I. C. D. K. T. XII
et Italiens touchant la mort du duc de Guise.
Plusieurs aussi ont remarqué que le duc de Guise avoit tousjours esté ennemy de tons les favorits et mignons que le Roy avoit aymez et advancez depuis son advenement à la couronne , et qu'il leur avoit suscité une infinité de querelles par des particuliers gentils-hommes jaloux de n'estre les premiers aux bonnes grâces du Roy; que quelques-uns mesmes de ces favorits avoient esté tuez en duel, autres d'une autre façon , plusieurs disgraciez par les plaintes qu'il trouvoit moyen de faire faire contr'eux ; et mesmes, depuis que le duc d'Espernon s'estoit retiré en Angoulesme, le Roy ayant pourveu de Testât de premier gentil-homme de sa chambre le sieur de Loignac, que ce seigneur avoit esté comme une butte où, par la persuasion du duc de Guise, tous les princes de la ligue avoient descoché leur envie. Le chevalier d'Aumalle, peu auparavant la mort du duc de Guise , s'en estoit retourné à Paris, et, devant qu'y aller, il avoit dressé audit seigneur de Loignac une querelle sur le subject de quelques passions amoureuses, ce qui advient d'ordinaire entre jeunes seigneurs. Loignac estoit hardy, homme aacxtre aux armes, et qui s'estoit desgagé de plusieurs duels ; sa qualité de premier gentil-homme de la chambre du Roy l'esgalloît mesme aux duels avec les grands estrangers, et les lui deffendoit avec ceux qui n'estoient de sa qualité. Geste simulté donc et séminaire de querelle pour l'amour fit juger à Loignac que le duc de Guise et les princes de la ligue le vouloicnt ester de la bonne fortune que les bonnes grâces du Roy luy donneroient. D'autre costé les quarante-cinq gentils-hommes que Sa Majesté avoit establls pour se tenir prez de sa personne, avec gages pour leur entretien honorable, par l'advis du duc de Guise , dévoient , en la supplication que les estats feroient au Roy de reformer sa maison , estre cassez comme n'estans nécessaires. Voylà de nouveaux ennemis pour le duc de Guise, à aucuns desquels le Roy n'eut gueres de peine à persuader, après qu'il eut résolut de le faire tuer, d'exécuter sa volonté.
Sur les huict heures du matin , Sa Majesté fit appeler le duc de Guise pour venir parier à luy : il estoit lors au conseil. Arrivé dans la chambre où estoit le cabinet du Roy, il se trouva si soudainement chargé par sept ou huict avec dagues et cspées, qu'il n'eut nul loisir de se deffendre. Aussi tost qu'il fut mort, un tapissier qui estoit dans la mesme chambre, lequel destendoit la tapisserie pour aller apprester le logis du Roy à Clery, par commandement en mit une des pieces sur le corps mort du duc.
Le trépignement et le bruit que firent eçux qui le tuèrent estant entendu par le cardinal de Guise et par Tarchevesque de Lyon , les fit sor* tir incontioent du conseil , pensant secourir le duc : ils furent Jusques à la porte , là où ils entendirent encor ses derniers souspirs. Aucuns des gardes escossoises qui estoient là leur présentèrent la pointe de leurs hallebardes , leur comoiandant de ne bouger et de les suivre , ce qu'îto firent ; et furent mis tous deux dans une petite chambre au dessus de celle du Roy*
En mesme temps le Roy fit arrester tous les princes de la ligue qui estoient logez au chasteau, chacun dans leurs chambres, et leur fit donner des gardes pour s^asseurer de leurs personnes , sçavoir à M. le cardinal de Rourbon , à madame de Nemours et à son fils le duc de Nemours , à M. d'Ëlbœuf et à M. le priuce de GinvUle, qui , lors que Ton tûoit son père , oyoit la messe dans Sainct Calais , au sortir de laquelle il fut aussi arresté prisonnier.
A la mesme heure aussi furent pris Pericard , secrétaire du duc de Guise, avec tous ses papiers, dans lesquels on asseure que le Roy trouva les plus secrets desseins du duc. Le sieur de Hautefort fut aussi prins dans la chambre du duc de Guise ^ et arresté prisonnier avec Bernardin, premier valet de chambre dudit duc.
Le grand prevost, par le commandement du Roy , sortit du chasteau, et alla à l*Hostel de la ville , en la chambre des députez du tiers-estat , se saisir du sieur de La Chapelle Marteau, prevost des marchands de Paris, du président de Neuilly, de r esche vin Compan, qui estoient les députez de la ville de Paris , et du lieutenant d'Amiens , duquel nous avons desjà parlé cydessus , lesquels il emmena au chasteau , et furent mis prisonniers en une chambre au dessus de la garde-robbe du Roy.
En mesme temps aussi le Roy fit arrester le comte de Brissac, le sieur de Bois- Dauphin, et quelques seigneurs des plus intimes du duc de
Guise.
Cependant que le Roy donne ordre à s'asseurer des plus remuans de la ligue , les princes et tous les seigneurs de qualité , advertis qu*il y avoit du trouble dans la chambre du Roy , s'y rendent incontinent; mais Sa Mijesté, estant sortie de son cabinet, fit ester le corps du duc de Guise, leur disant les causes qui l'avoient induit à le faire mourir, et adjousta ce mot : Voyià etmmeje puniray à F advenir ceux qui ne me seront fidelles.
Devant qu'aller i la messe il alla trouver la Royne sa mère, et luy déclara ce qu'il avoit f atct faire, dequoy l'on tient qu'elle fut de prime
face esmeuê, et luy dit: « Avez vousbiçn^onni ordre à vos affaires? — Ouy, Madame, luy respondit-il. *- Faictes advertir donc , luy dit-elle, M. le légat de ce qui s'est passé, affln que Sa Saincteté sache premièrement par luy vostre intention, et que ne soyez prévenu par vos eime« mis. •
Le légat Morosini ayant esté adver^ , de par le Roy , de la mort du duc de Guise , se trouYa du commencement estonné, tant pour la bmiliarité qu'il avoit eue avec le duc, que pov 4voir asseuré toute l'Italie de tous contrairei événements à ceux qu'il voyoit : toutesfois il $e para d'un visage sans apparence aucune de tristesse, et vint trouver le Roy au sortir de I9 messe, sqr les unze heures, là où S9 Maje^tt luy dit les occasions particulières qui l'avoiest meu de faire mourir le duc de Guise.
Toute la matinée les portes de la ville fureot libres, il n'y eut que les portes du cbaat^o fermées , et l'on ne sortoit ny entroU que par le guischét de la grande porte du chasteaa , laquelle est hors de la ville , proche de la porte d^ costé. Ceux du party du duc de Guise logez dans la yille furent incontinent advertia de 99 mort ; chacun d'eux pense à sa seureté : ils présument que le Roy n'arresteroit son courroux sur le seul chef de la ligue ; ce qui fut cause que aucuns se retirèrent et arrivèrent dez le soir à Orléans , et le lendemain à Paris. Quelques députez mesmes du clergé affectionnez au duc s^en allèrent, et, par hazard plus que par dessein , ils furent ramenez au Roy , qui seulement les r^rint de leur opiniastreté , et leur laissa la liberté de s'en aller ou de demeurer. Toutesfoii quelques portes de la ville furent fermées , plut par la volonté du peupte que par command^ ment qu'ils en eussent. Aussi toute ceste journée il ne fit que pleuvoir depuis la pointe du jour jusques au soir , que le vent se tourna tellemeat à la gelée , que la rivière de Loire fut placée trois sepmaines durant.
Les hommes ne peuvent remettre d'un moment le temps de leur fin. Le Roy avoit résolu de ne faire mourir que le duc de Guise , pource qu'il estimoit qu'il estoit seul toute la ligue , et que ceux de sa maison tous ensemble n'eussent sceu fournir à la moindre partie de ce qu'il entreprenoit; que luy mort, toute la ligue estoil morte. Il avoit seulement résolu de tenir quelque temps prisonniers aucuns princes et seigneurs de la ligue , afOn de leur faire cognoistn la grandeur de leur faute : mais voicy qu'en or instant son dessein se change. M. le cardinal d< Guise , d'un courage haut , ne pul patienter d] ne se put contenir , que , par paroles bonilloo
IHTaODUCTIOll.
nuites de colère , il n'uflasl, en la captivité où il estoit, de menaces contre le Roy , lesquelles rapportées à Sa Majesté , les ennemis de la maison de Guise ne manquèrent de luy représenter contre ce prélat beaucoup de ses actions passées, et lay dirent que depuis les Barricades il s'estoit mesié de plusieurs choses peu convenables à Tordre ecdesiastique, que l'on Tavoit veu armé, accompagné de quatre cents lances , qu'il avoit sQrpnns des places, qu'il avoit pris aussi les ûoances de Sa Majesté à Chasteau-Tierry et ailleon , disant que ce qui estoit bon k prendre estoit bon à rendre, et que quand on luy avoit remoostré qu'il picquoit trop le Roy , il respondoit que Sa Majesté ne marchoit point s'il n'estoit picqué à bon escient ; aussi que sur la devise des armes du Roy , Manet uUima cœlo , il avoit dit ces mots : Binas qui dederat, unam aufert, alUra nuêai, ulUma tonsori radenda ad clausira nmansit, et qu'il desiroit tenir la teste du Boy avec ses mains propres jusques à ce que le barbier (1) luy eust faict la couronne dans les Capucins.
La qualité de ce prélat de premier pair d'Elg^«i France, archevesque de Reims, cardinal cl président de son ordre, retint la resolution do Boy pour le faire mourir jusques au lendeoaio malin , voulant voir s'il changeroit d'opinion, et ce , nonobstant tout ce que l'on luy eust àïi de ce prélat, mesmes qu'il pou voit succéder eo la créance de son frère , et que les seules menaces qu'il faisoit en sa captivité monstroient assez qu'il y avoit du danger à le laisser vivre; bref il n*en voulut rien faire : mais comme on Idj eut dit le lendemain matin que ledit sieur cardinal continuoit de le menacer , il dit qu'il a*en vouloit plus ouyr parler et qu'on l'executast. Plusieurs refusèrent de le tuer ; quatre personnes entreprirent de le faire : un d'entr'eux (2) monte en la cbambre où il estoit avec l'arche- Tesque de Lyon, et en laquelle ils avoient dormy jQsques. an matin, qu'estant res veillez, nesçachans ce qn'on deliberoit de faire d'eux , ils s'estoient mis en prières, et luy dit que le Roy vouloit parler à luy. S'estant levé , puis embrassé Tarcfae vesque, il sortit ; mais il ne fut pas à quatre pas bors la porte de la chambre , qu'il fut tué à coups d*espées et de hallebardes. Voy là ce qu'ont rapporté plusieurs historiens sur la mort de ces deux frères , princes du sang illustre de Lorraine : beaucoup d'autres particularitez en ont esté escrites selon les passions des autheurs ,
I f ) La ànébcKK de Montpensier , sœur d js Gaîse, por - ' a babHadleflMot une paire de ciseaoi , de^tioés, diftj^relle , à toonirer le roi.
^\ DogalvCapUaloedefgardei.
lesquelles méritent mieux d'estre teuës que dites , car mesmes tous les ennemis de ces deux princes, en parlant d'eux, n'ont sceu taire leurs belles et rares vertus , principalement du duc de Guise , qu'ils loiient d'avoir esté d'une grande prudence , couvrant avec sa sagesse les secret^ de son ame , prince digne du premier rang entre les princes , beau , amiable de face , grand de courage, prompt k l'exécution de ses entreprises, fort advisé, et, comme recite l'autheur du discours libre , plus que tous les autres princes et seigneurs de la ligue. « Tout le monde, dit^il, a veu cela par les effects, et je l'ay veu par ses escrits , et de sa propre main , en une aftiaire de grande importance, où le plus grand des siens après luy , sans luy alloit faire une lourdq faute, t La deffense des villes de Poictiers et 4^ Sens , assiégées par de si puissantes armées de huguenots , les batailles et Içs exploits militaires où il s*est trouvé , et d'où il est sorty à son honneur, ainsi qu'il est recité dans plusieurs histoires , ont esté la cause que la pluspart des peuples de la France l'estimoient comme leur père , et ont monstre un tel ressentiment de sa mort, qu'en plusieurs endroits ils n'ont point craint de s'eslever et de s*armer contre leur propre roy , ainsi que nous dirons cy-après.
A l'heure mesme que l'on tuoit le cardinal le Roy estoit à la messe, au sortir de laquelle il se résolut d'arrester son courroux en la mort de ces deux princes. Et comme le baron de Lux , nepveu de l'archevesque de Lyon , pensant que l'on en deust faire autant à son oncle qu'au cardinal , se fust venu jetter aux pieds de Sa Majesté , le suppliant de sauver la vie à son oncle , après quelques paroles que luy tint le Roy sur les desservices que luy avoit fait l'archevesque, il luy dit : « Allez asseurer vostre oncle de sa vie, et qu'il n'aura d*autre mal que la prison. • Messieurs de Brissac et de Bois-Dauphin furent aussi dèslors mis en liberté, et tous les prisonniers furent asseurezde leur vie; aucuns des* quels, peu après, furent renvoyez es villes d'pù ils estoient pour appaiser les séditions qui y estoient esmeuës.
Le Roy fit aussi entendre en toutes les chambres de chasque ordre que son intention estoit que les estats fussent continuez, et qu'ils s'asseurassent qu'en toutes choses il suivroit leurs raisonnables conseils : si bien que sur le soir tout fut à Blois aussi tranquille qu'il estoit auparavant. Il avoit aussi fait diverses despesches par tout où il avoit pensé estre besoin; mais, au contraire de son dessein , tous les princes , seigneurs et villes de la ligue, receureut les uqiivelles de ce qui s'estpit passé à Blols preni^er que
tNTBODUCTION.
les serviteurs de Sa Majesté qui estoient ausdites villes et en ses armées en fussent advertis : ce qui a esté noté pour un grand accident, et qui avoit esté une des principales causes de la révolte de tant de villes, et des maux et afflictions que les serviteurs de Sa Majesté y ont receus depuis ; car les Seize de Paris, dès le soir de la veille de Noël , prirent les armes , se rendirent les maistres et s*asseurerent de ceste grande villCi et en Tarmée M. de La Chastre en advertit M. de Nevers. Sa Majesté aussi desiroit sur tout de s'asseurer d'Orléans; il avoit commandé, comme nous avons dit, au sieur d'Antraguesde se tenir prest pour aller à Clery avec luy : dès que le duc de Guise fut mort, il luy commanda d*aller en diligence à Orléans, et s'asseurer de ceste place. D'Antragues s'y achemine, entre dans la citadelle qui n'estoit que le portail de la porte Bannier , où il met le plus de gens qu'il peut , espérant entrer dans la ville et disposer les habitans à Tobelssance du Roy ; mais le sieur de Rossieux , qui estoit d'Orléans et serviteur du duc de Mayenne^ partit de Blois , alla aussi tost que luy ; il arriva dans la ville comme d'Antragues entroit dans la citadelle , et faict deux affaires en un mesme temps qui luy réussirent : Tune , il advertit par un courrier exprès M. le duc de Mayenne de la mort de ses frères avant qu'aucun autre en eust receu nouvelle à Lyon ; Tautre , il fit faire assemblée en la Maison de Ville d'Orléans, et leur dit ce qui estoit advenu à Blois. Or, depuis que le duc de Guise eut envie d*avoir ce gouvernement pour son fils , et qu'il en fut refusé par le sieur d'Antragues, il y avoit, par le moyen des Seize de Paris, practiqué force partizans, qui se liguèrent et s'entrerecognurent par le moyen de certaines confrairies du nom de Jésus qu'ils y establirent. Plusieurs calomnies y avoient esté sous main publiées contre d'Antragues , pour le rendre odieux au peuple : si qu'en la première assemblée de ville qu'ils tindrent sur la nouvelle que leur apporta Rossieux, ils se resouldent de s'opposer contre d'Antragues, qui estoit dans la citadelle, et^ cependant qu'ils auroient nouvelles que feroient les Parisiens, d'envoyer vers le Roy à Blois, le prier de leur donner un autre gouverneur. Leurs députez arrivent à Blois le Jour de Noél : introduits vers Sa Majesté, ils le supplient de faire abbattre leur citadelle , pour plusieurs raisons qu'ils luy desduirent au long ; mais ils eurent pour response du Roy : t Je veux que vous obeyssiez à d'Antragues vostre gouverneur; si vous ne le faites d'amitié. Je le vous feray bien faire de force. » Sur ceste response les députez s'en retournèrent, et trouvèrent leur ville non seule-
ment en estât de se deffendre contre la citadelle, mais qui la tenoit comme assiégée, et les partizans de la ligue résolus de secouer le joug de la puissance royale. Le Roy d'autre costé y envoya M. le Mareschal d'Aumont avec les forces qu'il avoit auprès de luy. Nous dirons Tan suivant ce qui en advint , et comme les meilleures et plus f grandes villes de France se révoltèrent contre le Roy.
Cependant que toutes ces choses se fatsoient, le roy de Navarre, depuis la closturede l'assemblée de ceux de son party , qui fut finie, comme nous avons dit, à La Rochelle le 17 décembre, s'en alla à Sainct Jean d'Angely, où il donna le rendez vous à toutes ses troupes, avec intention d'exécuter quelques entreprises qu'il avoit sur aucunes places d'importance, et par ce moyen faire divertir l'armée de M. de Nevers qui estoit au bas Poictou, d où elle chassoit les huguenots, et la faire venir au secours des catholiques do hault Poictou et de l'Angoumois. Il faict en mesme temps courir le bruit qu'il vouloit assiéger Coignac, mais son entreprise estoit sur Nyort, l'exécution de laquelle avoit esté plusieurs fois retardée ; mais en ayant meurement délibéré avec le sieur de Sainct Gelais, qui avoit de longue main manié ceste practique et reconnu la facilité ou difficulté de pouvoir prendre ceste place, il se résolut d'en tenter promptement l'exécution.
Le lundy vingt-sixiesme décembre, il récent à son lever la nouvelle de l'accident de messieurs le cardinal et duc de Guise ; il déplore leur mort, et protesta qu'il en avoit un grand desplaisir pour ce qu'ils luy estoient parents , et que la France les devoit regretter pour leur valeur; toutesfois qu'il avoit bien fallu que le Roy eust eu de grandes occasions pour les avoir faict mourir. « Dès le commencement de la prise de leurs armes , dît-il , J'avois tousjours bien preveu û dit que messieurs de Guise n'estoient capables de remuer l'entreprise qu'ils avoient mise en leurs entendements , et en venir à fin sans le péril de leurs vies. »
Geste nouvelle ne retarda pas son entreprise sur Nyort, ains le Jour mesme il fit partir le sieur de Sainct Gelais avec le sieur de Ranqnes, pour aller joindre sur le soir quatre cents harquebusiers et cent gend'armes conduicts par le; sieurs de Parabiere, de Rambure et du Preau, ausquels il avoit commandé de se rendre en m carrefour près le bourg Saincte Plassine, où eS' tans tous arrivez, le sieur de Sainct Gelais con duisit ceste troupe avec le plus grand silenci qu'il put Le sieur de Ranques suivy de quelques uns, se sépara de la troupe, et alla descouvrir d<
INTBODUGTIOM.
toQscostez afflo d'empescher qu'aucun ne donnast advertissement à ceux de Nyort, de ce qui se passoit à la campagne : approchez à une demie Ikué de la ville , on faict mettre pied à terre à plasieurSy et ià laisser leurs chevaux à la garde de leurs goujats ; puis , marchans à travers ehamps jusques à un traict d*arc des murailles de Nyort, ils y deschargerent, proche d*une >ieiile j^enriere, les mullets qui portoient les escbeiles et les pétards. Les eschelles furent incoDtiaeni distribuées à ceux qui s'en dévoient serrlr, et les pétards préparez et portez à un jeet de pierre de la muraille , cependant qae d autres reeognoissoient le fossé et les lieux où 00 devoit planter les eschelles , et les portes où se dévoient planter les pétards.
La lune, qui n'estoit encores couchée, retarda assez long-temps le point de l'exécution, ce qui leur augmentoit fort la crainte d'estre descouverts; mais le silence qu'ils firent Jusques à son coucher, et Tobscurité qu'elle fait d'ordinaire en se couchant , favorisa beaucoup les assaillans pour se desrober des yeux des sentinelles.
Cependant le sieur de Sainct Gelais, avec ceux qûdeToientfairejouër les pétards, fit appliquer QQp^ard contre la porte du ravelin qui couvroit la porte de Sainct Gelais, laquelle estoit distante da liea de l'escalade de cinquante pas , par laqaeJJe ii avoit esté résolu de faire entrer le plus degeDsqu*on pourroit ; mais comme on devaloit dans le fossé, ceux qui portoient les eschelles ne /arentsi tost descendus dedans, que la sentinelle oe defflaodast fort furieusement : Qui va là? Les assaillans demeurèrent fermes sans bouger ny rien fespoadre, et mesmes entendirent que quelqu'un estoit sorty du corps de garde qui estoit à la porte Sainct Gelais , et avoit demandé à la sentinelle : Qui est là? que veux -lu? t Ce n'est rien, dit la sentinelle, Je pensois avoir entendu quelque bruit. » Ce bruit appaisé, les assaillans s'advancerent contre les murailles, hautes de trente-six a quarante pieds, et y plantèrent leurs eschelles, distantes Tune de l'autre de trois ou quatre pas, lesquelles estoient emboëstées les unes dans les autres d*an artifice admirable. Aussitost qu'elles furent plantées, ils montèrent tous à la file sur ks murailles , et les premiers montez ayant surprius la sentînelle la tuèrent. Le sieur du Preau , SQi\y de cinquante , donna droict au corps de ^rde qui estoit à la porte, lequel il surprint et entoura si soudain , que dix ou douze pauvres ;:ens qui y faisoient la garde pour les riches qui estoient dans leurs lits , par le silence qu'ils firent , n'eurent point de mal. Un des soldats qui e»:oit monté, ou de peur de se voir dans une si îrrande ville ou autrement, s'escria : Au pétard!
au pétard! k ceste voix l'on faict Jouer le pétard qui rompit la porte , et à l'instant l'on en mit encor un autre contre le pont de la ville faict en bascule, qui ne fit tant d'effect que le premier pour ce qu'il creva, et toutesfois il ouvrit en deux la porte de la ville, et ne fit ouverture au pont que pour passer un homme ; encores falloitil descendre par eschelles dans le fossé, et puis avec les mesmes eschelles remonter à l'ouverture du pont. Cependant que les sieurs de Sainct Gelais et Parabiere entrent par ce trou dans la ville, ceux qui estoient montez par l'escalade se coulent serrez le long de la rue , tirans vers la halle. Le bruit des pétards avoit donné l'alarme aux habitans , aucuns desquels pensans sortir furent repoulsez fermement dans leurs maisons, qui, recognoissans que c'estoit une surprise, et oyans crier partout : Vive Navarre! vive iVavarre/ prirent Teffroy, et, au commandement des assaillans, ils mirent du feu aux fenestres et par les rues. Auprès de l'aumosnerie, le lieutenant de la ville et quelques habitans avec les I gardes de M. de Malicome, qui estoit au chasteau , s'allièrent et donnèrent courageusement droict aux assaillans , qui tousjours multiplioient et s'advançoient, lesquels ils repoulserent d'abordade ; mais la blessure à mort du lieutenant et de quelques autres firent perdre cœur aux habitans de Niort I et lors chacun pensa a se sauver ; tellement que les assaillans, en moins de trois quarts d'heure, entrèrent, vainquirent et demeurèrent maistres de INiort , sans perte que de cinq ou six hommes. Des habitans il en fut tué vingt-cinq. Les capitaines firent paroistre en ceste exécution combien d'honneur et profit on tire de suivre l'ordre que l'on resoult de tenir eu telles entreprises ; et l'obeyssance que leur portèrent leurs soldats, de ne se mettre au pillage qu'à la pointe du Jour et après estre asseurez d'estre maistres de la place, fut la cause qu'outre la prise de ceste ville, qui est la meilleure de tout le Poictou après la capitalle quiestPoictiers, ils se saisirent de cinq canons de batterie portans demy pied et un doigt d'ouverture, montez et équipez de neuf, prests à mener en l'armée de M. de Nevers , avec vingt milliers de pouldre ; plus ils trouvèrent aussi dans ceste ville deux coulevrines fort longues que le susdit lieutenant avoit faict fondre, ce disoit-il , pour en salluêr le roy de Navarre quand il approcheroit des murailles de Nyort, avec trois autres moyennes coulevrines.
Le roy de Navarre , estant adverty que son dessein avoit réussi , partit de Sainct Jean d'Angely avec nombre de cavalerie, et se rendit, le Jeudy ensuyvant , dans Nyort , où il receut à
tNTBODUCTlON.
Composition M. d6 Malicorne, qui estoit encor dans le chasteau de Nyort, et luy permit d^en Sortir avec toat son bagage. Les bleds et autres munitions qui furent trouvés danà ceste place, firent alléger à tous ceux du party du roy de Navarre le dueil de la perte deMontaigu, et banlserent tellement leur courage, quils creurent de j^ouvoir faire lever le siège à M. de Nevers de devant La Ganache, ainsi que nous dirons au Commencement de Tan 1589.
J'ay Met cest epitome ou petit recueil de Torigine de la ligue des catholiques en France, de laquelle estoieut plusieurs princes, seigneurs, gentils-hommes, villes et communautez, auquel J'ay mis les principaux exploicts et entreprises depuis la prise de leurs armes en Tan 1585 , Jusques à la fin de Tan 1588 , que le Roy fit tuer M. te duc de Guise comme estant le chef de ceste ligué , et ay esté comme contrainct d'amplifier
ce recueil de plusieurs particularitez plus que ne devroit estre un epitome, affin de donner plus d'intelligence à beaucoup de matières que nous traicterons dans les neuf années suivantes, touchant ce qui concernera la France. Regiomontanus Stoffler, Rantzovius, Nostradamus, Turellus, et autres astrologues, parleurs predi^ tions et centuries, disoient qu'en Tan 1 588 et années suyvantes, tous les empires et royaumes, mais principalement la France, seroient affligez de très-grandes guerres, et affermoient que si le monde n'abismoit . qu'au moins il y auroit de grands changements en tous les Estats souverains. Les prodiges que Ton vit au ciel en ceste année, et les monstres nays contre Tordre de la nature en plusieurs lieux, furent comme les messagers de tant de maux et troubles que nous dirons cy-après.
DE