‹ ChrysippeChapitre 126 sur 166 · Zeller, loc. cit., p. 253, n. 2; p · texte numérisé non relu

Zeller, loc. cit., p. 253, n. 2; p

3. CuRTS. ap. Plut., De Stoic. repugn., 17 (III. n" 245): «L'excès de grandeur et de beauté (du sage} fait que nous sernblons dire des tictlons, et non pas ce qui convient à l'homme et à la nature humaine. »

4. On n'a pas assez remarqué que les paradoxes accordent au sage non sealement les vertus (la science, AR?r., n* 548. la piété, n" 604. les vertus politiques, n° 611), mais ce qui constitue, dans la triple division péripatéticienne des biens, les biens corporels et extérieurs : beauté, richesse, liberté (n" 589 sq.;.

Ces paradoxes ont, comme on le sait, leur origine dans le cynisme : mais ils ont reçu diverses interprétations qu'il convient d'analyser. Pour le cynique, ces paradoxes sont une espèce de subtile vengeance contre le vulgaire; le cynique, pauvre et méprisé, dit : Vous croyez, vous autres hommes du vulgaire, avoir la richesse, la liberté, la puissance, etc. ; mais vous n'avez pas la vraie richesse, la vraie liberté, la vraie puissance. Ils interprètent en un mot les dons extérieurs de la fortune en un sens moral et symbolique, et, grâce à ce double sens dont le second seul est vrai, peuvent les accorder au sage ' . On rencontre chez les Stoïciens un second sens : la pratique d'un art ou l'utilisation d'un bien extérieur (richesse, etc.) impliquentnon seulement Ja connaissance des préceptes de l'art ou la possession de ce bien, mais encore la faculté de s'en servir de façon et en temps opportuns ; en cette faculté consiste la sagesse dont les arts et les biens ne sont que les moyens d'action; et, en ce sens, le sage peut être dit posséder éminemment tous les arts et les biens ; car seul il sait les utiliser 2, Enfin, en un troisième sens, les paradoxes

1. Presque tous les paradoxes cyniques concernent seulement les biens extérieurs : la richesse (discours d'ANTiSTHÈNES ap. Xénophon, Banquet, 4, 34-35 ;D. L., VI, 37), l'amitié (ID., 12), la royauté.

2. Le premier sens n'est pas absent; cf. l'interprétation de l'exil du méchant (Philon, Abn., III, 170, t]t-10),sur la richesse (Sextus,III, 156, 4), et comp. pour le cynisme D. L., VI, 38-72 fin. Pour le second sens, cf. Olympiodore, Arn., III, 159, 6; Dio Chrys., III, 149, 13; SÉN., 161, 28.

signifient non pas que toutes ces qualités appartiennent effectivement au sage, mais que seul il a les dispositions morales qui, à l'occasion, lui permettront de les posséder'.

Il y aurait donc une certaine tendance à donner aux paradoxes une interprétation de sens commun, et, surtout avec les deux derniers sens, la sagesse stoïcienne paraîtrait assez près d'une espèce déraison pratique. Mais réduire cette thèse à une thèse de sens commun, comme l'ont peut-être essayé certains membres de l'école, c'est ne pas voir ce qu'U y a de spécifique en elle et surtout dans la forme que parait lui avoir donnée Chrysippe : pour celui-ci, les qualités du sage s'impliquent réciproquement, et on peut, en partant de l'une quelconque d'entre elles, en déduire toutes les autres par un raisonnement composé; il n'en est pas entre lesquelles on ne puisse établir de continuité par la découverte de qualités intermédiaires-. Mais, quelle que soit l'interprétation que l'on puisse donner de chacun des paradoxes, la conception de Chrysippe implique l'unité indiWsible de la sagesse, et l'impossibilité pour elle d'exister autrement que totale.

Or, cette conception d'un sage supérieur à l'huma-

1. Par exemple la royauté d'après Chrysippe (D. L., VU, Ijj. .\u>., lli, n" 617). La rojaulé, définie comme magistrature irresponsable, ne saurait se rencoatrer que chez le sage.

2. Cf. quelques-uns de ces raisonnements conserrés par Dio Ghxts. (Auf., UI, n* 584).

nité, exempt de fautes et de malheurs, n'est pas, à cette époque, particulière aux Stoïciens : et c'est même, depuis les cyniques, une conception commune à toutes les écoles. Sans doute, la sagesse stoïcienne présente bien des particularités : par exemple, cette thèse qu'il n'y a aucune qualité primordiale du sage puisqu'elles découlent les unes des autres (tandis que, dans les autres écoles, elles dépendent toutes d'une qualité primitive : ataraxie, science, etc.), mais pour le fond, elle est la même ^ Elle forme, si l'on ose dire, dans la concurrence des écoles pour l'éducation des jeunes gens, une sorte de réclame ou de programme communs.

Il est vain de chercher l'originalité du stoïcisme dans une théorie aussi vulgaire. Mais les Stoïciens se sont aperçus qu'elle était, par elle-même, exclusive et dangereuse, et qu'elle mettait la philosophie en dehors de la vie journalière; ambitieux plus que personne autre de diriger la vie individuelle et sociale dans ses

1. J'entends au moins ce qu'il y a de négatif dans la conception du sage, à savoir l'affranchissement par une attitude intérieure (l'adiaphorie chez Pyrihon, l'ataraxie chez Epicure) de tout ce que les Grecs s'accordent à considérer comme un malheur. Comparer à ces sages grecs le saint bouddhiste : « Victorieux, connaissant et comprenant tout, déchargé du poids de l'événement et de l'existence, sans aucun besoin, tel est celui que l'on peut glorifier comme sage... Le voyageur solitaire ne s'inquiète ni de la louange ni du blâme ;... conducteur des autres, et non conduit j)ar les autres, tel est celui que l'on peut célébrer comme sage » (Sutta NiPAT*, trad. Oldenberg, Deutsche Rundschau, janv. 1910).

moindres détails ', c'est ce qu'ils voulaient le moins admettre. Aussi tout leur eJBbrt et toute leur originalité ont été de donnera la théorie du sage une interprétation et des limites telles que la réglementation morale de la vie quotidienne fût compatible avec elle.

Le coup de maître de Zenon de Cittium fut le rapprochement de la théorie de la sagesse et de la physique ; la secte dissidente d'Ariston sortit complètement du stoïcisme en le niant, et Chrysippe pourrait être appelé pour l'avoir défendu contre Ariston, le second fondateur du Portique. En un mot, la morale stoïcienne est un essai de conciliation entre les thèses naturalistes de certains académiciens successeurs de Platon et la théorie cynique de la sagesse ~.

La vie du sage, vie fondée uniquement sur la vertu, est en même temps la vie conforme à la nature 3. On

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