save , et s'achemina pour empescher le colonel Herbestein de molester ceux de Zighet. En mesme temps qu'il passa par la Croatie , les sieurs Lencovits et TËchemberg , gouverneurs de la Croatie et de la Sclavonie pour TEmpereur, s'allèrent joindre audit colonel Herbestein , puis tous ensemble vindrent présenter bataille au bascha , où, après un combat de deux heures , les Turcs prindrent la fuitte ; et entr'autres , le bascha , qui estoit des mieux montez, se sauva estant blessé, laissant cinq mille des siens sur la place.

Après ceste victoire, qui fut le septicsme septembre , cinq Jours après que le chasteau de Gran fut rendu, les Impériaux délibérèrent d'assiéger Petrine : le 28 dudit mois ils l'investirent et dressèrent leur batterie; mais, comme ils n'avoient que de petites pièces , n'en ayant pu mener de grosses pour l'incommodité des montagnes, après avoir faict une petite bresche et donné un assaut où ils perdirent six vingts hommes, il levèrent ce siège. En s'en retournant à Sissag, on les vint advertir que Chrustan, bel de Petrine , autheur de tant de maux et de rnynes que ces pays lÀ avoient soufferts depuis le commencement de ceste guerre, avoit esté tué en def fendant la bresche; dont les Turcs estoient tellement espouvantez , que , si les Impériaux y retournoient , ils abandonneroient ceste forteresse. Herbestein crut cest advis et le trouva véritable, car au seul bruit qu'il retournoit, les Turcs abandonnèrent ceste place , emportans ce qu'ils y avoient de meilleur , puis mirent le feu en la forteresse , lequel fut incontinent esteint par quelques habitans qui ne s'en estoient fuys. Les portes ouvertes, Herbestein se rendit maistre du fort de Petrine , de huict gros canons et de quelques pièces de campagne. Yoyià ce qui se passa cest esté aux frontières de la basse Hongrie et de la Croatie entre les cbresliens et les Turcs. Voyons ce que fit l'armée chrestienne conduitte par Tarchiduc Mathias après la prise de Gran.

Leduc de Mantouë, YincentdeGonzague^que nous avons dit avoir promis d'aller en la guerre de Hongrie comme prince de l'Empire, avec quinze cents chevaux, ayant esté à Prague voir l'Empereur, arriva àVienne le 3 septembre avec ceux de sa maison seulement, car sa cavalerie estoit passée quelques jours auparavant en l'armée à Gran. Il y fut receu fort royalement par

le gouverneur. Après qu'il eut donné ordre à ci qui luy estoit besoin pour se rendre en Tannée, et receu le saint sacrement de l'encharistie n couvent des religieuses de la Boyne, il yfit aussi communier tous les siens par Tevesqne d'Avila, qui portoit en ceste guerre, avec permissioQde Sa Saincteté , quelques gouttes du sang de K» tre Seigneur Jesus-Christ, qui avoientesté prises de celuy qui est si soigneusement conserré à Mantouë , et ce dans un vase d*or ; ce que Son Altezze faisoit faire à l'exemple des anciens roys de Jérusalem , qui faisoient porter de la vraye croix devant eux quand ils alloientà la gnerre contre les intidelles.

Ce prince s'estant embarqué le trdziesme septembre sur le Danube , il arriva trois jonrs api» à Moschi , au dessous de Komorre , où il mit pied à terre , et où Charles de Rossi et tonte la ovallerie italienne qui estoit en l'armée le vint trouver. S'acheminant à Gran , l'archiduc Mathias , le marquis de Burgau , Dorie , et toosks principaux de l'armée , luy vindrent nne iienè au devant. En ceste rencontre ce ne furent ipK démonstrations de courtoisie et d'amitié.

Peu de jours auparavant l'arrivée dudict doc. Tarchiduc avoit envoyé Palfy rccognoistre Vbgrade , jugeant quec^estoit la place quel'oIId^ voit la première attaquer, bien qu'elle iîist de la le Danube , affîn de plus en plus s'approcher de Bude. Quanta la ville , elle n^estoitancnnetoent forte ; mais le chasteau , qui est au coopan d'une montagne , estoit fort bon et bien gany d'artillerie , d'où on pouvoit empescher les tateaux de monter ou descendre en cesl endroc*. là, à cause que le Danube y est estroit. Cest aussi là le lieu où jadis la couronne des ro>'sde Hongrie estoit gardée.

Après la prise de Gran les Valons se mviîst rent faute d estre payez , puis un régiment de lansquenets , lesquels tous commencèrent a £ûrc de grandes hostilitez sur le plat-pays qui «toit amy des chrestiens ; mais, i'archlduc lesavast fait asseurer que l'on attendoit en bref de logent que Barthélémy Petzen apportoitde Pr«g« et qu'ils seroient payez , ceste mutinerie s'ippaisa après qu*ils eurent receu quelques paje^ Ce Petzen estoit secrétaire de l'Empereur, ('» avoit esté ambassadeur à Constantinople: sa^^ nue en l'armée fit soupçonner aux Italiens qn il brassoit quelques moyens de paix entre TEope* reur et le Turc , pource que Ton le cognoifloit homme de négociation civile , cl non pas proi'* pour les armes ; ce que plusieurs autres creoreat aussi en voyant manquer beaucoup de chosw o^ cessaires pour continuer une grande guerre . ri jugea-on dèslors que ceste grande armée, qw^e

GUEOHOLOGIB NOVENAIAB DB PALMA CAY£T. [fS9â]

montoit à plus de soixante mille hommes, ne ferait pas de grands effects , tant pour la division qui estoit entre les grandis» lesquels y avoient charge et commandement, que pour les maladies qai s*estoient engendrées parmy les Italiens, dont plusieurs monroient. La cause de leur maladie procedoit , outre le changement de climat qui est plus froid qu^en Italie , d*avoir mangé avec voracité des fruits de Hongrie en ceste saison d*antomne, lesquels ne sont pas nourris d*une telle chaleur que ceux d'Italie; aussi que dans Bude, qui estoit en apparence la ville que Ton devoit assiéger après Gran , il y avoit dix mille vieux soldats pour iadeffendre en cas d'un siège. Nonobstant , Tarmée impériale fit, comme Ton dit, un pas d'advanceen la Hongrie; le gênerai Aldobrandin et Palfy avec huict mille hommes de pied allèrent investir Yisgrade. A leur arrivée ils furent saluez de force canonnades tirées du chasteau , et, pensant que les Turcs deussent deffendre la ville , ils se préparèrent pour la battre ; mais l'espouvante qui se mit parmy les assiégez pour le bruict qui courut que le l>ascha de Mantouè [ainsi appelloient-ils le due] estoit arrivé en l'armée avec vingt mil Italiens , lit que tout le long de la nuict ils transportèrent tout ce qu'ils peurent au chasteau ; d*aQtres par eau se retirèrent outre le Danube en d'autres lieux , puis mirent le feu en quelques eodroits de la ville; tellement que le matin les Impériaux sans aucun empeschement, advertis de la retraicte des Turcs par quarante pauvres *chresUensqui estolent demeurez dans la ville, ils y entrèrent et esteignirent le feu.

Deux jours après , l'archiduc M athlas , le duc de Mantouè , celuy de Braciano et plusieurs grands seigneurs , avec le gros de l'armée , arrivèrent à Yisgrade. Le dixseptiesroe de septembre la batterie commença avec neuf grosses pièces de canon contre le chasteau. Les assiégez firent tout ce que gens de guerre pourroient faire en la deffence d'une telle place : les Italiens, les pensant avoir d'assaut, en forent si rudement repoulsez , que plusieurs d'entr'eux y perdirent la vie , et entr'autres le chevalier de Sainct Georges. La batterie estant recommencée le 21 dès le matin pour faire plus grande bresche afln de donner Tassaut gênerai , elle fut continuée tout le long du jour jusques sur le soir que les Italiens se logèrent sur la porte. Alors les Turcs demandèrent à parlementer et à se rendre à composition. Aucuns conseilloient de ne les y pas recevoir : d*autres furent d'advis contraire ; en fin , lyant rccognu qu'ils avoient faict un large fossé [»ar dedans , où , avant que le gaigner, ils eus- «nt bien faict mourir des chrestiens , la compo-

sition fut accordée qu*]b sortiroient sans armes et sans bagage , et seroient conduits en seureté ; ce qu'ils firent le lendemain matin , au nombre de trois cents et plus , car ils avoient envoyé leurs femmes et leurs enfans aveo' ce qu'ils avoient de plus précieux à Bude. Quatre des principaux d'entr'eux demeurèrent prez Tarchi* duc quelques jours pour asseurance qu'ils n'avoient faict aucune mine ny tromperie dans le chasteau. L'utilité de ceste prise fut que i'Ëmpepereur eut en sa puissance les mines d'or qui sont près de Yisgrade , lesquelles valent de revenu tous les ans plus de deux cents mille escus, outre qu'il se rendit la navigation libre sur le Danube jusques à Bude.

Après ceste prise on mit en délibération d'assiéger Bude ; mais, comme nous Tavons dit , la saison de Thiver qui s'approchoit, le grand nombre des gens de guerre qu'il y avoit dedans , outre les habitans , la continuation des maladies , et le peu de préparatifs et de munitions qu'il y avoit pour faire un grand effort , fit que Ton proposa der*acquester les places perdues Tan passé, et entr'autres Yaccia , Sainct Martin , Tatta et Pappe. Par ce moyen l'armée se sépara : une partie , conduite par Palfy, alla loger aux environs de Yaccia , qui est entre Yisgrade et Pest , vis à vis de la grande isle de Yize ; l'autre repassa le Danube, et le duc de Mantouè avec les Italiens et les Yalons vindrent pour se refraischir en Austriche , et pour refréner le souslevement de quelques paysans entre les rivières de Ueuz et Glus, lesquels avoient assiégé le chasteau d'Efferdinghe. Par l'intercession de plusieurs seigneurs envers l'Empereur, le pardon de ces paysans fut accordé et publié le dix-huictiesme novembre, et par ce moyen ils mirent les armes bas. Mais les maux que firent les Italiens à Erdinbourg, et les Yalons qui se mutinèrent encor pour leur paye, furent plus grands beaucoup que ceux qu'avoient faict les paysans : ils voulurent mesmes piller les fauxbourgs qui sont près de Yienne , et Teussent faict sans la justice que l'on fit d'une vingtaine qui furent pendus à un arbre le dixiesme décembre. Ainsi , Thy ver s'advançant , la pluspart des forces chrestiennes furent distribuées par diverses provinces pour se refraischir; les autres furent mises en garnisons en la Hongrie, où ils recommencèrent leurs courses ordinaires; et les Turcs firent le mesme, ruynans toute la campagne : tel estoit un jour victorieux , qui le lendemain estoit battu. Yoylà ce qui s*est passé de plus remarquable ceste année en la guerre de Hongrie et de Transsilvanie, où les Turcs furent peu heureux.

Pendant que le duc de Mantouè Ait à Prague,

tu

CBBONOLOGtB NOVBRAIBI M 9àLUk GÂTBV» [1595]

les ambassadeurs de klpscovie y arrivèrent le seiziesme d'aoust. L'Empereur voulut faire voir à ce duc sa magnificence lors qu^il reçoit les ambassadeurs des roys estrangers et qu'il leur donne audience: ii le fit soir un peu au dessous de luyi toutesfois sous te mesme daix, assistans tous tes princes et seigneurs de sa cour.

Le 27 d'aoust au matin les ambassadeurs vin* drent au palais: premièrement quatre^ vingts gentilshommes vestus de robes longues avec des bonnets faits comme une barette , fourrez de très-belles zibelines, portans en une main nne pean de zibeline , et en l'autre une pièce de soye, toutes de diverses couleurs, et chemlnoient deux à deux faisant sonner devant eux plusieurs trompettes et tambours. Après sui- Toient les deux ambassadeurs , qui donnèrent à Sa Majesté Impériale ces lettres de créance de leur prince :

• Vostre Majesté a envoyé vers nous vostre ambassadeur INicolas Warkotse, et nous a requis de vous donner secours , par une fraternelle charité , contre Thereditaire ennemy de toute la chrestienté. Désirant persévérer avec vous en une perpétuelle amitié, concoirde et alliance, nous vous envoyons, de nostre espargne, secours, par nostre conseiller et gouverneur de Kaschine, Michel Jean Witze , et par Jean Sohne Ylassin, nostre secrétaire , ausquels avons donné charge de vous proposer certaines autres choses. Nous vous prions donc de leur adjouster foy du tout. Donné en nostre grande cour à Mosco , l'an du monde 7103, et delà nativité de Nostre Seigneur, 1595, au mois d'avril. »

Après qu'il eut donné ceste lettre , il fit présent à Sa Majesté Impériale de cent cinquante mille florins d*or, de toutes les peaux et pièces de soye que portoient les quatre-vingts gentilshommes , de deux faucons blancs et de trois léopards vivans, en disant que leroy son seigneur, avec ce petit présent , demonstroit à Sa Majesté Impériale avec combien d'affection il desiroit employer toutes ses forces à la destruction des Turcs ; qu'il avoit empesché le plus qu'il avoit pen les Tartares de venir au secours du Turc, et qu'il les en empescheroit encores de toute sa puissance. L'Empereur receut ces ambassadeurs avec beaucoup d'humanité, remerciant leur prince de ce qu'il le faisoit visiter par une telle ambassade , et le secouroit d'un si riche présent, leur disant que cela jamais ne sortiroit de sa mémoire, ny de ceux de la maison d'Austriche, lesquels luy en demeureroient obligez à Jamais. Après que ces ambassadeurs eurent esté quelque temps festoyez magnifiquement à Prague , ils

s'en retournèrent en Mosoovie avee lettres et H'» ches presens, et conseillèrent à TEmpereiir d'en* voyer un ambassadeur vers le nouveau roy de Perse, afin de Tesmouvolr de faireamsl la guerre de son costé au Turc , et qtie s'il ToaMt renvoyer par la Mosoovie, qu'ils le lèr oient conduire Jusqu'en Perse.

L'an passé le bascha Gicala fit bnuler Regio, et endommagea fort les rivières de la Calabre, Les Espagnols ayant envie d*en avoir leur raiton ceste année, Pierre de Tolède, gênerai des galères de Naples, en mit vingt-deux en mer, avec lesquelles, faisant courir le brait quMl ne vooloit qu'empescher les corsaires et assurer la navigation aux marchans qui viendroient à la foire de Saleme en Sicile, il tourna vers la Morée où il fit mettre ses gens à terre, et entra an mois de septembre dans Patras durant que la foire s'y te* noit, où, après avoir pillé les boutiques dee Juifs et des Turcs, tué quatre mille persaono, pris prisonniers quelques riches marcliaiis, it fit mettre le fèu en plusieurs endroits de eesie ville, tellement que elle fut presque toute niynée : le butin qu'y fit Pierre de Tollede fat estimé monter à plus de quatre cens mille escoi Geste ville de Patras est la plus marchande et fréquentée de la Morée ; car, bien que jadis es pays là, que l'on appeloit le Peloponese , amt sept grandes republiques, sçavoir : Elide, M&senie, Sparte, Argos, Gorinthe, Livone et Adiaie, et qu'il en soit sorti plusieurs grands èliefs d'armées, ainsi que les historiens en ont asset fiait de mémoire en leurs escrits, à présent il ne reste plus de ces puissantes et riches repiil>lfques (pe le nom d'avoir esté ; et en tout ce beau pais il n'y a que quelques villes le long des eosles de la mer, entr'autres Patras, Modon, Gorone, Napoli et Navarin, mais privées de tonte magnificence et de souveraineté, et réduites sous la domination du Grand Turc, qui ne s'est asseuréde ce pays là qu'en le destruisant; aussi n'y s4-l qu'en ceste ville de Patras seule où 11 y a fo^ publique maintenant, et où ii se fait la' phis de trafficq/

Quand Tolède entra dans Patras, Cicala estoit à Navarin, qui n'en est distant que de quins bonnes lieues françoises, avec trente vaiaseanXt et y estoit venu après la mort du bascha Fent, lors qu'il rentra en sa charge de gênerai de la mer ; mais, soit ou pour la grande clierté qu'il y eut en ceste année dans Gonstantinopie, ou pov la peste qui regnoit fort en ce quartier là, r«rroée de mer du Turc estant mai pourveué de ratriniers, de soldats et de vivres, Gicala ne bougea de ce port. Après que Tolède eut ven qa^me entreprise qu'il avoit sur Oorone ne poavsft

CHB0N0L06IE IfOYBNAIBB DE PALMA CAYET. [1595]

sir, et qoMl eat pris en ceste mer là quelques corsaires, il s*eD retourna à Naples descharger son batin; ainsi les Turcs furent aussi peu heureux ceste année en mer qu'en terre.

Le roy d'Espagne, désirant jetter la guerre en Angleterre et empescher les Anglois le plus qu*ilpourroitdans leur pays, sans qu'ils eussent le loisir d'aller attendre ses navires qui luy venolent des Indes, fit secrettement eslever, ainsi que plusieurs ont escrit, en Irlande le comte de Tyron, lequel fit armer plusieurs catholiques demandans avoir la liberté de leur religion, et ce avec promesse de les secourir. La royne d'Angleterre, entendant ceste prise d'armes, envoya le colonel l^otït avec nombre d'Infanterie pour renforeer les garnisoos qu'elle tenoit ordinairement dans ceste fsie; et, pource qu'elle eut advis que le roy d'Espagne armoit plusieurs vaisseaux, elle alla revisiter elle mesme tous les ports les plus foibles de sdn royaume, les fit muoflionner iét renfoiter les garnisons par tout, puis donna la conduitte de vingt-six vaisseaux à François Brak, dans lesquels il y avoit bien six mille personnes-, tant soldats, mariniers qu'autres, lesquels prirent la route de Tisle Espagnole on Sainct Dominique, espérants se rendre maistres d'une petite is!e proche de là appelée Sainct Jean, où il y a un port nommé Porto Ricco, là où d'ordinaire là flotte qui vient du Pérou et de Mexico arrive et prend des refraischissemens, auquel port ils esperolent rencontrer ceste flotte, la combattre, la prendre et l'emmener en Angleterre; toais II advint que cinq navires, parties dès le mois de septembre du port de Sainct Lucas en Portugal) sous la conduitte d'un des Gusmans qui allolt au devant de la flotte, rencontrèrent deux nàVires de Drak , lesquelles , par une toarmente, s'estoient esgarées de l'armée angloise. Apt^ès peu de résistance qu'ils firent au combat, GuStanan s'estànt rendu maistre de deux navires anglois, il apprît d'eux Tentreprise de Drak , ce qui le fit en diligence tirer à Porto

Ricco, où il trouva la flcÀte que conduisoit l'admirai Pierre Suarez. Ils envoyèrent advertir toutes les isles voisines de l'armée des Anglois, et, pour leur empescher l'entrée à Porto Ricco, ils firent enfondrer, en la bouche de ce port, deux vaisseaux, et firent ficher une quantité de paulx, pnis y mirent deux barques en garde avec vingt harquebuziers.

Le 22 de novembre, Drak arrivé à un port de ladite isie Sainct Jean nommé Caimbonedu nom de la forteresse qui deffend ce port, il voulut y entrer avec ses vaisseaux; mais le dommage qu'il récent de l'artillerie tirée du fort luy fit le lendemain changea d'avis et aller droit à Porto Riccd, ou arrivé, et voyant que la flotte estoit dedans le port, il se résolut de la forcer. Pour ce faire il fit mettre vingt-cinq petits esquifs en mer, et mit dedans les plus valeureux de ses soldats^ lesquels donnèrent droit à ce port, arrachèrent les paulx, et assaillirent courageusement les navires de la flotte, sans crainte de l'artillerie des fbrts qui tiroit continuellement sur eux, mirent le feu à un navire espagnol appelle la Magdelaine ; mais à la fin ces petits esquifls furent par les Espagnols la plus part renversez , et y mourut bien deux cents Anglois , contraignaùs les autres de se retirer. Le lendemain les Espagnols empescherent d'avantage là bouche du port , y enfondrant encor trois vaisseaux ; ce qu'estant veu par les Anglois qui estoient proches de là à l'ancre, estans hors d'espérance de faire là leur profit, ils firent voile vers le port Sainct François, où ils mirent quelques-uns des leurs à terre, lesquels y prirent des bestiaux et autres refraischissemens ; et ayans couru par ceste mer jusques au 4 décembre, ils reprirent la route d'Angleterre, où Drak n'arriva qu'en février de l'an suivant, après avoir perdu plus de la moitié de ses gens par maladies. Voyià tout ce que J*ay peu recueillir de ce qui s'est passé de plus notable en ceste année 1595.

Page 1