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I. G. D. M. T. XII

troupes, qui estoient composéesd'Allemans, Vallons, Hongriens, hussars et liaiducs, il les fit partir de Gran à la poincte du jour, et cheminèrent en telle diligence qu'ils y arrivèrent avec le canon sur les trois heures après midy. Aussi tost il fit pointer et tirer Tartillerie et en mesme temps planter l'escalade. Le bascha de Bude, ayant eu advis que Palfy toumoit de ce costé là, y avoit envoyé son aga, nommé Seli, et denx cens cinquante Janissaires, lesquels entrèrent dedans, et, avec la garnison d'ordinaire, résistèrent fort du commencement contre les chrestiens l'espace de trois heures; mais sur les six heures, les Turcs furent forcez et passez tous au fil de Fespée. Ainsi ceste place , qui servoit au bascha de Bude de lieu de plaisance, fut prise, pillée et presque ruynée et gastée du feu.

Palfy, ayant fait cest exploict, retourna A Gran, et fit passer à toutes ses troupes le Danube pour s'aller Joindre à Tarchiduc Maximilian, gênerai de l'armée en Hongrie, lequel avoit résolu de mettre le siège devant Vaccia. Geste place, comme nous avons dit, est du costé de Pest, laquelle, après un siège d'un mois, tomba sous la puissance de l'archiduc Maximilian.

De Vaccia l'archiduc alla assiéger Hattuan qu'il força par assault le 3 de septembre ; et tons les Turcs qui estoient dedans furent passez an fil de l'espée.

Le grand turc Mahomet III, espérant estre plus heureux que ses lientenans en la guerre de Hongrie, partit de Gonstantinople avec les bâchas Ibraim et Qgala, et, ayant assemblé une armée à Belgrade de cent cinquante mille honh mes, tant de pied que de cheval , passa en la haute Hongrie, et alla mettre le siège devant Agrie. Paul Niarl, qui estoit dedans gouverneur, adverty que les Turcs la venoient assiéger, le fit sçayoir à l'archiduc qui assiegeoit lors Hatuan, lequel luy envoya un Italien nommé Gaporano^ ingénieur gênerai de l'Empereur , pour donner ordre aux fortifications qui y estoient nécessaires ; et pource que ledit archiduc n'estoit assec fort de gens pour présenter la bataille au Grand Turc, à cause de rinegalité de ses forces , oe qu'il esperoit toutesfois faire aussi-tost qu'il anroit joinct le prince Sigismond, il envoya aussi dans Agrie le colonel Tirsch, boemien, avee quatre cens mousquetaires allemans , cent picqulers, soixante cavaliers vallons , et vingt chariots de munitions. Agrie est divisée en trois : la ville est en une planure , teinte d'assez foiblea murailles; le vieil chasteau est sur le pendant d'une bute; et le nouveau est au milieu sur an hault, commandé d'une montagne qui n'en est distante que de cinquante pas.

CHB0N0L06IB ROTBNAIRS DB PÀLHÀ CAYBT. [1596]

Aussi-tost que* les Tares eurent inyesty la ville, les chrestiens, pour la foiblesse des murailles, se retirèrent dans le vieil chasteau, mettans le feù dans les maisons voisines.

Les Turcs, estans entrez dans la ville sans perte d'hommes, se logèrent sur le bord du fossé du vieil chasteau, et firent trois mines, cependant que de la montagne voisine, où estoit nom* bre de canons, ils battoient ce chasteau en ruyne. Après que les assiégez eurent soustenu quelques jours, et que le gouverneur eut recognu qu'ils pouvofent estre forcez au premier assault par une grande bresche faicte du costé d'orient, et que de tous ses canonniers il ne luy en restoit plus que trois, il se retira avec les gens de guerre dans le chasteau neuf, où depuis les Turcs par assauts, par mines, et par autres moyens, le reduirent en bref à demander composition. Les Hongriens traicterent sans le consentement du gouverneur de Taccord ; ils sortitirent armes et bagages, et furent conduicts jusques à Filech en seureté : mais bien que la composition fust faicte que tous les assiégez sortiroient et seroient conduits en lieu de seureté, le gouverneur et plusieurs seigneurs allemans et boëmiens furent arrestez prisonniers par les Turcs, avec les Vallons ; quant aux soldats allemans, les Tartares les tuèrent tous, excepté trois cens qui, renians leur religion et leur créateur, se firent pour vivre mehometans.

L'archiduc Maximllian, qui ne pensbit pas que le grand turc Mahomet se pust en trois semaines rendre maistre d'Agrie , ayant Joinct le prince de Transsilvanie et le baron de Tieffembach, son armée estant de quarante mille hommes, tant de pied que de cheval, après avoir fait ruyner Hattuan, pour n'y pouvoir demeurer assez de temps afin d'en faire redresser les bresehes, s'aehemina au devant de ceste grande armée de Turcs pour leur empescher de continuer leurs conquestes et présenter la bataille; ce que l'archiduc flttoutesfois contrôle conseil du conseiller de Bemps et du baron de Svartzembourg qui n'estolent d'avis d'aller affronter un si grand nombre d'ennemis, et luy dirent qu'il falloit en* eores un peu attendre, et qu'ils avoient eu advis que le Grand Turc, dans trois Jours, s'en devoit retourner vers Belgrade ; ce que faisant, il emmeneroit avec loy les plus gaillardes forces de son armée pour sa conduitte, et par ce moyen il y auroit plus de commodité de combattre et deffaire l'armée turquesque qui resteroit en Hongrie. Ce conseil ne put empescher que Tarchiduc et le prince de Transsiivanie ne fissent tourner la teste de leur armée vers Agrie, où, dès le lendemain, qui estoit le 2 octobre, ils ren-

contrèrent, près du village de Kenstcflch, kkcha Giaffer et le beglierbei de Grèce a^ee Yioff mille soldats et cinquante pièces de campagsi, qui s'estpient rendus maistres du passage due petite rivière.

Le baron de Tieffembach, qai mcDoit l'ai* vantgarde chrestienne, ayant recognu le lieo w estoit campé Giaffer, entreprit de le foire repuser Teau auparavant que toute Tarmée des Tues l'eust Joint, et de faire camper rarmée cfartstienne où il estoit campé , et mettre la petite liviere entre les deux armées , laquelle rivière û les Turcs se vouloient bazarder dépasser, <n leur feroit une si rude charge i demy passes, que l'occasion se pourroit présenter d'obtôûrw eux une victoire entière. Tieffembach, exeeatnt au mesme temps son dessein , fit commoKcr l'escarmouche contre les Turcs, où, après os long combat^ le hacha et le beglleihei forat contraints prendre la faitte et repasser l'eai, laissant grand nombre des leurs morts sur la place , et quarante de leurs pièces de campagae. Ainsi Tannée chrestienne se campa an mesax lieu où estoit l'advantgarde des Turcs.

Le Grand Turc ayant faiet tourner la testes toute son armée pour donner bataille aai chrestiens,il la mit en ordre de combattre le loog de la petite rivière qui faisoit la séparation desdeax armées , lesquelles il faisoit beau vmr pour leot grand multitude, et pour la diversité des anmres des gens de guerre qui y estoient de dim* ses nations. Ce n'estoit toutesfols à qui se ha2a^ deroit de passer la petite rivière le premier : les chrestiens, s'en voulans prévaloir, laisserai passer trois mille chevaux turcs, qui fare&tà l'instant investis et la plus grande partie tailiez en pièces ; tellement que les autres Turcs oc se bazardèrent plus pour ce Jour de la vouloir pssser, ains se contentèrent les uns et les autres de s'entr'endommager à coups de canon.

Le lendemain ces deux grandes armées demeurèrent encor au mesme lieu avec pareili ardeur de combattre ; mais ceste journée « passa en légères escarmouches et en csosi* nades.

La trolsiesme Journée , dez la pointe du joor, six mille chevaux turcs , quatre mille Tartare» et six mille Janissaires, avec quelques pièces de campagne , passèrent la petite rivière, et i kv suite dévoient passer le Grand Turc et le reste de l'armée. Les chrestiens avoient resoin ao cobseil de guerre qui s'estoit tenu le soir d'aupusvant en la tente de l'archiduc , qu*ao ttotàe^ coup de canon qu'il ibrdt tirer que cfaacua t rendroit en son quartier, et en le mesme ordre qu'aux deux Jours précédents^ mais qu'on a »

GHBONOLOOn NOYENÀIHB DB PALMA CAYBT. [1596]

sallleroit point les Turcs que la plus grande partie ne fast passée au deçà de Teau ; et ce avec tel ordre, que s'ils obtenoient victoire , la poursuitte ne s'en feroit point par de là la rivière. S'ils eussent observé ceste resolution, il ne s'en fost ensuivy la fuitte et la perte qui leur advint ; car aussi -tost que les Turcs, Tartares et janissaires cy-dessus dits furent passez , bien que du commencement ils renversèrent ce qui se rencontra devant eux , toutesfois ils furent si bien soustenus, queux mesmes puis après furent contraints de tourner visage, laisser quantité de morts sur la place, avec leur canon, et se sauver à toute bride au delà de l'eau. Les cbrestiens, voyans ceste fuitte , n'ayans plus mémoire de leur resolution, commencèrent à crier : Victoire / Victoire! et, poursuivans les Turcs, passèrent la rivière cbassaos leurs ennemis Jusques au pavillon du Grand Turc. Ceste fuitte fut cause que plusieurs autres Turcs , de ceux qui n'estoient passez, prirent la mesme route que les fuyards. Jamais les cbrestiens n'eurent une si belle occasion d'avoir une victoire entière sur les Turcs ; mais II en advint tout autrement , car les janissaires et les Tartares qui gardolent le pavillon de Mahomet avec l'artillerie , faisans ferme , firent une salve si furieuse de coups de canon et d'harqnebuzades , qu'ils arresterent tout court les cbrestiens qui , poursuivans leur prétendue victoire, s'amusoient au pillage dans le camp des Turcs et à mettre en liberté le gouverneur d'Agrie, ringenieur Caporano, et plusieurs autres prisonniers cbrestiens qu'ils trouvèrent dans les tentes des Turcs.

Le bâcha Gicala , qui faisoit Tarrieregarde de Tarmée turquesque, ayant ramassé les fuyards et rengé par escadrons pendant que les cbrestiens s'amusoient à piller les richesses qui estoient dans les pavillons des Turcs, les exhorta au combat avec un tel commandement, leur remonstrant le bon marché qu'ils auroient de leurs ennemis, empeschez à butiner , qu'ils reprirent courage , et donnèrent d'une telle furie sur les Âllemans, qu'ils mirent tout ce qui se trouva devant eux en desroute. Ceux qui avoient butiné, pensans estre victorieux, furent contraincts de quitter leur butin, et puis après leurs armes pour mieux fuir, ce qu'ils firent en si grande confusion que plusieurs, en pensans se sauver, s'embarrassoient dans les cordes des pavillons et tomboient les uns sur les autres, donnant par ce moyen loisir aux Turcs de les tuer sans faire grande résistance. Les fuyards cbrestiens donnèrent telle espouvante à toute Tarmée chrestienne, que, tant la cavalerie que l'infanterie, se mirent à fuyr pour se »auver , laissant pour proye aux Turcs beau*

ooup de ean<ms et leur bagage qui estoit d'une grande valeur. Ainsi les cbrestiens victorieux , par leur seule avarice , furent en fin desconflts.

En ces trois journées les cbrestiens, outre le canon et le bagage, perdirent six mille hommes, entre lesquels furent Ernest et Auguste, ducs de Holsace. Le Grand Turc y perdit douze mille Turcs et Tartares ; toutesfois le champ de i)ataille luy demeura , et fit publier ceste victoire par tous, les pays de son obeyssance. L'byver s'advançant, il s'en retourna à Gonstantinople , où , à son arrivée , furent faictes beaucoup de resjouyssances comme à un victorieux, bien que ceste victoire luy eust coustélamort de plusieurs des siens. Les gens de guerre de part et d'autre furent envoyez byverner en diverses provinces.

Après que le hacha de Bosne , nommé Opardis, eut repris Glisse en la Dalmatie, comme nous avons dit cy-dessus, ils'advança et mena son armée devant le fort de Petriiie, lequel avoit esté gaigné sur les Turcs dès l'an passé. Après un siège de deux mois, les gouverneurs des places qui tiennent pour l'Empereur en la Sclavonie et Croatie s'assemblèrent et le contraignirent par force de lever son siège.

Yoylà ce qui est parvenu à notre cognoissance des exploicts et entreprises militaires faits en ceste année entre les cbrestiens et les Turcs.

Après que Quabacondon , qui estoit empereur du Japon , eut permis aux pères jesuistes de dresser des collèges et résidences, il advint que Taicosame, oncle dudit Empereur, et qui l'avoit fait créer empereur , l'ayant pour suspect , luy manda qu'il se retirastde Tenze , sa ville impériale , et s'en allast à Goje vers les bonzes, pour recevoir là ses mandemens. Peu après il luy envoya son jugement de mort , et qu'il eust à se fendre le ventre , qui est un supplice usité en ces pays là , ce qu'il Ht, avec quelques-uns des siens. Ils avoient esté accusez par une vieille tante d*un bonze, nommé Gisciutbe , d'avoir conspiré contre ce Taicosame. Par ce rapport d'histoire, il semble que ceste qualité d'empereur au Japon est comme Tancien consulat des Romains, et que la dictature estoit entre les mains dudit Taicosame , lequel aussi avoit esté empereur en son temps.

En ceste mesme année le roy de Mogor , qui s'estoit fait instruire au chrislianisme , ordonna que le père Pinner baptiseroit tous ceux de Mogor qui le voudroient estre.

En ceste année mourut, le sixiesme février^ George , lantgrave de Hess , aagé de quarante neuf ans. Le nepveu du sophy de Perse mourut au commencement ^e ceste année à Constanti-

CHlOlfOLOOIB MOYENAtRB DK PALM A CAYET. [1596]

nople , et fit on courir le bruit que c'estoit le poison , à cause qu'il ne fut que deux jours malade. Ce prince persan estoit à la Porte du Turc comme pour hostage de paix. Le Grand Turc ^ craignant que ce bruit quli estoit mort de poison le ûst rentrer à la guerre contre les Perses, fit embausmer le cadavre de ce prince , et le renvoya en la conduitte d*un ambassadeur à son oncle pour Tasseurer qu'il estoit mort d'une mort naturelle, et non advancée de poison , et aussi pour Tinduire à continuer la paix entr'eux , tandis qu'il iroit faire la guerre en personne en Hongrie contre les cbrestiens , ennemis de leur commune religion , qui est la mahometane. Le quatriesme d'avril , mourut Frédéric lY , duc de Silesie, et le 3 da mesme mois , Philippe , duc de Brunsvic. En may, Sinan, bâcha et premier vezir , aagé de quatre vingt quatre ans , alla rendre compte devant Dieu de tant de sang qu'il avoit fait espandre durant ce long aage qu'il

avoit vescu. Ce fut luy qui chaoa les Espegndi, l'an 1674, du royaume de Tunes. Il devolt Mt année accompagner le grand turc Mahomet a la guerre de Hongrie , et luy promettoit de le faire entrer dans Vienne. Ibrabym bâcha , (pi avoit espouzé la sœur du Grand Tare , eut n charge de premier vezir et de gênerai ea li guerre de Hongrie. On tient aussi que le capitaine DraclK , anglois , mourut le 1 7 de ferrier. Ce capitaine , bien qu'il ne fust noble , a eiecaté en son temps plusieurs belles navlgattons : ayaat tournoyé le monde, il rcTlnt en Angleterre chargé de grandes richesses , et depuis fut Yiee-adiiiral d'Angleterre. L'archevesque de Cainbr8y,de la maison de Barlaimont, après avoir esté bon de son archevesché un long temps , y estant reititué , en ayant Jouy cinq mois , mounit ; et ea son lieu fut esleu Jacques Sarasin, aUé de Sainct Vaast d'Arras. Voylà ce qui s'est pisé de plus remarquable en ceste annte.

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