L.\ JUSTICE COMME VERTU DU SAGE
la droite raison qui commande et qui défend*. C'est cette soumission à la raison, conçue comme loi morale, qui constitue le caractère juste, inséparable de l'acte moral.
Le sage est juste, non pas seulement en tant que soumis à la loi dont il est justiciable, mais en tant que juge et créateur de la loi. La justice, en ce sens, et essentiellement « la science qui attribue à chacun en proportion de sa valeur ^ ». Elle est donc la vertu d'un juge impartial; Thomme juste est supérieur à ceux à qui il rend la justice, comme le juge est supérieur aux parties ^ : il s'agit ici non pas tant d'une règle vulgaire de réciprocité que dune appréciation souveraine du bien et du mal. L'art de la législation est donc une vertu comprise dans la justice^; le sage est législateur.
Il faut se rappeler, pour bien le comprendre, le caractère moral des législations antiques, et Tincer-
1. Chrysippe, Démonstrations sur la justice. < Toute action droite est une action légale et juste; or les actes tempérants, patients, etc. sont des actions droites; donc ce sont des actions justes » (Plut., De St. rep., 15; Ar.n., III, 73, 15^. Pour la première proposition, les intermédiaires sont donnés par Cic, De Leg., I, 12, 33 (Arn., III, 78, 28) : Action droite implique recta ratio, qui implique lex, qui impliqne jns (SixouovV et Lact., Dit. inst., V, 17 (Ar.>., III, n*' 298).