‹ Chronologie novenaireChapitre 7 sur 62 · C« D. M. 11. Xll · texte numérisé non relu

C« D. M. 11. Xll

la continué ; je ne croiray point ceux qui me persuadent de vous remettre à une assemblée générale des cardinanx, qui ne pourroit estre que dans six mois , pour vous donner responce à la snpiication de vostre maistre. Je vous feray expédier dans demain vostre demande. » Ceux qui ont escritsur ceste absolution ont remarqué que l'intention de la ligue estoit double : l'une de gratifier Sa Saincteté et luy faire oognoistre que doresnavant tous ceux qui assisteroient on porteroient faveur aux hérétiques , ores qu'ils fussent catholiques, outre l'abolition que le Roy leur en donneroit, qu'ils seroient contraints d'en avoir son absolution, ce qui n'avoit jamais esté practiqué en France , et d'avantage que , commençant par un prince de telle qualité, cela s'observeroit jusques aux moindres : ce qui n'a esté depuis toutesfois practiqué. L'autre intention estoit de traverser tellement iceluy prince, qu'il ne peust tenir son rang en l'assemblée des estats. Mais le Hoy ayant descouvert leur dessein, et que le mariage du prince de Ginville se practiquoit à Rome avec une niepce du Pape, sur l'espérance que le duc de Guise son père donnoit de le faire grand, mesmes que Sa Saincteté avoit rescrit des lettres au duc de Guise pour seurement communiquer avec le cardinal Morosini , l'on fit faire la proposition du mariage dudit sieur comte de Soissons avec la niepce de Sa Saincteté, ce qui auroit esté une des principales causes que ledit sieur comte obtint si promptement son absolution, nonobstant toutes les traversesde la ligne . C'est assez sur ce sujet. Voyons la sixiesme contravention des princes de la ligue à l'edict d'union.

YL Que le sieur de Yillars, gouverneur du Havre de Grâce, le sieur de Corbon, gouverneur de Hanen Picardie, et les gouverneurs de Mouson , de Maubert-Fontaine, de Rocroy et de Vitry , ayant envoyé en la ville de Paris pour sça-» voir comme ils se dévoient gouverner, puis que par l'edict d*unlon ils avoient juré de se départir de toute ligne , et que , suivant ledit edict, ils se dévoient ranger du tout auprès du Roy, le conseil des Seize leur avoit fait response qu'il ne falloit rien changer de rintelligence et association précédente qu'ils avoient entr*eux, mais qu'il failloit tousjours continuer plus que janmis affin de parvenir à i'effect désiré.

Vil. Le sieur de Balagny, estant gouverneur de Cambray pour la Roy ne mère [comme s'estant portée héritière de feu M. le duc d'Anjou], au préjudice de ses bienCaictenrs minutoit l'es-

tablissementd'unefuture principauté particulière dans Cambray pour se faire nonmier à l'advenir prince de Cambresis. LaRoyne mère estadver-

niTBODilcnoii.

tie de tontes ses practiques , elle prie le Roy d'y donner ordre : le Roy ne s'en veut raesler à rouvert , quoy qu'il eust bien désiré tirer le sieur de Balagny de ceste place, lequel peu après deseonvrit quelques intelligences et pratiques que M. le duc d'Ëspernon avoit sur la citadelle de Cambray. Ce fut lors que Balagny eut recours au duc de Guise, qui envoya le sieur de La Fougère à Cambray avec ample pouvoir pour traicter et accorder avec luy, ce qu'ils firent le 13 Janvier 1587. Premièrement, que le duc de Ouise employeroit sa vie et ses moyens, et de tous les princes et seigneurs catholiques alliez avec luy , pour la conservation et deffense du sieur de Balagny, ses biens et honneurs, et particulièrement de l*authorité qu*il avoit dans la ville et citadelle de Cambray et pays de Cambreais. 3. Que ledit duc le secourroit envers et contre tous sans nul excepter , soit sous main, ou à visage descouvert. 3. Qu*advenant la mort du sieur de Balagny , ledict sieur duc et tous les princes ses alliez et confederez continneroient les mesmes obligations envers la femme et enfans dttdit sieur de Balagny. 4. Qa'en cas que les ennemis dudit sieur de Balagny luy fissent desoier les payements et eotretenements de sa garnison, ledict sieur duo luy foumiroit huit monstres par an selon l'estat des dernières qui s'y sont faites , dont sur et tant moins il luy serait baillé douze mil escus par advance, desquels il tiendrait compte. S. Que ledit sieur duc fournirait six mil escus tous lesans audit sieur de Balagny pour les despences extraordinaires qu*ll luy conviendrait faire, et vingt mil escus pour une fois qui luy seraient donnez présentement par ledit sieur duc. 6. Que moyennantles conditions cy-dessus, le sieur de Balagny se joindrait d'amitié et d'intelligence avec ledit sieur duc et les autres princes et seigneurs catholiques , pour résister aux pernicieux desseins des heretiques et de leurs adhérons, et qu'il Jurerait et pratesteroit d'employer sa vie et ses moyens pour un si sainct œuvre , et de tout , spécialement de sa place de Cambray, favoriser les sainctes entreprises du duc de Guise, et sur tout qu'il ne se desferolt de Fauthorité , charge et pouvoir qu'il avoit dans la Tille et citadelle de Cambray. Moyennant cesl accord , le sieur de Balagny se déclare de la ligue; le duc de Guise satisfaict à sa pramesse , et tire trais compagnies de chevaux légers de Cambray pour s'en servir parmy ses troupes. Mais dès que redit d*union fut publié, le sieur de Balagny envoya son secretaireau conseil de la ligue à Paris, pour sçavoir leur intention et estre esctaircy de deux choses : la première , s'ils avoient intention de rompre le susdit accord qu'il avoit fUt avec

le duc de Guise et les princes et seigneurs de la ligue , pource que ledit edict pouitolt qu'ils dévoient renoncer à toutes ligues, tant dedans que hors le royaume; la seconde, qu'il avirit pressenty une promesse que lesdits sieurs princes de la ligue avoient faicte audit traicté de Ginville , de remettre la ville de Cambray en l'obeis* sance de l'Espagnol. A la première il hiy fbt responduque tant s'en faut que l'on eost Intention de rompre l'accord faict avec luy , que l'on luy conflrmoit , et l'asseuroit on de faire mleox en son endroit que l'on n'cstoit obligé par ledit accord. A la seconde, que ce n'estoit qu'une promesse particulière faicte au roy d'Espagne, qui n'cstoit couchée dans le traicté de Ginvllté ; et quand elle y serait, qu'ils n'y estoient plus tenns d'y satisfaire , veu mesmes que l'Espagnol ne leor avoit tenu tout ce qu'il leur avoit promis par ledit traicté. Sur ce sujet il fut remarqué trois choses : la première I que les princes de la ligue s*e8tolent obligez au roy d'Espagne de luy faire couvrer Cambray , qui estoit la seule place tée des labeurs de feu M. le duc d'Anjou , lequel Pavoit laissée à la Royne sa mère, avec charge de la conserver pour la grandeur de la couronne de France ; la seconde , qu'ils avoient promis de conserver le sieur de Balagny en son gouvernement de Cambray envers tous et contre tous , et mesmes sa femme et ses enfans après sa mort ; et la troisiesme, qu'ils avoient juré. Tan 1685, Tedict de Nemours, et enceste année 1588 , Tedit d'union , et promis de se départir de toutes lignes, tant dedans que dehors le royaume, et se reûnlr sous l'obéissance du Roy. Il sera assez aisé au lecteur de juger, à la suite de ceste histoire , lesquelles de ces trois promesses les princes de la ligue avoient envie de mettre à exécution.

VIII. Que le susdit sieur de La Fougère avoit aussi esté envoyé vers M*, le mareschal de Montmorency pour traicter de nouveau avec luy , et principalement pour luy proposer un mariage d'un des enfans dudit sieur duc de Guise avec une des filles dudit sieur mareschal.

IX. Qu'ilsavoient ausstenvoyé en Suisse ponr y continuer leurs intelligences, etdlreau colonel Phiffer qu'ils vouloient entretenir tout ce qui luy avoit esté promis, et qu'ils luy ferolent tenir sa pension annuelle et aux autres capitaines suisses, suy vant leur accord.

X. Que M. le duc d'Aumale continuant ses prétentions sur le gouvernement de Picardie ; y estoit allé pour s'en faire eslire gouverneur et en déposséder M. de Nevers, qui en estoit pourveu du gouvernement; dont le Roy adverty avoil commandé audict sieur de Nevers de s'y acheminer promptement avec deux malitrea des re-

tNTBODUCTlOfl.

qiMstes députez par le Roy pour raccompagner et poor corriger ceux qui faisoient des brigues peur tes estats; mais M. de Nevers estant prest à partir de Paris poor aller en Picardie; le prevost desmardiandsetescheviDsde Paris, qui estoient, comnie il a esté dit cy-dessos , les premiers du flODseil de la ligne et faction des Seize , le vlnéreni trauTer en son logis, et ioy dirent qu'il se donnast de garde de toucher au lieutenant geoovl d* Amieiis et à d'autres leurs confederez , par ee qu'Us ne vouloient ny ne pouToient les ibandonner.

Voilà ce que l'on remonstra au Roy pour luy donner à entendre que les princes de la ligue ne siestoient départis de leurs associations, quelqoes belles promesses et serments qu'ils eussent bits A Sa Majesté. Mais nonobstant tout ce que r<m Ioy dit il partit de Chartres après la Nostre- Dame de septembre , et alla coucher à Ghasteau- Dqd, le lendemain à Marché Noir, et le troittsoie jour de son départ de Chartres il arriva sar les trois beares après midy dans son chastcaa de Blois, accompagné de M. le duc de 6iiite et d*ane vingtaine de gentils-hommes.

Toates les faveurs faictes par ie Roy aux princnct seigneurs de la ligue en leur donnant les pitt pindes et honorables charges et offices de la coamine , ne les rendoient point encores cootenrs : ils en vouloient au conseil du Roy , et priocjpalement à M. le chancelier de Cheverny , qui en estoit le chef. Le Roy estant à Chartres, toates leurs remonstranees ne tendoient qu'A ce bot , et disoient qu'il n'y avoit rien qui apportast tant de repos et seureté qu*un bon conseil à on roy « et qu'il en failloit establir un prez de Sa Majesté presque de toutes nouvelles personnes de i*iiiie et l'autre robbe , pour ce, disoientils , qu'il n'y avoit aucun conseiller du conseil qui n'enst preste i'espaule, ou qui ne fust parrain de quelque nouvel edict de creué d'officiers OQ de daoes; bref, que le Roy ne prospereroit jamais solvant son conseil accoustumé , et d'avantage , qu'il fkllloit que d'oresnavant les conseillers du Roy fussent de diverses provinces du ro3ranaie , affio que le Roy fust mieux conseillé, sur les afEaires et diflQcultez qui arriveroleut de plusieurs et divers endroits, par ceux qui flçanroient la manière de vivre et façon de gouverner et négocier des pays èsqoels ils aurolent esté nais et nourris. Le Roy Jugea Incontinent leur dessin , et vit bien qu'ils luy vouloient ester son eooseil , qui estoit ses yeux , et ne le faire plus voir que par ceux de la ligue , et principalement quand ils luy proposèrent qu'il devolt bailler les seaux à M. l'archevesque de Lyon , te plus iAtieae eonfldent et conseiller du duc de

Guise. Il est donc contraint de donner congé aux principaux conseillers de son conseil pour complaire à la ligue , et de se priver de leur présence et de leur prudence. M. le chancelier de Cheverny se retira en sa maison d'Escliraont, M. de Retllevre, superintendant des finances, messieurs de Villeroy, Pinart et Rrusiart, secrétaires d'Estat , se retirèrent chacun en leurs maisons. Le Roy envoya quérir M. de Montbe- Ion, advocat au parlement de Paris, lequel il n'a voit jamais veu ny cogneu ; et, sur la seule réputation qu*il avoit d'estre homme de bien, il le fit garde des seaux , et messieurs de Reaulieu Ruzé et de Revol , secrétaires d*Estat. En Teslection de ces personnages, qui n*avoient autre bot que le zèle de la religion catholiqueromaine et le service du Roy , les princes de la ligue, qui pensoient y faire introduire l'archevesque de Lyon et quelques-uns de leurs partisans, se trouvèrent deceus de leur intention. Voyià ce que fit le Roy dès qu'il fut arrivé à Rlois. Cependant que l'on faict les préparatifs à Bloia pour tenir les estats, les deux armées royales se dressent pour aller en Dauphiné et en Poictou. Messieurs du clergé de France, ainsi que noua avons dit cy dessus , dévoient fournir un million d^or au Roy pour faire la guerre à Theresie , ce qu'ils avoient promis faire dans dix-huict mois dès Tan 1686 qu'ils aliénèrent de leur bien temporel pour cloquante mil escus de rente : le Roy, suy vaut la permission du Pape, veut encor qu ils en aliènent pour cinquante mil escus : ils trouvent que ceste forme d'aliénation leur estoit fort onéreuse, et aiment mieux faire un coutract avec le sieur Scipion Sardini , lequel fournirpit au Roy cinq cents mil escus , à la charge de l'érection d'un receveur alternatif et deux controileurs des décimes héréditaires en chasque diq* cese ; ausquels cinq cents mil escus le Roy qa voulut nullement toucher , ains ordonna qu'ils fussent baillez et départis, sçavoir : à M. de Mayenne, qui devoit conduire l'armée de Dau* phiné , deux cents mil escus , qu'il receut ; et mesmes Sa Majesté luy fit délivrer encor toute rartillerie et l'équipage que ledit sieur de Mayenne luy fit demander ; mais ceste ann^ ne fit que ruyner ie plat pays du Dauphiné et du Lyonnois. L'on en attribua la cause à la mort de M. de Mandelot, gouverneur de Lyon, qqi advint au mois d'octobre : car M. de Mayenne estoit à Lyon lors qu'elle advint, et M. de Nemours , son frère , avoient esté pour veu du gouvernement du Lyonnois; ce qui occasionna ledit duc de Mayenne de ne bouger de Lyon , de peur de quelque remuement en ceste ville lA , et jiisques à ce que les lettres du duc de Nemours eusr

INTRODUCTION

sent esté vérifiées en parlement , qui ne fat que le 22 décembre , où cependant la mort de ses frères arriva à Blois, ainsi que nous dirons cyaprès. Les autres trois cents mille escus furent baillez à M. de Mevers , avec tonte Tartillerie et équipage nécessaire qu'il luy falloit pour l'armée de Polctou , des effets de laquelle nous parlerons cy-après.

Cependant que ces armées se preparoient, le roy de Navarre visitoit toutes ses places du haut et bas Poictou, les fournissoit de ce qui leur estoit nécessaire. Le duc de Mercœur , gouverneur de Bretagne, qui ne pouvoit supporter de tels voisins à Montaigu que le roy de Navarre y avoit mis , en attendant que le duc de Nevers viendroit en Tarmée , voulut employer huict compagnies du régiment de Sainct Paul et le régiment de Gersay , lesquels estolent passez à Saumur pour aller en Poictou, et à leur ayde chasser le sieur de Colombieres , que le roy de Navarre avoit mis dans Montaigu; et de faict M. de Mercœur fit descendre trois canons jusques à Pontrousseau en intention de battre ceste place ; mais, adverty que le Roy de Navarre e^it sorty de La Rochelle en intention de secourir Montaigu , fi s*en retourna à Nantes , où il fut poursuivy par le roy de Navarre Jusques à deux lieues prez , et là où 11 attrapa huict compagnies de deux cents hommes de pied chacune du régiment de Gersay , qu'il desfit , gaigna leurs drapeaux , et en emmena quatre cens cinquante prisonniers. Après cest exploict il s'en retourna vers Nyort , sur laquelle il avoit une entreprise; mais, ne la pouvant faire exécuter pour lors , il revint encor vers Nantes avec quelques troupes , et ce sur la fin du mois de septembre , tant pour tascher d'entreprendre sur quelques unes des troupes de l'armée du duc de Nevers qui s'advaoceroient en Poictou, que pour exécuter l'entreprise qu'il avoit de prendre Beauvoir sur mer. Le quatriesme octobre il investit Beauvoir et dans trois semaines après il print ceste place à composition. Or, de peur qu'il ne s'emparast de Tisle de Bouing , Ton avoit mis dedans ceste isle deux compagnies du régiment de Sainct Paul ; mais le lendemain de la reddition de Beauvoir il donna un tel ordre aux passages de ceste isle, que ces deux compagnies luy envoyèrent aussi un tambour , le suppliant de leur donner un saufconduit pour se retirer en seureté; ce qu'il leur accorda, pardonnant aux habitans de Tisle , qui , contre la promesse qu'ils luy avoient faite de ne laisser entrer dans l'isle aucunes garnisons , ains de demeurer neutres , avoient donné ayde ausdites deux compagnies pour y entrer.

Après cest exploict le roy de Navarre distribua ses troupes en garnison par toutes les villes qu'il tenoit en Poictou , et s'achemina à La Rochelle , où il se trouva à l'assemblée générale qu'il y avoit convoquée de tous ceux de la religion prétendue reformée , affin d'adviser aux moyens plus expédients de s'opposer aux deux armées qui se preparoient pour les attaquer, car ils prevoyoient que la conclusion des estats de Blois seroit totalement contre eux. Le 14 novembre l'ouverture s'en fit en la Maison de Ville de La Rochelle , où se trouvèrent, avec le roy de Navarre , le vicomte de Turenne et le sieur de La Trimoùille , et plusieurs seigneurs et gentils hommes : les députez y entrèrent et y furent receus à la mode quHIs gardent en leurs synodes, sçavoir selon les dix-huict provinces ausqudles ils ont réglé leurs églises. Le 1 6 ils entrèrent en matière, et, après les contestations accoustumées entr'eux pour leurs contributions, quelques-uns du Languedoc se bandèrent directement contre les officiers du roy de Navarre pour les imposts des passages et pour les passe ports, qu'ils disoient ne redonder qu'au profit de quelques particuliers , et aussi eacor pour d'autres particularitez. Les beaux et gentils esprits qui estolent avec le roy de Navarre , et qui avoient des nouvelles de ce qui se passoit à Blois, disoient : « Yoicy le temps que l'on veut rendre les princes serfs et esclaves. » Quelques ministres mesmes disoient qu'il falloit en chasque province qu'il y eust un protecteur de leur religion , et mesmes aucuns seigneurs de qualité sembloîent tenir leur opinion. Le roy de Navarre descouvrant sagement leurs intentions , et ne voulant qu'autre que luy usast de ce tiltre de protecteur en tout son party , leur fit proposer et trouver bon d'establir des chambres particulières , où se feroient les plaintes et où se rendroit la justice à un chacun , es villes de Sainct Jean d'Angely , Bergerac, Montauban, Nerac, Foix et Gap en Dauphiné, et que par ce moyen ses officiers seroient contenus en tout devoir , selon les relglements qui seroient faicts en ceste assemblée. Geste proposition les appalsa , et suivant icelle ils firent plusieurs reiglements pour ce qui concernoit Testablissement desdites chambres pour les finances, pour les offices, les récompenses et gages , et pour la discipline militaire. Toute ceste assemblée ne dura qu'un mois entier , et la closture en fut faicte le 17 décembre ensuivant. Les longues assemblées ne sont d'ordinaire que paroles au lieu d'effects; mais la diligence et vigilance dont ceux de la religion prétendue reformée usèrent lors pour' faire observer ce qui fat arresté en ceste-cy, fit Juger à plusieurs qu'ils

IMTBODUCTIOR.

rendroieDt la guerre immortelle si on ue leur doDDoit la paix : tootesfois du depuis le roy de Xivarre, estaot parvenu à la couronne de France, pir edict do 10 novembre 1590 cassa toutes ces cbimbr» particulières , avec injonction à tous les sobjects de se retirer pour faire vuider leurs diilierends par devant les juges ordinaires et cours mvfraloes, selon les degrez ordinaires des jurisdictioDs, ordonnant toutesfois que ce qui avoit oté jttgé entre gens de mesme party demeurerait en sa force et valeur.

ht degré et pouvoir de seul protecteur de tous OQx de ladite religion prétendue reformée en France demeara au roy de Navarre , qui practiqoal'advis que la Royne mère luy donna auparavant ees derniers troubles, de se maintenir toosjoon leor seul cbef et protecteur , et ce à aose qu'en une assemblée tenue à Montauban en forme de synode gCDcrai , quelques-uns avoient projette d*appeler pour leur protecteur le duc ion Casimir, prince allemand, qui avoit amené iievseeoors des armées en France , et lequel cofnioissoit tes affaires de France pour avoir esté uwrry cnlant d'honneur près du roy Henry II , ^^ ils promettoient par estât certain deux cents ôoqouite mil escuspar an pour Tentretien ordinaire de ses colonels et capitaines , et outre qoTbfefojentnn fonds pour le payement des reis- ^qn'ifameneroityetmesmesque, pour accomplir leor dessein, Butry, chancelier dudit duc ^ Casimir, estoit venu en France avec un miûtre ûoomiéDatbeDes, lequel Butry futtrouvési ^ i)ar aucuns ministres qu'ils le desdaigncrent, ^i prïaelpalement pour ce qui! s eny vra. Cest ^ws de la Royne mère a esté estimé un grand ^<^d*£stat; aussi y estott elle plus iutelligente ^Q€ ne fat jamais Semiramis; car il n'y eust P^Jtot en de doute que si un tel prince estranger Kfostimpatronisé du tiltre de leur protection , !|Q't eost rendu les guerres civiles immortelles n France: et si le roy de Navarre eust enduré <ie depuis que quelque autre seigneur ou prince ^ France eust pris ceste qualité , il n'eust jai&»is j(ray de rbeureuse paix dont il a jouy du depuis qu'il est parvenu à la couronne de France. C(^ assez sur ceste matière. Voyons ce qui se t^^ à Blois, où nous avons laissé le Roy qui ^DZfcdioit les premiers de son conseil et en met- ^ d'aotres en leur place.

^ndanl donc que les députez des provinces »«ci)efliinent pour venir à Blois , le Roy com- ■Binde au sieiir de Marie de faire préparer au ^^^^steau la sale où se tiendroient les séances des ^^^' A mesure que les députez arrivoient^ Sa %sté avoit donné ordre quMls fussent conduits Nevers hiy pour les voir et recognoistre. Et

pour ce qu'au quhnziesme de septeinbre ils n*estoient tous arrivez , le commencement des estats fut prolongé encor pour quinze jours.

Le second jour d'octobre il se fit une procession générale , depuis Sainct Sauveur , qui est dans la basse court du chasteau , jusques à Nostre-Dame des Aydes , qui est au faux-bourg de Vienne delà le pont, là ou le Roy , les Roy nés et les princes et tous les députez furent à pied. M. Tarchevesque d*Aix portoit le Saint Sacrement sous un poisle porté par quatre chevaliers du Sainct Esprit : messire Renault de Beaune , archevesque de Bourges , dit la messe, et M. de Sainctes , evesque d'Evreux , fit le sermon.

Le lendemain, les chambres des trois ordres forent assignées, sçavoir :* celles du clergé aux Jacobins, de la noblesse au palais, et du tiers-estat en la Maison de Ville ; les presidens et secrétaires de chasque chambre furent aussi esleus ceste mesme journée. Pour le clergé presidoit M. de Bourges en Tabsence de messieurs les cardinaux de Bourbon et de Guise , pour la noblesse messieurs le comte de Brissac et le baron de Magnac, pour le tiers-estat La Ghappelle Marteau , prevost des marchands de Paris.

La première séance fut remise jusques au dixseptiesme dudit mois, tant pource que messieurs les princes du sang n^estoient encores arrivez , que pour vuider le différent survenu pour la préséance entre messieurs de Nemours et de Nevers, et autres differens qui survindrent aussi sur les procurations et eslections d'aucuns députez.

Le Roy , qui désire ficdre cognoistre à tous les députez quel avoit esté tousjours son zèle à la religion catholique-romaine , leur commande de se préparer à la saincte communion par un Jeusne de trois jours entiers : tous s'y préparèrent. Sa Majesté receut le Sainct Sacrement en Teglise Sainct Sauveur , et M. le cardinal de Bourbon communia tous les députez au couvent des Jacobins.

Le seiziesme jour d'octobre la première séance se tint en la grand* sale du chasteau, la description de laquelle a esté imprimée avec la disposition des séances et Tordre comme forent appeliez les députez , avec leurs noms , où le lecteur qui sera curieux pourra voir et apprendre quels firent les députez , et l'ordre que l'on tient aux assemblées des estats en France.

Le seiziesme jour d'octobre tous les députez estans entrez dans la salle, et tous assis selon leur rang et dignitez , sçavoir : cent trente et quatre députez du clergé , entre lesquels il y avoit quatre archevesques et vingt et un evesques , vestus de leurs roquets et surplis , cent quatre-vingts gentils-hommes, tous avec la toc-

INTRODUCTION

que de veloars et la cappe, et cent quatre-vingts et UDze depatez du tiers-estat , desquels ceux de Justice portoieut la robe longue et le booet carré , et ceux de robe courte avoient le petit booet et les autres la robe de marchand. Sur les deux heures de relevée, après que messieurs les princes et officiers de la couronne eurent pris leurs places, et que les portes eurent esté fermées, M. le duc de Guise, grand-maistre de France , se leva, et, ayant £iict une grande révérence à toute rassemblée, sui vy des capitaines des gardes du corps et des deux cents gentils-hommes portans leurs haches ou becs de corbin , il alla quérir le Boy.

Si tost que Sa Majesté futapperoeuë sur Fescalier par où il descendoit droict sur le grand marchepied , toute l'assemblée se leva , et chacun demeura la teste nue Jusques à ce qu*il fust assis dans sa chaire ; puis il commanda à messieurs les princes et à ceux de son conseil de s'asseoir.

A son costé droict , sur le grand marchepied qui estoit au dessus du grand eschaffiiut, estoit la Royne mère, et à gauche la Royne sa femme. Plus bas , sur le grand eschaffaut , estoient messieurs les princes du sang , assis sur le premier baqc à la main droicte proche de Sa Majesté , sçavoir : messieurs le cardinal de Vendosme , le eomte de Soissons et le duc de Montpensier, et sur un autre banc plus reculé, messieurs de Nemours, de Nevers et de Rets. A costé gauche, messieurs les cardinaux de Guise, de Lenoncourt tt de Gondy, et derrière eux messieurs les evesquesde Langres et de Chaalons, pairs d'Eglise. M. de Guise estoit devant le grand marchepied sur le grand eschaffaut, assis Justement devant le Roy, dedans une chaire non endossée, comme grand maistre de France , le dos tourné vers le Âoy , la fiioe vers le peuple. M. le garde des sceaux de Monthelon estoit aussi sur le mesme esehaffiiut à eosté gauche dans une chaire non endossée, le visage tourné vers messieurs les princes du sang. Au pied de Teschaffaut estoit une table où estoient les sieurs de Reaulieu-Ruzé et de Revol, secrétaires d'Ëstat. A chasque costé de eeste table il y avoit des bancs où estoient messieurs des affaires du Roy et messieurs du conseil d'Estat Derrière les bancs de messieurs les eonseillers d*Estat de robe longue , qui estoient à main droicte , il y avoit huict bancs où estoient les députez du clergé. A main gauche , derrière les bancs de messieurs du conseil d'Estat de robe courte , estoient neuf bancs pour les députez de là noblesse. De travers^ près et à costé de tous 9êê bancs, estent eeluy de messieurs les maistres des requestes , et après eux oeluy de messieun

les secrétaires de la maison et couronne de France. Et les bancs des députez du tiers-estat estoient tout à Tentour et dans Tenclos des barrières. M. le légat et messieurs les ambassadenn, et plusieurs seigneurs et dames de la Gour estoient sur des galleries fermées de Jaloosieg, foictes exprès pour seoir un grand nombre de personnes.

Tous les députez estans debout et la teste naë , le Roy commença une très-longue et grave harangue en laquelle, avec une éloquence admirable , il monstra le grand désir qu'il avoit de restaurer son Estât par la reformation generate de toutes les parties d'iceluy. Puis il leur dit:

i Je n*ay point le remors de ma consdenoe des brigues ou menées que J'ay faictes, etje voas en appelle tous à tesmoin pour m'en faire réagir , comme le meriteroit quiconque auroit usé d'une si indigne façon que d'avoir voulu violer l'entière liberté , tant de me remonstrer par les cayers tout ce qui sera à propos pour confirmer le salut des particulières provinces et du geoeral de mon royaume, qu'aussi d'y faire couler des articles plus propres à troubler cest Estât qui luy procurer ce qui Iny est utile. Puis quefaf ceste satisfaction en moy-mesmes, et qu'il ne me peut estre imputé autrement, gravez*le envoi esprits , et discernez ce que je mérite d'avec ceux , si tant y en a , qui eussent procédé d'autrt sorte , et notez que ce qui part de mes intentioas ne peut estre recognu ny attribué, par qui que ce soit , pour me vouloir authoriser contre la rai^ son y car je suis vostre roy donné de Dieu, et suis seul qui le puis véritablement et légitime^ meut dire. C'est pourquoy Je ne veux estre el ceste monarchie que ce que j'y suis, n'y pool vaut souhaitter aussi plus d'honneur ou plus d'au thorité. »

Après avoir protesté qu'il employeroit sa ^i^ jusques à une mort certaine, pour la deffence^ la religion catholique-romaine, et qu'il nesc^ voit point un plus superbe tombeau pour iti sevelir que les ruines de l'heresie , il toucha 1^ maux qu'avoient apporté en France les m phemes , la simonie , la vénalité des offices,! multiplicité des juges , ausquels maux il proies que de son propre mouvement il avoit commeo à y mettre ordre , sans le trouble qui commeol par les princes de la ligue Tan 1685. Plus, promit de ne donner plus de survivances, et i commanda renrichissement des arts et scienc^ le règlement du commerce, le retranchemeot ^ superfluitez et du luxe , et le rafiraichissemj des anciennes ordonnances. Puis , continoif sur la juste crainte que ses snbjeets avoieuti tomber après sa mort sous la domination d1

INTBODUCTION.

prioee hcreUiiiie , ce qui estait la cause principile pourqaoy il avolt Met son edfct d*UQion , il ëi : i Jesulsd'advis, pour le rendre plus stable, qae nous en foeioDS une des loix fondamentales de royaume , et qu*à ce prochain jour de mardy , m ce raesme lieu et en ceste mesme et notable nemblée de tous mes estats , nous le Jurions tMS, à ce «pie Jamais nul n'en puisse prendre ctuse d'ifBorance* Et à fin que nos saincts désirs BSfirfeDt vains par bute de moyens , pourvoyez f par les conseils que vous me donnerez d'un tel ordre, que, comme le manquement ne viendra point de moy, il ne vienne aussi du peu de profirioQ que tous y aurez apporté à ce que les effKts de vostre bonne volonté réussissent. Par non saînet edict d'union toutes autres ligues fie sou naon authorité ne se doivent souffrir ; €t, quand il n'y serait assez clairement porté , ay Dieu ne le devoir ne le permettent , et sont iMrmdIement contraires; car toutes ligues, asso* datioDS , pratiques , menées , intelligences , levées d'hommes et d'argent, et réception d'icefaiy, tant dedans que dehors le royaume , sont Mtasde roj, et en toute monarchie bien ordonnée, ^olerinie deleze-majestésans la permission dn seuvcrani. Voulant bien de ma propre bouefte, en (esmoignant ma bonté accoutumée, aieftrvsooz le pied, pour ce regard, tout le pasé ; fliais comme Je suis obligé et vous tous de conserver la dignité royale , Je déclare aussi dès à présent, et pour i'advenir , atteints et couvainoisdn crime de leze-majesté ceux de mes sul)iseCs qui ne a*en départiront ou y tremperont sans mon ad veu ; c'est en quoy Je m'asseure que WDs fercs reluire vostre fidélité. •

Gontinnmt son discours sur l'honneur acquis psr la noMesse françoise quand elle observoit Tordre et la police ancienne, dont elle estoit adnirée par les estrangers , il convie les François de r'aqnerir cest honneur, de l'egler les finances, de pourvoir aux debles des roys ses predecesseaiB, à quoy la ftyy publique les obligeoit; mais qn^estant le tiMeau sur lequel ses subjects appremrient à se former, qu'il establiroit un tel règlement ea sa personne et en sa maison , qu'il scrvirolt et patron en son royaume ; puis , pour tesmoigner par effect ce qu'on pouvoit désirer de loy , il finit sa barangue en disant : « Je veux me lier par serment solemnel sur les saincts évangiles, eltous les princes, seigneurs et gentils-lMMumea qui m'assistent en cest office , avec vous las dqratea de mes estats, participans ensemble au bienheureux mistere de nostre rédemption , d*obeerver toutes les choses que J'y auray arresiées comme loix sacrées, sans me reserver à moy-mesme la lieence de m'en départir à I'ad-

venir, pour quelque cause, prétexte ou occasion que ce soit^ selon que Je Tauray arresté pour chaque point, et l'envoyer aussi tost après par tous les parlementset bailliages de mon royaume, pour estre faict le semblable, tant par les eccle> élastiques et la noblesse que le tlers-estat , avec déclaration que qui s'y opposera sera atteint et convaincu du mesme crime de leze-maJesté.

« Que s'il semble qu'en ce faisant Je me soubsmette trop volontairement aux loix dont Je suis l'autheor , et qui me dispensent elles- mesmes de leur «npire , et que, par ce moyen , Je rende la dignité royale aucunement plus bornée et limitée que mes prédécesseurs, c'est en quoy la vraye générosité du bon prince se cognoist , que de dresser ses pensées et ses actions selon la bonne loy, et se bander du tout à ne la laisser corrompre. Et me suffira de respondra ce que dictceroy, àquionremonstroitqu'iilaisseroit la royauté moindre à ses successeurs qu'il ne l'avoit receuë de ses pères , qui est qu'il la leur lairroit beaucoup plus durable et plus asseurée. •

Après que le Roy eut finit sa harangue, M. le garde des seaux déclara plus amplement le bon désir du Boy pour la restauration de l'Ëstat , et pour la reformation des desordres advenus aux provisions des bénéfices , et l'ordre requis pour ester la corruption et dépravation des monastères. Puis, s'adressent à la noblesse, ayant loué leur ordre et la vertu de l'ancienne noblesse françoise , il leur remonstra Thorreur des duels et deffis dont ils usoient ordinairement, et la mauvaise practique d'aucuns qui tenoientdes bénéfices en commande. Puis, ayant discouru sur l'ordre très requis contre la chicanerie des procez, et le nombre insupportable des officiers, il proposa de beaux advis pour remédier à tous les desordres de TEstat.

M. Farchevesque de Bourges pour le clergé, M. le baron de Senescey pour la noblesse, et La Ghappelle Marteau , prevost des marchands de Paris, pour le tiers-estat, firent chacun , au nom de leur ordre , une harangue à Sa Majesté , le remercians du bon-heur et honneur qu'ils recevoient d'estre par son commandement convoquez et assemblez , sous le nom des estats généraux , pour entendre ses sainctes et salutaires Intentions, loûans Dieu d'avoir mis une si bonne volonté au cœur de leur roy , de restaurer Testât ecclésiastique , soulager son peuple , esteindre les feux desdivisions qui estoientdansson royaume, le purger de l'heresie , et le remettre en sa première dignité et splendeur; pour à quoy parvenir ils exposeroient franchement, librement et généreusement , sous l'authorité de Sa Miyesté , Jusques à la dernière goutte de leur sang.

INTRODUCTION

Voilà ce qui se passa en la première séance , oà chacun sortit fort content , ei^cepté les princes et seigneurs de la ligue , qui en sortirent faschez de ce que le Roy avoit dit en sa liarangue : Atunins grands de mon royaume onifaict des ligues et associations ; mais , iesmoignant ma bonté accoustumée , je mets sous le pied , pour ce regard , tout le passé. Le duc de Guise raporte ces paroles à M. le cardinal de Bourbon , qui ne s'estoit peu trouver à la séance pour son indisposition. Il luy fait entendre de quelle importance elles estoient 9 et de ce qu'en pleine assemblée des estats le Roy les taxoit d'avoir esté rebelles ; que si ceste remonstrance estoit publiée et imprimée, cela importeroit grandement à leur honneur. Ils resoudent d'en parler au Roy : ce qu'ils firent le Jeudy ensuivant , sçachant que Sa Majesté Tavoit baillée pour imprimer, et que la feuille où estoient ces mots estoit desjà imprimée. Sur leur plainte , le Roy fut comme contrainct de faire tout rompre et deschirer ce qu'il y avoit d'imprimé , et faire oster ces mots de aucuns grands de mon royaume ontfaict des ligues, etc.

Suivant ce que le Roy avoit proposé dans sa harangue , toute rassemblée se trouva le mardy en la mesme sale et au mesme ordre pour Jurer d'observer i'edit d'union comme loy fondamentale du royaume. Un des heraults , qui estoient à genoux et testes nues devant la table de messieurs les secrétaires d'Estat , ayant commandé le silence , Sa Majesté dit :

i Messieurs, je vous dis dimanche dernier, en la première séance , combien je désire de voir en mon royaume tous mes subjects unis en la vraye religion catholique , apostolique et romaine, sous robeissanceetauthoritéqu'il apleu à Dieu me donner sur eux; et à cest effect, J'ay ordonné mon edit de juillet dernier pour tenir lieu de loy fondamentale en ce royaume. Mais pour nous obliger, et toute la postérité , à l'observer, combien que la plus grande part de vous l'avez desjà juré et promis le garder, aflfln qu'un tel edlct soit à jamais ferme et stable , comme délibéré du consentement de tous les estats de ce royaume, et affin que personne n'eu puisse prendre cause d'ignorance, Je veux qu'un si salnct edict se lise présentement à haute voix , affln d'estre escouté de tous et juré en corps d'Estat. Ce que je jureray premièrement pour vous donner bonne exemple , affin que nostre saincte intention soit cognuë devant Dieu et devant les hommes. »

Le Roy ayant finy sa harangue, il commanda à M. de Beaulieu Ruzé , son premier secrétaire d'Estat , de lire la déclaration que Sa Majesté

avoit faicte ceste mesme journée sur son ediet d'union, pourestre tenu en Franee à Tad venir comme une loy fondamentale du royaume : ce que ledit sieur de Beaulieu Ruzé fit; puis il lent aussi tout redit d'union , veriffié en la cour de parlement de Paris. Ce qu'ayant feit Sa Majesté, il pria Dieu de punir ceux qui faulseroient le serment qu'ils alloient faire, et commanda à M. Tarchevesque de Bourges de faire une exhortation à ceste assemblée sur ce subject.

Cet illustre prélat, avec une prudente et docte oraison, exhorta toute l'assemblée à suivre Texemple du Roy au jurement de son edlct d'union , louant Sa Majesté de ce qu'à l'exemple des bons roys dlsraël , il vouloit que finstraction d'un serment si solemnel fust donnée à son peuple par la bouche de ses prélats, en se confirmant au dire du prophète, que les lèvres des pre* lats gardent la science et la doctrine, et que le peuple doit rechercher la loy de Dieu de leur bouche. Puis , continuant son discours sur la qualité du jurement qu'ils alloient faire au nom du Dieu vivant , il se tourna vers les députez, et leur dit : « Jugez , messieurs , et considérez la grandeur de ce jurement que vous allez présentement faire à Dieu , afQn de l'observer inviolablement et n'estre point perjures. Souvenez vous que vous allez jurer l'union chrestienneavec Dieu vostre père, avec l'Eglise son espouse , laquelle est fondée en luy et acquise de son propre sang, et que vous avezesté régénérez par ce sang mesme et lavez d'un mesmebaptesme ; que vous estes appeliez en un mesme héritage au ciel , nourris d'un mesme pain et de mesmes sacrements en la maison de Dieu, qui est l'Eglise catholique, apostolique-romaine. • Puis, ayant déclaré quelle estoit l'union de l'Eglise, « Unissons nous donc , dit-il , avec nostre Seigneur Jésus-Christ, sous l'obéissance de nostre Roy , la foy duquel a tousjours esté d'un bon exemple à tous , suy vaut en cela la ooustume de ses prédécesseurs. » Puis , ayant loué la Royne mère d'avoir nourry et maintenu le Roy pendant son jeune aage en ceste saincte religion , et donné espérance à la Royne espouze du Roy que Dieu ne luy ferait point moins de grâce qu'à Aiine,inere de Samuel , et qu'il exauceroit ses prières, loy donnant une heureuse lignée, à la consolation de toute la France , il dit :

i Jurons à nostre prince robeissance et snbmission qui luy est deue de tout droit divin et humain, embrassons la charité chrestienne , délaissons toutes haines et rancunes ouvertes et secrettes, soupçons et défiances , qui jusques icy nous ont divisé et troublé , qui <»t empesehé , voire rompu de si bonsdessdns, et sans lesquels

INTRODUCTION

la Franee fiurt desjA en repos. Levons les mains ao del pour rendre à ce grand INen le serment qne nous Iny devons , qa*ii en soit mémoire à jamais par tons les siècles à venir , que la postérité marque la foy et loyauté de nos serments et non le parjure, par les bons et saincts effects qui s*en ensoivront. Et puis qu^il a pieu à Vostre Majesté , Sire , jurer présentement tout le premier ce serment si solemnel pour exemple à tous vos sobjects, nous lèverons tous d'un comoan accord les mains au ciel, et jurerons à Dieu de le servir et honorer à jamais , maintenir son Eglise catholique , apostolique et romaine , et défendre aussi Yostre Majesté et vostre Estât envers et contre tous , observer et garder inviolabkment ce qui est contenu en vostre edict d*u* Dion, présentement leu à la gloire de Dieu, exaltation de son sainct nom, et conservation de son Eglise et de ce royaume. »

Geste remonstrance finie par Tarchevesquede Bourges , le Roy reprint la parole et dit :

• Messieurs, vous avez ouy la teneur de mon edict et entendu la qualité d'iceluy , et la grandeur et dignité du serment que vous allez genenltement rendre. Et puis que je voy tous vos ]u^cs dcÉbs tous conformes aux miens , je jurersjy comme je jure devant Dieu , en bonne et saine conscience, Tobservation de ce mien edict tant que Dieu me donnera la vie icy bas, veux et ordonne qu'il soit observé À Jamais en mon royaume pour loy fondamentale , et en tesmoi- (mage perpétuel de la correspondance et consentement universel de tous les estats de mou royaume , vous jurerez présentement Tobservatjon de ce mien edict d^onion , tous d'une voix , mettant par les ecclésiastiques les mains à la poîctrine, et tous les autres le vans les mains vers le ciel. 1

Ce qui fut incontinent faict avec un grand eimtentement de toute rassemblée. Puis le Boy coffloianda à M. de Beaulieu Ruzé de dresser iin acte de ce jurement solemnel ; ce qu'estant laict; Sa Majesté se leva pour aller à Teglise '>aioct Sauveur , où se chanta le Te Deum taufiamus : tonte l'assemblée le suivit , et l'on n'oyait par tout que crier Vive le Roy !

Le Roy en eeste joye populaire se resjoûit et dit à plusieurs , et mesmes au prevost des marchands de Paris, qu*il sçavoit estre un des premiers de la faction des Seize , qu'il onblioit la journée des Barricades et tout le ressentiment qu*il en pourroit avoir ; que jamais il ne s'en souviendroit ny de tout ce qui s'estoit passé , pourvea qa*on n'y retoumast plus. Il commanda aussi a If . de Nevers de s'adieminer en l'armée de PoîeCoil, ce qu'il fit comme nous dirons cy-après.

Bref, Sa Majesté ne pensoit, nonobstant tous les advis qu'il recevoit des entreprises des princes de la ligue , qu*à unir son peuple sous son obéissance , extirper Theresie et pourveoir aux desordres , selon les advis que luy donneroit rassemblée des estats.

Geste seconde séance fat tenue le dix-septiesme octobre , et quatorze jours après, qui estoit le jour de Toussaincts , le duc de Savoye , lequel sous plusieurs prétextes entretenoit des troupes , tantost faisant semblant d'en vouloir au marquisat de Mont-ferrat pour ses preten* lions [dont il ne doit manquer jamais , au dire des historiens savoyards ] , tantost disant que ce n'estoit que pour empescher les hérétiques du Dauphlué d'entreprendre sur quelques-unes de ses places « faict monter à cheval le marquis de Sainct Sorlin , et fit advancer ses troupes vers Carmagnoles si secretteroent , qu'il la surprint de Duict ledit premier jour d'octobre, sans avoir en ceste surprinse beaucoup de peine , pource que le Roy ne se doutoit nullement que le duc de Savoye deust rompre la foy qu'il luy avoit jurée de maintenir tous les traictez de paix que les ducs de Savoye avoient obtenus des roys de France ; et mesmes que ledict duc luy avoit envoyé un gentil-homme d'honneur , il n'y avoit que quatre mois , lors que Sa Majesté estoit à Chartres, i'asseurer et luy offrir toute amitié et seureté; mesmes les François se doutoient si peu du duc de Savoye , que la plus-part de la garnison qui estoit dedans la ville de Carmagnolles estoient Piedmootois. La ville prise , le duc assiégea la citadelle qui se trouva despourveué de vivres , dont elle estoit pourveuê d'ordinaire pour deux ans ; lesquels vivres, par intelligence, ou autrement , le duc sçavoit avoir esté estez pour les lefraischir. Bref, le duc poursuivit si chaudement son entreprise, qu'en moins de trois semaines il se rendit maistre de tout le marquisat de Salusses , et print la citadelle de Carmagnolles, dans laquelle il y avoit plus de quatre cents pièces de canon, les places de Cental , Salusses , Ravel et Cbasteau-Dauphin. Les capitaines françois qui estoient dedans toutes ces places se retirèrent bagues sauves en France , sans avoir enduré un coup de canon.

L'advis vient au Roy, trois jours après la prise de Carmognoles, des attentats du duc de Savoye sur le marquisat (1) ; Sa Majesté envoyé M. de Pongny vers le duc, pour avoir raison de son marquisat , et luy dire qu'il eust à remettre incontinent entre ses mains tout ce qu'il avoit usurpé du domaine du royaume de France. Le

(I) De Saloces.

INTRODUCTION

sieur de Pongny, arrivé vers le duc de Savoye, luy dit i*iotentioa du Roy : le duc s^excuse de son entreprise, et dit qu'il ne s*est emparé du marquisat que de peur que le sieur Desdiguieres, chefdes huguenots en Daupbiné, ne s'en rendist malstre, lequel onsçavoit assez avoir eu des entreprises sur la forteresse de Pignerol et sur d'autres places , ausquelles mesmes les entrepreneurs àvoient esté punis ; et mesmes que le sieur de La Valette, frère du duc d*Espernon, qu'il nommoit fauteur et adhèrent des hérétiques, se vouloit aussi emparer dudit marquisat : ce qui l'avoit occasionné de s'en saisir premièrement qu'eux , pour l'importance qu'il a de n'avoir detcrls voisins au milieu de ses pays; qu'il ne veut toutesfois retenir les places au préjudice des traictez de paix, mais qu'il prie Sa Majesté de conférer le gouvernement des pays que la couronne de France avolt delà les monts, au marquis de Sainct Sorlin , cousin dudict duc , lequel estoit fort affectionné subject et serviteur de Sa Majesté.

M. dePongny luy respondit qu'il avoit charge de n'accepter aucune excuse , mais au contraire de le sommer de quitter les places qu'il avoit de nouveau surprises sur la couronne de France.

Les responses du duc, qui avoit fait de l'humble Jusques à reotiere conqueste du marquisat, se rendirent incontinent hautaines, et M. de Pongny fut contraint de venir retrouver le Roy à Rlols , et luy dire les responses du duc.

Les Frauçois assemblez aux estats jugèrent incontinent ce qui avoit occasionné le duc de Caire telle entreprise. La noblesse françoise offrit son sang au Roy pour faire reparer au duc de Savoye le tort faict à leur nation. Quelques-uns du tiers-estat, et aucuns du clergé qui estoient de la ligue des catholiques , dont ledict duc de Savoye estoit, excusolent, taciteraenttoutes-fois, Fentreprise du duc, et la pallioient envers les simples de la crainte qu'il avoiteuë d'avoir l'heresie pour voisine ; mais tout cela estoit bon À dire à ceux qui ne sçavoient pas que le duc de Savoye avoit et laissoit vivre en paix des contrées et valées toutes entières où le peuple estoit de la religion prétendue reformée, et où il n'y avoit nul exercice de la religion catholique-romaine.

Le duc de Savoye aussi advertit le Pape , le roy d'Espagne et tous les princes et republiques d'Italie, lesquels jugeoient que ceste entreprise pourrait troubler la longue paix quMls avoient entr'eux , qu'il ne s' estoit asseuré dudict marquisat que pour le repos de l'Italie , et de peur qu'aucun hérétique s'en emparast, davantage, qu'il avoit résolu d'assiéger Genève, qu'il appelloit la source de l'heresie. Le Pape et le

roy d'Espagne approuvèrent et louèrent ccste dernière entreprise , et mesme le duc receut incontinent du prince de Parme, par lecommaodément du roy d'Espagne , quinze compagnies de soldats , sous le prétexte de les envoyer hyverner en Rresse et en Savoye.

Le Roy ayant sceu tout ce que dessus , jogea lors ceste invasion du marquisat estre des intelligences des princes de la ligue , et qu'ils le voaloient despouiller devant qu'il eust envie de se coucher, et ce principalement sur les responseï du duc de Savoye à M • de Poigny, par lesquelles il supplioit Sa Majesté de conférer au marqnis de Sainct Sorlin le gouvwiement du marquisat. Or le marquis de Sainct Sorlin estoit frère de mère du duc de Guise , et avoit assisté à la prise du marquisat de Salusse, comme estant cousin germain du duc de Savoye , en la cour duquel il estoit lors.

Sa Majesté eust bien voulu faire résoudre tous les François à la tfuerre estrangere contre le dnc de Savoye , et pacifier la civile en son royaume : c'estoit aussi le désir de toutes les âmes purement françoises , et qui ne respiroleot que Tbonneur de leur patrie et le service de leur Roy, lequel pensoit qu'il n'y auroit aucun en tonte l'assemblée des estats qui ne suivist eneelasa voloDté; mais il se trouva daceu. Tous les partisans de la ligue qui estoient en l'assemblée des estats parlèrent d'un mesme ton : t II faut premièrement pourveoir, disoient-il8,aux entrailles du royaume, et osier l'heresie qui les travaille; puis on chassera bien les estrangers qui auront entrepris sur les frontières, a Le duc de Gnise dit au Roy qu'il devoit asseurer les François da fruit qu'ils s'estoient promis du serment de la saincte union et de la resolution des estats, et que les huguenots extirpez, qu'il seroit le pre mier prest à passer les monts pour faire rendre gorge au duc de Savoye , si Sa Majesté luy en vouloit donner la commission.

En somme, chacun discouroit diversement de ceste surprise, et la pluspart fondoient leur^ raisons plus sur l'apparenceet le vray-semblable, qu'en l'essence de la vérité, poorce qu'aux desseins secrets et intentions des princes, tant plus l'on pense les entendre sur certaines oon^ jectures , tant plus le succez de leurs desseins faict paroistre le contraire de ce que l'on en t pensé.

Le duc de Savoye fait publier par tout qu'^ n'a pris le marquisat que pour esviter les grande malheurs que le Sainct Siège et mesmes touti r£glise catholique en gênerai , et particulière^ ment tous ses Estats, eussent pea recevoir ai le{ I huguenots se fussent emparez da marquisat , e

INTAODUCTION.

qi'il eitDit tout prest de le remettre entre les nains dn dac de Nemours on du marquis de SainttSoriin, princes de la maison de Savoye, et ses eousins, nais en France et subjects du Boy, sçavoir à celuy auquel Sa Majesté en voudroit conférer le gouvernement : et toutesfois le SQCcez [ainsi que le lecteur pourra voir dans mon Bistdre de la paix au IIP et IV* livre ] monstre assez qu'il n'avoitenvahy le marquisat que pour s'en aproprier.

La ligue des catholiques en France , pour la haine qu*el1e portoit au duc d^Espernon et au sieiir de La Valette son frère , qui avoit esté poorveudu gouvernement du marquisat, désire que l*on toUere ceste surprise , et dit que les raisons du duc sont recevables , et qu'il faut que le Pape en soit Farbitre et qu'il accommode ce différent, puisque le duc offre remettre le marquisat entre les mains de Tun des deux frères ateriiis de M. de Guise, qui estoient princes caâwilques. Voylà des propositions, mais les ^fects ont esté autres; car au mesme temps le doc faisolt par tout le marquisat eslever les croix deSaYoye en la place des fleurs de lys, chantiBoH Vtt officiers royaux , et en faisoit sortir tous

les Fiançais.

le roy d'Espagne d'autre costé receut un giiod contentement de n'avoir plus les François ii prea de soa duché de Milan , et tenoit-on que k$ doublons qu*il avoit baillé audit duc de Sa- ▼oje son gendre avoient gai^né les doubles casons de rArsenal qu'avoient les roys de France de là les monts.

La pins-part des princes italiens trouvèrent bon que le duc de Savoye eust chassé les François de tout ce qui leur restoit en Italie. Aucuns eraignofent toutesfois la grandeur de ce dac , à qui eeste invasion avoit fort haussé le courage; car les princes d'ordinaire craignent quand ieurs^ •voisins s'agrandissent.

En fin le Roy est contraint de se contenter d'envoyé vers iePapeluy dire ses plaintes contre le doc de Savoye ; et toutesfois ii creut que la surprise du marquisat estoit de Tadvis des princes de la ligue.

Tous ceux qui ont escrit sur ce subject rapportait que dèslors Sa Majesté se résolut de se venger du due de Guise et des princes de la ligne, et qu'il pensa n'estre plus obligé d'observer cequ'il leur avoit promis par Tedict d'union, pois que, tout de nouveau encor, et contre tant de serments qu'ilsavoient faicts, ils oonUnuoient leurs pratiques et ligues ^ et que Sa Majesté disNmola lors le courroux et despit qu'il avoit contre ledit doc de Guise , et pensa qu'en continuant les estais, tous les députez discemeroient

de sa droicte intention d'avec les desseins dudiet duc et desdits princes de la ligue , et qu'ils luy conseilleroient de remédier à toutes les offences qu'ils luy avoient faictes , et à la couronne de France ; mais il ne luy succéda pas selon son opinion, ainsi que nous dirons cy après. Voyons maintenant quelques uns des progrez que fit l'armée de M. de Nevers au bas Poictou*

Geste armée estoit composée de François, Suisses et Italiens. Les seigneurs de La Cbastre, deLaverdin, de Sagonne, de La Chastaigneraye , et autres seigneurs, tous capitaines de renom, accompagnèrent M. de Nevers, lequel, ayant aussi un appareil suffisant pour une telle armée , alla droict assiéger Mauleon. Le sieur de Villiers estoit dedans pour le roy de Navarre , lequel, voyant tous les appareils prests pour battre ceste place, demanda à parlementer. Par le commandement de M. de Nevers , le sieur de Miraumont accorda la capitulation avec le capitaine Landebris, qui estoit sorty de dedans Mau* leon , à la charge qu'ils auroient la vie sauve et sortiroient sans armes. Nonobstant que la capitulation fust faicte, presque tous les assiégez furent mis au fil de I espée par quelques troupes qui entrèrent par surprise dedans ceste place, faschez que Ton donnoit une capitulation à des gens qui avoient plusiost usé de témérité en attendant d'estre assiégez , que de hardiesse et prudence pour sedeffendre : toutesfois les sieurs de La Chastre , de Lavardin et de Miraumont, sauvèrent ce qu'ils en peurent, et les firent reconduire et passer la Seurre pour se retirer ez lieux plus proches de seure retraicte pour eux.

De Mauleon l'armée tira droict à Montagu. Le roy de Navarre avoit mis dedans le sieur de Golombieres avec cinq compagnies d'infanterie du régiment du Preau et deux d'harquebusiers à cheval : par trois Jours suy vans que l'on fit les approches, ils s'escarmoucherent si bien les uns les autres , que plusieurs braves soldats et capitaines de part et d'autre y moururent, et y en eut plusieurs de blessez. Mais le canon arrivé, qui pour la saison avoit demeuré plus que M. de Nevers ne pensoit, l'on commença à battre ceste place. Les assiégez , se doutans d'estre forcez , tiennent conseil pour demander composition. Estans sur ces termes, il naist une dispute entre ledit sieur de Golombieres, qui sousteooit qu'il failloit entrer en composition avec les asslegeans, et le sieur du Preau, qui soustenolt que l'on pouvoit soustenir ce siège, ayans munitions, vivres et gens assez pour conserver ceste place au roy de Navarre , auquel ils avoient prorais de la deffendre jusques à la mort ; mais , après plu-

INTBODUCTION.

sieurs disputes , Colombieres exécuta son opinion , et fit sortir La Courbe , son lieutenant , pour trafcter la composition qui luy fut accordée par M. de Nevers , sçavoir : que tous les soldats sortiroient avec leurs armes, mesches esteintes, les gentils- hommes avec leurs armes et bagages, et qu'ils seraient conduits en lieu de seureté : ce que M. de Nevers fit exécuter ainsi qu'il leur avoit promis , et les fit conduire Jusques à Sainct Gemme ; mais M. de Sagonne , qui conduisoit en Tarmée la cavallerie légère avec une diligence passionnée, alla attaquer quelques-unes de ces compagnies [et ce après que ceux qui avoient eu charge de les conduire jusques à Sainct Gemme se furent retirez], lesquels il chargea, et les ayant desvalizez il les envoya un baston blanc an poing. Quant au sieur de Colombieres , il demeura au service du Roy avec son lieutenant et quelques autres des siens.

Durant le siège de Montaigu, le sieur du Plessis Gecté , qui commandoit dans La Ganache » se doutant que l'armée royale viendrait droict à luy pour Ten chasser, il &ict advancer tout ce qu'il pense estra nécessaire pour la fortification de ceste place ; il envoyé La Sabloniere vers le roy de Navarre , qui estoil lors encor à La Rochelle, luy demander secours de munitions et de soldats. Le roy de Navarre luy envoya par mer deux compagnies de ses gardes, 8008 la conduite du sieur d'Aubigny et de La Robiniere , avec des munitions ; et par terra il luy envoya aussi le baron de Vigooles avec deux compagnies de gens-d*armes, et cinquante harquebusiers Achevai dont estolt capitaine le sieur de Rufigny . Ce secours arrivé , le sieur du Plessis distribua Judicieusement chasque capitaine es lieux les plus importans. Le 16 de décembre, le sieur de Sagonne avec quelques compagnies d'hommes d'armes et d*harquebusiers à cheval , suivy des ragiments de La Chastaigneraye, de Rrigneux et de Lestelle , en s'advanceant pour recognoistre La Ganache, donua si vivement dans le bourg Sainct Léonard , qu'il s'en rendit le maistre, nonobstant toute la résistance du sieur de Vignoles, qui y perdit le capitaine Rufiigny. Nous laisserons pour ceste heure le duc de Nevers devant La Ganache , faire ses approches, pour ce qu'il ne commença à battre ceste place que le dernier jour de l'année; aussi que les exploicts qui y furent faicts et ce qui y advint appartient d'estre dit en Tannée suy vante, Voyons cependant ce qui se passe à Blois.

Le Roy se rasjoûissoit des exploicts de son armée de Polctou ; mais tout à coup voicy les articles secrats forgez par le conseil de la faction des Seize, dont ils avoient fourny tous leurs par-

tizans, ainsi qu'il a esté dit cy dessus , que l'on veut faire sortir effect : « A quoy servira ceste assemblée d'estats , disent les partizans de la ligue, si les remèdes pour restaurer la France que nous présentons en nos cayers ne sont publiez ainsi que nous les resouidrons, sans y rien changer? Ne sçavons nous pas tous qu'aux estatsdc l'an 1577, la France espérait qu'il serait pourveu sur toutes les remonstrances qui y furent faites , et toutesfois on n'en tira pas le froict que l'on en avoit espéré , à cause de la longueur que le conseil du Roy tint à en arrester une partie, sans rien ordonner sur la plus-part de nos plaintes? Le conseil du Roy en pourra feûre autant encor à présent ; et par ainsi ceste présente assemblée d'estats sera infructueuse aussi bien que celle de 1677. C'est pourquoy il est très-nécessaire que les remèdes que nous praposeronspour la restauration de l'Ëstat ne passent par les longues délibérations du conseil du Roy, et que ce qui sera resoult par l'assemblée des estats soit incontinent publié. Ne sont-ce pas, disoient-ils, les estats qui ont donné aux rays l'authorité et le pouvoir qu'ils ont? Pourquoy donc faut-il que ce que nous adviserons et arresterons en ceste assemblée soit contrerollé par le conseil du Roy? Le parlement d'Angleterre, les estats de Suéde, de Pologne , et tous les estats des royaumes voisins estans assemblez, ce qu'ils accordent et arrestent , leurs roys sont subjects de le faire observer sans y rien changer. Pourquoy les François n'aurant-ils pareil privilège? Et quand bien il faudrait que nos cayers fussent respondus etarrestez au conseil privé du Roy,il y devroitdonc au moins assister un nombre de députez de chacun ordre. »

Le Roy , qui descouvre à quoy tendent ces raisons que l'on fait courir par les chambres des estats, et que l'on veut abbattre tout à faict l'aothorité rayale et la faire tomber entra les mains de son peuple, et que pour ce faire on se vouloit prévaloir de l'exemple des royaumes voisins, il faict , de Tadvis de ses serviteurs , imprimeries estats des Espa«^es tenus à Tolède l'an 1559, et achevez l'an 1560 , pour respondre et monstrer que les Espagnols roesmes [encores que ce soit une nation du tout dissemblable aux François, lesquels ne cèdent à aucuns subjects d'autres royaumes en affection , respect et obéissance qu'ils ont envers leurs roys hereditaires et légitimes successeurs] faisoient leurs remonstrances et leurs requestes en toute humilité par les députez ou pracuraurs desdits estats , et qu'ils ny aucun d'eux n'assiste et n'est appelle aux jugements de leurs remonstrances ou requestes, et 1 que le Roy , assisté des gens de son conseil, fai-

INTRODUCTION

soit ses responces sur chacun article , commeil void et cognoist estre expédient au bien de son royaonie , son service et ses subjects.

Aussi tous ceux qui ont escrit de Testât de la France disent que tenir les estats en France n'est aotre chose sinon que le Roy communique, avec ses subjects capables, de ses plus grands affaires, prend leur advis et conseil, oit leurs plaintes et doléances, et leur pourvoit ainsi que de raison , et que le Roy seul , selon fancienne obserfance et coustume du royaume, tient et convotioe les estats quand il void en estre besoin , fait iny seul les loix et les interprète, dispose les finances et les employé où les affaires publics le requièrent; bref, qu'il a toute puissance absalQê.

Les autres roys et princes estrangers se sont quelquesfois esbays de ceste grande puissance ûis roys de France- L'empereur Charles Y demandant au roy François I combien valoit le revenu de quelques villes de France par où il avoit passé, Ce que je vevXy dit le Roy; laquelle parolieestant depuis rapportée à Tempereur MaximiHan, qui s*enquestoit en un devis particulier de\açiùssance et du revenu d'un roy de France, ne pouvant bien discerner ceste puissance absoloé que Ygù luy representoit , lascha ce traict eoroiDeea gaussant : Je trouve donc, dit-il, que If roy de France est le roy des bestes. Cest Empereur se trompoit , pource que les roys de France ont si bien réglé et modéré par honnestes et rai- "iooflables moyens leur puissance souveraine et monarchique, qu'un roy, quelque dépravé qu'il post estre, auroit honte de les transgresser. Et bien qu'ils ayent toute puissance absolue, si fontils bien peu de chose sans leur conseil; auquel ils ont donné pouvoir de casser , rescinder et révoquer ce qa*ils auroient donné et accordé qui ne seroit conforme aux ordonnances faites par les ro^-s leurs prédécesseurs. Ils ne sauraient aussi estre tyrans, pource qu'ils sçavent que leurs fils ou le premier prince de leur sang doi- Tent leur succéder, au contraire des empereurs esleus, lesquels, pour maintenir l'empire en leur maison , font de puissance absolue beaucoup ''e choses souvent. Ets'il est advenu que quelque roy de France ait fait chose autrement qu'à poinct,il y a esté depuis donné par leurs successeurs remède convenable, et les mauvais ministres , sans lesquels les princes feroient à peine mauvaises choses, ont esté punis; de sorte que c'a esté un enseignement à ceux qui sont venus après, et eue des causes principales de la longue durée de la okonarchie françoise.

La ligue veut sapper ceste puissance souveraine, veut abbattre l'authorité royale, veut

changer la forme anciennement gardée en la tenue des estats, veut que les députez jugent leurs propres requestes et demandes : bref, suivant leurs mémoires faicts par le conseil de la faction des Seize, ils veulent que les estats ordonnent de la paix et de la guerre, et veulent déclarer le premier prince du sang de France incapable de toute succession, contre le vouloir et authorité du Roy.

Cependant que le Roy pense deffendre son authorité par la plume , la condamnation du roy de Navarre se traictoit par toutes les trois chambres ; douze de chacune chambre furent députez vers Sa Majesté pour luy faire entendre leur resolution , et luy dirent qu'ils avoient advlsé que le roy de Navarre seroit déclaré hérétique, chef d'iceux, relaps, excommunié, indigne de toutes successions , couronnes , royautez et gouvernements.

Le Roy leur respond qu'il trouveroit bon qu'on sommast le roy de Navarre, pour une dernière fois, de se reunir à l'Eglise catholique; apostolique-romaine, et qu'ils advisassent si cela ne seroit pas bon. Ceste procédure de sommer le roy de Navarre fut mise en délibération en toutes les trois chambres; et depuis, M. Tarchevesque d'Ambrun, accompagné comme auparavant de douze de chacune chambre, alla dire au Roy que l'advis des estats estoit de n'emplo^^er aucunes poursuittes pour sommer le roy de Navarre. Le Roy luy respondit : t Je me resoudray donc pour satisfaire à vos raisons. »

La prise du marquisat de Salluces, la proposition à ce que les estats fussent résolutifs et non deliberatifs, la condamnation du roy de Navarre demandée par les députez des estats, et quelques autres incidents sur plusieurs remonstrances et resolutions prises aux chambres des estats, tant sur le règlement des offices de judicature et finances, que pour la vente et suppression d'iceux, fut attribuée au duc de Guise, et roesmes le Roy creut, comme plusieurs ont escrit, qu'il ne se faisoit aucunes remonstrances ny requestes, que premièrement elles n'eussent esté résolues en un conseil qui se tenoit au cabinet dudit duc par les principaux de la ligue, qui avoient avec animosité brigué, chacun en la province d'où ils estoient, pour estre députez aux estats, et qui, dans chacune chambre, poursuy voient ce qu'ils avoient conclu au conseil du duc de Guise.

Toutes ces choses donc firent que le Roy eut un grand courroux contre le duc de Guise ; et sur plusieurs advertissements qui luy vindrent de tous costez qu'il y avoit une grande conspiration contre sa personne et son Estât , et principalement sur un bi llet qui luy fut envoyé, comme

INTBODUCTIOII.

pour an advis, par an des grands de son royaume, contenant ces mots : Mors Conradiniy vita Caroli ; mors Caroli, vita Conradini, il se délibéra de s'asseurer da duc de Guise.

Pour rexecution de son dessein, il fit tenir plusieurs conseils de nuict en son cabinet, et mesmes le duc de Guise receut plusieurs advis de ses amys que Ton entreprenoit de le faire mourir, et qu'il se gardast; ausquels ad vis il respondoit seulement ce mot : L'on n^oseroit. Aussi tant de bruits avoient couru dès le commencement des estats, tantost que Ton l'avoit voulu tuôr allant à la chasse, tantost à un souper , tantost en un autre lieu , qu'il ne faisoit point d'estat de tous ces advis.

Le Jour Sainct Thomas , à ce que quelquesuns ont escrlt, ie Roy estant à Sainct Calais, qui est une chappelle dedans le chasteau,où Sa Majesté entendoit vespres , le duc de Guise , qui Ty accompagnoit , se mit de genoux un peu plus haut dans la galerie et assez loin de Sa Majesté, et pendant vespres il leut un petit discours libre fait sur Testât présent de la France, qu'un François , homme d^^Estat , estant en Hollande , avolt envoyé à Juste LIpse. Ce discours estoit imprimé. Le Roy avoit tousjours Foeil sur le duc et sur ses actions : au sortir de vespres , le Roy luy dit : Vous avez esté fort devotleux. — Excusez moy, Sire , dit le doc , c'est un livret qu'un huguenot a fait sur Testât de France : ô que c'est un plaisant compteur! je vous supplie, Sire , de le voir, et vous en jugerez. » Le Roy lui dit : « L'avez vous tout leu? — Ouy, Sire , luy respond le duc. — Mais , dites moy , dit le Roy , est-ce un huguenot qui Ta faiet ? — Ouy , Sire , répliqua le duc. • Alors Sa Msjesté luy dit : t Puis que c'est un huguenot qui Ta faiet, je ne le veux pas voir. » Le doc accompagna le Roy en sa chambre, et de là au jardin , où ils tombèrent sur plusieurs propos , entr'autres sur le désir que Sa Majesté avoit que Ton sommast encores une fois le roy de Navarre, et sur la resolution des estats , laquelle le Roy vouloitestre falote par son conseil, ainsi que Ton avoit accoustumé en France. Le duc dit lors à Sa Majesté quelques paroles un peu trop hardies pour un subject : Sa Majesté , usant de sa prudence, luy laissa continuer tout ee qu'il luy voulut dire. La fin de son discours fut qu'il voyoit bien que les choses alloient de mal en pis, ce qui Toccasionnoit de supplier Sa Majesté de reprendre le pouvoir qu'il luy avoit donné , et luy permettre de se retirer. Le Roy feint de ne s*appercevoir de la hardiesse de ses paroles, et dit au duc que Dieu luy feroit la grâce de rendre à Tassemblée des estats tout le oonlentement qu'elle sçauroit désirer.

Le Roy se retire en son cabinet , et , la porte fermée, il ne se peut tenir qu'il ne dist, dezqu'il fut entré, quelques paroles de colère; pQis,ayant tout seul pensé à ce que le duc de Guise luy venoit de dire, il Jetta son petit chapeau qu'il portoit ; puis, peu après revenu à soy, il se résolut, à quelque péril qui en pust advenir, de faire mourir le duc de Guise.

Mais le duc avoit un si bon amy au cabinet, qu'il ne MUt de Tadvertir incontinent de ce qu'il avoit veu faire au Roy , et que sans doute on deliberoit quelque chose contre luy.

L'on tient que Tarchevesque de Lyon, en os conseil tenu le lendemain chez le duc , on la principaux de la ligue se trouvèrent pour r^ souidre aux divers advis que Ton leur donnoitde ne demeurer plus longuement aux estats, Iny dit : « Monsieur , monsieur , qui quitte la partie la perd, i

Aussi tous les advis que Ton donnoit an doc n'estoient que conjectures, car celuy qui Tavoit adverty que le Roy avoit de colère jet té son cbapeau, n'en avoit pas sceu au vray quelle ena^oit esté l'occasion.

Or, comme nous avons dit, depuis la prise do marquisat, et dès que le Roy vid que les princes de la ligue continuoient leurs intelligences et associations, il avoit résolu de s'asseurer du dnc de Guise : il avoit demandé conseil à plasienre comme il s'y devoit comporter; aucuns Iny conseillèrent que l'emprisonnement estoit le pios seur, autres luy dirent que Moria labestia, morto il veneno. Bref, il prit conseil de cew qu'il sçavoit n'estre amis de la maison de Guise, lesquels ne faillirent à luy représenter tellement toutes les actions de ce duc, qu'ils ne trouvèrent à luy dire que trop de crimes de leze-majesté pour luy estre faiet son procez. Mais sur tonton luy disolt qu'il se devoit souvenir que, Tan 1584, il avoit fait tuer tous les lyons et bestes farouches qu'il fesoit nourrir au Louvre, pour avoir en une vision qu'ils le devoroient , et , entr'autres, qu'il se souvinst qu'il luy avoit semblé avoir receu plus de mal d'un lyon le plus furieux de la troupe ; que ceste vision ne se devoit point antrementexpllquersinonquec'estoitlaligue^quir depuis Tannée 1 585, par la prise de leurs armes , vouloit abbattre son authorité royale, et que le jeune lyon representoit le chef de la ligue.

Quelques considérations et respects avoient retenu le Roy d'exécuter ses conseils et sa vo: lonté contre le duc jusques au susdit jour de Sainct Thomas, ainsi que plusieurs ont escrlt, et que la nuict de ceste Journée le Roy ayant faiet venir en son cabinet quelques uns en qui il se flolt, il leur avoit dit qu'il ne pouvoit pla^

IlfTBODUCnOll.

loaffrir les bravades que le dac Iny faisoit, leur mitant toutes les paroles qu*ll avolt eues après mpres avec lay , et comme le doc Tavoit prié de lire le discours libre, qui estoit, disoit-il, lay Toaloir monstrer eu un tableau toutes les bravades qu'il luy avoft faictes. Plus, que le duc Tavoit aossi prié de luy permettre de se retirer des estats, mais qu'il ne recognoissoit que trop à quel dessein ii lay avoit dit cela, et de combien ceste retniete luy importeroit, laquelle il ne luy avoit demandée sinon pourtrouversubjectde quelque mescontentement : au reste qu'il estoit résolu de le faire mourir, et non pas de l'emprisonner, et (fn'il n'estoit question que de resouldre le poinct de Texecution.

Après plusieurs discoursil fut résolu que Texe- CDtioD se feroit le vendredy matin. Le lendemain de ceste resolution , le bruit court que le Boy Youioit aller à Nostre Dame de Clery près Orieans, et mesmes il commanda à M. d'Antrigoes, gouverneur d'Orléans, de se tenir prest pour Ty accompagner, et qu'il partiroit le vendredy après disner.

La ville d'Orléans estoit une des villes données pour wureté par letreiziesme des articles secrets de redît d*anion aux princes et seigneurs de la ligue, dont ledit sieur d' Antragues estoit gouveroenr. B s'estoit monstre fort zélé à ce party, et mesmes il s'est veu des lettres de luy où, parlant da duc de Guise , il Tappelioit tonsjours nostre grand. Cestoit aussi le tiltre d'honneur duquel tous les seigneurs de la ligue honoroient leur cbef 9 pareil a celuy que font les subjects d'an roy quand ils l'appellent Sa Majesté; car le seul grand du royaume est le roy. Aussi ce mot de nostre grand augmenta fort le courroux que le Roy avoit contre le duc, et en fut autant fisclié qu'il avoit esté de ce qu'aux Barricades de Paris on avoit crié : Vive Guise/ vive le pi^ lier de P Eglise! Du depuis donc l'edict d'union , Je duc de Guise ayant faict porter parole audict sieur d'Antragoes qu'il desiroit que M. le prince deGmviUe (1) fust pourveu du gouvernement d'OrleaiiSy et qu'il advisast quelle recompense il desireroit, d'Antragues , qui ne vouloit céder ce gouvernement qu'il tenoit des biens-faicts des roys, et non du duc de Guise, eut recours de regaigner les bonnes grâces de Sa Majesté , dont il s'estoit eslolgné depuis Tan 1585, ce qu'il fit dorant les estats de Blois. Or le Roy , par le moyen dudlct sieur d'Antragues , pensoit pourveoîrà la aeureté d'Orléans [pource que ceste place est comme la citadelle de France]; ce fut pourquoi il luy conunanda expressément de se

J) La prince de JoinflOe^ flls atné da duc de Gniie.

tenir prest pour partir avec luy le lendemain au matin. Il despescha aussi dez le jeudy au soir en plusieurs endroits où il estimolt estre de besoin pour laseuretédes villes qu'il Jugeoit estre les plus remplies des partizans de la ligue. Mais nous dirons l'an suivant comme les succezde ses desseins furent merveilleusement eslolgnez de son attente»

Tous ceux qui ont escrit comme le duc de Guise fut tué se discordent tous : l'autheur qui a compilé le recueil des Mémoires de la Ligue, et celuy qui a escrit V Histoire des cinq Roys, s'ac* cordent à peu prez, et disent :

« Le 23 de décembre, messieurs les cardinaux de Vendosme, de Guise et de Gondy, M. le duc de Guise , messieurs les mareschaux de Rets et d'Aumont, et autres seigneurs viennent dumatiu pour tenir le conseil en une chambre proche de celle do Roy, n'y ayantqu'une petite allée entra deux , pour ce que le Roy vouloit partir l'aprèsdisnée pour aller à Nostre-Dame de Clery. Le duc de Guise, voyant que le conseil n'estoit encores commencé, voulut aller à la chambre du Roy , et, ayant passé le long de l'allée qui y conduisoit , entrant en la chambre de Sa Majesté, 11 apperceut le sieur de Longnac qui estoit assis sur un coffre de bahu, les brascroisez, sans se Iwuger. De longue-main il avoit soupçon qu^ ledit sieur de Longnac avoit entrepris de le tuer ; et estimant qu'il estoit là pour Fattaquer, il luy voulut impétueusement courir sus , et mettant sa main sur son espée, la tira à demy ; mais le sieur de Longnac et quelques autres, luy voyans entreprendre un tel effort à la porte de la chambre du Roy , le previndrent et à l'instant le terrassèrent et le despescherent à coups d'espées, sans luy donner loisir de gueres parler. • VoylA l'opinion de ceux qui ont escrit ces histoires imprimées À Genève ; mais l'opinion de la ligue est toute contralriB à celle-là. Voicy ce qu'ils en firent publier au mesme temps.

t Sur les sept heures du matin on envoya querirmonseigneur de Gu^se pour venir au conseil; un maistre dhostel du Roy alla quérir M. le cardinal son frère sur les sept heures et demie, pource qu'il estoit logé hors duchasteau : on les prie de se haster, disant que le Roy estoit pressé parce qu'il vouloit aller disner à Clery. Estant arrivé en la salle du conseil, et y voyant le sieur de Larchant et tous ses archers, il leur dit : « C'est une chose extraordinaire que voua soyez Icy, qu'y a-t-il?— Monseigneur, dit Larchant , ces pauvres gens m'ont prié de supplier le conseil qu'ils demeurent icy Jusques à la venue de Sa Majesté, pour le supplier de leur faire payer de leurs gages , et ce à cause que ta thresorier leur a dit qu'il n'y a pas un soi pour

INTRODUCTfOIf.

eux ; et toutesfois ils sortent de quartier dans quatre ou cinq Jours, et seront contraints , si le conseiln'y donneordre, de vendre leurs chevaux pour vivre et s^en retourner à pied chacun en sa maison. » A quoy M. de Guise luy respondit : t Je leur serviray et à vous de tout mon pouvoir; puis s*en alla s*asseoir. Et incoutineot se leva M. Marcel, intendant des finances, qui alla dire au sieur de Larchant et à ses archers qu'il y avoit une partie de douze cents escus que Ton leur avoit ordonné. Larchant répliqua que cela estoit trop peu. Sur ces propos, M. de Guise, qui estoit suject à un mal de cœur , prit dedans ses chausses une petite boiste d'argent pour y penser trouver quelques raisins , et , n'y trouvant rien, demanda à Sainct Prix, valet de chambre de Sa Majesté, qu'il luy donnast quelques bagatelles du Roy. Sainct Prix luy alla quérir quatre prunes de Briguolles , desquelles il en mangea une , et les trois autres il les mit dedans sadlte boite. Au mesme temps , parce que l'œil de son honorable playe pleuroit, cherchant un mouchoir dans ses chausses, et ne le treuvant point, il dit : 0 Mes gens ne m'ont pas baillé aujourd'huy mes nécessitez. » Il pria M. Hotman , thresorier de l'espargne, de veoir à la porte s'il y avoit un de ses pages ou quelqu'un des siens , et leur dire qu'ils luy allassent quérir un mouchoir : incontinent que Hotman fut sorty, Sainct Prix , adverty que M. de Guise avoit besoin d'un mouchoir, luy en apporta un.

» Sur les huict heures, M. de Revol, secrétaire d'Estat , sortant du cabinet du Koy, vint dire à M. de Guise, qui estoit assis au conseil , que le Roy le demandoit : aussî-tost il part, et estant entré dans la chambre où estoit le cabinet du Roy, tenant son chapeau d'une main, et levant la tapisserie de la porte du cabinet de l'autre, estant panché pour y entrer pource que la porte estoit fort basse, à l'instant six des quarante-cinq, qui estoient gentils-hommes que le Roy avoit depuis quelque temps choisis pour estre auprès de sa personne , avec poignards et grandes dagasses, qu'ils avolent nues sous leurs manteaux, le poignardèrent si soudain, qu'il n'eut loisir que de dire : t Mon Dieu , ayez pitié de moyl » et attirant, d'une belle générosité, quelques pas en arrière dans la chambre ceux qui le tuoient, il alla tomber aux pieds du lict du Roy , où sans parler il rendit les derniers souspirs et sanglots de la mort. • Yoylà ce que la ligue publia de la mort de M. de Guise. Voyons maintenant ce qu'en ont dit les estrangers.

Les histoires des Italiens et Alemans disent que le roy Très-Chrestien, ou pource que le duc de Guise avoit contraint le Roy de rompre les

edicts de pacification en 1585, ou pour ce qui luy estoit advenu aux Barricades de Paris, on pour la surprise du marquisat de Saluées, délibéra de faire mourir le duc de Guise, et que le vingt-troisiesme jour de décembre, de grand matin, le Roy envoya quérir quatre conseillers qui luy estoient les plus confidents, et leur ouvrit son cœur, leur disant qu'il avoit résolu de faire mourir le duc de Guise pour plusieurs raisons qu'il leur déclara, leur commandant luy donner conseil sur l'exécution de sa proposition. Le premier des quatre, obeyssant à son commandement, luy dit qu'il ne doutoit point de tout ce que Sa Majesté disoit du duc de Guise, mais que pour conserver l'honneur de Sa Majesté , et à fin que la félonie du duc, de laquelle il ne doutoit, fust plus cognuë de tout le monde, qn'il le failloit emprisonner en quelque place forte cependant que Ton luy feroit faire et parfaire son proeez par des juges non suspects.. Le second conseiller approuva et loua le conseil du premier. Mais leurs conseils ne pleurent au Boy, qui leur dit : « Ne sçavez vous pas la puissance que le duc de Guise a en mon royaume? Qui ne seront les Juges qui le voudront condamner à la mort selon ses démérites? Plus, si on le met en prison, il n'y a nulle doute que cela sera occasion de très-grands troubles, cartons les princes de la ligue et tous leurs partisans se joindront et s'armeront pour l'en tirer dehors. L'obéissance qu'ils me doivent ne les retiendra pas, puisque, sans avoir receu aucun desplaisir de moy, aius une infinité de bien -faits, auparavant et depuis mesmes qu'ils ont fait leur ligue, ils n'ont laissé de s'armer et conspirer contre ma vie, contre mon honneur et contre ma couronne, sous prétexte de la deffense de la religion catholiqueromaine. La journée des Rarricades où le peuple de Paris s'est eslevé si audacieusemeut contre moy, la deffaictedes régiments françois et suisses de ma garde, le dessein qu'ils avoient de m'assieger dans mon Louvre et me retenir prisonnier, ne sont que trop d'exemples pour conjecturer que, quand j'aurois faict mettre le duc de Guise et les principaux de son party prisonniers, il ne seroit en mon pouvoir de leur faire faire leur proeez ; car, par leurs pratiques et factions couvertes du zelle de la religion, ils ont si bien desbauché mon peuple, que je ne suis plus obey comme roy, et je n'en porte plus que letil* tre. D'abondant, Je suis bien adverty qu'ils continuent leurs secrètes intelligences avec le roy d'Espagne, qui les secourt de deniers. Qui peut douter aussi maintenant que la surprise du marquisat iSaicte par le duc de Savoye ne soit de Tiu- I telUgence du duc de Guise pour faire tomber le

iutboduction.

marquisat entre les mains de Tan de ses frères de Xemours onde Sainct Sorlin? Ne voyià que trop de crimes de leze-majesté, que trop de coDspiratiODS descouvertes. Il n'est de besoin à on roy, pour chastier les autheurs de tels atten^ tats, procéder par les voyes ordinaires de justice) qui ne sont ordonnées que pour tenir le ^ple peuple en son devoir. Mais quand les grands d*un royaume ont conspiré contre TEstat, cootre la vie et dignité de leur roy, Ton n'a jamais regardé en ces cas là, à y remédier par les Joix et coustumes ordinaires du pays, car aux grands et dangereux maux Ton recourt tousjours aux plus prompts remèdes. Je ne doy point douter aussi que les princes mes voisins ne trouvent boQoe Pexecution qui s'en fera, car chacun d'eux est assez adverty de Testât misérable auquel la France se trouve maintenant réduite, laquelle est travaillée d'une part par les hérétiques, et de l'autre par Tambition des princes et seigneurs de la ligue des catholiques. Aussi ne doyje point rendre conte à aucun prince de mes actions, et je crpy qu'ils jugeront que j'auray justement usé de mon authorité royale, en chast)ant mes subjects séditieux et rebelles. » Après que Sa Majesté eut mis fin à son discours, les aotivs deux conseillers loùans son intention, luy àinut que Texecution donc en devoit estre prompte et secrette quand le conseil en seroit pris, y ayant un très-grand péril à la dilayer, poor ce que la maison de Guise avoit un grand nombre de leurs partizans en court et aux estats, qui pourrolent descouvrir ce que Ton entrepre- Doît contr^eux. Alors le Roy trouva ce conseil bon, et, ayant donné congé aux quatre conseillera, il manda son aumosnier pour se confesser^ ainsi qu'il avoit coustume de faire tous les vendredis. Puis , ayant fait appeler quelques-uns des quarante-cinq, et leur ayant dit sa volonté, il envoya quérir, par un secrétaire d'Estat, le duc de Guise qui estoit au conseil ; mais qu'en venant parler à luy et estant entré en Tantirhambre, il vit incontinent, en regardant derrière luy, car il craignoit les embusches , sortir de derrière la tapisserie un homme armé qui ve- Doit pour le tuer par derrière ; et comme le duc estoit d'un grand courage et vaillant, se voyant en tel péril, il luy saulta au collet et le jetta par terre , prest à le tuer, quand sept autres sortirent de derrière les mesmes tapisseries , qui l'entourèrent, et où d'abordage un luy donna un tel coup d'espée sur la jambe qu'on le fit tumber par terre; puis incontinent, à coups d'espées , de dagues et de pertuisanes , il fut réduit 3Q terme de la mort, criant en vain : A taydef l'on m^assassine. Yoylà l'opinion des Alemans

Page 1