LIVRE HUICTIESME
[1596] Onltre les conditions accordées lors de la [reconciliation da Roy avec le Sainct Siège, ainsiquenoQsavons dit Tan passéfil yen ent deux corrélatives, sçavoir : que le Roy escriroit et donneroit ad vis à tous les souverains princes catholiques de sadite reconciliation, et l'autre que Sa Saincteté feroit instance envers tous ceux qui se disoient du party de Tunion en France à ce qu'ils eussent àrecogooistre Sa Majesté. Le Roy satisQt à sa promesse, et Sa Saincteté à la sienne; mais ceste-cy fut sans beaucoup de fruict, car le duc de Mercœur qui estoit lors le plus puissant de ceux de ce party , et qui tenoit en Bretagne Nantes, Dinan et plusieurs autres bonnes places où il s'estolt merveilleusement fortifié , et , sous son adveu , le chasteau de Mirebeau prez Poictiers estoit tenu par le sieur de Yillebois , Rochefort en Anjou par les sieurs de Heurtant Sainct O/Tanges, et Graon par le sieur du Plessis de Gosme , nonobstant les admonitions qu'il receut non seulement de Sa Saincteté , mais de la roy ne Loyse douairière sa sœur, ne laissa, voyant que le Roy estoit empesché en Picardie, de con* tinuër ses intelligences avec l'Espagnol, et commanda aux garnisons qu'il tenoit en ces places-là de faire la guerre plus qu'auparavant aux villes royalles, c'est à dire faire des courses , butiner tout ce qui se meneroit aux villes qui n'estoient de son party , en prendre prisonniers les habitans allans aux champs pour leurs affaires , et en tirer des rançons. Plusieurs ont escrit que le Boy envoya en ceste province le mareschal de Laverdin pour y commander après la mort du mareschal d' Aumont ; d'autres ont dit que ce fut le mareschal de Brissac, lequel en des rencontres desfit de ces coureurs, prit Dinan et autres places, ainsi que nous dirons à la suitte de ceste histoire ; tellement que la Bretagne fut un des trois endroicts de la France où la guerre se recommença en ceste année , et où ceux du party de l'union monstrerent qu'ils n'y avoient f aict la guerre que sous prétexte de religion, et en effèct que c'estoi t pour démembrer l'Estat de la France. Le second endroict fut en Provence. Le Roy, estant à Lyon, y avoit envoyé M. de Guyse à qui il avoit donné ce gouvernement, lequel estoit di-
I visé en plusieurs partys. M. d'Espenons en disoit avoir esté pourvcu par le «eu Roy , et y tewtt beaucoup de bonnes places; Gasaut etLoysd'Àii voubient tenir dans Marseille pour rEqugnol; le duc de Savoy e tenoit Berre et quelques àasr teaux ; le comte de Garses et plusieurs aeigocns qui avoient esté du party de l'union, s'otaonnmis au service du Roy, avec la ville et le parlement d'Aix, et autres villes et chasteanx,De vouloient nullement obeyr à M. d'EsperiK» ny l'avoir pour gouverneur ; madame lacomtesedc Saulx , qui tenoit des places en cesie proriMC aussi , avoit un différent sans apparence de Rcondliation contre luy : tellement que la Pro^ vence estoit divisée en plusieurs partys ao commencement de ceste année ; mais M. de Ga3fK, y allant avec Tauthorité du Roy, remit tonte ceste province en paix, excepté Berre qui ne fot rendu par le duc de Savoy e qu'au traiclé de Vervins, l'an 1598.
Quand M. d'Espemon alla en Provence, m mois d'aoust Tan 1593, après la mort de H. de La Valette son irere, qui fut tué en février deli mesme année devant Roqnebrane, ainsi que dobs avons dit, aucuns ont escrit qu'il y fut avec commandement du Roy pour commander eo ceste province, d'autres ont escrit qu'il y fotnns son consentement. Neantmoins, aiûsi-tostqQllj Alt entré avec de belles troupes , il assiégea et prit Montouroux à discrétion , où 11 y avoit d^ dans de douze à quinze cents liarquebu8iers,pois assembla à Brignoles les estats de la noblesse de Provence qui tenoit le party du Roy, où suivant la resolution qui y fut prise , il alla assiéger et prit Antibe sur le duc de Savoy e, envoya de ses troupes au sieur Desdiguieres qui estoit entré a Piedmont et avoit fortifié Briqueras; bref,eo« commencement , il entretint les mesmes intelligences qu'avoit eues M. de La Valettcson frère. avec tous les gouverneurs des provinces vwsiaes pour le Roy. 11 eut deux entreprises Fan I5« sur les deux principales villes de la Provence, sçavoir Aix et Marseille, lesquelles ne loy rto*sirent pas : il faillit celle-cy la nuict du jour des Rameaux par la faute d'un petardier à çol ^ pétards furent desrobez. Quant à Aix , c'cstoit
CHBONOLOGIE HOYBNAIBB DI PALHA GAYIT. [1596]
If
par intelligence, laquelle descouverte , les entrepreneurs forent exécutez à mort. Il print de force Roquevaire, Orioi et autres places, en ceste année. Mesmes la comtesse de Saulx, qui, Fan 1591, avoitesté mescontentée du duc de Savoye, ainsi que nous ayons dit, pour luy avoir refusé Berre après qu'il Teut pris , joignit pour un temps ses desseins avec les siens; mais cela ne dura pas beaucoup, non plus que la continuation des intelligences qu*avoit eu ledit sieur de La Valette avec le sieur Desdiguieres et les Dauphinois. Les occasions de ces divisions ont esté rapportées par plusieurs, et ce chacun suivant Taffection particulière qu'ils portoient ansdits seigneurs; mais tant y a qu'ils s'accordent tous que ces divisions furent cause que le duc de Savoye reprit tout ce que les François avoient gaigné en Piedmont Tan 1592.
M. d'Espernon, voyant qu'il n'avoit peu avoir Aix par intelligence , l'espérant avoir par la force, Tassiegea, puis fit bastir une citadelleauprès de la Durance, espérant avoir ceste ville par nécessité de vivres. Durant qu'on la bastissoit deux coups de coulevrines tuèrent six gentils-hommes qui estoient auprès de luy, lesquels le renversèrent par terre tout couvert de leur sang et de leurs tripailles , dont un bruit faux courut par toute la France qu'il estoit mort ; ce qu'ayant esté rapporté à madame d'Espernon sa femme, on tient qu'elle s'en saisit si fort qu'elle en mourut. Estant nécessité de retourner en Guyenne après ceste mort , afin de mettre un ordre aux places où il commandoit pour le Roy, il laissa M. de La Fin dans la citadelle d'Aix ; mais les habitans d'Aix , au commencement de l'an 1594 , avec les sieurs de Garses et d'antres du party de l'union , se remettans au party du Roy, refusans toutesfois ledit sieur duc d'Espernon pour gouverneur , supplièrent le sieur Desdiguieres et les Dauphinois de les secourir et leur ayder pour se délivrer de ladite citadelle ; ce qu'il fit , et à son ayde ils la prirent et la razerent. Ainsi les royaux furent divisez en Provence. M. d'Espernon y estant retourné et venu à Brignoles , espérant faire la guerre à ses ennemis, on luy dressa un attentat sur sa vie que Ton a tousjours appelle la fougade de Brignoles; ce qui avoit esté practiqué en ceste façon : Un muletier du village du Val près Brignoles, gaigné pour trente escus, fit porter par un gaignedenier un grand sac plein de poudre à canon au logis d'un nommé Roger où estoit logé M. d'Espernon. A l'entrée de la porte , qui estoit estroicte,le Suisse qui la gardoit deman^A au porteur ce qu'il portoit; il dit que c'estoit du bled pour le boulenger de Monsiei^r . (^q envoyé
quérir le boulenger ; sur quelque contestation qu'il y eut entr'eux , le sac fut deschargé dans l'allée entre les deux porfes , sur lesquelles on sçavoit bien que c'estoit la chambre de M. d'Espernon. Ce Suisse et le boulenger, sans sçavoir rien de ceste trahison, tirèrent les cordes du sac lesquelles firent jouer le ressort d'un rouet d'harquebuze qui estoit au fonds; aussi tost le feu se print à la poudre, d'une telle violence que la plus part du planché où estoit M. d'Espernon tomba; luy, qui estoit proche de la cheminée, n'eut point de mal , mais le boulenger fut tué, le Suisse, qui s'appelloit Horne, fut blessé, et son mareschal des logis nommé Gardillac eut la Jambe rompue, et n'y eut autre mal que cela. Ceste fougade augmenta beaucoup les divisions dans ceste province. Dès que ledit sieur duc d'Espernon vint en Provence , on luy en avoit pensé faire encor une autre , mais elle Ait descouverte : ce fut à Cannes près Antibe, oùceluy qui estoit dedans s'estant rendu audit duc, il avoit , avant que d'en sortir, préparé vingt caques de poudre dans une mine laquelle il avoit fait faire dans le chasteau, à l'endroict où il se doutoit bien que le duc viendroit loger, et avoit fait faire une traisnée pour y mettre le feu qui sortoit assez loing hors du chasteau , avec espérance que lors qu'il seroit asseuré que le duc y seroit logé d'y venir en une nuict y mettre le feu, et faire sauter le chasteau et ledit sieur duc en l'air ; mais quatre jours après que ceste place fut rendue, ainsi que l'on cherchoit une cache de bled, les gens du duc apperceurent la traisnée , qu'ils descouvrirent jusques aux vingts caques de poudre qui estoient sous le chasteau. Ainsi le sieur duc , outre ce qu'il fut préservé de Dieu en la grande conspiration qui se fit pour le tuera Angoulesmel'an 1 588, il le préserva encor de ceste mine à Cannes et de la fougade de Brignoles.
Le sieur de Fresnes, secrétaire d'Eslat, estant envoyé par le Roy en Provence , tant vers M. d'Espernon afin qu'il retirast ses gens de guerre hors de ceste province et le vinst trouver, que pour porter le commandement du Roy , qui vouloit que les royaux ses subjects obéissent à M. de Guyse commeàleurgouvemeur, M. d'Espernon s'excusa sur les grands frais qu'il avoit faits pour conserver plusieurs places de ceste province de ne tomber entre les mains des estrangers, bref, qu'il n'avoit travaillé pour establir M. de Guyse en ce gouvernement , dont il en avoit esté pourveu du temps du feu Roy.
Sur la fin de l'année passée le duc de Guyse ayant joinct les troupes que le Roy avoit ordon* nées quand il partit de Lyon pour l'accompa* gner, il s'achemina en Provence ; incontinent le
CRBONOLOGIB NOWHilBB I>B PALICA CiYBT. [X^W]
sieur Oesdiguieres l'assista de ses forces, le comte de Carses, le marquis d'Oraison, et presque toute la noblesse de ceste province , se rendirent auprès de luy. Les places qui y tenoient pour le Roy et avoient favorisé le duc d'Espernon envoyèrent recognoistre leur nouveau gouverneur. Gisteron obeyt la première au commandement du Boy; Biez le fit avec un traicté : ces deux villes, où il y a evesché, receurent M. de Guyse avec beaucoup de contentement. Il s'achemina après à Aix, comme la principale ville de laProveuce , et où est le parlement , là où, suivant ce que le Roy luy avoit donné charge sur tout d'avoir Tœil sur Marseille, à ce que Casault et Loys d' Aix , qu'il avoit sceu marchander avec le roy d'Espagne pour luy vendre ceste ville > ne la luy livrassent, il assembla les principaux du conseil estably près de luy, et ouyt avec eux les réfugiez de Marseille , qui tous en particulier luy proposoient quelque entreprise de remettre ceste ville en l'obeyssanceduRoy. Il escoutalesadvis d'un chacun, et, bien qu'il recogneust qu'il n'y avoit d'apparence de tenter aucunes de ces entreprises» 11 promit d'en tenter une, tant pour satisfaire au désir de ceux qui l'en recherchoient ; que pour n'attirer sur luy le reproche d'avoir manqué à ce qui estoit du service de Sa Majesté.
Depuis les troubles de l'an 1589 Marseille avoit esté occupée par Loys d'Aix, viguier, et Charles Casault, premier consul, lesquels, par une longue continuation de cinq années en leurs charges , s'estoient acquis une si grande domination et puissance absolue, que, par raison humaine^ ils pouvoient la desmembrer de i'Estat. Une partie des notables habitans estoient dehors, un grand nombre aux prisons pour les cottes excessives. Ces deux tirans avoient les forteresses de Salnct Jean, de Nostre-Dame de La Garde, de Sainct Victor , des portes d'Aix et Realle , avec un fort nouvellement basty à l'emboucheure du port , appelle Teste de More, servant de citadelle à la ville. Ils tenoient deux galères armées, où, au premier rapport, ils mettoient à la chaisne leurs ennemis qu'ils accusoient de quelque entreprise. Ils ne marchoient qu'avec cinquante soldats mousquetaires pour leurs gardes , habillez de leurs couleurs, avec entretenement de gens de cheval et de pied. Et depuis la fin de décembre ils avoient eu sept galères au port , sous la conduite du fils du prince Doria dom Charles , avec douze cents soldats espagnols et italiens posez aux maisons du sieur de Mouïllon qui sont sur la rive delà le quay , desquels à toutes heures ils pouvoient estre assistez par une porte construite exprès Joignant la muraille du plan Fourniguier«
Le duc de Guyse estant sur le p<ûat de s'id» miner pour l'exécution de la première eQtI^ prise qu'il avoit résolue sur ceste ville , il eut advis que plusieurs villes , par quelques poétiques que l'on y avoit semées,estoient en ramev; il commanda au comte de Carces de l'aehemiiier à Martegues d'un oosté, et au sieur de Cron di l'autre , et qu'il les suivroit de près. Geste eotre> prise réussit si heureusement que cestevilie li se rendit , et la tour du Bouc qui est l'emboQcheure de la mer, la ville de Grasse et la dUdélie , les villes d'Hieres , Sainct Tropes et D» guignan , et ce sans aucun coup de canon; i bloqua les citadelles de ces trois villes, aydédcs habitans, puis alla mettre le siège devant k chasteau de La Garde où M. d'Espenon ivii tenoit une bonne garnison.
Cependant qu'il s'estoit un peu esloig&é de Marseille, pour oster tout ombrage aux deoi tyrans qu'il voulust rien entreprendre, un advoeit nommé Bausset, qui en avoit esté chassé et s'estoit retiré à Aubaigne , le vint trouver et loy dit qu'un notaire , nommé du Pré , l'estoit \m^ vertir que le capitaine Libéria (1), qui coauDUdoit à la porte Beale de Marseille, estoit reàoli avec aucuns de ses amys de ne se laisser assob- Jettir sous la domination de l'EspcigQol, etqœ par ceste porte là il pouvoit faire entrer tut de gens que l'on voudroit pour remettre lavilieei l'obéissance du Boy. On entre en devis de li façon de i'execntion : on promet audit Libffta Testât de viguier , avec recompense à tons ceu qui s'employeroient en une telle entreprise. U sieur président Bernard, qui estoit eneoreintesdant de la justice en ceste ville au nomdapir? de l'union , et qui toutesfois s'y tenoit par mmandement du Boy , ayant eu commonicatkii de ceste entreprise, manda à M. de Guyse de II tenter, et qu'il avoit offert à Casault et à d'Aix ta carte blanche , c'est à dire qu'ils demandJ^ sent tout ce qu'ils voudroient de reeooQipense. et qu'il leur feroit bailler par le Boy , suivant la dernière despesche qu'il avoit receuë deSaHi- Jesté par le sieur de Genebrac le JeuBe , à qsof ils n'avoient voulu entendre.
Le duc de Guyse , ayant resoin avee son c«> seil de tout ce qui se devoit faire en ceste entitprise , et donné advis audit Liberta , pv ^ moyen desdits Bausset et du Pré, du jwvde l'exécution au dix-septiesme de février, p«râ^ avec toutes ses troupes du siège de La Garde, où lesdits d'Aix et Casault pensoient qnil o^ deust pas partir de devant qu'il ne Teost pnSt
0) Pierre LiterU. On croit qnil lieiceadoitdrii» famille noble de Corse.
GBlONOLOGn NOYBlfAIttB DB TALMA CAYBT, [1696]
veo qu'il y avolt < bresche et donné deux as*
saults; mais au contraire de leur attente il le leva,
et se rendit le quinziesme Jour à Toulon , qui
avoit aussi bien que les autres villes quitté le
party du duc d^Ëspernon. Le lendemain sei-
zj'esme; il arriva sur le soir à Aubagne, donna
le rendez-vous sur les dix heures à toutes les
troupes à Sainct Julien ; deux Ueuës près de
Marseille , et puis fit advancer quelques troupes
de cheval conduites par le sieur de La Manon,
pour poser les sentinelles le plus près de la ville
qu'il pourroit, afin que suivant le signal qui luy
seroit donné , qu'il se presentast au secours des
entrepreneurs.
Geste nuict fut si pluvieuse que Liberta craignoit que la pluye retardast son entreprise , et que le duc de Guyse ne se pust rendre au lieu qu'il avoit promis. L'opinion qu'il en eut le fit prier le capitaine de Riens, sien amy, passer le port à la faveur du corps de garde où il estoit , pour aller recognoistre si les troupes du duc de Guyse estoleot arrivées au lieu assigné; ce qu'il exécuta, et luy en rapporta nouvelles.
Sut ce que Loys d'Aix et Gasault avec leurs gardes sortoient tous les matins par la porte Beale dès qu'elle estoit ouverte , Libertat avoit résolu qu'aussi tost qu'ils seroient sortis de baisser le trebuchet qui ferme le pont , et par ce moyen , en les enfermant dehors , que l'embuscade qu*auroieot mis le duc de Guyse se leveroit , les attaqiieroit et les tailleroit en pièces ; ce faft,que s'estant rendu maistre de la porte , que l'on donneroit l'entrée aux troupes du duc^ pour, ivec les habitans qui se declareroient pour le Eloy y se rendre maistre de la ville et la remettre m son ancienne liberté. Voylà la resolution , et roicy ce qui en advint.
Un minime qui venoit d'un monastère proche e la ville , trouvant , à l'ouverture de la porte leale , Loys d'Aix qui sortoit , lui dit qu il avoit BU à deux cens pas de la ville quinze soldats u'il estimoit estre des ennemis. Or Gasault et y avoient eu advis qu'il y avoit une entreprise kr eux laquelle se devoit exécuter bien tost, li estoit l'occasion qu'ils avoient renforcé leurs irdes et se faisolent accompagner de ceux en li ils se ûolent le plus.
L'advis du minime donna subject audit Loys iix y sans attendre Gasault qui le suivoit d'as- \ près y de sortir avec vingt mousquetaires de I gardes pour recognoistre ce qui en estoit, et tsmes Libertat sortit quant et luy ; mais, à un nal que Ton luy fit que Gasault venoit, il r'en- , puis fit iwisser le trebuchet. Aussi tost que ^s d'Aix se vit ainsi enfermé dehors, et qu'il lever Tembuscade des gens du duc de Guyse
qui venoient à bride abbatuë droleliitey, les siens se séparèrent en deux , les uns se sauvans à la faveur des murailles , et les autres du costë du port avec ledit Loys d'Aix , qui fut si bien assisté, qu'il eut moyen de se Jetter par dessus les murailles qui sont fort basses , et de se rendre dedans la ville avec un petit basteau qu'il trouva fort à propos.
Le duc de Guise fut fort estonné quand il vit qu'au lieu de donner entrée aux siens , on ne les recevoit qu'à coups de canons et d'harquebuzes, dont mesmes il y eut quelques uns de blessez et de tuez par ceux qui estoient sur les murailles , lesquels n'estoient advertis de l'entreprise; tellement que ledit sieur duc pensoit qu'elle fust double, ce qui n'estoit pas; car, aussi- tost que Liberta fut rentré , il mit l'espée à la main , et, venant à la rencontre de Gasault, il luy dit, en luy donnant un coup d'espée au travers du corps : t Meschant traistre , tu veux vendre ta ville aux Espagnols, mais Je t'en empescheray bien. » Gazault aussi tost tira son espée tout blessé qu'il estoit , mais Liberta redoubla si dex«trement , et le capitaine Barthélémy , son frère, avec une demie picque , qu'ils le firent tomber par terre, et depuis fut achevé par quelques soldats de la troupe de Liberta.
Lors quatre mousquetaires des gardes de Gasault , qui estoient restez avec luy, plus courageux que les autres , entreprennent ledit de Liberté, et le tirent de si près tous quatre, qu'ils luy bruslerent son pourpoint en plusieurs endroits. Luy, assisté de ses frères et amis , l'espée à la main, les met en luitte tous; un autre desr dits soldats avec une demie picque s'addresse à luy, le poursuit de si près que, s'il n'eust eu la prévoyance et le courage de mesmes, il estoit en danger de perdre la vie; mais il se deffendit si généreusement , estant seulement un peu blessé au petit doigt de la main droicte, qu'il fit prendre le mesme chemin à ce dernier qu'aux quatre autres. Le reste demeura estonné sans rien dire voyant un de leurs chefs par terre , l'autre en fuitte. Ledit de Liberta leur promit la liberté et la vie, ce qui les fit résoudre à son assistance. Des habitants qui estoient advertis de l'entreprise de Liberta , les uns estoient avec luy, les autres à l'entrée de la porte du costé de la ville pour résister au premier effort s'il en arrivoit quelqu'un, les autres dessus la porte pour se saisir du corps de garde.
Gependant il fit sortir les capitaines Lanrens et Impérial, qui allèrent asseurer M. de Guise de la mort de Gasault, lequel fit advancer incontinent toutes ses troupes vers la porte. Loys d'Aix, qui estoit rentré dans la ville , assemblant ses
CHRONOLOGIt NOTENAIBB DB PALMA CAYBT. [1596]
amis, dimiiDit ordre par les corps de garde , et asseoroit uo chacun aumieox qu'il pouvoit. Fa* bio CasauH, fils du consul, le suivoit, asseurant aussi tous ses amis et sa mère mesmes que son père n'estoit que blessé ; tellement que les habitans demeurèrent en incertitude , ne sçachant à quoy se résoudre : mesmes ledit Loys d*Aix , accompagné de deux cents hommes , attaqua la porte du costé de la ville ; mais il fut si généreusement receu par Liberta, ses frères et amis , avec l*assistance des troupes du duc de Guise , quMI fut contrainct de tout abandonner.
Ainsi que les troupes du duc de Guise d'un costé commençoientà entrerdans la ville, le président Bernard de Tautre se mit en campagne , rassembla par son authorité ce qu*il put de bons habitans , et se précipita au hazard ; mais, ayant rencontré les troupes du duc de Guise, il s'addressa premièrement au corps de garde qui estoit devant THostel de Ville où s'estoit retiré ledit Loys d*Aix avec cinq cents hommes. Après quelques harquebuzades tirées , d*Aix, voyant quelque rumeur parmy les siens, feignant d'aller aux autres corps de garde, se Jetta en mer avec Fabio Gasault pour gaigner les forts du dehors ; une partie le suivit , une autre se retira par la ville, et le reste commença à crier vive le Roy et liberté. Leur ayant esté promis la vie, la liberté et toute franchise, on s'advança à un antre corps de garde proche de l'emboucheure du port et près de Teglise Sainct Jean , où ils estoient pour le moins mille hommes armez ; mais chacun commença à crier encor vive le Roy et liberté, et pareille promesse leur fut faicte qu'aux premiers.
Ces deux troupes asseurées , l'on retourna en trois autres corps de garde très-forts, les uns desquels l'on changea pour l'incertitudede ceux qui y commandoient; les autres demeurèrent en lestât qu'ils estoient; de sorte qu'en moins d'une heure et demie ceste ville, qui estoit presque espagnole , redevint toute françoise.
Les bastions et tours occupées par les supposts d'Aix et de Cazault, et la tour de Sainct Jean qui tient l'emboucheure du port, faisoient résistance, reporte de la ville seule estoit gardéed'un costé par ledit sieur de Liberta et ses frères, et de l'autre par le sieur de Beaulieu, comme il luy avoit esté commandé par M. de Guise. Alors le fils du prince d'Orie songea à sa retraicte avec ses galères, et se trouva si estonné et si surpris qu'il oublia une partie de son équipage. L'on n'oyoit dans le port d*autres clameurs que coupe le cap y vogue, sye, rame , nos siamos perdidos , et sembloit que l'emboucheure du port n'estoit pas assez grande pour sortir le moindre de
leurs esquifo, tant la peur et l'efAroy de la mort leur avoit saisi l'ame.
Celuy qui estoit dans la tour de Sainct Jean, qui pouvoit empescher ou retarder leur passage, estant saisi de mesme peur que les autres, ne sçavoit auquel courir pour gaigner sa vie. Gelny qui estoit dans Teste de Maure, ne sçachant quelle yssuë devoit prendre ce jeu , laissa passer lesdites galères. Le sieur de Bausset, qui coinmandoit au chasteau d'If, seul s'essaya de les endommager à coups de canon ; mais, pour estre un peu esloigné, il leur fit peu de mal. Loys d'Aix et Fabio Cazault , qui aymerent mieux se fier à la mer qu'à la pointe de leurs espées, passèrent le port : le premier se jetta dans Fabbaye Sainct Victor, qui estoit un des forts qu'il tenolt, et ledit Fabio dans Nostre-Dame de La Garde; si estonnez toutesfois, qu'il ne fut en leur pouvoir de songer à leur deffence et conservation.
Les douze cens Espagnols et Italiens qui estoient logez le long du port prirent l'eRroy à la première alarme, et, à la faveur des forts et de la coste de la mer , tascherent à se retirer pour se jetter dans les galères , lesquelles avoient esté si surprises qu'elles ne les avoient peu j^rendre. M. de Guyse les fit suivre par le baron do Sel , lieutenant de sa compagnie de gensd'armes, ^ par le sieur de La Pierre, capitaine de ses ga^ des : une partie s'y sauva , mais beaucoup demeurèrent sur la place avec mille mousquets, harquebuzes ou picques, et autant de foomimens, tout le bagage pris, et pareillement le seul drapeau qu'ils avoient , que Teffroy leur fit laisser.
Cependant les affaires demenroient dans la ville encores en quelque rumeur, quand M. de Guyse entra avec quelques gentils-hommes poor faire paroistre à tout le peuple la franchise de sod affection, l'asseorance qu'il prenoit d'eux, et confirmer par ce moyen toutes choses au service du Roy , et destoumer lea desseingsdes fectieox qui restoient en ladite ville. 11 fut receu à la porte Reale par le président Bernard et par Liberta, qui fut lors déclaré nouveau viguier; et pois, non «tant conduit qu'à demy porté en Pair parle peuple, il fut en l'église de La Majour, où les chanoines en signe d'allégresse luy présentèrent ii baiser la vraye croix et chantèrent le Te Deun, Sa seule présence estonna tellement tous ceux qui estoient dans la ville, tours et forts, qu'ils se remirent au mesme temps en l'obeyssanee do Roy à sa discrétion , et n'ouyt on plus autres crys parmy ce peuple que, t vive le Boy , viv* M. de Guise, vive le capitaine Liberta, fores Es« pagnols. »
Les soldats qui estoient entrez se jetterent an
CHB0N0L001K N0VBNA1BB DB PALMA CAYET. [159G]
pillage sur les maisons de Loys d' Aix et de Casault, ce que firent aussi les forçats de leurs galleres qui esioient demeurez dans leport, lesquels, se servans de Toceasion, crièrent liberté et se deschaisnerent; tellement que ces deux maisons /oreot pillées, et le plus grand mal arriva de ce
GOStélà.
Celui qui estoit dans le fort de Teste de Maure, se voyant investy , s'envoya Offrir audit sieur doc de Guise avec telles conditions qui luy plairolt ; mais le duc remit la place entre les mains du peuple pour tesmoignage de sa firanchise et de Tasseurance qu'il vouloit prendre d*eux. Le lendemain une parole courut qu'il failloit mettre ])as la forteresse des tyrans; aussi-tost tout le peuple y courut , et n'estoit pas fils de bonne oiere qui n'y mist la main pour l'abattre , sans avoir esgard à la solemnité du jour de dimanche, auquel il se fit une procession générale au matin, et Taprèsdinée on procéda à Tesleclion de nouveaux consuls et des capitaines ordinaires des quartiers de la ville, lesquels firent tousseraient de fidélité au Boy entre les mains de M. de Goise.
Le londy, Loys d'Aix, qui s'estoit retiré au fort de Sainct Victor, se sauva de nuict, et le lendemain ledit fort se rendit à la discrétion de M. de Guise , la vie sauve aux soldats. Et quant au fort de Nostre-Dame de La Garde, où s'estoit sauvé le fils de Casault, appelle Fabio, comme 3u entroit à traicter la capitulation, laquelle dura quelques Jours , M. de Guise eut ad vis que !tf. d'Espernon marchoit au secours de la citaieJle de Sainct Tropes qu'il tenoit bloquée; ce ut pourquoy il laissa la charge au sieur Lilierta le faire la capitulation avec ceux dudit fort Nosre-Dome de La Garde , et partit de Marseille ivec toute sa cavalerie, tirantdroictà Sainct Trocs. Ce voyage luy fut fort heureux ; car il vainuit en deux rencontres plusieurs troupes de f. d'Espernon, et se rendit du tout maistre de 1 campagne en moins de dix jours; puis, au ommeocement de mars , il revint à Marseille , ù 11 trouva que ledit fort de Nostre-Dame de La arde tenoit encor, bien que le fils de Casault : ses porens en fussent sortis et s'estoient sau- ?z par mer dans un vaisseau. La capitulation t accordée le troisiesme mars, et la place fut mise entre ses mains pour le service du Roy. oilà comme Marseille (1) ftat réduit en l'obeysnce de Sa Majesté, contre Tintention du roy Espagne qui en avoit fait le marché avec les
ff) Ou dit que Henri IV, en apprenant la soumission cette YîUe , s'écria : C'est maintenant qiteje sitis roi, bertat fat nommé figuier perpétuel , et eut une gratîition de cinqiiante mille écns. Il moumt TanniH) lai-