Cf. plus haut, la thèse de Cléanthe et la note
DESTIN ET LIBERTK. 493
effectivement, ce qui serait nier le destin. S'agit-il d'une possibilité logique? Pas davantage, puisque la possibilité logique subsisterait aussi bien, une fois l'événement passé.
Nous ne voyons pas, il faut l'avouer, que Chrysippe se soit tiré d'affaire sinon au moyen des jongleries dialectiques suivantes :
Une proposition est nécessaire, si elle reste toujours vraie : or, une proposition vraie, concernant le futur, telle que : « il y aura demain une bataille navale », est vraie aujourd'hui, mais ne le sera plus après-demain ; elle n'est donc pas nécessaire, même si elle suit de propositions nécessaires ^
De plus, dans les propositions hypothétiques citées, le futur apparaît comme conséquent du présent; mais on peut les transformer en propositions conjonctives où les deux faits apparaîtront seulement juxtaposés -.
2" La discussion sur les futurs contingents une fois close, il reste à démontrer que les actes de l'être raisonnable sont bien en son pouvoir, quoique réglés par
1. Alex. Aphrod., De fato, 10 (Arn ., II, n» 961}. Le témoignage st pas rattaché à Chrysippe; mais cf. le traité intitulé : ).oyoi fis-ra-
^itnxo'vTe; (Arn., II, 7, 22, 23), dont le contenu est expliqué par Simpllcius (ARPf., II, 67, 27).
2. De fato, YIII. Chrysippe transforme : a Si quelqu'un est né au lever de la Canicule, il ne mourra pas en mer », en : « Il n'est pas vrai que quelqu'un soit né au lever de la Canicule, et qu'il mourra en mer». C'est la négation de la vérité simultanée de deux propositions substituée à la conséquence nécessaire.
CHRYSIPPF. 13
le destin. « Chrysippe distingue plusieurs genres de causes pour échapper à la nécessité et retenir le destin K » Les adversaires des Stoïciens (et ceci était conforme à la notion de causalité) ne voulaient pas admettre de milieu entre ces deux thèses : ou bien les actes d'un agent sont déterminés par des causes antécédentes, et alors le destin est vrai, mais l'acte n'est pas en la puissance de l'agent : ou bien l'acte est en sa puissance, mais il est alors déterminé par des causes tout à fait indépendantes des causes antécédentes, et qui appartiennent, soit au hasard ou à la spontanéité, soit à la volonté même de l'agent, et il n'y a plus alors de destin.
Dans la solution de Chrysippe, se laisse voir à quel point, malgré les premières apparences, sa théorie du destin reste éloignée de notre déterminisme. Tous les événements sont déterminés par des causes antécédentes, voilà l'affirmation du destin; mais elle ne veut nullement dire que chaque événement est déterminé tout entier par des causes antécédentes. Par exemple, le mouvement de rotation d'un cylindre est déterminé, non seulement par l'impulsion donnée au cylindre de l'extérieur (cause antécédente), mais par la nature de la forme du cylindre. Cette dernière cause, qui réside en l'agent lui-même, est la cause parfaite et principale;