Philok (Ar:<., m, 49, 4-5] : 9e(i>pirnx^ xoù xpaxnxiq
entrer dans la voie qui aboutissait à rendre la moralité étrangère aux sciences et aux techniques, puisque celles-ci sont très évidemment fragmentaires et susceptibles de progrès. Contre lui, Chrysippe affirme, avec plus de force que jamais, ce qu'on pourrait appeler le principe de la compétence du sage. Sans doute, ni la sagesse n'est une somme de techniques, ni l'apprentissage de ces techniques n'est la condition de la sagesse, ainsi que l'avaient cru les sophistes; mais la sagesse n'a de signification que comme fondement idéal et commun de toutes ces techniques particulières. La vertu n'est pas seulement un état intérieur de l'âme ; elle est la plus grande puissance d'action qui puisse exister, et la plus diverse en ses applications.
S III. — Les Passions.
On peut considérer, dans les phénomènes de plaisir et de douleur, soit les sensations agréables ou pénibles résultant des objets, soit l'attitude que prend l'âme en face de cette sensation. Chrysippe avait fait une pareille distinction entre la souffrance (âXYcîv), sensation pénible et représentation, et la peine considérée comme une réaction de l'être raisonnable comme tel, relativement à la souffrance *. La passion ne consiste nullement dans
1. Stob., Floril., 7, 21 (AUN., n" 574). Dans lu apathie », le sage doit supprimer non la sensation pénible, raais la peine.
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une impression involontaire, une représentation, mais dans une réaction qui trouble l'àme, la remue d'une façon exagérée. La passion rentre donc dans la catégorie des tendances qui impliquent Tassentiment de Tâme '.
Suivant les Stoïciens, tout acte d'un être raisonnable, quel qu'il soit, est déterminé par un jugement. Or ce caractère constitue, pour la plupart des autres systèmes, la définition même de l'acte vertueux ; c'est dans la mesure où l'acte n'est pas soumis au jugement, mais à des forces qui y sont étrangères, comme le désir ou la colère, qu'il est condamnable. Le platonisme identifie plus ou moins nettement le jugement à la raison ; un acte non raisonnable ne peut être précédé de l'opération raisonnable que l'on appelle le jugement. La thèse contraire présentait, pour un ancien, une grande difficulté; cette difficulté provenait de la confusion entre la fonction psychique elle-même, la faculté de juger, et le fonctionnement idéal de cette fonction, le fait de juger comme il faut. Cette difficulté obscurcit également, nous le verrons, la théorie stoïcienne.
Si les passions ne peuvent être, suivant les Platoniciens et les Péripatéticiens, le fait de la raison, mais d'une partie de l'âme spécifiquementdistincte, il s'ensuit
1. Pa.ssion, àp^n; Arm., III, n° 377, etc. Or, chez rhomme la 6pfi^ dépend toujours du jugement (Cbrvs. ap. Plut., De St. rep., 47; Arn., III, Î2, 23).
qu'elles sont conformes à la nature, dans la mesure où cette partie de l'âme se développe d'une façon légitime, c'est-à-dire sans troubler l'équilibre des fonctions '.
Maintenant, avec tous leurs prédécesseurs, les Stoïciens admettent le caractère irrationnel de la passion; elle est une « impulsion irrationnelle ^ » ; mais quel est le sens du mot irrationnel? Dans ce cas, contraire à la raison semble avoir deux sens : d'abord, il est contraire à la raison de croire qu'il est convenable que la présence, l'attente ou l'absence de ce que nous pensons être des biens et des maux agitent l'âme d'une façon désordonnée , la soulève dans le plaisir, la contracte dans la peine, etc. ^. Sans cette croyance et ce jugement, l'agitation de l'âme ne se produirait pas. Il est important de remarquer que, dans le chagrin, par exemple, ce n'est pas ce jugement : la mort d'un ami est un malheur, qui agite l'âme, mais cet autre jugement : il convient de s'affliger à propos de ce malheur, et c'est ce dernier jugement et non pas le premier qu'il s'agit
1. Cf. dans l'école d'Arislote, la métriopathle proposée comme but (Cic, Tusc, III, 10, 22).
2. "AXoYOv... xtvy)(Tiv ^\j'/t,(;. Chrys., De Affect. (Arn., III, 113, 14, 15).
3. Cf. la définition complète des passions, Andronicus, Arn., III, n" 391 (cf. CicÉRON, n° 393-394) : La peine est... l'opinion récente d'un bien, à propos duquel on pense que l'âme doit se contracter. C'était sûrement l'opinion de Chrysippe. Cf. sa définition du chagrin (Arn., III, 116, 4), et n» 486 (Cic, Tusc.) : l'existence du chagrin dépend de la croyance qu'il est convenable de s'y livrer (officio justo ac debito; cf. xa6i^xet ap. Stob., Arn., III, 95, 43).
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de supprimer pour supprimer le chagrin. Ce qui est, en second lieu, contraire à la raison, et par conséquent à la nature, c'est l'exagération et la violence du mouvement de l'Ame dans la passion, que Chrysippe compare à l'élan d'un coureur qu'il ne peut plus réprimer '. Dans la théorie de Chrysippe, il faut distinguer en etTet, à propos de la passion, six espèces de faits différents : 1** un affaiblissement de l'énergie de l'âme que Chrysippe compare couramment à une maladie du corps; 2° une opinion concernant le bien ou le mal; 3° un jugement sur la convenance de l'agitation de l'âme ; i° une certaine manière d'être de l'âme qui s'ajoute au jugement et qui est différente selon les passions - ; c'est un « resserrement » (cjsrrcXr,) dans la peine, un épanouissement (IzapTiç) dans la joie, un retrait {v/.y,\'.z'.:) dans la crainte, une sorte de poussée en avant (5c=;'.r) dans le désir 3; 5** l'activité de la tendance qui suit le jugement; 6° l'ensemble des faits que nous appelons aujourd'hui l'expression des émotions.
1. Chbysippe, De affeetib., ap. Gal., Abn., UI, 114, 1-18 (cf. 127, 3).
2. Chrysippe cherche si les passions sont xpioet^ ^ xpîoeinv éffiYÎY^ETat (Akn., 112, 26); il ressort de 113, 3 que ces accompagnements des jugt'menls sont les agitations de l'âme.
3. Énumération dans Andromcls, loc. cil. : 'Opsli; et £xx).t<rt; désignent particulièrement dans le langage stoïcien les impulsions ou répalsions en tant qu'elles se produisent chez l'être raisonnable, c'est-à-dire sont précédées de jugements (Stobéb, Ed.; Abn., III, 40, 8; cf. III, 115, 35-39).
le rire dans la joie, les pleurs et les gémissements dans la tristesse.
Sur la nature de chacun de ces faits, il ne peut y avoir de difficulté qu'au sujet du quatrième, la manière d'être de l'âme qui s'ajoute au jugement. Les Stoïciens semblent avoir voulu désigner par là la qualité particulière de chaque émotion; ils ont voulu mettre en valeur, non seulement les opinions sur le bien impliquées parla passion, mais l'agitation de l'âme qui accompagne chacune d'elle. Bien que nous n'ayons aucune description détaillée de ces troubles, les mots expressifs qui les désignent sont suffisants pour nous faire reconnaître l'étreinte qui nous saisit dans la peine, le mouvement de retrait dans la peur {recessum animm et fugam), le sentiment de légèreté dans la joie, la poussée de l'âme dans le désira Ces sentiments sont constitués par certaines altérations de l'énergie psychique, des troubles qu'il ne faut pas confondre avec l'atonie antérieure à la passion.
Ces agitations ne sont pas différentes de l' « inclination exagérée «qui suit le jugement. Une première preuve, c'est que Zenon définit indifféremment la passion par une « inclination exagérée », ou par les états d'âme en
1. En dehors des termes indiqués, cf. ntoca, le transport commun à toute passion (ZENON ap.Cic, TuscuL, IV, 7, 15; Arn.,I, 51, 2;Chrys., II, 127, 30); ô^^iç, la morsure du chagrin; Scixwt;, l'épanouissement de la joie (Akn., h, 119, 30).
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question ' ; de plus, deux au moins de ces états, la répulsion et la poussée en avant, sont universellement considt'rés comme des espèces de cpixat '.
Les six faits se réduisent donc à cinq : 1° un affaiblissement de l'énergie ; 2° une opinion sur le bien ; 3" un jugement sur la convenance de la passion ; 4° une tendance exagérée ou agitation de l'âme; 5° l'expression des émotions.
Sur les rapports de ces faits entre eux et sur la place de la passion proprement dite dans ces faits, Chrysippe diffère de ses précesseurs. Mais on n'a pas toujours distingué d'une façon assez précise les points sur lesquels il y avait divergence.
i° C'est d'abord la fameuse théorie de la passionjugement •^. Selon Galien, Zenon et Cléanthe mettaient la passion dans le trouble qui accompagne le jugement; Chrysippe la met, au contraire, dans le jugement (xpf^iç) ^. On a généralement compris que Chrysippe plaçait la passion dans l'opinion sur le bien ou le mal ^. Mais, d'abord aucun texte ne nous dit que la y.pist.; dont parle Galien est l'opinion sur le bien et