‹ Chronologie novenaireChapitre 9 sur 62 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

t i6S9 ] Quand Dieu lasche la bride à nos malheurs ^ et permet quils nous attaquent , la pre- Toyance humaine semble estre inutile aux humains. Le Roy avoit pourveu , selon Tapparence k ce que tous ses principaux ofûciers et serviteurs ez principales villes de son royaume [lesquelles il pensoit ^tre à la dévotion des princes et seigneurs de la ligue]; fussent advertis de la mort du duc de Guise , afûn qu'ils donnassent rordre requis pour maintenir le peuple en son obeyssance; mais, soit ou par la négligence ou par la malice des courriers , ou autrement , il advint que tous les princes et partizans de la ligue furent advertis premièrement, aux villes où ib estoient, de ce qui estoit advenu à Blois, que ■e furent les officiers et serviteurs du Roy ; et principalement les duc et chevalier d'Aumalle , et le eooseil de la faction des Seize à Paris , en reeeurent les nouvelles premier que Messieurs de la cour deparlementetlesautresofOciers royaux, lesquels avoient desjà par remonstrances partitkttlieres ramené plusieurs particuliers en leur devoir ; mais, faute d'estre advertis les premiers, li Diction des Seize prit les armes sans attendre aucun commandement , et le soir de la veille de Noël firent armer tout le peuple , s'asseurerent de tous les lieux forts de la ville , et mirent garnisons aux logis de tous ceux qu'ils pensèrent otre serviteurs du Roy, que vulgairement ils appelaient politiques, et qui ont esté appeliez depuis catholiques royaux , à la différence des catholiques liguez , qui se qualifièrent du tiltre de eathollques unis , ou de Tunion.

Les prédicateurs de la faction des Seize , en leurs prédications qu'ils firent le Jour de Noél , Incitèrent tellement le peuple à la rébellion, que àa le lendemain , contre le gré de Messieurs de la eourde parlement, en une assemblée qulls beat en raostd de Ville, ils esleurent M. d'Au-

malle pour gouverneur de Paris^ et en attendant que La Chappelle Marteau , prevost des marchands, Compan et Cotteblanche , eschevins, fussent de retour de Blois, ils esleurent Drouart, advocat , Crucé , procureur au Chastelet , et de Bordeaux , marchand , pour tenir leurs places , et gouverner l'Hostel de Ville avec Roland et Desprez , qui estoient les deux seuls eschevins qui restoient pour lors à Paris. Cela fait , ils résolurent d'arrester et de faire arrester prisonniers , par toutes les villes qui tiendroient leur party, le plus de catholiques royaux qu'ils pourroient,sans aucunedistinctionde sexe ny d*aage : ils firent aussi une merveilleuse diligence de faire advertir tous les princes, seigneurs, provinces et villes qui avoient esté de la ligue du vivant du duc de Guise , de la resolution qu'ils avoient prise de n'obeyr plus au Roy, d'exterminer tous ceux qui le voudroient soustenir, et de se maintenir ensemblement en bonne union catholique.

Madame de Guise, peu auparavant la mort de son mary, estoit partie de Blois pour venir faire sa couche en son hostel à Paris. La ville en corps l'alla asseurer de l'affection de tout le peuple envers elle et ses enfans, et luy firent entendre le regret qu'ils avoient de la mort de son mary ; du depuis mesme ils la supplièrent que la ville en corps eust cest honneur de tenir le posthume qu'il plairoit à Dieu luy donner. En ses afflictions ceste princesse accepta les offres des Parisiens ; et estant depuis accouchée d'un fils , le prevost des marchans et les eschevins de la ville le portèrent aux fonds , et fut nommé Paris de Lorraine. Le baptesme fut faict dans Sainct Jean en Grève , où tous les colonels et capitaines de la ville assistèrent avec des cierges en leurs mains, tant l'affection de ce peuple estoit grande à la mémoire du feu duc de Guise.

Aucuns prédicateurs durant les festes de Noël

CHfiONOLOGIE NOVEINAIHE DE PALMA CAYET. [1589]

faisoient à la fia de leurs sermons lever les mains au peuple , et Jurer de vivre et mourir pour la saincte union des eatlioliques [ainsi Tappelloient-ils]; entr*autres Gincestre, preschant dans Saiact Bertlielemy, addressa sa parole aux présidents et conseillers qui y estoient , et leur fit lever aussi la main par deux fois. Geste hardiesse esmeut merveilleusement le peuple , qui se licentia depuis de faire >l'eux-mesmes beaucoup de clioses contre la raison , et empescha les catholiques royaux de rien entreprendre pour remettre la ville en robeïssance du Roy.

Le conseil des Seize , sous le nom de Messieurs de la ville de Pai'is , proposa une question à messieurs les docteurs de la Faculté de théologie, sçavoir: «si le peuple de France ponvoit pas estrearmé et uny , lever argent, et contribuer àladeffence delà religion catholique, apostolique et romaine , pour s'opposer aux efforts du Roy, qai avoit violé la foy publique en la convocation des trois estats. »

Aucuns docteurs et curez de Paris , entr'autres Boucher, Prévost , Aubry, Bourgoin et Pigenat, qui estoient mesmes de ce conseil des Seize , et qui avoient esté les principaux inventeurs de ceste question , en baillèrent eux-mesmes la conclusion le 7 janvier avec quelques jeunes docteurs , et par ieelle ils asseurerent , ainsi qu'ils Tavoient desjà presohé depuis le jour de Noél , que le peuple estoit deslic et deslivré du sacrement de fidélité et obéissance prestée à Roy, qu'il pouvoit licitement et en asscurée conscience estrearmé et uny, recueillir deniers, et contribuer pour la deffence et conservation de TEglise catholique-romaine contre les efforts dudit Roy et de ses adhérents, puis qu'il avoit violé la foy publique , au préjudice de la religion catholique et de redit de la saincte union.

Voylà une conclusion [que les trois estats de France assemblez n'eussent sceu donner, pource que le royaume de France est successif et non eslectif] qui fut arrestée et publiée sans le consentement des bons et anciens docteurs de la Faculté et curez de la ville de Paris, et autres ecclésiastiques qui y estoient , et mesmes sans en avoir rien communiqué à M. le cardinal de Gondy, evesque de Paris , ny à ses grands- vicaires , ce qu'ils dévoient au moins faire , puis que c'estoit un faict de telle importance , et lequel on peut dire avoir esté la seule cause de tant de malheurs que nous dirons cy-après , pource que , quand le pape Sixte eut receu ceste conclusion par les députez queluy envoyèrent le conseil gênerai (le Tunion , pensant que ce fust un advis de tous les docteura de la Faculté et de tous les ecclésiastiques de France , donna son monitoire

contre le Roy, et fit beaucoup de choses dont puis après il recognut avoir esté surpris, ainsi qu*il sera dit cy-après. D'autre costé aussi ceste conclusion publiée fut cause de la révolte d'une infinité de villes , et que plusieurs familles se perdirent dans la confusion des guerres civiles.

Après que ceste conclusion fut publiée , cène fut plus dans Paris que placards attachez par tous les carrefours de la ville , plems d'injures et de villenies contre l'honneur du Roy. Ils tournèrent son nom en anagramme , et l'appelloient en chaire vilain Uerodes : ils deffendoient de prier Dieu pour luy, pour ce , disoient-ils, qu'il estoit excommunié ipso facto , q}je l'on ne luy estoit plus subject , et crioyent tout haut en chaire : Nous n'avons plus de roy. L'on faisoit faire aussi des processions de petits enfans avec des chandelles allumées, lesquelles ilsesteignoient avec les pieds marchants dessus, criansrle Roy est hérétique et excommunié. Par tout où ils trou voient de ses portraits ils les deschiroient, rayoient son nom, ostoient les armes de Pologne joinctes avec celles de France , aux lieux delà ville où on les avoit mises. Les tombeaux et effigies de marbre des sieurs de Quelus, SainctMcgrin et Mau giron , que Sa Majesté avoit fwt faire il y avoit jà plus de dix ans dans le cœur de l'église Salnct Paul , furent rompues, cassées et du tout ostées, pour ce que ces seigneurs avoient esté autrefois des favorits du Roy. Le grand tableau des Augustins, où Sa Majesté estoit peint ainsi qu'il faisoit les chevaliers du Sainct Esprit , fut effacé.

Tandis que le peuple fait toutes ces choses, le duc d' Aumale et le conseil des Seize se résolvent de se saisir des plus apparens de la cour de parlement : ce qu'ils n'osèrent faire si soudain. Or ils avoient envoyé le président Le Maîstre vers le Roy à Blois, affin de le prier d'eslargir les prevost des marchands et eschevins de Pans qu'il tenoit prisonniers , et qu'il les renvoyast. Le Roy, pensant que ce seroit le moyen d'appaiser ceste révolte , donna la liberté à madame la duchesse de Nemours , mère du feu duc de Guyse , et l'envoya à Paris avec la charge d'enhorter les princes ses enfans , ses parens, et tous autres à son obeyssance. Il commanda aussi aux eschevins Compan et Cotteblanchc de l'accompagner et appaiser le trouble de Paris ; et quant au président Le Maistre, il le fit porteur de la déclaration qu'il avoit faicte, le dernier décembre 1588, sur la mort des duc et cardinal de Guise , afin de la faire vérifier en la cour de parlement de Paris. Dans ceste déclaration le Roy disoit qu'il avoit pardonné à aucuns de sessujetJ', lesquels , ne s'estants desmeus de leurs perni-

GHAONOLOGIB IIOVBNAIBS DB PAL MA CAYBT. [1589]

deux desseins, avoient de nouveaa conspiré 1 eoDtre luy et son authorité , dont il avoit esté coQtraÎDt d*en faire la punition sur les seuls chefs etaotheurs, et espargué leurs adherens et serritears, ausquels il avoit pardonné sous la promesse qu'ils luy avoient faicte d'estre loyaux et fideiles à fadvenir , et de se départir de toutes ligoej etpractiques hors et dedans le royaume; plus , il commandoit aussi à tous ses subjects catholiques d*obseryer son edict de Tunion.

La duchesse de Nemours, Compan, Cotteblanche ; et le président Le Malstre , arrivèrent à Paris peu après; mais nul d'eux ne retourna ny ne r'eovoya vers le Roy. Et au contraire, un herault du Roy, nommé d* Auvergne, ayant porté ceste déclaration , de par Sa Majesté , aux eschevins de Paris , ils firent faire à ce herault tant de tournoyements et de mocqueries par le peuple, que, revenu à Blois, il ne porta pas du depuis beaucoup de santé.

La résolution de se saisir des principaux du parlement fut arrestée par le duc d'Aumale et le conseil des Seize après avoir receu ceste declaratioD du Roy. Or l'exécution leur en sembloit dif¨ mais Bussi Le Clerc, Tun des Seize, qui, comme nous avons dit, dez les Barricades de Paris y de simple procureur avoit esté mis par le fea due de Guise capitaine dans la Bastille ; prend la charge d'exécuter leur dessein.

La compagnie de Compan s*assembloit d'ordioairedanslacourdu Palais. Le Jour qu'elle devoit estre de porte, qui fut le 16 de Janvier, elle s'y assembla. Les présidents et conseillers , qui eatroient des derniers, voyant ceste compagnie <Q armes à si haute heure , demandoient en entrant dans la cour que faisoieut là ces gens armez. L'on leur disoit qu'on attendoit le dizenier qoi avoit les clefs de la porte , lequel estoit allé à l'Hostei de la ville. Geste response les faisoit sans soQpçon monter au Palais. Mais, sur les huit heures , Bussi entra dans la grand chambre dor^yl'espée au poing, suyvi des plus remuans des Seize armez de longues pistoles sous leurs inanteaux , lequel s'addressa à M. le premier président qui estoit lors au siège de Justice , et Iny dit qu'il avoit commandement de s'asseurer de quelques présidents et conseillers de la cour doat il avoit le roolle , lesquels estoient accusés destre vrays partizans de Henry de Valois ■ainsi nommoit-il le Roy J , et de vouloir entreprendre contre la ville. Tous les conseillers estans assemblez dans la grand-chambre , voyans qu'en lisant le roolle de ceux qu'il vouloit emmener il avoit nommé le premier président et les plus anciens présidents et conseillers, ils luy dirent qu'ils vouloient tous les suivre. Et, s'estans

levez, marchèrent en corps deux à deux depuis le Palais Jusques à la Bastille, au travers de la ville, où Bussi les mena prisonniers. Quelquesuns toutesfois des conseillers, que les Seize estimoient estre de leur volonté et party, ainsi qu'on les menoit furent renvoyez en leurs maisons; et depuis , avec le président Brisson, ils ont tenu le parlement dans Paris. Ce spectacle de voir mener un si vénérable et auguste sénat comme en triomphe , fit mesmes sortir les larmes des yeux à plusieurs notables bourgeois , qui preveurent biendèslors que cest orage causeroit la ruine des meilleures familles de leur ville. Les Seize , au contraire , et le menu peuple se resjouyssoient de cest emprisonnement , pour se voir hors de crainte d'estre chastiez parle parlement des entreprises qu'ils faisoieut journellement contre le Roy et son authorité, et principalement aussi de ce que toutes les compagnies souveraines et les offices royaux qui tenoient leurs sièges dans Paris , s'exerceroient .d'oresnavant par personnes de leur faction , ou qui dissimulèrent lors d'en estre, car il y en eut plusieurs qui approuvèrent la furie des Seize , pour éviter le pillage de leurs biens et d'estre mis en prison dans la Bastille ou au Louvre.

Toutes les places et villes voisines de dix lieues à Tentour de Paris se gouvernèrent et se rengerent à la dévotion des Parisiens, excepté les chasteaux de YincennesetMeleun. Le Roy avoit faict faire dans le parc du bois de Yincennes, autour de Teglise des Minimes, plusieurs bastiments et oratoires pleins de riches tableaux, d'ornements d'église , reliques , croix , saincts , calices et chandeliers d'or , d'argent et de crystal , avec des armaires pleines de plusieurs habits d'cscarlate rouge et violette, de bréviaires , d'heures , et autres livres d'église qnil avoit fait imprimer. Bref , c'estoit le lieu où il esperolt faire d'ordinaire sa solitude avec les hieronimites , ou confrères de Nostre Dame de Vie-Saine, que l'on nommeVincennes, lesquels faisoieut le service dans la haute église des Minimes. Or madame d'Angoulesme(l]avoitmisdanslechasteaudubois deVincenncs ,qui estoit une des maisons que le Roy luy avoit donné pour son appannage, un capitaine Sainct Martin , sur lequel toutes les menaces des Parisiens ne peurent avoir aucune puissance, et tint un an durant ce chasteau , qui n'est distant de Paris que d'une bonne lieuë, contre tous leurs efforts, ainsi que nous dirons cy-après. Mais, au commencement de ceste année , aucuns capitaines de la ville qui estoient des principaux de la faction des Seize , avec leurs compagnies, alle-

(I) Sœur naturelle de Henri III.

CHBOHOLOGIS lIOTBlfAdlB DB PÀLMA CAYBT. [1589]

relit comme pour sommer le capitaine Sainct Martin de se rendre de leur party , ou qu'ils as- ^egeroient le diasteau. Gmcé y fut un des premiers j et , suivy des plus factieux , ils allèrent droict aux Minimes, distant du cliasteau de Vincennes d'une demie lieuë , où la pillerie fut grande de tout ce qui appartenoit au Roy et aux iiieronimites. Les habits d'escarlate furent pillez, et en firent des hault-de-chausses et casaques. Le Sainct Loys d'argent qui estoit dans l'oratoire du Roy lut pris par aucuns, qui du depuis lefirent fondre, et partirent l'argent; mais les chandeliers d'argent qui estoient faicts en forme de satyres, d'une très-belle et très-riche façon, servirent à Gincestre pour subject de plusieurs discours , ou il les monstroit au peuple, et leur disoit que c'estolt les images des diables que Henry de Valois adorolt qui avoient esté trouvées à Vincennes. On en fit imprimer mesmes un traicté où furent mis les pourtraicts de ces deux satyres. Ce fut une grande calomnie dont les prédicateurs de l'union usèrent contre le Roy , et qui fut cause que le simple peuple des i)ourgades et des villages s'anima et s'opiniastra sans Jugement en sa rébellion contre luy. Mais les Parisiens, après avoir sommé le capitaine Sainct Martin, et le trouvans résolu au service du Roy, n'ayans lors la commodité de battre ceste place, se résolurent de l'avoir par famine. Tous les jours quelques compagnies sortoient de Paris, ^i le voient les autres de sentinelle, et ainsi allolent à leur tour empescher que rien n'entrast dans le chasteau , ce qu'ils continuèrent Jusques k la journée de Seuils. Le degast fut grand dans le parc , lequel contient près de quatre lieues de tour, enfermé de murailles , et dedans lequel il y avoit un nombre inflny de daims, cerfs et biches : aussi estoit-ce le lieu où les roys de France , et principalement le roy Gharies Vil, faisoiént leur demeure , et où ils prenoient un grand plaisir ; mais les assiégeans, d'une volonté populaire, sans olieissance, et sans considération de ce qu'ils faisoiént, tirèrent à coups d'arquebuze ces bestes , la pluspart desquelles venoient se rendre blessées et mourir auprès du chasteau ; les autres il les poursuivoient et les prenoient , pour ce qu'ils n'eussent sceu sortir du l>ois à cause des liantes murailles qui renvironnent ; si bien qu'ils firent dépeupler tout ce parc de bestes fauves. Du depuis mesmes ils ont abbatu et ruiné tous les I)ois de ce parc , qui estoient les plus heanx pieds d'arbres qui fussent en France , et le l'ont rendu comme une plate campagne. Ce sont des fruicts des guerres civiles.

M. le duc de Mayenne estoit À Lyon lors que les duc et cardinal de Guise furent tuez à Rlois;

il en récent les nouvelles , ainsi que plusieurs ont escrit, premier que ceux qu'y avoit envoyé le Roy pour s'assenrer de sa personne y fussent arrivez. Ceste nouvelle luy fit Incontinent tenir conseil avec ses plus confidents de ce ^'il devroit faire. Il lui fut conseillé qu'U devoit s'en aller et s'assenrer des principales villes de sou gouvernement de Rourgogne., où en seureté il pourroit recevoir les advis et nouvelles des autres princes ses parents , et des seigneurs et ir illes de la ligue, sur lesquels il se resoudroit de [ce qu'il feroit Suyvant ce conseil il partît de Lyon le lendemain de Noél ; il passa à Mascon, et se rendit dans Chaaions, où il s^asseura de la citadelle et y mit incontinent gens à sa dévotion. De là il passa à Reaune , puis il alla h Dijon , où le chasteau tenoit pour lui , et mit garnison dans celuy de Talent , et tint par ce moyen Messieurs du parlement de Dijon et la ville sous sa puissance , et presque toute la Ronrgongne. Je dis presque, pour ce qu'il y eut beaucoup de grands, seigneurs de ceste province qui ne voulurent suyvre son party, lesquels se fortifièrent dans leurs chasteauz et maisons , et du depuis se rendirent, versl'Auxois, maistres des villes de Semur et Flavigny pour le service du Roy , où les principaux présidents et conseillers du parlement de Dijon, et autres officiers royaux , se retirèrent.

Le duc de Mayenne receut à Dijon les lettres et advis de Testât des Parisiens que luy envoyèrent le conseil des Seize. Ils le prioient de venir en leur ville , et l'asseuroient de se remettre à la discrétion de sa conduite. D'autre costé le Roy lui manda un gentil-homme exprès avec lettres par lesquelles il l'asseuroit d'arrester la punition des choses passées à la mort de ses fi*eres, qu'il avoit fait mourir pour s'exempter du danger de sa vie, dont mesmes il l'a voit adverty, et que, pour luy et les siens, il desiroit les maintenir en ses bonnes grâces. Mais la douleur qu'avoit le duc de la mort de ses frères, et la mesfiance qu'il eut des promesses du Roy , le firent resouldre à prendre les armes. Il assenra par lettres le conseil des Seize de Paris qu^il se rendroit incontinent avec le plus de forces qu'il pourroit vers eux , et que beaucoup de ses amis luy avoient mandé qu'ils se viendroient joindre à luy , avec lesquels il esperoit bien-tost de se mettre en campagne.

Tous les gouverneurs des villes de Picardie et de Champagne , qui estoient entrez dans la ligue dès auparavant et depuis l'an 1585, si tost qu'ils eurent estéadvertis par le conseil des Seize de la mort du duc de Guise, se rendirent maistres de leurs places, et, suivant leur advis, ils

CHBOffOLOGn NOYSII/IAB DK VkhUk CÂYST. [1589]

s'asseorerent de tous les officiers du Roy qu'ils pensèrent lui estre fidelles serviteurs : plusieurs abbez , prieurs , et prestres mesmes, furent emprisonnez. Les duchesses de Longue-yille et H. le comte de Sainct Pol furent aussi arrestez prisonniers dans Amiens. Bref, tous les cathofiqoes royaux furent fort affligez en ces deux provinces. Mais Ghaalons en Champagne , qui, do Ti?ant du duc de Guise , estoit sa principale letraicte , comme la première ville de son gouvernement, du seul mouvement des habitans, qui ehasserent le sieur de Rosne qui y commandoit pour le feu duc de Guise, se tindrent fermes an service du Roy, ce qui advint en ceste foçon:Oudineau, Tun des Seize, ayant esté envoyé à Chaalons pour advertir ledit sieur de Rosne des nouvelles de ce qui estoit advenu à Biois, y arrivant de nuict , et ne pouvant entrer en la ville et rendre ses lettres au gouverneur , pria les sentinelles de luy aller dire que M. de Gnise avoil esté tué à Blois : les sentinelles , au lien d'en advertir le gouverneur , Tallerent dire anieschevins , qui sur le champ tindrent assem- Uée de ville, s'armèrent et allèrent porter audit ^^ de Rosne la nouvelle de la mort de M. de

Gnise, et lui dirent que, puis que son maistre estoit mort y que sa charge estoit expirée, ieprians de sortir de la ville présentement. Le sieur de Rosne esbahy , les prie de le laisser encore ce jour dans la ville pour donner ordre à qne]([Qes siennes affaires ; mab ils luy repliquef^t : I n faut , monsieur , que vous sortiez tout àeeste heure; • ce qu'ils le contraignirent faire, et par ce moyen asseurerent leur ville pour le %, laquelle fut tousjours depuis un lieu de retraicte pour tous les catholiques royaux de la Champagne.

Lesieur deBosne, se voyant ainsi osté du gouvernement de ceste place , en advertit M. de Mayenne qui estoit à Dijon , lequel , le 8 jan- ^r , lui envoya pouvoir et commission , tant à lay qn*au sieur de Sainct Pol , pour commander ensemhlement ez provinces de Ghampagne et de Brie, y faire levée de gens de guerre, se saisir de ceux qui se voudroient opposer aux catholiques, prendre les deniers qui estolent aux receptes générales pour les employer à la tuition d^its pays , ou autrement ^ ainsi qu'ils jugeaient estre nécessaire , et enjoint à tous magistrats, maires etesdievins de leurobeyr. Pareilles commissions furent envoyées par ledit sieur duc, en diverses provinces aux seigneurs de la ligue.

Le duc de Mayenne, avec le plus de ses amys qnMl put assembler , partit de Dijon pour venir à Paris , il arriva à troyes , où il fut receu par les habitans avec tous les honneurs qu'ils peu-

rent s^imaginer de luy tàlre : partout où il passoit on lui ouvroit les portes ; nouvelles troupes et nouvelles forces se joignoient tous les jours à luy, et, comme a disertement escrit un poète de nostre temps ,

Le frère des deux morts , à qoi , parmy les larmes , La crainte et la donleur ont faict prendre les armes , Tient la campagne ouverte; et, comme aux pieds des

monts.

On parmy des costaux destranchez en vallons , Pins le flot d'un torrent s'esloigne de sa source , Plus il enfle son onde et fait bruire sa course , S'eoricliis&ant tousjours de quelques flots nouveaux Que luy traîne en passant le ravage des eaux ; Ainsi plus il s'advance en battant la campagne. Plus s'accroit tous les jours le bot qui raccompagne. D'hommes que le désir d'un public changement , Ou leur propre courroux , luy donne incessamment. Ce courroux , ce désir , luy font ouvrir les portes Des bourgs et des chasteaux , et des villes plus fortes*

Aussi le duc de Mayenne , se voyant des forces et des troupes gaillardes pour faire quelque exploiet , devant que d'aller à Paris se résolut d'aller à Orléans et s'asseurer de Sens en passant, ce qu'il exécuta cependant que le Roy estoit à Blois à se travailler avec son conseil pour résoudre les cayers que les estats lui avoient présentez, et à faire les obsèques funèbres de la Royne sa mère , laquelle mourut au chasteau de BloiB le 5 janvier de ceste présente année.

Ceste Royne fut fort regrettée par le Roy son fils, qui luy fit faire ses funérailles dans l'église Sainct Sauveur de Blois le plus royalement qu'il put lors , et y mit son corps en depost jusques à ce qu'il auroit la commodité de le faire apporter au tombeau qu'elle avoit faict faire à Sainct Denis en France, près le roy Henry II son mary. Aux cérémonies le Roy y assista vestu de violet, et la Royne sa femme vestuë de tanné. Les crieurs en ceste cérémonie, qui allèrent par la ville commander de prier Dieu pour sou ame , la qualifièrent femme de roy , mère de trois roys et de deux roynes. £lle mourut au temps que la France avoit plus de besoin d'elle qu'elle n'a voit point eu; car, comme dit le sieur de Bertaut au discours funèbre qu'il a faict sur sa mort, elle estoit

L'oracle de nos jours

En qui seule vivoit l'art d'enchanter l'orage Par les charmes divins qu'un esprit doux et sage Porte dans sa parole ex publiques traictez , Où l'on veut , en Datant les esprits irrites , Monstrer une prudence ez grands faits exercée , Et de deux ennemis estre le caducée.

Aussi , depuis la mort du roi Henry II son mary , l'inimitié qu'il y eut entre les grands pour estre maistres de la cour , et gouverner la France

GUfiONOLOGlB NOVBNàlAB DE VALHA GAYBT. [1589]

pendant le jeune aage des roys ses enfants , avec la division des François touchant la religion, les uns tenans Tancienne catholique, apostolique et romaine, les autres favorisans la nouvelle prétendue reformée, travaillèrent beaucoup le grand esprit de ceste Royne, tant pour Tinterest et la conservation de Testât de ses enfans que du sien en particulier ; et toutesfois elle sceut si dextrement se conduire , faisant semblant de favoriser tantost messieurs les princes du sang, tantost messieurs de Guise , tantost le connestable de Montmorency et Tadmiral de Golligny son neveu , qu'elle rendit ses enfans majeurs :

PreserTant quatre fois de ruine asseurée L'empire des François à sa fin conjurée.

En la harangue que le Roy fit au commencement de rassemblée des estats, le 16 octobre 1588 , il dit de ceste Royne sa mère qu'elle avoit tant de fois conservé Testât de la France , qu'elle ne devoit pas seulement avoir le nom de mère de roy , mais aussi de mère de TEstat et du royaume. L'autheur du traicté des causes et raisons de la prise des armes au commencement de ceste année 1589 , rapporte les quatre principales fois qu'elle a sauvé le Roy et TEstat contre les entreprises d'aucuns grands, tant de la religion catholique-romaine , que contre les desseins des huguenots. Des grands qui estoient catholiques il dit qu'ils n'eurent pas plustost mis le pied à la Cour et pris une authorité trèsgrande sur Anthoine roy de Navarre, pour Tesperance, voire assurance qu'ils luy faisoient donner par don Francisco d' Alava, ambassadeur du roy d'Espagne , que Ton luy rendroit son royaume de Navarre , qu'ils résolurent leur estre plus nécessaire d'esloigner la Royne mère d'avec le roy Charles IX son fils, parce qu'ils la recognoissoient pour princesse magnanime et sage, laquelle ne permettroit jamais qu'ils prinsent Tauthorité qu'ils desiroient sur le Roy; et parce qu'ils ne pou voient justement ny honnestement trouver occasion propre pour Ten esloigner, ils mirent en avant qu'elle favorisoit les sectaires de Calvin , et que tant qu'elle seroit auprès du Roy il n'y auroit jamais espérance de pouvoir venir à bout d'oster Theresie ny les fauteurs d'icelle de la France : ce qu'ils résolurent faire ; mais, craignant que le Pape ne le trouvast mauvais, ils le communiquèrent au nonce de Sa Saincteté , qui depuis a esté appelle le cardinal de Saincte Croix , la veille seulement de leur entreprise; lequel, si tost qu'il eust ouy un si énorme et pernicieux dessein, en advertit par un petit billet la Rôyne mère du Roy qui estoit

logée au Louvre. A quoy elle mit promptement tin tel ordre, qu'elle rompit ceste entreprise. Elle usa lors de sa prudence , et ne dit mot de ce dessein que vers la minuict que tout le monde fut couché et le chasteau fermé; à laquelle heure elle envoya quérir M. de Rrezé , capitaine des gardes , gentil-homme sage et ûdelle à son Roy , auquel elle descouvrit son intention, luy commandant d'advertir toutes les gardes qu*il pourroit avoir de se rendre à la porte du chasteau à la pointe du jour pour accompagner le Roy : ce qui fut exécuté fort secrettement et à point nommé. La Royne mère fait esveiller et lever le Roy dez le poinct du jour , sous prétexte de Temmener au bois de Vincennes courir lesdaims : ce qu'il fit si soudamement , qu'ayant esté à la messe il partit à soleil levant en temps d'esté ; de sorte que ceste nouvelle ne parvint aux oreilles des entrepreneurs que Sa Majesté ne fust desjà à cheval sur les remparts de la ville de Paris , par où la Royne sa mère lui avoit fait prendre le chemin pour aller à Vincennes , afOn qu'il ne passast prez de THostel de Ville en Grève, où l'assemblée générale se devoit faire le matin , tant pour y résoudre en public que la Royne devoit estre esloignée de son fils , que pour exécuter ceste resolution à l'heure mesmes, et de là aller en armes se saisir de la personne du Roy. Aucuns des entrepreneurs vindrent r«icontrer Leurs Majestez sur les remparts , mais elles avoient une bonne troupe, bien préparée de s'opposer à tous ceux qui les voudroient retenir. Ils tascherent de faire retarder Leurs Majestez; la Royne n'y voulut condescendre, non pas seulement s'arrester Tespace d'une pâtenostre, de peur qu'ils ne la vinssent attaquer par les chemins : ainsi elle passa outre et se jetta dans le bois de Vincennes. Dès lors elle pourveut tellement à ses affaires, qu'elle ne se voulut plus réduire à tel danger. Voylà pour la première fois.

La seconde est : Retournez que les entrepreneurs furent en leur logis , ils résolurent , puisqu'ils n'avoient peu exécuter leur entreprise, de tenter une autre voye et de tuer ceste Royne jusques entre les bras du Roy son fils. Elle fut de tout cela adverlie par Anthoine roy de Navarre, qui Talla trouver à Monceaux, lequel s'estoit trouvé à ce conseil , où il avoit promis faire ouvrir une porte par laquelle les conspirateurs entreroient pour effectuer leur intention. Mais ensemblement ils recogneurent que les entrepreneurs ne s'attaquoient à elle pour s'arrester en si beau chemin, ains qu'après sa mort ils luy en feroient autant pour se servir du Roy à usurper la France durant son bas aage. Ainsi tous

CHBONOLOGtB HOTBRAIRB BB PALIU CAYBT. [1589]

deox, pour sauver rEstat, s^en allèrent à Meaux, trois lieaés distant de Monceaax , pour faire paroistre que ceste conspiration estoit esventée ; dqooy les entrepreneurs furent extrêmement marris. L*ambition guidoît bien telles personnes à faire un acte si inhumain que de vouloir tuer ane veofve, mère d*un orfelin, lesquels Dieu BOQs a recommandez , et se saisir de la personne de leur Roy ; toutesfois cela se faisoit sous prétexte de religion par ceux qui s'estimoient grands catholiques. Voyons à leur tour ce que firent les huguenots; car, après qu'en la première guerre civile la plus grand part de ces entrepreneurs forent morts', la Royne mère avec le cardluai de Bourbon gouvernèrent la France fort paisiblement; elle fit voyager le Roy son fils par toutes les provinces de son royaume, et en fin ramena à l'assemblée de Moulins Tan 1 565 , où fomit fkites plusieurs belles ordonnances pour le reglemeot et police de tous estats. L'authorité oommençoit à estre rendue au roy Cbarles IX, et par conséquent diminuée à tous les chefs des partis, et spécialement aux huguenots. Orvoicy la troisiesme entreprise , et la première faicte par ks haguenots , rapportée audit traicté en ets termes:

« Cqwodant les huguenots , prevoyans que 'euraothofité diminuoit, au lieu qu'ils desiroient /augmenter , se résolurent de s'addresser à la personne du Roy , de la Royne sa mère , et de monseigneur son frère , et pour ce attirèrent un nommé Le May , grand volleur, pour les tuer tous trois en quelque occasion plus commode qu'il seroit advisé , laquelle finalement fut prise wi soir que la Royne avoit mené le Roy soupper en sa maison des Tuilleries , qu'elle a faict bas- ^irao faux-bourg Sainct Honoré de Paris , pour s'en retourner coucher à Sainct Maur, parce que I^urs Majestez avoient accoustumé d'aller dans un coche tousjours au galop , et n'avoir auprès d'eux qu'unedemie-douzaine d'archers mal roon- ^^; car chacun prenoit le devant pour ne baiser les chevaux. Le coup se devoit faire proche l'Hostel de Ville de Paris en Grève, cuydant que Uors Majestez y deussent passer. Mais comme I^eu ne voulut permettre tel assassinat, il permit 4u'un des chevaux d'un autre coche , qui s'en «toumoit dans la ville par la porte ncufve du l^wre , meit le pied de devant en la fente qui Pleutre le pont-levis et le portail, et tomba , en sorte qu'il ne peut desgager son pied ,qu'on ne l'eust déferré ; lequel retardement fut cause qnc Leurs Majestez prindrent l'autre chemin de 'â porte Samct Honoré, et allèrent gaigner la We Sainct Anthohie par d'autres petites rues •< main gauche de la rue Sainct Anthoine , par

laquelle la Royne ne vouloit passer, pour y avoir esté le feu Roy son mary blessé d'un coup de lance dont il mourut ; et en ce faisant Leurs Majestez évitèrent tel danger., qui fut par après descouvert , et ledict Le May mis prisonnier et depuis exécuté à mort , lequel en accusa plusieurs. Mais leurs Majestez , craignans d'enfoncer si avant cest affaire qu'il en fust nommé d'autres de plus grande qualité , lesquels pour s'évader fussent cause de nouveaux troubles , firent donner audict Le May juges propres pour l'effect qu'ils desiroient , ausqueis feu M. Seguier presfdoit. » Yoylà la troisiesme.

Pour la quatriesme , 11 rapporte ce qui s'en«* suit : « Après que l'on eut veu ceste entrepris faillie, on en dressa une autre sur Foccasion d'une chasse que Garrouge de Rrie, huguenot et grand chasseur , devoit attitrer prez de Valéry , où le Roy devoit aller. Mais l'entreprise descouverte, le Roy n'y voulut aller, ce qui fascha beaucoup les autheurs de l'entreprise , et leur donna occasion d'en dresser une autre , laquelle eust esté mise en exécution en la ville de;Meaux la veille de Sainct- Michel 1567 , si le Roy et la Royne sa mère eussent encores retardé deux heures pour se retirer en seureté dans la ville de Paris , comme ils firent par la sagesse de ladite Royne et la dextérité des capitaines des gardes , avec ce que les six mille Suisses firent à l'escorte de Sa Majesté contre les forces de cheval hugueno* tes qui rodoient perpétuellement tout le long du chemin autour du Roy , n'ayant lors grande troupe de noblesse à sa suitte à cause de la saison , que chacun s'estoit retiré en sa maison pour faire vendanges. »

Voilà quatre entreprises que Tautheur de ce traicté rapporte, lesquelles ayant esté empeschées de venir à effect par la prudence et bonne conduite de ceste Royne , elle en a esté très-» dignement appeliée mère de nos roys et de l'Estat.

L'ordre aussi qu'elle mit durant sa régence en France , depuis la mort du roy Charles IX jusques à ce que le roy Henry III fust revenu de Pologne , faisant esvanouïr les diverses entreprises qu'eurent les plus grands de la France, ainsi que plusieurs historiens ont rapporté , est un digne tesmoignage qu'en ce temps-là elle sauva la couronne du changement qu'ils avoient résolu d'en faire; et toutesfois elle n'a esté exempte de la calomnie et mesdisance de quel* ques escrivains de qui les escrits, indignes d'estre leus, ont esté imprimez à Genève sans nom d'autheur et d'imprimeur. Or, pour ce que ce n'est le subject de mon histoire de vérifier les calomnies qu'ils ont escrites de ceste Royne , si

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est-ce qae j*ea verifieray ici une pource que c'est la plus grande qu'ils ont jamais inventée contre ceste Royne , laquelle fera aysément conjecturer de la qualité des autres. « La Royne merC) disent-ils , a recours à maistre René son empoisonneur à gaiges, qui, en vendant ses parfums et colets parfumez à la royne de Navarre , trouva moyen de l'empoisonner , de telle sorte qu'à peu de là elle en mourut, t V Histoire des Cinq Roys dit : a Aucuns ont asseuré qu'elle fut empoisonnée par Fodeur de quelques gands parfumez ; mais afin d'oster toute opinion de cela , elle fut ouverte, avec toute diligence et curiosité , par plusieurs doctes médecins et chirurgiens experts , qui luy trouvèrent toutes les parties nobles fort belles et entières, horsmis les poulmons intéressez du costé droit , où s'estoit engendrée une dureté extraordinaire et un aposteme assez gros, mais qu'ilsjugerent tous avoir esté [quant aux hommes] la cause de sa mort. On ne leur commanda point d'ouvrir le cerveau , où le grand mal estoit , au moyen dequoy ils ne peureut donner advis que sur ce qui leur apparoissoit. »

Voicy que les uns nomment le nom de Tempoisonneur , et disent que la royne de Navarre , mère du roy Très Ghrestien Henry IV, à présent régnant , fut par luy empoisonnée avec des colets parfumez; les autres avec des gands. Ils sont d'accord qu'elle fut ouverte après sa mort, mais qu'à cause de la subtilité du poison qui avoit du nez monté au cerveau, l'on ne voulut luy ouvrir la teste affin qu'on ne cogneust la cause du mal. Que de menteries 1 que d'Impostures !

Aucuns officiers domestiques de ceste Royne sont encores en vie , qui sont mesmes de la religion prétendue reformée , et estoient lors qu'elle futouverteparlechirnrgienDesneuxavecM.Caillart , médecin ordinaire de ceste Royne , lesquels officiers sçavent assez que ces doctes médecin et chirurgien recogneurent, à Touverture du corps de ceste Royne , que l'aposteme engendrée dans ses poulmons, et laquelle s'y estoit crevée, avoit esté la seule cause de sa mort , et mesmes que Gaillart leur dit : c Messieurs , vous sçavez tous le commandement que m'a plusieurs fois faict la Royne nostre bonne maistresse , que si je me trouvois prez d'elle à l'heure de sa mort , que je ne fisse faute de luy faire ouvrir le cerveau pour veoir d'où luy procedoit ceste desmangeaison qu'elle avoit d'ordinaire au sommet delà teste, afifin que si M. le prince son fils et madame la princesse sa fille se sentoient de ce mal , qu'on y peust donner remède en sçachant l'occasion. » Aussitost Desneux luy scia le test , et virent tous que ceste desmangMisoa luy procedoit de certai*

nés petites bubes plaines d'eau qui s'engendrolent entre le test et la taye du cerveau , sur laquelle elles se respandoient et luy causoient ceste desmangeaison. Puis, ayants tous fort curieusement regardé, Desneux leur dit : t Messieurs, si Sa Majesté estoit morte pour avoir fleuré ou senty quelque chose d'empoisonné, vous en verriez les marques à la taye du cerveau , mais la voyià aussi belle que l'on sçauroit désirer. Si elle estoit morte pour avoir mangé du poison, il paroistroit à l'orifice de Testomach : rien n'y paroist ; il n'y a point donc d'autre occasion de sa mort que l'aposteme de ses poulmons. • J'ay esté contraint de dire ce que 4essus , et sortir du fil de mon histoire, pour monstrer le mensonge évident de ceux qui ont faict publier une telle calomnie contre la royne Catherine de Medicis, et laisser juger au lecteur si aux autres calomnies et impostures qu'ils ont mis dans leurs livres il y peut avoir de la vérité.

Dez que le roy Henry III fut revenu de Pologne, les guerres civiles recommencèrent en France , et ne finirent du tout qu'en Tan 158 1. Les edits , les traictez et les conférences ausquelles ceste Royne s'employa pour les appaiser, sont escrits dans plusieurs histoires qui ont esté faictes de ces temps là , et principalement la peine qu'elle print pour accorder ses enfans, scavoir , le Roy et M. le duc d'Alençon son frère. Elle fit aussi un voyage à Nerac pour conférer avec le roy de Navarre , auquel elle fit si bien , que le cinquiesme edict de paix fut faict. Mais sur tout est digne de loùauge le désir qu'elle avoit que les François allassent porter la guerre aux pays estrangers, pour ce qu'elle avoit cognu par expérience que, s'ils n'estoient employez hors du royaume , ils s'entreferoieut la guerre. La crainte qu'elle eutde revoir ses deux enfans animez entr'eux, et le désir qu'elle avoit de se venger du roy d'Espagne , à cause qu'il s'estoit emparé du royaume de Portugal, contre ce qu'il avoit juré et passé compromis , comme avoient faict aussi tous ceux qui pensoient avoir droict audit royaume, d'une part, avec les estais de Portugal, d'autre , lesquels avoient ordonné qu'un chacan des pretendans envoyassent leurs amliassadeurs desduire , monstrer et déclarer leur droict, affin qu'ils adjugeassent la couronne à celuy auquel elle appartiendroit: mais cependant que les pretendans s'amusoient à vérifier leurs droits, i^ Espagnol s'empara de tout le royaume au préjudice de tous les pretendans, et principalement de ladite Royne, qui, faschée de ceste ruse espagnole, fit dresser une puissante armée navalle sous la conduite du sieur de Strossy , pour tascher {Mules armes de recouvrer le droiet qu'elle avoit en

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Portogal, et d'autre costé en mesme temps pratiqua son fil5, Monsieur frère du Roy, pour empescher l'Espagnol en Flandres , afûn que son armée navalle fist quelque bon ef fect en Portugal. Les entreprises de ceste Royne ne réussirent selon son Intention, et tx>utesfois son dessein ki kmé des François, comme aussi estoit-U

Le droit qa'ellepretendoit au Portugal luy ve- Doit à cause de madame Magdelalne de La Tour sa mère, unique fille et héritière des maisons des comtes de Bologne sur la mer , et des comtes d'AaTergne. Voicy la raison de ses pretensions : Magdelaine de La Tour sa mère estoit fille de Jean de La Tour, auquel le roy Loys Xi bailla le comté de Lauraguais, et le permutaavec le comté de Bologne, dont depuis ladite royne Catherine et sadite mère ne se nommèrent plus comtesses de Bologne, mais bien d'Auvergne et deLauragoais, desquelles comtez ils ont jouy jusques à leurs decez. Ce Jean de La Tour fut fils de Bertrand III, comte de Bologne, qui fut fils de Bertrand II, qui eut pour père Bertrand I , et pour mère Marie de Bologne, fille de Geofroy de Bologne qui estoit fils de Robert III , comte de Bo\o|Qe et d'Auvergne, fils de Robert II, fils de

KobertI,fili unique de Mathilde de Boulogne , praniere femme d'Alphonse troisiesme de ce Qom, roy de Portugal.

les jorisconsultes qui escrivirent pour son drat et prétentions sur le royaume de Portugal, contre le roy Philippe d'Espagne , don Antonio de Portng^, la duchesse de Bragance , le prince de Parme et les autres y pretendans droict , disoieotqne ledit roy Alphonse III , n'estant eucores quiniantde Portugal , estant à la cour du roy sainct Loys, espousa premièrement ladite Matliilde de Bologne , duquel mariage ledit Robert premier estoit yssu, mais que le roy Sanxi de Portugal estant deeedé, ledit Alphonse succédant s la couronne de Portugal, ladite Matliilde estant lors en France, il se maria avec une seconde femme fille bastarde du roy de Castille, dont il eut an fils qui s'appella Denis , lequel usurpa le royaume sur Robert, comte de Bologne, fils de » première femme, lequel royaume ledit Denis ^t ses sueoesseors ont usurpé jusques à Henry dernier mort, roy et cardinal.

Que cela ne fust vray , ils le prouvoient par Texcoflununication fulminée contre ledit Alphonse par le pape Alexandre IV , et par U r bain 1 V son successeur , qui en confirma et réitéra Tinterdictlou ; partant, que Denis, qui s'estoit em- P^ du royaume de Portugal , n'estoit que bas* tard, et que tous ceux qui estoient descendus de Iny ny avoienl aucua droict «u préjudice des

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successeurs de la maison de Bologne , qui n'avoient peu poursuivre leur juste querelle pour Pinegalité qui estoit en puissance entr'eux et les détenteurs, jusques en Tan 1582; que Dieu avoit réservé ladite royne Catherine de Medicls, vraye et seule héritière dudit Robert comte de Bologne, à qui appartenoit la couronne de Portugal. VoyUi ce qui en fut publié alors, qui sertaussi en cest endroict pour monstrer la ligne maternelle de ceste Royne ; car pour Testoc paternel elle estoit fille de Laurens de Medicls, duc d^Urbin, et niepce des papes Léon x et Clément vu. La généalogie delaquelle maison de Medicls nous avons descrite dans nostre Histoire de la paix , en traictant dea fiançailles du roy Très-Chrestien Henry IV avec la royne Marie de Medicis , princesse d« Florence.

Peu après que Tarmee navale de la Royne mère, conduittepar M. de Strossy, fut deffaictQ en allant en Portugal, Monsieur, frère du Roy ^ revint aussi des Pays Bas , et mourut , en Tan 1584, à Chasteau-Thierry, sur Tesperance qu'il avoit de retourner encor en Flandres, ainsi que nous avons dit. Mais l'an 1585, comme plusieurs ont escrit, Philippe H, roy d'Espagne traicta de nouveau par ses agents avec les princes et seigneurs de la ligue des catholiques en France, et les fit armer en ce temps contre le Roy , et par ce moyen il gaigna aucuns princes et seigneurs de ce royaume pour oster le moyen aux François de s'opposer aux entreprises d'Espagne. La grande quantité de milliers de doubles pistolets qu'il fournit lors aux princes de la ligue , fut ce qui fit commencer les dernières guerres civilei^ qui ont duré treize ans ; durant les quatre premières années desquelles la solicitude que ceste Royne prit, sous le bon plaisir du Roy, pour pacifier les troubles , tantost avec M. de Guise , tantost avec le roy de Navarre , tesmoin le voyage qu'elle fit en Poictou et la conférence qu'elle eut avec luy à Sainct Bris, monstrent assez l'affection qu'elle avoit à la paix de ce royaume , et que ceux-là se sont trompez qui ont escrit d'elle que , pour maintenir son autho* rite, elle broûilloit tousjours quelque chose en France, ou s'entendoit avec ceux qui les broûilloient ; que c'estoit sa coustume d'opposer les uns aux autres pour commander cependant en ces desordres et divisions, les grands aux grands, les princes aux princes , et ses enfans mesmes à ses enfans. Et toutesfois ils sont contraincts de confesser que , si elle n'eust pourveu sagement lors que le Roy estoit encor en Pologne, les remuements eussent esté tels en France qu'à son retour on luy eust empesché l'entrée. Ces escrivains donc doivent seulement accuser la deso-

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beïssance des grands envers leur Roy , et les factions et diversitez de religion, qni ont causé nos mal-heureuses guerres civiies. C'est pourquoy Je diray , suivant le proverbe commun , commenous avons vescu en ce inonde^ de mesme est nostre mort, que la maladie de ceste Royoe, ses dernières paroles et sa mort, monstrent que comme durant sa vie elle a tousjours travaillé pour la conservation de la couronne à celuy de ses enfans qui en estoit le légitime roy , et pour la paix de la France, de mesmes, approchant de sa mort, et ayant faict son testament en la présence du Roy, elle luy dit : « Je vous laisse pour dernières paroles , lesquelles Je vous prie avoir en mémoire pour le bien de vostre Estât, que vous aimiez les princes de vostre sang, et que vous les teniez tousjours auprès de vous, et principalement le roy de Navarre : Je les ay touçjours trouvez fidelies à la couronne , estants les seuls qui ont interest à la succession de vostre royaume. Souvenez-vous que, si vous voulez rendre la paix qui est si nécessaire à la France , qu'il faut que vous accordiez la liberté de conscience à vos subjects , ayant observé que les Allemanset plusieurs princes souverains de mon temps n'ont Jamais peu pacifier avec les armes les troubles qu'ils ont eus en leurs pays pour la religion. » Voylà les dernières paroles de ceste Royne, qui dez sa plus tendre Jeunesse a esté attaquée par les ennemis de la maison de Medicis, dont Dieu Ta délivrée comme par un miracle , ainsi que mesmes les historiens italiens ont rapporté. Le pape Clément VU , qui Tamena en France , ne pouvoit mesmes croire la bonne fortune de sa niepce , Jusques à ce qu'il en eust luy mesmes faict la bénédiction nuptialle d'elle et de Henry dcnxiesme , fils du roy François I. Mais ceste bonne fortune pensa luy tourner le dos à cause de sa stérilité qui dura prez de quinze ans, dont aucuns de ses ennemis estoient délibérez de la faire répudier ; mais les princesses du sang , et principalement la royne Marguerite de Navarre, sœur du grand roy François, Tempescherent et y pourveurent sagement : aussi Dieu exauça leurs prières, et eut du depuis de très-beaux princes , ce qui fit rendre muets tous ses ennemis.

Elle a faict faire aussi plusieurs beaux bastiments qui décorent la ville de Paris, sçavoir, les Tuilleries et Thostel de la Royne, où elle entretenoit plusieurs architectes, sculpteurs, maçons et ouvriers. Elle a faict bastir aussi la maison de la Royne à Chaliot, laquelle on appelle maintenant la maison de Grandmont. Ses maisons de Sainct Maur , Mousseaux et Chenonceau , ont esté aussi merveilleusement enrichies et embel-

lies deson temps de bastiments, sculptures, pein* tures, Jardins et fontaines. Mais sur tout elle est digne de louange pour avoir fait rechercher par tous les pays estranges tous les anciens livres manuscrits en toutes sortes de langues, desquels elle a faict augmenter et honorer la bibliothèque royale, qui en cela est aujourd'huy la plus belle du monde, pour la quantité des livres qui y sont lesquels ne se peuvent trouver en autre part. Bref, nous pouvons dire que ceste Royne , dorant la minorité des roys ses enfans, a régné comme une vraye royne mère des roys, et ne peut la France que luy demeurer redevable et obligée à sa mémoire : aussi Ta elle regrettée en assemblée d'estats, et aucuns François en particulier, pour les malheurs qui ont affiigé leur patrie neuf années durant depuis sa mort, lesquels malheurs, si elle eust vescu, sans doute eussent esté plustost appaisez par sa prudence , pour raccommoder les affaires des Parisiens envers le Roy son fils.

Au mesme temps que le menu peuple de Paris [otieux aux spectacles] regardoit mener en prison , par les principaux de la faction des Seize , messieurs les présidents et conseillers dn parlement, et aucuns ecclésiastiques et officiers royaux, les uns à la Bastille , les autres au Louvre, le Roy estoit à Blois, et en ceste mesme Journée 11 entendit les plaintes des députez des trois ordres , et escouta leurs remonstrances. M. Tarchevesque de Bourges , président en la chambre du clergé, fit une docte remonstrance sur les misères et calamitez continuées depuis vingt-huict ans au royaume de France ; il toucha les causes d'icelles, et sur chasque desordre il proposa le remède qui seroit convenable d'y apporter, ainsi que le lecteur curieux le peut voir dans sa remonstrance, laquelle a esté depuis imprimée et publiée comme aussi celles que firent M. le comte de Brissac au nom de la noblesse, etM.l'advocat Bernard pour le tiers-^tat. Les cayers des trois estats furent présentez à Sa Majesté, qui promit de les examiner et faire résoudre en bref par son conseil : luy mesme y vacqua en personne; mais, sur les bruits divers de Tamas de gens de guerre que faisoit le duc de Mayenne, il voulut mettre en seureté les prison ' niers qu'il tenoit à Blois; et, pour ce que le chas-l teau n'estoit qu'une maison de plaisance , il les! mena luy-mesme au chasteau d'Amboise , et les donna tous en garde au sieur du Gast , l'un des! capitaines du régiment de ses gardes françoises,! qu'il fit gouverneur de ceste pi ace. Mais la mesme' matinée qu'il partit pour les y mener, M. le duc de Nemours s'eschappa en habit desguisé, et trou va| moyen de se sauver dans Paris. Le Roy ne fut!

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(pietrobjonn eD ce voyage , d*où il retourna à Blois, et y pensant continuer l'examen et resohitioo des cayers , les députez en corps d^estata le supplièrent de les congédier , et luy dirent qu'ils ne pouvoient attendre davantage, à cause des grands remuements qui sefaisoient en leurs provioces. Sa Majesté leur donna congé , ne les voulant retenir contre leur volonté. Ainsi les estais furent clos^ dont le mandement fut envoyé |Mr toutes les provinces, avec un edict pour le rabais du quart des tailles, et lettres pour asseurer le peuple de la bonne intention du Roy.

Le devoir du vray ojfficier domestique d'un souverain consiste de participer à Tune et l'autre fortune de son prince ; mais le sieur de LoigD8C| fort fiivorit du Roy [duquel nous avons pirlé cy-dessus] , le supplia de luy donner un gouvernement et une place de seure retraicte , à cause de Tinimitié que la maison de Guise luy portoit. Sa Majesté luy ayant demandé s'il n'a- Toitpointdeplus particulière occasion que celle lÀ pour luy demander une place de retraicte pour loy, Loignac luy ayant respondu que non y et que rinimitié de la maison de Guise enestoit une asm grande occasion : « Sortez présentement demaCourty luy dit le Roy, et que je ne vous vo^ejaottis, puis que vous desirez d'autre seuretéqued'estre auprès de moy. Yostre humeur o'a point trompé mon jugement ; je me doutois bien que vous tiendriez de l'ingratitude , et ne vous souviendriez de l'obligation que vous me devez pour les biens-faictsqueje vous ay faicts. i Loignac ayant receu, contre son espérance, une ^k parolie du Roy , à l'heure mesme sortit de Biob^ et, allant passer par Amboise, se retira en GoyeoDe , ou peu après il fût tué d'un coup de pistolet, ainsi qu^il sortolt de son chasteau pour aller à la chasse, par un gentil-homme sien volsu contre qui il avoit querelle. Peu de jours après ceste desfaveur du sieur de Loignac ^ le fioy eut un advis que Ton entroit en composition pour rendre entre les mains de ses ennemis les prisonniers qu'il avoit mis à Amboise, ce qui fut I occasion qu'il y retourna pour la seconde fois. Le capitaine Guast luy remit entre ses mains le ^ihBÏ de Bourbon , le prince de Ginville [que < on nommoit le duc de Guise depuis la mort de ^Q père] et le duc d'Elbeuf^ lesquels il ramena a Biais; et les autres prisonniers, sçavoir, l'arcbevesque de Lyon, le président de Neuilly et 'cprevostdesmarchans de Paris, furent retenus P^r ledit capitaine Guast, qui les mit à rançon ; ^ l'ayant receuë , comme nous dirons cy-après, !' leur donna la liberté. Les choses laides sont ''>wjour8 laides, quelque couleur que l'on leur <l'mue : aussi les paroles que tint Loignac à Sa

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