‹ ChrysippeChapitre 118 sur 166 · Cf. supra, p. 179, n · texte numérisé non relu

Cf. supra, p. 179, n

Il est évident que cette conception téléologique devait, dans le détail des faits, se montrer pleine de difficultés. C'est dans la solution de ces difficultés que consiste la théodicée stoïcienne à la constitution de laquelle Chrysippe a pris une si grande part. La difficulté était pour eux de concilier la théologie et le monisme, puisqu'il n'avait pas, comme le platonisme, de principe autre que la providence et sur lequel rejeter le mal'.

L'idée platonicienne que la punition est un bien, en tant qu'elle est destinée à améliorer le coupable et à servir d'exemple, forme le fond d'un des arguments de Chrysippe, celui qui considère le mal comme une punition et comme un exemple.

L'idée cynique de la liaison essentielle de la vertu et de la peine, comme moyen de l'acquérir, a sans doute suggéré à Chrysippe l'idée de considérer le mal comme un moyen d'éprouver la verta^.

Mais ces arguments transformaient le mal en bien,

1. Capelle, Zur antiken Theodieee,Arch. f. Gesch. der Philos., XX, 2, p. 176. Chrysippe ap. Plut., Sioic. rep., 33(Aiix., II, n» 1125) : « II n'&>t pas raUonnable que Diea soit caase des choses maoTahes; car la loi ne saurait être cause de l'ill^alité. > Le problème se pose tout aa- Irement que pour un Leibniz : Dieu n'a pas une volonté qui ne veut que le meilleur, mais peut (logiquemeot) vouloir autre chose, maii aune force dont la nature est de produire le bien.

2. Chrysippe ap. Plit., Stolc. rep., 1ô(Arx.,II, n» 1175); ib.{ktLH., II, 3.38, 2. 8;. Chrys. ap. Porph.. De abstin., III, 20 (Ark., II, n» 1152; cf. n» 1173.

beaucoup plutôt qu'ils ne l'expliquaient. Or, et c'est là un point fort important, la théodicée stoïcienne ne cherche pas à nier la réalité du mal, malgré l'échappatoire facile qu'auraient pu fournir leurs idées morales sur le caractère illusoire des maux physiques ^ . Ce n'est pas dans leur accommodement aux notions populaires qu'il faut en chercher la raison, c'est plutôt dans ce pessimisme foncier que nous avons déjà rencontré chez eux à plusieurs reprises^.

Or, si l'on accepte l'existence du mal, ceci ne suppose-t-il pas, d'une façon à peu près nécessaire, une certaine espèce de dualisme? C'est bien en effet ce que la plupart des interprètes voient dans le fameux argument du « mal comme conséquence ». Un bien certain (la minceur des os du crâne par exemple) implique par voie de conséquence (xarà 7iapaxoXoû6Y]aiv) un certain mal (la fragilité de la tête) 3. Barth a rappelé ici avec raison la conception qu'Aristote se faisait de la nécessité (conditions nécessaires de la réalisation d'une fin)*. Le mal est ici présenté comme la conséquence de ces conditions qui en elles-mêmes sont bonnes.

1. Ce moyen d'échapper à la difficulté par l'indifiFérence aux prétendus maux est développé par Epiclète sans doute sous une influence cynique [Diss., III, 17); Capelle {ib., 177) attribue, l'on ne sait pourquoi, l'idée à l'ancien stoïcisme.

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