I. C. D. M. T. XIK
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manda , puis se retira au fort de Santbergh , d'où il luy envoyoit tout ce qui luy estoit besoin , à mesure qu'il le recevoit par mer. De Bosne ayant faict entrer file à file un très-grand nombre d'Espagnols, ceux de la ville firent une sortie et les allèrent attaquer ; mais ils furent contraints de rentrer dans la ville ; et les Espagnols , eslans renforcez à toute heure de gens , prirent , à la veué des Hollandois , le fort de la petite Bape , et taillèrent en pièces trente soldats qui estoient dedans.
Du depuis il se fit de belles escarmouches et sorties entre les Espagnols et ceux qui estoient dans Hulst, dans les forts de Moervaert et de Nassau, et dans la susdite tranchée, où il se perdit de bons capitaines et soldats de part et d'autre. Cependant Tarmée espagnole s*augmentoit; de Bosne faisoit passer Tartillerie, ores une pièce, tantost une autre; la cavalerie espagnole passoit peu à peu sur des chaloupes, car , en ce commencement de siège, ils ne purent dresser un pont de barques comme ils firent depuis qu'ils eurent gaigné le Moervaert. Aussi-tost qu'il y eut neuf pièces de canon passées, on en bracqua trois qui donnoient en flanc à ceux de la tranchée, trois qui batloient le Moervaert, et trois qui importunoient et donnoient sur les navires de guerre des Estats.
Le dix-huitiesme de Juillet vindrent de Berghe sur le Soom, quatre compagnies de cavalerie des Estats, qui entrèrent par l'endroit qu'on appelle Campen, dans le territoire de Hulst, où d'abordée ils desfirent quelques trois cents Espagnols qu'ils surprindrent au plat pays faisans la picorée; puis, ayans brusié trois moulins pour incommoder le camp du cardinal, ils s'en retournèrent.
Les Espagnols, pour se revenger de ceste perte, environ les dix heures de la nuit suivante, donnèrent à la contrescarpe de ceste grande tranchée qui estoit entre le Moervaert et la ville, et firent tant, avec forces redoublées, que finalement ils s'en firent maistres, encore que ce ne fust sans grande perte.
Non contents de cela, environ les trois heures avant le Jour, de Bosne fit advancer autres nouvelles forces qui donnèrent un assaut si furieux à la tranchée, que ceux qui estoient dedans, estonnez de la perte toute frescbe de leur contrescarpe, prindrent telle espouvante qu'ils se mirent d*eux mesmes en déroute, prenans la fuitte, qui vers le Moervaert, qui au dessous de la ville.
Bosne, ayant séparé par ce moyen le Moervaert de la ville , continua sa batterie de neuf pièces sur ledit fort de Moervaert , taschant y faire bresche, et par ceste trenchée gaignée Tas*
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saillir. De fait, comme il trouva la bresche assez suffisante et que le cœur des soldats du prince coromeuçoit à s affoibiir, il fit sommer ce fort où commandoit le capitaine Beuvry, lequel ne sceut jamais persuader les gens de guerre de soustenir Fassaut, aucuns esteignans leurs mesches et Jettans les armes, tellement que force luy fut de rendre la place par composition , de sortir avec armes et bagages; ce quMIs firent le 19 dudit mois, se relirans au fort de Spilsenburch pour de là les faire embarquer. Ainsi les Espagnols se rendirent maistres, par la prise de ce fort de Moervaert, de tout le pays de Huist, et commencèrent à approcher de la ville ; puis, d'une moite de moulin où furent plantez trois canons, on tira à coups perdus en ruine au travers des rues et maisons, tellement que les as^ie^ez n*estoient nulle part osseurez qu*au pied du rempart et dedans les caves.
Le comte de Solms, ayant receu une harquebuzade en la jambe, ne pouvant aller ne venir pour prendre garde à tout comme il avolt fait auparavant, le colonel Piron fut commis super- Intendant des autres quatre colonels, et commença à faire faire trois mines par lesquelles les assiégez pouvoient, quand bon leur sembloit, sortir à Tescarmoucbe ; mais six jours après il fut aussi blessé d'une harquebuzade en la joué au dessous de l'œil , et contraint de sortir hors de la ville pour se faire penser.
Cependant les assiégez firent plusieurs sorties, nonobstant lesquelles les Espagnols ne laissèrent de boucher le vieil havre, pensans empescher les navires d'entrer dans la ville , ce qu'ils ne purent faire. Ils s'approchèrent tellement de HuIst, que le premier jour d'aoust ils s'advancerent à se fortifier jusques au devant de la porte des Béguines, dedans le fossé du boulevard, et plantèrent leur artillerie, qui battoit tantost le rempart, tantost les maisons et autres bastimens de la ville en ruine, n*en estant plus esloigné que du trait de la harquebuze.
Mais le sieur de Rosne, qui avolt en ce commencement de siège acquis la louange d'un chef de guerre très-experimenté , fut tué d'un coup de canon. Les historiens espagnols, parlans de la prise de Hulst, luy portent cest honneur et disent de luy : Verum laudis hujus fructus Ronœo. Il y en a qui ont faict un parallèle de luy et d'un Godefroy de Barcourt (i) qui fut banny
(f) Ce seigneur éloit d'une des plus grandes familles de ^'ormandie. Philippe de Valois, iustruit qu'il entretenoit des correspoudancr s avec le roi d'Angleterre Edouard Ul, ordonna , en 1345, de l'arrèler. 11 s'échappa, et se rendit prés d'Edouard, qui le flt maréchal général de son armée. Il lui rendit les plus grands services, et fît
hors de France du règne du roy PhlIippesdeValois, lequel s'en alla vers le roy Edouard d'Angleterre, qui avolt assemblé une grande année d'Anglois pour aller en Guyenne, et luy conseilla de prendre terre en Normandie ; ce que ce roy creut, et prit terre au pays de Constantin, et fit ledlct Godefroy, qui estoit frère du comte de Barcourt et avoit de belles terres en ce pays là , Tim des mareschaux de sou armée et condacteor. Sçachant les advenues du pays. Il mena cejeane royanglois, qui ne desiroit fors à trouver les armes, à Cherebourg, à Salnct Lo etàCaen, où les Anglois firent de grands meurtres et beaucoopde maux, ruynans par tout où ils passoieDt,pa^ amena l'armée angloise passer la Seine auprès de Paris, et la fit tourner vers la Picardie, là où se donna la bataille de Crecy en Ponthieu que les François perdirent; puis ledict roy d'ÂDgi^ terre assiégea et prit Calais fan 1346, que ses successeurs ont tenu près de deux cents douze ans, ceste place leur servant de porte pour en* trer en France quand ils vouloient.
Ce Godefroy de Harcourt fut tellement ennemy de sa patrie, qu*ll des-herita son nev^, vendit ses terres au roy d'Angleterre, et pals vint faire la guerre en Normandie, où en \m rencontre luy et les siens furent tous tuez. Yoyià ce que rapporte Froissard de ce Godefroy de Harcourt. Et les historiens de ce temps disent dudit sieur de Rosne que les exploits militaires faicts par les Espagnols en ces deux dernières années, où ils ont acquis tant de gloire, sont procédez de son conseil et de son exécution ;(iDe depuis la mort du duc de Parme leurs années n*avoient fait aucun exploit de mérite, Jnsqoes à ce que ledit sieur de Rosne fust fait marêscbal de Tarmée espagnole, ce qu'il accepta ponr ee qu'il se vit mesprisé en la cour de France; Inj^ qui avoit esté comme en apprentissage d'armes sous le feu duc de Guyse, qui avoit conduit ses troupes, esté son lieutenant, et depuis fait marescbal de France par le duc de Mayenne, tourna toute sa haine contre les François, et son ame devint toute espagnole ; et bien que Ton attribué l'honneur de tous les exploits faits aux années au comte deFuentesetau cardinal d'Austriche, comme en ayant esté généraux, si disent-ils tons: De Rosne, mareschal de l'armée, dressa la bataille devant Dourlens^ ordonna des assaults; sans son conseil on levoit le siège de Cambray ;
ëprouTer à la France d'horribles désastres. Ce fol ^^ qui , après la bataille de Crécy, reconaot le corps àe son frère demeuré Adèle à Philippe de Valds : spedadeqo lui inspira des remords roomeutaoés. De BeHoyt dansa tragédie du Siège de Calais , a lire parti de cette sitoi* tioa.
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Calais, où le roy d'Angleterre fat si longtemps devant, fut pris par son conseil et son exécution en quatorze jours ; toutes les frontières de Picardie ruynées; il entra dans le territoire de Huist à la barbe du prince Maurice et de ses gens qui s'estiment les meilleurs guerriers du monde en leur pays, prit le fort de Moervaert, et concluent tous, Quœ resj ut Ronœo, cvjus hœc potissimum consilio gesta esse diximus, magnam et atiulit laudem (1). Aussi il ne s'est point veu que les nations estrangeres ayent remporté de la victoire sur les François, si ce n'a esté par le moyen que leur ont donné des François raesmes qui, cbassez et comme bannis de la France, ont aydé à vouloir ruyner leur propre patrie. Les hommes de service doivent estre entretenus et appointez. Froissard dit que la haine du roy Pbilippes contre Godefroy de Harcourt cousta grandement au royaume de France , et que les traces en parurent cent ans après. Retournons au siège de Hulst.
Le second jour d'aoust les Espagnols , ayant continué leur batterie toute la journée avec quatorze pièces, environ les six heures du soir donnèrent un assaut fort furieux à la pointe du ra- 'velln , qu'ils emportèrent avec grande perle; mais, y estans entrés, les assiégez firent sauter la pointe par une mine qui en fit voler plusieurs en l'air , et aucuns furent enterrez dans les ruines. Environ les dix heures ils donnèrent aussi l'assaut au ravelin de la porte des Béguines, où il fut soustenu non sans perte des assaillans.
En moins de vingt-quatre heures on donna quatre furieux assaults à ce petit ravelin de la porte des Béguines ; mais à chacun les assiegeans furent valeureusement repoulsez par les assiégez.
En ces assaults on tient que les Espagnols perdirent plus de huict cents hommes. Les assiégez firent embarquer et envoyèrent leurs blessez eu ZelandeàMildelbourg,Layere,Flessinghe et Arnemuyde. D'autre coslé les hospltaux d'Anvers, de Gand, de Malines et autres , estolent plains d'Espagnols, Walons et AUemans.
Ce fut l'endroict où il fut plus combatu qu'à ce ravelin de la porte Béguine, que les Espagnols gagnèrent plusieurs fois , et dont ils furent repoulsez. Les assiégez se deffendoient valeureusement, usans de sorties souvent, et de mines sous ce ravelin , par le moyen desquelles ils faisoient sauter en l'air les Espagnols. Or , ce rayelln ayant esté gaîgné, n'y ayant autour de la \illenul autre flanc, il fut aisé à l'Espagnol, ayant
(I) Cet exploit, qui, coinra© nom l'avons dit. fut dû aux consdlf de Rome, lui acquit ^ "* ' ^je gl^^»*®-
long temps batu en toute furie avec environ trente pièces de canon, et fait bresche de plus de quarante toises de mesure, de se venir planter dedans le rempart, et de se loger picque à picque contre les assiégez qui n'avoient plus autre deffense que le feu et les pierres, auquel estât ils se maintindrent un long temps. Ce nonobstant, l'Espagnol n'eust encore rien advancé s'il ne fust venu à la sape et à la mine, laquelle il advança si avant que trois jours après le feu s'y devoit mettre, pour la nuict suivante en faire l'effect à son advantage. Quoy voyans les capitaines, nonobstant leur resolution du jour précèdent d'y vivre et mourir , comme ils avoient promis au comte de Solms, trouvèrent bon d'entrer en communication avec l'Espagnol, veu qu'appertement il n'y avoit moyen de résister long temps avec honneur à ses forces , qui estolent près de vingt mille hommes, et qui en divers endroicts avoit moyen de les forcer par assaut, n'estans plus les assiégez que quinze cens hommes combatlans , ou bien , après que les mines auroient faict leur opération, d'entrer à la foule ; veu aussi qu'outre la perte de la ville la gendarmerie s'y perdroit. Le comte, ayant considéré et bien pensé tous les inconveniens, donna lieu aux remonstrances des capitaines, et consentit de parlementer le 1 G du mois. L'Espagnol , ne cognoissant quel estoit Testât des assiégez, ny leur extrême nécessité , fut très-ayse de les entendre; et le 18 fut l'accord srrosté entre le cardinal et le comte de Solms en la manière qui s'ensuit.
Ayant les comte de Solms avec les colonels , capitaines , officiers et soldats estans en la ville de Hulst, hier envoyé pour entrer en communication, et, moyennant raisonnables conditions, rendre la ville au Roy, Son Altesse, très-encliné à favoriser ceux qui es actions des armes font leur devoir , accorde et promet , en parole de prince , audit comte de Solms, et généralement à toutes autres personnes ^ de quelle qualité, nation ou condition qu'ils soient, setrouvans présentement en ladite ville, sans nuls exempter, les points et articles qui s'ensuivent.
T. Le comte de Solms , ensemble toute ladite gendarmerie, pourront s'en aller librement et franchement, par eau ou par terre , la part que bon leur semblera , avec drapeaux volans, tambours batans, mesches allumées, baies en bouche, armes, bardes, bagages, chevaux, chariots, harnacheures, basteaux, chaloupes, et généralement tout ce qui leur appartient ; et, voulans aller par terre tous ou partie , seront conduits en toute seureté; et, si à cesteffect il ont besoing de quelques chariots, on leur en donnera , foumis* I santde seureté pour le retour d'iceux.
CHBONOLOGIB NOYBNÀIRB DB PALVA CAYBT. [1596]
II. Moyennant qnoy ledit comte de Solms sera tenu de rendre la ville au Roy avec le fort de Nassau , et sortir de ladite ville et fort aussi soudain que les basteaux seront arrivez, promettant ledit comte, sur sa foy, de les faire venir tout le plus tost et en la plus grande diligence que faire se pourra ; et dès maintenant fera loger sur la bresche les gens du marquis de Trevic, ausquels sera donné ordre de ne faire aucun dommage ny de passer plus avant durant leur séjour. Et, pour Tasseurance de ce séjour , seront donnez audit comte pour ostage ledit marquis de Trevic et le comte de Sores.
m. Tous prisonniers pris durant ce siège, tant d*un costé que d'autre , de quelle qualité qu'ils soient , n*ayans fait de leur rançon ; seront tous mis en liberté en payant leurs despens tant seulement.
IV. Tous bourgeois et liabitans,sans nuls excepter, pourront aussi librement et franchement sortir leurs meubles et biens par eau ou par terre et auront terme d'un an pour vendre, aliéner , et transporter leursdits meubles et immeubles , et, ledit terme passé, en pourront jouyr, les faisantadministrer par quelque receveur, moyennant qu'ils tiennent leur demeure ou domicile en lieux ou villes neutrales. Et ceux qui voudront demeurer le pourront faire paisiblement , sans estre reclierehez ou inquiétez , et pourront Jouyr de tous leurs biens , estans en la ville et dehors, en tous lieux de Tobeyssance de Sa Majesté, avec remission, abolition, et oubliance perpétuelle de tout ceque jusques à maintenant peut estre advenu, sans qu*il leur convienne avoir autre enseignement que ce présent traitté, pourveu qu'ils se conduisent et vivent comme bons subjects de Sa Majesté doivent faire : si seront maintenus en leurs anciens privilèges et franchises accoustumées. Et au regard des bourgeois et censiers qui se sont retirez durant ce siège, pourront librement retourner avec leurs femmes, enfans, biens, et jouyr entièrement du contenu dece présent traicté. Ainsi faitle isd'aoust 1596.
Signé Albert , George Everard , comte de Solms.
Ce traité fut effectué en tous ses poincts. On avoit fait audit sieur cardinal la prise de ceste ville plus aisée qu'il ne la trouva, pensant bien remporter aussi tost que Calais et Ardres : mais il y rencontra meilleur ordre qu'en ces deux villes là; aussi luy cousta-elle durant ce siège, d'environ deux mois, outre la grande despense et environ soixante capitaines, sans les cheb , colonels et gens de marque, plus de cinq
mille hommes de guerre. Les assièges y en perdirent bien quinze cens.
Après que Hulst fut ainsi renda au cardisal d' Austriche , il sépara son armée, et Teavoyi refraischir en diverses provinces : le comte de Varax commandoit à une partie des troupes (|Qi demeurèrent en Brabant, et le due d*Ascot à celles qui furent envoyées en Artois eontie le mareschal deBiron qui y estolt entré en araes, tellement que ledit cardinal n'entrent rien le reste de ceste année.
Le jour Sainct Jacques et Sainct Christofle. Alexandre, cardinal de Florence, et legst de Sa Saîncteté et du Sainct Siège, fit son entrée à Paris. Il avoit séjourné en la belle maison de Cbantelou prez Montihery , là ou beaucoup dr prélats françois le furent trouver; et , s'acbeoinant vers Paris , messieurs le prince de Good? et duc de Montpensier luy furent au devant,et l'accompagnèrent jusques à Sainct Jacques di Hault-Pas, où l'aprèsdinée le clergé et tooslo magistrats de la ville avec l'Université foreot pour l'accompagner , suivant ce que Tons aecoustumé faire, jusques à Nostre Damc.Iiestoit sous un poile de damas rouge porté par des bourgeois; lesdits sieurs prince et due le sqk voient, puis nombre d'archevesques etevesqoes vestus de violet, messieurs du parlement et des cours souveraines. Ce légat fut reeeu avec beaocoup de contentement par tous les Franeoii: aussi a il esté l'ange de la paix entre la France et l'Espagne. Il estoit de la maison de Medicis. et a esté depuis Pape nommé Léon Xi.
La peste fut fort grande ceste esté à Paris, « plusieurs milliers de personnes en monnirent, ce qui fut cause que le Hoy y fit fort peu des6 jour. Il convoqua une assemblée en fonne d'ntats , des plus grands et plus capables des trois ordres de son royaume, en la ville de Boûenqv l'on appella l'assemblée des notables, et ce alfio de pourvoir aux moyens de faire la guerre c^ tre le roy d'Espagne, et donner ordre aux desordres qui s'estoient engendrez durant les troQ* blés. Il envoya aussi le mareschal de BouillM en Angleterre et en Hollande pour traicterd'o^ confédération entr'eux et luy pour &ire la guem à l'Espagnol. De ce qu'U fit nous ledinnso
Cependant les garnisons espagnoles et fna*
çolses s'entrefaisoient la guerre sur les frontières
de Picardie , Artois , Haynault , et Tierascbr
Le mareschal de Balagny , qui tenoit d'ordliiirr
sa garnison en la comté de Marie, allant a U
i guerre vers le pays de Haynault , acooofapr
' des sieurs de Montigny, de Gié , marquis df
1 Bolsy, comte de Charlus^ VIIUer»>Hoodaa. et dr
CHAONOIOOIB NOVENAIBB DE PALMA CAY£T. [lâ96]
qoelques harqoebuziers à cheval et carrabins qu'il avoit tiré de Tannée du Roy qui estoit sur ces marches là, comme il fut près de Marly, rencontra environ soixante chevaux espagnols, lesquels lesdits sieurs de Montigny, de Gié, de Villiers-Houdan , qui se trouvèrent à la teste, chargèrent si heureusement Jusques à La Cappelfe, qn*il ne s'en sauva que dix ou douze qui se jetterent dedans après avoir abandonné leurs armes et chevaux.
Au mesme temps le sieur de Mont-martin , mareschal de camp, suivi du baron de Canillac, de Beauverger et du Jeune Lignerac, et d'enviroD quarante carrabins conduits par le capitaine La Croix qui s'estoit avancé avec les mareschaux des logîs , eut advis , arrivant audict Marly sur les six heures du soir, que les Espagnols parroissoient sur une montagne proche de là, et à Tinstant alla droit à eux , et , ayant recognu qu'ils estoient environ deux cents lances et cent carrahins des compagniesdu duc d'Ascot, du marquis d'Avrec, du comte de Sores et du comte de Bossu ; toutes des ordonnances du roy d'Espagne et de celles des capitaines Simon Anthoine et de Chaaions, lesquelles toutes en un gros faisoient ferme attendant qu'il vinst à eux, il fit aite, et, feignant de se vouloir retirer, il les attira si dextrement qu'ils luy vindrent en queue, et avoient aucunement engagez les carrabins françois ; mais ledit sieur comte de Charlus survint à toute bride avec quinze de ses gens d'armes seulement, car les autres n'avoient eu moyen de le suivre à cause du mauvais et marescageux chemin et des guais qu'il falloit passer ; survint aussi ledit sieur mareschal de Balagny, par le commandement duquel le comte de Charius, estant allé secourir les carrabins , leur fit tourner visage et mettre pied à terre à une partie, puis, prenant à flanc les Espagnols, donna dans le gros qu'il perça jusques au milieu d'eux y bien suivy et secondé des siens, dont il y eust de blessez le baron de Plerrefite d*un coup d'escopete au visage, et autres d'eux qui firent fort bien. Le sieur de Mont-martin et son fi/s, eneores qu'ils n'eussent que le pourpoinct , se meslerent et chargèrent avec le mareschal de Bafagny tellement les Espagnols , que , par la bonne conduitte dudit mareschal, ils furent mis i vau de routte. Les mieux montez se sauvèrent lans La Cappelle : il en demeura de morts sur la 7lace Jusques au nombre de soixante à quatrevingts, et de prisonniers six vingts. Ils prirent brcc esehelles et pétards que les Espagnols faioient porter pour exécuter une entreprise sur rfarlay.
Sur la fin du mois d'aoust le mareschal de Bi-
ron , que le Roy avoit envoyé sur les frontières de Picardie pour r'assembler l'armée qui en diverses troupes tenoit les champs, ayant passé la rivière de Somme avec cinq cornettes de cavalerie et quelque infanterie, entra dans l'Artois le premier jour de septembre. S'estant emparé du chasteau d'Imbercourt , il contraignit plusieurs bonnes bourgades de se racheter par grandes sommes de deniers. Le marquis de Varambon , gouverueur d'Artois, ayant eu advis qu'il tenoit les champs, amassa incontinent les garnisons voisines, et, se trouvant avoir de cinq à six cens chevaux, s'achemina à rencontre du mareschal, duquel il esperoit avoir bon marché, car il avoit plus de cavalerie beaucoup que luy : estans venus aux mains, le mareschal luy fit une si rude charge, qu'ayant avec les siens tué une partie des troupes du marquis et mis le reste à vau de routte, il le prit son prisonnier et l'envoya à Paris, dont il tira depuis quarante mil escus pour sa rançon.
Geste deffaite donna une terrible alarme par tout le pays d*Artois, car les François coururent toute la comté de Sainct Paul, la ville fut pillée, et quelques autres places ; le plat pays ne fut pas mieux traicté que le cardinal d'Austriche avoit traicté celuy de Boulenois : drapperie, bestail, et tout ce qu'on y trouva fut pillé. Les paysans , qui vouloient tenir bon dans les tours et clochers de leurs églises , furent rudement traictez. Geste course dura huict Jours. Le cardinal d'Austriche , adverty de la prise de Varambon, envoya les ducs d'Ascot et d*Aumalie, qui conduisoient une partie de l'armée , vers Artois après la prise de Hulst, à ce qu'ils s*y acheminassent en diligence. Le mareschal, adverty de leur venue, voulant, auparavant que de leur présenter le combat, faire descharger les siens de leur butin, les ramena vers la rivière de Somme.
S'estans deschargez , les nouvelles de cestexploict, parvenues à plusieurs troupes qui tenoient encor les champs et reculoient de se joindre audit sieur mareschal, fut la cause que de jour en jour plusieurs compagnies se joignirent à luy , et sur tout sçachant que Ton ne les laisseroit gueres sans remuer les mains , qui est ce que les soldats ayment le plus et qui sert le plus à les tenir en vigueur et contenir en discipline : de sorte qu*en moins de dix jours il se vit assez fort pour retourner sur ses brisées et rentrer encor dans le pays d^Artois. Il fut assisté de messieurs le comte de Sainct Pol, de Sainct Luc , de Ghazeron , du vicomte de Gharaois , du marquis de Fortuna , et plusieurs autres seigneurs et gentils-hommes, outre ceux qui estoient au premier voyage. Tous ensemble s'advancercnt vers Dour-
CHRONOLOGIE NOVSNAIBl DE PALUA CAYET. [1596]
lan, et finablement se résolurent de mener ceste petite armée vers Arras; mais, auparavant que l'y acheminer, le mercredi , 25 du oxesme mois de septembre, estans logez à Bussoy, près d'Arras, ledit sieur mareschal, accompagné des principaux capitaines, alla le mercredy, 25 de septembre , du costé d' Arras pour recognoistre le chemin par où il feroit passer Tarmée; ce qu'ayant fait et s'en retournant, il eut advis que les Espagnols paroissoient près du quartier du sieur de Sainct Luc , et que leurs carrabins estoient à l'escarmouche ; ledit sieur mareschal ordonna au sieur de Sainct Luc, qui estoit près de luy, de s'en aller en son quartier et monter à cheval pour suivre les ennemis , et luy donner advis du chemin de leur retraitte. Cependant luy et M. le comte de Sainct Paul s'en allèrent au quartier où estoit logé la compagnie du Boy et outres compagnies de cavalerie , lesquelles il fit incontinent monter à cheval, et s'achemina sur le pays d'entre Arras et Bapaume. Ayant marché un quart de lieuë, le sieur de Sainct Luc luy manda que les ennemis estoient retirez à Bapaume [aussi en avoient-ils fait le semblant ] ; mais ainsi que ledit sieur mareschal s'en vouloit retourner [ car ny luy ny M. le comte de Sainct Paul n'avoient point d'armes] , il vint à luy quatre harquebusiers à cheval qui luy vindrent dire que les Espagnols qui avoient esté au quartier dudit sieur de Sainct Luc avoient assiégé trois cents soldats françoisdans une église, et qu'ils y avoient desjà mis le feu ; ce qu'ayant entendu il se résolut de s'y en aller au trot avec M. le comte de Sainct Paul; et , estans à mil pas du village, ledict sieur mareschal les vid qu'ils commençoicnt à faire leur retraicle du costé d'Arras : c'estoient les compagnies de chevaux légers de Contrario, des deux Corradins , de don Francisque , de don Philippes, de don Diego d'Acugna , de don Gabriel Bodriguez et du baron d'Auchi. Incontinent ledit sieur mareschal commanda aux carrabins du Boy , à ses harquebusiers à cheval , à quinze harquebusiers de la compagnie du marquis de Fortuna , de s'advancer et d'engager ces troupes au combat , ayant ordonné au sieur de Fournier de les soustenir , et au sieur de Chazeron après ledit sieur Fournier. M. le comte de Sainct Pol , qui estoit à la teste de la compagnie du Boy, tenoit la main droiete , le sieur de Sipierre avec le vicomte de Chamois la gauche ; et ledit sieur mareschal au milieu avec sa compagnie pour les soustenir ; la compagnie de M. le connestabltf et celle du vidame de Chartres veiioient après. Lesdits harquebusiers à cheval lîrenl telle diligence qu'ils abordèrent les Espagnols , et les engagèrent de façon qu'ils donnè-
rent temps au sieur Fournier d'y arriver et de les charger , comme il fit, et si rademeat qu'ils prindrent la fuite une lieuè durant et jasquesà ce qu'ils eurent joinet les compagnies d'ordonnance du comte de Beux et du comte de Sortes, avec trente chevaux de la compagnie do due d'Ascot qui les attcndoient en un valon corone en embuscade : les Espagnols fuyans, ne voyaos que deux compagnies de François les poorsmvrt, reprindrent courage et voulurent revenir au combat ; mais les sieurs Fournier et de Ghazeroo avec les arquebusiers à cheval , se voyanssoQitenus de près par ledit sieur mareschal, cootinuerent d'aller à eux , et les mirent encoresea fuLtte, les poursuivant une bonne lienê, toujoon tuant ou prenant des prisonniers, josques à la veuë de leur camp qui estoit auprès d'Arras, oq lesdits sieurs Fournier et de Chazeron feireat ferme ; et, après y avoir demeuré quelque temps pour donner haleine à leurs chevaux, ilscoomencerent à faire leur retraicte ; ce que vovass les Espagnols, ils les voulurent suivre avec d'antre cavalerie fresche ; mais ledit sieur mareschal s'estant advancé, ils ne passèrent outre. Enoe combat fut tué don Gabriel Bodriguez et beaucoup d'autres : de prisonniers cent claquante hommes et trois cent chevaux, d'autant que beaucoup mirent pied à terre pour se sauver daos les bois. Conradinle père fut pris , maisil sesaoTa.
Ledit sieur mareschal ayant eu advis que les ducs d'Ascot et d'Aumale avoient dit qu'Us ea auroient la raison, dès le lendemain il leur drfssa une embuscade de cinq cens chevaux et dan mille hommes de pied, et monta à cheval, eih voyant à mesme temps le sieur de Salact Luc dans leur camp pour leur donner l'alarme ; mais il les trouva retranchez dans les faux-boon? d'Arras, sans apparence aucune de les pouvoir attirer au combat. Les François , voyans qoc personne ne leur resistoit à la caropagQe,mttteQt le feu par tout, enlèvent plus de butin qu'auparavant, pillent aux environs de Bapaume, Hebuterne , Benvilliers et Gourcelles , font use course vers Bethune et Therouenne, d'où ilseffî* menèrent force prisonniers et du bestail, pois st retirèrent et campèrent en la plaine d'Azaia* court.
Le duc d'Arscot, renforcé de quelques pi^ tons du régiment du colonel La Borlotte, pvlit d'Arras le cinquiesme jour d'octobre avechui^ mille hommes, tant de pied que de cheval, etse vint camper à Sainct Pol ; mais le mareschal de Biron, l'y laissant camper à son aysc, entra sepl jours après avec sa cavalerie dedans l'Artois, et» suivy de son infanterie, s'arresta à Tabbo^e'^'' mont Sainct Eloy* Le treizicsme jour il «unii
CHBONOLOGIS NOVSNÀIBE DB PÀLIU CÀYET. [1696]
Jusqaes à Douay. Puis, ayant faict le degast , il se retira en Picardie cinq jours après, les siens chargez d'un grand butin de ceux d'Artois. Le doc d'Arscot peu après reprit le chasteau dlmbercourt, et cassa son armée, disposant ses troupes es garnisons.
Au commencement de ceste année , la royne d'Angleterre donna la charge au comte d'Essex et à l*admiral d'Angleterre d'esquiper nombre de vaisseaux et assembler une armée royale , tant pour la deffence de ses pays que pour s'opposer aux forces du roy dEspagne. Quand ceste armée fut preste de faire voile, les deux généraux firent une déclaration des causes qui avoient meu leur royne de la dresser, laquelle fut imprimée en françois, anglois, flaman, espagnol, latin et italien. Geste déclaration contenoit qu'ils estoient, de divers endroits, advertis que le roy d'Espagne dressoit une armée et assembloit tous les jours hommes, navires et armes, pour tascher à envahir quelques provinces et pays de la royne d'Angleterre I ainsi qu'il avoit faict l'an 1588 avec la plus grande armée qui avoit esté assemblée de leur aage, au temps mesmes que les députez d'Angleterre et d'Espagne traictoient de la paix à Bourbourg; laquelle armée, par la bonté de Dieu et par la valeur des Anglois , avoit esté , partie en combattant, partie par les tempestes, du tout ruinée. Or, pource que la Royne avoit bonne alliance et amitié avec tous les roys et princes chrestiens, excepté avec le roy d'Espagne qui s'estoît déclaré depuis beaucoup d'années son ennemy, non seulement de sa personne, mais aussi de ses subjets, bien qu'elle ne luy en eust donné aucune occasion , t Nous , disoientils, susdits comte et admirai, signifions à tous que Sa Majesté nous a expressément commandé et enchargé qu'en nostre voyage , qu'espérons faire avec Tarmée navale dont elle nous a donné la conduitte^ de ne nuire et endommager personne, sinon les subjects naturels du roy d'Espagne et ceux qui luy ayderont de soldats, navires, artilleries et munitions, pour faire la guerre à Sa Majesté. C'est pourquoy nous commandons, sur peine de punition, à toutes personnes de nostre armée, qu'ils ayent à se gouverner suivant le mandement de Sa Majesté. Et pour esviter toutes controverses qui pourroient advenir avec ceux qui ne sont point subjets du roy d'Espagne , et lesquels pourroient estre accusez d'avoir manifestement assisté ledit Roy contre Sa Majesté, nous les prions, au nom de Dieu ) et mandons qu'ils ayent à se retirer des ports d'Espagne et de Portugal , et de ne suivre point l'armée dudict Roy, mais qu'ils se retirent en leurs pays ou en nostre armée ; ce que faisant,
nous leur promettons , de la part de la Royne , seureté de leurs personnes, et qu'ils seront traictez et deffendus comme amis; que si aucuns se trouvent mespriser ce commandement de la Royne , selon le droict de la guerre, nous déclarons que nous les traicterons comme ennemis , sans que les roys et princes de qui ils seront subjects puissent par après obtenir aucune restitution ny recompense de ce qui leur aura esté pris. »
Ceste déclaration fut envoyée en divers ports d'EspagDc et de Portugal, cependant que les généraux donnent ordre que les navires qui s'esquipoient en divers ports d'Angleterre eussent à se venir rendre au port de Plemouth. Le prince Maurice et les Estais, qui sont forts et puissants en bons navires de guerre , ne laissèrent aussi passer ceste occasion sans tascher d'endommager leur ennemy commun, le roy d'Espagne, et envoyèrent , pour favoriser le dessein de ceste royne, vingt et quatre beaux navires, bien equippez à la guerre, et six autres de munitions, sous la conduitte de Jean de Duy venvorde , admirai de Hollande , lesquels arrivèrent aussi à Plemouth au commencement de juin.
Après que lesdits comte d'Essex et le milord Haward, admirai d'Angleterre, eurent fait embarquer les soldats anglois , ils s'embarquèrent aussi le 13 juin, et firent voile vers l'Espagne, dont ils coururent toutes les costes , et vindrent surgir, le penultiesme dudict mois , auprès da havre de Calis (1), qu'aucuns appellent Gadeis. C'est une petite isie à Topposite de l'Afrique, où il y a une ville du mesme nom de l'isle avec un beau port : là estoleut à l'ancre plusieurs vaisseaux du roy d'Espagne fort bien equippez et fournis de vivres et munitions , et aussi des navires de marchands qui estoient chargez de diverses marchandises pour les porter aux Indes. Les Anglois, poulsez de la force du vent, donnèrent à l'occident de Tisle, mais ils ne purent y entrer pour ce jour, à cause qu'une tempeste se leva, et que les galères d'Espagne estoient là auprès à la rade. Le lendemain , le comte d'Essex fit descendre à terre quelques troupes, et nonobstant que d'abbordée les Espagnols fussent estonnez pour estre surprins inopinément, neantmoius peu après, ayant recognu les Anglois, ils se rasseurerent.
Le premier de juillet, les Anglois voulans forcer le port, furent bravement soustenus par les Espagnols, lesquels les contraignirent de se retirer à leur flotte, d*autant que le port estant estroit on n'y pouvoit combattre que de cinq vais-
(I) Cadix.
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seaux de front , et aussi que le reflus estoit lors, et ne purent si bien faire que le Daufin , navire hollandois, n'y demeurast par l'embrasement des pots à feu. Les Espagnols, qui se voyoient trop foibies pour résister de force aux Anglois, bruslerent à l'advenue du port quelques navires, leur laissant en proye, pour les amuser et ruyner, le navire Philippe ainsi nommé du nom du roy d'Espagne, dans lequel ils dressèrent une fougade , laquelle , s*ailumant par une longue traynée, fit un si horrible eschet, que tout le port sembloit estre en feu et tonnerre esclattant de furie ; mais les Anglois en eurent plus de pœur que de dommage, et ne laissèrent d'enlever deux navires espagnols entiers de l'emboucheure. En mesme temps le comte d'Essex, seul gênerai pour la terre, fit attaquer la ville de Calis, où estoit entré dedans cinq cents chevaux et six cents hommes de pied du pays circonvoisin pour la dcffendre contre les Anglois. Le sieur Loys de Nassau, en une sortie qu'ils firent, leur ayant faict, par le commandement du comte, une rude charge, les mit en routte, et les poursuivit si chaudement que les Anglois entrèrent dans la ville pesle-mesie avec les Espagnols , et tuèrent tout ce qui se trouva en résistance , et la pillèrent. La garnison et plusieurs des habitans s'estans retirez au chasteau, ayans veu que les Anglois avoicnt aussi pris le pont qui joint ceste isle de Calis à la grand terre, d'où Ils eussent peu estre secourus, se voyans sans espérance, se rendirent à condition de payer en certains termes six vingts mille ducats, dont ils bailleroient ostages qui seroient emmenez en Angleterre. Les marchands composèrent aussi pour leurs marchandises qui estoient dans les navires, à la somme de deux millions d'escus ; mais il vint mandement du duc de Médina Sidonia, lieutenant gênerai pour le roy d'Espagne en ce pays là, de brusler tous les vaisseaux, ce qui fut incontinent exécuté : trente deux navires chargées de riches marchandises et d'un prix inestimable furent toutes brusiées, sans que les Anglois y pussent remédier, ny les marchands espagnols les garantir.
Les Anglois furent faschez de n'avoir encor eu ce riche butin, et tindrent divers conseils s'ils dévoient brusler Calis ou y laisser garnison ; mais, ayans résolu de l'abandonner, le quinziesme juillet, après le signal donné qu'un chacun eust avec son butin à se retirer aux navires, estans embarquez , ils se remirent en mer et retournèrent droit en Angleterre descharger leur proye, où ils arrivèrent environ la myaoust, contre l'opinion du comte d'Ës^ex qui vouloit en faire autant à tous les ports d'Espagne , et mes-
mes aller au devant de la flotte des ladesqui venoit , ou bien l'attendre. Il ne put estre le maistre à cause des confusions qui advieDoeat d'ordinaire aux armées où il y a deox généraux.
Au mesme temps que ceste année retonnn en Angleterre, M. le mareschal deBouillooy arriva pour traicter et jurer la coDfederatJoa d*entre le Roy et la royne d'Angleterre, qui estoit en effect renouveller les anciennes altiaoces entre ces deux royaumes, s'unir pour faire h guerre à l'Espagnol leur commun ennemy,eti8viter tous les princes voisins à entrer en ceste confédération. Aucuns ont escrit que la royoe d'Angleterre offrit de faire assiéger, battre et reprendre Calais à sesdespens, à condition qu'eite nommeroit à l'ad venir un François poor en est» gouverneur; mais que le conseil françoisnevoilust entendre à ceste proposition, aymantmieQi avoir l' Anglois pour allié en son pays, que de l'avoir pour voisin si proche, et le revoir an pied dans la France dont on avoit eu tant de peioe i l'en faire sortir. Les principaux articles de ceste confédération furent :
I. En premier lieu, que les précédentes alliances et traictez qui sont encor en vigocBr entre les serenissimes Roy et Royne et iecn royaumes , seront confirmez et demeureroot ea leur première force et vertu , desquels ne sers aucune chose retranchée plus avant que par le présent traicté il leur sera dérogé ou autremeat innové.
IL Ceste alliance sera offensive et defliRislie entre lesdits Roy et Royne, leurs royaaiDcs, Estais et seigneuries, contre le roy d'EspasMi ses royaumes et domaines.
IIL A ceste alliance et confédération de b part desdits Roy et Royne seront convies, ap* peliez, et en laquelle pourront entrer, tons autm princes et Estats lesquels ont ou auront à &e garder et garantir des ambitieuses machinatioos et invasions que le roy d'Espagne pratique t rencontre de tous ses voisins ; ausquelles iiiis seront envoyez ambassadeurs ou dépotez, deb part desdits Roy et Royne, à tels prioceioQ Estats que lesdits confederez trouveront estre capables , pour les induire à entrer en teste alliance.
IV. Le pluslost que faire se pourra, etqoel» affaires desdits Roy et Royne le pourront p^ mettre , se dressera un corps d'armée , tant àt leurs forces communes , que des autres pri»"* et Estats qui pourront entrer en ceste conlW^ ration, pour assaillir le roy d'Espagne et t«*«îf^ et quelconques ses seigneuries.
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V. Lesdits Roy et Royne ne pourront traitter aueuDC paix ny trefves avec le roy d'Espagne , ny ses lieutenans ou capitaines , sans consentement mutuel , lequel sera signiûé par lettres signées de la main propre desdits Roy et Royne.
YI. Mais pour autant que le Roy a jà fait quelques trefves en Bretagne , ses ambassadeurs promettent que quand Icsdictes trefves expirées se renouvelleront, lors le Roy tiendra la main , tant quMl luy sera possible , que les Espagnols et Bretons s'obligeront de ne rien attenter, ny par mer ny par terre , contre le royaume d'Angleterre ny les subjets de la Royne durant lesdites trefves, et que le Roy ne fera nulles trefves générales avec les provinces ou villes occupées par Tenneroy sans le consentement et adveu de ladite Royne.
Vil. Toutesfois, si par cas de nécessité les gouverneurs sont contraints faire trefves particulières avec les gouverneurs des places appartenantes au roy d'Espagne , lesdites trefves ne s'estendront plus avant que de deux mois sans Tagreation desdits princes.
VIII. Lesdits Roy et Royne promettent aussi réciproquement que, si l'un d'eux a besoin d'armes, poudres et autres munitions de guerre, il sera loisible à Tun et à l'autre des contractans de les faire achetter par leurs commissaires, et de les transporter en leur royaume sans aucun eropeschement , si avant que cela se puisse faire sans dommage ou préjudice de celuy d où on les voudra lever; en quoy on s'en rapportera à l'affirmation et conscience , tant dudit sieur Roy que de la Royne réciproquement.
IX. Lesdits Roy et Royne deffendront et maintiendront respectivement les roarchans et sobjets l'un de l'autre , tellement qu'ils puissent librement et seurement negociei* et faire leurs affaires et trafiques es royaumes et seigneuries de chacun d'eux , comme s'ils fussent subjets naturels , sans permettre leur estre fait ou donné aucun empeschement.
X. Ils permettront aussi réciproquement que Jes armées et troupes d'un chacun d'eux soyent soulagées et secourues de vivres et autres provisions nécessaires ^ si avant que conunodement il se puisse faire.
XI. Le roy Très-Chrestien ny ses successeurs ne souffriront pas que quelque subject ou vassal de la Royne soit , à cause de la religion à présent approuvée en Angleterre , en façon quelconque inquiété par les inquisiteurs en ses corps ny biens.
\1I. Et si aucun d'authorité privée taschoit de ce faire, le Roy empescheradesonauthorité
et puissance royale que cela ne se face, et, si quelque chose avoit esté faicte ou attentée, le fera reparer et mettre en son entier.
Yoylà en substance les poincf s principaux du traicté de ceste alliance et confédération , que la Royne jura devant ledit mareschal de Rouillon , comme ambassadeur du Roy ; et du depuis le comte de Sali^bery \int à Rouen apporter au Roy la Jartiere, qui est l'ordre d'Angleterre, devant lequel aussi Sa Majesté jura d'observer ladicte confédération.
Ledit traicté ayant par lesdits Roy et Royne esté envoyé aux estais des Provinces Unies assemblez à La Haye en Hollande , et apporté par ledict sieur mareschal , il fut par lesdits estats accepté , et y furent compris le dernier jour du mois d'octobre ; comme aussi y entrèrent plusieurs princes allemans.
La royne d'Angleterre avoit fait demander ausdits sieurs des estats des Provinces Unies qu'ils eussent à luy rendre quelque partie des deniersdontelleles avoitsecourus depuis dix ans en çà. Le comte de Lincolne, qu'elle avoit envoyé vers le lantgrave de Hesse en Allemagne, passant par La Haye , en fit demande; mais eux envoyèrent leurs ambassadeurs en Angleterre , qui remercièrent ladite Royne de ce qu'elle leur avoit aydé d'hommes et de plusieurs grandes sommes de deniers, la suppliant qu*après tant de peines et de labeurs qu'ils avolent soufferts , elle ne les delaissast pour estre la proye de leur ennemy commun, disans aussi que, s'ils estoient vaiucus par l'Espagnol , il ne failloit point douter que toutes les provinces voisines ne receussent de grands dommages d'un si puissant ennemy. La royne leur fit respondre qu'elle n'avoit gaigné à les secourir que la haine des Espagnols , et qu'il estoit bien raisonnable que Testât de leurs affaires estant À présent plus asseuré qu'auparavant , et ayans gaigné plusieurs bonnes villes sur l'Espagnol , qu'ils commençassent à parler de la satisfaire de ce qu'ils luy dévoient, i Je n'ay point , leur dit-elle , de pierre philosophate qui me produise de l'or , je n'ay point de Pérou d'où l'or et l'argent me puisse venir comme il fait en Espagne ; mon seul thresor est la bien-veillance de mes sujets, et Payde qu'ils me donnent pour faire la guerre à un si puissant ennemy : aussi il n'est pas raisonnable que je sois tenue de vous ayder à perpétuité. » Les ambassadeurs des estats luy remonstrerent le secours de navires de guerre qu'ils avolent envoyé en l'expédition de Calis , et proposèrent quelques moyens pour rendre ce que la Royne leur avoit preste ; mais les Anglols rejetterent
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ces conditions. En ce temps vint ad vis que Farmée navale d'Espagne que conduisoit Martin de Faditle vers l'Irlande estoit en mer. Lesdicts ambassadeurs des estats ayans promis de faire aller leurs navires de guerre en Tarmée d'Angleterre qui se preparoit pour aller attaquer les Espagnols , ils furent congédiez de la Royne et s'en retournèrent en Hollande. Quant à l'armée d'Espagne qui devoit venir en Irlande, plusieurs ont escrit que quantité de navires firent naufrage au cap appelle Finibus Terrœ , et qu'elle se dispersa toute sans faire aucun effect.
Si la royne d'Angleterre se plaigooit aux Hollandois du grand nombre de deniers qu'elle avoit despendus, tant à les ayder qu'aux secours qu'elle avoit envoyez en France et à l'armée qu'elle estoit contraincte d'entretenir en Irlande contre ses subjets rebelles , le roy d'Espagne, ayant d'autre costé espuisé ses thresors ez guerres des Pays-Bas et de la France , et engagé ses domaines à plusieurs marchans, fut contraint de faire publier un placart par lequel il se remit luy mesme dans ce qu'il avoit engagé à ceux qu'il appelloit par ledit placart marchans negocians en court. Yoicy ce que l'on en a escrit :
i Le 20 de novembre le roy d'Espagne depescba un placart donné à Pardo , par lequel il se plaignoit que ceste grande quantité d'or et d'argent que les Indes luy fournissoient annuellement , et tous ses domaines et finances , estoient espuisez et consumez, et son patrimoine royal quasi despendu, pour les grands frais qu'il disoit porter à la deffense de la chrestienté et de ses Estats; dont il en faisoit cause les grands et excessifs interests courans des levées d*argent à cbauge et d'autres contracts qu'en son nom Ton avoit faits avec les marcbans ; au moyen dequoy tous ses domaines , aides et revenus ordinaires et extraordinaires , estoient occupez, tant que la cbose estoit venue à ceste extrémité, qu'il ne luy restoit aucune substance pour s'en prévaloir et ayder, veu que les marchans et gens de négoces, qui jusques lors luy souloient administrer les changes , s'excusoient et faisoient difficulté de négocier, d'autant qu'ils tenoient en leurs maios et tout en leur pouvoir lesdits revenus et domaines royaux ; pour à quoy remédier il ne trouvoit expédient plus convenable , et de meilleure justification , que de faire soulager et reparer ses finances royales des injustices qu'elles avoient receuês à cause de ses rigueurs de changes et interests par luy soufferts au temps des contractatlons, pour éviter à plus grands périls;
(I) Ce discours est rendu d'une manière pins naÎTe et plus piquante dans l'Histoire de tfenrilK par Përéflie.
que de là estoit venue la faute de pounoir toi affaires de la guerre et de ce qui en depeodoit, à quoy il entendoit de remédier par tels moyens , n'ayant esté possible sur les occasions qui s estoient offertes d'en user d'autre façon, voulant, pour faire cesser et abolir lesdits ioteresU,se prévaloir et ayder de toutes les assfgnatloos qu'il avoit baillées et transportées à tous marchans et negotians , pour quelques finances et contracts qu'on avoit fait avec eux, en quelque manière que ce pust estre , par son mandement, depnii le décret et moyen gênerai par luy arresté le premier de septembre 1575 et le.ciDqoiesme de décembre 1577 , jusques audit 20 de novcnibre 1596; lesquelles assignations baillées snr tous et quelconques ses domaines il tenoit ea suspens , et vouloit que les marchands neo peussent jouyr ny les recevoir , aius que les (teniersqui en precederoient seroient misensescof* fres , et que tous contracts d'interests cessasseat, approuvant tout ce qu'en ce regard en avoiat résolu et ordonné les presidens et ceux de soi conseil royal et de finances , d'aatant que le tout avoit esté fait par son mandement spécial. »
Ce placart , signé io el Rey , et , par comnacdément de Sa Majesté, Gonzalo de Vera, apporta grand'aiteration entre les marchans, aossi bien en Espagne, Italie, Allemagne, qu'en Anvers, Amsterdam et Middelbourg, dont scnsuyvirent plusieurs banqueroutes, et mesmes les lettres de change du cardinal Albert forent renvoyées par protest, ce qui luy fit perdre pour quelque temps son crédit, et qui le tint desnuc d'argent , tant que, faute de deniers jï n'osa rien entreprendre l'espace de trois ou quitre mois.
Le quatriesme novembre le roy Très-ChrKtien fit son entrée dans Rouen [aucuns ont escrit que ce fut le 20 octobre ], où il futreceuet grande magnificence. La despense que firtJA les habitans seulement fut estimée à pins de I quatre cens mil escus. Sa Majesté y ûtoîi. comme nous avons dit cy-dessos, convoqué noe assemblée générale des plus capables des trob ordres de la France , à l'ouverture de laquelle il leur dit :
« Si je voulols acquérir (I) tiltre d'orateur, j'aurois apprius quelque belle et longue haratgue , et la prononcerois avec assez de graTîle; mais, messieurs, mon désir tende deux pi* glorieux tiltres, qui sont de m'appcller libérateur et restaurateur de cest Estât ; pour à qwy
Nous aTons cité celte version dans une note éa (Ect^ mies royales, tome m, page 29.
CHBONOLOGU NOVEIIAIEE DS PALMA GAYBT [1596J
parvenir je vous ay assemblez. Vous sçavez à Yosdespens, comme moy aux miens, que, lors que Dieu m*a appelle à ceste couronne, j'ay trouvé la France non seulement quasi ruinée , mais presque toute perdue pour les François. Par grâce divine, par les prières, par les bons conseils de mes serviteurs qui ne font profession des armes , par Tespée de ma brave et généreuse noblesse , de laquelle je ne distingue point mes princes pour estre nostre plus beau tiltre, foy de gentilhomme , par mes peines et labeurs, je Tay sauvée de perte; sauvons-la à ceste heure de ruine. Participez, mes subjets , à ceste seconde gloire avec moy, comme vous avez faict à la première. Je ne vous ay point appeliez , comme faisoientmes prédécesseurs, pour vous faire approuver mes volontez. Je vous ay faict assembler pour recevoir vos conseils, pour les croire, pour les suivre, bref, pour me mettre en tutelle entre vos mains : envie qui ne prend gueres aux roys , aux barbes grises, aux victorieux ; mais la violente amour que je porte à mes subjects, Textreme désir que j'ay d'adjouster deux beaux tiltres à celuy de roy, me fait trouver tout aisé et honnorable. Mon chance- (ier vous fera entendre plus amplement ma volonté. »
Sur la fin de ceste année le commencement de l'byver futsi pluvieux qu'il y eut maints déluges d'eaux; ce qui causa en plusieurs endrolcts beaucoup de ruynes, entr'autres, à Paris, le pont aux Meusniers se fondit en l'eau environ les liuit heures du soir, le jour Sainct Thomas. Il 2stolt basty sur des pieux , à chaque arche il y ivoit un moulin , et n^y avoit que des maisons l'un costé de la rué. Eu la cheute de ce pont se )erdirent plus de troiscents personnes (1) estoufées en l'eau et de l'encombre des bastiments.
Il parut ceste année un jeune homme nommé Charles de La Ramée qu'aucuns firent bruit [estre fils du roy Charles IX. Il disoit qu'il avoit sté nourry en Poictou , chez un gentil-homme ommé La Ramée» lequel» se sentant près de a fin , avoit appelle ses enfans , et leur avoit deiaré que Jusqu'à présent le susdit Charles avoit sté nourry au nombre des siens, mais qu'il *estolt point son fils, partant n'entendoit point u'il succedast en aucune partie de son bien , lals biea luy donnoit il un cheval et une hariiebuze pour s'en aller cercher sa fortune ; plus, i'il luy avoit dit, comme il vouloit contester :
(f) c On a remarqué, obserTO Pierre de L'Estoile, [[uc la plupart de ceux qui périrent dans ce déluge f'toieot tons gens riches et aisés , mais enrichis d'usure H do pillage de la Saint- Barthélémy et de la Ligue. » ournal de Henri IV, tome II , page 528. )
i Monsieur , vous n'estes point mon fils , ains du feu roy Charles ; J'ay esté chargé par la royne Catherine, mère des roys deffuncts, de vous nourrir et eslever , sans révéler ce qui en estoit qu'elle et les roys ses enfans ne fussent trespas* sez. » En ceste opinion ce Jeune homme partit du Poictou, ainsi quMI disoit, et vint à Paris, où une dame de qualité le voulut voir; mais ne trouvant du fondement en son discours elle le renvoya. Il s'en alla depuis à Rheims, là où il commença à publier en secret qu'il avoit eu des visions et révélations angeliques, lesquelles Tasseuroient qu'il seroit roy et regneroit. Sur cela il se trouva des gens à sa poste , lesquels disoîent qu'il avoit guery plusieurs personnes des escroûelles; tellement qu'ils commencèrent à s'assembler autour de luy , et comme luy publioient qu'il estoit fils du feu roy Charles IX. Messieurs les gens du Roy , advertis de cest imposteur , le firent appréhender au corps et mener aux prisons de Rheims , là où aussi quelques prisonniers à qui il conta ces folies se persuadèrent qu'il les delivreroit ; et mesmes il y avoit des femmes qui , de charité et superstitieuse révérence, le traictolent de vivres et autres moyens fort magnifiquement; si bien qu'enfin, après / estre ouy et examiné, il s'enfla de telle presumption , qu'il luy sembloit devoir estre roy par effect et en ceste façon disputa superbement contre ses juges, de par lesquels neantmoins il receut sentence et condamnation de mort. Nonobstant il en appella au parlement à Paris, où, après avoir aussi soustenu ces opinions , il fut condamné par arrest d'estre pendu en Grève, ce qui fut exécuté après qu'il eut faict amende honorable. Ainsi mourut cest imposteur^ et receut le salaire de sa témérité.
De mesme il se présenta en Espagne un pastissier de Madrigal qui se disoit estre le fils de Charles infant fils de la princesse de. Portugal , première femme du roy Philippes II, lequel don Charles le Roy son père avoit fait mourir vingt ans auparavant par seignées réitérées , avec un breuvage mortel pour couvrir la violence. Ce pastissier avoit entré dans une abbaye de nonains dont estoit abbesse une Glle bastarde de don Jean d'AustrIche, baslard de l'empereur Charles le Quint , et sceut si bien couvrir son imposture , que ceste abbesse le crut et plusieurs autres ; et , secrettement entretenu de commoditez par elle , il practiquoit gens pour le soustenir en son imposture; mais, estant peu après descouvert et mis en prison , après y avoir esté assez long temps, son imposture estant descouverte , il fut pendu.
Il y eut aussi en ceste année un autre prodige
CHBONOLOGIE NOVfiNAïaB DE PALMÀ CAYET. [1596]
moDstroeux d'un homme qui se disoit estre Je* 8U8-Chiist et se preteudoit faire des miracles, lequel estant descouvert que sous ceste couleur il dogmatisolt pernicieusemeut beaucoup d'estranges hérésies, il fut par arrest du parlement pendu et bruslé à Paris.
L'an passé nous avons dit qu'après que Tarchiduc Matthias eut pris Visgrade que l'armée chrestienne se sépara en plusieurs parties , mais que Palfy avec les Hongriens alla loger aux environs de Vaccia , oh, après avoir en une rencontre tué quatre cents Turcs , faict un grand degast sur le pays ennemy, Il s'en retourna vers Gran.
Les Turcs d'autre costé faisoient aussi de grands degasts sur le pays des chrestiens. Le 18 de janvier , au commencement de ceste année , les beys de Hatuan et de Vizze , avec leurs garnisons, ayans jolucts quelques miliers de Tartares, firent un corps d'armée, mais, estant survenu entr'eux de la division sur la place qu'ils dévoient attaquer la première , le bey de Vizze proposant le siège de Novigrade, et celuy de Hatuan soustenant qu'il falloit assiéger Setscin , que les Hongriens appellent Zeczn, ces deux beys en pensèrent venir aux mains l'un contre l'autre. Les Tartares approuvans l'advis de celuy de Hatuan , l'antre fut contraint de se retirer vistement avec les siens en sa garnison : tellement que les Tartares s'acheminèrent vers Setscin pour y faire le degast à leur accoustumée ; mais Tonhaus , gouverneur de Setscin , adverty de leur dessein , ayant assemblé quelques garnisons ehrestiennes des places voisines, leur alla au devant, et , ayans pris radvantage d'un passage où il falloit que nécessairement ils passassent , il leur fit une si rude charge qu'ils tournèrent teste et prindrent la fuite , laissans plusieurs des leurs morts sur la place et quelques prisonniers.
Le Grand Turc, voyant que les plus grandes pertes qu'il avoit receuës l'an passé , tant en Hongrie, Transsilvanie, Yalachie, et mesmes en la Bulgarie, provenoient do prince Sigismond de Transsilvanie, résolut de l'attaquer du tout ceste année et tourner ses forces contre luy dans ses pays. Ce prince , adverty de ce dessein , fit assembler une diette , autrement les trois estats de son pays, où d'un commun advis ils résolurent de continuer non seulement la guerre contre le Turc et ne rentrer Jamais sous son joug dont ils estoient sortis , mais contre les Polonois aussi qui s'estoient emparez de la Moldavie. Après ceste conclusion , Sigismond se délibéra au cœur de rhyver, pendant lequel la guerre se fait le moins à cause des rigueurs du temps , d'aller luy-mesme vers l'Empereur à Prague pour sça-
voir sa volonté comme il desirolt faire la gtierrt aux Turcs en ceste année , et du secours quï luy pourroit donner, tant contre les Turcs qv contre les Polonois. Avant que partir il envoy deux mille chevaux et deux mille hommes df pied contre les Sicules , qui se vouloieot rebelio contre luy à cause qu'en la susdite diette on 1rs avoit privez de quelques immunitez. Ces Sicules, appeliez en leur propre langue Zekier, sont certains peuples qui sont entre la Transsilvanie. la Moldavie , la Russie et les monts Carpées; ils se disent descendus des Scythes , et tiennent encor beaucoup de leurs coustumes et loix , ettootesfols ils sont subjets du prince de Transsilvanie. Entr'eux j ifs s'estiment tous nobles, bien qu'ils meinent la charrue, ou qu'ils soient gardeurs de bestail. Leur pays est divisé eu septr^ gions qu'ils appellent Sièges , où il y a beaucoup de villes et de bons villages. C'est un peupledo tout addonné aux armes, qui est Poccasion poorquoy les princes de Transsilvanie leur 0Dtautr^ fois donné de grands privilèges , des{[uels se voyans privez par ladite dernière diette, le prince fut adverty qu'ils ne songeolent qu'à une révolte, sollicitez à ce par le cardinal Battory, parent et ennemy dudit prince Sigismond , esperansam les armes def fendre leur liberté. Ce fut pourqnoy, craignant qu'une petite estincelle de rébellion ibt un grand embrasement et donnast quelque occasion oportune aux Turcs pendant son absence d'entreprendre sur son pays , il envoya prendre ceux qu'il estlmoit les plus rcmuans parmy les Sicules, et dont il avoit eu advis qu'ils soiicitoieot une rébellion , et s'estoient Jà assemblez environ deux mille. Estans pris , ils forent amenez prisonniers à Albe Jule le 20 Janvier, où leorprocû leur fut fait. Il y en eut depuis plusieurs qui fuirent exécutez de divers supplices : les uns, à la mode du pays , furent transpercez avec certaines lances , et à d'autres on leur coupa les testes; trois cents , pour marque de leur rébellion, eurent les narines et les oreilles coupées , et furent ainsi renvoyez en leur pays. Dez que le prince eut advis de leur prinse, il s'achemina pour aller en la cour de ITmpereur , ayant avec luy le nunce du Pape , don Josua, son chancelier, le père Alfonse Ceryli, son confesseur, et des principaux seigneurs transsil vains , lesquel montez sur unze chariots à quatre roués, et pour escorte ayant quelques cavaliers , ils allèrent passer par la haute Hongrie à Cassovie , et , continnaos leur chemin , traversèrent la Moravie , puis entrèrent en la Bohême, et arrivèrent le qua* tricsme février à Prague , où^ prince fut recca fort magnifiquement : tous les cotu'tisans impériaux luy allèrent au devant , et le oooduirest
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jusqnes au palais des archiducs y qui estoit le j logis que l'on luy avoit préparé. ^
Lors que le prluce transsilvain arriva à Prague, il avoit une fièvre ; ce qui fut cause qu'il garda le lict jusques au 25 dudit roofs , auquel Jour il sortit e.t alla à la messe, le marquis de Burgau raccompagnant par tout; ils allèrent mesme jouer ensemble b la paulme. Les Allemans admiraient fort ce Jeune prince qui estoit d'une médiocre taille, d*un corps robuste, la teste à la proportion d'iceluy , les yeux estincellans, le nez aquilin et la barbe noire. Bien qu'il fust gracieux et bénin , si avoit-il une face austère à la façon des Turcs. Le lendemain, ayant ouy messe à la grande église de Prague , le doyen prononça un panegiriqoe sur les victoires que ce prince avoit obtenues l'an passé sur les Turcs, et Tenhorta de continuer la guerre contre Tennemy commun de la chrestienté, puis luy donna la bénédiction, et pria Dieu qu'il le conservast en prospérité et santé. A laquelle oraison ledit prince respondit pn latin qu'il avoit jusques icy employé sa vie, ioii sang et sa fortune contre l'ennemy des 'tirebtiens , sur lesquels Dieu luy avoit donné de belles victoires; qu'il ne l'cspargneroit pas moins 'n ceste guerre qu'il avoit faict par le passé; iiissi qu'il vouloit employer librement sa vie )our Ja maison d'Austriche , pour l'empire ronaia et pour toute la chrestienté ; qu'il esperoit ontesfois que tous les princes de TEmpire luy lyderoient en ceste guerre, les ecclésiastiques le prières pour sa prospérité , et les laïques d'arîcnt et d'armes; ce que faisans, il ne doutoit )oint que Dieu ne luy donnast encor de plus Tandes victoires sur les Turcs.
Pendant son séjour à Prague il loy vint advis ue le Grand Turc faisoit achemiuer vers la Tanssilvanle quatre mil Turcs et trente mil artares, et qu'ils estoient campez auprès de abernize, ayant envie de Jetter le plus fort de t rruerre , durant cet esté , contre les Transsilains, Valacbes et Moldaves; qu'il envoyoit un rand bascha autre que Sinan pour estre geneil en la Hongrie, lequel s'acheminoit à Belgrade vec vingt iniUe Turcs pour y renforcer les garisons ; et qu'il avoit envoyé un nouveau bascba Temessvar avec une forte garnison ; mais que m prédécesseur bascha, pensant s'en aller à el<:rade audevant du nouveau grand bascha , oit esté deffaict, et ses richesses, qu'il faisoit «nduire avec luy dans soixante et quinze cha- )ts, pillées par la garnison des Transsilvains Il estoient dans Lippe, lesquels y avoienten ste deffalcle fait un très-grand butin, et que lit bascha mesm^s y avoiiesté tué , et sa teste voyée à Albe Jule.
L'Empereur ayant eu de plusieurs endroicts advis certains des préparatifs du Turc àla guerre, il envoya vers les princes de l'Empire leur demander secours d'hommes et d'argent : on luy en envoya de Bavière et de Sueve, mais peu de Saxe. Les gens de guerre impériaux desiroient que l'archiduc Maximilian fust déclaré gênerai de l'armée de Hongrie. Le duc de Ferrare s'offrit d'estre son lieutenant, et d'y mener et entretenir à sesdespens huict mille soldats un an durant , à condition que l'Empereur obtiendroit du Pape l'investiture du duché de Ferrare pour Cffsar d'Est, son neveu, fils naturel d'un sien frère ; outre quMI donneroit grand nombre de deniers. Mais Sa Saincteté ne voulut nullement entendre à ceste proposition.
Tandis que le prince de Transsil vanie séjourna à Prague, son chancellîer avec le conseil del'Empereur traicterent de leurs affaires, et entr'autreslls accordèrent que Sa Majesté Impériale entretiendroit en la guerre de Transsilvanie deux mil chevaux et trois mille hommes de pied , et qu'il donneroit audit prince vingt-quatre mille talarstous les mois pour son entretien ; plus, que si le Turc conqucstoit la Transsilvanie , que Sadite Majesté Impériale donneroit audit prince deux autres principautez en la Silesie, avec pensions pour son entretenement. Le nonce du Pape luy promit aussi que Sa Saincteté luy donneroit durant ceste guerre quarante mil ducats tous les mois, et luy envoyeroit quelque secours de gens de pied sous la condui tte de Francisque du Mont , de Mario et de Sforze. Ces choses luy estant promises, le 4 mars, il prit congé de l'Empereur qui luy fit plusieurs beaux dons estimez à plus de quarante mil escus. Ainsi qu'il partoit de Prague , il rcceut advis de la princesse sa femme que dix mille Bascieus avoient derechef quitté le camp des Turcs, et s'estoient venus rendre en l'armée chrestienne ; ce fut une partie la cause qui le fit encor plus haster son parlement et son retour. Le unziesme dudit mois il arriva à Vienne sur les quatre heures après midy , estant dans un coche tiré par six beaux chevaux dont l'Empereur luy avoit faict présent. La noblesse qui estoit à Vienne luy alla au devant. Aldobrandin, neveu de Sa Saincteté, celuy qui avoit conduit l'an passé le secours qu'en voy oit son oncle en ceste guerre de Hongrie, estant lors à Vienne, luy alla aussi au devant , çt luy fit présent de trois beaux chevaux très- richement enharnachez , puis entra dans le coche du prince, et ensemblement allèrent descendre au palais de l'Empereur. Tous ceux de Vienne admiroient ce prince qui avoit en une si grande jeunesse remporté tant de belles victoires sur les Turcs. Les
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estats da pays d*Aastriche luy firent présent en corps de plusieurs vases d*or ; et lis escoliers des JesQîstes de Vienne en son honneur représentèrent i'histoire de Josué , de laquelle ils firent une parallelle avec les exploicts militaires de ce prince. Le quatorziesme dudit mois, ainsi qu'il pensoit s'acheminer pour aller passer à Gretz , et y voir sa belle mère et les frères et sœurs de sa femme , il receut advis qu'Estlenne Battori son parent , qui luy estoit ennemy , s'estoit joinct avec grand nombre de Turcs et de Tartares, et qu'ensemblement lis estoient prests d'entrer dans la Transsilvanie; ce fut ce qui luy fit changer son voyage de Gretz , et s'en retourner en toute diligence pour s'y opposer.
Palfy ayant donné charge à Bory M ichaël , gouverneur de Novisgrade , et au sieur Tonhaus de s'acheminer de nuict à Volza , place qui est sur le bord du Danube , et de surprendre la ville par escalade , ils exécutèrent ceste entreprise avec tant d'heur , que , sans estre descouverts, ils montèrent sur les murailles environ les dix heures de nuict , tuèrent tout ce quMls rencontrèrent de Turcs , sans en prendre aucuns prisonniers , et brusierent ceux qui s'es* toient retirez dans quelques maisons y voulans tenir bon , avec les maisons aussi. Aucuns se pensans sauver dans une navire qui estoit au port , les haiducs les poursuivirent de si près , qu'ayans , avec des pièces de campagne qu'ils trouvèrent sur le port, tiré quelques coups , ils la percèrent tellement qu'elle coula à fonds , et tous ceux qui s'estoient sauvez dedans furent noyez. Palfy estant arrivé avec ses troupes, voyant que l'on n'avoit peu surprendre le chasreau y qui estoit un lieu fort , fit piller la ville , et fit retirer les siens chargez de butin , chacun en leurs garnisons.
Le 7 avril , les Uscochiens, qui sont certains peuples de la Croatie qui ne vivent que de ce qu'ils pillent eu leurs courses , s'assemblèrent au nombre de sept cens, et , par intelligence qu'ils eurent avec deux renégats chrestiens , surprindrent la forteresse inexpugnable de Clisse en la Dalraatie. Le gouverneur, que les Turcs appellent sangiac , en estoit lors dehors. Ces deux renégats ayant gaigné quelques-uns de leurs compagnons , sous promesses qu'ils se feroient tous riches , voyans les Uscochiens au pied de la muraille monter avec leurs eschelles , tuèrent la sentinelle et ceux qui estoient au prochain corps de garde, lesquels n'estoient de leur entreprise. Cependant les Uscochiens, montèrent sur la muraille, et donnèrent si furieusement, qu'ils taillèrent en pièces tout ce qu'ils renconxrerent : l'aga , chef des Turcs qui y estoient en
garnison , fut tué en se deffendant vainamment Quelques Turcs seulement, s*estans sauvez avec plusieurs femmes et des enfans dans une moiquée , voulurent s'y deffendre un temps; mais, après quelque résistance , ils se rendirent vies sauves , et à condition qu'ils pourroiect emporter le bagage qu'ils y avoient. Ainsi les Uscochiens , s'estant rendus maistres de Clisse k\u peu de perte des leurs , se préparèrent à se deffendre en cas d'un siège , et rescrivirent à Lincovits , lieutenant pour l'Empereur en la St}iie, lequel leur envoya deux cens Atlemaos, outre trois cens autres Uscochiens qui leur estoient venus de renfort. Quant aux deux renégats aotheurs de l'entreprise , ils sortirent de Clisse rt s'en allèrent à Rome où ils furent depuis recoDcillez et receus au giron de l'Eglise.
Le sangiac de Clisse , ayant eu advis de la perte de sa place , assembla incontinent le plos de cavalerie turquesque qu'il put, et vint se lo* gcr aux environs, d'où journellement ih'enoit aux mains avec les Uscochiens, lesquels, aoi sorties qu'ils faisolent du commencement, se portèrent fort vaillamment. Le baschade Bosik. voyant l'importance de la perte de ceste place. assembla aussi toutes les forces qu il pot, tant de pied que de cheval, et vint avec quelques pièces d'artillerie mettre le siège devant : tontesfois , voyant qu'il luy estoit impossible de ia reprendre par force , il ne fit tirer que qaelqoes volées de canon, et se délibéra de Tavoir. ou par quelque practique , ou par famine. La prs^ tique luy fut inutile , car ceux qu'il avoit saignez furent descouverts et exécutez à mort; mais la famine luy réussit : le peu de ^invs qu'il y avoit dans cette place , et les passas» pour y en faire entrer estans par fuy soigneusement gardez, les assiégez commencèrent amas ger les chiens et leurs chevaux, et fiirent cobtraints de mander derechef à Lincovits qali eust à les secourir en brief , ou qu'ils seroiffit contraints de se rendre. Lincovits, ayantamass^ le plus de gens qu'il put, s*achemina h lear .^ cours, et fit embarquer sur quarante oa^ir^ quatre mille hommes de guerre. Ayant un bn vent, il arriva auprès de Trav, où il fltœettrf à terre tous les siens , et en bonne ordoncasit chemina vers Clisse, qui en estoit encor distaat de quatre lieues. Les Turcs, advertis de sa descente et de son acheminement droict à eoi, prirent l'espouvante du commencement, etal^uh donnèrent leur camp. Les Dalmates et les (^ cochiens qui estoient avec Dncovits et qui ^ noient l'advantgarde, se je)|^nt en desardK au pillage du camp des Turcs ; ce que voyant le bascha de Bosne qui avoit &ict ferme avec ^
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siens sur une colline , commanda aux Yalaches qu'il avoît avec luy d'aller à la charge et qu'il les saivroit ; ce qu'ils firent si promptement , que toute Tadvantgarde chrestienne qui s'estoit mise au pillage fut taillée en pièces. Les Turcs, poursuivans leur victoire, chargèrent de telle furie Lincovits , que ce fut tout ce qu'il put faire que de se faire passage et se sauver avec six cents des siens dans Clisse, où , ayant esté deux jours, et voyant que, pour la nécessité de vivres , il n'y avoît point d'apparence qu'il y pust demeurer, il se résolut avec les armes de se faire voye et regaigner ses navires à Trav; mais ce voyage luy fut si malheureux , que rencontrant les Turcs sur son chemin il fut entièrement deffaict , les siens tuez , fors luy troisiesme qui se sauva après avoir couru plusieurs hazards de se perdre.
Après cestc dcffaicte , les assiégez , qui n'estoient plus que quatre cents , atténuez d'une extrême famine , parlèrent de se rendre à composition : le hascha les y receut, et leur accorda de sortir vies et hagues sauves, et qu'ils seroient conduits en toute seureté jusques auprès de Trav. Voyià comme ceste forteresse retomba entre les mains des Turcs, et comme la surprise d'icelle faicte par les Uscochiens fut cause de la mort de six mille chresticns. Les Vénitiens aussi n'avoicnt trouvé bonne ceste entreprise, et, considérant judicieusement qu'elle pourroit estre cause d'une guerre en la Dalmatie avec le Turc, envoyèrent un pourvoyeur pour donner ordre aux places qu ils y tiennent ; et leurs historiens disent que ceste entreprise sur Glisse, estant tentée sans jugement, avoit faict une fin de mesme. Voyons ce qu! sepassoit en Uongrie en mesme temps.
Au commencement d'avrtl , les garnisons chresticnnes qui estoientdansKomorre, et celles des Turcs qui estoient dedans Totta, s'entrefaisoient cruelle guerre. Les chresticns, s'estans mis dans un petit bois , envoyèrent une partie dez leurs courir et butiner jusques aux portes de Totta. Le bey de Totta, appelle Medin, estimé homme valeureux , lequel avoit esté long temps Taga des gens de guerre dans fiude et nspiroitd'estreba5cha,sevoyantcontinuellement agacé des chrestiens , se délibéra de leur faire une si rude charge qu'il ne leur prendroit plus d envie de le venir visiter de si près. Ayant faict monter tous les siens à cheval, ils commencereot à suivre les chrestiens, qui, chargez de butin, se retiroient vers leurs compagnons dans le bois, où arrives ils donnèrent Talarme, tellement que tous se préparèrent de soustenir leurs ennemis ,' qui , en plus grand nombre qu'eux ,
faisolent estât de les vouloir entourer et tailler en pièces. Il se fil plusieurs charges. Les chrestiens, qui^estoient en lieux advantageux et couverts , ne tiroient coup qu'ils ne missent par terre quelque Turc , et renversoient souvent l'homme et le cheval. Le bey, voyant les siens si bien receus , mais mal traictez , résolut de faire forcer les advenues estroites du bois que les chrestiens deffendoient bravement , et , s'estant mis à la teste des siens, alla droit à eux : ce fût là le plus fort du combat, qui dura plus d'une demie heure, auquel le bey, ayant esté blessé et son cheval tué sous luy, fut remonté par les siens; mais, retourné à la charge, et ce second cheval estant aussi fondu sous luy, il fut tué d'un coup de pistolet. La mort de ce bey fit perdre courage aux siens qui prirent lafuitte ; mais, poursuivis des chrestiens , peu furent exempts de la mort ou de la prison. Les chrestiens, ayans faict cest exploict, se retirèrent le lo d'avril à Komorre.
Ce mesme jour, le prince Nadaste, qui cornmandoit àPapots, Soydare, et aux autres forteresses que tenoicut les chrestiens en ce quartier de la basse Hongrie , prit quatorze cents hommes, tant de pied que de cheval, et s'alla mettre eu ambuscade dans une forest près de Sainct Martin, qui est entre Javarin et Papots. Ayant envoyé une partie des siens courir et butiner tout ce qu'ils trouverolent jusques aux portes de Javarin, les Turcs qui y estoient en garnison sortirent pour les poursuivre et leur ester leur butin; mais les chrestiens les sceurent si dextrement attirer dans leur embuscade , que peu s'en retournèrent porter des nouvelles à leurs compagnons. Nadaste aprint de vingt-quatre hommes de commandement qu'il prit en ceste deffaicte que les Turcs assuroieiit que leur sultan mesme viendroit ceste année en Hongrie, et qu'il estoit résolu de mettre le siège devant Vienne.
Le baron de Palfi , lieutenant de l'archiduc Matthias et gouverneur de Cran, faisoit la guerre aux environs de Bude, où les habitansqui estoient chrestiens pastissoient estrangement sous le joug du Turc ; car, comme les Turcs sçavoient que Bude n'estoit pas de deffense, le hascha qui y estoit fit bastir sur deux montagnettes proches de la ville deux citadelles , Tune sur le mont Sainct Gérard, et l'autre sur celuy de Spertingue ; tellement que les habitans incommodez des gens de guerre, ceux qui estoient Turcs se retirèrent avec leurs biens et richesses à Belgrade : plusieurs chrestiens qui estoient dans vieille Bude trouvèrent moyen, par le secours de Palfy, de se retirer avec leurs meubles et leur bestail jusques à Gran; comme aussi firent ceux
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des bourgs appeliez Bude Zetsche et Bude Kess, qui sont au dessous de Bude , lesquels , au nombre de sept cens cinquante cinq hommes , avec tout ce quUls purent emporter dans quatrevingts chariots , les uns tirez par douze bœufs , les autres par quatorze , sur lesquels estoient aussi nombre de vieillards, de femmes et d'enfans, emmenèrent toutleur bestail, etarriverent en seureté à Gran. Depuis, Palfi envoya tout ce peuple habiter le pais qui est entre Papotz et Gran , lequel les Turcs et Tartares avoient du tout ruyué durant le siège de Javarin.
Le neufiesme de ce mesme mois , les troupes dePalfy rencontrèrent grand nombre de Turcs près de Yalle sous la conduite du vaivode de Sombok : après un long combat , opiniastré de part et d'autre, les Turcs se tournèrent en fuitte, et furent si chaudement poursuivis qu'aucuns des chrestiens allèrent jusques aux portes de Valle, et d'autres y entrèrent : ce que recognu par les habitans, ils coururent aux armes et les repoulserent , non seulement hors la ville et de la porte, mais des environs de leurs murailles. En ceste rencontre les gens de Palfy butinèrent trois cents bœufs, vingt-cinq beaux chevaux et cent quatre-vingts prisonniers qu*il emmenèrent ù Gran.
En la haute Hongrie et Moldavie plusieurs milliers de Kosaques nisovlens y passèrent, et firent de grands degasts, tant sur les Turcs que sur les chrestiens, pilians et ruynans par tout où iispassoient : leur chef estoit appelle Nel-vaico. Jean Zolkevi, avec une armée de Polonois, les rencontra en la Moldavie , où en une bataille ils furent tous deffaicts, et leur chef Nale-vaico, pris, fut exécuté à mort.
Nous avons dit que le 28 d'aoust de Tan passé les Transsilvains prirent Lippe sur les Turcs. Ce fut aussi la première place que le Grand Turc désira de reprendre en ceste année ; et, pour ce faire , il donna la charge au bascha Assan et au begllerbey de Grèce, fils du bascha Sinan, de Tassieger avec quarante mille, tant Turcs que Tartares, lesquels se joignirent en corps d'armée auprès de Temessvar. Les Transsilvains qui estoient dans Lippe , desirans , avant que d'estre assiégez, faire une surprise sur quelques troupes de Tarmée turquesque, et leur donner à cognoistre qu'ils trouveroient à qui parler, partirent bien six cents combattans en intention de ne revenir point sans jouer des mains et sans butin; mais les Turcs, ayans esté advertis de leur dessein , les allèrent attendre en leur chemin , les entourèrent et les taillèrent en pièces , quelque résistance qu'ils firent pour vendre chèrement leur mort aux Turcs.
Après ceste deffaicte Tannée turqoesqDe, sachant le peu de gens qu'il y avoit ea garnison dans Lippe, s'achemina aux environs, et s'empara d'une isle sur la rivière de Maroas, oùlb firent un fort distant d'une lieuê de Lippe. La bourgades voisines en endurèrent toutes sortn d'hostilitez; aucuns furent bruslez : de qooy ayant eu advis le prince de Transsilvaaie, il viat de Claussembourg à Albe-Jule, où il receot lettres de Georges Barbeli, gouverneur de Lippe, et de La Baulme son lieutenant, par lesquelles ils luy demandoient secours et qu'ils n'estoient que trois cents hommes de deffense. ht priace, ayant assemblé huict mille hommes de pied et de cheval , s'approcha de Lippe, mit cinq mille hommes de guerre dedans, puis, estant advertv que douze cents Turcs et Tartares estaient sortis de leur camp et avoient pillé et brusléChsHe et Mocho, et qu'ils estoient à Beschen et à Zioa où ils en faisoient autant, il y alla et les entoon si soudainement qu'il en demeura huit cens de morts sur la place.
Nonobstant, les Turcs, avec soixante et dix canons et grand nombre de munitions, investirent de tous costez Lippe, espérants emporter ceste place de force ; ce qui n'advint, car le i:oa* verneur de Lippe ayant fait faire des retraaclwments assez loing des portes de la ville, et mis entre Iceux et les murailles ses gens de goerre. et seize pièces de canon sur un haut ravdla qii commandoitaux environs de Lippe, lesqneb sans
cesse il faisoit tirer chargez de chesnes, dedm et de diverses pièces de fer, qui emportoleoten l'air les corps, bras, jambes et testes desTims, dont se voyans si mal traictez ils se précipitèrent pour tascher à gaigner ces retranchements; mû le combat ayant duré neuf heures, auqnel moorurcnt le hacha de Temessvar, Hanoath, bev de Jules, et Tison, bey de Chimat, avecgrandnombre d'autres, ils se retirèrent. Geste retraicte se tourna en une desroute, et levèrent du toullt siège ; la cause fut pour un grand embraremert qu'ils virent du costé de Temessvar, ccquilew donna une telle espouvante qu ils abandoafierent leur camp, leur artillerie et leur bagi^. tellement que les historiens qui en ont escrit disent qu'il se perdit, tant au combat qu'en la faite. quatre mille Turcs.
Ce grand embrazement espouventablc à voir estoit de tous les faux-bourgs de Temessvar, «« ChristoflePillawic, gouverneur deLugacs, ml fait mettre le feu après les avoir entieremeat {Allez. Il pensoit,avec six mille hommes qui! avoit. qu'en costoiant l'armée des Turcs il en disœ^ roit quelques troupes ; mais, l^ant eu advis qa^ lesdits faux-bourgs de Temessvar, qui estoie»^
CHK0N0L06IB NOVBUAIBB DB PALMA CAYBT. [l596j
très-grands et beaux, estofent mal gardez, il les surprit d*Qne grande célérité, tna tont ce qui ifOQJat loy résister, délivra mil esclaves chrestiens, brusia ces faux-bourgs, puiss*en retourna descliarger soa butin à Lugacs. Ainsi , sans y penser, cest exploict fut cause de la levée du siège de devant Lippe, et rendit l'armée des Tares ceste année presque inutile.
Le siège de Lippe estant ainsi levé, le prince de Transsilvanie assembla toutes ses forces et , alla assiéger Teroessvar. Le quinziesme de may il envoya aussi deux mille hussars et haiducs courir vers Nicopoli et butiner tout ce quMIs pourroient sur les- Turcs. Ces coureurs Ih estans advertis que le bel de Burasch estoit en une petite ville appellée Plenie, avec sa femme et ses enfans, conduisant un convoy où estoient plusieurs Juifs avec de riches marchandises, iissur* prindrent de nuit ceste petite ville, et mirent au fil de Tespée tout ce qu'ils trouvèrent en résistance; puis, ayans assemblé tout le butin et les prisonniers, ils en sortirent et mirent le feu par tout. La garnison de Janissaires qui estoit à Nicopoli, délibérez de les tailler tous en pièces et prendre leur butin en leur retour, firent une troupe de dix*huict cens soldats, et les allèrent attendre à un certain passage où ilsdevoient passer en retournant. Il advint, conmie ils i'avoient préjugé, quMIs les rencontrèrent : du commencement le combat fut opiniastré ; mais peu après les hussars et haiducs taillèrent en pièces tous les Janissaires, et retournèrent trouyer le prince de Transsilvanie devant Temessvar, ayant en ce voyage fait un riche butin et tué trois mille Turcs. Les Turcs et les Tartares, honteux de leur desroute devant Lippe, se réassemblèrent incontinent , et ayans joinct encor de nouvelles forces, firent un corps d'armée de cinquante mille hommes, et vindrent présenter la bataille au prince de Transsilvanie devant Temessvar ; ce fut le 25 de may. Du commencement les Turcs et Tartares donnèrent si furieusement, que la victoire enclinoit de leur eosté; mais le Transsilvain ayant encouragé les siens, il y eut un long et furieux combat auquel mourut cinq mille Tartares et Turcs d'un costé, et des Transsilvains quinze cens. Le prince toutesfois fut contraint de lever son siège, se retirer et Caire place aux Turcs pour entrer dans Temessvar.
Le mesmejour Palfy exécuta une entrq^rlse en la basse Hongrie, laquelle il avoit dès long temps préméditée. Il desiroit avoir Sombok, dont nous avons dit cy-dessus que le yaivode avoit esté desfaict. Geste place est Justement entre Bade et Albe Royale, du costé de Gran dont il estoit gouverneur. Ayant assemblé toutes ses