Cf. supra, p
2. n Est in omni historia curiosos (Chrysippus) » (Cic, Tuscul., I, 45, 108; AR!f.,III, 79, 35;. Cicéron cite ici les diverses coutumes sur la façon de traiter les cadavres (cf. ibid., n" 324); opinion cynique de Chrysippe sur l'inceste (Arn., III, n" 744-745-746), sur l'acte de manger les cadavres, n" 747 ; sur le peu d'importance de la sépulture des parents, n° 752. Les animaux pris comme modèle, p. 187, 1. 13.
3. « HpofrtVjxTi Tij; çûffeuK. » Philoîi, De Josepho, II, 46 (àrii., III, 79, 37].
ture; la société est, par elle-même, un être sage ^ Ils en donnent pour preuve l'inclination altruiste qui est naturelle. Elle a son origine dans l'inclination familiale d'où procèdent les premières sociétés 2, Ces idées qui nous paraissent si banales, sont, à cette époque, profondément nouvelles. Des penseurs comme Platon, ignorent l'inclination altruiste; la tendance des hommes à se rapprocher est chez lui, pour ainsi dire, extérieure aux individus; elle vient de l'action supérieure de la cité qui les englobe et les comprime. Les sentiments familiaux, loin de tendre à rapprocher les hommes, les divisent, et loin d'être le germe des sentiments civiques y forment le plus grand obstacle^. L'affaiblissement de l'idée de la cité contraint les penseurs de cette époque soit à faire du lien social une pure convention (attitude d'Épicure), soit à rechercher dans la nature de l'individu ce qui peut rendre ce lien solide; c'est le parti que prennent les Stoïciens.
Seulement cette théorie naturaliste et universaliste ne justifie aucune forme particulière de cité, et elle
1. STcovSaïov... f, TiôXi; (Clem. Al., Sirom., IV, 26; AK^., 111, 80, 42); la vraie cité céleste par opposition aux cités terrestres.
2. Cic,, De fin,., III, 65 (Arn., III, 83, 40) : « Nos ad conjunctionem congregationemque hominum et ad naluralem cornmunitatem esse natos. » Sur l'origine de l'inclination sociale dans la familiale, Id., § 65, n° 340.
3. Cette opposition avec Platon n'est pas un parallèle académique; nous verrons plus tard des traces d'une polémique de Chryslppe contre la République de Platon.
l'inclination .U.TR ciste. 265
les justifie toutes également. De là deux conséquences : d'abord l'importance que le stoïcien donne aux devoii*s politiques déterminés : le sage doit s'occuper de politique (TrcXiTîJîîôaO, c'est-à-dire remplir toutes les fonctions de citoyen et de magistrat, au moins si rien ne l'en empêche. Il doit aussi fonder une famille, éduquer ses enfants, ce qui n'est que le développement d'un instinct naturel . La seconde conséquence, c'est l'indififérence complète, l'espèce de résignation fataliste, avec laquelle ils acceptent toutes les formes poUliques*. Si, dans leur jugement sur les diverses formes de gouvernement, ils paraissent avoir fait une exception en faveur de la royauté 3, c'est beaucoup
1. Chrysippe, Sur les genres de vies, liv. I (Diog. Là., VII, 121 ; Ar!«., III, n" 697; cf. n* 698). Sur le mariage, n" 727 ; sur l'éducation des enfants, n" 733. Le cas de conscience qu'il pose à propos du distributeur des récompenses dans les courses (n° 699, Plularque) ne prouve pas qu'il admet cette fonction pour son sage. Sur son attitude personnelle, cf. la boutade sans grande importance de Stob., Floril., 45, 29 (Abk.. IIL a" 694).
2. Cf. l'attitude singulière du sage stolden à la cour des rois : s'il accepte la royauté, c'est pour en tirer profit (xpr,(iaTi^6(uvov iic'aùx^): !>'il n'est pas roi, il vivra à la cour et à l'armée des rois (Artv., II, 173, 24: ce qui n'était pas l'opinion de tous le.<i Stoïciens; ib., 30); il pourra reconquérir sa fortune perdue (174, 4, 67), y trouver des amis, et des leçons (tôv àKo aoçuneCx;, 174, 20-22) (Fragments du « Sur les genres de vie » de Chrysippe, ap. Plut.).
3. C'est l'opinion de Kaerst, Gesch. der Hellenismus,^. 318; mais il cite seulemeut des textes qui peuvent ne se rapporter qu'aux Stoïciens postérieurs (Stob., Ed., II, 7, 11 ; Dio Chrvs., III, 45; Se."*. De benef., II, 20, 2; De Clementia, I, 19, 2 : « natura enim commenta est regem », ce qu'il prouve par une comparaison avec une société d'abeilles empruntée à Plato.n. Polit., 301).
plutôt pour des raisons tenant à la nature de la sagesse que pour des raisons politiques^ Les Stoïciens n'ont rien de révolutionnaire; ils parlent en conservateurs 2.
Par cette manière de voir, nous sommes débarrassés définitivement de la méthode utopique en politique. Nulle part, ils ne cherchent à construire en imagination une forme politique, où la justice serait réalisée. Est-ce découragement, méfiance ? Sans doute, le stoïcien sait qu'aucune forme politique ne réalisera son idéal de la royauté du sage. Mais il y a une autre raison plus importante : c'est qu'il a conscience que cette cité idéale est déjà réalisée d'une façon aussi parfaite que possible : le monde pris dans son ensemble est cette cité dont les dieux et les hommes sont les citoyens, et dont Zeus est la loi éternelle.
Cosmopolitisme stoïcien. — Une des raisons qui nous rendent les théories sociales des Grecs difficiles à comprendre est, suivant une remarque de Gomperz, que le mot Polis signifie à la fois État et société. Les philosophes grecs, Platon et Aristote surtout, discer-
1. « Le sage est non seulement libre, mais roi, la royauté étant un gouvernemenlirresponsable, qui n'appartient qu'aux sages. » (Opinion de Zenon et Chrysippe, Diog. La., Vil, 122; Arn., III, n° 617). Les anciens stoiiciens admettent donc la royauté, comme le seul gouvernement convenant au sage, mais c'est la royauté idéale.
2. L'opinion que le meilleur gouvernement est un mélange des trois types: royauté, aristocratie, démocratie (Diog. La., VII, 131), vient peutêtre de Panétius (Kaerst, loc. cit.).