‹ ChrysippeChapitre 131 sur 166 · THÉORIE DES FONCTIONS · texte numérisé non relu

THÉORIE DES FONCTIONS

principe pour déterminer les biens et les maux'.

Les fgxctigxs. — Cette espèce de dualisme moral, avec toutes ses difficultés, se retrouve naturellement dans la théorie des fonctions (xaOViy.svTa), c'est-à-dire des actions qui, vertueuses ou non, sont conformes à la nature; c'est par exemple une « fonction » de chercher à s'enrichir, de s'occuper des affaires de la cité, d'élever des enfants, de rendre un dépôt à nous confié-.

Or les anciens Stoïciens, Chrysippe en particulier, semblent avoir essayé de déterminer les fonctions en partant de la sagesse comme principe. La sagesse consistant en une disposition constante de la volonté conforme à la nature, le sage accomplit toutes les fonctions sans en excepter aucune'; pour déterminer si un acte est une fonction, il est donc suffisant de demander si le sage l'accomplira. De là est née, dans l'ancien stoïcisme, toute une littérature, la littérature des« questions » '♦. Sénèque et Philon d'Alexandrie nous ont conservé les fragments d'une question de ce genre,

1. Les fonctions viennent a ab iniliis natarae » (Cic, De fia., III. 22; Arx., m, n° 497). Exemples de fonctions : Ar»., III, 135, 9; 134, 27.

2. Chrts. ap. Stob., Floril., 103, 22 (Arr., III, n* 510). C'est ponrqnoi la bonne action (xaiôpOciitut, action da sage) est appelée perfectum ofiiciuro (Stobée, Ark., III, 136, 9; 135, 40). Cf. l'acte du sage « expletum omnissuis partibus. » (Cic, De fin., 32).

3. Cf. la forme des préceptes : tçaabr,Ti(7^ai tôv <to^ (D. L.. VII, 129; Ar?(., III, n° 716), etc. ; c'est la forme déjà habituelle chez les cyniques.

4. Cf. les débris de cette question : Zk>on, Ar?»., 1, n" 229; Cbrts., Arn,, III, a" 712.

traitée par Zenon et Chrysippe : « Le sage s'enivrerat-il^?» Mais, 'en outre, toutes les maximes d'action se transforment en une affirmation relative aux actions que fera ou non le sage. C'est en ce sens que le sage, bien que tout à fait au-dessus de l'humanité ordinaire par son essence, peut cependant lui servir immédiatement de modèle, si on ne considère que ses actions.

Les maximes d'action de l'homme moyen sont une sorte de menue monnaie de la sagesse ; le principe commun et comme la somme de toutes ces maximes se trouv&nt dans la volonté du sage, et ils sont identiques à la sagesse elle-même ; l'homme moyen ne les connaît qu'une à une, et elles sont pour lui non des résultats naturels de son vouloir, mais des lois imposées à son action.

Ce ne sont pourtant pas à proprement parler des devoirs qui s'imposent au sage ^ ; l'exécution d'une action de ce genre, la reddition d'un dépôt par exemple, ne contribue en rien à la vertu ou au bonheur. Ce qu'il peut y avoir de bien dans une action, c'est la

1. Les maximes d'action ne sont pas différentes de la description des hauts faits du sage; elles ont pourtant ici un caractère impératif indéniable.

2. Cf. un exemple qui vient peut-être de Chrysippe (Arm., III, 39, 10); mais si toute action est indifférente, en elle-même, en revanche toute action qui émane du sage, si insignifiante qu'elle paraisse, est vertueuse et sage : cf. les paradoxes (Arn., III, 128, 30). Chrysippe paraît avoir voulu prévenir une interprétation ridicule de ces paradoxes : Plut., De Stoic. repugn., 13 (Aun., III, n°' 211, 212).

Page 1