‹ ChrysippeChapitre 119 sur 166 · Die Stoa, p. 65; Arist., PJiys., II · texte numérisé non relu

Die Stoa, p. 65; Arist., PJiys., II

PROVIDENCE LV IllÉODICÉE. 209

Seulement, si la providence n'a pu vouloir les biens sans les maux qui en résultent, il s'ensuit qu'elle est soumise, dans son action, à une puissance qui la dépasse, à savoir à la loi qui lie nécessairement les événements les uns aux autres, au destin. C'est cette espèce de dualisme que parait avoir accepté Cléanthe^ Mais malgré un texte, d'ailleurs fort obscur, de Plutarque*, nous ne pouvons nullement l'attribuer à Chrysippe, surtout si nous rappelons qu'il identifie formellement le Destin d'une part avec la Providence, d'autre part avec la nécessité. Et ces maux ne sont pas précisément une nécessité extérieure à laquelle se plie la volonté divine, ils ne sont pas contre nature : ils sont voulus par elle, en même temps que l'ensemble 3, Vouloir et créer le mal dans de pareilles conditions, ce l'est pas un sujet de reproche pour la Providence.

Il n'y a pas là le moindre dualisme ; il y a seulement,

1. Pour quelle raison avait-il admis, avec c d'autres a. que « tout ce qui rrire par la providence arrive aussi fatalement, mais que tout ce qui

irrive par le destin n'arrive pas par la providence » ? (Chalcid., In Tim., U*; Arn.,!, 125, 12). Cf. Thymne à Zeus (Arîi.,I, 122, 13) : les actes

icieux sont les seals événements qui ne viennent pas de la volonté

ivine.

2. 4>T]<n SE Tzokù xal xo t^; àvà-pcr,; (Uiiï^Sou. {De Stoic. rep., 37 ; AaN.. [, 358, 33). a (Chrysippe) dit que ce qui vient de la nécessité se mélange

quantité considérable (à ce qui vient de la Providence). » Cette phrase eproduit seulement l'argument du mal comme conséquence, nécessité it pris au sens d'Aristote.

3. Nécessité = destin (cf. supra). Cf. xoivr, oûai; = Et|taptuv>i xa tpdvoia xau Zsy; (Plut., St. repugn., 34; Arî»., II. 269, 13).

avec le principe de la prévalence des vues d'ensemble sur les détails, une espèce de casuistique de la volonté créatrice, fondée sur ce principe i.

Un autre argument, l'argument « logique », auquel Barth attache grande importance, me paraît bien près de se confondre avec celui-ci. Tout contraire implique logiquement son contraire; par conséquent le bien implique le mal; la vertu implique le vice 2, Cet argument qui est resté particulier à Chrysippe^ est présenté en un de ses fragments comme un exemple destiné à illustrer la thèse de la TcapaxoXouôiriaiç ^ : « Par conséquent, dit Chrysippe après avoir exposé cette thèse, les maladies et les douleurs ont été engendrées en même temps que le salut. Par exemple encore, la volonté de la nature fait naître la vertu chez les hommes, et au même endroit les vices sont nés par la parenté qu'ont ensemble les contraires )> [per adfinitatem contra-

1. Cf. les textes formels de Chrysippe : Plut., St. rep., 35 (Abn., II, 339, 16) : Yivetai xai aÙT^) (if) xaxia) Ttw; xa-cà xbv çOoreo); \6yo'>/. Et ailleurs, i6.,34(269, 4) : « C'est suivant elle (à savoir ti tûv ô>wv otxovoij.îa) que nous sommes comme nous sommes, malades ou mutilés, grammairiens et musiciens, etc.. »

2. En effet ces maux existent parce qu' « ils ne sont pas inutiles pour l'ensemble » (Plct., l. c, 339), ce qui met à la charge de Chrysippe de le démontrer en chaque cas particulier.

3. Gbll., Noct. Att.,y\l, 1(Arn., n" 1169) : « NuUum conlrarium est sine contrario altero... Quid aliud juslitia est quam injuslitise privatio.? »

4. il vient peut-être d'Heraclite, si l'hypothèse de Diels sur le fragm. 23 est exacte : Aixyi; ôvojjia oùk àv i^iôeffav, elTaùta nr) yjv. Diels conjecture xaùxa = das ungerechte.

riamy. Il faut se rappeler que la conséquence logique et la conséquence physique s'expriment par le même mot, et que les deux idées sont souvent près de se confondre ; nous en avons ici un exemple.

Mais il faut ajouter que cet argument, si fragile et sophistique qu'il paraisse 2, tient à une des idées morales les plus fondamentales du stoïcisme, à sa conception pessimiste de la raison. Le vice n'est pas une révolte des parties inférieures de l'âme contre la raison; il est une manière d'être de la raison elle-même: il naît là même (ibidem) où naît la vertu, c'est-à-dire dans le hégémonikon, et c'est celte production simultanée des deux opposés qui est à la base de la vie morale '^.

Cette théodicée créait aux Stoïciens l'obligation de rechercher, dans chaque cas particulier, l'explication des maux d'après ces principes. On sait dans quels détails minutieux jusqu'à l'absurde ils entraient (surtout Chrysippe pour expliquer l'existence des animaux inutiles ou nuisibles *, et les défauts d'adaptation dans l'organisme humain qui. d'après beaucoup d'écoles^

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