‹ ChrysippeChapitre 110 sur 166 · DESTIN ET LIBERTÉ · texte numérisé non relu

DESTIN ET LIBERTÉ

ment paresseux qu'Aristote opposait à Diodore'. C'est ainsi que Chrysippe montre dans le destin l'aboutissant, selon lui nécessaire, des principes rationnels les plus universellement admis à son époque.

Le destin et la liberté. — Une des thèses stoïciennes capitales, dans la théorie de la connaissance et dans la morale est, que nos appétits rationnels et notre assentiment dépendent de nous, sont en notre pouvoir. — D'autre part, la théorie du destin n'établit-elle pas que nos actes, dépendant de Tordre du monde, sont nécessaires- ?

Ce sont ces deux thèses que Chrysippe, le premier parmi les Stoïciens, a essayé d'accorder entre elles 3. Son moyen est de nier que la nécessité découle du destin, et de montrer que le destin s'accorde avec la maîtrise de nous-même.

1° Il avait d'abord à clore la discussion des futurs contingents, en montrant que l'argument dialectique

1. Cf. la conséquence Urée par Aristote, ibid., § 7 : wote ovte ^ou)îv£- ^5ai 5É01 âv, o-jte î:par{»,aTfjeff6ai. Réponse de Chrysippe, Cic, De fato, ch. 12 (Arx., II, 277, 32), par la disUnclion des « confatalid». Uq événement n'est nécessaire que par les événements antérieurs qu'il implique, non par lui-même 'cf. les mots mêmes de Chrysippe, np. Diogb>'., Arn., II,

2. Cf. le développement de l'aporie, Cic, De fato, ch. 17, S 39.

3. Gell., yuits ait., VII, 2, 15 (Arx., II, n" 9771 : Chrysippe affirme simultanément « et faloomnia fieri et esse aliquid in nobis >. Il ne parait pas que Zenon et Clêanthe y aient vu de difficulté.

qu'il avait employé pour démontrer le destin (toute proposition est vraie ou fausse) n'est pas bon, comme l'avait cru Diodore, pour démontrer la nécessité. Mais il ne pouvait utiliser contre le sophiste ni l'argumentation d'Aristote qui implique une interprétation du principe, selon lui inacceptable (à savoir que ce n'est pas l'un ou l'autre des membres de l'alternative qui est nécessaire, mais l'alternative elle-même)', ni celle d'Épicure qui impliquait la négation du destin 2.

Pour bien comprendre la solution de Ghrysippe que l'on entrevoit difficilement à travers les critiques passionnées de Carnéade, il faut se rappeler ^ que, dans l'emploi des expressions possible et nécessaire, il s'agit uniquement de la modalité de propositions singulières (les seules que les Stoïciens admettent)^, exprimant des faits. Nécessité exprime simplement le caractère pour une proposition vraie de ne jamais devenir fausse ; elle n'est nullement liée à l'éternité intemporelle d'une essence. Possible se dit d'une pro-

1. Arist., De Interpret., 9, 12 : « Il y aura nécessairement bataille navale demain, ce qui veut dire non pas : il est nécessaire qu'il y ait une bataille navale demain, et pas davantage : il est nécessaire qu'il n'y en ait pas ; mais c'est ralternatire : il y en aura ou il n'y en aura pas, qui est nécessaire. » (Cf. Alex., Arn. , II, 286, 46 : Le èç'i^jfitv ne consiste nullement comme chez Aristote dans le pouvoir ambigu des opposés. Réduction à l'absurde de celte conception. Id., n° 1007).

2. Exposé, Cic, De fato, (in; fondé sur le « clinamen » et la suppression du principe de causalité.

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