SG
Allemagne. — Henri 111 meurt entre les bras du pape Victor II, à Goslar eu Saxe. Il laisse pour lui succéder un enfant de six ans, Henri IV, sous la tutelle de sa veuve, Agnès d'Aquitaine. — Henri 111 le Noir a le premier abusé du privilège de conférer souverainement les bénéfices et les charges ecclésiastiques , en vertu du droit d'investiture , qui pourtant ne pouvait s'appliquer qu'au domaine temporel: le suzerain remettait au prélat nouvellement élu l'anneau et la crosse.
Allemagne et France* — Dans
l'enlrevue d'ivoi, ville du Luxembourg, les rois de France et de Germanie échangent de vifs reproches au sujet de la Lorraine. — Un défi, offert par Henri 111, est refusé par Henri l*r de France.
Empire grec. — Théodora, qui a survécu au moins deux ans à sa sœur Zoé, meurt à soixante-seize ans.
Avec elle s'éteint définitivement la maison Macédonienne qui a commencé en 807 avec Basile.
Angleterre. — La mort d'un neveu laisse sans héritier Edouard le Confesseur qui n'a pas d'enfant ; Harold , fils de Godwin , est désigné par les vœux du peuple pour lui succéder.
Ecosse. — Le roi Malcolm III, fils de Duncan , qu'on dit quatre- Mngt-sixicme descendant du premier roi Fergus. avec les secours du roi d'Angleterre, triomphe d'un prétendant, Macbeth, le héros du drame de Shakspere.
Empire grec. — Isaac Corn-, nène, d'une ancienne famille originaire de Rome, est fait empereur par les troupes qu'il commande en Asie. Sagesse de son gouvernement.
Italie. — A la mort d'Umfroy, Robert Guiscard , son frère, prend possession du comté normand de Pouille.
Orient musulman. — Le calife fatimitc d'Ëgypte, qui ambitionne le califat universel, Mostanser - Billah, se fait déférer le titre de calife à Koufah, sur l'Eupiirate, et dans une partie de l'Arabie.
Rome. — Le pape Élienne IX arrache à la solitude le vertueux et savant Pierre Damien , qu'il fait , malgré lui, évôque d Ostie.
iOSQ.
Italie. — Les progrès de Robert Guiscard qui , avec l'aide de son frère Roger, a conquis toute la Calabre et même la capitale, Reggio, lui assurent la suprématie sur les autres seigneurs normands qui le reconnaissent duc de Pouille et de Calabre.
Rome. — L'évêque de Florence est élu pape à Sienne, par l'influence d'Hildebrand , qui est alors archidiacre; il prend le nom de Nicolas H.
Turcs. — Le Turc seldjoucide Togrul-Beg, déjà maître du Klioraçan, de Plrak-Persique, où il réside, et de la Perse, s'impose au calife de Bagdad, Kaiem, et le forco à dépouillcr de la dignité d'éinir-Al- Omara Bassa-Siri.
Empire grec. — Isaac Comnène punit l'insolence du patriarche de Gonstantinople, Michel Cérulaire qui voulait prendre le rang de prince; il le fait déposer et enlever de la ville. Lui-même bientôt il se retire dans un cloître. — Le prince de l'illustre famille des Ducas, qu'il désigne pour lui succéder, manque des qualités nécessaires au gouvernement, et n'a de goût que pour les lettres. Il n'arrête pas les progrès des Turcs seldjoucides.
XIe SIÈCLE APRÈS J. C.
France. — Nouvelle famine, pendant sept ans.— Pompeuse cérémonie du sacre du jeune fils de Henri Ier, Philippe , qui lui succédera l'année suivante.
Italie. — Robert Guiscard demande au pape Nicolas II , à Florence, la confirmation du litre de duc de Pouille et de Calabre qu'il a reçu de ses compagnons d'armes, et se fait autoriser à conquérir la Sicile. — Le comte normand d'Aversa, Richard , se fait donner par le pape l'investiture de la principauté de Gapoue , qu'il a la pensée de conquérir.
Orient musulman. — L'émir- Al-Omara , que le calife de Bagdad , Kaiem , a sacrifié pour complaire au chef des Turcs seldjoucides , le renverse et proclame à sa place Mostanser-Billah, le calife fatimite d'Égypte.
Rome.— Décret de Nicolas H, pour régler l'élection des papes : elle sera faite par les cardinaux-prêtres et par les cardinaux-évêques du territoire romain ; le reste du clergé et le peuple donneront ensuite leur consentement ; le droit de confirmation impériale est conservé; on élira de préférence un membre du clergé romain.
— Un autre décret défend aux clercs de recevoir d'un laïque ^investiture d'aucun bénéfice ecclésiastique.
Espagne. — Une infâme trahison livre au roi musulman de Séville la ville de Cordoue , qui était menacée en même temps par les troupes de Tolède et par celles de Valence. Le nouveau maître fait oublier le gouvernement sage et paternel du fils de Djahwar, en prodiguant aux grands l'or et les honneurs, au peuple des fêtes et des spectacles.
France. — Avènement de Philippe l*r, roi mineur; régence de son oncle, Baudouin, comte de Flandre.
Orient musulman.— Le Turc seldjoucide Togrul - Beg ramène & Bagdad le calife Kaiem ; il ne l'affranchit de l'oppression égyptienne que
pour disposer souverainement de l'autorité en son nom.
Russie. — Les trois fils d'Iaroslaw , qui régnent sur les Russes , attaquent en commun les Turcs dans le bas Dnieper: la faim, le froid et la peste anéantissent presque cette peuplade, dont les débris passent au service des vainqueurs.
Bohême*. — Wratislas, le second fils de Brzétislas, duc depuis 1061, a fait poursuivre par des inquisiteurs et a livré au glaive et au bûcher les devins et les magiciens ; U chasse les juifs.
Hongrie. — Le roi Béla , qui , avec le secours des Polonais , a renversé son frère André, appelle eu assemblée générale , à Albe-Royalc , siège ordinaire du gouvernement , deux députés par bourgade, pour aviser à la réformation de l'État.
Mais les députés, venus bien plus nombreux qu'on ne les avait convoqués , demandant le rétablissement du paganisme, l'assemblée est dispersée par la force.
Italie et «telle.— Les deux frères Roger et Robert Guiscard entreprennent la conquête de la Sicile sur les Sarrasins; ils n'y emploient qu'un petit nombre de cavaliers, et ne sont pas longtemps d'accord, parce que Roger prétend à la moitié de la Calabre. L'occupation de Messine et les courses des Normands jusqu'à Girgenti sont sans effet.
Rome. — L'évéque de Lucques, qu'Hildebrand, cardinal, a fait élever sur le saint-siége, Alexandre H, a un compétiteur dans l'évéque de Parme que lui oppose la cour d'Allemagne : les évêques de la Lombardie étaient, en général, hostiles aux décrets qu'inspirait Ilildebrand contre la simonie et contre le mariage des prêtres.
Russie. — Les Tartares sortis des régions du Don etduJaïk,où
XIe SIÈCLE APRÈS J. C.
ils vivent de brigandage , et prenant la place des Petchenègues qui ne paraissent plus dans l'histoire, se jetlent sur la principauté russe de Pérclaslavl et détruisent tout ce qu'ils ne peuvent emporter : les Russes les désignent par le surnom de Polovtsi ou chasseurs.
Allemagne* — Annon , archevêque de Cologne, et Adalbert, archevêque de Brème, enlèvent à la ruine mère, Agnès, et s'attribuent la régence de Henri IV ; ils rendent odieuse la maison royale de Franconie par leur despotisme et par leurs actes de simonie.
Italie* — Le comte normand d'Atersa, Richard, attaque et force à capituler la ville lombarde de Capoue : il s'empare de toutes les villes et de tous les châteaux du prince lombard Pandulfe qui ne reçoit pas de secours de l'empereur allemand , son suzerain. — Le frère du duc de rouille et de Calabre, Roger, renouvelle la guerre en Sicile contre les Sarrasins,
Allemagne et Hongrie. —
Une armée impériale ayant rétabli en Hongrie le roi Salomon, fils d'André l*r, Henri IV, dont Salomon avait épousé la sœur , exige de lui l'hommage comme d'un vassal de l'empire.
EMpagne. — Ferdinand 1er, roi de I<éon et de Castillc , se jette sur les t'iats de Mohammed-Ben-Abad, roi de Séville. Son fils aîné, Sanche, combat avec le roi maure de Saragosse contre Ramire 1", roi d'Aragon, qui périt dans un combat. Le fils de Ramire 1er lui succède.
Tarée* — Le tout-puissant seldjoucide Togrul-Beg meurt dans sa capitale de l'Irak-Persique , à Ray, l'ancienne Rages , au moment d'épouser la fille de son protégé, le calife de Bagdad. Son neveu, AIp- Arslan, lui succède; il exercera la mCnie influence sur tout le califat.
Eapagne. — Un an avant de mourir, Ferdinand 1er, comme avait fait son père Sanche le Grand , partage ses Ëtats entre ses trois fils :
1° Sanche, l'aîné, sera roi de Castille; 2° Alphonse, roi de Léon et d'Oviédo ; 3- Garcie , roi de Galice et des récentes conquêtes en Portugal. 11 forme des apanages (infantado) même pour ses filles avec le territoire des villes de Zaïnora et de Toro, sur le Douro.
France* — Sept mille pèlerins armés entreprennent le voyage de Palestine.
Italie et Sicile* — Les deux frères Robert Guiscard et Roger attaquent pour la première fois la forte place des Sarrasins en Sicile, Palerme, qui résistera huit ans.
Kftpagrae* — Le roi musulman de Tolède dépouille son gendre , le roi de Valence, et garde l'État conquis, pendant douze ans, jusqu'à sa mort. — Grande expédition du second roi d'Aragon, Sanchc-Ramirez, contre les musulmans, avec l'aide du duc d'Aquitaine, du duc de Bourgogne, du comte d'Urgel, qui mourra dans la guerre ; il arrache aux infidèles la place de Bal hast ro, située sur la Cinca , à l'ouest de la Ribargorcc, et en fait une ville épiscopale.
Allemagne. — Déjà perverti par les conseillers qui entouraient son enfance, Henri IV est jeté dans de nouveaux désordres quand, à l'âge de seize ans, on lui impose un mariage qui lui répugne.
Angleterre et France. —
Édouard le Confesseur meurt sans avoir décidé la question de succession : Harold s'appuie sur le vœu national; Guillaume le Bâtard, duc de Normandie , sur de prétendues promesses d'Edouard. — Le comte
XIe SIÈCLE APRÈS J. C.
de Flandre, Baudouin, régent de France, ne s'oppose pas à la conquête de l'Angleterre par Guillaume Ier. — Le duc de Normandie emporte un étendard bénit par le pape. Il a attiré des mercenaires de toutes les parties de la France, même ' de l'Allemagne. — Harold, déjà épuisé par une campagne dans les comtés du nord contre son frère rebelle et contre les Norvégiens qui le soutenaient, dispute pendant toute une journée la victoire aux Normands, a Hastings, sur la côte de Sussex M 4 octobre). Mort d'Harold. — Guillaume entre à Londres, et est couronné à Westminster le jour de Noël, par l'archevêque d'York. — Il commence le partage de la terre anglo-saxonne entre les chevaliers normands, et implante en Angleterre la féodalité française, mais constitue du même coup une royauté puissante, bien autrement capable que celle de France de tenir tête aux barons. Le français devient la langue officielle à la cour anglo-normande.
Russie. — Une lutte domestique, qui durera douze ans, commence entre les princes de la maison de Rurik établis 1° à Kiev et à Novogorod ; 2° à Polotsk; 3° à Tchemigof; 4° à Péreîaslawl. L'aîné , Isiaslaw, prince de Novogorod et de Kiev, chassé deux fois, sera deux fois ramené par le duc de Pologne. Ces discordes favorisent l'incursion des Tartares Polovtsi.
Angleterre. — Le prince Edgar, petit-lits du roi Edmond Côte de Fer, prête seulement son nom au parti national des Anglo-Saxons , dont la résistance retarde le triomphe complet des Normands. — Guillaume le Conquérant sera inquiété en même temps par des révoltes sur le continent de la part des Manceaux dont le seigneur est son vassal depuis quatre ans.
Angleterre et Ecosse. — Le
roi Malcolm soutient sans succès les
princes Morkar et Edwin, chefs des anglo-saxons, contre Guillaume le Conquérant. — Il lui fait hommage pour la province de Cumberland, au sud-ouest du pays écossais.
Empire grec.— Un an après la mort de son époux Constantin Ducas, Eudoxie, sacrifiant les droits de ses enfants, donne sa main et le trône à Romain-Diogène, fils de Romain- Argyre. Le nouvel empereur l'exclut ensuite elle-même de toute participation aux affaires. — 11 combat les Turcs seldjoucides.
Italie et Ulelle.— Le Normand Roger tente d'impuissantes attaques contre Païenne, pendant que son frère Robert entreprend le siège de Bari , sur la côte sud-est de la Pouille, qui l'occupera près de quatre ans.
Allemagne. — Un concile, convoqué à Mayence par Henri IV pour faire casser son mariage , est arrêté dans ses résolutions par le légat du pape, Pierre Damien.
Angleterre et Danemark. —
Le roi de Danemark, Suénon, envoie une expédition sur les côtes de l'Angleterre : tous les ennemis de Guillaume, les Anglo-Saxons , les Danois indigènes, les Ecossais, aident les envahisseurs à prendre York. Guillaume lui-même les laisse piller une, partie des côtes du nord pour n'être pas inquiété dans le cœur du royaume.
La dévastation dure jusqu'au printemps suivant, où Guillaume, à son tour, fera expier aux habitants du Norlhumberland leur complicité avec l'étranger.
Allemagne. — Guelfe ou Welf , de la maison d'fcste, ville d'Italie au nord du bas Adige, reçoit de l'empereur Henri IV le duché de Bavière.
Kcosse.— Le roi Malcolm épouse Marguerite, arrière-petite-fille d'Edmond Côte de Fer, prince anglosaxon.
i;* pagne. — Ixî roi de Tolède .
XIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Al-Mamoun, en apprenant la mort du roi de Séville, tente de dépouiller son successeur, AI-Motamed, qu'on appelle aussi Mohammcd-ben- Abad ; celui-ci se défendit mieux que le roi de Valence , et garda son trône. — Mohammed-ben-Abad fut un pri lecteur des lettres, comme son ami, le roi d'Alméric, avec lequel il rivalisait dans l'art des vers. — Le roi d'Almérie, qui avait déjà dix-huit ans de règne, et qui devait fournir encore une carrière de vingt et un ans, Moezz-Kddaulah , surpassa tous les princes de son temps par sa douceur, son humanité et sa justice. Plus ami des avantages de la paix que passionné pour la gloire militaire, si avidement recherchée par Mohammedben-Abad, il fut souvent l'arbitre et le médiateur des princes musulmans.
— Sanche II, roi de Cas tille, dépouille son frère Alphonse du royaume de Léon , et le force de prendre l'habit monastique; celui-ci se retire auprès du roi de Tolède.
Espagne* — Sanche II de Castille s'empare du royaume de Galice sur son autre frère qui va chercher asile auprès du roi musulman de Séville.
France. — Philippe Ier est battu en personne, à Cassel au nord de l'Artois, par Robert le Frison , qu'il voulait empêcher de recueillir la succession de Flandre.
Grées et Turea. — ' Après deux campagnes heureuses contre les Turcs seldjoucidcs , l'empereur Romain-Diogène , qui s'est engagé imprudemment jusque dans la Perse , est fait prisonnier. — Lorsqu'il est rendu à la liberté, il est méconnu par ses sujets, et a les yeux crevés.
A sa mort, le trône est occupé par deux frères Ducas, fils de son prédécesseur.
Italie* — Dédicace pompeuse de la nouvelle église du monastère bénédictin du mont Cassin, à laquelle l'abbé Didier convie le pape Alexan-
dre H , dix archevêques , quarantequatre évéques, le duc grec de Naples, le prince normand de Capouc, les princes lombards de Salcrne et de Bénévent. Les matières les plus précieuses en or , en argent , en ivoire , en ébène, en marine , y avaient été mises en œuvre par les artistes les plus célèbres de l'Italie et de l'Orient C'était une grande solennité à la fois pour les arts et pour la religion.
Italie et Nielle. — Les (lottes unies de Roger et de Robert Guiscard enlèvent Bari aux Grecs (13 avril).
Les deux frères vont ensemble conquérir sur les Sarrasins de Sicile la forte place de Catane (juillet) : Palerme est assiégée par terre et par mer.
Danemark* — Le roi Suénon ayant fait massacrer dans l'église de Roskild quelques seigneurs ses ennemis, l'entrée de l'église lui est interdite par Pévéque ; il n'y est admis que lorsqu'il se présente dépouillé des ornements royaux et en suppliant.
Espagne. — Sanche 11 de Castille , qui a usurpé sur ses frères les royaumes de Léon et de Galice, entreprend aussi de dépouiller ses sœurs. Il prend Toro, mais il est tué en trahison au siège de Zamora.
Ses deux frères alors rentrent dans leurs États. Alphonse VI , roi de Léon, est reconnu en Castille.
Sicile. — Les deux frères normands, après une victoire navale sur les infidèles, prennent enfin Païenne (janvier). Roger est réellement alors comte de Sicile, quoique Robert Guiscard se réserve Païenne, la moitié de Messine et la souveraineté sur l'Ile entière.
Allemagne* — La guerre civile commence par l'insurrection des Saxons et des Thuringiens, surtout à cause des dîmes qui étaient demandées pour les abbayes.
XIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Allemagne et Danemark. —
Les Danois , envoyés par le roi Suénon, à l'instigation d'Adalbert archevêque de Brème , contre les Saxons , refusent de combattre les anciens amis de leur nation.
Angleterre. — Révolte de Robert, fils aîné du roi Guillaume Ier.
Espagne» — Alphonse VI, roi de Léon etdeCastille, dépouille son frère de la Galice, et l'enferme pour le reste de sa vie. Toute la monarchie castillane est de nouveau réunie.
France* — La ville du Mans, dont le seigneur est vassal du roi anglo-normand, s'érige en commune.
nome* — Le moine Hildebrand, élu pape (avril), diffère son ordination jusqu'à la confirmation de Henri IV (juin). Grégoire VII est le dernier pape dont le décret d'élection ait été soumis à la sanction impériale. — 11 écrit aux rois de France et de Germanie contre le trafic des dignités ecclésiastiques.— 11 profite de quelques ouvertures de la cour de Constantinople pour travailler à la réunion des deux Églises.
nome* — Dans le premier concile tenu sous Grégoire vil, à Rome, des décrets sont rendus contre les prêtres simoniaques ou mariés; injonction est faite aux prélats de ne pas recevoir l'investiture de la main des laïques, parce que les laïques mettent le prélat, nouvellement élu , en possession du temporel de son église en lui donnant l'anneau et la crosse, signes de la puissance spirituelle; l'excommunication est prononcée contre Robert Guiscard, qui refuse l'hommage à son suzerain. — Henri IV, alors occupé contre les Saxons, promet de faire exécuter les décrets.
Rome et Hongrie. — Grégoire Vil écrit au roi Salomon :
« Vous avec dû apprendre que la
Hongrie est un domaine de l'Église de Rome. » (28 octobre.)
Rome, Grées et Turcs. — Le Turc Soliman, arrière-petit-fils de Seldgiouk, envahit l'Asie Mineure, et pousse ses conquêtes jusque dans la Bithynie grecque , à Nicée , où il établit sa résidence. — Grégoire VII, qui espère ramener les Grecs à la suprématie de l'Église romaine, adresse à tous les fidèles une lettre pour les engager à réunir leurs forces contre les Turcs seldjoucides en faveur de l'empire d'Orient (1er mars).
Allemagne. — Henri IV gagne une grande bataille sur les Saxons, près de l'UnstrutL
Allemagne et Bohême* —
Wratislas reçoit de l'empereur, en récompense de secours contre les princes révoltés de l'empire, la haute Lusace.
Perse* — Malek-Schah-Dgélaleddin , fils et successeur du Turc seldjoucide Alp-Arslan, fait réformer par huit astronomes le calendrier persan. La manière dont les Persans intercalent leur 366* jour ramène les équinoxes, avec beaucoup d'exactitude, au même point de l'année civile. C'est l'ère persane, dite gélaléenne ou malaléenne : elle est suivie depuis des siècles.
Rome et Russie. — Le prince de Kiev et de Novogorod, dépouillé et chassé pour la seconde fois par ses frères, le prince de Tchernigof et le prince de Péreïaslavl , ue pouvant pas être secouru par le duc de Pologne qui est occupé du côté de la Bohême et de la Hongrie , ni par l'empereur Henri IV , met sa couronne sous la protection du saint-siége. Un bref de Grégoire VU reconnaît le droit héréditaire et transmissible du prince de Kiev à la souveraineté de la Russie, à la condition du serment de fidélité envers le chef de l'Église romaiue.
Allemagne et Rome* — Gré-
XIe SIÈCLE
Koire VII presse Henri IV de faire exécuter les décrets des conciles, et le menace de peines terribles (janvier). Henri IV, dans une assemblée ecclésiastique à Worms , avec le concours des évéques. fait déposer le pape (23 janvier). La première semaine du carême, dans un concile tenu à Rome, Grégoire VII excommunie et dépose Henri IV, et délie ses sujets du serment de fidélité; c'est pour la première fois qu'une pareille sentence est portée contre un souverain. A Oppenhcim (septembre), puis à Tribur (octobre), les légats , avec plusieurs seigneurs et évéques d'Allemagne, délibèrent sur l'élection d'un nouveau roi à la place de Henri IV : ils consentent à lui laisser encore la couronne, si , avant Tan expiré de son excommunication, il s'est fait absoudre par le pape.
Espagne. — Le roi de Navarre ayant été tué par son frère, le trône est pris , non par le meurtrier, mais par le roi d'Aragon, au préjudice des enfants de la victime.
Italie. — La comtesse Math il de , après la mort de sa mère Béatrix , s*» met en possession des vastes domaines de son père, Boni face le Pieux: Modène, Reggio, Mantoue, Ferrare, Crémone et Canossa, terres allodiales; marquisat et duché de Toscane, fief d'empire. Elle est déjà veuve à trente ans.
Orient musulman.—. Un lieutenant du Turc seldjoucide Malek- Shah, au nom du calife de Bagdad , enlève au fatimile d'Ëgypte Damas, et la basse Syrie ; au retour il pille Jérusalem.
Allemagne et Rome. — L'empereur vient s'humilier à Canossa devant le pape qui ne l'absout qu'aux plus dures conditions ( janvier. ) Quinze jours après, Henri rompt le traité. Les seigneurs d'Allemagne, réunis à Forcheim en Franconie , éifccut à la place de Henri IV le duc
APRÈS J. c. 283
de Souabe, Rodolphe (mars). Le pape s'abstient d'abord, puis envoie des légats en Allemagne pour décider lequel des deux, Henri ou Rodolphe, était le roi légitime. — La grande comtesse Mathilde fait déjà au saintsiége une donation secrète de tous ses biens, sans distinguer des alleux les fiefs qui devaient retourner au suzerain, l'empereur.
Danemark. — L'épreuve par le fer chaud ou par le duel, qu'on employait dans les affaires judiciaires à défaut de témoins , est interdite , et remplacée par le serment.
Espagne. — Le roi de Tolède, Al-Manioun, qui vient de conquérir Séville, ne jouit pas pendant six mois de sa conquête : sa mort rend aux rois arabes de Séville et de Valence leurs Etats respectifs. — Sur les réclamations de Grégoire VII , Alphonse VI, roi de Castillc et de Léon, consent à payer un tribut annuel au saint-siége. Ses successeurs s'en affranchiront.
France. — Le moine saint Bruno accuse de simonie l'archevêque de Reims, Manassès; le légat du pape, Hugues de Die, dans un concile tenu à Autun , ordonne la suspension du prélat. Ce légat sera pendant cinq ans la terreur des simoniaques.
Italie. — Robert Guiscard enlève Salerne à son beau-frère, le prince lombard Gisulfe. — Les Normands s'enrichissent et se civilisent au contact des Lombards, des Grecs et des Sarrasins d'Orient et d'Afrique , qui fréquentaient le port et les écoles de philosophie et de médecine de Salerne.— Des courses sur les terres de l'Église font excommunier Robert Guiscard et son allié, Richard, comte normand d'A versa et de Capoue. Richard attaque les Grecs de Naples, Robert les Lombards de Bénévent.
Pologne. — Le duc Boleslas H le Hardi secoue le joug de l'empire et prend le titre de roi.
Pologne et Russie* — Boles-
XI" SIÈCLE APKÈS J. C.
las II oblige les Russes de Kiev et de Novogorod à reprendre leur prince Isiaslaw. Goût de licence et de débauche contracté par les Polonais en Russie.
Rnssle.— Nestor, moine de Kiev, écrit sa chronique , premier monument de l'histoire russe.
Allemagne. — Guerre sans résultat entre Henri IV et Rodolphe de Souabe.
Angleterre. — Construction de la tour de Londres, pour tenir en respect les Anglo-Saxons qui sont dépouillés non-seulement de toute charge, mais de toute possession territoriale. — Révolte de Robert :
il blesse le roi, son père, au siège de Gerberoi.
Angleterre et ïco**se. — Le
roi Guillaume envoie contre Malcolm qui refusait l'hommage, son fds aîné Robert; Robert, pour contenir les Écossais, fonde sur la Tyne la ville de Newcastte.
Italie. — La mort de Richard, comte d'Aversa et de Capoue, sauve Naples de la domination normande.
Le fils de Richard prend part à une ligue des comtes de la Pouille contre Robert Guiscard.
Russie* — A la mort d' Isiaslaw, prince de Kiev et de Novogorod, la Russie se donne pour souverain, de préférence à ses jeunes fils, son frère le prince de Péreïaslavl , Wsewolod Ier, crée pour eux des apanages.
Espagne. — Le roi de Séville doit à son vizir Ben-Omar la soumission des royaumes arabes de Murcie et de Malaga , et l'alliance du roi chrétien de Castille , du comte chrétien de Barcelone , du roi musulman de Saragosse.
Pologne. — Insensible aux remontrances de l'évôque de Cracovie,
Boleslas le Hardi est excommunié pour ses mœurs honteuses et pour sa tyrannie. 11 tue révoque d'un coup de cimeterre , à l'autel.
Allemagne et Borne. — Rodolphe deSouabe gagne en Saxe une bataille sur Henri IV (27 janvier).
Un concile à Rome confirme l'élection de Rodolphe sur laquelle n'avait pas encore prononcé Grégoire VII (7 mars). Une assemblée ecclésiastique, à Brixen dans le Tyrol, dirigée par le cardinal Hugues le Blanc , ennemi de Grégoire VII, composée d'évêques et de seigneurs d'Italie et d'Allemagne, donne la papauté à Guibert, archevêque de Ravenne (26 juin). — Grégoire se rend auprès du Normand Robert Guiscard pour en recevoir l'hommage et lui donner l'investiture, dans l'espoir de 1* opposer à Henri IV (29 juin). — Henri IV est vainqueur, à Wolksheim, près de Géra en Thuringe, de Rodolphe de Souabe, qui reçoit une blessure mortelle (octobre). Défaite des troupes de la comtesse Mathilde, alliée du pape, dans le Mantouan.
Angleterre. — Guillaume le Conquérant fait commencer un travail qui dure au moins six ans; c'est le cadastre général de l'Angleterre proprement dite, sans y comprendre la principauté de Galles, ni les provinces de Northumberland, Cumberlaud, Westniorcland , et Durham.
Ce relevé, qui fut appelé doomsdaybook , indique les districts cultivés , distingue ceux qui sont habités et ceux qui sont déserts , décrit les espèces de services auxquels sont assujettis les habitants non libres, fait connaître l'étendue et le caractère des fiefs, ce que possèdent encore les Anglo-Saxons, quelles propriétés ont les Normands. Dans quelques comtés on précise jusqu'au nombre de têtes de bétail et de ruches. Il est resté en partie manuscrit jusqu'en 1788.
Danemark. — Le second fils
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naturel de Suénon,Kanut IV le Saint, achève, au commencement de son règne, ia conquête du pays idolâtre de Livonie, qu'il avait entreprise du vivant de son frère aîné; il y porte la foi.
EfipA^ne et France. — Le roi
de Léon et de Caslille épouse Constance, la fille de Robert 1", duc de Bourgogne.
Pologne. — Anathème lancé par Grégoire VH contre Boleslas le Hardi ; le royaume est mis en interdit, ses sujets sont déliés du serment de fidélité : le titre de roi est supprimé en Pologne.
Allemagne et Rome. — Henri IV descend en Italie avec une armée ; il ne peut prendre Rome. — Grégoire VII renouvelle la sentence d'excommunication. Les rebelles d'Allemagne opposent à Henri IV un nouveau roi, Hermann de Luxembourg (août)
Empire grec. — Après la chute successive de trois prétendants , Alexis Comnènc, neveu d'Isaac qui a régné en 1067, reste seul empereur.
Empire grec et Italie* — Robert Guiscard va combattre les Grecs au delà de l'Adriatique; il enlève Corfou, Butrinto et Valona, sur la terre illyrienne; Durazzo lui résiste quelques mois, défendue par Alexis Comnène en personne.
Espagne. — Les courses du roi de Castille sur les terres de Tolède sont arrêtées par le roi musulman de Badajoz.
Pologne. — Boleslas le Hardi, détesté de ses sujets , agité par ses remords, fuit de la Pologne. — Wladislas, son frère, lui succède, au détriment de son fils; il ne prend que le titre de duc, et reste docile à la cour de Rome.
Allemagne et Italie. — Craignant une invasion de Henri IV et des Allemands dans !a Pouille , Ro-
bert Guiscard, maintenant l'ami du pape, retourne en Italie , et laisse le soin de la guerre d'Orient à son fils Bohémond.
Grecs et Tnrcs. — Courte suspension des hostilités entre les Grecs et le Turc scldjoucide Soliman. M ne tarde pas à mettre sous son joug presque toute l'Asie Mineure, excepté Trtfbizonde. Iconiumou Cogni ville importante de la Lycaonie, deviendra la capitale de sa principauté, et lui donnera son nom.
Allemagne , Italie et Rome.
— Henri IV est enfin maître de Rome, et s'y fait sacrer empereur par l'anti-pape Guibert. Il assiège Grégoire VII dans le château Saint- Ange ; mais le Normand Robert Guiscard vient dégager le pape , et le conduit au palais de Latran, après avoir saccagé Rome. — Grégoire VII, rendu, par les brigandages des Normands, odieux à ses sujets, se retire au mont Cassin, auprès de son fidèle allié, l'abbé Didier, et de là à Salerne, sur la terre normande.
Angleterre. — Nouvelle révolte du fils aîné de Guillaume Ier.
France. — Fondation de Tordre monastique des Chartreux, par saint Bruno.
Grecs et Italie. — Les Vénitiens auxiliaires des Grecs contre les Normands, sont battus avec eux sur mer, et renoncent à leur tentative sur Corfou.
Grecs et Tares. — Le sultan d'Iconium, Soliman, prend aux Grecs Antioche et Laodicée, en Syrie.
Afrique et Espagne. — Après quatre ans de guerre, Alphonse VI prend possession de Tolède (25 mai), la repeuple de chrétiens et y établir sa cour. La capitulation souscrite par le dernier roi laisse aux musulmans qui resteront dans la ville leurs mosquées et leurs cadis ou ju-
XIe SIÈCLE APRÈS J, C.
ges avec la jouissance paisible de jours biens. Le nouvel archevêque de Tolède s'attribuera bientôt , par un privilège pontifical de Tan 1088, la primatie sur toutes les églises.
— Mohammed Ben - Adad, le roi de Séville, invite les princes musulmans de la péninsule, établis à Almérie, à Grenade, à Badajoz, à Valence, où règne maintenant le prince qu'Alphonse VI a dépouillé de Tolède , à s'armer pour la foi , contre le roi de Castille, qui assiège Saragosse. Une junte composée des oulémas qui composent le corps des gens de loi, des fakirs ou docteurs , des cadis, attachés aux mosquées métropolitaines de l'Espagne, proclame Paldjihed , ou guerre sainte, et appelle, pour la diriger, Yousouf, souverain . es Almoravides d'Afrique, en Mauntanie, qui cependant reconnaissait la suprématie spirituelle du calife de Bagdad.
Italie. — Grégoire VII meurt à Salerne (mai). Il est le premier qui ait ordonné que le nom de pape ne serait porté que par l'évéque de llome. L'abbé du mont Cassin, Didier, son ami, lui succède sous le nom de Victor III. — Mort de Robert Guiscard, dans l'Ile de Cépha- Iénic, pendant la guerre contre les Grecs (17 juillet). — Rivalité entre ses (ils qu'il a eus de différents mariages ; iloltémond, l'aîné, est réduit à la principauté de Tarente, 0 Iran te et Gallipoli ; le second, Roger Bursa, est duc de Calabre et de Pouille. Roger de Sicile, frère de Robert, garde comme auparavant la moitié de la Galabre.
Turcs» — Un frère du grand prince d'Asie Malek-Schah, Tontousch, qu'un meurtre a déjà mis en possession de la sulianie de Damas, attaque, comme allié de l'émir d'Alep en Syrie , le sultan scldjoucide d'Iconium. Soliman pour la première l ois est réduit à fuir ; de désespoir, il se donne la mort. Son empire est morcelé par les gouverneurs de provinces; sept ans d'anarchie.
Afrique et Kgpagne. — L'almoravide d'Afrique, qui a conquis Ceuta et Tanger sur le roi arabe de Malaga, bien accueilli à Algézirasetà Séville, rencontre et bat Alphonse VI entre Badajoz et Mérida, dans la plaine de Zallaka (lieu glissant).
Après sa victoire, Yousouf repasse le détroit et laisse aux musulmans d'Espagne le soin d'en recueillir le fruit; une partie des almoravides cependant reste en Espagne.
Allemagne et Bohême. — Dans une diète à Mayence, l'Empereur donne au duc Wratislas le titre de roi de Bohême , avec l'investiture de la Lusace , de la Moravie et de la Silésie; c'est une dignité toute personnelle, qui ne passera pas à ses successeurs.
Danemark. — Kanut IV s'étant obstiné à vouloir établir la dîme en faveur du clergé, péri t au milieu d'une révolte, égorgé dans l'église d'Odensée (10 juillet) ; il est honoré comme martyr. Sa veuve, fille de Robert le Frison, comte de Flandre, retourna en Flandre avec son fils.
Angleterre. — Mort de Guillaume 1er, sur le continent. La Normandie lui doit la fondation de beaucoup d'églises , de monastères et d'écoles. Il lègue l'Angleterre à son second fils, Guillaume II le Roux; l'aîné , Robert Courte-Heuse , n'obtient que le duché de Normandie.
Guillaume le Roux trouvera un précieux conseiller dans son ancien précepteur, l'Italien Lanfanc, devenu primat et archevêque de Ganterbury.
Angleterre et France. — Guillaume le Conquérant, outragé par Philippe Ier, vient dévaster le Vexin français qui était rentré aux mains du roi depuis 1074 , et incendie Mantes.
Hongrie. — Ladislas I#r ajoute à ses États le royaume de Croatie, comme héritier de sa sœur, veuve du dernier roi.
*Ie SIÈCLE APRÈS J. C
Afrique et Kspaftne. — Yousouf est rappelé d'Afrique avec ses almoravides contre Alphonse VI de Castille : campagne sans succès; Yousouf quittera l'Espagne.
Allemagne* — La mort de l'antlroi Hermann de Luxembourg n'affermit pas l'autorité aux mains de Henri IV.
France. — Béarnais, ville épiscopale, s'érige en commune.
jLfrlque et Espagne. — L'almoyavide Yousouf tente une troisième expédition en Espagne, mais cette fois sans être appelé. Il dévaste le territoire chrétien de Tolède, et va détrôner le roi musulman de Grenade, qui acheva sa vie en Afrique ; il retourne dans sa capitale africaine sans avoir reçu les ambassadeurs des rois de Badajoz et de Séville , qui lui avaient ouvert l'Espagne en 1085.
Espagne. — Alphonse VI, à la persuasion d'un abbé français, légat du saint-siége, substitue, malgré les murmures du clergé et du peuple de Tolède, le rit gallican qui était celui de l'Église romaine, au rit tolétain ou mosarabique ; vainement les épreuves judiciaires du duel et du feu , appliquées à ce grand débat, avaient donné gain de cause à l'usage national. — Urraque , fille d'Alphonse VI et de Constance qui elle-même est née dans la Bourgogne ducale, est mariée à Raymond, de la maison comtale de Bourgogne.
France. — Le roi soutient Robert contre Guillaume M le Roux.
Italie et Allemagne. — La
comtesse Mathilde, alliée de l'Église, qui vient, à quarante-cinq ans, de se remarier avec Welf, le fils du duc de Bavière , petit-fils du marquis d'Esté dans l'Italie du nord, est attaquée par Henri IV.
Afrique et i:«pagne. — Quatre corps d'armée d' Yousouf enlèvent plusieurs royaumes musulmans. Le roi de Séville dont les États sont conquis, emmené captif en Afrique, a pour se consoler l'affection piem* de ses filles et la culture de la poésie ; le roi d'Alméria son ami est mort avant l'occupation de son royaume par les Africains.
Espagne. — Par décision du concile de Léon , Alphonse VI fait renoncer ses sujets à l'usage des caractères gothiques pour les caractères latins, afin de faciliter les rapports de commerce avec les étrangers, les caractères latins étant employés en France et dans les principaux États d'Europe. L'écriture et la langue gothique sont gardées par les Mozarabes.
Orient musulman. — Dans les montagnes de l'Irak-Persique se forme l'abominable secte des Bathénéens; le nom d'as6assins leur vint de leur fondateur Hassan-Sabah , ou mieux du haschisch , liqueur enivrante à l'aide de laquelle il fascinait leur imagination et s'assurait leur dévouement absolu : ils font métier d'exécuter à travers tous les périls et quelle que soit la distance , tout commandement de meurtre donné par leur chef, qu'on appellera le Vieux de la montagne. Ils auront une série de princes pendant cent dix-sept ans.
Afrique et Espagne. — Le
royaume de Valence résiste un peu plus longtemps que les autres États musulmans à l'invasion almoravide , avec l'assistance des chrétiens de Castille. Rodrigue Diaz de Bivar, dit le Cid, à la tête des troupes d'Ai- .phonse , défend Valence jusqu'à ce que la trahison en ouvre les portes aux Africains : le traître reçut le gouvernement de la ville.
Empire grec. — L'empereur
288 XIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Alexis Comnène fait appel aux Occi- nomme aux bénéfices vacants; Andentaux, et surtout au pape contre selme, Italien, abbé du Bec en Norles musulmans. mandie, est élevé à l'archevêché
Fronce. — Le roi Philippe I", de Cantorbéry.
marié à Berlhe de Hollande, enlève Rohcme. — Le fils aîné de Wra-
au comte d'Anjou sa femme Bertrade tislas arrive par la mort de son oncle
de Montfort, et l'épouse. — Concile au trône ducal, dont son père l'avait
de Soissons contre l'hérésie de Ros- écarté pour punir ses rébellions,
celin qui soutenait que les uni ver- — Un édit sévère contre l'idolâtrie
saux, ou idées générales, n'avaient est encore nécessaire.
aucune réalité en dehors de notre ^oise Le roi Malcolm meurt
esprit et n étaient que des noms; il dans une gucrre conlre les Anglais,
appliquait cette doctrine scolastique jj3 dignité héréditaire de Steward ou
au mystère de la Trinité. Les rea- stuart , qui est analogue à celle de
listes tomberont dans l'excès con- grand sénéchal en France , occupée
traire. Cette querelle des nominaux alors par le comie Walter ou Gau-
et des réalistes a passionné tout le tieri a commencé l'illustration des
moyen âge Stuarts, qui depuis ont régné en
Orient musulman. — L'État Ecosse,
seldjoucide d'Iconium, après sept orient musulman. — Mort du
ans d'anarchie, passe dans les mains Turc seU]j0Ucide Malek - Schah.
énergiques de Kilidge-Arslan , fils Son origine tartare et la férocilé de
aîné du sultan Soliman. sa lrlbu conlrastent avec son hu-
Pologne. — Guerre défensive, manité, son gouvernement libéral et
pendant cinq ans, en même temps éclairé. Bagdad lui doit un magnifi-
contrcles Russes, contre les Prussiens que collège où furent réunis tous les
idolâtres, et contre les Poméraniens. savants les plus distingués, surtout
en astronomie. — Son fils qui lui suc-
1095. cède dans ses immenses états, et
Afrique et Espagne. — Con- da.ns. dl8nlté de Sllllan à Ba&dad> quête par les almoravides du royau- n ,nilte Das ses verlusme musulman de Badajoz, qui com- Russie. — La plaine de Kiev est prend les places de Silves, de Lis- dévastée par les Tartares Polovtsî bonne, de Santarcm , d'Évora; Ba- dont le nouveau duc de Russie, dajoz bien défendue par son roi Swiatopolk II, avait outragé les décapitule la dernière. Le roi A h me h putés. de Saragosse échappe à la domina- 1094. tion africaine.
*n»«„„»« „ « • iv Angleterre.-— Une assemblée
Allemagne. -. Henri IV tient ecclésiastique, tenue par l'ordre du
rôTT S1J^COndC-.fCiillilK' PTlT roi* décide <^e Archevêque de Can-
uWru* Q a abreuvée terbury, saint Anselme, ne peut sans
° le consentement du roi promettre
Allemagne et Italie. — Con- obéissance ni demander le pallium
rad, fils aîné d'Henri IV, se révolte et au pape Urbain H, puisque le prince
prend la couronne d'Italie, d'après ne l'a pas encore reconnu.
tothiïSfh sÎJïJ*1?.? C0UUeSSe Espagne. - Le roi d'Aragon et Mathilde. Il aura pour lui le pape, en.de Navarre Sanche - Ramirex , est
tures ecclésiastiques. ca „ a faU promeUre a* 80n fils
Angleterre. — Après avoir pen- Pierre I*r, qui lui succède dans les
dant cinq ans rançonné les églises deux royaumes , de continuer le
de son royaume, Guillaume le Roux siège; la ville ne sera prise qu'en
XIe SIÈCLE
1096. — Valence , prise par le Cid aidé de toute la noblesse chrétienne, devient sa résidence; un évéché y est fondé.
France. — A Autun, sur les terres du puissant duc de Bourgogne, le légat du saint-siégc, Hugues Lyon!
tient un concile pour excommunier le roi adultère.
Orient musulman. — Le nouveau calife de Bagdad, Mostadher, pendant un règne d'environ vingtcinq ans, restera tout à fait étranger aux grandes révolutions qui agitent l'empire des Arabes. — Un frère de Malek-Schah, Toutousch, sultan de Damas, fait la conquête du territoire d'Alep. — Pierre l'Ermite, natif d'Amiens , fait un pèlerinage en Palestine où il est vivement frappé des souffrances des chrétiens.
Allemagne et Italie. — Welf, le fils du duc de Bavière, divorce d'avec la comtesse Mathilde , et se sépare du parti pontifical.
Danemark. — Les Danois se jettent sur le pays des Vandales idolâtres qui était le repaire des pirates de la Baltique; la principale ville de ces barbares, Wollin, à l'embouchure de l'Oder, est prise et rasée jusqu'aux fondements.
En pas ne.— Les Almoravides occupent les Iles Baléares qui avaient appartenu aux rois arabes de Valence et de Dénia. — Henri, de la »»aison ducale de Bourgogne, qui est venu avec beaucoup de 'chevaliers français combattre pour Alphonse VI de Castille, reçoit de lui la main de sa fille naturelle Thérèse, avec la possession des pays entre le «s Miuho et le bas Douro, et de tout ce qu'il pourrait conquérir sur '«Arabes au sud-ouest.
non-rle. — Mort du roi LadisksI" le Saint (juillet): il était célèbre en Europe par ses guerres contre ks Yalaqucs, les Russes, les Polonais
APRÈS J. C. 239
et les Bohémiens; il se préparait à aller combattre les infidèles en Asie.
Rome. — Le concile de Plaisance, où le pape Urbain II réunit deux cents évéques, quatre cents clercs et trente mille laïques, reçoit les plaintes de la reine d'Allemagne contre son mari ; renouvelle les sentences rendues contre l'hérésie de Bérenger de Tours, qui est mort depuis 1088 ; interdit la simonie et le mariage des prêtres; et entend les ambassadeurs grecs qui viennent implorer les peuples de 1 Occident Contre les infidèles (mars).
Borne et France. — Urbain II, d'origine française, vient présider le concile de Clermont (novembre):
Philippe Ier est de nouveau excommunié pour son mariage adultère; Pierre l'Ermite et le pape provoquent l'élan populaire des guerres saintes. — Ceux qui se dévouent à la délivrance du tombeau de Jésus- Christ prennent une croix rouge qu'ils porteront sur l'épaule gauche.
La masse du peuple et les chevaliers accueillent la pensée de la première croisade aux cris de : Dieu le veut.
L'Eglise place les croisés sous la protection de la trêve de Dieu.
Turcs. — Toutousch, sultan de Damas et d'Alep, périt dans une ba taille contre son neveu Barkiarok, héritier de la vaste puissance de Malek-Schah; ses deux fils se parla gèrent ses principautés.
Angleterre. — Le duc de Normandie, Robert, qui a pris la croix, engage pour cinq ans son fief, moyennant dix mille marcs, à son frère le roi d'Angleterre.
Allemagne, France, Hongrie et Italie. — Les premières bandes de croisés , composées de masses de peuple indisciplinées, sont conduites séparément par Gauthier sans Avoir, gentilhomme français, par Pierre l'Ermite l'apôtre de la croisade, et par Godcscalc, prêtre
£90 XIe SIÈCLE APftHS J.
du palatinat; elles dévastent sur leur lidge-Arslan, et trente-cinq jours de passage la Hongrie, et sont en partie siège. Les Grecs sont remis en posmassacrées. L'armée des chevaliers session de cette ville. Les croises part un peu plus lard, mieux or- trouvent les armées musulmanes, sur donnée, mais sans un chef unique, leur route, en Phrygie à Dorylée ou et partagée au moins en trois corps : ils gagnent une victoire, en fisidic , aucun des rois de l'Europe n'a pris en Lycaonie. , ja croix. Les Français du nord, les 1098. Anglais, les Flamands, les Lorrains, AncmaRlle. L'Empereur fait traversent l'Allemagne et la Hongrie. £~ «n de VEmp{r(i son fils Les croisés qui viennent du sud de ^e Conrad, et désigner pour sucla France et de Htahe, surtou Mes ^Z^on second fils, Henri, âgé Normands, sous Bohémond, fils de ™ ' Robert Guiscard, et sous Tancrèdc, de dix-sept ans. franchissent l'Adriatique, et à travers France— Le couvent bénédictin l'IUyrie, la Thessalie, etc., s'achemi- deCileaux, en Bourgogne, est fondé nent par terre aussi vers Constanti- par saint Robert de Champagne qui nople, qui est le rendez-vous géné- avait déjà fondé l'abbaye dé Molême. rai. On porte le nombre des croisés à Italie. — Les marches de Suzc cent mille chevaliers et à six cent mille el de Turjn dont l'Empereur investit fantassins. Les Vénitiens équipent Humbert H, seigneur de la Tarenpour la croisade deux cents vaisseaux. tais(^ territoire baigné par l'Isère,
France. — Dans le concile de forment le noyau de la principauté Nimes, est confirmé aux moines le de Savoie-Piémont, droit d'exercer les fonctions de pré- Italle et Sicile. — Roger I,r, très. comte de Sicile, et possesseur de la
Orient musulman. — Le vizir moitié de la Calabre, aide son cousin du calife fatimite d'Ëgypte enlève Richard, prince de Capoue, a réduire aux Turcs ortokides la ville de Jé- ses sujets lombards révoltés , et en rusalem, qu'ils avaient replacée sous obtient l'hommage. — Le clergé t e la suzeraineté nominale des califes Sicile détaché, depuis la conquête de Bagdad normande, de la juridiction du pa-
~ . ' . . , . , . triarche de Conslantinople, est rc-
»u8»le.TDans la principauté de . é R ler ^us l'autorité
Tchernigof, les évéques, les abbés, jL.|rilu;,Ué dc l'Église de Rome. Le
elles principaux bourgeois des villes » lui accorde) en rctour, pour lui
de Russie, sont réunis en assemblée » £ ses successeurs à perpétuité,
générale pour rétablir la concorde , 1 pouvoirs dc légals apostoliques
entre les princes , et , par de nou- / |Uiiie0
veaux partages, préciser les droits VJ r
de chacun. Les guerres recommen- Orient.— Les croisés emportent
cent bientôt. d'assaut après sept mois de siège,
An„ la grande ville de Syrie, Antioche,
luy7 qui reste en toute propriété au
Orient.— Frayeur d'Alexis Com- Normand Bohémond (5 juin). U
nène à l'approche dés croisés: il rc- ne les suivra pas au siège de Jérusa-
doute pour sa capitale leur cupidité lem. Les troupes envoyées ae
et leur ambition; il leur fait promet- Bagdad, sous Kerbogath, général uu
ire, par un serment solennel, de ren- Turc Barkiarok, arrivent trop ta ru,
dreàl'empired'Orientlesterresqu'ils unies à celles de Damas et d Aiep,
enlèveront aux musulmans. — Leur elles perdent un grand combat pre
passage en Asie Mineure : ils atta- d' Antiochc ( 28 juin). — Lc8„cr0,!J!
quent Nicée ; deux batailles contre mettent un an à traverser 1 espat
le sultan scldjoucide d'iconium , Ki- qui les sépare de la ville saune
XIe SIÈCLE
—Rivalité et combat, dans le port de Rhodes, des flottes de Venise et de Pise qui faisaient route vers la Palestine.
Espagne* — Mort du Cid à Valence. — Valence attaquée par les Almoravîdes a pour défenseurs la veuve du Cid, et Henri de Bourgogne, un des gendres du roi de Cakille.
France. — Philippe Ier associe son fils Louis à la royauté.
Orient. — Réduits à vingt milje hommes et à quinze cents chevaux, les croisés arrivent devant Jérusalem (7 juin). Trente-neuf jours de siège. Les chrétiens, enfin maîtres de la ville sainte ( 15 juillet), font expier aux infidèles cette longue résistance. — Les chevaliers élisent un roi qui présidera à la défense et à l'extension de la conquête. Le duc de Basse-Lorraine , Godefroy de Bouillon, préféré à cause de ses vertus héroïques, organise la société féodale de l'Orient : les grands vassaux du baron du Saint -Sépulcre seront le prince d'Antioche, le comte de Tripoli en Phénicie , après la conquête
APRÈS J. C. 291
de 1 100 , le comte d'Edesse , sur la limite de l'Arménie chrétienne, où est déjà établi Baudouin, frère de Godefroy; avec des arrière-vassaux possesseurs de seigneuries , baronies et marquisats: à mesure que les terres seront enlevées aux musulmans, elles seront converties en fiefs. Les 4mm de Jérusalem, rédigées en français, sont le code féodal du royaume latin qui durera près de deux siècles. Le roi ne relève que du pape, dont le légat, Daymbert , archevêque de Pise, reçoit le siège patriarcal de Jérusalem. — Deux cent mille musulmans envoyés trop tard par le caiife fatimite d'Egypte pour défendre Jérusalem, éprouvent un immense désastre près d'Ascalon au sud-ouest de la ville :
exploits de Godefroy de Bouillon et de Robert , duc de Normandie (12 août). La Galiléo formera une principauté pour le Normand Tancrède. — Les Vénitiens se montrent dans le port de Jafla, conquis par les croisés. — La première croisade a été racontée par Anne Comnène , fille de l'empereur Alexis 1er. Ses récits ne sont pas plus favorables aux Occidentaux que ne l'a été en tout temps aux croisés la cour de Constantinople.
XH< SIÈCLE APRÈS J. G.
APERÇU GÉNÉRAL
L'histoire des croisades et des établissements chrétiens en Orient est liée à celle des chefs musulmans, califes, sultans et émirs, abasâdes ou turcs; il en est de même des annales byzantines. Quoique les empereurs grecs, séparés de l'Église romaine, et jaloux ou inquiets des conquêtes tentées par les Occidentaux , qu'en Orient on désigne par le nom de Latins , ne prennent pas part directement à ces expéditions, ils se signalent encore par leur perfidie. Les princes catholiques, souverains féodaux d'Antioche, de Jérusalem, de Tripoli, d'Edesse, sont aux prises ayee le sultan d'Alep : Édesse tombe
292 XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
en son pouvoir; Damas résiste aux efforts combinés d'une armée allemande et d'une armée française, conduites chacune par son roi. Le sultan de Damas et d'Alep charge son lieutenant Saladin de ia conquête de l'Égypte sur la dynastie des Fatimites, qui a donné en cent soixante-deux ans quatorze califes. Saladin garde l'Égypto pour lui-même, et dépouille aussi la famille de son maître des cantons qu'elle possédait en Syrie. La conquête de Jérusalem, la sagesse de son gouvernement et son humanité lui ont fait une réputation égale à celle des grands rois de l'Occident, Frédéric Barberousse et Philippe-Auguste , qui ont pris les armes pour le combattre. Richard Cœur de Lion, qui fut en Europe un tyran vulgaire, déploie dans sa lutte contre Saladin les qualités brillantes d'un chevalier. La mort de Saladin, signal du démembrement de son empire en trois monarchies, Alep, Damas, Égypte, n'est mise à profit ni par les califes abbassides, qui ont toujours tant de peine à se soutenir, ni par les princes latins, divisés entre eux, qui laissent tout le poids de la guerre aux chevaliers de Saint-Jean et aux nouveaux ordres religieux des Templiers et des Teutons , ni à l'empire grec, incessamment troublé par les factions. ;
La guerre contre les Turcs seldjoucides de l'Asie Mineure, contre les Turcs patzinacesou petchenègues au nord-est du Danube, contre les Servions au nord-ouest, contre les Normands de Sicile dans l'Adriatique et dans la mer Égée, n'empêche pas les luttes sanglantes au sein de la maison impériale des Comnène, qui se perpétue cependant sur le trône de Constantinople.
Les grands États de l'Europe sont moins étrangers les uns aux autres. Les croisades leur créent des intérêts communs. La querelle des investitures, qui se continue sous le nouveau roi d'Allemagne, le parricide Henri V, agite même l'Angleterre : le concile de Reims, tenu en France, prépare la solution que l'Allemagne reçoit de l'assemblée de Worms, que l'Église entière reçoit du premier concile général de Latran, convoqué aux portes de Rome. Le schisme qui naît de la double élection pontificale d'Innocent II et d'Anaclet II partage toute l'Europe : il porte atteinte à la fois à la puissance temporelle et à la puissance spirituelle du saint-siége. Le Normand de Sicile Roger II devient un roi puissant, redoutable même pour son suzerain, l'évêque de Rome, par la réunion de la Pouille et de la Calabre à la Sicile. Arnaud de B rescia, moine austère et éloquent, mais animé de l'esprit révolutionnaire, applique au gouvernement civil de Rome des maximes d'indépendance qu'il tenait peut-être d'Abailard, son maître en théologie et son ami. L'arbitre de la chrétienté, celui dont la sagesse et la fermeté sont invoquées dans toutes
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
les questions religieuses et politiques, est un moine de France, saint Bernard, issu d'une noble famille de Bourgogne. Pacificateur de l'Italie et de l'Allemagne, défenseur des droits des papes légitimes, mais jamais au détriment des libertés particulières à chaque nation, docteur ardent contre les hérétiques, sermonaire savant et enthousiaste, habile à manier la langue vulgaire à l'aide de laquelle il fait descendre les vérités de la foi à l'oreille du peuple, prédicateur de la croisade, conseiller des papes et des rois, saint Bernard remplit de son nom trente années du xii» siècle. Vers le moment où il meurt, les deux grands principes qui sont on rivalité dans le monde , la puissance des rois et celle de l'Église, viennent de se forger de nouvelles armes ; mais ces armes pacifiques ne suffiront pas aux passions avides de combat. La renaissance du droit romain , enseigné par les jurisconsultes de Bologne, avant qu'un manuscrit du Digeste de Justinien fût trouvé dans le pillage d'Amalfi, favorisait l'extension de l'autorité des rois, surtout de celle des empereurs. L'Église opposera au droit romain le droit canonique : le recueil du moine Gratien « Concorde des canons discordants » devient le texte d'une jurisprudence ecclésiastique fondée sur les maximes de suprématie, que cherchait à appliquer la cour de Rome.
L'honnête et modeste royauté des Capétiens, Louis le Gros et Louis le Jeune, semble bien pâle à côté de la vie turbulente et passionnée des rois d'Angleterre et de Germanie, Henri II Plantagenet et Frédéric de Souabe.
Le pouvoir royal, sous Louis VI, s'est fait aimer on protégeant les faibles : cependant l'établissement des communes, prouvé par les chroniques et les chartes, n'est pas l'œuvre directe du roi ; son intervention, souvent acquise à prix d'argent, se borne àconfirmer les privilèges que les transactions avec les seigneurs ou que l'insurrection a valus aux bourgeois. La piété de Louis le Jeune donne une nouvelle force morale à la royauté sans ajouter beaucoup à sa force matérielle.
En Angleterre, la maison de Guillaume le Conquérant se renouvelle : Henri Plantagenet, le fils de Mathilde, qui elle-même n'avait pu garder le trône, possède, au moment où il devient roi, la Normandie, le Maine, l'Anjou, le Poitou et la Guyenne; il réunit ainsi les droits de son père, de sa mère et de sa femme. La Bretagne, fief de France, et l'Irlande n'auraient sans doute pas été ses seules acquisitions, s'il n'avait entrepris de lutter contre l'Église, si sa force ne s'était brisée contre la résistance inébranlable do l'archevêque Thomas Becket. Thomas, assassiné, devient un martyr : Henri II est réduit à s'humilier devant le tombeau du saint. Ses enfants se ré-
XIIe SIÈCLE APEÈS J. C.
voltent , et il ne laisse en mourant, à l'Angleterre , qu'un fils féroce et un ûls lâche : Richard Cœur de Lion et Jean sans Terre. Le jeune roi de France, Philippe Auguste, protège, par politique, les fils contre le père, comme Louis le Jeune a, par piété, protégé l'archevêque contre le roi.
En Allemagne, les commencements de Frédéric Barberousse promettent un heureux règne. Neveu et successeur do Conrad de Souabe, et par là chef des gibelins, il tient en même temps par les liens du sang à la famille guelfe qui a donné un empereur, Lothaire de Saxe; il semble destiné à éteindre ou à suspendre les fureurs des deux factions. Lorsqu'il tente de replacer l'Italie sous la domination impériale, il a contre lui le saint-siége, qui n'a plus à craindre Arnaud de Brescia, et les villes lombardes confédérées; le pape soutient une cause nationale, en se mettant à la tête du parti de l'indépendance italienne. Le règne d'Alexandre III est le plus long et le plus célèbre pontificat du xir siècle. Cependant les antipapes, que l'empereur lui oppose pendant vingt-deux ans, affaiblissent l'autorité du chef de l'Eglise. Les Italiens auraient dû saisir cette occasion de se réunir en un seul corps de nation par les liens d'un gouvernement fédéral : avec une constitution réglée selon les vœux des peuples et l'importance politique de chacun, l'Italie serait demeurée libre. Lorsque Frédéric, après une défaite de ses armées, est forcé de consentir à la paix, la ligue lombarde se dissipe d'elle-même, et les discordes intestines recommencent.
Les papes , les Vénitiens , les Normands n'ont pas les mômes vues que les autres Italiens. Venise, dont les armes sont victorieuses en Syrie, dans l'archipel, en Calabre, dans le territoire de Padoue, et sur divers points de l'Italie, prétend rester maîtresse de l'Adriatique, au détriment du roi d'Allemagne ot des Normands; elle reçoit dans ses murs Alexandre III, et offre sa médiation pour la paix. Le mariage symbolique de Venise avec la mer est déjà un fait accompli : elle règne sur l'Adriatique et bientôt elle régnera dans l'Archipel ; à l'intérieur, l'aristocratie se constitue , et presque tous les pouvoirs de l'assemblée générale sont donnés à un grand conseil. La race normande^ qui règne sur les Dcux-Siciles, au milieu des sanglantes intrigues do cour, ne laisse pas convertir en domination réelle la suprématie nominale du saint-siége ; elle persévère dans les traditions chevaleresques qui entraînaient ses princes contre les Grecs d'Orient, aussi bien que contre les Sarrasins de l'Afrique.
Ce beau domaine féodal, peuplé de Normands , de Grecs et do Sarrasins, passe, par un mariage, à la maison de Souabe, qui prétend garder aussi la Toscane, portion de l'héritage de la comtesso
XIIe SIÈCLK APRÈS J. C.
Mathilde au nord des États de l'Église. Le nouveau roi des Deux- Siciles , Henri VI , succède comme empereur à Frédéric Barberousse qui a dépouillé la maison Welf de ses fiefs de Bavière et de Saxe. Ses sept années de règne sont horribles : peu de princes ont été plus durs; il est surtout le fléau de la Sicile où il fait abhorrer la maison de Souabe. Richard Cœur de Lion , en regard d'un tel contemporain, paraît moins cupide et moins cruel : ses prouesses de Palestine et les lâchetés de son frère Jean sans Terre font ombre à ses vices. Philippe Auguste est le premier prince de l'Europe, à la fin du siècle, en attendant le pape Innocent III. Depuis Alexandre III, qui, pour soustraire l'Église au schisme, a réglé que l'élection d'un pape serait consommée par la réunion des deux tiers des suffrages des cardinaux, la succession de cinq papes en dix-huit ans affaiblit la puissance delà cour de Rome.
Le sud-ouest et le nord-est de l'Europe ne sont plus tout à fait en dehors des destinées communes de la chrétienté. La première partie du siècle est employée, par les chrétiens de l'Espagne, à se constituer à l'intérieur, tout en repoussant les Maures. Saragosso et Lisbonne, enlevées aux infidèles, cette dernière avec le concours d'une armée de croisés, deviennent les capitales des royaumes d'Aragon et de Portugal : ce sont des maisons d'origine bourguignonne qui occupent les trônes de Portugal et de Castille ;' les comtes de Barcelone deviennent rois d'Aragon. Le peuple des villes et des campagnes, appelé, comme le clergé et la noblesse, à la guerre sainte sous l'étendard de la foi et de l'indépendance, commence à participer, par ses députés, aux délibérations des cortès, qui forment l'assemblée nationale en Aragon et en Castille. Lorsque les Almonades, fondateurs d'un nouvel empire maure, se jettent sur la péninsule, la création des ordres religieux militaires entretient le zèle des chevaliers : les États chrétiens ne périront pas.
Les peuples du Nord ont de grands rois : la Norvège s'honore du roi Sverre , qui a résisté aux entreprises du clergé, et a peut-être composé quelques écrits; Valdemar Ier, de Danemark, laisse deux codes et acquiert la gloire des combats. La puissance, dans le grandduché de Russie, se déplace : elle passe do la ville de Kiev à ccllo de Wladimir, qui est plus loin à lest, quoique les Russes aient à so défendre contre les Bulgares.
Ce siècle est riche en fondations d'écoles sacrées et profanes ; on compose beaucoup de livres. La théologie n'est plus, autant qu'autrefois, l'élément dominant dans la littérature. Les hérésies deGilbert de la Porée, qui enseigne que la divinité n'est pas Dieu, mais la forme selon laquelle Dieu est Dieu; d'Abailard et d'Arnaud do
Brescia, qui attaquent la Trinité; des Vaudois, qui sont à la fois do- •natistes et iconoclastes; des Albigeois qui y ajoutent le manichéisme, entretiennent l'ardeur des discussions scolastiques. Abailard, si savant, est pourtant bien plus célèbre encore par son amour pour Héloïse et par ses infortunes, que par sa science et ses erreurs. Pierre Lombard, le maître des sentences, est l'auteur du premier traité scolastique de théologie : c'est lui qui a multiplié les divisions et les sous-divisions, étendu l'usage de la synthèse, et propagé l'art syllogistique. Les universaux font fureur dans l'école : la doctrine de Guillaume de Champeaux, réaliste si violemment combattu par Abailard, triomphe. Les entraves de la scolastique ont été secouées par saint Bernard : l'énergie de son âme, la fécondité de son imagination, et l'ardente vivacité de son esprit, eussent été à l'étroit dans les formes du syllogisme.
La littérature profane en langue latine donne les essais philosophiques de Jean de Salisbury, et les livres historiques d'Othon de Freisingen, parent des empereurs de la maison de Souabe. Sous le roi Sverro, le moine Théodrick compose, en latin, une histoire des premiers rois de Norvège, extraite de chroniques islandaises. Hermold et Arnold recueillent, en langue latine, les traditions relatives aux peuples slaves.
Les langues modernes commencent à être employées en vers et en prose : le Miroir des Rois, en langue Scandinave, attribué au roi norvégien Sverre, est un recueil de maximes et de conseils à Tusage des hommes d'État, des ecclésiastiques et des laboureurs. En Russie, on continue la chronique que le moine Nestor avait écrite en esclavon, peut-être dans le siècle précédent.
Le xii* siècle fournit de très-riches collections d'épîtres : celles d'Abailard, de Suger, de saint Bernard, de Jean de Salisbury, de Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, sont utiles par les documents qu'elles renferment, et la forme littéraire n'en est pas à dédaigner.
Dans les pays occidentaux, l'idiome roman, ou latin rustique, premier élément du français, de l'italien, de l'espagnol et du portugais se perpétue par les chants des troubadours.
Les trouvères essayent de former la poésie française proprement dite; la même langue sert aux poètes de la Normandie et à ceux de la Bretagne insulaire. Le plus célèbre est maître Robert Wace, clerc de Caen, né dans l'île de Jersey : il emprunta à une chronique en prose latine le sujet de son Roman du Brut ou Brutus, chronique rimoe en vers romans de huit syllabes, histoire chevaleresque des rois de la Grande-Bretagne, depuis la guerre de Troie jusqu'en 680 de Jésus-Christ; le principal héros est le Cambrien Arthur qui a in-
XIIe SIÈCLE APRÈS J C
slitué la Table ronde où sont admis les chevaliers de tous les pays, Ivain, Merlin, Lancelot, etc. Son autre poème, le Roman de Rou ou Roi Ion, donne l'histoire des ducs de Normandie depuis Rollon jusqu'à la seizième année de Henri II Plantagenet. Chrétien de Troyes, un des plus féconds trouvères, dans son poème du Chevalier au Lion, consacré à la gloire d'Ivain ou Owen, imite un barde breton du Clamorgan qui vivait au commencement du siècle; mais l'énergie et la vérité native du conte gallois disparaissent sous les idées plus raffinées et le langage descriptif du conteur français. A ce siècle appartient la première version en prose française du roman de Lancelot du Lac, un des douze chevaliers do la Table ronde, qui avait été primitivement écrit en latin. Peu de gens entendaient le latin, excepté dans les monastères : « Y a plus laïz (laïques) que lettrés » dit un trouvère ; aussi les poètes pour avoir des auditeurs et des lecteurs écrivaient en roman. Les mœurs féodales sont peintes avec une grande énergie dans une Chanson de Geste en langue romane , le Roman des Loherains, épopée en trois branches, qui représente la lutte de la race lorraine, c'est-à-dire teutonique, contre la race artésienne, c'est-à-dire française : dans le poème, la race française est vaincue. On aime à chanter, en les transformant, les temps de Gharlemagne ; le héros des Teutons partage la sympathie des poètes avec le Breton Arthur, et avec Alexandre le Grand, dont les romanciers feront aussi un chevalier entouré de douze pairs. Les romans de Charlemagne reposent sur l'hypothèse d'une expédition de ce prince en Palestine : les plus vieux manuscrits de la chronique do Turpin, qui leur sert debasecommune,sontdu temps de Philippe I" ou de Louis le Gros. Dans les romans de chevalerie, écrits en latin et en français, en vers et en prose, il est difficile de distinguer les textes et les versions, les originaux et les copies. (Voir Demogeot, Histoire de la Littérature française.)
Ces romans, si répandus et si multipliés dans le xiie et dans le xnr siècle, ont aidé au mouvement des croisades, expéditions où la réalité est souvent si voisine du roman. Alors s'établissent des liens étroits entre la dévotion, la galanterie et la bravoure, et, de ces trois éléments, se composent les mœurs chevaleresques qui devinrent les mœurs de l'Europe. Plusieurs pays ont eu, comme la France, une littérature à l'usage de cette dévotion galante et guerrière.
La littérature grecque produit encore quelques ouvrages importants : Suidas compile un vocabulaire ; l'archevêque Eustathe des ficolies sur l'Iliade et l'Odyssée. Le plus célèbre des monuments d'histoire byzantine, qui finit le dernier siècle et ouvre celui-ci , est la vie d'Alexis Comnène,rAlexiade, racontée par sa fille Anne Comr
298 Xir SIÈCLE APRÈS J. C.
nène. Ce livre, écrit avec soin, donne des croisés une opinion moins favorable que les récits des Occidentaux.
La littérature rabbinique se ranime par des travaux savants : l'Israélite Benjamin de Tudéla en Navarre donne une intéressante relation de voyages ; dans ce genre, l'Arabe Edris, qui a vécu à la cour du Normand Roger H de Sicile, est bien supérieur.
Le plus grand nom de la littérature musulmane est alors Averrhoès, homme de bien, ami de la vérité, philosophe et médecin : il étudia beaucoup Aristote et Galien.
Les Scandinaves sont, avec les Arabes, le peuple qui a le plus aimé les récits historiques. Les rois et les héros du Nord se faisaient lire, par des savants islandais, les Sagas, traditions poétiques d'histoire, de géographie et de mythologie : les sagas n'ont pas été composés avant le xiie siècle.
1100. tout de Jean de Milan; il en reste
„ moins de quatre cents vers.
A-.Kleterre.---LamortdeGu.l- 0p|enf chpéUeil# Mort de
laume II le Roux, avant le retour r,winf™ t*a n^,,\nnn *
de Robert de Normandie, permet au f^efroy troisième fils de Guillaume le Con- ^
quérant, Henri 1" Beau-Clerc ou le ^^l^XUi^m^
Savant, de prendre la cou ronne. ^esffis ^
Le nouveau ro. s attache ,1a ipopula- , f commerciale dans |e
lion anglo-saxonne, rétabl it le Uns ^ vingt-huit galères et six
dÉdouard^tra^^ aw éRliMB vaiSseaux abordent au port de Lao-
leurs priv,légcs 11 épouse la fille du dicée en Syrie. Un Français du
™/h^îJ5^ ' qi" Ha»iaut* G*rard ^Avesnes, est le mort depuis sept ans. premier prévot deg Hospitaliers de
Bohême. — Après la mort du Saint-Jean de Jérusalem, qui se charfils aîné de Wralislas, plusieurs rè- geaient d'abord de soigner les pèlegnes sont remplis de troubles et de rins malades, et qui bientôt s'atdivisions entre les frères et les cou- tribuèrent l'office de les défendre sins des ducs de Bohème. Inter- contre les musulmans, sur les routes vention des empereurs et des ducs qui menaient à la ville sainte, de Pologne. il 01.
Halle. — L'école de Salcrne pu- Allemagne. — Mort de Conrad,
blie un fameux ouvrage de médecine, ^s ret>elle d'Henri IV
recueil d'aphorismes en vers latins, f A C1,w" «oi.u^^.i*
dédié à Robert, fils de Guillaume le A,?rlcnU VnH SUiteu 8eWJ°?icl î
rw,.,<4,™» ,™ i«T ™LL-,.,e a* d'Icomum, Kilidge-Arslan, arrête à
Conquérant, que les médecins de .,e lré d; rAsi* Mineure trois arl'école avaient soigné d'une blessure u 1 A 1 1 d
empoisonnée , au retour du siège de Jérusalem. La dédicace lui donne
mées de croisés français qui venaient défendre le royaume latin de Pales-
le titre de roi d'Angleterre, parce jjao
qu'en effet il devait l'être à la mort lliw.
de son frère Guillaume le Roux. — Angleterre. — Les investitures
C'est le travail de toute l'école, sur- ecclésiastiques sont cause d'un débat
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
entre le roi et Anselme, archevêque de Canterbury.
K«pa*ne. — Valence, si difficile à garder à cause de la distance qui la sépare des grandes villes chrétiennes de Castil le, tombe au pouvoir des Àlmoravides.
France. — Saint -Quentin devient une ville de commune , après une transaction avec le comte de Vermandois.
Italie* — La comtesse Malhilde fait une donation formelle de tous ses biens au saint-siége (17 novembre).
Pologne. — Mort du duc Wladislas 1er. Le partage de la Pologne en gouvernements, qui date de son règne, a été une cause d'anarchie féodale.
Afrique et Espagne. — L'almoravide Yousouf vient avec ses deux fils visiter ses États d'Espagne, et fait reconnaître pour son successeur son fils Ali.
Danemark. — Le roi Éric III meurt dans 111e de Cypresur la route de la terre sainte. — Sous Éric III les Églises des trois royaumes du Nord sont soustraites à l'autorité métropolitaine de Brème; avec le consentement du pape Pascal H, qu'Eric était allé solliciter en personne, elles choisissent pour métropole Lunden, ville de Scanie, au sud de la péninsule Scandinave.
Orient chrétien. — Le prince latin d'Antioche, Bohémond, est en guerre avec les Grecs de Constatainople, auxquels il ne veut pas rendre les villes de Syrie ; il emploiera tour à tour la marine de Pisc et celle de Gènes.
Orient musulman. — La mort du Turc seldjoucide Barkiarok, à trente-quatre ans, décide le démembrement de ses vastes états , mais ne profite pas au calife de Bagdad.
Eflpngne. — Le roi d'Aragon,
Pierre Pr, qui meurt en I tôt, a aboli la cérémonie du serment que les rois prêtaient, tète nue, aux pieds du grand justicier : pendant qu'ils le prononçaient, une épée nue leur était appliquée contre la poitrine.
France. — Une assemblée ecclésiastique, composée des prélats des trois provinces de Tours, de Sens, et de Heims, avec le consentement du pape, donne l'absolution au roi Philippe Ier et à Bertrade, a la condition qu'ils se séparent.
Orient. — Le second roi de Jérusalem , Baudouin \*T, avec le concours de soixante et dix vaisseaux génois, enlève Ptolémaïs, ou Saint-Jean d'Acre, aux musulmans de la Palestine.
Orient musulman. — L'Importante sultanie de Damas est prise par un général du fils de Toutousch, qui l'occupera pendant vingt-trois ans avec honneur.
nos.
Allemagne. — Le Jeune Henri, âgé de vingt-trois ans, prend aussi les armes contre son père avec le concours de la noblesse de la Bavière, et avec l'assentiment du pape Pascal II. Bcncontre des deux armées sur la rivière de Regen,près de Ratisbonnc; elles ne veulent pas combattre (août). A Coblontz, entrevue du père et du (Ils (décembre). L'empereur, se rendant vers Mayence pour une conférence, est enfermé dans un château, forcé de rendre les ornements impériaux, et traîné, après NoCl , à la diète d'Ingclheim, où il est à la merci à la fois de son fils et du légat.
Angleterre. — Le roi Henri
Beau-Clerc, se prévalant des plaintes d'une partie des Normands et encouragé par le pape, entreprend la conquête de la Normandie* apanage de son frère aîné Robert.
Danemark et Slaves. — Le
trône de Danemark, après deux ans
XIIe SIÈCLE AfRÉS J. C.
d'interrègne, est donné au frère d'Eric Ier, cinquième fils naturel de Suénon II, Nicolas. — Un neveu d'Éric 1er règne sur les Vandales ; son fils, Pierre Kanut, est duc de Sleswick et roi des Obotriles, ou Slaves occidentaux.
Orient chrétien. — Les Génois se font céder le tiers de quelquesunes des places qu'ils ont aidé les princes de Jérusalem et d'Antioche à conquérir.
Afrique et Espagne* — L'almoravide Yousouf meurt à l'âge de cent ans, à Maroc. Son successeur, Ali, se fait immédiatement prêter sermentpar les autorités musulmanes d'Espagne.
Allemagne. — Après avoir échappé aux embûches de son fils, Henri IV cherche asile à Cologne et a Liège; il tente encore la fortune des armes, mais il est battu et reste sans ressources. Une comète, vue en Allemagne, est regardée comme l'annonce de sa mort. Il meurt a Liège dans la misère (7 août). Son corps, inhumé avec pompe dans la cathédrale, en fut tiré par l'ordre de la cour de Rome, et resta sans sépulture à cause de son excommunication ; il ne sera porté que plus tard a Spire, où il restera encore près de deux ans avant d'être déposé dans le caveau de ses ancêtres.
Angleterre. — Le roi Henri Ier, vainqueur à Tinchebray, à l'est d'Avranches, de son frère Robert, qui est fait prisonnier, réunit le titre de duc de Normandie à celui de roi d'Angleterre, et devient un vassal redoutable pour le roi de France (27 septembre).
France. — Robert d'Arbrisselles obtient la confirmation pontificale pour Tordre bénédictin de Fontcvrault, qu'il a fondé dans l'Anjou en 1099 pour des religieux et pour des religieuses.
Orient chrétien. — Le Normand Bohémond a quitté sa principauté
d'Antioche pour venir solliciter en Occident des secours aussi bien contre les Grecs que contre les musulmans.
«laves. — A la mort du roi. des Slaves ou Vénèdcs idolâtres, ses Etals de Poméranic sont partagés entre ses quatre fils. L'un d'eux commence les travaux de Dantzick, à l'embouchure de la Vistule. Son gendre, maître de l'Ile de Rugen, est arrêté dans la construction de Lubeck par les vandales du Mecklembourg.
Turcs* — La mort de Kilidge- Arslan livre les Étals scldjoucides d'Iconium à un prince incapable de les défendre contre l'anarchie et contre l'invasion étrangère.
Eepaguc. — Désastre de Tannée castillane contre les almoravides :
l'infant, fils d'Alfonse VI, et son gendre, le mari d'Urraquc, périssent dans le combat livré près d'Uclès, entre Tolède et Cuença.
France.— Aussitôt après la mort de son père, le roi Louis VI, surnommé tour à tour le Batailleur, l'Éveillé et le Gros, recommence la guerre contre les seigneurs du duché de France, bien des fois déjà attaqués par lui du vivant de Philippe
Allemagne. — Le mariage du duc Boleslas III avec une fille de l'empereur Henri IV réconcilie l'empire et la Pologne.
Angleterre. — Le roi d'Angleterre donne sa fille Mathilde en fiançailles à l'empereur Henri V ; il lui fait une dot, suivant l'usage féodal, par un impôt levé sur tous les possesseurs de terre.
Angleterre et France. — Le
château de Gisors, sur la limite du Vexiu normand et du Vexin français, est l'occasion de la guerre entre le roi d'Angleterre et Louis le Gros
XIIe SIECLE APRÈS J. C.
qui revendique la Normandie pour Guillaume Cliton, fils de Robert.
Louis VI a en même temps la guerre avec son frère Philippe de Manies, avec le seigneur de Montmorency, et celui du Puiset au sud de Paris.
Espagne. — Les Almoravides inquiètent le roi musulman de Saragosse , et occupent son territoire sous prétexte de le protéger contre les chrétiens. — Mort d'Alphonse VI, roi de Léon, de Castille et de Galice; sa fille Urraque lui succède. Elle est mariée à Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon et de Navarre, son parent, mais elle prétend être souveraine dans ses États, et elle ne sera pas longtemps fidèle à son second époux.
Orient. — Tripoli, conquise par les chrétiens, forme une principauté pour le fils de Raymond, comte de Saint-Gilles et de Toulouse. Le roi Baudouin 1er réunit au royaume de Jérusalem Béryte et bientôt Sidon.
Empire d'Allemagne, Italie et Rome* — Le pape , soutenu des Normands d'Italie, proteste contre les prétentions de Henri V à garder les investitures. La noblesse romaine promet de le défendre contre les Allemands.
Empire grec. — L'auteur d'une secte nouvelle en Orient, les Bogomites, espèce de manichéens, est brûlé à Constantinople.
Espagne. — Le roi d'Aragon bat les Arabes de Saragosse , près de Tudéla; le roi Ahmed est tué.
Empire d'Allemagne, Italie et Rome. — L'empereur, venu en Italie avec une armée, impose au pape Pascal 11 une convention qui résout le débat de l'investiture au détriment du clergé : les membres de l'Église abandonneront les biens et les avantages temporels qu'ils doivent à
Tinvestiture donnée par les princes , pour que l'Église soit affranchie de toute dépendance a l'égard du pouvoir temporel (février). La présence de Henri V à Rome est la cause de tumultes sanglants; le pape, fait prisonnier, est forcé de lui accorder le droit d'investiture (avril). Quelques jours après, il le couronne empereur. — Les Normands de Capouc viennent trop tard pour proléger le pape.
Eftpagne. — Alphonse le Batailleur, roi d'Aragon et de Navarre, répudie Urraque, sans vouloir renoncer aux Étals de Léon, de Castille et de Galice.
France. — Établissement des communes de Laon et d'Amiens; 1'évcque de Laon sera assassiné, l'année suivante, dans une sédition.
Italie. — Amédéc H reçoit de Henri V, lors de son retour u'Ilalie, la dignité de comte de l'empire. 11 est le premier comte de Savoie.
Orient. — Le Normand Tancrède, prince latin de Galilée, tuteur de son neveu le jeune Bohémond II, prince d'Antioche, ne sauve cette ville d'une attaque de cent nulle Turcs qu'avec le secours de Baudouin I", roi de Jérusalem, et du comte de Tripoli.
Empire d'Allemagne et Rome. — Les décisions du concile de Latran , qui révoque le privilège accordé à Henri V par Pascal 11 , renouvellent les querelles entre le sacerdoce et l'empire ; des évéques et des seigneurs allemands y prennent part contre Henri.
Espagne. — - Guerre entre les époux divorcés, la reine de Castille et le roi d'Aragon. — Le comte de Portugal meurt en conduisant des secours à Urraque, sa belle-sœur.
Orient chrétien. — Pascal H
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confirme les statuts de l'ordre religieux et militaire fondé par Gérard Tan 1 100, sous le nom d'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem (février). Les maîtres de Tordre seront élus par les frères. Les privilèges pontificaux sont étendus à tous les établissements que les hospitaliers pourront créer sous la même règle, même en dehors de la Palestine et de l'Asie.
Ils en ont déjà en Italie.
Russie— Mort de Swiatopolk II à Kiev. 11 a maintenu la paix au dedans et au dehors. Sous son règne, les juifs se sont emparés du commerce de la Russie, et par l'usure se sont acquis d'immenses richesses. — Le trône est donné au filsdeWséwolod 1er, Wladimir, de la branche ducale établie à Péréïaslawl depuis 1 000.
Réaction sanglante du peuple contre les juifs que le nouveau prince sauve à grand'peinc de la mort, en les bannissant à perpétuité. Expéditions fréquentes sous Wladimir contre les Tchoudes de Livonie , et contre les Tartares Pôlovtsi.
Allemagne et Angleterre. —
Mariage de Henri V avec Mathilde, fille de Henri 1er, âgée de dix ans.
Espagne. — Un concile casse le mariage d'Urraque et d'Alphonse.
Urraque gouverne la Castille au nom d'un fils mineur.
France. — Saint Bernard, d'une famille noble de Bourgogne, a quitté le monastère de Citeaux pour fonder l'abbaye de Clairvaux dans la vallée d'Absinthe en Champagne.
Halle. — .Mort de la comtesse Mathilde ; elle avait fait don de tous ses biens an saint-siége. Henri V prétend à la succession des fiefs comme chef de l'empire, à celle des alleux comme plus proche héritier.
Lucques et Pise qui faisaient partie de ces biens vont devenir indépendantes.
APRÈS J. C
1HG.
Empire d'Allemagne et Italie. — La guerre au sujet de l'héritage de la comtesse Mathilde appelle encore Henri V en Italie.
Espagne. — Le roi musulman de Saragosse, menacé par Alphonse le Batailleur, aime mieux une transaction honteuse avec les chrétiens que l'intervention perfide des Almoravides; mais les habitants de Saragosse appellent malgré lui le gouverneur almoravidc de Valence. La lutte s'engage alors entre les Africains et les Aragonais.
France. — Établissement de la commune de Soissons.
Empire dr Allemagne et Rome.—Pascal II sort de Rome à l'approche de Henri V, qui reçoit pour la seconde fois, mais d'un prélat schismatique, la couronne impériale.
Turcs.— L'usurpation du second fils de Kilidge-Arslan sur son frère atné donne un chef intelligent à l'État seldjoucide d'Iconium , qui pourra tenir tcle aux Grecs,
Empire d'Allemagne et Rome.— La mort de Pascal H n'interrompt pas la guerre du sacerdoce et de l'empire.
Espagne. — Alphonse le Batailleur assiège et prend Saragosse, qui n'a pas reçu à temps les secours des Almoravides, et dont il fait sa capitale.
orient chrétien. — Le Champenois Hugues des Payens fonde, avec d'autres gentilshommes, un nouvel ordre de religieux militaires, consacrés à la défense de la terre sainte; on les appellera Chevaliers du Temple. — La mort de Baudouin 1er fait passer le trône de Jérusalem à Baudouin du Bourg, comte d'Edcsse.
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C
Angleterre et France* — Bataille de Brenne ville, cnlre les chevalicrs des deux rois; trois seulement sont tués (août). Les chevaliers, couverts de fer de la tête aux pieds, étaient à peu près impénétrables aux traits. Les troupes de quelques-unes des communes nouvelles, que protégeait le roi de France, s'étaient réunies pour ce combat.
France et Rame. — Le concile de Reims, présidé par le pape Calixte H, excommunie l'empereur Henri V, et fait des canons contre la simonie et le mariage des prêtres, et pour la trêve de Dieu. — A Gisors, le pape réconcilie Henri I,r Beau-Clerc et Louis VI le Gros; mais il ne peut faire accepter à Henri ses décrets contre les investitures.
Crëne* et Fisc. — Commence* ment d'une guerre de treize ans entre les Génois et les Pisans au sujet de la Corse que les Génois avaient depuis le xi* siècle enlevée aux Sarrasins. Un décret pontifical venait de soumettre les églises de la Corse à l'archevêché de Pise.
Orient* — Les sultans d'Alep et de Damas sont vainqueurs du régent latin d'Antioche, dont la mort sera vengée par le roi de Jérusalem et par le comte de Tripoli.
Empire grec. — L'empereur Jean Comnène , fils et successeur d'Alexis l*r, opposera une résistance glorieuse aux Turcs seldjoucides en Orient; aux Turcs palzinaces ou petchenègues qui sont entrés par le Danube dans la Thrace, et aux Triballes ou Serviens, dans le bassin du Danube.
France. — Premières lettres royales de committimus ( 12 avril) :
par ces lettres, le roi permet a l'abbé de Tiron, qui les reçoit, de se soustraire à ses juges ordinaires, et de faire évoquer sa cause par devant le tribunal royal.
Afrique, KMpugne* — L'indiscipline et les excès des troupes almoravides, en garnison a Cordouc, font éclater une sédition qui exige la présence du roi de Maroc avec une armée formidable. Soumission des rebelles. En Afrique même, dans la province de Sous, éclate la première révolte d'Al - Mahdy qui doit fonder sur la ruine des Almoravides la dynastie des Almoliades.
Orient musulman* — Le calife fatimite d'Égypte a recours à deux sectaires batliéniens, dits assassins, pour faire tuer son ministre qui exerce depuis vingt ans tous les droits de la souveraineté, le vizir Afdhal. Lui-même , il périra de la main d'assassins.
Bcandlnavea* — Un évéque, Éric, se rend du Groenland au Vinland, terre découverte depuis vingt ans, dans l'Amérique septentrionale, pour prêcher la foi à ses compatriotes encore païens.
Empire d'Allemagne et Rome* — Le concordat de Worms suspend la guerre du sacerdoce et de l'empire : Callixte II laisse les investitures à Henri V ; seulement le prince ne les conférera plus par la crosse et par l'anneau , qui sont les signes du pouvoir ecclésiastique, mais par le sceptre, symbole de l'autorité temporelle. L'empereur conserve le droit de donner les régales , droits de justice , de monnaie , de péage, etc.
France* — Le philosophe breton Abailard» amant malheureux d'Héloïse, est condamné par le concile de Soissons pour son Traité hérétique sur la Trinité.
Orient chrétien* — A la sollicitation de Baudouin 11, roi de Jérusalem , le doge Dominique Micheli conduit uue flotte considérable en
Palestine : première victoire près de Jafla.
Rome. — Le dixième concile général , le premier tenu en Occident, à Latran, près de Rome , confirme les principales décisions des autres conciles généraux.
Allemagne et France. — A
l'instigation du roi d'Angleterre , l'empereur Henri V, son gendre, prépare une invasion dans la Champagne. Élan patriotique de la chevalerie et des milices communales, réunies sous l'oriflamme de saint Denis, que les comtes de Vexin portaient comme avoués de l'abbaye , et que le roi porte a ce titre.
Orient et Venise. — Les Vénitiens avec leur doge contribuent à la conquête de Tyr, qui succombe malgré les efforts du sultan de Damas.
Le tiers de la ville leur est cédé par le roi de Jérusalem; les privilèges que leur a accordés Baudouin l"r sont confirmés. Le commerce du Levant est en leurs mains.
H laves. — Conversion d'un chef slave de laPoméranie; il fonde un évêché à Julin ou Wollin, qui devint une des grandes villes commerçantes du Nord.
Allemagne. — Après la mort de Henri V sans enfant, Lothaire H, duc de Saxe, qui lui a été longtemps hostile, est élu ; les ducs de Franconie et de Souabe , neveux de Henri V, agitent le royaume par leurs révoltes.
Espagne. — Le roi de Maroc arrache à leur pays les chrétiens dos villes qu'il a conquises au nord, et les transplante dans le sud de l'Andalousie, et même en Afrique.
France. — Le comte de Blois, qui possédait déjà le comté de Chartres et de Brie, devient comte de Champagne.
Bohême.— Sobleslas, cinquième
fils de Wratlsias, met fin aux guerres de succession qui durent depuis vingt-six ans; il est reconnu par tous les Bohémiens après la mort d'un dernier prétendant, le prince de Moravie. Le roi de Germanie. Lothaire Il , lui donne l'investiture de la Bohème.— Il public des lois.
Danemark, et Slaves. — Le
prince des Vandales arme contre son oncle, le roi de Danemark, que soutient le duc de Slesvig, roi des Obotrites. Le prince slave de Rugen détruit Lubeck et fonde une ville de son nom, Batzebourg.
Kspagne. — Le roi d'Aragon Alphonse attaque les Almoravides ; appelé par les populations chrétiennes, il s'aventure jusqu'aux environs de Grenade, court le pays pendant quinze mois et gagne le surnom de Batailleur. — Alphonse - BaymondYll à vingt ans commence à régner en Castille, après la mort de sa mère Urraque.
France. — Louis le Gros* qu'on avait aussi appelé le Batailleur, va exercer son droit de suzeraineté contre le comte d'Auvergne qu'il avait déjà combattu en 1121.
Angleterre. — Le roi, qui a perdu depuis sept ans son fils unique , fait reconnaître pour son héritière Mathilde sa fille, veuve sans enfant de l'empereur Henri V.
France. — Louis le Gros punit les meurtriers du comte de Flandre, Charles le Bon , et dispose du comté en laveur de Guillaume Cliton, qu'il n'a pu faire rentrer dans son héritage de Normandie. Guillaume en jouira à peine pendant un an.
Italie et Sicile. — La mort du duc de Pouille et de Calabre, petitfils de Robert Guiscard, livre l'État normand d'Iialie au neveu de Robert, Roger II, grand comte de Calabre et de Sicile. Pour en prendre possession, Boger 1 1 est forcé de combattre pendant un an le pape, suzerain de
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C
la Pouille, qui soulève contre lu! le comte normand de Capoue et plusieurs seigneurs.
Orient musulman. — Les lieutenants des sultans turcs, désignés sous le nom d'atabeks, ou pères du peuple , forment des dynasties indépendantes, surtout dans l'Irak-Arabi, dans l'Aderbaîdjan ou Médie, dans le Farsistan ou Perse, et dans le Laristan sur les côtes du golfe Persique. Zeughi est mis en possession de la dignité d'atabek à Mossoul ; il dépendra du Turc seldjoucide, qui est maître des régions centrales de l'Asie comprises sous le nom d'Iran.
Smplre d'Allemagne et Italie. — Conrad de Franconie, neveu do Henri V, malgré Lothairc 11 et le pape , se fait couronner roi des Romains en Lombardie.
Espagne. — Le roi de Castille épouse la fille du comte de Barcelone. »
Italie et Sicile. — Le pnpc se décide à donner l'investiture du duché de Pouiilc et de Calabre, même de celui de Naples qui appartient encore aux Grecs, à Roger II de Sicile.
Orient chrétien. — La règle monastique et militaire des chevaliers du Temple est approuvée par le pape dans un concile tenu a Troyes en présence du fondateur, Hugues des Payens. Les frères de l'ordre portent l'habit blanc et la croix rouge. Les maîtres sont élus par les frères. L'institut acquiert bientôt des établissements hors de la Palestine, surtout dans les Pays- Bas.
Orient musulman. — Zenghi, atabek de Mossoul, s'empare d'Alep.
Angleterre. — Mariage de Mathilde, fille du roi d'Angleterre, avec Geoffroy Plantagenet, comte d'Anjou.
if iillc. — Le prince normand de Capoue, Robert II , se fait l'hommelige de Roger II, comte de Sicile, de Pouille et de Calabre.
Rome. — Le pape Innocent H, chassé de Rome par son rival Anaclet II, trouve asile en France. Assemblée d'Etampes en sa faveur.
L'influence de saint Rernard, abbé de Clairvaux, lui conquiert une partie de la chrétienté.
Bielle. — Le Normand Roger se fait donner par son beau-frère, l'antipape Anaclet, le titre de roi de Sicile, avec la suzeraineté sur la principauté de Capoue et sur le duché rec de Naples. Il se fait couronner ans Palerme.
Danemark. — Le meurtre du duc de Slesvig, roi des Obotrites, commis par le fils du roi danois Nicolas, dont il était le bienfaiteur et le parent , allume une guerre sanglante qui se complique par la rivalité des deux frères du duc et par l'intervention du roi de Germanie.
F «pagne. — Alphonse le Batailleur, étant sans enfant, fait un testament pour léguer ses royaumes d'Aragon et de Navarre aux ordres militaires de Sain:-Jean de Jérusalem et du Temple; le testament ne s'exéculera pas. — A la suite d une courte guerre, le jeune comte de Portugal, Alphonse, est déclaré indépendant de la couronne de Castille. Le légat du pape, médiateur, obtient du comte un tribut pour le sainl-siége.
France. — Le pape , pendant le concile de Reims, couronne à l'avance le fils de Louis le Gros.
Italie et Sicile. — Le duc grec de Naples se soumet à la suzeraineté du roi normand de Sicile; mais beaucoup de villes et de seigneurs de l'Italie méridionale résistent pendant plusieurs années, avec la pro-
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C
tection du prince normand de Capoue, d'Innocent II et de Lothaire II.
Orient chrétien. — Un prince de la maison d'Anjou, Foulques, succède à son beau-père, Baudouin II, dans la royauté périlleuse de Jérusalem. — Le Normand Bohémond II prince latin d'Antioche, périt à vingtquatre ans, dans une action contre les troupes de l'atabek de Mossoul et d'Alep, Zenghi.
Orient musulman. — Le calife de Bagdad bat Zenghi sur les bords du Tigre.
Allemagne et Italie. — Lothaire 11 combat en Italie Conrad de Franconie, son compétiteur, et le force de repasser les Alpes.
Gène* et i»l*e. — Innocent II concilie le différend ecclésiastique qui s'est élevé en Corse et qui est le prétexte de la longue guerre entre Gènes et Pise. L'église de Gênes, ériséc en métropole, aura pour suflïagants deux évôques de l'Ile ; les trois autres restent à l'archevêque de Pise.
Orient muialman* — Le calife de Bagdad assiège inutilement Mossoul, place forte de Zenghi.
Allemagne. — Mort d'Adolphe, premier comte du Holstein, où il avait appelé des Flamands , des Frisons , des Westphaliens et des Vénèdes.
Empire d'Allemagne, Italie et Rome. — Lothaire H , en recevant la couronne impériale des mains d'Innocent II, qu'il a ramené à Rome, promet de défendre l'Église et de conserver les biens du saint-siége.
La faction d'Anaclct occupe encore une partie de la ville. L'empereur donne au duc de Bavière, de la niaison d'Esté , Henri le Superbe, son gendre , le comté de Spolète et le duché de Toscane , dont le pape le laisse disposer moyennant un tribut.
Allemagne. — Albert Ier l'Ours obtient de l'empereur Lothaire le margraviat de Brandebourg, qui restera à sa famille jusqu'en 1320.
Danemark. — Le roi Nicolas étant venu chercher asile dans le pays de Slesvig, les habitants qui vénéraient comme un martyr Pierre Kanut , leur prince , tué de la main du fils du roi , le massacrent.
Espagne. — Alphonse le Batailleur perd un grand combat contre les Almoravides à Fraga; il en meurt de douleur (septembre). — L'Aragon et la Navarre, réunis depuis 1070, se séparent : un frère d'Alphonse quitte le cloître pour régner en Aragon ; la Navarre prend un roi dans la dynastie nationale d'Aznar. Les deux princes sont protégés contre les Almoravides par le roi de Castille qui , en retour, leur demande l'hommage.
Orient mnsnlman. — Le calife de Bagdad meurt dans une lutte contre Masoud, sultan seldjoucide de l'Irak. Masoud, pendant près de vingt ans, exercera une autorité souveraine sous deux califes.
Angleterre. — A la mort de Henri 1" Beau-Clerc , sa fille Mathildc est frustrée de la couronne par Etienne, comte de Blois et de Boulogne, petit-fils de Guillaume le Conquérant par sa mère. Cette usurpation profite à la noblesse et au clergé, dont les privilèges sont étendus. — David, roi d'Ecosse, combattra pour sa nièce iMathilde.
Danemark. — Un frère du duc de Slcs\ig, Kric, s'empare du Danemark : il bat les Vandales, les force de se faire chrétiens et maintient la plus sévère justice.
Espagne. — Alphonse - Raymond VII, roi de Léon et de Castille, suzerain de la Navarre et de l'Aragon , se fait couronner par l'archevêque de Tolède, empereur d'Kspagne.
XIIe SIËCLE APRÈS J. C.
France* — Saint Bernard rédige d'admirables règles de conduite pour Tordre des chevaliers du Temple.
Pologne. — Le duc de Pologne Tient à Merse bourg faire hommage à l'empereur pour la Poméranie orientale et lui payer tribut.
Scandinave*. — Les découvertes faites par les anciens Scandinaves jusqu'en Amérique sont prouvées par une pierre runique trouvée en 1824 sur la côte occidentale du Groenland, par 73° de latitude nord; elle porte cette inscription : « Erling « Sigvalson , Biorne Hordeson et « Endride Addon, le samedi avant « gagnday (25 avril), ont élevé cet « amas de pierre et nettoyé cette « place en Tannée 1135. »
Empire d'Allemagne et Italie. — L'empereur vient combattre les partisans de l'antipape Anaclet H; ses troupes poursuivent dans la Pouillc le roi normand Roger.
Orient chrétien. — Raymord, fds du comte de Poitiers, succède au Normand Bohémond II dans la principauté latine d'Antioche. Roger, roi de Sicile, la réclame par droit de parenté.
Pologne et nn**le. — Le Grand prince russe, qui réside à Kiev, ayant menacé la Pologne, tombe entre les mains de Boleslas IU et reste prisonnier pendant un an.
Allemagne. — Après avoir ramené Innocent II à Rome, Lothairc II s'achemine vers l'Allemagne et meurt dans le Tyrol.
Danemark. — L'assassinat du roi Éric livre de nouveau le royaume à l'anarchie. Pendant sept ans débat sanglant pour la succession entre deux prétendants , dont l'un , Éric , reste maître, mais ne fonde pas de dynastie.
liHpagne. — Abdication de Ramire II, dit le Moine, roi d'Aragon.
Il laisse une fille âgée de deux ans, sous le nom de laquelle régnera le comte de Barcelone.
France. — Mariage du fils de Louis le Gros avec Éléonore , héritière du duc d'Aquitaine. Mort du roi. Louis VU le Jeune lui succède.
Italie. — Mort du duc grec de Naplcs : la principauté est occupée par le roi normand. — La découverte d'un manuscrit du Digeste, de Justinien, pendant le sac d'Amalfl par les Normands, n'ajouta rien aux connaissances du droit romain , alors fort répandu par l'enseignement de T^colc de Bologne déjà ancienne.
Orient. — L'empereur grec, Jean Comnène, attaque comme usurpateur le nouveau prince latin d'Antioche, Raymond de Poitiers. Maître un instant de la ville, il la perd par une sédition. — L'atabek Zenghl enlève les forteresses du comte de Tripoli , pour qui le roi de Jérusalem combat inutilement; les Syriens du mont Liban le trahissent et le livrent à la mort. Sou fils tombera comme lui entre les mains de Zenghi.
Afrique et Espagne. — Le fils d'Ali, roi de Maroc, rappelé de T Espagne, qu'il avait gouvernée pendant douze ans, pour aller combattre en Afrique les Almohades rebelles, commet la faute d'emmener l'élite de sa cavalerie qui aurait pu conserver l'Espagne aux Almora vides et servit à peine à retarder leur chute en Afrique.
Allemagne. — Élection de Conrad 111, duc de Souabe, seigneur de Wiblingcn et fils de Frédéric de Hohcnslaufcn, un des neveux de l'empereur Henri V. Dépit de son compétiteur le chef de la maison Welf , Henri le Superbe, duc de Bavière et héritier de la Saxe après la mort de son beau-père, Lothaire IL — Commencement de la rivalité des Gibelins et des Guelfes. Le nouveau. roi dépouille Henri le Superbe du duché
XIIe SIECLE APRÈS J. C.
de Saxe, et le donne au margrave de Brandebourg, Albert \<x l'Ours.
Pologne et Rnssle.— La Russie rouge est le théâtre d'une lutte acharnée en Ire le grand-prince de Kiev elle duc de Pologne Boleslas 111, près d'Halicz, sur le haut Dniester.
Tour la première fois après quarantesix batailles, Boleslas est vaincu, par trahison ; il meurt de chagrin.
Angleterre et Kcosse.— Guerre pendant neuf ans entre le parti d'htienne et celui de Mathildc. — David d'Ecosse y prend part, dans l'espoir de conquérir le Northumberlancl.
Pologne* — Sous Boleslas III, les palatins qui commandant les armées s'appellent waïvodes. Pour empêcher les divisions dans sa famille, Boleslas avait, avant de mourir, partage ses États entre les quatre premiers de ses fils en donnant droit de suzeraineté ù l'aîné sur les autres; il en résulta au contraire de nouvelles discordes.
Rome. — Mort de l'antipape AnacletH.
Bohême. — Vassal de l'empire, le duc Sobieslas ne peut disposer de la succession sans une déclaration formelle de Conrad III.
Espagne. — Alphonse Henrl-
S nez, comte de Portugal, remporte à urique, au sud-ouest de Béja , une grande victoire sur cinq princes maures, et prend le titre de roi.
Rome* — Le onzième concile général, qui réunit mille évéques à Latran, raffermit l'autorité pontificale ébranlée par la rivalité des deux papes depuis près de dix ans. Le dogme est défendu contre les erreurs d'Arnaud de Brescia, disciple d'Abailard ; le saint -siège s'attribue un droit de suzeraineté féodale sur tous ceux qui reçoivent des dignités ecclésiastiques avec la permission du pontife romain (avril).
Rome et Sicile. — La guerre re-
commence entre Roger et Innocent II qui tombe dans une embuscade près de San Germano. L'auguste prisonnier lève toutes les excommunications , investit le roi par le gonfalon , ou étendard, du royaume de Sicile, de la principauté de Capoue et du duché de Pouille. — Roger a encore à soumettre Troja , dans la Capilanate et Bari.
Bohême. — A la mort de Sobieslas, le droit de majorât renouvelle les guerres de succession. Un prince de Moravie qui prétend au duché est soutenu par les Hongrois.
France. — Le concile de Sens, inspiré par saint Bernard, condamne pour la seconde fois Abailard qui meurt , deux ans après , au monastère de Cluny.
Russie. — Le petit-fils de Swiatoslaw, prince de Tchernigof, fait descendre du trône de Kiev le pelit-fils de Wséwolod, prince de Pércïaslawl.
Il cause de grands troubles en voulant dépouiller de leurs apanages tous les princes de cette branche. — La ville de Novogorod, qui se gouvernait en république, ne veut pas se soumettre au nouvel usurpateur.
«laves.— Dévastée une troisième fois par le prince slave de Rugen, Lubeck se relève; elle fait alors partie de la Wagrie , récemment acquise par Adolphe II, comte de Holstein.
Allemagne.— L'empereur rend le duché de Saxe à Henri le Lion, fils de Henri le Superbe , chef dos SVelfs. — Le margrave de Brandebourg, Albert I" l'Ours, qui renonce à ce duché, obtient en retour que son margraviat soit érigé en mouvance directe de l'empire, sans aucune dépendance du duché de Saxe dont il relevait depuis î>26 et 1036. Un roi converti des Slaves et des Vandales idolâtres lui transmet par testament le pays entre le bas Elbe et le bas Oder.
XIIe SlfcCLE APttÈS J. C.
France. — Démêlé du roi avec Innocent II au sujet de la nomination à l'archevêché de Bourges; saint Bernard défend les droits de l'Église gallicane. Guerre avec le comte de Champagne qui s'est déclaré pour le pape ; incendie de Vilry :1c roi fait périr treize cents personnes dans une église.
Pologne. — Guerre civile entre les quatre lils de Boleslas 111.
Afrique et Espagne. — Révoltes multipliées en Espagne conire la domination des Almora vides , qu'ont rendue odieuse, par leur avidité et leur despotisme, les cadis et les juifs, fermiers des impôts. — L'Afrique s'agite en faveur des Almohades.
Empire grec. — L'empereur de Constautinople a renouvelé les hostilités contre le prince latin d'Antioche, Raymond de Poitiers, qui ne se soumet pas à sa suzeraineté. Il meurt des suites d'une blessure en ramenant son armée en Cilicie.
Espagne. — Les États de Portugal assemblés à Lamégo, sur le bas Douro, reconnaissent à Alphonse Henriquez le titre de roi.
Hongrie* — Le roi Geisn 11 établit à l'est de son royaume des colonies de Saxons.
Italie* — Guerre entre Padouc et Venise, au sujet des eaux de la Brenta détournées par les Padouans pour empêcher les vaisseaux vénitiens d'y entrer. Le territoire de Padoue est ravagé.
Angleterre. — Le droit romain commence à être enseigné dans l'université d'Oxford par Vaccarius.
Orient. — Après vingt-huit jours de siège, l'alabek de Mossoulet d'Alep arrache aux chrétiens la place (ie Roha ou d'Edesse : pillage et massacre; les fortifications de la
place sont réparées pour servir de défense contre les Latins.
Rome.— Arnaud de Brescia tente a Borne la restauration de la liberté et du gouvernement républicain.
Afrique et Espagne. — Mort
du fils d'Ali, dernier almoravide. Le chef des Almoliades, A bd-el-Moumen, favorise les révoltes dans les régions occidentales de l'Espagne musulmane. Les princes almoliades, sectaires de Fatime et d'Ali , le cousin du prophète , prennent les titres de califes et d'émirs- al- moumenin, par lesquels ils réunissent la puissance spirituelle et la puissance temporelle.
Orient musulman. — Après
l'assassinat de Zenghi par une troupe d'esclaves mutinés, son flls Noureddin lui succède dans la sultanie d'Alep.
Rome. — Organisation républicaine : nouveau sénat, nouveau patrice. Le pape Lucius H, sommé de renoncer aux droits régaliens, quitte la ville.
Afrique et Espagne. — La
trahison ayant mis au pouvoir des Almoliades la ville de Fez, une des principales positions des A Iniora vides, qui toutefois retiennent encore Maroc, Abd-cl-Moumen , le chef des Almoliades, envoie en Espagne trente mille hommes, dont dix mille cavaliers. Algéziras, Tarifa et Xérès se soumettent sans résistance.
Empire grec et Sicile. — Le
roi Roger 11 répond aux réclamations qu'élève la cour de Constautinople sur l'Italie méridionale et sur la Sicile, par la prise de Corfou, par l'attaque de Céphalonie, de Négrepont, de Corinthe et d'Athènes.
Pologne et Russie.— Le grandprince de Kiev vient aider le fils aîné de Boleslas 111 a cerner ses frères
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
dans la ville de Poscn : une sortie des assiégés surprend les Russes dans l'ivresse et le sommeil. Le prince polonais vaincu fuit vers l'empereur.
Rome* — Le nouveau pape Eugène 111 , qui a été disciple de saint Bernard au monastère de Clairvaux, manque d'audace et de force contre le parti républicain qui troublera presque tout son règne. 11 sera réduit à fuir en France.
Rome et Allemagne, France*
—Saint Bernard, chargé par le pape de prêcher une nouvelle croisade, entraîne leroi de France dans l'assemblée de Vézclay en Bourgognc{31 mars), le roi d'Allemagne dans celle de Spire, (à Noël). Louis Vil le Jeune n'est pas retenu par les sages avis de son ancien précepteur et son ministre, Suger, abbé de Saint-Denis. — Les Allemands riverains du Rhin immolent cruellement les juifs.
«Iclle.— La Sicile normande doit à ses rapports avec la Grèce et avec l'Orient la culture des cannes à sucre et ses premières manufactures de soie.
Allemagne. — Avant de partir pour la croisade, Conrad fait élire son fils aîné roi des Romains.— Sainte Hildegarde, abbesse d'un monastère près de Bingen, sur le Rhin, est autorisée par le pape , dans un concile tenu à Trêves, sur le rapport de saint Bernard , à écrire ses visions.
Allemagne, France, Italie et Orient. — Le roi de France, qui laisse l'administration du royaume à l'abbé Suger, part pour la croisade avec sa femme Éléonore. Il traverse l'Allemagne , la Hongrie et Constantinople. Le roi d'Allemagne est parti le premier.
Angleterre.— Math ilde, ne pouvant plus se soutenir contre le roi Étienne* se retire en Normandie.
Espagne. — Succès des Almohadcs; ils occupent Séville. Cordoue -, qui s'était révoltée contre le chef al-
moravide, est ramenée dans le devoir par le secours que celui-ci reçoit des Castillans; les chrétiens attachent leurs chevaux dans la grande mosquée.— Alphonse Henriquez, qu.
a déjà enlevé aux musulmans Santarem , sur le Tage inférieur , avec le secours d'une flotte de croisés anglais et flamands, prend Lisbonne, à l'embouchure du fleuve , après un siège de cinq mois (octobre). Lisbonne deviendra la capitale du Portugal.
Bielle. — Roger II fait attaquer la côte africaine de Tripoli, repaire de pirates, d'où sont ramenés beaucoup de prisonniers chrétiens. — La constitution ecclésiastique met les églises de Sicile sous la main du rot.
Angleterre. — L'interdit est jeté ,sur l'Angleterre , parce que le roi Etienne a refusé de laisser partir pour le concile de Reims cinq prélats anglais que le pape avait arbitrairement choisis.
Espagne. — La place d'Alméria est enlevée aux Almohadcs par les musulmans qui ne veulent pas de leur domination , et par les troupes chrétiennes de Castille, de Navarre, de Galice , d'Urgcl , de Montpellier, de Barcelone ; les Génois et les Pisans joignent leur flotte à celle des Catalans. Au retour de l'expédition d'Alméria, la flotte génoise aide le comte de Barcelone à s'emparer de Tortose, presqu'à l'embouchure l'Èbre; il prit ensuite Lérida et Fraga. Mais les Almohadcs prennent Cordoue et parcourent l'Andalousie.
Orient. — Après un pénible itinéraire, Conrad et Louis le Jeune, qui ont éprouvé chacun la perfidie des Grecs , arrivent séparément au delà de l'Asie Mineure. Le roi de France est reçu à Antiochepar l'oncle de sa femme, Raymond de Poitiers.
Les deux rois, réunis à Jérusalem, s'adjoignent les chevaliers de Baudouin 111 d'Anjou, roi de la Palestine
XIIe SIÈCLE
depuis 1 142, et assiègent Damas sans succès.
Pologne. — Eugène III frappe d'excommunication Boleslas IV, et jette l'interdit sur le duché, parce que Boleslas garde le trône ravi à son frère aîné.
Suède. — L'église épiscopale d'Upsal est érigée en métropole.
Afrique. — Pendant que ses généraux soumettent l'Espagne musulmane, Abd-el-Moumen étend sa puissance en Afrique , occupe Alger, Tunis et Mahadiah; il ne s'arrête qu'au pays de Barca.
Espagne. — Le roi de Castille et de Léon fait reconnaître pour ses successeurs ses deux fds, entre lesquels sera partagée la monarchie.
France* — Au retour de sa désastreuse croisade, Louis le Jeune investit du duché de Normandie le fils de Mathilde et de Geoffroy d'Anjou Planlagenet , Henri , âgé de seize ans.
Grées et Sicile. — L'empereur Manuel, aidé des Vénitiens, a entrepris de conquérir en personne Corfou sur les Normands. L'amiral du roi, Roger II, de son côlé, incendie même les faubourgs de Constantinople. Gorfou se rend aux Grecs.
Orient. — Après le départ des chefs de la seconde croisade, Noureddin se jette sur les terres d'Antioche et livre bataille au priuce Raymond de Poitiers, qui périt.
Empire grec et Hongrie. —
Les secours donnés par le roi Geisa II aux Serviens , qu'attaquait l'empereur Manuel, servent de prétexte à une invasion de la Hongrie par les Grecs et à leur intervention dans les démêlés de la famille royale. La guerre dure presque sans interruption pendant dix-huit ans.
Blavea. — Zèle pieux du prince
APRÈS J. C 311
de Poméranie occidentale, Ratibor; U comble de faveurs les moines bénédictins de Giteaux , qui travaillent a la conversion des Slaves.
Suède. — La Suède, depuis long, temps partagée entre deux peuples, les Suéars ou Suédois proprement dits et les Goths, se donnent un roi unique , Éric IX, l'élu des Suédois , auquel devra succéder son compétiteur, Charles, l'élu des Goths; leurs descendants occuperont le trône chacun à leur tour.
Venise. — La côte occidentale de l'istrie est purgée de corsaires par les Vénitiens, qui y rétablissent leur domination depuis Pola jusqu'à l'entrée du golfe de Trieste.
Angleterre. — L'archevêque de Canterbury refuse de sacrer d'avance comme roi le fils du roi Élicnne.
Espagne. — Raymond-Bérenger , comte de Barcelone, régent d'Aragon , célèbre son mariage avec la reine Pétronille, âgée de seize ans, qui lui est fiancée depuis quatorze aus. Il est alors réellement roi.
France. — Henri Plantagenet succède à son père, Geoffroy, dans le comté d'Anjou, de Maine et de Touraine. — Mort de l'abbé Sugcr.
Borne. — Le Toscan Gralicn , moine de Bologne, publie en latin, sous le titre de : Concordantia discordantium canonum , une compilation des textes de l'Écriture sainte , des canons des apôtres, des canons des conciles, des lettres décrétales des papes, des extraits des Pères , favorables à la puissance spirituelle et temporelle de la cour de Rome.
Allemagne. — Mort de Conrad llf. Son neveu , Frédéric de Souabe, ou Frédéric Ier Barberousse, lui succède.
Allemagne et Danemark. —
Les deux compétiteurs au trône de
XI!* SIÈCLE APHÈS J. C.
Danemark prennent pour arbitre l'empereur Frédéric, qui adjuge la couronne au second, Suénon, cl l'Ile deSeeland au premier, Kanut; celuici est bientôt dépouillé par Suénon.
France. — Au concile de Beaugenci, le roi fait prononcer son divorce avec Éléonore de Guyenne, sous prélexte de parenté (mars).
Deux mois après, elle épouse Henri Plantagenet, et lui apporte en dot les mêmes provinces qu'avait reçues le roi de France (18 mai),
Allemagne et Italie. — Frédéric I" Barberousse donne à son oncle, Wclf d'Kste, frère de Henri le Superbe duc de Bavière, l'investi turc de la marche de Toscane , des biens allodiaux de la comtesse Mathildc, et du duché de Spolètc.
Angleterre. — Descente en Angleterre de Henri Plantagenet, fils de Mathilde (janvier). Mort du lils aîné du roi Étiennc (aoûl). Traité d'Étienneavec Henri, qu'il désigne pour lui succéder au préjudice de son second fils (octobre).
France. — Mort de saint Bernard. 11 n'a pu empêcher, par ses prédications, les progrès de la secte des Hcnriciens, précurseurs des Vaudois, dont le chef Henri est un disciple de Pierre de Bruys.
Orient. — Le roi de Jérusalem Baudouin 111 enlève Ascalon aux falimites d'Egypte.
Sicile. — IJn descendant de la famille des Edrissitcs, élève des écoles de Cordoue, né à Ceuta, le schérif Al. Edrisi, compose, à la cour du roi Roger, son hôte, ses Récréations géographiques pour donner l'explication d'un globe terrestre en argent, que ce prince avait fait faire et qui pesait huit cents marcs; il traitait dans son ouvrage des plantes de chaque pays. On n'en a qu'un abrégé qui a paru pour la première fois en arabe, à Home,
en 1592; il a été traduit en latin sous le nom de Geographia nubietms,
Allemagne, Italie. Rome et Sicile. — Mort du roi Roger H (février). — Adrien IV, nouveau pape, d'origine anglaise, ne reconnaît pas son fils, Guillaume 1er, avec le titre de roi, et excite Frédéric Barberousse à porter la guerre dans la Pouille. Le prince déchu de Capoue, Robert II, reparaît. — Frédéric Barberousse, dans sa première expédition d'Italie, intimide les villes lombardes révoltées.
Angleterre. — A la mort d'Étienne, le nouveau roi Henri 11 Plantagenet réunit à la couronne les do* maincs qu'Ëtienne en avait distraits pour ses partisans. 11 réclame l'hommage de Malcolm IV, roi d'Ecosse, pour les terres qu'il possède en Angleterre.
Danemark. — Administration cupide et cruelle du roi Suénon III :
la rigueur des impôts cause des séditions qu'il étouffe dans le sang.
Norvège. — Les églises de Norvège, soustraites à la juridiction de l'archevêque danois de Lunden, ont une métropole religieuse, Drontheiui.
Orient musulman. — Nonreddin, atabek d'Alep et de Mossoul, dépouille son voisin, l'atabek de Damas ; les deux États sont réunis.
Russie. — Jouri ou George , fils de Wladimir II, maintenant prince de Kiev, fonde sur le territoire de son ancienne principauté de Suzdat, la ville de Wladimir; il commence la dynastie des grands princes de Wladimir. — Moskou , sur la Moskowa , date de son règne. — Guerre défensive contre les Tartares Polovtsi.
Suède. — Éric s'empare de la Finlande idolâtre, repaire de pirates appelés finnois et kyriales , et y envoie des missionnaires avec l'archevêque d'Upsal.
XIIe SIÈCLE AP11ÈS J. C.
i l sa.
Allemagne et Italie. — Frédéric Ier n'attaque pas les Génois qui se sont mis en état de défense. 11 fait arrêter et remet aux mains des cardinaux l'ennemi du saint-siége , Arnaud de Brescia, que le préfet de la ville fait pendre et brûler ; ses cendres sont jetées dans le Tibre. — Il est couronné empereur, à Rome, par le pape. Il ne se montre pas dans le sud de l'Italie.
Kspagne et France. — Louis le Jeune fait avec sa seconde femme, Constance de Castille , le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle.
France. — Le roi s'étant fait défrayer dans un de ses voyages par les habitants de Creleil, serfs de l'église de Paris, les chanoines de l'église cessent le service divin, et interdisent au roi l'entrée de la cathédrale jusqu'à ce qu'il ait restitué le montant de la dépense.
Turcs. — L'héritage seldjoucide d'Iconium est partagé par Masoud mourant entre ses trois fils. L'aîné, Kilidge-Arslan II, reçoit la partie de Roum , avec la capitale Iconium ; estropié de tous ses membres, il aura cependant l'activité et la vigilance d'un héros.
use.
Allemagne. — L'empereur épouse l'héritière de la Franche - Conité de Bourgogne.
Danemark et Slaves. — Waldemar Ier, fils posthume de saint Kanut, qui avait hérité de son père, assassiné en 1131, le duché de Slesvig et le royaume des Obotritcs, étant attaqué parle roi de Danemark, prend le titre de roi.
Kspagne. — Le roi de Castille fonde l'ordre religieux militaire de Saint-Julien, appelé depuis ordre d'Alcantara , du nom de la ville où les chevaliers s'établirent à l'extrémité sud-ouest des possessions castillanes.
Irlande. — Une bulle du pape
Adrien IV, qui est anglais, livre l'Irlande à l'ambition du roi d'Angleterre.
Italie. — Adrien IV qui veut résister au nouveau roi normand Guillaume le Mauvais, est assiégé dans Bénévent; il obtient la paix.
Allemagne . llourgognc et îionie. — L'empereur resserre les liens de dépendance qui unissent le royaume d'Arles à la couronne de Germanie. — Pendant qu'il tient sa cour à Besançon, le pape, dont il avait limité le droit d'appel, ose lui écrire qu'il a reçu l'empire du saintsiége à litre de bene/icium, terme ambigu, qui pouvait s'interpréter dans le sens d'un bienfait ou d'une obligation féodale.
Allemagne et Pologne. — Invasion de la Pologne par Frédéric 1er, sous prétexte de rétablir le frère aîné de Bolcslas IV; malgré la réunion des Prussiens, des Poméraniens et des Russes aux forces polonaises , la grande Pologne est saccagée.
Danemark.— La mort de Suénon livre à Valdemar tout le Danemark.
Kspagne arabe. — Les Al monades enlèvent aux Almora vides Alméria, après un blocus meurtrier de six ans, et Grenade à la suite d'un assaut. — Les rois chrétiens mettent fin à leurs guerres intestines. — Mort d'Alphonsc-Raymond VII ; les royaumes de Castille et de Léon sont de nouveau partagés, pour ses deux fils.
Russie. — Un des fils d'Iouri , André, lui succède comme souverain du Suzdal, de la ville de Wladimir et de Rostow. D'autres villes et des princes apanagés reconnurent aussi sa domination , qui s'étendit au sudouest jusqu'aux environs de Kiev, au sud-est jusqu'aux Bulgares du Volga qu'il affaiblit par d'heureuses expéditions. Kiev perd de son importance. En quatre ans elle changea
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
neuf fois de souverain ; clic est menacée par les Polovtsi.
Allemagne* Lubcck, incendiée depuis deux ans . 2st cédée par le comte de Holsicin au duc de Saxe son suzerain. Henri le Lion, qui l'a fait rebâtir, y appelle des peuples du nord en leur promettant la liberté du commerce; il y établit des statuts, empruntés à la ville de Soest en Wesplialie, qui ont été adoptés depuis par beaucoup de villes voisines de la Baltique.
Allemagne et Bohême. —
Pour récompenser et stimuler le zèle de son allié Vladislas U de Bohême, l'empereur, dans la diète de Ratisbonne, lui donne pour lui personnellement le titre de roi (13 janvier}.
Allemagne et Italie* — Deuxième expédition de l'empereur en Italie, contre les villes lombardes. Milan, assiégée pendant un mois, ouvre ses portes ( 8 septembre ) ; il n'ose pas encore en changer le gouvernement.
Diète tenue à Honcaglia , entre Plaisance et Crémone : entouré des professeurs de droit romain de Bologne, Frédéric Ier y formule les principes du pouvoir impérial.
Espagne — Un abbé de Cîteaux fonde pour ies Castillans l'ordre religieux et militaire de Calât rava sur le haut Guadiana. — Le roi de Casiille laisse en mourant un enfant de trois ans , Alphonse VIII, qui occupera le trône plus d'un demi-siècle.
Angleterre èt Eranee* — La
suzeraineté sur le comté de Toulouse réclamée par Henri II Plantagenet, qui est duc de Guyenne du chef de sa femme Ëléonore, est une cause de guerre avec Louis le Jeune. — Le roi d'Écosse est forcé de suivre le roi d'Angleterre, son suzerain , dans la guerre de France.
Empire grée et Orient musulman* — L'approche de l'empe-
reur Manuel avec une armée décide le puissant Noureddin à lui offrir la délivrance de tous les prisonniers chrétiens qu'il avait entre les mains.
A son retour, Manuel est assailli par le seldjoucidc d'Iconium , Kilidgc Arslan H.
nome. — Mort d'Adrien IV. Le premier, il a mis en usage les mandats, et les lettres apostoliques par lesquelles le pape enjoint à celui qui a des bénéfices à conférer de donner la préférence, pour la première vacance, au nom que contient le mandat. Le premier, il a dispensé les ecclésiastiques de l'obligation de résidence dans le bénéfice, et les a autorisés à avoir plusieurs bénéfices a la fois. — Après quelques mois, élection d'Alexandre III qui sera un protecteur ardent des libertés italiennes; les antipapes que lui opposera l'empereur seront impopulaires.
Allemagne et Italie* — Frédéric Ier assiège Crème, ville lombarde ; scènes sanglantes.
Angleterre et Éeoftse* — La
noblesse écossaise se soulève contre le roi Malcolm IV, parce qu'il a pris part à la guerre contre la France que les Écossais veuleut avoir pour alliée ; cependant il sauve sa couronne.
— Le roi d'Angleterre, attribuant a son peu de zèle les échecs de la guerre de France, fait confisquer, dans une assemblée des pairs, les terres qu'il avait dans le royaume.
Malcolm par un traité cède le Northumberland, mais recouvre le Cumberland avec le comté de Huntingdon qui est au cœur de l'Angleterre, entre Northampton et Cambridge. La cession du Northumberland est le prétexte de deux nouvelles révoltes, au sud dans le comté de Galloway , au nord dans le comté de Murray; elles sont difficilement réprimées.
i Danemark* — Le roi Valdemar 1er réprime les pirateries des Vandales, dont Suénon s'était serri
xii6 Siècle
pour inspirer de la terreur à ses peuples.
Espagne— Construction par les Àlmohades d'une ville nouvelle, près de la montagne de Tarik, qu'ils appellent mont de la victoire ( Djebala-Fethah ) ; le nom de la montagne de Tarilc, Djebal-Tarik , est resté (Gibraltar).
France* — Louis le Jeune se marie pour la troisième fois avec Alix de Champagne, qui sera la mère de Philippe Auguste.
Orient chrétien. — Le brave Renaud de Châtillon, qui administre la principauté d' A mioche au nom d'un jeune prince normand, dont il a épousé la mère, est fait prisonnier par un lieutenant de Noureddin; il restera seize ans en captivité.
Espagne. — Pour la première fois Abd-el-Moumen met le pied sur la terre d'Espagne, que ses généraux ont conquise. Des Almoravides tiennent encore dans les régions de M urcie et de Jaen. — Le roi de Léon confirme l'institution récente de l'ordre religieux et militaire de Saint-Jacques, établi sous la règle de saint Augustin.
Allemagne et Italie. — Un
siège de sept mois met enfin Milan à la merci de Frédéric Ier ; il en démolit les portes et les tours avec l aide des villes rivales de Milan : soumission de presque toute la Lombarde.— Alexandre III, qui n'est plus co sûreté en Italie où triomphe la cause impériale, se réfugie en Franfe? il passera deux ans et demi hors Je Rome.
Bohême. — Vladislas II sert de médiateur entre les Hongrois et les
Danemark. — Yaldemar IeP, attiré, sous prétexte du schisme qui déchirait l'Église danoise, à la diète
impériale de Metz, est forcé de se faire , vassal de l'empire au moins pour la Vandalie qu'il n'a pas encore conquise.
Espagne. — A la mort de Raymond-Bérenger, son fils, Alphonse II, lui succède dans le comté de Barcelone et sur le trône d'Aragon.— Le roi de Portugal régularise l'institution d'un ordre religieux militaire, établi par des particuliers. Avis, devenu en 1181 siège de l'ordre, lui donnera son nom.
Suède.— Éric IX le Saint meurt assassiné. La Suède lui doit la révision du code d'i/p/emd, recueil d'anciennes lois propres à la province dont Upsal était la capitale ; il en retrancha tous les souvenirs du paganisme. On disait en Suède : la loi de Dieu et de saint Éric. — Suivant les conventions qui avaient donné le royaume entier à Éric IX, Charles VII, de la race des G lui succède.
Afrique et Espagne. — Yousouf, second fds d'Abd-el-Moumen, qui pendant neuf ans avait eu en Espagne le gouvernement de Séville et de l'Al-Garb, est proclamé calife, suivant la volonté de son père ; il va prendre à Maroc possession de celte dignité. Même activité guerrière contre les Alrnoravidesqui sont encore maîtres des régions de l'est, et contre les chrétiens.
Espagne. — Les chevaliers du Temple reçoivent la ville d'Uclès, entre Tolède et Cuença.
France. — Le pape préside un concile à Tours où sont condamnes les manichéens , nommés depuis albigeois. — 11 pose la première pierre de l'église Notre-Dame de Paris.
Orient chrétien. — Bohémond III succède à sa mère Constance dans la principauté latine d'Antloche. Quelques mois après, il est fait prisonnier par les troupes de Noureddin , mais sera rendu à la liberté l'année suivante.
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Pologne. — Boîeslas IV, duc de Pologne, laisse la Silésie aux fils de son frère aîné. Ils la partagent en trois États, bientôt réduits à deux :
la Silésie du nord comprenant les cantons de Breslau , Glogau, Sagan, Crossen ; celle du sud , les pays d'Oppelen , de Ratibor, de Teschen , d'Oppau.
Allemagne et Halle* — Nouvelle révolte des villes lombardes contre l'autorité impériale; elles serout aidées par Venise. — Les prétentions rivales do Gènes et de Pise s'exercent sur la Sardaigne, livrée à l'anarchie par les jalousies des quatre juges ou chefs souverains qui ont chacun l'autorité absolue dans une partie de l'Ile. L'un d'eux, voulant porter le titre de roi, s'était adressé a l'empereur, suivant l'opinion de ces temps que le successeur des césars pouvait seul conférer le titre royal. — Pour punir le comte de Savoie, Humbert III le Saint, de s'être déclaré en faveur d'Alexandre 111, Frédéric 1»
accorde aux évéques de Turin, de Tarentaise et de Maurienne la plus grande partie de leurs diocèses en fief, et les déclare princes d'empire.
Angleterre. — Statuts royaux de Clarendon, destructifs des privilèges de l'Eglise : ils sont acceptés ( janvier ) , puis reniés ( octobre ), par Thomas Neckct, que ses com-
Blaisances pour le despotisme de lenri 11 avaient porté , malgré son origine anglo- saxonne, à l'archevêché de Canlerbury. — Persécuté, Thomas Becket vient chercher un asile en France (novembre).
Danemark. — Commencement d'une guerre de quatre ans entre les Danois et les Vandales.
Orient musulman. — La mort d'un de ses frères, et la défaite de l'autre, réunissent entre les mains de Kilidge-Arslan II tous les États seldjoucides d'Iconium.
Allemagne et Frnnre. — La
canonisation de Charlemagnc est prononcée par un antipape que l'empereur opposait à Alexandre 111.
Empire d* Allemagne et empire tfrec9 Rome. — Pendant un court séjour d'Alexandre III à Rome, inutiles négociations entre le pape et l'empereur grec, pour la réunion des empires d'Occident et d'Orient.
Nielle. — A la mort de Guillaume leT le Mauvais, les États normands de Sicile et d'Italie ont pour roi un enfant de douze ans, Guillaume 11, sous la tutelle de sa mère, une Navarraise qui s'entoure d'étrangers, surtout de Français. — Jalousie, et bientôt révolte des Siciliens, qui décidera la retraite du principal ministre.
Allemagne, Italie et Rome.
— Troisième expédition de l'empereur en Italie. Il entre dans Rome par capitulation, et y reçoit de nouveau la couronne des mains d'un antipape.
Derrière lui , les villes lombardes se révoltent, se confédèrent et relèvent les murs de Milan ; elles tiennent tétc à l'empereur, à son retour. De Bénévent, le pape excommunie Frédéric.
Espagne. — Le roi d'Aragon, comte de Barcelone, enlève au comte de Toulouse la Provence sur laquelle il a un droit de famille; le débat durera dix-huit ans.
Pologne. — Le duc de Pologne, après quatre années de guerre sanglante contre les Prussiens idolâtres, perd dans des marais une armée presque tout entière , et n'échappe lui-même qu'avec peine au désastre.
Rome. — Bulle d'Alexandre 111, favorable à l'affranchissement des serfs.
Danemark. — Enlevée aux Vandales par Valdemar I", après quatre ans de siège, l'île de Rugen paye tribut et se soumet au christianisme.
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Italie. — Les villes confédérées de Lombardie fondent au sud-est, sur le Tanaro, une bourgade qu'elles appellent Alexandrie, du nom du pape ; elle deviendra une place d'armes formidable contre les impériaux.
Orient. — Entreprise téméraire et perfide du roi de Jérusalem, Amauri, contre l'Égypte , avec le concours des chevaliers de Saint-Jean et de la marine grecque. Belbéis à rentrée de l'Egypte est horriblement saccagée par les hospitaliers»
Bafile. — Kie? est saccagée par le prince de Suzdal ; de longtemps elle ne se relèvera de ce désastre.
Suède. — Charles Vil est tué par le fils de saint Éric, Kanut, qui le croyait complice des assassins de son père . Depuis , pendant près d'un siècle , s'accomplit régulièrement , même au milieu des guerres civiles, le traité de succession alternative entre la famille d Éric le Saint et celle de Charles VII.
Allemagne. — Frédéric fait élire roi des Romains son fils Henri, âgé de quatre ans. — Welf d'Esté, marquis de Toscane, détenteur des biens allodiaux de la comtesse Mathilde et du duché de Spolète , engage ces domaines à l'empereur, au détriment de son neveu, Henri le Lion.
Angleterre et France. — Par
la convention de Montmirail , faite entre les deux rois , les trois fils de Henri 11 font hommage à Louis VII :
l'aîné , Henri , pour l'Anjou et le Maine ; Richard pour le duché d'Aquiîaine ; Geoffroi , qui a épousé l'héritière de la Bretagne , pour ce comté, arrière-fief de la Normandie que se réserve Henri II.
Espagne. — En Castille, les communes commencent à être représentées dans l'assemblée nationale des cortès où siégeaient les évêques et les nobles. Le même droit est déjà acquis aux communes de r Aragon depuis 1130.
Orient.— L'émir de l'atabekNourcddin,Sirkouk, profite de l'anarchie de l'Egypte fatimite pour y entrer avec une armée: il s'impose au calife comme vizir, et arrête les troupes chrétiennes. — Sa mort laisse le commandement à son neveu Saladin, fils d'Ayoub, Kurde de nation, qui tient tête aux forces réunies du roi latin Amauri et de Pempereur Manuel.
Damiette assiégée par eux résiste pendant cinquante jours; retraite honteuse des Latins.
Allemagne. — Fondation de l'abbaye d'Oliva en Poméranie, à un mille au delà de Dantzick ; elle sera la sépulture des princes poméraniens. — Mort d'Albert I" l'Ours, auquel le margraviat de Brandebourg doit l'origine de sa grandeur.
11 a fixé sa résidence à Brandebourg sur le Havel, affluent oriental de l'Elbe ; la population slave de cette ville est en partie remplacée par des colons venus de Hollande et de Zélande, les meilleurs cultivateurs de l'Europe. Il établit de nouvelles églises, des écoles, des juridictions.
Angleterre et France. — Intervention de Louis le Jeune et d'Alexandre 111, entre Henri II et Thomas Becket qui se réconcilient à la conférence d'Amboise ( 12 octobre). Nouvelle rupture; Becket est assassiné dans son église même de Canterbury (29 décembre).
France. — André , chapelain du roi par son « liber de arte amatorta, » nous fait connaître le code en trente et un articles, qui était applicable dans les procès entre amants que jugeaient les cours d'amour.
Orient. — Saladin enlève Gaza, une des clefs du royaume de Jérusalem du côté de l'Égypte.
Angleterre et Irlande. —
Henri II est le premier roi anglais qui tente la conquête de l'Irlande.
318 XIIe SIÈCLE
Kspagne. — Le roi almoravide qui possédait une partie de la côte orientale depuis Tarragone jusqu'à Carthagène, perd Valence : il se retire à Majorque ; ses fils continuent la guerre contre les Almohades. Constructions magnifiques de l'Almohade Vousouf à Séville.
Kmplre grec , Hongrie et 'Venise. — Les Vénitiens , qui sont de tous les Italiens les plus favorisés à Constantinople, fatiguent par leur arrogance l'empereur Manuel Comnène; il se décide à la guerre.
Étienne III, roi de Hongrie, en nrofite pour prendre Zara, Trau et Spalatro. Le doge recouvre ces deux dernières places et va combattre les Grecs sur les côtes de Négrepont et dans nie de Scio (l'ancienne Chios); mais il ramène sur sa flotte la peste à Venise. — La cour de Constantinople se venge sur l'ambassadeur, Henri Dandolo, qui subit le supplice du fer chaud sur les yeux. — Fondation de la banque de Venise , la plus ancienne de l'Europe, un peu antérieure à celle de Gènes.
Orient musulman. — Le général de Noureddin, en Égypte, Saladin , substitue dans les prières publiques au nom du calife falimite celui du calife de Bagdad. — Mort du dernier calife fatimitc Ahmed. Saladin commence la maison des Ayoubites qui ne prendront que le titre de sultans ; il obéit encore de nom à Noureddin.
Angleterre. — Henri II subît volontairement la pénitence canonique pour la mort de Thomas de Canterbury, qu'il a provoquée.
Espagne* — Le roi d'Aragon vient d'emporter Tarragone, au milieu des débats entre les Almoravides et 1rs Almohades; il poursuit les Almohades jusqu'à Xativa, au sud de Valence. Le roi de Navarre profite de son absence pour envahir ses États. Ligue des rois de Castille et d'Aragon, contre celui de Navarre.
APRÈS J. C
La guerre durera sept ans. — Le roi d'Aragon hérite du Koussillou.
Angleterre. — Le pape Alexandre canonise saint Thomas de Canterbury (21 février) î il a attribué exclusivement à la cour de Rome le droit de canonisation.
Angleterre, déesse et Fran-
ee. — Révolte de la femme et des fils de Henri 11. La reine Éléonore est enfermée pour seize ans dans une étroite prison. L'aîné des fils, Henri au Court-Mantel , qu'Henri II avait fait couronner roi depuis trois ans, s'enfuit auprès de Louis le Jeune, son beau-père. Le roi de France et le roi d'Écosse, Guillaume le Lion, arment pour les rebelles. Insurrection des provinces françaises de Henri II. — Mauvaise foi et cruauté de Louis le Jeune : il incendie Verneuil dans le Perche.
Orient musulman. — Mort de l'atabek Noureddin. Ce prince , auquel les musulmans doivent un gouvernement éclairé et bienfaisant , la fondation de villes, de mosquées, de collèges et d'hôpitaux, a été pour les chrétiens injuste et cruel. — L'ayoubite Saladin garde l' Égypte avec le titre de sultan , et s'empare bientôt de Damas sur un enfant de onze ans, fils de Noureddin.
Venise. — A la suite d'une sédition dans laquelle le doge a péri, la constitution est modifiée au profit de l'aristocratie : l'assemblée géneV raie est remplacée par un conseil de quatre cent soixante et dix membres que choisissent douze électeurs tirés des six quartiers; le grand conseil nommera tous les ans six conseillers assesseurs du doge. Tous les citoyens ne jouissent pas du droit de nommer les douze électeurs.
Allemagne et Italie.— Venise, qui aspire à la domination delà mer Adriatique, s'unit avec les Allemands
XIIe SIÈCLE
et assiège pendant six mois, Inutilement, Ancône qui vit indépendante sous la protection de l'empereur grec.
— Quatrième expédition de Frédéric Ier en Italie. Il dévaste les terres du comte de Savoie et de Piémont, ami du pape, et commence un siège malheureux de six mois contre la ville nouvelle des Lombards, Alexandrie.
Angleterre . Ecosse et Tron-
ec. — Pénitence publique de Henri II au tombeau de saint Thomas de Canterbury (juillet). Le roi d'Ëeossc, vaincu à Alnwich, dans le Northuuiberland , est fait prisonnier (juillet), et ne devient libre qu'en déclarant qu'il tient son royaume de la couronne d'Angleterre (décembre).
Les fils de Henri, vaincus, font leur soumission. Louis le Jeune consent à la paix (septembre).
France. — Alexandre III canonise saint Bernard (janvier).
Angleterre. — L'Angleterre est partagée en quatre départements de jostice, où des juges vont tenir des assises deux fois par an.
Bohême et Italie. — Le nouveau duc de Bohême, qui a accompagné l'empereur au siège d'Alexandrie, par sa retraite subite, fait manquer l'expédition d'Italie.
K^pagne. — L'almohade Yousouf se fait céder, par des princes alinoravides vaincus, Dénia, Alicante, Murcie, Carthagènc et plusieurs places de l'Espagne orientale. Il unit leur sang au sien par un mariage.
Italie. — Frédéric I", médiateur entre Gênes et Pise , leur partage l'Ile de Sardaigne : Gênes reçoit les territoires du sud et du sud-ouest.
Venise. — Sous le doge Sébastiano Ziani sont élevées , à l'extrémité de la Piazzetla , deux colonnes de granit dont l'une porte le lion ailé de Saint-Marc.
après j. c. 319
Allemagne et Italie. — Les
Lombards gagnent sur Frédéric 1er la bataille de Légnano, au nord-ouest de Milan , qui oblige Frédéric à négocier.
Orient. — Reprise des hostilités entre Kilidge-Arslan d'Icouium et l'empereur Manuel.
Allemagne. — Berlhold IV, le fils du duc de Zxhringen qui avait fondé Fribourg, en Brisgau , fonde, sur laSaane, une nouvelle ville de Fribourg.
Allemagne, Italie et Rome.
— Réconciliation de l'empereur avec Alexandre III , à Venise (août). Paix avec les Lombards.
Angleterre.— Une fille de Henri Il épouse le roi normand de Sicile, Guillaume 11 le Bon.
Espagne. — Pendant que le roi de Castille enlève Cuença aux Al monades, son oncle le roi de Léon envahit ses États.
Orient. — Victoire inutile du roi de Jérusalem, Baudouin IV, sur Salaclin, à Ramah.
Pologne. — Insurrection contre le duc Micislas, frère et successeur de Boleslas IV : l'évêque de Cracovic contribue à sa déposition. Le dernier des fils de Boleslas IV, Casimir Il le Juste est proclamé. Micislas pendant vingt-cinq ans tentera de redevenir le maître.
Venise. — Fiançailles du doge avec la mer : le pape Alexandre 111 met au doigt du doge Sébastiano Ziani un anneau d'or, pour signifier que la mer devait être soumise aux Vénitiens comme l'épouse à son époux. Celte cérémonie de l'anneau et du mariage se renouvellera chaque année.
Allemagne. — Frédéric I«r se
XIIe SIÈCLE ÀPRKS J. C.
fait couronner roi des deux Bourgognes à Arles et à Vienne.
Bohême. — Le duc, qui avait forfait en 1 175 à ses devoirs de vassal envers l'empereur, est dépose*, et forcé de fuir; le fils de Vladislas II, Frédéric, devient duc.
Russie. — Alliance de la république de Novogorod avec le grand prince de Wladimir.
Danemark. — Le despotisme d'Absalon, ministre général et archevêque de Lundcn en Scanie, provoque une révolte ; le roi Valdemar I" punit les Scaniens rebelles, mais aussi met un frein à l'autorité d'Absalon :
la dîme ne sera plus exigée.
Empire grec. — L'empereur Manuel marie sa fille à un lils du marquis de Montserrat , déjà célèbre par ses exploits de terre sainte ; il le déclare césar, et roi de Thessalonique en Macédoine.
France. — Le roi fait le voyage d'Angleterre, pour aller demander sur le tombeau de saint Thomas DecketdeCanterbury, la guérison de son fils Philippe. — A l'occasion du sacre de Philippe , qui a lieu deux mois après , un édit assure aux archevêques de Reims le privilège de sacrer les rois de France. Le roi d'Angleterre assiste au sacre, comme duc de Normandie.
Orient chrétien. — Les hospitaliers et les templiers ont recours au pape pour régler leurs différends et pour déterminer le degré d'obéissance qu'ils doivent aux évêques.
Rome. — Douzième concile général, le troisième tenu à La Iran, sous la présidence d'Alexandre III (mars). Il traite seulement de questions de discipline ecclésiastique :
il confirme aux cardinaux le droit exclusif d'élire le pape, et fixe aux deux tiers des voix du sacré collège la majorité de l'élection; il réclame la restitution des dîmes pour l'É-
glise; il règle l'ordination et la vie
des évêques.
Allemagne. — L'empereur fait solennellement dépouiller de ses fiefs Henri le Lion , qui lui avait refusé ses secours dans la guerre contre les Lombards ; il donne le duché de Saxe au frère du margrave de Brandebourg.
Angleterre.— Prédication de la trêve de Dieu.
Empire grec. — La mort de Manuel Comnène livre Constant) nople à des mains indignes; en peu d'années, plusieurs princes Comnène se succéderont au milieu de l'anarchie.
Espagne. — Dans l'assemblée ecclésiastique de Tarragone, le calcul de l'ère d'Espagne est supprimé pour la Catalogne et remplacé par l'ère de l'Incarnation.
France. — Louis le Jeune donne une charte d'affranchissement pour
les serfs du territoire d'Orléans Sa
mort. H est le premier roi sur le sceau duquel on voit une véritable fleur de lis. — Avènement de Philippe Il Auguste, âgé de quinze ans.
— Par son mariage avec Isabelle de Hainaut, qui descend du carlovingien Charles de Lorraine, Philippe confond les prétentions des deux dynasties. Il a l'Artois pour dot. — Résistance du jeune roi à sa mère et à ses quatre oncles qui veulent gouverner en son nom.
Allemagne. — Frédéric Ier décide les deux frères, ducs de la Pc— mé ranie occidentale, à reconnaître sa suprématie ; ils sont déclarés princes de l'empire. — Le Holstein , qui jusqu'alors avait relevé du duché de Saxe, devient fief immédiat. — Le roi de Danemark aide l'empereur à enlever à Henri le Lion la ville de Lubeck.
Hongrie. — Le roi Béla, peutêtre en 1181, établit au-dessous du
comte palatin, officier suprême dont les fonctions embrassaient lesuffaircs civiles et les affaires militaires, des chefs particuliers entre lesquels fut partagée l'administration de la Hongrie divisée en comtés.
Hongrie et Venlwe. — La ville de Zara , en Dalmatie , s'étant soustraite à la domination des Vénitiens, se donne pour la quatrième fois à la Hongrie, qui sait la conserver.
Danemark. — Mort de Valdemar 1er. Ses vertus, ses exploits, les lois qu'il a données à son peuple lui ont mérité le surnom de Grand. On lui rapporte la fondation de Dantzick, à l'embouchure de la Vistule, et les commencements de Copenhague, sur la côte orientale de l'Ile de Seeland.
— Avènement de son fils Kanut VI.
France.— Édit de Philippe Auguste contre les juifs , odieux comme usuriers et comme sacrilèges ; ils sont chassés et dépouillés.
Orient mnsulman. — Saladin, sultan d'Égypte et de Damas, va faire conquête d'Èdesse, mais il ne peut prendre Alep et Mossoul qui sont à la famille de Noureddin.
Allemagne et Italie. — Le
traité de Constance confirme tous les privilèges dont jouissaient les principales villes d'Italie qui relèvent de l'empereur (juin).
Angleterre et France. — Révolte des fils de Henri II, surtout de l'alné, à l'instigation de Bertrand de Born, seigneur de Haute-fort dans le Limousin, troubadour célèbre.
France. — Philippe Auguste réclame par les armes, au comte de Flandre, les comtés de Vermanriois et d'Amiens, comme étant le plus proche héritier de sa femme qui ne lui laissait pas d'enfant. — A Paris, première construction de deux corps de halles couvertes.
Orient chrétien. — Le roi de
Jérusalem, Baudouin IV, à vingt-deux ans, devient lépreux. — L'ambition des comtes de Tripoli, d'Édesse et de Gui de Lusjgnan, époux de la sœur du roi , trouble l'État pendant plusieurs années.
Orient musulman. — Saladin emporte d'assaut Amida, en Mésopotamie, et se fait céder Alep.
Allemagne et Rome. — Malgré la protection de Frédéric I,r, le pape Lucius III est forcé de quitter Rome.
Un concile tenu à Vérone, en présence de l'empereur, excommunie les Romains et menace les cathares , les patharins et les vaudois de peines spirituelles et de peines temporelles.
Espagne. — Yousouf perd à Santarem une grande bataille contre le vieux roi de Portugal, Alphonse Henriquez, qu'assiste son fi.r6 Sanche, âgé de vingt-neuf ans : Yousouf meurt des suites de ses blessures. Le nouveau chef des Almohades, Yacoub , rappellera par ses brillantes qualités et sa libérale administration , autant que par la gloire militaire, les beaux temps du califat de Cordoue.
France. — Le roi combat les routiers ou Brabançons, brigands réunis en corps d'armée qui désolaient les campagnes.— On commence à paver la ville de Paris, et à entourer de murs le parc de Vinccnnes , forteresse près de la résidence royale.
— Plusieurs communes reçoivent du roi la confirmation de leurs chartes :
Autun, Cbâlon et Beaune, en Bourgogne, Crespy, en Laonnais.
Orient chrétien.— Les grands maîtres des ordres de l'Hôpital et du Temple sont venus solliciter à Vérone les secours du pape et de l'empereur.
iiussle. — Expédition formidable du grand prince de Wladimir contre les Bulgares du Volga ; il pénètre jusqu'à leur capitale, et conclut la paix avec eux. .
322 XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Angleterre et France. — Philippe Auguste ordonne aux prélats rassemblés à Paris d'exhorter tous ses sujets à la guerre sainte (janv.).
— L'assemblée ecclésiastique de Londres décide qu'il est plus utile au bien de ses peuples que le roi ne quitte pas son royaume pour la guerre d'Orient (mars).
empire grec et Sicile* — Les
Normands de Sicile font des courses sur les côtes de l'empire grec jusqu'à Thcssalonique ; ils seront repoussés de devant Constantinople.
Fapngne. — Mort d'Alphonse Henriquez, âgé de plus de quatrevingt-dix ans : il est enseveli a Coïmbre, alors la capitale du Portugal. Avènement de son fils Sanche.
Hongrie. — Mariage du roi avec une sœur de Philippe Auguste. — Les Hongrois mettent un instant la main sur une partie de la Russie Rouge, le duché d'Halicz (Gallicie).
Italie* — Guillaume le Vieux , marquis de Montferrat, entreprend le voyage de la terre sainte, où règne son petit-fils , Baudouin V.
Orient. — Renaud de Châtillon force Saladin à lever le siège de Krac, l'ancienne Pétra de la Palestine. Trêve de quatre ans.
Allemagne et Sicile. — Le fils de l'empereur, Henri, à vingt et un ans , épouse Constance , fille du roi Roger if , âgée de près de quarante ans ; elle est destinée à succéder à son neveu, Guillaume H, qui n'a pas d'enfant.
Angleterre et France. —
Mort du duc de Bretagne, Geoffroi.
nnlgares. — Les Bulgares secouent le joug byzantin qu'ils portaient depuis cent soixante-sept ans, et se donnent deux chefs.
empire grec. — Un troisième fils du marquis de Montferrat, Con-
rad , parti pour la terre sainte, s'ar» réte à Constantinople , défend l'empereur contre un rebelle , épouse sa sœur et reçoit le titre de césar.
Orient chrétien. — Gui de Lu-
signan , beau-frère de Baudouin IV, devient, par la mort de ce prince, roi de Jérusalem; il a contre lui une partie des Latins.
Danemark. — Kanut VI force le duc de Poméranie occidentale et les deux ducs de Mecklembourg à se reconnaître ses vassaux.
France. — Le roi favorise la formation des communes d'Arras, de Saint-Omer, d'Hesdin, de Doulcns en Artois, de Dijon en Bourgogne; et bientôt de Montreuil et de Pontoise.
Orient. — Saladin gagne sur le roi de Jérusalem la bataille de Tibériade au sud-ouest du lac de ce nom.
Le roi Gui de Lusignan , le grand maître du Temple, Guillaume le Vieux, marquis de Montferrat, sont faits prisonniers; Renaud de Châtillon, et grand nombre de chevaliers de l'Hôpital et du Temple sont massacrés après le combat; la sainte croix tombe au pouvoir des infidèles (3 juillet). — Saladin occupe Ptolémaîs ( Saint-Jean-d' Acre ) , assiège l'opulente ville de Tyr que sauve le fils du marquis de Montferrat, Conrad, récemment débarqué ; prend Ascalon (4 septembre), et entre par capitulation dans Jérusalem ( 2 octobre ) : les vaincus sont, dans la ville sainte, traités avec générosité. Peu après la bataille de Tibériade, mort du comte de Tripoli; il lègue ses États à un fils de Bohémond 111, prince d'Antioche. — Les fils de Kilidge-Arslan II n'attendent pas sa mort pour se saisir du gouvernement:
l'anarchie) pendant plusieurs années, affaiblira l'État seldjoucide d'Iconium.
Rome. — Urbain III , qui appelait l'Europe à la défense des chré-
XIIe SIÈCLE APRES J. C.
tiens d'Orient, et était allé jusqu'à Venise pour y faire équiper une flotte , meurt a Ferrare , après avoir appris la perte de Jérusalem ( 19 octobre ).
Allemagne • Angleterre et France. — Guillaume , archevêque de Tyr, fait prendre la croix aux trois rois — Dîme saladine en France.
La révolte de Richard Cœur de Lion retient le roi d'Angleterre; Philippe Auguste soutient le fils rebelle.
Orient. — Conrad de Montferrat pourvoit a la défense de Tripoli qu'attaque Saladin (janvier). — Rivalité entre Gui de Lusignan, rendu à la liberté , et Conrad au sujet de Tyr.
— Saladin prend dans la principauté d'Antioche vingt-cinq villes, mais attaque sans succès la capitale.
Rome* — Le nouveau pape Clément III, d'origine romaine, parvient à se faire agréer du peuple et du sénat de Rome, qui étaient depuis dix ans en lutte ouverte avec les pontifes. Les droits régaliens lui sont rendus , mais il confirme les privilèges du sénat, et il sacrifie à l'inimitié de Rome les villes de Tusculum et de Tivoli, qui avaient souvent servi d'asile à ses prédécesseurs.
Afrique et Espagne. — Après avoir pacifié l'Afrique, Yacoub dévaste une partie du Portugal. — Pendant que de nouvelles révoltes le rappellent en Afrique, Sanche Ier, le roi de Portugal, avec l'aide de croisés anglais, prend Silvcs et Béja.
Allemagne et Sicile. — La
mort de Guillaume II ouvre une lutte sanglante entre le fils de Frédéric Barberousse , marié à Constance , héritière légitime des États de Sicile , et Tancrèdc , petit-fils de Roger II par une concubine.
Angleterre. — Le chagrin tue Henri 11 (6 Juillet), deux jours après un traité de paix avec Philippe Auguste qui avait soutenu ses fils re-
belles. — Richard , le nouveau roi , laisse massacrer les juifs à Londres, et trafique des biens ecclésiastiques.
Orient. — Croisade de Frédéric Barberousse. — Gui de Lusignan commence le siège de Saint-Jeau-d'Acre.
Mort de sa femme Sibylle, issue du sang royal de Jérusalem : les droits qu'il avait sur le trône passent , par le mariage de la sœur de Sibylle, dans la maison de Montferrat.
Allemagne et Sicile. — Frédéric I,r meurt en Cilicie ( juin ). — Son fils aîné, Henri VI, succède à ses couronnes. 11 a hérité déjà du royaume des Deux-Siciles, du chef de sa femme Constance.
Angleterre et Ecoaae. — Le
roi Richard se désiste de l'hommage que son père avait extorqué à Guillaume le Lion pour la couronne d'Écosse ; il ne retient que l'hommage qui a été rendu de tout temps par les princes écossais pour les domaines qu'ils avaient en Angleterre.
Bohême. — Le trône ducal est occupé pour un an par le marquis de Moravie , parcut et compétiteur du fils aîné du roi Vladislas II.
i ;ran ce. — Le testament que laisse Philippe Auguste au moment de partir pour la guerre sainte contient l'institution des baillis royaux comme juges établis au-dessus des prévôts. — Armoiries de la ville de Paris , déterminées par le roi : nef d'argent, fleur de lis d'or. — Construction des murs de clôture et des portes de Paris.
Gênée. — Changement de constitution : les consuls sont remplacés par un podestat annuel d'origine étrangère. Au bout d'un an on revint à l'ancienne forme de gouvernement*
Orient chrétien. — Le jeune Frédéric deSouabe, arrivé en Palestine avec les débris de l'armée de Barberousse, son père , fonde un ordre de chevalerie religieux et mili-
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
taire qui n'admettra que des Allemands. La règle de l'ordre leutonique emprunte à celle des frères hospitaliers ce qui regarde le soin des malades, à celle des templiers ce qui a rapport à la milice et à la discipline.
Bielle. — Les croisés de France et d'Angleterre suivent pour la première fois la route de mer. Dissentiment des deux rois en Sicile.
Allemagne. — Berthold Y, administrateur de la Bourgogne transiurane, bâtit en Helvétie la ville de Berne, à laquelle il donne des lois et des libertés municipales que confirme l'empereur Henri VI.
Allemagne et Italie. — Couronnement de Henri VI à Rome par le nouveau pape Célestin 111. Expédition contre Tancrède, le chef national des Normands ; 11 ne peut prendre Naples.
Bohême. — Le duc meurt au siège de Naples, où il a suivi l'empereur.
Kitpngne. — Les capitaines almohades reprennent les pays conquis par le roi de Portugal Sanche.
France. — Philippe Auguste acquiert l'Artois comme dot de sa femme.
Italie.— Le pape livre Tusculum aux Romains qui assouvissent en détruisant cette ville une haine plus que séculaire. Les débris de cette cité se retrouvent à Frascati.
Orient. — Richard Cœur de Lion dépouille un Comnène de l'Ile de Cypre. Richard et Philippe Auguste prennent ensemble Saint-Jean-d'Acre ; départ de Philippe; courses brillantes , mais stériles , de Richard contre Saladin. Contestations entre Conrad de Montferrat et Gui de Lusignan pour le titre de roi de Jérusalem. — L'ordre teutonique est confirmé par Célestin 111 et mis sous la règle de saint Augustin. 11 se compose ; J°de chevaliers tous gentils-
hommes ; 2° de prêtres ; 3* de frères servants , gens de tout état, dont le nombre sera considérable. L'habif des chevaliers est le manteau blaiR j avec la croix noire lisérée d'argent. — H La lèpre , que les croisés rapportent d'Orient, a rendu nécessaire l'institution d'hôpitaux particuliers eu France.
Danemark.— Kanut VI confère le duché de Slesvig à son frère Waldemar. — Révolte de Tévéquc de Slesvig , qui élevait des prétentions sur le duché et môme sur la couronne de Danemark.
Eapagne. — Le roi de Léon est condamné par le concile de Salamanque à abandonner sa femme, fille de Sanche 1er de Portugal, qui était sa cousine germaine. Les royaumes de Léon et de Portugal sont mis en interdit parce que les princes n'ont pas obéi au concile.
France. — En demandant la main d'ingeburge, princesse danoise, sœur du roi Kanut VI, Philippe Auguste avait en vue de se faire céder les anciens droits que les rois de Danemark avaient sur l'Angleterre, et d'obtenir un secours de vaisseaux pour faire valoir ces droits. Le roi de Danemark aima mieux offrir pour dot une somme d'argent.
Orient. — Gui de Lusignan reçoit de Richard Cœur de Lion le royaume de Chypre : Conrad de Montferrat garde seul alors le titre de roi de Jérusalem. Conrad est assassiné par deux émissaires du Vieux de la Montagne. Le mariage de sa veuve fait passer le titre de roi de Jérusalem à la maison de Champagne.
Boniface , frère de Conrad, lui suc* cède dans le marquisat de Montferrat. — Trêve conclue par Richard avec Saladin avant son départ; les Latins ont encore Saint-Jean-d'Acre, Jafta et Arsof.
venlae. — Henri Dandolo, déjà vieux, est élu doge.
Angleterre et Traitée* — Pendant l'absence de Richard , qui , en revenant de la terre sainte, est tombé entre les mains du duc d'Autriche , son ennemi , et a été ensuite livré à l'empereur Henri VI , qui le retient captif, Jean sans Terre , son frère , prétend au trône d'Angleterre , Philippe Auguste à la possession de la Normandie.
France. — Mariage ( août ) et presque aussitôt divorce (novembre) de Philippe avec Ingeburge de Danemark, qui forme appel à Rome.
Italie. — Un diplôme impérial fait don d'Alexandrie au marquis de Montferrat.
Orient musulman. — Mort de Saladin à Damas, à cinquante-sept ans (4 mars). La sagesse et l'équité de son gouvernement l'ont fait aimer de ses peuples, comme la terreur a popularisé son nom chez les chrétiens. — Partage de ses États entre ses trois fils : l°sultanie de Damas, avec Jérusalem, Balbek et Bostra; 2° sultar.ic d'Egypte ; 3° sultanie d'Alep.
Allemagne , Italie et Sicile.
— Le parti national des Normands perd son chef Tancrède ; le jeune fils de Tancrède est facilement dépouillé par Henri VI. Couronnement du prince allemand à Palerme (octobre) ; ses cruautés le font détester des Siciliens. Ses auxiliaires, les Génois et les Pisans, livrent bataille les uns contre les autres dans la rade de Messine.
France. — Philippe, pendant la guerre avec les Anglais, ayant perdu près de Blois , avec son bagage , les titres de la couronne, qui en faisaient partie , crée le dépôt des archives a Paris (5 juillet).
Allemagne et Italie. — A la
mort de Wclf d'Esté , qui a gardé
pendant trente-huit ans le marquisat
de Toscane et les biens de la comtesse Mathilde, 1'cmprrcur les donne à son propre frère Philippe.
Espagne. — Yacoub entraîne à la guerre sainte contre les Castillans les diverses tribus de l'Afrique et du Magreb. Le roi de Castille Alphonse VIII n'attend pas les renforts promis par le roi de Léon et par le nouveau roi de Navarre Sanche VII , et perd un grand combat sur les hauteurs que domine la forteresse d'AI- Arca (Alarcos). Le vainqueur, contre l'usage, rendit la liberté à vingt mille prisouniers.
Allemagne.— L'enfant de Henri VI, âgé de deux ans, est élu roi des Romains.
Allemagne et Sicile.— La révolte des Siciliens provoque une nouvelle expédition de Heuri VI , et de nouveaux supplices.
Bulgares. — Joanniceou Jean I,p, appelé aussi Calo-Jean, règne seul sur les Bulgares affranchis de la domination grecque, au détriment de ses ueveux.
Espagne. — Faciles succès des Almohades : Calatrava, Guadalajara et Madrid , sont enlevées ; Tolède est menacée. La mosquée de Sévi lie reçoit le butin.— Le roi de Castille, au lieu de pourvoir au salut des pays chrétiens, attaque son parent le roi de Léon.
France. — Séparé d'Ingeburge malgré les injonctions du pape, Philippe Auguste épouse Agnès, fille du duc de Méranie , pays voisin du Tyrol (juin); il la gardera malgré la cour de Rome.
Italie.— Le chef des Torelll, Salinguerra (Saliens in Guerra) et Azzo ou Azzolino d'Esté, se font nommer tôur à tour podestat de Ferrare. Ces deux factions désolent la ville depuis le x# siècle. Les d'Esté sont Guelfes.
XIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
Allemagne et Sicile. —
Henri VI donne le duché de Souabe à son frère Philippe qui a déjà la Toscane. Il essaye de rendre la couronne impériale héréditaire dans sa famille, et d Incorporer le royaume des Deux-Siciles à l'empire germanique. Cinquante-deux princes et le pape donnent leur assentiment à ses projets. Opposition persévérante du duc de Saxe et du margrave de Brandebourg. Henri VI meurt à Messine. — Son fils Frédéric , âgé de trois ans, qui lui succède dans ses domaines héréditaires, a pour tutrice en Sicile la reine Constance ; Philippe de Souabe gouverne l'Allemagne.
Bohême.- La mort de Henri VI permet à Prémislas , l'ennemi de la maison de Souabe , qui a été duc en 1192, de rentrer en Bohême.
JEapagnc. — Des croisés anglais et hollandais aident Sanche I«r à reprendre Lisbonne et une partie des Algarves. — Le mariage de Bérengère, fille du roi de Castille, avec le roi de Léon , gage de réconciliation entre les deux États, amène, à cause de la parenté des époux, de nouveaux débats avec la cour de Rome.
France. — Nouvelle guerre avec Richard Cœur de Lion qui s'est ligué avec le comte de Flandre.
Orient chrétien. — Mort du roi titulaire de Jérusalem , Henri de Champagne. Amauri 11 de Lusignan, roi de Chypre, qui a épousé la veuve de Henri, Isabelle, prend le titre de roi de Jérusalem.— Le prince de l'Arménie chrétienne, Livon , dont la puissance s'étend depuis le Caucase jusqu'à la mer de Cilicie, se fait couronner roi avec le consentement de Yempereur d'Allemagne et du pape.
Bohême.— Le duc Prémislas reçoit de Philippe de Souabe le titre de roi, qui depuis a toujours été porté par les princes de la Bohême.
France. — Philippe accorde aux juifs , moyennant des sommes considérables dont il avait besoin pour la guerre avec l'Angleterre, leur retour en France.
Borne. — Mort de Célestin III.
Pendant son règne, l'usage s'établit pour toutes les églises d'Occident de ne donner la communion aux laïques que sous la seule espèce du pain, ainsi que cela se pratiquait dans l'église de Jérusalem. — Avènement d'Innocent 111, de la famille des comtes de Segnia, âgé de trente-sept ans : il était déjà cardinal, mais il ne fut ordonné prêtre qu'après son élection. 11 établit son pouvoir à Rome en exigeant le serment du préfet de la ville , des sénateurs et des autres magistrats qui étaient à la nomination de l'empereur. 11 revendique pour le saint -siège la marche d'Ancone, où dominait l'Allemand Markwald, principal conseiller de Henri VI , et le duché de Spolète. 11 encourage en Toscane la confédération de Lucques, Florence, Pistoia, etc. ; Pise reste fidèle à la famille de Henri YI.
Borne et Km pire d'Allemagne. — Quand Philippe de Souabe se fait déférer la couronne germanique, Olhon de Brunswick, fils de Henri le Lion, chef des Welfs, se déclare son compétiteur à l'empire, avec l'assentiment d'Innocent III qui veut amoindrir la maison gibeline , si redoutable déjà en Italie.
Sicile. — Mort de la reine Constance à Palerme ; son testament donne la régence à Innocent III. Le pape protège avec énergie son pupille; il oppose à l'ambitieux Markwald un chevalier français, Gauthier de Brienne.
Afrique et Espagne. — Ln
mort de Yacoub fait passer les Almohades sous le gouvernement d'un prince plus faible, Mohammed el-Naser. — Averroès (Abou-Abdal-
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lah - Mohammed - bcn-Omar-ben- Roscnd) , natif de Cordoue , meurt à Maroc. L'étude de la médecine, de ta philosophie, de la science du droit, des mathématiques, de la poésie, beaucoup d'ouvrages en arabe et en hébreu , surtout une traduction des œuTres d'Aristote , lui ont fait une grande réputation au moyen Age, même parmi les chrétiens.
Angleterre et France. —Trêve entre les deux rois. — Mort de Richard , au siège de Chai us dans le Limousin. Avènement de son frère Jean sans Terre, au détriment du fils de Geoffrol, Arthur qui est reconnu
dans la Bretagne, le Maine, l'Anjou et la Touraine.
Italie.— Une guerre entre Parme et Plaisance met en feu toute la Lombardie.
Orient chrétien. — Guerre civile entre les deux ordres de Saint- Jean et du Temple pour un territoire contesté. La lutte ne finira au bout de trois ans que par l'intervention d'Innocent III.
Orient mumnlman. — Un frère de Saladin , Saphadin , qui a déjà enlevé Damas à un de ses neveux, s'empare de la sultanie d'Egypte.
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APERÇU GÉNÉRAL
Le xiu* siècle est celui où les institutions du moyen âge ont pris le plus de développement et d'activité, en conservant leurs formes si diverses, dans l'ordre de la politique , de la religion , des études ou des lettres : l'état des gouvernements, des mœurs et des opinions se ressent de la variété des faits et des mouvements qui s'accomplissent.
Le siècle s'oovre par le pontificat d'Innocent IIL L'Europe entière ressent l'influence de ce pontife; les États d'Italie le reconnaissent pour protecteur ; il excommunie et dépose l'empereur Olhon IV, de la maison des Welfe, qu'il avait d'abord reconnu ; il ôte la Grande* Bretagne à Jean sans Terre, la concède à Philippe Auguste, la reprend à Philippe et la déclare un fief du saint-siége. Il ordonne des croisades. Une de ces expéditions ravit, contre son gré et malgré ses anathèmes , l'empire grec aux princes byzantins; l'usurpation qui fait empereur de Constantinople un comte de Flandre . et qui donne le quart de l'empire aux Vénitiens, rend au saint-siége la suprématie sur les Grecs srihismatiques. Une autre croisade verse la noblesse et le clergé du nord de la France sur les riches possessions des Albigeois, les hérétiques du midi : l'hérésie sera extirpée par la destruction des populations, autant que par les prédications ardentes des moines dominicains. Une troisième
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guerre sainte arrache , par la victoire de Tolosa , l'Espagne chrétienne aux Almohades d'Afrique. Innocent préside des conciles, établit des monastères, compose des livres mystiques : sa vaste correspondance embrasse toutes les affaires importantes qui ont occupé l'Europe depuis 4498 jusqu'en 4246. Le pape semble digne de cette domination universelle, même par la culture et l'étendue de son esprit. Il ranime dans l'Église le goût de l'étude : s'instruire est l'un des actes d'obéissance qu'il exige de tous les ecclésiastiques, séculiers ou réguliers. Presque tous ses successeurs , jusqu'à la fin du siècle, avec moins do talent et moins d'autorité que lui, suivent pourtant et maintiennent la direction qu'il a imprimée au monde. La suprématie politique ne fléchit guère entre leurs mains ; mais leurs prétentions semblent empreintes d'iniquité, quand ils dépouillent les derniers princes de la maison de Souabe pour leur substituer, dans les Deux-Siciles, les indignes princes de la maison d'Anjou. Boni face VIII, qui ferme le siècle, compromettra la puissance du saint-siége par les efforts téméraires qu'il fera pour l'accroître. La science , arme si nécessaire même à ceux qui ont déjà la force , ne manque pas à la cour de Rome : les Décrétâtes , de Grégoire IX, complétées par un sixième livre , le Sexte , de Boniface VIII , contribuent à étendre la juridiction ecclésiastique. Les légats , dans chaque royaume de la chrétienté , font respecter les décisions du saint-siége , comme autrefois les proconsuls romains celles du sénat.
Deux nouveaux ordres monastiques, fondés par l'Espagnol saint Dominique, par l'Italien saint François d'Assise, pour lutter contre l'hérésie par la parole, et pour ramener aux vertus par la mortification et la pauvreté, appartiennent à la fois à l'histoire de la religion et à celle des lettres. Les dominicains se rendent bientôt formidables en se faisant inquisiteurs et en persécutant les hérétiques ; mais ils exercent, comme les franciscains, une action bienfaisante sur les études. On s'étonne peu du crédit et des faveurs qu'obtinrent ces deux ordres, lorsque, dès leur naissance , on voit dans leur sein un si grand nombre d'étudiants, de professeurs, de prédicateurs et d'écrivains laborieux. Ils rendent de l'émulation aux anciens cénobites, chez qui le goût des études commençait à s'affaiblir , et au clergé séculier, qui, menacé dans ses droits et troublé dans l'exercice de ses fonctions par les entreprises de ces nouveaux auxiliaires, sentira le besoin de ne pas leur rester trop inférieur en instruction , et en mérite. \
Ce siècle vit encore naître d'autres ordres. Les carmes et les augustins, un peu postérieurs aux dominicains et aux franciscains,
XIIIe SIÈCLB APRÈS J. C.
«ènt appelés, comme eux , ordres mendiants. Les célestins sont do la fin du siècle. Il existait en môme temps, et depuis plusieurs siècles , divers ordres de chanoines réguliers , soumis à une règle monastique, et différentes familles de bénédictins.
Les frères du Christ, ou Porte-Glaive, chevaliers de Livonie, sont créés, non pour la prédication, mais pour la conquête; Tordre teutonique vint de Palestine les aider, et bientôt se substituer à eux dans cette œuvre de guerre, en Livonie et en Prusse : la croix est plantée dans le sang des idolâtres, sur les rives de la Baltique.
La guerre sainte, préchée seulement autrefois contre les infidèles de l'Orient , atteint les musulmans d'Espagne , les hérétiques do France, les Slaves idolâtres du nord, môme les Grecs schismatiques de Constantinople : bien peu de croisés vont combattre pour la terre sainte. Le nom de roi de Jérusalem n'est plus qu'un vain titre : Jean de Brienne quitte la Palestine pour Constantinople, après une malheureuse tentative sur l'Égypte; Frédéric II, l'empereur d'Allemagne, son gendre, achète des musulmans le droit d'entrer dans Jérusalem, quoique excommunié. Saint Louis, par sa piété et par l'habile direction donnée d'abord à sa croisade, aurait mérité d'être plus heureux en Égypte : les Mameluks, sortis hier esclaves de la Circassie , devenus souverains par la déposition du dernier sultan ayoubite, permettent au moins au roi captif de racheter sa liberté. Il fonde alors quelque espérance sur l'alliance des Mongols , qui ne s'étaient pas encore arrêtés dans cette voie des conquêtes où les avaient lancés Gengis-khan et ses Gis, partis de l'extrémité orientale de la Tartarie : mais les Mongols, dans leur ardeur de dévastation, ne distinguaient pas les chrétiens des musulmans ; ils s'étaient précipités sur les terres chrétiennes de la Russie, de la Pologne, de la Hongrie , comme sur l'empire musulman du Kharisme , comme sur l'Inde et sur la Chine. L'extermination des Ismaélites ou Assassins dans la Syrie, la catastrophe sanglante du dernier calife abasside et la ruine de Bagdad, ne profitent qu'aux dynasties turques, qui survivent en Asie Mineure, et aux Mameluks d'Égypte. La prise de Constantinople par les Grecs de Nicée, qui reconstituent un empire pour deux siècles, a peu de retentissement en Europe : on ne s'intéresse pas au sort d'une petite maison féodale de France, qui tombe du trône ; les Vénitiens seuls en sentent un cruel contrecoup, par la supériorité maritime que prennent leurs rivaux, les Génois. La dernière croisade, pendant que l'Orient est en feu, que les Mameluks se font redouter des Français, des Syriens et des Mongols, va toucher la côte d'Afrique, et n'a d'autre résultat que d'exercer les ▼ertus chrétiennes et de hâter la mort héroïque de saint Louis. Les
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Mameluks achèvent de chasser de la Palestine les templiers, les chevaliers teutons et toute la milice des chrétiens de l'Occident dont ils enlèvent les dernières places.
Ne reste-t-il donc rien de ces guerres saintes? Les nations occidentales ont été mises en rapport , non-sèulement entre elles , mais avec les Grecs et les Arabes, avec l' Asie et l'Afrique. Tant de voyages en Égypte, en Syrie, à Constantinopie , n'ont pas été perdus : ce contact universel a influé sur les langues, sur les idées et sur les arts ; il a rendu plus prompte et plus rapide la communication de toutes les connaissances, et a préparé de loin les progrès de l'intelligence humaine. On rapportait de l'Orient de la misère, des maladies et des vices , mais aussi des lumières qui agrandissaient la sphère des arts et de la littérature.
Les États de l'Europe occidentale subissent de grandes vicissitudes. Les Anglais expient un crime domestique de leur roi Jean sans Terre, par la perte de tout ce qu'ils ont sur le continent, à l'exception de Ja Guyenne. Le règne de Philippe Augnste est une des époques de l'agrandissement du pouvoir royal en France et de l'affaiblissement de la puissance des seigneurs: la victoire nationale de Bouvines frappe du même coup l'aristocratie rebelle, le roi d'Angleterre et la maison des Welfs dans la personne d'Othon IV de Brunswick. La grande charte, imposée par les barons anglais à Jean sans Terre, n'est pas une constitution générale; mais le triomphe des nobles préparera celui de toute la nation. En France, après le court règne du fils de Philippe Auguste, qui dans ses expéditions contre les Albigeois consomme la ruine des comtes de Toulouse, la minorité de Louis IX aurait pu exposer la royauté aux mêmes périls que le gouvernement tyrannique des Plantagenets avait attirés sur la royauté anglaise. La régence de Blanche de Castille , et les qualités personnelles de saint Louis, assurent , sans despotisme comme sans usurpation, la suprématie du pouvoir royal contre l'aristocratie, l'indépendance du territoire contre les Anglais alliés de seigneurs qui se sont révoltés. Ce règne, qui n'est que trop plein de la gloire militaire due aux croisades, Test aussi de toute celle qu'un roi de France peut acquérir par les soins du gouvernement et par la direction suprême des affaires. L'honnêteté naturelle de tous ses penchants, sa bonté, sa justice , sa loyauté magnanime , son intrépidité dans les combats , son courage plus héroïque encore dans l'infortune, ses lumières pour de pareils temps, son dévouement religieux aux intérêts de son peuple, les remèdes salutaires qu'il a apportés à l'anarchie féodale, toutes ses qualités, tous ses actes sont dominés par une piété vive et sincère , qui ajoute m mérite et
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à la force de sa résistance quand il combat les prétentions do la cour de Rome. Le roi d'Angleterre , son contemporain Henri III , est aux prises avec l'aristocratie , qui veut réformer elle-même le gouvernement. L'ambition du chef de la rébellion , le comte de Leicester, est cause de la première convocation des députés des communes au parlement. L'enfantement douloureux des libertés constitutionnelles en Angleterre ne fut pas stérile pour la paix et pour la grandeur de la nation. Édouard I*r, exalté par ses triomphes dans le pays de Galles et en Écosse , fort de ses alliances sur le continent, s'il n'eût été maintenu par la grande charte et par les parlements, eût imité le despotisme de Philippe le Bel. Ce petitfils de saint Louis , roi plus habile , mais moins honnête que son père , Philippe le Hardi , qui a jeté maladroitement la France dans les affaires de l'Espagne et de la Sicile , voit bien les intérêts réels du royaume et de la royauté : il est célèbre par ses guerres avec l'Angleterre et la Flandre , par son alliance avec l'Écosse , par la substitution de la loi royale aux coutumes anarchiques de la féodalité, et des légistes aux pairs-chevaliers. Il se rencontre avec un pape despote comme lui : la lutte commence quand s'ouvre le xiv* siècle.
L'Allemagne et l'Italie surtout sont remuées bien plus profondément. La maison de Souabe, exclue d'abord du trône impérial par Innocent III , y est rappelée par lui , au détriment du prince welf. Frédéric II est le bienfaiteur de ses sujets héréditaires des Deux- Siciles; mais le reste de l'Italie combat contre lui. Grégoire IX et Innocent IV l'exeommunient , le déposent , ruinent sa puissance et créent des anthCésars. Affranchis de la domination germanique, les peuples lombards ne savent pas vivre en peuples libres : les factions guelfe et gibeline ont encore leurs drapeaux dans toutes les cités. La maison de Romano est la terreur de la Lombardie orientale: quand elle succombera , les Scaliger et les Carrare exerceront les mêmes cruautés. Milan passe des mains despotiques des Torriani à celles des Visconti ; Venise se sauve de l'anarchie et du despotisme étranger en remettant ses destinées à une formidable oligarchie; la république de Gènes, agitée par des troubles intérieurs, change perpétuellement les noms, les rapports, le système des magistratures. La Toscane est partagée en plusieurs républiques, quelquefois liguées, plus souvent rivales : Florence, riche par l'industrie, au milieu des violentes fureurs des guelfes et des gibelins, essaye de constituer son gouvernement démocratique. La terre des Deux-Siciles est le tombeau des fils et du petit-fils de Frédéric II. Charles d'Anjou, appelé contre eux par les papes, rend exécrable le nom de la France, sur-
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tout en Sicile : les vêpres siciliennes donnent cette ile aux Aragonais; les deux royaumes subsistent ainsi longtemps séparés et ennemis.
L'anarchie de l'Allemagne, depuis le milieu du siècle, favorable à la puissance des seigneurs et à l'affranchissement des villes, qui forment la ligue du Rhin et l'association commerciale de la Hanse, ne cesse que par l'élévation au trône impérial de Rodolphe de Habsbourg. Le puissant roi de Bohême est terrassé ; l'Autriche passe aux mains du fils de Rodolphe, qui cependant ne lui succédera pas dans le titre d'empereur. Rodolphe n'a obtenu que par d'importantes concessions la faveur ou l'indulgence de la cour de Rome: il ne vient pas en Italie.
Le xiii6 siècle est glorieux et fécond pour l'Espagne chrétienne. Depuis la défaite des Almohades à Tolosa, plus de cinquante années sont employées par les rois de l' Aragon, par ceux de la Castille et de Léon qui ne forment qu'un royaume depuis 4230, à repousser les Maures vers les montagnes de Grenade. La piété chevaleresque de Ferdinand III le Saint ; le goût des lettres, de l'astronomie et de la science des lois d'Alphonse X le Sage, placent la Castille au pre~ mier rang ; l'extension de son territoire arrête dans la péninsule les progrès de deux autres États chrétiens, l'Aragon et le Portugal : mais déjà l'Aragon cherche fortune dans les îles de la Méditerranée. La Navarre, presque réunie à la France par des alliances de famille, est pour ainsi dire en dehors de l'Espagne. L'invasion nouvelle des Mérinides d'Afrique n'entame pas beaucoup le territoire chrétien : c'est à la Castille, le plus puissant des quatre États, à en supporter le poids. L'Aragon et la Castille commencent à éprouver les luttes intestines de l'aristocratie et de la royauté sous des princes dont le règne ne manque cependant ni de force ni d'éclat, sous Alphonse X qui a reçu des électeurs allemands le titre d'empereur, sous Pierre III lui a enlevé la Sicile aux Français.
Les mœurs, au xur siècle, se sentent de l'ignorance, de la fausse science , de l'affaiblissement de l'ancienne discipline ecclésiastique, des cérémonies bizarres ou scandaleuses qui sont maintenues, comme la fête des fous ou la fête des ânes en France. Les mœurs des palais et des châteaux ne sont ni plus pures ni plus nobles que celles des rangs inférieurs.
Les écoles abondent cependant : il y en a auprès de presque tous les monastères, alors si nombreux, et des églises cathédrales. Dans les villes, où l'enseignement se divise en plusieurs branches, et attire un grand concours d'étudiants, comme à Paris, à Angers, à Toulouse, à Montpellier, le nom d'université est appliqué au corps entier des maîtres et des disciples. Les statuts de l'université de
• Paris datent de : on distingue dans cette université quatre facultés, quatre nations d'étudiants, avec leurs syndics et un recteur; les quatre facultés sont la théologie, la jurisprudence, désignée sous le nom de décrétales , la médecine et les arts , qu'on appelle aussi philosophie et grammaire. La scolastique , avec ses formes pédantesques et ses syllogismes, domine les études et appauvrit l'intelligence : la raison, le goût, l'imagination et même la mémoire en sont altérées; une dialectique puérile et pointilleuse exempte souvent de penser. Les quatre livres de Sentences, de Pierre Lombard, sont commentés par Albert le Grand , saint Bonaventure , saint Thomas d'Aquin, Duns Scott : ils ont composé, sous le nom de Somme, d'imposants monuments de métaphysique, de théologie et de morale. Albert le Grand, qui est né en Allemagne, joint l'astrologie et l'étude des secrets de la nature à la politique. L'Italien saint Bonaventure qui ne sait pas, même dans les effusions de son cœur, s'affranchir toujours de la scolastique, entraine les âmes chrétiennes dans une voie pleino d'attraits et de périls, le mysticisme. Saint Thomas d'Aquin, Italien comme lui et son ami, l'une des gloires de l'ordre des dominicains , a l'esprit inventif et profond ; il a proposé une solution de la fameuse question des universaux. Duns Scott , franciscain écossais , qui contredit saint Thomas , dispute beaucoup , n'invente rien , n eciaircit aucune doctrine. La jurisprudence comprend le droit canon et le droit civil qui vient d'être enseigné avec éclat en Italie par Azzon et par son disciple Accurse; en France, plusieurs villes, mais uon Paris à cause de la défense expresse d'Honorius III , ont des cours de jurisprudence civile. Le droit écrit est suivi au sud de la Loire; le droit coutumier, au nord; mais le droit de Justinien, à force d'être enseigné dans les écoles, acquiert de l'autorité devant les tribunaux : les jugements par les pairs ou jurés deviennent plus rares; des canonistes et des légistes pénètrent dans le parlement , cour suprême de justice royale. La médecine, la chirurgie, la pharmacie et la chimie s'étendent des Arabes aux chrétiens ; les écoles d'Italie commentent les travaux des musulmans : mais la superstition fait rechercher les alchimistes comme des hérétiques. La faculté des arts vit de discussions sur les livres d'Aristote, surtout la Physique et la Logique. Le péripatéticisrae domine : il établit des relations entre les divers genres de connaissances humaines, et suggère le projet d'en former des systèmes encyclopédiques, comme le Quadruple miroir; de Vincent de Beauvais.
Les sciences proprement dites font de précieuses découvertes ou appliquent aux arts des découvertes déjà faites. Le cordelier anglais Roger Bacon, qui tenta une rénovation générale des sciences,
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décrit la poudre à canon , dont font déjà usage les Orientaux. La boussole commence à être pratiquée en Europe. L'invention des lunettes est peut-être de la fin du siècle. La science des astres reste sujette à beaucoup de superstitions : Roger Bacon admet des prédictions générales ; il ne rejette que les horoscopes personnels.
La géographie doit beaucoup au livre arabe d'Ibn-Al-Ouardi ; aux navigations des Génois, des Pisans, des Vénitiens; aux relations d'Âscelin , de Plan Carpin, de Rubruquis, de Marco Polo , envoyés chez les Mongols ; aux cartes qu'on commence à dessiner.
L'histoire , qu'on ne lait pas entrer dans le plan d'instruction des écoles , ne produit pas beaucoup de monuments distingués dans la langue latine, dont elle commence à s'affranchir. La chronique de Geoffroy de Villehardouin, qui raconte la conquête de Constantinople par les Français, est écrite en prose vulgaire. Les ouvrages latins de Rigord, de Guillaume le Breton, de Guillaume de Nangis, religieux de Saint-Denis, ont moins d'attrait que la Vie de saint Louis, par Joinville , et que les grandes Chroniques conservées à Saint-Denis , qui forment comme le premier fond de nos histoires de France.
La langue française , ou langue d'oïl , est préférée , même par des Italiens. Le Florentin Brunetto Latini, un des maîtres de Dante, écrit ou traduit en français son manuel général d'études, intitulé Trésor. La langue de l'Italie, dont les poètes avaient écrit jusque-là en vers provençaux, commence à se fixer : la Divine Comédie, de Dante, la plus étonnante production de cet âge, est en même temps l'un des plus anciens, comme l'un des plus illustres monuments delà littérature italienne. On n'enseigne dans les plus grandes écoles ni les langues modernes, ni les langues orientales, ni même la langue grecque, quoique le trône de Constantinople soit pendant plus de cinquante ans à des Français.
La langue latine, écrite et parlée d'une façon si incorrecte dans les écoles, règne encore dans la chaire : mais les prédicateurs commencent à entremêler dans leurs phrases latines des mots du langage vulgaire ; en \ 262, on rencontre les premiers exemples de ces prédications macaroniques.
La vraie langue française se forme par la poésie et par les romans. Les trouvères du nord sont plus nombreux et plus féconds que les poètes du midi : leur langue, moins élégante, moins douce, moins sonore, se développe davantage, devient plus expressive, quelquefois plus pittoresque ; elle s'essaye dans vingt genres différents, ne brille encore dans aucun, prend cependant possession do la plupart, et se destine à les enrichir tous un jour. On compterait en ce siècle plus de deux cents poètes ou rimeurs français. Ce sont
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des romans de chevalerie mis en rimes, des fabliaux, des laîs. Les riches et le peuple étaient amusés par les fabliaux du trouvère- Rutebœuf, souvent aux dépens de l'Église ; mais le poète y gagnait à peine sa vie. On aimait beaucoup le Roman du Renard qui, sous des noms d'animaux , faisait la satire de tout ce qui était craint et vénéré dans la société féodale, surtout la noblesse et le clergé. Le Roman de la Rosé, commencé par Guillaume de Lorris, qui meurt vers 4260 terminé par Jehan de Meung avant 4305, est un pénible tissu d'allégories froides et fastidieuses, en plus de vingt-deux mille vers, sans mouvement poétique, le plus souvent sans images ni pensées , avec beaucoup de descriptions et d'abstractions personnifiées. Les chants de Thibaut IV, comte de Champagne et roi de Navarre, sont d'un esprit fin et sensible ; il participe des qualités des trouvères et de oelles des troubadours. Les troubadours, au midi de la Loire , donnent de la souplesse et de l'harmonie à une langue sonore faite pour la poésie lyrique , pour l'amour, pour la satire , même pour les chants de guerre , comme le prouvent leurs sirventes; mais ils manquent d'une inspiration profonde et soutenue ; ils ne laisseront aucune grande œuvre et disparaîtront au milieu du choc terrible de la guerre des Albigeois.
Les seigneurs, les rois et les papes encouragent à l'envi les études publiques et tous les talents. Innocent III , Philippe Auguste , saint Louis, Frédéric II , sont imités par des princes italiens et par des seigneurs français qui s'environnent de savants et de poètes. A Florence, Cimabue reçoit dans son atelier la visite de Charles d'Anjou, le conquérant de Naples : le peintre terminait alors ce tableau de la Vierge que, bientôt après, les Florentins portèrent en grande pompe et au son des instruments de musique à l'église de Sainte- Marie-Nouvelle. Les artistes semblaient moins jaloux que les poètes do leur gloire personnelle : combien de statuaires et d'architectes , dont lesœuvres vivent et font l'admiration des siècles, dont les noms sont ignorés ! L'auteur de la Sainte-Chapelle de Paris, un des chefsd'œuvre de l'art ogival, Pierre de Montereau, est peut-être le même architecte, connu sousle nom d'Eudes de Montreuil, qui fit un voyage en Palestine à la suite de saint Louis , travailla aux fortifications de Jaffa , et vit de près le système d'architecture des Arabes qui put l'inspirer.
d'Écosse pour les fiefs que les Écossais possèdent sur la terre anglaise»
Tèçoit l'Hommage du roi Uauemurk,- Le comte de Hol-
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stein est forcé de céder aux Danois le Ditmarse, qui est à l'ouest du Holstein , et l'importante place de Bensbourg, sur les confins du Sleswick.
Ks pagne. — Aventures du roi de Navarre SancheVll; il est venu en Afrique dans l'espoir d'épouser la fille du prince almohade et de recevoir en dot ses domaines d'Espagne.
Pendant son voyage , qui fut sans résultat, le rot de Castille lui a pris les provinces d' A lava, de Biscaye, et deGuipuscoa. A son retour il devient malade pour le reste de ses jours.
Cependant il régnera encore pendant trente-quatre ans.
France et Rome. — Philippe Auguste gardant Agnès de Méranie, le légat du pape, dans une assemblée tenue à Vienne en Dauphiné qui est terre d'empire, jette l'interdit sur le royaume (janvier). Après dix mois d'observation rigoureuse , l'interdit n'est levé que parce que Philippe reprend Ingeburgc. — Mariage du fils du roi, Louis, âgé de moins de quatorze ans , avec Blanche de Castille ( mai ). — Vers 1200 , le roman de Guiot de Provins parle de la boussole, nommée Marinette , comme étant en usage en France.
Danemark. — Mort d'Absalon, archevêque de Lunden. Le Danemark lui doit la célébration uniforme de l'office divin. — 11 a eu pour secrétaire Saxon le grammairien, qui a coinposé en latin une Histoire du Danemark , en grande partie d'après les traditions populaires, les chants des scaldes , les sagas islandaises.
France. — Agnès de Méranie meurt à Poissy après avoir donné deux enfants à Philippe Auguste. — Ingeburge est comme prisonnière au château d'Etampes.
France et Italie. — Les prédications de Foulques de Neuilly décident une croisade. Boniface , "marquis de Montferrat, et le comte de Flandre, Baudouin, s'entendent avec
kPRBS J. C.
Venise pour qu'elle fournisse le passage par mer.
Llvonle. — Le troisième évôque de Livonie fonde la ville de Riga et , pour hâter la conversion ou la conquête du pays, crée Tordre religieux et militaire du Christ, ou des chevaliers porte-glaive.
Angleterre et France. — Arthur, que Philippe Auguste soutenait contre les partisans de son oncle Jean sans Terre, est pris.
Danemark. — Mort de Kanut VI le Pieux qui avait cherché à policer ses peuples. Son frère "Valdemar 11 est couronné à Lunden. H va à Lubeck même se faire reconnaître roi des Vandales ou Slaves, et seigneur de Nordalbingie : titre qu'ont gardé les rois de Danemark.
Espagne. — Innocent III met en interdit le royaume de Léon, parce que le roi ne renvoie pas la fille du roi de Castille, sa parente, à laquelle il est marié depuis cinq ans et qui lui a donné un fils.
Italie. — Léonard de Pise(Fibonacci) emprunte aux Arabes et donne le premier aux chrétiens d'Occident la connaissance de l'algèbre.
Venise. — Les chevaliers qui ont demandé des vaisseaux à Venise pour la quatrième croisade, ne pouvant acquitter le prix convenu avec la république, prennent pour elle, sur les Hongrois, la ville de Zara après quatorze mois de siège. Les croisés passent l'hiver en Dalmatie. Mécontentement et menaces d'Innocent III.
Angleterre et France. — Le
meurtre d'Arthur, duc de Bretagne (3 avril), est le titre d'accusation invoqué par la cour des pairs de France, contre son oncle, Jean sans Terre, vassal de Philippe Auguste :
l'arrêt de la cour le dépouille de toutes ses possessions françaises (30 avril). Philippe Auguste te
XIIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
charge de l'exécution du jugement.
La Guyenne restera aux Anglais.
Danemark. — Waldcmar H rend la Norvège tributaire.— Le duc de Holstetn , prisonnier depuis deux ans, recouvre la liberté en renonçant à son duché.
Empire grec. — Le jeune fils de l'empereur Isaac l'Ange, que son frère, Alexis Comnène, a dépouillé du trône, vient au camp des croisés, en Dalmatie, demander leur assistance. Le doge Dandolo et Boni face de Montserrat, dont un frère, Conrad, a épousé la fille disaac l'Ange, décident les chevaliers à marcher vers Constantinople. Arrivés le 23 juin, ils emportent la ville d'assaut le 18 juillet, renversent l'usurpateur, et rétablissent Isaac; mais ils se font détester des Grecs par leur licence et leur cupidité.
Efpa^ne. — Le roi de Portugal enlève Elvas aux musulmans.
Angleterre et France. — Philippe Auguste enlève la Normandie aux Anglais.
Bohême. — Prémislas abandonne le parti de Philippe de Souabe et se jette avec chaleur dans celui d'Othon IV de Brunswick , d'où lui est venu son surnom d'Ottocar. — Innocent III lui confirme le titre de roi.
Bulgarie. — Un légat d'Innocent 111 couronne Joannice roi des Bulgares et des Valaques, qui veut se soustraire à la religion des Grecs comme à leur influence.
Empire grée, France et Italie. — Isaac l'Ange est déposé et mis à mort par Murtzuphle , qui exploite la haine des Grecs contre les Latins ( février). Chassés de la ville, les croisés assiègent et prennent Constantinople (mars) : pillage et sac de la ville ; beaucoup de monuments de l'art antique sont détruits.
— Élection d'un empereur latin, Baudouin de Flandre. Venise acquiert le quart de l'empire et le droit
d'élire le patriarche latin de Constantinople. La ville de Constantinople esf elle-même partagée entre les Français, les Vénitiens et le nouvel empereur. Boniface de Montferrat obtient le royaume de Thessalonique et la Crète qu'il vendra aux Vénitiens.
Villeharduuin, maréchal de Champagne, l'historien de cette expédition, eut le fief d'Achale. L'organisation féodale de l'Occideut est transportée dans l'empire grec; il y eut des ducs
d'Athènes et des sires de Thèbes.
Théodore Lascaris I*r, gendre d'Alexis l'Ange, s'est fait reconnaître dans l'Anatolie (Asie Mineure). De petites principautés grecques se formeront aussi en Europe.
Eapagne. — Don Pèdre 11, roi d'Aragon, qui épouse la fille du comte de Montpellier, s'engage par le contrat à ne jamais la répudier et à ' ne prendre jamais d'autre femme. Il va se faire couronner à Rome des mains d'Innocent 111, auquel il promet, pour lui et pour ses successeurs, un tribut annuel.
Il est le premier rot d'Aragon qui ait été couronné.
Angleterre et France. — La
Touraine , l'Anjou , le Maine , le Poitou sont conquis sur les Anglais.
Bohême. — Réconciliation de Philippe de Souabe avec Prémislas.
France. — Les légats du saintsiége, Raoul et Pierre de Caslelnau, chargés de convertir ou de livrer au glaive séculier les hérétiques du Languedoc, particulièrement ies Albigeois, arrachent par leurs menaces, même au puissant comte de Toulouse , Raymond VI , la promesse de chasser de ses États les ennemis de la foi.
Uvonle.— Innocent III, qui confirme l'ordre des chevaliers du Christ ou porte-glaive, leur donne la règle des templiers; ils porteront une croix rouge sur un manteau blanc et une épée rouge.
Orient chrétien. — Le roi
33g XIII* SIÈCLE APRÈS J. C.
. , « a* k ~»Ania i ivnn rnnrerte bus nomades qu'il a vaincues, prend
le titre de Tchinghiz - Khan ( chef
U'inùX ? xJûlsYon de°UBgohé- des chefs) Il
Atv nn\ «vit Pinnaré au détri- à a conquête de 1 Asie. Leurreiigion
prhîcipaulé d'Antioche et du comté n ép Pa* ta monument* de
de Tripoli. Guerre de vingt ans. La 1 islamisme, principauté restera à Bohémond. 1207.
venue. -- Leffo£ Henri Dan- U||n et mml9mr9m;^
dolo meurt à Constanunople, âgé de ^. ^h ^ ^ ^ de Monlferratf
laisse en mourant la royauté précaire de Thessalonique à son second fils
- *ipnmi Démétrius. L'aîné , qui lui succède
quatre ^provéd.teurs , - ^« no£ dans le Montferrat, va d'abord afferveau doge Pierre £ian , sei oiu eu jeune Démétrius sur le trône
voyés, de ^MMU2^nJ dort1 de Thessalie , au retour il aura bêles quatre chevaux J>r°nae. uore, défen«lre ses propres dochef-d'œuvre du «*i™™J™]fêr Blaines en Italie. - Mort de Joansippe. Us ™* nice, roi des Bulgares. Les discordes sous Néron, de Connthe a Home ^ n'interrompent pas la Constantin en orna sa nouvelle capi- ^"^^Ic* Francs. taie, lis seront placés au-dessus du 8uerre a>ec lcs rranc*' portail de l'église Saint-Marc orient. — Les Latins de Palesr fine, soutenus par une armée de 1206. croisés allemands, reprennent sur
» ^.ii.^.mia — Vir- Tayoubite Saphadin, Sidon, Lao- Emplre d Allemagne. Vie F ffa ^ uadin
sut pawsuï SjsHWBr" • -
Uon avec le pape. *" ' ■ „ .
. j0,„nice roi VenUe. — L'Ile de Candie (la
-i„f Œres anoeÛ uai c'rera Crfcie) se révolte fréquemment contra
contré IS^ACtoulh l«, les Vénitiens, ses nouveaux maîtres, le fait prisonnier près d'Andrinople, 1208. et cause sa mort. Le frère de Baudouin, Henri Ier, tiendra tête aux
Allemagne. — La mort de Phi- Bulgares et au Grec Théodore Las- ^ de Souabe, qui est victime caris, qui se fait proclamer empereur d,une vengeance privée, relève la à Nicée. D'autres princes grecs ont forlune d'Olhon de Brunswick, formé des États indépendants, l'un à iw„™„» m
srs: «usa* a lafsSSS
qui réside a Nicée. Négociations sté- terbury (marsj. î iles entre ce patriarche et la cour de Espagne. — Palencia, au sud- Rome pour la réconciliation des deux est de Léon, est la première ville Églises. de l'Espagne chrétienne qui ait une Uvonle. - L'éveque de Riga université; je roi jj r attire des savants cède un tiers de la Livonie aux che- d'Italie et do France, valiers porte-glaive. vrance. — Assassinat du légat
».«al».-Le Mongol Témoud- ^^T^^^^m or" In, en présence des cbefe de cent tri- comte de i ouiouse. imiuceuv tu w
XIII* SIÈCLE Al'RÈS i. C.
donne une croisade contre Raymond VI et contre les Albigeois.
Mongol». — Tchinghiz-Khan ou Gengis-Kban soumet les Turcs orientaux*
Orient chrétien et Rome. —
Lettre sévère d'Innocent 111 au chef de Tordre des templiers qui désobéissaient souvent aux éveques et aux légats. Prospérité des ordres religieux : le Temple possédait dans les différents pays chrétiens neuf cents manoirs; l'hôpital do Saint- Jean dix-neuf mille.
Kmplre d'Allemagne. Rome
et Sicile* — L'abandon au saintsiège de l'héritage de la comtesse Maihilde met le sceau à l'alliance d'Otbon IV de Brunswick avec Innocent 111 , qui le couronne empereur à Rome.
Kspagne. — Les Almohades enlèvent aux Almoravides les Baléares, leur dernier refuge. Mohammed-al- Naser publie la Ghaziali ou guerre sainte pour tous ses Etats. — La médiation du roi de Castille réconcilie les rois de Navarre et d'Aragon.
France. — Raymond de Toulouse se soumet aux conditions que lui impose le concile de Valence. Il s'associe à la croisade préchée contre ses sujets hérétiques. — Plusieurs seigneurs du nord, le duc de Bourgogne, le comte de Ne vers, le comte de Sain t- Pol , le comte de Montfort, Simon, des évôques et des abbés entreprennent la guerre sainte , qui va désoler les riches contrées du midi. Sac de Béziers ; occupation de Carcassonne.
— Une assemblée de seigneurs, tenue par le roi à Villeneuve de Sens, modifie la loi féodale au profit du suzerain : lorsqu'un fief est démembré, tous ceux qui en ont une partie sont tenus à l'hommage immédiat envers le suzerain de qui relevait le fief avant le démembrement (mai).
Orient.— Les Francs de la Pales-
tine pénètrent jusqu'en Ésypte, pendant que l'ayoubite Saphadin réprime une révolte en Mésopotamie. — Les cannes, un des quatre ordres mendiants, reçoivent leur règle monastique d'un patriarche de Jérusalem :
ils étaient réunis d'abord au mont Carmel.
Slaves.— Le prince slave de l'Ile de Rugen , chrétien depuis peu de temps, fonde sur le continent la ville de Stralsund et la peuple de Saxons.
Allemagne. — Albert II , margrave de Brandebourg, à la mort du margrave de Lusace son beau-père, commence pour sa famille l'acquisition de ce pays , qui fera partie de la nouvelle Marche.
Danemark. — Valdemar II reçoit l'hommage du duc de la Poméranie orientale et recouvre Dantzick.
Empire d' Aile magne et Rome* — L'empereur Othon IV de Brunswick, qui prétend a la couronne des Deux-Siciles, et qui ne restitue pas au saini-siéee les terres allodiales de la comtesse Mathilde , est excommunié. \At roi de Bohême Prémislas, et les autres princes allemands , désignent le jeune Frédéric de Souabe pour l'empire.
France. — Raymond VI de Toulouse fait le voyage d'Italie pour demander au pape l'absolution que lui refusent les légats.— Dans un concile à Paris, présidé par le cardinal Robert de Courçon , on condamne au feu les livres de métaphysique d'Aristote, traduits en latin, avec défense de les transcrire ou de les lire, sous peine d'excommunication.
Italie. — L'empereur Othon IV dispose d'une partie des fiefs de la comtesse Mathilde dans la Romagne en faveur du seigneur de Ferrare, Torelli Salinguerra, et d'une partie des terres allodiales dans le territoire d'Ancône, pour Azzon d'Esté.
Orient chrétien* — Un cheva-
Xlir SIÈCLE APRÈS J. C.
lier français , Jean de Brienne , qui épouse une fille de Conrad , l'ancien roi de Jérusalem , se déclare roi.
Saint- Jean-d' Acre et Tyr sont les débris du royaume latin.
Angleterre. — Innocent III déclare les sujets de Jean sans Terre déliés du serinent de fidélité.
*: ni pire cT Allemagne, — L'influence du pape fait élire de nouveau, roi des Romains, Frédéric II, âgé de dix-sept ans. Le clergé, dont les immunités avaient été violées par Othon IV, favorise le nouvel élu.
Kspagne.—Mohammed-el-Naser perd huit mois au siège de Salvatierra, dans la Sierra Morena. Les armées chrétiennes ont le temps de se réunir pour résister aux troupes immenses des Almohades, des auxiliaires français viennent les rejoindre.
Angleterre. — Innocent III déclare Jean sans Terre déchu du trône.
Empire d'Allemagne. — Frédéric 11 conclut à Toul,en Lorraine, un traité d'alliance avec Philippe Auguste contre Othon , neveu de Jean sans Terre.
Espagne. — Mohammed-el-Naser prend enfin Salvatierra (mai). Ses armées sont battues dans les plaines ( las navas ) de Tolosa , par les rois d'Aragon , de Navarre et de Castiile (juillet) : Alphonse de Castiile est impitoyable après le combat. Mohammed retourne mourir à Maroc; les Almohades ne se relèveront pas de ce désastre.
Russie. — Avant de mourir, le grand- prince de Wladimir désigne pour lui succéder son second fils Jouri II au détriment de l'atné, et distribue des apanages aux cinq autres. L'atué se révoltera, aussitôt après la mort du grand-prince.
Afrique et E*#**ne. — Mort
de Mohammed-el-Naser (décembre).
11 laisse un enfant de dix ans dont la minorité ajoutera aux causes de ruiue de l'empire almohade.
Angleterre. — L'archevêque de Canterbury, Etienne Langton, produit, au milieu d'une réunion debarons hostiles au roi , la charte de Henri 1er, qu'on veut lui faire renouveler (25 août).
Angleterre et France. — Premier grand armement maritime d'un, roi de France, en vue de la conquête de l'Angleterre que provoquait la bulle publiée par Innocent III contre le roi Jean. Jean consentant a tenir son royaume comme un fief de l'Église romaine ( 15 mai), l'expédition est arrêtée par le pape. Philippe Auguste attaque le comte de Flandre allié de l'Anglais.
i; m pire d'Allemagne. — La
constitution d'Égra, signée par Frédéric II , remet le saint- siège en possession des biens allodiaux de la comtesse Mathilde, et rétablit les appels en cour de Rome.
Espagne.— La mort de Pierre II à Muret laissera à l'Ara go n un roi de cinq ans, Jayme ou Jacques Ier.
Eranee. — Le concile de Lava tir rejette les offres qu'avait faites le roi d'Aragon, avec l'assentiment du pape, pour la réconciliation des comtes de Toulouse, de Comminges, de Foix, et deBéarn avec l'Église (janvier). Reprise des hostilités. Le roi d'Aragon s'unit aux seigneurs du midi pour la défense de leur territoire contre les croisés : grande bataille de Muret sur le territoire de Comminges, au sud de Toulouse; Simon de Montfort est vainqueur, mort de Pierre H (septembre).—Le mari d'Alix duchesse de Bretagne, Pierre de Dreux, petit-fils de Louis le Gros, fait hommage lige à Philippe Auguste.
Iilvnnle. — Innocent III donne le titre et les droits d'église métropolitaine à l'évêché de Riga, qui ne relèvera plus de l'archevêché de Brème.
XIIIe SIÈCL)
Angleterre et France. — Ligue du roi d'Angleterre, de l'empereur déchu Othon de Brunswick , son neveu , des vassaux rebelles de France, les comtes de Flandre et de Boulogne, contre Philippe Auguste : la chevalerie réunie avec les milices communales, sous la bannière royale de Saint-Denis, gagne la bataille de Boulines, entre Lille et Tournai ( 27 juillet). Jean sans Terre, pendant ce combat, est repoussé du Poitou par Louis, fils de Philippe.
Danemark* — Frédéric II accorde à Valdemar II , la confirmation de toutes les conquêtes faites par les Danois depuis l'Elbe jusqu'à la Duua.
Kepagne. — Le roi de Léon , cédant aux instances de Rome, se sépare de sa femme qui est sa parente; le pape Innocent III déclare alors légitimes les cinq enfants qu'il a eus de ce mariage. L'aîné, âgé de quatorze ans, Ferdinand, est désigné dans rassemblée de la nation pour régner après son père* — La Castille perd Alphonse VIII : l'enfant qui lui succède, à dix ans, est d'abord sous la tutelle de sa mère (août), et, après la mort de celle-ci (octobre), sous la tutelle de sa sœur, la femme divorcée du roi de Léon.
Russie* — Les Russes d'Haliclz, ou Galicie, dans la Russie rouge, qui se sont donnés au fils du roi de Hongrie, menacés dans leurs libertés et dans leur religion retournent à leur prince russe.
Allemagne. — Diète d'Aix-la- Chapelle : les nobles s'engageront par serment à ne pas dépouiller les marchands et les voyageurs sur la voie publique.
Angleterre. — Les barons et les évéques arrachent au roi Jean, par 1 Insurrection, la grande charte des libertés (l!) Juin). Outre la reconnaissance des droits du clergé et des
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possesseurs de fiefs, la charte garantit la liberté des personnes et des propriétés pour les bourgeois, les cultivateurs , les marchands anglais et étrangère. — Elle est déclarée nulle par le pape (9 septembre). — Les barons o firent la couronne au fils de Philippe Auguste.— La charte des forets a été faussement attribuée à ce règne.
Danemark* — L'empereur déchu Othon IV, le margrave de Brandebourg, le ci -devant évêque de Slesvig , qui prétend depuis dix ans à l'archevêché de Brème, se liguent contre le roi de Danemark, attaquent le Holstein , prennent Hambourg, Hambourg est repris par Valdemar II ; le stfge métropolitain de Brème est arraché au turbulent évêque.
Espagne* — Décrets du concile de Compostelle pour le rétablissement de la paix publique en Castille.
France. — Le concile de Montpellier, avec le consentement du légat Pierre de Bénévent , donne le comté de Toulouse à Simon de Montfort, qui a déjà pris la vicomlé de Béziers. Raymond VI et les comtes de Foix et de Gomminges vont porter leurs plaintes légitimes à la cour de Rome. — L'université de Paris reçoit ses premiers statuts du roi Philippe Auguste et d'Innocent 111 (août). — Consécration de la cathédrale de Reims, une des plus majestueuse de toutes nos églises.
Italie* — Le moine italien François d'Assise constitue un ordre monastique nouveau. — Eccelino, seigneur de Romano, de Vicence et de Trévise, se retire dans un monastère :
il a partagé ses États entre ses fils Ëcelin le Féroce , et Albéric, qui n'a que Trévise.
mongols. — Gengis-Kban ravage depuis cinq ans les régions chinoises : il prend d'assaut Pékin , où les monuments des arts et des lettres sont détruits ; il s'avance jusqu'aux montagnes du nord.
342 XUI* SIÈCLE
nome. — Treizième concile général, quatrième tenu à Latran, en présence des ambassadeurs de 1 empereur, de plusieurs princes catholiques de la chrétienté, et même de l'Orient, qui a été reconquis par les croisés à l'obédience romaine.
Pour prévenir toute ambiguïté dans l'interprétation du sacrement de 1 eucharistie altéré par les Albigeois et les Vaudois, , le concile adopte le terme de transsubstantiation. La confession sacramentelle est rendue obligatoire au moins à Pâques. Tout seigneur qui, averti par l'Eglise, ne purge pas sa terre d'hérétiques après un an , sera déclaré déchu ; ses vassaux ne lui devront plus fidélité. D'après ce principe, le pape consacre les spoliations dont sont victimes les seigneurs du midi de la France; fcinion de Montfort est reconnu souverain de l'Albigeois, mais le marquisat de Provence est réservé pour le fils de Raymond VI. Un canon du concile réprime l'usage du mariage qui s'était conservé chez les clercs inférieurs. — La défense qui est faite d'établir de nouveaux ordres religieux ne sera pas tenue.
Angleterre et France. — Le
fils de Philippe Auguste, Louis le Lion , appelé par les Anglais contre Jean sans Terre, passe en Angleterre , malgré l'excommunication dont le frappe le pape. La mort de Jean sans Terre réconcilie les Anglais avec leur dynastie royale (18 octobre) : Henri 111, son fils, lui succède à l'âge de neuf ans; le régent, Guillaume de Pembroke , confirme la grande charte. — Guerre nationale contre le prétendant français.
Bohème. — Frédéric 11 , qui a déjà accordé à son allié Prémislas plusieurs privilèges pour lui et pour ses héritiers, avec exemption de toutes redevances, à la charge de prendre l'investiture de l'empire, confirme à Venceslas, fils de Prémislas, la succession éventuelle à la couronne de Bohême.
Empire latin. — La sœur des empereurs latins de Gonstantinople Baudouin et Henri, porte cette, royauté précaire à son mari , Pierre de Courtenai, comte d'Auxerre.
Italie. — 11 est décrété, à Gènes, pour mettre un frein à l'ambition des principales familles , que l'administration suprême de la justice ne pourra être exercée dans la république que par des étrangers.
Home.— Innocent 111 meurt dans la plénitude de.sa puissance (juillet). , Deux bulles d'Honorius 111 , qui lui succède , approuvent l'établissement de l'ordre de saint Dominique, moine espagnol, qui a formé surtout des frères prêcheurs, destinés à devenir bientôt des inquisiteurs (décembre).
Angleterre et France. — Le
fils de Philippe Auguste est vaincu 4 Lincoln , conclut un traité ( Il septembre) et quitte l'Angleterre. — Charte dite des Forêts pour prévenir l'extension illégitime des forêts de la couronne d'Angleterre.
Danemark. — Expédition des Danois en Esthonie , au nord de la Livonie, pour aider les chevaliers porte-glaive à soumettre les idolâtres du pays. Valdemar 11 fonde Kevel , sur la côte du golfe de Finlande.
Espagne. — L'alné des cinq enfants du roi de Léon est, du chef de sa mère, appelé au trône de Castille» Le roi de Léon, jaloux de la préférence donnée à son fils sur luimême, lui fait quelque temps la guerre.
France. — Raymond VI, rappelé par ses sujets, est reçu en souverain dans Toulouse. Simon de Montfort l'y assiégera vainement.
mongol*. — • Gengis-Khan envahit l'empire musulman du Kharisme qui comprenait le Turkestan , la Transoxiane, le Kharisme, le Kilowatt, la Perse et s'étendait Jusqu'à
l'Irak -A rabi et jusqu'aux Indes. Des ingénieurs et des mécaniciens chinois dirigeront, de 1217 à 1224, le siège des grandes villes : Otrar sur l'ancien Yaxarle ou le Sihoon ; Boukhara, Samarcande, Hérat , Mérou , Nishapour dans le Khoraçan, Balk et Candahar.
Orient.— Croisade entreprise par André roi de Hongrie, qui est oblitî<S par les menaces d'Honorius 111 , d'accomplir un vœu de son père: les ducs de Bavière et d'Autriche, les rois de Jérusalem et de Chypre feront partie de l'expédition. André II demande des vaisseaux à Venise.
Russie. — Jour! 11 est supplanté par son frère aîné, qui meurt au bout d'un an et le désigne pour lui succéder.
Allemagne. — Mort d'Othon IV.
— Frédéric II renouvelle le vœu d'aller à la terre sainte. — Lorsque s'éteint avec Berlhold V la puissante maison de Zœhringen, qui possédait les comtés de Zœhringen, de Brisgau èt de Rhinfelden, le rectorat de la petite Bourgogne, la Thurgovie, Zurich , Soleure , Berne , Genève , le Valais et l'Ucblland, ou territoire de Frlbourg, presque tous ses droits passent à Frédéric II : les princes de Savoie profiteront des embarras de la maison de Souabe pour prendre une part de cet héritage.
France. — Simon de Montfort est tué au siège de Toulouse (juin ).
Son fds Ainaury et les croisés lèvent le siège , mais continuent la guerre.
— Une bulle d'Honorius III dérend d'enseigner le droit civil dans l'université de Paris; le droit canonique est seul autorisé.
orient. — Le roi de Hongrie est rappelé en Europe parles troubles de son royaume ; la croisade est dirigée par le roi titulaire do Jérusalem, Jean de Brienne, contre l'Égypte. Le phare et le port de Damiette sont pris (25 août).
— Le vieil ayoubite Saphadin meurt en Syrie à "soixante - treize ans,
laissant ses États partagés entre six fils (31 août). Malek-el-Kamel, l'aîné, a la sultanle d'Égypte. le second a Damas. — Celui-ci démolit les murs de Jérusalem pour que les Lalins ne puissent s'y fortifier. Il aide son frère a défendre Damiette.
Orient* — Les efforts réunis des sultans d'Égypte et de Damas n'empéchent pas les croisés de conquérir enfin Damiette (9 novembre). Des cou* ditions de paix avantageuses sout imprudemment refusées par le légal Pelage et par les templiers. — L'État scidjoucide cl'lconiuma, pendaotdix* huit ans, un graud-prince Alaeddin- Kaikobad, qui fait des conquêtes en Géorgie, eu Arménie, en Mésopotamie, et qui publie de sages lois.
Allemagne et Rome. — Frédéric H reçoit a Rome, des mains d'Honorius 111, la couronne impériale.
Son fds, âgé de sept ans, est élu roi des Romaius.
Espagne. — La quatrième fille d'Alphonse de Castille épouse Jacques Ier d'Aragon , âgé de treize ans.
Orient. — Les Latins , forcés de rendre Damiette, évacuent l'Egypte.
suède. — L'archevêque d'Upsal envoie des missionnaires chez les Ksthoniens qui font, par représailles, avec les Caréliens, les Vandales et les Prussiens . une invasion dans la Go* thic suédoise.
Empire latin et Crées. — Un
prince grec d'Épire,Théodorc l'Ange, dépouille le jeune Démétrios du trône de Thessalie, pendant qu'il est à Rome. — Le marquis de Montferrat, frère de Démétrios, épuise les forces de son petit État pour rétablir en Orient les affaires de sa famille. 11 mourra lui-même en Thessalie. — Jean Ducas Vatace, gendre et suc-
XIIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
cesseur de Théodore Lascaris, empereur grec de Nicée, agrandit sa principauté au détriment des Latins, et même des princes grecs établis à Trébisonde.
France. — Raymond VI en mourant laisse à son fils le comté de Toulouse presque entièrement reconquis sur les croisés ( août ).
Hongrie. — Les nobles et le clergé obtiennent du roi André II une charte, dite Bulle d'or, qui les soustrait à toute taxe établie sans leur consentement, qui assure aux gentilshommes le privilège de n'être saisis que s'ils ont été préalablement cités et juridiquement convaincus; la violation de la constitution par le roi implique pour les seigneurs le droit de résistance armée.
Italie. — Bivalité sanglante entre les Génois et les Pisans, en Orient, dans les parages de Saint-Jean-d' Acre, comme autrefois en 1 194 en Sicile. — Sordello Visconti, de Mantoue, troubadour et chevalier errant. On a encore quelques-uns de ses chants; il a écrit un ouvrage de politique, le Trésor des trésors.
Danemark. — Le duc de Po-
méranie occidentale cesse de se reconnaître vassal du Danemark.
Kspagne. — Le roi de Léon a créé l'université deSalamanque, qui éclipsera toutes les écoles d'Espagne.
France. — Mort de Philippe Auguste. Sous son règne , milice des Ribauds , dont le chef était qualifié de roi; usage des lettres de change.
— Son fils Louis VIII lui succède.
Russie. — Confédération à Kiev des Russes contre les Mongols : inertie du grand-prince de Wladimir.
Angleterre et France. —
Louis V1H enlève aux Anglais Niort, Saint-Jean-d'Angely, la Rochelle, le Limousin, et le Périgord. — Mais Amaury de Montfort , à bout de res-
sources, cède au roi de France ses droits sur Toulouse; et Louis VIII suspendra la guerre avec les Anglais pour recueillir cet héritage.
Espagne. — Les Almohades tombent dans la plus profonde anarchie.
Le gouverneur de Murcie, et celui de Séville, usurperont tour à tour l'autorité suprême, et auront pour rivaux les princes de Valence et de Cordoue.
— Le roi de Navarre , n'ayant pas d'enfants, adopte pour son successeur son neveu le comte de Champagne.
Italie. — Napies qui à cause de son doux climat , de son territoire fertile et des avantages de sa position près de la mer, était devenue une des résidences privilégiées des rois normands, reçoit de Frédéric II, inspiré sans doute par son chancelier le Capouan Pierre des Vignes, une académie pour toutes les sciences qui attirera à elle beaucoup d'étudiauts d'Italie, même de Sicile.
Mongols.— Les Mongols qui dévastent la Russie méridionale pendant trois ans sont arrêtés surtout par le prince d'Halictz, dans le bassin du Dniéper.
Allemagne et Orient. — Frédéric II épouse Yolande, fille de Jean de Brienne , roi de Jérusalem.
Angleterre. — Troisième confirmation de la grande charte.
Danemark. — Le roi Yaldemar II, prisonnier depuis deux ans du comte de Schwérin, ne sort de ses mains qu'en renonçant à la possession des États qu'il avait conquis au détriment de la suzeraineté impériale. — Le fils du comte de Holstein , dépouillé en 1202, recouvre ses domaines.
France. — Dans l'assemblée ecclésiastique de Bourges, où le légat est assisté de cent évôques de France, Raymond VII de Toulouse et Amaury de Montfort exposent leurs droits contradictoires. Raymond est condamné : une croisade est résolue ; elle sera dirigée par le roi.
Danemark. — Valdemar II reprend les armes pour recouvrer les pays allemands que lui a enlevés la convention de 1226. Rensbourg sur PEyder, à la limite du SIeswick et du Holstein, est reconquise; les Ditmarses à l'ouest du Holstein sont soumis.
Empire d'Allemagne et Italie. — Ligue des villes lombardes contre l'empereur ; il emploie contre elles d'abord les foudres de l'Église.
— Nouveaux privilèges accordés par Frédéric 11 à l'académie de Naples au détriment de l'école de Bologne; les étudiants de la Pouille et de la Sicile sont obligés d'y venir faire leurs études, et les professeurs de ces pays d'y venir enseigner. L'école de Salcrne lui doit le monopole de l'enseignement de la médecine.
France. — Le concile national de Paris excommunie Raimond Vil, confirme les droits que le roi de France a acquis d'Amaury de Montfort. — Expédition de Louis VIII par Avignon, dans le Languedoc ; il forme les sénéchaussées de Bcaucaire et de Carcassonne et meurt en Auvergne à Moutpensier (nov.). Sa veuve, Blanche de Castille , saisit la régence au nom de son fils Louis IX, âgé de onze ans.
Allemagne. Borne et Sicile.
—Grégoire IX presse l'empereur d'acquitter son vœu de croisade (mars). — Frédéric H s'embarque (sept.). Presque aussitôt il prend terre et suspend l'expédition ; il est excommunié. — - Les templiers dévoués au pape contre l'empereur sont dépouillés de leurs biens en Sicile.
Angleterre. — Henri III, âgé de vingt ans , révoqué la grande charte et la charte des forêts.
Danemark. — Désastre dans la guerre contre le comte de Schwérin, parla trahison desDitmarses. Lubeck se soustrait à l'autorité de Valdemar II.
Empire latin. — Démétrios de Montferrat , roi titulaire de Thessalonique, lègue par testament à l'empereur les droits de sa famille sur la Thessalie.
France. — La régente force à la soumission Hugues de Lusignan, comte de la Marche ; Thibaut comte de Champagne qui aime Blanche de Castille lui sera désormais dévoué.
Italie. — Le podestat de Gènes soumet Savone et Albenga.
mongola. — Gcngis-Khan meurt après avoir soumis le Tangout, qui est voisin de la muraille de Chine :
l'empire mongol s'étend sur un espace immense depuis le Dniéper à l'ouest jusqu'aux régions les plus orientales du pays chinois. Quatre de ses principaux fils se forment des royaumes : la dignité de grand khan, qui donne la suprématie, est à Oklaï dont les successeurs résideront en Chine. Les descendants de l'aîné des quatre nis,Touschi, gardent la Russie méridionale et en forment l'empire du Kaptschak (horde d'or). Un autre, Zagataf, eut la Tartarie, la Kalmoukie, le Tibet et l'Inde.
Bohême. — Agé de près de quatre-vingts ans, Prémislas fait couronner son (ils Wcnceslas par l'archevêque de Maycnce, qui sacrera désormais les rois de Bohême.
Empire d'Allemagne. orient et Borne. — L'empereur, s'embarque de nouveau (août). A Saint-Jeand'Acre, il trouve des légats pontificaux qui défendent aux chrétiens du Levant de lui obéir. Grégoire IX prêche contre lui une croisade pour lui enlever les Deux-Siciles ; il eu donne le commandement au beaupère même de Frédéric, Jean de Brienne.
Afrique et Espagne. — Le roi
almohade de Valence, chassé par un prétendant, se réfugie en Aragon. — Al-Mamouu, l'ancien gouverneur de
XIIIe SIECLE APRÈS J. C.
Séville qui a saisi le pouvoir à Maroc, perd en Espagne Murcie et Grenade, dont s'empare Ben-Houd; Cordoue, Mérida, Séville, sont occupées par Ben-Houd, malgré l'alliance honteuse d'Al-Mamoun avec la Gastille. — Progrès simultanés des rois chrétiens de bastille, de Léon, de Portugal.
Prauce. — Raymond VII signe le traité de Paris qui cède au roi le marquisat de Provence et prépare la réunion du comté de Toulouse à la couronne par les fiançailles de sa fille, avec un frère du roi, Alphonse. L'Eglise romaine reçoit au delà du Rhône le comtat Venaissin (12 avril). — Un concile, tenu à Toulouse par le légat, établit l'inquisition pour la recherche des hérétiques ; les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament sont interdits aux laïques (nov.). — A propos d'une querelle entre les bourgeois et les écoliers de l'université de Paris, les professeurs cessent leurs cours ; Ils sont remplacés jusqu'en 1231 par des moines dominicains.
Italie. — Mort d'Accurse, disciple d'Azzon, célèbre jurisconsulte qui enseignait le droit civil. — Nice est enlevée aux Génois par le comte de Provence. — A Venise est établi le tribunal de la Quarantie civile , qui juge en matière civile de tous les appels; la Quarantie criminelle existait déjà.
Orient* — Frédéric II achète du Soudan d'Égypte la possession de Jérusalem, de Bethléem , de Nazareth et de Sidon (mars) ; il se couronne roi.— Pendant ce temps, le titulaire, Jean de Brienne, son beau-père, est désigné pour gouverner l'empire latin de Gonstantinople, au nom d'un enfant de douze ans, Baudouin H de Courtenai. — Frédéric II retourne en Europe pour défendre ses possessions italiennes ( mai ).
Pologne. — La couronne ducale est conservée à un enfant de neuf ans, petit-fils de Casimir le Juste; son oncle combat le duc de Breslau en Silésie, qui prétend au duché.
Rome»— • Grégoire IX, pour la
croisade contre l'empereur Frédéric II, demande le dixième des revenus de l'Angleterre et de l'Irlande:
refus unanime des seigneurs laïques; docilité du clergé.
Allemagne et Rome. — Réconciliation de Frédéric II et de Grégoire IX.
Espagne. — Le roi d'Aragon commence à s'établir dans les Iles Baléares. — Le roi de Caslille s'avance sur les terres musulmanes jusqu'à Jaën, au sud du Tage ; le roi de Léon emporte Mérida et Badajoz sur la Guadiana. — L'acquisition de Gibraltar et d'Algéziras par Ben- Houd ne compense pas pour lui la perte de ces grandes villes. — Mort du roi de Léon, Alphonse IX, après quarante-deux ans de règne; son fils aîné, déjà roi de Gastille depuis 1217, Ferdinand III, réunit les deux royaumes qui ne seront plus séparés.
France. — Le duc de Bretagne, toujours hostile à la régente, appelle les Anglais ; l'armée royale assiège Ancenis. — L'université de Paris s'occupe, pendant dix-huit ans, de la condamnation du Talmud, code religieux et civil des juifs qui ne s'en tiennent pas à la lettre de l'Ancien Testament. — Bien peu de docteurs étaient capables d'interpréter les textes hébraïques.
Pologne et PruMe* — Les Prus* siens idolâtres se jettent sur les provinces polonaises de Cutm et de Mazovie. Le régent de Pologne appelle les chevaliers de l'ordre teutonique qui seront mis en possession du pays de Mazovie, et devront garder tout ce qu'ils auront conquis sur la Prusse. Une croisade est prêchée contre ces peuples idolâtres.
mi.
Angleterre. — Le Poitevin Pierre des Roches supplante Hubert du Bourg dans la faveur de Henri III ; le gouvernement est aux mains d'étrangers.
XIIlé SIÈCLE APRÈS J. C. 347
teùulre, ou ta- France. - CréaUon de l'unîver-
Dleau topographique de toutes les sité de Toulouse.
provinces du royaume. i a ,
Prnaae. — Le grand maître des
i ^pasme. — Traité réciproque chevaliers teutons, Hermann de Salza,
de succession, conclu entre les rois donne à la Prusse ses premières lois.
d'Aragon et de Navarre. Le dernier Culm etMarienwerder,surla Vistule
sacrifiait ainsi les droits de son neveu sont colonisées par les chevaliers» '
le comte de Champagne. . » ... Tlf ,
y * Savoie. — Amédée III dompte le
Italie. La constitution donnée Valais malgré la résistance de l'évô-
par Frédéric II au royaume de Na- que de Sion.
pies, appelle les députés des villes 40..
à l'assemblée des barons, et établit 1ÎW4#
des lois maritimes. Allemagne. — Le fils aîné de
i>-„««A i «0 ^ 1U ♦ . Frédéric H, Henri, se révolte en Alle-
Pruaae. — Les chevaliers teutons macne
fondent à l'entrée de la Prusse la ville "
de Thorn, sur la Vistule, qui n'est . »ancmark. — Lubeck résiste à
d'abord que leur camp fortifié. Valdemar II et an comte de Holstein.
Bome. — Deux bulles de Gré- K»P««ne. — . Mort du roi de Na-
goire IX comblent de privilèges les yarrei Sanche VII : son neveu Thi-
moines dominicains et les frères mi- 031,1 comte de Champagne, avec
tours de l'ordre de Saint- François, ^assentiment de Grégoire IX , est
proclamé roi par les Navarrais, qui
1232. déchirent ainsi le pacte de 1231.
Espagne. — Mohammed Ben- France.— Louis IX épouse Mar-
al-Ahmar, un deslieutenans de Ben- Ruer»te de Provence; cette union fut
Houd, maître de Jaén, de Guadix et cclle de loule? ,es vertus.— Le duc de
«>«u tain auaiun, — u,c ruyau- " .f
me de Valence est encore indépendant JUI,S* wus Zéyan. Rome. — Un soulèvement des
1233. Romains tient Grégoire IX éloigné
a»»i~.~ i ^ pendant trois ans de sa capitale. —
mt VSiïfT* «~»^S u ™*E? Publication de cinq livres de lettres
«ont exclus du conseil de Henri III. décrétales qui posant les principes
Cmpire latin et Cirées. — Ve- les plus favorables à l'omnipotence
Jise envoie une flotte pour protéger pontificale. — Canonisation de saint
Constantinople contre Jean Vatace, Dominique.
empereur grec de Nicée que le non- 1238
^ empereur latin Jean de Brienne, A1- \ , . .
«oigne par une victoire. . *t}1?™?**9; ~ A !5 d«mande
de Frédéric II, la dicte de Mayence
««pagne. — Les Castillans pé- dégrade son fils rebelle, Henri ; il
jjètrent jusqu'à Xérès.— Le pape fait sera relégué jusqu'à sa mort dans un
prêcher une croisade pour la con- château de la Pouille. — Règlements
Pete de Valencè; les seigneurs du de paix publique : le droit que s'ar-
^"guedoc, les prélats, les cheva- rogeaient les seigneurs de se faire
rs du Temple et de Saint* Jean justice par la voie des armes est lisent quatre ans à se réunir. mité; des tribunaux décideront de
348 xui6 siècle
toutes les affaires, excepté de celles des princes que jugera l'empereur.
— Frédéric II érige en duché immédiat de l'empire le domaine de Brunswick, terre allodiale de la maison des Welfs.
Angleterre* — Henri 111 substitue dans les armoiries d'Angleterre les léopards aux lions que portait jusque-là l'écusson des Planiagenels.
Empire latin.— Jean de Brienne défend deux fois Conslantinople contre Vatace de Nicée, et contre Asan H, roi des Bulgares.
Espagne* — Ferdinand, roi de Gastille et de Léon, enlève la forte place d'Ubeda au nord-^st de Jaen.
France. — Ordonnance contre les évôques qui troubleraient les juges séculiers dans l'exercice de leurs fonctions ; ils sont menacés de la saisie du temporel. Lettre de Grégoire IX au roi ; Louis IX persiste dans sa résolution.— Beaucoup de juifs sont massacrés, parce qu'on parlait de guerre sainte.
Empire d'Allemagne et Italie* — Nouvelle insurrection lombarde, incomplètement réprimée par Frédéric IL — Le tyran féroce de Padoue, de Vérone et de Vicence, Eccelino, chef du parti impérial, effraye par ses cruautés et ne pacifie pas l'Italie.
Espagne* — Pendant que les Aragonais occupent le roi musulman de Valence, Ferdinand 111 de Castille, presse Cordoue; la ville peuplée de trois cent mille âmes est mal défendue par Ben-Houd, qui s'en éloigne et meurt bientôt par trahison.
— Prise de Cordoue, qui depuis cinq cent quarante ans appartenait aux Arabes (29 juin).
France. — A vingt et un ans accomplis, Louis IX est déclaré majeur (25 avril). — L'université d'Orléans renouvelle les scènes violentes dont l'université de Paris a donné le spectacle en 1229.
mongols et Russie*— Six cent
APRÈS J. C
mille Mongols, sous la conduite de Batou-Khan, neveu du grand khan Oklaï, arrivés au nord des sources du Don, enlèvent Rezan, Kolomna, Moscou, sans que Iouri II ait rien fait pour les sauver. Le sac de sa capitale, Wladimir, le décide à tenter un effort tardif dans lequel il trouve la mort. Les Mongols se rassasient de carnage et retournent sur le Volga inférieur, où ils se fixent.
Allemagne* — Conrad, fils de Frédéric II, est élu roi des Romains.
Angleterre. — Quatrième confirmation de la grande charte.
Bohême*— Le roi Wenceslas s'unit aux Allemands pour faire exécuter un décret impérial contre le duc d'Autriche; il prend Vienne qui paye une riche rançon.
Empire d'Allemagne et Italie*—Le fils du doge de Venise, Tie* polo, élu podestat par les Milanais, qui ont pris les armes contre Frédéric 11, les conduit au combat avec ceux de Novare et de Verceil, à Cortenuova ; vaincu et pris, il sera pendu.
Empire latin* — Mort de Jean de Brienne; Baudouin H de Courtenai était alors en Flandre, sollicitant des secours contre les Grecs.
Orient musulman.— Malek-el- Kamel , dépouille un de ses frères de la sultanie de Damas et la réunit à celle d'Égypte.
Prusse* — Rapides succès des chevaliers teutons; ils sont aidés par le duc de Brunswick. Fondation d'filbing, près de l'embouchure orientale de la Vistule.
Prusse et Elvonle. — L'ordre du Christ ou des chevaliers porteglaive, de la Livonie, est incorporé à l'ordre teutonique.
Espagne. — Développement de la puissance du roi de Jaën , Ben-al- Ahmar ou Abou-Sald, il est intro-
XIIIe SIÈCLE APRÈS J. G
duit dans Alméria et dans Grenade.
— NI le nouveau roi de Grenade, ni le roi de Murcle, ni les walis de l'Andalousie ne secourent le roi de Valence Zeyan attaqué par Jacques l"r d'Aragon, qui a quatre-vingt mille hommes, espagnols et français; bloquée aussi par mer, Valence tombe enfin au pouvoir de Jacques(29 sept.).
La plus grande partie des Maures, dépouillée de ses biens, à Valence comme à Gordoue, s'expatrie.
Eranee. — La couronne d'épines de Jésus-Christ , achetée des Vénitiens qui l'avaient enlevée de Constantinople, est reçue solennellement par saint Louis; elle sera placée dans la Sainte - Chapelle , construite près du palais du roi, aujourd'hui le palais de justice à Paris. La Sainte- Chapelle, ouvrage de Pierre de Montereau qui est peut-être le même qu'Eudes de Montreuil , est un des chefs-d'œuvre de l'art gothique.
Hollande* — La mer par une
irruption déchire le rivage du pays des Bataves, unit ses eaux à celles du lac Flévo, et forme ainsi le bassin maritime du Zuyderzée.
Italie. — Frédéric II érige en duché pour le comte de Savoie le pays de Cbablais et d'Aoste. — Les Génois qui veulent bien prêter le serment de fidélité, mais refusent l'hommage à l'empereur, se liguent contre lui avec les Lombards, le pape et Venise.
Orient musulman* — Sous le calife Mostanser-Billah, qui avait fait fleurir les lois, les sciences et les arts, les Mongols dévastent le territoire de Bagdad. — Mort du sultan d'Égypte et de Damas, Malek-el-Kamel, prince doux , équitable , ami des arts. A Damas, après lui, sept années de luttes domestiques.
Empire d'Allemagne, Eranee, Italie et Rome.— Grégoire IX excommunie l'empereur, qui a disposé, en faveur de son fils naturel
Enzio, de l'Ile de Sardaigne, sur laquelle le saint -siège élève des prétentions. — Les villes de Toscane, appelées aux armes par le pape, sont réduites par l'empereur ; résistance de Florence. — Grégoire IX offre la couronne impériale au roi de France qui refuse de dépouiller le souverain légitime d'Allemagne.
Orient. — Le roi de Navarre Thibaut de Champagne, qui vient de faire mourir près de Vertus, en Champagne, cent quatre-vingt-trois hérétiques, prend part à une expédition de seigneurs français en Syrie :
le duc de Bourgogne et Amatirl de Montfort sont vaincus devant Gaza ; les croisés retournent en Kurope. — Les trois fils de Malek-el-Kamel suspendent la guerre civile pour attaquer en commun Jérusalem ; elle est emportée en peu de jours.
Prusse.— Les chevaliers teutons sont menacés par le chef des Slaves poméraniens de Dantzick, Suantopclck; les ducs deCujavie, deKalisch, et de la grande Pologne, combattent pour l'Ordre.
Russie. — Le Mongol Batou- Khan, établi dans le Kaptschak, au sud-est de la Russie, prend Péréiaslawl, sur le Dniéper, et Tchernigof, sur la Desna.
Danemark. — Valdemar II publie le recueil des anciennes lois cimbriques (mars). — A la mort d'Adolphe IV, ses deux fils se partagent le Holstein qui restera morcelé pendant cent cinquante ans.
Empire d'Allemagne et Rome. — Le pape, pressé jusque sous les murs de Rome par Frédéric II, reste maître de la ville en engageant dans une croisade contre l'empereur tous les amis de la liberté en Italie. — Après une course dans le sud, Frédéric va occuper la Romagne ; il prend Ravenne et assiège Faenza.
Empire latin. — Baudouin II rentré à Gonstantinople oblige Ducas Vatace ù lever le siège de cette ville,
XIIIe SIÈCLE APRÈS J. C.
qu'il faisait pour la troisième fois.— Vatace se tournera contre lesBulgares.
E«pagne.— L'infant de Castllle, Alphonse, reçoit, au nom de son père, l'hommage des chefs musulmans du royaume de Murcie.
Italie» — Ferrare est disputée au vieux gibelin Torelli Salingucrra, par le marquis d'Esté, en faveur duquel se confédèrent Venise, Milan, Mautoue, Vérone, et Bologne, sous l'inspiration du légat du pape. Salinguerra fait prisonnier mourra en capvité à Venise.
mongols* — Une nouvelle horde de Mongols saccage Kiev et ravage la Pologne.
Orient* — Par jalousie contre son neveu le sultan d'Egypte, le sultan de Damas rend Jérusalem aux chrétiens.
Allemagne. — Obscurs commencements de la ligue hanséatique ou Hanse teutonique : Lubeck et quelques villes voisines, slaves ou allemandes, se confédèrent pour purger la mer Baltique des pirates.
Danemark. — Mort de Valdemar 11 (mars) : des conquêtes qui lui ont valu le surnom de Victorieux, il ne conservait plus que l'Ile de Rugen et Revel en Ksthonie. — L'aîné de ses quatre fils, Éric IV, lui succède: les trois autres ont chacun un apanage sous la suzeraineté de la couronne de Danemark: Abei, le Slesvig; Kanut, la Blékingie ; Christophe , le Halland. Pendant huit ans ils feront la guerre à leur frère aîné.
France. — Louis IX investit son frère Alphonse des comtés de Poitou, d'Auvergne et du pays albigeois.
Italie. — Succès de l'empereur :
Faenza , dans la Romagne , et Bénévent, sont enlevées au pape ; la flotte de Sicile et de Pise , ville gibeline , bat à la hauteur de l'île de Méloria , près de Livourne, des vaisseaux génois qui portaient beaucoup de car* finaux et d'évêques fraoçate appelés
à Rome pour un concile : Gènes est attaquée par terre et par mer.
Mongols* — L'invasion mongole atteint la Silésie et la Hongrie. Le roi hongrois fuit en Dalmatie; peste, famine , dépopulation. Incendie de Breslau ; le duc de Silésie meurt en combattant— Ses fils partagent sa principauté : branche Breslau, branche Liegnitz. — Une autre armée de Tartares pénètre par l'Arménie dans la sultanie des Turcs seldjoucides d'lconium,qui deviennent tributaires du grand khan.
Angleterre et France. — Le
débat entre Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis, et son vassal rebelle le comte de la Marche, Hugues de Lusignan, amène la guerre entre saint Louis et Henri 111 d'Angleterre, dont la mère a épousé le comte de la Marche. Henri III est vaincu par saint Louis à Taillebourg et à Saintes (21 et 22 juillet).
Bohême. — La Moravie, possession du roi de Bohême , est atteinte par l'invasion mongole : repoussés devant Olmutz, les Mongols sont refoulés vers la Hongrie.
©rient.— Lescourses des Mongols causent de grands dommages à Bagdad. — Les Kharismes ou Khorasmiens, chassés par les Mongols des rives de la mer Caspienne, dévastent la Syrie.
France* — Saint Louis , réconcilié avec Henri III , oblige les seigneurs qui possèdent en môme temps des fiefs de la couronne de France et des flefs de la couronne d'Angleterre à opter entre les deux suzerains.
Hongrie. — Les Mongols évacuent la Hongrie ; Béla IV rentre dans son royaume. — Guerre des Hongrois contre l'Autriche.
Italie*— Exaltation d'Innocent IV; le conclave avait duré près de deux ans. — Pise est menacée par la con-
SIÈCLE APRiS J. C.
fédération de Lucques , de Florence et de Gènes.
Orient niaaalroan. — Bagdad
perd son calife aimé, Mostanser- Billah ; Mostazem, fils de Mostanser, n'hérite pas de ses venus.
Prune. — La cour de Rome qui concède définitivement la Prusse aux chevaliers teutons, en fait quatre diocèses catholiques : Cultn , Poinéranie , Warmie , Sauibie.
Afrique et Espagne. — Ben-at- Ahmar, le principal soutien de l'islamisme en Espagne, rend par d'utiles et brillants travaux Grenade digne du titre de capitale, recherche l'amitié des rois de Fez , de Tlemcen , et de Tunis, qui fondaient de nouvelles dominations sur les ruines de celle des Almohades.
me.— Réconciliation temporaire do pape et de l'empereur.
Empire latin. — Baudouin II, pressé par les princes grecs de Thes* salonique, de Trébizonde et surtout de Nicée, vient en Italie solliciter de nouveaux secours. — Jean Ducas Vala ce a refoulé les Bulgares au nord.
Franee. — Pendant une maladie dont il faillit périr, saint Louis promet de prendre la croix (déc.).
Orient. — Les Kharismes imposent tribut à Bohémond V, prince d'Antioche. — Us aident le sultan d' Egypte, Nodgemeddin, à prendre d'assaut Jérusalem qui est mise à feu et à sang.
Empire d'Allemagne, France, Italie et Ko me. — Innocent IV ne se croyant pas en sûreté à Rome, se retire en France. Il est vainement sollicité à la paix par saint Louis dans les conférences de Cluny. Frédéric H est également inflexible.
— A Lyon, ville archiépiscopale qui ne relève de l'empire que de nom , Innocent IY convoque le quatorzième
concile général : rVédéricIIest frappé d'anathèrae et déposé (juillet) ; Baudouin II et les patriarches latins de Constantlnople et d'Antioche obtiennent du concile une promesse île secours ; plaintes portées au concile contre les abus de l'administration romaine, surtout contre l'habitude du saint-siége de faire donner dans presque tous les pays les fonctions et les bénéfices ecclésiastiques à des Italiens, et d'imposer, par l'intermédiaire des légats et des nonces, des taxes arbitraires et exorbitantes : ces plaintes viennent particulièrement de l'Angleterre. — Innocent IV passera six ans à Lyon.
Espagne* — Ferdinand III de Castille force le roi de Grenade à lui abandonner Jaén ; il ne lui laisse son royaume qu'à titre de vassal. — Les scandales de la vie privée et du gouvernement du roi de Portugal pousseut à l'insurrection ses sujets. Innocent IV excommunie le roi et donne la régence à son frère.
Mongol». — Missionnaires envoyés par le pape aux Mongols : Carpini, l'un d'eux, a laissé une relation de son voyage.
Orient musulman. — La sultanle de Damas est réunie a celle d'Égypte.
Prusse. — Les chevaliers teutons reçoivent de la cour de Rome un tiers de la Sémigalle et deux tiers de la Cour lande; le reste est attribué aux évéques. Frédéric II leur octroie, comme liefs de l'empire, la Livonie, la Courlande, la Samogitie, sans songer au droit de suprématie de l'archevêque de Riga.
Bohême. — L'Autriche, dont le duc a été tué dans une guerre contre les Hongrois, accepte pour un instant un prince de la main du roi de Bohême, Wenceslas.
Empire d'Allemagne. — Henri Raspon. landgrave de Thuringc, accepte là couronne de roi des Ro-
352 XIIIe SIÈCLE
mains, dont le pape a dépossédé Frédéric II ; on l'appela le roi des prêtres.
Espagne.— Un acte de violence commis par le roi d'Aragon contre son confesseur, attire sur lui l'excommunication pontificale : après un repentir public, il est amnistié.
France. — Le concile de Bézicrs complète les règlements qui servent de fondement à la procédure observée dans les tribunaux de l'inquisition (avril). — Mariage de Charles frère du roi avec Béatrlx qui doit hériter de la Provence, quoique plus jeune que sa sœur la reine de France : Charles reçoit du roi les comtés d'Anjou et du Maine.
RuftAle. — Le grand-prince de Wladimir meurt au retour d'un voyage entrepris à travers l'Orient, pour aller rendre hommage au nouveau grand khan des Mongols, son maître.
Allemagne. — A la mort de l'anllcésar Henri Raspon , Guillaume, comte de Hollande, lui succède par l'influence des électeurs ecclésiastiques.
Italie. — Parme , toute dévouée au pape, est assiégée par Frédéric II.
Espagne. — Le roi de Portugal, ramené dans ses États par une armée castillane , ne peut se soutenir contre les bulles du pape et contre le mépris de ses sujets; il retournera à Tolède.
Prusse. — Les chevaliers teutons sont menacés par Mendog, le grand-duc des Lithuaniens idolâtres, qu'excitent a la guerre les Courlandais mal soumis à la loi catholique.
Russie. — Les Lithuaniens profitent de l'épuisement de la Russie pour attaquer la principauté de Wladimir; Ils sont repoussés par les princes qui possèdent des apanages dans la principauté de Suzdal.
Allemagne et Italie. — Une
sortie des Parmesans coûte cher aux
APRÈS J. C
troupes de Frédéric II; parmi les morts se trouva Taddée de Sessa, qui avait plaidé la cause de Frédéric U au concile de Lyon. Richesse du butin : Parme gardera la couronne impériale et le carroccio que les Crémonais, alliés de l'emperenr, ont laissé prendre.
Allemagne. — Le roideBohôme, Wenceslas III, arme chevalier l'anticésar Guillaume de Hollande, qui est couronné à Aix-la-Chapelle.
Espagne. — Séville , après un siège de quinze mois, est enlevée par Ferdinand III de Castille à un prince almohade, contre lequel l'a aidé activement le roi maure de Grenade : la plus belle contrée de la péninsule , dite le jardin d'Hercule, est acquise pour toujours aux Castillans. Les musulmans, qui quittent Séville, se retirent à Grenade , à Xérès et dans l'Al-Garb plutôt qu'en Afrique.— Alphonse 111, le frère du roi de Portugal qui meurt en exil à Tolède , devient roi.
France et Orient. — Départ de saint Louis pour la croisade. 11 s'embarque au port d'Aigues-Mortes, qu'il a fait creuser ; sa mère gouvernera en son absence. L'expédition est dirigée vers l'tègypte. il passe l'hiver dans l'île de Chypre.
Allemagne. — Conrad , fils de Frédéric H , est battu par Guillaume de Hollande.
Allemagne et Italie. — Pierre des Vignes, secrétaire et chancelier de Frédéric II , tombe dans la disgrâce et se tue. }l doit être associé à la gloire qu'a méritée à Frédéric U la réforme intérieure de ses États hé réditaircs. — Le fils naturel de Frédéric, Enzio, est fait prisonnier par les Bolonais , qui le garderont captif pendant vingt-trois ans, jusqu'à sa mort.
France.— Mort de Raymond VII comte de Toulouse : son gendre Alphonse,couite de Poitiers,lui succède.
France et Orient* — Saint Louis aborde en Égypte, près de Damiette (juin), que le sultan Nodgemeddin ne défend pas; celui-ci va mourir au Caire. — Jl avait institué pour sa garde la milice des mameluks, esclaves turcs, originaires de la Circassie qui fournissait tous les ans de nouvelles recrues à l'Égypte.
Venise. — A l'abdication du doge Jacques Tiépolo, auteur du Code des lois de Venise , le mode d'élection est encore changé, pour empêcher les intrigues des partis.
Danemark. — Le roi Éric IV , au milieu d'une guerre avec le comte de Holstein, périt victime de la perfidie de son frère A bel, duc de Slesvig et gendre du comte. A bel devient roi. U renonce, en faveur de l'évéque de l'Ile d'Oesel et des chevaliers teutons, a une partie des possessions danoises de la Livonie.
Empire d'Allemagne et Italie. — Frédéric II meurt dans la Pouille , sans avoir été réconcilié avec l'Église. — La rivalité continue ea Allemagne entre son fils Conrad et Guillaume, comte de Hollande.
Son fils naturel, Manfred, âgé de dixhuit ans, combattra en Italie. — En Allemagne le pouvoir central est sans vigueur et en ce sens il y a interrègne jusqu'à l'avènement de Rodolphe de Habsbourg.
France et Orient. — Marche de saint Louis vers le Caire. Son frère le comte d'Artois livre imprudemment la bataille de la Mansourah où il périt (février). L'armée, prise entre deux bras du Nil qui commençait à déborder, est forcée de se rendre (S avril); le roi supporte héroïquement cette captivité, que partage le roi de Chypre. Le traité qui lui rend la liberté lui interdit de faire la guerre en Palestine (mai). — Le sultan est assassiné par ses gardes, les mameluks, dont le chef lbegh laissera encore pour quatre ans Je titre de sultan à un enfant de la
maison ayoubite, en se réservant toute l'autorité. — Damas alors se sépare de l'Égypte et se donne au sultan d'Alep.
Italie. — Premières institutions démocratiques de Florence qui se gouverne désormais en république.
Suède. — Mort du roi Éric XI , dit le Bègue, qui est regardé comme le fondateur de l'université d'Upsal.