‹ ChrysippeChapitre 146 sur 166 · LA PASSION MALADIE DE LAME · texte numérisé non relu

LA PASSION MALADIE DE LAME

dans la faiblesse de Tàme, dont le faux jugement n'est qu'un résultat ^ Au contraire, l'intellectualiste Chrysippe voit dans la faiblesse du jugement, le phénomène essentiel de la passion dont la faiblesse de l'âme n'est qu'un aspect. C'est ce que suffirait à démontrer l'insistance avec laquelle Galien veut lui faire dire le contraire de ce qu'il pense, et lui faire avouer que le -rive; est un principe spécial distinct du jugement '^.

Chrysippe reconnaît assurément des maladies de l'âme, états de faiblesse où la raison a perdu toute direction ^. Seulement cette maladie n'est pas la cause mais l'effet de la passion ♦; la passion est un jugement récent sur le bien et le mal : « récent », c'est-à-dire non habituel, provoqué sur-le-champ par la représentation actuelle ^; ce n'est donc pas à proprement parler une manière d'être, mais un mouvement, un trouble. Mais lorsque cette opinion s'est fixée dans l'âme, et transformée en habitude stable, alors il v a maladie et, du même coup, affaiblissement définitif de la force de

1. Pour Zenon Xic, Acad. Post., 1,38; Aa?c., I, 51), c'est l'intaiipérance qoi est mère des passions.

2. Cf. les coDcIasions (Ab5., III, 123, 8) qne Galien veut tirer da texte de Chrysippe (123, 15-21) sur la force d'âme comparée à la force da corps.

3. Cf. la description de cet état dans les textes indiqués not. précéd.

4. L'ordre des phénomènes, d'après Chrysippe, est indiqué, Cic, Tiuc, IV, 10, 23.

5. Le mot -K^farttxi est expliqué dans Stob., Ed. (Abu. III, 92, 23;, par ses effets qni sont l'agitation de l'âme.

l'âme \ Ainsi la passion, devenue permanente, rend l'âme malade et faible, bien plus qu'elle ne dérive de cette faiblesse. La passion, phénomène rapide et vif, différera toujours des maladies et des vices qui sont des phénomènes permanents. Car, pour la même raison qu'elle n'est pas une maladie, elle n'est pas un vice, ni même un élément du vice '.

Considérons maintenant le rapport du jugement avec l'inclination déraisonnable et les piiénomènes corporels. Sur ce point, la pensée de Chrysippe comporte de grandes difficultés. On demandait à Chrysippe comment, si la passion du chagrin est produite par cette opinion, qu'une chose présente est un mal, le temps peut affaiblir le chagrin, alors que notre jugement sur le mal qui l'a causé reste le même ^1 D'une façon géné-

1. Cf. l'opposition entre la passion (in motu esse semper, Cir,., loc. cit.; Arn., III, 103, 30) et la maladie invétérée; elle est, d'après Stobée, III, 102, 38, une eÇi;. Chrysippe ne voit d'ailleurs dans la faiblesse qu'une passion plus forte, à savoir l'opinion que de faux biens sont non seulement des biens, mais les biens les plus grands (130, 32; comp. Stobée, 102, 39-40).

2. La pensée de Chrysippe peut n'être pas très cohérente sur ce point : dans le 7c£pt ïlaôûv, la faiblesse et la maladie sont caractérisées l'une comme abaissement de l'énergie de l'âme ou chute (èxTCTrtwxÉvai, 130, 20), l'autre comme une absence d'harmonie (à<TU[j.(i,eTpîa, 121, 27) dans les parties l'âme, c'est-à-dire (Arn., II, n" 841) dans les pensées ou opinions. D'après Cicéron (Tusc, IV, 29; III, n" 425} la maladie est identique à l'étal de faiblesse (1. 13-14), et c'est le vice (1. 15) qui consiste dans le désaccord des parties de l'âme.

3. Chrysippe, Ttepl naOûv, II; Arn., III, 117, 16-25. Si Chrysippe avait identifié la passion au jugement sur le bien (suivant l'interprétation courante), il aurait répondu que la passionne change pas.

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raie, la vérité apparente ou réelle n'est pas une chose qui croit ou décroît ; au contraire, la passion augmente ou diminue; elle ne peut donc être un jugement. Or, la façon dont Chrysippe conçoit l'intellectualisme, lui rend la réponse beaucoup plus facile qu'à, ses prédécesseurs : u II me semble, dit-il, que l'opinion que telle chose présente est un bien persiste, et que, sous l'influence du temps, c'est le serrement de cœur qui se relâche, et l'impulsion qui y porte ^. » Galien veut voir ici l'aveu que la cause de la passion est autre que le jugement -; et le passage serait, en eflfet, tout à fait contraire à l'intellectualisme, si Chrysippe n'entendait ici par l'impulsion, aussi bien l'impulsion elle-même, que le jugement ou la décision que, pour un stoïcien, elle implique toujours ^. Notre interprétation est mise hors de doute par un passage que Plutarque nous a conservé, dans la même intention que Galien : « Les augmentations et renforcements des passions ne se produisent pas dans le jugement qui contient l'erreur (c'est-à-dire d'après ce qui précède le jugement sur le bienet le mal), mais ce sont les blessures, les serrements de cœur, les effusions qui reçoivent le plus et le moins*. »

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