‹ ChrysippeChapitre 124 sur 166 · Dio Chrys., Or., 36, 29 (Arn., II · texte numérisé non relu

Dio Chrys., Or., 36, 29 (Arn., II

4. Cette idée d'une mission est nette chez les chefs d'école cyniques; cf. D. L., VI, 43, l'anecdote d'Antisthènes.

Il cherche à opérer une transformation intime de l'âme qui, en même temps cpie la sagesse, assurera le bonheur. Le malheur ne saurait atteindre l'homme ainsi transformé ; seul, le méchant est dans l'erreur et dans l'illusion; seul, il peut être contraint à faire ce qu'il ne veut pas, être insulté, calomnié; toutes ces misères n'existent plus pour qui a acquis la sagesse. La vie du sage est à la fois vertueuse et heureuse'.

L'interprétation de la notion stoïcienne de la sagesse a souffert jusqu'ici de la distinction qui s'est produite postérieurement dans la morale chrétienne entre la sainteté, perfection surhumaine, et l'honnêteté; admettant en général celte distinction d'une façon plus ou moins confuse, on veut que la sagesse stoïcienne rentre dans la catégorie de l'honnêteté.

Or, nous voulons faire ressortir dans les pages suivantes que cette distinction n'existait pas (puisque c'est en partie les difficultés de la morale stoïcienne qui ont contribué à l'établir), mais que cependant le portrait du sa^e et en particulier les fameux paradoxes deviennent très clairs, si on les interprète dans un sens qui participe à ces deux idées, encore confondues, de la sainteté et de l'honnêteté.

D'abord les sages forment dans l'humanité une classe spéciale; leur nombre est extrêmement restreint; il est

1. (La sagesse est) tt.v toû s^ioûiiovo; içtirs"/ xal eùpotov piou (D. L.. VII, 87; Arw., m, 4, 5).

môme douteux, pour certains d'entre les Stoïciens, que le sage existe*. De plus, le bonheur du sage est un bonheur parfait, absolu, sans mélange; ce bonheur ne peut être diminué ^ ; il est acquis non pas progressivement, mais subitement par une transformation totale, quelquefois inconnue du sujet lui-même 3. Ce n'est pas lalimited'un progrès; c'est une chose d'une espèce nouvelle*. Enfin cet état de bonheur est consommé par une union, plus ou moins nettement affirmée du sage « avec la volonté de celui qui guide l'univers n^ ; Cléanthe, dans son hymne, s'adresse au logos de Zeus, comme au sauveur du genre humain ^.

Inversement, tout homme qui n'est pas sage est un méchant sans qu'il y ait de milieu entre la vertu totale et le péché; il n'y a aucun degré dans les malheurs et

1. Il y a deux « races » d'hommes (Sjo yévy]), celle des sages et celle des méchants (Arn., I, n° 216). Le papyrus 1020 (Arn., II, 40, 18) considère la sagesse non pas comme impossible, mais comme très difficile. Cf. Zeller, Philos, d. Gr., Ill, I, 254.

2. Chrysippe ap. Plut. (Arn-, III, 14, 10) : Le bonheur des gens de bien ne diffère en rien du bonheur divin. Philon (Arn., III, n° 583) : Vita sapienlis omnis omnino plena est felicitate. Cf. n°' 585-586 : leur bonheur ne peut être diminué, fussent-ils atteints par le malheur de Priam, ou dans le taureau de Phalaris.

3. Clem. Alex., Strom., IV, 6 (Arn., III, n° 221). La sagesse vient d'un changement, tJL£Taga>.),oij<ni<: tïj; 4*^x^5 s^î ffoçCav. — SÉN., Epist., 75, 9:scire se nesciunt (à propos deceux qui viennent d'acquérir la sagesse).

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